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Inflation : la moitié des hausses suspectes dénonce Michel-Edouard Leclerc

Inflation : la moitié des hausses suspectes dénonce Michel-Edouard Leclerc

Encore un bon coup médiatique pour Michel-Edouard Leclerc, président des centres E.Leclerc qui dénonce à juste titre les hausses suspectes qui concerneraient la moitié des produits. De fait nombre d’acteurs économiques opère des rétentions volontaires pour réduire l’offre  non seulement dans l’alimentaire mais aussi pour d’autres biens y compris industriels.« La moitié des hausses de prix sont suspectes », a estimé le patron du groupe Leclerc sur BFM. 

Michel-Edouard Leclerc aimerait y voir clair, du moins l’affiche-t-il. « J’aimerais bien que les députés (…) ouvrent une commission d’enquête sur les origines de l’inflation, sur ce qu’il se passe sur le front des prix, depuis les transports jusqu’aux consommateurs », a-t-il plaidé sur BFM TV-RMC, jeudi 30 juin. Et pour cause, selon lui, « la moitié des hausses [de prix] demandées ne sont pas transparentes, mais sont suspectes ». En juin, sur un an, l’inflation a augmenté de 5,8 %, d’après l’Insee

« L’Ukraine a bon dos », a néanmoins estimé Michel-Edouard Leclerc, jeudi. Et le patron de prendre un exemple saillant : « Quand vous avez des fabricants de produits à base de cacao qui vous invoquent l’Ukraine pour une augmentation de 15 % de tarifs sur la confiserie, sur les barres chocolatées – je parle de Nestlé, je parle de Mars – faut quand même pas déconner ! On est sur l’autre continent ! »

Habitué aux coups médiatiques, profitant de sa forte popularité auprès des Français et de son aura, le patron des magasins Leclerc cherche à dévoiler, dit-il, une « partie de poker menteur » grâce aux parlementaires. « Cela nous aiderait beaucoup d’avoir cette obligation de transparence », a-t-il ajouté. Le cas de l’huile de tournesol est également mis en exergue par Michel-Edouard Leclerc, sans livrer le détail du commanditaire : « On nous dit : ‘On va te livrer mais il faut augmenter de 34 % le prix d’acquisition de cette huile. Et dans ces conditions, on asséchera tes concurrents et on te donnera 130 % de ta demande’. »

 

Les Bourses mondiales: La descente jusqu’où ?

Les Bourses mondiales: La descente jusqu’où ? 

L’indice MSCI ACWI, qui regroupe l’ensemble des marchés boursiers mondiaux, devrait également sombrer de plus de 20 % sur la période, sa pire performance en plus de vingt ans. Au total, ce sont plus de 17.000 milliards de dollars qui sont ainsi partis en fumée depuis le début de l’année sur les Bourses mondiales.

 

 

Le pire plongeon depuis 20 ans et ce n’est pas fini , tout dépendra de la conjoncture économique possible et notamment de la perspective d’une récession hypothèse qui n’est plus écartée par la Banque fédérale américaine par la banque centrale européenne. . Les Bourses mondiales s’enfonçaient de nouveau dans le rouge jeudi, confrontées à une inflation toujours plus élevée et à un scénario de plus en plus crédible de fort et brusque ralentissement économique. A Paris, l’indice CAC 40 a clôturé sous les 6.000 points, en chute de 1,8 % sur la séance.

A Wall Street, les principaux indices boursiers s’enfonçaient dans le rouge au même moment. Le Nasdaq à forte coloration technologique s’orientait vers des pertes de plus de 30 % depuis le début de l’année, une chute inédite pour un premier semestre depuis la création de cet indice. Le S & P 500, plus large, s’orientait vers une baisse de plus de 20 % sur les six premiers mois de l’année, une contre-performance jamais vue en plus de 50 ans.

L’indice MSCI ACWI, qui regroupe l’ensemble des marchés boursiers mondiaux, devrait également sombrer de plus de 20 % sur la période, sa pire performance en plus de vingt ans. Au total, ce sont plus de 17.000 milliards de dollars qui sont ainsi partis en fumée depuis le début de l’année sur les Bourses mondiales.

