Archive pour le Tag 'démocratie'

Société-Le déferlement des drogues douces et dures en Europe menace la démocratie

Société-Le déferlement des drogues douces et dures en Europe menace la démocratie


Les drogues douces ou durs ne cessent de se développer en Europe en même temps que la corruption qui pourrait affecter la police, la justice et au-delà la démocratie comme en Amérique du Sud par exemple. La France est particulièrement concernée par le phénomène
.

Pour les drogues douces, curieusement le Conseil d’État contre l’avis du gouvernement a autorisé la légalisation des fleurs de CBD. Récemment, c’est le Conseil économique et social environnemental qui a fait la proposition de légaliser le cannabis. On peut se demander sur quelle légitimité scientifique voire éthique s’appuient ces deux institutions.

En 2021, 47,3 % des adultes âgés de 18 à 64 ans déclarent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. L’usage actuel (usage dans l’année) concerne 10,6 % des 18-64 ans (14,2 % des hommes et 7,2 % des femmes).

Pour la cocaîne, La multiplication par cinq de la consommation en Europe n’a pas que des conséquences sur la santé publique. À terme, les trafics déstabilisent les États, corrompent les politiques et les policiers.

En France, en l’an 2000, 0,3 % de la population était consommatrice régulière de cocaïne, selon l’observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Aujourd’hui, c’est 1,6 % de la population française qui consomme au moins une fois par mois de la cocaïne. Pour toutes ces raisons, les cartels mexicains et colombiens se détournent actuellement des États-Unis pour s’attaquer à un marché en plein essor : l’Europe. Dans le premier port européen, Anvers, les saisies sont passées de 16 tonnes en 2015 à 110 en 2022, battant des records d’années en années. À Orly, les vols depuis la Guyane sont devenus le premier point d’entrée aérien de cette drogue. Et pour toutes ces raisons, plusieurs pressentent que l’Europe est en train de ravir sa place de premier marché mondial de la cocaïne aux États-Unis, une première historique.

Le chiffre d’affaires mondial de l’ensemble des drogues serait de l’ordre de 250 milliards !

Le neurologue Grégoire Hinzelin rappelle les effets du cannabis sur le cerveau.

Interview sur le site « la Vie »
Quand quelqu’un fume du cannabis, quels sont les effets sur son cerveau ?

Lorsqu’on fume un joint, le psychotrope absorbé provoque une accélération du fonctionnement électrique du cerveau, et donc un effet d’anxiolyse, c’est-à-dire réduisant l’anxiété. Cela produit une désinhibition, exactement comme l’alcool. L’anxiolyse et l’euphorie qui en découle sont parmi les mécanismes qui provoquent la dépendance. Une consommation très épisodique n’aura pas particulièrement de conséquence à long terme, à part en ce qui concerne les accidents qui peuvent se dérouler à l’occasion de la période où le consommateur est sous l’emprise du cannabis. Exactement comme l’alcool, une énorme cuite n’aura en général aucun impact à long terme sur la santé, contrairement à une consommation trop fréquente.

Et sur le long terme, qu’observe-t-on dans le cerveau des consommateurs de cannabis ?

Une dégradation se manifeste de diverses façons. De manière générale, le principal aspect est l’augmentation du trouble de la mémoire, de la concentration, et parfois – plus grave – une augmentation des troubles psychiatriques. Apparaissent des crises de démence d’origine vasculaire (désorientation permanente, incapacité à ordonner ses pensées…) ou des démences cortico-souscorticales, c’est-à-dire des problèmes de mémoire graves, qui s’apparentent à un léger Alzheimer prématuré qui se manifeste parfois dès 40 ans.

Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie.
Il y a aussi un risque très important de bouffées délirantes aiguës, qui arrivent à des consommateurs qui souvent n’ont jamais connu de troubles psychiques avant et qui se mettent à adopter des comportements incohérents et irrationnels le temps de la crise. Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie. En revanche, il y a débat dans la communauté scientifique entre ceux qui affirment que le cannabis ne fait que dévoiler et rendre active une schizophrénie préexistante et ceux qui défendent l’idée que le cannabis crée la schizophrénie sans que le consommateur n’y soit prédisposé. La question est là : la schizophrénie provoquée par le cannabis est-elle innée ou acquise ? Il nous faudra encore 10 ou 15 ans pour le savoir.

Il faut en outre distinguer les troubles liés à la consommation et à la drogue elle-même. La consommation de cannabis à long terme peut être un facteur d’isolement social, et la dépression peut découler de cette dépendance et de ses effets indirects.

Y a-t-il une évolution du contenu de ce que fument le consommateurs de cannabis au fil des ans ?

Les joints qui étaient fumés en mai 1968 présentaient déjà un risque et contenaient 2 à 3% de THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance active du cannabis). Aujourd’hui, une boulette de résine en contient bien plus, montant parfois jusqu’à 40% de THC ! Une telle dose dans un joint est encore plus puissante qu’un rail de cocaïne. C’est tout l’ennui : quand un consommateur va se procurer du cannabis, il ne sait pas quelle dose de THC il s’apprête à consommer, et c’est souvent énorme. C’est comme si vous vouliez acheter de l’alcool dans un magasin, et que vous ne saviez pas si vous venez acheter une bouteille de cidre ou trois bouteilles de whisky. Et quand on s’habitue à de telles doses de cannabis, on glisse vite sur la pente qui mène à la consommation de drogues dites « plus dures », comme la cocaïne

Le déferlement des drogues douces et dures en Europe menace la démocratie

Le déferlement des drogues douces et dures en Europe menace la démocratie


Les drogues douces ou durs ne cessent de se développer en Europe en même temps que la corruption qui pourrait affecter la police, la justice et au-delà la démocratie comme en Amérique du Sud par exemple. La France est particulièrement concernée par le phénomène
.

Pour les drogues douces, curieusement le Conseil d’État contre l’avis du gouvernement a autorisé la légalisation des fleurs de CBD. Récemment, c’est le Conseil économique et social environnemental qui a fait la proposition de légaliser le cannabis. On peut se demander sur quelle légitimité scientifique voire éthique s’appuient ces deux institutions.

En 2021, 47,3 % des adultes âgés de 18 à 64 ans déclarent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. L’usage actuel (usage dans l’année) concerne 10,6 % des 18-64 ans (14,2 % des hommes et 7,2 % des femmes).

Pour la cocaîne, La multiplication par cinq de la consommation en Europe n’a pas que des conséquences sur la santé publique. À terme, les trafics déstabilisent les États, corrompent les politiques et les policiers.

En France, en l’an 2000, 0,3 % de la population était consommatrice régulière de cocaïne, selon l’observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Aujourd’hui, c’est 1,6 % de la population française qui consomme au moins une fois par mois de la cocaïne. Pour toutes ces raisons, les cartels mexicains et colombiens se détournent actuellement des États-Unis pour s’attaquer à un marché en plein essor : l’Europe. Dans le premier port européen, Anvers, les saisies sont passées de 16 tonnes en 2015 à 110 en 2022, battant des records d’années en années. À Orly, les vols depuis la Guyane sont devenus le premier point d’entrée aérien de cette drogue. Et pour toutes ces raisons, plusieurs pressentent que l’Europe est en train de ravir sa place de premier marché mondial de la cocaïne aux États-Unis, une première historique.

Le chiffre d’affaires mondial de l’ensemble des drogues serait de l’ordre de 250 milliards !

Le neurologue Grégoire Hinzelin rappelle les effets du cannabis sur le cerveau.

Interview sur le site « la Vie »
Quand quelqu’un fume du cannabis, quels sont les effets sur son cerveau ?

Lorsqu’on fume un joint, le psychotrope absorbé provoque une accélération du fonctionnement électrique du cerveau, et donc un effet d’anxiolyse, c’est-à-dire réduisant l’anxiété. Cela produit une désinhibition, exactement comme l’alcool. L’anxiolyse et l’euphorie qui en découle sont parmi les mécanismes qui provoquent la dépendance. Une consommation très épisodique n’aura pas particulièrement de conséquence à long terme, à part en ce qui concerne les accidents qui peuvent se dérouler à l’occasion de la période où le consommateur est sous l’emprise du cannabis. Exactement comme l’alcool, une énorme cuite n’aura en général aucun impact à long terme sur la santé, contrairement à une consommation trop fréquente.

Et sur le long terme, qu’observe-t-on dans le cerveau des consommateurs de cannabis ?

Une dégradation se manifeste de diverses façons. De manière générale, le principal aspect est l’augmentation du trouble de la mémoire, de la concentration, et parfois – plus grave – une augmentation des troubles psychiatriques. Apparaissent des crises de démence d’origine vasculaire (désorientation permanente, incapacité à ordonner ses pensées…) ou des démences cortico-souscorticales, c’est-à-dire des problèmes de mémoire graves, qui s’apparentent à un léger Alzheimer prématuré qui se manifeste parfois dès 40 ans.

Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie.
Il y a aussi un risque très important de bouffées délirantes aiguës, qui arrivent à des consommateurs qui souvent n’ont jamais connu de troubles psychiques avant et qui se mettent à adopter des comportements incohérents et irrationnels le temps de la crise. Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie. En revanche, il y a débat dans la communauté scientifique entre ceux qui affirment que le cannabis ne fait que dévoiler et rendre active une schizophrénie préexistante et ceux qui défendent l’idée que le cannabis crée la schizophrénie sans que le consommateur n’y soit prédisposé. La question est là : la schizophrénie provoquée par le cannabis est-elle innée ou acquise ? Il nous faudra encore 10 ou 15 ans pour le savoir.

Il faut en outre distinguer les troubles liés à la consommation et à la drogue elle-même. La consommation de cannabis à long terme peut être un facteur d’isolement social, et la dépression peut découler de cette dépendance et de ses effets indirects.

Y a-t-il une évolution du contenu de ce que fument le consommateurs de cannabis au fil des ans ?

