Archive pour le Tag 'démocratie'

Démocratie parlementaire : Une Assemblée nationale non représentative de la population

Démocratie parlementaire : Une Assemblée nationale non représentative de la population

 

La démocratie française souffre notamment de deux maux fondamentaux à savoir la faiblesse du nombre de votants, d’autre part une représentativité des élus complètement déformée par la domination des cadres  fonctionnaires.

L’analyse sociologique des députés démontre à l’évidence que la représentation nationale n’est absolument pas représentative de la population française. Ainsi les cadres et professions supérieures représentent environ 60 % des députés dans l’assemblée dont une très grande majorité de fonctionnaires et assimilés. Les retraités environ 12 % , les personnes sans activité 8 %, les professions intermédiaires 8 %, les artisans commerçants et chef d’entreprise 6 % , les employés, 5 %, les agriculteurs 1 % ,les ouvriers moins de 1 %.

 

Par ailleurs la plupart de ces députés ont été élus par un nombre insignifiant d’électeurs. On compte en effet environ 50 % d’abstention et de non-inscrits ou mal inscrits. Au total de députés n’ont recueilli qu’autour de 10 % des voix au premier tour. ( Même Macron n’a recueilli que 20 % des inscrits au premier tour).

D’un certain point de vue ,cette composition de l’assemblée constitue un scandale démocratique. On ne fera croire à personne qui n’existe pas parmi les artisans, les ouvriers, les commerçants ou encore les agriculteurs des responsables potentiels capables d’appréhender les problématiques nationales. En réalité, le champ politique est noyauté par une espèce de caste qui  a le temps de faire de la politique et ou qui en a les moyens financiers. On retrouve notamment ainsi les permanents des organisations politiques, les assistants parlementaires, les diplômés des instituts politiques, les hauts fonctionnaires qui utilisent leur passage dans les cabinets ministériels comme accélérateur de carrière. ( Dernier exemple en date la première ministre dite de « gauche »).

En gros, les couches moyennes et les catégories défavorisées sont absentes ou presque de l’Assemblée nationale.

Il est clair que la plupart de ses représentants du peuple n’ont qu’une idée approximative des conditions de vie économique, sociale voire sociétale des populations qui vivent avec environ 1000 € par mois

Démocratie:Une Assemblée nationale non représentative de la population

Démocratie: Une Assemblée nationale non représentative de la population

 

La démocratie française souffre notamment de deux maux fondamentaux à savoir la faiblesse du nombre de votants, d’autre part une représentativité des élus complètement déformée par la domination des cadres  fonctionnaires.

L’analyse sociologique des députés démontre à l’évidence que la représentation nationale n’est absolument pas représentative de la population française. Ainsi les cadres et professions supérieures représentent environ 60 % des députés dans l’assemblée dont une très grande majorité de fonctionnaires et assimilés. Les retraités environ 12 % , les personnes sans activité 8 %, les professions intermédiaires 8 %, les artisans commerçants et chef d’entreprise 6 % , les employés, 5 %, les agriculteurs 1 % ,les ouvriers moins de 1 %.

 

Par ailleurs la plupart de ces députés ont été élus par un nombre insignifiant d’électeurs. On compte en effet environ 50 % d’abstention et de non-inscrits ou mal inscrits. Au total de députés n’ont recueilli qu’autour de 10 % des voix au premier tour. ( Même Macron n’a recueilli que 20 % des inscrits au premier tour).

D’un certain point de vue ,cette composition de l’assemblée constitue un scandale démocratique. On ne fera croire à personne qui n’existe pas parmi les artisans, les ouvriers, les commerçants ou encore les agriculteurs des responsables potentiels capables d’appréhender les problématiques nationales. En réalité, le champ politique est noyauté par une espèce de caste qui  a le temps de faire de la politique et ou qui en a les moyens financiers. On retrouve notamment ainsi les permanents des organisations politiques, les assistants parlementaires, les diplômés des instituts politiques, les hauts fonctionnaires qui utilisent leur passage dans les cabinets ministériels comme accélérateur de carrière. ( Dernier exemple en date la première ministre dite de « gauche »).

En gros, les couches moyennes et les catégories défavorisées sont absentes ou presque de l’Assemblée nationale.

Il est clair que la plupart de ses représentants du peuple n’ont qu’une idée approximative des conditions de vie économique, sociale voire sociétale des populations qui vivent avec environ 1000 € par mois

Démocratie: Retrouver le sens de la délibération et du compromis

Démocratie: Retrouver le sens de la délibération et du compromis

 

Dans une tribune au « Monde », le spécialiste d’histoire politique invite à renouer avec la société de la délibération. C’est grâce à elle que, dans le passé, ont été conçues « les grandes lois constituant encore aujourd’hui le socle de notre vie démocratique ».

 

Il y a urgence de dépasser les affrontements stériles et caricaturaux. Témoin les débats actuels à l’Assemblée  plus proches du cirque que d’une réunion de responsables nationaux NDLR

 

« Je rêve d’un pays où l’on se parle à nouveau », disait Michel Rocard dans sa déclaration de politique générale, le 29 juin 1988. L’apôtre de la deuxième gauche, nommé à Matignon par François Mitterrand pour mener une politique d’ouverture, était à l’époque motivé par trois considérations. Primo, ses propres convictions, héritées de Pierre Mendès France, de la « nouvelle société » de Jacques Chaban-Delmas et des travaux d’intellectuels comme Pierre Rosanvallon, prônant une démocratie rénovée par la délibération permanente entre les pouvoirs publics, les agents de l’Etat, les élus des territoires, les corps intermédiaires et les citoyens.

Secundo, la prolongation de la campagne menée par François Mitterrand pour sa réélection, une campagne de rassemblement et de pacification face à la brutalité des « clans » chiraquiens et du FN. Tertio, et c’était l’urgence de l’heure, la nécessité de gérer une situation de majorité relative à l’Assemblée nationale, qui obligeait le premier ministre à négocier texte par texte des majorités d’idées, dans la discussion, la concession et le compromis, soit auprès du groupe communiste, soit auprès des centristes, ce que le juriste Guy Carcassonne, grand négociateur de ces accords alternatifs, appelait non sans humour « la majorité stéréo ».

 

Des similitudes s’imposent entre ce « moment Rocard » et la situation actuelle. La demande sociale de délibération n’a cessé de se manifester depuis quelques années, que soit par le succès de la « démocratie participative » mise en avant par Ségolène Royal dans sa campagne de 2007, au moment des Nuits debout en 2016 ou des « gilets jaunes » en 2018-2019. Dans les meetings de l’ancienne candidate à la présidentielle, sous les tentes parisiennes ou sur les ronds-points de la France oubliée, c’était à chaque fois la même frénésie de discussion, de débats, une volonté affirmée de retrouver les grands moments délibératifs de notre histoire, des clubs de la Révolution française, de 1848 ou de la Commune de Paris.

Démocratie : la nécessaire régulation des logarithmes de recommandation

Démocratie : la nécessaire régulation des logarithmes de recommandation

 

 

Les algorithmes de recommandation contribuent à radicaliser les utilisateurs des réseaux sociaux et génèrent de la violence, met en garde dans une tribune au « Monde » Jean-Pascal Gayant, Professeur de sciences économique, directeur de l’IUT de Saint-Malo.

