Archive pour le Tag 'Israël'

Israël-Palestine : la solution de l’État unique

Israël-Palestine : la solution de l’État unique


Si la communauté internationale dans son ensemble défend toujours, en paroles du moins, la solution dite « des deux États », il convient aussi d’examiner celle de l’État unique israélo-palestinien. Une possibilité crédible, à condition que des concessions importantes soient faites de part et d’autre.

par Monique Hirschhorn Professeur émérite de sociologie, Université Paris Cité dans The Conversation.

Une issue positive au conflit israélo-palestinien est-elle possible ? La réponse que Donald Trump vient d’apporter à cette question – transformer la Bande de Gaza en « Riviera » tout en relogeant les 2 millions de Gazaouis dans « de belles maisons » en Égypte et en Jordanie – a suscité une condamnation unanime du monde arabe et plongé la communauté internationale dans la perplexité. Aussi indécente et irréaliste qu’elle soit, cette idée met en évidence l’incapacité de la diplomatie internationale, comme si l’échec des accords d’Oslo (1993) et des tentatives qui ont suivi avait entravé définitivement l’imagination politique.

Or une autre solution existe qui, comme le rappelait Edward Saïd dans un article paru en 1999, avait déjà été proposée, avant même la création de l’État d’Israël, par des intellectuels juifs parmi lesquels Judah Magnes, Martin Buber ou encire Hannah Arendt… et que vient de reprendre à son compte, en 2024, l’historien israélien Shlomo Sand, dans Deux peuples pour un État. C’est celle de la création d’un seul État dans lequel vivraient ensemble Israéliens et Palestiniens. Une solution, qui, si l’on analyse la situation israélo-palestinienne actuelle d’un point de vue sociologique, est non seulement envisageable, mais réaliste.

L’État unique est viable
Il suffit en effet de regarder les cartes d’Israël et des territoires palestiniens pour se rendre compte que le développement ininterrompu de la colonisation en Cisjordanie a rendu quasiment impossible la solution à deux États, laquelle posait aussi le problème de l’absence de continuité géographique entre la Bande de Gaza et du partage de Jérusalem.

En revanche, en l’état actuel, le pays constitué par la réunion d’Israël et des territoires palestiniens, y compris Gaza, est viable. Avec environ 15 millions d’habitants, il aurait, sur un territoire dont la superficie (27 555 km2) est à peine inférieure à celle de la Belgique, une densité de population (544) légèrement supérieure à celle du Liban et bénéficierait d’une population jeune qui pourrait contribuer à son développement économique.

La société israélienne est déjà une société multiculturelle
Ce nouvel État serait bien évidemment multiculturel, mais au regard de ce qu’est déjà la société israélienne, c’est un bouleversement moins radical qu’on pourrait le penser, car la population israélienne est déjà une population multiculturelle.

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Elle comprend en effet, selon les statistiques officielles du Central Bureau of Statistics, plus de 21 % d’Arabes israéliens (dont une petite partie de chrétiens, de druzes et de bédouins), descendants des Palestiniens autochtones. Même si, le plus souvent, ils n’habitent pas les mêmes villes que les Israéliens – le cas de villes mixtes comme Haïfa est peu fréquent –, ni les mêmes quartiers, même si leur niveau de vie est très inférieur à celui du reste de la population israélienne et s’ils sont confrontés à de nombreuses discriminations, ils ont encore, comme l’ont voulu les fondateurs d’Israël en créant un État juif et démocratique, le droit de vote et sont représentés au Parlement (à eux deux, les partis arabes Hadash-Ta’al et Ra’am disposent actuellement de 10 des 120 sièges de la Knesset).

Quant à la population israélienne non arabe, elle est elle-même multiculturelle, car constituée par des vagues successives d’immigrants qui ne parlaient pas les mêmes langues, n’avaient pas la même culture, ne se sont pas insérés de la même manière. Pour mémoire, de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1948, sont arrivés des Juifs d’Europe fuyant les pogroms et les régimes fascistes ; après la création de l’État, des Juifs du Moyen-Orient et des rescapés de la Shoah ; dans les années 1950, des Juifs du Maghreb, venus en majorité du Maroc ; dans les années 1960, des Juifs d’Union soviétique, qui seront encore plus nombreux après la chute de celle-ci dans les années 1990, et auxquels s’ajouteront même, entre 1983 et 1991, un petit nombre de Juifs éthiopiens, les Falachas ; enfin, jusqu’à maintenant, des Juifs venant de Russie, d’Ukraine, de France, des États-Unis…

Bien que la société israélienne ait un fort pouvoir intégrateur porté par l’usage de l’hébreu, par la fabrication d’un narratif commun et les commémorations qui l’accompagnent ainsi que par l’obligation du service militaire, elle n’a pu effacer ces différences, d’autant que le rapport à la religion n’est pas un facteur d’unification. Dans chacune de ces populations se trouvent aussi bien des Juifs ultra-orthodoxes que des pratiquants par tradition ou des laïcs, et, dans le cas des immigrants russes les plus récents qui ont obtenu la nationalité alors qu’un seul de leur grand-parent était juif, aussi bien des laïcs que des chrétiens orthodoxes.

Loin donc d’être une société « juive », la société israélienne est, comme beaucoup d’autres sociétés nationales de notre époque, une société multiculturelle, comme le montrent les fortes mobilisations communautaires qui, dans le contexte d’un régime électoral fondé sur la proportionnelle intégrale, trouvent une expression politique. Mais, comme le soulignait le sociologue Baruch Kimmerling, Israël est un État multiculturel qui ne reconnaît pas son multiculturalisme.

Un État unique ne serait pas nécessairement plus exposé au terrorisme que ne l’est actuellement Israël.
Il y a un argument qui s’oppose radicalement à la possibilité de la constitution d’un seul État, c’est celui des extrémistes israéliens qui, par exemple le général de brigade et spécialiste du renseignement Yossi Kuperwasser, voient dans tout Palestinien un terroriste en puissance qui ne veut que la destruction d’Israël.

