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Agriculture, nucléaire:Le même désastre !

Agriculture, nucléaire:Le même désastre !

Par Gil Rivière-Wekstein,fondateur et rédacteur de la revue « Agriculture & Environnement »

« Il existe un parallèle incontestable entre ce qu’a subi la filière nucléaire et ce que connaît aujourd’hui l’agriculture française»

A la grande surprise de nombre de nos concitoyens, la France connaît aujourd’hui une incertitude concernant son approvisionnement en électricité pour cet hiver. Alors que notre pays s’est doté d’un considérable parc nucléaire faisant de la France le champion mondial de l’atome, la conjugaison d’une série d’éléments imprévus et conjoncturels explique partiellement cette situation ubuesque (guerre en Ukraine, bouleversement de l’agenda de la maintenance des centrales, problèmes de corrosion dans un certain nombre d’unités de production, etc.)… Mais cela ne saurait suffire à justifier que le président de la République réclame au pays la « sobriété énergétique », terme plus politiquement acceptable que celui de « rationnement » et de « fermeture partielle de nos entreprises ».

En réalité, cela fait plusieurs décennies que l’exécutif adresse un message clair à la filière nucléaire, en lui ordonnant de se défaire d’un de ses joyaux industriels. Le sabordage a commencé dès 1997 avec l’arrêt du projet de Superphénix et s’est poursuivi jusqu’à la fermeture de Fessenheim, en passant par l’arrêt du projet d’Astrid, un prototype de réacteur dit de « quatrième génération », qui devait être mis en service dès 2020. Depuis lors, EDF s’est dédié à la formation d’équipes pour gérer le démantèlement de ses centrales, au prix de ne plus avoir suffisamment de personnel formé pour garantir une maintenance efficace et encore moins des équipes pour la création de nouvelles unités. Ce choix stratégique résulte d’un cruel manque d’anticipation politique dû aux multiples compromis que les présidences successives ont accordés aux responsables de l’écologie politique.

Pour qui connaît le monde agricole, il existe un parallèle incontestable entre ce qu’a subi la filière nucléaire et ce que connaît aujourd’hui l’agriculture française. Comme vient de le confirmer un rapport sur la compétitivité de la ferme France, rédigé par les sénateurs Duplomb, Louault et Mérillou, remis à la Commission des affaires économiques ce 28 septembre, « la Ferme France décroche ». « La France, “grenier de l’Europe”, est désormais déficitaire avec l’Union européenne en matière alimentaire depuis 2015. Hors vins, elle est même déficitaire avec le monde entier. » Plus inquiétant encore : « le potentiel productif agricole s’érode d’année en année par une baisse du nombre d’exploitations, une chute de la surface agricole utile en cultures et un plafonnement des rendements. La productivité de l’agroalimentaire, faute d’investissements suffisants compte tenu de la guerre des prix, est également en berne. »

Résultat : 71 % de notre consommation de fruits est importée, 28 % de notre consommation de légumes. Et c’est pire pour ce qui concerne l’élevage : 56 % de la viande ovine consommée en France est importée, 22 % de la viande bovine, 45 % du poulet, 26 % du porc et 30 % de notre consommation de produits laitiers. A cela s’ajoutent les 63 % de protéines que nous consommons, issues d’oléagineux importés à destination des élevages, et entre 70 et 80 % de nos besoins de miel. De seconde exportatrice mondiale qu’elle était, derrière les Etats-Unis, au début des années 1990, la France est passée au sixième rang. Supplantée successivement par les Pays-Bas et l’Allemagne, puis par la Chine et le Brésil. Nos parts de marché ont fondu de 11 % en 1990 à moins de 5 % en 2021.
Comment en est-on arrivé là ? La réponse est simple : en minimisant l’importance stratégique de l’agriculture, non seulement l’exécutif français n’a pas su accompagner sa nécessaire modernisation, notamment dans les filières d’élevage, comme l’ont pourtant fait nos voisins européens (Danemark, Espagne, Allemagne), mais, bien pire, en laissant le champ libre à la propagande écologiste décroissante, il a paralysé son développement.

Cela s’est traduit par le blocage systématique de tous les projets d’irrigation, par d’insupportables contraintes administratives que subissent les exploitants agricoles à tous les niveaux, par la réduction considérable des outils de production disponibles pour les agriculteurs, notamment dans le domaine de la protection des plantes, et enfin par un non-accès à l’innovation.
En outre, au motif de vouloir réduire l’impact sur l’environnement, l’exécutif a favorisé les modèles les moins productifs, entraînant le monde agricole vers des impasses économiques, comme en témoignent les problèmes que rencontrent aujourd’hui les agriculteurs convertis à l’agriculture biologique.

Enfin, la stratégie de la montée en gamme, seule réponse du gouvernement actuel, a déjà montré ses limites. Le cas de la tomate cerise en est un parfait exemple, comme l’analyse le rapport du sénateur Duplomb : « afin d’échapper à la concurrence marocaine, la filière tomate s’est spécialisée dans la production de tomates cerises, abandonnant ainsi le marché cœur de gamme aux tomates importées (qui ont aujourd’hui 30 % de parts de marché) ». Sauf que les importations de tomates cerises marocaines sont passées de 300 tonnes en 1995 à 70 000 tonnes. D’où la conclusion des auteurs : « Les producteurs de tomates se spécialisent dans des niches où la concurrence vient progressivement…les dénicher. »
Ce manque de stratégie explique notre incapacité actuelle à assurer notre souveraineté alimentaire, avec pour conséquence la délocalisation d’une partie importante de notre production agricole. Comme le note un rapport du cabinet de conseil Solagro, l’importation de produits agricoles nécessite l’usage hors de France de 9,1 millions d’hectares, soit l’équivalent d’un tiers de la surface agricole utile française.

Gil Rivière-Wekstein est fondateur et rédacteur de la revue « Agriculture & Environnement ».

Alimentation: Halte à la course des prix toujours plus bas

Alimentation: Halte à la course des prix toujours plus bas – ( Dominique Chargé et Dominique Schelcher)

Pour défendre la souveraineté alimentaire française, le patron de la Coopération agricole et celui de Système U disent « halte la course des prix toujours plus bas »


Un appel sympathique et pertinenet mais qui suppose une évolution progressive de la demande notamment sur le plan qualitatif tout autant qu’une transformation elle aussi qualitative du processus de production.Donc une inscription dans le temps. NDLR

Pris séparément,les bouleversements qu’entraînent la guerre en Ukraine sur le marché de l’énergie, le redémarrage post-Covid sur les tensions d’approvisionnement, ou encore le réchauffement climatique sur la production agricole constitueraient déjà une immense épreuve. Or toutes ces questions, nous devons y répondre en même temps et dans l’urgence. C’est là que réside l’immense complexité de la période que nous vivons. Les Français ont pu le constater eux-mêmes cet été : oui ils ont été en partie protégés d’une hausse inédite des prix de l’énergie grâce au bouclier tarifaire, oui l’inflation qu’ils constatent sur leurs produits du quotidien s’avère moins importante que chez la plupart des pays voisins et oui les chaleurs écrasantes de l’été ont causé des dégâts dont nous n’avons pas encore mesuré toutes les incidences.

La première conséquence de tout cela, c’est donc une crise inflationniste inédite depuis plus de 40 ans de l’ensemble des coûts de production. Exploitation agricole, entreprise agroalimentaire, magasin, personne n’est épargné par cette crise d’ampleur touchant au prix et à la disponibilité des engrais (arrêt de 50 % des capacités de production en Europe), des matières premières (- 50 % de volumes de légumes de plein champ, – 4% de volume de production laitière), de l’emballage (+40% pour le plastique, le papier, le carton)… Mais c’est sur l’énergie, gaz ou électricité, que la pression de l’inflation se fait le plus sentir.

Folie énergétique. Et l’année 2023 ne s’annonce pas meilleure, voire bien pire, de ce point de vue-là. Pour mémoire, autant le marché de l’électricité est réglementé pour les particuliers, autant il ne l’est pas pour les entreprises. Depuis cet été, celles qui négocient leurs contrats qui arrivent à échéance cette fin d’année, voient les prix proposés littéralement exploser. Le prix du mégawatt/heure, à bien moins de 100 € il y a un an, est allé jusqu’à s’envoler à plus de 1 000 € il y a quelques jours.

Un exemple : celui de ce maraîcher, qui payait jusqu’à présent 76 000 € de facture d’électricité annuelle et qui devra régler 800 000 € en 2023. Un autre : cette belle ETI française de l’agroalimentaire, qui fabrique des produits que vous avez forcément eus sur votre table. Sa facture énergétique passe de 2 millions d’euros en 2021 à une prévision de 17 millions d’euros en 2022, pour un résultat net constant de 5 millions d’euros. Sa facture d’énergie représente donc 3,5 fois le résultat net de l’entreprise ! Ce ne sont pas des exemples théoriques, ce sont des témoignages du quotidien.
Le risque immédiat, c’est de voir une partie de la production agricole et alimentaire, porteuse de savoir-faire et de traditions, simplement disparaître. Une fois la guerre terminée, il ne faudrait pas que le tissu agricole français ne soit plus qu’un grand champ de ruines.

Certains rétorqueront que ces entreprises n’ont qu’à s’en prendre à elles-mêmes et accélérer leur transformation et leur modération énergétiques. Souvent, elles le font déjà, et malgré tous les efforts, réduire sa consommation de 10 % ne permettra jamais de compenser une facture qui est en hausse de 100 %.

D’autres préconisent de répercuter ces hausses dans les prix de vente. Quelles seront les réactions des consommateurs quand leur ticket de caisse affichera une inflation à deux chiffres ? Il est trop commode par temps de tempête de fermer les yeux sur l’origine, la composition ou les méthodes de production de produits que nous consommons tous les jours. Il est tentant de renoncer à défendre notre production locale face à des produits importés moins chers et de réserver à notre agriculture le sort que nous avons fait subir il y a 50 ans à notre industrie textile par exemple.
Disparition. Le risque immédiat, c’est donc de voir une partie de la production agricole et alimentaire, porteuse de savoir-faire et de traditions, simplement disparaître.

Une fois la guerre terminée, il ne faudrait pas que le tissu agricole français ne soit plus qu’un grand champ de ruines. Le risque que nous courons actuellement est trop fort, notre souveraineté alimentaire est si menacée que nous devons tous réagir, ensemble.

C’est pourquoi nous, coopératives agricoles et agroalimentaires, coopérative de commerçants indépendants, appelons à dépasser la dictature du court-terme et du prix toujours le plus bas. Si nous tenons à l’idée d’une chaîne alimentaire, il faut reconnaître qu’aucun de ses maillons ne peut travailler à perte.
La France puissance agricole n’est pas une image d’Épinal mais une nécessité économique et sociétale. Ce que nous défendons donc, c’est la souveraineté alimentaire de notre pays.
Nous devons nous assurer d’une chose : le prix que les Français payent doit aller à la défense d’un modèle de production issue de nos régions, leur garantissant une alimentation saine, sûre et accessible, répondant à une logique d’amélioration continue environnementale, et générateur d’emplois durables.Si nous détruisons nos filières françaises, une seule question subsistera : de quoi nos concitoyens se nourriront-ils ?

L’agriculture numérisée des multinationales peut-elle être souhaitable et responsable ?

L’agriculture numérisée des multinationales peut-elle être responsable ?

Tant qu’elle restera entre les mains des multinationales, l’incursion croissante du numérique dans l’agriculture suscitera des résistances. Par Ysé Commandré, Université de Montpellier; George Aboueldahab, Université de Montpellier et Romane Guillot, Université de Montpellier

Une partie des agriculteurs voient toutefois d’un mauvais œil cette incursion croissante du numérique dans leurs champs. Le 9 février 2022, après la parution du volet agricole du plan de relance du gouvernement, la Direction départementale des territoires de la Drôme a été occupée par des collectifs d’agriculteurs contestant les 3 axes énoncés dans le plan par l’ancien ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, pour l’avenir de l’agriculture : le numérique, la robotique et la génétique. Car, si elle est souvent présentée comme une solution face aux enjeux environnementaux – par exemple pour réduire l’usage des intrants – « l’agriculture 4.0 » pourrait aussi rendre le secteur tout autant voire plus polluant qu’auparavant.

Aux pollutions « classiques » engendrées par l’agriculture industrielle viendrait s’ajouter la contamination du numérique. Autrement dit, si celui-ci peut contribuer à réduire certaines pollutions agricoles comme celle des intrants, les outils utilisés pour le faire ne sont pas sans impact. Les plus sceptiques perçoivent également le risque d’une perte d’autonomie des agriculteurs et la disparition de formes d’agriculture non productivistes. Dans un rapport de 2021, le bureau d’études Basic concluait que la logique dominante de la numérisation de l’agriculture demeurait la maximisation des rendements et l’industrialisation du secteur.Après une première révolution engendrée par la mécanisation (dans les années 1950) puis une seconde fondée sur l’utilisation d’intrants chimiques (à partir des années 1960), le numérique semble incarner la troisième révolution agricole, largement soutenue par les pouvoirs publics.

L’OCDE incite par exemple les États à s’équiper en images satellitaires afin de « réduire le coût de surveillance de nombreuses activités agricoles. Les responsables de l’action publique pourraient ainsi opter pour des mesures plus ciblées en vertu desquelles les exploitants se verraient octroyer des versements (ou seraient sanctionnés) en fonction de résultats environnementaux observables ».
En France, le secteur public investit 1,1 milliard d’euros dans la recherche agricole en 2015 et ses dépenses sont en hausse de 1,2 % en volume sur un an. Aucun chiffre ne ventile des distinctions entre la R&D liée à l’agriculture numérique et le reste de la R&D mais l’État est actif dans la constitution d’un écosystème en faveur de « l’agriculture numérique ». En témoigne la ferme digitale qui a remis un état des lieux et des besoins de l’écosystème au ministère de l’Agriculture en février 2022.

L’Institut de Convergence DigitAg, visant à rassembler les projets de recherche scientifique sur l’agriculture numérique, s’est vu doter d’une enveloppe de 9,9 millions d’euros sur huit ans. La chaîne YouTube de Public Sénat relaie d’ailleurs aussi des vidéos faisant la promotion du numérique en agriculture.

Tandis que les associations de défense de l’agriculture voient leurs subventions publiques conditionnées à l’engagement de « ne pas troubler l’ordre public » – des subventions ne sont pas reconduites en cas d’actions de leur part considérées portant atteinte à l’ordre public -, les start-up de l’AgTech fructifient sur des levées de fonds, avant d’être rachetées par de grands groupes ou de faire faillite alors même que de l’argent public y avait été investi. Nombre de celles gravitant autour de la robotique et de l’intelligence artificielle sont rachetées par le géant américain du machinisme agricole, John Deere, emblématique des enjeux que posent l’industrialisation et la numérisation de l’agriculture.
Perte d’autonomie
Après l’opposition d’agriculteurs au Digital Millennium Copyright Act, ce constructeur a en effet fait l’objet d’un combat législatif aux États-Unis. Cette loi lui confère l’exclusivité sur la réparation et la modification des logiciels que l’entreprise intègre aux tracteurs qu’elle vend, ce qui force ses clients à passer par des réparateurs agréés… ou bien à pirater le logiciel. Aux États-Unis, la question de l’ouverture au droit à la réparation est maintenant conditionnée à la législation en vigueur dans chaque État fédéré.
Ce type de barrières restreint les capacités de résilience et d’autonomie des agriculteurs qui n’ont plus le droit officiel d’adapter ou réparer ces machines, même s’ils en ont les compétences. Le cas John Deere est le plus décrié à ce sujet et pour cause, en France, un tracteur roulant sur 5 serait un John Deere. Certaines associations comme l’Atelier paysan, essaient de contrer ce phénomène qui consiste à rendre l’autoréparation du matériel agricole impossible.

Bien que les pièces détachées et les services de réparation soient 3 à 6 fois plus rentables que les ventes d’équipements d’origine, John Deere affirme que sa démarche vise avant tout à sécuriser les utilisateurs des engins agricoles. Autrement dit, la tentative d’effectuer une réparation seul•e serait dangereux pour ceux qui sont amenés à conduire ultérieurement les machines.
Uniformisation et appropriation du vivant

Si l’usage du numérique suscite des résistances, c’est aussi parce qu’il est souvent associé à des innovations génétiques, notamment dans le cadre de pratiques de sélection génétique (végétale et/ou animale) dont les modalités sont loin de faire consensus.

Pour être inscrite dans le catalogue officiel, et donc utilisée et vendue légalement à des fins commerciales et productives, une variété doit respecter les critères de « Distinction, Homogénéité, Stabilité », limitant fortement la diversité génétique et la sélection par les agriculteurs. Plusieurs communautés paysannes – au niveau français le Réseau semences paysannes ou en Amérique latine la Via Campesina – demeurent attachées à des pratiques ancestrales qu’elles considèrent plus vertueuses et respectueuses de la biodiversité.
Certains estiment par ailleurs que l’usage du numérique pour les avancées génétiques est responsable de l’appropriation industrielle de ressources naturelles communes.

La multiplication des capteurs et des objets connectés questionne aussi la capacité de l’agriculture 4.0 à évoluer dans des systèmes de cultures diversifiés. Le recours aux semences paysannes, de variétés anciennes et de mélanges variétaux est pourtant recommandé par certaines associations pour mieux s’adapter aux changements climatiques et aux conditions locales. Seulement, la forte hétérogénéité de ces variétés (tailles, formes, besoins en intrants, et autres) les rend difficiles à cultiver à une échelle industrielle. Les avancées génétiques vont au contraire dans le sens d’une logique d’uniformisation du vivant pour faciliter l’usage des nouveaux outils, comme cela a été le cas lors de la mécanisation agricole, en adaptant le vivant aux outils plutôt que les outils au vivant.

Autre dimension controversée liée à la numérisation, la collecte de données qu’elle engendre : grâce aux capteurs et aux ordinateurs embarqués, les logiciels enregistrent et transmettent une multitude de données comme l’humidité du sol, niveau d’azote et autres nutriments, placement des semences, des engrais et des pesticides mais aussi qualité et quantité de la récolte.
Plusieurs chercheurs évoquent le risque de la revente de ces données pour développer de nouvelles solutions à destination… des agriculteurs eux-mêmes. Dès 2011, John Deere a ainsi collecté et transmis à d’autres entreprises du secteur les données de production des agriculteurs utilisateurs de ses tracteurs connectés, et ce sans les avertir.

Mais certains agriculteurs sont aussi prêts à divulguer leurs informations à ces entreprises pour qu’elles améliorent les solutions qu’elles vendent. Le 4e constructeur mondial de tracteurs AGCO Corp., qui fabrique les machines Challenger et Massey Ferguson, refusait initialement de divulguer les données de production de ses clients à un tiers. Certains agriculteurs réclamant plus de services liés aux données, cette politique a été modifiée

À l’échelle sociétale, l’alliance des géants de l’agrochimie et du numérique laisse présager le danger d’une dépendance grandissante de notre alimentation envers les multinationales. La captation et l’usage de données agricoles rendent l’agriculture plus vulnérable : cyberattaques et prédictions de récoltes par territoire constituent des menaces pour la sécurité alimentaire. Or des faiblesses importantes ont été identifiées dans le logiciel de John Deere et les systèmes CNH Industrial de New Holland.

Une agriculture 4.0 aux mains des multinationales fait courir de grands risques au secteur agricole et aux agriculteurs, mais tout n’est pas à jeter dans les outils numériques.
Certains ont peut-être un réel potentiel pour soutenir le développement d’une agriculture résiliente et autonome. À travers leur instantanéité et leur simplicité d’accès, ils peuvent augmenter le partage de connaissances et contribuer à la conservation du savoir paysan. Via les réseaux sociaux, les agriculteurs échangent conseils, retours d’expériences, savoirs liés aux pratiques culturales…

La mise à disposition des données à travers des processus libres, transparents et consentis peut aboutir à la construction de réseaux collaboratifs et améliorer l’accessibilité des agriculteurs aux technologies. Ces initiatives sont cependant limitées par les craintes légitimes des agriculteurs de se voir déposséder de leurs données et de leurs savoirs.
La création des connaissances et des outils numériques par, avec et pour les agriculteurs apparaît indispensable. Certaines initiatives, comme le pôle InPACT, une plate-forme associative issue du rapprochement de réseaux associatifs agricoles, proposent la construction d’une souveraineté technologique des paysans grâce à l’intégration active des agriculteurs aux processus d’innovation et de création. L’objectif est de construire des outils à la fois mieux adaptés, mais aussi intensifs en savoir-faire et en connaissances et qui ne dépossèdent pas les agriculteurs de leur expertise.
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Par Ysé Commandré, Doctorante en sciences de gestion, Institut Convergences Agriculture Numérique, Université de Montpellier ; George Aboueldahab, Doctorant, Université de Montpellier et Romane Guillot, Doctorante, Université de Montpellier.
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

«Arrêter d’emmerder les agriculteurs !

«Arrêter d’emmerder les agriculteurs !

 

C’est le titre d’une tribune de 44 sénateurs de droiteQui attire l’attention sur le véritable labyrinthe administratif et juridique qui étouffe la liberté des agriculteurs. Un cri qu’on peut entendre tellement les procédures administratives et les contrôles se complexifient. Reste qu’on ne pourra faire l’économie sur le long terme d’une transition écologique rendant possible une agriculture au contenu partagé par tous.

tribune:

Les élus appellent le président de la République et son nouveau ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, à protéger les agriculteurs face à la multiplication de procédures à leur encontre, et estiment qu’une réponse politique, juridique et pratique s’impose afin de rassurer la profession

Fabien Le Coidic, 46 ans, agriculteur à Adainville dans les Yvelines, a vu son projet d’installation d’un élevage paralysé pendant plus de deux ans par plusieurs voisins qui prétendaient qu’il occasionnerait des « nuisances olfactives, sonores et visuelles accentuées par l’humidité de l’air et la rose des vents », mais dont le tribunal administratif de Versailles a heureusement rejeté les recours le 7 janvier.

Etienne Fourmont, 38 ans, éleveur de vaches laitières en Viré-en-Champagne dans la Sarthe, a dû affronter ses agresseurs le 28 février dernier devant le tribunal correctionnel du Mans, soit neuf militants de la cause animale, jugés pour une dizaine de faits de diffamation et dégradations de biens, notamment sur plusieurs bâtiments dont l’agriculteur est le propriétaire.

Vincent Verschuere, 33 ans, éleveur de vaches laitières à Saint-Aubin-en-Bray dans l’Oise, quant à lui, fait l’objet de recours de la part de voisins depuis douze ans, et a été condamné le 7 mars par la cour d’appel d’Amiens à verser plus de 110 000 euros de dommages et intérêts pour de prétendues nuisances sonores et olfactives liées à l’exercice de son exploitation agricole.

Minorité. Fabien, Etienne et Vincent sont les visages de notre agriculture qui ont profondément marqué le début de l’année 2022. Leurs points communs ? Il sont tout d’abord le reflet de nos jeunes paysans dans un contexte où le nombre d’exploitations agricoles ne cesse de se réduire comme une peau de chagrin. Alors que la France comptait 1 600 000 exploitations agricoles en 1970, ce chiffre n’a cessé de diminuer au fil des années, et a été divisé par quatre en cinquante ans,pour atteindre un peu moins de 400 000 en 2020.

Ensuite, ils sont tous attaqués par une minorité de personnes qui estime avoir le droit de réglementer l’exercice de leurs activités agricoles. A cet égard, les atteintes à l’encontre des agriculteurs sont en hausse, selon les chiffres publiés par le ministre de l’Intérieur : au 1er novembre 2019, près de 15 000 faits étaient déjà enregistrés pour l’année 2019, soit deux toutes les heures. Ils se battront, enfin, jusqu’au bout pour le maintien d’une agriculture de proximité appelée de leurs vœux par les Français. Or le déploiement d’une agriculture de proximité est un préalable nécessaire pour renforcer notre souveraineté alimentaire, sans laquelle nous continuerons à subir de plein fouet toutes les crises.

Nos trois agriculteurs ne sont, hélas, pas les seuls à se retrouver devant les prétoires et une lecture assidue de la presse régionale suffit pour s’en convaincre. Dans ce contexte, une triple réponse politique, juridique et pratique s’impose. La réaction politique, tout d’abord, doit être à la hauteur de l’enjeu pour toute la profession. La question de reconnaître la ruralité comme grande cause nationale, comme déjà proposé le 5 octobre 2018 par les sénateurs, doit se poser une nouvelle fois. Parce que les agriculteurs sont un maillon essentiel de l’aménagement de notre territoire, parce que la ruralité compte 20 % de notre population sur 80 % de notre territoire, cette proposition de loi doit être votée. La ruralité est une chance pour la France. C’est ainsi qu’elle doit être traitée et non comme un fardeau.

Une réponse juridique est tout aussi importante. A cet égard, la loi du 29 janvier 2021 visant à définir et protéger le patrimoine sensoriel des campagnes françaises, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et le Sénat, constitue un premier pas. Elle part du constat que les maires de communes rurales sont confrontés à de nombreux conflits de voisinage entre agriculteurs et riverains, du fait des sons et odeurs inhérents à la campagne et à l’exercice d’activités agricoles.

. Cette loi offre d’ailleurs aux régions la faculté de mettre en place un inventaire répertoriant les sons et odeurs caractéristiques de « l’identité culturelle » de chaque territoire, et dont la rédaction permettra de cartographier et protéger en amont nos agriculteurs de potentiels litiges. Encore faut-il que les régions, aidées par l’Etat, disposent des financements et des équipes qualifiées pour réaliser ce travail titanesque. « L’inventaire servira de première base pour un dialogue constructif entre élus locaux et administrés, qu’il s’agisse d’habitants de longue date, de nouveaux arrivants ou de personnes de passage », comme le rappelle maître Timothée Dufour, avocat de nombreux agriculteurs.

Une réponse pratique, enfin, en multipliant les échanges entre ruraux et urbains. Les journées portes ouvertes, pour expliquer aux nouveaux arrivants ce que sont une exploitation agricole et ses contraintes, et les chartes de bon voisinage sont autant d’instruments au service du règlement à l’amiable de litiges qui peuvent survenir à tout moment.

Aujourd’hui, la multiplication de recours à l’encontre des agriculteurs témoignent de la volonté d’une poignée d’intolérants d’aseptiser la campagne et de la mettre sous Cellophane. C’est inadmissible ! Nous, sénateurs, sommes engagés depuis longtemps pour rassurer et conforter nos agriculteurs dans l’exercice de leurs activités. Après cinq années d’inertie et de la laxisme face aux agressions subies par nos agriculteurs, nous attendons du président de la République et de son nouveau ministre de l’Agriculture le même engagement, non au travers de belles paroles mais par des actes.

Être agriculteur est un métier difficile mais peut-être aussi l’un des plus beaux et des plus essentiels à la vie humaine puisqu’il touche à notre alimentation, donc aussi à notre santé. Nous nourrir est leur métier, les protéger est notre devoir !

Christine Bonfanti-Dossat est sénatrice du Lot-et-Garonne, Laurent Duplomb sénateur de Haute-Loire.
Cette tribune est également signée par les sénateurs Henri Leroy, Valérie Boyer, Gilbert Bouchet, Claudine Thomas, Jean-Pierre Vogel, Laurence Muller-Bronn, Olivier Paccaud, Sylviane Noel, Jérôme Bascher, Christian Klinger, Toine Bourrat, Martine Berthet, Joëlle Garriaud-Maylam, Viviane Malet, Laurent Burgoa, Etienne Blanc, Daniel Laurent, Sylvie Goy-Chavent, Pascale Gruny, Bruno Retailleau, Brigitte Micouleau, Pierre Cuypers, Anne Chain-Larché, Marta de Cidrac, Kristina Pluchet, Béatrice Gosselin, Alain Houpert, Brigitte Lherbier, Alexandra Borchio-Fontimp, Sébastien Meurant, Alain Joyandet, Bernard Fournier, Jean-Claude Anglars, Antoine Lefèvre, Gilbert Favreau, Laurence Garnier, Christophe-André Frassa, Fabien Genet, Alain Chatillon, Yves Bouloux, Florence Lassarade et Bruno Belin.

 

Climat : reconstruire le système agricole africain

Climat : reconstruire le système agricole africain

Alors que la guerre en Ukraine a mis en lumière la vulnérabilité des Etats du continent, Ibrahim Mayaki et Marion Guillou, de la Fondation Afrique-Europe, appellent à investir davantage dans l’agriculture.(Le Monde)

 

Encore plus que dans d’autres zones , les pays africains souffrent de leur dépendance aux importations alimentaires. Une dépendance notamment au blé et au riz alors que le continent ses produits des aliments traditionnels tout aussi nourrissants sinon davantage NDLR 

 

Tribune.

 

Si les premières cargaisons de céréales en provenance d’Ukraine commencent à être livrées sur les marchés grâce à l’accord négocié par l’ONU et la Turquie, le conflit russo-ukrainien a rappelé à quel point le contrôle des approvisionnements alimentaires est un levier géopolitique majeur. Dans ce contexte, « l’autonomie stratégique » est devenue le mantra du jour. Néanmoins, les pays sont confrontés à des options très différentes lorsqu’il s’agit de la mettre en pratique.

Le sujet est crucial en Afrique, où le déficit alimentaire augmente sous l’effet de la forte croissance urbaine, d’une faible productivité agricole, des impacts climatiques croissants et d’investissements limités dans l’agriculture et les systèmes alimentaires. Ce déficit a bondi de 10 % des besoins alimentaires en 1970 à 20-25 % aujourd’hui..

L’invasion de l’Ukraine par la Russie aggrave encore la situation. Selon les dernières données, plus de 750 millions de personnes vivent dans des pays qui importent entre 50 et 100 % de leurs besoins en céréales d’Ukraine et de Russie. Parmi ces pays, quatorze des plus vulnérables se trouvent en Afrique. En plus d’avoir externalisé leur production céréalière, nombre d’entre eux achètent leurs engrais à l’autre bout du monde – en Russie notamment –, ce qui les a encore davantage fragilisés.

Afin de pouvoir construire en Afrique des systèmes agroalimentaires plus résilients, il convient d’envisager plusieurs mesures, certaines pour tout de suite et d’autres à plus long terme.

Plus d’investissements publics dans le secteur agroalimentaire. Dans le cadre des déclarations de Maputo en 2003, complétées à Malabo en 2014 par le Programme détaillé du développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), les gouvernements africains se sont engagés à consacrer 10 % de leurs dépenses publiques à l’alimentation et à l’agriculture. Pourtant, un bilan établi en 2018 a montré que moins de la moitié des 54 pays africains avaient assorti leurs engagements de ressources. Et la pandémie de Covid-19 a encore resserré le financement public. Cependant, le PDDAA a aidé de nombreux gouvernements à concevoir des stratégies nationales d’investissement agricole et à adopter une approche des systèmes alimentaires, qui doit maintenant être renforcée.

Sécheresse : Pour une évolution durable de l’agriculture

Sécheresse : Pour une évolution durable de l’agriculture

 

Treize universitaires appellent, dans une tribune au « Monde », le gouvernement à sortir d’une gestion de crise perpétuelle du secteur de l’élevage et à orienter la consommation vers d’autres produits, moins gourmands en eau. Ils prônent une évolution durable de l’agriculture, loin du modèle actuel.

 

Le problème sera évidemment celui de la transition car on ne saurait passer  brutalement d’un modèle quasi industriel d’agriculture à un modèle plus proche du maraîchage NDLR

 

Il fait chaud et sec depuis des mois… La sécheresse, qui sévit encore dans une grande partie de l’Europe, sera  la pire depuis le début des relevés, en 1959, et peut-être même depuis cinq cents ans. Alors que ces épisodes restaient localisés sur certains bassins-versants en fin d’été, ils sont devenus plus fréquents et plus étendus. De la Norvège à l’Espagne, les fleuves rétrécissent, les lacs se vident, les nappes phréatiques s’abaissent. Si les humains continuent à émettre des gaz à effet de serre au rythme actuel, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoit une augmentation de la température de 3,9 °C d’ici à 2050, qui causerait des sécheresses de cette ampleur au moins une année sur deux.

Parmi les victimes : l’élevage. Selon les statistiques du ministère de l’agriculture, le déficit de récolte des prairies était de 21 % au 20 juillet 2022, mais, depuis, la sécheresse s’est accentuée, induisant plus de pertes. En août, les éleveurs donnent déjà au bétail la nourriture prévue pour l’hiver. En ajoutant la hausse des prix des engrais, des céréales et des oléoprotéagineux renforcée par l’invasion russe en Ukraine, la situation devient intenable pour les éleveurs français dont une partie pourrait disparaître faute de pouvoir compenser l’augmentation des prix de production.

Faudrait-il alors augmenter les subventions pour le secteur de l’élevage ? La politique agricole commune (PAC) lui consacre déjà des sommes considérables sans modifier le système de production en profondeur.

L’élevage, déjà critiqué d’une part pour sa forte contribution aux émissions de gaz à effet de serre (méthane) et d’azote (ammoniac, nitrates) et d’autre part pour sa faible efficience protéique, est maintenant fragilisé par la sécheresse. Par exemple, la production de 1 kilo de protéines de viande bovine française demande en moyenne 12,5 kilos de protéines végétales. Pour le porc, dont l’essentiel de la ration est comestible pour les humains, 1 kilo de protéines animales requiert l’utilisation de 2,4 kilos de protéines végétales. Il en résulte un fort prélèvement de ressources, un besoin accru d’eau et de surface. Ainsi, selon Greenpeace, 71 % des terres agricoles européennes servent à nourrir le bétail.

En France, les céréales accaparent 71 % des surfaces agricoles irriguées. Et le maïs, à lui seul, utilisé surtout pour nourrir les animaux, en occupe la moitié. Quant aux prairies, leur arrosage a triplé depuis dix ans. L’alimentation des vaches laitières comprend de l’herbe (36 % en moyenne), mais aussi du maïs fourrager (42 %), des céréales et des oléoprotéagineux, dont le soja, ainsi que divers compléments alimentaires (22 %). Or, ces végétaux ont besoin d’immenses quantités d’« eau bleue » issue de prélèvements dans les nappes phréatiques, les rivières, les fleuves et les retenues d’eau. Alors qu’il suffit de 38 litres d’eau bleue pour faire pousser 1 kilo de haricots, il faut en prélever en moyenne 315 litres pour produire 1 kilo de bœuf et 406 litres pour 1 kilo de porc français.

Crise alimentaire : une autre agriculture ?

Crise alimentaire : une autre agriculture ?

+10% pour les pâtes, +16% pour le poisson frais, +24% pour les tomates… Ces 12 derniers mois, un certain nombre de produits de première nécessité ont connu une hausse de prix importante, nous faisant basculer dans un cycle inflationniste, bien douloureux pour les Français. Mais au cœur de la tempête, l’AgTech française doit tenir le cap et peut même sortir son épingle du jeu. Le développement croissant des circuits courts, la multiplication des débouchés bio et locavores et l’audace de nos innovations doivent servir d’exemple pour le reste du monde. Par Gilles Dreyfus, Co-fondateur et Président de Jungle. (La Tribune)

 

Nous l’avons vu au cours des dernières semaines, le problème ne se situe pas seulement à la pompe mais s’étend également à nos supermarchés, à notre vie quotidienne et même à notre assiette. Les 25 à 50 millions de tonnes de céréales actuellement immobilisées en Ukraine – le « grenier à blé » du monde » – laissent craindre « un ouragan de famines », tandis que la moutarde, l’huile de tournesol ou encore le lait sont menacés de pénurie à long terme. Une autonomie fragilisée dans un pays comme la France qui importe plus de 20% de ses ressources alimentaires dont 40% de ses protéines végétales. La guerre en Ukraine, sans être la cause principale de ce phénomène, apparaît comme le révélateur d’une situation qui ne cesse de se détériorer dans l’indifférence ou l’ignorance générale.

C’est un fait, la population mondiale ne cesse d’augmenter et le nombre d’habitants sur la planète devrait approcher les 10 milliards d’ici 2050, alors même que nous avons d’immenses difficultés à nourrir correctement la population actuelle. En France, c’est près de 3% de la population qui était considérée comme sous-alimentée en 2019. Tandis que dans le même temps, le dernier rapport du GIEC indique dans un scénario optimiste, que 8 % des terres actuellement cultivables pourraient devenir impropres à l’agriculture.

Nous faisons donc face à une équation des plus complexes pour les années à venir.  Comment concilier un modèle agricole à la fois durable et productiviste, capable de nourrir un nombre croissant d’êtres humains, alors même que les incertitudes climatiques et géopolitiques sont amenées à se multiplier ?

La France des prochaines années ne sera forte et indépendante que si elle dispose d’une agriculture durable, productive, compétitive et autonome, capable de résister aux chocs, peu importe leurs natures – intempéries, crises politiques, épuisement de nos ressources naturelles… La prise de conscience est là et les milliers d’agriculteurs français et d’entrepreneurs innovants dans l’agriculture préparent l’avenir. Nous devons redoubler d’efforts pour contribuer davantage à la modernisation, à l’innovation et au renforcement de notre compétitivité agricole. En France, le potentiel de développement est immense. Le coq n’a pas fini de chanter, nous sommes le pays qui compte le plus de terres agricoles disponibles en Europe, une chance pour notre souveraineté alimentaire.

Mais nous ne partons pas de rien car au cours des dernières années, la France a fait énormément pour développer son potentiel et encourager l’essor de l’agriculture biologique et des filières locales.  Face à l’urgence, nous devons aller encore plus vite, encore plus loin et encore plus fort. Notre pays doit accompagner davantage les éleveurs et petits producteurs qui s’engagent dans les circuits courts pour fournir une alimentation de qualité, en proximité. C’est l’avenir.

Il est vrai que la tâche qui nous incombe est immense, mais elle n’en reste pas moins exaltante. Construire un système mondial résilient, adapté au changement climatique à même de limiter les tensions à venir en termes d’approvisionnement alimentaire ne sera pas une chose facile, mais cet objectif est à notre portée. Cette ambition nécessite une prise à bras le corps des enjeux agricoles et un courage politique certain. La France devra redoubler d’efforts pour montrer une nouvelle voie. Chiche ?

Sécheresse : transformer le système agricole

Sécheresse : transformer le système agricole 

 

Nicolas Girod, éleveur dans le Jura et porte-parole national de la Confédération paysanne, estime, dans une tribune au « Monde », que la sécheresse doit inciter à faire évoluer le modèle de l’agriculture industrielle.

La sécheresse est là mais son traitement agricole est trop souvent résumé au seul problème de l’irrigation. Or, les paysannes et paysans subissent tous ce manque d’eau et s’exposent à des pertes économiques, qu’ils irriguent ou non. En France, selon le recensement général agricole de 2020, 7,3 % de la surface agricole utile est irriguée, une part relativement faible bien qu’en progression. La problématique est donc bien plus large : comment répondre aux enjeux d’une agriculture à même de faire face aux épisodes de sécheresse et préserver la ressource en eau ?

L’agriculture industrielle détruit les ressources naturelles. Elle draine, elle rectifie les cours d’eau afin d’évacuer l’eau des sols au détriment de sa circulation naturelle et de la recharge des nappes phréatiques ; elle consomme des intrants chimiques de synthèse au détriment de la vie des sols ; elle s’affranchit des haies, d’une végétation dense et des systèmes racinaires qui vont avec. En un mot, elle assèche les sols. Face à la situation actuelle, elle exige davantage de stockage artificiel, par le biais des « mégabassines » et s’approprie l’eau pour des pratiques toujours surconsommatrices et dévastatrices. Feignant d’ignorer le cycle de l’eau, ses choix accélèrent le problème au lieu de le résoudre.

La sécheresse extrême que nous vivons appelle à ne pas céder à la pression de l’agro-industrie et à agir urgemment en sens inverse.

Une fois de plus le gouvernement est dans la réaction à court terme, en mobilisant les préfets pour organiser des réunions sur la sécheresse dans tous les départements. Si on peut souligner l’intérêt de ces temps d’alerte et de concertation, nous ne pouvons nous satisfaire d’une gestion des crises successives sans agir sur les causes qui les font advenir.

Dans le même temps, le syndicat agricole majoritaire promeut le modèle espagnol qui a développé des infrastructures pour stocker l’eau… en omettant de préciser qu’il est aujourd’hui impossible de les remplir car l’aridité gagne l’ensemble du pays.

Assurer la souveraineté alimentaire

Assurer la souveraineté alimentaire 

 

Avec la guerre en Ukraine et l’avènement de nouvelles conflictualités géopolitiques, l’Europe doit développer une politique diplomatique cohérente et assurer sa puissance agricole, estiment, dans une tribune au « Monde », Marion Pariset et Matthieu Hocque, membres du think tank Le Millénaire.

 

La Russie, l’Ukraine et la Turquie sont récemment [le 22 juillet] parvenues à la signature d’un accord qui garantit pour les quatre prochains mois les exportations céréalières ukrainiennes en mer Noire. Alors que les belligérants pèsent plus de 30 % de la production mondiale de blé (12 % pour l’Ukraine), la guerre en Ukraine a aggravé le risque de famine.

En 2021, l’ONU enregistrait déjà 40 millions de personnes supplémentaires en détresse alimentaire, et potentiellement plus de 200 millions à la fin de l’année 2022. Cette situation doit conduire l’Union européenne (UE) à mener une politique extérieure cohérente et assurer sa souveraineté alimentaire pour éviter de nouvelles crises.

Le conflit ukrainien a fortement perturbé les marchés agricoles par le blocage des exportations céréalières ukrainiennes.

D’une part, une partie des champs de blé ukrainiens ont été détruits par les combats. Les exploitants agricoles ukrainiens ont éprouvé des difficultés pour accéder aux fertilisants et aux autres intrants.

D’autre part, les ports ukrainiens ont été paralysés par le blocus imposé par la Russie et ont été en partie détruits par les bombardements. Ainsi, plus de 20 millions de tonnes de céréales (soit environ 1 % de la consommation mondiale) ne peuvent être exportées.

Si les effets sur les volumes d’exportations seront limités, il s’agit, pour l’Ukraine, d’un accord symbolique pour reprendre les échanges commerciaux avec le reste du monde. Pour compenser cette victoire ukrainienne, la Russie obtient en échange des garanties sur ses propres exportations agricoles, ainsi que la fin des blocages indirects concernant le transport maritime, imposés par les pays occidentaux.

Gestion de l’eau : «Laisser faire la nature, c’est de l’idéologie»( FNSEA)

Gestion de l’eau : «Laisser faire la nature, c’est de l’idéologie»( FNSEA)

 

 

Dans une interview au JDD, Christiane Lambert rappelle qu’un stockage «intelligent» de l’eau est nécessaire pour faire face aux épisodes de sécheresse.

Lors  d’un déplacement dans les Alpes-de-Haute-Provence avec des agriculteurs touchés par la sécheresse, Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique, a rappelé que « l’eau potable, c’est 20 % des prélèvements de la consommation. Les usages agricoles, c’est le double ».« Nous avons déjà réduit de 30 % nos besoins en eau », lui répond Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. Pour le JDD, la syndicaliste fait un bilan de la situation et met en lumière les moyens déjà mis en oeuvre par les agriculteurs contre la sécheresse historique qui touche la France.

« Beaucoup de cultures sont en train de brûler, les prairies jaunissent et les animaux qui cherchent à se nourrir abîment la terre en la grattant. Le manque de fourrage va toucher toute la France et tous les élevages : bovins, ovins, caprins et les chevaux. Le maïs a moins d’épis et des grains plus petits. Sur mon exploitation, nous n’en aurons pas assez pour nourrir nos porcs. Le calendrier des récoles a changé quasiment partout. Beaucoup ont déjà fini les moissons qui ne devaient pas commencer avant des semaines. Les vendanges vont démarrer dans certains vignobles avec trois semaines d’avance. Tous les travaux deviennent pénibles pour les agriculteurs qui travaillent dans des bâtiments et sous serre, ou pour ceux qui doivent récolter à haute intensité pour éviter que les fruits ou les légumes ne se perdent. Avec la chaleur, la production a beaucoup mûri et se conserve moins bien. Il a fallu mettre le turbo, travailler quinze heures par jour, d’autant que comme l’Espagne a été touchée par le gel et l’Italie par la sécheresse, l’Europe manque de fruits. Il y a des places à prendre pour les producteurs français sur les marchés allemands ou britanniques. »

« Il est très difficile de garantir entre 22 à 28 degrés dans certains bâtiments. La température est même montée à 37-38 degrés dans les plus anciens qui ne sont pas équipés de systèmes de rafraîchissement. Nous déployons des solutions depuis dix ans. Nous avons intégré dans les constructions neuves des éléments qui favorisent le rafraîchissement des animaux, comme des rideaux d’eau. Nous sommes au travail pour améliorer les choses. Les producteurs laitiers, par exemple, ont trouvé des solutions pour réduire de 15 % leur empreinte carbone en optimisant la gestion des troupeaux. Celle du litre de lait a baissé de 23 % en quinze ans. Mais il faut savoir qu’un élevage qui ferme ne rouvre jamais. Les aider est un enjeu de résilience. Moins de producteurs signifient des prix plus élevés. Nous ne voulons pas que la précarité alimentaire progresse. »

 

Vous sentez-vous visés par les efforts de réduction de consommation demandés à l’ensemble de la population ?


On entend partout qu’il faut changer de modèle mais nous, cela fait dix ans qu’on s’adapte. Il n’y a pas de climatosceptiques en agriculture. Nous avons déjà réduit de 30 % nos besoins en eau. Dans beaucoup de départements, comme ceux qui comptent des productions des végétaux spécifiques, des pépinières ou des cultures de semence, les agriculteurs n’ont pas le choix : ils ont besoin d’eau. Mais au global, 5 % seulement des agriculteurs sont irrigants. Dans ma commune sur 13 producteurs, un seul arrose. Et comme je le rappelle souvent : une tomate, c’est 90 % d’eau. L’eau des agriculteurs sert à nourrir les hommes.

 Au niveau de l’exécutif, vous estimez-vous soutenu ?

L’année dernière, nous avons travaillé dans le cadre du Varenne de l’eau et du changement climatique. Nous venions de connaître une période de gel historique. Il fallait se mettre autour de la table. Trois mille personnes ont été consultées. Et comme à chaque fois qu’une grande consultation est lancée, les agriculteurs se sont engagés. Certaines personnes n’ont pas voulu y prendre part… Nous avons l’habitude. Les gens veulent une alimentation de proximité mais pas qu’un élevage s’installe à côté de chez eux. Une des mesures prioritaires portait sur la mise en place d’un dispositif d’assurance récolte. Elle a été votée par les parlementaires en mars. Nous travaillons pour qu’elle soit applicable dès 1er janvier 2023. Ce serait une sacrée performance ; 30 % seulement des agriculteurs sont assurés.

Laisser faire la nature c’est bien, beau et bon, mais c’est de l’idéologie

Où en est-on du problème de stockage de l’eau que vous soulevez depuis longtemps ?


Un délégué interministériel a été nommé pour lever les freins sur certains dossiers. Il a une liste de 23, prêts à sortir. Certains remontent à plus de quinze ans, ne sont toujours pas réglés, alors que certaines zones connaissent une quatrième année de sécheresse. Stocker de l’eau intelligemment est une priorité. Laisser faire la nature c’est bien, beau et bon, mais c’est de l’idéologie. La situation climatique que nous connaissons nécessite une gestion humaine du problème. Sans stockage artificiel, certains qui n’ont pas accès à l’eau vont se retrouver condamnés à faire des cultures non irriguées. Ca sera blé, blé, blé. Et la monoculture, on sait à quoi ça peut mener.

Céréales : Tassement des prix en juin

Céréales : Tassement des prix en juin

Une baisse  de 6,1% le mois dernier par rapport au mois de mais sur un an, hausse de 72,6%.

 

Dans leur ensemble, sur une base mensuelle, les prix des céréales ont diminué de 6,1%, « dans le sillage des baisses des prix du blé tendre (-5,8%) et du maïs (-9,2%) ». Cette contraction, qui suit une forte hausse liée entre autres aux inquiétudes sur les exportations des deux producteurs majeurs que sont la Russie et l’Ukraine, s’explique par les « craintes d’une récession économique mondiale et dans un contexte de négociations avec la Russie visant à débloquer les exportations ukrainiennes », souligne l’Insee.

Les prix des oléagineux, eux, avaient déjà baissé le mois précédent, et continuent de diminuer fortement en juin (-11,0%). Les prix du tournesol baissent de 17,1% et ceux du colza de 10,2%. Les prix du soja ne déclinent en revanche que de -0,2%.

En juin 2022, sur un mois, les prix perçus par les agriculteurs en contrepartie des produits qu’ils livrent, dans leur ensemble et hors fruits et légumes, ont baissé de 2,7 % après avoir crû de 1,7 %le mois précédent. Sur un an, ils ont augmenté de 30,0 %, après +32,6 % en mai.

La différence entre prix payé aux agriculteurs et prix du marché découle du déséquilibre offre  et demande sans parler la spéculation.

 

Sécheresse et Agriculture : Alerte ( FNSEA)

Sécheresse et Agriculture : Alerte ( FNSEA)

 

Encore quelques jours sans pluie et ce pourrait être une catastrophe pour les récoltes à venir. Chaque jour qui passe, on voit les cultures dépérir », a alerté vendredi 15 juillet sur franceinfo Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, alors que la canicule amplifie les craintes de sécheresse. Les restrictions se multiplient : 72 départements français ont mis en place des restrictions d’usage de l’eau. Un comité sécheresse s’est tenu ce vendredi autour du ministre de l’Agriculture Marc Fesneau. Christiane Lambert souligne que « les fruits sont aussi perturbés. » Elle met en avant la nécessité de changer les pratiques agricoles, notamment avec  »la recherche variétale pour des variétés plus résistantes. »

 Est-ce que la situation est critique ?

Christiane Lambert : L’heure est très grave et chaque jour qui passe, on voit les cultures dépérir. J’ai fait un tour de mes champs cet après-midi, les maïs sont en train de se recroqueviller, les épis ne se formeront pas. C’est le stade de la fécondation. S’il n’y a pas de fécondation, il n’y aura pas d’épi, donc pas de grains, pas le rendement. Et c’est aussi le cas des prairies, donc plus de fourrage pour les animaux. Et il y a même des prairies qui vont certainement être totalement mortes et à ressemer.

Est-ce que l’on est en train de perdre des cultures ?

Oui. Il y a aussi tout ce qui est raisin, fruits. La viticulture prend des coups de chaud, quand il fait 44 degrés, cela grille les feuilles et cela peut abîmer les grappes. C’est ce qu’on appelle le coup de chalumeau. Cela peut aussi s’enflammer. Et pour les fruits, c’est, sur la face exposée au soleil, un coup de soleil qui produit une espèce d’induration. Les fruits sont perturbés aussi.

Est-ce que les conditions climatiques poussent les agriculteurs à changer leurs méthodes ?

Beaucoup ont déjà changé en choisissant, quand c’est possible, des cultures de tournesol au lieu de maïs, des variétés qui soient semées plus tôt pour être plus avancées, et faire en sorte que la fécondation soit passée. On a engagé tout cela depuis cinq ou six ans. Depuis le Varenne de l’eau, on a trois chantiers ouverts. Un, le chantier de l’assurance, parce qu’il faut aider les agriculteurs à s’assurer et que la solidarité nationale joue au-delà de 50% de perte. Deux, tout le travail d’accompagnement pour l’atténuation. C’est l’adaptation des pratiques et la recherche variétale pour des variétés plus résistantes. Et le troisième volet, c’est la gestion de l’eau en étant capable d’aller plus vite pour stocker de l’eau. On a tellement de pluies diluviennes l’hiver qu’il faut arrêter de la gaspiller.

Est-ce que les conséquences pourraient être longues et durables, parce que l’alimentation des troupeaux repose aussi sur le fourrage ?

Bien sûr. Les agriculteurs ont récolté leur fourrage foin et sont déjà en train de le distribuer à leurs animaux. Beaucoup comptent sur le maïs, et notamment les grains de maïs, pour faire une alimentation riche en énergie pour leurs vaches laitières, pour leurs bovins, pour leurs porcs. Et donc on aura du maïs sans grain, un maïs qui a beaucoup moins de valeur. Il y a aussi beaucoup de difficultés dans les bâtiments d’élevage, quand il fait 40 degrés comme dans les bâtiments de mise-bas. En ce moment, c’est la période des mises-bas. On est obligé de programmer les mises-bas pour qu’elles puissent avoir lieu entre une heure et cinq heures du matin quand il fait plus frais, sinon les truies sont vraiment en souffrance au moment où elles mettent bas.

« On essaie de s’adapter le mieux possible, mais c’est plus de travail et plus de stress. »

 Est-ce que dans ce tableau très sombre, certaines cultures profitent de ces conditions ?

Quand il fait jusqu’à 40 degrés, les fruits sont super beau, gorgés de soleil, mais ils murissent très vite. Donc il faut vraiment jouer la solidarité, acheter beaucoup de fruits français en ce moment. Les producteurs sont au taquet pour les ramasser dans les meilleures conditions. Et on compte sur les consommateurs pour être au rendez-vous. Faites-vous plaisir. Mangez des melons, des abricots, des nectarines, des cerises, tous les fruits d’été. Les producteurs ont besoin de les vendre très vite, parce qu’ils les récoltent beaucoup plus vite que d’habitude.

Sri Lanka : une transition écologique trop brutale mais pas seulement

Sri Lanka : une transition écologique  trop brutale mais pas seulement

Une crise agricole économique qui se transforme en crise politique et qui chasse le président du Sri Lanka. En cause, une grande incompétence en même temps qu’une corruptiona et surtout une transition écologique brutale qui provoque une crise de la fain et la révolte. D’après France Info, Le président Rajapaksa a décidé d’accélérer le plan de conversion du pays à l’agriculture bio en interdisant brusquement les importations d’intrants chimiques. Une interdiction entrée en vigueur le 26 avril 2021, avant d’être abandonnée six mois plus tard.

Cependant selon Jean-Joseph Boillot, expert du monde indien, les causes de la crise de régime sont plus profondes. « On est face à une mal-gouvernance croissante qui est très bien perçue par la population : des routes qui ne sont pas réparées, des centrales qui ne sont pas entretenues… Et puis le Sri Lanka, qui est un pays plutôt égalitaire dans la tradition, a vu ses inégalités exploser. Il y a une colère populaire qui demande des comptes au clan qui s’est beaucoup enrichi. »

L’agronome Jacques Caplat livre la même analyse : « La focalisation de certains sur le bio est d’une grande malhonnêteté. On ne peut pas nier qu’il y a eu une erreur à ce niveau-là, mais ce n’est pas la cause de la crise, qui existait déjà avant. » Le spécialiste de l’agro-écologie paysanne adhère cependant au mécontentement des paysans sri lankais. « On ne peut pas demander aux paysans de passer au bio en un an. Par exemple, pour faire des légumes en bio, il faut mettre des légumineuses l’année d’avant. »

« La transition vers le bio se prévoit sur cinq à dix ans. Le bio, ce n’est pas uniquement supprimer les produits chimiques, c’est tout un travail pour recaler l’agrosystème dans une vision écologique, faire interférer positivement l’écosystème et les cultures. »

Selon une étude réalisée par un think tank sri lankais (en anglais), 64% des paysans sont favorables à une transition vers une agriculture sans engrais chimiques. Mais parmi eux, 78% disent avoir besoin de plus d’un an pour opérer cette transition. « Les paysans sri lankais ne sont pas hostiles au bio sur le principe, mais ils sont en colère avec la manière dont cela a été fait en 2021, » explique Jacques Caplat. « Le régime a perdu son assise populaire dans les campagnes. Aucun manifestant n’est mécontent de la transition organique en elle-même, mais l’imposition verticale brutale a mis en colère les paysans », abonde Jean-Joseph Boillot.

Si le passage imposé au bio en 2021, et depuis annulé, a pu accélérer la hausse des prix de l’alimentation, il est faux d’affirmer que c’est la cause de la crise de régime qui a conduit à la démission (et la fuite) du président Rajapaksa. Les pénuries alimentaires que connaît le pays sont en premier lieu dues à un modèle économique qui a ruiné l’île. L’endettement extérieur du Sri Lanka a entraîné la dévaluation de sa monnaie (la roupie sri lankaise) et donc une explosion du prix des denrées alimentaires importées, alors que, dans le même temps, la population sri lankaise a perdu en revenus.

La guerre en Ukraine, les restrictions sur certaines exportations et la spéculation qui a fait grimper les prix de l’énergie se sont ajoutées comme des facteurs aggravants qui frappent de plein fouet le Sri Lanka. Une partie grandissante de la population ne mange pas à sa faim et le pays fait également face à des coupures d’électricité, des problèmes d’accès au gaz, au fioul ou à l’essence. « On est en pleine période de plantation de la récolte d’octobre et il n’y a plus de fioul pour faire fonctionner les motoculteurs », relève Jean-Joseph Boillot, qui craint que les prochaines récoltes ne soient délicates.

L’économiste veut tout de même garder espoir. « Les crises sont l’occasion de régler des problèmes qui s’étaient accumulés. Le monde paysan va développer une résilience. Il y a une opportunité pour le Sri Lanka de repartir sur des bases un peu plus saines et un peu plus solides. » Jacques Caplat partage cet optimisme mais rappelle que « le passage au bio ne pourra se faire qu’avec les paysans, dans une dynamique de responsabilisation. Les paysans sri lankais veulent du bio en tant que technique performante pour produire des récoltes, pas en tant que label pour un marché destiné aux bobos du Nord. »

 

Blé : récolte en baisse de 2 à 3 % en France

Blé : récolte en baisse de 2 à 3 % en France

 

La France pourra continuer de combler en partie le déficit ukrainien de blé puisqu’elle exporte environ 50 % de sa production.

Selon Intercéréales et Arvalis -organisme de recherche appliquée financé et géré par les producteurs-, le rendement du blé tendre devrait atteindre  »69,5 q/ha en France en 2022, soit une baisse de 2 % par rapport à 2021 et de 3 % par rapport à la moyenne des 10 dernières années ». Quant à la qualité, qui détermine l’usage et la destination finale des céréales, et qui est donc déterminante pour satisfaire les exigences des marchés en France
et à l’international, la teneur moyenne en protéines est  »estimée à 11,6 %, une valeur correspondant à la moyenne décennale ».

La filière souligne que « cette moyenne nationale masque néanmoins des
hétérogénéités importantes dans les territoires, en raison principalement des stress hydrique et thermique, et plus ponctuellement des épisodes de gel et de grêle ».

La filière rappelle aussi que « ces données restent des prévisions et que la réalité des rendements et de la qualité de la récolte ne seront effectivement vérifiées qu’à la fin de celle-ci ».

La France, premier producteur européen de blé tendre, a produit en moyenne 33,4 millions de tonnes de blé sur la période 2017-2021. Elle exporte la moitié de cette production, vers l’Union européenne (50%) et des pays tiers.

Production mondiale de blé par pays
Pays Production (tonnes) Production par personne (Kg) Superficie (en hectares) Rendement (Kg / Hectare)
Blé : récolte en baisse de 2 à 3 % en France dans actu-économie politique 98614cda-6d26-45e3-9520-0485a90e63d8 République populaire de Chine 131 447 224 94,304 24 268 794 5 416,3
210f3b89-33ca-4453-93c0-8a39521bb918 2 à 3 % dans agriculture Inde 99 700 000 74,599 29 580 000 3 370,5
32afe3db-7d9e-4889-8d3f-4fc2a5762419 baisse Fédération de Russie 72 136 149 491,133 26 472 051 2 725
561cf002-ba3a-4a18-8ccc-d8e3b89ca049 blé États-Unis d’Amérique 51 286 540 156,474 16 027 750 3 199,9
df0c2e69-e1ea-4b29-98e2-a0f3fe94a0ba de France 35 798 234 531,944 5 231 615 6 842,7
e897741a-4815-4d23-8f50-b205700ea6f6 en Canada 31 769 200 853,699 9 881 000 3 215,2
7d564f0f-d72c-4b64-8571-0dd5f2a7c307 France Pakistan 25 076 149 124,218 8 797 227 2 850,5
206feb91-cd26-45c1-80a4-59bca7f0b530 récolte Ukraine 24 652 840 583,308 6 619 600 3 724,2
4bd73e84-6858-416b-8c34-d5e01b45526f Australie 20 941 134 835,993 10 919 180 1 917,8
c9c4893c-e5ad-4e2b-ae84-21eecf26c58b Allemagne 20 263 500 244,903 3 036 300 6 673,7
29ecab90-9959-4c99-8e82-2bfa8b49b63a Turquie 20 000 000 247,493 7 288 622 2 744
c624819f-7f1b-4089-8981-e0cdaa7c6bc6 Argentine 18 518 045 416,187 5 822 173 3 180,6
da7ad0e7-b193-46bd-b72e-c4e8f9f4a7db Iran 14 500 000 177,355 6 700 000 2 164,2
e1f0b224-7d94-4b42-9318-cb168bee0110 Kazakhstan 13 944 108 763,124 11 354 380 1 228,1
930c4215-fe39-4899-862c-83d0e0e3a12f Royaume-Uni 13 555 000 205,254 1 748 000 7 754,6
806a7fcc-a2e3-41d8-af80-6b0171c05b66 Roumanie 10 143 671 519,549 2 112 307 4 802,2
e3bcb426-2d1e-4ec7-b84d-cfa7492d0cf9 Pologne 9 820 315 255,514 2 417 227 4 062,6
c6de7972-ece6-4fd3-89c0-8f2272c071f9 Égypte 8 800 000 90,26 1 315 490 6 689,5
b7e5fb7a-72de-4592-8876-910fe47c3400 Espagne 7 989 906 171,239 2 063 683 3 871,7
924e3c9e-5ea5-43e5-abef-fb8999969548 Maroc 7 320 620 210,516 2 842 748 2 575,2
2d7caa8a-b3f6-4afb-910a-168f43910b63 Italie 6 932 943 114,715 1 821 725 3 805,7
8433d70d-59a8-46a5-9ab1-3156e32be23d Bulgarie 5 832 449 827,294 1 212 012 4 812,2
dbdb2a75-1cfb-4b23-9d5c-e6eade574ed5 Brésil 5 418 711 25,861 2 065 254 2 623,8
82ce3d0d-bb12-4f94-817d-70663319c588 Ouzbékistan 5 410 760 165,7 1 311 376 4 126
51ed4a24-bef7-440b-8562-b54e4adab582 Hongrie 5 245 890 536,884 1 029 523 5 095,5
300f2563-38b2-4ffe-8464-563716bc276a Tchéquie 4 417 841 416,253 819 690 5 389,6
59e91c75-4a8a-44aa-b8fc-9a19d20c7fae Éthiopie 4 238 836 39,418 1 748 972 2 423,6
74c3b4d1-b498-4cf8-b3ee-f018cbd38141 Algérie 3 981 219 93,575 2 087 003 1 907,6
b4f0c57c-9e33-454b-a295-f9ff413e785a Afghanistan 3 613 300 114,435 1 635 000 2 210
4e8ad7d3-f241-4f9f-ad47-09b4160fa7d1 Irak 3 211 382 81,632 1 180 443 2 720,5
bbb605d1-ae56-4af5-9813-ea582addb542 Mexique 2 943 445 23,597 541 345 5 437,3
6209e0b6-e13c-4066-8045-521bfd48fb0e Serbie 2 941 601 420,142 643 083 4 574,2
93248cac-933b-4b7a-b2ef-7ab6aa5f7540 Lituanie 2 838 899 1 013,625 772 885 3 673,1
8bffe0ed-d868-4641-8af6-dcd489dd359b Danemark 2 654 819 458,521 425 806 6 234,8
0baec591-7ad0-4f6f-8b26-d58854564c75 Azerbaïdjan 1 991 683 201,219 677 834 2 938,3
4480851f-2683-4567-99eb-de47ee699813 Népal 1 949 001 66,704 706 843 2 757,3
6bf15b17-638a-433d-ac87-51a868506a11 Slovaquie 1 927 926 354,195 403 372 4 779,5
59dd5f89-7473-42ad-87d8-984ce52a730c Afrique du Sud 1 868 000 32,36 503 350 3 711,1
457f53f1-b28c-469c-9af7-d5dcc1738e24 Biélorussie 1 814 765 191,467 659 861 2 750,2
d63d661e-974d-4a40-9e9b-911cddd4f0f3 Belgique 1 652 249 144,722 195 686 8 443,4
22846974-2a42-4962-89b3-84849ba6ffb5 Suède 1 620 300 159,298 372 500 4 349,8
532f21a2-53c1-464f-a5ee-13cb2ccc4d53 Tunisie 1 500 000 131,047 846 939 1 771,1
ad7caa4e-ee11-4fd8-a525-e3b362dd0da4 Chili 1 469 003 83,59 236 415 6 213,7
00605fe3-e449-457e-bdac-840968f4bf50 Lettonie 1 431 600 743,418 417 200 3 431,4
d673df08-13df-4939-9f81-561b00586380 Autriche 1 370 960 155,118 292 654 4 684,6
5a371f41-17b2-41b5-b0b5-aa28c4c9fcdb Syrie 1 200 000 65,63 600 000 2 000
13a53e9a-0c60-4406-a885-013c1cacde50 Moldavie 1 162 778 327,46 372 076 3 125,1
c55f7598-5d4d-4ffe-8d4a-50ae8d657321 Bangladesh 1 099 373 6,658 351 228 3 130,1
bca94488-a4f1-4a22-b4af-750fd4d099ce Grèce 1 072 940 99,64 404 490 2 652,6
e4d79884-d366-4b06-93ad-4f34acb2b2b6 Turkménistan 1 000 000 170,897 936 488 1 067,8
f551c039-df89-4f41-b2b8-c8a726eb13db Pays-Bas 985 297 57,114 111 697 8 821,2
e4f13b9b-1952-4f90-a3f5-5322be1fc710 Tadjikistan 778 986 87,223 255 549 3 048,3
eb38fe53-6706-48cb-bb91-38f91e875927 Japon 764 900 6,047 211 900 3 609,7
b6ed4426-f780-4842-9d4b-a6c33028c069 Croatie 744 405 177,573 138 456 5 376,5
d6c0b46d-0b7b-45f4-9d23-2d8e2ec0319e Paraguay 722 400 102,425 430 000 1 680
7704f6bf-7036-4a18-b19f-55fdd9e0f3f4 Kirghizistan 615 926 97,622 253 804 2 426,8
b3e0e233-d5bd-40fd-8ada-b443d253afba Soudan 595 000 14,584 226 000 2 632,7
ebc8899a-6a2d-43e0-8df2-51b3048f50fb Arabie saoudite 586 413 17,55 89 756 6 533,4
46950d48-1a62-48d8-aadf-0b545ed0653d Irlande 506 800 104,344 58 000 8 737,9
bf80abfc-9cec-459e-ae11-380f48f10925 Suisse 497 250 58,549 88 135 5 641,9
bda640c7-34ab-4518-aea5-f8f30f28afd1 Finlande 494 700 89,654 177 800 2 782,3
2fdcf340-d736-4602-bba2-d909e830b613 Estonie 450 265 341,334 154 579 2 912,8
a29253e1-1a3b-45ea-8178-10233c4733f0 Uruguay 440 000 125,5 186 000 2 365,6
58e05d37-41b0-41fd-9eff-34b632d6fd20 Mongolie 436 115 135,269 342 666 1 272,7
3d1ab558-bddb-4aae-b0ec-0601be317ba5 Nouvelle-Zélande 371 027 75,702 41 411 8 959,6
9a4b9ad0-0203-43b9-98dc-dc636cd92030 Kenya 336 600 6,606 133 147 2 528
6f398245-3840-4e6f-aba9-f5733b1272e6 Bolivie 301 689 26,681 199 569 1 511,7
f7d07433-760b-45b9-ada5-5f61961313e9 Bosnie-Herzégovine 295 810 78,165 73 591 4 019,6
a2f3b283-d2ff-4e30-af64-01b813e85298 Macédoine (pays) 241 106 116,179 70 987 3 396,5
4aabdbb5-8f26-4783-8dc5-9d4ae460634f Albanie 240 294 83,717 65 072 3 692,7
c663830d-72d2-4b74-a918-d2ecfa297648 Pérou 195 088 6,245 126 638 1 540,5
8928a13d-6871-43af-b5a3-f3c8cc9e6abe Arménie 187 453 63,12 66 378 2 824
1a2f582f-df9b-4db7-b789-1770ded48879 Libye 138 770 21,445 179 558 772,8
054828a3-0184-412e-89e2-e276c860709d Liban 135 411 22,222 40 216 3 367,1
7cb3091f-1dd2-4c7e-a983-f61df7069677 Birmanie 134 372 2,495 74 142 1 812,4
b4189947-309b-499a-9f49-45a018edf617 Norvège 123 500 23,248 58 512 2 110,7
cb8856aa-03fa-49e6-9b6f-eb440a40a417 Slovénie 121 901 58,978 27 822 4 381,5
d2d7f972-a5b2-4104-a822-7d98d4daaf1e Zambie 114 463 6,778 21 675 5 280,8
659b515e-90e2-46f8-84e7-dedaca5a88ab Géorgie 107 100 28,716 43 300 2 473,4
8132e19c-c391-404f-b3fe-6e6c87d3ed31 Yémen 105 503 3,649 64 530 1 634,9
80842dab-e33b-4eb3-842c-fde2f02f9fa6 Tanzanie 104 870 1,935 94 549 1 109,2
f6661872-d426-4c76-83b3-7ffa9ac5320d Luxembourg 78 409 130,246 12 984 6 038,9
44f4bb98-682d-48d6-bdaa-18a1e102abc6 Israël 70 500 7,914 52 900 1 332,7
841960e7-01da-406d-bd11-30df4b9cd3bb Portugal 67 749 6,583 27 025 2 506,9
da175222-98a9-4c26-b190-836094693473 Nigéria 65 433 0,331 82 882 789,5
0ec5eaba-483a-44d2-b631-e95682ebdfaa Zimbabwe 41 488 2,794 20 734 2 001
02037ac0-2d2c-43bc-a18c-a28e5981863b Corée du Sud 37 577 0,728 10 279 3 655,8
8855ed86-06ee-415c-8aac-d2e1832974d5 Corée du Nord 35 000 1,367 23 867 1 466,5
6c50fe27-8323-4aca-9201-93e9c867a7cc Territoires Palestiniens 34 167 7,509 15 413 2 216,8
b860ff67-4f0d-4e35-b743-e94529b2ba59 Mali 29 185 1,527 8 240 3 541,9
cd98293b-cdf8-4898-bbb3-eb995fc8d8ca Érythrée 28 939 5,578 25 597 1 130,6
9710bc61-ae66-454e-a3d0-43d22ffa7f44 Ouganda 23 597 0,608 15 340 1 538,3
6e9ace5c-5713-4c87-89fd-9ed40721e8a1 Burundi 22 751 2,13 16 145 1 409,2
ef79ae1c-b217-402e-9d1a-326dbe2abfdf Mozambique 21 105 0,731 18 176 1 161,2
d9f3ec7a-fc2f-44ef-ac2a-ebb7e7eece54 Jordanie 20 668 2,02 18 049 1 145,1
b7b1f65b-83fe-45d7-bb2e-676147325191 Chypre 18 054 21,121 8 485 2 127,8
9074127f-da21-4744-86ec-4fb8c9e1e0e3 Malte 12 208 25,663 2 403 5 079,6
86b8a01c-d50d-4b0d-808b-668d975b07b3 Colombie 11 139 0,223 6 811 1 635,5
b7d696e1-065b-4cc8-bed4-50b409d69d08 Rwanda 10 875 0,906 10 761 1 010,6
dccadb52-e3af-4c48-8b2b-b40426efaa9a Lesotho 9 058 4,003 8 686 1 042,9
98e03791-6d7a-4733-8f11-c9fbd717f4d6 Mauritanie 7 349 1,845 3 408 2 156,6
6ee38b6b-d948-4cb4-a095-6c74e3f23201 Taïwan 6 724 0,285 2 604 2 582,6
4b919e87-43a0-4722-8fbc-f3399e22d2d6 Madagascar 6 322 0,241 2 634 2 400,6
0e213c39-4059-4c7d-8a36-a05457115bff Congo-Kinshasa 6 309 0,078 4 912 1 284,4
1c978065-7c71-4482-b7a4-1f0c8f837336 Namibie 6 094 2,525 1 149 5 306,1
749868d2-c45b-4b9d-99f9-a255b77057ef Équateur 5 398 0,316 3 149 1 714,2
2766f281-4864-44fc-944d-42d4da680baf Niger 4 807 0,224 1 623 2 961,5
f6f5376f-a6a4-4a4c-a8c8-4d8cfba12d2a Bhoutan 4 141 5,695 2 130 1 943,9
9cd503e3-c095-46f2-bdd1-85e4267ac4eb Oman 3 579 0,714 929 3 852,5
90f585a1-5aa5-4c89-9d70-40145201fc02 Angola 2 820 0,096 2 579 1 093,5
488daea2-16e9-4023-9330-743a312e4147 Monténégro 2 467 3,964 769 3 208,8
a5a28fac-880e-42b8-88d4-f3d65f52791b Tchad 1 798 0,117 801 2 244
ec573fad-8945-4eec-a061-57243c8d1458 Thaïlande 1 351 0,02 1 221 1 106,2
75075cab-7ce2-47f4-bc9f-e4aa45caab4d Guatemala 1 282 0,074 594 2 156,6
56756e86-fceb-4509-b031-4dc2aed37eb7 Honduras 1 248 0,138 2 238 557,7
6a22740f-b368-488e-bee5-2723159b59f9 Somalie 1 033 0,068 2 586 399,4
0a67fc92-fcf7-4009-87bc-cb80bb5535cc Cameroun 938 0,039 706 1 329,3
b496dd18-bda0-4d54-aa83-237b35694bd1 Malawi 729 0,041 592 1 231,4
85172dd5-d1a3-497c-8d1f-efbdc14a6b49 Swaziland 713 0,615 393 1 814,6
e0ba40ce-5f7d-45b5-a1ba-14dd3b9581ac Venezuela 144 0,005 49 2 972,4
7b994a7d-acb4-45ec-8529-a662eba78fd8 Botswana 104 0,045 130 800
1b2c0a1c-2490-4d09-9e30-7a953cdcec22 Émirats arabes unis 30 0,003 10 3 000
5ae3d05b-ecb4-458d-b6bc-68e6c6608e06 Qatar 15 0,006 6 2 500
8c0c95da-a386-4a7d-9421-7ee1334fe533 Koweït 9 0,002 3 3 000

Crise alimentaire , la faute d’un système industrialisé et de la spéculation

 Crise alimentaire , la faute  d’un système industrialisé et de la spéculation

 

Le chercheur en agronomie Nicolas Bricas estime, dans une tribune au « Monde » ,que le G7 peut contribuer à éviter des famines, en obtenant plus de transparence sur les stocks alimentaires et en réprimant la spéculation excessive sur les marchés à terme.

 

La fulgurante ascension des prix du blé et du maïs depuis un an sur les marchés internationaux provoque une nouvelle crise alimentaire. Les premières victimes : les ménages pauvres des pays où ces céréales sont la base de leur alimentation et qui les importent massivement du marché international. Ils sont déjà fragilisés par les conséquences de la crise du Covid-19 et par la hausse des prix de l’énergie.

La hausse des prix en 2008 et 2011 avait déjà révélé la fragilité des systèmes alimentaires. Mais ces sonnettes d’alarme n’ont pas déclenché la prise de mesures pour éviter de nouvelles crises. Le G7, qui se réunissait du 26 au 28 juin, prendra-t-il cette fois ses responsabilités ? Car, comme l’a montré un récent rapport d’IPES-Food, l’origine de cette crise n’est pas la guerre en Ukraine, mais bien la fragilité d’un système alimentaire industrialisé lancé et promu par les entreprises et les pays du G7.

Depuis des décennies, les politiques agricoles avaient pour objectif de nourrir la population au moindre coût, à l’aide de monocultures et d’élevages à échelle industrielle. Le blé, le maïs et le riz ont été particulièrement choisis pour assurer cette production, et ils fournissent aujourd’hui plus de 40 % des calories consommées dans le monde. Les semences sont sélectionnées pour bien répondre aux engrais chimiques, fortement dépendants du gaz et des ressources minières en phosphate. Les cultures et leurs systèmes d’irrigation sont ultra-mécanisés, et donc très dépendants du pétrole. Une poignée de puissantes entreprises ont aujourd’hui la main sur ce paquet technique. La performance productive a encouragé quelques pays dotés d’« avantages comparatifs » à se spécialiser dans ces productions pour le marché international – notamment l’Ukraine et la Russie. La production agricole mondiale a augmenté plus vite que la population et, depuis la fin du XXsiècle, la planète produit nettement plus que ses besoins caloriques.

Et pourtant, depuis cinq ans, la courbe montrant la lente réduction du nombre de personnes en insécurité alimentaire dans le monde, que l’on observait depuis les années 1960, s’est inversée. Et ce sont les ruraux et les agriculteurs en particulier qui restent les premières victimes de la faim.

Ce constat est connu, rabâché depuis des années dans toutes les institutions politiques. L’enjeu n’est pas tant de produire encore et toujours plus, mais bien de réduire les inégalités. Pourtant, certains acteurs et certains pays qui ont tiré leur richesse et leur puissance de ce modèle agricole et alimentaire proposent d’accélérer encore cette fuite en avant. Au prétexte que les prix montent, il faudrait produire plus, cela semble de bon sens. Sauf que l’on peut faire baisser les prix autrement, que l’on peut rendre les pays vulnérables plus résilients, et que l’on peut construire de nouveaux modèles agricoles et alimentaires moins fragiles. Et la crise peut être l’occasion de changer de trajectoire.

Produire plus mais mieux

Agriculture : Produire plus mais mieux 

 La guerre en Ukraine et ses conséquences sur les matières premières agricoles et l’alimentation mondiale ont mis en lumière, s’il en était besoin, le rôle majeur des céréales à l’échelle planétaire mais aussi la fragilité de nos équilibres face aux aléas géopolitiques. Par Eric Thirouin, président de l’Association générale de producteurs de blé (AGPB).( la Tribune)

 

Avec 30% des exportations mondiales de blé en jeu, le conflit russo-ukrainien risque de faire basculer 750 millions d’êtres humains dans un « ouragan de famine mondial », comme l’a souligné l’ONU. Les réactions de certains pays, à l’instar de l’Inde, deuxième producteur mondial de blé, décidant un embargo sur sa production pour protéger ses citoyens, amplifient encore le risque de famines dans plusieurs régions du monde.

Si la situation nous impose de trouver des solutions collectives pour « Produire plus » et pour tous sur la planète, la question du « Produire mieux » ne doit pas pour autant être occultée par l’actualité. Plus que jamais, c’est sur ces deux pieds que nous devons, sans faillir, avancer et démontrer notre sens des responsabilités.

Hier, les critiques de certains n’ont pas manqué quand le monde agricole défendait la nécessité de produire plus pour faire face aux enjeux planétaires d’alimentation et assurer notre souveraineté. Aujourd’hui, alors que ces besoins nous semblent évidents en temps de crise, nous avons le devoir de rappeler le sens de notre combat : Produire plus n’a jamais été un alibi pour produire mal. Produire plus ne signifie pas détruire notre terre et abandonner la transition écologique. L’agriculture doit être créatrice de valeur ; elle porte une histoire plurimillénaire entre des hommes, des femmes et leurs terres. Quand on fait le choix de travailler la terre, de semer, de cultiver et de récolter, on ne peut se permettre de la maltraiter.

Le défi climatique est désormais notre quotidien : une sécheresse de plus en plus précoce qui aura un impact sur le volume des prochaines récoltes, des températures atteignant des niveaux inédits, des phénomènes de gel tardif ou de grêle. Autant de signes que nous, agriculteurs, voyons de nos propres yeux, tout au long de l’année, dans nos champs. Le dernier rapport du GIEC souligne l’urgence à agir.

La société et notre jeunesse se questionnent et exigent de nouveaux modèles. Mais ceux qui prônent la rupture brutale ignorent ou feignent d’ignorer ces impératifs auxquels nous faisons face et ils oublient, de bonne ou de mauvaise foi, que l’agriculture est en transition permanente, pour tenir bon sur ces deux fronts du « Produire plus » et du « Produire mieux », qui ne s’opposent pas.

Les céréaliers sont en première ligne. Grâce au phénomène de photosynthèse, ils stockent du carbone dans le sol : plus de 20 tonnes de CO2 captées par hectare et par an. La COP21 a d’ailleurs reconnu le rôle de l’agriculture dans la lutte contre le changement climatique et les initiatives agricoles en la matière font leurs preuves.

La mise en œuvre d’une planification écologique par la Première ministre, Elisabeth Borne, s’inscrit dans cette dynamique, et l’agriculture devra y trouver sa juste place.

Pour être efficace et concrète, cette planification écologique doit avoir une réelle capacité de projection stratégique en matière de politique agricole. Il est indispensable de pouvoir conjuguer l’urgence climatique et humanitaire du temps court, avec le temps long du monde agricole : quel modèle voulons-nous à l’horizon 2050 ? Comment devons-nous, à plus court terme, orienter nos productions pour relever les défis humains, alimentaires, économiques et de filière liés à la guerre en Ukraine ? Comment mobiliser au mieux les leviers de la certification environnementale et de la captation de carbone dans les sols ?  Et plus globalement, quelle nouvelle dynamique l’Europe doit-elle appliquer à son Pacte Vert pour assurer sa propre souveraineté alimentaire ?

Pour répondre à ces questions et tracer un sillon droit et profond, les céréaliers feront preuve de responsabilité pour appuyer le pilotage interministériel de la planification écologique afin de garantir aux professionnels des lignes claires, cohérentes mais aussi des décisions franches et stables.

Les céréaliers seront au rendez-vous ! Avec conviction et réalisme, en étant fidèles à leur conviction qu’il faut Produire plus et Produire mieux !

Une invraisemblable pénurie de moutarde en France

Une invraisemblable pénurie de moutarde en France

 

Incroyable mais vrai, la France connaît une invraisemblable pénurie de moutarde. Nombre de grandes surfaces n’offrent plus de produits voleurs une gamme très réduite. En cause, surtout le fait que la France a largement délocalisé et depuis longtemps sa production agricole de graine de moutarde qui vient surtout d’Amérique  (Amérique du Sud et Canada surtout). En fait, la fameuse moutarde de Dijon est essentiellement fabriquée avec des graines en provenance d’outre-Atlantique

 (un article du Point, extrait)

 

Cette pénurie, qui arrive en même temps que celle d’autres produits, comme l’huile de tournesol, est une conséquence directe des changements climatiques, ainsi que de problèmes politiques et économiques de certains pays exportateurs.

Qui dit pénurie dit manque de matières premières. Ici, c’est la graine de moutarde. En cause, les événements météorologiques qui ont frappé le Canada, premier producteur mondial de moutarde et qui fournit 80 % des graines achetées que la France importe. « C’est un dôme de chaleur extrême en juillet 2021 qui a divisé la récolte par deux, poussant ainsi les autorités à limiter leurs exportations. De plus, depuis deux ans, le Canada plante deux fois moins qu’avant », explique Michel Liardet, président de l’entreprise Européenne de condiments, spécialisée dans la fabrication et le conditionnement de la moutarde, et de Fedalim, un regroupement de syndicats et de professionnels de l’agroalimentaire.

Face à ces baisses importantes de production, l’Ukraine aurait pu être une alternative en attendant des jours meilleurs, mais la guerre lancée par la Russie a presque entièrement interrompu ses exportations de graines de moutarde. En tout état de cause, l’apport ukrainien aurait été insuffisant pour fournir les 32 000 tonnes de graines de moutarde nécessaires à la production française. D’autant plus que la guerre a également bloqué l’accès aux grains du deuxième plus gros producteur mondial puisqu’il s’agit… de la Russie, désormais frappée par un embargo.

En raison de ces difficultés d’approvisionnement, les prix des grains ont été multipliés par cinq entre avril 2021 et avril 2022, tandis que le prix de la moutarde conditionnée a augmenté de 9 % sur la même période, selon l’institut d’études spécialisé dans les études de marché IRI.

Selon Luc Vandermaesen, directeur de Reine de Dijon, une entreprise fabriquant de la moutarde avec des graines 100 % françaises, une des solutions pour résoudre cette crise, « c’est le programme d’amélioration variétale » qu’ils sont en train de mettre au point et « qui permettra de créer des variétés de graines de moutarde plus résistantes aux conditions climatiques mais aussi plus productives ». L’entrepreneur Michel Liardet plaide lui aussi pour une hausse de la production française « afin d’être moins dépendant des importations. »

Depuis plusieurs années, les agriculteurs français se désintéressent de plus en plus de la production de grains de moutarde, jugés trop peu rentables et trop vulnérables aux insectes. La France interdit depuis 2019 l’épandage d’insecticides sur les grains de moutarde, une mesure jugée désastreuse par de nombreux producteurs, qui assurent que l’utilisation de ces pesticides ne nuisait pas aux insectes pollinisateurs. Aujourd’hui, Luc Vandermaesen assure « n’avoir aucune visibilité à long terme sur la production de moutarde Reine de Dijon ». La pénurie a de fortes chances de se poursuivre

Le bio en net recul : pourquoi

Le bio en net recul : pourquoi

 

Il y a plusieurs facteurs explicatifs au recul net du bio. D’abord un facteur conjoncturel avec  la baisse parfois dramatique du pouvoir d’achat pour des ménages. En effet, pour les salariés le pouvoir d’achat n’a pour l’instant augmenté qu’à peine de 3 % quand l’inflation est mesurée ( avec parcimonie pour ne pas dire davantage) à 5 % par l’INSEE. Une augmentation des prix beaucoup plus significative pour les produits alimentaires qui approche les 1o%. .

L’autre facteur explicatif et plus structurel à savoir la prise de conscience du caractère relatif de certains produits bio avec en particulier la jungle des labels et il faut bien le dire du trafic.

En France, on a commencé à faire le ménage mais les labels sont encore trop confus et dans la réalité il est difficile de distinguer ce qui est réellement bio d’autant que la moitié des produits bio sont importés de l’étranger notamment de l’Espagne qui ,c’est le moins qu’on puisse dire n’a pas tout à fait les mêmes critères de qualité . Dernier élément ,c’est la tendance à substituer éventuellement aux produits des produits locaux y compris chez le producteur. Des produits qui ne s’affichent pas nécessairement comme bio mais des produits qui aussi davantage d’être plus compétitif et plus frais

. Les grandes surfaces fournissent 70 % de leur nourriture aux Français, mais seulement 50 % dans le bio. La vente directe à la ferme et les boutiques d’artisans et de commerçants représentent 18 % des ventes. Elles continuent de bien se porter. Leurs chiffres d’affaires progressent respectivement de 5,8 % et 7,9 % en 2021.

Agriculture : » La guerre entre « tout bio » et « productivisme » n’est pas réaliste »

Agriculture : »  La guerre entre « tout bio » et « productivisme » n’est pas réaliste »

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’agriculture bio qui, en France, est pour la première fois confrontée à une régression du marché, est aussi questionnée sur sa capacité à nourrir la planète. Yves Le Morvan, responsable « filières et marchés » au think tank Agridées, et auteur d’une étude parue en 2018 sur « La résilience des filières bio », en analyse les forces et les faiblesses.

 

Il faut soutenir l’agriculture bio, mais se donner un objectif chiffré n’a pas de sens, estime Yves Le Morvan. (Interview dans la Tribune)

 Dans le contexte du risque de pénuries alimentaires engendré par la guerre en Ukraine, le patron de l’agro-chimiste suisse Syngenta, lors d’une interview au quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung, a récemment pointé du doigt l’agriculture biologique et ses trop faibles rendements. Que pensez-vous de cette prise de position?

YVES LE MORVAN - Je n’ai pas lu cette interview en entier. Mais ses propos, tels que rapportés en France, semblent relever d’une volonté de clivage dans les discours sur l’agriculture et l’alimentation, que je déplore. On oppose un modèle de « tout bio » à une agriculture « productiviste ». Or, cela ne correspond ni à la réalité économique et sociale ni à ce qu’est l’agriculture en Occident. En France, notamment, l’agriculture est très plurielle : derrière ce qu’on appelle « agriculture productiviste » ou « conventionnelle », il y a une richesse de pratiques agricoles assez fantastique.

Les difficultés que traverse l’agriculture bio aujourd’hui viennent d’ailleurs aussi du fait qu’elle a elle-même surfé sur cette rivalité. C’est aussi pour cela que le consommateur aujourd’hui doute parfois des vertus qu’elle a jusqu’à présent mises en avant. Une telle approche peut fonctionner tant qu’on ne représente qu’une niche mais, dès qu’on occupe un vrai segment de marché, elle suscite inévitablement des interrogations. Puisque, à un tel stade, le prix devient essentiel, cela génère de la concurrence, notamment de la part d’autres formes d’agriculture qui répondent à des préoccupations de plus en plus précises des consommateurs (bien-être animal, véganisme, localisme, etc.) et réduisent le clivage par rapport à l’agriculture conventionnelle.

Il est néanmoins vrai que, comme l’affirme le patron de Syngenta, les rendements de l’agriculture bio sont inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle. Dans le cas du blé tendre, céréale clé en termes de sécurité alimentaire, cet écart peut atteindre 50%. Mais a-t-on demandé à l’agriculture bio de devenir dominante en surfaces et de répondre aux enjeux globaux de sécurité alimentaire? Il y a certes des représentants de la bio qui voudraient que demain l’agriculture soit bio à 100%. Mais cela constitue à mes yeux une profonde erreur économique car, au moment où l’on devient dominant, on perd de la valeur, avec le risque que les agriculteurs bio soient en conséquence mal rémunérés.

L’agriculture bio fait d’ailleurs courir des risques plus importants aux producteurs, puisqu’ils disposent de moyens de défense moins radicaux contre les aléas climatiques et les invasions d’insectes. Elle demande un véritable engagement technique, et non seulement financier. Certes, elle est moins dépendante d’intrants, qui aujourd’hui deviennent très chers, mais cette forme de résilience ne permet pas encore aux agriculteurs de compenser les écarts de rendements et de prix. De tels éléments ne peuvent pas être négligés par rapport aux perspectives de développement de cette agriculture. Donc, il faut soutenir le développement des filières bio.

 

Concrètement, l’objectif que se donne l’Union européenne de 25% d’agriculture biologique en 2030 représente-t-il un danger pour la sécurité alimentaire mondiale?

Je pense que s’imposer un objectif aussi élevé dans un timing aussi court n’est pas utile car on sait qu’il ne pourra pas être atteint. Le Parlement européen d’ailleurs, tout en ayant adopté une résolution favorable à l’agriculture bio, n’a pas repris ce chiffre. Il peut certes représenter une orientation politique, mais il ne correspond pas à la réalité de la production ni du marché. Il y a en outre d’autres formes d’agriculture, telles que celle de conservation des sols ou à haute valeur environnementale, qui méritent d’être développées, en raison de leur qualité environnementale mais aussi de leurs rendements proches de ceux de l’agriculture conventionnelle - c’est d’ailleurs ce que prévoit la future politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne. Comme en matière d’énergie, j’estime qu’il serait préférable de soutenir un bouquet de solutions.

Cependant, aujourd’hui, les céréales, qui constituent le produit essentiel pour la sécurité alimentaire mondiale, ne sont pas destinées seulement à l’alimentation humaine: elles sont aussi utilisées pour l’alimentation animale et pour la fabrication d’agro-carburants. Lorsque la situation sur les marchés devient tendue à cause de prix très élevés, ce ne peut donc pas être qu’à cause de l’agriculture bio. D’autres facteurs entrent d’ailleurs aussi en jeu: les conditions météorologiques, qui affectent certaines productions, et l’augmentation de la consommation liée à la croissance démographique.

Des réductions du gaspillage alimentaire et de la consommation de viande pourraient-elles compenser les rendements plus faibles de l’agriculture bio?

Le problème principal est que l’échelle de temps n’est pas la même. Les rendements de l’agriculture bio sont immédiatement plus faibles, alors que la lutte contre le gaspillage alimentaire relève de politiques publiques à moyen-long terme. L’écueil est le même pour une réduction de la consommation de viande qui, pourtant, représente un véritable gisement potentiel: même si la tendance est là, on ne peut pas l’imposer à la population, cela passe par la pédagogie.

Quant au changement des usages, certains types de céréales ne sont pas toujours substituables. Le maïs par exemple, qui aux Etats-Unis est la céréale reine en termes de surfaces cultivées, est dans la culture occidentale plutôt destinée à l’alimentation animale. Les éventuelles réaffectations dépendent aussi des sols et des conditions climatiques.

Face aux problèmes de sécurité alimentaire – notion mieux définie internationalement et à connotation moins politique voire protectionniste que celle de « souveraineté alimentaire » -, la première question de politique publique qui se pose est plutôt celle de l’absence de stocks de sécurité. Elle est suivie par la question politique de l’utilisation des céréales à des fins énergétiques, aggravée par la crise énergétique engendrée par la guerre en Ukraine. Quant au développement de productions locales dans d’autres régions du monde, il serait possible et devrait être soutenu par des formes de transfert de technologies et des financements dédiés. Mais les exportations vers des pays dont les conditions des sols et climatiques ne permettent pas la production suffisante de certaines denrées restent nécessaires.

Quels moyens existent-ils aujourd’hui pour améliorer les rendements de l’agriculture bio? Quel est leur potentiel?

Il faudrait sans doute développer davantage la recherche scientifique autour de la génétique conventionnelle et des variétés végétales. Une voie de recherche importante est aussi celle portant sur l’alliance entre différentes cultures. Cela permettrait probablement d’obtenir de meilleurs rendements. Mais c’est un travail sur le long terme.

Quel avenir imaginez-vous donc pour l’agriculture bio qui, aujourd’hui en France, traverse des difficultés ?

Je pense que le grand enjeu auquel elle doit faire face aujourd’hui, c’est la remise en cause de la réponse globale qu’elle fournissait jusqu’à présent à l’ensemble des préoccupations des consommateurs. Je crois donc que son avenir ne consiste pas tellement dans la massification, qui implique de s’adresser à des consommateurs volatils, mais plutôt dans l’approfondissement de ses valeurs et vertus originales pour garder la confiance des consommateurs plus engagés. Je crois notamment au potentiel de labels bio « régionalisés », prévus dans le nouveau règlement européen. En tout état de cause, il y a un avenir pour les produits bio, par exemple en restauration collective et hors foyer.

 

Changer le modèle agricole

Changer le modèle agricole

 

Il faut changer radicalement de modèle agricole et « reprendre la terre aux machines », plaide Nicolas Mirouze, ancien élève d’AgroParisTech devenu viticulteur, et qui a « bifurqué » vers l’agroécologie, dans une tribune au « Monde ».

Je m’appelle Nicolas Mirouze, je suis vigneron dans les Corbières (Occitanie), mais aussi ancien élève d’AgroParisTech et sociétaire de la coopérative d’intérêt collectif L’Atelier paysan, qui agit pour un changement de modèle agricole et alimentaire. Je me suis établi en 1999 sur un domaine viticole en agriculture conventionnelle et j’ai décidé, dès la deuxième année, de changer de mode de culture, en délaissant les engrais chimiques et en limitant l’emploi de pesticides. Il m’a fallu vingt longues et difficiles années pour m’extraire complètement du modèle de l’agriculture industrielle intensive tout en rendant ma ferme pérenne. J’ai aujourd’hui 50 ans, j’en avais 27 le jour ou j’ai décidé de « bifurquer ».

En France, une partie non négligeable de la population n’a pas les moyens de l’alimentation qu’elle voudrait choisir. Parfois, elle ne peut même pas acheter l’alimentation la moins chère disponible en grande surface : c’est ainsi que, selon l’inspection générale des affaires sociales, 5,5 millions de personnes en grande précarité alimentaire dans la France de 2018, antérieure à la crise due au Covid-19, se procuraient leurs repas quotidiens grâce à l’aide alimentaire.

Cette aide, devenue systémique en France, est distribuée par plus de 200 000 bénévoles, qui subissent quotidiennement toute la violence de cette pauvreté. Elle est abondamment pourvue par les surplus inconsidérés de l’agriculture industrielle intensive (car il faut toujours produire plus) et participe directement à la compression des coûts des produits agricoles et donc à la diminution du revenu des agriculteurs. Elle est également abondamment pourvue par les invendus de la grande distribution, qui se voit ainsi dotée d’une efficiente filière de recyclage. Comble du cynisme : cette nourriture « recyclée » est une source de défiscalisation pour des entreprises dont la contribution est assimilée à un don. Peut-on continuer à traiter d’une façon aussi indigente les plus pauvres d’entre nous, les bénévoles qui les soutiennent, les paysans qui voudraient les nourrir ?

L’autre face de cette triste réalité est que, sur la période 2010-2019, 77 % des revenus des agriculteurs proviennent des aides nationales et européennes. Sur la même période, 25 % des agriculteurs ont un revenu annuel moyen inférieur à 8 400 euros. Sur l’année 2018, 14 % des exploitations françaises ont un résultat courant négatif, selon les chiffres publiés en 2020 par le ministère de l’agriculture. Ce tableau stupéfiant est celui d’un système qui ne fonctionne pas du tout, qui – sans même parler de dégâts écologiques, de rendements énergétiques négatifs ou de perte de qualité nutritive – ne remplit aucun de ses objectifs initiaux : rémunérer les agriculteurs pour qu’ils fournissent une alimentation suffisante, satisfaisante et à la portée de tous.

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