Archive mensuelle de août 2011

Les économies Fillon du budget 2011 déjà dépassées

Les économies Fillon du budget 2011 déjà dépassées 

  A grand renfort de communication, F. Fillon a annoncé il y a quelques jours une réduction du déficit 2011 de 1 milliard et même 10 milliards pour 2012. En fait de manière beaucoup plus discrète, le ministère du budget vient d’avouer qu’il  s’apprêtait à revoir ce déficit 2011 en hausse de 3,4 milliards, à 95,7 milliards d’euros. Autant dire que la prévision de réduction du déficit budgétaire est déjà caduque et qu’on sera autour de 6% de déficit fin 2011, que les perspectives 2012 sont aussi obsolètes et que l’objectif de revenir à 3% en 2013 est complètement illusoire. Le tassemenet de la croissance est passé par là et comme prévu, les recettes fiscales espérées ne sont pas à la hauteur. Le manque à gagner sur les impôts d’entreprises est de l’ordre de 3 milliards et la charges de la dette progresse d’environ 1.5 milliards du fait de l’inflation. Les économies annoncées par F. Fillon ne sont donc pas à la hauteur. Pour 2012 et encore davantage pour 2013, les annonces relèvent de la pure spéculation. En effet, du fait des élections présidentielles, le budget de 2012est tout à fait indicatif, quant à 2013 c’est encore plus douteux. Si comme prévu, la croissance en France ne dépasse pas 1% en 2012 , au mieux et à condition que la correction obligataire et financière soit reportée, les recettes fiscales seront très affectées. Avec la montée du chômage, il faudra compter sur les dérives des comptes sociaux. Recettes en moins, dépenses en plus nous éloigneront du mythique objectif de 3%. C’est cette situation qui donne de la légitimité au refus de la règle d’or par la gauche. Une règle considérée comme une fuite en avant complètement décalée par rapport aux réalités. Pour autant, cette règle d’or est indispensable, même si son application doit être décalée dans le temps. Mieux vaut un équilibre budgétaire reporté de quelques années, 2015, voire 2020, que l’acceptation d’un déficit permanent comme mode d’ajustement de nos dépenses excessives. Les marchés financiers (les prêteurs)  seraient davantage rassurés par des objectifs budgétaires crédibles que par des prévisions irréalistes ou le laisser-aller permanent. 

 

Les mauvais indicateurs aux Etats unis et en Europe annonce la déprime économique

Les mauvais indicateurs  aux Etats unis et en Europe annonce la déprime  économique Chute du moral des ménages américains en août à son niveau le plus bas depuis avril 2009. Prix des logements aux Etats-Unis encore en baisse en juin, selon l’enquête Case-Shiller. En Europe, l’indice de confiance des chefs d’entreprises et des consommateurs chute  en août à son plus bas niveau depuis un an et demi, soit le sixième repli mensuel consécutif. Les mauvais indicateurs commencent à tomber. Juillet et août seront très mauvais. La croissance s’oriente vers la stagnation voire la récession. Rien n’est réglé pour la crise obligataire, ni en Europe, ni aux Etas Unis. Les menaces se précisent sur les banques notamment françaises d’autant que le plan grec est loin d’être bouclé et que des risques demeurent vis-à-vis de l’Italie et l’Egagne. Madame Lagarde qui a peut-être commis une imprudence de forme n’a pas voulu que sa crédibilité soit atteinte en assurant que la recapitalisation des banques européennes était nécessaire ; bien entendu les prévisions budgétaires seront à nouveau à reconsidérer avec le tassement de la croissance. La grande question est maintenant savoir si l’économie en Europe et aux Etats Unis s’installe durablement dans la quasi stagnation voire pire. Tout repose sur la consommation des ménages mais dont malheureusement la pouvoir d’achat est amputé par une inflation encore significative même si le tassement économique permet désormais d’en réduire l’ampleur. 

Standard & Poor’s moins optimiste que le FMI pour la croissance européenne

Standard & Poor’s  moins optimiste que le FMI pour la croissance européenne 

 

Pour l’Europe, la prévision  du FMI est révisée à 1.9  au lieu 2%. Mais SP ne prévoit plus que 1.7% en 2011 (S&P prévoyait jusqu’à présent pour la zone euro une croissance de 1,9% en 2011). Pour la France, SP prévoit aussi moins que le FMI en 2011, 1.7% au lieu de 1.9% .Le gouvernement français a abaissé la semaine dernière ses prévisions à 1,75% en 2011. En fait on sera plus proche de 1.5% Les organismes de prévisions ne cessent de réviser à la baisse leurs propres projections en fonction de l’ampleur du ralentissement. Le pire est encore à venir avec le troisième trimestre ; Une bonne nouvelle toutefois la BCE va maintenir ses taux d’intérêt pour ne pas alourdir le poids des charges financières. Compte tenu du ralentissement des échanges internationaux et des investissements, la tendance dépendra encore une fois-surtout en France- du niveau de la consommation. Or les prochains indicateurs dans ce domaine seront très mauvais (comme ceux du chômage). De nouvelles prévisions à la baisse sont à prévoir pour la croissance en Europe et en particulier en France compte tenu de la structure de cette consommation.  Par comparaison la situation de la France est assez différente de cela des autres pays par rapport à la moyenne de l’UE 27, l’Allemagne est à 93% pour l’alimentation et la France à 118. Pour le transport la France est à 131, l’Allemagne à 122, l’Espagne à 88, L’Italie à 114. Seule le Royaume Uni dépasse la France dans ce domaine. Pour l’ensemble de la consommation, la France est au dessus de la moyenne de l’UE 27 à 113. Ce qu’il faut retenir, outre l’importance de cette consommation globale, c’est la part de l’alimentation été des transports. 

  

  

Volume de la consommation effective des ménages par habitant*, par catégories de produits en 2009 

* Voir définitions. 

