Archive pour le Tag 'démocratie'

L’état d’urgence pour asphyxier la démocratie

L’état d’urgence pour asphyxier la démocratie

 

Etat d’urgence prolongé, institutionnalisation d’un conseil de défense tendant à éclipser le conseil des ministres et à renforcer la subordination du Parlement… la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement accentue le processus de « dé-démocratisation » de notre société, estime le politiste, Arthur Guichoux,  dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Le 3 février, un rapport publié par The Economist reléguait la France au rang des démocraties « défaillantes », relançant le débat sur les effets politiques de la pandémie. Cette rétrogradation vient souligner les nombreuses atteintes aux libertés individuelles engendrées par les mesures de confinement et de couvre-feu. Les résultats de cette étude sont à manier avec d’autant plus de précautions qu’elle présuppose une conception située et libérale de la démocratie. Or la définition de la démocratie est loin de faire consensus.

Dans les sciences sociales et politiques, on peut même dire qu’elle ressemble à un vaste champ de bataille : horizon indépassable mais perfectible pour les uns, illusion pour les autres, qui déplorent sa dégénérescence oligarchique. Cependant, rares sont les analyses à se féliciter de l’état de la démocratie.

Tensions liées à la représentation

De ce point de vue, la gestion de la pandémie par le gouvernement français s’inscrit dans la continuité d’un processus de « dé-démocratisation », pour reprendre l’expression de la politiste Wendy Brown. Celui-ci ne renvoie pas au poncif de la « crise » de la démocratie qui chercherait à combler son déficit de représentativité.

Les tensions liées à la représentation prennent leur source dans la division entre le corps électoral et le champ des professionnels de la politique, division caractéristique des gouvernements représentatifs. La « dé-démocratisation » relève plutôt d’une dynamique de longue durée ; elle rappelle combien l’état d’exception qui dure depuis presque une année est un puissant analgésique, tant pour la démocratie des urnes que pour la politique de la rue.

Instauré dans un premier temps de mars à juillet 2020, l’état d’urgence sanitaire a été réactivé le 17 octobre 2020 avant d’être de nouveau prolongé mi-février (au moins jusqu’en juin 2021). Certes, il ne s’agit pas du même dispositif que l’état d’urgence de novembre 2015 ; il n’empêche que l’état d’exception s’ancre dans la durée. Autre continuité significative : l’institutionnalisation du conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN). Créée en 2009, cette formation restreinte du conseil des ministres tend à éclipser ce dernier. Son activité s’est fortement accélérée depuis 2015 avec 10 réunions dans l’année, 32 en 2016, 42 en 2017 (selon le rapport de son secrétariat de 2018).

République monocéphale

En pleine pandémie, il est désormais fréquent que ce conseil, fondé sur un simple décret, se réunisse plusieurs fois par semaine. Initialement cantonné aux opérations militaires et aux situations de crise, son champ d’action s’est aussi considérablement étendu. En plus des têtes de l’exécutif (premier ministre, ministre des affaires étrangères, de l’économie, du budget et de l’intérieur), sa composition varie au gré des convocations décidées par le président de la République. Compte tenu des circonstances, le ministre des solidarités et de la santé et le directeur de la santé y siègent désormais en permanence et sont tenus au secret-défense au même titre que les autres membres. Positionné en amont des conseils des ministres, ce n’est pas forcer le trait de dire que le conseil de défense est devenu un des principaux foyers des prises de décision depuis mars 2020.

Conventions citoyennes: outil de communication politique ou de démocratie

Conventions citoyennes: outil de communication politique ou de démocratie

 

 

Antoine Denry ,directeur stratégie chez H+K Strategies Paris, professeur au CELSA et à l’Université Panthéon-Sorbonne s’interroge sur le rapport entre conventions citoyennes et démocratie.

 

Renforcer le rôle du Conseil économique, social et environnemental (CESE) est l’un des grands projets du mandat d’Emmanuel Macron, afin de promouvoir des formes de démocraties participatives et répondre ainsi à la défiance croissante qui vise les pouvoirs publics. En ce sens, les comités de citoyens tirés au sort qui émergent dans son sillage peuvent-ils remédier à la crise démocratique que nous vivons ? Ne remettent-ils pas en cause le principe même du suffrage universel et ne traduisent-ils pas in fine un mépris des élus susceptible d’aggraver encore la crise démocratique ?

Suite à la crise des Gilets jaunes, le grand débat national avait rencontré un vif succès, une loi organique a donc été adoptée le 15 décembre dernier pour prolonger ce grand élan. Elle consacre le principe de citoyens tirés au sort pour travailler avec le CESE et porter la voix de la société civile, entre le parlement et l’exécutif. Avec la Convention citoyenne pour le climat, cette ambition de rafraîchissement démocratique avait trouvé un premier débouché. Avec le Comité sur la vaccination et ses 35 citoyens tirés au sort il s’agit de pérenniser cet exercice et de faire du CESE la chambre des conventions citoyennes nationales.

L’objectif affiché de ces instances est louable : associer au processus décisionnel la parole civile au travers d’une délibération citoyenne de qualité. Néanmoins, le problème réside ailleurs. D’abord ce comité de vaccination fait partie d’un maquis déjà existant d’instances associées aux décisions sur le déploiement des vaccins : conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, comité scientifique, comité citoyen, comité des professionnels de santé, comité d’élus, comité de la société civile.

Ensuite et surtout, autant la convention citoyenne pour le climat visait à formuler des propositions, autant le comité sur la vaccination n’est lui chargé que « d’émettre des observations et d’interpeller Alain Fischer » dans un rapport remis « d’ici l’été ». C’est ce point-là qui vient mettre en exergue l’inanité du parlement et vient souligner le problème institutionnel de la Ve République depuis la mise en place du quinquennat.

Avec ce comité ou d’autres conventions annoncées, comme celle sur les discriminations, nous sommes face à un acte de communication politique qui vient en réalité pallier un problème institutionnel, à savoir la mauvaise représentation du corps électoral au sein de l’Assemblée nationale et la caducité du pouvoir parlementaire dans un régime devenu « présidentialiste ».

Les comités de citoyens peuvent-ils représenter une solution ? La participation citoyenne peut certes nourrir la délibération démocratique mais elle ne peut en aucun cas s’y substituer et venir remplacer le rôle de force de proposition et de contrôle que doit exercer le Parlement

Il est certes nécessaire que le pouvoir exécutif ait toute latitude pour gouverner mais trop d’autorité tue l’autorité, et aujourd’hui chacun sent bien que le pouvoir entre les mains du seul président de la République et du Premier ministre, l’Assemblée Nationale ne faisant que ratifier les décisions, pose problème. L’absence de réel contre-pouvoir représentatif de l’ensemble des Français est un sujet central. Le scrutin majoritaire à deux tours ne permet plus cette représentativité. Il a eu son efficacité dans le passé mais compte tenu désormais de la conjonction des élections présidentielles et législatives et des nouveaux rapports de force politique, certains courants représentant pourtant 20 % des électeurs ne sont quasiment pas représentés. Cela n’est pas sain et peut mener à des mouvements contestataires violents.

Aujourd’hui quelle réponse possible ? Une dose de proportionnelle était prévue dans l’accord électoral entre Bayrou et Macron lors de la campagne de 2017 mais il sera difficile pour le Président de tenir ses engagements compte tenu des urgences liées à la crise sanitaire. Certains pourraient y voir une manœuvre politique à l’heure où tous les yeux sont braqués sur la circulation du virus et l’approvisionnement en vaccins.

Les comités de citoyens peuvent-ils représenter une solution ? La participation citoyenne peut certes nourrir la délibération démocratique mais elle ne peut en aucun cas s’y substituer et venir remplacer le rôle de force de proposition et de contrôle que doit exercer le Parlement. Soit le peuple est consulté directement pour prendre des décisions, et cela s’appelle un référendum, soit les citoyens choisissent des personnes censées les représenter, et c’est une élection, ce que nous faisons très régulièrement, presque tous les ans même.

Et si le but est de sonder l’opinion, il faut un panel bien plus grand que quelques dizaines de personnes qui ne représentent qu’elles-mêmes. Nul ne peut prétendre qu’il n’est pas nécessaire de trouver de nouveaux modes d’expression des citoyens mais nul ne peut soutenir que le tirage au sort confère autant de légitimité démocratique, donc d’autorité et de droit à décider, que le suffrage universel.

Antoine Denry est directeur stratégie chez H+K Strategies Paris, professeur au CELSA et à l’Université Panthéon-Sorbonne.

La proportionnelle : un moyen d’être représenté pour les exclus de la démocratie

La proportionnelle : un moyen d’être représenté pour les exclus de la démocratie

Ce mode de scrutin est le seul à pouvoir prendre en compte la voix de chacun et à offrir une solution à la montée de l’abstention, estime Dorian Dreuil, représentant associatif, dans une tribune au « Monde ».

 

Rituel de l’élection et point culminant d’une campagne électorale, un dimanche de vote est fait de symboles et d’habitudes. Les prises de parole politiques sont interdites aux candidats, il faut donc meubler et commenter l’environnement. Avant 20 heures et la proclamation des résultats, le chiffre le plus commenté est celui de la participation. Viennent ensuite l’annonce des résultats et son cortège de joies ou de peines selon qui gagne ou qui perd. Mais, depuis longtemps, le grand vainqueur n’a pas de visage, pas de bulletin, ni même de programme. Il ne se présente pas au suffrage et, pourtant, il gagne à tous les coups. C’est l’abstention.