Les joints qui étaient fumés en mai 1968 présentaient déjà un risque et contenaient 2 à 3% de THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance active du cannabis). Aujourd’hui, une boulette de résine en contient bien plus, montant parfois jusqu’à 40% de THC ! Une telle dose dans un joint est encore plus puissante qu’un rail de cocaïne. C’est tout l’ennui : quand un consommateur va se procurer du cannabis, il ne sait pas quelle dose de THC il s’apprête à consommer, et c’est souvent énorme. C’est comme si vous vouliez acheter de l’alcool dans un magasin, et que vous ne saviez pas si vous venez acheter une bouteille de cidre ou trois bouteilles de whisky. Et quand on s’habitue à de telles doses de cannabis, on glisse vite sur la pente qui mène à la consommation de drogues dites « plus dures », comme la cocaïne

Société-La déferlante des drogues douces et dures en Europe menace la démocratie

Société-La déferlante des drogues douces et dures en Europe menace la démocratie


Les drogues douces ou durs ne cessent de se développer en Europe en même temps que la corruption qui pourrait affecter la police, la justice et au-delà la démocratie comme en Amérique du Sud par exemple. La France est particulièrement concernée par le phénomène
.

Pour les drogues douces, curieusement le Conseil d’État contre l’avis du gouvernement a autorisé la légalisation des fleurs de CBD. Récemment, c’est le Conseil économique et social environnemental qui a fait la proposition de légaliser le cannabis. On peut se demander sur quelle légitimité scientifique voire éthique s’appuient ces deux institutions.

En 2021, 47,3 % des adultes âgés de 18 à 64 ans déclarent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. L’usage actuel (usage dans l’année) concerne 10,6 % des 18-64 ans (14,2 % des hommes et 7,2 % des femmes).

Pour la cocaîne, La multiplication par cinq de la consommation en Europe n’a pas que des conséquences sur la santé publique. À terme, les trafics déstabilisent les États, corrompent les politiques et les policiers.

En France, en l’an 2000, 0,3 % de la population était consommatrice régulière de cocaïne, selon l’observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Aujourd’hui, c’est 1,6 % de la population française qui consomme au moins une fois par mois de la cocaïne. Pour toutes ces raisons, les cartels mexicains et colombiens se détournent actuellement des États-Unis pour s’attaquer à un marché en plein essor : l’Europe. Dans le premier port européen, Anvers, les saisies sont passées de 16 tonnes en 2015 à 110 en 2022, battant des records d’années en années. À Orly, les vols depuis la Guyane sont devenus le premier point d’entrée aérien de cette drogue. Et pour toutes ces raisons, plusieurs pressentent que l’Europe est en train de ravir sa place de premier marché mondial de la cocaïne aux États-Unis, une première historique.

Le chiffre d’affaires mondial de l’ensemble des drogues serait de l’ordre de 250 milliards !

Le neurologue Grégoire Hinzelin rappelle les effets du cannabis sur le cerveau.

Interview sur le site « la Vie »
Quand quelqu’un fume du cannabis, quels sont les effets sur son cerveau ?

Lorsqu’on fume un joint, le psychotrope absorbé provoque une accélération du fonctionnement électrique du cerveau, et donc un effet d’anxiolyse, c’est-à-dire réduisant l’anxiété. Cela produit une désinhibition, exactement comme l’alcool. L’anxiolyse et l’euphorie qui en découle sont parmi les mécanismes qui provoquent la dépendance. Une consommation très épisodique n’aura pas particulièrement de conséquence à long terme, à part en ce qui concerne les accidents qui peuvent se dérouler à l’occasion de la période où le consommateur est sous l’emprise du cannabis. Exactement comme l’alcool, une énorme cuite n’aura en général aucun impact à long terme sur la santé, contrairement à une consommation trop fréquente.

Et sur le long terme, qu’observe-t-on dans le cerveau des consommateurs de cannabis ?

Une dégradation se manifeste de diverses façons. De manière générale, le principal aspect est l’augmentation du trouble de la mémoire, de la concentration, et parfois – plus grave – une augmentation des troubles psychiatriques. Apparaissent des crises de démence d’origine vasculaire (désorientation permanente, incapacité à ordonner ses pensées…) ou des démences cortico-souscorticales, c’est-à-dire des problèmes de mémoire graves, qui s’apparentent à un léger Alzheimer prématuré qui se manifeste parfois dès 40 ans.

Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie.
Il y a aussi un risque très important de bouffées délirantes aiguës, qui arrivent à des consommateurs qui souvent n’ont jamais connu de troubles psychiques avant et qui se mettent à adopter des comportements incohérents et irrationnels le temps de la crise. Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie. En revanche, il y a débat dans la communauté scientifique entre ceux qui affirment que le cannabis ne fait que dévoiler et rendre active une schizophrénie préexistante et ceux qui défendent l’idée que le cannabis crée la schizophrénie sans que le consommateur n’y soit prédisposé. La question est là : la schizophrénie provoquée par le cannabis est-elle innée ou acquise ? Il nous faudra encore 10 ou 15 ans pour le savoir.

Il faut en outre distinguer les troubles liés à la consommation et à la drogue elle-même. La consommation de cannabis à long terme peut être un facteur d’isolement social, et la dépression peut découler de cette dépendance et de ses effets indirects.

Y a-t-il une évolution du contenu de ce que fument le consommateurs de cannabis au fil des ans ?

Les joints qui étaient fumés en mai 1968 présentaient déjà un risque et contenaient 2 à 3% de THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance active du cannabis). Aujourd’hui, une boulette de résine en contient bien plus, montant parfois jusqu’à 40% de THC ! Une telle dose dans un joint est encore plus puissante qu’un rail de cocaïne. C’est tout l’ennui : quand un consommateur va se procurer du cannabis, il ne sait pas quelle dose de THC il s’apprête à consommer, et c’est souvent énorme. C’est comme si vous vouliez acheter de l’alcool dans un magasin, et que vous ne saviez pas si vous venez acheter une bouteille de cidre ou trois bouteilles de whisky. Et quand on s’habitue à de telles doses de cannabis, on glisse vite sur la pente qui mène à la consommation de drogues dites « plus dures », comme la cocaïne

Or, la multiplication par cinq de la consommation en Europe n’a pas que des conséquences sur la santé publique. À terme, les trafics déstabilisent les États, corrompent les politiques et les policiers. Si l’on se fie à ce que l’on voit au Mexique, les trafics peuvent faire d’un pays un véritable enfer. La cocaïne génère en effet des sommes colossales, largement supérieures aux budgets que les États peuvent allouer à la lutte contre son trafic. Ces montants astronomiques que produisent les trafiquants servent en premier lieu à corrompre les autorités portuaires, policières, politiques, etc. Le directeur du centre opérationnel d’analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants, Sjoerd Top interrogé par Le Point, était très clair sur ce point : «De plus en plus de membres des autorités judiciaires et politiques sont corrompus en Europe occidentale. La cocaïne génère tellement d’argent qu’elle représente une menace pour les démocraties européennes.»

La déferlante des drogues douces et dures en Europe menace la démocratie

La déferlante des drogues douces et dures en Europe menace la démocratie

Les drogues douces ou durs ne cessent de se développer en Europe en même temps que la corruption qui pourrait affecter la police, la justice et au-delà la démocratie comme en Amérique du Sud par exemple. La France est particulièrement concernée par le phénomène.

Pour les drogues douces, curieusement le Conseil d’État contre l’avis du gouvernement a autorisé la légalisation des fleurs de CBD. Récemment, c’est le Conseil économique et social environnemental qui a fait la proposition de légaliser le cannabis. On peut se demander sur quelle légitimité scientifique voire éthique s’appuient ces deux institutions.

En 2021, 47,3 % des adultes âgés de 18 à 64 ans déclarent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. L’usage actuel (usage dans l’année) concerne 10,6 % des 18-64 ans (14,2 % des hommes et 7,2 % des femmes).

Pour la cocaîne, La multiplication par cinq de la consommation en Europe n’a pas que des conséquences sur la santé publique. À terme, les trafics déstabilisent les États, corrompent les politiques et les policiers.

En France, en l’an 2000, 0,3 % de la population était consommatrice régulière de cocaïne, selon l’observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Aujourd’hui, c’est 1,6 % de la population française qui consomme au moins une fois par mois de la cocaïne. Pour toutes ces raisons, les cartels mexicains et colombiens se détournent actuellement des États-Unis pour s’attaquer à un marché en plein essor : l’Europe. Dans le premier port européen, Anvers, les saisies sont passées de 16 tonnes en 2015 à 110 en 2022, battant des records d’années en années. À Orly, les vols depuis la Guyane sont devenus le premier point d’entrée aérien de cette drogue. Et pour toutes ces raisons, plusieurs pressentent que l’Europe est en train de ravir sa place de premier marché mondial de la cocaïne aux États-Unis, une première historique.

Le chiffre d’affaires mondial de l’ensemble des drogues serait de l’ordre de 250 milliards !

Le neurologue Grégoire Hinzelin rappelle les effets du cannabis sur le cerveau.

Interview sur le site « la Vie »
Quand quelqu’un fume du cannabis, quels sont les effets sur son cerveau ?

Lorsqu’on fume un joint, le psychotrope absorbé provoque une accélération du fonctionnement électrique du cerveau, et donc un effet d’anxiolyse, c’est-à-dire réduisant l’anxiété. Cela produit une désinhibition, exactement comme l’alcool. L’anxiolyse et l’euphorie qui en découle sont parmi les mécanismes qui provoquent la dépendance. Une consommation très épisodique n’aura pas particulièrement de conséquence à long terme, à part en ce qui concerne les accidents qui peuvent se dérouler à l’occasion de la période où le consommateur est sous l’emprise du cannabis. Exactement comme l’alcool, une énorme cuite n’aura en général aucun impact à long terme sur la santé, contrairement à une consommation trop fréquente.

Et sur le long terme, qu’observe-t-on dans le cerveau des consommateurs de cannabis ?

Une dégradation se manifeste de diverses façons. De manière générale, le principal aspect est l’augmentation du trouble de la mémoire, de la concentration, et parfois – plus grave – une augmentation des troubles psychiatriques. Apparaissent des crises de démence d’origine vasculaire (désorientation permanente, incapacité à ordonner ses pensées…) ou des démences cortico-souscorticales, c’est-à-dire des problèmes de mémoire graves, qui s’apparentent à un léger Alzheimer prématuré qui se manifeste parfois dès 40 ans.

Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie.
Il y a aussi un risque très important de bouffées délirantes aiguës, qui arrivent à des consommateurs qui souvent n’ont jamais connu de troubles psychiques avant et qui se mettent à adopter des comportements incohérents et irrationnels le temps de la crise. Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie. En revanche, il y a débat dans la communauté scientifique entre ceux qui affirment que le cannabis ne fait que dévoiler et rendre active une schizophrénie préexistante et ceux qui défendent l’idée que le cannabis crée la schizophrénie sans que le consommateur n’y soit prédisposé. La question est là : la schizophrénie provoquée par le cannabis est-elle innée ou acquise ? Il nous faudra encore 10 ou 15 ans pour le savoir.

