Archive pour la Catégorie 'environnement'

Changement climatique : revoir l’approche économique

Changement climatique : revoir l’approche économique

 

La sociologue Dominique Méda détaille, dans sa chronique du Monde, l’insuccès des économistes à comprendre la catastrophe écologique avec leurs outils traditionnels

 

Chronique.

 

Les écologistes doivent-ils rompre avec la critique de la croissance, du productivisme et du capitalisme, pour mener de façon réaliste la « transition écologique » ? En 1972, le rapport du Club de Rome intitulé « Les limites à la croissance » (Rue de l’Echiquier, 2012) – plus connu sous le nom de « rapport Meadows », signé des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology Dennis et Donnella Meadows – prédisait un effondrement de nos sociétés avant la fin du XXIe siècle si des mesures drastiques n’étaient pas prises pour ralentir le rythme de la croissance.

Ces résultats étaient immédiatement et violemment critiqués par un économiste, William Nordhaus, futur récipiendaire, en 2018, du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques. Il reprochait notamment aux Meadows de ne pas introduire la notion de prix dans leur modèle : le signal prix permettrait, selon lui, d’organiser la substitution d’une ressource rare à une autre et d’enrayer, grâce au progrès technologique, à la fois le risque de déplétion des ressources naturelles et de pollution. Avec la crise de la fin des années 1970, les travaux des Meadows ont été oubliés et c’est le modèle proposé par Nordhaus qui a été largement adopté, comme le raconte le passionnant ouvrage Les Modèles du futur (La Découverte, 2007).

L’exactitude des projections des Meadows a pourtant été confirmée par un chercheur australien, Graham Turner, qui les a comparées aux données réelles : il met en évidence la validité de la plupart des prévisions de l’équipe du MIT. Quant aux travaux de Nordhaus, ils font, depuis quelques années, l’objet de vives critiques : selon ses contradicteurs, l’économiste aurait minimisé les effets du changement climatique, considérant que celui-ci n’adviendrait que dans un futur très éloigné, et se serait essentiellement intéressé au coût de la transition écologique sans prendre en compte des questions physiques, indiquant par exemple qu’un réchauffement de 6 degrés coûterait 10 points de PIB et que la solution optimale consisterait en un réchauffement de 3,5 °C en 2100…

Dans un article publié en 2019 sur le site Mint Magazine et traduit en français, l’économiste australien Steve Keen dénonce avec vigueur les travaux de Nordhaus. Il aurait, selon lui, omis d’intégrer dans ses équations une notion déterminante pour les climatologues : celle de point de basculement, qui signifie que les évolutions ne sont pas linéaires et peuvent connaître de brusques changements une fois que certains seuils sont franchis. Il conclut ainsi ses réflexions : « Plutôt que d’“intégrer le changement climatique dans l’analyse économique de long terme”, comme le mentionne son prix Nobel, Nordhaus a emmené l’espèce humaine dans une promenade qui la conduit vers la possibilité d’une hécatombe. Lui emportera son prix Nobel dans sa tombe, mais nous, nous devons nous sortir de cette marche vers la mort, maintenant. Etant donné le niveau irrémédiablement mauvais du travail qu’ont fait les économistes sur les conséquences économiques du changement climatique, cette tâche devrait être laissée entre les mains de climatologues comme Steffen, Lenton et Garrett. On peut au moins leur faire confiance pour comprendre ce qu’est le réchauffement climatique. »

 

Chaudière au fioul : la fin dès 2022

Chaudière au fioul : la fin dès 2022

Les écolos bobos de la convention du climat ont réussi à faire prendre en compte une de leurs propositions avec la suppression des chaudières à fuel des 2022, en tout cas leur renouvellement. A priori, on peut se réjouir de voir privilégier des types de chaudières écologiquement plus performantes. Le problème, c’est que ce type de chauffage peut être remplacé ou même aidé  financièrement par des chauffages à gaz ou à bois.

 

Or rien ne dit que dans les mois ou les années à venir, les mêmes écolos bobos ne pourraient pas décréter que ces modes de chauffage sont aussi néfastes pour l’environnement. Même les chauffages électriques pourraient être mis en cause dans la mesure où les sources de fabrication de l’électricité sont aussi discutées.

Notons que ces écolos bobos urbains oublient que les chauffages collectives des villes sont seulement alimentées par environ 30 % d’énergie renouvelable et que le reste d’une manière ou d’une autre est polluant  (on a fixé seulement un objectif de 50 % d’énergies renouvelables pour 2020 ).

Une  nouvelle installation peut atteindre 20 000 à 30 000 € et ne peut être amorti que sur une longue période de 30 à 40 ans au moins. Une politique dans ce domaine ne peut donc se soumettre état d’âmes d’écolos bobos le plus souvent urbains

Changer une chaudière à énergie fossile peu performante pour un équipement à énergie renouvelable présente plusieurs avantages indique les publicités des marchands chaudières. Cette démarche contribue tout d’abord à l’amélioration de la qualité de l’air ambiant et à la lutte contre le changement climatique. Une chaudière au fioul rejette en effet 7 à 10 fois plus de dioxyde de carbone (CO2) qu’un mode de chauffage ayant recours aux énergies renouvelables ! Hélas l’ADEME d’ajouter un message sur la nécessité de changer de chaudière qui permettrait, de réaliser une économie de 900 à 1 200 € par an en moyenne sur la facture de chauffage d’un ménage. Notons qu’en moyenne pour chauffer un logement, la facture actuelle de fuel et de l’ordre de 1500 € , on voit mal comment pourrait économiser de 900 à 1200 €.

Le changement de chaudière à terme est sans doute nécessaire pour  des préoccupations environnementales surtout mais encore faudrait-il être au clair sur l’évolution des normes futures des différentes énergies. Normes fluctuantes en fonction de l’environnement politique !

L’enfumage de l’ électricité verte

L’enfumage  de  l’ électricité verte

 

La confirmation que l’électricité dite totalement  verte est une escroquerie commerciale puisque toutes les sources d’énergie se retrouvent  dans le même réseau par  Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics.

 

 

« Les contrats 100% électricité verte font partie des offres de la plupart des fournisseurs, des plus grands aux plus petits. C’est un argument de différenciation de produits mis en avant dans les campagnes commerciales des grands groupes énergétiques. Des fournisseurs alternatifs tels que Enercoop et Planète Oui en font leur marque de fabrique. Si vous optez pour ce type de contrat, l’équivalent de votre consommation sera produit à partir de sources d’énergie renouvelables : biomasse, éolien, hydraulique ou solaire. Cela ne veut pas dire que tous les électrons qui alimentent vos appareils proviendront de centrales utilisant ces ressources renouvelables. Le réseau par lequel transite l’électricité ne permet pas de différencier l’électricité verte de la grise. Il restitue l’électricité injectée par les sites de production aux consommateurs selon les lois de la physique. Le contrat n’y changera rien. Il ne peut modifier les lois de Kirchhoff qui régissent la circulation des électrons dans le réseau. L’électricité que vous consommerez sera la même qu’avec un contrat d’offre classique : elle viendra principalement des sites de production les plus proches, donc très probablement de centrales thermiques ou nucléaires.

Néanmoins, votre fournisseur s’engage à produire ou à participer au financement de l’équivalent de votre consommation en électricité verte.

Pour rendre crédible leurs engagements, les fournisseurs ont à leur disposition un instrument réglementaire : la garantie d’origine (GO). La GO est un certificat permettant de s’assurer du caractère renouvelable d’une production d’électricité, une GO par MWh vert produit. Elle est émise par le producteur d’énergie renouvelable et certifiée par son inscription dans un registre en application d’une ordonnance de 2011 transposant deux directives européennes. Le fournisseur peut utiliser les GOs de ses propres sites de production d’énergie renouvelable ou bien les acheter sur le marché par l’intermédiaire de la société Powernext, légalement chargée d’en tenir le registre pour la France. Pour éviter leur accumulation, les GOs ont une durée de vie de 1 an. Il n’existe pas de marché de gros : les transactions se font de gré à gré. Dès qu’elle est utilisée dans une vente au détail, la GO est annulée.

Le système de GO permet de dissocier la consommation de la rémunération de la production d’électricité verte. Même si le client ne reçoit pas l’électricité verte promise, il rémunère 100% de sa production au travers de l’achat ou de l’émission de GOs par son fournisseur. En effet, s’il ne possède pas de capacité de production renouvelable, le fournisseur doit effectuer deux transactions pour remplir ses contrats verts : produire ou acheter de l’électricité sur le marché de gros et acheter des GOs sur la plateforme Powernet. Les deux ne sont pas forcément liés : les GOs peuvent être émis n’importe où en Europe, loin des clients. En effet, Powernext est membre de l’Association of Issuing Bodies de sorte que les titulaires de compte peuvent importer (ou exporter) des GOs depuis (ou vers) d’autres pays européens. Le découplage entre le MWh vert produit et la GO associée permet aux fournisseurs dotés de capacités de production conventionnelles (thermique ou nucléaire) de verdir leur offre sans rien changer de leur mix énergétique. Il leur suffit d’acheter les GO correspondant aux contrats souscrits. Ce découplage peut conduire à une situation paradoxale où l’entreprise verte qui cède une GO à une entreprise grise ne peut pas vendre son MWh comme étant vert alors que le producteur gris qui a acheté la GO en a le droit.

