Economie, politique, société: les plus lus 18 juin 2024

Economie, politique, société: les plus lus 18 juin 2024

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Climat : 100 milliards atteints pour les pays pauvres ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dissolution : la coupable désinvolture de Macron ( A. Bauer)

Dissolution : la coupable désinvolture de Macron ( A. Bauer)

 Le criminologue, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, fustige la décision de dissolution au regard du contexte international et des menaces qui pèsent sur la sécurité des Jeux olympiques. « Un cas d’école pour la science politique », à l’origine duquel l’auteur de « Tu ne tueras point » (Fayard) pointe la coupable « désinvolture » du chef de l’Etat et sa stratégie de « fragmentation et de division ».( dans la Tribune)

 Le vote historique en faveur du RN aux européennes n’est pas une surprise. Ses racines sont protéiformes. Quelle est celle qui vous apparaît centrale ?

ALAIN BAUER - L’origine du « moment » que nous vivons depuis le 9 juin peut être datée à 1992 : le rejet populaire du référendum sur la Constitution européenne puis la signature du traité de Maastricht sont les points de bascule. Ils sont le symbole d’un sentiment très fort des Français : leur vœu et leur vote ne sont pas entendus. Alors ils expriment leur désillusion par l’abstention, la colère ou le suffrage de rupture, RN, Reconquête !. Entre ces deux dates, il y a eu les Gilets jaunes, les Bonnets rouges, les militants des Soulèvements de la terre, qui tous illustrent une structuration nouvelle et élargie de la violence sociale.

Le vote aux européennes comme toujours traduit en partie une motivation domestique. Le double sentiment de ne pas être « entendu » à Bruxelles et à Paris est-il identique ?Prenons l’exemple de mon domaine d’expertise : la sécurité. En 2012, la France connait son niveau le plus bas d’homicides et de tentatives depuis 1972. Depuis, la courbe n’a jamais cessé de se redresser. Et dans une intensité inédite. Au point qu’en 2023 le nombre d’homicides et de tentatives – ce que j’appelle les homicidités – atteint le pire record depuis cinquante ans. Ce n’est pas une impression ou un commentaire. Les enquêtes de victimation réalisées au sein de l’Observatoire national de la délinquance sont sans équivoque - elles font notamment le distingo entre les plaintes issues d’une parole heureusement libérée contre les violences intrafamiliales (féminicides, incestes) et les autres - : les Français n’éprouvent plus un simple ressenti d’insécurité, ils expriment leur vécu dans un climat réel de violence. Or ils ont un double sentiment : les attributs de la social-démocratie tels qu’appliqués par Michel Rocard (écouter, dialoguer, négocier, débattre pacifiquement) ne sont plus mis en oeuvre, leur peur et leur colère ne sont pas entendues par l’Etat qui préfère le rapport de force. Citoyennes et citoyens engagent avec lui ce rapport de force et expriment dans la rue et dans les urnes leur déception.

Les difficultés de l’Etat à juguler la violence cristalliseraient donc selon vous l’analyse du scrutin ?

Quand près de 40% d’une population (RN, Reconquête ! et quelques listes complémentaires) manifestent leur mécontentement de la politique sécuritaire et migratoire, il faut peut-être cesser de croire qu’ils sont tous contaminés par un virus saisonnier. Cesser de jeter la faute sur les électeurs, et d’exonérer le politique de sa responsabilité ne va rien changer si on ne répond pas aux questions, bonnes ou mauvaises. La nature de la violence a changé. Même les policiers, mais aussi les pompiers ou les personnes de santé en intervention, sont régulièrement l’objet de guet-apens et d’actes d’une violence inouïe, inimaginables auparavant. L’expansion du trafic de stupéfiants n’est plus circonscrite aux grandes agglomérations, elle empoisonne les petites et moyennes villes. Qui a entendu l’inquiétude de la population qui s’y confronte au quotidien ? Le triptyque négation – minoration – éjection (en français courant : « ce n’est pas vrai, ce n’est pas grave, ce n’est pas de ma faute »), symptomatique des élus perturbés dans leur préjugés, s’est confirmé de nouveau le 9 juin. La dernière goutte d’eau, celle qui a fait déborder le vase, n’était pas plus importante que les précédentes, simplement c’était celle de trop.

Les effectifs de police et de gendarmerie traditionnellement se mobilisent en forte proportion pour les formations de droite « dure » et d’extrême droite. L’analyse socio-professionnelle du scrutin européen, puis celle des législatives, devraient le confirmer. L’alignement de ces sensibilités sur un pouvoir détenu par le RN augure-t-il le « débordement » des comportements sécuritaires ?

Chez les publics affectés à l’ordre (policiers, gendarmes, …), il existe habituellement une sur-représentation des votes au profit des partis qui l’incarnent. Toutefois, la valeur républicaine à laquelle les forces de l’ordre sont attachées s’est toujours imposée à la couleur politique du pouvoir en place, qu’il soit de droite ou de gauche. Elles servent la sécurité indépendamment de cette coloration, et la structure même de leur hiérarchie est une garantie.

Quel qu’il le soit, le prochain gouvernement enflammera la colère des Français s’il applique brutalement des mesures contraignantes sans les avoir au préalable explicitées et sans avoir convaincu de leur nécessité

 

Pas toujours. Le comportement d’une partie d’entre eux sous le régime de Vichy devrait nous le rappeler…

Il y eut aussi beaucoup de résistants policiers et gendarmes durant l’Occupation. Désobéir aux ordres d’un pouvoir légitime (le Maréchal Pétain fut investi par la chambre du… Front Populaire de 1936) n’est pas toujours aisé. Entre Résistants (de l’intérieur comme de l’extérieur, venus des extrêmes aussi), collabos et entre deux, le choix des fonctionnaires est souvent complexe.

Faut-il attendre du RN au pouvoir qu’il « libère » le cadre d’intervention des policiers et, a contrario, de LFI qu’il le comprime davantage ?

Leur prise à partie et une cassure réelle dans la société du fait du comportement de certains qui prennent en otage le corps de police tout entier, la difficulté à expliquer les processus de sanctions internes (pourtant très nombreux), posent un problème qu’il faudra résoudre par l’exemplarité des comportements. Ce qui est aussi en jeu est le traitement de la légitime défense et de son mode opératoire. La France a fait le choix de lui appliquer des conditions extrêmement restrictives, qui d’ailleurs la distinguent de la plupart des autres pays occidentaux. Plus que les conditions juridiques d’exercice de l’ordre, le plus pénalisant est le temps de la justice – le temps, et non un supposé « laxisme » en réalité infondé. Un temps parfois d’une grande lenteur, qui délite la confiance des Français dans « l’organisation d’ensemble » de la sécurité, notamment en matière de violences physiques et sexuelles. La justice est censée s’exprimer « au nom du peuple français », or elle l’intègre peu à son fonctionnement. Certaines incohérences publiques ne facilitent pas la compréhension commune : les pouvoirs publics étudient l’opportunité d’abaisser le droit de vote à 16 ans mais continuent de vouloir exonérer de ses responsabilités un mineur coupable de violences….

La société française est lardée de fractures, qu’elle exprime sur un spectre très large de violences. La nomination d’un premier ministre RN ou LFI peut-elle ouvrir un cycle de violences inédit ?

D’aucuns s’amusent à le prophétiser, nul n’en sait rien. Le pire n’est jamais écrit. Un bémol, toutefois : quel qu’il le soit, le prochain gouvernement enflammera la colère des Français s’il applique brutalement des mesures contraignantes sans les avoir au préalable explicitées et sans avoir convaincu de leur nécessité. Ou enfin expliquer pourquoi il a changé d’avis faisant mine d’avoir toujours pensé la même chose… La violence des rapports sociaux naît du fait que les pratiques politiques cultivent en permanence la contrainte. Elles ont méprisé une double règle d’or, que Michel Rocard avait bien définie : la négociation doit systématiquement initier la relation, sous peine sinon d’entrer dans des rapports de force violents ; il est possible de négocier efficacement sans imposer de contraintes inutiles à la société. Parler Vrai, équilibrer l’action publique, négocier pour pacifier. La gestion de conflit néo calédonien reste un modèle qui a tenu plus de trente ans avant d’être vandalisé par le « nouveau monde » qui méprise tant l’ancien.

Les forces capables d’influencer le scrutin ont tout intérêt à ce qu’il se déroule dans les meilleures conditions, et qu’il entérine la défaite du camp présidentiel.

 Entre d’un côté des menaces protéiformes et de l’autre quelques « trous dans la raquette » de l’organisation, le péril terroriste qui pèse sur les Jeux olympiques et paralympiques est réel. Vous-même depuis plusieurs mois ne cessez pas d’alerter. Prendre le risque de « casser » la tête de l’Etat, en premier lieu celui des ministères de l’Intérieur et des Armées, à quelques semaines de l’événement est-il – trivialement – « irresponsable » ?