Source : Eurostat.  

en % de la moyenne de l’UE 27  

Catégories de produits 

Allemagne 

Espagne 

France 

Italie 

Royaume-Uni 

Consommation effective des ménages 

116 

96 

113 

101 

125 

Alimentation et boissons non alcoolisées 

93 

110 

118 

118 

84 

Boissons alcoolisées et tabac 

108 

106 

93 

80 

87 

Vêtements et chaussures 

112 

100 

95 

151 

144 

Logement, eau, énergie et travaux domestiques 

115 

79 

114 

103 

119 

Meubles et équipements de la maison 

137 

77 

114 

128 

108 

Santé 

120 

100 

119 

95 

115 

Transport 

122 

88 

131 

114 

133 

Communication 

137 

80 

104 

97 

101 

Loisirs et culture 

115 

96 

120 

77 

144 

Éducation 

98 

90 

110 

88 

102 

Restaurants et hôtels 

80 

205 

74 

122 

157 

  

  

Il est clair que certaines dépenses contraintes ne peuvent être réduites de manière significative, c’est le cas du logement, de l’eau, de l’électricité, des impôts, de la santé. Par contre, des réductions peuvent être opérées sur les gros postes comme l’alimentation dont les prix se sont envolés ces derniers mois notamment dans la grande distribution. Des réductions aussi sur l’énergie et en particulier sur le carburant. Du fait des hausses de ce carburant, la consommation a baissé de l’ordre de 1.5% sur un an. Finalement ces hausses sont très perverses puisque faute de croissance du pouvoir d’achat, les dépenses sont diminuées. Autrement dit l’inflation rogne la croissance. 

Baisse du nombre d’entreprises en France

Baisse du nombre d’entreprises en France

29 août 2011 11h30 

 

Les défaillances sont moins nombreuses -3.5% mais cela est aggravé par la diminution des créations -21% sur les six premiers mois de l’année. L’évolution du solde est donc très négative. Les  défaillances  atteignent  32.655, alors qu’avant la crise de 2008 ces  défaillances ne dépassaient pas 30.000 sur un semestre, précise la Coface. Les  défaillances augmentent surtout  dans le de transport (+9%), l’agroalimentaire (+7%) et la distribution (+5%).  La baisse des entreprises dans le transport constitue un bon indicateur de l’évolution de l’activité puisque la production et la consommation constituent le fonds de commerce du transport. C’est le signe que la demande régresse ; l’ajustement du nombre d’entreprises est très rapide dans le transport surtout dans le transport par route. Le transport ne se stocke pas, à la moindre évolution conjoncturelle, les moyens de production doivent s’adapter ; Ajoutons à cela la très faible rentabilité du secteur concurrencé notamment par les pavillons étrangers qui progressent de manière sensible y compris sur le marché national. Pour international le pavillon français devient très marginal. 

Heures sup Fillon: une erreur économique et sociale

Heures supplémentaires : mauvaise mesures pour les entreprises et les salariés  

Finalement F. Fillon a décidé de revenir sur la défiscalisation des heures supplémentaires en les plafonnant ; il rejoint donc une partie des propositions de M. Aubry qui a qualifié la défiscalisation qualifiée d’ »hérésie économique qui bloque les embauches ». Martine Aubry qui a mis en place les 35 heures (loi Aubry 1 du 13 juin 1998).ne se renie pas, on peut cependant s’interroger sur la pertinence d’une telle mesure. Si les heures supplémentaires ont été totalement défiscalisées, c’est précisément du fait du handicap de compétitivité que constituent les 35 heures. Pratiquement aucun pays au monde n’a décidé la réduction du temps de travail à 35 heures ; la moyenne en Europe est de 38,6 heures. Les 35 heures ont plombé l’économie française et largement participé à la délocalisation des productions industrielle, agricoles et même de services. F. Fillon comme M. Aubry oublient encore une chose, avec le tassement de la demande, le volume d’heures supplémentaires va nettement diminuer, les recettes à attendre de cette défiscalisation seront donc très en dessous de ce qui est attendu. C’est une très mauvaise nouvelle pour la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des salariés.Une grave erreur de diagnostic économique.

    La France est à peu près le seul pays à avoir décidé des 35heures et ne parvient pas à se remettre du handicap de compétitivité que cela a représenté. La défiscalisation joue en quelque sorte un rôle d’amortisseur mais le surcoût est cependant réel pour les entreprises qui dépassent ce seuil. Pour celles qui n’ont pas souhaité dépasser cette limite, il a fallu embaucher, d’où encore des surcoûts. Il ne faut pas chercher ailleurs les facteurs explicatifs de l’extraordinaire accélération du mouvement de délocalisation dans l’industrie, dans l’agriculture et dans les services. Outre le handicap de compétitivité des 35 heures, on ne peut passer sous silence la question taboue : à savoir la dégénérescence de la valeur travail.  A la valeur travail s’est substituée la culture RTT. Dans les secteurs qui embauchent, comme le transport par exemple, il est très difficile de recruter. Même les cadres dans une large majorité préfèrent désormais une durée du travail réduite au pouvoir d’achat et à l’avancement. Personne ne les contraint pourtant à assumer cette fonction; elle a des avantages notamment en terme de revenus voire de notoriété mais elle a aussi ses contraintes. Le pays est miné par la culture RTT. L’une des principales mesures économiques  qu’entend prendre Martine Aubry est de décourager ceux qui acceptent les heures supplémentaires (Patrons ou salariés). Il est évident que les propositions de madame Aubry ne sont pas à la hauteur des enjeux de la crise et que cette dernière  persiste dans l’ignorance des réalités économiques. Faut-il rappeler que les 35 heures ont été décidées dans un conteste très particulier. En 1997 ; la gauche ne s’attendait nullement à obtenir la majorité parlementaire. Il a fallu à la hâte lancer quelques slogans et finalement retenir la proposition syndicale des 35 heures. Cette proposition était faite depuis longtemps par la CFDT mais elle ne visait pas à obtenir le même salaire qu’avec 40 heures. C’est là la grande différence.  D’une certaine manière, il s’agit d’un détournement de revendication, revendication qui n’a pas même été négociée entre les partenaires et qui a été imposée par la loi.  Durée du travail dans les principaux états industriels européens  

PAYS   Durée conventionnelle moyenne de temps de travail par pays  
Estonie, Grèce, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne et Slovénie   40  
Irlande et Luxembourg   39  
Suède   38,8  
Slovaquie   38,7  
Autriche et Espagne   38,5  
Portugal   38,4  
Belgique, Chypre, Italie, République Tchèque   38  
Allemagne   37,6  
Finlande   37,5  
Royaume-Uni   37,2  
Danemark et Pays-Bas   37  
France   35  

   NB : Dans son dernier rapport réalisé en 2004 pour la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, l’Observatoire européen des relations industrielles de la Fondation indique que la durée moyenne de travail d’un citoyen européen est de 38,6 heures par semaine dans l’UE à 25.  