Le découplage entre consommation et rémunération de l’électricité verte a aussi un impact non-trivial sur le mix énergétique du fait de l’intermittence des sources d’énergies éoliennes et solaires.

Prenons l’exemple de deux consommateurs, A et B, qui consomment chacun 24 kWh par jour, plus précisément 1 kW chaque heure de la journée. Leur électricité provient d’une centrale thermique dont ils utilisent 2 kW de capacité de production chaque heure de la journée. Ils habitent une région ensoleillée proche de l’équateur, de sorte qu’une alternative verte se présente : le producteur/fournisseur peut installer des panneaux photovoltaïques permettant de produire à pleine capacité pendant chacune des 12 heures diurnes.

Le consommateur A signe un contrat 100% électricité verte proposé par son fournisseur. Celui-ci doit alors émettre ou acheter des GO pour 24kWh par jour d’énergie solaire (la consommation de A), ce qui nécessite l’installation de 2 kW de capacité de production en panneaux photovoltaïques. Durant les heures de la journée, les 2 kW couvrent les besoins des deux clients, A mais aussi B, donc on peut se passer de la centrale thermique. Celle-ci n’est mise en route que le soir pour alimenter B, mais aussi A la nuit venue. Finalement, sans le savoir, A et B consomment la même électricité ! Elle est verte le jour et grise la nuit. Dans un sens, A finance la consommation verte de B. Le consommateur A contribue donc à la transition énergétique, mais il a fallu pour cela doubler les capacités de production, chaque type de centrale électrique n’étant utilisé que la moitié du temps.

Si A veut produire et consommer sa propre électricité 100% verte, il devra installer 2kW de capacité de production en photovoltaïque couplés à une batterie de 12kWh de capacité (en négligeant les pertes inhérentes au stockage). A devient alors un consommateur (un ‘prosumer’) qui peut se déconnecter du réseau et savourer pleinement son électricité verte. De son côté, B continuera d’utiliser l’électricité issue de la centrale thermique à hauteur de 1 kW toutes les heures. La centrale tournera toute la journée mais en dessous de sa capacité de production.

Si l’on compare les deux options, le bilan environnemental est très différent : dans les deux options vertes, 2 kW d’énergie solaire sont installés et 24kWh d’électricité grise sont produits, avec les mêmes émissions polluantes mais réparties différemment. Dans le cas où A signe un contrat vert la centrale thermique fonctionne à pleine capacité pendant la moitié du temps et, dans le cas où il installe ses propres panneaux solaires, elle fonctionne de façon ininterrompue mais à la moitié de sa capacité.[1] Le bilan carbone est le même mais la qualité de l’air est moindre avec le contrat vert car les émissions de particules fines sont concentrées lors des pics de pollution en soirée. A quoi s’ajoute un surcoût lié à la montée en charge lorsque la centrale thermique s’active en fin de journée. Dans le cas d’autoconsommation, il faut investir dans le stockage de l’énergie, une technologie qui, bien qu’en progrès, reste particulièrement onéreuse.

 

Si, dans notre exemple, il a suffi que A signe un contrat 100% électricité verte pour que 2kW de panneaux photovoltaïques soient installés, c’est loin d’être le cas en pratique. En France, la source d’énergie renouvelable principale étant hydraulique, il y a de bonnes chances que la rémunération par la garantie d’origine finance une centrale hydraulique existante et souvent largement amortie. C’est un effet d’aubaine pour les centrales existantes, et les nouveaux barrages qui pourraient être financés sont peu nombreux à cause de l’opposition des populations riveraines. De toute façon, l’incitation financière apportée par les GO reste faible. Les montants sont négligeables au regard des tarifs d’achat réglementés de l’énergie renouvelable: de l’ordre de 0,15 à 3,6 € par MWh pour les GOs alors que le tarif d’achat du MWh solaire va de 150 à 180 €! Ces quelques euros de plus font peu de différence dans les décision d’investissement.

 

Depuis la Loi n° 2017-227, les installations bénéficiant de soutien public (obligation d’achat ou compléments de rémunération) voient leurs GOs récupérées par l’Etat et mises en vente par enchères organisées par Powernext.

La GO n’est certainement pas le levier financier de la transition énergétique ; un peu de beurre dans les épinards tout au plus. Les choses pourraient changer si les consommateurs deviennent demandeurs massifs d’électricité verte. En effet, la demande forte de GOs ferait monter leur prix et pousserait à plus d’investissement en technologies renouvelables.

Le système des GOs est un instrument ingénieux pour répondre à la demande des consommateurs qui souhaitent contribuer à la transition énergétique sans pour autant installer des panneaux solaires. En s’appuyant sur le marché, il permet de rémunérer l’offre d’énergie renouvelable où qu’elle soit. Néanmoins, le système aurait à gagner à être plus précis afin de mieux informer les consommateurs sur le produit qu’ils achètent. Peu d’entre eux savent qu’ils peuvent retrouver la trace de la source d’énergie renouvelable à laquelle ils ont contribué en reportant le numéro de la GO acquise par leur fournisseur sur le site Powernext. Certains aimeraient peut-être diriger leur contribution vers certaines installations. Les fournisseurs alternatifs en font une stratégie commerciale. Ainsi Enercoop met en avant son réseau de producteurs locaux et associatifs. Un fournisseur conventionnel pourrait aller plus loin dans la différenciation de produits lors de la signature du contrat en s’engageant à acquérir les GOs selon un cahier des charges plus précis: la source d’énergie, l’origine géographique ou l’âge des équipements. On pourrait alors souscrire à un contrat 100% électricité solaire d’Occitanie. C’est tout à fait possible avec le système des GOs actuel. On pourrait également favoriser le stockage de l’énergie en différenciant la GO selon l’heure de la journée, avec une prime lors des pics de pollutions de fin d’après-midi. De tels contrats étofferaient la gamme des produits offerts par les fournisseurs et seraient plus rémunérateurs pour les producteurs. Mais ils coûteraient plus chers. Il n’est donc pas sûr que la demande suivrait. »

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[1] A noter que les coûts d’investissement (ou de démantèlement) et de maintenance ne sont pas les mêmes avec les deux options.

Engie–gaz de schiste américain : entre pollution et énergie verte

Engie–gaz de schiste américain : entre pollution et énergie verte

 

Le moins que l’on puisse dire ce qu’Engie qui se présente comme le champion de l’environnement fait le grand écart entre pollution et énergie renouvelable. L’entreprise vient d’être rappelée à l’ordre par l’État qui lui demande de décaler sa signature pour un contrat de gaz de schiste aux États-Unis.

“Il a été convenu au cours d’un conseil que ce projet nécessitait des approfondissements. Engie a souhaité se laisser plus de temps pour les mener”, a déclaré le groupe français, dont l’Etat possède 23,6% du capital et 33,96% des droits de vote.

La vérité c’est que le ministère de l’économie a imposé un décalage de signature compte tenu du caractère particulièrement polluant du gaz de schiste américain.

D’ailleurs Engie n’a pas souhaité dire si cette décision était la conséquence d’une intervention de Bercy et n’a pas confirmé le montant du contrat.

NextDecade a fait savoir qu’il ne fournissait aucun détail sur ses relations commerciales et que l’entreprise travaillait à des mesures visant à parvenir à la neutralité carbone à Rio Grande.

NextDecade a reporté à 2021 sa décision finale d’investissement sur Rio Grande initialement prévue cette année, les confinements dus à l’épidémie liée au nouveau coronavirus ayant réduit la demande de gaz naturel.

Le gouvernement français s’est quant à lui refusé à tout commentaire.

Selon la source proche du dossier, le projet “ne correspond pas à notre projet environnemental ni à notre vision environnementale”.

 

 

“Il ne s’agit pas de seulement reporter la décision mais de reconnaître les impacts climatiques et environnementaux de ce contrat, acter le refus de le signer et porter ce message-là en tant qu’actionnaire d’Engie au conseil d’administration”, a dit à Reuters Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre.

Circuits courts alimentaires : une offre insuffisante

Circuits courts alimentaires : une offre insuffisante

Comment produire mieux et plus proche ? s’interroge l’entrepreneur Pierre Pezziardi qui plaide, dans une tribune au « Monde », pour que les grandes villes s’impliquent dans des programmes de relocalisation agricole.

