Archive pour la Catégorie 'environnement'

Smartphones, télés, électroménager: « un droit à réparation »

 

 

Smartphones, télés, électroménager:  »un droit à réparation »

L’Union européenne veut encourager les consommateurs à réparer smartphones ou électroménager défectueux, plutôt que de les jeter et d’en racheter d’autres. Le texte, adopté à une très large majorité, instaure un « droit à la réparation». Même après l’expiration de la garantie, les citoyens du marché unique pourront exiger auprès des fabricants la réparation de certains produits.

 

Chaque année dans l’UE, les produits jetés, bien que réparables, représentent 35 millions de tonnes de déchets. Or, selon une étude de la Commission européenne, 77 % des Européens préféreraient réparer leurs anciens produits plutôt qu’en acheter de nouveaux. Ils perdraient environ 12 milliards d’euros par an, faute de les remettre en état.

Avec ce texte, les Vingt-Sept souhaitent renforcer leur engagement à « rendre les consommateurs actifs dans la lutte contre le changement climatique », selon les mots du rapporteur du texte, l’eurodéputé social-démocrate allemand René Repasi. Un pas de plus pour parvenir aux objectifs du « pacte vert » de neutralité carbone d’ici à 2050.

 

Articuler modes de production et transition écologique

Articuler modes de production et transition écologique

 

Dominique Méda, sociologue : « Il est essentiel d’anticiper et d’accompagner les transformations des modes de production de la transition écologique » ( dans Le Monde)

Dominique Méda,Professeure de sociologie à l’Université Paris Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen

Les travailleurs n’ont pas tort de craindre les conséquences des politiques environnementales, il faut donc restructurer l’industrie en évitant les erreurs commises pour la sidérurgie ou le textile dans les années 1970-1980, explique la sociologue dans sa chronique.

Les mouvements de colère contre les mesures environnementales, largement soutenus par des partis politiques qui aiment répéter que la France ne représenterait que 1 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales, se multiplient et touchent désormais des catégories professionnelles et sociales de plus en plus nombreuses. Le risque est grand de voir le Pacte vert européen, qui n’était pourtant pas parfait et méritait d’être complété, largement détricoté à la suite des élections de juin alors que les nouvelles du front climatique sont de plus en plus alarmantes. Cette remise en cause, qu’elle prenne ou non des formes protestataires, est très souvent liée à la question de l’emploi et aux craintes légitimes que suscitent les transformations des modes de production exigées par la lutte contre le changement climatique et en faveur de la santé des populations.

C’est la raison pour laquelle il est essentiel d’anticiper et d’accompagner ces transformations. La notion de transition « juste » sert précisément à souligner que celles-ci ne doivent pas se faire au détriment de ceux qui travaillent dans les secteurs appelés à être restructurés, mais que le processus doit être piloté de manière à amortir ou à éviter les chocs, ce qui suppose une vision à long terme, des institutions spécifiques et des moyens.

Nous n’avons pas su, dans les années 1970 et 1980, accompagner sérieusement les restructurations du textile et de la sidérurgie, pas plus que celles des décennies suivantes. Une étude du Centre d’études prospectives et d’informations internationales d’Axelle Arquié et Thomas Grjebine, parue en mars, rappelle fort utilement qu’entre 1997 et 2019, celles-ci s’étaient traduites par « un fort coût individuel en termes d’emploi et de salaire » et que les plans sociaux mis en œuvre n’avaient notamment pas permis une réallocation de main-d’œuvre bénéfique à l’économie locale. Et ce, « contrairement à l’hypothèse de la destruction créatrice » pourtant chère à beaucoup de nos économistes.

Pourquoi les travailleurs des secteurs et entreprises menacés de restructuration ne résisteraient-ils pas de toutes leurs forces à un processus qui risque de leur faire perdre leur emploi et d’aggraver leurs conditions de vie ?
Mais les choses sont peut-être en train de changer. S’il ne s’était pratiquement rien passé en la matière depuis le plan de programmation des emplois et des compétences rendu au gouvernement par [l’ancienne présidente du Medef] Laurence Parisot en 2019, le secrétariat général à la planification écologique a publié en février une estimation du nombre d’emplois susceptibles d’être supprimés et créés par la transition écologique et a lancé des COP régionales destinées à préciser et à enrichir celle-ci (« Stratégie emplois et compétences pour la planification écologique »). Cette importante avancée devra être prolongée par une cartographie précise des compétences actuellement mobilisées et de celles à développer, mais aussi par des décisions claires concernant les productions que nous souhaitons conserver ou relocaliser.

 

Climat-Aider les plus pauvres du monde à s’adapter au changement climatique

Climat-Aider les plus pauvres du monde à s’adapter au changement climatique

Les douze derniers mois ont été les plus chauds jamais enregistrés sur la planète. Cette réalité fait du changement climatique, non pas seulement une menace pour l’avenir, mais une part de plus en plus importante de notre présent. Mais il ne s’agit pas d’un présent, ni d’un futur, partagé de manière équitable.

par

Esther Duflo, Prix Nobel d’économie dans « Le Monde »

Les pays pauvres sont souvent dans des climats déjà chauds. A mesure que la planète se réchauffe, ils subissent donc davantage un plus grand nombre de jours où les températures sont difficilement compatibles avec la vie humaine (au-delà de 35 degrés). De plus, la pauvreté est un obstacle de taille à l’adaptation : quand il fait 35 degrés au Texas, un employé de bureau peut passer de l’air frais de sa maison à l’air frais de son bureau en voyageant dans sa voiture fraîche ; quand il fait 35 degrés au Pakistan, les habitants des régions rurales ont chaud chez eux, où il n’y a pas l’air conditionné, et doivent souvent réaliser des travaux physiques à l’extérieur.