   On comprend bien la philosophie de la majorité des socialistes puisqu’ils sont en grande majorité salariés du secteur public où la rigueur de gestion n’est pas la principale préoccupation. En surenchérissant le coût du travail, on plombe un peu plus la compétitivité alors que nous avons déjà l’un des plus fort taux de prélèvement obligatoire. Plus d’impôt tue l’impôt. Ce qui se passe en France notamment avec notre croissance zéro depuis le second trimestre. Plus d’impôt, c’est moins de compétitivité, moins de production, plus de chômage et au final moins de recettes fiscales et davantage d’endettement. En effet, Le taux de prélèvements obligatoires (TPO) apparaît déjà relativement élevé en France par rapport aux autres grands pays développés. En 2006, le TPO calculé par l’OCDE, selon des modalités légèrement différentes de celles de l’INSEE, s’élevait ainsi à 44,2 % en France (43,6 % en 2007), contre 37,1 % au Royaume-Uni, 35,6 % en Allemagne, 28 % aux États-Unis, 27,9 % au Japon et 35,9 % en moyenne dans l’OCDE. La baisse du TPO est ainsi devenue un objectif emblématique de la baisse des impôts. Pour excuser la gauche et son déni d’économie, on ne peut que regretter que la droite n’ait pas eu le courage de supprimer purement et simplement les 35 heures. F Fillon ne peut en période électorale manifester ce courage, il se rabat donc sur les vieilles recettes étatistes pour taxer le travail  (qui pourtant est à l’originel du processus de délocalisation) alors qu’il faudrait faire l’inverse et transférer une partie des coûts sociaux sur la consommation. On détricote, ce qui était au départ mal tricoté mais au final, on obtient un ouvrage encore plus mal ficelé. Certes on viendra le moment venu à la suppression des 35 heures (après les élections).  Comme les grecs,  nos dérives économiques, financières, sociales se paieront chèrement. L’horizon n’est pas si loin.  

500 niches fiscales, 100 milliards d’exemption, pourquoi ?

500 niches fiscales, 100 milliards d’exemption, pourquoi ?

 

 Un nouveau rapport officiel souligne l’incohérence des niches fiables. Ce n’est  pas le premier, Après des rapports du parlement, de la Cour des comptes, du conseil d’Etat  du ministère des finances, on constate  que le manque à gagner pour l’Etat est de l’ordre de 50 milliards pour les dispositions à efficacité très douteuse. Si toutes les niches étaient supprimées, c’est alors environ 100 milliards qui seraient concernés. En fait, il existe environ 500 niches fiscales (dont 200 pour le seul impôt sur le revenu) qui constituent autant de dispositions dérogatoires au régime général d’imposition. Notons que  les orientations budgétaires de F. Fillon pour 2011-2012 ne sont que des propositions puisqu’il faudra que le parlement les vote. En outre, le budget de F. Fillon pour 2012 ne sera jamais appliqué en l’état compte tenu des élections présidentielles. Enfin ce projet est déjà obsolète compte tenu de la dégradation de la croissance. Mieux vaut donc se fier aux dispositions fiscales officielles de 2010 puisque l’exercice est clos. Si le nombre de niches fiscales est nombreux, 16 niches coûtent la moitié du total, en particulier: 

  • la TVA réduite pour des travaux de particuliers, créée en 2003 par Francis Mer coûte 5 milliards d’euros, 

  • la réduction sous forme de crédit recherche, finance les entreprises pour leur dépenses de développement coûte 4 milliards d’euros, 

  • l’aide à l’emploi dite prime à l’emploi créée en 2001 par Lionel Jospin, coûte 3,2 milliards et touche 8,7 millions de Français, 

  • aux possesseurs d’assurance-vie et de certains produits financiers, créée en 2006 par Jean-François Copé. Elle concerne les hauts revenus, 

  • la TVA à 5,5 % dans la restauration, créée par Nicolas Sarkozy en juillet 2009, coûte 3 milliards d’euros en 2010, 

  • l’emploi d’un salarié à domicile (deux catégories suivant le statut des bénéficiaires actifs ou non), coûte au total 2,9 milliards, 

  • les investissements dans l’immobilier locatif (lois Robien et Besson) coûtent plus de 80 millions d’euros, 

  • les investissements productifs dans les DOM-TOM coûtent 550 millions d’euros par an, pour 9 870 contribuables. 

  • l’abattement spécial sur les plus-values lors de la cession d’un cheval de course coûte 2 millions d’euros en 2010, 

  • les taux particuliers à la Corse, 180 millions d’euros, 

  • le taux réduit de taxe intérieure du fioul domestique, carburant diesel des agriculteurs, 1,1 milliard d’euros, 