Il faut en outre distinguer les troubles liés à la consommation et à la drogue elle-même. La consommation de cannabis à long terme peut être un facteur d’isolement social, et la dépression peut découler de cette dépendance et de ses effets indirects.

Y a-t-il une évolution du contenu de ce que fument le consommateurs de cannabis au fil des ans ?

Les joints qui étaient fumés en mai 1968 présentaient déjà un risque et contenaient 2 à 3% de THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance active du cannabis). Aujourd’hui, une boulette de résine en contient bien plus, montant parfois jusqu’à 40% de THC ! Une telle dose dans un joint est encore plus puissante qu’un rail de cocaïne. C’est tout l’ennui : quand un consommateur va se procurer du cannabis, il ne sait pas quelle dose de THC il s’apprête à consommer, et c’est souvent énorme. C’est comme si vous vouliez acheter de l’alcool dans un magasin, et que vous ne saviez pas si vous venez acheter une bouteille de cidre ou trois bouteilles de whisky. Et quand on s’habitue à de telles doses de cannabis, on glisse vite sur la pente qui mène à la consommation de drogues dites « plus dures », comme la cocaïne

Or, la multiplication par cinq de la consommation en Europe n’a pas que des conséquences sur la santé publique. À terme, les trafics déstabilisent les États, corrompent les politiques et les policiers. Si l’on se fie à ce que l’on voit au Mexique, les trafics peuvent faire d’un pays un véritable enfer. La cocaïne génère en effet des sommes colossales, largement supérieures aux budgets que les États peuvent allouer à la lutte contre son trafic. Ces montants astronomiques que produisent les trafiquants servent en premier lieu à corrompre les autorités portuaires, policières, politiques, etc. Le directeur du centre opérationnel d’analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants, Sjoerd Top interrogé par Le Point, était très clair sur ce point : «De plus en plus de membres des autorités judiciaires et politiques sont corrompus en Europe occidentale. La cocaïne génère tellement d’argent qu’elle représente une menace pour les démocraties européennes.»

Afrique : De la démocratie à la dictature militaire soutenue par les Russes !

Afrique : De la démocratie à la dictature militaire soutenue par les Russes !


L’Afrique est actuellement travaillée par le retour à la dictature qui permet aux militaires de reprendre le pouvoir et en même temps de mettre la main sur les richesses nationales. Un modèle soutenu souvent par les Russes qui ainsi peuvent déstabiliser une région très fragile sur le plan politique, économique et social tout en s’appropriant aussi les ressources potentielles. La démocratie pourrait être confisquée pendant longtemps avec les méthodes russes qui vont également aliéner les populations et accentuer la pauvreté ( comme en Russie). Cinq pays d’Afrique ont dernièrement connu des putschs militaires couronnés de succès. Dans aucun d’entre eux, le retour à l’ordre constituionnel n’est garanti, loin de là. Par Thierry Vircoulon, Université Paris Cité

Depuis 2020, une étonnante épidémie de putschs (cinq en deux ans) a frappé la zone comprise entre les 10e et le 20e parallèles nord, qui va du Soudan à la Guinée. De Khartoum à Conakry, des militaires ont pris le pouvoir entre 2020 et 2022 et entendent y rester. Niger mis à part, cette bande est ainsi devenue la « bande des juntes ».

Analyse d’une tendance qui, malgré les promesses des putschistes, n’annonce nullement l’avènement – ou la restauration – de la démocratie dans les pays concernés.
Putschs de guerre, putschs de paix et putsch consenti
Commençons par un bref rappel des événements.

• Au Mali, le 18 août 2020, le colonel Assimi Goïta a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, au pouvoir depuis 2013. En mai 2021, le colonel Assimi Goïta a démis et remplacé le président de la transition, Bah N’Daw.
• Au Tchad, le 21 avril 2021, le général Mahamat Déby a succédé avec l’appui d’un Conseil militaire de transition (CMT) à son père tué en pleine opération militaire.
• En Guinée, le 5 septembre 2021, le colonel Doumbouya a renversé le président Alpha Condé réélu depuis 2010.
• Au Soudan, le 25 octobre 2021, le général Abdel Fatah al-Burhane a fait un putsch au sein de la transition ouverte par la chute du régime d’el-Béchir en 2019 en mettant fin au gouvernement civilo-militaire et en arrêtant le premier ministre Hamdok, en poste depuis 2019.
• Au Burkina Faso, le 24 janvier 2022, le colonel Damiba a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré élu depuis 2015. En octobre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a démis et remplacé le lieutenant-colonel Damiba.

Bien que tous ces pays aient une longue histoire de pouvoirs militaires, il faut distinguer, dans cette succession de coups de force, les « putschs de guerre », les « putschs de paix » et le putsch consenti tchadien. Les premiers (Mali et Burkina Faso) sont motivés par la défaite progressive face aux groupes djihadistes et le mécontentement consécutif des militaires vis-à-vis du pouvoir civil.
Les noms que se sont donnés les putschistes au Burkina Faso (Comité national pour le salut du peuple, CNSP) et au Mali (Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration, MPSR) illustrent leur motivation : prendre les rênes de la guerre pour sauver le pays face à ses ennemis.

Parmi ces cinq coups d’État, le Tchad est un cas particulier car il peut être qualifié de putsch consenti. En effet, il n’y a pas eu de renversement du pouvoir, mais une succession familiale anticonstitutionnelle dans laquelle l’oligarchie militaire a joué un rôle-clé.

Après le décès inattendu du président Déby, le président de l’Assemblée nationale Haroun Kabadi a renoncé à être président par intérim comme le prévoyait la Constitution, au profit d’un des fils de Déby et d’un groupe de généraux (Conseil militaire de transition, CMT). Dans la mesure où les protestations ont été minoritaires et vite réprimées, la succession militaro-dynastique a été consentie par la majorité de la classe politique, y compris des figures historiques de l’opposition.

Quant aux « putschistes de paix » (Guinée, Soudan), ils ont – de même qu’au Tchad – pris le pouvoir pour préserver des intérêts, avant tout ceux de l’armée. Au Soudan, la transition prenait une direction dangereuse pour l’oligarchie militaire, le comité de démantèlement du régime d’Omar el-Béchir commençant à s’intéresser de près à son empire économique. Le putsch a donc mis un coup d’arrêt à la « débachirisation » du pays et s’est traduit par le retour aux affaires de plusieurs fidèles d’el-Béchir.

Au Tchad, le demi-putsch visait la conservation du pouvoir par le groupe militaro-clanique qui soutenait Idriss Déby. En Guinée, si le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a justifié son putsch par la nécessité de « fonder une nation et de bâtir un État », il représente aussi et surtout des intérêts particuliers à l’intérieur des forces de sécurité. Dans ces trois pays, des mesures salariales en faveur des forces de sécurité ont d’ailleurs rapidement été ordonnées par les nouveaux dirigeants.

Ces juntes ne sont pas uniformes. En revanche, elles ont toutes la même stratégie pour résister à un retour rapide à l’ordre constitutionnel, qui est une demande à la fois interne (partis politiques, organisations de la société civile) et externe (Cédéao, Union africaine, UE, ONU, etc.).

Les juntes font des concessions cosmétiques et gagnent du temps en retardant l’application du schéma habituel de retour à l’ordre constitutionnel. Élaboré au fil des nombreuses transitions en Afrique (Tchad 1993-1997, République démocratique du Congo 2003-2006, Centrafrique 2014-2016, etc.), ce schéma prévoit l’inéligibilité des dirigeants des gouvernements de transition et trois étapes politiques :
• Un dialogue national. Il permet généralement de créer un consensus sur les principes de la future Constitution et de l’organisation des élections.
• Une nouvelle Constitution. Elle est généralement validée par un référendum.
• Des élections présidentielle et législatives. La mise en place d’un gouvernement et d’un Parlement élus au suffrage universel clôture la transition.
Pour l’heure, seules les autorités maliennes, tchadiennes et guinéennes ont franchi la première étape. Encore ont-elles mis un an pour organiser un dialogue national qui a été en partie boycotté et qui a abouti, au Tchad, à une répression violente.

Au Soudan, la tentative d’organiser un dialogue entre militaires et civils a échoué au printemps 2022 pour réussir en décembre. Dans tous les pays, les putschistes ont refusé l’idée d’une transition courte (entre six et dix-huit mois selon les pays) voulue par la Cédéao et l’UA. La perspective d’élections en 2022 s’est donc rapidement éloignée et, après de longues négociations, les pouvoirs putschistes ont fini par accepter une transition en deux ans.

Théoriquement, toutes ces transitions militaires devraient donc s’achever par des élections en 2024. Si cette date est respectée, seul le Burkina Faso aura connu une transition de deux ans, et les autres putschistes seront restés au pouvoir trois ou quatre ans avant l’échéance électorale. Ils auront donc réussi à imposer des transitions longues, décrocher quelques années de pouvoir et, pour certains d’entre eux (Tchad, Mali, Soudan), refuser le principe de l’inéligibilité des dirigeants des juntes aux prochaines échéances électorales. Dans ces trois pays, l’installation des putschistes aux commandes du pays pendant plusieurs années et la possibilité de se présenter aux élections ne laissent guère de doutes sur leur intention de conserver le pouvoir après la transition.
En outre, quelques concessions secondaires des juntes permettent d’atténuer les pressions internes et externes. En supprimant le CMT à la fin 2022, Mahamat Deby a donné la fausse impression d’une démilitarisation de la transition et, avec l’accord de décembre 2022, le général Abdel Fatah al-Burhane rend possible le retour à un gouvernement civilo-militaire de transition au Soudan en 2023.

Même si les juntes promettent toutes le retour à l’ordre constitutionnel, le chemin de la transition est semé d’embûches.
Les élections sont hypothéquées au Mali et au Burkina Faso par la situation sécuritaire. Tant qu’une majeure partie du territoire national restera inaccessible aux forces armées et aux fonctionnaires, organiser des élections et mener une campagne électorale sera irréaliste. Le Soudan, où les conflits se multiplient dans un climat politique confus, peut aussi être forcé de reporter les élections pour des raisons d’insécurité.