Le résultat de la combinaison de ces deux forces ne pourrait pas être plus dangereux : les chercheurs du Global Impact Lab prédisent que, d’ici à 2100, si la trajectoire d’émission n’est pas modifiée, l’élévation des températures causera six millions de morts en plus par an, ce qui représente davantage que toutes les morts dues aux maladies infectieuses combinées aujourd’hui. Or cette augmentation de la mortalité aura lieu exclusivement dans les pays les plus pauvres.

La responsabilité de cet état de choses est tout aussi inéquitable. Plus une personne est riche, plus elle consomme, et plus elle consomme, plus elle contribue aux émissions de CO2. Le carbone peut avoir été émis dans une usine en Chine ou sur une autoroute en France, mais le résultat est le même. D’après les calculs de Lucas Chancel, économiste français enseignant à Sciences Po, si nous considérons l’empreinte carbone totale de chaque personne, les 10 % des émetteurs les plus gros sont responsables de 50 % des émissions.

L’empreinte carbone d’un habitant relativement riche des Etats-Unis est 120 fois plus importante que celle d’un habitant pauvre de l’Afrique.

Pour cette raison, à l’invitation du Brésil, je présente, mercredi 17 avril, à la réunion des ministres des finances du G20, une proposition pour mobiliser, de manière pérenne, des fonds afin de dédommager les citoyens les plus pauvres du monde et les aider à s’adapter au changement climatique.

Environnement :  » 70 % des forêts primaires du globe ont disparu « 

Environnement : «  70 % des forêts primaires du globe ont disparu « 

 Le professeur en botanique, FRANCIS HALLE ,  dresse un état des lieux alarmant des menaces qui pèsent sur ces poumons de la planète ( dans La Tribune).

 Aujourd’hui, quelles sont les forêts les plus mal en point dans le monde ?

FRANCIS HALLE - L’Europe est dans la pire situation. La principale raison est que, sur notre continent, nous n’avons presque plus de forêts primaires, sources essentielles de biodiversité. La dernière du type est la forêt de Bialowieza, à cheval sur la Pologne et la Biélorussie. Elle a été formée il y a un peu plus de dix mille ans, lors de la dernière période de glaciation. L’activité humaine est en train de la menacer. En Asie du Sud-Est, la situation n’est pas très bonne non plus. L’extension des plantations de palmiers à huile a détruit de très larges zones de forêts. Il y a aussi un cas particulièrement alarmant : celui de la Chine, pays où il n’y en a quasiment plus. C’est dramatique. En Amérique du Sud, et notamment au Brésil, là où se situe la majeure partie de l’immense forêt amazonienne, la situation s’est dégradée ces dernières années. En cause, l’action de l’ancien président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro, grand soutien de l’agro-industrie. Pendant son mandat, la déforestation a augmenté d’environ 75 % par rapport à la décennie précédente. Le Chili et l’Argentine sont aussi dans une situation comparable.

À l’inverse, quelles sont les zones forestières qui se portent le mieux ?

À ce jour, c’est l’Afrique qui abrite les plus belles forêts tropicales. Il y a là-bas des massifs intacts et notamment de nature primaire. Ces espaces-là se situent surtout en Afrique centrale. Du côté de l’Amérique du Nord, tout particulièrement aux États-Unis, la situation est positive. Les Américains ont bien conservé leurs forêts, dont certaines sont encore primaires. Les forêts boréales, situées dans l’hémisphère Nord [au Canada, en Scandinavie et en Russie], se portent bien aussi. Par contre, ces dernières ne sont pas riches en biodiversité animale.

Vous alertez surtout sur la destruction des forêts « primaires ». Pourquoi sont-elles si importantes ?

Les forêts dites « primaires » [en langage courant, des « forêts vierges »] existent depuis des centaines de millions d’années et n’ont pas été exploitées par l’homme. Elles accueillent l’essentiel de la biodiversité planétaire, c’est énorme, et elles sont aussi d’immenses puits de carbone. Voilà pourquoi il est absolument crucial de les préserver. Aujourd’hui, 70 % des forêts primaires du globe ont disparu. C’est un vrai problème pour la biodiversité de la planète.

Quelle est la menace principale pour les forêts dans le monde ?

Principalement l’être humain. La déforestation pour des activités économiques est l’exemple le plus frappant. En Asie, c’est particulièrement inquiétant. D’autres pratiques humaines dégradent également les forêts. Par exemple, en France, une partie de leur mortalité est liée à la plantation d’arbres qui ne respectent pas leur écologie d’origine. Je pense aux nombreux épicéas, une espèce de montagne, plantés ces dernières années en plaine. Résultat : ils poussent vite, certes, mais beaucoup sont infestés par des parasites, les scolytes, et meurent… Le dérèglement climatique favorise aussi les feux de forêt. Le monde entier est aujourd’hui touché, notamment le nord de l’Europe, qui était auparavant épargné en comparaison avec l’Europe du Sud.

En France, le gouvernement dit que le volume de forêts augmente, mais vous n’êtes pas d’accord. Pourquoi ?

En fait, ce qui augmente en France, ce sont les plantations d’arbres, qui, je le rappelle, ne sont pas des forêts ! Dans celles-ci, tous les arbres sont de la même espèce et ont le même âge. Elles ont uniquement une finalité économique, notamment la fourniture de bois. Mais niveau biodiversité, on est très bas.

Pourquoi préserver les forêts est-il si important pour l’équilibre écologique de la planète ?

Il y a plusieurs raisons. Sous une forêt en bon état, qu’elle soit primaire ou secondaire, les sols sont de bonne qualité. Mais l’agriculture productiviste, lorsqu’elle prend la place d’une partie de forêt, introduit des intrants chimiques dans les sols. Un processus qui, au fil des années, les appauvrit et les rend infertiles. L’autre point important est bien sûr la biodiversité : plus une forêt est vieille, plus elle est riche en faune et en flore. Enfin, c’est une évidence, les forêts captent des quantités astronomiques de carbone et sont notre seule réelle source d’oxygène.