 

Parmi les périls qui menacent les démocraties libérales, il en est (au moins) deux contre lesquels il est urgent d’agir : la dégradation de la concurrence et la détérioration de l’information. La dégradation de la concurrence est un danger pour le capitalisme, c’est-à-dire le système dans lequel tout porteur d’un projet innovant pourra mobiliser le capital nécessaire à la création de son entreprise, et pour son corollaire politique, la démocratie libérale.

Les vertus du capitalisme sont la libre entreprise, la liberté de choix des consommateurs et, lorsque la concurrence est garantie, un partage du surplus favorable à ces derniers. Toute dégradation de la concurrence fait naître des positions dominantes et des rentes indues. En plus d’engendrer une sous-optimalité économique, elle creuse les inégalités entre citoyens.

L’Union européenne a pris, au premier semestre de cette année, des mesures historiques pour préserver la concurrence au travers du Digital Market Act (DMA), un paquet législatif destiné à encadrer l’activité des Gafam – Google, Apple, Meta (Facebook), Amazon et Microsoft – et renforcer la liberté de choix des consommateurs. Un second volet de mesures a été décidé, en remplacement de la directive européenne sur l’e-commerce : c’est le Digital Services Act (DSA).

Il s’agit, cette fois, de réguler plus spécifiquement les réseaux sociaux. L’Union européenne contraint les plates-formes à supprimer les contenus qui enfreignent les réglementations européennes et nationales. Facebook et Twitter vont devoir être plus transparents sur leur politique de modération des contenus, mais aussi sur leurs algorithmes de recommandation.

Suppression de la redevance télé : la démocratie tirée vers le bas ?

 

« En l’absence de la redevance, tout l’audiovisuel risque, à coup sûr, d’être tiré vers le bas » estime Jean-Noël Jeanneney 

 

Ce qui est en jeu si l’on supprime la redevance, ce n’est pas seulement le niveau culturel de la nation dans ses diverses générations, c’est aussi la qualité du débat civique, souligne, dans une tribune au « Monde », l’historien et ancien secrétaire d’Etat à la communication, qui appelle les députés à un refus « de salubrité civique ».

 

C’ette prise de position appelle des  remarques. La première, c’est que l’audiovisuel public ne joue désormais un rôle assez marginal face à l’explosion des modes d’expression : radio, télé, Internet. Pourquoi imposer une fiscalité à ceux qui ignorent l’audiovisuel publique? La seconde observation est liée à l’objectivité supposée des institutions publiques d’information. Sauf exception rare , l’audiovisuel public se caractérise souvent par une complaisance vis-à-vis du pouvoir en place et par une posture d’évitement des sujets trop brûlants. En outre,  l’audiovisuel public est aussi concernée par la publicité et donc aussi influencée par ses donneurs d’ordre NDLR

 

Il en est temps encore. Donc il faut le crier très fort. Supprimer la redevance audiovisuelle serait une mauvaise action.

Le principe en remonte au mitan des années 1930. Georges Mandel, ministre responsable dans le domaine de la radio, le théorisa. Sa justification demeure inchangée. Il s’agit, aujourd’hui comme autrefois, d’assurer la pérennité, à côté d’organismes mus par la quête du profit et dont le dynamisme est d’abord commercial, d’un service public qui soit mû par d’autres ressorts. En l’absence de la redevance, tout risque, à coup sûr, d’être tiré vers le bas. Achetant la première chaîne, en 1987, un entrepreneur de travaux publics avait promis de servir « un mieux-disant culturel ». On sait ce qu’il en a été.

 

L’idée démagogique d’une satisfaction des contribuables est évidemment illusoire. Elle sera fugace, à coup sûr. Démagogie ! J’étais chargé des questions audiovisuelles au gouvernement lorsque j’appris, à l’automne de 1992, qu’un jeune inspecteur des finances avait mis dans l’esprit du premier ministre, Pierre Bérégovoy, une singulière conviction : supprimer la redevance, supposée impopulaire (malgré diverses exonérations) aurait un effet décisif pour rallier l’opinion au pouvoir en place, dans la perspective des prochaines élections législatives. C’était une calembredaine. Mais il fallut que je menace de démissionner pour que le projet fût retiré. On est en droit d’affirmer, sans risquer d’être démenti, que ce n’est pas pour cette raison que la gauche fut battue lors des élections législatives qui suivirent.

Inciter à développer la publicité

Le gouvernement nous promet une garantie pluriannuelle du financement du secteur public. Pure illusion, puisqu’elle peut être contredite chaque année par des décisions nouvelles. En l’absence d’une redevance, le budget de l’audiovisuel public est voué à devenir une variable d’ajustement pour n’importe quel ministère.

Société-vérité et démocratie: Inconciliables ?

Société-vérité et  démocratie: Inconciliables ?

 

Un article de Marion Dupont évoque dans le journal Le Monde la faiblesse de la vérité en politique. L’article constate le discrédit de ce point de vue du monde politique y compris en France où 65 % des responsables sont supposés davantage corrompus qu’honnêtes .

 

Un article intéressant qui effectue un constat objectif mais qui passe à côté de la question fondamentale sur le contenu et les modalités d’une vraie démocratie. Or en l’état de l’état  de démocratie, le mensonge et l’intérêt sont constitutifs de notre système. La démocratie est encore à l’ère néandertalienne avec notamment des processus d’émergence de futurs responsables qui favorisent les incompétents autant que les corrompus. Sans parler d’un fonctionnement démocratique complètement formel limité au cercle des clercs politiciens NDLR

 

 

L’adéquation entre une proposition et la réalité des faits, ce que nous appelons communément « la vérité », a connu de meilleurs jours, notamment sur la scène politique internationale. Il suffit, pour s’en persuader, de regarder autour de soi.

A l’est, quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, l’offensive informationnelle du régime de Vladimir Poutine est menée dans de nombreuses directions : contre-vérités grossières énoncées par le gouvernement, répression massive de toute expression de vérités autres que celle portée par le pouvoir, réécriture de l’histoire… Cet encadrement répressif et propagandiste de la sphère publique russe répond à une accélération de la stratégie, engagée de longue date par le régime, d’établissement d’une vérité d’Etat. Résultat de cette entreprise aux accents totalitaires – sans que cette analyse suffise (encore) à faire du poutinisme un totalitarisme : le lien entre le discours et la réalité se distend inexorablement.

Aux Etats-Unis, c’est un autre redécoupage politique des contours entre « mensonge » et « vérité » qui semble avoir lieu. Le départ de Trump de la présidence ne s’est pas accompagné, comme espéré, de la fin de l’ère des « vérités alternatives » inaugurée, en 2016, par l’ex-président et son équipe. Alors que la commission d’enquête sur l’assaut du 6 janvier 2021 contre le Capitole présente publiquement les résultats de son investigation, l’ancien chef de l’Etat persiste à la présenter comme « une tentative éhontée de détourner l’attention du public de la vérité » – la vérité résidant, selon lui, du côté du récit d’une élection « volée » par le Parti démocrate. Cette théorie du « grand mensonge » (« big lie »), récusée par le travail d’enquête d’innombrables journalistes et tribunaux saisis à la suite de l’élection, mais soutenue par la diffusion virale de fausses informations, poursuit son lent empoisonnement de la vie politique du pays : plus d’un tiers des électeurs américains y adhéreraient actuellement.