Mon inquiétude est grande. Elle continue de grandir. L’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre a montré les limites du fétichisme technologique et les failles béantes du gouvernement de la première puissance de sécurité et de renseignement au monde ; la « dronisation » massive de la guerre en Ukraine ; les vives tensions avec la Russie ; la résurrection de l’État islamique (ISIS K) et la rémanence des structures d’Al Qaeda ; les tensions sociales ou environnementales en France, l’intérêt de groupuscules de déstabiliser, les crises à Mayotte et en Nouvelle Calédonie, les annonces de réforme des retraites ou du chômage, la crise agricole… forment un faisceau de paramètres auquel les Jeux Olympiques constituent par nature une extraordinaire caisse de résonnance. Dans ce contexte, décréter la dissolution de l’Assemblée nationale à ce moment restera un cas d’école pour la science politique. Au-delà même du sujet olympique, le président de la République s’est comporté avec désinvolture en faisant porter aux parlementaires les responsabilités d’une campagne qu’il avait de fait menée lui-même, disqualifiant le Premier ministre et la présidente de l’Assemblée nationale, écartés de sa réflexion. Sa décision envoie à la poubelle des projets de loi déterminants (réforme agricole, aide à mourir, audiovisuel public). Elle entretient la fragmentation et la division. Finalement elle cristallise le cœur de « son » problème : sa relation avec les Français.

Lors du scrutin, des manœuvres cybercriminelles de déstabilisation apparaissent inévitables puisqu’elles sont devenues la règle. Au profit de quoi et de qui ? Le chaos et/ou les forces d’opposition ?

Les forces capables d’influencer le scrutin ont tout intérêt à ce qu’il se déroule dans les meilleures conditions, et qu’il entérine la défaite du camp présidentiel. Voilà pour elles une opportunité formidable, et même un coup du sort inespéré.

En cas, très probable, de défaite du « camp Macron », que faut-il redouter en matière de diplomatie européenne et de politique internationale d’une cohabitation inédite avec l’extrême droite ou l’extrême gauche ?

Les exemples italien et hongrois fournissent quelques clés de lecture : leur dépendance aux mécanismes européens fixe des limites strictes aux aspirations – distinctes – de Giorgia Meloni et de Viktor Orban. D’autre part, nos règles institutionnelles garantissent au chef de l’Etat des prérogatives majeures en termes de politiques diplomatique et de défense. Enfin, là encore le principe de réalité et celui de la stratégie politicienne devraient s’appliquer : la formation politique qui pilotera le gouvernement aura en ligne de mire le scrutin présidentiel de 2027 – voire avant si le 7 juillet la défaite des sortants prend l’allure d’une déroute – et devrait adapter sa politique, notamment étrangère, à cet objectif.

Les citoyens qui doutent ou qui expriment un rejet voteront-ils « en toute connaissance de cause » ?

 

Vous avez été Grand Maître du Grand Orient de France (2000 – 2003). Historiquement et culturellement, le parti de la famille Le Pen a toujours considéré la franc-maçonnerie comme un ennemi. Quand bien même elle n’est plus aussi audible, cette détestation témoigne du choc des « valeurs » entre les deux adversaires. La franc-maçonnerie est de natures, de règlementations, d’aspirations, d’intérêts composites ; toutefois, une fois le RN aux commandes, pourrait-elle se rassembler et former implicitement un arc de résistance ?

En effet, les ADN des obédiences ne forment pas une unité. Grand Orient de France, Droit humain, Grande Loge Féminine estiment qu’ils doivent fortement s’engager dans le débat citoyen, donc parfois politique ; la Grande Loge de France prône la neutralité mais aussi la possibilité exceptionnelle, comme dans l’épisode de 2002, de prendre position ; quant à la Grande Loge Nationale Française, elle se tient à une neutralité complète car participer au débat citoyen en tant que telle serait antinomique avec ses fondements. Le GODF a toujours exprimé des positions claires lorsqu’il considérait que la République était fragilisée. Il est très probable qu’il renouvellera ses vœux dans les prochains jours – moi-même m’y étais employé lors du second tour des présidentielles 2002 opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Mon Convent (assemblée générale) ayant ultérieurement ratifié massivement cette position. Il est inédit que le président du RN Jordan Bardella ait été récemment invité d’un déjeuner de francs-maçons – réunis certes « hors loge ». La liberté absolue de conscience dicte à chaque sœur ou frère d’être totalement libre de porter son suffrage vers le candidat de sa sensibilité. Je ne suis pas habilité à indiquer ce qui est bien et ce qui est mal, et ma sensibilité historique de social-démocrate rocardien est connue de tous. Je résume ma responsabilité à poser les questions que me suggèrent l’analyse des mouvements de société et celle des aspirations que les citoyennes et citoyens expriment dans la rue, dans les urnes ou par d’autres voies. A chacune et chacun en conscience de faire un libre choix démocratique. La question qui se pose est de comprendre pourquoi des organisations politiques minoritaires convainquent autant d’électrices et d’électeurs. Et comment les partis qui s’affirment républicains ont pu perdre autant de terrain. On peut s’offusquer du vote des autres. Mais qui cherche encore vraiment à convaincre les électrices et les électeurs qu’il existerait d’autres chemins pour répondre à leurs doutes, leurs angoisses, leurs colères ? Qu’on peut sortir de la rageosphère ?

Un message pour le 30 juin ?

Voter, parce que la démocratie est notre bien commun le plus précieux. Même si son intime conviction est qu’il faut faire « sauter le système », qu’il faut le sauver même au prix de renoncements, ou qu’il n’existe aucune « bonne solution », chaque citoyen dispose d’une alternative électorale pacifique. Reste une inconnue : sommes-nous tous enclins à « choisir » de manière totalement éclairée ? Les citoyens qui doutent ou qui expriment un rejet voteront-ils « en toute connaissance de cause » ? Voilà qui soulève un enjeu majeur : déployer un processus « pédagogique du vote » pour assurer ce libre-arbitre, essentiel à la validation démocratique du suffrage final. Et de son respect. En ayant tout fait pour préserver ce qui nous permet d’être des Français libres.

Economie-La France , un pays en désarroi (Jean Pisani-Ferry)

Economie-La France , un pays en désarroi (Jean Pisani-Ferry)

 L’économiste, qui a supervisé le programme d’Emmanuel Macron en 2017, jette un regard inquiet sur les répercussions que la situation politique peut avoir sur l’économie.( interview dans la Tribune »)

Les marchés s’affolent… Pensez-vous que cela va durer?

JEAN PISANI-FERRY - Nous vivons un bouleversement politique considérable, les turbulences que connaissent les marchés ne vont pas se calmer tout de suite. Évidemment, ce ne sont pas les marchés qui font la politique et dictent nos choix. Mais ils imposent une contrainte de cohérence. Si les marchés jugent que notre politique – quelle qu’elle soit dit une chose et fait son contraire, ils ne suivront pas. Et nous pourrions connaître ce qu’a vécu le Royaume-Uni avec Liz Truss, la Première ministre qui n’a pas pu appliquer son programme. Même si, contrairement aux Anglais, nous ne risquons pas de crise du change car l’euro nous protège.

Est-ce que l’on risque une crise de la dette ?

L’indicateur le plus synthétique est le spread [l'écart de taux d'emprunt] entre l’Allemagne et la France. Il est actuellement à 80 points de base, contre 50 avant les élections. Ce n’est pas dramatique, mais le signal est là. La France est très endettée aujourd’hui. Et donc très soumise à l’appréciation des marchés. Quand un pouvoir fait une série de promesses auxquelles les investisseurs ne croient pas, les marchés ne suivent plus. Et cela peut déboucher sur une crise de la dette comme il y a dix ans en Grèce, en Italie, au Portugal, qui, pour se financer, n’ont alors  pas eu d’autre choix que de se tourner vers le FMI et les fonds européens. Nous n’en sommes pas là, car il faudrait des spreads de l’ordre de plusieurs centaines de points… mais nous savons aussi que les choses peuvent aller très vite. Le second risque étant également l’absence de majorité qui empêche toute politique. Ce scénario peut aussi inquiéter.

Mais l’Europe ne nous protégerait pas ?

La Banque centrale européenne s’est dotée il y a deux ans d’un instrument nouveau pour répondre au cas où le spread s’écarterait trop. Mais dans le règlement, il est précisé que ce mécanisme, qui vise à bloquer la contagion des crises, ne peut être actionné si ces écarts sont induits par des fondamentaux. Il n’est pas fait pour contrer les effets d’une politique irresponsable.

Ils raisonnent comme si la seule question était la répartition du revenu

 

On commence à avoir des éléments de programme… que vous inspirent-ils ?

Je suis choqué par le fait que ni le RN ni le Nouveau Front populaire ne partent d’un diagnostic sur les problèmes de notre économie. Aucun ne s’intéresse à la productivité qui stagne en France ni au décrochage avec les États-Unis, qui s’est accéléré ces dernières années. Ils raisonnent comme si la seule question était la répartition du revenu. Par ailleurs, ces deux programmes tablent sur le protectionnisme: français pour le RN, européen pour le Front populaire. Certes, nous ne sommes plus dans un libéralisme à tous crins, mais il ne me semble pas que mettre des barrières partout aidera notre économie. Réfléchir à une concurrence plus encadrée est la bonne voie.

Que pensez-vous du programme du Nouveau Front populaire ?

Indexation des salaires sur l’inflation, smic à 1600 euros net, abrogation de la réforme des retraites, etc. La gauche de gouverne- ment est bien loin. La seule revalorisation de 10 % de l’indice des fonctionnaires signifie 20 milliards d’euros à trouver. Côté recettes, des hausses d’impôts sont prévues mais à hauteur de 50 milliards d’euros, alors que les dépenses devraient augmenter bien davantage.

Et coté Rassemblement national ?