La Corse bénéficie de seize niches fiscales qui lui sont spécifiques. Les   groupes sont les grands gagnants de ce système. Le conseil des prélèvements obligatoires observe que  leur taux réel d’imposition n’est pas de 33% mais de 13%, ce qui place la France au même niveau que l’Irlande qui a adopté une fiscalité très favorable pour attirer les capitaux internationaux. Par contre, les petites entreprises, peu familières du dédale fiscal français, sont imposées en moyenne à hauteur de 30%. On peut se demander ce qui justifie l’ampleur de ces régimes dérogatoires .La réponse est triple : le niveau de nos prélèvements obligatoires, la gestion bureaucratique de l’Etat et le poids des lobbys. La France est l’un des pays champions du monde des prélèvements obligatoires, la fiscalité pèse sur notre compétitivité, plombe la croissance et l’emploi. Si on supprimait la totalité des niches fiscales ce serait 2 points supplémentaires de prélèvements obligatoires alors que nous sommes déjà en tête dans ce domaine. De ce fait, comme on ne veut pas traiter cette question fondamentale qui impliquerait d’abord de revoir le champ et la nature de l’intervention de l’Etat providence, chaque gouvernement à son tour contourne la question fondamentale de cet interventionnisme et crée des dérogations . Ces dérogations sont souvent dictées par la conjoncture. Quand le bâtiment faiblit par exemple, on décide de mesures d’opportunité pour relancer l’activité. C’est-à-dire qu’on s’affranchit des mesures générales pour alléger la fiscalité (réduction d’impôt, subventions etc.). En clair, c’est surtout la conjoncture qui dicte la gestion de la politique fiscale. Bien entendu, on ne saurait ignorer cette conjoncture mais on ne saurait fonder une politique fiscale sur l’addition de mesures de circonstances. La question centrale en France est celle du poids global de la fiscalité et c’est ce problème  qu’il convient de traiter. Cela suppose encore une fois une reconsidération de l’intervention étatiste dans tous les domaines. L’Etat a bien entendu des missions régaliennes incontournables mais sûrement pas une mission d’intervention permanente dans tous les champs économiques et sociaux, voire culturels et sociétaux. En fait, c’est l’Etat providence tout puissant et omnipotent qui est en cause. D’une certaine manière, on prend donc la problématique à l’envers, ce n’est pas la fiscalité qu’il convient de traiter en premier mais la nature des dépenses. Ensuite seulement, on peut convenir des niveaux et des modalités de financement via l’impôt. De nombreuses résistances freinent ou même empêchent cette approche car la France à une longue histoire d’intervention centralisatrice ; A chaque problème, on attend une réponse de l’Etat quand souvent la solution dépend de l’imagination et de la mobilisation des acteurs économiques et sociaux eux mêmes. L’exemple le plus criant est celui de la protection sociale dont les partenaires ont en fait été grandement dessaisis au profit d’une gestion administrative. Deuxième facteur explicatif : la gestion bureaucratique. Le phénomène bureaucratique se caractérise par sa capacité à se reproduire lui-même ; chaque mesure fiscale génère une bureaucratie ensuite bien difficile de modifier et encore davantage de supprimer. D’une certaine façon, la bureaucratie administrative vit et entretient la complexité réglementaire ; tant qu’il y aura autant de directions centrales, de commissariats généraux, de sous direction, de bureaux, d’observatoires, d’institut administratifs rien ne pourra changer. Le volume  de l’appareil administratif pourrait être divisé par deux sans grand dommage ; outre le coût direct de cet énorme appareil administratif, il faut aussi prendre en compte les coûts indirects  que doivent surtout supporter les entreprises. Une complexité qui freine l’initiative et décourage l’effort. Un seul exemple celui de l’élaboration des feuilles de paye, dans certains secteurs, comme les transports par exemple, la complexité est telle que cette tâche a été entièrement sous traitée à des organismes spécialisés. Du coup, on n’en maîtrise plus le contenu et le niveau. La France est autant paralysée par la chape fiscale que par la complexité administrative. Il sera bien difficile de simplifier cet édifice administratif, car il y a consanguinité entre appareil politique et dispositif administratif. Pour l’essentiel, la classe politique est issue de cet appareil administratif. Par ailleurs, la plupart des responsables de grandes administrations doivent leur avancement rapide à leur passage dans les cabinets ministériels. Cette collusion de fait interdit toute réforme. Troisième facteur explicatif, les lobbys. Certes on se saurait reprocher aux lobbies d’exister et de faire entendre l’intérêt de leurs mandants. C’est  le jeu normal de la démocratie ; les lobbies existent dans tous les milieux socio-économiques. Par contre, l’intérêt général ne peut pas être constitué de l’addition de ces intérêts particuliers. Quand on examine bon nombre de dispositions et leur origine, on s’aperçoit que ce sont souvent les lobbies qui les ont suggérés puis finalement imposés en s’appuyant sur la conjoncture du moment. Des dispositions devenues pérennes grâce à la bureaucratie qui le gère et qui en vit. Conclusion, augmenter le poids de la fiscalité n’est pas la solution pour sortir la France de son immobilisme économique. C’est au contraire la baisse générale des prélèvements obligatoire qui fera tomber naturellement les niches

Pour les prix Nobel, l’Allemagne sortirait de l’Euro avant la Grèce

Pour les prix Nobel, l’Allemagne sortirait de l’Euro avant la Grèce 

 

D’après de nombreux prix Nobel d’économie réunis en Allemagne, l’Europe a besoin d’une crise avant d’engager des réformes ; Ces experts ont aussi étudié la situation des Etats-Unis et estiment qu’une nouvelle politique d’assouplissement monétaire de type QE 3 serait inutile. Pour l’Europe, ils sont unanimes pour considérer que l’intégration politique et économique est indispensable. Une intégration proche de celle des Etats-Unis. Pour eux, la zone euro peut encore s’en sortir même si de graves menaces persistent y compris la désintégration. Curieusement, ils pensent qu’en cas d’échec, ce ne sont pas les pays endettés qui quitteront l’Euro mais plutôt l’Allemagne. Les pays très endettés en quittant l’Euro verraient leur monnaie très dévaluée et l’inflation s’envoler. Ce serait exactement l’inverse pour l’Allemagne. Ils ont convenu que le lancement de l’Euro était dés le départ peu viable et qu’il était vain d’attendre une grande cohérence de pays aussi disparates et qui ne souhaitaient pas abandonner une parcelle de souveraineté budgétaire. En fait, c’est le procès de la construction européenne qui a été effectué. Il semble que les experts les plus titrés admettent maintenant que l’Europe est désormais en pleine crise existentielle. Pour s’en sortir, l’austérité est incontournable, voire indispensable afin qu’on prenne bien la mesure des réformes structurelles. D’une certaine manière, les prix Nobel rejoignent le point de vue de l’Allemagne qui souhaite, sans le dire, une sortie des pays endettés. Les experts ne disent pas autre chose mais autrement. L’Allemagne se porterait mieux avec un noyau dur de pays susceptibles d’accepter la discipline budgétaire que l’Europe leur imposerait. Par contre, les oppositions sont vives à propos de la manière de traiter en même temps la dette et la relance. Les meilleurs spécialistes souhaitent évidemment la reprise économique mais en même temps redoutent que des mesures de relance budgétaire n’aggravent encore l’endettement. C’est bien actuellement une interrogation que partage Ben Bernanke, le président de la FED aux Etas Unis. Une problématique commune à tous les pays endettés. 