Il ne s’agit pas de nier les manifestations de violence, qu’il s’agisse des actions terroristes – celle du 7 octobre 2023 étant la plus effroyable – ou des soulèvements populaires, les intifada, auxquelles les Israéliens ont dû faire face depuis la création de l’État ; mais il ne faut pas oublier que cette violence est avant tout une violence réactive : d’abord à la Nakba, l’exode en 1948 de plus de 750 000 Palestiniens, puis à l’occupation des territoires, à la poursuite ininterrompue de la colonisation, aux multiples mesures de répression, aux emprisonnements, aux meurtres non condamnés, aux provocations comme celle qu’a constituée en 2000 la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées, au blocus de Gaza, aux opérations militaires…

Si la violence était aussi inscrite dans la culture palestinienne que veulent le croire une partie des Israéliens, jamais les accords d’Oslo n’auraient pu été signés. À l’inverse de ce que soutiennent les extrémistes israéliens, le souhait le plus cher d’une grande partie des Palestiniens, comme le montre une enquête socio-anthropologique menée dans la bande de Gaza de 2007 à 2019, est d’avoir la possibilité de travailler pour améliorer leurs conditions de vie. Le soutien apporté au Hamas n’est pour une grande part que l’expression du désespoir et de l’impuissance.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que, en particulier dans le monde intellectuel et artistique, des relations ont existé et existent jusqu’à maintenant entre des Juifs israéliens, des Arabes israéliens et des Palestiniens de Jérusalem, de Cisjordanie et même de Gaza. Ces relations, dont un exemple a été la création par Daniel Barenboïm de l’orchestre israélo-arabe West-Eastern Divan Orchestra, ont toujours été soutenues par la gauche israélienne dont le journal Haaretz (Le Pays), créé en 1918, reste jusqu’à aujourd’hui le porte-parole ainsi que des mouvements comme La paix maintenant.

Une solution qui suppose un changement radical dans la conception de l’État
La première condition est évidente. Quelle que soit la forme que prendrait cet État, sa création demande d’abord d’abandonner la logique militaire dans laquelle, depuis la création de l’État, les gouvernements successifs, y compris ceux de gauche israélienne, se sont trouvés enfermés, et de faire ces gestes décisifs que seraient l’arrêt de la colonisation et de la répression systématique ainsi que la remise en liberté des quelques hommes politiques palestiniens dont l’objectif est de vivre en paix avec les Israéliens.

Mais ce changement radical de politique, qui suppose préalablement la défaite électorale de la coalition au pouvoir, n’est envisageable que si une majorité d’Israéliens prend conscience que, s’ils veulent vivre dans un pays qui n’est pas continuellement en guerre, ils doivent se rallier à une conception de l’État qui va exactement à l’inverse de celle qui a conduit en 2018 au vote de la loi « Israël État-nation Juif » et à la création par Benyamin Nétanyahou, le 28 mai 2023, de l’Agence gouvernementale de l’identité nationale juive – deux étapes clés qui signent, selon le titre de l’ouvrage de Charles Enderlin, L’agonie d’une démocratie.

Dans cette nouvelle optique, la légitimité de l’État ne repose plus sur le fait d’avoir une histoire et une identité commune, mais sur le choix de vivre ensemble et de partager un même destin. Ce n’est en effet qu’à cette condition que les Israéliens, qui célèbrent la naissance de l’État d’Israël quand les Palestiniens commémorent la Nakba, pourraient vivre avec les Palestiniens. Car cet État, dont le mode de fonctionnement pourrait être emprunté à la Belgique, au Canada… accorderait à tous les citoyens les mêmes droits, y compris la possibilité pour les individus et les groupes de vivre comme ils l’entendent, de préserver leurs particularités, pour autant que cette liberté ne remette pas en question la vie commune.

Ne nous y trompons pas. En ce début du XXIe siècle où nombre d’États sont multiculturels ou le deviennent, le défi auquel doivent faire face les Israéliens et les Palestiniens est aussi le nôtre.

Cet article a été co-écrit avec Elena Qleibo, anthropologue, spécialiste de la Palestine, autrice de Gaza, S’en sortir sans sortir, Ethnographie de la vie quotidienne sous blocus, Éditions du Croquant, 2020.

Conflit Israël : l’Iran prend en otage un cycliste français !

Conflit Israël : l’Iran prend en otage un cycliste français !

Preuve de la fragilité du régime religieux, l’Iran en riposte aux attaques américaines et israéliennes arrête un cycliste Franco allemand. Un jeune touriste qui parcourt le monde à bicyclette !

Motif : l’intéressé aurait commis un délit qui n’est pas précisé : sans doute pour avoir donné des nouvelles à ses proches par téléphone !

La dictature des religieux devient d’autant plus folle que le régime perd de plus en plus de son crédit au sein même du pays. L’autre preuve de cette fragilité et de cette fébrilité, c’est cette décision invraisemblable de lancer une fatwa contre le président américain. En clair, Il s’agit d’encourager les fanatiques et les cinglés à commettre des crimes. Un appel qui malheureusement risque d’être entendu tellement le nombre d’abrutis fanatisés est grand dans le monde.

Le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi a reconnu ce jeudi 10 juillet, dans un entretien publié par nos confrères du Monde, que les autorités du pays ont interpellé Lennart Monterlos, le jeune cycliste de 18 ans porté disparu depuis le 16 juin dernier. «Il a été arrêté pour avoir commis un délit, et une notification officielle concernant sa situation a été transmise à l’ambassade de France», précise-t-il.

Deux autres Français, Cécile Kohler et Jacques Paris, accusés notamment d’espionnage pour le compte d’Israël, sont détenus en Iran et encourent la peine de mort. La professeure de lettres âgée aujourd’hui de 40 ans, originaire de l’est de la France, et son compagnon Jacques Paris, 72 ans, avaient été arrêtés le 7 mai 2022, au dernier jour d’un voyage touristique en Iran.

Conflit Iran : Macron contre un « changement de régime »

Conflit Iran : Macron met en garde contre un « changement de régime »

Le président français Emmanuel Macron macron persiste et signe en s’opposant à un renversement du régime au pouvoir en Iran par la force. Une position qui s’appuie notamment sur l’expérience en Libye et en Irak dont le contexte était pourtant complètement différent. En fait, Macron cherche surtout à être original pour exister a averti mardi 17 juin que toute tentative de renversement du pouvoir en Iran par la guerre entraînerait le « chaos » dans le pays et appelé à revenir à la « table des discussions » .

« La plus grande des erreurs aujourd’hui, c’est de chercher par la voie militaire à faire un changement de régime en Iran, parce que ce sera là le chaos », a-t-il déclaré devant la presse au deuxième jour d’un sommet du G7 à Kananaskis (Canada).