Tribune.

 

On ne compte plus les études montrant que les Français souhaitent manger plus local et plus responsable, à commencer par l’approvisionnement des cantines scolaires pour que nos enfants mangent enfin des produits frais, locaux et de saison. Lors de la présidentielle de 2017, un candidat [Jean-Luc Mélenchon] déclarait ainsi sa volonté de « privilégier systématiquement les circuits courts et les productions locales dans la commande publique (alimentation, fournitures, etc.) et les rendre obligatoires pour les cantines scolaires ».

Imaginons qu’une telle décision soit prise aujourd’hui. Par exemple, si Paris ou Bordeaux le décidaient ? Eh bien il n’y aurait tout simplement pas de production locale susceptible de fournir ces cantines.

Rendons-nous bien compte des ordres de grandeur. Pour relocaliser 10 % de la consommation en légumes de Paris, il faudrait mettre en culture 3 400 hectares de maraîchage, 1 100 pour l’agglomération de Bordeaux ou encore 620 pour celle de Nantes, qui vient de créer un potager urbain géant de 2,5 hectares pour en faire l’épicentre de son plaidoyer auprès de toutes les populations.

Aujourd’hui, la production de n’importe quel maraîcher bio autour d’une agglomération est instantanément absorbée par les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), par les magasins de producteurs ou autres enseignes bio. Le problème des circuits courts est donc avant tout un problème d’offre, pas de demande.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, l’a bien compris en décidant de participer aux investissements nécessaires à la mise en service de cette nouvelle agriculture nourricière au travers d’une coopérative, AgriParis.

Les agriculteurs, les maraîchers ne poussent pas dans les comités ou dans les plans alimentaires territoriaux (PAT), encore moins sur des terres nues qu’il faut équiper à hauteur de 100 000 euros en moyenne pour être dans de bonnes conditions de travail, dans une ferme de proximité en maraîchage diversifié (foncier, bâti, serres, irrigation).

Faute de terres, faute d’accompagnement, chaque année ce sont des centaines d’agriculteurs fraîchement diplômés qui échouent à s’installer. Et faute d’investissements adéquats, le revenu moyen du maraîcher en France s’établit à 750 euros par mois. Difficile dans ces conditions de répondre à la demande croissante en produits locaux !

Si l’on ne fait rien, la situation ne risque pas de s’améliorer. Dans les dix ans qui viennent, 50 % des agriculteurs français vont faire valoir leurs droits à la retraite. Pour assurer la reprise de toutes ces exploitations à transmettre dans les prochaines années, il faudrait que la proportion des « hors cadres familiaux », ces paysans sans terre qui constituent aujourd’hui un tiers des candidats à l’installation, soit encore plus importante.

Sécuriser l’environnement naturel et économique des agriculteurs

Sécuriser l’environnement naturel et économique des agriculteurs

Dacian Ciolos député européen, ancien Premier ministre de Roumanie évoque dans l’opinion la nécessité d’assurer la sécurité agricole économique à l’occasion de la réforme de la PAC. ( Tribune dans l’opinion)

 

 

« Le Parlement européen s’apprête à voter sa position sur la réforme de la Politique agricole commune. Des négociations intenses se sont tenues ce week-end et se poursuivront dans les prochains jours pour définir les paramètres clés de la prochaine PAC, attendue par les agriculteurs et l’ensemble des citoyens de plus en plus conscients du rôle déterminant de cette politique sur notre santé et notre alimentation, sur l’utilisation des ressources naturelles et la biodiversité et bien entendu sur la vitalité économique de notre économie agricole et rurale.

Chaque réforme donne lieu à des débats passionnés, avec une sorte de guerre de tranchées entre ceux qui entendent incarner la voix de la société et, de l’autre, celle des agriculteurs dans un affrontement pas toujours, mais parfois caricatural, stérile et peu porteur de solutions. Cette réforme de la PAC est l’occasion de casser ce dialogue de sourds pour, au contraire, envoyer un message fort de l’Europe aux agriculteurs : nous avons besoin de vous. Sans vous, il n’y a pas de Green Deal possible. La société européenne, à travers la PAC, va être à vos côtés pour inventer et investir dans l’agriculture de demain.

Cadre harmonisé. Cela veut dire d’abord, prendre l’agriculture et les agriculteurs aux sérieux. Il s’agit d’un secteur économique stratégique, clé pour la puissance et l’autonomie de notre continent. Cela exige une vision collective, et non pas une renationalisation qui placerait les agriculteurs en concurrence les uns avec les autres. Je suis le premier à défendre l’agriculture locale et les circuits courts qui sont complémentaires aux autres modèles agricoles. Mais, justement, pour que cette agriculture locale puisse s’épanouir, elle a besoin d’un cadre européen fort et harmonisé. Sans tomber dans la caricature de tout régir de « Bruxelles », ce qui n’a aucun sens, un cadre commun clair, simple et efficace est nécessaire ! Les nationalistes anti-PAC jouent contre leur camp, contre nos agriculteurs, y compris contre les filières locales qu’ils prétendent défendre.

Cela veut dire ensuite ne pas prendre les sujets environnementaux à reculons. Les premiers à sentir les effets du changement climatique, saison après saison, ce sont les agriculteurs. En Roumanie, nous venons de vivre une sécheresse catastrophique. Et en France aussi certains sont désespérés de voir leurs prairies brûlées par le soleil et le manque d’eau. Adapter les systèmes, réduire les intrants, stocker le carbone : ce ne sont pas des concepts de « ​bobos ​», ce sont des impératifs pour les chefs d’entreprise que sont les agriculteurs, tout comme ils doivent répondre aux attentes de leurs clients que sont les consommateurs de plus en plus soucieux de leur santé et de l’environnement.

La PAC de demain doit donc sécuriser l’environnement naturel et économique des agriculteurs, leur permettre d’investir, de miser sur le digital et les connaissances agronomiques et d’entretenir un dialogue permanent avec la société. C’est ce qui nous permettra de retrouver le juste prix de l’alimentation, mais aussi la juste place de l’agriculture et des agriculteurs dans notre société.

Dacian Ciolos est député européen, président du groupe centriste et libéral Renew Europe depuis 2019. Il est ancien Premier ministre de Roumanie.

Herbicide Lasso- Monsanto condamné définitivement

Herbicide Lasso- Monsanto condamné définitivement

L’herbicide interdit en France depuis novembre 2007, au Canada dès 1985, puis en Belgique et au Royaume-Uni en 1992 est définitivement reconnue responsable vis-à-vis de l’agriculteur Paul François intoxiqué par le produit. La Cour de cassation a rejeté mercredi le pourvoi formé par Monsanto, filiale du groupe allemand Bayer, ce qui rend définitive sa condamnation dans le dossier l’opposant à l’agriculteur intoxiqué après avoir inhalé des vapeurs de l’herbicide Lasso.  La justice a estimé que le groupe aurait dû signaler le danger spécifique d’utiliser le produit en cas de travaux dans des cuves, mais elle ne s’est pas prononcée sur la toxicité même du Lasso.

Mobilité : « bientôt des bouchons de voitures propres ! « 

Mobilité : « bientôt des bouchons de voitures propres ! « 

Le spécialiste de la mobilité urbaine Jean Coldefy, dans une tribune au « Monde », enjoint les acteurs politiques et économiques à sortir des simplismes de la mobilité. Il explique que relier et décarboner devraient être les maîtres mots de la mobilité de la décennie qui s’ouvre.

Tribune. Pour contenir le réchauffement climatique à +1,5 °C, il nous faut réduire de 40 % nos émissions de CO2 d’ici dix ans. La voiture est en France l’un des premiers postes d’émissions. Les solutions qui sont aujourd’hui proposées paraissent simples : pour avoir moins de voitures, il faut plus de vélos et des transports collectifs gratuits. La réalité est plus complexe.

Le vélo représente l’objet cochant toutes les cases de la mobilité urbaine : il va plus vite que la voiture en heures de pointe, il occupe trois fois moins d’espace et n’émet pas de gaz à effet de serre (GES). Pour finir, il est économe en fonds publics. Malgré ces atouts indéniables, le principal défaut du vélo est sa « portée ».

Les flux de voitures entrants dans les centres-villes pèsent 50 % des émissions des agglomérations contre 2 % pour les flux internes aux villes, le reste se situant dans le périurbain. Ces déplacements font plus de 10 kilomètres et peuvent difficilement être réalisés à vélo.

 

Strasbourg, Copenhague et Amsterdam, les villes championnes du vélo, comptent jusqu’à dix fois plus de parts de déplacements en vélo qu’à Lyon. En revanche, la part de la voiture est plus forte dans ces villes qu’à Lyon parce qu’à Lyon la part du transport en commun est plus élevée. Les villes où le vélo est très développé sont celles où l’on marche le moins. L’efficacité du vélo sur le report modal [à un transport en commun par exemple] est une thèse qui n’est pas vérifiée en ville dans les proportions imaginées par ses supporters. Le vélo à assistance électrique pourra-t-il changer la donne pour certains déplacements ? 