Par ailleurs, outre l’assaut de rébellions agressives, deux menaces planent sur ces transitions militaires : le putsch dans le putsch (comme ceux qui ont eu lieu au Mali en mai 2021 et au Burkina Faso en octobre 2022), et la contestation populaire.

D’autres coups de force entre militaires sont envisageables car l’appareil sécuritaire des cinq juntes considérées est travaillé par des rivalités de groupes et de personnes que le marasme sécuritaire et économique ne fait qu’accentuer. Pour les putschistes, l’état de grâce a été de courte durée car leur base sociale est réduite, la situation socio-économique s’aggrave et, au Mali et au Burkina Faso, les juntes sont incapables de concrétiser leur promesse de retour de la sécurité.

L’acceptation populaire des juntes étant essentiellement fondée sur le discrédit des pouvoirs précédents et l’espoir d’une amélioration sécuritaire et socio-économique, le désenchantement peut aisément se transformer en mobilisations contestataires. Alors qu’en Guinée le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) interdit en août 2022 exprime le désenchantement vis-à-vis de la junte, qu’au Soudan les comités de résistance ayant fait tomber le régime d’el-Béchir restent mobilisés contre le pouvoir militaire et qu’au Mali la junte est ouvertement critiquée, le gouvernement de transition tchadien a déjà été menacé par la rue et par des militaires mécontents.

Enfin, si les juntes réussissent à se maintenir, elles organiseront des élections dans des scènes politiques nationales sinistrées. Dans ces cinq pays, la société civile est épuisée et affaiblie, la classe politique est discréditée, l’opposition est incapable de s’unir et peine à se renouveler, et le paysage politique est fragmenté à l’extrême (le Tchad, le Burkina Faso et la Guinée comptent chacun environ 200 partis). Les élections prévues en 2024 se joueront entre des forces politiques probablement divisées, à court de moyens et d’idées et face à des électeurs appauvris et mécontents.
Pour les putschistes qui sont au pouvoir et entendent y rester, ces scrutins constitueront l’occasion idéale d’être légitimés par les urnes – même en recourant à la fraude électorale. Alors qu’en Afrique de l’Ouest, les transitions des années 1990 ont ouvert la voie vers la démocratie, les transitions militaires actuelles inaugurent une nouvelle période d’instabilité et risquent fort d’aboutir à des régimes pseudo-civils où les militaires conserveront plus ou moins discrètement l’essentiel du pouvoir.
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Par Thierry Vircoulon, Coordinateur de l’Observatoire pour l’Afrique centrale et australe de l’Institut Français des Relations Internationales, membre du Groupe de Recherche sur l’Eugénisme et le Racisme, Université Paris Cité
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

La démocratie illibérale : un concept contradictoire

La démocratie illibérale : un concept contradictoire  

Par Raphaël Demias-Morisset, Attaché temporaire d’enseignement et recherche en science politique, Université de Bordeaux dans The conversation 

Depuis quelques années, il est difficile d’ignorer le succès connu par le « concept » de démocratie illibérale. Tant dans la presse, que dans les discours politiques ou les articles scientifiques, ce concept fait l’objet de critiques et d’appropriations en raison de sa nature polémique.

Il doit son succès à son utilisation par des acteurs politiques et médiatiques de premier plan, les plus connus étant Fareed Zakaria, universitaire américain et journaliste à CNN et Viktor Orban, premier ministre hongrois réélu pour la troisième fois en 2022. Ce succès médiatique cache pourtant de nombreuses incohérences, qui n’ont pas manqué d’être relevées dans plusieurs travaux et qui viennent relativiser l’opposition entre les partisans de la démocratie illibérale et ses « adversaires ».

Contrairement à ce qui est souvent affirmé, le concept de démocratie illibérale n’a pas été employé le premier par Fareed Zakaria, puisque le terme était utilisé dans la littérature scientifique s’intéressant aux transitions démocratiques dans les années 1990. Ce concept est sorti de sa confidentialité académique suite à la publication d’un article puis d’un ouvrage de Fareed Zakaria en 1997 et en 2001. Ce succès peut largement être imputé à la nature pamphlétaire des travaux de Fareed Zakaria, qui visent à mettre en garde le monde contre les dangers de la démocratie :

« La démocratie sans le libéralisme constitutionnel n’est pas simplement insuffisante : elle est dangereuse, source d’érosion des libertés, d’abus de pouvoir. »

Il convient selon lui de s’assurer que la démocratie ne se transforme pas en régime illibéral.

Or c’est précisément le souhait qui fut émis par Viktor Orban lors des vœux adressés après sa réélection de 2014 :

« La nation hongroise n’est pas seulement une agrégation d’individus, mais une communauté qui doit être organisée, renforcée et construite. En ce sens, le nouvel État que nous construisons en Hongrie est un État illibéral, et pas libéral Bien que rien n’indique que Viktor Orban ait revendiqué la démocratie illibérale en référence à l’ouvrage de Fareed Zakaria, cette appropriation a fait de ce concept un véritable référent politique, tant sur le plan national qu’international. On trouve ainsi des références critiques à l’illibéralisme dans les discours d’Emmanuel Macron, dans des documents officiels de l’OTAN et de l’Union européenne, et des références positives à l’illibéralisme dans les articles et discours d’Éric Zemmour.

Le concept de démocratie illibérale a donc pour particularité de convenir autant à ses opposants qu’à ses partisans, ce qui peut sembler paradoxal puisqu’il s’agit à l’origine d’un terme critique et disqualifiant. La place croissante de la démocratie illibérale dans la sphère politique fait de sa définition un enjeu important, qui soulève plusieurs problèmes. En effet, définir le concept de démocratie illibérale implique de définir au préalable la démocratie et le libéralisme, qui sont des « concepts essentiellement contestés », c’est-à-dire des concepts dont la définition ne fait pas l’objet d’un consensus en raison de leurs caractéristiques propres et de leur importance idéologique.

 

La pertinence même du concept de démocratie illibérale fait ainsi l’objet de débats importants au sein de la littérature spécialisée, parce qu’il repose sur une définition de la démocratie particulièrement contestable et limitée. En effet, le seul élément « démocratique » de la démocratie illibérale est le mécanisme électif. Or la seule présence d’élections ne permet pas de distinguer régimes autoritaires et démocratiques. Pour que des élections puissent être compatibles avec la démocratie, ces dernières doivent également être libres et équitables ; ce qui implique nécessairement l’ajout d’autres critères plus exigeants qui font l’objet de débats entre partisans et opposants de la démocratie illibérale.

Néanmoins, on peut constater que les deux camps s’accordent sur le caractère démocratique du mécanisme électif en lui-même. Pourtant, ce sont les libéraux qui défendent le gouvernement représentatif contre la démocratie depuis les révolutions française et américaine. Paradoxalement, les partisans de l’illibéralisme défendent donc une conception « libérale » de la démocratie, car cette dernière est réduite à une forme procédurale minimaliste.

Pour aller plus loin, il est également nécessaire d’interroger les conceptions du libéralisme des partisans et opposants de la démocratie illibérale. A priori, les opposants de la démocratie illibérale comme Fareed Zakaria définissent le libéralisme de façon classique. Le libéralisme signifie pour eux l’existence d’un état de droit, la limitation du rôle de l’État et la préservation des libertés individuelles vis-à-vis de la tyrannie de la majorité.

De façon moins conventionnelle, le libéralisme est également associé étroitement au capitalisme et au marché libre dérégulé. Dans cette conception, l’apologie du libéralisme constitutionnel et de la séparation des pouvoirs contre les dangers de la démocratie totalitaire reste subordonnée à la promulgation du marché et du développement économique : l’état de droit existe surtout pour préserver les droits économiques comme le droit de propriété.

Il s’ensuit que pour Fareed Zakaria l’autoritarisme libéral est jugé préférable à la démocratie illibérale. Un tel régime est plus favorable à la croissance économique et au capitalisme ; ce n’est d’ailleurs pas vraiment une dictature si le libéralisme (économique) est préservé.

Cette définition du libéralisme a pour conséquence de rendre le concept d’illibéralisme incohérent, puisqu’un régime autoritaire peut être qualifié de « libéral » et de conforme au libéralisme constitutionnel en fonction de son adhésion au libéralisme économique, et non en fonction de son respect du pluralisme ou de la séparation des pouvoirs, puisque la liberté politique n’est plus considérée comme une liberté « individuelle » première. On peut d’ailleurs noter que la Pologne et la Hongrie sont les anciens meilleurs élèves d’une transition postcommuniste pensée selon ce modèle, qui privilégie l’exportation du marché sur la démocratie.

La conception du libéralisme des opposants à la démocratie illibérale crée donc un nouveau paradoxe qui vient relativiser l’opposition entre partisans et opposants à la démocratie illibérale. En effet, pour Fareed Zakaria l’archétype du « bon » régime libéral est Singapour. L’admiration de Fareed Zakaria pour le régime singapourien et son architecte – Lee Kuan Yew – a ainsi fait l’objet de développements continus depuis 1994.

Bien qu’il admette qu’il s’agisse d’un autoritarisme modéré, ce dernier remet en question le qualificatif de « dictature » pour qualifier l’État singapourien. Or, Singapour est précisément l’un des États cités comme modèle dans les discours de Viktor Orbàn revendiquant la démocratie illibérale. L’adhésion partagée par les opposants et les partisans de la démocratie illibérale au « modèle » singapourien associant priorité au développement économique et antilibéralisme politique montre ainsi que leur opposition est relative, et que leurs orientations politiques peuvent coïncider.

À ce titre, le concept de démocratie illibérale semble donc si incohérent qu’il ne permet ni de distinguer régime autoritaire et régime démocratique ni de distinguer entre partisans et opposants au libéralisme.

Société-Convention sur la fin de vie : Une caricature de démocratie

Société-Convention sur la fin de vie : Une caricature de démocratie

Revoilà une convention citoyenne cette fois sur la fin de vie qui va réunir 150 personnes tirées au hasard et qui prennent la place une nouvelle fois des organisations représentatives et des institutions existantes. Bref une nouvelle fois, une caricature de la démocratie. En quelques réunions les 150 personnes tirées au hasard seront bien entendu manipulés par les experts choisis par le pouvoir. Il s’agit pour Macron de mettre en opposition ce qui sortira de cet pseudo convention avec les institutions officielles quitte d’ailleurs plus tard à ne pas tenir compte des propositions de ladite convention.