Satellites: nettoyer l’espace des débris en orbite ?

Satellites:  nettoyer l’espace des débris en orbite ?

L’augmentation du trafic spatial, notamment due à l’arrivée de nouveaux acteurs privés et la démocratisation des technologies spatiales, se traduit par une augmentation exponentielle du nombre d’objets en orbite. Cette situation va poser de sérieux problèmes de sécurité si elle n’est pas rapidement prise en compte. Le principal danger réside dans les collisions entre satellites et débris spatiaux. Elles se produisent à des vitesses très élevées (entre 7 et 16 km/s) et la collision d’un seul objet peut générer une multitude de débris supplémentaires, créant un effet domino et aggravant le problème. On nomme ce processus le syndrome de Kessler, du nom du scientifique américain de la NASA ayant le premier alerté sur ce problème en 1978. Actuellement, nous ne pouvons observer depuis le sol que les objets en orbite de plus de 10 cm. On recense environ 35 000 objets supérieurs à cette taille en orbite, dont 9 000 sont des satellites actifs avec 5 200 satellites Starlink et 600 OneWeb. Le nombre de débris spatiaux dont la taille est supérieure à 1 mm est quant à lui estimé à environ 128 millions. Le risque de collision est particulièrement élevé dans certaines zones, comme l’orbite basse terrestre, où se concentrent la plupart des satellites.

par 

Expert débris spatiaux et responsable de l’initiative Tech 4 Space Care, Centre national d’études spatiales (CNES) dans The conversation 

La France s’est imposée comme l’un des pionniers dans la lutte contre la prolifération des débris spatiaux. En effet, dès 2008, la loi relative aux opérations spatiales a posé les bases d’une approche proactive, imposant aux opérateurs français de respecter un certain nombre de règles pour limiter leur impact environnemental.

Pour prévenir la création de nouveaux débris, il est par exemple essentiel de désorbiter les satellites en fin de vie. Cette opération, complexe et coûteuse, nécessite de réserver une partie de l’énergie du satellite pour le propulser dans l’atmosphère terrestre afin qu’il se désintègre grâce aux frottements de l’air.

De nombreux satellites lancés dans les premières années de l’ère spatiale n’ont malheureusement pas été désorbités et constituent aujourd’hui des « épées de Damoclès » en orbite, augmentant le risque de collisions et constituant une réserve de petits débris non traçables en cas de fragmentation.

Des start-up et des entreprises, notamment en France, travaillent sur les briques technologiques permettant de se rapprocher de ces débris, de synchroniser leur trajectoire avec celle du véhicule venant les ramasser, de les attraper et enfin de les désorbiter. L’opération est complexe et coûteuse.

Il existe aujourd’hui quelques projets d’active debris removal (ADR) en cours. On peut citer le projet ClearSpace-1 de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui a pour ambition de désorbiter en 2026 un morceau d’étage de 112 kg du lanceur Vega. L’entreprise japonaise Astroscale développe aussi des activités d’ADR depuis 2013, avec un certain nombre de démonstrations en orbite déjà réalisées. Sa mission ADRAS-J, lancée le 18 février dernier, vise à se rapprocher d’un troisième étage de lanceurs japonais H-2A mis en orbite en 2009, et de se synchroniser avec cet étage pour valider la phase de rapprochement final. Astroscale a depuis peu monté une antenne en France pour développer une partie de ses activités aussi dans l’Hexagone. La start-up bordelaise Dark se positionne aussi sur l’interception de débris avec des solutions innovantes.

L’activité est en pleine expansion, mais a besoin d’un ancrage commercial afin de pouvoir vraiment « décoller ». Aujourd’hui, seuls les États financent cette thématique. Il n’est donc pas encore rentable d’un point de vue économique d’aller chercher un débris. Pour résoudre ce dilemme, il faudrait être capable de donner une valeur aux débris en valorisant leur recyclage et leur réutilisation. On pourrait aussi essayer d’estimer le coût économique d’une collision et de l’importante quantité de débris générés qui vont perturber des opérations spatiales. Ce manque à gagner déclenché par l’inaction doit être mis en regard du coût de l’intervention de nettoyage. Mais il est très difficile aujourd’hui d’estimer et de construire ces modèles économiques.

Pour remédier à ce problème, l’idée d’un service de dépannage, de remorquage et de réparation de satellites en orbite, et capable de capturer les débris spatiaux, est envisagée. Ce système s’articulerait autour d’engins spatiaux multifonctions. En plus de réparer les satellites en panne, ces engins captureraient des débris à la fin de leurs missions de réparation, les ramenant dans l’atmosphère terrestre pour les désintégrer. Ce modèle économique présente l’avantage de générer des revenus, grâce au service de réparation et à la valorisation potentielle de matériaux récupérés sur des débris.

La réglementation peut venir en aide à ce modèle économique. La règle stricte imposant que l’ensemble des objets mis en orbite doivent être désorbités à leur fin de vie avec une probabilité de 100 % oblige de fait à disposer de « systèmes » qui viendraient chercher les véhicules en panne. L’analogie avec les forfaits de dépannage sur les autoroutes n’est pas loin.

Il deviendrait alors moins cher de payer un service de dépannage qui viendra récupérer un véhicule en panne plutôt que de disposer soi-même de la capacité de dépannage. Cela peut favoriser une économie vertueuse qui nettoie les objets récemment mis en orbite, mais récupère aussi des objets issus de missions historiques et qui nous embêtent aujourd’hui.

Cependant, des défis subsistent. Le développement technologique de capture et de désorbitation des débris spatiaux est encore en cours. De plus, un cadre juridique international est nécessaire pour définir les responsabilités et les obligations des acteurs impliqués. La France plaide pour une action internationale concertée pour faire face à ce défi global. La collaboration entre les nations est indispensable pour développer des solutions technologiques et juridiques efficaces et garantir la sécurité de l’espace pour les générations futures.