 

En Europe, et en France en particulier, un doute grandissant semble s’installer quant au devenir de la vérité dans les sociétés démocratiques. A en croire la 13e vague du « Baromètre de la confiance politique », étude menée par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et publiée en janvier 2022, une vaste majorité (75 % des répondants) juge que les hommes politiques seraient « déconnectés de la réalité », et donc, par extension, aveugles aux réalités du terrain et incapables de mener des politiques qui bénéficieraient à d’autres qu’eux. D’autre part, 65 % des personnes interrogées affirment que les élus et dirigeants politiques français seraient davantage « corrompus » qu’honnêtes – ce qui peut être interprété comme la conviction que ces dirigeants entretiendraient un rapport volontairement ambivalent aux valeurs de sincérité, d’honnêteté et de vérité.

Démocratie : : « Les pays occidentaux doivent montrer l’exemple (Thomas Piketty)

Démocratie : : « Les pays occidentaux doivent montrer l’exemple (Thomas Piketty)

 

L’Europe n’a jamais été aussi riche et a le devoir de faire évoluer ses institutions afin de se diriger vers un modèle de développement plus démocratique, plus égalitaire et plus durable, explique l’économiste Thomas Piketty  dans sa chronique au « Monde ».

Un papier utile pour la réflexion mais un peu court   qui sous-estime quand même les graves lacunes de cette démocratie virtuelle occidentale. NDLR

L’Europe va-t-elle parvenir à redéfinir sa place dans l’ordre géopolitique mondial ? Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la montée des tensions avec la Chine, les circonstances l’y obligent mais les hésitations affleurent.

Disons-le d’emblée : il faut maintenir le lien avec les Etats-Unis, mais à condition de gagner en autonomie et de sortir de l’égoïsme et de l’arrogance qui caractérisent trop souvent le discours atlantique et occidental face au reste du monde. L’Europe n’a jamais été aussi riche. Elle a plus que jamais les moyens et le devoir historique de promouvoir un autre modèle de développement et de partage des richesses, plus démocratique, plus égalitaire et plus durable. Faute de quoi, la nouvelle alliance occidentale ne convaincra personne dans sa croisade autoproclamée contre les autocraties et l’empire du mal.

Avec les Etats-Unis, l’Europe partage certes une expérience comparable de la démocratie parlementaire, du pluralisme électoral et d’une certaine forme d’Etat de droit, ce qui n’est pas rien. Cela peut justifier de rester dans l’OTAN, dans la mesure où cette alliance contribue à défendre ce modèle. En l’occurrence, le pluralisme électoral est beaucoup plus solidement établi en Ukraine qu’en Russie, et par ailleurs il est inacceptable de laisser sans réagir un pays plus puissant envahir son voisin et détruire son Etat.

La discussion sur les frontières ne doit pas être exclue a priori, mais elle doit se faire dans le cadre de l’Etat de droit et sur la base du double principe de l’autodétermination et du développement équitable et équilibré des régions concernées (ce qui peut exclure la sécession des plus riches ; ce n’est pas le cas ici).

A partir du moment où les membres de l’OTAN défendent des principes clairs, alors il est justifié de soutenir militairement les Ukrainiens contre l’invasion et les destructions, et même d’apporter un soutien plus important qu’actuellement.

Il est également essentiel de reconnaître explicitement les limites du modèle démocratique occidental et d’œuvrer à leur dépassement. Par exemple, il faut se battre pour une justice internationale permettant de mettre en cause les militaires russes et leurs dirigeants pour crimes de guerre, à la condition de rappeler constamment que les mêmes règles devraient aussi s’appliquer à tous les pays, y compris bien sûr aux militaires états-uniens et à leurs agissements en Irak et ailleurs. Les principes de la démocratie et de l’Etat de droit doivent prévaloir partout et tout le temps.

Montée des violences contre la démocratie virtuelle

 

Montée des violences contre la démocratie virtuelle

 

Les violences contre la démocratie virtuelle peuvent prendre plusieurs aspects. L’aspect le plus courant consiste à installer des formes d’autocratie et même de dictature. Cela au nom de l’ordre, de l’efficacité et de l’intérêt nationaliste.

Il faut dire que les démocraties se sont déconsidérées d’elles-mêmes avec des responsables non seulement peu compétents  mais parfois aussi grotesques comme c’est le cas avec Trump aux États-Unis, Erdogan en Turquie, Boris Johnson au Royaume-Uni ou encore le Coréen fou à la tête du pays.

 Beaucoup d’autres sont beaucoup moins caricaturaux mais la plupart entretiennent des rapports assez approximatifs avec la démocratie et sont surtout motivés par leur intérêt personnel et celui de des lobbys qui les soutiennent.

On objectera que la démocratie est historiquement encore jeune- un peu plus de deux siècles seulement- qu’il faut lui pardonner ses balbutiements et qu’elle progresse quand même un peu partout. Reste qu’une grande partie de la population subit encore le joug de régimes autocratiques ou de dictature.

Dans les sociétés libérales,  la situation démocratique est évidemment loin d’être satisfaisante. Il y a partout presque la constitution d’  une sorte de caste qui se partage argent et prérogatives princières. Des sortes de monarchies républicaines qui se sont substituées aux anciens régimes. Le prince élu a remplacé le roi et les institutions dites républicaines ont remplacé la cour. Et les experts techniques et les juristes ont remplacé les fous du roi.

Le vice de  la démocratie virtuelle actuelle se nourrit d’abord de l’escroquerie du système d’émergence des candidats à la responsabilité. Une escroquerie car il est pratiquement impossible d’être élu sans le soutien d’un lobby financier, politique ou corporatiste. Du coup, n’importe quel chèvre peut être élue si elle fait allégeance au prince dominant du moment. En même temps qu’il faut faire allégeance aux lobbys qui soutiennent le prince et ou à son idéologie.

La deuxième grande faiblesse -et le mot est faible -de la démocratie virtuelle est l’absence de considération du citoyen. Une fois élu; le responsable décide seul en fonction de sa seule vision et de son seul intérêt. La démocratie participative demeure un slogan à usage exclusif des campagnes électorales. La démocratie vivante qui suppose confrontations, compromis et propositions est une illusion . De ce point de vue, la plupart des commissions, comités, conseils et autres conventions constituent des institutions inutiles en plus d’être non représentatives.

Dès lors,   il ne faut pas s’étonner que face aux frustrations démocratiques émergent d’abord souvent l’indifférence, ensuite le réflexe populiste pour déboucher finalement sur des régimes de type césariste . Sans parler  d’autres formes de violences individuelles ou collectives contre une  démocratie malade.

Vérité et démocratie: Inconciliables ?

 vérité et  démocratie: Inconciliables ? 

 

Un article de Marion Dupont évoque Dans le journal Le Monde la faiblesse de la vérité en politique. L’article constate le discrédit de ce point de vue du monde politique y compris en France 65 % des responsables sont supposés Davantage corrompus qu’honnêtes .

 

Un article intéressant qui effectue un constat objectif mais qui passe à côté de la question fondamentale sur le contenu et les modalités d’une vraie démocratie. Or en l’état de l’état  de démocratie, le mensonge et l’intérêt sont constitutifs de notre système. La démocratie est encore à l’ère néandertalienne avec notamment des processus d’émergence de futurs responsables qui favorisent les incompétents autant que les corrompus. Sans parler d’un fonctionnement démocratique complètement formel limité au cercle des clercs politiciens NDLR

 

 

L’adéquation entre une proposition et la réalité des faits, ce que nous appelons communément « la vérité », a connu de meilleurs jours, notamment sur la scène politique internationale. Il suffit, pour s’en persuader, de regarder autour de soi.