Israël veut éliminer le guide suprême iranien

Israël veut éliminer le guide suprême iranien

Tuer l’ayatollah Khamenei «mettra fin au conflit», déclare Netanyahou au micro de ABC News

Selon le premier ministre israélien, Ali Khamenei est «comme un Hitler moderne». «Il ne s’arrêtera jamais, mais nous allons faire en sorte qu’il n’ait pas les moyens de mettre ses menaces à exécution», a-t-il ajouté.

Les Américains, a souligné Benyamin Netanyahou, devraient être profondément préoccupés par les efforts déployés par Téhéran pour se doter d’une arme nucléaire et par sa capacité de plus en plus musclée en matière de missiles balistiques. «Aujourd’hui, c’est Tel Aviv, demain ce sera New York», a-t-il dit.

Conflit Israël-Iran : Quelles perspectives ?

Conflit Israël-Iran : Quelles perspectives ?

Alors que l’ombre d’un conflit total plane, Israël et l’Iran poursuivent un dangereux jeu d’équilibre. Entre frappes ciblées, escalade verbale et diplomatie de l’ombre, les deux puissances semblent éviter de franchir le seuil de l’irréparable. La perspective d’un embrasement régional inquiète, mais la logique stratégique, les limites opérationnelles et les pressions internationales tempèrent les ardeurs guerrières. Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*) dans La Tribune

Alors que les tensions entre Israël et l’Iran ont atteint de nouveaux sommets ces dernières semaines, nombreux sont ceux qui redoutent une bascule vers une confrontation militaire directe intense et incontrôlable. Le concept de guerre est évolutif et le retour à la négociation peut survenir aussi rapidement. Les derniers échanges entre Tel-Aviv et Téhéran sont probablement du jamais vu, mais chaque pays, s’il sait ce qu’il pourrait faiblement gagner, sait surtout ce qu’il peut perdre. Tel-Aviv est déjà parvenu à reculer de 4 ans l’aboutissement du programme nucléaire militaire iranien. Et chacun craint vraiment le pire, les Israéliens comme les Iraniens. Les morts se multiplient depuis plusieurs jours, mais va-t-on pour autant basculer dans un conflit sans fin ? Pas sûr.

La tendance générale est de croire à un risque majeur d’embrasement. Pourtant, depuis des années, chaque acteur du Moyen-Orient se positionne ou se repositionne et aucun conflit d’envergure entre deux d’entre eux n’a eu lieu. L’Iran et l’Arabie Saoudite se sont même « réconciliés », c’est dire et récemment Mohamed Ben Salmane a même condamné l’attaque d’un « pays frère » par l’État hébreu. La loi historique devrait nous faire nous ranger derrière un apaisement dans les jours à venir. Malgré l’escalade verbale, les frappes militaires ciblées, l’assassinat de pontes du régime et les mises en garde des deux côtés, une guerre totale entre l’État hébreu et la République islamique reste peu probable. Trois facteurs peuvent à ce stade l’expliquer : le pragmatisme stratégique des deux camps, les limites opérationnelles d’un conflit régional ouvert, et l’influence des puissances tierces.

Le conflit entre Israël et l’Iran ne date pas d’hier. Depuis la révolution islamique de 1979, la rhétorique iranienne antisioniste et la perception par Israël d’une menace existentielle ont nourri un climat de confrontation permanente. Natanyahou en a fait son cheval de bataille depuis des années. Pourtant, malgré des épisodes de forte tension — frappes israéliennes sur des positions iraniennes en Syrie, attaques cybernétiques, sabotages nucléaires présumés — aucun des deux États n’a franchi le seuil d’un affrontement direct à grande échelle.

Ce n’est pas par hasard. Chaque action est calibrée, chaque provocation mesurée. Les dirigeants israéliens comme iraniens savent que l’ouverture d’un véritable front bilatéral impliquerait des pertes majeures, un isolement diplomatique accru, et une instabilité régionale incontrôlable. L’équilibre de la terreur reste, en quelque sorte, le mode opératoire de cette rivalité stratégique.

Un Iran affaibli sans le Hamas et le Hezbollah
Malgré sa supériorité technologique et sa capacité de frappe rapide, Israël savait il y a encore quelques mois que l’Iran disposait d’un réseau d’alliés armés dans la région — du Hezbollah au Yémen en passant par Gaza — qui pouvaient riposter de manière asymétrique. Aujourd’hui, la donne a changé avec l’élimination provisoire de ses « proxis ». Une guerre ouverte exposerait le territoire israélien à des frappes multiples et ferait basculer l’ensemble du Moyen-Orient dans un engrenage incontrôlable. Tout à ce stade est mesuré, les représailles iraniennes également sur Tel-Aviv ces dernières heures.

Du côté iranien, malgré sa puissance régionale, le régime est affaibli par une situation économique fragile, des troubles sociaux latents et une légitimité intérieure de plus en plus contestée. Une guerre contre Israël, appuyée militairement par les États-Unis, pourrait menacer la survie du régime lui-même. Le régime actuel de Téhéran a tout à perdre. Dans ce contexte, les deux puissances préfèrent agir dans l’ombre, par procuration, en évitant soigneusement de franchir le point de non-retour.

Le rôle de la dissuasion américaine et du calcul global
Les États-Unis, bien que souvent perçus comme alignés sur Israël, jouent un rôle clé dans la prévention d’une guerre totale. Certes, Donald Trump n’a pas été très efficace dans ses négociations depuis son retour à la Maison-Blanche. Pas plus sur le dossier iranien après 60 jours. Le 13 juin dernier, c’était le 61e jour. Averti par Netanyahou des frappes à venir, il s’est finalement rangé derrière le Premier ministre israélien, renforçant un peu plus encore sa position de chef de guerre, soutenu par l’union sacrée en Israël malgré les critiques violentes à son égard.

Après l’annonce de la publication prochaine d’un nouveau rapport de l’AIEA critique de l’Iran, annonçant que Téhéran était sur le point d’atteindre le fameux seuil d’enrichissement du nucléaire, pouvant lui permettre d’accéder au nucléaire militaire, Israël avait les mains libres pour frapper les cibles nucléaires. Dans les jours à venir, le dialogue va se poursuivre. D’ailleurs les discussions prévues dimanche 15 juin entre les États-Unis et l’Iran étaient à ce jour toujours maintenues. Washington a tout intérêt à éviter une déflagration régionale qui compromettrait ses positions dans le Golfe, ferait flamber les prix du pétrole et ouvrirait la voie à une intervention chinoise ou russe plus visible au Moyen-Orient.