La désaffection croissante des urnes a de nombreuses causes : démocratie représentative à bout de souffle, discrédit sur une partie du personnel politique, faible représentation de la société dans sa diversité. Au bout du compte, une méfiance envers le système lui-même et ses institutions. Ce que Paul Ricœur résumait d’une phrase : « Nos démocraties électives ne sont pas, ou de façon inaccomplie, des démocraties représentatives. »

 

Dans l’histoire de notre pays, la République ne s’est pas toujours méfiée du recours au vote proportionnel : ce fut le cas sous la IIIe (au moins de 1919 à 1928) et sous la IVe République (de 1946 à 1958). Sous la Ve, François Mitterrand y a recours durant les législatives de 1986. Le taux d’abstention a été parmi les plus bas de ces trente-cinq dernières années, à 21,5 %, contre 51,3 % en 2017. Le scrutin proportionnel traîne malheureusement la mauvaise réputation d’être à l’origine de l’instabilité ministérielle et de l’échec de la IVe République. C’est trop vite oublier que c’est son régime parlementaire qui causa sa perte, plus que son format d’élection.

En réalité, ce mode de scrutin a pour vertu d’assurer une représentation plus fidèle de l’ensemble des courants de pensée ou d’opinion qui traversent un pays. C’est une réponse à celles et ceux qui ne se considèrent pas ou plus représentés. Son fonctionnement devra être transparent, la proportionnelle est intégrale ou n’est pas – elle doit s’appliquer à la totalité de l’Assemblée nationale –, au risque qu’un simple dosage crée un écart entre des parlementaires élus différemment.

Ce scrutin doit aussi être simple, de liste paritaire, à l’échelle du département et à deux tours. La liste qui obtient la majorité absolue des suffrages se voit attribuer les deux tiers des sièges à pourvoir. Les sièges restants sont proportionnellement répartis entre toutes les listes ayant dépassé un certain seuil de suffrages exprimés afin d’assurer un meilleur équilibre des pouvoirs.

Démocratie et liberté : les États-Unis durcissent le ton avec les Chinois

Démocratie et liberté : les États-Unis durcissent le ton avec les Chinois

 

Les Chinois espéraient une modification des relations avec les États-Unis après le départ de Trump. Leurs déclarations publiques plus modérée que précédemment témoignent de l’adoucissement de leur diplomatie. Cependant Il paraît peu probable que les tensions diminuent entre les États-Unis et la Chine si l’on en juge par la mise en demeure du- secrétaire d’État américain Antony Blinken de respecter les droits de l’homme et les valeurs démocratiques au Xinjiang, au Tibet et à Hong Kong, a déclaré le département d’État.

Blinken a également exhorté la Chine à condamner le coup d’État militaire au Myanmar, et il a réaffirmé que Washington travaillera avec ses alliés pour tenir la Chine responsable des efforts visant à menacer la stabilité de l’Indo-Pacifique, y compris à travers le détroit de Taiwan, a déclaré le département dans un communiqué.

.Le département d’État américain a aussi déclaré qu’il était «profondément troublé» par les informations faisant état d’abus sexuels contre des femmes dans les camps d’internement pour Ouïghours et autres musulmans du Xinjiang.

Biden lui-même a montré peu de signes qu’il était pressé de s’engager avec Pékin, décrivant jeudi la Chine comme «notre concurrent le plus sérieux» et affirmant que Washington continuerait à faire face à ce qu’il a décrit comme «l’attaque de la Chine contre les droits de l’homme, la propriété intellectuelle et la gouvernance mondiale. ».

« Mais nous sommes prêts à travailler avec Pékin, quand il est dans l’intérêt de l’Amérique de le faire », a-t-il ajouté.

La Chine compte cependant sur la prise en compte de la realpolitik par la nouvelle administration américaine.  Le Global Times, un tabloïd dirigé par le journal du Parti communiste chinois, le Quotidien du Peuple, a déclaré samedi dans un éditorial qu’il s’attendait à ce que l’administration Biden continue de parler dur tout en améliorant la coopération dans certains domaines.

« C’est évidemment différent de la période ultérieure de l’administration

Pandémie : la démocratie en danger ?

Pandémie : la démocratie en danger ?

Dans ce manifeste auquel sont associés 14 chercheurs, soignants et enseignants, la philosophe Barbara Stiegler   pointe le démantèlement des systèmes de santé comme facteur aggravant d’une pandémie qui menace la culture démocratique.

 

Livre. Attention ! Ce « tract » est quasi un collectif ! Avant même de livrer ce manifeste décapant, la philosophe Barbara Stiegler, qui le signe, nomme les 14 soignants, chercheurs et enseignants qui y sont associés ; et leur domaine de compétence, parfaitement explicite, annonce l’ampleur de la charge.

Tout part de la contestation du mot « pandémie » que Richard Horton, le très raisonnable rédacteur en chef du Lancet, prestigieuse revue internationale de médecine, sans nier le virus comme événement biologique funeste à la propagation universelle, remplace par celui, inédit, de « syndémie ». En clair, il s’agirait d’un phénomène d’une gravité exceptionnelle car, par-delà l’attaque virale, la progression de la maladie serait liée aux inégalités sociales et à la crise écologique. L’augmentation continue des maladies chroniques fragilisant les populations face à des risques sanitaires aggravés.

Un « continent aux contours flous »

Dès lors, point de salut face au Covid-19 sans un radical changement de modèle économique, social et politique. Sous peine de voir ce type d’« accidents sanitaires » se multiplier en échappant à toute parade efficace.

Responsable à l’université Bordeaux-Montaigne du master « soin, éthique et santé », Barbara Stiegler pointe le démantèlement des systèmes de santé comme facteur aggravant de la pandémie qui, pour elle, n’est plus tant le mode de manifestation du virus, ni une propagation mondiale d’une affection nouvelle, qu’un « continent aux contours flous et évolutifs, mais qui risque de durer des années, et pourquoi pas des siècles et des siècles ».

La formule peut effrayer mais l’argumentaire qui suit justifie l’alarme puisque, n’étant plus l’objet de la moindre discussion alors même qu’elle bouleverse les modes de vie et la culture démocratique qu’elle menace, la pandémie met en cause la démocratie même.

Suspension de libertés individuelles essentielles, dogmes d’une discipline décrétée impérative sans consultation ni négociation, la règle du jeu change brutalement alors même que la mutation culturelle se préparerait de longue date, la Chine s’opposant au leader tant économique que despotique. Le vocabulaire en est arbitrairement révisé et la « démocratie sanitaire » comme le « consentement éclairé du patient » tenus pour obsolètes.

Irrationalité et incohérence

Le coup est d’autant plus sévère qu’une stricte observation des actes du drame (confinement, déconfinement, reconfinement) met en lumière l’irrationalité et l’incohérence de certaines décisions sur lesquelles aucune évaluation n’est proposée. La peur comme seul moteur et unique justification des renoncements démocratiques exigés : ainsi se détricote une vie collective dont l’humanisme est retoqué comme un idéal désormais dangereux.

Une démocratie de type militaire ?

Une démocratie de type militaire ?

Les politistes Delphine Dulong et Brigitte Gaïti s’inquiètent, dans une tribune au « Monde », du rétrécissement de l’espace de la décision politique autour de la figure présidentielle, au risque d’une perte d’efficacité sur le terrain.

La succession des séquences est désormais bien établie : une réunion du conseil de défense dont on ne sait rien, puis le premier ministre (ou le ministre de la santé), accompagné de ministres concernés, qui vient devant les caméras, s’installe à une tribune, retire son masque et égrène les mesures à prendre (heures de couvre-feu, commerces autorisés à ouvrir, dérogations pour des sorties, etc.).

Le dispositif, inédit, s’est routinisé et dessine un nouvel espace décisionnel. Le conseil des ministres est éclipsé par ce conseil de défense, créé en 1906, activé durant la première guerre mondiale, constitutionnalisé en 1958 et réformé en 2002 puis en 2009, chargé, entre autres, de planifier les « réponses aux crises majeures ».

Autre innovation spectaculaire surgie dans la crise : un conseil scientifique, fort d’une douzaine de membres, très largement composé de médecins hospitaliers, doit outiller la décision politique en statuant sur l’état de la pandémie, les connaissances scientifiques et les mesures propres à y mettre un terme. Le conseil scientifique semble devoir résumer l’expertise scientifique sur le sujet, mettant de côté les compétences d’autres administrations, d’agences et d’établissement sanitaires, de corps formés à l’urgence, au soin ou à la prévention.

La loi d’urgence, votée et prolongée par un Parlement anesthésié qui peine à exister dans ce processus de décision, vient compléter cet assemblage.

Rêve technocratique

Le Covid-19 conduit donc à la fois à une recomposition et à un dépeuplement sévère de l’arène décisionnelle. Le dispositif, conçu sur le mode de l’état-major et inspiré de l’organisation militaire, est réputé permettre le retour d’une capacité d’action efficace et rapide en dérogeant au processus ordinaire, fait de réunions interministérielles, de compromis et marchandages entre les services administratifs des ministères, les agences sanitaires, les corps ou les représentants des professions. Il faut aller vite, plus vite que le virus dont la publication des chiffres de contamination rend visible chaque jour la dangereuse progression.

Le dispositif permet d’émanciper la figure élyséenne ; le conseil de défense se réunit à l’Elysée sous conduite présidentielle, les grandes décisions sont énoncées solennellement par le président de la République dans des retransmissions télévisées touchant un large public, les mesures plus sectorielles sont présentées par les membres du gouvernement. Les hiérarchies politiques sont ainsi mises en scène. Il en ressort une forme d’épuration du niveau décisionnel, rendu stratégique, rationnel, car placé à distance du gouvernement des choses, dégagé des nécessités et des vicissitudes de l’opérationnel ou de la logistique.