Nous avons encore peu d’éléments. On peut se baser sur le programme de 2022,
et quelques déclarations. Mais une TVA à 5,5 % sur les produits énergétiques et l’essence coûterait entre 12 milliards d’euros (selon le chiffrage du RN) et 24 milliards d’euros (selon le chiffrage de Bruno Le Maire). Avec la franchise de cotisations sur les augmentations de salaires, on serait dès cet été proche de 30 milliards d’euros de dépenses supplémentaires, soit 1 point de PIB. Sans oublier la nationalisation des autoroutes, des mesures en direction des familles, etc. Face à ces dépenses, le RN ne prévoit pas de rentrée d’argent.

Est-ce que la France a les moyens d’appliquer ce type de programme ?

Non, la France n’a pas les moyens d’appliquer l’un ou l’autre de ces programmes. Et nous envoyons déjà au monde le signal que le pays est en désarroi. Emmanuel Macron n’a pas réussi à créer un consensus autour d’une politique équilibrée. Au contraire, il a clivé et renforcé les extrêmes. Cela lui revient aujourd’hui en boomerang, puisque ces oppositions font des propositions outrancières. Nous pouvions toujours discuter de certains éléments de sa politique économique, ce que j’ai souvent fait, mais la colonne vertébrale – amélioration de l’attractivité, priorité à l’éducation, maîtrise des dépenses publiques, etc. – bénéficiait du consensus des économistes. Emmanuel Macron a perdu sa boussole, qui était de sortir d’un affrontement largement factice entre la droite et la gauche pour reconstruire un consensus, en matière de valeurs, de réformes et d’équilibres. Nous ne pouvons que le regretter.

Dissolution : une décision purement narcissique de Macron

Dissolution : une décision purement narcissique de Macron 

 

Daniel Cohn-Bendit, soutien de Glucksmann  et qui fut proche un moment de Macron ,considère dans La Tribune que la décision de dissolution correspond à un réflexe purement narcissique du chef de l’État.

 Comment expliquez-vous cette décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale ? Arrivez-vous à la rationaliser ?

DANIEL COHN- BENDIT - Non, je suis incapable de la rationaliser. Je me demande ce que je n’ai pas compris chez lui, ce que je n’ai pas vu. Ce type, qui avait des capacités extraordinaires, est enfermé dans lui-même. C’est un don Juan intellectuel, qui peut aimer certaines personnes et puis les lâcher, comme les don Juan lâchent les femmes. Il ne cherche ses vérités que dans lui-même. C’est un mystère, un homme visiblement perdu parce qu’il ne croit qu’en lui-même. Il n’y a que lui qui comprenne tout. Il n’y a que lui qui trouve les solutions. Il n’y a que sa parole qui porte. Alors même que ce n’est pas lui qui comprend tout, que sa parole ne porte plus et qu’il s’isole avec des bras cassés qui lui donnent des conseils incompréhensibles. Toutes les forces politiques livrent la France au Rassemblement national. Et c’est à qui est le plus bête pour y arriver le plus rapidement.

Est-ce le reflet d’une déconnexion totale ?

Ce n’est pas une déconnexion, mais le reflet d’une incapacité à s’adapter aux évolutions de la France. Le choix de la dissolution, c’est celui de quelqu’un qui ne répond qu’à sa propre blessure narcissique. Seulement, ce n’est pas un jeu. On n’est pas dans une cour d’école. Il s’en remet à la dissolution sans préparation, sans essayer autre chose, avec une véritable probabilité de mettre la France aux mains du RN. Tout ça pour ça. Du dépassement au RN. Waouh !

Qu’aurait-il pu faire pour accuser réception du score triomphant du RN ?

Emmanuel Macron aurait eu la possibilité de dire qu’il fallait une culture de coalitions. Il aurait pu changer la loi électorale en reprenant celle de 1986 sur la proportionnelle de François Mitterrand. Et dire que, avec l’élection à la proportionnelle, il n’y a plus de majorité absolue vu la France d’aujourd’hui. Cela aurait obligé tout le monde à entrer dans une nouvelle culture politique de négociation et de compromis.

Que pensez-vous du Nouveau Front populaire ? Est-ce une alliance contre-nature

ou une nécessité ?

S’allier en passant sous les fourches caudines de La France insoumise, c’est la défaite annoncée. En vingt-quatre heures, ils ont mis de côté Raphaël Glucksmann. En vingt-quatre heures ! Et Jean-Luc Mélenchon nous prend pour des idiots en disant qu’il peut être Premier ministre, mais que c’est le groupe le plus fort qui décidera. Or le groupe le plus fort sera La France insoumise étant donné la répartition des circonscriptions. Et vous croyez que ce trotskiste autoritaire laissera la place à qui que ce soit si jamais le Nouveau Front populaire est majoritaire ? De toute façon, la France ne donnera pas la majorité absolue à ce dernier au scrutin majoritaire. Il faut arrêter de rêver ! Le seul qui peut avoir la majorité absolue, c’est le Rassemblement national. C’est pour ça que l’idée prônée par Raphaël Glucksmann de choisir Laurent Berger pour Matignon était la plus intelligente. Laurent Berger est un homme rassembleur, c’est un médiateur. Il fait confiance. Mélenchon, c’est le contraire, il n’inspire pas confiance.

Vous considérez donc que socialistes et Écologistes n’auraient pas dû s’allier aux Insoumis ?

Il faut y aller à condition de leur faire comprendre que continuer avec Jean-Luc Mélenchon comme porte-drapeau, c’est le suicide collectif de la gauche. Une coalition avec pour porte-parole celui qui est un repoussoir pour 65 à 70 % des Français est une folie. Être contre le populisme, le souverainisme, le nationalisme aujourd’hui, ce n’est pas chercher à être le plus radical possible, comme La France insoumise. Être contre le populisme, le souverainisme aujourd’hui, c’est justement être capable de
calmer le jeu dans une France complètement désorientée. La manière dont ils font de la politique, la manière dont ils agressent, la manière dont ils assènent des méchancetés, leur discours sur le conflit au Proche-Orient et le Hamas en font des repoussoirs pour une grande majorité des gens de gauche en France.

On ne joue pas à la roulette russe comme ça

 

Si le RN arrive à Matignon, cela peut-il le démonétiser en vue de 2027 ? Est-ce ça, selon vous, le pari d’Emmanuel Macron ?

Je ne dis pas qu’il est impossible, mais c’est un pari fou. Emmanuel Macron se croit tout-puissant. Il a cru qu’il allait tordre le bras à Poutine. Est-ce qui lui a tordu le bras ? Non. Il a cru qu’il allait le ramener à la raison. Est-ce qu’il l’a fait ? Non. Il a cru pouvoir ramener Trump à la raison, avec le succès qu’on connaît. Alors pourquoi tout risquer comme ça ? Risquer de mettre le RN à Matignon pour prouver que ce parti est incapable de gouverner ? Vous jouez à quitte ou double. Quitte, il n’en est pas capable. Double, Marine Le Pen prend l’Élysée dans trois ans. On ne joue pas à la roulette russe comme ça. Leur probable arrivée au pouvoir rappelle l’exemple du PiS en Pologne, l’exemple de Viktor Orbán en Hongrie, c’est la tendance aux démocraties illibérales. Qu’on donne la France aux héritiers de Pétain me désespère.

Législatives : les grands groupes inquiets pour les risques de l’économie

Législatives :  les grands groupes inquiets pour les risques de l’économie


C’est le cri d’alarme des grandes sociétés. L’Afep, qui réunit les 117 plus grandes entreprises françaises, a mis en garde ce lundi contre un « risque majeur » de « décrochage durable » de l’économie française et européenne, selon l’issue des élections législatives anticipées en France, appelant les partis politiques à la « responsabilité budgétaire ».« Le vote des Français déterminera aussi la capacité des grandes entreprises et leurs millions de salariés à poursuivre leur développement, à innover et à maintenir l’emploi et le pouvoir d’achat, contribuant ainsi à la prospérité de notre pays », a déclaré l’Association française des entreprises privées, dans un communiqué.

 

Les législatives anticipées font craindre aux acteurs économiques français l’arrivée des extrêmes au pouvoir. Signe de cette crainte, les marchés ont sévèrement sanctionné la semaine dernière la Bourse de Paris, qui a enregistré sa pire semaine depuis début 2022. Les taux d’emprunt de l’Etat français ont également augmenté, renchérissant le coût de la dette du pays.

Déjà la semaine dernière, les organisations patronales ont montré leurs inquiétudes face à la possible percée du Rassemblement national, arrivé en tête lors des dernières élections européennes, s’il remporte les législatives.

Mardi dernier, dans un communiqué qui ne cite aucun parti, tout en visant clairement des projets du RN et, pour faire bonne mesure, de LFI, le Medef a dit redouter les propositions de « certains », « allant du retour de la retraite à 60 ans à l’indexation automatique des salaires sur l’inflation, en passant par la sortie du nucléaire ou de l’énergie éolienne ».

La CPME a évité également de citer le RN dans son propre communiqué, tout en rappelant ses priorités : poursuite de la politique de l’offre, décarbonation de l’économie et réforme du système de protection sociale.

Alors que le parti d’extrême droite place le patriotisme économique et le pouvoir d’achat des Français au cœur de son programme, « sur de multiples sujets de politique économique essentiels, la position du RN manque de clarté », avec des mesures « à la fois floues et changeantes », constate dans une note Sylvain Bersinger, économiste chez Asterès.

Ainsi, quoique critique envers l’accroissement de la dette publique, aujourd’hui supérieure à 3.000 milliards d’euros (environ 110% du PIB), le RN prévoit de nombreuses dépenses, loin d’être compensées par des recettes supplémentaires.