Le problème : le manque d’offre de transports

La gratuité des transports collectifs repose aussi sur une équation simple : des transports gratuits = moins de voitures. La réalité montre que ce n’est pas le cas. Le problème, c’est le manque d’offre de transports pour ceux qui prennent la voiture pour aller travailler dans les centres-villes depuis l’extérieur. Les usagers demandent de l’offre et de la qualité, pas la gratuité. Ce sont des candidats aux élections qui la proposent. Il faudrait trois fois plus de transports en commun depuis les périphéries des grandes agglomérations pour pouvoir délaisser sa voiture.

La gratuité, c’est donc pénaliser le développement des alternatives à la voiture dont on a tant besoin aujourd’hui pour décarboner la mobilité. La gratuité met par ailleurs les piétons et les cyclistes dans les bus et les tramways et n’a quasiment aucun impact sur le trafic routier.

 

La plus grande ferme verticale de France !

La plus grande ferme verticale de France !

La plus grande ferme verticale en France va bientôt être créée notamment pour approvisionner la chaîne Monoprix. Il s’agit de produire des plantes près des lieux de production. Le problème sans doute c’est que ces plantes ne connaîtront jamais ni le soleil, ni le sol, ni les nutriments habituels. La lumière sera essentiellement artificielle, elles seront sous perfusion d’engrais et de produits chimiques pour aboutir à des ersatz de plantes certes présentables mais gustativement  et sanitairement  très discutables. Une espèce de chimie agricole urbaine.

4.500 mètres carrés de surface, 6.400 mètres carrés de culture, 12 mètres de hauteur et 10 millions de plantes produites chaque année: c’est le projet de Jungle, startup d’agriculture urbaine qui promet ainsi de créer la plus grande ferme verticale de France. En cours de construction à à Château-Thierry, dans l’Aisne, la ferme devrait être complétée en 2021, selon Gilles Dreyfus, co-fondateur et PDG de la startup, qui prévoit un chiffre d’affaires de plus de 10 millions d’euros annuel.

Dans la vision de Jungle, qui compte aujourd’hui 19 salariés, la ferme de l’Aisne devrait ainsi voir bientôt naître deux petites soeurs: une dans l’Ouest de la France en 2021, et une dans le Sud en 2022.

Coût de la pollution de l’air : environ 170 milliards en Europe

Coût de la pollution de l’air : environ 170 milliards en Europe

Selon un rapport, réalisé par le cabinet CE Delft pour l’Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), le coût de la pollution en Europe serait de l’ordre de 170 milliards par an. Un coût  évidemment très approximatif car il est bien difficile de mesurer les conséquences directes et surtout indirectes des particules polluantes sur la santé.

L’étude surtout soulignait l’influence de trois polluants principaux de l’air, les particules (PM), le dioxyde d’azote (NO?) et l’ozone (O3) et leurs coûts sociaux, c’est-à-dire les coûts directs liés aux soins et indirects comme la réduction de l’espérance de vie ou des maladies comme les bronchites chroniques graves.

Londres arrive en tête des villes où ce coût est le plus élevé (11,4 milliards d’euros), devant Bucarest et Berlin. Paris arrive en septième place, selon le rapport. «Notre étude révèle combien un air toxique est nuisible à la santé mais aussi combien d’importantes inégalités existent entre les différents pays d’Europe», commente le secrétaire général de l’EPHA, Sascha Marschang, cité dans un communiqué de l’association Respire. «La situation peut être améliorée par des politiques publiques en matière de transports et les villes peuvent réduire les coûts en encourageant les mobilités non polluantes», poursuit-il.

« Viande végétale », un abus de langage pas anodin

« Viande végétale », un abus de langage pas anodin

Les fausses viandes soulèvent un débat sur le mensonge : celui que l’on accepte, celui que l’on transmet, celui qui modifie votre rapport à la réalité, donc aussi à la société. Le mot « viande » définit la chair d’un animal tué pour le manger. La viande est par essence ce passage du vivant au mort. Les termes « viande végétale ou « viande cultivée » sont des abus de langage qui n’ont rien d’anodin.

Parler « d’agriculture cellulaire » est un oxymore. Il n’y a pas d’agriculture sans champ, sans paysan. La justice tranchera cette escroquerie

Outre l’insulte aux paysans et aux métiers de bouche, cela participe de l’altération du réel. Comme parler « d’agriculture cellulaire » est un oxymore. Il n’y a pas d’agriculture sans champ, sans paysan. La justice tranchera cette escroquerie. Pour comprendre à qui profite cette désinformation, revenons à la fable qui nous est servie. Le monde merveilleux des algorithmes va satisfaire la demande croissante mondiale en viande sans impacter l’environnement et sans maltraitance des animaux.

 

 

« Pour une industrie de la viande végétale « ?

« Pour une industrie de la viande végétale « ?

Guillaume Dubois et Cédric Meston, fondateurs d’une entreprise agroalimentaire, plaident dans une tribune au « Monde » pour une limitation de la consommation de viande animale. Reste à savoir si une industrie de la viande végétale sera sanitairement  m’en et environnementalement plus vertueuse.

Tribune.

 

La consommation de viande en France est en baisse depuis le début des années 2000, avec une diminution de l’ordre de 0,8 % en 2019 notamment, selon l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer, France AgriMer. Ce tassement de la consommation concerne aussi la majorité des pays développés.

En parallèle, de nombreuses études démontrent les effets néfastes d’une surconsommation de viande sur la santé. La viande transformée a ainsi été classée comme cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé, et une étude pour l’American Heart Association a démontré qu’une alimentation davantage végétale diminuait de 42 % les risques de maladie cardiovasculaire.

« Mieux, et moins »

D’un point de vue environnemental, l’élevage est responsable de 14,5 % des émissions à effet de serre, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et utilise plus de 20 % des ressources en eau.

Faut-il diminuer notre consommation de viande ? Alors que la filière de l’élevage appelle à consommer « mieux », la filière du végétal appelle à consommer « mieux, et moins ».

Le 21 septembre, nous avons annoncé le démarrage au début du mois de septembre de la première usine de viande végétale française, avec une capacité de production de 6 à 10 tonnes par jour. La promesse est de reproduire le goût de la viande, avec des produits 100 % végétaux, pour aider les consommateurs à diminuer leur consommation de viande.

De nombreuses voix se sont élevées parmi les syndicats d’éleveurs, qui y voient un risque pour leur filière. Parmi les accusations, l’utilisation des dénominations « viande végétale » et « steak végétal ». Si 78 % des Français considèrent ces appellations comme transparentes et non trompeuses (étude de Protéine France d’octobre 2020, portant sur un échantillon de 580 personnes), un décret est tout de même attendu pour clarifier la situation réglementaire.

Une évolution en marche

Ensuite, est critiquée la présence de Xavier Niel (par ailleurs actionnaire à titre personnel du journal Le Monde) parmi les investisseurs (il détient moins de 1 % du capital de la société), alors qu’il est aussi initiateur du référendum sur la condition animale.

Enfin, plusieurs études consommateurs ont, au même moment, critiqué la teneur en eau à 60 % de ce type de produits, pourtant équivalente à la teneur en eau d’un steak de viande. La filière, à travers ses organisations professionnelles Interbev, Inacol et Inaporc, a annoncé assigner en justice notre entreprise.

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Viande végétale : contradictoire avec les  écosytèmes »

L’essayiste Gilles Luneau s’insurge, dans une tribune au « Monde », contre l’alliance des industriels du numérique et des militants végans pour construire le mythe d’une viande sans impact sur l’environnement

Tribune. Avec un marketing très offensif, suivant un récit tenant du conte comme on aime les raconter en Amérique du Nord – manger des fausses viandes sauverait la planète des maux que les humains lui font endurer –, nous voyons débarquer dans les gondoles des « viandes végétales » et bientôt des « viandes cultivées » (in vitro). Des prouesses techniques mêlant génie génétique, biologie de synthèse, nanotechnologies, intelligence artificielle, gestion de données qui réjouissent les gourous du numérique.

À la tête de ces entreprises, majoritairement des végans militants, financés par des milliardaires du numérique (Gates, Thiel…), rejoints par les grands industriels de la viande (Cargill…), ceux-là même qui ont industrialisé l’élevage

À la tête de ces entreprises, majoritairement des végans militants, financés par des milliardaires du numérique (Gates, Thiel, Brin…) rejoints par les grands industriels de la viande (Cargill, Tyson Foods, JBS…), ceux-là même qui ont industrialisé l’élevage. Aux Pays-Bas, les Américains s’implantent avec une valorisation boursière de 9,5 milliards de dollars.