A l’est, quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, l’offensive informationnelle du régime de Vladimir Poutine est menée dans de nombreuses directions : contre-vérités grossières énoncées par le gouvernement, répression massive de toute expression de vérités autres que celle portée par le pouvoir, réécriture de l’histoire… Cet encadrement répressif et propagandiste de la sphère publique russe répond à une accélération de la stratégie, engagée de longue date par le régime, d’établissement d’une vérité d’Etat. Résultat de cette entreprise aux accents totalitaires – sans que cette analyse suffise (encore) à faire du poutinisme un totalitarisme : le lien entre le discours et la réalité se distend inexorablement.

Aux Etats-Unis, c’est un autre redécoupage politique des contours entre « mensonge » et « vérité » qui semble avoir lieu. Le départ de Trump de la présidence ne s’est pas accompagné, comme espéré, de la fin de l’ère des « vérités alternatives » inaugurée, en 2016, par l’ex-président et son équipe. Alors que la commission d’enquête sur l’assaut du 6 janvier 2021 contre le Capitole présente publiquement les résultats de son investigation, l’ancien chef de l’Etat persiste à la présenter comme « une tentative éhontée de détourner l’attention du public de la vérité » – la vérité résidant, selon lui, du côté du récit d’une élection « volée » par le Parti démocrate. Cette théorie du « grand mensonge » (« big lie »), récusée par le travail d’enquête d’innombrables journalistes et tribunaux saisis à la suite de l’élection, mais soutenue par la diffusion virale de fausses informations, poursuit son lent empoisonnement de la vie politique du pays : plus d’un tiers des électeurs américains y adhéreraient actuellement.

 

En Europe, et en France en particulier, un doute grandissant semble s’installer quant au devenir de la vérité dans les sociétés démocratiques. A en croire la 13e vague du « Baromètre de la confiance politique », étude menée par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et publiée en janvier 2022, une vaste majorité (75 % des répondants) juge que les hommes politiques seraient « déconnectés de la réalité », et donc, par extension, aveugles aux réalités du terrain et incapables de mener des politiques qui bénéficieraient à d’autres qu’eux. D’autre part, 65 % des personnes interrogées affirment que les élus et dirigeants politiques français seraient davantage « corrompus » qu’honnêtes – ce qui peut être interprété comme la conviction que ces dirigeants entretiendraient un rapport volontairement ambivalent aux valeurs de sincérité, d’honnêteté et de vérité.

Démocratie- Quelle légitimité des cours suprêmes ?

Démocratie- Quelle légitimité des cours suprêmes ?

 

 

 

La cour suprême des États-Unis vient notamment de décider du transfert de responsabilité aux Etats concernant le droit à l’avortement. En clair il s’agit de permettre aux états réactionnaires de revenir sur l’ancien principe fédéral qui libéralisait l’avortement . Nombre de pays ont ainsi au-dessus de leur Parlement une cours suprême ou équivalent ayant le dernier mot en matière de droit.

 

En France, le rôle est assuré par le conseil constitutionnel part mais aussi par le Conseil d’État. Comme aux États-Unis, le conseil constitutionnel est pourtant une institution à caractère politique puisque ses membres sont désignés par les politiques. Le conseil d’État, lui est constitué de hauts fonctionnaires.

 

Ces hautes institutions n’ont en fait aucune vraie légitimité démocratique. Elles sont soumises aux mêmes pressions et influences que les autres institutions. Le pire sans doute ce qu’elles ont intervenir sur des sujets en général très brûlants mais complexes et pour lesquels elles n’ont pas de vraies compétences techniques et même sociétales. Ces institutions sont supposées être indépendantes, ce qui évidemment n’est jamais le cas. Dès lors se pose la question du maintien d’organisations superfétatoires et archaïques.

Ukraine: ces fragiles démocratie du sud qui ne se prononcent pas !

 Ukraine: ces fragiles démocratie du sud qui ne se prononcent pas ! 

Un papier du Monde observe que de l’Afrique à l’Asie en passant par l’Amérique latine, le camp des pays qui ne veulent pas choisir entre les Occidentaux et la Russie s’élargit.

Il y a des motifs économiques et sociaux à cette relative prudence des Etats du sud dont  l’économie est largement dépendante des importations. La raréfaction et le renchérissement des prix de l’énergie et des denrées alimentaires pourraient être l’occasion de bouleversements politiques qui renverseraient des régimes en réalité politiquement peu légitimes et ou corrompus NDLR

 

Analyse.

 

Plusieurs fois reportée, la visioconférence du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avec l’Union africaine (UA) s’est finalement tenue le 20 juin à huis clos, dans une grande discrétion. Un bref message accueilli poliment mais sans plus par les dirigeants africains. Le contraste est saisissant avec la solidarité enthousiaste du Congrès américain ou des Parlements des capitales européennes.

L’unité occidentale retrouvée face à l’agression russe en Ukraine va de pair avec une solitude relative mais bien réelle, qui va croissant avec l’installation de la guerre dans la durée. De l’Afrique à l’Asie en passant par l’Amérique latine, le camp des pays qui ne veulent pas choisir entre les Occidentaux et la Russie s’élargit.

L’objectif des sanctions économiques occidentales est de faire de la Russie de Poutine un état paria. Mais si l’économie russe se « désoccidentalise », elle ne se « démondialise » pas, développant ses échanges avec ces pays du « ni-ni ».

« Le monde constate la réalité brute des rapports de force : quand l’Occident paraissait tout-puissant, il a abusé de sa toute-puissance (Kosovo, Irak, Libye…). Beaucoup de pays, sans soutenir l’agression russe, ne sont donc pas fâchés que le monde ne soit pas unipolaire et ils voient dans la guerre en Ukraine davantage une bataille pour établir un rapport de force en Europe qu’une bataille sur des principes que tout le monde a violés », analyse Jean-Marie Guéhenno ancien secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix (2000-2008) et auteur notamment du Premier XXIe siècle (Flammarion, 2021).

Si au Nord les voix discordantes sont rares, au Sud elles se font toujours plus nombreuses face au risque de crise alimentaire. « Nous ne sommes pas vraiment dans le débat de qui a tort et de qui a raison : nous voulons simplement avoir accès aux céréales et aux fertilisants »rappelait le président sénégalais, Macky Sall, lors d’une visite à Paris après une rencontre avec Vladimir Poutine, début juin, à Sotchi, en tant que président de l’UA. Les pays de l’entre-deux sont l’une des principales cibles de la propagande de la diplomatie russe.

Le 24 juin, jour où le Conseil européen reconnaissait à l’Ukraine et à la Moldavie le statut de pays candidat à l’entrée dans l’Union européenne (UE), le président russe, lors d’un sommet avec les dirigeants des BRICS (pour Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), dont aucun n’a pris de sanction contre Moscou, pourfendait les « actions égoïstes » des Occidentaux et appelait à créer « un système réellement multipolaire ».

La tentation d’un régime totalitaire pour remplacer une démocratie défaillante ?