La Convention citoyenne sur la fin de vie a débuté Vendredi. On se demande vraiment pourquoi on maintient le conseil économique et social si son rôle se borne à fournir le papier,les crayons, le transport, le gîte et le couvert. À moins de le transformer en agence de voyages.
Thierry Beaudet, Président du Conseil économique, social et environnemental, qui gère son organisation, tente d’en expliquer l’intérêt et la légitimité (intreview JDD)

Avez-vous arrêté la liste des 150 citoyens participant à la convention sur la fin de vie ?
Au moment où je vous parle, 152 billets de train, 152 chambres d’hôtel ont été réservés, 152 citoyens seront donc là vendredi. Ils devraient même être environ 170. Le plus jeune a 20 ans, le plus âgé 87. Ils viennent de grandes villes, comme Marseille, Lyon ou Bordeaux, moyennes comme Le Mans ou Vannes, ou plus petites comme Vernon. On attend aussi trois Ultramarins. Leurs métiers sont très divers. Il y a un étudiant, une aide-soignante, un agriculteur, un comédien retraité, le maire d’une commune rurale, des chefs d’entreprise, des enseignants…​

Une mini-France comme le souhaitait le comité de gouvernance chargé du pilotage ?
Le panel reflète la diversité de la société française. Nous avons contacté, par téléphone, 11 000 personnes tirées au sort, croisé différents critères – genre, âge, catégories socioprofessionnelles, situation géographique, niveau de diplôme. Parmi eux il y aura sans doute des croyants, des non-croyants, des soignants, des Français qui auront – ou non – été confrontés à des situations de fin de vie. Comme il peut y avoir un peu de déperdition – ce n’est pas évident d’être mobilisé neuf week-ends entre décembre et mars –, nous en avons retenu plus de 150, pour ne pas avoir à en tirer au sort en cours de route, comme ça avait été le cas lors de la Convention climat.

« Qu’ils aient une vision partagée ou des désaccords, ils pourront exprimer des positions étayées ».

Comment les débats vont-ils s’organiser ?

Il y aura trois séquences : en décembre, une phase d’appropriation du sujet par les citoyens ; en janvier-février, les délibérations, et en mars, la restitution. On ne demande pas aux citoyens d’écrire un projet de loi, mais de délibérer ensemble pour répondre à ​​la question posée par la Première ministre : « Le cadre de l’accompagnement de la fin de vie est-il adapté aux différentes situations rencontrées ou d’éventuels changements devraient-ils être introduits ? » Qu’ils aient une vision partagée ou des désaccords, ils pourront exprimer des positions étayées.

Que se passera-t-il durant la première phase ?​
Les citoyens vont d’abord découvrir les lieux, apprendre à se connaître, comprendre ce qu’on attend d’eux. Le comité de gouvernance – qui compte notamment deux citoyens ayant participé à la Convention climat – a construit un socle documentaire sur la fin de vie, prévu des rencontres avec l’exécutif, le Parlement, et des personnalités comme Alain Claeys et Jean Leonetti, les auteurs des lois sur la fin de vie. Les citoyens pourront ensuite décider d’autres auditions.

Quel est le budget consacré à la convention ?
Il est d’environ 4 millions d’euros. Outre l’organisation et l’animation des débats, cela comprend notamment ​​la prise en charge des citoyens, – leur frais de transport, d’hébergement, de restauration, éventuellement de garde d’enfants – et les indemnisations – 94,56 € par jour, avec des compléments, sous certaines conditions, pour compenser d’éventuelles pertes de salaire. Nous avons réussi à faire en sorte que ce complément de revenus ne prive pas des minima sociaux ceux qui en bénéficient.​

« La Convention climat était un exercice démocratique inédit… Nous en avons tiré des leçons »

À en croire les sondages, une large majorité des Français souhaitent qu’on autorise, dans certains cas, le suicide assisté ou l’euthanasie. Est-ce une perte de temps d’en discuter à nouveau ?​
La fin de vie est un sujet qui exige de la nuance ; on ne peut pas se contenter de sondages. Les citoyens décideront des problématiques qu’ils souhaitent développer. Je ne préjuge pas de ce que dira la Convention citoyenne. Mais j’imagine qu’ils évoqueront notamment l’accompagnement de la fin de vie, les soins palliatifs, les directives anticipées, le suicide assisté et l’euthanasie. La convention citoyenne permettra de débattre sereinement et d’exprimer des opinions éclairées. Les Françaises et Français qui le souhaitent auront accès via un site internet au socle documentaire dont disposeront les citoyens et pourront assister aux audiences publiques.​

Les citoyens participant à la Convention citoyenne sur le climat étaient déçus des suites données à leurs propositions. En avez-vous tenu compte ?
La Convention climat était un exercice démocratique inédit… Nous en avons tiré des leçons. Il faut de la clarté dans ce qui est demandé aux citoyens, éviter les promesses de reprises « sans filtre ». Il faut une bonne articulation des différentes contributions au débat national et que l’exécutif s’engage à rendre compte de ce qui sera fait des travaux des citoyens. Je pense que sur ces points nous avons été entendus.

« Il faut créer les conditions pour que la participation citoyenne ne soit ni un gadget, ni un tour de passe-passe »
Si les travaux ne sont pas pris en compte, cela va engendrer la même frustration…
La décision appartient à celles et ceux qui ont la légitimité de l’élection, la construction de la décision appartient à la société tout entière. La participation citoyenne s’inscrit dans un continuum démocratique. On ne peut pas développer la participation et y rester sourd. Je n’imagine pas qu’il n’y ait pas de suite donnée aux travaux de la convention.​


La participation citoyenne en France vous semble-t-elle suffisante ?

La démocratie ne s’arrête pas aux institutions, ni aux dimanches d’élections. Les Français ont envie d’être acteurs sur des sujets qui les concernent. Il faut donc développer la participation. Le Cese, missionné pour cela en 2021, s’y emploie depuis dix-huit mois, en associant régulièrement des citoyens à ses travaux, et sous des formats divers. ​La participation citoyenne est un carburant démocratique. Il faut créer les conditions pour qu’elle ne soit ni un gadget, ni un tour de passe-passe.

Démocratie-Macron, champion de la théorie des paradoxes

Démocratie-Macron, champion de la théorie des paradoxes

La « théorie des paradoxes » se fonde sur l’idée que les individus et organisations font face à des injonctions contradictoires indissociables. Emmanuel Macron l’incarne tout particulièrement. Par Olivier Guyottot, INSEEC Grande École

Notons cependant que la gravité ne se situe pas dans l’existence de paradoxes mais dans l’incapacité de les surmonter NDLR

Wendy Smith et Marianne Lewis, deux chercheuses américaines reconnues pour leurs travaux sur ce sujet, définissent le paradoxe comme une « contradiction reliant des éléments qui semblent logiques lorsqu’ils sont pris isolément mais qui deviennent irrationnels, inconsistants, voire absurdes, lorsqu’ils sont juxtaposés ».

La « théorie des paradoxes » se fonde sur l’idée que les individus et organisations sont en permanence confrontés à des situations paradoxales et à des injonctions contradictoires indissociables. Elle met en lumière les tensions provoquées par les paradoxes au sein des organisations par exemple faire cohabiter projets à court terme et projets à long terme, rechercher une meilleure qualité tout en augmentant les quantités, offrir plus d’autonomie aux personnes tout en les contrôlant, pratiquer la coopétition avec des compétiteurs…

Les chercheurs Marshall Scott Poole and Andrew H. Van de Ven ont montré dans leurs travaux qu’il existait quatre stratégies possibles pour répondre aux tensions qui découlent de ces paradoxes : la séparation spatiale entre les deux phénomènes contradictoires ; la séparation temporelle ; la synthèse ; et enfin l’acceptation de leur existence.

La « théorie des paradoxes » telle qu’elle existe en sciences de gestion offre une grille de lecture qui s’adapte particulièrement bien à la méthode stratégique d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron n’est pas le premier président français à devoir affronter des situations paradoxales. Deux éléments marquent cependant une différence avec les situations antérieures. D’abord, les interactions croissantes et chaque jour plus complexes entre les activités humaines ont des effets collatéraux de plus en plus difficiles à maitriser et multiplient les tensions. Surtout, Emmanuel Macron, en revendiquant une approche mettant en avant la complexité des choses et la nécessité de mener les projets « en même temps » a adopté une approche qui fait écho aux principales caractéristiques de la théorie des paradoxes.

Selon cette approche, dans le cadre d’un paradoxe, les deux phénomènes contradictoires qu’il faut gérer ne sont pas dissociables et il n’est donc pas possible de choisir entre l’un ou l’autre. Le paradoxe se distingue sur ce point du dilemme qui concerne deux injonctions entre lesquelles il est possible de choisir. En réaffirmant l’indépendance de la France tout en faisant la promotion d’une Europe plus souveraine, en s’opposant à l’invasion russe en Ukraine tout en continuant de dialoguer avec Vladimir Poutine ou en essayant d’élargir sa majorité tout en poursuivant la mise en place de certaines mesures clivantes de son programme de 2022, Emmanuel Macron met en place des stratégies qui font coexister deux phénomènes contradictoires.

Emmanuel Macron utilise la même méthode au moment d’aborder la question de la préservation de la planète et de la pérennité de notre modèle de croissance économique.
L’écologie et la défense de l’environnement ont été présentées comme des priorités de l’action publique par Emmanuel Macron lors de son élection de 2017 et dans le cadre de sa réélection de 2022.
Malgré la présence de Nicolas Hulot comme ministre de l’Environnement et un programme présenté comme ambitieux et volontariste, le bilan écologique du premier quinquennat a été jugé sévèrement par les principales organisations aux avant-postes du combat environnemental. En 2022, Emmanuel Macron a pourtant réaffirmé son ambition en la matière et le caractère prioritaire de cette question en rattachant le secrétariat de la planification écologique directement à la 1re ministre et en mettant en avant les missions des deux ministères de l a transition écologique et de la transition énergétique.

En matière de communication, il adopte aussi une posture de premier plan en publiant des vidéos défendant les avancées de son action écologique sur les réseaux sociaux.

Mais la multiplication des signaux de dégradation de l’état de la planète interroge le bien-fondé de l’approche paradoxale défendue jusqu’ici par Emmanuel Macron et pose plusieurs questions clefs : sera-t-il obligé d’en changer ? Réussira-t-il à la maintenir malgré l’urgence de la situation ? Décidera-t-il de se tourner vers une approche considérant la situation comme un dilemme qui l’obligerait à choisir entre croissance économique et préservation de la planète ?