 

 

 

La BCE n’exclut pas un risque de récession

La BCE n’exclut pas un risque de récession

La BCE a longtemps a contesté le caractère durable de l’inflation. Devant les réalités, elle consent aujourd’hui à reconnaître un phénomène auquel il faut s’adapter notamment par exemple face  une hausse brutale  du coût de l’argent. De la même manière, la Banque centrale européenne prévoit toujours une croissance en 2023 mais recommande cependant d’étudier le scénario de récession. La BCE invite notamment  les banques de la zone euro à intégrer dans leurs prévisions  un « scénario récessionniste ». La  BCE Évoque également le risque d’une crise du crédit à cause d’une remontée brutale des taux d’intérêt.

La  présidente de la BCE Christine Lagarde disait s’attendre à une croissance de 2,8% en 2022 et 2,1% en 2023. Toutefois, la BCE prend en compte une possible dégradation de l’environnement économique, sur fond d’inflation, de crise énergétique et de guerre en Ukraine.

L’institution basée à Francfort n’exclut pas un arrêt de l’approvisionnement de l’Europe de l’Ouest en gaz russe, sur fond de poursuite voire d’escalade de la guerre en Ukraine. Ce qui mènerait la zone euro à la récession en 2023 dans le plus noir des scénarios. La BCE souhaite que les banques intègrent ces perspectives négatives à leurs prévisions.

Autre grand risque qui plane sur la croissance européenne : la remontée des taux d’intérêt prévue par la BCE,  en théorie bénéfique pour les établissements de crédit, mais qu’une hausse brutale et désordonnée du coût du crédit constituerait un risque potentiel, notamment pour les clients très endettés.

Santé: l’indispensable soutien de la filière industrielle

L’impératif de relocalisation de la production de médicaments en France mis en lumière par la crise Covid a propulsé la sous-traitance pharmaceutique au rang d’activité stratégique, au cœur des enjeux de sécurité et de souveraineté sanitaires. Par Christophe Durand, Président de Cenexi (dans la Tribune)

 

Alors que la France ambitionne de devenir la première nation européenne innovante et souveraine en matière de santé, il est indispensable de capitaliser sur cette prise de conscience collective pour soutenir les vocations, les carrières et au final le développement de la filière industrielle de santé sur le territoire français.

Depuis la fin des années 1990, la France s’est détournée de son industrie qui a fait figure de parent pauvre dans les politiques publiques économiques mises en œuvre. Dans La désindustrialisation de la France, publié en juin 2022, Nicolas Dufourcq, directeur général de BPI dresse un constat sans appel. Entre 1995 et 2015, la France a perdu le tiers de son emploi industriel. Plusieurs millions de postes disparus, avec en toile de fond un risque pesant sur l’expertise et les compétences de l’industrie à la française.

L’industrie pharmaceutique a largement fait les frais de cette tendance de fond et une grande partie de la production de médicaments a été délocalisée au cours des dernières années dans d’autres pays. La pyramide des âges est vieillissante et tous les acteurs de la filière peinent à recruter. En début d’année, 11% des offres d’emploi du secteur n’étaient pas pourvues, principalement dans les domaines de la R&D et de la qualité tandis que seuls 28% des jeunes interrogés par Ipsos pour le LEEM se verraient travailler pour les entreprises du médicament.

Alors que les technologies industrielles n’ont jamais autant évolué, appelant un renouvellement partiel des compétences au sein des usines, le recrutement de nouveaux talents est devenu une donnée fondamentale pour maintenir la compétitivité et le niveau de qualité des sites français, tout en adaptant les qualifications aux métiers qui émergent.