La tentation d’un  régime totalitaire pour remplacer une démocratie défaillante ?

 

Plusieurs enquêtes d’opinion révèlent la tentation d’un exécutif fort auprès d’une large partie de la population, mais celle-ci est contrebalancée par une demande d’empathie en apparence contradictoire, observe le politiste Bruno Cautrès dans une tribune au « Monde ».

 

Depuis le soir du second tour des élections législatives, une série de questions ne quitte plus nos débats politiques : le pays est-il « gouvernable » comme cela ? La France ne devrait-elle pas apprendre les vertus des coalitions gouvernementales ? Le modèle politique français est-il compatible avec la recherche de compromis autour de « majorités de projets » ?

Beaucoup soulignent la contradiction entre des institutions politiques qui consacrent le rôle présidentiel et la recherche de ces solutions de compromis. On évoque souvent la tradition française d’un pouvoir exécutif fort devant avoir les mains libres pour gouverner et le peu de goût de notre culture politique pour l’art des compromis.

Les données de plusieurs études académiques semblent, au premier abord, bien attester de cette « particularité » française : selon la série d’enquêtes sur les valeurs des Européens, on constate en France un désir d’autorité pour tout ce qui touche à la sphère publique, une valorisation de l’autorité publique (qui s’accompagne néanmoins d’une forte demande d’autonomie et d’aspiration à la liberté dans le domaine de la vie privée).

Cette valorisation de l’autorité dans le domaine politique s’accompagne d’une forte insatisfaction sur le fonctionnement démocratique du pays : début 2021, le baromètre de la confiance politique du Cevipof montrait que seules 42 % des personnes interrogées considèrent que la démocratie fonctionne bien en France, un pourcentage très nettement inférieur à ce que l’on observe au Royaume-Uni (61 %) et en Allemagne (67 %) dans la même enquête.

Cette insatisfaction démocratique se conjugue avec un profond sentiment de défiance politique : début 2022, 77 % des personnes interrogées dans cette enquête annuelle du Cevipof pensent que les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme eux, 75 % que les responsables politiques sont déconnectés de la réalité et ne servent que leurs propres intérêts, 79 % que les hommes politiques parlent trop et n’agissent pas assez.

Dans un contexte de crises à répétition, cette défiance nourrit la demande inquiétante d’alternatives à la démocratie : confier le gouvernement à des experts ou à un leader fort « qui n’a pas à se préoccuper des élections ou du Parlement » séduit respectivement près de la moitié et le tiers des personnes interrogées par l’enquête du Cevipof au début 2022. Sur fond de gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19, la demande d’efficacité semble même pousser 27 % d’entre elles à déclarer qu’un bon système de gouvernement pour la France pourrait être « l’armée dirigeant le pays » et 47 % « qu’en démocratie rien n’avance, il vaudrait mieux moins de démocratie mais plus d’efficacité » !

Démocratie: Un pays adolescent

Démocratie: Un pays adolescent

Thierry Beaudet, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), plaide pour l’adoption d’une  « culture du compromis et de la convergence », après les résultats des législatives.

Il est clair qu’il y a quelques chose de surréaliste en France avec d’un côté une vision techno souvent au service des grands intérêts économiques et de l’autre une posture anarcho révolutionnaire à gauche comme à droite. Dans ces conditions aucun compromis significatif ne peut être réalisé. Les uns avec des arguments technos ne tolèrent aucune remise en cause de leur position quant aux autres ils prônent d’une manière ou d’une autre la remise en cause totale sur le plan économique, social et politique. En fait une révolution de papier car le pays ne tiendrait pas davantage que quelques semaines à se retirer par exemple de l’Europe et notamment de la monnaie unique et notamment de l’euro.Le président du conseil économique et social regrette cette absence de culture du compromis en France. On pourrait y ajouter une absence dramatique de connaissances économiques. NDLR

 

Tribune Thierry Beaudet

« Depuis deux semaines, la France serait devenue un pays ingouvernable. Pourquoi ? Parce que l’Assemblée nationale n’aurait jamais représenté aussi fidèlement les différentes opinions de nos concitoyens… Ce qui est habituel, voire souhaité, dans n’importe quelle grande démocratie occidentale serait mortifère dans notre pays ? Et cela parce que nos institutions auraient été pensées simplement pour voter et non pour délibérer ? Ne nous soumettons surtout pas à ce constat, car si la robustesse de nos institutions rigidifie parfois notre vie démocratique, en réalité, nos plus grandes limites sont culturelles.

Notre démocratie affiche tous les stigmates de l’adolescence et reste de ce fait bien trop souvent éruptive

Ce qui nous limite, ce n’est pas l’absence d’une majorité absolue à ­l’Assemblée nationale. Ce qui nous limite, c’est que, bien que comptant parmi les plus anciennes, notre démocratie affiche tous les stigmates de l’adolescence et reste de ce fait bien trop souvent éruptive. Ce qui nous limite, c’est une démocratie qui fonctionne uniquement par spasmes électoraux, figeant un rapport de force pour plusieurs années alors qu’elle doit au contraire devenir plus continue.

L’élection confère la légitimité mais ne donne plus l’élan nécessaire à la traversée du mandat. Les programmes s’effritent sur une réalité de plus en plus changeante, de plus en plus radicale. Ce qui est attendu de nos élus, c’est leur capacité à revenir et dialoguer avec les acteurs et les citoyens, en permanence, pour ajuster l’action et, in fine, revigorer leur socle de légitimité.

Ce qui nous limite, c’est une décision publique dont l’élaboration se limite trop souvent aux acteurs politiques qui cherchent à créer de l’alignement sur leur position plutôt que de donner de l’assise à des propositions. En ne répondant pas, ou trop peu, à l’aspiration de la société civile et des citoyens à participer à la fabrique de la décision, le politique supporte toute la tension et devient, de ce fait, le fusible du système. Il doit avoir une responsabilité finale, pas totale.

Ce qui nous limite, c’est de vouloir enfermer toute la complexité du monde et des aspirations de nos concitoyens dans des logiques binaires, fruits non désirés du fait majoritaire. Dans une société fluide, tout ce qui est figé est contourné. Alors sortons des logiques de blocs pour adopter une culture du compromis et de la convergence. Cette culture existe déjà largement dans nos territoires, elle s’incarne quotidiennement dans notre dialogue social et elle est la matrice même du Conseil économique, social et environnemental, cette assemblée de la société que j’ai l’honneur de présider. Elle doit aujourd’hui finir de gagner l’ensemble des lieux de décision.

Démocratie- Quelle légitimité des cours suprêmes en France et ailleurs ?

DémocratieQuelle légitimité des cours suprêmes en France et ailleurs ?

 

 

 

La cour suprême des États-Unis vient notamment de décider du transfert de responsabilité aux Etats concernant le droit à l’avortement. En clair il s’agit de permettre aux états réactionnaires de revenir sur l’ancien principe fédéral qui libéralisait l’avortement . Nombre de pays ont ainsi au-dessus de leur Parlement une cours suprême ou équivalent ayant le dernier mot en matière de droit.

 

En France le rôle est assuré par le conseil constitutionnel part mais aussi par le Conseil d’État. Comme aux États-Unis, le conseil constitutionnel est pourtant une institution à caractère politique puisque ses membres sont désignés par les politiques. Le conseil d’État, lui est constitué de hauts fonctionnaires.