Parmi les principales propositions, la formation de Marine Le Pen veut abaisser à 5,5% la TVA sur les produits énergétiques, restaurer une retraite à 60 ans dans certains cas, exonérer d’impôt sur le revenu les moins de 30 ans, lancer un plan de 20 milliards d’euros pour la santé, construire 100.000 logements sociaux par an…

« Ce n’est pas la couleur politique des uns et des autres qui préoccupe les marchés, mais la solvabilité de la dette France : un programme qui n’est pas financé donne des risques de dérapage des finances publiques », souligne Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management.

Pour rappel, le déficit public s’est creusé à 5,5% du PIB en 2023 (presque 154 milliards d’euros) en raison de recettes plus faibles qu’escompté, valant à la France d’être dans le viseur des agences de notation et de la Commission européenne pour déficit excessif. Le gouvernement actuel ambitionne de passer sous le seuil de 3% du PIB en 2027, dans les clous européens.

De son côté, le programme du Nouveau Front populaire s’engage entre autres à augmenter le Smic, bloquer les prix des biens de première nécessité, faire renaître l’ISF ou encore fixer un objectif de retraite à 60 ans. Présentées vendredi dernier, les marchés n’ont pas accueilli avec bienveillance ces mesures « de rupture ».

«Réagissant à une semaine de fortes turbulences pour la France sur les marchés financiers, le président de la République a déclaré : « Ça vous donne en quelque sorte un avant-goût de ce que serait en effet l’avènement de programmes économiques totalement irréalistes ». Selon lui, les projets de l’alliance de gauche ou du Rassemblement national « coûtent par an entre 100 et 400 milliards d’euros ».

 

 

Politique-Macron, façon Louis XVI

Politique-Macron, façon Louis XVI 

 

 Marc Lambron, de l’Académie française, livre à La Tribune Dimanche sa radioscopie politico-psychologico-littéraire de la fièvre qui, depuis 21h05 dimanche et l’annonce de la dissolution par Emmanuel Macron, semble devoir tout emporter sur son passage. Observateur fin et cruel du pouvoir, l’écrivain livre à La Tribune Dimanche sa radioscopie politico-psycho-logico-littéraire de la fièvre qui, depuis l’annonce de la dissolution par Emmanuel Macron, dimanche à 21h05, semble tout emporter sur son passage. D’Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon en passant par les deux Éric, Ciotti et Zemmour, ou les conseillers Bruno Roger-Petit et Clément Léonarduzzi, aucun des protagonistes de la séquence n’échappe aux saillies ô combien délectables, surtout quand tout va mal, de l’académicien Marc Lambron.

 

Comment l’écrivain que vous êtes, toujours prompt à entrer dans la tête des personnages de notre roman national, analyse-t-il les ressorts de la décision d’Emmanuel Macron ? Vous a-t-il surpris ?

MARC LAMBRON - Je déteste ce que Sartre appelait les « groupes en fusion », autrement dit la coalition des hystéries à l’heure de l’hallali, la loi de Lynch. Quand je vois sortir les cordes, je guette la potence. Quand Macron excite des pulsions façon Louis XVI ramené de Versailles, je refroidis la chaudière. Je le crois assez animé par des pulsions anarchisantes, une paradoxale colère de bon élève contre l’establishment. Il s’est employé à casser l’ENA et quelques grands corps d’État, il n’aime guère les corps intermédiaires, pour ne pas parler de la tempête fractale de 2017, qui s’est prolongée en 2022 par les scores effarants de Mmes Pécresse et Hidalgo. C’est Terminator avec pour gourdin la Constitution de 1958. La gauche devrait le célébrer, car il applique à la lettre le slogan de Mao Zedong lançant la Révolution culturelle : « Feu sur le quartier général ». Quelque chose comme une colère contre le père collectif. La chose étant d’autant plus curieuse que cela peut cohabiter chez lui avec une véritable éthique de responsabilité. Mais là, c’est un inspecteur des finances qui se désinspecte. Un homme déconstruit à sa façon, même si Sandrine Rousseau ne le voit pas.

À quelle figure faut-il identifier Emmanuel Macron : Narcisse ou Érostrate, qui veut brûler le temple d’Artémis à Éphèse pour que l’on se souvienne de lui ? Ou bien Néron ?

Néron pourrait le flatter, car l’empereur était regardé dans le monde antique comme un demi-dieu. Ce qui me déconcerte, je dois le dire, c’est qu’il semble régler sa boussole sur des proches qui se nomment Bruno Roger-Petit, qui n’est pas Raymond Aron, ou Clément Léonarduzzi, un spin doctor pour affiches Ripolin. On ne brûle pas Rome sur la lyre de Publicis.

Narcisse peut-il avoir des regrets ?

Jupiter peut-il être Narcisse ? Gide se regardait écrire, peut-on se regarder gouverner ? Il y a eu des esthètes du pouvoir, cela va d’un roi fou comme Louis II de Bavière à la distance ironique avec laquelle Churchill sculptait son personnage. Un soir, l’un de ses collaborateurs le surprend travaillant très tard à son bureau. « Que faites-vous, monsieur le Premier ministre ? » interroge-t-il. « Je prépare quelques mots d’esprits spontanés », répond Churchill. Macron prépare des surprises tactiques spontanées. Quelque chose comme ça. Au demeurant, dans la course au narcissisme, Mélenchon se pose là. N’est-ce pas s’aimer démesurément que de se répliquer simultanément en sept ou huit hologrammes ? Narcisse, au moins, se contentait d’un seul reflet.

Tout cela survient entre deux phases d’héroïsation, la commémoration du 6 juin 1944 et l’exaltation des athlètes pendant les Jeux olympiques

 

À l’occasion des derniers épisodes, est-ce que votre bestiaire s’est enrichi de quelques figures ? Lesquelles ?

Bestiaire n’est pas aimable, ces gens-là sont sortis de leurs cages. J’ai autrefois signé un roman sur le régime de Vichy, 1941. Je répugne en général aux comparaisons dramatisées, mais là je dois dire que le spectacle du moment n’est pas le contraire de Bordeaux en juin 1940, par la panique et la veulerie. Ce qui est curieux, c’est que tout cela survient entre deux phases d’héroïsation, la commémoration du 6 juin 1944 et l’exaltation prévisible des athlètes pendant les Jeux olympiques. Mon préféré est Éric Ciotti, que certains dans son département surnomment « Mussolino ». S’enfermer dans son bureau en cachant la clé, c’est de l’opéra-bouffe, de l’adultère politique avec placard, mon royaume pour une cabale. Mais voir des brandisseurs de drapeaux palestiniens à la Chambre agréés par l’ancien parti de Robert Badinter, c’est le retour de Xavier Vallat plutôt que la résurrection de Georges Mandel. Le Front populaire est devenu le Front populiste.

À la place de qui n’aimeriez-vous pas être ?

À la place d’Éric Zemmour. Voilà un publiciste qui prône depuis vingt-cinq ans l’union des droites, et se voit désossé par les siens au moment où elle semble se réaliser. La façon dont la jeune Marion Maréchal regagne le charnier natal, entraînant avec elle trois autres élus sous la bannière Reconquête, dépossède ce harpagon lyrique de sa cassette. Peu de médisants politiques auront été aussi cruellement châtiés, mais Zemmour paie ses philippiques contre Marine Le Pen, vers laquelle la nièce crocheteuse rapplique avec son butin. Le droit du sang le laisse au sol. Il lui reste peut-être à solliciter quelques féticheurs de Barbès-Rochechouart, qui savent planter des épingles dans la poupée des adversaires à envoûter.

Au final, qui a le plus mauvais rôle dans toute cette affaire ?

De façon générale, tous ceux qui pensent qu’ils vont être sauvés alors que leur vote va probablement les spolier. Le providentialisme politique peut tourner à l’auto-cocuage. Mais le propre des cocus est d’être les derniers informés. Une psychanalyse nationale conclurait probablement à un ballet des mirages, ce que l’on appelle en diagnostic clinique une « dissonance cognitive ». La raison recule. Baudelaire disait haïr la France parce que tout le monde y ressemble à Voltaire. Il y a longtemps que cela a cessé d’être, mais là on rôtit à la broche l’ermite de Ferney. Le père de Candide est tronçonné pour le barbecue national. L’esprit critique, l’ironie lucide sont à la peine.

Appliquons au chaos politique actuel la fameuse phrase de Marx sur l’Histoire qui se répète au moins deux fois: « La première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce. » Quelle a été la tragédie de cette farce ?

C’est une vaste question. Vous pourriez remonter à l’« étrange défaite » de 1940, telle qu’analysée par Marc Bloch. Il démonte très bien comment les inerties d’état-major ont correspondu à un peuple fatigué d’être sur les dents. Vous pourriez vous interroger sur le blues français. Notre pays reste la première destination touristique mondiale, et c’est aussi l’un de ceux où la consommation d’antidépresseurs est la plus forte. Pourquoi le pays de Cocagne aux yeux du reste du monde est-il habité par des déprimés ? Une raison serait la passion équarrisseuse de l’égalité. « Il est impossible qu’un Anglais ouvre la bouche sans qu’un autre Anglais le méprise », disait Oscar Wilde. Cela correspondait à une société de castes où l’accent est discriminant. Eh bien, chaque fois qu’un Français bénéficie d’avantages non partagés, fût-ce au prix de son travail, un autre Français le jalouse. Ce serait donc une vieille tragédie patrimoniale dont chaque époque invente des variantes. Elles sont parfois farcesques, parfois meurtrières. Cela va d’un enfant noyé dans la Vologne à Mélenchon avide de scalps.