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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l’IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (équipe Sécurité Défense), à l’Institut d’études de géopolitique appliquée (IÉGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l’Observatoire géostratégique de Genève (Suisse).

Voiliers vers Israël :«Kidnapping», «piraterie»… ou cirque médiatique ?

Voiliers vers Israël :«Kidnapping», «piraterie»… ou cirque médiatique ?


Selon les sensibilités politiques les avis sont évidemment très opposés concernant ce voilier de militants d’extrême gauche comprenant surtout des Français arrêtés dans les eaux territoriales d’Israël. Tout était prévisible. Chacun savait que ce petit bateau ne pouvait apporter une grande aide matérielle aux palestiniens. L’objectif était évidemment de monter une grosse opération de communication contre Israël mais au-delà contre tous les gouvernements qui ne soutiennent pas suffisamment le Hamas. L’extrême gauche en France n’hésite pas à parler de kidnapping !

L’excès dans ce domaine est évidemment ridicule. À noter que France Info sur son site Internet en fait sa Une comme s’il s’agissait d’une affaire pouvant déboucher sur une guerre entre la France et Israël !

LFI a saisi l’occasion pour appeler à des mobilisations «partout en France» lundi soir, et en premier lieu place de la République à Paris. «Force et courage à l’équipage de la liberté et de l’honneur face au génocide. Honte à ceux qui regardent ailleurs», a surenchéri Jean-Luc Mélenchon sur X. En fin d’après-midi, le triple candidat à la présidentielle a dit en marge de cette manifestation «craindre» pour le sort des militants présents dans le bateau intercepté, une manœuvre qu’il a qualifiée «d’acte de piraterie internationale». Bref du grand cirque médiatique.

Politique- Israël-Palestine : la solution de l’État unique

Politique- Israël-Palestine : la solution de l’État unique

 

Si la communauté internationale dans son ensemble défend toujours, en paroles du moins, la solution dite « des deux États », il convient aussi d’examiner celle de l’État unique israélo-palestinien. Une possibilité crédible, à condition que des concessions importantes soient faites de part et d’autre. Une issue positive au conflit israélo-palestinien est-elle possible ? La réponse que Donald Trump vient d’apporter à cette question – transformer la Bande de Gaza en « Riviera » tout en relogeant les 2 millions de Gazaouis dans « de belles maisons » en Égypte et en Jordanie – a suscité une condamnation unanime du monde arabe et plongé la communauté internationale dans la perplexité. Aussi indécente et irréaliste qu’elle soit, cette idée met en évidence l’incapacité de la diplomatie internationale, comme si l’échec des accords d’Oslo (1993) et des tentatives qui ont suivi avait entravé définitivement l’imagination politique.Or une autre solution existe qui, comme le rappelait Edward Saïd dans un article paru en 1999, avait déjà été proposée, avant même la création de l’État d’Israël, par des intellectuels juifs parmi lesquels Judah Magnes, Martin Buber ou encire Hannah Arendt… et que vient de reprendre à son compte, en 2024, l’historien israélien Shlomo Sand, dans Deux peuples pour un État. C’est celle de la création d’un seul État dans lequel vivraient ensemble Israéliens et Palestiniens. Une solution, qui, si l’on analyse la situation israélo-palestinienne actuelle d’un point de vue sociologique, est non seulement envisageable, mais réaliste.

 

 

par  Professeur émérite de sociologie, Université Paris Cité dans The Conversation

 

 

Il suffit en effet de regarder les cartes d’Israël et des territoires palestiniens pour se rendre compte que le développement ininterrompu de la colonisation en Cisjordanie a rendu quasiment impossible la solution à deux États, laquelle posait aussi le problème de l’absence de continuité géographique entre la Bande de Gaza et du partage de Jérusalem.

En revanche, en l’état actuel, le pays constitué par la réunion d’Israël et des territoires palestiniens, y compris Gaza, est viable. Avec environ 15 millions d’habitants, il aurait, sur un territoire dont la superficie (27 555 km2) est à peine inférieure à celle de la Belgique, une densité de population (544) légèrement supérieure à celle du Liban et bénéficierait d’une population jeune qui pourrait contribuer à son développement économique.

Ce nouvel État serait bien évidemment multiculturel, mais au regard de ce qu’est déjà la société israélienne, c’est un bouleversement moins radical qu’on pourrait le penser, car la population israélienne est déjà une population multiculturelle.

Elle comprend en effet, selon les statistiques officielles du Central Bureau of Statistics, plus de 21 % d’Arabes israéliens (dont une petite partie de chrétiens, de druzes et de bédouins), descendants des Palestiniens autochtones. Même si, le plus souvent, ils n’habitent pas les mêmes villes que les Israéliens – le cas de villes mixtes comme Haïfa est peu fréquent –, ni les mêmes quartiers, même si leur niveau de vie est très inférieur à celui du reste de la population israélienne et s’ils sont confrontés à de nombreuses discriminations, ils ont encore, comme l’ont voulu les fondateurs d’Israël en créant un État juif et démocratique, le droit de vote et sont représentés au Parlement (à eux deux, les partis arabes Hadash-Ta’al et Ra’am disposent actuellement de 10 des 120 sièges de la Knesset).

Quant à la population israélienne non arabe, elle est elle-même multiculturelle, car constituée par des vagues successives d’immigrants qui ne parlaient pas les mêmes langues, n’avaient pas la même culture, ne se sont pas insérés de la même manière. Pour mémoire, de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1948, sont arrivés des Juifs d’Europe fuyant les pogroms et les régimes fascistes ; après la création de l’État, des Juifs du Moyen-Orient et des rescapés de la Shoah ; dans les années 1950, des Juifs du Maghreb, venus en majorité du Maroc ; dans les années 1960, des Juifs d’Union soviétique, qui seront encore plus nombreux après la chute de celle-ci dans les années 1990, et auxquels s’ajouteront même, entre 1983 et 1991, un petit nombre de Juifs éthiopiens, les Falachas ; enfin, jusqu’à maintenant, des Juifs venant de Russie, d’Ukraine, de France, des États-Unis…

Bien que la société israélienne ait un fort pouvoir intégrateur porté par l’usage de l’hébreu, par la fabrication d’un narratif commun et les commémorations qui l’accompagnent ainsi que par l’obligation du service militaire, elle n’a pu effacer ces différences, d’autant que le rapport à la religion n’est pas un facteur d’unification. Dans chacune de ces populations se trouvent aussi bien des Juifs ultra-orthodoxes que des pratiquants par tradition ou des laïcs, et, dans le cas des immigrants russes les plus récents qui ont obtenu la nationalité alors qu’un seul de leur grand-parent était juif, aussi bien des laïcs que des chrétiens orthodoxes.