En conclusion, la mise en place d’un modèle économique pour la dépollution spatiale est un enjeu crucial pour garantir la sécurité et la pérennité de l’exploration spatiale. Bien que des défis soient à relever, la collaboration internationale et l’innovation technologique peuvent permettre de les surmonter et d’assurer un avenir durable à l’espace.

Aider les plus pauvres du monde à s’adapter au changement climatique

Aider les plus pauvres du monde à s’adapter au changement climatique 

Les douze derniers mois ont été les plus chauds jamais enregistrés sur la planète. Cette réalité fait du changement climatique, non pas seulement une menace pour l’avenir, mais une part de plus en plus importante de notre présent. Mais il ne s’agit pas d’un présent, ni d’un futur, partagé de manière équitable.

par

Esther Duflo, Prix Nobel d’économie dans « Le Monde »

Les pays pauvres sont souvent dans des climats déjà chauds. A mesure que la planète se réchauffe, ils subissent donc davantage un plus grand nombre de jours où les températures sont difficilement compatibles avec la vie humaine (au-delà de 35 degrés). De plus, la pauvreté est un obstacle de taille à l’adaptation : quand il fait 35 degrés au Texas, un employé de bureau peut passer de l’air frais de sa maison à l’air frais de son bureau en voyageant dans sa voiture fraîche ; quand il fait 35 degrés au Pakistan, les habitants des régions rurales ont chaud chez eux, où il n’y a pas l’air conditionné, et doivent souvent réaliser des travaux physiques à l’extérieur.

Le résultat de la combinaison de ces deux forces ne pourrait pas être plus dangereux : les chercheurs du Global Impact Lab prédisent que, d’ici à 2100, si la trajectoire d’émission n’est pas modifiée, l’élévation des températures causera six millions de morts en plus par an, ce qui représente davantage que toutes les morts dues aux maladies infectieuses combinées aujourd’hui. Or cette augmentation de la mortalité aura lieu exclusivement dans les pays les plus pauvres.

La responsabilité de cet état de choses est tout aussi inéquitable. Plus une personne est riche, plus elle consomme, et plus elle consomme, plus elle contribue aux émissions de CO2. Le carbone peut avoir été émis dans une usine en Chine ou sur une autoroute en France, mais le résultat est le même. D’après les calculs de Lucas Chancel, économiste français enseignant à Sciences Po, si nous considérons l’empreinte carbone totale de chaque personne, les 10 % des émetteurs les plus gros sont responsables de 50 % des émissions.

L’empreinte carbone d’un habitant relativement riche des Etats-Unis est 120 fois plus importante que celle d’un habitant pauvre de l’Afrique.

Pour cette raison, à l’invitation du Brésil, je présente, mercredi 17 avril, à la réunion des ministres des finances du G20, une proposition pour mobiliser, de manière pérenne, des fonds afin de dédommager les citoyens les plus pauvres du monde et les aider à s’adapter au changement climatique.

Le climat va amputer la croissance

Le climat va amputer la croissance

 

Selon  l’Institut de recherche de Potsdam, le changement climatique causé par le CO2 déjà présent dans l’atmosphère amputera le PIB mondial de quelque 38.000 milliards de dollars d’ici 2050, soit près d’un cinquième, indépendamment des efforts pour limiter les émissions à l’avenir, met en garde une étude publiée mercredi. «Notre analyse montre que le changement climatique va causer des dommages économiques massifs au cours de ces 25 prochaines années dans quasiment tous les pays du monde, y compris les plus développés comme l’Allemagne, la France ou les États-Unis», indique Leonie Wenz, de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (PIK), qui publie avec ses collègues le résultat de ses recherches dans la revue Nature.

Ces pertes, qui équivalent à amputer le PIB mondial de 17% d’ici 2050, «sont le résultat de nos émissions passées», souligne-t-elle. Avec 1,2°C de réchauffement, la Terre souffre déjà d’une amplification désastreuse des canicules, des sécheresses, des inondations ou des tempêtes tropicales. Mais la facture économique pourrait encore s’alourdir d’ici 2100 si la planète se réchauffait significativement au-delà de 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, la limite haute de l’accord de Paris de 2015 si bien qu’il est crucial de réduire les émissions le plus vite possible. Et les investissements pour rester à 2°C ne représenteraient qu’une fraction des dommages qui seraient évités, ont montré les chercheurs.

L’ Afep pour une adaptation de la transition écologique

L’ Afep pour une adaptation de la transition écologique

 L’Afep, association qui réunit 117 des plus grandes entreprises privées françaises, dirigée par Patricia Barbizet, a pour habitude d’agir en coulisses. L’heure doit donc être grave pour que, dans un document rendu public le 15 avril, l’influent lobby patronal appelle à un « sursaut » de l’Union européenne sur les questions de transition écologique. Les entreprises et leurs dirigeants prennent soin d’abord d’affirmer leur « attachement profond aux valeurs, aux institutions démocratiques, au modèle social environnemental de l’Union européenne, une construction politique sans pareille ». Ensuite, ils expriment leurs craintes face à un « décrochage durable de l’économie des 27 vis-à-vis des Etats-Unis et de l’Asie ». ( Dans » l’Opinion »)

Désastre. Sans surprise, parmi les causes identifiées de ce désastre à venir, l’Afep identifie « le déluge de nouvelles obligations de reporting et de conformité (CSRD, CS3D…) » qui, « en ne tenant pas compte du fonctionnement des entreprises, crée un surcroît de charges administratives et expose leurs activités — en Europe et dans le monde —, à davantage de complexités, de lenteurs et d’insécurité juridique, sans qu’il en résulte un gain économique, environnemental ou citoyen ».