 

Ces hautes institutions n’ont en fait aucune vraie légitimité démocratique. Elles sont soumises aux mêmes pressions et influences que les autres institutions. Le pire sans doute ce qu’elles ont intervenir sur des sujets en général très brûlants mais complexes et pour lesquels elles n’ont pas de vraies compétences techniques et même sociétales. Ces institutions sont supposées être indépendantes, ce qui évidemment n’est jamais le cas. Dès lors se pose la question du maintien d’organisations superfétatoires et archaïques.

La Cour suprême porte un coup à la démocratie aux États-Unis

La Cour suprême porte un coup à la démocratie aux États-Unis

 

Les deux arrêts, l’un sur les armes, l’autre sur le droit à l’avortement, rendus le 23 et le 24 juin par la plus haute instance judiciaire du pays, contrôlée par des juges proches de la droite religieuse, accentuent les fractures de la société américaine. ( papier du Monde)

 

Le grillage de protection qui enserre aujourd’hui à Washington le siège immaculé de la plus haute instance judiciaire des Etats-Unis d’Amérique dit bien le péril qui la menace : celui de se couper du pays par pure dérive idéologique. En deux arrêts rendus le 23 et le 24 juin, les juges conservateurs de la Cour suprême, qui compte neuf membres, ont en effet sacrifié à deux totems de la droite religieuse : la défense intraitable des armes à feu au nom d’une liberté qui ne doit souffrir aucune limite ; et la lutte inlassable contre le droit des femmes à disposer de leur propre corps.

 

Ces deux obsessions ont beau n’être partagées que par une minorité de leurs concitoyens, ces juges ont passé outre au sage conseil du constitutionnaliste John Freund selon lequel ils devraient ne jamais être influencés « par la météo du jour », mais tenir compte en revanche « du climat de l’époque ». Ils sont en effet revenus à la fois sur une loi restreignant le port d’arme en vigueur dans l’Etat de New York depuis plus d’un siècle, et sur le célèbre arrêt Roe v. Wade, réaffirmé en 1992, qui sanctuarisait le droit à l’avortement depuis 1973.

En confiant aux Etats le pouvoir de légiférer en la matière (en dépit de la vaine réserve du président, également conservateur, de la Cour suprême, le chief justice John Roberts), tout en les corsetant lorsqu’il s’agit d’encadrer le port d’arme, ces juges revendiquent sans vergogne d’être en mission pour un camp et que cette loyauté-là l’emporte sur toute autre considération. L’un d’eux, Clarence Thomas, a encore alimenté l’inquiétude en s’interrogeant sur la protection constitutionnelle dont bénéficient la contraception, les relations sexuelles entre personnes du même sexe et le mariage gay, au nom d’un ordre moral d’un autre âge.

Cet épilogue dévastateur pour l’image des Etats-Unis est le produit de la tyrannie d’une minorité permise par un système électoral outrageusement favorable aux Etats les plus conservateurs. Il a fait qu’un président largement battu dans le vote populaire, Donald Trump, désigne trois juges sélectionnés par un lobby, et que ces derniers soient ensuite confirmés par un Sénat qui est un reflet déformé du pays.

Que penser du rédacteur de l’arrêt contre l’avortement, Samuel Alito, lorsqu’il justifie ce revirement de jurisprudence au nom de celui qui avait mis fin à la ségrégation raciale ? L’arrêt du 24 juin ne consacre pas un droit nouveau, il en supprime un. On y relève une assertion selon laquelle l’avortement n’est pas « profondément enraciné dans l’histoire et les traditions de la nation ». Notons aussi le fait que deux des juges nommés par Donald Trump avaient assuré avant leur confirmation par le Sénat, pour passer l’obstacle, qu’ils considéraient Roe v. Wade comme acquis…

La Cour suprême aurait dû se tenir à distance de la polarisation mortifère qui divise de plus en plus profondément les Etats-Unis, pour préserver une légitimité essentielle. Le consentement des concitoyens la protège bien plus sûrement que l’inamovibilité de juges nommés à vie. En manquant à ce devoir de réserve, elle attise les passions. Ses membres sont déjà sous protection policière après qu’un homme armé venu pour tuer l’un des conservateurs après une fuite de la première mouture de l’arrêt contre l’avortement s’était rendu préventivement à la police.

 

Au cœur de la capitale fédérale, face à un Congrès assailli le 6 janvier 2021 par une horde contestant le résultat de la présidentielle, cette Cour suprême en état de siège est désormais une triste allégorie, celle de l’affaissement démocratique américain.

Démocratie : Internet contribue à la démocratie

Démocratie :  Internet contribue à la démocratie

Les deux sociologues,  Luc Boltanski et Arnaud Esquerre,  livrent, dans un entretien au « Monde », les conclusions de leur enquête sur les commentaires de l’actualité sur le Web, et en particulier ceux publiés sur LeMonde.fr.

Même si l’on peut à juste titre considérer Internet comme une sorte d’auberge espagnole en matière d’information et de débat, il n’en reste pas moins que le Web constitue aussi un support à la démocratie. La régulation, la normalisation et finalement la censure souhaitées par certains pourraient constituer une régression .( Cela n’interdisant pas de clarifier les responsabilités et l’éthique des parutions comme c’est le cas pour l’écrit papier .) NDLR

Le dernier ouvrage des sociologues Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Qu’est-ce que l’actualité politique ? (Gallimard, 352 p., 22 €), s’intéresse à ce qui fait « événements et opinions au XXIe siècle ». Dans le cadre de ce travail, les deux chercheurs ont eu notamment accès aux 120 000 contributions déposées en septembre et octobre 2019 par des abonnés du Monde sur le site du journal, qu’elles aient été publiées ou rejetées – pour environ un sixième d’entre elles – pour non-conformité à la charte de l’espace des contributions.

Luc Boltanski, vous avez travaillé dans les années 1980 sur le courrier des lecteurs du « Monde ». Près de quatre décennies après, quelle comparaison pouvez-vous dresser ?

Luc Boltanski : A l’époque, j’essayais de développer la notion d’« affaire ». J’ai eu accès à un corpus d’environ 300 lettres adressées au courrier des lecteurs du Monde par des gens qui dénonçaient ce qu’ils considéraient comme une injustice et parlaient de leur « affaire ». Le corpus de 120 000 contributions sur lequel nous avons travaillé cette fois-ci est bien différent.

Arnaud Esquerre : La grande différence entre la lettre papier et le commentaire en ligne, c’est que plus de 80 % des commentaires en ligne sont publiés, ce qui n’était pas le cas des lettres. L’autre grande différence, et on ne s’y attendait pas, c’est que ces commentaires en ligne évoquent très rarement des causes personnelles et sont centrés sur l’actualité. Ce qui ne veut pas dire qu’on n’y trouve pas des indices sur la vie privée des contributeurs, mais ces indices sont mis en avant dans le cadre d’une interprétation des faits contenus dans les articles qui est différente de celle donnée par le journaliste.

Qui sont ces contributeurs et contributrices ?

L.B. : Des gens plus tout jeunes, plutôt des hommes, issus des catégories moyennes et supérieures, et politiquement troublés, parce qu’ayant du mal à faire le lien entre leur ressenti, la position politique de leur journal et la position qui était la leur dans le passé et dont ils ne savent plus très bien où elle se situait. On constate chez certains une forme de « désolation », pour reprendre un terme que l’on retrouve chez Hannah Arendt : un décrochage entre ce en quoi l’on croit et le monde de l’action.