En matière environnementale, Emmanuel Macron défend pour le moment une ligne libérale pariant sur le progrès technique et la croissance verte. Sa stratégie est basée sur l’idée que croissance économique soutenue et préservation de la planète peuvent aller de pair et qu’il faut donc accepter l’existence de ce paradoxe et mener leur poursuite en parallèle.
La réunion qui a eu lieu à l’Élysée pour inciter les 50 sites industriels français les plus émetteurs de CO₂ à décarboner leurs activités illustre cette approche. Le projet de décarbonation est clair : il faut verdir les moyens de production et les activités des sites concernés pour conserver la croissance économique la plus forte possible. Mais l’idée que la décarbonation puisse passer par une baisse de la production et potentiellement de la croissance n’est pas envisagée.

Pourtant, la prise de conscience sur les difficultés à privilégier à tout prix la croissance économique sans mettre en danger la préservation de la planète semble gagner du terrain. Le fait qu’Emmanuel Macron éprouve certaines difficultés à mobiliser l’ensemble des Français autour d’un projet environnemental crédible et fédérateur fait écho à cette évolution. La question de la pertinence de la stratégie du « en même temps » en la matière n’est peut-être pas étrangère à cette absence d’adhésion.

La guerre en Ukraine et la crise énergétique ont mis sur le devant de la scène le concept de sobriété, qu’Emmanuel Macron a grandement contribué à populariser. Il s’en est emparé pour donner une direction à sa lutte contre le réchauffement climatique. Mais la notion de sobriété se pare de plus en plus des caractéristiques de la décroissance en préconisant une réduction de l’activité économique et en interrogeant les bienfaits de la croissante verte.

Le glissement sémantique qui est en train de s’opérer entre les termes de « décroissance » et de « sobriété » est intéressant car il est très éloigné du sens donné au mot au départ par Emmanuel Macron. La sobriété commence au contraire à lentement servir de cheval de Troie aux idées décroissantes et rend acceptable la remise en cause d’une société entièrement centrée sur la croissance pour progresser et se développer.

Quoi qu’il advienne du concept de sobriété, la problématique environnementale représente un défi de taille pour l’approche stratégique paradoxale utilisée jusqu’ici par Emmanuel Macron tant elle pose une question existentielle majeure compte tenu de nos modes de vie et des ressources naturelles disponibles. Alors que certaines critiques de la « théorie des paradoxes » commencent à émerger et à montrer les limites de cette grille de lecture, il sera intéressant de voir combien de temps il parviendra à la conserver.
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Par Olivier Guyottot, Enseignant-chercheur en stratégie et en sciences politiques, INSEEC Grande École.
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Convention citoyenne, Conseil national de la Refondation : où la démocratie de Macron à la sauce Poutine

Convention citoyenne, Conseil national de la Refondation : où la démocratie de Macron à la sauce Poutine

On sait maintenant que Poutine a mis en scène sa rencontre avec les mères des combattants.En réalité, des personnes savamment choisies, des proches de Poutine et même des comédiennes. Pour preuve d’ailleurs, la véritable responsable du mouvement des mères russes vient d’être mise en prison pour des protestations trop véhémentes vis à vis de la politique du Kremlin. D’une certaine manière, Macron procède de la même manière quant à ses rapports à la démocratie. Quand les organisations ne lui plaisent pas, il les contourne pour créer des pseudo conventions et autre Conseil national de la Refondation avec des citoyens savamment sélectionnés et-ou tirés « au hasard ».

Macron, a été formé par son épouse au théâtre et c’est cette discipline qui lui sert de repère pour gérer le pays. Il ne cesse en effet de contourner les organisations pour leur substituer de pseudos conventions et autre conseil national de la Refondation , sorte de démocratie en carton-pâte de théâtre.

Les participants sont choisis au hasard et évidemment complètement manipulés quand ils ne sont pas préalablement triés par exemple lors des déplacements de Macron qui peut ainsi faire son one-man-show en toute tranquillité.

Dans tous les domaines ou presque, Macron n’a cessé d’accumuler les actes de provocation et de détournement de la démocratie. C’est le président des paradoxes et des retournements de veste. Ainsi sa position vis-à-vis de l’Ukraine qui ne cesse d’être contredite, la dernière consistant à demander des garanties de sécurité pour la Russie. Autre exemple, celui concernant la réforme des retraites, universel au départ et finalement qui ne concernera que certains salariés du privé. Enfin cette invraisemblable politique de l’énergie qui nous conduit à importer alors que la France était précédemment le principal exportateur d’électricité en Europe. Un jour on ferme Fessenheim, le lendemain on annonce la création de 6 EPR et la rénovation de tout le parc nucléaire.Et on pourrait encore multiplier les exemples

Pour donner une légitimité à ses contradictions permanentes et à ses positions irresponsables, Macron invente les pseudo institutions démocratiques type Convention citoyenne et autre conseil national de la Refondation qui doivent régler en deux à trois mois ce que le pouvoir et les organisations officielles peinent à gérer depuis des années. Et on aboutit régulièrement à des orientation type auberge espagnoles: anecdotiques, inefficaces voire ridicules.

Convention sur la fin de vie : Une caricature de démocratie

Convention sur la fin de vie : Une caricature de démocratie

Revoilà une convention citoyenne cette fois sur la fin de vie qui va réunir 150 personnes tirées au hasard et qui prennent la place une nouvelle fois des organisations représentatives et des institutions existantes. Bref une nouvelle fois, une caricature de la démocratie. En quelques réunions les 150 personnes tirées au hasard seront bien entendu manipulés par les experts choisis par le pouvoir. Il s’agit pour Macron de mettre en opposition ce qui sortira de cet pseudo convention avec les institutions officielles quitte d’ailleurs plus tard à ne pas tenir compte des propositions de ladite convention.

La Convention citoyenne sur la fin de vie a débuté Vendredi. On se demande vraiment pourquoi on maintient le conseil économique et social si son rôle se borne à fournir le papier,les crayons, le transport, le gîte et le couvert. À moins de le transformer en agence de voyages.
Thierry Beaudet, Président du Conseil économique, social et environnemental, qui gère son organisation, tente d’en expliquer l’intérêt et la légitimité (intreview JDD)

Avez-vous arrêté la liste des 150 citoyens participant à la convention sur la fin de vie ?
Au moment où je vous parle, 152 billets de train, 152 chambres d’hôtel ont été réservés, 152 citoyens seront donc là vendredi. Ils devraient même être environ 170. Le plus jeune a 20 ans, le plus âgé 87. Ils viennent de grandes villes, comme Marseille, Lyon ou Bordeaux, moyennes comme Le Mans ou Vannes, ou plus petites comme Vernon. On attend aussi trois Ultramarins. Leurs métiers sont très divers. Il y a un étudiant, une aide-soignante, un agriculteur, un comédien retraité, le maire d’une commune rurale, des chefs d’entreprise, des enseignants…​

Une mini-France comme le souhaitait le comité de gouvernance chargé du pilotage ?
Le panel reflète la diversité de la société française. Nous avons contacté, par téléphone, 11 000 personnes tirées au sort, croisé différents critères – genre, âge, catégories socioprofessionnelles, situation géographique, niveau de diplôme. Parmi eux il y aura sans doute des croyants, des non-croyants, des soignants, des Français qui auront – ou non – été confrontés à des situations de fin de vie. Comme il peut y avoir un peu de déperdition – ce n’est pas évident d’être mobilisé neuf week-ends entre décembre et mars –, nous en avons retenu plus de 150, pour ne pas avoir à en tirer au sort en cours de route, comme ça avait été le cas lors de la Convention climat.

« Qu’ils aient une vision partagée ou des désaccords, ils pourront exprimer des positions étayées ».

Comment les débats vont-ils s’organiser ?

Il y aura trois séquences : en décembre, une phase d’appropriation du sujet par les citoyens ; en janvier-février, les délibérations, et en mars, la restitution. On ne demande pas aux citoyens d’écrire un projet de loi, mais de délibérer ensemble pour répondre à ​​la question posée par la Première ministre : « Le cadre de l’accompagnement de la fin de vie est-il adapté aux différentes situations rencontrées ou d’éventuels changements devraient-ils être introduits ? » Qu’ils aient une vision partagée ou des désaccords, ils pourront exprimer des positions étayées.

Que se passera-t-il durant la première phase ?​
Les citoyens vont d’abord découvrir les lieux, apprendre à se connaître, comprendre ce qu’on attend d’eux. Le comité de gouvernance – qui compte notamment deux citoyens ayant participé à la Convention climat – a construit un socle documentaire sur la fin de vie, prévu des rencontres avec l’exécutif, le Parlement, et des personnalités comme Alain Claeys et Jean Leonetti, les auteurs des lois sur la fin de vie. Les citoyens pourront ensuite décider d’autres auditions.

Quel est le budget consacré à la convention ?
Il est d’environ 4 millions d’euros. Outre l’organisation et l’animation des débats, cela comprend notamment ​​la prise en charge des citoyens, – leur frais de transport, d’hébergement, de restauration, éventuellement de garde d’enfants – et les indemnisations – 94,56 € par jour, avec des compléments, sous certaines conditions, pour compenser d’éventuelles pertes de salaire. Nous avons réussi à faire en sorte que ce complément de revenus ne prive pas des minima sociaux ceux qui en bénéficient.​

« La Convention climat était un exercice démocratique inédit… Nous en avons tiré des leçons »

À en croire les sondages, une large majorité des Français souhaitent qu’on autorise, dans certains cas, le suicide assisté ou l’euthanasie. Est-ce une perte de temps d’en discuter à nouveau ?​
La fin de vie est un sujet qui exige de la nuance ; on ne peut pas se contenter de sondages. Les citoyens décideront des problématiques qu’ils souhaitent développer. Je ne préjuge pas de ce que dira la Convention citoyenne. Mais j’imagine qu’ils évoqueront notamment l’accompagnement de la fin de vie, les soins palliatifs, les directives anticipées, le suicide assisté et l’euthanasie. La convention citoyenne permettra de débattre sereinement et d’exprimer des opinions éclairées. Les Françaises et Français qui le souhaitent auront accès via un site internet au socle documentaire dont disposeront les citoyens et pourront assister aux audiences publiques.​

Les citoyens participant à la Convention citoyenne sur le climat étaient déçus des suites données à leurs propositions. En avez-vous tenu compte ?
La Convention climat était un exercice démocratique inédit… Nous en avons tiré des leçons. Il faut de la clarté dans ce qui est demandé aux citoyens, éviter les promesses de reprises « sans filtre ». Il faut une bonne articulation des différentes contributions au débat national et que l’exécutif s’engage à rendre compte de ce qui sera fait des travaux des citoyens. Je pense que sur ces points nous avons été entendus.