 Face à ce constat, le sursaut que l’Afep appelle de ses vœux, passe notamment par « l’adaptation du green deal » afin de le rendre « compatible avec la réalité industrielle et les capacités de financement de la transition ». Pour cela, il faut porter une attention particulière aux calendriers. Celui de l’interdiction de la vente de voitures thermiques à partir de 2035 est ainsi jugé trop exigeant. La fin des quotas carbone gratuits, prévue en 2034 sur le marché européen, devrait être repoussée. Enfin, il faudrait aussi adapter la taxonomie. Et surtout, insiste l’Afep, garder son caractère indicatif, « à rebours des usages prescriptifs qui en ont été faits au cours des dernières années ». Ce qui n’est pas non plus une surprise.

Environnement: des grands projets exemptés de Zéro artificialisation nette (ZAN)

Environnement: des  grands projets  exemptés de Zéro artificialisation nette (ZAN) 

Le ministre de l’écologie, Christophe Béchu va  publier un arrêté concernant une liste de 424 projets qui pourront être exclus du dispositif « zéro artificialisation nette des sols » (ZAN). Transmise aux élus locaux mercredi, la liste sera publiée ce jeudi et fera l’objet d’une consultation publique durant un mois, précise le cabinet de Christophe Béchu. A noter cependant que l’artificialisation des sols est due pour près des deux tiers à la construction de logements.

 

Au total, dans sa liste publiée ce jeudi après-midi, 167 projets d’envergure nationale ou européenne qui échapperont au dispositif du zéro artificialisation nette (ZAN). Parmi eux, certains projets industriels stratégiques pour le gouvernement, notamment la future autoroute A69 Castres-Toulouse, les sites de construction des futurs EPR2, ou encore le projet de mine de lithium en Allier, pourront donc être menés à bien sans restriction liées au ZAN. A noter : les nouvelles usines représentent 30 % des 167 projets inclus dans la liste, tandis que les infrastructures (routières ou ferroviaires) en représentent la quasi-moitié.

La loi « Climat et résilience », issue de la Convention citoyenne et voté en 2021 visait initialement le « zéro artificialisation nette des sols » (ZAN) en 2050, avec pour objectif intermédiaire la réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (Enaf) d’ici 2031. L’objectif final est, lui, prévu pour 2050. Pour y arriver, la France est censée diviser par deux, tous les dix ans, son rythme de grignotage des espaces naturels par l’étalement des villes.

A noter cependant que l’artificialisation des sols est due pour près des deux tiers à la construction de logements, qui prennent plus d’espace en France qu’ailleurs du fait d’un modèle d’aménagement du territoire ayant favorisé la maison individuelle.

Les grands projets exemptés de Zéro artificialisation nette (ZAN)

Les  grands projets  exemptés de Zéro artificialisation nette (ZAN) 

Le ministre de l’écologie, Christophe Béchu va  publier un arrêté concernant une liste de 424 projets qui pourront être exclus du dispositif « zéro artificialisation nette des sols » (ZAN). Transmise aux élus locaux mercredi, la liste sera publiée ce jeudi et fera l’objet d’une consultation publique durant un mois, précise le cabinet de Christophe Béchu. A noter cependant que l’artificialisation des sols est due pour près des deux tiers à la construction de logements.

 

Au total, dans sa liste publiée ce jeudi après-midi, 167 projets d’envergure nationale ou européenne qui échapperont au dispositif du zéro artificialisation nette (ZAN). Parmi eux, certains projets industriels stratégiques pour le gouvernement, notamment la future autoroute A69 Castres-Toulouse, les sites de construction des futurs EPR2, ou encore le projet de mine de lithium en Allier, pourront donc être menés à bien sans restriction liées au ZAN. A noter : les nouvelles usines représentent 30 % des 167 projets inclus dans la liste, tandis que les infrastructures (routières ou ferroviaires) en représentent la quasi-moitié.

La loi « Climat et résilience », issue de la Convention citoyenne et voté en 2021 visait initialement le « zéro artificialisation nette des sols » (ZAN) en 2050, avec pour objectif intermédiaire la réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (Enaf) d’ici 2031. L’objectif final est, lui, prévu pour 2050. Pour y arriver, la France est censée diviser par deux, tous les dix ans, son rythme de grignotage des espaces naturels par l’étalement des villes.

A noter cependant que l’artificialisation des sols est due pour près des deux tiers à la construction de logements, qui prennent plus d’espace en France qu’ailleurs du fait d’un modèle d’aménagement du territoire ayant favorisé la maison individuelle.

Les grands projets industriels exemptés de Zéro artificialisation nette (ZAN)

Les  grands projets industriels exemptés de Zéro artificialisation nette (ZAN) 

Le ministre de l’écologie, Christophe Béchu va  publier un arrêté concernant une liste de 424 projets qui pourront être exclus du dispositif « zéro artificialisation nette des sols » (ZAN). Transmise aux élus locaux mercredi, la liste sera publiée ce jeudi et fera l’objet d’une consultation publique durant un mois, précise le cabinet de Christophe Béchu. A noter cependant que l’artificialisation des sols est due pour près des deux tiers à la construction de logements.

 

Au total, dans sa liste publiée ce jeudi après-midi, 167 projets d’envergure nationale ou européenne qui échapperont au dispositif du zéro artificialisation nette (ZAN). Parmi eux, certains projets industriels stratégiques pour le gouvernement, notamment la future autoroute A69 Castres-Toulouse, les sites de construction des futurs EPR2, ou encore le projet de mine de lithium en Allier, pourront donc être menés à bien sans restriction liées au ZAN. A noter : les nouvelles usines représentent 30 % des 167 projets inclus dans la liste, tandis que les infrastructures (routières ou ferroviaires) en représentent la quasi-moitié.