Si Balzac écrivait sur cette séquence, quel titre donnerait-il à son roman ?

Balzac avait une vision panoptique de la société, qui lui permettait de traiter la vie parisienne autant que les scènes de la vie de province. C’est vrai des grands romanciers français du XIXe siècle, Hugo comme Zola. Un titre de Balzac comme La Peau de chagrin, même si cela se rapporte à un récit de veine occultiste, pourrait convenir à l’état de nos finances publiques. Ce qui se passe dans les états-majors des partis aurait sans doute excité la verve du duc de Saint-Simon, peintre impitoyable des intrigues de cour. Un méchant pourrait rapprocher Macron de ce croquis de Philippe d’Orléans : « Le Régent l’était de tout, sauf de lui-même ». Mais ce grand roué du XVIIIe siècle préférait les dissolus aux dissolutions. Maintenant, si vous voulez méditer un magnifique portrait de traître, archétype humain à la hausse ces temps-ci, lisez Chateaubriand sur Talleyrand, c’est admirable.

De vive voix, Grasset. 512 pages, 26 euros.

Macron: « Qu’il ferme sa gueule »

Macron: « Qu’il ferme sa gueule »

Le propos est évidemment grossier, c’est celui pourtant d’un sympathisant de la majorité en direction de Gabriel Attal. Un propos qui finalement reflète assez bien le sentiment de nombre d’électeurs y compris du camp présidentiel. D’une manière générale, la dissolution précipitée reste largement incomprise un peu partout et beaucoup craignent le chaos si les urnes ne permettent pas de faire sortir une majorité claire et cohérente. Le risque évidemment c’est de conduire le pays vers une crise politique mais aussi économique,  financière voire vers le chaos.

 

Le Figaro raconte qu’en  déplacement lundi au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne) pour soutenir le député Renaissance sortant Mathieu Lefèvre, dans le cadre des élections législatives anticipées, Gabriel Attal a été vivement interpellé par un passant. Un symbole de la méfiance voire du rejet que suscite Emmanuel Macron dans une partie de la population. «Je vais vous serrer la main parce que vous, vous êtes bien. Mais faudra dire au président qu’il ferme sa gueule», l’alpague de manière très franche ce badaud. «Bon, bon…», essaye aussitôt de temporiser le chef du gouvernement, gêné par la situation. «C’est une élection législative : on vote pour le premier ministre», réplique Gabriel Attal, lui-même candidat dans la 10e circonscription des Hauts-de-Seine.

 

Si l’échange aurait pu s’arrêter là, ce citoyen remet une pièce dans la machine : «Comprenez-moi. Vous, vous êtes bien, vous étiez même très bien dans l’Éducation nationale. Pour l’instant, ça va bien. Mais alors le président, c’est lui qui nous fout dans la merde. Bon courage!»

Législatives – Les boulets de la campagne- Macro, Mélenchon, Ciotti

Législatives – Les boulets de la campagne- Macro, Mélenchon, Ciotti

La dissolution précipitée souligne les faiblesses de certains courants et de certains responsables au point même que les plus hauts dirigeants apparaissent aujourd’hui comme des boulets pour leur propre organisation voire pour la démocratie.

Le boulet le plus encombrant est sans conteste désormais le président de la république qui évidemment n’a encore pas compris que chaque parole prononcée constitue un argument supplémentaire pour voter RN chez beaucoup d’électeurs. Non pas que les paroles de Macron manquent toujours de pertinence. Le problème c’est qu’il n’est plus ni entendu, ni écouté. Sa posture jupitérienne, sa suffisance ne suscite désormais que rejet et même haine. Cela vaut pour l’ensemble de la population ou presque y compris dans son propre camp. S’y ajoutent des contradictions flagrantes liées au « en même temps « ,  idéologie fumeuse et dangereuse. Dans la majorité présidentielle actuelle, la plupart des responsables eux-mêmes souhaitent désormais que le président se taise.

Dans l’opposition de gauche Mélenchon est évidemment le boulet le plus lourd à porter. Chaque fois qu’il s’exprime lui aussi  provoque réprobation y compris chez ses pairs. Par exemple quand il annonce son éventuelle candidature à Matignon. Chez lui aussi trop de discours tue le discours sans parler évidemment de ses méthodes staliniennes et de ses positionnements politiques.

Autre boulet, celui de Monsieur Ciotti qui pèse évidemment sur le parti LR. Un Ciotti rallié au RN dans la nuit de publication des résultats des Européennes pour sauver son poste de député à Nice et qui se voit même ministre de l’intérieur !  Il n’est pas certain que la manœuvre politicienne de Ciotti rendre  service au RN car l’intéressé ne brille pas par son intelligence, sa stature et son honnêteté.

Avec cette dissolution précipitée en tout cas Macron a réussi à organiser un  » beau bordel » dans le pays estime même des responsables de la majorité.

On pourrait évidemment citer d’autres boulets qui constitue autant de contradictions et de risques pour le pays

Bardella veut une majorité absolue

 Bardella veut une majorité absolue

Bardella a sans doute raison de poser d’une certaine manière ses conditions pour accéder à Matignon. Il a sans doute compris qu’une majorité relative risque de rendre la gouvernance impossible. Du coup,  il pourrait se brûler les ailes comme premier ministre à rechercher en permanence une impossible majorité entre des alliés contradictoires. Notons que le même problème se pose évidemment pour la gauche si par hypothèse elle parvenait à obtenir la majorité relative. C’est  conséquence directe d’une dissolution précipitée par Macron et à laquelle aucun parti n’était préparé et qui pourrait conduire le pays vers le chaos.

«Pour gouverner, pour nous essayer, j’ai besoin d’une majorité absolue», tonne Jordan Bardella. «Qui peut croire qu’on pourra changer le quotidien des Français en cohabitation avec une majorité relative? Personne», insiste le président du RN. Le mouvement à la flamme a beau être en tête dans les intentions de vote au niveau national, il est encore trop tôt pour déceler quelle sera l’épaisseur de son possible succès. C’est la première fois que le jeune responsable, qui mène une campagne au slogan limpide - «Bardella premier ministre» -, met dans la balance sa nomination comme deuxième personnage de l’État.

D’une certaine manière, bardella  revient sur son gouvernement d’union nationale en exigeant comme préalable une majorité absolue. Et en indiquant clairement : «La cohérence, c’est que c’est le RN qui conduit cette coalition.»

. Il renvoie ainsi par exemple Ciotti à son rôle de supplétif; un Ciotti déjà en contradiction sur les retraites. Mais le message vaut sans doute aussi pour les autres alliés du est RN.

Ce risque de majorité relative pourrait aussi concerner éventuellement la gauche qui rencontrerait à leur les mêmes incohérences dans une alliance potentielle avec d’autres courants s’ajoutant à ses propres contradictions internes.

 

Retraites : Ciotti contredit le RN

Retraites : Ciotti contredit le RN

Il n’est pas certain que la réforme des retraites sera abrogée comme le prévoit le RN déclare Ciotti déjà en contradiction avec le parti qu’il vient de rejoindre ( tout en restant président de LR !). Le président du RN confirme de son côté que «la réforme des retraites sera abrogée à partir de l’automne parce qu’elle est inefficace économiquement et injuste socialement.»

 

Dans une interview au Parisien , Jordan Bardella, qui lorgne Matignon, révèle à quoi ressembleraient les premiers mois de son action. Lorsque s’ouvrira le deuxième temps, celui «des réformes», celle des retraites sera bel et bien «abrogée parce qu’elle est inefficace économiquement et injuste socialement.» «Nous permettrons aux carrières longues, ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans, de partir à la retraite avec 40 annuités à un âge légal de départ de 60 ans», détaille-t-il. Avant d’envoyer une pique à son partenaire Républicain : «C’est le RN qui conduit cette coalition». Une mise au point destinée à  Ciotti qui commence à se prendre pour un grand leader politique alors qu’il n’est qu’un pâle supplétif du RN.

 

Législatives-Macron, « Qu’il se taise »

Législatives-Macron, « Qu’il se taise »

D’après Franceinfo,  Emmanuel Macron voudrait prendre la tête de cette campagne : en plus de cette conférence de presse, jusqu’à trois prises de parole par semaine sont évoquées. Sauf qu’à cette volonté présidentielle, la majorité répond « merci, mais non merci ». Un conseiller de l’exécutif s’énerve : « C’est un repoussoir, il va polluer notre campagne »« C’est un enfer, qu’il se taise », s’emporte un autre.

Au palais Bourbon, même avis de la part de parlementaires : « S’il ne veut pas comprendre : qu’on se prenne une taule, et ça le calmera peut-être ». Un président trop bavard, contre l’avis de ses troupes, au point que François Bayrou, lundi soir à l’Elysée, a essayé de convaincre le chef de l’État de ne pas trop s’investir, quand le patron des députés Renaissance Sylvain Maillard a appelé le chef de l’Etat à faire « profil bas ».

Lors de la réunion de groupe, un cadre Renaissance indiquait avec malice : « Il faudra compter le nombre de candidats qui auront la tête du président sur leurs affiches, contre ceux qui auront celle du Premier ministre : ce sera flagrant… »

Programme du RN: quelle crédibilité ?

Programme du RN: quelle crédibilité ?