Pour consolider une filière industrielle de santé en France, et in fine servir au mieux les patients, il est donc de notre responsabilité de mieux en valoriser les métiers. Ceci passera par un travail main dans la main de tous les acteurs impliqués : pouvoirs publics, laboratoires pharmaceutiques, biotechs, start-ups et bien sûr sous-traitants. Ensemble, nous devrons dans les mois à venir tout mettre en œuvre pour :

  • soutenir l’activité des façonniers, maillon crucial dans la relocalisation de la production des médicaments en France et favoriser leur développement en travaillant sur l’attractivité des bassins d’emplois où ils sont implantés
  • mieux faire connaître les parcours, la diversité et la richesse des métiers ainsi que les opportunités, actuelles et futures, dans un secteur qui peut s’adresser à tous, quel que soit le niveau de qualification, de l’agent de production au pharmacien responsable
  • adapter les formations initiales et continues aux profondes mutations de la production chimique et biologique
  • recréer les conditions de la confiance à l’égard d’une industrie, porteuse de bien commun pour mettre sur le marché au plus vite les innovations qui permettront de prévenir les maladies et de traiter les patients

Toutes les forces de la filière doivent être tendues en ce sens, avec pour ambition finale de booster la production de médicaments en France et hisser le pays comme terre d’innovation et d’industrie en santé au service des patients.

 

Esclavage: l’odieux commerce de la traite négrière

Esclavage: l’odieux commerce de la traite négrière

 

 

A partir d’un document exceptionnel, deux historiennes dévoilent la réalité économique de ce que fut la traite des esclaves sur les côtes africaines, rapporte Antoine Reverchon, journaliste au « Monde ».

 

Les travaux des historiens sur l’esclavage et la traite ont largement participé à la prise de conscience publique de la terrible tragédie qu’ont représentée la déportation et l’exploitation de millions d’êtres humains arrachés au continent africain. Mais si de nombreux travaux documentent ou modélisent le rôle économique majeur de ce commerce dans l’essor de l’économie européenne au XVIIIe siècle, très peu, faute de sources, en décrivent le fonctionnement, les acteurs, la durée et les lieux, à l’échelle micro-économique.

C’est tout l’intérêt de l’exploitation par les historiennes Anne Ruderman et Amanda Gregg, professeures respectivement à la London School of Economics et au Middlebury College (Vermont), d’un document rarissime : les livres de comptes tenus par le capitaine de La Bonne-Société, navire négrier de La Rochelle, pendant toute la durée de sa « campagne » de six mois, en 1783 et 1784. Ajoutés au plus classique livre de bord, à la correspondance avec les armateurs et aux archives des ports de départ et d’arrivée, ces livres offrent une vision atrocement « quotidienne » de ce qu’était le commerce des esclaves. Ils recensent, en effet, pour chacun des 425 esclaves achetés, ses caractéristiques, son prix d’achat (en valeur monétaire, mais surtout en quantité et type de marchandises – étoffes, armes, alcool, perles, miroirs, outils de métal, amenés d’Europe), la date d’achat et l’identité du vendeur. Car, comme le disait Anne Ruderman lors de la présentation de son papier à l’Ecole d’économie de Paris, le 15 juin, il s’agit d’« un commerce interculturel euro-africain ».

 

Parti de La Rochelle en juillet 1783, arrivé au royaume de Loango (l’actuel Angola) en novembre, le navire La Bonne-Société circule durant six mois entre une dizaine de comptoirs proches de l’embouchure du fleuve Congo, avant de partir avec 416 esclaves pour la Martinique – 12 ont été tués pendant une révolte à bord –, qu’il atteint en juillet 1784. Aucun esclave n’est capturé directement par l’équipage, qui ne séjourne jamais à terre, sauf dans la journée pour se rendre au comptoir où se déroulent les transactions : des chaloupes font la navette entre le navire ancré dans la baie et le comptoir, chargées de marchandises dans un sens et d’esclaves dans l’autre. Le capitaine fait affaire avec 119 vendeurs différents, dont près de 90 % sont africains, 40 % des notables locaux, 30 % « en partenariat » (le vendeur s’associant alors avec un autre vendeur maniant mieux la langue ou la négociation avec les Européens). Mais 50 % de ces vendeurs ne vendent qu’un seul esclave, un quart en vendent deux, 15 % trois. La transaction la plus importante concerne 30 esclaves. D’où la durée de la campagne.

Transition énergétique: abolir la charte de l’énergie

Transition énergétique: abolir la charte de l’énergie 

 

La France, comme l’Union européenne, doit s’affranchir de ce texte favorable aux géants de l’énergie, dont les règles datent d’une époque révolue où la reconstruction de la planète l’emportait sur sa préservation, estiment les experts du climat Santiago Lefebvre et Yamina Saheb dans une tribune au « Monde ».

Imaginez un monde où les grandes marques de cigarettes recevraient des milliards d’euros de dédommagement de l’Etat – et donc des contribuables –, au motif que celui-ci a décidé d’interdire la cigarette dans les lieux publics. Difficile à accepter ?

Et pourtant, appliquée aux énergies, et notamment aux fossiles, cette règle existe bel et bien. C’est l’objet du traité sur la charte de l’énergie (TCE) : tout pays signataire qui déciderait de modifier sa politique énergétique dans un sens contraire aux intérêts des énergéticiens et investisseurs peut être attaqué en justice par ces derniers. Et ce sont des milliards de dollars qui sont réclamés en dommages et intérêts.

A titre d’exemple, en 2021, l’entreprise allemande Uniper a poursuivi le gouvernement des Pays-Bas pour sa décision de fermer prématurément des centrales à charbon à la suite d’une décision de justice en faveur de la société civile pour accélérer l’action climatique.

Début 2022, le Financial Times rapporte que quatre autres entreprises portent plainte contre l’Italie, la Slovénie, la Pologne et à nouveau les Pays-Bas, à la suite de l’arrêt de projets liés au charbon et aux hydrocarbures. L’Allemagne a dû négocier un dédommagement de 4,35 milliards d’euros pour éviter des poursuites dans le cadre du traité.

En France, en 2017, l’entreprise canadienne Vermilion, opérant sur des sites d’extraction d’hydrocarbures sur le territoire français, a utilisé le risque de poursuites dans le cadre du TCE pour faire pression sur le gouvernement s’il adoptait sa loi sur les hydrocarbures mettant fin à l’exploration et à l’extraction des combustibles fossiles d’ici à 2040. Face à l’ampleur des risques financiers, les Etats sont souvent enclins à céder. La loi a finalement été modifiée.

Alors que le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) alerte sur le fait que nous n’avons plus le temps d’attendre pour inverser la tendance en matière d’émissions de carbone, que l’urgence est là, et sachant que l’énergie fossile est la première source d’émissions de carbone, ce traité vient tout simplement empêcher les Etats et territoires de décarboner leurs sociétés et de prendre les décisions fortes desquelles dépend pourtant l’avenir de notre planète.

A croire qu’aujourd’hui, les investissements des énergéticiens l’emportent sur les enjeux climatiques et l’avenir des générations futures. Loin d’être immuables, les règles de gouvernance se sont de tout temps adaptées à leur époque et à leurs enjeux. A chaque époque ses règles et ses adaptations.

Une vraie renaissance de la défense allemande ?

Une vraie renaissance de la défense allemande ?

 

 La guerre en Ukraine a incité l’Allemagne à augmenter nettement ses dépenses de défense. Une véritable révolution, qui devra surmonter des résistances anciennes à un renforcement de la Bundeswehr. Par Laurent Griot, Grenoble École de Management (GEM) et Mourad Chabbi, Grenoble École de Management (GEM)

L’invasion de l’Ukraine a agi comme un électrochoc dans bon nombre de pays européens : la guerre, la « vraie », est à nos portes et nous ne sommes pas prêts. Les débats portent sur nos capacités matérielles comme sur l’équilibre de nos alliances. La Suède et la Finlande ont soumis, mercredi 18 mai, leur demande d’adhésion à l’OTAN, et l’Italie annonce qu’elle rejoindra très rapidement les standards OTAN en termes de dépenses de défense. D’ici à 2028, son budget devrait représenter 2 % de son PIB, passant de 25,9 milliards à 36 milliards d’euros, bien que cet objectif suscite un débat passionné dans le pays.

Au milieu de ce concert de remises en cause stratégiques et budgétaires, il est un pays dont la réaction est encore plus surprenante que celle des autres : l’Allemagne. Surprenante d’abord par la brutalité du constat et la liberté de ton de ceux qui l’expriment : le 24 février 2022, le chef d’état-major des armées allemandes reconnaissait, face au début de la guerre en Ukraine :

« La Bundeswehr, l’armée que j’ai l’honneur de commander, se tient là, plus ou moins les mains vides. Les options que nous pouvons proposer au gouvernement pour soutenir l’alliance sont extrêmement limitées. »

C’est ensuite la réaction du gouvernement allemand qui a de quoi surprendre. Le 27 février, soit seulement trois jours plus tard, le chancelier Olaf Scholz déclarait :

« Face au tournant historique engagé par l’agression de Vladimir Poutine, notre principe est le suivant : tout ce qui est nécessaire pour garantir la paix en Europe sera mis en œuvre. L’Allemagne y apportera sa propre contribution solidaire. [...] Nous allons à partir de maintenant, d’année en année, investir plus de 2 % du PIB dans notre défense. [...] L’objectif est de disposer à terme d’une Bundeswehr performante, ultramoderne et dotée de technologies de pointe qui nous assure une protection fiable. »

L’exécutif a aussi annoncé la création d’un fonds spécial d’un montant de 100 milliards d’euros pour combler son retard, notamment en matière d’équipement des forces.

Sous-investissement chronique

Pour comprendre la situation budgétaire des forces allemandes, il ne faut pas se fier seulement aux chiffres de ces dernières années. Même si en 2021, la France et l’Allemagne ont consacré des budgets très similaires à leur défense - environ 53 milliards de dollars - ce niveau de dépense est relativement récent en Allemagne.

Si l’on observe les chiffres allemands et français depuis la chute du mur de Berlin, on constate une forte remontée des dépenses allemandes depuis 2018 seulement. La baisse a été constante de 1991 à 2005 (point bas) suivie d’une lente remontée jusqu’en 2018. Ainsi, l’Allemagne a moins investi dans son armée, avec une divergence très nette des trajectoires budgétaires à partir de 2001. De fait, le montant cumulé des dépenses de défense allemandes entre 2001 et 2021 est d’environ 902 milliards de dollars, là où la France a dépensé environ 1 036 milliards de dollars. La différence est donc significative.

Mais cet écart de financement est-il suffisant pour expliquer la situation que nous connaissons aujourd’hui ? Les capacités des forces allemandes sont très réduites, selon leur propre chef d’état-major. Les forces françaises, elles, sont classées par la Rand Corporation parmi les plus efficaces d’Europe, même si elles manquent d’« épaisseur » et donc de capacité à combattre dans la durée. Il nous semble que d’autres facteurs doivent être pris en compte.

En premier lieu, les structures de nos budgets sont différentes. La France dépense de façon constante environ 25 % (26,5 % en 2020) de ses budgets en équipement, l’OTAN demandant à ses membres que ce ratio soit au minimum de 20 %. L’Allemagne a quant à elle dépensé 16,9 % de son budget 2020 en équipement, un montant en nette augmentation depuis 2014 (environ 13 % à l’époque). À l’inverse, les « frais de fonctionnement et de maintenance » pèsent pour 26,4 % du budget français et pour 37,4 % du budget allemand, ce qui représente un quasi-record au sein des pays de l’OTAN. Il s’agit probablement du symptôme d’une autre faiblesse : les armées allemandes sont des monstres bureaucratiques.

Les forces allemandes souffrent manifestement d’une bureaucratie particulièrement lourde et inefficace. Sur ce point, un document publié début 2020 a eu un retentissement certain dans le pays. Il s’agit du rapport d’information pour 2019 destiné au Bundestag, rédigé par le commissaire allemand aux forces armées de 2015 à 2020, Hans-Peter Bartels.

Selon ce rapport, l’institution militaire allemande souffre de la multiplication des instances de décision, ce qui conduit à une dilution de la responsabilité et à un allongement déraisonnable des processus décisionnels. Bartels consacre par exemple une page entière à raconter comment ses propres services n’ont pas réussi, malgré trois années d’efforts, à obtenir la création pour eux-mêmes d’une dizaine de comptes d’accès au réseau intranet des forces allemandes.