La loi « Climat et résilience », issue de la Convention citoyenne et voté en 2021 visait initialement le « zéro artificialisation nette des sols » (ZAN) en 2050, avec pour objectif intermédiaire la réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (Enaf) d’ici 2031. L’objectif final est, lui, prévu pour 2050. Pour y arriver, la France est censée diviser par deux, tous les dix ans, son rythme de grignotage des espaces naturels par l’étalement des villes.

A noter cependant que l’artificialisation des sols est due pour près des deux tiers à la construction de logements, qui prennent plus d’espace en France qu’ailleurs du fait d’un modèle d’aménagement du territoire ayant favorisé la maison individuelle.

 

Appellation « steak végétal » autorisé par le conseil d’État

 

Appellation « steak végétal » autorisé par le Conseil d’État

 

Bataille sémantique entre les autorités juridiques et le gouvernement à propos de l’appellation d’aliments uniquement végétaux. Ainsi l’emploi du terme « steak végétal » a été interdit par le gouvernement mais le gouvernement a été désavoué par le conseil d’État. Juridiquement les interdictions du gouvernement souffraient de faiblesse juridique car les appellations interdites ne bénéficient d’aucune protection juridique. La bataille n’est pas terminée elle va continuer devant la cour de justice de l’union européenne

Ce mercredi, le juge des référés du conseil d’État a rendu sa décision quant à la légalité de l’interdiction imposée aux entreprises de l’agroalimentaire d’utiliser des termes comme «steak végétal» ou «escalope végétale». Une décision qui intervient quelques semaines avant la mise en œuvre de cette mesure.

En février dernier, l’exécutif avait publié un décret interdisant l’usage de certains termes «désignant traditionnellement des denrées alimentaires d’origine animale pour la description, la commercialisation ou la promotion des denrées à base de protéines végétales». Parmi les dénominations concernées figuraient «bavette d’aloyau», «onglet», «jambon» ou encore «steak» et «bifteck».

 

Eoliennes: Subventions chinoises jusqu’à 50%

Eoliennes: Subventions chinoises jusqu’à 50%

 

La Chine envahit l’Europe de son industrie éolienne qui peuvent être subventionnée par les Chinois jusqu’à 50 %. Cela à travers des subventions à des fabricants chinois d’éoliennes, faussant la concurrence sur le marché européen.

« Aujourd’hui (mardi, ndlr), nous lançons une nouvelle enquête sur les fournisseurs chinois d’éoliennes. Nous étudions les conditions de développement de parcs éoliens en Espagne, en Grèce, en France, en Roumanie et en Bulgarie », a déclaré la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, lors d’un discours à l’Université de Princeton aux États-Unis, ce mardi 9 avril. La responsable n’a toutefois pas fourni de précisions sur les entreprises ni sur les procédures concernées.

Une première enquête suivant cette nouvelle réglementation a ainsi été ouverte mi-février, ciblant une filiale du constructeur ferroviaire chinois CRRC, numéro un mondial du secteur. Ce groupe étatique, candidat pour la fourniture de trains électriques en Bulgarie, s’était finalement retiré de l’appel d’offres fin mars.

 

Le 3 avril, la Commission a annoncé une deuxième enquête, dans le cadre du même instrument, visant deux consortiums candidats pour concevoir, construire et exploiter un parc photovoltaïque en Roumanie. Le premier ciblé associe le groupe roumain Enevo et une filiale – basée en Allemagne – du géant chinois Longi, premier fabricant mondial de cellules photovoltaïques. Le second consortium ciblé concerne deux filiales entièrement contrôlées par le même groupe étatique chinois, Shanghai Electric, sous étroite supervision du gouvernement central.

 

Santé-Le danger des polluants éternels

Santé-Le danger des polluants éternels

Les polluants éternel (PFAS) concernent plusieurs milliers de substances chimiques : les perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés (anciennement perfluorés et polyfluorés). Il s’agit de composés artificiels, synthétisés par l’homme à partir d’hydrocarbures, composés à base d’atomes de carbone et de fluor, reliés par des liaisons chimiques particulièrement stables. Les PFAS comportent une chaîne plus ou moins longue d’atomes de carbone liés à des atomes de fluor. Cette liaison carbone-fluor, très stable, est difficile à casser. Ces composés se dégradent donc très lentement. Un article de l’association « que choisir » fait le point sur leur nature.

Les PFAS présentent de nombreuses qualités intéressantes : antiadhésifs, imperméabilisants, antitaches, résistants aux chaleurs extrêmes et aux agents chimiques et biologiques, isolants, etc. Depuis les années 1950, ils sont largement utilisés dans de nombreux produits du quotidien : cuirs et textiles imperméables ou déperlants, emballages alimentaires, revêtements antiadhésifs des poêles et casseroles en Téflon, semelles de fer à repasser, cosmétiques, mousses anti-incendie, isolants de fils électriques, certains implants médicaux, peintures, détergents, pesticides (lire l’encadré), et jusque dans les fils dentaires et les cordes de guitare !

Utilisés pour leurs qualités antiadhésives, imperméabilisantes ou encore de résistance aux fortes chaleurs, les PFAS se retrouvent dans d’innombrables objets du quotidien.

Les liaisons chimiques entre les atomes de carbone et de fluor sont très stables, difficiles à casser. Ces substances se dégradent donc très lentement : sur des siècles, voire des millénaires pour certains. Conséquence, les PFAS se diffusent dans l’eau, les sols, l’air, jusqu’aux fonds océaniques et aux régions arctiques, et contaminent les organismes vivants, dont l’être humain. Ils font partie de la vaste catégorie des « polluants organiques persistants (POP) ».
Hélas, oui. Les PFAS se retrouvent dans l’environnement via les rejets industriels et domestiques, les déchets pas ou mal recyclés, ou encore les lieux de grands feux (usines, forêts, etc.) contre lesquels ont été utilisées des mousses anti-incendie. Une enquête menée par le quotidien Le Monde et 17 autres médias, dans le cadre du « Forever Pollution Project », a révélé début 2023 l’ampleur de cette pollution en Europe. Les journalistes ont identifié plus de 17 000 sites contaminés à des niveaux inquiétants, dont plus de 2 100 hot spots de contamination pollués à « des niveaux jugés dangereux pour la santé par les experts interrogés », explique Le Monde. Mais aucune cartographie officielle de la part des pouvoirs publics n’existe.