Toutes les études d’opinion soulignent que le vote RN est un vote de colère et de mécontentement alimenté par les débats sur l’immigration et l’insécurité, mais aussi et surtout par la baisse du pouvoir d’achat. Ce ressentiment est encore ravivé par la hausse du prix du gaz de 12 % en moyenne décidée par la Commission de régulation de l’électricité (indépendante du gouvernement) annoncée au lendemain de la dissolution et qui entrera en vigueur au lendemain du premier tour… Aujourd’hui, ses électeurs n’ont pratiquement pas étudié le programme budgétaire du RN.

 

 

par ,Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School dans The Conversation 

Le mode de scrutin par circonscription uninominal à deux tours amplifiant le score du parti hégémonique du moment il est tout à fait possible que le RN dispose non seulement d’une majorité à la prochaine Chambre, mais même, ce qui paraissait impensable il y a encore quelques mois, d’une majorité absolue. Et ce d’autant que les électeurs tentés par l’aventure RN mais encore réticents peuvent être désinhibés par le maintien rassurant à la tête de l’État d’un président disposant de pouvoirs forts dans son domaine réservé (armée et diplomatie) et de l’arme de la dissolution qu’il pourra de nouveau dégainer dans un an. L’Assemblée nationale ayant le dernier mot pour voter les lois de finances, le programme fiscal et budgétaire du parti va être scruté par les marchés financiers au cours des prochaines semaines.

Au cours des dernières années, le soutien massif des Français à la monnaie unique a eu raison de la volonté affichée par Marine Le Pen lors des présidentielles de 2017 de sortir de l’euro. Le parti a depuis considérablement édulcoré son projet et, en 2024, il est simplement question pour lui de baisser la contribution de la France au budget européen et de refuser tout impôt prélevé par l’UE en redonnant aux États le pouvoir exclusif de proposer de nouvelles normes.

La doctrine de justice fiscale du RN reste fondée sur la préférence nationale. Mais les velléités d’un retour de la souveraineté nationale (comme l’exigence d’un débat sur la pertinence de la politique monétaire européenne, la limitation de la contribution nette de la France à l’Union européenne à 2 milliards d’euros par an – soit 5 à 7 milliards d’économies – une taxation plus élevée du transport maritime et aérien ou l’abrogation des règles du marché européen de l’énergie) se heurteraient aux traités qu’il faudrait alors renégocier…

Le programme social du RN prévoit de revenir en partie sur l’emblématique réforme des retraites qui comme nous l’avions signalé lors de son adoption s’avère moins efficace qu’espérée avec un déficit attendu de 5,8 milliards en 2024 et de 14 milliards en 2030.

Même si le parti a finalement abandonné l’idée d’un retour de l’âge légal pour tous à 60 ans, il veut toujours ramener le nombre d’annuités requises de 42 à 40 ans, ce qui coûterait au bas mot 25 milliards par an. Cela mettrait gravement en péril l’équilibre financier déjà précaire du système de retraites. Le RN prétend également revenir sur la hausse de la participation des Français aux frais de santé et sur la limitation des arrêts maladie alors même que le déficit de la branche maladie à plus de 10 milliards d’euros en 2023 ne montre pas de signe de réduction.

La taxation des « surdividendes », surprofits et « surachat d’actions » que Marine Le Pen avait été la première personnalité politique à proposer avant l’élection présidentielle de 2022, le remplacement de l’IFI par un ISF ciblant la « spéculation financière », et la limitation de la flat tax aux revenus inférieurs à 60 000 euros ne rapporteraient au mieux que quelques milliards d’euros et leurs effets pervers (comme le retour d’une vague de délocalisations d’entreprises mais aussi de particuliers refusant le retour de l’ISF) risqueraient même d’être supérieurs aux gains annoncés. En tout cas, ces recettes seraient très loin de compenser l’instauration d’une TVA à 0 % sur les produits de première nécessité ainsi que la réduction de la TVA sur les prix de l’énergie à 5,5 % d’un coût d’au moins 10 milliards tout en étant, selon le Conseil des prélèvements obligatoires, deux fois moins efficace que le défunt bouclier tarifaire.

Toujours côté dépenses, l’augmentation de 10 % des salaires sans charges patronales jusqu’à trois fois le smic coûterait également 10 milliards par an tout en réduisant les recettes sociales. Quant à l’exonération de l’impôt sur le revenu pour tous les actifs jusqu’à 30 ans, il ferait perdre 4 milliards de recettes fiscales. Si la suppression totale de la cotisation foncière des entreprises qui était pertinemment programmée pour réduire le poids des impôts de production est une bonne piste pour améliorer la compétitivité des entreprises, l’idée de supprimer la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) pour aider les PME est baroque car cette dernière n’est acquittée que par les entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 19 millions d’euros alors que la petite entreprise est définie comme ayant un chiffre d’affaires inférieur à 15 millions, le tout représentant un manque à gagner d’environ 11 milliards d’euros par an.

Comme nous le rappelions récemment sur ce site, les marges de manœuvre des finances publiques sont désormais nulles. À l’exception de la fin de la subvention au service public radiophonique et audiovisuel via sa privatisation qui pourrait assez vite économiser 3,5 milliards d’euros, les pistes d’économies budgétaires proposées par le RN sont nébuleuses.

La réforme de l’État, visant en particulier la suradministration, la lutte contre les fraudes, fiscale et sociale, sont des chantiers de long terme et leur rendement sera, au vu de l’histoire, très éloigné des 15 milliards attendus. Quant à l’interdiction stricte des bons du Trésor indexés sur l’inflation, elle ne présente aucun… intérêt et n’aura strictement aucun impact à court ou à long terme : les 10 à 14 milliards d’euros d’économie sur ce poste sont donc totalement illusoires.

C’est d’ailleurs sur le front des taux d’intérêt des obligations d’État que va se jouer la crédibilité du programme du RN, l’annonce de la dissolution ayant ouvert une forte période d’incertitudes. La Bourse de Paris a accusé le coup perdant 3 % en 3 jours, les valeurs bancaires étant les plus touchées par une éventuelle hausse des coûts d’emprunt. Si l’euro est resté à peu près stable, l’indicateur le plus instructif sera dans les prochaines semaines le spread de taux d’intérêt avec l’Allemagne qui est passé de 50 points de base à 64 points. Cette hausse a une conséquence : elle renchérit mécaniquement à moyen terme le coût d’une dette publique parmi les plus élevées de la zone euro.

Il y a même pire puisque l’État emprunte depuis le 12 juin à un taux supérieur à celui… du Portugal pourtant noté A – soit 3 crans en dessous de notre pays (AA-), ce qui paraissait inimaginable il y a encore quelques jours.

Dans ces conditions, il est clair que les ambitions budgétaires et fiscales du RN seraient très largement revues à la baisse en cas de victoire. Même ainsi les inévitables dérapages supplémentaires des comptes publics de la nouvelle politique se heurteront très vite aux réalités économiques. Certes, la protection de la monnaie unique évitera un scénario à la Liz Truss, l’éphémère première ministre britannique de l’automne 2022. Après l’annonce de son programme fiscal et budgétaire, la livre s’était en effet effondrée et les taux d’intérêt envolés contraignant l’imprudente première ministre à démissionner moins de deux mois après sa nomination.

L’appartenance de la France à la zone euro interdira la solution de facilité de la dévaluation qui fut utilisée jadis par des gouvernements désireux de s’affranchir des contraintes internationales car les Français refuseront toute sortie de l’euro. Le seul moyen de rétablir les comptes publics sera alors de procéder à un ajustement budgétaire d’ores et déjà inéluctable mais qui devra s’effectuer brutalement et dans l’urgence.

Cet ajustement devrait être certes moins violent que ce qu’a connu la Grèce ou l’Irlande au cours de la dernière décennie, mais il entraînera une hausse du chômage – notamment des jeunes – une baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires et des retraités c’est-à-dire précisément des électeurs que le parti a attiré récemment et surtout des classes populaires qui constituent traditionnellement son socle électoral.

Montée de l’extrême droite: la main aussi de Bolloré

Montée de l’extrême droite: la main aussi de Bolloré

 

Pour comprendre la montée de l’extrême droite, qui pour la première fois pourrait devenir majoritaire à l’Assemblée nationale, il faut s’intéresser à la place donnée à cette idéologie dans l’espace public. Une figure française a notamment porté cette dernière par le biais de son empire médiatique : Vincent Bolloré. L’historien des médias Alexis Lévrier revient dans un entretien sur une ascension qui n’a pas vraiment de précédent en France. ( dans The Conversation)


Selon le journal Le Monde, le ralliement du président de LR, Eric Ciotti, au RN a été d’abord le projet d’un homme, Vincent Bolloré, propriétaire, entre autres, de CNews et du JDD, médias catégorisés à l’extrême droite. Comment le milliardaire breton s’est-il retrouvé au cœur de la vie politique ?

Pour cela, il faut revenir à l’ascension de Vincent Bolloré dans le monde des médias. Elle remonte à la création des chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT), au début des années 2000.

Vincent Bolloré a réussi à obtenir gratuitement la fréquence de Direct 8 (en 2002), puis il a racheté Virgin 17, qui devient Direct Star. Ce qui est assez incroyable, c’est le fait d’avoir pu les revendre ensuite à Canal+ en 2012, en faisant une plus-value spectaculaire, qui constitue l’une des plus grosses opérations de spéculation de l’histoire des médias sur un actif appartenant à l’État (465 millions d’euros). Les ferments de son empire ont donc été construits à partir d’une fréquence qui lui a été attribuée gratuitement par la puissance publique. Car c’est en partie cet argent (et surtout les actions négociées au moment de ce rachat) qui lui ont ensuite permis d’acquérir Canal+ en 2015-2016 : après être entré discrètement au capital de Vivendiil a peu à peu grignoté l’ensemble du groupe.