En France, un patron du numérique, Xavier Niel – par ailleurs actionnaire du Monde à titre personnel – participe via son fonds d’investissement Kima Ventures aux 3 millions d’euros levés par l’entreprise Les Nouveaux fermiers (fausses viandes), et mise aussi sur 77 Foods (faux bacon). Il avait déjà pris place dans le tour de table américain de 90 millions de dollars de Motif Ingrédients (ingrédients pour fausses viandes), au côté de Ginko Bioworks (modification génétique).

Environnement – Convention citoyenne : on verra plus tard !

Environnement – Convention citoyenne : on verra plus tard !

 

Employant une dialectique politicienneMarc Fesneau , secrétaire d’État pour les relations avec le Parlement estime que les propositions de la Convention citoyenne posent une problématique de temporalité. En clair, on verra plus tard !( Interview dans l’Opinion)

 

Le président de la République s’est engagé à reprendre 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat et, dans le même temps, à ne pas augmenter la fiscalité. Ces deux engagements sont-ils conciliables ?

Oui. Le Président s’y est engagé : les prélèvements obligatoires ne doivent pas augmenter, c’est la logique depuis 2017. Quand vous instaurez un système de bonus-malus, vous faites varier la fiscalité sans l’augmenter. Le levier fiscal en tant que tel n’est pas une fin, mais il peut être un puissant outil d’orientation pour la transition écologique. Augmenter les prélèvements obligatoires est exclu mais nous pouvons utiliser la fiscalité pour nous permettre collectivement – acteurs économiques et citoyens – d’aller vers des comportements plus vertueux. C’est notre choix.

L’objectif numéro 1 aujourd’hui du gouvernement est-il de transcrire les propositions de la Convention citoyenne ou de relancer le pays ?

L’un n’exclut pas l’autre, mais il faut s’interroger sur le moment que nous vivons. La Convention a été lancée avant la crise du Covid. Aujourd’hui, certains acteurs économiques sont fragilisés, il faut veiller à ne pas aggraver ces difficultés. La situation de février 2020 n’est pas celle d’aujourd’hui. C’est une situation qui est temporaire, sans remettre en cause telle ou telle orientation de la Convention et c’est bien pour cela que le plan de relance investit 30 milliards dans la transition écologique. La crise pose simplement la question de la temporalité, le temps de sortir de cette crise. Nous devons combiner en même temps ces deux urgences, relance et défi climatique, sans en obérer aucune.

Que demandez-vous aux 150 membres de la Convention ? De la patience, de l’indulgence, de la compréhension ?

Il faut, avec eux et les différents acteurs, que l’on pose les débats pour chercher un chemin. « La politique c’est l’art de rendre possible le nécessaire » : il faut conjuguer des choses qui a priori semblent irréconciliables et jusque-là opposées inutilement. Je prends l’exemple de l’artificialisation des sols : pour préserver la biodiversité et faire face au défi climatique, je pense qu’il faut tendre vers le zéro artificialisation mais dans ma commune dans le Loir-et-Cher (Marchenoir, 650 habitants, N.D.L.R.) cela pourrait faire baisser le nombre d’habitants. Or, je ne suis pas malthusien. Si vous ne construisez aucune habitation en milieu rural, la population décroît et dans le même temps, quand vous construisez des maisons vous perdez des terres agricoles. C’est cette équation que nous devons résoudre par exemple avec des dispositifs pour « construire le village sur le village » et requalifier des friches. Quand on en parle avec des membres de la Convention, ils comprennent très bien cela. Nous pouvons trouver ensemble des solutions pour que chacun soit gagnant.

Vous défendez une vision nuancée des choses. Pourtant, la semaine dernière, lors de l’examen du projet de loi de finances en commission, la majorité s’est retrouvée divisée entre les visions écologiste et budgétaire. Toutes les deux disaient être les garants de la parole présidentielle.

Nous marchons sur deux jambes, chacune est dans son rôle. Les commissions du Développement durable et des Finances doivent être garantes d’une chose comme nous tous : avancer concrètement pour relever le défi climatique. La Convention qui a fait un travail remarquable a abordé des sujets suscitant des débats et parfois des controverses. C’est normal. Il faut trouver l’équilibre et le compromis. Avec le PLF, cette semaine marquera une première série de réponses concrètes à la Convention, par exemple sur l’automobile où la fiscalité des déchets.

Mercredi soir, Emmanuel Macron s’est exprimé depuis les Alpes-Maritimes. Il a rappelé son attachement aux propositions de la Convention citoyenne. Était-ce un rappel nécessaire ?

Cette Convention est une proposition du président de la République à la sortie de la crise des Gilets jaunes, je le rappelle toujours. Il s’y est fortement engagé. Souvenons-nous des raisons pour lesquelles nous avons engagé cette démarche : sortir des positions caricaturales « fin du monde/fin du mois » sur la transition écologique et concilier écologie et économie. Ça ne date pas d’hier, l’écotaxe avait déclenché le mouvement des Bonnets rouges en 2013. Il est normal que sur la transition écologique, au démarrage, les points de vue s’opposent. Le rôle du politique est de trouver une solution, nous menons cet exercice inédit de traduction concrète par la convergence et le compromis.

Le 29 juin, Emmanuel Macron a utilisé trois « jokers » devant les membres de la Convention. Les ministères disposent-ils de jokers supplémentaires ?

Multiplier le nombre de ministres par trois jokers, vous imaginez ? Non, ce serait incongru. Le président de la République s’est clairement exprimé : il faut garder le sens des travaux de la Convention et sa cohérence. Quelques points posent des questions de temporalité, de formulation, de transcription concrète. C’est normal et les citoyens en sont pleinement conscients.

Ce projet de loi « climat » était annoncé pour la fin de l’été. Il doit désormais être présenté en décembre en conseil des ministres. Avez-vous la certitude qu’il débutera son examen à l’Assemblée avant les élections locales de mars 2021 ?

Le projet de loi « climat » comportera de nombreux articles et ni l’Assemblée, ni le Sénat ne le voteront en trois jours. Je rappelle que la loi Egalim était composée de 15 articles et que 4 300 amendements avaient été déposés rien qu’à l’Assemblée. Avec le projet de loi « climat », on peut imaginer et c’est bien normal que les débats seront intenses. L’examen débutera au premier trimestre 2021, je l’ai dit aux membres de la Convention : il n’y a pas de loup. L’objectif est que le projet de loi soit voté avant fin de la session, l’été prochain.

On assiste déjà à une bataille de calendrier parlementaire pour déterminer quel sera le premier texte de 2021 entre ceux sur le climat, sur le séparatisme et sur le grand âge.

Je le reconnais : je ne sais pas faire entrer un litre dans un demi-litre. Le projet de loi « climat » aura la priorité parce qu’il est en cours d’écriture. Le texte sur le grand âge n’en est pas encore à ce stade.

Ce texte sera en conseil des ministres le 9 décembre, comme l’a dit le Président. Sur le projet de loi « climat », notre objectif est qu’il soit voté dans les délais que nous nous sommes fixés

Les membres de la Convention s’accrochent à deux mots prononcés par Emmanuel Macron : « sans filtre ». Craignez-vous cette fétichisation du « sans filtre » ?

Que signifie « sans filtre » ? Ne pas dénaturer les propositions de la Convention quand le Gouvernement rédigera son projet de loi pour que les parlementaires puissent ensuite faire leur travail. La Constitution est claire : il n’existe aucun mandat impératif pour les parlementaires, cela poserait un problème démocratique. Les citoyens ont d’ailleurs dit aux parlementaires que c’est désormais à eux de travailler. Dans les travaux de la Convention, il y a des mesures précises, qui pour certaines sont même prérédigées, et des principes ou des orientations : le « sans filtre » ne signifie pas la même chose en termes de traduction législative.

Etait-ce une erreur d’employer cette expression de « sans filtre » ?

Non, c’est une question de contrat de confiance. Le Président l’a dit clairement : « sans filtre » signifie que l’on ne trie pas. Que ce sera soumis aux débats parlementaires. C’est cela le « sans filtre », nous conservons la cohérence d’ensemble. Sans éluder aucune question : ni la question agricole, ni celle de la justice sociale, ni la question énergétique des bâtiments ou celle des mobilités. Mais sans filtre ne veut pas dire sans débat, sinon quelle démocratie serions-nous ​? Si tout cela était si simple nos prédécesseurs auraient sans doute avancé beaucoup plus, l’urgence existait déjà. Les parlementaires en débattront.