Loin donc d’être une société « juive », la société israélienne est, comme beaucoup d’autres sociétés nationales de notre époque, une société multiculturelle, comme le montrent les fortes mobilisations communautaires qui, dans le contexte d’un régime électoral fondé sur la proportionnelle intégrale, trouvent une expression politique. Mais, comme le soulignait le sociologue Baruch Kimmerling, Israël est un État multiculturel qui ne reconnaît pas son multiculturalisme.

Il y a un argument qui s’oppose radicalement à la possibilité de la constitution d’un seul État, c’est celui des extrémistes israéliens qui, par exemple le général de brigade et spécialiste du renseignement Yossi Kuperwasser, voient dans tout Palestinien un terroriste en puissance qui ne veut que la destruction d’Israël.

Il ne s’agit pas de nier les manifestations de violence, qu’il s’agisse des actions terroristes – celle du 7 octobre 2023 étant la plus effroyable – ou des soulèvements populaires, les intifada, auxquelles les Israéliens ont dû faire face depuis la création de l’État ; mais il ne faut pas oublier que cette violence est avant tout une violence réactive : d’abord à la Nakba, l’exode en 1948 de plus de 750 000 Palestiniens, puis à l’occupation des territoires, à la poursuite ininterrompue de la colonisation, aux multiples mesures de répression, aux emprisonnements, aux meurtres non condamnés, aux provocations comme celle qu’a constituée en 2000 la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées, au blocus de Gaza, aux opérations militaires…

Si la violence était aussi inscrite dans la culture palestinienne que veulent le croire une partie des Israéliens, jamais les accords d’Oslo n’auraient pu été signés. À l’inverse de ce que soutiennent les extrémistes israéliens, le souhait le plus cher d’une grande partie des Palestiniens, comme le montre une enquête socio-anthropologique menée dans la bande de Gaza de 2007 à 2019, est d’avoir la possibilité de travailler pour améliorer leurs conditions de vie. Le soutien apporté au Hamas n’est pour une grande part que l’expression du désespoir et de l’impuissance.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que, en particulier dans le monde intellectuel et artistique, des relations ont existé et existent jusqu’à maintenant entre des Juifs israéliens, des Arabes israéliens et des Palestiniens de Jérusalem, de Cisjordanie et même de Gaza. Ces relations, dont un exemple a été la création par Daniel Barenboïm de l’orchestre israélo-arabe West-Eastern Divan Orchestra, ont toujours été soutenues par la gauche israélienne dont le journal Haaretz (Le Pays), créé en 1918, reste jusqu’à aujourd’hui le porte-parole ainsi que des mouvements comme La paix maintenant.

La première condition est évidente. Quelle que soit la forme que prendrait cet État, sa création demande d’abord d’abandonner la logique militaire dans laquelle, depuis la création de l’État, les gouvernements successifs, y compris ceux de gauche israélienne, se sont trouvés enfermés, et de faire ces gestes décisifs que seraient l’arrêt de la colonisation et de la répression systématique ainsi que la remise en liberté des quelques hommes politiques palestiniens dont l’objectif est de vivre en paix avec les Israéliens.

Mais ce changement radical de politique, qui suppose préalablement la défaite électorale de la coalition au pouvoir, n’est envisageable que si une majorité d’Israéliens prend conscience que, s’ils veulent vivre dans un pays qui n’est pas continuellement en guerre, ils doivent se rallier à une conception de l’État qui va exactement à l’inverse de celle qui a conduit en 2018 au vote de la loi « Israël État-nation Juif » et à la création par Benyamin Nétanyahou, le 28 mai 2023, de l’Agence gouvernementale de l’identité nationale juive – deux étapes clés qui signent, selon le titre de l’ouvrage de Charles Enderlin, L’agonie d’une démocratie.

Dans cette nouvelle optique, la légitimité de l’État ne repose plus sur le fait d’avoir une histoire et une identité commune, mais sur le choix de vivre ensemble et de partager un même destin. Ce n’est en effet qu’à cette condition que les Israéliens, qui célèbrent la naissance de l’État d’Israël quand les Palestiniens commémorent la Nakba, pourraient vivre avec les Palestiniens. Car cet État, dont le mode de fonctionnement pourrait être emprunté à la Belgique, au Canada… accorderait à tous les citoyens les mêmes droits, y compris la possibilité pour les individus et les groupes de vivre comme ils l’entendent, de préserver leurs particularités, pour autant que cette liberté ne remette pas en question la vie commune.

Ne nous y trompons pas. En ce début du XXIe siècle où nombre d’États sont multiculturels ou le deviennent, le défi auquel doivent faire face les Israéliens et les Palestiniens est aussi le nôtre.


Cet article a été co-écrit avec Elena Qleibo, anthropologue, spécialiste de la Palestine, autrice de Gaza, S’en sortir sans sortir, Ethnographie de la vie quotidienne sous blocus, Éditions du Croquant, 2020.

Cessez-le-feu entre le Liban et Israël

Cessez-le-feu entre le Liban et Israël

 

L’accord de trêve au Liban annoncé mardi par Benyamin Netanyahou a été adopté dans la soirée par le cabinet de sécurité israélien. 

 

Cet accord consisterait en une trêve de soixante jours incluant le retrait progressif de l’armée israélienne au sud de la frontière et du Hezbollah au nord du fleuve Litani. L’armée libanaise, avec le concours de la Finul, devrait occuper le terrain. Le point le plus délicat était la volonté d’Israël de pouvoir intervenir au Liban, ce qui semble acquis. Dans un communiqué conjoint publié mardi soir, les présidents Joe Biden et Emmanuel Macron ont déclaré que Washington et Paris allaient veiller à ce que l’accord de cessez-le-feu au Liban soit «mis en œuvre dans son intégralité» et s’engagent à œuvrer au renforcement des «capacités» de l’armée libanaise.