Fitch n’exclut plus le scénario catastrophe

Fitch n’exclut plus le scénario catastrophe 

 

L’agence de notation  Fitch a déjà révisé les perspectives de la croissance américaine: +1,8% en 2011 au lieu de 2,6% initialement attendu et +2,3% en 2012au lieu de  2,8%. Fitch imagine maintenant un scénario plus noir. La croissance américaine y est revue à 1% en 2011, suivie par un repli du produit intérieur brut (PIB) du pays de 0,6% en 2012 et une reprise limitée à 1,5% l’année suivante. L’agence n’écarte pas un ralentissement plus prononcé qu’attendu de la première économie mondiale, suivi par son retour en récession.  « Compte tenu du début de retranchement du consommateur (américain), dans un contexte où les marchés du travail et de l’immobilier sont faibles, les inquiétudes des marchés financiers sur la probabilité d’un retour en récession des Etats-Unis ont augmenté », explique Maria Malas-Mroueh, de Fitch à Londres. L’onde de choc concernerait toute les régions du monde même si la zone euro paraît apparemment moins affectée avec uen croissance molle à 1,7% en 2011, avant de ralentir à +1,4% en 2012, puis de passer à  +1,8% au cours des deux années suivantes. Par rapport aux projections actuelles de Fitch, cela équivaudrait à une perte de PIB cumulée de 0,7 point de pourcentage sur 2012 et 2013. L’agence estime que la zone euro serait protégée par sa faible dépendance aux exportations vers les Etats-Unis qui n’ont respectivement pesé que 1,5% et 2,5% dans les PIB français et allemand en 2010. Par ailleurs, l’Europe profiterait d’un repli du prix du baril de brut. Au plan mondial, la croissance mondiale serait au total amoindrie de 2,1 points de pourcentage sur trois ans pour être ramenée à +2,7% en 2013 contre une projection initiale de 3,4%. Les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) enregistraient une chute de 2,2 points de pourcentage de croissance sur la même période. Fitch ne mesure ici que les effets mécaniques d’une dépression aux Etats-Unis mais ne calcule pas les effets systémiques, c’est à dire l’influence des dépressions des autres zones sur les Etas Unis et les effets en retour. Malgré l’intérêt de l’étude de ces scénarios fort possibles aux Etas Unis, on en mesure aussi les limites. Témoins ces temps derniers l’explication de la dépression américaine du fait de la dette européenne et inversement la justification du tassement européen par la perte de la note AAA aux Etas Unis et les atermoiements sur le plafond de la dette. En quelque sorte,  les deux zones s’accusent mutuellement d’être à l’origine de la crise. La réalité est plus complexe l’interdépendance des économies et des marchés alimente la tendance baissière généralisée. De ce point de vue, les Etats-Unis sont aussi responsables que l’Europe du dévissage de la croissance. Il aurait surtout fallu ajouter  un élément fondamental que Fitch ne prend pas en compte parce que sans doute plus complexe, à savoir la perte de confiance des consommateurs et des investisseurs. De moins bons résultats économiques laissent présager de moins bons résultats financiers dans les entreprises- voire des résultats financiers négatifs- pour certaines valeurs financières, l’aversion au risque se trouve renforcée et pèse sur les marchés boursiers et obligataires. Pour le consommateur, la perspective d’un ralentissement économique, voire d’uen récession, annonce davantage de chômage et moins de revenus qui eux influencent la réduction de la consommation et donc de la croissance. Bref une spirale infernale qu’on commence  imaginer avec une perspective de redressement pas avant 2015. 

 

Après le sucre, le retour de la Gabelle ?

Après le sucre, le retour de la Gabelle ?

 

De toute évidence, la nouvelle taxation des boissons sucrées a quelques difficultés à trouver des justifications ; On aurait mieux compris-et sans doute en même temps contesté- un relèvement général de la TVA sur les produits de consommation. Par contre, un nouvel impôt sur le sucre dans les boissons est pour le moins surprenant. Sa justification pour lutter contre l’obésité et plus généralement pour améliorer la santé suscite de nombreuses interrogations ; le sucre est en effet partout (ou son substitut qui est encore plus dangereux) : dans les boisons bien sûr comme dans les autres aliments. Le sucre comme le sel a pour fonction de relever le goût de produit un peu fade voire parfois même pour dissimuler la platitude de la saveur. Pourquoi le sucre ? Ce sucre dans Les boissons sans additif issues du pressage des fruits est tout aussi abondant sinon plus. La taxation supplémentaire des sodas n’est par ailleurs pas très cohérente avec la lutte contre l’alcoolisme. Un litre de jus d’orange est souvent plus cher qu’un litre de vin ordinaire ! Pourquoi pas le sel dont la consommation excessive est également nuisible. Ce serait le retour de la Gabelle. Cet impôt créé par les romains, a été  repris au 12 ème sicle. Le bon roi St Louis en fit une taxe temporaire en 1246, taxe qui devient permanente sous Philippe VI qui l’appliqua dans tout le royaume.  Il a fallu attendre 1945 pour qu’une loi de fiances la supprime définitivement. L’intérêt d’une nouvelle gabelle, c’est qu’il existe difficilement des substituts au sel. F ; Fillon a sans doute des motifs économique davantage que sanitaire pour accroitre la fiscalité sur les boissons au sucre ajouté. Il s’agit de lutter contre l’obésité de la dette. La fiscalisation du sucre vise à lui faire retrouver uen ligne plus conforme aux critères esthétiques des agences de notation. Il sera d’autant plus aisé de faire serrer la ceinture aux français si ces derniers perdent des rondeurs dues à la consommation outrancière de sodas sucrés. Le régime minceur s’impose sans doute pour la France dont l’endettement public est à peu près équivalent à une année de richesse nationale (le PIB). Les diététiciens savent que pour retrouver durablement la ligne, les régimes  radicaux sont plus dangereux qu’efficaces. Pour la diététique, comme pour l’économie, l’effort doit être régulier. Mieux vaut par exemple parvenir progressivement à l’équilibre budgétaire plutôt que d’imposer trop hâtivement des restrictions qui sont susceptibles de tuer le consommateur et la croissance. A moins qu’il ne soit trop tard et que la disette ne puise plus nous guérir ni de la récession, ni de l’endettement. Si la guérison est encore possible, la pathologie de la dette a davantage besoin d’un économiste que d’un diététicien, fut-il Premier ministre.