 

A.E. : Nous étions partis sur l’idée qu’il y aurait, à la marge, de la remise en cause des faits, du complotisme, et on n’a pas du tout trouvé cela. Les lecteurs et lectrices ne remettent pas en cause les faits présentés par les journalistes, mais en contestent les interprétations. Pour eux, Le Monde est une quasi-institution, un journal qui garantit la vérité des faits, et ils sont très attachés à cet aspect. Autre surprise, on s’attendait à trouver des insultes, des aspects diffamatoires, et c’est l’inverse qui est apparu : une écriture très soignée et le soin porté au choix des arguments.

Démocratie et Union Economique Européenne : pour un contrôle du lobbying

Démocratie et Union Economique Européenne : pour un contrôle du lobbying

 

Ce sont, à ce jour, 12 489 organisations recensées, soit près de 50 000 personnes à effectuer du lobbying auprès de l’UE, dont environ 24 000 personnes travaillant à temps plein et 1500 qui ont accès au Parlement. Mais l’Organisation non gouvernementale Transparency International estime quant à elle à environ 26 500 le nombre de lobbyistes présents de façon régulière à Bruxelles.

Si les GAFA sont bien connus, les lobbies sont riches (voire très riches…) et variés ! Organisations œuvrant dans le business, ONG, consultants et cabinets d’avocats, Think tanks…

Le lobbyisme prend bien des formes. Les plus représentés dans la capitale belge sont les « in-house ». Employés par les grands groupes, ils représentent leurs intérêts auprès des décideurs européens. L’AmCham ou American Chamber of Commerce, l’organisation « maison » la plus connue, ne représente pas moins d’une soixantaine de firmes américaines, parmi lesquelles, la désormais célèbre Pfizer.

 

Le Conseil de l’Europe a exhorté jeudi les gouvernements européens à plus de «transparence» et de «responsabilité» en matière de lobbying, pratique certes «légitime» mais qui doit être encadrée par des «règles détaillées pour prévenir les risques de corruption». «Il est essentiel que les normes de lutte contre la corruption soient pleinement respectées», écrit le Groupe d’États contre la Corruption (Greco), l’organe anticorruption du Conseil, dans un rapport portant sur 2021 et centré sur les gouvernements.

 

Le Greco, qui reconnaît que «le lobbying est une activité légitime qui peut contribuer au processus démocratique et à une prise de décision éclairée», appelle toutefois «les gouvernements européens (à) accroître la transparence et la responsabilité» sur cette pratique. Cela permettrait aux citoyens de savoir quels sont les «acteurs qui cherchent à influencer les décisions politiques» et contribuerait à «réduire (…) le risque de pratiques de corruption», estime le Greco. Celui-ci préconise notamment la création de «registres des lobbyistes et en indiquant le caractère formel ou informel des contacts, l’identité des personnes rencontrées et les sujets abordés». «Le public a le droit de savoir qui influence les décisions politiques (…) Les gouvernements devraient adopter des règles détaillées pour prévenir les risques de corruption», a déclaré le président du Greco, Marin Marcela, cité dans un communiqué.

Macron doit choisir entre monarchie et démocratie

Macron doit choisir entre monarchie et démocratie

Le président de la République ne réussira pas à lutter contre le réchauffement climatique, à réformer l’éducation nationale ou à réorganiser l’offre de soins sans remettre les Français dans le jeu, estime dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ». Pour cela, il doit faire émerger de nouveaux relais, alors que toutes les intermédiations sont en crise. Elle l’ampleur du divorce démocratique qui mine le pays et rend éminemment difficile l’idée même de réforme

 

La feuille de route délivrée vendredi 27 mai par Elisabeth Borne aux membres du gouvernement est indexée sur la très forte défiance politique qui paralyse le pays. « Rapidité, efficacité, résultats », a ordonné la première ministre pour tenter de réhabiliter l’action publique alors que de nombreux Français doutent que l’Etat puisse encore quelque chose pour eux. Dans le même temps, le président de la République est à la recherche d’une méthode permettant d’associer les Français aux réformes.


La combinaison de ce double impératif, agir vite tout en prenant le temps de concerter et d’embarquer un maximum d’acteurs, résume la difficulté du quinquennat qui s’ouvre. Des chantiers majeurs doivent être rapidement conduits, comme la transition écologique, le nouveau contrat éducatif, la lutte contre les déserts médicaux, parce que les signaux sont devenus alarmants : la planète se réchauffe à vue d’œil ; l’hôpital craque ; l’éducation nationale traverse une crise de vocation sans précédent.

Tout est à rebâtir ; or personne ne sait très bien par quel bout tous ces chantiers seront pris. La seule réforme qui a été clairement énoncée pendant la campagne présidentielle – repousser à 65 ans l’âge du départ à la retraite – suscite une telle opposition dans l’opinion publique et une telle fronde chez les syndicats qu’on se demande comment elle pourra voir le jour.

Divorce démocratique

Longtemps, le mot réforme a rimé, en France, avec épreuve de force. Certains gouvernements de droite ont même jaugé la profondeur de leur action au nombre de journées de grève que celle-ci déclenchait, y voyant une façon de galvaniser leurs électeurs et le moyen de solidifier leur base électorale. Le mouvement des « gilets jaunes », qui a marqué le précédent quinquennat, a remis les pendules à l’heure. Il a révélé l’effondrement du clivage gauche-droite, la marginalisation des syndicats, l’invisibilité d’une partie de la société et sa tentation de recourir à la violence pour obtenir réparation parce qu’elle se sentait elle-même violentée.

 

Combinée à la montée de l’abstention, cette irruption a mis au jour l’ampleur du divorce démocratique qui mine le pays et rend éminemment difficile l’idée même de réforme : bouger, c’est prendre le risque de la rupture ; rester les bras ballants, c’est accroître aussi sûrement le risque de rupture. La seule voie de passage consiste à retisser le lien entre la base et le sommet, associer les Français au changement, partager les responsabilités.

Dans le nouveau rôle qu’il s’assigne, Emmanuel Macron a beaucoup à se faire pardonner. Il a incarné la verticalité tout au long de son premier mandat, à la fois par penchant naturel et parce qu’il voulait marquer une franche rupture avec l’émollient quinquennat de François Hollande. Ses opposants, issus de la gauche et de la droite de gouvernement, le rendent responsable de la montée des extrêmes et de leur propre affaiblissement, ce qui est beaucoup lui prêter. Au PS comme à LR, le ver était dans le fruit depuis de longues années. Les syndicats, CFDT comprise, lui reprochent d’avoir voulu les marginaliser, ce qui est une façon de nier leurs propres limites liées à l’étroitesse de leur base. L’accumulation du contentieux est telle que le chef de l’Etat ne trouvera pas beaucoup d’alliés dans les forces politiques et syndicales en présence, au moment où le débat politique a tendance à se polariser et se radicaliser.