On compare souvent son empire à celui que Robert Hersant avait réussi à construire, mais ce parallèle ne me paraît pas satisfaisant. Hersant a en effet mis son empire au service de la droite libérale et non de l’extrême droite. Il a en outre échoué dans la télévision (comme Lagardère) alors que Bolloré a réussi dans l’audiovisuel avant d’étendre ses possessions à la presse écrite. Il existe en revanche des analogies entre Bolloré et un autre riche homme d’affaires français, le parfumeur François Coty.

Durant l’entre-deux-guerres, Coty est devenu un mécène pour de nombreux médias, transformant des journaux conservateurs, comme Le Figaro ou Le Gaulois, en relais pour ses idées ouvertement ancrées à l’extrême droite.

D’origine corse, cet industriel acquis aux idées de Mussolini puise dans sa fortune personnelle pour créer et financer des journaux comme L’Ami du peuple, un quotidien populaire qui se vend jusqu’à un million d’exemplaires en 1930. Parmi les idées qu’il prône, on retrouve la xénophobie, l’antisémitisme, le renversement de la République… Il contribue aussi – financièrement et intellectuellement – à des titres qui ne lui appartiennent pas comme L’Action Française, lié au mouvement éponyme.

Le public finit par se lasser et déserte peu à peu ces journaux. Coty meurt ruiné en 1934. Mais ses idées demeurent et il a contribué à normaliser un discours d’inspiration fasciste auprès du grand public.

Quelles sont les idées de Bolloré ?

Un siècle après, et même si les époques ne sont évidemment pas les mêmes, Bolloré peut à certains égards être considéré comme l’héritier de Coty : il est lui aussi un industriel qui a décidé de construire un empire médiatique au service d’un projet politique, culturel et civilisationnel. Mais son empire à lui est bien plus cohérent, et il a su le construire avec beaucoup plus d’habileté.

Il s’inscrit assez clairement dans une droite d’inspiration maurassienne, acquise à un catholicisme traditionnel et à une vision de la France comme un pays menacé par la présence en son sein d’étrangers inassimilables.

Une partie des médias de Vincent Bolloré peuvent ainsi être considérés comme le trait d’union entre une extrême droite qui a triomphé entre la Belle Époque et la période collaborationniste, et le retour en force du discours xénophobe aujourd’hui. Le vocabulaire qu’ils utilisent rappelle parfois lui-même l’histoire du journalisme d’extrême droite. Le 15 juin, les intervenants de l’émission L’Heure des pros ont par exemple évoqué le retour d’une « anti-France » qui menacerait le pays. La veille, dans son émission hebdomadaire, Philippe de Villiers avait invité les Français à ne plus écouter « le parti de l’étranger ».

D’une période à l’autre, seule l’identité de l’ennemi de l’intérieur a changé : beaucoup d’éditorialistes de CNews ou du JDD sont obsédés par la défense d’une nation blanche et chrétienne mais, dans leur imaginaire, la haine des musulmans a remplacé la haine des juifs.

Comment la chaîne Canal+ marque-t-elle un basculement ? Quels sont les mécanismes propres à Vincent Bolloré ?

Vincent Bolloré a quelque part réussi là où Coty avait échoué. En achetant le groupe Canal+ en 2016, il s’est d’abord débarrassé des deux éléments qu’il déteste le plus, l’humour corrosif et les enquêtes journalistiques. Les Guignols ont ainsi disparu de l’antenne, de même que le Zapping et les émissions d’investigation.

Bolloré est du reste spécialiste des procédures-bâillon et n’hésite pas à se saisir de la moindre occasion pour les utiliser contre les investigations qui concernent ses sociétés.

Après le rachat de Canal+, c’est au tour d’I-Télé de voir son avenir mis en péril. Après une grève de plus d’un mois et le départ des trois quarts de sa rédaction, la chaîne d’information en continu est rebaptisée CNews et se transforme en média low-cost, qui privilégie les commentaires en plateau (peu coûteux) plutôt que le reportage et le travail de terrain. Mais très vite la ligne éditoriale évolue et la chaîne accueille de manière de plus en plus systématique les idées et éditorialistes d’extrême droite, à l’image d’Eric Zemmour qui obtient une émission quotidienne à partir de 2019. Les audiences, d’abord confidentielles, n’ont cessé d’augmenter à mesure que la ligne éditoriale se radicalisait. En 2024, CNews est même devenue la chaîne d’information la plus regardée, devant BMF-TV.

En quelques années, Bolloré a ainsi réussi à subvertir les valeurs et l’identité du groupe Canal+ dont les chaînes revendiquaient un esprit plutôt contestataire, de gauche, critique.

Il a poursuivi ensuite avec Europe 1 et plus encore avec le Journal du Dimanche (JDD). Pour reprendre cet hebdomadaire, mais aussi Paris Match et les magazines du groupe Prisma, il a su exploiter la crise du Covid qui a entraîné le désengagement de Bertelsmann et considérablement fragilisé un groupe comme Lagardère.

Plus encore que CNews et Europe 1, le JDD représente le modèle presque parfait de la méthode Bolloré : alors qu’il s’agissait d’un titre modéré et réputé proche du pouvoir, l’arrivée de Geoffroy Lejeune a marqué une inversion immédiate de la ligne éditoriale.

Il faut bien mesurer le basculement qui s’est opéré dans l’univers des médias français en moins d’une décennie. Jamais dans notre histoire les thématiques de l’extrême droite n’avaient été portées par des médias si nombreux et si complémentaires, puisque Bolloré est présent dans la presse écrite, dans la radio, dans la télévision, mais aussi dans l’édition, la communication, la musique ou le cinéma.

Quels sont les ressorts pour s’imposer dans l’espace public ?

Vincent Bolloré n’est pas seul à l’origine de ce retour en grâce de l’extrême droite médiatique (qui n’a jamais disparu, mais était tenue aux marges de l’espace public depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale). Dès 2012, le média conservateur qu’était Valeurs actuelles s’est ainsi transformé en vitrine ouvertement xénophobe. À partir de cette date, l’hebdomadaire a commencé à multiplier les unes tapageuses stigmatisant les barbares venus de l’étranger, « le danger de l’islam » ou l’« invasion rom ». Comme au moment de la Belle Époque, c’est ainsi par des unes, des illustrations racistes et des slogans provocateurs qu’un imaginaire xénophobe a pu être diffusé à grande échelle dans l’espace public.

L’exemple le plus connu dans la presse de la fin du XIXe siècle est La libre parole illustrée, supplément hebdomadaire du journal La Libre parole d’Édouard Drumont. Au moment de l’affaire Dreyfus, ses caricatures animalisant les juifs ont contribué à la diffusion à large échelle d’un imaginaire antisémite, qui n’a pas totalement disparu aujourd’hui.

L’illustration continue ainsi de banaliser des préjugés racistes : ces Unes sont visibles même par ceux qui n’adhèrent pas à ces idées ou qui ne veulent pas acheter ce type de publications. C’est un mécanisme similaire que l’on retrouve aujourd’hui : on peut penser au roman-fiction (annoncé en Une) dans lequel Valeurs Actuelles s’était amusé à imaginer la mise en esclavage de la députée Danièle Obono (ce qui a valu au journal une condamnation pour injure raciste).

Il faut de ce point de vue souligner l’importance qu’a eue l’acquisition par Vivendi des magasins Relay, qui constituaient une marque importante du groupe Lagardère et un héritage historique du groupe Hachette : ces magasins, présents massivement dans les gares et les aéroports, vont permettre à Vincent Bolloré d’imposer encore davantage son idéologie dans nos vies quotidiennes.

On compare souvent la trajectoire de Bolloré à Rupert Murdoch, fondateur de la chaîne Fox News : est-ce le même phénomène ?

Oui ce parallèle me semble de loin le plus pertinent : Bolloré rêve d’être un Murdoch français et il a réussi à construire, comme lui, un empire d’une grande diversité, présent dans toutes sortes de médias et désormais dans plusieurs régions du monde. Bolloré est également proche de Murdoch par sa volonté de défendre sa vision du monde sans entrer lui-même en politique, et en cultivant même un goût pour la discrétion et le secret.

Alors que François Coty ou plus récemment Silvio Berlusconi ont mis leurs médias au service de leur ambition politique personnelle, Murdoch a passé sa vie à gagner des élections auxquelles il ne s’était pas présenté.

Le projet de Vinvent Bolloré paraît similaire : comme tend à le confirmer sa rencontre récente avec Eric Ciotti, il cherche visiblement à transformer le monde politique à sa guise en s’appuyant sur des hommes liges, qui dépendront en grande partie de lui et de ses médias pour mener à bien leur propre carrière.

Vincent Bolloré demeure pour le reste en retrait, et il choisit l’esquive ou la dissimulation lors des rares occasions où il doit s’exprimer dans l’espace public, comme l’a raconté son biographe Vincent Beaufils. Lors de ses auditions devant le Sénat (en 2022) puis l’Assemblée nationale (en 2024), il n’a pas hésité par exemple à se présenter comme un démocrate-chrétien modéré n’ayant que très peu d’influence sur les médias qu’il possède.

.