 

Budget Fillon : un répit provisoire

Budget Fillon : un répit provisoire

 

F ; Fillon a sans doute obtenu un répit de quelques semaines ; les annonces budgétaires vont rassurer pendant un petit moment. Malheureusement la sortie prochaine d’indicateurs économiques très décevants va remettre en cause la pertinence de ces mesures. Les prochaines statistiques sur le chômage et la consommation vont discréditer les perspectives de croissance notamment pour 2012, donc accroitre le déficit budgétaire et la dette.

Sans le tassement de la croissance, il fallait trouver environ 10 milliards (de recettes en plus et de dépenses en moins) Le gouvernement français annonce aujourd’hui les mesures pour boucher ce trou: 1 milliard en 2011 et 11 milliards en 2012. Le  trou budgétaire  s’est approfondi puisque les perspectives budgétaires étaient fondées sur une croissance de 2.% alors qu’il faudra se contenter de 1.5 à 1.6%. Fillon retient désormais une perspective de 1.75% en 2011 et 2% en 2012 pour ne pas atteindre le moral des consommateurs et des investisseurs. Ce qui permet en outre de surévaluer les recettes donc de réduire fictivement le montant du futur déficit budgétaire. Même sous essimé, le  ralentissement économique implique des ajustements supplémentaires. Ce ne sont plus 11 milliards d’économies qu’il faut trouver avec le ralentissement mais plus d’une quinzaine, cela pour respecter les objectifs de déficit. En effet la France s’est engagée à réduire le déficit public de 7,1% du produit intérieur brut fin 2010 à 5,7% fin 2011, 4,6% fin 2012 et 3% fin 2013. Avec ces mesures, on dépassera les 6% de déficit budgétaire en 2011. En 2012, la prévision de croissance à 2.% est obsolète, elle sera de l’ordre de 1%, du coup on sera au moins à 6% de déficit budgétaire et non à 4.5% comme l’annonce F.Fillon. Conclusion, on ne pourra jamais atteindre l’objectif de 3% fin 2013. Le réajustement budgétaire est donc dépassé avant d’être adopté. Sur le détail, on  rabote une partie des niches fiscales et sociales, on crée pour des raisons électorales un prélèvement symbolique sur les « riches » (plus de 50 000 euros de revenus) et on réduit à la marge les dépenses puisque pour l’essentiel elles sont contraintes par le fonctionnement. C’est donc un budget d’équilibre théorique compromis entre la réalité et les contraintes électorales. F.Baroin ( qui n’est cependant pas sans qualité), se soumet d’autant plus facilement à ces « exigences financières électorales », que comme C. Lagarde, il ne connaît rien à l’économie. 

 

La croissance zéro remet en cause budget et dette

La croissance zéro remet en cause budget et dette

 

Croissance zéro au second trimestre et  la fin de l’année pourrait s’inscrire sur la même tendance. Il faut se rappeler que les résultats du premier trimestre  avaient créé une heureuse surprise avec +0.9% On voit mal comment la croissance pourrait être dynamique  puisque le principal moteur est la consommation et que cette dernière a diminué en juin de 1.8%. La production industrielle est aussi en berne avec -0.4%. Par ailleurs, le solde des échanges est toujours dans le rouge.  Depuis le début de l’année en cumul, on atteint -24,623 milliards; Sur l’ensemble de l’année, le solde pourrait être d’environ à environ -75 milliards pour  -52,2 milliards pour 2010. Le chômage de juin prouve que la croissance s’écroule. Pour la catégorie A (chômeurs sans activité au cours du mois), la hausse est de 0.3% en juin. Sur un an,  la progression atteint 1.5%Si on prend en compte la catégorie B et C (chômeurs à activités réduite). Les hausses du chômage de mai et juin confirment le retournement complet de la croissance ; Le gouvernement s’est fixé pour objectif de ramener le taux de chômage en France métropolitaine sous la barre symbolique de 9,0% d’ici la fin de l’année, contre 9,3% fin 2010. Compte tenu du tassement économique actuel, le taux pourrait en fait atteindre 10%.  Précisément, c’est le chômage qui inquiètent le plus les français.  Les résultats de la dernière enquête de l’INSEE sur le moral des ménages donnent lieu à des interprétations divergentes ; En légère amélioration sur juin, les résultats sont toujours à 14 point de moins par rapport à la moyenne de la période 1987-2010. Il est surtout intéressant d’observer la tendance structurelle. C’est surtout le niveau de vie et le chômage qui inquiètent. Deux questions liées.Les objectifs budgétaires ne seront atteintsD’ores et déjà Le Fonds monétaire international prévoit que la France ne parviendra pas à ramener son déficit public sous la barre des 3% du PIB avant 2014, alors que le gouvernement envisage d’atteindre cet objectif dès 2013. Le FMI prévoit pour la France  un déficit public de 5,7% du PIB fin 2011, 4,8% fin 2012, 3,8% fin 2013 et 2,9% fin 2014, sur la base d’une croissance économique prévue à 2,1% en 2011, 1,9% en 2012 et 2,0% en 2013. En réalité pour le déficit budgétaire, avec une croissance nettement ralentie, on sera près de 6% en 2011 et sans doute presqu’autant sinon plus  en 2012 car la croissance de 2012 sera encore plus faible qu’en 2011. L’objectif de 3% en 2013 est donc illusoire. La question de la croissance française sera centrale dans l’appréciation de la solvabilité du pays ; C’est cette information qu’attendent les marchés pour décider ou non de porter uen appréciation négative sur l’endettement. Ladépression de juillet, puis des mois suivants risquent d’être forte. En outre on ne peut intégrer par avance les effets éventuels d’une attaque sur la dette de la France. Pour l’ensemble de ces raisons, les marchés risquent de réagir- voire de sur réagir comme disent les experts aux lunettes roses- sur les marchés obligataires et boursiers.