 

 

 

Liban :Israël aussi pour un cessez-le-feu avec Hezbollah

Liban :Israël aussi pour un cessez-le-feu avec Hezbollah 

Israël aurait approuvé le principe d’un cessez-le-feu avec le Hezbollah, la milice islamiste libanaise, lors d’un conseil de sécurité qui s’est tenu dimanche soir. C’est ce qu’affirme une source proche du dossier à la chaîne américaine CNN, recoupant une information transmise au média Axios par un haut responsable américain. 

Ce projet de cessez-le-feu inclurait une période de soixante jours, durant laquelle les militaires israéliens seraient priés de quitter le sud du Liban. Parallèlement, l’armée régulière libanaise se déploierait dans les zones proches de la frontière, tandis que le Hezbollah retirerait ses armes lourdes au nord du fleuve Litani. Israël a régulièrement demandé l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité de l’ONU, souhaitant que le mouvement chiite libanais pro-iranien se retire au nord du fleuve Litani.

L’accord comprend un comité de surveillance dirigé par les États-Unis, afin de surveiller la mise en œuvre du processus et de remédier aux éventuelles violations.

Ce vendredi, Emmanuel Macron et Joe Biden s’étaient entretenus au sujet d’un possible cessez-le-feu au LibanCet accord permettrait à des centaines de milliers de civils des deux côtés de la frontière de rentrer progressivement chez eux.

La France pour un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah

La France pour  un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah

Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a appelé ce dimanche 24 novembre Israël et les Libanais à se saisir d’une « fenêtre d’opportunité » qui s’ouvrait afin de conclure un cessez-le feu dans le conflit qui oppose Israël au Hezbollah.

« À force de diplomatie, à force de travailler avec les parties en présence sur les paramètres qui permettent d’assurer à la fois la sécurité d’Israël, mais aussi l’intégrité territoriale du Liban, nous sommes, je crois, en train de parvenir à une solution qui peut être acceptable par toutes les parties et qu’elles doivent saisir pour que le feu cesse et que la catastrophe humanitaire cesse également », a-t-il ajouté, tout en se disant « prudent ».

Ses propos font écho à ceux de l’émissaire spécial du président américain, Amos Hochstein, qui a fait état de « progrès supplémentaires » en direction d’une trêve lors d’une tournée au Liban et en Israël cette semaine.

Foot – France–Israël : un match nul….. vraiment nul (0-0)

 

 

Jusque-là la France offrez sous la baguette de l’entraîneur Deschamps un spectacle le plus souvent ennuyeux mais au moins la France gagnait. Cette fois la France cumule la médiocrité du contenu et du résultat. Le match France Israël s’est terminé sur un match nul, vraiment nul avec une absence totale d’intensité, d’imagination et même d’implication. Comme si les internationaux de l’équipe pensée à autre chose.

Certes le contexte très politique de cette rencontre ne peut être ignoré mais il ne saurait être responsable de la médiocrité générale d’une équipe de France dont il faudra bien poser et le plus tôt possible la question de l’entraîneur qui lui aussi semble sans imagination est très fatigué.

 

Israël refuse un État palestinien

Israël refuse un État palestinien

Israël dit non à la proposition de Mahmoud Abbas concernant l’éventualité de la création d’un État palestinien.

Vouloir établir un État palestinien n’est pas «aujourd’hui» un projet «réaliste», a déclaré lundi le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, tandis que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, rappelait son attachement à «la souveraineté» palestinienne.

Le retour de Donald Trump est également «l’occasion» pour Israël d’annexer des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée en 2025, a annoncé le même jour Bezalel Smotrich, ministre israélien d’extrême droite. Également chargé de la gestion civile en Cisjordanie, et donc des colonies, il a aussi affirmé, lors d’un discours au Parlement, que la «création d’un État palestinien (…) mettrait en danger l’existence de l’État d’Israël».

 

Foot France Israël sous protection avec Macron et Barnier

Foot France Israël sous protection avec Macron et Barnier

En dépit des menaces des islamistes, la France a sans doute eu raison de maintenir le match de foot contre Israël à Paris. Une manière de refuser la politisation dans les enceintes sportives et plus généralement de dénoncer l’antisémitisme. Le dispositif de sécurité sera particulièrement renforcé

Dommage seulement que Israël est conseillé à ses ressortissants de ne pas participer à l’événement comme spectateur.

À l’occasion de la rencontre la France veut aussi affirmer ses valeurs républicaines et démocratiques.

Le président et le premier ministre iront soutenir l’équipe de France jeudi face à Israël, alors que ce match de Ligue des nations s’annonce à haut risque en raison du climat sous tension après des violences survenues à Amsterdam cette semaine.

Pour l’heure, un faible nombre de billets a été vendu, «entre 15.000 et 20.000» sur les 80.000 places disponibles du Stade de France.

Israël riposte militairement à l’Iran

Israël riposte militairement à l’Iran

 

En réponse aux attaques Iraniennes,  l’armée israélienne a  mené des «frappes de précision» sur des cibles militaires en Iran. 

«Le régime iranien et ses alliés dans la région n’ont eu de cesse d’attaquer Israël depuis le 7 octobre (2023) – sur sept fronts – dont des attaques depuis le sol iranien (….). L’État d’Israël a le droit et le devoir de répondre. Nos capacités défensives et offensives sont pleinement mobilisées», a affirmé l’armée.

L’Iran a lancé le 1er octobre quelque 200 missiles sur Israël, incluant pour la première fois plusieurs missiles hypersoniques. Israël avait juré de faire payer à l’Iran cette attaque. Les frappes surviennent dans un contexte de tensions régionales exacerbées depuis un an par la guerre à Gaza entre Israël et le Hamas palestinien, et son débordement au Liban voisin, où l’armée israélienne affronte le Hezbollah. Ces deux mouvements islamistes s’opposent à Israël et sont soutenus financièrement et militairement par l’Iran, qui fait du soutien à la cause palestinienne un des piliers de sa politique étrangère, depuis l’instauration de la République islamique en 1979.