Aménagement du territoire : la folie de la métropolisation

Aménagement du territoire : la folie de la métropolisation

 

 

La crise sanitaire qui se développe surtout dans les grandes métropoles refaits émerger la question de l’aménagement du territoire. La mode de la métropolisation risque d’aboutir à un aménagement du territoire composé d’un côté d’une dizaine de villes de plus d’un million d’habitants concentrant une majorité d’emplois et de l’autre des zones en voie de régression voire  de désertification. Un non-sens non seulement économique et social mais aussi environnementale et sociétal. En effet l’hyper concentration qui génère effectivement une croissance endogène provoque aussi des dégâts humains et environnementaux catastrophiques. Les créations d’emplois se en effet concentrent depuis une dizaine d’années sur les aires urbaines de plus de 500.000 habitants, zones où l’on trouve les métiers les plus dynamiques – notamment les postes de cadres - au détriment des villes petites et moyennes, constate une étude de France Stratégie. Au total, c’est une douzaine de métropoles régionales qui se partagent quasiment la moitié (46%) des emplois, dont 22% pour Paris et 24% en province. Et ce marché de l’emploi à deux vitesses se creuse. La situation est inédite: entre en 1968 et 1999, la croissance de l’emploi profitait à l’ensemble du pays… avant que les territoires ne se différencient de plus en plus, et que la fracture ne se transforme en fossé entre 2006 et 2013. C’est durant cette période que les aires urbaines de plus de 500.000 habitants ont massivement créé des emplois alors que les villes moyennes, les petites villes et les communes isolées ont subi des pertes, observe l’organisme placé auprès du Premier ministre. Ce phénomène a un nom: la «métropolisation». Or cet aménagement du territoire qui privilégie l’hyper concentration autour de quelques centres conduits le reste à la désertification.  . La mode aujourd’hui est à la métropolisation, c’est à dire à la sururbanisation (qui constitue pourtant une  aberration environnementale) tandis que certaines  petites villes, des villages s’appauvrissent, des villes moyennes stagnent ou régressent. L’élément le plus significatif de cette désertification c’est la raréfaction de l’emploi. Du coup,  les populations sont contraintes de rechercher des embauches de plus en plus loin de leur domicile (20, 30, 50 kms). Jusqu’au  jour où elles décident de quitter leur zone d’habitat pour  rejoindre des zones plus riches en emplois. Pour preuve de cette désertification : la baisse dramatique de la valeur du patrimoine immobilier. Par manque de populations,  les services rétrécissent comme peau de chagrin. Le cœur de la problématique de la désertification, c’est la disparition de l’emploi qui génère mécaniquement la fermeture des commerces et des services. La réactivation des villes moyennes, des  zones rurales défavorisées passe d’abord par une  analyse fine des réalités et de leur évolution sur longue période (emploi, PIB,  population, services etc.) ; aussi  par une prise en compte des  typologies différenciées des zones dont l’approche globale masque les disparités. Au-delà,  il convient d’agir sur les  leviers susceptibles d’abord de fixer la population active existante et d’encourager la création d’emplois. Bien entendu une  commune ne peut, à elle seule, inverser ces tendances lourdes même si elle peut intervenir utilement dans le champ actuel  de sa  responsabilité. Beaucoup de communes se préoccupent de leur développement pour autant l’environnement défavorable limite leur action (fiscalité, réglementation, transport, équipements et services). En fonction de certains scénarios économiques, sociaux et démographiques, en 2040 certains villages se transformeront en zones pour retraités voire même disparaîtront (d’autant qu’à cette date un  Français sur trois aura plus de 60 ans). L’activité économique interagit sur la qualité et le niveau des services et réciproquement. Si on se préoccupe légitimement des équipements et des services publics, par contre le soutien à l’emploi et à l’économie locale en particulier est plus déficient. Or en fonction du rythme de destruction  des emplois locaux, ce devrait être aussi une priorité. Encore une  fois compte tenu de la mode de la « métropolisation » ‘ pas spécifique à la France, il y a fort à parier qu’on pourra attendre encore longtemps des mesures significatives pour le développement rural des zones défavorisées. On ne saurait se limiter  à quelques dispositions certes utiles mais très insuffisantes (couverture internet, bureau de poste, quelques services …peut-être.

 

 

Aménagement territoire Stopper l’urbanisme étouffant

Aménagement territoire Stopper l’urbanisme étouffant

 

 

 

Pour lutter contre la vulnérabilité des sociétés industrielles mise en évidence par la pandémie de Covid-19, l’essayiste, Agnès Sinaï,   propose,dans une tribune au « Monde », d’endiguer la course à la démesure engagée par les métropoles, et de permettre une « déconcentration démographique ».

 

Tribune.

 

De Wuhan au Grand Paris, les métropoles sont engagées dans une course à la démesure. Cette fuite en avant s’apparente à l’image de la Reine rouge, dans Alice au pays des merveilles, qui court pour rester à la même place : produire toujours plus d’algorithmes pour actionner des véhicules autonomes gorgés de data plutôt qu’organiser des transports low-tech ; construire des villes dites « intelligentes », irriguées par la 5G, au prix d’une surveillance de masse orwellienne ; dépenser toujours plus d’énergie pour servir les actionnaires de l’économie financière plutôt qu’investir dans les services publics et la culture ; maintenir à tout prix une croissance absurde quitte à dévaster le socle du vivant.

Signal d’alarme

C’est cette course folle – que l’épidémie mondiale de Covid-19 remet profondément en question – qu’il faut interrompre. La propagation du virus est un marqueur du dépassement des limites et des seuils écologiques, mais aussi de l’imbrication des établissements humains dans la chaîne du vivant. Nos cités gigantesques reposent, pour leur approvisionnement, sur un vaste système de transport mondial de marchandises, créé grâce à des carburants bon marché. Il s’agit là d’un urbanisme de la congestion.

La vision d’un Grand Paris toujours plus étendu au nom de la compétitivité, aux proportions inhumaines et aux réseaux saturés, va se heurter à des vulnérabilités croissantes. Car la pandémie actuelle est la manifestation inquiétante d’une rétroaction, le signal d’alarme d’un dysfonctionnement plus vaste et plus sourd qui pourrait emporter dans le chaos nos sociétés industrielles aussi assoiffées d’énergie qu’inégalitaires. Certaines dépendances fortes – comme la dépendance au pétrole pour l’automobile et le transport de marchandises – sont susceptibles de provoquer un effondrement futur du système. Il faudrait réduire, par anticipation, ces vulnérabilités.

Mettre fin à la démesure

L’imaginaire métropolitain doit donc être relayé par un nouveau paradigme, fondé sur la déconcentration démographique et sur le développement de réseaux de production locaux. Il est impératif de redimensionner les échelles, de mettre fin à la démesure par de nouvelles formes de politiques territoriales ancrées dans le soin des paysages et œuvrant au retour de la diversité du vivant, en prévision des bouleversements climatiques à venir. L’urbanisation a atteint son seuil maximal de contre-productivité – comme en témoigne, avec le confinement du printemps, la proportion non négligeable d’habitants de la région francilienne qui en est partie de sa propre initiative. Il s’agit du début d’un phénomène de contre-exode urbain qui pourrait se poursuivre et s’accentuer au cours de la seconde moitié du XXIe siècle. Une révolution anthropologique posturbaine est en train d’émerger.

Climat et économie pas contradictoire (Jean Pisani-Ferry )

Climat et économie pas contradictoire (Jean Pisani-Ferry  )

 

L’économiste, Jean Pisani-Ferry  observe, dans une  chronique au monde, que la transition vers un modèle économique soutenable ne pourra se faire sans un investissement massif dans les technologies et l’amélioration de la productivité

 

Tribune

 

Qualifier d’« amish » les opposants à la 5G, comme l’a fait Emmanuel Macron, n’était ni judicieux ni habile. S’interroger sur les innovations techniques est en effet légitime, aussi prometteuses qu’elles paraissent. Mais la saillie présidentielle a eu le mérite de poser la question des voies de la transition écologique : sortirons-nous d’un modèle de développement insoutenable avec, ou contre, l’innovation et la « tech » ? Avec, ou contre, la croissance ? Débat urgent, fondamental et terriblement mal posé.

La pensée écologiste s’est construite contre la croissance et contre le capitalisme. C’est d’abord autour d’une opposition à la frénésie quantitative des « trente glorieuses » que se sont unis des militants venus d’horizons intellectuels et politiques hétéroclites. Très vite, cependant, cette opposition s’est doublée d’une hostilité au capitalisme, avec l’émergence d’une écologie politique.

En France, l’acte de naissance de cette dernière est sans doute un texte acéré et prescient, publié en 1974 par André Gorz. Dans cet article (« Leur écologie et la nôtre », republié par Le Monde diplomatique en avril 2010), Gorz avertissait que le capitalisme intégrerait la contrainte écologique comme il a intégré toutes les autres, et qu’il transformerait les consommations polluantes en biens de luxe. C’est contre cette logique inégalitaire qu’il appelait à s’élever parce que, concluait-il, « nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car, dans une société sans privilèges, il n’y a pas de pauvres ».