 

Politique-Démocratie : la fin du vote à la papa ?

Politique-Démocratie  : la fin du vote à la papa ?

A dix-huit mois de la présidentielle, les partisans de la primaire, contestée depuis les échecs de Benoît Hamon et François Fillon en 2017, essaient de redonner du crédit à ce mode de désignation. Jusqu’à chercher l’inspiration dans des vidéos YouTube de mathématiciens

Matthieu Deprieck    dans un papier de l’opinion engage une réflexion sur le mode de désignation des candidats aux élections.

Bruno Retailleau propose d’organiser une primaire à droite autour d’un nouveau mode de scrutin, le « vote préférentiel ». La République en marche en a choisi un autre pour ces élections internes : le « jugement majoritaire ». A gauche, la Fondation Jean-Jaurès regarde, elle, du côté des Etats-Unis.

A la mort de Valéry Giscard d’Estaing, une vidéo a ressurgi sur Twitter. Dans le studio d’Europe 1, Edouard Philippe, encore loin d’être Premier ministre, se souvenait de la leçon qu’il avait reçue de VGE à la création de l’UMP, ancêtre des Républicains. Cela ne marchera pas, avait asséné l’ex-Président, parce que « vous n’avez pas changé le mode de scrutin. C’est le mode de scrutin qui détermine la structuration de la vie politique. »

Deux décennies plus tard, dans le petit monde politique, quelques hommes et femmes d’appareil s’accrochent à cette sentence. A droite, à gauche, au centre, ils essaient de secouer le cocotier républicain pour en faire tomber le bon vieux vote, qui élimine plus qu’il ne désigne.

La proximité de la présidentielle n’y est pas pour rien. « Les primaires de 2016 ont représenté une expérience traumatisante pour le PS et Les Républicains. Elles ont désigné deux candidats soutenus par la base militante au prix d’une compétition qui a divisé leur camp », rappelle Chloé Ridel, cofondatrice de l’association Mieux voter. De nombreux ténors jurent aujourd’hui qu’on ne les y reprendra plus. En face, les défenseurs de la primaire se creusent les méninges pour la réhabiliter.

« Rien compris ». Pour convaincre ses camarades, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau s’est tourné vers le « vote préférentiel », inspiré par un membre de son équipe, nourri aux vidéos de mathématiciens youtubeurs. Au moment de se lancer vers 2022, le sénateur de Vendée s’est souvenu des résultats d’une enquête menée cinq ans plus tôt auprès des sympathisants LR. Une majorité regrettait les attaques entre Alain Juppé et François Fillon dans l’entre-deux tours de la primaire. Comment éviter pareille confrontation, s’est-il alors demandé. Simple : en supprimant le second tour.

Le « vote préférentiel » le permet. « Ce mode de scrutin à un tour pourrait faire consensus, pour plus de sérénité et d’unité », écrit-il dans son document de présentation, envoyé aux 278 000 personnes qui constituent le fichier utilisé par François Fillon en 2017. 500 ont répondu qu’ils ne voulaient plus entendre parler de la primaire, 500 autres ont trouvé le système intéressant.

Il est pourtant complexe. L’électeur est invité à classer tous les prétendants. Si un candidat figure en première position sur 50 % des bulletins, il est élu. Sinon, le candidat qui récolte le moins de premières places est éliminé et ses bulletins sont réaffectés à celui qui y figure en deuxième choix. Ainsi de suite jusqu’à ce qu’un impétrant franchisse le seuil de 50 % de votes. « Franchement, je n’ai rien compris », a raillé sur Europe 1, Xavier Bertrand.

«  Excellent  » ou «  passable  ». En Australie, où ce mode de désignation est utilisé, le dépouillement peut prendre des heures, reconnaît l’équipe de Bruno Retailleau, qui se dit ouverte aux alternatives. Elle va d’ailleurs recevoir l’association Mieux voter, qui promeut, elle, le « jugement majoritaire ». Dans ce cas de figure, il ne s’agit plus de classer les candidats mais de leur attribuer une mention de « excellent » à « insuffisant », en passant par « bien » ou « passable ».

Le « jugement majoritaire » n’est pas qu’une lubie de geeks. La République en marche vient de l’utiliser pour désigner les animateurs de ses centaines de comités locaux. « Au début, il y a eu des réticences à abandonner le système majoritaire classique. Aujourd’hui, il y a de l’impatience », assure Justine Henry, cheville ouvrière de cette révolution. Elle y voit de nombreux avantages : « Les candidats sont élus avec une majorité pour eux alors que dans le système traditionnel, ils récoltent au maximum 30 % des suffrages. »

Chloé Ridel de l’association Mieux voter a récemment présenté le « jugement majoritaire » à Europe Ecologie-Les Verts. Le « parlement » du parti réfléchissait à l’adopter pour sa primaire prévue avant la fin septembre 2021. La majorité était emballée mais la décision est tombée : « Nous ne souhaitons pas l’expérimenter sur un vote aussi capital. » La bataille entre Yannick Jadot et Eric Piolle promet d’être assez intense pour ne pas ajouter une inconnue supplémentaire.

A l’américaine. Cela n’étonne pas Emeric Bréhier, directeur de l’Observatoire de la vie politique à la Fondation Jean-Jaurès. Changer le mode de désignation, c’est acter une rupture avec une tradition ancrée depuis des décennies dans l’histoire française. En 2010, il comptait parmi les membres du groupe de travail dirigé par Arnaud Montebourg pour rénover le Parti socialiste. Le futur ministre de François Hollande avait commencé à réfléchir à un mode de scrutin inspiré des primaires américaines. L’idée n’était pas allée très loin, faute de soutiens. « Déjà, convaincre de l’utilité d’organiser une primaire avait été difficile, alors installer un mode de désignation innovant… », souffle Emeric Bréhier.

Avec Sébastien Roy, l’ex-député PS a rédigé une note pour la Fondation Jean-Jaurès dans laquelle il propose une organisation pour une primaire de gauche en 2021. Le nom choisi a tout d’une fable de La Fontaine : l’escargot et l’entonnoir.

« Escargot » parce que le scrutin serait réparti sur cinq week-ends consécutifs. Chaque groupe de régions serait appelé aux urnes à tour de rôle. « Entonnoir » parce qu’à chaque session, le ou les candidats n’ayant pas atteint un seuil préalablement défini seraient éliminés. Un tel scrutin serait plus facile à organiser, argue Emeric Bréhier : « Pour tenir 10 000 bureaux de vote, il faut trouver 40 000 personnes sur tout le territoire. » Le PS en serait aujourd’hui incapable. Le gain politique ne serait pas non plus à négliger : « Avec une exposition politique plus longue, des candidatures pourraient briser le plafond de verre et monter en puissance. Qui en 2008 croyait aux chances de Barack Obama lorsqu’il s’est lancé à la conquête de la Maison Blanche ? »

Les résistances au changement sont fortes. Le débat sur le vote par correspondance l’a montré. De tous ceux qui y étaient favorables dans la majorité, il ne reste plus que le MoDem. Très tôt, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin avait douché les espoirs, s’interrogeant sur « cette volonté d’américaniser notre système institutionnel ».

Avec les mêmes arguments, la mission d’information du Sénat sur le vote à distance a rejeté l’idée d’amender le mode de scrutin pour les régionales et départementales de juin 2021. L’unité de temps et de lieu fait partie du « rituel républicain », estime le président de la commission des lois, le sénateur LR François-Noël Buffet : « Le décret pris par le Premier ministre indique bien qu’il convoque les électeurs. La concrétisation de cette convocation, c’est le passage par l’isoloir. »

Les portes de la présidentielle restent donc pour l’instant fermées au nez des révolutionnaires du « vote préférentiel », du « jugement prioritaire » ou de « l’escargot et de l’entonnoir ». Ils continuent malgré tout de pousser si ce n’est pour 2022, au moins pour 2027.

 

Démocratie et mode de désignation des candidats : la fin du vote à la papa ?

Démocratie et mode de désignation des candidats : la fin du vote à la papa ?

A dix-huit mois de la présidentielle, les partisans de la primaire, contestée depuis les échecs de Benoît Hamon et François Fillon en 2017, essaient de redonner du crédit à ce mode de désignation. Jusqu’à chercher l’inspiration dans des vidéos YouTube de mathématiciens

Matthieu Deprieck    dans un papier de l’opinion engage une réflexion sur le mode de désignation des candidats aux élections.

Bruno Retailleau propose d’organiser une primaire à droite autour d’un nouveau mode de scrutin, le « vote préférentiel ». La République en marche en a choisi un autre pour ces élections internes : le « jugement majoritaire ». A gauche, la Fondation Jean-Jaurès regarde, elle, du côté des Etats-Unis.

A la mort de Valéry Giscard d’Estaing, une vidéo a ressurgi sur Twitter. Dans le studio d’Europe 1, Edouard Philippe, encore loin d’être Premier ministre, se souvenait de la leçon qu’il avait reçue de VGE à la création de l’UMP, ancêtre des Républicains. Cela ne marchera pas, avait asséné l’ex-Président, parce que « vous n’avez pas changé le mode de scrutin. C’est le mode de scrutin qui détermine la structuration de la vie politique. »

Deux décennies plus tard, dans le petit monde politique, quelques hommes et femmes d’appareil s’accrochent à cette sentence. A droite, à gauche, au centre, ils essaient de secouer le cocotier républicain pour en faire tomber le bon vieux vote, qui élimine plus qu’il ne désigne.