Israël-Hezbollah : les leçons du passé

Israël-Hezbollah : les leçons du passé 

Qualifié de groupe terroriste, de parti politique, d’« État dans l’État » libanais, le Hezbollah demeure difficile à caractériser. Ses modes d’action empruntent aussi bien aux armées conventionnelles qu’aux mouvements terroristes classiques ; et le « parti de Dieu » est aussi devenu la principale force politique du Liban et a réussi à s’implanter durablement dans une frange significative de la population libanaise, qui dépasse le cadre de la communauté chiite. Il assure de fait de nombreuses fonctions régaliennes dans le sud du pays, dont le contrôle échappe totalement à un État libanais que beaucoup qualifient d’État failli. Cette substitution du parti à l’État lui confère dès lors la mission de garantir l’intégrité du territoire libanais et d’y protéger les populations, un peu à l’image d’une force conventionnelle. Pour autant, ses attaques récurrentes menées contre Israël, la capture d’otages ou l’organisation d’attentats au Liban (notamment lors de l’occupation israélienne de 1982 à 2000) l’ont fait apparaître comme un groupe terroriste plus soucieux de déstabiliser le statu quo régional au profit de son protecteur et sponsor iranien que de gouverner le Liban.

 

par  Professeur agrégé de Géographie, membre du laboratoire Médiations, Sorbonne Université

Cette double identité stratégique du Hezbollah est apparue au grand jour lors de la guerre contre Israël à l’été 2006, quand il a montré non seulement sa capacité à repousser Tsahal de façon conventionnelle lors de certains affrontements en terrain ouvert (notamment la bataille du Wadi Saluki) mais aussi sa maîtrise de la guérilla urbaine lors des combats autour de la ville de Bint Jebel. En quoi ces deux épisodes illustrent-ils la double nature conventionnelle/non conventionnelle du Hezbollah en tant que groupe armé ? Quelles leçons peut-on en tirer aujourd’hui, et que nous apprennent-ils sur les différentes issues possibles de l’invasion actuelle du sud-Liban par Tsahal ?

L’étude de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah s’appuie sur une source principale, We were caught unprepared, un Retex (retour d’expérience), organisé par l’armée américaine, qui s’appuie sur de nombreux témoignages de vétérans israéliens. Ce document souligne l’importance de la bataille de Bint Jebel du 24 juillet au 14 août 2006 d’une part et de la bataille de la rivière Saluki du 12 au 14 août 2006 d’autre part. Ces deux affrontements, qui ont causé près de la moitié des pertes israéliennes au cours de la guerre, soit 51 tués, ont permis aux combattants du Hezbollah de stopper l’offensive israélienne en direction du fleuve Litani et ont le plus contribué à la victoire stratégique du mouvement chiite.

À l’été 2006, l’offensive terrestre israélienne se concentre d’abord sur Bint Jebel, principal centre urbain à la frontière Israël/Liban. La ville constitue un objectif stratégique à plus d’un titre : elle est en grande majorité chiite et représente donc l’un des fiefs où le Hezbollah est le mieux implanté, et le point de départ de nombreux tirs de roquettes en direction de l’État hébreu. Le combat pour la ville revêt aussi une dimension symbolique : la ville a été le théâtre du « discours de la victoire » tenu par Nasrallah en 2000 lors du retrait des forces israéliennes du Liban.

Lorsque le 51e bataillon de la brigade d’élite Golani entre dans la ville par le nord-est dans la nuit du 25 au 26 juillet 2006, il se retrouve au cœur d’une embuscade parfaitement révélatrice des doctrines classiques de combat urbain asymétrique. Au lieu de livrer combat en périphérie de la ville, les combattants du Hezbollah laissent les Israéliens s’enfoncer dans le tissu urbain et attaquent vers 5h30 du matin les éléments de tête de la brigade qui ont pénétré dans la Casbah, la vieille ville, et ses 5 000 habitations.

Isolés du reste de la brigade, privés de soutien blindé par l’étroitesse du tissu urbain, les Golani ont dû combattre toute la matinée, en nette infériorité numérique, contre des membres du Hezbollah ultra mobiles, qui reproduisent la tactique du « combat en essaim » pour reprendre les termes utilisés par Michel Goya et Marc-Antoine Brillant dans leur ouvrage Israël contre le Hezbollah, chronique d’une défaite annoncée. Organisées en cellules de 30 combattants environ, les unités du Hezbollah, en effet, ne défendent pas la ville depuis des positions fixes afin d’éviter les frappes aériennes et tirs d’artillerie israéliens mais se déplacent de façon à converger vers les unités israéliennes les plus isolées et les plus vulnérables.

L’asymétrie entre Tsahal et le Hezbollah est alors annulée, voire inversée, et le mouvement chiite peut concentrer en un point précis une puissance de feu supérieure à celle des Israéliens :

« Tandis que les combats s’intensifiaient, les escouades du Hezbollah ont manœuvré sur les flancs et continué à infliger des tirs directs et indirects particulièrement nourris. Les compagnies A et C continuaient à résister aux attaques violentes pendant que d’autres compagnies du 51e bataillon se sont ruées en avant pour aider à l’évacuation des morts et des blessés. En tout, 9 soldats sont morts et 27 ont été blessés. »

Ce témoignage d’un vétéran israélien illustre la concentration de feu du Hezbollah et sa volonté de laisser les Israéliens pénétrer dans la ville pour mieux se projeter sur leurs arrières et réaliser de petits encerclements à l’échelle d’un pâté de maison, d’un quartier. Ces manœuvres infligent des pertes élevées à Tsahal, l’empêchent d’évacuer ses blessés et d’acheminer les munitions aux unités combattantes.

Pour réaliser cette projection sur les arrières et les flancs des unités israéliennes isolées, le Hezbollah s’appuie sur un réseau de tunnels dont l’auteur du Retex souligne l’étendue :

« Un soldat israélien a indiqué avoir trouvé un bunker près de Maroun al-Ras (banlieue de Bint Jebel) qui descendait à plus de 25 pieds et contenait un réseau de tunnels reliant plusieurs grands entrepôts dotés d’une multitude d’entrées et de sorties. Il a dit que l’ensemble était équipé d’une caméra à l’entrée reliée à un moniteur situé en dessous pour aider les combattants du Hezbollah à tendre des embuscades aux soldats israéliens. »

Une fois les unités israéliennes isolées, encerclées par un essaim de combattants du Hezbollah, ces derniers affaiblissent leurs positions par de véritables salves de roquettes tirées par des équipes munies de RPG. Dans ce combat, le Hezbollah tire pleinement profit de la capacité égalisatrice du tissu urbain, qui limite voire inverse l’asymétrie entre le faible, le Hezbollah, et le fort, Tsahal. Cette stratégie typique de la guerre asymétrique n’est pas sans rappeler les modes d’action d’acteurs terroristes non conventionnels comme ceux employés par Al-Qaida en Irak à Falloujah en 2004 ou par Daech lors de la bataille de Mossoul en 2016-2017.