 

Près de cinquante ans plus tard, défiance envers le capitalisme et aversion à l’égard de la croissance persistent. Chaque épisode de greenwashing et chaque arbitrage gouvernemental en faveur de telle ou telle catégorie de producteurs renforcent la conviction de ceux dont la priorité est l’avenir de la planète : décidément, ce n’est pas comme cela qu’on va en sortir. Et, pourtant, on ne répondra à l’urgence climatique qu’en y enrôlant le capitalisme ; et on ne la rendra socialement tolérable qu’en misant sur la productivité – c’est-à-dire sur la croissance. 

Commençons par le capitalisme. Il est aujourd’hui divisé entre deux fractions, brune et verte, dont les intérêts divergent de plus en plus. D’un côté, on trouve les entreprises qui, comme Exxon, veulent perpétuer l’existant ; de l’autre, celles, comme Tesla, qui misent sur sa transformation. Comme jadis avec la lutte entre intérêts agraires et industriels, l’issue de l’affrontement entre ces deux capitalismes va définir notre avenir.

Environnement Climat– Convention citoyenne : on verra plus tard !

Environnement Climat– Convention citoyenne : on verra plus tard !

 

Employant une dialectique politicienneMarc Fesneau , secrétaire d’État pour les relations avec le Parlement estime que les propositions de la Convention citoyenne posent une problématique de temporalité. En clair, on verra plus tard !( Interview dans l’Opinion)

 

Le président de la République s’est engagé à reprendre 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat et, dans le même temps, à ne pas augmenter la fiscalité. Ces deux engagements sont-ils conciliables ?

Oui. Le Président s’y est engagé : les prélèvements obligatoires ne doivent pas augmenter, c’est la logique depuis 2017. Quand vous instaurez un système de bonus-malus, vous faites varier la fiscalité sans l’augmenter. Le levier fiscal en tant que tel n’est pas une fin, mais il peut être un puissant outil d’orientation pour la transition écologique. Augmenter les prélèvements obligatoires est exclu mais nous pouvons utiliser la fiscalité pour nous permettre collectivement – acteurs économiques et citoyens – d’aller vers des comportements plus vertueux. C’est notre choix.

L’objectif numéro 1 aujourd’hui du gouvernement est-il de transcrire les propositions de la Convention citoyenne ou de relancer le pays ?

L’un n’exclut pas l’autre, mais il faut s’interroger sur le moment que nous vivons. La Convention a été lancée avant la crise du Covid. Aujourd’hui, certains acteurs économiques sont fragilisés, il faut veiller à ne pas aggraver ces difficultés. La situation de février 2020 n’est pas celle d’aujourd’hui. C’est une situation qui est temporaire, sans remettre en cause telle ou telle orientation de la Convention et c’est bien pour cela que le plan de relance investit 30 milliards dans la transition écologique. La crise pose simplement la question de la temporalité, le temps de sortir de cette crise. Nous devons combiner en même temps ces deux urgences, relance et défi climatique, sans en obérer aucune.

Que demandez-vous aux 150 membres de la Convention ? De la patience, de l’indulgence, de la compréhension ?

Il faut, avec eux et les différents acteurs, que l’on pose les débats pour chercher un chemin. « La politique c’est l’art de rendre possible le nécessaire » : il faut conjuguer des choses qui a priori semblent irréconciliables et jusque-là opposées inutilement. Je prends l’exemple de l’artificialisation des sols : pour préserver la biodiversité et faire face au défi climatique, je pense qu’il faut tendre vers le zéro artificialisation mais dans ma commune dans le Loir-et-Cher (Marchenoir, 650 habitants, N.D.L.R.) cela pourrait faire baisser le nombre d’habitants. Or, je ne suis pas malthusien. Si vous ne construisez aucune habitation en milieu rural, la population décroît et dans le même temps, quand vous construisez des maisons vous perdez des terres agricoles. C’est cette équation que nous devons résoudre par exemple avec des dispositifs pour « construire le village sur le village » et requalifier des friches. Quand on en parle avec des membres de la Convention, ils comprennent très bien cela. Nous pouvons trouver ensemble des solutions pour que chacun soit gagnant.

Vous défendez une vision nuancée des choses. Pourtant, la semaine dernière, lors de l’examen du projet de loi de finances en commission, la majorité s’est retrouvée divisée entre les visions écologiste et budgétaire. Toutes les deux disaient être les garants de la parole présidentielle.

Nous marchons sur deux jambes, chacune est dans son rôle. Les commissions du Développement durable et des Finances doivent être garantes d’une chose comme nous tous : avancer concrètement pour relever le défi climatique. La Convention qui a fait un travail remarquable a abordé des sujets suscitant des débats et parfois des controverses. C’est normal. Il faut trouver l’équilibre et le compromis. Avec le PLF, cette semaine marquera une première série de réponses concrètes à la Convention, par exemple sur l’automobile où la fiscalité des déchets.

Mercredi soir, Emmanuel Macron s’est exprimé depuis les Alpes-Maritimes. Il a rappelé son attachement aux propositions de la Convention citoyenne. Était-ce un rappel nécessaire ?

Cette Convention est une proposition du président de la République à la sortie de la crise des Gilets jaunes, je le rappelle toujours. Il s’y est fortement engagé. Souvenons-nous des raisons pour lesquelles nous avons engagé cette démarche : sortir des positions caricaturales « fin du monde/fin du mois » sur la transition écologique et concilier écologie et économie. Ça ne date pas d’hier, l’écotaxe avait déclenché le mouvement des Bonnets rouges en 2013. Il est normal que sur la transition écologique, au démarrage, les points de vue s’opposent. Le rôle du politique est de trouver une solution, nous menons cet exercice inédit de traduction concrète par la convergence et le compromis.

Le 29 juin, Emmanuel Macron a utilisé trois « jokers » devant les membres de la Convention. Les ministères disposent-ils de jokers supplémentaires ?

Multiplier le nombre de ministres par trois jokers, vous imaginez ? Non, ce serait incongru. Le président de la République s’est clairement exprimé : il faut garder le sens des travaux de la Convention et sa cohérence. Quelques points posent des questions de temporalité, de formulation, de transcription concrète. C’est normal et les citoyens en sont pleinement conscients.

Ce projet de loi « climat » était annoncé pour la fin de l’été. Il doit désormais être présenté en décembre en conseil des ministres. Avez-vous la certitude qu’il débutera son examen à l’Assemblée avant les élections locales de mars 2021 ?

Le projet de loi « climat » comportera de nombreux articles et ni l’Assemblée, ni le Sénat ne le voteront en trois jours. Je rappelle que la loi Egalim était composée de 15 articles et que 4 300 amendements avaient été déposés rien qu’à l’Assemblée. Avec le projet de loi « climat », on peut imaginer et c’est bien normal que les débats seront intenses. L’examen débutera au premier trimestre 2021, je l’ai dit aux membres de la Convention : il n’y a pas de loup. L’objectif est que le projet de loi soit voté avant fin de la session, l’été prochain.

On assiste déjà à une bataille de calendrier parlementaire pour déterminer quel sera le premier texte de 2021 entre ceux sur le climat, sur le séparatisme et sur le grand âge.

Je le reconnais : je ne sais pas faire entrer un litre dans un demi-litre. Le projet de loi « climat » aura la priorité parce qu’il est en cours d’écriture. Le texte sur le grand âge n’en est pas encore à ce stade.

Ce texte sera en conseil des ministres le 9 décembre, comme l’a dit le Président. Sur le projet de loi « climat », notre objectif est qu’il soit voté dans les délais que nous nous sommes fixés

Les membres de la Convention s’accrochent à deux mots prononcés par Emmanuel Macron : « sans filtre ». Craignez-vous cette fétichisation du « sans filtre » ?

Que signifie « sans filtre » ? Ne pas dénaturer les propositions de la Convention quand le Gouvernement rédigera son projet de loi pour que les parlementaires puissent ensuite faire leur travail. La Constitution est claire : il n’existe aucun mandat impératif pour les parlementaires, cela poserait un problème démocratique. Les citoyens ont d’ailleurs dit aux parlementaires que c’est désormais à eux de travailler. Dans les travaux de la Convention, il y a des mesures précises, qui pour certaines sont même prérédigées, et des principes ou des orientations : le « sans filtre » ne signifie pas la même chose en termes de traduction législative.

Etait-ce une erreur d’employer cette expression de « sans filtre » ?

Non, c’est une question de contrat de confiance. Le Président l’a dit clairement : « sans filtre » signifie que l’on ne trie pas. Que ce sera soumis aux débats parlementaires. C’est cela le « sans filtre », nous conservons la cohérence d’ensemble. Sans éluder aucune question : ni la question agricole, ni celle de la justice sociale, ni la question énergétique des bâtiments ou celle des mobilités. Mais sans filtre ne veut pas dire sans débat, sinon quelle démocratie serions-nous ​? Si tout cela était si simple nos prédécesseurs auraient sans doute avancé beaucoup plus, l’urgence existait déjà. Les parlementaires en débattront.