Politique-Macron doit choisir entre monarchie et démocratie

Politique-Macron doit choisir entre monarchie et démocratie

Le président de la République ne réussira pas à lutter contre le réchauffement climatique, à réformer l’éducation nationale ou à réorganiser l’offre de soins sans remettre les Français dans le jeu, estime dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ». Pour cela, il doit faire émerger de nouveaux relais, alors que toutes les intermédiations sont en crise. Elle l’ampleur du divorce démocratique qui mine le pays et rend éminemment difficile l’idée même de réforme

 

La feuille de route délivrée vendredi 27 mai par Elisabeth Borne aux membres du gouvernement est indexée sur la très forte défiance politique qui paralyse le pays. « Rapidité, efficacité, résultats », a ordonné la première ministre pour tenter de réhabiliter l’action publique alors que de nombreux Français doutent que l’Etat puisse encore quelque chose pour eux. Dans le même temps, le président de la République est à la recherche d’une méthode permettant d’associer les Français aux réformes.


La combinaison de ce double impératif, agir vite tout en prenant le temps de concerter et d’embarquer un maximum d’acteurs, résume la difficulté du quinquennat qui s’ouvre. Des chantiers majeurs doivent être rapidement conduits, comme la transition écologique, le nouveau contrat éducatif, la lutte contre les déserts médicaux, parce que les signaux sont devenus alarmants : la planète se réchauffe à vue d’œil ; l’hôpital craque ; l’éducation nationale traverse une crise de vocation sans précédent.

Tout est à rebâtir ; or personne ne sait très bien par quel bout tous ces chantiers seront pris. La seule réforme qui a été clairement énoncée pendant la campagne présidentielle – repousser à 65 ans l’âge du départ à la retraite – suscite une telle opposition dans l’opinion publique et une telle fronde chez les syndicats qu’on se demande comment elle pourra voir le jour.

Divorce démocratique

Longtemps, le mot réforme a rimé, en France, avec épreuve de force. Certains gouvernements de droite ont même jaugé la profondeur de leur action au nombre de journées de grève que celle-ci déclenchait, y voyant une façon de galvaniser leurs électeurs et le moyen de solidifier leur base électorale. Le mouvement des « gilets jaunes », qui a marqué le précédent quinquennat, a remis les pendules à l’heure. Il a révélé l’effondrement du clivage gauche-droite, la marginalisation des syndicats, l’invisibilité d’une partie de la société et sa tentation de recourir à la violence pour obtenir réparation parce qu’elle se sentait elle-même violentée.

 

Combinée à la montée de l’abstention, cette irruption a mis au jour l’ampleur du divorce démocratique qui mine le pays et rend éminemment difficile l’idée même de réforme : bouger, c’est prendre le risque de la rupture ; rester les bras ballants, c’est accroître aussi sûrement le risque de rupture. La seule voie de passage consiste à retisser le lien entre la base et le sommet, associer les Français au changement, partager les responsabilités.

Dans le nouveau rôle qu’il s’assigne, Emmanuel Macron a beaucoup à se faire pardonner. Il a incarné la verticalité tout au long de son premier mandat, à la fois par penchant naturel et parce qu’il voulait marquer une franche rupture avec l’émollient quinquennat de François Hollande. Ses opposants, issus de la gauche et de la droite de gouvernement, le rendent responsable de la montée des extrêmes et de leur propre affaiblissement, ce qui est beaucoup lui prêter. Au PS comme à LR, le ver était dans le fruit depuis de longues années. Les syndicats, CFDT comprise, lui reprochent d’avoir voulu les marginaliser, ce qui est une façon de nier leurs propres limites liées à l’étroitesse de leur base. L’accumulation du contentieux est telle que le chef de l’Etat ne trouvera pas beaucoup d’alliés dans les forces politiques et syndicales en présence, au moment où le débat politique a tendance à se polariser et se radicaliser.

Macron doit choisir entre monarchie et démocratie

 

 

Macron doit choisir entre monarchie et démocratie

Le président de la République ne réussira pas à lutter contre le réchauffement climatique, à réformer l’éducation nationale ou à réorganiser l’offre de soins sans remettre les Français dans le jeu, estime dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ». Pour cela, il doit faire émerger de nouveaux relais, alors que toutes les intermédiations sont en crise. Elle l’ampleur du divorce démocratique qui mine le pays et rend éminemment difficile l’idée même de réforme

 

La feuille de route délivrée vendredi 27 mai par Elisabeth Borne aux membres du gouvernement est indexée sur la très forte défiance politique qui paralyse le pays. « Rapidité, efficacité, résultats », a ordonné la première ministre pour tenter de réhabiliter l’action publique alors que de nombreux Français doutent que l’Etat puisse encore quelque chose pour eux. Dans le même temps, le président de la République est à la recherche d’une méthode permettant d’associer les Français aux réformes.


La combinaison de ce double impératif, agir vite tout en prenant le temps de concerter et d’embarquer un maximum d’acteurs, résume la difficulté du quinquennat qui s’ouvre. Des chantiers majeurs doivent être rapidement conduits, comme la transition écologique, le nouveau contrat éducatif, la lutte contre les déserts médicaux, parce que les signaux sont devenus alarmants : la planète se réchauffe à vue d’œil ; l’hôpital craque ; l’éducation nationale traverse une crise de vocation sans précédent.

Tout est à rebâtir ; or personne ne sait très bien par quel bout tous ces chantiers seront pris. La seule réforme qui a été clairement énoncée pendant la campagne présidentielle – repousser à 65 ans l’âge du départ à la retraite – suscite une telle opposition dans l’opinion publique et une telle fronde chez les syndicats qu’on se demande comment elle pourra voir le jour.

Divorce démocratique

Longtemps, le mot réforme a rimé, en France, avec épreuve de force. Certains gouvernements de droite ont même jaugé la profondeur de leur action au nombre de journées de grève que celle-ci déclenchait, y voyant une façon de galvaniser leurs électeurs et le moyen de solidifier leur base électorale. Le mouvement des « gilets jaunes », qui a marqué le précédent quinquennat, a remis les pendules à l’heure. Il a révélé l’effondrement du clivage gauche-droite, la marginalisation des syndicats, l’invisibilité d’une partie de la société et sa tentation de recourir à la violence pour obtenir réparation parce qu’elle se sentait elle-même violentée.

 

Combinée à la montée de l’abstention, cette irruption a mis au jour l’ampleur du divorce démocratique qui mine le pays et rend éminemment difficile l’idée même de réforme : bouger, c’est prendre le risque de la rupture ; rester les bras ballants, c’est accroître aussi sûrement le risque de rupture. La seule voie de passage consiste à retisser le lien entre la base et le sommet, associer les Français au changement, partager les responsabilités.

Dans le nouveau rôle qu’il s’assigne, Emmanuel Macron a beaucoup à se faire pardonner. Il a incarné la verticalité tout au long de son premier mandat, à la fois par penchant naturel et parce qu’il voulait marquer une franche rupture avec l’émollient quinquennat de François Hollande. Ses opposants, issus de la gauche et de la droite de gouvernement, le rendent responsable de la montée des extrêmes et de leur propre affaiblissement, ce qui est beaucoup lui prêter. Au PS comme à LR, le ver était dans le fruit depuis de longues années. Les syndicats, CFDT comprise, lui reprochent d’avoir voulu les marginaliser, ce qui est une façon de nier leurs propres limites liées à l’étroitesse de leur base. L’accumulation du contentieux est telle que le chef de l’Etat ne trouvera pas beaucoup d’alliés dans les forces politiques et syndicales en présence, au moment où le débat politique a tendance à se polariser et se radicaliser.

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