La sortie de l’Euro

Conséquences de  la sortie de l’euro      La sortie de l’euro (ou son éclatement)  est posée par de nombreux souverainistes de droite comme de gauche. On ne peut intellectuellement ignorer cette hypothèse et se contenter de dire que ce serait une catastrophe ou au contraire la vraie solution pour sauver la France du désastre. Pour tenter de répondre à ce questionnement, il faut rappeler la réalité de notre situation. Schématiquement, nous accumulons les déficits depuis 35 ans au point aujourd’hui d’avoir à gérer une dette officielle de l’ordre de 2000 milliards soit à peu près l’équivalent du PIB fin 2011(il faudrait prendre en compte les dettes hors bilan, les dépenses non provisionnées  etc.). On peut bien sûr simplifier et considérer que nous n’avons pas à répondre de ces dettes. Ce serait alors faire défaut et les conséquences seraient catastrophiques vis-à-vis de notre monnaie et des taux d’intérêt. Supposons que nous sortions brutalement de l’euro pour retrouver par exemple le franc. Immédiatement, la monnaie subirait une dévaluation de l’ordre de 20%. Certains diront que c’est une dévaluation compétitive qui nous permettrait  de mieux exporter. Ce raisonnement n’est pas faux mais compte tenu de nos importations contraintes (énergies, biens non produits en France), le renchérissement de ces importations serait au moins de 20%. Donc retour à la case départ. On pourrait objecter que notre industrie notamment pourrait se développer sur les biens actuellement importés. Sans doute mais on ne reconstruit pas un appareil industriel en une ou deux années. Il faut tenir compte des investissements à réaliser et de la productivité à dégager pour être compétitifs. Si on ne change pas fondamentalement la structure et le niveau de nos dépenses, aucune compétitivité ne pourra être restaurée. La sortie de l’euro provoquerait par ailleurs un mouvement économique autarcique généralisé qui nuirait aux échanges, or les échanges internationaux portent la croissance, ils sont même supérieurs à la progression de l’activité. Le protectionnisme qui en résulterait amènerait inévitablement des mesures de rétorsion de la part des pays où nous exportons (matériel de transport comme les Airbus  ou  TGV, centrale électriques, BTP, produits pharmaceutiques, industrie chimique etc.). Pour la plupart de ces productions, nous tirons une grande part de compétitivité de la complexification des processus de production qui permettent de profiter des avantages de la spécialisation spatiale. Notre industrie automobile par exemple n’est réellement française qu’à hauteur d’environ 25%.  Une automobile entièrement française verrait son prix doubler compte tenu du niveau de nos coûts de production. Il en serait de même pour de nombreux produits. La dévaluation issue de la  sortie de l’euro générerait une hausse considérable des taux d’intérêt, or une économie moderne ne peut vivre sans le recours  à l’emprunt même s’il faut bien considérer que certains  emprunts sont excessifs quand ils ne peuvent être apurés dans des délais satisfaisants. La dévaluation provoquerait une inflation importante certainement supérieure au montant de la dévaluation puisque nos productions seraient en grande partie soumises  au niveau de nos coûts. Ou alors il conviendrait parallèlement d’engager un plan d’austérité sans précédant, c’est-à-dire par exemple augmenter les prélèvements obligatoires de 10% et réduire nos dépenses de 10% également. Pour résumer, la sortie de l’euro est possible mais il faut alors avoir le courage de dire que cela se traduira par une baisse drastique du niveau de vie. Pourquoi pas, ce serait une modification fondamentale de notre mode de vie et notamment de notre mode de consommation (ce que souhaitent les écolos purs et durs). Pendant une longue période, celle correspondant au réajustement des modes de production et de consommation, il faudrait alors compter sur une hausse également brutale du chômage ; officiellement le taux de chômage est de l’ordre  de 10%, en réalité environ 15% si on compte les personnes aidées – RSA par exemple). Le chômage pourrait alors doubler ; ce serait autant de ressources fiscales en moins, autant de consommation en moins, autant de croissance en moins. L’analyse de l’économie moderne s’accommode mal des raisonnements simplistes car on ne peut faite abstraction des effets systémiques d’un brusque retour en arrière. L’euro  au moins le mérite d’apporter un peu de stabilité (notamment dans les échanges). Il n’est pas parfait car il souffre d’une insuffisance de gouvernance économique et politique.de plus. De toute manière, il faudra construire une nouvelle Europe de manière plus progressive afin d’harmoniser les conditions économiques et sociales (Europe des cercles) En outre, l’économie mondiale présente de graves insuffisances en matière de régulation notamment pour harmoniser progressivement la concurrence notamment ses dimensions économiques, monétaires, sociales et environnementales. Il est exact qu’après la crise de 2008, on a vite oublié les promesses en matière de régulation. Ceci étant toutes ces insuffisances ne sauraient donner la moindre légitimité scientifique au discours populiste du repli sur soi. Ajoutons un dernier argument, politique celui-là, à savoir que le repli sur les seuls intérêts nationaux a toujours correspondu dans histoire aux conflits les plus dramatiques. La France a besoin d’Euro et réciproquement pour le progrès comme pour la paix. 