« L’ intégrisme des prosélytes de la viande végétale »

  »L’ intégrisme des  prosélytes de la viande végétale »

L’essayiste Gilles Luneau s’insurge, dans une tribune au « Monde », contre l’alliance des industriels du numérique et des militants végans pour construire le mythe d’une viande sans impact sur l’environnement. Bref le monde de la chimie à la place de l’élevage traditionnel.

 

Tribune. Avec un marketing très offensif, suivant un récit tenant du conte comme on aime les raconter en Amérique du Nord – manger des fausses viandes sauverait la planète des maux que les humains lui font endurer – nous voyons débarquer dans les gondoles des « viandes végétales » et bientôt des « viandes cultivées » (in vitro). Des prouesses techniques mêlant génie génétique, biologie de synthèse, nanotechnologies, intelligence artificielle, gestion de données qui réjouissent les gourous du numérique.

À la tête de ces entreprises, majoritairement des véganes militants, financés par des milliardaires du numérique (Gates, Thiel, …) rejoints par les grands industriels de la viande (Cargill,…), ceux-là même qui ont industrialisé l’élevage

À la tête de ces entreprises, majoritairement des véganes militants, financés par des milliardaires du numérique (Gates, Thiel, Brin…) rejoints par les grands industriels de la viande (Cargill, Tyson Foods, JBS…), ceux-là même qui ont industrialisé l’élevage. Aux Pays-Bas, les Américains s’implantent avec une valorisation boursière de 9,5 milliards de dollars.

En France, un patron du numérique, Xavier Niel – par ailleurs actionnaire du Monde à titre personnel – participe via son fonds d’investissement Kima Ventures aux trois millions d’euros levés par l’entreprise Les Nouveaux fermiers (fausses viandes) et mise aussi sur 77 Foods (faux bacon). Il avait déjà pris place dans le tour de table américain de 90 millions de dollars de Motif Ingrédients (ingrédients pour fausses viandes), au côté de Ginko Bioworks (modification génétique).

Les fausses viandes soulèvent un débat sur le mensonge : celui que l’on accepte, celui que l’on transmet, celui qui modifie votre rapport à la réalité, donc aussi à la société. Le mot « viande » définit la chair d’un animal tué pour le manger. La viande est par essence ce passage du vivant au mort. Parler de « viande végétale ou de « viande cultivée » sont des abus de langage qui n’ont rien d’anodin.

Parler « d’agriculture cellulaire » est un oxymore. Il n’y a pas d’agriculture sans champ, sans paysan. La justice tranchera cette escroquerie

Outre l’insulte aux paysans et aux métiers de bouche, cela participe de l’altération du réel. Comme parler « d’agriculture cellulaire » est un oxymore. Il n’y a pas d’agriculture sans champ, sans paysan.

 

 

Biocarburants et huile de palme: les députés votent contre l’utilisation des résidus

Biocarburants et huile de palme: les députés votent contre l’utilisation des résidus

L’Assemblée nationale s’est un peu révoltée pour refuser que l’huile  des résidus  de palme puisse être considérée comme des bio carburants. Pas étonnant,  le développement de l’ huile de palme constitue une véritable opération de destruction des forêts et des écosystèmes. Contre l’avis du gouvernement, les députés ont donc voté vendredi soir pour exclure les résidus d’huile de palme et les produits à base d’huile de soja des biocarburants bénéficiant d’incitations fiscales. Il ne s’agit toutefois que d’un vote en première lecture lors du projet de loi de finances 2021, qui doit encore être examiné par le Sénat et faire l’objet d’une navette parlementaire.

Le recours à l’huile de palme importée est dénoncé par les ONG environnementales car sa culture extensive alimente la déforestation. Concernant les résidus, le rapporteur du budget, Laurent Saint-Martin (LREM), a souligné qu’il n’y avait pas «d’action supplémentaire de déforestation. De toute façon, la production d’huile de palme alimentaire est la même. Que ce soit utilisé pour du biocarburant ne devrait pas nous poser problème». Une affirmation totalement irresponsable de la part du très mondain Laurent Saint-Martin qui évidemment n’y connaît rien.

. L’amendement voté propose aussi d’exclure les produits à base d’huile de soja de la liste des biocarburants. «Il va falloir accompagner la filière et expliquer comment ça va se passer» ! a mis en garde Laurent Saint-Martin (LREM).

Aménagement du territoire : la folie de la métropolisation

 

Aménagement du territoire : la folie de la métropolisation

 

 

La crise sanitaire qui se développe surtout dans les grandes métropoles refaits émerger la question de l’aménagement du territoire. La mode de la métropolisation risque d’aboutir à un aménagement du territoire composé d’un côté d’une dizaine de villes de plus d’un million d’habitants concentrant une majorité d’emplois et de l’autre des zones en voie de régression voire  de désertification. Un non-sens non seulement économique et social mais aussi environnementale et sociétal. En effet l’hyper concentration qui génère effectivement une croissance endogène provoque aussi des dégâts humains et environnementaux catastrophiques. Les créations d’emplois se en effet concentrent depuis une dizaine d’années sur les aires urbaines de plus de 500.000 habitants, zones où l’on trouve les métiers les plus dynamiques – notamment les postes de cadres - au détriment des villes petites et moyennes, constate une étude de France Stratégie. Au total, c’est une douzaine de métropoles régionales qui se partagent quasiment la moitié (46%) des emplois, dont 22% pour Paris et 24% en province. Et ce marché de l’emploi à deux vitesses se creuse. La situation est inédite: entre en 1968 et 1999, la croissance de l’emploi profitait à l’ensemble du pays… avant que les territoires ne se différencient de plus en plus, et que la fracture ne se transforme en fossé entre 2006 et 2013. C’est durant cette période que les aires urbaines de plus de 500.000 habitants ont massivement créé des emplois alors que les villes moyennes, les petites villes et les communes isolées ont subi des pertes, observe l’organisme placé auprès du Premier ministre. Ce phénomène a un nom: la «métropolisation». Or cet aménagement du territoire qui privilégie l’hyper concentration autour de quelques centres conduits le reste à la désertification.  . La mode aujourd’hui est à la métropolisation, c’est à dire à la sururbanisation (qui constitue pourtant une  aberration environnementale) tandis que certaines  petites villes, des villages s’appauvrissent, des villes moyennes stagnent ou régressent. L’élément le plus significatif de cette désertification c’est la raréfaction de l’emploi. Du coup,  les populations sont contraintes de rechercher des embauches de plus en plus loin de leur domicile (20, 30, 50 kms). Jusqu’au  jour où elles décident de quitter leur zone d’habitat pour  rejoindre des zones plus riches en emplois. Pour preuve de cette désertification : la baisse dramatique de la valeur du patrimoine immobilier. Par manque de populations,  les services rétrécissent comme peau de chagrin. Le cœur de la problématique de la désertification, c’est la disparition de l’emploi qui génère mécaniquement la fermeture des commerces et des services. La réactivation des villes moyennes, des  zones rurales défavorisées passe d’abord par une  analyse fine des réalités et de leur évolution sur longue période (emploi, PIB,  population, services etc.) ; aussi  par une prise en compte des  typologies différenciées des zones dont l’approche globale masque les disparités. Au-delà,  il convient d’agir sur les  leviers susceptibles d’abord de fixer la population active existante et d’encourager la création d’emplois. Bien entendu une  commune ne peut, à elle seule, inverser ces tendances lourdes même si elle peut intervenir utilement dans le champ actuel  de sa  responsabilité. Beaucoup de communes se préoccupent de leur développement pour autant l’environnement défavorable limite leur action (fiscalité, réglementation, transport, équipements et services). En fonction de certains scénarios économiques, sociaux et démographiques, en 2040 certains villages se transformeront en zones pour retraités voire même disparaîtront (d’autant qu’à cette date un  Français sur trois aura plus de 60 ans). L’activité économique interagit sur la qualité et le niveau des services et réciproquement. Si on se préoccupe légitimement des équipements et des services publics, par contre le soutien à l’emploi et à l’économie locale en particulier est plus déficient. Or en fonction du rythme de destruction  des emplois locaux, ce devrait être aussi une priorité. Encore une  fois compte tenu de la mode de la « métropolisation » ‘ pas spécifique à la France, il y a fort à parier qu’on pourra attendre encore longtemps des mesures significatives pour le développement rural des zones défavorisées. On ne saurait se limiter  à quelques dispositions certes utiles mais très insuffisantes (couverture internet, bureau de poste, quelques services …peut-être.

 

 

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