Il y a cependant des limites à ce parallèle, et des raisons de penser que l’empire Bolloré possède quelques fragilités. Contrairement à Murdoch, il ne vient pas en effet de la presse – rappelons que sa fortune familiale provenait de l’industrie du papier à cigarette OCB – et cela a entraîné des erreurs tactiques, comme la brutalisation de certains titres et de leurs lignes. Malgré une grande fidélité à la maquette initiale, le JDD de Geoffroy Lejeune ne cesse par exemple de perdre des lecteurs, qui ne se reconnaissent plus dans la ligne éditoriale de ce journal. Murdoch, lui, avait pris soin de respecter davantage les rédactions d’institutions prestigieuses comme le Times ou le Wall Street Journal au moment de leur rachat.

Il vient également de vendre Paris Match à Bernard Arnault (LVMH), pensant sans doute que ce titre trop léger n’a pas une importance politique cruciale. Sur ce point, je pense au contraire qu’Arnault a raison et que Bolloré a tort. La Ve République est en effet un régime où le pouvoir est centralisé, personnalisé et incarné : hebdomadaire politique à dimension « people », Paris Match est donc un outil à nul autre pareil pour espérer conquérir le pouvoir, comme l’ont compris tous les présidents et presque tous les présidentiables depuis de Gaulle.

Pour compenser la perte de Paris Match, Bolloré va lancer en septembre 2024 un hebdomadaire intitulé JDNews, dont le rédacteur en chef devrait être Louis de Raguenel, ex – de Valeurs actuelles et actuellement chef du service politique d’Europe 1. Stratégiquement cela me semble très risqué car aucun hebdomadaire lancé ces dernières années n’a vraiment réussi à s’imposer sur un marché déjà saturé.

On parle aujourd’hui de « bollorisation » des médias et des esprits : de quoi s’agit-il ?

Ces expressions sont pertinentes, car l’influence idéologique de Vincent Bolloré s’exerce désormais bien au-delà des médias qu’il possède. Beaucoup de journaux qui ne lui appartiennent pas sont ainsi mis en valeur sur les plateaux de CNews et C8 : des titres comme CauseurL’IncorrectBoulevard Voltaire ou Livre Noir, bénéficient d’une exposition immense alors même que leurs audiences sont assez modestes.

.

Cette « bollorisation » passe aussi par un combat culturel, qui est à la fois une bataille lexicale et une bataille des imaginaires. Grâce aux effets de boucle qui se créent au sein des médias de Vincent Bolloré (un même terme pouvant être repris indéfiniment de CNews à Europe 1, ou de TPMP au JDD), le vocabulaire de l’extrême droite se trouve en effet banalisé et normalisé. Le meilleur exemple est sans doute l’expression « Grand remplacement », qui s’est réinstallée dans l’espace médiatique après une invitation de Renaud Camus sur le plateau de CNews, le 31 octobre 2021. Ce concept complotiste était pourtant rejeté par les grands médias ces dernières années, notamment depuis l’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, puisque l’un des tueurs avait pris pour référence l’écrivain français. Après le passage de Renaud Camus dans l’émission d’Ivan Rioufol, l’expression a pourtant été utilisée bien au-delà de la sphère des médias d’extrême droite, au point d’être reprise à son compte par Valérie Pécresse elle-même dans l’un des meetings de sa campagne.

La dénomination « extrême droite » elle-même fait d’ailleurs partie intégrante de cette bataille lexicale. L’exemple du passage de Jérôme Béglé à la direction de la rédaction du JDD (entre janvier 2022 et juin 2023) est assez symptomatique à cet égard : selon Libération, il exigeait des journalistes de l’hebdomadaire de ne pas employer l’étiquette « extrême droite » pour désigner le Rassemblement National, l’estimant inappropriée.

Une partie du monde politique porte en outre une responsabilité dans cette bollorisation. Le président lui-même a ainsi beaucoup triangulé avec les médias identitaires, non par adhésion idéologique mais pour installer un face à face avec l’adversaire qu’il s’était choisi. Rappelons par exemple ses deux interventions dans l’émission de Cyril Hanouna en avril et décembre 2017. Rappelons surtout qu’il a accordé une interview-fleuve à Valeurs actuelles en octobre 2019, dans des conditions privilégiées (Louis de Raguenel était seul à ses côtés dans l’Airbus présidentiel, et au départ l’interview ne devait pas être relue). Dans le même temps, il entretient des relations souvent difficiles avec les rédactions censées être proches de lui, et n’a toujours pas accordé d’entretien au Monde depuis 2017.

Dans la période de crise politique que nous vivons depuis la dissolution, cette bollorisation s’intensifie dans des proportions singulières. Des journaux en principe modérés comme Le Figaro semblent ainsi tentés de se rallier à la ligne voulue par le patron de Vivendi. Au lendemain de la rencontre entre Vincent Bolloré et Éric Ciotti, le directeur des rédactions du journal, Alexis Brézet, a même donné l’impression de défendre ce projet d’union des droites dans sa chronique quotidienne pour Europe 1.

La manière dont le groupe Bolloré déteint sur d’autres titres de presse ou sur le monde politique donne le sentiment qu’il façonne l’espace médiatique dans lequel nous nous trouvons. En l’état, il est difficile de savoir s’il s’agit d’un phénomène transitoire ou durable. Mais la crise politique que nous vivons prouve en elle-même la réussite du combat civilisationnel mené par Vincent Bolloré.

Quels sont les leviers permettant de renverser la donne ?

Il demeure heureusement des contre-pouvoirs en France, même si ces derniers font l’objet d’attaques régulières. Pensons à certaines institutions comme le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État ou encore l’Arcom (ex-CSA). Malheureusement, cette dernière, comme d’autres outils de régulation des médias, manque aujourd’hui de moyens humains pour mener à bien sa mission.

Une loi fondatrice, comme celle de 1986 sur le pluralisme des médias, notamment défendue par Christophe Deloire, récemment décédé, a été mise à mal par des sénateurs LR espérant l’affaiblir.

Il reste cependant des espaces de résistance, notamment dans la presse indépendante ou dans des journaux détenus par des magnats qui respectent le travail de leur rédaction. La période que nous traversons est particulièrement inquiétante mais il faut espérer que la presse française saura faire preuve de résilience. Pour peut-être renaître plus forte, comme elle l’a fait en 1944, il y a 80 ans.

 

G7: Quelle solidarité avec l’Afrique ?

G7:  Quelle solidarité avec l’Afrique ?

A l’occasion du 50ᵉ sommet du G7, du 13 au 15 juin en Italie, le chef de l’Etat africain  a exhorté, dans une tribune au « Monde », les dirigeants des principaux pays donateurs à réformer l’architecture financière mondiale.

 


Le changement climatique continue de ravager l’Afrique, qui endure des conditions météorologiques extrêmes et des catastrophes naturelles à une échelle sans précédent. Mon propre pays, le Kenya, vient tout juste de connaître sa plus longue sécheresse jamais observée, pour ensuite subir des inondations dévastatrices qui ont fait 289 morts et touché plus de 800 000 personnes. Dans le même temps, le Malawi, la Zambie et le Zimbabwe ont récemment souffert d’une sécheresse sévère, qui a exposé plusieurs millions de personnes à la famine, tandis que la région du Sahel a été frappée par une vague de chaleur écrasante, qui a fait plus de 100 morts au Mali.

Le changement climatique provoque de plus en plus de sécheresses en Afrique, compromettant les approvisionnements en eau. Il détruit des vies et des moyens de subsistance, paralyse la production alimentaire et endommage des maisons ainsi que des infrastructures. Il modifie les schémas migratoires, il exacerbe les conflits et contraint ainsi des populations entières à fuir en quête de moyens de subsistance alternatifs pour survivre.
La situation est d’autant plus difficile que les Etats africains payent des taux d’intérêt jusqu’à huit fois plus élevés que ceux des prêts habituels de la Banque mondiale, ce qui rend ces pays encore plus démunis face aux défis liés au climat. Cette inégalité résulte d’un système financier international établi en 1945, époque à laquelle la plupart des Etats africains n’existaient pas encore, qui demeure biaisé en faveur des pays riches. De nombreux pays africains sont pris au piège d’un cycle perpétuel de dette, ne bénéficiant que de très peu voire d’aucune marge de manœuvre budgétaire pour le développement et les investissements dans l’atténuation ou l’adaptation au changement climatique.

Assurance-chômage : Bardella pour la suppression de la réforme !

Assurance-chômage : Bardella  pour la suppression de la réforme !

Encore une promesse qui aura peut-être du mal à être tenue surtout si par malheur le chômage devait progresser suite à la dégradation économique et financière de la France.

On doit cependant relativiser toutes ses promesses sociales aussi bien du RN que du front populaire ou même de Attal car les annonces électorales sont souvent modifiées face aux contraintes de la gestion après accès au pouvoir.Déjà sur la réforme des retraites, le RN a déjà mis des réserves sur sur le caractère d’urgence de sa remise en cause.

S’il accède au pouvoir, le Rassemblement national supprimera la réforme de l’assurance-chômage que le gouvernement prévoit de faire entrer en vigueur à la fin de l’année. C’est ce qu’a promis le président du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, le 16 juin, sur le plateau de « Dimanche en politique » sur France 3. « Il y a des millions de Français qui sont touchés par le chômage. (…) J’en ai un peu assez qu’on demande systématiquement des efforts toujours aux mêmes », a déclaré Jordan Bardella.

 

« 

1...34567...4101



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol