Archive pour la Catégorie 'agriculture'

Vers l’agroécologie ?

Vers l’agroécologie

Par Chantal et Patrick Ochs, *.

En 1921, Frank Knight, économiste et fondateur de l’école de Chicago, distinguait le risque de l’incertitude. « Dans les situations incertaines, l’avenir n’est pas connu et ne peut l’être », soulignait-il. Lorsque les routines éclairent les expériences passées, lorsque les territoires explorés sont bien connus, que les marchés sont bien identifiés, que les concurrents sont bien évalués, l’entreprise dépasse bien souvent ses objectifs. L’entreprise probabilise alors ses risques. Mais lorsque brutalement un virus crée le chaos, que l’environnement change, comment alors appréhender l’incertitude?

La nature est, à bien des égards, imprévisible: dans les terres, rien ne se reproduit jamais de la même manière. En 1878 le mildiou frappe la vigne, en 1956 le gel dissémine les oliviers du bassin méditerranéen, en 2013 la bactérie Xylella Fastidiosa anéantit plus d’un million d’oliviers en Italie. Des évènements imprévisibles, de véritables catastrophes naturelles qui sont similaires à la pandémie de 2020.

« On ne triomphe de la nature qu’en lui obéissant » soulignait Francis Bacon en 1620 dans son traité philosophique le Novum Organum.

Or, des visions différentes s’affrontent dans une agriculture à deux vitesses car toutes les exploitations agricoles ne fonctionnent pas de la même manière. Certaines  gèrent leurs récoltes de façon intensive sous contrainte d’investissements matériels conséquents. Elles sont résolument orientées vers le toujours plus. Bien éloignées du consommateur, elles s’adaptent au marché, acceptent que leurs prix de vente soient imposés comme par exemple ceux du melon ou du raisin qui sont fixés par les coopératives et ceux du blé par le marché.

D’autres exploitations agricoles, parfois de plus petite taille, centrées sur l’agroécologie, s’orientent vers le toujours mieux. Elles appréhendent quant à elles l’incertitude au quotidien. Agriculture durable rime alors avec biodiversité et équilibre économique à long terme. Bien souvent adepte des circuits courts, proche des consommateurs, cet agriculteur crée son offre, fixe son prix de vente, accueille à la ferme ou sur son site Internet. Lorsque l’eau se raréfie, que certaines variétés de blé résistent mal à l’excès de chaleur, lorsque de nouveaux fléaux apparaissent, cet agriculteur explore alors des territoires inconnus. Il réinvente des nouveaux outils agricoles, il imagine d’autres manières de faire.

En acceptant une sorte d’idéalisation, la tentation est forte de rapprocher la manière d’être et les pratiques agroécologiques de celles de l’entreprise, de l’organisation humaine. Ainsi, l’entreprise confrontée à une situation de crise se transforme, modifie ses territoires. Comment l’entreprise, l’organisation humaine, sous contrainte économique pourra-t-elle appréhender l’incertitude? Envisagera-t-elle de passer du plus au mieux?

Un adage paysan soulignait si justement que pour « gérer l’incertain il était préférable d’avoir un tiers de la récolte au grenier, un tiers de la récolte dans les champs et un tiers de la récolte à la banque ». Cette règle de gestion prudente prend tout son sens lorsque des phénomènes incontrôlables apparaissent et que les organisations humaines petites ou grandes, sont confrontées à l’incertitude. Faire mieux avec moins, comme dans le domaine de la permaculture par exemple, cette « culture de ce qui est permanent, viable et durable », revient alors à mieux gérer, dans l’entreprise, des territoires plus petits, différents.

Ainsi ces entreprises, ces organisations, vont probablement gérer autrement les relations humaines en reconfigurant de petits territoires ouverts au sein d’une organisation plus vaste. Ces nouveaux territoires ouverts et repensés en permanence vont faire émerger une autre forme d’intelligence collective. L’écoute attentive des uns et des autres militera en faveur de liens protecteurs, de liens solidaires. Les liens sensibles vont favoriser un enrichissement mutuel.

Certains agriculteurs en viennent à parler à leurs oliviers, les arbres communiquent entre eux et deviennent « avertisseurs de dangers ». Les plus forts aident alors les plus faibles à mieux résister aux maladies, aux parasites. L’écoute de la nature rend sensible l’agriculteur aux liens qui se tissent avec les végétaux. Produire nécessite de mobiliser les fonctions naturelles du sol.

 

Ces liens sensibles, ces liens durables, ces liens de confiance qui se tissent dans
la nature peuvent-ils également se tisser dans ces organisations? Est-il possible d’imaginer, dans des entreprises, un « rhizome », cette racine multiple d’une plante, cette ramification qui évolue en permanence de manière horizontale? Comme le soulignait Gilles Deleuze en 1980, « (…) le rhizome constitue des multiplicités, des directions mouvantes, dénuées de niveaux… »

Face à l’incertitude les liens humains qui vont se tisser dans ces organisations seraient probablement différents, à l’image du rhizome. Dénuées de subordination, ces relations horizontales permettraient de faire cohabiter les plus forts avec les plus faibles, de façon organique, flexible, dans un système ouvert. Les liens entre les uns et les autres seraient alors fonctionnels et sensibles, rationnels et émotionnels. Des réseaux humains bienveillants existeraient dans et hors les murs de l’entreprise.

Cet agriculteur vertueux qui conduit ses terres en milieu incertain est bien souvent accompagné par des auxiliaires de culture. Ces insectes antagonistes aux organismes nuisibles sont de véritables complices de l’agriculteur. L’oliveron en symbiose avec ses oliviers va utiliser ces auxiliaires de culture pour lutter contre les parasites: des nichoirs à mésanges dans les vergers d’oliviers vont conjuguer l’aide précieuse des oiseaux pour lutter contre un fléau ravageur, la mouche de l’olive. Avec le lombricompost, l’agriculteur associe des vers de terre à l’évolution et à la vie de son sol. Ces auxiliaires aident à mieux gérer les terres de façon organique. Solidaires entre eux, ces agriculteurs partagent leurs connaissances, leurs pratiques, leurs échecs. Ces manières d’être « à plusieurs » permettent de mieux appréhender l’incertitude.

Dans l’entreprise, appréhender l’incertitude revient aussi à partager des avis, à prendre des décisions collectives, à gérer à plusieurs, à réapprendre ensemble, en acceptant de prendre en compte les fonctions auxiliaires, des fonctions sensibles. Ces auxiliaires, en situation de chaos, ont bien souvent montré leur engagement humain sans réserve. Elles sont caissières, infirmières, ils sont livreurs, ambulanciers. Difficile d’imaginer, avant d’être confronté à l’incertain, que ces fonctions pourraient devenir essentielles. Et il y a aussi les accompagnants: ce philosophe qui interpelle dans un quotidien, cet artiste qui mobilise, cet anthropologue qui livre ses observations, ce médecin qui rassure en visio-consultation, ce commerçant qui téléphone à ses clientes…Chacun, à sa manière, accompagne les uns et les autres pour mieux appréhender l’incertain.

Lorsque l’incertitude perturbe l’ordre établi, les organisations humaines, qu’elles soient petites ou grandes, sont désemparées. Les leçons de l’agroécologie sont, à bien des égards, éclairantes. Un agriculteur en quête d’une agriculture durable, confronté en permanence à l’incertitude, tire ses enseignements de pratiques culturales sans cesse repensées.

L’entreprise va, elle aussi, s’enrichir de ces pratiques agroécologiques et gérer ses ressources humaines « autrement », dans une optique du chacun pour tous sans distinction entre les fonctions principales et les fonctions auxiliaires. Les structures existantes vont se transformer en petits territoires vivants recomposés en permanence pour mobiliser les fonctions naturelles des uns et des autres et mélanger les plus faibles et les plus forts. D’autres ramifications vont s’établir entre des structures nomades et sédentaires afin de favoriser de nouvelles ressources collectives où chacun deviendra protecteur de l’autre.

L’agriculteur pourra à son tour se nourrir de ces nouvelles richesses humaines que
l’entreprise lui fera découvrir pour mieux encore gérer l’incertitude.

———————-

* Chantal et Patrick Ochs vivent au cœur de leur exploitation oléicole depuis plus de 20 ans: ils sont oliverons. Ils étaient conseils de petites et moyennes entreprises et de
grands groupes internationaux pendant pendant plus de 25 ans. Patrick Ochs, docteur ès sciences de gestion, a publié plusieurs ouvrages et articles scientifiques sur l’investissement immatériel.

 

Céréales : du yo-yo dans les cours

Céréales : du yo-yo dans les cours

Sous l’effet de l’évolution des relations conflictuelles entre les États-Unis et la Chine les céréales enregistrent des effets de yo-yo sur les prix. Il faut en plus ajouter les incertitudes relatives à la météo. Il est clair que la Chine représente un marché considérable et que le volume de ses commandes influence les cours. Ceci étant,  la Chine peut bloquer pendant un moment certaines commandes mais elle a de tels besoins qu’ inévitablement elle devra le moment venu recommencer à commercer avec ses fournisseurs actuels de produits agricoles

 

Selon l’agence Bloomberg, la Chine a demandé aux entreprises publiques de mettre un terme à leurs commandes de soja, coton et porc américains. Cette décision pourrait remettre en cause l’accord commercial partiel signé par les deux parties mi-janvier, par lequel Pékin s’est entre autres engagé à doper ses commandes de produits agricoles en provenance des États-Unis.

«C’est peut-être une manoeuvre politique de Pékin pour essayer de faire baisser les prix et pouvoir profiter de cours plus bas», avance Brian Hoops de Midwest Market Solutions. Mais la suspension des commandes chinoises, si elle se confirme, «ne devrait être que temporaire dans la mesure où la Chine a suffisamment de réserves pour le moment mais ne pourra pas rester longtemps sans acheter plus de produits», ajoute le spécialiste. Ces développements incitent en tout cas «les acteurs du marché à la prudence».

En outre des produits agricoles sont devenus comme d’autres matières premières des objets de spéculation qui n’obéissent  pas seulement à des considérations économiques rationnelles. D’où des anticipations parfois surprenantes d’investisseurs qui n’ont d’autre objet que de jouer sur le cours de produits qui passent ainsi de main en main. Le boisseau de maïs (environ 25 kg) pour livraison en juillet, le plus échangé, a terminé lundi à 3,2400 dollars contre 3,2575 dollars vendredi (-0,54%).

Le boisseau de blé pour livraison en juillet, le plus actif, a fini à 5,1550 dollars contre 5,2075 dollars à la précédente clôture (-1,01%).

Le boisseau de soja pour livraison en juillet, le plus échangé, a terminé à 8,4100 dollars contre 8,4075 dollars la veille (+0,03%).

 

Transition agricole : comment en finir avec la chimie ?

Transition agricole : comment en finir avec la chimie ?

 

Justine Lipuma, CEO & Cofondatrice de Mycophyto.  start-up basée à Sophia Antipolis commercialise une technique unique au monde. Associés aux tomates ou à la lavande, des champignons microscopiques permettent d’accroître la production tout en protégeant la plante. (chronique la Tribune)

 

« A l’occasion de la remise des prix du concours d’innovation i-Lab, le 4 juillet dernier, Justine Lipuma était sur un petit nuage. Non seulement Mycophyto, la start-up deeptech qu’elle a lancée en 2017 pour commercialiser le résultat de ses recherches était reconnue, mais en plus, le prix lui était remis par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. « Elle a été l’une des enseignantes qui a le plus compté dans le choix de mon parcours universitaire », confie Justine Lipuma. Et surtout, « elle a souligné dans son discours l’importance du retour de la science à la société. C’est exactement ma vision ».

Avec, pour la jeune scientifique, une passion particulière, celle de la vulgarisation. « J’ai toujours aimé rallier des partenaires sur des projets, et pour cela, il faut faire beaucoup de pédagogie », dit-elle. Que ce soit pendant son parcours de thèse, à l’occasion des recherches collectives qu’elle a ensuite menées à l’université de Turin, ou en tant que présidente de l’association des doctorants de l’université Nice-Sophia-Antipolis, et même lorsqu’elle participait, toute jeune, à des fêtes de la science, Justine Lipuma aime parler, en termes simples, de la science, des recherches qui y sont associées et de leurs implications pour le monde. Un exercice qui lui a bien servi lorsqu’il s’est agi de convaincre des investisseurs…

 

Son parcours, d’abord

 

Une fois sa thèse de doctorat en biologie sur les interactions entre les bactéries fixatrices d’azote et les légumineuses fourragères, de type luzerne, soutenue à l’INRA, en 2015, Justine Lipuma cherche, pour son travail post-doctoral, « à trouver de vraies solutions, accessibles à tous », insiste-t-elle.

En sélectionnant la meilleure association possible de plantes et de champignons microscopiques, elle découvre qu’il est possible d’augmenter la surface d’échange des plantes, ce qui maximise la production tout en protégeant les végétaux. Un concept qu’elle a validé sur la tomate, grâce à un programme de pré-maturation à l’Université Côte-d’Azur, dont elle a été lauréate, après son passage à l’université de Turin.

 

Les implications, ensuite

Il s’agit ni plus ni moins « d’en finir avec la chimie et de donner les outils aux producteurs agricoles pour effectuer la transition vers une activité durable. Nos solutions s’appuient sur la biodiversité augmentée », dit-elle. Elles sont actuellement disponibles pour les tomates et les plantes médicinales et odorantes, comme la lavande.

 

Les enjeux, enfin

« La méthode fonctionne bien en zones arides », souligne Justine Lipuma. Alors que le réchauffement climatique menace le pourtour méditerranéen, il s’agit donc, en l’appliquant, de préserver le gagne-pain des producteurs et de dynamiser l’économie territoriale. Se greffent donc sur la transition agricole des enjeux sociaux et sociétaux.

 

La création de la start-up deeptech, maintenant

Une fois le concept d’interaction plante et champignons validé, Justine Lipuma trouve en Christine Poncet, de l’Unité Inra Institut Sophia Agrobiotech, l’associée idéale. Et pour cause, « Christine est spécialiste de recherche appliquée et planchait sur la conception de systèmes agricoles plus durables », dit-elle. Le transfert de la recherche vers une structure, incubée pendant 18 mois à l’incubateur public Paca-Est, et qui commercialisera à terme la technique d’association plantes et champignons, se fait donc naturellement. Par le biais d’une bourse French Tech Emergence, Bpifrance l’épaule également. Et Mycophyto voit le jour en 2017.

Premiers contrats et première levée de fonds

Les premiers contrats sont signés dans la foulée avec des coopératives et des industriels qui utilisent les plantes comme matière première. Grâce à l’intégration de la filière, les méthodes de Mycophyto devraient progressivement se diffuser aux producteurs. Cet automne, pour poursuivre la R&D, Mycophyto a levé 1,4 million d’euros auprès de Créazur (Crédit Agricole), deux family offices, Olbia et Obsidian, ainsi que Région Sud Investissement. La jeune pousse a déjà pu embaucher quatre personnes, dont une responsable R&D, une responsable de production, une assistante technique de serre et un technicien de laboratoire. « Les femmes sont en majorité chez nous ! », rit la dirigeante de Mycophyto. Les recrutements suivants porteront sur des commerciaux. De fait, une deuxième levée de fonds servira à industrialiser la méthode et à la vendre en masse. Rompue à l’exercice qui consiste à expliquer ce qu’elle fait, et surtout, pourquoi, il est évident que Justine Lipuma saura, une fois de plus, embarquer talents et financiers avec elle, afin d’apporter sa contribution à la révolution agricole.

 

Une autre voie pour la transition agricole ?

Une autre  voie  pour  la transition agricole ?

 

Justine Lipuma, CEO & Cofondatrice de Mycophyto.  start-up basée à Sophia Antipolis commercialise une technique unique au monde. Associés aux tomates ou à la lavande, des champignons microscopiques permettent d’accroître la production tout en protégeant la plante. (chronique la Tribune)

« A l’occasion de la remise des prix du concours d’innovation i-Lab, le 4 juillet dernier, Justine Lipuma était sur un petit nuage. Non seulement Mycophyto, la start-up deeptech qu’elle a lancée en 2017 pour commercialiser le résultat de ses recherches était reconnue, mais en plus, le prix lui était remis par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. « Elle a été l’une des enseignantes qui a le plus compté dans le choix de mon parcours universitaire », confie Justine Lipuma. Et surtout, « elle a souligné dans son discours l’importance du retour de la science à la société. C’est exactement ma vision ».

Avec, pour la jeune scientifique, une passion particulière, celle de la vulgarisation. « J’ai toujours aimé rallier des partenaires sur des projets, et pour cela, il faut faire beaucoup de pédagogie », dit-elle. Que ce soit pendant son parcours de thèse, à l’occasion des recherches collectives qu’elle a ensuite menées à l’université de Turin, ou en tant que présidente de l’association des doctorants de l’université Nice-Sophia-Antipolis, et même lorsqu’elle participait, toute jeune, à des fêtes de la science, Justine Lipuma aime parler, en termes simples, de la science, des recherches qui y sont associées et de leurs implications pour le monde. Un exercice qui lui a bien servi lorsqu’il s’est agi de convaincre des investisseurs…

Son parcours, d’abord

Une fois sa thèse de doctorat en biologie sur les interactions entre les bactéries fixatrices d’azote et les légumineuses fourragères, de type luzerne, soutenue à l’INRA, en 2015, Justine Lipuma cherche, pour son travail post-doctoral, « à trouver de vraies solutions, accessibles à tous », insiste-t-elle.

En sélectionnant la meilleure association possible de plantes et de champignons microscopiques, elle découvre qu’il est possible d’augmenter la surface d’échange des plantes, ce qui maximise la production tout en protégeant les végétaux. Un concept qu’elle a validé sur la tomate, grâce à un programme de pré-maturation à l’Université Côte-d’Azur, dont elle a été lauréate, après son passage à l’université de Turin.

Les implications, ensuite

Il s’agit ni plus ni moins « d’en finir avec la chimie et de donner les outils aux producteurs agricoles pour effectuer la transition vers une activité durable. Nos solutions s’appuient sur la biodiversité augmentée », dit-elle. Elles sont actuellement disponibles pour les tomates et les plantes médicinales et odorantes, comme la lavande.

Les enjeux, enfin

« La méthode fonctionne bien en zones arides », souligne Justine Lipuma. Alors que le réchauffement climatique menace le pourtour méditerranéen, il s’agit donc, en l’appliquant, de préserver le gagne-pain des producteurs et de dynamiser l’économie territoriale. Se greffent donc sur la transition agricole des enjeux sociaux et sociétaux.

La création de la start-up deeptech, maintenant

Une fois le concept d’interaction plante et champignons validé, Justine Lipuma trouve en Christine Poncet, de l’Unité Inra Institut Sophia Agrobiotech, l’associée idéale. Et pour cause, « Christine est spécialiste de recherche appliquée et planchait sur la conception de systèmes agricoles plus durables », dit-elle. Le transfert de la recherche vers une structure, incubée pendant 18 mois à l’incubateur public Paca-Est, et qui commercialisera à terme la technique d’association plantes et champignons, se fait donc naturellement. Par le biais d’une bourse French Tech Emergence, Bpifrance l’épaule également. Et Mycophyto voit le jour en 2017.

Premiers contrats et première levée de fonds

Les premiers contrats sont signés dans la foulée avec des coopératives et des industriels qui utilisent les plantes comme matière première. Grâce à l’intégration de la filière, les méthodes de Mycophyto devraient progressivement se diffuser aux producteurs. Cet automne, pour poursuivre la R&D, Mycophyto a levé 1,4 million d’euros auprès de Créazur (Crédit Agricole), deux family offices, Olbia et Obsidian, ainsi que Région Sud Investissement. La jeune pousse a déjà pu embaucher quatre personnes, dont une responsable R&D, une responsable de production, une assistante technique de serre et un technicien de laboratoire. « Les femmes sont en majorité chez nous ! », rit la dirigeante de Mycophyto. Les recrutements suivants porteront sur des commerciaux. De fait, une deuxième levée de fonds servira à industrialiser la méthode et à la vendre en masse. Rompue à l’exercice qui consiste à expliquer ce qu’elle fait, et surtout, pourquoi, il est évident que Justine Lipuma saura, une fois de plus, embarquer talents et financiers avec elle, afin d’apporter sa contribution à la révolution agricole.

Augmentation des prix des fruits et légumes

Augmentation des prix des fruits et légumes

 

D’après une étude de l’UFC-Que Choisir réalisée dans près de 5000 services «drive» des grandes surfaces, leur prix a en effet bondi de 23% depuis le début du confinement. Globalement, l’étude note une hausse de 9% des prix des fruits et légumes entre le 2 mars et le 11 avril avec pour principales raisons la limitation des importations et les nouvelles obligations en termes de sécurité et de santé pour les producteurs.

Ainsi, on constate que les prix des fruits ont augmenté en moyenne de 8%, et ceux des légumes de 9%. On remarque également une grande disparité dans la variation de prix entre les produits conventionnels (+6%) et ceux issus de l’agriculture biologique (+12%).

Dans le détail, sur les quinze catégories de produits étudiées dans le cadre de l’étude, on note une augmentation du prix des pamplemousses de 3%, de 7% pour les citrons, de 9% pour les pommes et donc de 23% pour les navets. Côté produits bio, les augmentations sont plus importantes, avec +25% pour les tomates grappe, +12% pour les bananes Cavendish ou +16% pour les citrons verts.

 « La première explication est en effet la tension de l’offre, explique Grégory Caret, directeur de l’observatoire de la consommation à l’UFC-Que Choisir. Les stocks sont moins réapprovisionnés et la demande est là, donc les produits les moins chers, comme beaucoup de fruits et légumes, disparaissent de prime abord. »

 « La deuxième raison à cette hausse des prix, et probablement la plus importe, c’est la réduction massive des importations, notamment depuis l’Espagne ou la Pologne, qui ont fermé leurs frontières depuis le début du confinement, poursuit Grégory Caret. Les produits importés de ces deux pays étaient souvent les produits d’entrée de gamme, donc ce sont les fruits et légumes un peu plus chers qui vont rester en rayon. »

« Enfin, les producteurs font habituellement appel à une main-d’œuvre bon marché venue de l’étranger pour leurs travailleurs saisonniers, conclut Grégory Caret. Cette année ce n’est plus possible et cela génère un surcoût venant directement du producteur. En plus de cela, il faut que magasins et producteurs protègent leurs salariés, ce qui a un impact sur le prix final.»

Réouverture de tous les marchés (Didier Guillaume)

Réouverture de tous les marchés  (Didier Guillaume)

 

Le secteur de l’horticulture, du maraîchage connaît une véritable catastrophe avec l’impossibilité d’écouler ses produits. Des produits qui ont sollicité de la manœuvre, des matières premières et même de la fiscalité mais qui pour une part doivent être détruits faute de possibilité d’écoulement. Ainsi sur les marchés où  les magasins spécialisés on ne trouve qu’une très petite partie de la production classique. De ce fait à juste titre,  le ministre de l’agriculture réclame l’ouverture de tous les marchés. Il est vrai qu’au début l’organisation des marchés était particulièrement anarchique. Depuis les conditions d’accès aux marchandises s’effectue dans les mêmes conditions et même mieux que dans les grandes surfaces avec des règles strictes aussi bien de pénétration sur les marchés que d’accès aux étals, sans parler des règles de circulation très rigoureuse.

“Je suis favorable à l’ouverture de tous les marchés en plein air et de toutes les halles alimentaires”, a-t-il déclaré sur France 3. “J’appelle les maires de France et les préfets à inciter à rouvrir ces marchés”, à “condition qu’il y ait le respect des normes sanitaires”.

“Le marché, c’est le lieu où les personnes âgées notamment vont acheter leurs poireaux, deux pommes de terre, une salade (…) et puis surtout le marché c’est l’endroit où l’agriculture française passe 30 % de sa production de frais, de fruits et légumes”, a-t-il fait valoir.

Epargnés dans un premier temps par les mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, les 10.000 marchés alimentaires de France avaient été contraints de fermer le 24 mars après la diffusion d’images sur les réseaux sociaux de personnes ne respectant pas la “distanciation sociale” sur certains marchés. Cette décision avait suscité l’indignation notamment de la Fédération des marchés de France qui avait dénoncé une “inégalité de traitement” entre la grande distribution et les marchés de rue.

Depuis, des dérogations ont été accordées au cas par cas par certaines préfectures sur la base d’un guide de bonnes pratiques sanitaires mis au point après d’intenses discussions entre le gouvernement, la fédération des marchés de France et la FNSEA notamment.

Rungis: mise en service d’une plateforme de livraison

Rungis: mise en service d’une plateforme de livraison

 

Le  marché de Rungis va ouvrir une plateforme en ligne de livraison de fruits et légumes frais à domicile, dans Paris et la petite couronne uniquement. Le site «Rungis livré chez vous», est pour le moment inaccessible mais va être activé dans les prochains jours. L’initiative, pensée par les grossistes de Rungis en mal de clients et en partenariat avec la région Île-de-France, va permettre de ravitailler en produits frais les Franciliens confinés.

Ils pourront ainsi composer leur panier virtuel de fruits et légumes frais de saison, 100% français, et d’autres produits de circuit court exclusivement, assure le MIN (Marché d’intérêt national de Rungis). Concrètement, la livraison se fera sans contact, au pied d’un immeuble (ou sur le palier en fonction du lieu, souligne le MIN), de manière à éviter tout contact physique. Une fois devant l’habitation, le livreur appellera le client afin qu’il vienne chercher son panier.

Le prix minimum de la commande est fixé à 50 euros,. Si le total du panier est inférieur à 150 euros, les frais de livraison s’élèveront à 10 euros. Au-delà de 150 euros la livraison sera gratuite. «Le Marché encourage donc les commandes groupées, à la fois pour le prix final et parce que c’est une belle opportunité d’aider ses voisins, notamment ceux dans le besoin», précise le MIN.

Les premières livraisons, prévues à la fin de cette semaine, vont permettre aux agriculteurs de la région qui ne peuvent plus vendre sur les marchés – la région en compte 700 – de commercialiser une part de leur production.

Marchés : réouverture sous condition

Marchés : réouverture sous condition

 

Le gouvernement est revenu sur la décision prise mardi de fermer les marchés alimentaires ouverts.

Les organisations agro-alimentaires ont présenté un protocole sanitaire « pour sortie de l’impasse » aux ministères de l’Economie, de l’Agriculture et de la Santé, qui, estiment-elles, garantit la sécurité des consommateurs. Ce protocole sanitaire vient d’être validé par le gouvernement.

« Il doit permettre aux préfets et aux maires d’accorder les autorisations d’ouverture des marchés alimentaires qui répondent à un besoin d’approvisionnement de la population, en leur donnant la capacité de vérifier si les conditions de leur organisation sont propres à garantir la santé des personnes », souligne la FNSEA.

« Nous nous en réjouissons vivement. Cela montre la solidarité et la détermination des acteurs à poursuivre leurs activités dans le plein respect de la sécurité des personnes », dit encore le syndicat.

« Grâce à ce protocole, il est possible de concilier les deux priorités, d’une part garantir la sécurité sanitaire pour la population, y compris les professionnels et leurs salariés, et d’autre part assurer la mission d’approvisionnement de la population en produits frais », dit encore la FNSEA.

Les maires et les préfets doivent maintenant utiliser ce guide pour rouvrir les marchés locaux qu’ils soient ouverts ou fermés quand les conditions sont réunies.

Les conditions posées sont très strictes et multiples. Ainsi les maires devront notamment veiller à l’extension de l’implantation du marché afin de mieux séparer les étals. Les horaires devront être organisés pour éviter les pics de fréquentation. Le marché n’acceptera qu’un seul membre d’une même famille à la fois. Seuls les étals alimentaires sont autorisés. Les entrées seront filtrées et contrôlées par du personnel qui est à prévoir par les commerçants. L’arrivée des personnes dans le marché sera régulée afin de pouvoir respecter les consignes d’espacement au minimum d’un mètre entre les clients. Les clients devront réaliser une friction hydroalcoolique des mains à l’entrée et à la sortie du marché. Un sens de circulation unique obligatoire sera à l’intérieur du marché. Seul le commerçant doit servir les clients à l’aide d’ustensiles et pinces à usage multiple dédiées. Il est interdit aux clients de toucher les produits etc….

Mort d’une adolescente du coronavirus : « Le test n’est pas fiable

Le pétrole s’écroule

Le pétrole s’écroule

En quelques jours, les cours du pétrole se sont écoulés et ont perdu presque la moitié de leur valeur. Ils résistent pour l’instant tout juste au-dessus de 30 $ le baril. Avec la crise économique que provoque le Coronavirus et surtout la décision de l’Arabie Saoudite d’inonder le marché pour étouffer la concurrence, les prix pourraient encore tomber plus bas au point de créer un véritable krach pétrolier.

Le pétrole s’écroule donc avec un prix autour de 30 $. Un prix qui ne permet pas d’amortir les investissements et qui vident les caisses de certains Etats dont les ressources pétrolières sont essentielles par exemple en Russie , en Iran ou encore en Algérie- .Les pays de l’OPEP ont par ailleurs été incapable de se mettre d’accord sur une réduction de la production qui serait susceptible de faire remonter les cours. Pire, l’Arabie saoudite a réduit le prix de vente officiel pour le mois d’avril de toutes ses qualités de brut vers toutes les destinations, une décision prise après l’échec des discussions entre l’OPEP et la Russie sur un nouvel accord d’encadrement de la production.

 

L’Arabie saoudite est le premier exportateur mondial de pétrole et de facto le pays dont le poids est le plus important au sein de l’OPEP.

Les prix du pétrole se sont de nouveau repliés mercredi alors que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont annoncé leur intention d’augmenter drastiquement leur production d’or noir au moment où la demande est fragilisée par la propagation du coronavirus dans le monde.

A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai a lâché 3,8%, ou 1,43 dollar, pour clôturer à 35,79 dollars. A New York, le baril américain de WTI pour avril a perdu 4%, ou 1,38 dollar, à 32,98 dollars. Les deux barils de référence s’affichaient pourtant en hausse en début de journée, après avoir déjà vivement rebondi mardi au lendemain de leur pire chute depuis le début de la guerre du Golfe en 1991.

Mais la tendance s’est inversée quand l’entreprise publique saoudienne Aramco a fait savoir qu’elle allait encore augmenter sa capacité de production de pétrole pour la porter à 13 millions de barils par jour (mbj), soit plus de 3 mbj de plus que sa production actuelle. Le premier exportateur mondial de brut avait déjà décidé mardi d’augmenter sa production à 12,3 mbj à partir d’avril. Les Emirats arabes unis se sont par la suite dits prêts à augmenter leur approvisionnement en pétrole de plus d’un million de barils par jour (bpj).

L’OPEP a déjà revu fortement à la baisse sa prévision de croissance de la demande mondiale de pétrole en 2020 mercredi, prévoyant désormais une croissance de la demande à 60.000 barils par jour. Le cartel anticipait jusqu’ici une progression de 990.000 barils par jour. L’annonce en cours de séance par l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) d’une hausse des stocks de brut aux Etats-Unis pour la septième semaine de suite, et bien supérieure aux attentes, a conforté la tendance baissière des cours. L’EIA a aussi abaissé d’environ 30% ses anticipations sur les cours du brut pour l’année en cours: elle anticipe désormais un prix moyen du baril de Brent à 43 dollars en 2020, contre 65 dollars auparavant, et à 38 dollars pour le baril de WTI, contre 59 dollars auparavant.

Perspective ou utopie: L’autonomie alimentaire des villes ?

Perspective ou utopie: L’autonomie alimentaire des villes ?

 

Une interview intéressante de  l’urbaniste Sabine Becker et le chercheur François Rouillay à l’occasion de la sortie de leur livre publié le 11 février intitulé « En route pour l’autonomie alimentaire ». Cependant, le  concept d’agriculture urbaine qu’ils prônent semblent faire l’impasse sur  l’existence des campagnes qui comme les villes structurent notre pays. On ne saurait réduire l’aménagement du territoire aux seules zones fortement agglomérées même entourées  de jardins supposés nourrir la population. Une vision assez réductrice voire caricaturale  de l’aménagement du territoire. Un concept d’agriculture urbaine d’abord utopique ensuite qui légitime une vision concentrationnaire d’un aménagement du territoire sous domination des villes. Une vision assez écolo bobo.  ( Interview dans la tribune)

 

 

La notion d’autonomie alimentaire, à laquelle vous consacrez votre livre, est de plus en plus souvent évoquée dans le débat public autour de l’alimentation. Qu’est-ce qu’elle désigne?

 

SABINE BECKER et FRANÇOIS ROUILLAY - Liée à la nécessité d’une alimentation respectueuse du vivant, l’autonomie alimentaire renvoie à la perspective d’une « terre d’avenir » sur le territoire: c’est-à-dire d’une terre vivante en capacité de nourrir et maintenir en bonne santé ses enfants. Trois idées sont donc imbriquées dans cette notion: le respect du sol et de la biodiversité, le maintien de la santé, et une alimentation nécessairement locale.

Elle vise à restaurer le lien entre producteurs et mangeurs, qui aujourd’hui est coupé à deux endroits. Les producteurs sont en effet exposés à une concurrence mondialisée. Leurs produits voyagent des centaines, voire des milliers, de kilomètres avant d’atteindre les mangeurs, et sont parfois massivement gaspillés. Les producteurs ne voient donc plus la nourriture au travers du territoire et de leurs habitants, mais des comptes d’exploitation et des marchés. Les consommateurs pour leur part regardent la nourriture par le biais de la publicité, du temps pressé, de leur four à micro-ondes… Ils ne prennent plus le temps de travailler des produits bruts et de rencontrer les producteurs. Ils cherchent une facilité nutritive accentuée par les colorants, les exhausteurs de goût. Il faut donc un changement de regard pour induire un changement de comportement.

 

Quelle est justement l’utilité politique – en entendant le mot « politique » au sens large – de cette notion d’autonomie alimentaire?

Elle peut notamment permettre de transformer positivement les politiques d’aménagement du territoire. Pendant les 50 dernières années, l’étalement urbain a eu lieu au mépris du respect des zones de production de nourriture autour des villes. Les villes, qui auparavant étaient autosuffisantes, dépendent désormais de la chaîne alimentaire mondialisée pour se nourrir. Elles ne disposent plus que de trois jours de stock d’aliments en moyenne. Mais les risques de rupture de cette chaîne mondialisée sont divers: incendies, inondations, conflits sociaux, maladies… On peut donc affirmer que les villes sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.

Les maires des communes ont ainsi la responsabilité politique de prendre des mesures pour assurer la sécurité alimentaire de leurs villes, pour en garantir la résilience en cas de rupture de la chaîne alimentaire, en créant, à côté des zones d’activité économique ou commerciale, des zones d’activité nourricière. Ils n’ont d’ailleurs besoin d’aucune autorisation pour faire cela. Ils peuvent acquérir des terres, comme l’a fait à Val-de-Reuil la Communauté d’agglomération Seine-Eure, afin de développer une agriculture biologique sur 110 hectares situés sur le périmètre de protection de captage de sa ressource en eau. La collectivité a même transformé un ancien bâtiment industriel, de 10.000 mètres carrés, en « pôle alimentaire », où les producteurs commercialisent leurs produits, les conditionnent, partagent des outils agricoles, organisent des cours de cuisine… En un an, cela a permis de recréer les 59 emplois détruits à cause de la fermeture de l’ancienne usine.

 

Tout repose donc sur les épaules des maires?

S’alimenter est l’affaire de tous. La partie se joue donc à quatre: l’apprentissage et l’organisation des 21 actions que nous suggérons dans notre livre réunissent élus locaux, monde économique, paysans et habitants. L’association Réseau Cocagne a par exemple créé 102 fermes biologiques d’insertion et 6 structures agroalimentaires autour de la France. Elles emploient plus de 5.600 personnes et génèrent 16,3 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels par la seule vente de légumes. A Amiens et Bayonne, les habitants retournent le gazon des HLM pour y construire des potagers.

La transition alimentaire implique d’ailleurs la transition agricole. Et dans cette transition les paysans, qui aujourd’hui vivent une crise terrible, doivent être accompagnés. Les structures de maraîchage du futur seront participatives et écologiques. C’est déjà le cas au Québec, ou des communautés de communes achètent des terres et y emploient des formateurs qui apprennent aux enfants, aux personnes en insertion, aux citoyens, à cultiver, conserver et cuisiner les produits.

Mais l’agriculture urbaine peut-elle vraiment nourrir les villes dans un monde de plus en plus urbanisé et où la population ne cesse de croître?

Afin d’assurer l’autonomie alimentaire des villes il faut inclure le territoire autour, celui compris dans un rayon permettant de les approvisionner en une heure. Et déjà aujourd’hui, 75% de la production agricole mondiale vient de petites exploitations.

Mais le développement de nouvelles techniques de régénération végétale permet désormais d’augmenter significativement la productivité de l’agriculture urbaine, et donc de mener des expériences de production intéressantes sur de petites surfaces, de mettre à profit les interstices cultivables. Des chercheurs à Rennes ont ainsi constaté que l’agriculture urbaine peut apporter beaucoup à l’autonomie alimentaire des villes, en permettant de réduire le périmètre d’approvisionnement. Sans compter ses autres atouts: l’éducation, la réduction des pollutions, la régénération des sols.

Cette autonomie alimentaire peut-elle coexister avec une économie mondialisée?

Oui, mais elle représente un monde séparé, fondé non plus sur la compétition, les marchés, les valeurs monétaires, mais sur le partage, la coopération, la proximité, le respect du vivant. Il s’agit tout d’abord de débrancher de la prise de la mondialisation, en se nourrissant sobrement. Ensuite, l’apprentissage de l’autonomie et de la coopération peut inspirer la mise en place d’autres biens, services, voire de systèmes monétaires locaux. Le partage créé l’abondance. Alors, les vents des marchés et de la finance peuvent passer au-dessus de ce monde sans impact.

À la veille des municipales, trouvez-vous que les Français sont demandeurs d’une telle transition?

Cela fait des années que nous suivons ces thématiques Et depuis quelques mois, nous avons constaté un véritable bond dans l’intérêt qu’elles suscitent. Deux thèmes reviennent en force dans quasiment tous les débats locaux en vue des municipales: l’environnement et l’alimentation.

Ces mêmes Français vous semblent-ils prêts à faire les sacrifices impliqués par l’autonomie alimentaire?

Toute transition conduit nécessairement à faire des choix. Retrouver le lien avec le sol et l’assiette demande de travailler davantage au profit du vivre ensemble que de la productivité. Et au départ, il y a certes un acte de courage, inhérent à la prise de conscience individuelle et collective de la nécessité d’un changement de cap. Mais les « sacrifices » demandés par le parcours de l’autonomie alimentaire ne sont pas si importants: on peut bien se passer de café ou de bananes… Il nous rend d’ailleurs en retour d’autres formes de confort, en dessinant des territoires où les gens ont envie de s’installer car la qualité de vie y est meilleure.

 Crise climatique : un coût  15.000 milliards de dollars d’ici 2050

D’après  étude  de WWF, d’ici 2050,si  rien n’est fait pour endiguer le déclin de la nature, la crise  pourrait se chiffrer à au moins 479 milliards de dollars par an en termes de PIB mondial, soit près de 15. 000 milliards d’ici à 2050. C’est ce que révèle cette étude menée dans 140 pays en collaboration avec les experts des universités américaines de Purdue et du Minnesota. Un travail de deux ans de recherche et de développement grâce à la contribution inédite de scientifiques, économistes et experts politiques du monde entier.

En revanche, des efforts ambitieux pour protéger et restaurer la nature amélioreront considérablement les résultats économiques. Il est encore possible d’inverser la tendance, avec une meilleure utilisation des terres et en préservant mieux les écosystèmes et la biodiversité», stipule le rapport. Les experts évaluent une augmentation du PIB mondial à 490 milliards de dollars par an si les États se tournent vers ces systèmes plus durables et conservent «les services écosystémiques des milieux naturels».

Les plus importantes pertes économiques – 327 milliards de dollars par an – seraient dues à l’érosion des côtes..

Les autres services fournis par la nature seront également durement impactés si rien n’est fait. Le rapport chiffre les pertes inhérentes à la déforestation à 128 milliards de dollars: avec des forêts réduites à peau de chagrin, c’est tout autant d’arbres qui n’aspirent pas de CO2 et ne joueront donc plus leur rôle naturel de réducteur de carbone. Les secteurs alimentaires et agricoles pourraient eux, connaître «des hausses de prix pour des produits comme le bois (+8%), le coton (6%), les graines oléagineuses (+4%) ou encore les fruits et les légumes (+3%)». Une montée des prix vertigineuse qui s’explique par la raréfaction de l’eau (quatre personnes sur dix en souffrent déjà dans le monde selon l’ONU), et la disparition des insectes pollinisateurs.

«L’innovation » ou le plaidoyer pour une agriculture industrielle ( ministre américain de l’Agriculture)

«L’innovation » ou le plaidoyer pour une agriculture industrielle  ( ministre américain de l’Agriculture)

Hier ce sont les lobbys agricoles français qui dans une tribune dans l’Opinion ont vanté la promotion de l’innovation-incluant les OGM – confirmant ainsi le caractère toujours plus industriel de l’agriculture. Aujourd’hui ,c’est le ministre américain de l’agriculture qui dans une autre tribune très habile récupère la problématique environnementale, sociale et sociétale pour justifier de cette agriculture intensive qui veut nourrir le monde entier ignorant au passage sans doute volontairement que le localisme peut permettre de suppléer au moins partiellement aux carences graves de notre modèle agricole;  ce qui permettrait aussi  de redonner de l’intérêt et de la compétitivité aux cultures locales y  compris dans les pays en voie de développement.

 

« Il est temps pour l’Amérique et l’Europe de travailler ensemble pour résoudre le prochain grand défi auquel nous sommes confrontés – produire suffisamment de nourriture, avec moins d’intrants, pour nourrir une population mondiale croissante – ce qui signifie mettre l’innovation et les nouvelles technologies au service d’une agriculture sûre et durable. Les Etats-Unis et leurs amis européens partagent une longue histoire de coopération, qui a été riche en partenariats bénéfiques pour tous. Lorsque nous travaillons ensemble pour résoudre les défis économiques et sécuritaires mondiaux, tout le monde en profite.

Ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale, où l’ouverture des échanges entre les États-Unis et l’Europe a déclenché un boom économique multigénérationnel sans précédent qui a sorti des milliards de personnes de la pauvreté dans le monde entier. Aujourd’hui, il s’agit de poursuivre dans la voie ouverte par notre histoire commune et de travailler ensemble pour réussir ce défi.

D’ici à 2050, la population mondiale devrait atteindre 9,8 milliards d’habitants. Fournir une alimentation saine à cette population croissante représente littéralement un enjeu de vie ou de mort. Face à cela, les États-Unis ont choisi l’innovation et la technologie. Nous voulons que l’Europe montre l’exemple en adoptant une approche innovante de l’agriculture afin de produire des aliments sûrs, de haute qualité et abordables. Ce n’est qu’en adoptant des technologies transformatrices que nous serons en mesure de produire suffisamment de nourriture, de fibres et de carburant pour l’avenir – et de le faire de manière sûre et durable.

« Faites ce qui est juste et nourrissez tout le monde. » C’est notre devise au département américain de l’Agriculture (USDA), et c’est un thème que j’ai souligné à plusieurs reprises lors de ma visite en Europe le mois dernier. Je suis rentré chez moi plus convaincu que jamais que les agriculteurs et les décideurs des deux côtés de l’Atlantique peuvent – et doivent – s’unir pour atteindre ce noble objectif.

L’agriculture moderne fait partie de la solution, pas du problème. Comme je l’ai dit à mes collègues ministres de l’Agriculture, nous représentons ensemble les agriculteurs les plus productifs de la planète et nous partageons la responsabilité commune de nourrir une population mondiale en croissance. Mais cela ne se produira que si nous augmentons durablement notre productivité et créons un modèle viable pour le reste du monde.

En tant que chefs de file de l’agriculture, nous avons l’obligation morale d’aider les agriculteurs et les producteurs alimentaires de nos pays en reconnaissant et en adoptant les trois dimensions de la durabilité agricole : environnementale, sociale et économique.

La préservation de l’environnement est essentielle si nous voulons maintenir la santé de nos sols, la qualité de notre eau et de notre air, tout en répondant à la demande de nourriture et de fibres. La seule façon de nourrir le monde tout en minimisant l’impact de l’agriculture sur l’environnement est de produire plus avec moins d’intrants totaux.

Les agriculteurs font partie de nos meilleurs écologistes. Plus que quiconque, ils veulent que la terre soit en bonne santé parce qu’ils en ont besoin. C’est pourquoi ils ont été des chefs de file dans le domaine de la technologie et de l’innovation – ils comprennent que l’utilisation de la technologie leur permettra de faire plus avec moins, de mieux protéger l’environnement et de réduire l’impact de l’agriculture.

Nous avons fait des progrès. Au cours des quatre-vingt-dix dernières années, la production de matières premières aux Etats-Unis a augmenté de 400 %, tandis que la superficie en production a baissé de 9 %. Dans le même ordre d’idées, l’amélioration des plantes et des pratiques de culture aux Etats-Unis a permis d’augmenter l’efficacité d’utilisation de l’eau et des nutriments, ce qui a contribué à limiter les coûts de production et l’impact environnemental de l’agriculture. Et dans le secteur de l’élevage, les gains d’efficacité ont considérablement réduit les émissions de gaz à effet de serre : le troupeau laitier américain produit presque deux fois plus de lait qu’il y a 90 ans alors que le nombre de vaches a été réduit de 60 %.

La durabilité sociale est également essentielle. Lorsque nous augmentons la productivité et l’efficacité, nous contribuons à la sécurité alimentaire en rendant les aliments plus abordables. Nous savons que les nations qui ont atteint la sécurité alimentaire connaissent moins de conflits et de migrations. Améliorer la durabilité environnementale et économique est une bonne chose, mais seulement si les consommateurs ont les moyens de se procurer des aliments sûrs et de qualité. La bonne nouvelle est que l’augmentation de la productivité a contribué à rendre les aliments plus abordables. Depuis 1960, les prix des principaux produits de base ont chuté de moitié, contribuant à rendre le pain, les œufs, la viande et le lait plus abordables pour les consommateurs américains et du monde entier, y compris ceux qui connaissent l’insécurité alimentaire.

Enfin, la durabilité environnementale et sociale ne sera pas atteinte s’il n’y a pas de durabilité économique pour les producteurs. L’agriculture doit être rentable. Si les agriculteurs ne peuvent pas gagner suffisamment pour investir, nous perdrons les fondements de notre économie alimentaire et régresserons vers l’agriculture de subsistance.

Nous devons également attirer la prochaine génération de jeunes agriculteurs dans ce qui n’est pas seulement une profession, mais un mode de vie. L’agriculture est un mode de vie merveilleux, mais elle doit aussi créer des moyens de subsistance. L’augmentation de la productivité est essentielle pour garantir des conditions d’existence décentes aux agriculteurs et aux travailleurs agricoles.

Nous ne pourrons jamais atteindre la durabilité environnementale ou sociale sans durabilité économique. Et nous ne pourrons pas atteindre la durabilité économique si nous privons les agriculteurs et les éleveurs des outils modernes dont ils ont besoin pour être rentables. En fait, l’innovation technologique est fondamentale pour progresser sur les trois piliers de la durabilité. Il était clair pour moi lors de mes réunions et conversations avec mes homologues européens que nous sommes tous unis dans notre désir d’améliorer la durabilité de l’agriculture et de la production alimentaire.

Et il est clair que l’innovation est la clé de tous les aspects de la durabilité agricole. Nous devons redoubler d’efforts pour dédier la meilleure expertise scientifique à cette tâche et pour fournir à nos producteurs les outils dont ils ont besoin pour réussir.

Sonny Perdue est le secrétaire américain à l’Agriculture.

«l’innovation végétale comme réponse à la transition alimentaire » ?

«l’innovation végétale comme réponse à la transition alimentaire » ?

Une curieuse contribution du lobby agricole pour favoriser l’innovation végétale et remettre en cause notamment les réglementations en particulier concernant les jeux OGM. Pour justifier cette demande,  les contributeurs font cependant  apparaître plusieurs contradictions comme objectifs: l’amélioration de la qualité des produits, le développement de la productivité et de la quantité, la réponse au réchauffement climatique , la dimension internationale des marchés. Autant d’objectifs qui ne sont pas totalement cohérents. En outre, le développement du localisme  s’oppose évidemment à cette ambition d’un pays qui voudrait contribuer à nourrir 2 milliards d’habitants supplémentaires dans le monde. Le caractère de lobbying de cette contribution est d’autant plus évident que les contributeurs n’ont même pas pris la précaution de s’entourer du moindre scientifique et du moindre expert  indépendant. Il y a sans doute matière à encourager l’innovation végétale mais pas sur cette problématique.

 

Tribune dans le monde

 

 

« Répondre aux nouvelles attentes des consommateurs-citoyens, tout en tenant compte des impacts d’une instabilité climatique croissante, suppose de faire évoluer les systèmes de production vers plus d’agroécologie. Cette transition, tous les acteurs de la chaîne alimentaire y prennent d’ores et déjà part activement grâce à l’innovation.

Sans innovation, comment développer des plantes qui résistent aux nouveaux prédateurs, aux nouvelles maladies et s’adaptent aux soubresauts climatiques ? Sans innovation, comment répondre aux attentes individuelles de consommateurs en quête de qualité, de diversité, de produits locaux, durables et savoureux ? Sans innovation, comment envisager que l’agriculture puisse nourrir les 2 milliards d’habitants supplémentaires d’ici 2050 avec des ressources naturelles et des espaces agricoles en diminution ?

Faire le pari de l’innovation en agriculture, c’est bien entendu investir sur le temps long dans les équipements modernes, les objets connectés, des méthodes de protection des végétaux qui utilisent des mécanismes naturels… C’est aussi s’appuyer sur le savoir-faire français en matière d’innovation végétale et de génétique des plantes.

La sélection végétale a permis aux agriculteurs, depuis les années 1970, de multiplier par deux les rendements du maïs, de la betterave sucrière et du blé, le tout en avec moins d’intrants, en réduisant le besoin en eau et en proposant des variétés ne sursollicitant pas les sols. Les semenciers développent également des variétés adaptées à la demande en qualité des acteurs agroalimentaires. C’est le cas avec les orges de brasserie, des blés spécifiques à la meunerie ou encore des variétés de tournesol à haute teneur en acide oléique et dont les qualités nutritionnelles sont reconnues. Enfin, attachés aux attentes nutritives et organoleptiques des consommateurs, les semenciers améliorent les qualités gustatives des fruits et légumes du quotidien.

L’innovation végétale est donc essentielle pour l’avenir de notre agriculture et de nos filières alimentaires. Elle manque pourtant cruellement d’un soutien politique à la fois constant et volontariste comme vient de le prouver l’actualité récente.

Nous avons besoin de courage politique et de dialogue sociétal. Dans une décision rendue le 7 février dernier, le Conseil d’État vient en effet d’entériner l’interprétation apportée par la Cour de justice de l’Union européenne en 2018 : toutes les techniques de sélection développées depuis 2001 produisent in fine des OGM. La juridiction a également estimé que certaines techniques antérieures à 2001, dont est issu un nombre important de plantes, peuvent aussi entrer dans le champ d’application de la directive européenne 2001/18 sur les organismes génétiquement modifiés.

«En fonction de ce que le gouvernement décidera, il pourra mettre un coup d’arrêt brutal à l’innovation»

L’impact profond que cette décision aura sur l’avenir de la sélection variétale et sa capacité à apporter des solutions concrètes face aux défis de la transition agro-écologique ne saurait être sous-estimé. En fonction de ce que le gouvernement décidera, il pourra mettre un coup d’arrêt brutal à l’innovation.

Au mieux, les semenciers hexagonaux vont se retrouver confrontés à de longues et coûteuses démarches d’homologation pour les variétés obtenues de cette manière, ce qui ne manquera pas d’affecter en profondeur la compétitivité de la France face aux régions du monde qui ont une approche plus pragmatique. Au pire, des variétés de plantes développées en toute légalité depuis bientôt vingt ans vont se retrouver menacées d’interdit, sans alternatives pour les agriculteurs, alors qu’aucune urgence sanitaire ou environnementale ne le justifie !

Héritée des siècles précédents, la sélection végétale se heurte ainsi à des obstacles juridiques inédits, exigeant une prise de position politique au plus haut niveau. À court terme, la question se pose en effet d’une nécessaire adaptation de la réglementation européenne en la matière. Vieille de près de vingt ans, la directive OGM a fait preuve de son obsolescence et doit être ajustée à l’état actuel de la science. En lançant deux études d’impact sur le sujet, la Commission européenne a d’ailleurs implicitement reconnu l’existence d’un débat et le besoin de faire bouger certaines lignes.

C’est pour cette raison que 29 organisations représentant toute la filière agricole et alimentaire française demandent à la France de rejoindre l’initiative de 12 États membres en faveur d’une adaptation de la directive OGM, ce débat dépassant de très loin le strict cénacle franco-français.

Afin de permettre à tous les acteurs de la chaîne alimentaire française de développer leurs activités dans un cadre légal prévisible et approprié, nous, signataires, souhaitons nous engager avec les pouvoirs publics pour accompagner cette évolution réglementaire. Pour cela, il faut du courage politique et la volonté de dialoguer. De ce courage, nous ne voulons pas douter. »

AFCA CIAL (compléments alimentaires animaux) : Michel Layus, président. AGPB (blé) : Éric Thirouin, président. AGPM (maïs) : Daniel Peyraube, Président. AIBS (Betterave et sucre) : Jean-Phillippe Garnot, président. ANAMSO (semences oléagineuses) : Laurent Bourdil, président. ARVALIS (recherche agronomique) : Anne-Claire Vial, présidente. Centre français du riz : Bernard Mazel, président. CGB (betterave) : Franck Sander, président. CSFL (fruits et légumes) : Stéphane Lacroix, président. CSIF (importations de fruits et légumes) : Philippe Pons, président. CTIFL (institut technique des fruits et légumes) : Jacques Rouchasse, président. FEDEPOM (négociants de pomme de terre) : Marc Morellato, président. FNA (négoce agricole) : Antoine Pissier, président. FNAMS (agriculteurs multiplicateurs de semences) : Thomas Bourgeois, président. FNPHP (producteurs horticoles) : François Felix, président. FNPSMS (semences de maïs) : Pierre Pages, président. FN3PT (producteurs de plants de pomme de terre) : Éric Fallou, président. FNSEA : Christiane Lambert, présidente. FOP (oléoprotéagineux) : Arnaud Rousseau, président. GNIS (interprofession semencière) : François Desprez, président. INTERCEREALES : Jean-François Loiseau, président. IPTA (première transformation agricole) : Marie-Laure Empinet, présidente. JA : Samuel Vandaele, président. LA COOPERATION AGRICOLE : Dominique Charge, président. SNIA (alimentation animale) : François Cholat, président. SYNDICAT DES RIZICULTEURS DE FRANCE ET FILIÈRE : Bernard Mazel, président. TERRES INOVIA (institut technique des huiles et protéines végétales) : Sébastien Windsor, président. TERRES UNIVIA (huiles et protéines végétales) : Antoine Henrion, président. UFS (semenciers) : Claude Tabel, président.

Santé Tomates: Un nouveau virus

Santé Tomates:  Un nouveau virus

 

Un  virus, le tomato brown rugose fruit virus (ToBREV) touche actuellement des pays proches de la France et grands producteurs de tomates comme l’Espagne ou l’Italie, mais aussi les Pays-Bas, la Grèce ou le Royaume-Uni.

 

S’il ne présente aucun danger pour la santé humaine, le virus ToBRFV inquiète les producteurs pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il affecte les tomates et les poivrons de manière très visible : des mosaïques apparaissent sur les feuilles, qui rétrécissent, des tâches jaunes peuvent apparaître sur les fruits. le  ToBRFV se transmet d’un plant à l’autre extrêmement facilement. Il suffit en effet d’un contact, direct ou indirect, pour que la maladie se propage. Le virus peut également subsister pendant des mois dans les sols, les vêtements ou les outils sans perdre son pouvoir infectieux. «Le virus peut infecter jusqu’à 100% des plantes sur un site de production, ce qui le rend redoutable pour les cultures à haute densité comme les cultures sous serres», prévient ainsi l’Anses.

 

 

Virus tomate: destruction de plants infectés

Virus tomate: destruction de plants infectés

 

 

 

Deux serres du Finistère avaient été touchées en France, qui appartiennent à la même exploitation d’un producteur adhérent à la coopérative Savéol, celle-ci va détruire les plants de tomates incriminés (virus ToBRFV)  après avoir été isolés.

« C’est un producteur de notre coopérative. C’est tombé chez nous, ça aurait pu tomber ailleurs », a souligné Pierre-Yves Jestin, président de Savéol, au Salon de l’agriculture de Paris. Les plants incriminés proviennent du Royaume-uni et sont issus de semences produites aux Pays-Bas.

Trois autres exploitations, dont on ignore à quelle coopérative elles sont affiliées, ont reçu le même type de plants et font actuellement l’objet de prélèvements dans le cadre de l’enquête de traçabilité, a précisé le ministère de l’agriculture qui suit de près le dossier depuis son apparition.
Selon l’Anses, le tomato-virus peut infecter jusqu’à 100% des plantes sur un site de production, ce qui le rend redoutable pour les cultures à haute densité de plantation comme les cultures sous serre. En revanche, il n’a pas d’impact sur l’homme.

Taxe US du vin une baisse de près de 50 % du chiffre d’affaires dans le bordelais

Taxe US du vin une baisse de près de 50 % du chiffre d’affaires dans le bordelais

 

La taxe est effective depuis le 18 octobre dernier et la filière commence déjà à mesurer l’ampleur des répercussions sur ses exportations. Elles sont catastrophiques : en novembre 2019, les vins de Bordeaux enregistrent un recul de 46 % de leurs chiffres d’affaires et de 24 % en volume sur leur deuxième marché à l’export, qui était jusqu’alors stable.

Le lobby du vin particulièrement bordelais à sans doute raison de dénoncer le fait que la production viticole est notamment  et surtout la victime du conflit entre l’Europe et les États-Unis en matière de construction aéronautique. Notons que d’autres productions sont aussi concernées comme celle des fromages par exemple. Il faut ajouter à cela que non seulement le marché américain est très perturbé par les taxes imposées par le président US et que parallèlement le marché asiatique notamment en Chine est aussi victime indirect du virus chinois.. « L’aéronautique est taxée à 10 % et les vins français, dans un conflit aéronautique, se trouvent taxés à 25 % », remarque Bernard Farges, président de l’interprofession bordelaise. Pour le consommateur américain cela revient à ce qu’un produit qui valait 10 dollars se retrouve tout à coup à 12,5 dollars « et derrière, avec le jeu de la distribution américaine, cela peut devenir 15 dollars », pointe-t-il.

« La seule solution qu’on a aujourd’hui pour garder nos parts c’est de prendre à notre charge la taxe, c’est-à-dire de réduire nos prix de 25 % ce qui est énorme et entame la rentabilité de nos entreprises », ajoute Georges Haushalter, vice président du syndicat de négoce et directeur d’une maison de négoce de taille moyenne (50 millions d’euros de chiffre d’affaires).

Pour que les prix proposés aux consommateurs américains n’augmentent pas, la filière souhaite que l’Etat français crée un fonds de compensation à hauteur de 300 millions d’euros par an (25 % d’1,2 milliard environ, soit le chiffre d’affaires à l’export de la filière vin française), en attendant que le conflit soit résolu.

« On ne remet pas en cause les choix commerciaux de la France mais ces choix doivent être assumés par la création de ce fonds », insiste Bernard Farge responsable viticole.. Ce qui est en jeu pour l’interprofession ce n’est rien de moins que le maintien de ce flux commercial vers « un marché ancien et structuré ».

Les clients américains, conscients que le niveau des taxes peut changer tous les quatre mois sont attentistes et freinent leurs commandes auprès des négociants bordelais. « On voit bien que nos vins sont déréférencés, remplacés par des vins italiens ou d’autres origines non taxés et évidemment que la reconquête sera extrêmement longue, coûteuse et difficile », avertit Georges Haushalter. Pour lui, l’urgence est là et la filière n’a pas six mois devant elle, pour attendre une éventuelle condamnation de Boeing par exemple. « Dans six mois on sera morts », lâche-t-il. Il faudrait aussi ajouter les perturbations actuelles et surtout prochaines liées au départ du Royaume-Uni de l’union européenne. Au total des signes très inquiétants pour la production viticole française de haut niveau évidemment pas simplement que dans le bordelais.

En 2019, les ventes de vin à l’international ont bien progressé, mais c’est une hausse en trompe-l’œil qui n’empêche pas le professionnels de voir l’avenir en noir: les exportations de vins français vers les Etats-Unis, leur premier marché étranger, ont en effet chuté de 30% en moyenne, selon Jean-Marie Barillère. Et selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), le maintien des taxes pourrait entraîner une perte de plus de 50% de chiffre d’affaires pour près d’un tiers des entreprises du secteur, avait-elle avancé lors du salon Wine Paris-Vinexpo.

 

Utopie: L’autonomie alimentaire des villes ?

Utopie: L’autonomie alimentaire des villes ?

 

Une interview intéressante de  l’urbaniste Sabine Becker et le chercheur François Rouillay à l’occasion de la sortie de leur livre publié le 11 février intitulé « En route pour l’autonomie alimentaire ». Cependant, le  concept d’agriculture urbaine qu’ils prônent semblent faire l’impasse sur  l’existence des campagnes qui comme les villes structurent notre pays. On ne saurait réduire l’aménagement du territoire aux seules zones fortement agglomérées même entourées  de jardins supposés nourrir la population. Une vision assez réductrice voire caricaturale  de l’aménagement du territoire. Un concept d’agriculture urbaine d’abord utopique ensuite qui légitime une vision concentrationnaire d’un aménagement du territoire sous domination des villes. Une vision assez écolo bobo.  ( Interview dans la tribune)

 

 

La notion d’autonomie alimentaire, à laquelle vous consacrez votre livre, est de plus en plus souvent évoquée dans le débat public autour de l’alimentation. Qu’est-ce qu’elle désigne?

 

SABINE BECKER et FRANÇOIS ROUILLAY - Liée à la nécessité d’une alimentation respectueuse du vivant, l’autonomie alimentaire renvoie à la perspective d’une « terre d’avenir » sur le territoire: c’est-à-dire d’une terre vivante en capacité de nourrir et maintenir en bonne santé ses enfants. Trois idées sont donc imbriquées dans cette notion: le respect du sol et de la biodiversité, le maintien de la santé, et une alimentation nécessairement locale.

Elle vise à restaurer le lien entre producteurs et mangeurs, qui aujourd’hui est coupé à deux endroits. Les producteurs sont en effet exposés à une concurrence mondialisée. Leurs produits voyagent des centaines, voire des milliers, de kilomètres avant d’atteindre les mangeurs, et sont parfois massivement gaspillés. Les producteurs ne voient donc plus la nourriture au travers du territoire et de leurs habitants, mais des comptes d’exploitation et des marchés. Les consommateurs pour leur part regardent la nourriture par le biais de la publicité, du temps pressé, de leur four à micro-ondes… Ils ne prennent plus le temps de travailler des produits bruts et de rencontrer les producteurs. Ils cherchent une facilité nutritive accentuée par les colorants, les exhausteurs de goût. Il faut donc un changement de regard pour induire un changement de comportement.

 

Quelle est justement l’utilité politique – en entendant le mot « politique » au sens large – de cette notion d’autonomie alimentaire?

Elle peut notamment permettre de transformer positivement les politiques d’aménagement du territoire. Pendant les 50 dernières années, l’étalement urbain a eu lieu au mépris du respect des zones de production de nourriture autour des villes. Les villes, qui auparavant étaient autosuffisantes, dépendent désormais de la chaîne alimentaire mondialisée pour se nourrir. Elles ne disposent plus que de trois jours de stock d’aliments en moyenne. Mais les risques de rupture de cette chaîne mondialisée sont divers: incendies, inondations, conflits sociaux, maladies… On peut donc affirmer que les villes sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.

Les maires des communes ont ainsi la responsabilité politique de prendre des mesures pour assurer la sécurité alimentaire de leurs villes, pour en garantir la résilience en cas de rupture de la chaîne alimentaire, en créant, à côté des zones d’activité économique ou commerciale, des zones d’activité nourricière. Ils n’ont d’ailleurs besoin d’aucune autorisation pour faire cela. Ils peuvent acquérir des terres, comme l’a fait à Val-de-Reuil la Communauté d’agglomération Seine-Eure, afin de développer une agriculture biologique sur 110 hectares situés sur le périmètre de protection de captage de sa ressource en eau. La collectivité a même transformé un ancien bâtiment industriel, de 10.000 mètres carrés, en « pôle alimentaire », où les producteurs commercialisent leurs produits, les conditionnent, partagent des outils agricoles, organisent des cours de cuisine… En un an, cela a permis de recréer les 59 emplois détruits à cause de la fermeture de l’ancienne usine.

 

Tout repose donc sur les épaules des maires?

S’alimenter est l’affaire de tous. La partie se joue donc à quatre: l’apprentissage et l’organisation des 21 actions que nous suggérons dans notre livre réunissent élus locaux, monde économique, paysans et habitants. L’association Réseau Cocagne a par exemple créé 102 fermes biologiques d’insertion et 6 structures agroalimentaires autour de la France. Elles emploient plus de 5.600 personnes et génèrent 16,3 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels par la seule vente de légumes. A Amiens et Bayonne, les habitants retournent le gazon des HLM pour y construire des potagers.

La transition alimentaire implique d’ailleurs la transition agricole. Et dans cette transition les paysans, qui aujourd’hui vivent une crise terrible, doivent être accompagnés. Les structures de maraîchage du futur seront participatives et écologiques. C’est déjà le cas au Québec, ou des communautés de communes achètent des terres et y emploient des formateurs qui apprennent aux enfants, aux personnes en insertion, aux citoyens, à cultiver, conserver et cuisiner les produits.

Mais l’agriculture urbaine peut-elle vraiment nourrir les villes dans un monde de plus en plus urbanisé et où la population ne cesse de croître?

Afin d’assurer l’autonomie alimentaire des villes il faut inclure le territoire autour, celui compris dans un rayon permettant de les approvisionner en une heure. Et déjà aujourd’hui, 75% de la production agricole mondiale vient de petites exploitations.

Mais le développement de nouvelles techniques de régénération végétale permet désormais d’augmenter significativement la productivité de l’agriculture urbaine, et donc de mener des expériences de production intéressantes sur de petites surfaces, de mettre à profit les interstices cultivables. Des chercheurs à Rennes ont ainsi constaté que l’agriculture urbaine peut apporter beaucoup à l’autonomie alimentaire des villes, en permettant de réduire le périmètre d’approvisionnement. Sans compter ses autres atouts: l’éducation, la réduction des pollutions, la régénération des sols.

Cette autonomie alimentaire peut-elle coexister avec une économie mondialisée?

Oui, mais elle représente un monde séparé, fondé non plus sur la compétition, les marchés, les valeurs monétaires, mais sur le partage, la coopération, la proximité, le respect du vivant. Il s’agit tout d’abord de débrancher de la prise de la mondialisation, en se nourrissant sobrement. Ensuite, l’apprentissage de l’autonomie et de la coopération peut inspirer la mise en place d’autres biens, services, voire de systèmes monétaires locaux. Le partage créé l’abondance. Alors, les vents des marchés et de la finance peuvent passer au-dessus de ce monde sans impact.

À la veille des municipales, trouvez-vous que les Français sont demandeurs d’une telle transition?

Cela fait des années que nous suivons ces thématiques Et depuis quelques mois, nous avons constaté un véritable bond dans l’intérêt qu’elles suscitent. Deux thèmes reviennent en force dans quasiment tous les débats locaux en vue des municipales: l’environnement et l’alimentation.

Ces mêmes Français vous semblent-ils prêts à faire les sacrifices impliqués par l’autonomie alimentaire?

Toute transition conduit nécessairement à faire des choix. Retrouver le lien avec le sol et l’assiette demande de travailler davantage au profit du vivre ensemble que de la productivité. Et au départ, il y a certes un acte de courage, inhérent à la prise de conscience individuelle et collective de la nécessité d’un changement de cap. Mais les « sacrifices » demandés par le parcours de l’autonomie alimentaire ne sont pas si importants: on peut bien se passer de café ou de bananes… Il nous rend d’ailleurs en retour d’autres formes de confort, en dessinant des territoires où les gens ont envie de s’installer car la qualité de vie y est meilleure.

Vente directe aux consommateurs: l’avenir ?

Vente directe aux consommateurs:  l’avenir ?

La vente directe peut être une solution pour en même temps améliorer le retour financier et préserver pouvoir d’achat des consommateurs. Un mode de distribution qui semble nettement progresser et qui peut concerner nombre de secteurs et en particulier l’agriculture. Reste qu’il ne faut pas confondre vente directe et produit bio. Certains circuits de distribution agricoles concernant le bio privilégient la vente directe. Mais ce procédé est utilisé aussi par des productions très critiquables sur le plan environnemental.

Reste que c’est un moyen d’améliorer le revenu des agriculteurs. D’après la fédération de vente directe , la Vente Directe en général est la 3ème voie de la distribution à côté de la vente en magasin et de la Vente par correspondance et à distance. Elle est très présente dans notre économie, mais sa définition justifie des précisions : pour qu’il y ait Vente Directe, il faut mettre en présence un vendeur et un acheteur en dehors d’un lieu destiné à la commercialisation. C’est la démarche personnalisée, la possibilité de démonstration en situation réelle et le service offert par un vendeur compétent qui font le succès de ce mode de distribution.  Il ne faut pas confondre la Vente Directe avec la vente par correspondance et à distance, (Internet, télé-achats, ventes directes sur les lieux de production, ventes sur les routes, sur les marchés et foires, etc.)

 

La présentation du produit par le vendeur est un service préalable à la décision d’achat du consommateur qui se justifie par la technicité du produit ou son caractère novateur. Dans le cadre de la Vente Directe, le vendeur travaille généralement à proximité de son domicile. Son emploi peut être à temps complet, à temps partiel ou simplement apporter un complément de revenu obtenu parallèlement à une activité principale.

 

Ainsi, suivant son choix, le vendeur peut évoluer d’une ressource d’appoint vers un revenu principal suivant le temps consacré. C’est une activité de service qui intègre progressivement les technologies de l’information et de la communication.

En 2018, la Vente Directe représente en France un C.A. de 4,584 milliards d’€, et emploie environ 698. 378  distributeurs. En 2018, en France, la profession a progressé de 6 915 emplois nets (commerciaux salariés ou indépendants, administratifs, ouvriers, techniciens, cadres…). Ce qui concerne l’agriculture proprement dite il y aurait de l’ordre  de 70 000 agriculteurs qui écouleraient directement auprès des consommateurs tout ou partie de leur production. Certains utilisent cependant la médiation de leurs magasins coopératifs ( autour de 400 France). Encore une fois vente directe ne signifie pas forcément bios, encore moins végans, comme certains le laissent entendre. La production bio doit obéir à des règles environnementales et sanitaires strictes. Le problème est évidemment notamment celui des labels, une véritable forêt difficile à décrypter pour le consommateur moyen.

 

Ainsi pour les œufs par exemple la plupart des emballages contiennent  en très gros la mention bio alors qu’en vérité ils sont nourris en bonne partie par des farines animales à la composition douteuse provenant par exemple d’Ukraine avec des OGM et des cocktails chimiques pour accélérer la production. Ne pas confondre en l’occurrence production bio et élevages en plein air. On pourrait multiplier les exemples. Il faut donc distinguer la problématique du producteur qui vise le plus souvent à améliorer son revenu de celle du consommateur qui recherche en général un produit de qualité.

 

Le dénominateur commun est la proximité géographique dans l’intérêt économique des deux parties. Pour la qualité, il reste, comme pour les circuits de distribution classiques à mettre de l’ordre dans la forêt des labels et ne pas tout confondre écologie, Vegan, sans gluten, proximité, santé, petits producteurs et circuits courts. Économiquement et écologiquement, les circuits lourds sont à encourager puisqu’ils représentent seulement 10 % de la consommation alimentaire et qu’ils permettent d’éviter les gaspillages de transport et de logistique. Sanitairement  et gustativement, ils sont le plus souvent notoirement plus intéressants en terme de qualité . Il reste cependant à assurer une régulation pour éviter les mélanges douteux de concepts.

 

Pesticides : des indemnités pour les terres non cultivées ! ( Macron)

Pesticides : des indemnités pour les terres non cultivées ! ( Macron)

«On va voir comment valoriser ces bandes avec des services environnementaux, des trucs (…) qui vous permettent d’avoir des revenus», a dit Macon de manière très ambigüe à propos des zones de non-traitement (ZNT) imposées par décret depuis le 1er janvier pour protéger les riverains des produits chimiques. On voit mal comment on pourrait engager un processus qui consisterait à indemniser tout producteur qui n’utiliserait pas de produits chimiques interdits. Ou alors  il faut se préparer à indemniser toute l’agriculture le moment venu. Cette proposition n’a aucun sens d’autant que les bandes de terres en question représentent une surface relativement faible et que certaines peuvent par ailleurs être reconverties par exemple dans la plantation d’arbustes ou d’arbres qui protégeraient des caprices de la météo.

Les bandes de terres agricoles non cultivées en raison des interdictions d’épandage de pesticides pourraient à l’avenir générer des revenus aux agriculteurs, a suggéré samedi 22 février le président Emmanuel Macron lors de sa visite du Salon de l’Agriculture à Paris.

«On va voir comment valoriser ces bandes avec des services environnementaux, des trucs (…) qui vous permettent d’avoir des revenus», a-t-il dit à un agriculteur et brasseur du Vexin qui l’interpellait sur le sujet des zones de non-traitement (ZNT) imposées par décret depuis le 1er janvier pour protéger les riverains des produits chimiques.

Un arrêté et décret publié à la toute fin décembre par le gouvernement impose depuis le 1er janvier des distances minimales de pulvérisation des produits phytosanitaires recommandées par l’Agence française de sécurité sanitaire (Anses) : cinq mètres des habitations pour les cultures dites basses comme les légumes et céréales, dix mètres pour les cultures hautes, fruitiers ou vignes, et 20 mètres pour les produits «les plus dangereux», qui ne représentent toutefois qu’environ 0,3% des substances actives utilisées.

 

 

Agriculture malade: Macron , en docteur Diafoirus

Agriculture malade:  Macron , en  docteur Diafoirus

 Macron en médecin de Molière qui se penche sur la maladie de l’agriculture avec des propos d’une banalité stupéfiante et autant de contradictions. Pendant plus de 10 heures, Macron a fait son show au salon de l’agriculture en multipliant les banalités autant que les contradictions. Un véritable docteur Diafoirus au chevet d’une agriculture malade. Macron qui ne comprend déjà pas les réalités concrètes de l’économie productive et dont l’horizon économique se limite aux start-ups et aux opérations financières n’a guère apporté l’éclairage sur les perspectives du secteur et de ceux qui travail. Pas étonnant qu’il se contente de propos d’une grande banalité assez démagogique : “Nous sommes derrière nos agriculteurs et nos paysans. Ce sont nos paysans qui nous nourrissent chaque jour. On doit être fier de notre agriculture française”, a dit le président dans les allées du centre des expositions de la porte de Versailles.

“On lui demande (à l’agriculture) des changements très profonds pour l’environnement, la qualité, la sécurité alimentaire et elle est au rendez-vous de ces changements”, a-t-il poursuivi.

“Je sais pouvoir compter sur l’ensemble du monde paysan pour réussir cette transformation (…) tout en gardant une agriculture forte, pour réussir à réduire nos pesticides, le faire de manière apaisée réconciliée et en permettant à nos paysans d’avoir leurs revenus”, a insisté Emmanuel Macron, soulignant que “rien ne doit justifier des actions contre nos paysans” et promettant d’être “intraitable” sur le sujet. Immédiatement après,  il a indiqué qu’il était hors de question d’envisager une revalorisation des retraites. Notons aussi que , il ne cesse de développer des accords commerciaux avec les différentes zones graphiques qui sacrifient en fête l’agriculture sur l’autel de grands secteurs industriels. ( l’accord avec le Canada par exemple).

“Je ne peux pas gérer l’avenir et le passé en même temps. Je ne vais pas vous mentir”, leur a-t-il répondu à propos des retraites. Autant dire que ces propos sont particulièrement ambigus concernant le revenu des futurs retraités à agricole

“Tous ceux qui rentreront dans le nouveau système, contrairement à l’ancien, ils auront une garantie de retraite minimum. Est-ce que je peux aujourd’hui vous dire l’ensemble du stock, c’est-à-dire tous nos (agriculteurs) retraités d’aujourd’hui peuvent y rentrer ? C’est impossible. C’est impossible, parce que c’est 1,1 milliard”, a-t-il insisté . En même temps Macon a fait le grand écart entre l’agriculture industrielle et les exigences de qualité et de santé de la part des consommateurs. Un petit clin d’œil en passant aux écolos producteurs consommateurs. Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, a rappelé mardi que les pensions de retraite des agriculteurs sont actuellement en moyenne à 740 euros par mois (760 euros pour les hommes et 580 euros pour les femmes). « Or la retraite moyenne des Français est de 1.390 euros par mois », a-t-il fait valoir.

 “Nous avons dit que nous comprenons qu’il faut protéger la santé des consommateurs et des riverains, mais ça ne peut pas se faire sans accompagnement financier, sinon c’est de la perte sèche pour les agriculteurs”, a dit la présidente de la FNSEA.

Après une rencontre avec les représentants de la filière céréalière, Emmanuel Macron s’est entretenu avec la filière viticole, qui souffre des droits de douane établis par les Etats-Unis dans le litige qui oppose Boeing et Airbus devant l’OMC.

Le président français, a-t-il ajouté, s’est engagé à porter la demande de création d’un fonds de compensation auprès de l’Union européenne avec l’objectif qu’il soit mis en place au printemps.

Autre motif d’inquiétude, le sort de la Politique agricole commune (Pac) européenne au-delà de la fin de l’année.

Réunis jeudi et vendredi en sommet extraordinaire à Bruxelles, les dirigeants européens n’ont pas réussi à s’entendre sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027 de l’Union européenne.

Les Vingt-Sept s’opposent sur le montant de l’enveloppe budgétaire au moment où le départ du Royaume-Uni va amputer de l’ordre de 75 milliards d’euros le budget communautaire sur la période de sept ans à venir, mais aussi sur la répartition des dépenses publiques.

Prospective -«Une agriculture compétitive pour nourrir la France et la planète.» ou le triomphe de la confusion !

Prospective -«Une agriculture compétitive pour nourrir la France et la planète.» ou  le triomphe de la confusion !

 

 

 

Une tribune dans l’opinion de Sylvie Brunel, géographe, professeur à Sorbonne Université, mérite la lecture car elle caractérise les contradictions voilées de l’approche de certaines  élites politiques , institutionnelles voir intellectuelles  vis-à-vis d’une agriculture française à bout de souffle. Pour éviter d’avoir à dégager les principaux enjeux, on brosse l’agriculture dans le sens du poil en mélangeant habilement les problématiques, les banalités  et les contradictions. Pour donner un   caractère de vraisemblance à ce qui incohérent, on multiplie les évidences voire les propos de bistrot . Une approche très confuse d’inspiration macronnienne sans doute   ( Tribune dans l’Opinion)

« Nos agriculteurs tiennent notre avenir entre leurs mains. Ils maîtrisent les techniques les plus avancées pour adapter les territoires au changement climatique, capter le carbone, entretenir la biodiversité, protéger les sols. Et surtout nous nourrir ! La France fait partie du top ten des grands exportateurs agricoles, alors que plus de 150 pays dans le monde sont incapables de se nourrir. Nous devrions être reconnaissants à nos paysans de tout mettre en œuvre pour nous protéger malgré nous de maux que nous avons oubliés : la pénurie, les contaminations.

La pression parasitaire croissante, les virus et les maladies émergentes, les invasions de criquets en Afrique de l’Est nous rappellent que sans leur vigilance, les pires pestes nous menacent. Que santé humaine, santé végétale et santé animale ne font qu’un. Nos agriculteurs appliquent des protocoles d’une grande rigueur pour nous fournir les aliments les plus beaux, sains, variés. Et à un prix abordable, quand 9 millions de personnes en France, et près d’un milliard dans le monde, souffrent toujours de la pauvreté. Pour les classes moyennes mondiales, qui s’accroissent chaque année de près de 200 millions de personnes, France rime avec excellence. Pas seulement la gastronomie et les vins, mais les céréales, les semences, laitages, pommes… Tout un savoir-faire et des garanties de sécurité sanitaire.

 

Pourtant, combien d’entre nous, y compris parmi les plus éduqués, conspuent sans les connaître ceux qui nous nourrissent, en qualifiant d’agriculture « industrielle » ou « productiviste » ce qui n’est qu’une agriculture compétitive ! Il faut être compétitif pour faire face aux grands enjeux écologiques, grâce à des outils d’aide à la décision, de la cartographie satellitaire des parcelles, des analyses permettant de ne traiter qu’en dernier recours – la bonne dose au bon moment, pile sur le plant. Le paysan est le premier des écologistes : la nature est son cadre de vie et son outil de travail. La préserver est devenu sa priorité.

Il ne faut pas pour autant le confondre avec un jardinier. Vouloir renvoyer nos paysans à la pénibilité, à des modèles où l’on travaille beaucoup sans compter ses heures, où l’on produit cher et peu, à grand renfort de financements publics ou avec le soutien enthousiaste de restaurateurs étoilés, ne peut pas être une option : il faut nourrir les villes. Le bio, les circuits courts ont toute leur place, mais les généraliser serait un drame pour notre économie, pour notre indépendance alimentaire et pour les producteurs bios, déjà exposés aujourd’hui à la guerre des prix et aux importations déloyales.

Alors associons les agricultures au lieu de les opposer. Et souvenons-nous que c’est d’abord le « conventionnel » (mot insupportable, comme « pesticides ») qui nous nourrit et exporte. La troisième révolution agricole est engagée : l’agriculteur d’aujourd’hui doit tout concilier, l’agronomie et l’écologie, la productivité et la propreté, les paysages… Et la performance : à nos portes se trouvent des pays structurellement déficitaires, où le prix de la nourriture conditionne la paix sociale. La faim engendre les révolutions, la guerre, les migrations. La France doit conserver sa mission nourricière !

Soyons fiers de notre agriculture de précision, qui a toutes les solutions. Marcher pour le climat ? Marchons pour l’agriculture ! Et respectons ceux qui nous nourrissent. »

 

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