La proximité de la présidentielle n’y est pas pour rien. « Les primaires de 2016 ont représenté une expérience traumatisante pour le PS et Les Républicains. Elles ont désigné deux candidats soutenus par la base militante au prix d’une compétition qui a divisé leur camp », rappelle Chloé Ridel, cofondatrice de l’association Mieux voter. De nombreux ténors jurent aujourd’hui qu’on ne les y reprendra plus. En face, les défenseurs de la primaire se creusent les méninges pour la réhabiliter.

« Rien compris ». Pour convaincre ses camarades, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau s’est tourné vers le « vote préférentiel », inspiré par un membre de son équipe, nourri aux vidéos de mathématiciens youtubeurs. Au moment de se lancer vers 2022, le sénateur de Vendée s’est souvenu des résultats d’une enquête menée cinq ans plus tôt auprès des sympathisants LR. Une majorité regrettait les attaques entre Alain Juppé et François Fillon dans l’entre-deux tours de la primaire. Comment éviter pareille confrontation, s’est-il alors demandé. Simple : en supprimant le second tour.

Le « vote préférentiel » le permet. « Ce mode de scrutin à un tour pourrait faire consensus, pour plus de sérénité et d’unité », écrit-il dans son document de présentation, envoyé aux 278 000 personnes qui constituent le fichier utilisé par François Fillon en 2017. 500 ont répondu qu’ils ne voulaient plus entendre parler de la primaire, 500 autres ont trouvé le système intéressant.

Il est pourtant complexe. L’électeur est invité à classer tous les prétendants. Si un candidat figure en première position sur 50 % des bulletins, il est élu. Sinon, le candidat qui récolte le moins de premières places est éliminé et ses bulletins sont réaffectés à celui qui y figure en deuxième choix. Ainsi de suite jusqu’à ce qu’un impétrant franchisse le seuil de 50 % de votes. « Franchement, je n’ai rien compris », a raillé sur Europe 1, Xavier Bertrand.

«  Excellent  » ou «  passable  ». En Australie, où ce mode de désignation est utilisé, le dépouillement peut prendre des heures, reconnaît l’équipe de Bruno Retailleau, qui se dit ouverte aux alternatives. Elle va d’ailleurs recevoir l’association Mieux voter, qui promeut, elle, le « jugement majoritaire ». Dans ce cas de figure, il ne s’agit plus de classer les candidats mais de leur attribuer une mention de « excellent » à « insuffisant », en passant par « bien » ou « passable ».

Le « jugement majoritaire » n’est pas qu’une lubie de geeks. La République en marche vient de l’utiliser pour désigner les animateurs de ses centaines de comités locaux. « Au début, il y a eu des réticences à abandonner le système majoritaire classique. Aujourd’hui, il y a de l’impatience », assure Justine Henry, cheville ouvrière de cette révolution. Elle y voit de nombreux avantages : « Les candidats sont élus avec une majorité pour eux alors que dans le système traditionnel, ils récoltent au maximum 30 % des suffrages. »

Chloé Ridel de l’association Mieux voter a récemment présenté le « jugement majoritaire » à Europe Ecologie-Les Verts. Le « parlement » du parti réfléchissait à l’adopter pour sa primaire prévue avant la fin septembre 2021. La majorité était emballée mais la décision est tombée : « Nous ne souhaitons pas l’expérimenter sur un vote aussi capital. » La bataille entre Yannick Jadot et Eric Piolle promet d’être assez intense pour ne pas ajouter une inconnue supplémentaire.

A l’américaine. Cela n’étonne pas Emeric Bréhier, directeur de l’Observatoire de la vie politique à la Fondation Jean-Jaurès. Changer le mode de désignation, c’est acter une rupture avec une tradition ancrée depuis des décennies dans l’histoire française. En 2010, il comptait parmi les membres du groupe de travail dirigé par Arnaud Montebourg pour rénover le Parti socialiste. Le futur ministre de François Hollande avait commencé à réfléchir à un mode de scrutin inspiré des primaires américaines. L’idée n’était pas allée très loin, faute de soutiens. « Déjà, convaincre de l’utilité d’organiser une primaire avait été difficile, alors installer un mode de désignation innovant… », souffle Emeric Bréhier.

Avec Sébastien Roy, l’ex-député PS a rédigé une note pour la Fondation Jean-Jaurès dans laquelle il propose une organisation pour une primaire de gauche en 2021. Le nom choisi a tout d’une fable de La Fontaine : l’escargot et l’entonnoir.

« Escargot » parce que le scrutin serait réparti sur cinq week-ends consécutifs. Chaque groupe de régions serait appelé aux urnes à tour de rôle. « Entonnoir » parce qu’à chaque session, le ou les candidats n’ayant pas atteint un seuil préalablement défini seraient éliminés. Un tel scrutin serait plus facile à organiser, argue Emeric Bréhier : « Pour tenir 10 000 bureaux de vote, il faut trouver 40 000 personnes sur tout le territoire. » Le PS en serait aujourd’hui incapable. Le gain politique ne serait pas non plus à négliger : « Avec une exposition politique plus longue, des candidatures pourraient briser le plafond de verre et monter en puissance. Qui en 2008 croyait aux chances de Barack Obama lorsqu’il s’est lancé à la conquête de la Maison Blanche ? »

Les résistances au changement sont fortes. Le débat sur le vote par correspondance l’a montré. De tous ceux qui y étaient favorables dans la majorité, il ne reste plus que le MoDem. Très tôt, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin avait douché les espoirs, s’interrogeant sur « cette volonté d’américaniser notre système institutionnel ».

Avec les mêmes arguments, la mission d’information du Sénat sur le vote à distance a rejeté l’idée d’amender le mode de scrutin pour les régionales et départementales de juin 2021. L’unité de temps et de lieu fait partie du « rituel républicain », estime le président de la commission des lois, le sénateur LR François-Noël Buffet : « Le décret pris par le Premier ministre indique bien qu’il convoque les électeurs. La concrétisation de cette convocation, c’est le passage par l’isoloir. »

Les portes de la présidentielle restent donc pour l’instant fermées au nez des révolutionnaires du « vote préférentiel », du « jugement prioritaire » ou de « l’escargot et de l’entonnoir ». Ils continuent malgré tout de pousser si ce n’est pour 2022, au moins pour 2027.

 

Démocratie Chine : un critique Xi Jinping condamné à 18 ans de prison pour corruption

Démocratie Chine : un critique de Xi Jinping condamné à 18 ans de prison pour corruption

 

L’étau de la dictature ne cesse de se serrer autour de certains responsables économiques qui osent émettre des critiques vis-à-vis du parti communiste chinois et de son chef suprême, élu maintenant à vie, Xi Jinping .

Récemment c’est le patron sans doute plus influent de Chine qui a été rappelé à l’ordre sévèrement à tel point d’ailleurs qu’il a pratiquement disparu médiatiquement. C’est tout juste si on a autorisé une petite vidéo de quelques secondes pour rappeler son existence et rassurer ainsi les investisseurs étrangers concernant l’immense groupe Alibaba présidé par Jacques Ma.

Ce dernier avait osé émettre des critiques d’ordre économique du pouvoir. Maintenant c’est un autre responsable qui vient d’être victime de la reprise en main du parti communiste chinois à savoir Ren Zhiqiang, l’ancien président du groupe public d’immobilier Huayuan; il vient d’être condamné à 18 ans de prison et à une amende de 4,2 millions de yuans (525.960 euros environ. Les experts quand ils se considèrent que la curie va continuer contre tous ceux qui vont oser émettre des critiques vis-à-vis du régime et de son président. Pour ces derniers il n’y a que trois solutions : la mort, l’exil ou la prison.

On peut légitimement s’interroger sur les engagements des Chinois concernant le futur accord sur les investissements entre l’union européenne et la Chine. L’union européenne espère que la Chine respectera les règles de concurrence. Comment faire confiance à un pays qui non seulement ne respecte aucune règle de concurrence mais aucune règle démocratique ; pire qui rétablit la politique de répression chère à Mao aussi bien vis-à-vis des chefs d’entreprises contestataires que vis-à-vis des ouïgours dont il faut rappeler qu’un million sont actuellement emprisonnés et ou contraints à des travaux forcés.

Selon l’avis publié mardi, Ren Zhiqiang a restitué tous les gains illégalement accumulés, a “volontairement avoué ses crimes”, accepté sa condamnation et ne fera pas appel.

Ren Zhiqiang a été arrêté en mars après avoir assimilé le président Xi Jingping à un clown alors que ce dernier se félicitait de la gestion de la crise du nouveau coronavirus par son gouvernement. Dans un billet, qui ne mentionnait pas explicitement Xi Jinping, Ren Zhiqiang disait ne pas avoir vu “un empereur vêtu de ses habits neufs, mais un clown nu soucieux de vouloir continuer de passer pour un empereur”, rapporte le China Digital Times, une publication basée aux Etats-Unis.

Zen Zhiqiang a été exclu du Parti communiste chinois en juillet. Il a été accusé le même mois d’avoir détourné des fonds pour assouvir sa passion pour le golf ou encore d’avoir illégalement accumulé d’importantes sommes d’argent.

Ce Cyberautoritarisme qui menace la démocratie

Ce Cyberautoritarisme qui menace la démocratie

Comme l’Ouganda, de nombreux pays africains restreignent les accès numériques lors d’élections ou de troubles sociaux, observe, dans sa chronique du Monde, Marie de Vergès. Un cyberautoritarisme qui affecte aussi l’économie.

Chronique. Aux Etats-Unis, Donald Trump dénonce une élection entachée par les fraudes et se voit privé de réseaux sociaux. En Ouganda, l’opposant Bobi Wine dénonce une élection entachée par les fraudes et se voit privé de réseaux sociaux. Mais la comparaison tourne court rapidement. Outre-Atlantique, la suspension des comptes d’un président sortant embarqué dans une rhétorique toujours plus outrancière a été décidée par la Silicon Valley. Tandis qu’en Ouganda, c’est le régime qui a coupé l’accès à Internet à la veille du scrutin présidentiel du 14 janvier, pénalisant l’opposition mais également l’ensemble des internautes de ce pays d’Afrique de l’Est.

Cette mesure radicale, orchestrée par l’indéboulonnable autocrate ougandais Yoweri Museveni (déjà trente-cinq ans au pouvoir), a évidemment fait couler beaucoup moins d’encre que le bannissement de Donald Trump sur Twitter. Il faut dire que la répression en ligne est devenue monnaie courante en Afrique ces dernières années. Presque une banalité. Au moins 15 pays africains ont restreint ou coupé l’accès aux réseaux sociaux lors de manifestations ou d’élections depuis 2015. Comme la Tanzanie qui a limité l’accès à Internet lors du scrutin présidentiel d’octobre.

 

L’Ethiopie est également adepte de la déconnexion forcée. Toutes les télécommunications ont ainsi été interrompues avec le Tigré lors de la guerre qui vient d’opposer cette province rebelle à l’armée fédérale éthiopienne. Déjà en juillet 2020, le pouvoir avait bloqué Internet dans le pays pendant presque un mois, après l’irruption de violences provoquées par l’assassinat du chanteur et militant Hachalu Hundessa.

Tuer dans l’œuf toute insurrection

Dans la même veine, des gouvernements africains renforcent discrètement leur arsenal juridique pour contraindre l’utilisation des réseaux sociaux. Au Nigeria, les autorités ont relancé un projet de réglementation de ces plates-formes, quand la mobilisation contre les violences policières battait son plein à l’automne. Il s’agit officiellement d’empêcher la diffusion de discours de haine. Mais certains membres de la société civile redoutent qu’une telle loi, une fois votée, octroie aux autorités le droit de contrôler l’usage d’Internet.

En période d’élections ou de troubles sociaux, les tenants du cyberautoritarisme disent vouloir éviter la propagation de fausses rumeurs susceptibles de dégénérer en émeutes. La méthode est surtout efficace pour maintenir sous cloche les voix dissidentes et tenter de tuer dans l’œuf toute insurrection populaire. Mais aussi attractif soit-il pour des régimes peu soucieux de la liberté d’expression, ce verrouillage numérique a aussi un coût, loin d’être nul.

Démocratie : la Ve République en ruine

Démocratie : la Ve République en ruine

 

L’ancien ministre de Jacques Chirac Philippe Bas Questeur du Sénat explique dans une tribune au « Monde » pourquoi la vitalité même de notre démocratie est en jeu.

TRIBUNE

La Ve République nous a apporté la stabilité gouvernementale. Nous serions fous de vouloir y renoncer. Le prix payé pour cette stabilité n’a cependant cessé de croître.

Le Parlement tend à être réduit à une fonction d’approbation. Toute critique irrite. Le Sénat, libre et indépendant, inspire à l’exécutif plus de méfiance que de reconnaissance. Le lien des élus nationaux avec les territoires a été distendu. Les forces de gouvernement, gagnées par l’usure, ont été « challengées » par un nouveau parti que n’épargne aucun des travers des anciens, arbre sans racines ni fruits. L’opposition est éclatée en mille morceaux. Le président s’est enfermé dans un face-à-face avec les extrêmes, comme si, entre eux et lui, il n’y avait plus rien. Et c’est ce « rien » qui hypothèque l’avenir.

Ce n’est plus la stabilité du gouvernement qui est en cause, mais la vitalité de la démocratie. Fondé sur la bipolarisation, mère de l’alternance, le système politique issu de la Ve République est en ruine. Seul subsiste le cadre institutionnel, qu’il faut rééquilibrer.

La réponse par la verticalité relève du contresens. Quand l’exécutif se fait jupitérien, les vertus du dialogue social et la quête d’un compromis national sont d’emblée récusées.

Au moindre grain de sable, ce ne sont plus le Parlement, les territoires ou les partenaires sociaux qui se dressent face au pouvoir, c’est la rue. La crainte qu’elle inspire est le plus sûr chemin vers l’immobilisme. L’indifférence que le président de la République, chargé de « veiller au respect de la Constitution », manifeste à l’égard des autres pouvoirs l’isole, compromet la réussite de son mandat et renforce les ennemis de la démocratie.

Scandale républicain

Cette indifférence méconnaît les exigences d’une République moderne dans une société de liberté ouverte au débat. En témoigne le projet avorté de révision constitutionnelle, dont le Parlement était la cible, comme si la France pâtissait encore d’un excès de parlementarisme, alors que c’est de l’hypertrophie de l’exécutif que nous souffrons.

Avec la convention citoyenne, le suffrage universel, fondement de la démocratie, a été supplanté par le tirage au sort. Un échantillon de 150 personnes, par nature, ne peut être représentatif. Ce curieux aréopage s’est pourtant vu attribuer des pouvoirs exorbitants, le chef de l’Etat s’étant engagé à reprendre « sans filtre » ses propositions. Réplique moderne des comités de salut public, les conventions citoyennes retournent contre la légitimité du suffrage universel une idéologie populiste forgée contre la monarchie de droit divin. On s’étonne que ce scandale républicain n’ait pas été dénoncé avec plus de vigueur et qu’il

 

Le risque d’une démocratie par les plateformes

Le risque d’une démocratie par les plateformes

Le bannissement de Donald Trump de Twitter est un événement historique, estime André Loesekrug-Pietri. Il consacre la toute-puissance des plateformes Internet pourtant dénuées de toute légitimité démocratique. Les démocraties doivent reprendre l’initiative en se montrant plus agiles.

 

Par André Loesekrug-Pietri (directeur de la Joint European Disruptive Initiative) pose la problématique du rapport entre la démocratie et les plates-formes des réseaux dits sociaux dans le journal les Échos.

Il  faut évidemment se réjouir que le réseau social ait enfin décidé de supprimer cette partie quasi intégrante de Donald Trump, que le monde entier consultait chaque matin pour connaître l’humeur du locataire de la Maison-Blanche, relayer ou s’effrayer de ses tweets. Twitter était un outil capital qui lui servait de porte-voix sans filtre à des messages haineux, clivants et mensongers.

Un événement historique

Cette suppression est un véritable événement historique, car les plateformes Internet montrent ainsi un pouvoir extraordinaire, celui de pouvoir détruire de manière instantanée la présence digitale d’une personne. Une « licence to kill » sans aucun contre-pouvoir ni légitimité démocratique, reposant sur les seules conditions générales d’utilisation et la volonté du patron de Twitter - heureusement démocrate convaincu, Jack Dorsey.

C’est également historique car cela consacre le rôle absolument majeur des géants de l’Internet dans les déstabilisations actuelles et futures des démocraties - déstabilisations qui sont et seront permises par ces plateformes dont les algorithmes créent des bulles fermées, accentuant la fracturation de la société et la possibilité pour des menteurs effrontés comme Trump de répandre leur poison et d’attiser la frustration de millions de personnes. Au-delà de la désinformation et de la manipulation à grande échelle, ces plateformes permettent à des mouvements violents de s’organiser - preuve en est l’utilisation active des nouveaux réseaux Gab, Parler et DLive dans l’attaque du Capitole le 6 janvier dernier.

Opinion | La régulation des réseaux sociaux, miroir aux alouettes ?

Quel contraste avec la lenteur des procédures démocratiques - même si celles-ci se sont prodigieusement accélérées du fait de cet événement saisissant qu’est la prise du Capitole américain, un événement qui a choqué le monde et ne s’était produit depuis plus de deux cents ans. La procédure d’impeachment est lancée en quelques jours, sans avoir toutefois quasiment aucune chance d’aboutir du fait du peu de temps restant : en effet, seul un procès est à même de pouvoir destituer le président et d’avoir des conséquences notables pour la suite, notamment son inéligibilité future.

Reprendre l’initiative

L’Europe a bien compris le rôle croissant des plateformes dans la diffusion de la haine en ligne, comme en témoigne le Digital Services Act présenté le 15 décembre dernier par Thierry Breton, visant notamment à contenir la haine en ligne. Mais là aussi, on est parti pour six mois d’approbation au Parlement européen puis au bas mot dix-huit mois pour la mise en oeuvre dans les Etats membres. Prendre du temps pour le débat démocratique et prendre les bonnes décisions, oui ! Utiliser toute la créativité et la diversité européenne pour développer les stratégies les plus innovantes et les plus solides, oui ! Mais ici ce sont beaucoup les méandres administratifs qui sont responsables de cette lenteur.

La pandémie l’a montré : au-delà de la qualité des décisions politiques - on pourrait presque dire en forçant le trait : quelles que soient les décisions prises -, c’est la vitesse et la capacité d’anticipation qui est le défi majeur de nos sociétés en cette période d’accélération prodigieuse. Non, on ne peut se résoudre à ce que les démocraties soient plus lentes - il faut tordre le cou à l’idée que la lenteur favoriserait le consensus - sauf à prendre le risque de voir le pouvoir démocratique, son efficacité, et donc sa légitimité, contestés par des acteurs non démocratiques. Et on ne peut non plus se résoudre à simplement saluer les actions des plateformes comme celle de Twitter à l’encontre de Trump, ou à leur déléguer des pouvoirs exorbitants de garants des faits et de la bonne tenue du débat public - sauf à revenir à l’effrayant spectre du ministère de la Vérité décrit par Orwell. Les démocraties doivent reprendre l’initiative, et combiner débat démocratique et agilité - ce qui passera forcément par un immense travail, sans cesse renouvelé, d’anticipation. C’est l’impératif démocratique de ce siècle, et les Européens doivent s’en emparer sans attendre.

André Loesekrug-Pietri est président de la Joint European Disruptive Initiative (Jedi), la Darpa européenne.

André 

États-Unis : Envahissement du Capitole, un avertissement pour la démocratie

États-Unis : Envahissement du Capitole, un avertissement pour la démocratie

A juste titre l’union européenne s’inquiète de l’état de la démocratie au États-Unis et condamne avec fermeté les débordements qui ont conduit à une tentative d’insurrection avec l’envahissement du Capitole.

«Ce que nous avons vu mercredi n’était que l’apogée de développements très inquiétants qui se sont produits dans le monde ces dernières années. Cela doit être un signal d’alarme pour tous les défenseurs de la démocratie », a déclaré le chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, dans un article de blog.

«Tout le monde doit comprendre que si nous acceptons des revers après des revers, même s’ils semblent mineurs, la démocratie et ses valeurs et institutions peuvent finir par périr de manière irréversible», a déclaré Borrell, qui s’exprime au nom des 27 États membres de l’UE.

Il est clair que la désinformation permise par ce qu’on appelle les réseaux sociaux à jouer un rôle important pour nourrir le camp des complots tisse et des aventuriers. Ceci étant la démocratie classique n’est pas non plus sans reproche y compris dans l’union européenne. Juste un exemple quel a été l’état du débat concernant l’accord de principe sur les investissements réciproques entre la Chine et l’union européenne ? Réponse zéro ou à peu près. Profitant de l’actualité essentiellement occupée par le Coronavirus, cet accord de principe soutenu essentiellement par les affairistes allemands est passé comme une lettre à la poste en dépit de la faible position de la France et d’autres.

 

Il est vrai que les réseaux sociaux jouent un rôle très néfaste pour la diffusion de fausses nouvelles comme par exemple le pseudo trucage des élections américaines. «Au cas où quelqu’un aurait des doutes, les événements de Washington montrent également que la désinformation constitue une réelle menace pour les démocraties», a déclaré Borrell. «Si certaines personnes croient qu’une élection était frauduleuse, parce que leur chef leur a répété à maintes reprises, elles se comporteront en conséquence.»

La  démocratie en général et européenne en particulier doit aussi s’interroger sur son contenu et ses modalités dans la mesure où le pouvoir technocratique et juridique a pris le dessus sur la dimension politique. pour s’opposer à ce phénomène nombre d’électeurs plus ou moins informés sont prêts à se jeterdans les bras de n’importe quel extrémiste.

ONU : des casques bleus pour protéger la démocratie américaine ?

ONU : des casques bleus pour protéger la démocratie américaine ?

 

Certains internautes appellent l’Union africaine à réagir, « comme l’ONU réagit » aux troubles dans des pays africains. « Il est temps que l’UA envoie des Casques bleus pour protéger les citoyens américains », pense un internaute rwandais. Dans le quotidien guinéen Le Djely, le journaliste Boubacar Sanso Barry tranche : « On devrait rompre avec tous ces jugements hâtifs et quelque peu racistes » sur l’Afrique.

 

Il est clair que les États-Unis se sont grandement discrédités dans cette affaire d’insurrection ratée soutenue par le président Trump. Les États-Unis n’ont cessé en effet de donner des leçons démocratiques à la plupart des pays en développement quitte parfois intervenir militairement. Aussi c’est avec beaucoup d’humour que certains observateurs africains s’interrogent pour savoir si l’union africaine ne devrait pas envoyer des casques bleus à Washington pour protéger la démocratie américaine.

 

Les limites de la démocratie du hasard

Les limites de la démocratie du hasard

 

Gilles Savary ,ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de progrès estime qu’il est un peu malencontreux que le cinquième anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat ait été entaché en France par la dissonance d’une polémique publique entre certains participants à la Convention citoyenne pour le climat et le président de la République. (Chronique dans l’Opinion)

L’objet de la controverse concerne l’énigmatique promesse présidentielle de soumettre « sans filtre » les conclusions de la Convention au pouvoir législatif, entretenant par là même l’espoir implicite que la discipline majoritaire à l’Assemblée nationale suffirait à les transposer telles quelles dans la loi. La messe n’est pas dite, mais il n’est pas anormal que certains citoyens de la Convention s’offusquent de constater que l’administration et les principaux secteurs économiques impactés à un titre ou à un autre par ses conclusions s’en soient saisis et tentent de les infléchir.

Il n’est pas de gouvernement et de représentation nationale, en France ou dans toute autre démocratie, qui ne puissent se dispenser du concours de l’administration pour vérifier que des idées généreuses n’enfoncent pas des portes ouvertes, ne produisent pas d’effets pervers ou de préjudices disproportionnés, et ne contrarient pas des principes techniques ou juridiques essentiels.

Il n’est pas plus illégitime que des représentants d’intérêts économiques et sociaux, caricaturés en lobbyistes vénaux par les garants de vertu, se signalent aux décideurs ultimes, gouvernement et élus du peuple, pour les alerter sur les conséquences de leurs décisions, car ce sont ces derniers in fine, et non pas les 150 conventionnels qui en assumeront sans partage la responsabilité. On peut par exemple souhaiter que notre pays renonce à soutenir ses pôles d’excellence aéronautique et automobile, mais il n’est pas méprisable que leurs patronats comme leurs salariés expriment leurs craintes qu’il en résulte plus de chômeurs français et plus d’avions chinois ou d’automobiles américaines, sans grand impact pour le climat.

C’est précisément le redoutable apanage de la responsabilité politique que d’être soumise à des équations et à des dilemmes déchirants. Gouverner, c’est précisément « filtrer » une multitude d’aspirations, d’intérêts, de revendications, de situations, de passions et de pressions contradictoires et parfois conflictuelles, pour tenter d’en trouver le chemin du compromis et de l’action acceptables. Et nul panel citoyen, catégoriel, auto constitué ou tiré au sort ne dispose de la légitimité d’en imposer aux représentants élus de toutes les composantes sociales et territoriales de la nation.

On peut regretter que cette règle du jeu hasardeuse n’ait pas été clairement posée ou intégrée dès le début des travaux de la Convention citoyenne, mais elle est consubstantielle à toute démocratie politique.

Cette expérience, qui ne met nullement en cause la sincérité et l’honnêteté des citoyens qui y ont participé, interroge moins notre politique climatique et environnementale, que la crise de légitimité qui affecte et menace notre démocratie représentative. A l’évidence, une réforme de nos institutions s’impose, ne serait-ce que pour dissiper la confusion des boussoles et des pouvoirs qui s’installe dans les esprits, surexpose le Président et alimente la combustion lente d’une sévère crise de régime.

Il est temps d’imprimer dans nos institutions l’esprit et la lettre des enseignements de Montesquieu en y intégrant, à leur place mais pas au-delà de leur place, les aspirations participatives de notre époque.

Les limites de la démocratie-loterie……. sans philtre

Les limites de la démocratie-loterie……. sans philtre

 

Gilles Savary ,ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de progrès estime qu’il est un peu malencontreux que le cinquième anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat ait été entaché en France par la dissonance d’une polémique publique entre certains participants à la Convention citoyenne pour le climat et le président de la République. (Chronique dans l’Opinion)

L’objet de la controverse concerne l’énigmatique promesse présidentielle de soumettre « sans filtre » les conclusions de la Convention au pouvoir législatif, entretenant par là même l’espoir implicite que la discipline majoritaire à l’Assemblée nationale suffirait à les transposer telles quelles dans la loi. La messe n’est pas dite, mais il n’est pas anormal que certains citoyens de la Convention s’offusquent de constater que l’administration et les principaux secteurs économiques impactés à un titre ou à un autre par ses conclusions s’en soient saisis et tentent de les infléchir.

Il n’est pas de gouvernement et de représentation nationale, en France ou dans toute autre démocratie, qui ne puissent se dispenser du concours de l’administration pour vérifier que des idées généreuses n’enfoncent pas des portes ouvertes, ne produisent pas d’effets pervers ou de préjudices disproportionnés, et ne contrarient pas des principes techniques ou juridiques essentiels.

Il n’est pas plus illégitime que des représentants d’intérêts économiques et sociaux, caricaturés en lobbyistes vénaux par les garants de vertu, se signalent aux décideurs ultimes, gouvernement et élus du peuple, pour les alerter sur les conséquences de leurs décisions, car ce sont ces derniers in fine, et non pas les 150 conventionnels qui en assumeront sans partage la responsabilité. On peut par exemple souhaiter que notre pays renonce à soutenir ses pôles d’excellence aéronautique et automobile, mais il n’est pas méprisable que leurs patronats comme leurs salariés expriment leurs craintes qu’il en résulte plus de chômeurs français et plus d’avions chinois ou d’automobiles américaines, sans grand impact pour le climat.

C’est précisément le redoutable apanage de la responsabilité politique que d’être soumise à des équations et à des dilemmes déchirants. Gouverner, c’est précisément « filtrer » une multitude d’aspirations, d’intérêts, de revendications, de situations, de passions et de pressions contradictoires et parfois conflictuelles, pour tenter d’en trouver le chemin du compromis et de l’action acceptables. Et nul panel citoyen, catégoriel, auto constitué ou tiré au sort ne dispose de la légitimité d’en imposer aux représentants élus de toutes les composantes sociales et territoriales de la nation.

On peut regretter que cette règle du jeu hasardeuse n’ait pas été clairement posée ou intégrée dès le début des travaux de la Convention citoyenne, mais elle est consubstantielle à toute démocratie politique.

Cette expérience, qui ne met nullement en cause la sincérité et l’honnêteté des citoyens qui y ont participé, interroge moins notre politique climatique et environnementale, que la crise de légitimité qui affecte et menace notre démocratie représentative. A l’évidence, une réforme de nos institutions s’impose, ne serait-ce que pour dissiper la confusion des boussoles et des pouvoirs qui s’installe dans les esprits, surexpose le Président et alimente la combustion lente d’une sévère crise de régime.

Il est temps d’imprimer dans nos institutions l’esprit et la lettre des enseignements de Montesquieu en y intégrant, à leur place mais pas au-delà de leur place, les aspirations participatives de notre époque.

Société : Un recul de la démocratie mondiale ?

Société : Un recul de la démocratie mondiale ?

Francis Fukuyama , responsable du centre pour la démocratie, s’inquiète des atteintes à la démocratie au plan mondial ( article du Wall Street Journal repris par l’Opinion)

 

Cette année, la Russie de Vladimir Poutine a continué de déstabiliser les démocraties à grand renfort de réseaux sociaux.

 

Sur la décennie écoulée, le monde a connu ce que Larry Diamond, expert de la question, appelle une « récession démocratique », c’est-à-dire une période pendant laquelle les régimes autoritaires ont prospéré et l’Etat de droit a reculé. Une situation qui, selon lui, pourrait mener à une dépression de l’ampleur de celle des années 1930. Sur le plan géopolitique, deux grandes puissances autoritaires (la Chine et la Russie) ont consolidé leur assise et apporté un soutien sans faille aux initiatives antidémocratiques lancées à travers le monde.

La Covid-19 a encore renforcé la position de la Chine : même si c’est là qu’est née la pandémie, les mesures drastiques prises par Pékin pour enrayer sa propagation ont, semble-t-il, permis au pays de vaincre le virus et à l’économie, de renouer avec son niveau d’avant-crise sanitaire. La politique étrangère chinoise s’est considérablement durcie : l’Empire du Milieu s’est querellé avec ses voisins, dont l’Inde, a imposé sa dictature à Hong Kong au mépris de l’engagement qu’il avait pris en 1997, et a envoyé des millions de Ouïghours dans des camps sans que la communauté internationale ne s’en offusque outre mesure.

De son côté, de l’Ukraine et la Géorgie voisines aux lointaines Europe et Amérique, la Russie a continué de déstabiliser les démocraties à grand renfort de réseaux sociaux. Moscou est également soupçonnée d’avoir voulu éliminer certains opposants politiques (dont Alexeï Navalny qui, selon le gouvernement allemand, aurait été empoisonné cet été) et a largement aidé le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko à faire taire les appels à la démocratie.

Le ver est aussi dans le fruit

Mais les menaces les plus insidieuses sont venues de l’intérieur même des démocraties établies, dont les dirigeants ont cherché à fragiliser les constitutions et à miner l’Etat de droit. A ces personnages pourtant démocratiquement élus, la crise du coronavirus a offert l’occasion idéale de renforcer leur autorité. C’est notamment le cas du Premier ministre Viktor Orban, qui a obtenu du Parlement hongrois l’état d’urgence et le droit de légiférer par ordonnances. Philippines, Tanzanie, Salvador, Bolivie : partout, le pouvoir a été détourné et des élections ont été menacées de report. A la faveur de la pandémie, le Premier ministre indien Narendra Modi a poursuivi la mise en œuvre de la politique anti-musulmans lancée en 2019 avec une nouvelle loi sur la citoyenneté qui pourrait limiter leur droit de vote et une réduction de l’autonomie du Cachemire.

Ces six dernières années avaient été marquées par des manifestations populaires contre la dictature en Ukraine, au Nicaragua, en Algérie, au Soudan, en Arménie et en Biélorussie, mais elles ont pour la plupart marqué le pas, la Covid-19 empêchant les forces pro-démocratie de se réunir et de protester. Dans plusieurs de ces pays, les dirigeants autoritaires en place ont laissé la mobilisation s’étioler avant de reprendre les choses en main. En Ethiopie, la libéralisation promise par le Premier ministre Abiy Ahmed, Prix Nobel de la paix l’an passé, s’est transformée en guerre civile dans la région rebelle du Tigré. En Arménie, le mouvement démocratique a lui aussi été stoppé par la guerre avec l’Azerbaïdjan pour la région du Haut-Karabakh.

La terrible récession économique provoquée par la crise sanitaire a également déstabilisé l’équilibre politique de nombreux pays. En Amérique latine, par exemple, une grande partie de la main-d’œuvre n’appartient pas à l’économie formelle ; elle est donc exclue du système de santé et des aides publiques. Les pouvoirs publics n’ont pas réussi à faire respecter le confinement et les polarisations existantes ont miné leur autorité, notamment au Pérou, en Bolivie, en Equateur ou encore en Colombie. Conséquence de cette incapacité à asseoir l’autorité de l’Etat et de la crise budgétaire, la pandémie a été beaucoup plus difficile à maîtriser.

Evoquons enfin les Etats-Unis, qui ont en quelque sorte mené la révolte populiste avec l’élection de Donald Trump en 2016. Comme les autres, le Président a utilisé son mandat pour tenter de fragiliser les contre-pouvoirs, y compris le FBI, la communauté du renseignement, la fonction publique, les juges fédéraux et les médias généralistes, qu’il n’a cessé de désigner comme « des ennemis du peuple américain ». Mais sa principale attaque contre une institution démocratique reste pour l’heure son refus de reconnaître sa défaite après le scrutin de novembre dernier, remporté par Joe Biden, et ses déclarations fallacieuses affirmant que les élections ont été « truquées » ou entachées par une fraude à grande échelle.

L’incapacité de l’Amérique à respecter les règles et les normes de son propre régime a ébranlé la démocratie de façon plus générale. La Russie, qui n’est pas en reste en matière d’élections truquées, s’est rengorgée des accusations lancées par Donald Trump à l’encontre du système américain, tandis que les régimes autoritaires des quatre coins du monde emboîtaient le pas du Président sortant et accusaient la presse de propager de « fausses informations ». En accélérant le transfert du centre de gravité de l’économie mondiale de l’Amérique du Nord et l’Europe vers l’Asie, la pandémie a réduit le poids des Etats-Unis dans la géopolitique.

Des violations patentes du droit aux atteintes discrètes à la norme démocratique, les menaces qui sont apparues en 2020 sont protéiformes : celles et ceux qui défendent les valeurs démocratiques doivent donc s’alarmer de la crise que nous traversons.

Pourtant, des signes montrent que les choses pourraient être en train de s’inverser. Les contre-pouvoirs ont finalement tenu le choc aux Etats-Unis et le peuple américain n’a pas voulu de Donald Trump pour un second mandat. Même si bon nombre de républicains contestent toujours la légitimité du scrutin, il est presque certain que Joe Biden pourra être investi le 20 janvier prochain et qu’il commencera immédiatement à réparer les dégâts infligés par la présidence Trump. Cela passera d’abord par une réaffirmation du statut de fer de lance de la démocratie de l’Amérique puis, espérons-le, par des efforts pour restaurer la confiance envers les institutions.

La crise de la Covid-19 semble avoir démontré que les gouvernements autoritaires savent forcément mieux gérer les pandémies que les formations démocratiques, une méprise tout à fait crédible si l’on compare le bilan des Etats-Unis et de la Chine et qu’on les considère comme des exemples de leur régime politique respectif : un quart de million de décès dans le premier cas, moins de 5 000 dans le deuxième. Mais cette généralisation ne tient pas si l’on prend du recul. Bon nombre de démocraties, dont la Corée du Sud, Taïwan, la Nouvelle-Zélande, le Canada ou encore l’Allemagne, ont fait aussi bien, si ce n’est mieux, que la Chine pour enrayer l’épidémie. Et des dirigeants démocrates (Moon Jae-in en Corée, Angela Merkel en Allemagne, Jacinda Arden en Nouvelle-Zélande) ont été salués, dans les urnes ou dans les sondages, pour leur gestion efficace de la crise.

De la récession à la grogne populaire face aux restrictions liées à la pandémie, des défis attendront la démocratie en 2021. Partout dans le monde, la peur, la précarité et le mécontentement font rage, et ce sont rarement des vecteurs de stabilité politique. Mais n’oublions pas que les crises ont parfois aussi fait naître des changements pour le meilleur en révélant les échecs des mauvais gestionnaires et en créant un besoin de réforme. Si la démocratie est loin d’être parfaite, partout dans le monde, le peuple a toujours pris les urnes ou battu le pavé pour dénoncer l’oppression et la corruption.

Francis Fukuyama est enseignant à l’institut de relations internationales Freeman Spogli et responsable du centre pour la démocratie, le développement et l’Etat de droit de Stanford. Vous pouvez lui écrire à l’adresse reports@wsj.com.

Convention citoyenne ou les limites de la démocratie Macronienne du hasard

Convention citoyenne ou les limites de la démocratie Macronienne du hasard

 

Gilles Savary ,ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de progrès estime qu’il est un peu malencontreux que le cinquième anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat ait été entaché en France par la dissonance d’une polémique publique entre certains participants à la Convention citoyenne pour le climat et le président de la République. (Chronique dans l’Opinion)

L’objet de la controverse concerne l’énigmatique promesse présidentielle de soumettre « sans filtre » les conclusions de la Convention au pouvoir législatif, entretenant par là même l’espoir implicite que la discipline majoritaire à l’Assemblée nationale suffirait à les transposer telles quelles dans la loi. La messe n’est pas dite, mais il n’est pas anormal que certains citoyens de la Convention s’offusquent de constater que l’administration et les principaux secteurs économiques impactés à un titre ou à un autre par ses conclusions s’en soient saisis et tentent de les infléchir.

Il n’est pas de gouvernement et de représentation nationale, en France ou dans toute autre démocratie, qui ne puissent se dispenser du concours de l’administration pour vérifier que des idées généreuses n’enfoncent pas des portes ouvertes, ne produisent pas d’effets pervers ou de préjudices disproportionnés, et ne contrarient pas des principes techniques ou juridiques essentiels.

Il n’est pas plus illégitime que des représentants d’intérêts économiques et sociaux, caricaturés en lobbyistes vénaux par les garants de vertu, se signalent aux décideurs ultimes, gouvernement et élus du peuple, pour les alerter sur les conséquences de leurs décisions, car ce sont ces derniers in fine, et non pas les 150 conventionnels qui en assumeront sans partage la responsabilité. On peut par exemple souhaiter que notre pays renonce à soutenir ses pôles d’excellence aéronautique et automobile, mais il n’est pas méprisable que leurs patronats comme leurs salariés expriment leurs craintes qu’il en résulte plus de chômeurs français et plus d’avions chinois ou d’automobiles américaines, sans grand impact pour le climat.

C’est précisément le redoutable apanage de la responsabilité politique que d’être soumise à des équations et à des dilemmes déchirants. Gouverner, c’est précisément « filtrer » une multitude d’aspirations, d’intérêts, de revendications, de situations, de passions et de pressions contradictoires et parfois conflictuelles, pour tenter d’en trouver le chemin du compromis et de l’action acceptables. Et nul panel citoyen, catégoriel, auto constitué ou tiré au sort ne dispose de la légitimité d’en imposer aux représentants élus de toutes les composantes sociales et territoriales de la nation.

On peut regretter que cette règle du jeu hasardeuse n’ait pas été clairement posée ou intégrée dès le début des travaux de la Convention citoyenne, mais elle est consubstantielle à toute démocratie politique.

Cette expérience, qui ne met nullement en cause la sincérité et l’honnêteté des citoyens qui y ont participé, interroge moins notre politique climatique et environnementale, que la crise de légitimité qui affecte et menace notre démocratie représentative. A l’évidence, une réforme de nos institutions s’impose, ne serait-ce que pour dissiper la confusion des boussoles et des pouvoirs qui s’installe dans les esprits, surexpose le Président et alimente la combustion lente d’une sévère crise de régime.

Il est temps d’imprimer dans nos institutions l’esprit et la lettre des enseignements de Montesquieu en y intégrant, à leur place mais pas au-delà de leur place, les aspirations participatives de notre époque.

Les limites de la démocratie-loterie……. sans philtre

Les limites de la démocratie-loterie……. sans philtre

 

Gilles Savary ,ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de progrès estime qu’il est un peu malencontreux que le cinquième anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat ait été entaché en France par la dissonance d’une polémique publique entre certains participants à la Convention citoyenne pour le climat et le président de la République. (Chronique dans l’Opinion)

L’objet de la controverse concerne l’énigmatique promesse présidentielle de soumettre « sans filtre » les conclusions de la Convention au pouvoir législatif, entretenant par là même l’espoir implicite que la discipline majoritaire à l’Assemblée nationale suffirait à les transposer telles quelles dans la loi. La messe n’est pas dite, mais il n’est pas anormal que certains citoyens de la Convention s’offusquent de constater que l’administration et les principaux secteurs économiques impactés à un titre ou à un autre par ses conclusions s’en soient saisis et tentent de les infléchir.

Il n’est pas de gouvernement et de représentation nationale, en France ou dans toute autre démocratie, qui ne puissent se dispenser du concours de l’administration pour vérifier que des idées généreuses n’enfoncent pas des portes ouvertes, ne produisent pas d’effets pervers ou de préjudices disproportionnés, et ne contrarient pas des principes techniques ou juridiques essentiels.

Il n’est pas plus illégitime que des représentants d’intérêts économiques et sociaux, caricaturés en lobbyistes vénaux par les garants de vertu, se signalent aux décideurs ultimes, gouvernement et élus du peuple, pour les alerter sur les conséquences de leurs décisions, car ce sont ces derniers in fine, et non pas les 150 conventionnels qui en assumeront sans partage la responsabilité. On peut par exemple souhaiter que notre pays renonce à soutenir ses pôles d’excellence aéronautique et automobile, mais il n’est pas méprisable que leurs patronats comme leurs salariés expriment leurs craintes qu’il en résulte plus de chômeurs français et plus d’avions chinois ou d’automobiles américaines, sans grand impact pour le climat.

C’est précisément le redoutable apanage de la responsabilité politique que d’être soumise à des équations et à des dilemmes déchirants. Gouverner, c’est précisément « filtrer » une multitude d’aspirations, d’intérêts, de revendications, de situations, de passions et de pressions contradictoires et parfois conflictuelles, pour tenter d’en trouver le chemin du compromis et de l’action acceptables. Et nul panel citoyen, catégoriel, auto constitué ou tiré au sort ne dispose de la légitimité d’en imposer aux représentants élus de toutes les composantes sociales et territoriales de la nation.

On peut regretter que cette règle du jeu hasardeuse n’ait pas été clairement posée ou intégrée dès le début des travaux de la Convention citoyenne, mais elle est consubstantielle à toute démocratie politique.

Cette expérience, qui ne met nullement en cause la sincérité et l’honnêteté des citoyens qui y ont participé, interroge moins notre politique climatique et environnementale, que la crise de légitimité qui affecte et menace notre démocratie représentative. A l’évidence, une réforme de nos institutions s’impose, ne serait-ce que pour dissiper la confusion des boussoles et des pouvoirs qui s’installe dans les esprits, surexpose le Président et alimente la combustion lente d’une sévère crise de régime.

Il est temps d’imprimer dans nos institutions l’esprit et la lettre des enseignements de Montesquieu en y intégrant, à leur place mais pas au-delà de leur place, les aspirations participatives de notre époque.

Gilles Savary est ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de progrès.

« Démocratie : Pour un Plan d’action européen « ( Dacian Ciolos)

« Démocratie : Pour un Plan d’action européen « ( Dacian Ciolos)

 

Dacian Ciolos député européen, président du groupe centriste estime dans l’Opinion que la démocratie en Europe est malade.

 

Tribune

 

 

Pour rester en bonne santé, nos démocraties doivent s’adapter : intégrer le numérique sans devenir virtuelles, encourager la participation et l’implication citoyenne sans devenir populiste, défendre la liberté de la presse et la liberté d’expression sans laisser le chaos prendre le pas sur l’information vérifiée, préserver un débat transparent et respectueux.

L’urgence à rénover nos pratiques démocratiques est pressante pour l’ensemble de nos démocraties, mais elle l’est encore plus pour l’Union européenne. Echelon le plus éloigné de la plupart de nos citoyens, plus que tout autre collectivité, elle doit apporter la preuve permanente de la légitimité de ses décisions, et éclairer le lien entre ses décisions et la vision d’un avenir commun à l’ensemble des Européens.

Quand l’Europe échoue, ses choix sont vite tournés en dérision ou accusés d’être non démocratiques, y compris au terme d’années de débat – parfois difficilement lisibles pour les citoyens

Quand elle échoue, ses choix sont vite tournés en dérision ici et là, ou accusés d’être non démocratiques, y compris au terme d’années de débat certes minutieux et prenant en compte les équilibres complexes d’une Europe diverse, mais aussi parfois opaques et difficilement lisibles pour les citoyens.

Le sursaut de participation aux dernières élections européennes montre l’intérêt grandissant pour l’Europe, en particulier celui de la jeune génération. Il montre à quel point le plan d’action pour la démocratie que vient de présenter la Commission est une opportunité de construire une nouvelle dynamique autour du projet européen, une dynamique alliant une grande démocratie représentative, s’appuyant pleinement sur le Parlement européen, à un engagement citoyen renforcé. C’est d’ailleurs pour cela que nous portons la Conférence sur l’avenir de l’Union européenne. Son succès dépendra de sa capacité à être largement ouverte à la participation citoyenne.

Les chantiers à ouvrir sont multiples. Bien entendu il faut se prémunir face à la Chine, la Russie, la Turquie, et malheureusement aussi à des forces politiques au sein même notre Union qui ont depuis longtemps intégré le potentiel des nouveaux outils du débat public pour affirmer des projets autoritaires. Ils sont passés maîtres dans l’organisation, chez eux, de simulacres de démocratie, et chez nous, maîtres de l’influence et de la manipulation de l’opinion. Le Brexit en est un triste exemple dont l’Europe, y compris le Royaume-Uni, se mordra les doigts encore longtemps.

Mais notre agenda pour la démocratie européenne ne doit pas être seulement défensif. Lutter contre la manipulation de l’information est absolument fondamental, mais se limiter à cela reviendrait à construire une digue fragile face à l’océan et à alimenter la défiance. Il convient au contraire de façon audacieuse d’affirmer dans notre société le rôle et la voix de chaque citoyen. Ne nous limitons pas à lutter contre la propagande, bâtissons aussi la démocratie de demain.

Dacian Ciolos est député européen, président du groupe centriste et libéral Renew Europe depuis 2019. Il est ancien Premier ministre de Roumanie. Sa chronique «Europa» est publiée en alternance avec celle de Manfred Weber, président du groupe PPE, chaque dimanche sur lopinion.fr et le lundi dans le journal.

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