Ce qui distingue alors le Hezbollah de ces groupes du point de vue de la doctrine stratégique, c’est qu’il dispose également de la capacité à combattre Israël en terrain ouvert et à lui infliger de vrais revers d’un point de vue conventionnel.

Dans l’histoire des guerres menées par Tsahal, celle de 2006 possède une particularité : bien qu’étant asymétrique, elle a été le théâtre de véritables succès conventionnels pour le « faible », qui est parvenu à repousser l’offensive israélienne.

Michel Goya et Marc-Antoine Brillant attribuent cet échec à l’impréparation, à l’été 2006, de Tsahal qui, à force de mener des opérations en Cisjordanie, s’était spécialisée dans la guerre contre-insurrectionnelle au point d’oublier la possibilité d’un affrontement plus conventionnel de haute intensité. De même, les sources américaines tout comme le rapport de la commission Winograd, une commission israélienne chargée d’enquêter sur les causes de l’échec de Tsahal, soulignent aussi l’inefficacité opérationnelle des doctrines EBO (effects-based operations) qui prônaient, dans le sillage de la guerre du Golfe de 1991 et de celle du Kosovo en 1998-1999, la substitution des offensives massives au sol par des campagnes aériennes capables de détruire la « volonté ennemie de combattre ».

Mal coordonnée voire improvisée, sans coopération interarmes efficace et s’appuyant sur des forces trop peu nombreuses (aucune attaque n’a dépassé l’échelle de la brigade, soit environ 7 000 hommes), l’offensive au sol israélienne s’est limitée à une série de raids dans la profondeur en direction du fleuve Litani. Mais ce qui a le plus dérouté Tsahal en 2006 et conduit à l’échec de son offensive est sans doute la capacité du Hezbollah à combattre en terrain ouvert à la manière d’une armée conventionnelle. La bataille de la rivière Saluki en est l’illustration la plus parfaite.

Suite à son échec devant Bint Jebel, Tsahal décide le 11 août de lancer une offensive plus au nord depuis Mettula en direction du Wadi Saluki, un affluent du fleuve Litani. Le 12 août, alors que la 401e brigade blindée tente de franchir la rivière entre les communes de Ghandouriyeh et de Froun, elle subit un feu dévastateur depuis les collines qui surplombent la vallée :

« 24 chars de la brigade 401 ont commencé à traverser le Wadi Saluki. Juste après avoir avancé, les deux chars en tête de la colonne ont découvert la route bloquée par un bâtiment détruit. Tandis que les chars cherchaient un autre point de passage, une énorme mine a explosé derrière eux, condamnant la route. À ce moment précis, un missile anti-char du Hezbollah, guidé par laser de type Kornet, a pénétré le Merkava d’un capitaine de la compagnie, le tuant avec tout son équipage. En quelques secondes, une multitude de missiles anti-chars attaquait la colonne de chars. »

Cette attaque témoigne d’une parfaite maîtrise du terrain par le Hezbollah : profitant de l’encaissement du réseau hydrographique, les combattants chiites concentrent leur tir sur les portions les plus étroites de la vallée du Saluki, là où les versants en forme de V créent un véritable goulot d’étranglement qui immobilise les blindés israéliens. Une fois le char de tête détruit par une mine, la colonne israélienne se retrouve immobilisée et engagée par des positions de tir en altitude à 360° qui déciment les Merkava : sur les 24 chars visés, 11 sont mis hors de combat.

Contrairement à des groupes terroristes plus classiques comme Al-Qaida en Irak ou le Hamas, le Hezbollah dispose d’un arsenal anti-char lourd et notamment de lanceurs ATGM (anti-tank guided missile), des lance-missiles Kornet de fabrication russe ou des TOW (tube-launched, optically-tracked, wire-guided missile), de fabrication américaine, capables de percer le blindage d’un char à moins d’un kilomètre. Fournis par l’Iran, ces matériels lourds, contrairement aux armes plus légères comme les RPG, sont d’ordinaire l’apanage des armées conventionnelles et confèrent au parti de Dieu la capacité d’affronter les colonnes blindées israélienne en terrain ouvert.

En outre, la défense de la vallée du Saluki témoigne d’une véritable coordination des forces à l’échelle du bataillon voire de la brigade différente de l’organisation décentralisée en cellules quasi autonomes des groupes de guérilla traditionnels. Les différentes unités du Hezbollah opèrent de façon coordonnée et synchronisée, ce qui témoigne de la verticalité du commandement : les mortiers et les tirs de sniper clouent l’infanterie israélienne en amont de la rivière, permettant aux équipes ATGM plus en aval d’attaquer les blindés israéliens sans couverture. Les forces israéliennes restantes se retirent.

La guerre de l’été 2006 est riche d’enseignements pour Tsahal. Le Hezbollah constitue une armée particulièrement souple capable d’exceller autant dans la guérilla urbaine que dans un affrontement en terrain ouvert contre les éléments les plus lourds de Tsahal. En 2024, Israël l’a bien compris et a entrepris de détruire toute sa chaîne de commandement, réduisant ainsi drastiquement sa capacité à lutter comme une armée cohérente.

L’élimination de l’état-major et des principaux cadres de l’organisation pourrait obliger le Hezbollah à privilégier une organisation décentralisée en cellules relativement autonomes, typique des groupes terroristes plus traditionnels. Les différentes cellules pourraient alors s’appuyer sur les nombreux aménagements (tunnels, bunkers souterrains, etc.) conçus pour favoriser les actions de guérilla contre une force d’occupation.

En tout cas, une chose apparaît évidente à l’heure actuelle, malgré les succès initiaux de Tsahal : même décapité, le Hezbollah demeure le groupe armé non étatique le plus performant et peut-être le plus expérimenté du Proche-Orient, et son éradication reste une entreprise périlleuse, sinon impossible pour l’État hébreu.

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