« Il faut créer les conditions pour que la participation citoyenne ne soit ni un gadget, ni un tour de passe-passe »
Si les travaux ne sont pas pris en compte, cela va engendrer la même frustration…
La décision appartient à celles et ceux qui ont la légitimité de l’élection, la construction de la décision appartient à la société tout entière. La participation citoyenne s’inscrit dans un continuum démocratique. On ne peut pas développer la participation et y rester sourd. Je n’imagine pas qu’il n’y ait pas de suite donnée aux travaux de la convention.​


La participation citoyenne en France vous semble-t-elle suffisante ?

La démocratie ne s’arrête pas aux institutions, ni aux dimanches d’élections. Les Français ont envie d’être acteurs sur des sujets qui les concernent. Il faut donc développer la participation. Le Cese, missionné pour cela en 2021, s’y emploie depuis dix-huit mois, en associant régulièrement des citoyens à ses travaux, et sous des formats divers. ​La participation citoyenne est un carburant démocratique. Il faut créer les conditions pour qu’elle ne soit ni un gadget, ni un tour de passe-passe.

Le retour de Trump grâce à Elon Musk et à la démocratie populiste

Le retour de Trump grâce à Elon Musk et à la démocratie populiste

Une consultation invraisemblable auprès des utilisateurs de Twitter pour savoir s’il convenait ou non d’accepter le retour de trump sur le réseau. La démocratie populiste a tranché. Une démocratie particulière de type libertarienne sur fond d’intérêts capitalistes.

De toute évidence Elon Musk devient de plus en plus fou en s’investissant sur le terrain politique. Une erreur fondamentale de mélanger les deux activités. D’abord concernant Twitter l’opération pourrait se révéler une véritable catastrophe financière. En effet, le prix payé pour l’acquisition du réseau social est exorbitant : 44 milliards ! Ensuite le réseau Tweeter enregistre comme la plupart des autres grands réseaux une moindre fréquentation du faite de la concurrence; enfin et surtout, les publicitaires qui financent le réseau se retirent les uns après les autres d’un réseau à polémiques qui nuit à leur image de marque.

Elon Musk, nouveau patron de Twitter, a donc réhabilité samedi soir le compte de l’ancien président américain Donald Trump. Adepte des «faits alternatifs», le républicain avait été banni du réseau social après l’assaut du Capitole à Washington en janvier 2021. Ce retour intervient alors que le milliardaire a annoncé sa candidature à la présidentielle américaine de 2024.Une candidature soutenue par Elon Musk.

Twitter avait banni Donald Trump le 8 janvier 2021, deux jours après l’invasion du Capitole par ses partisans, face au « risque de nouvelles incitations à la violence ». Estimant que cette sanction constituait « une décision mauvaise moralement et insensée à l’extrême », Elon Musk avait évoqué dès mai un possible retour de l’ex-président républicain sur la plateforme.

Alors que de nombreuses associations, autorités et annonceurs craignent que les contenus ne soient plus suffisamment modérés sur le réseau social, laissant libre cours à la désinformation, au harcèlement et à d’autres abus, l’homme d’affaires était attendu au tournant sur le sujet. « Vous trahissez notre démocratie », a ainsi réagi, sur Twitter, le président de l’organisation de défense des droits civiques NAACP Derrick Johnson, affirmant que les abonnés d’Elon Musk « ne représentent pas l’Amérique ».

Démocratie- Enquête d’utilité publique : une procédure caricaturale

Démocratie- Enquête d’utilité publique : une procédure caricaturale

« Inutilité publique » : un essai éclairant et implacable sur une « fiction politique »
L’historien de l’environnement Frédéric Graber dans un ouvrage fait l’ historique des enquêtes d’utilité publique et constate qu’elles sont devenues complètement inutiles et fictives
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La plupart du temps en effet la consultation est complètement formelle. Le texte en cause reprend intégralement les orientations des pouvoirs publics. On désigne en général un expert retraité très favorable au projet ( et pas forcément très compétent)et qui se contente de relater de façon très discrète voire pas du tout les positions des opposants.

De toute manière, cette enquête d’utilité publique ne concerne nullement l’ensemble des citoyens mais seulement quelques individus d’associations et ou motivés par la question. En général quelques pour cent à peine de la population.

Une participation infime dont de toute façon il n’est pas tenu compte dans le rapport final. Dans la quasi-totalité des cas l’expert conclut en faveur du projet. C’est à peine d’ailleurs s’il écoute les voies divergentes renvoyées dans les annexes.

Il est évident que cette procédure est complètement obsolète. Il ne s’agit nullement d’une procédure de concertation démocratique mais juste d’une formalité pour satisfaire aux obligations de la loi.

En éclairant l’origine et les objectifs de ces outils « conçus pour l’intensification de l’exploitation de la nature », l’ouvrage de Frédéric Graber dresse le constat argumenté d’une mécanique obsolète et invite à repenser notre conception de la concertation sur les projets d’aménagement, pour en faire un véritable espace de débat et un outil contraignant.

« Inutilité publique. Histoire d’une culture politique française », de Frédéric Graber, Amsterdam, 208 pages, 18 euros.

Politique: une nouvelle démocratie ?

Politique: une nouvelle démocratie ? 

L’Institut Rousseau et l’Observatoire de l’éthique publique proposent un riche éventail d’idées pour répondre à la défiance qui mine notre système démocratique et garantir davantage d’autonomie vis-à-vis de l’Etat.( papier du Monde)

 

 

Des propositions intéressantes mais quand même un peu faiblardes et limitées par exemple en matière d’émergence d’une classe politique non représentative de la population NDLR

Un  ouvrage  pour nourrir l’indispensable débat sur l’avenir de notre démocratie. Comment redonner à notre système politique l’élan nécessaire pour répondre à la crise de défiance qui le mine, élection après élection ? Comment le renforcer afin d’affronter ensemble les crises écologiques et sociales qui appellent des changements profonds ?

L’Institut Rousseau et l’Observatoire de l’éthique publique, deux think tanks qui travaillent, chacun dans leur domaine, sur les pratiques politiques, ont demandé à 70 chercheurs et acteurs de terrain à la sensibilité plutôt de gauche – parmi lesquels Gaël Giraud, Dominique Méda ou Maxime de Rostolan – quelle serait pour chacun leur « grande idée » pour « réveiller la démocratie ». Réforme des institutions, transparence et déontologie, régulation des réseaux sociaux, éducation… L’ouvrage offre un riche éventail de pistes qui rend compte d’une effervescence démocratique bienvenue.

La première partie s’attache à la volonté de réformer la démocratie représentative. On y retrouve des propositions assez classiques pour rééquilibrer les pouvoirs – inversion du calendrier électoral, scrutin proportionnel, revalorisation du rôle et des moyens des parlementaires… – et des idées qui le sont beaucoup moins, tels le scrutin majoritaire, testé lors de la Primaire populaire, ou l’élection d’une équipe gouvernementale plutôt que celle d’un président de la République. L’accent est mis sur la transparence, un sujet sur lequel « beaucoup reste à faire », estime l’ancien député René Dosière. La professeure de droit Elina Lemaire appelle à repenser la nomination des membres du Conseil constitutionnel ; l’économiste Laurence Scialom veut en finir avec la porosité entre administration publique et agences de conseil privées.

A l’heure des conventions citoyennes, l’articulation des dispositifs participatifs et délibératifs avec la démocratie représentative reste à penser. Pour éviter que les premiers ne soient perçus comme un « simulacre instrumentalisé », le politiste Rémi Lefebvre appelle à une « grande loi » prévoyant des garanties procédurales et un fonds national de la participation, pour plus d’autonomie à l’égard de la puissance publique.

Parce que la démocratie s’apprend dès le plus jeune âge, un volet est consacré à l’éducation, que ce soit à la citoyenneté, à la ville, ou au vivant. L’intérêt de l’ouvrage est aussi qu’il accorde une large place à la démocratie économique, environnementale ou numérique, autour de propositions qui replacent le citoyen au cœur des décisions.

Pas de démocratie sans évaluation des politiques publiques

Pas de démocratie sans évaluation des  politiques publiques 

Les études visant à mesurer l’impact réel d’une loi à partir de données et de méthodes scientifiques sont toujours plus fréquentes, relève le politiste Adam Baïz, Economiste (PhD) et enseignant à Sciences Po, qui souligne, dans une tribune au « Monde », leur importance pour le débat démocratique.

 

Un point de vue intéressant sur un sujet médiatiquement très peu abordé pourtant essentiel pour la démocratie. Reste qu’il manque le deuxième volet important : l’évaluation d’une politique publique après sa mise en œuvre  voire out au long de son application. L’absence d’évaluation ouvre en effet la porte à toutes les démagogies. NDLR

Evaluer une politique publique, c’est porter une appréciation sur son impact, à partir de données et de méthodes scientifiques. Il peut s’agir d’évaluer l’impact d’une campagne de vaccination sur la santé publique, l’impact d’une réforme fiscale sur le pouvoir d’achat, ou encore l’impact du dédoublement des classes sur le niveau scolaire des élèves.

L’évaluation des politiques publiques a véritablement démarré en France dans les années 2000, soit quarante ans après les Etats-Unis. Elle se développe rapidement. Mais sert-elle vraiment à éclairer la décision politique ?

Afin d’en juger, nous avons étudié (« Quelles évaluations des politiques publiques pour quelles utilisations ? », Adam Baïz et al., France Stratégie, juin 2022) 262 lois votées entre 2008 et 2020, dans des domaines aussi variés que la santé, l’éducation, les finances ou encore la sécurité. Et nous avons cherché à savoir si le Parlement et le gouvernement mobilisent vraiment les évaluations de politique publique en amont et en aval du vote de la loi

En amont du vote de la loi, le Parlement et dans une moindre mesure le gouvernement mobilisent bel et bien un nombre croissant d’évaluations de politique publique. Pour chaque loi, ils citent huit évaluations en 2008, et près de 25 en 2020. Il s’agit pour l’essentiel de rapports d’institutions publiques (Insee, ministères, Cour des comptes, etc.), de rapports parlementaires et de rapports d’experts et de chercheurs.