 

En France, la quasi-totalité du territoire métropolitain est concernée, à des taux plus ou moins élevés selon la proximité d’activités industrielles émettrices de PFAS. Cette contamination est « plus marquée » pour les nappes de la Limagne et d’Alsace, puis celles de la région rhodanienne, du Nord, de la vallée de la Seine, de la Meuse et de la Moselle et de leurs affluents, de Bretagne et de la Côte méditerranéenne. L’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd) constate plus globalement « une contamination générale modérée des eaux souterraines françaises » et ce, bien que « seuls quelques PFAS [soient] suivis », dans un rapport publié en avril 2023.

Parmi les alertes récentes, citons :

La pollution de nappes d’eau souterraines par les rejets du site industriel Arkema de Pierre-Bénite, au sud de Lyon (Rhône) ; l’Igedd établit que les rejets s’élevaient à 3,5 tonnes par an, « une situation préoccupante », admet-elle.
En Haute-Savoie, c’est l’agglomération d’Annecy qui a décidé de mettre à l’arrêt tous les captages de la principale nappe phréatique de l’agglomération en mars 2023, en raison de sa contamination.
Dans ce même département, la commune de Rumilly a annoncé que les poissons pêchés sur son territoire étaient impropres à la consommation.

L’ensemble de la population est contaminé, essentiellement par ingestion via l’eau et les aliments, ou par inhalation. L’étude nationale de santé Esteban (1) de 2014-2016 a détecté des PFAS chez 100 % de la population suivie, enfants comme adultes. En 2019, Que Choisir a effectué des prélèvements de poussière dans 53 maisons et appartements en France : 93 % étaient pollués par le PFOS.

L’organisme les éliminant lentement, ces substances s’accumulent dans le corps. Or, les effets délétères sur la santé sont multiples, et potentiellement graves : certains PFAS sont toxiques pour le foie et le rein, soupçonnés d’être cancérogène, neurotoxiques, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens, ou favoriseraient l’obésité et le diabète de type 2… Certains sont particulièrement inquiétants, à l’instar du PFOA (reconnu « cancérogène pour les humains » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) le 30 novembre 2023), du PFOS (reconnu « cancérogène possible »), du PFNA et du PFHxS (2). Et on sait désormais que certains de leurs métabolites (composés issus de leur dégradation) sont encore plus toxiques que les molécules initiales.

 

 

Faut-il renommer le vivant ?

Faut-il renommer le vivant ?

 

La description de la biodiversité repose sur une discipline appelée taxinomie – ou taxonomie – qui se charge de décrire, classer et nommer des éléments structurés de la biodiversité, appelés taxons. D’Aristote à Albert le Grand en passant par Pline l’Ancien, de nombreux travaux de taxonomie sont parvenus à la postérité par des auteurs venant d’époques, de langues et de cultures différentes. Les langues vernaculaires n’étant pas suffisantes pour communiquer sans ambiguïté à propos des différents taxons – certains organismes ayant une multitude de noms, ou aucun dans nos langues actuelles – une discipline internationale est apparue pour établir des noms dits scientifiques : la nomenclature. Elle est dite linnéenne du nom de son fondateur Carl von Linné, un naturaliste suédois du XVIIIe siècle, et est également qualifiée de binomiale (en botanique) ou binominale (en zoologie). Ces deux adjectifs renvoient au fait que les noms d’espèces s’écrivent en deux parties : le nom de genre d’abord, puis l’épithète spécifique. Écrits en italique, ils sont suivis du nom de l’auteur (entier ou sous forme d’abréviation) et souvent de la date de publication en zoologie (ex. Rana temporaria Linnaeus, 1758 pour la grenouille rousse, ou le cerisier griottier Prunus cerasus L. 1753). Depuis peu, ce système fait pourtant l’objet d’une nouvelle vague de critiques. Pour en comprendre les tenants et aboutissants, penchons-nous sur le fonctionnement de cette discipline pluricentenaire.

Par  Taxonomiste et informaticien de la biodiversité, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) ( The Conversation)

La nomenclature biologique est régie par 5 Codes indépendants :

Chacun de ces Codes possède une commission internationale chargée de le rédiger et de trancher d’éventuels cas complexes. Un nouveau Code de botanique est prévu pour l’été 2024 et la 5e édition du Code de zoologie est en cours de rédaction.

La nomenclature dépend toujours d’une taxonomie préexistante. Cette dernière attribue des rangs aux taxons (espèce, genre, famille…) les emboîtant les uns dans les autres, et permet de construire une classification hiérarchique. Les techniques et la méthodologie de la taxonomie évoluent, et chaque changement peut influer sur la nomenclature.

Contrairement à la taxonomie, qui est une science et qui est ainsi réfutable, la nomenclature est une discipline scientifique qui suit une logique de procédure, et n’est donc pas sujette à interprétation, en dehors de celle des articles des Codes.

La nomenclature reconnaît plusieurs catégories de noms. Certains sont qualifiés de disponibles (zoologie) ou validement publiés (botanique), car ils remplissent toutes les conditions pour exister aux yeux des Codes et entrer dans le système nomenclatural.

Ces conditions, qui ont évolué avec le temps, incluent aujourd’hui, mais ne se limitent pas, au fait que le nom soit de forme latine, accompagné d’une description taxonomique, et qu’un spécimen au moins, pour les espèces, soit désigné comme type porte-nom, c’est-à-dire comme référence objective permettant d’identifier le taxon nommé.

Les noms valides (zoologie) ou corrects (botanique) sont ceux à utiliser si un conflit entre noms apparaissait. Si deux noms désignent le même taxon, ils sont dits synonymes, et le cas inverse (deux noms similaires pour deux taxons différents) donne lieu à des homonymes. Lors d’un conflit, le nom le plus ancien est considéré comme étant le nom valide/correct, c’est le principe de priorité.

Dans certaines rares occasions, on déroge à cette règle pour protéger des noms très utilisés, par l’intervention éventuelle de Commissions. Ces dernières ne jugent pas de la qualité scientifique d’un nom ou d’un travail, simplement à la bonne application des règles de nomenclature.

Une liberté importante est laissée aux auteurs lors du choix de noms, et en dehors de règles grammaticales, ces noms ne peuvent pas être modifiés.

Cela permet aux auteurs d’exprimer parfois un sens de l’humour certain : ainsi, il existe une mouche en Floride nommée Pieza rhea Evenhuis 2002, un genre de grenouilles malgaches comptant les espèces Mini atureMini mum et Mini scule, les trois par Scherz et al., 2019 ou encore un scarabée péruvien nommé Gelae donut Miller & Wheeler, 2004.

Les scientifiques peuvent aussi choisir de dédier des noms à des collègues réputés en créant des éponymes, tels que le Magnolia L., hommage à Pierre Magnol, un médecin et botaniste français, ou Adansonia L., le genre contenant le baobab, référence à Adanson, premier à l’avoir décrit.Certaines célébrités ont également eu droit à leurs espèces, comme Plinthina beyonceae (Lessard, 2012) et certains personnages imaginaires donnent naissance à des éponymes tels que Agathidium vaderi Miller & Wheeler, 2005, du nom de l’antagoniste de Star Wars. Mais cette liberté laissée aux auteurs a récemment fait surgir certaines controverses.

Dans le passé déjà, l’histoire de la nomenclature a été traversée par de nombreuses discussions et polémiques, et ce dès le début de la codification de la discipline. En 1905, le congrès botanique de Vienne fut témoin d’une sortie théâtrale d’un botaniste allemand, outré par l’incompétence perçue de l’assemblée. Les règles de nomenclature zoologique éditées la même année, d’à peine une vingtaine de pages contre une centaine aujourd’hui, furent considérées comme trop contraignantes dès leur publication.

Plus récemment, une nouvelle série de polémiques ont vu le jour. Il y a quatre ans, un appel a été lancé par deux néozélandais pour modifier les règles de l’ICNafp et « rétablir » les noms d’origine indigènes dans la taxonomie, plutôt que de respecter l’usage codifié de faire débuter la nomenclature en 1753 – lorsque Linné crée le système – pour la botanique et 1758 pour la zoologie, correspondant à des publications de Linné.

Un article récent sur les anacondas a fait beaucoup de bruit : il reprend cette rhétorique sur les noms indigènes pour faire valoir un nom dont la taxonomie sous-jacente semble fragile. Il y a une volonté des auteurs de renvoyer toute critique de leur taxonomie à une attaque contre les peuples indigènes et un non-respect de leur culture, ce qui est un non-sens scientifique, et justifier une position « non-orthodoxe par rapport au ICZN ». Loin de faire consensus, l’article a déjà reçu au moins deux critiques.

Reprendre les noms indigènes constituerait en effet un retour philosophique à la nomenclature vernaculaire, qui existait avant Linné. Une poignée d’articles énumérant les principales faiblesses de cette proposition ont vu le jour : ils rappellent, entre autres, la difficulté de déterminer la priorité lorsque plusieurs cultures côtoient les mêmes organismes. Les Codes accordent par ailleurs déjà la possibilité de baser un nom d’espèces sur des noms locaux, et cette pratique donne par exemple les noms Okapia Lancester, 1901, du mvuba, ou Aratinga Spix, 1824, nom de genre de la Conure soleil et venu d’une langue amazonienne éteinte, le vieux tupi.

Une seconde polémique, émanant de la « cancel culture », a également pris de l’ampleur, d’abord en botanique, avant d’atteindre la zoologie. Les tenants de cette polémique proposent l’abandon des éponymes, dédiés à des personnages historiques, scientifique ou non, jugé comme indignes d’être honorés ou pouvant le devenir un jour. Un exemple est E. D. Cope, zoologiste américain, qui a donné son nom à quelques dizaines d’espèces animales, et défenseur d’une idéologie raciste. Le journal Copeia a déjà été rebaptisé il y a quelque temps.

Une riposte s’est rapidement mise en place, certains arguant que la stabilité nomenclaturale ne pouvait pas se permettre de se perdre dans des sujets politico-moraux dans l’air du temps, pour un système qui se veut le plus atemporel possible. Une initiative dans ce sens par des biologistes espagnols a recueilli plus de 1500 signatures.

D’autres scientifiques font valoir que les éponymes jouent un rôle positif pour les communautés sous-représentées jusque-là. La Commission internationale de nomenclature zoologique s’est déjà prononcée contre toute tentative d’intrusion des questions politiques dans le processus scientifique. Pour la botanique, le 20e Congrès international tranchera probablement la question cet été.

De par sa nature particulière, la nomenclature est une vitrine pour la taxonomie mais porte un lourd héritage, ancré dans l’histoire humaine, dans ce qu’elle a de pire et de meilleur. Aujourd’hui, elle est menacée par la disparition de l’expertise associée due à la raréfaction des postes de taxonomistes. Cette discipline est avant tout l’un des plus vieux standards en science encore utilisés de nos jours et reste un outil efficace et précieux pour les scientifiques.

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