 

Une crise plus grave qu’en 1929

 

L’histoire reteindra sans doute, d’ici quelques années que la crise qui se prépare doit beaucoup à l’incompétence et à l’irresponsabilité des autorités politiques de la plupart des pays développés. Les citoyens ne sont sans doute pas  innocents car ils ont toujours préféré élire ceux qui promettent des lendemains enchanteurs.  A cet égard, il faut bien constater une incertaine cohérence  entre le profil des dirigeants et la mentalité des peuples. Promettre des larmes et du sang n’a jamais été très vendeur. Pourtant, la crise qui se prépare sera vraisemblablement plus dramatique que celle de 1929. En effet pour les Etats- Unis comme pour la France, il n’avait fallu qu’une dizaine d’année pour retrouver le niveau d’activités économiques de 1929. Cette fois il faudra sans doute environ 20 à 40 ans pour s’en sortir. Il suffit pour s’en persuader de regarder en face quelques réalités chiffrées simples.

 

 

Ici, nous nous en tiendrons à des ordres de grandeur afin de ne pas nous perdre dans les détails qui font oublier l’essentiel. Cela ne saura satisfaire l’esthétisme des experts qui attache souvent pus d’importance au quatrième chiffre après la virgule qu’aux sommes en jeu. Pour s’en tenir seulement à la France, la dette actuelle est grossièrement de l’ordre de 2000 milliards (on peut ergoter sur ce montant  du fait d’approche comptables différentes) soit  à peu près l’équivalent du PIB en 2011. Autrement dit, le taux d’endettement par rapport au PIB atteint 100%. Si rien ne devait changer et à condition que l’équilibre budgétaire soit réalisé dès 2012, cette dette atteindrait 4000 milliards dans 20 ans en supposant un taux d’intérêt moyen de 3% (taux actuel préférentiel avec la note Aaa). En moyenne annuelle pour apurer complètement cette dette, il faudrait donc rembourser 200 milliards par an. Soit pendant 20 ans un prélèvement supplémentaire de 10% du PIB. Or il faut rappeler que nos prélèvements obligatoires sont déjà de l‘ordre de 50% (là aussi on peut ergoter sur le taux). La compétitivité française déjà plombée par la fiscalité n’y résisterait pas et la croissance en serait gravement affectée. On objectera justement que ces hypothèses chiffrées ne tiennent pas compte de la croissance future donc des ressources fiscales à venir. Or depuis plusieurs dizaines d’années, ce taux de croissance tourne autour de 2% par an en moyenne. On ne voit pas pourquoi, brusquement ce taux évoluerait à la hausse compte tenu de l’émergence des nouveaux pôles économiques mondiaux. On peut même craindre une baisse pour n’atteindre que 1% en moyenne, ce qui ne serait déjà pas un mauvais résultat. Il faut en effet prendre en compte que nous allons connaître une période forte récession donc une croissance négative pendant plusieurs années. Il s’agira des conséquences de la crise obligataire, de la hausse des taux d’intérêt, du ralentissement des échanges mondiaux, de la baisse de la consommation intérieure et du chômage. 5 à 10 ans seront nécessaires pour nous redresser comme en 1929 mais il faudra encore une dizaine d’années pour retrouver une croissance satisfaisante. En moyenne donc une croissance de 1% serait donc déjà un résultat acceptable. Evidemment les hypothèses de remboursement de la dette doivent, parallèlement aux scénarios de croissance et de rentrées fiscales, tenir compte de l’évolution des dépenses. Il faudra de toute manière en réaliser de gré ou de force. Elles devront être au moins supérieures à 200 milliards par an d’une part pour rembourser la dette d’autre part pour équilibrer le budget. En gros, le déficit budgétaire sera d’environ 10% en 2012. Il faudra donc ponctionner 200 milliards pour le remboursement de la dette et 100 milliards pour équilibrer le budget toutes choses égales par ailleurs. C’est donc 15% qu’il faut ponctionner en plus sur la richesse nationale. Maintenant rien ne dit que les taux d’intérêt resteront en moyenne à 3% (à noter que Standard and Poor’s prévoit si la situation ne change une notation de  AA en 2020, d’un A en 2025, d’un BBB en 2030 et d’un pays noté en catégorie spéculative avant 2040 ; une situation à la grecque). Pour vérifier le raisonnement, il suffit de lire le dernier rapport de la cour des comptes qui résume la situation ainsi  « La France a des ressources fiscales pour assumer 10 mois par an de dépenses, le reste, elle  l’emprunte ! » C’est donc bien environ 15% de ressources supplémentaires qu’il faut trouver d’une manière ou d’une autre (et sans doute pas par combinaison de toutes). 

Si le taux d’intérêt  devait passer à 6%, il faudrait ponctionner 30% supplémentaires sur la richesse nationale. Donc au total presque 80% ! La situation est donc beaucoup plus rave qu’en 1929 pour la France (mais pour beaucoup de pays qui ont des situations comparables y compris les Etats-Unis). Dès lors, on se demande qui aura la lucidité et le courage pour engager le redressement nécessaire car les efforts à demander seront bien incompatibles avec les promesses électorales indispensables pour se faire élire. On peut effectivement imaginer que les autorités politiques n’auront ni la capacité, ni la volonté de gérer une telle situation et que finalement ce sont les marchés qui vont réguler nos dettes. De quelle manière ? Vraisemblablement par l’inflation et la dévaluation. Pour simplifier à l’extrême et ne pas se perdre dans les dans les calculs scientistes, c’est 15 à 20 % qu’il prendre dans la poche des contribuables et/ou des consommateurs et cela pendant une vingtaine d’années et à condition de ne plus laisse le budget dériver. L’effort à demander sur 20 ans sera sans doute excessif, il faudra donc étaler le rééquilibrage sur 30 ou 40 ans. Rien de surprenant puisque nous avons laissé dériver nos grands équilibres depuis une quarantaine d’années, il en faudra autant pour remonter le courant. On est loin de propos rassurants des « autorités européennes » qui ne voient dans la crise actuelle qu’un « fébrilité temporaire des marchés ». Pour permettre le rétablissement durable des grands équilibres, il faut aussi une nouvelle régulation économique et financière d’abord en Europe puis au plan mondial. Bref, une véritable Europe,  un véritable G20. C’est-à-dire concilier l’efficacité du marché avec des règles équitables en matière économique, fiscale, sociale et environnementale. D’immenses chantiers, la question est de savoir si nous trouverons les chefs de chantiers compétents et courageux pour ces travaux. 

  

  

 




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