Ces rapports éclairent diversement les débats parlementaires, en fournissant de l’expertise sur des politiques comparables, des retours du terrain ou encore des expériences internationales. Rares sont les lois pour lesquelles aucune évaluation n’est citée ; à l’inverse pour certaines lois, comme la loi d’orientation des mobilités de 2019, plus de 100 évaluations sont citées dans les débats parlementaires.

Démocratie : trouver l’équilibre entre l’élite et la plèbe

Démocratie : trouver l’équilibre entre l’élite et la « plèbe »

 La massification des études et les inégalités de niveau scolaire peuvent aussi expliquer les fractures politiques et démocratiques en France. Par Vincent Tournier, Université Grenoble Alpes (UGA)

 

Plusieurs indices attestent qu’il existe une profonde insatisfaction à l’égard de la démocratie en France : hausse de l’abstention, défiance envers les élites, renforcement des partis dits populistes, hausse de l’engagement protestataire, succès du complotisme.

Signe supplémentaire : depuis quelques années, des appels sont lancés en faveur d’une démocratie plus directe, que ce soit sous la forme de conférences de citoyens ou sous la forme de référendums d’initiative populaire, deux dispositifs pourtant très différents.

Comment expliquer cette situation ? Sans prétendre résoudre une question complexe, nous voudrions insister sur un facteur à la fois important et sous-estimé : le niveau d’éducation.

Le niveau d’éducation en France, comme dans beaucoup de pays, a fortement augmenté depuis 1945. Alors que seulement 5 % d’une classe d’âge obtenait le baccalauréat en 1950, on est aujourd’hui aux alentours de 80 %, dont la moitié pour le bac général.

Une mutation d’une telle ampleur, que des observateurs comme Jean Fourastié ou Ronald Inglehart ont qualifié de « révolution silencieuse », est généralement perçue comme positive – et elle l’est dans une large mesure car une société éduquée est une société plus prospère.

De plus, l’éducation fait l’objet d’une forte valorisation, surtout en France où elle est considérée comme un legs glorieux de la Révolution et de la République.

L’éducation n’a-t-elle cependant que des effets positifs ? Se pourrait-il que la massification des études et la diversification des niveaux scolaires soient aussi un facteur de fracturation ?

Il faut rendre hommage à la sociologie de Pierre Bourdieu qui a bien vu que le niveau d’éducation redessinait la nature des classes sociales sous l’influence du capital culturel.

Par la suite, de nombreuses études sont venues confirmer que le niveau d’éducation exerce un fort impact sur la politisation, les connaissances politiques ou le sentiment de compétence politique. La participation électorale est également très influencée par le niveau d’éducation.

Les données de l’enquête européenne sur les valeurs (EVS) permettent de corroborer et d’approfondir ces constats sur l’impact politique de l’éducation.

Elles montrent en effet que l’attachement aux principes démocratiques augmente très sensiblement avec le niveau de diplôme (graphique 1). Moins on est diplômé, plus on accepte l’idée que le pays soit dirigé par un homme fort ou par l’armée (graphique 1). On note aussi que les droits individuels, qui ont pris beaucoup d’importance dans la définition de la démocratie, trouvent davantage de supporters dans les milieux diplômés que dans les milieux moins diplômés.

Si l’enquête ne fournit pas d’indicateurs directs sur la démocratie participative, elle inclut plusieurs questions sur l’engagement associatif ou sur la mobilisation protestataire qui renseignent par défaut sur le potentiel participatif des Français .

Là encore, le niveau d’éducation apparaît comme un facteur très discriminant, y compris pour la mobilisation protestataire dont on pouvait penser qu’elle serait plus élevée là où les besoins matériels sont plus importants.

Précisons que cet impact du niveau d’éducation se maintient lorsqu’on contrôle le diplôme par d’autres variables (sexe, âge, revenus ou échelle gauche-droite). De surcroît, les corrélations avec le niveau d’études ont tendance à augmenter au cours du temps, signe que le clivage s’accentue.

Comment expliquer de telles différences ? On peut faire une hypothèse : si les diplômés soutiennent la démocratie, c’est tout simplement parce qu’ils y trouvent leur compte.

Les diplômés présentent en effet des intérêts particuliers. La réussite scolaire favorise une bonne estime de soi et le sentiment de maîtriser sa vie. Ayant confiance dans leurs capacités, les diplômés sont portés à revendiquer davantage de libertés dans leur choix de vie. Ils portent donc un regard positif sur les droits individuels, surtout lorsque ceux-ci leur permettent de renforcer leur autonomie. Ils voient la mobilité comme un idéal de vie, comme le montrent les études auprès des étudiants, tout en étant préoccupés par la qualité de leur cadre de vie.

Ils ont aussi tendance à cultiver les valeurs que Ronald Inglehart qualifie de post-matérialistes : le féminisme, le multiculturalisme, l’environnementalisme, l’antiracisme ou le post-nationalisme.

Le contexte post-Guerre froide a amplifié les choses. La mondialisation et la technologie ont offert des possibilités inédites de circuler et d’échanger. Le développement de l’enseignement supérieur, poussé par la compétition entre les États, a permis aux idéaux post-modernes de mieux se réaliser, amplifiant la polarisation entre les winners et les losers de la globalisation ou entre les everywhere et les somewhere. Tous ces éléments sont confirmés par l’enquête sur les valeurs. Plus le diplôme augmente, plus on est favorable à l’égalité entre les sexes, à l’homosexualité, aux drogues douces, à une politique pénale moins sévère et à la préservation de l’environnement .

 

Diverses opinions sociétales en fonction du niveau d’études (EVS 2017). Par exemple, 20 % des diplômés de primaires disent que « l’avortement est toujours justifié » contre 60 % des diplomés de master. V. Tournier, Fourni par l’auteur

De même, les diplômés sont nettement plus réticents à l’idée de se dire fiers d’être Français . Ils sont plus facilement concernés par le sort des Européens et des immigrés, et ils critiquent plus souvent la conception généalogique de la nation (avoir des ancêtres français), ce qui explique le discrédit qui frappe l’expression « Français de souche ».

Or, avec la massification de l’enseignement supérieur, couplée à la place croissante du diplôme dans la stratification sociale, les diplômés se retrouvent en position de force pour défendre leurs intérêts. Ils parviennent d’autant mieux à faire valoir leurs préférences qu’ils sont bien représentés parmi les élites politiques), notamment dans le cas des élèves des grandes écoles.

Forts de leur capacité de mobilisation, les diplômés approuvent les dispositifs de type démocratie participative dans lesquels ils savent pouvoir se faire entendre, tout en étant plus réticents à l’égard des référendums qui ont l’inconvénient de niveler les électeurs.

On observe ainsi que les référendums comme celui de 2005 sur l’Europe ou celui de 2016 sur le Brexit ont suscité des critiques de type élitiste. Du reste, aucun des trois derniers présidents de la République n’a eu recours au référendum. Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) a même été explicitement rejeté par le parti présidentiel.

Inversement, les milieux peu diplômés souffrent d’un déficit de relais et de ressources politiques. Ayant l’impression que la démocratie leur échappe au profit d’une oligarchie, ils éprouvent un sentiment d’impuissance et de dépossession qui les fait douter du suffrage universel : à quoi bon voter si les élites parviennent de toute façon à imposer leurs vues et leurs intérêts ?

Contrairement aux diplômés, ils sont nettement moins présents dans les dispositifs de démocratie participative, dont ils ne maîtrisent pas les codes. Plus portés à préférer les référendums, ils attendent surtout du pouvoir qu’il soit efficace. L’appel à un pouvoir fort de type bonapartiste, qui saura court-circuiter les pratiques oligarchiques et confiscatoires des élites, est une option acceptable, surtout en période d’insécurité.

Comme l’ont souligné les philosophes depuis l’antiquité, un régime politique court toujours le risque de voir une élite aristocratique confisquer le pouvoir au profit de ses seuls intérêts, ce qui génère un mécontentement populaire.

Ne sommes-nous pas actuellement dans un cycle de ce type ? Le phénomène Trump peut être vu comme un cas d’école, avec d’un côté l’attitude hautaine d’Hillary Clinton, qui voit les électeurs de Trump comme un « panier des déplorables » et les rejette en tant que « racistes, sexistes, homophobes, islamophobes » ; et de l’autre le refus de l’alternance électorale avec une tentative de déstabilisation des institutions en janvier 2021, à laquelle vient s’ajouter le revirement récent de la Cour suprême sur l’avortement.

En France, les élections du printemps 2022 ont confirmé qu’il existe un important clivage sociologique entre le parti présidentiel, très soutenu par les diplômés, et le Rassemblement national, bien implanté dans les milieux populaires, la Nupes étant dans une position intermédiaire en raison d’un socle électoral bâti conjointement sur les centres-villes et les banlieues.

L’erreur serait d’opposer une élite éclairée, porteuse de l’idéal démocratique, à un peuple arriéré n’aspirant qu’à la tyrannie. D’une part la démocratie participative peut être vue comme une forme d’anti-parlementarisme savant ; d’autre part les milieux populaires peuvent avoir de bonnes raisons de ne pas souscrire aux grands principes prônés par les élites.

Par exemple, toujours d’après l’EVS, 54 % des personnes peu diplômées disent qu’elles ne peuvent pas faire davantage pour l’environnement, contre 22 % pour les plus diplômées. De même, 35 % des peu diplômées considèrent que les immigrés prennent les emplois des nationaux, contre 10 % pour les diplômés, ce qui rappelle que les opinions dépendent en grande partie de la situation sociale.

Dans une société fragmentée, la difficulté est évidemment de trouver des réponses satisfaisantes pour tout le monde, en luttant tout particulièrement contre une possible dé-consolidation démocratique.

Un contre-exemple est sans doute la Conférence citoyenne sur le climat lancée par Emmanuel Macron. Cette opération peut être vue comme une tentative pour répondre aux attentes des élites diplômées, à la fois sur le fond (l’environnement) et sur la forme (la démocratie participative). Mais la plupart des propositions finales ont été abandonnées souvent par crainte d’impopularité.

Finalement, le défi actuel n’est pas très différent de celui qui a été identifié par les philosophes classiques, à savoir trouver un équilibre entre la plèbe et l’aristocratie, seule manière d’éviter les dérives aussi bien populistes qu’élitistes.

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Par Vincent Tournier, Maître de conférence de science politique, Sciences Po Grenoble, Université Grenoble Alpes (UGA).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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