Dans ce texte, l’état-major de la Deutsche Marine reconnaît qu’au sein de l’armée allemande, le respect des règles est plus important que la capacité à fournir des appareils en état de voler, pilotés par des équipages correctement entraînés. Cet état de fait rejaillit sur la motivation des hommes. La troupe considère que ses chefs n’en font pas assez pour améliorer l’efficacité de l’institution. Mais les cadres se sentent désarmés face à la lourdeur de l’organisation.

Parmi les faiblesses les plus criantes, le processus d’équipement des forces est particulièrement critiqué. Il est présenté comme dysfonctionnel, inutilement compliqué et trop long. La volonté de réduire les risques industriels en amont est ouvertement présentée comme une cause de risques pour les troupes, obligées d’aller au combat avec des équipements dépassés, voire en l’absence totale de certains matériels.

Hans-Peter Bartels regrette particulièrement le fait que l’« achat sur étagère » – c’est-à-dire l’achat d’équipements déjà existants n’ayant pas été spécifiquement conçus à la demande de la Bundeswehr – soit une pratique rare au sein des forces allemandes. Même des matériels très simples (comme des sacs à dos) sont soumis à des processus d’élaboration et d’évaluation dignes des systèmes d’armes les plus complexes.

C’est donc autant à des problèmes budgétaires qu’à la question de l’efficacité de ses dépenses que le ministère allemand de la Défense doit faire face. Ce qu’Eva Högl, l’actuelle commissaire parlementaire pour les forces armées, a bien compris : elle demande que le fonds de 100 milliards d’euros destiné aux forces allemandes soit exploité de façon moins bureaucratique.

Mais une telle évolution sera longue et laborieuse. D’abord parce que cette situation est connue en Allemagne depuis très longtemps sans qu’il n’y ait eu de vrai changement. Dans son rapport pour 2019, Hans-Peter Bartels relevait que déjà en 1978 le ministre de la Défense alors en poste se préoccupait de la bureaucratie excessive dont était victime son armée. Ensuite parce que cette situation est sans doute, pour partie au moins, la conséquence de l’approche pacifiste dominante en Allemagne.

Pour d’évidentes raisons historiques, les forces allemandes ont un statut particulier. Elles sont fermement soumises au Parlement allemand et tout est mis en œuvre pour qu’elles ne sortent « plus jamais du cadre démocratique ».

Fondamentalement, l’avenir de la Bundeswehr, sa capacité à surmonter ses faiblesses et à tenir sa place au sein de l’Alliance atlantique dépendra donc de la place que la société allemande entendra donner à son armée. Dans un discours qu’il adressait aux généraux des armées allemandes en 2005, Horst Köhler, alors président du pays, parlait du « désintérêt amical » des Allemands pour leurs armées :

« Après 1945, les Allemands sont devenus un peuple réellement pacifique et qui aime garder une distance prudente vis-à-vis de tout ce qui est militaire. »

Seize ans plus tard, l’opinion allemande ne semble pas avoir beaucoup changé. Chaque année, le centre d’histoire militaire et des sciences sociales de la Bundeswehr publie une étude consacrée à l’opinion allemande sur la politique de sécurité et de défense du pays. L’étude pour 2021 (donc réalisée avant le début de la guerre en Ukraine) confirme cette approche : les Allemands ont confiance en leurs armées. Mais les moyens d’action auxquels ils sont favorables sont diplomatiques (84 %), basés sur le contrôle des armements (72 %), la coopération au développement (70 %) et les sanctions économiques (61 %). Les opérations militaires menées par la Bundeswehr ou les exportations d’armements ne sont approuvées que par 33 % de la population.

Une évolution longue et difficile

La guerre en Ukraine a déjà provoqué une révolution en Allemagne. La célérité et l’ampleur de la réaction politique ont surpris beaucoup d’observateurs des affaires stratégiques européennes.

Berlin a rompu avec une forme de retenue particulière et solitaire en accélérant le déploiement de ses troupes ces derniers temps : envoi de navires en mer Baltique et en Méditerranée, installation de missiles antiaériens Patriot dans plusieurs pays d’Europe centrale, participation à un bataillon au sol en Slovaquie, envoi de chasseurs Eurofighter en Roumanie… Mais il sera long et difficile de renoncer à ce que Tom Enders, ancien PDG d’Airbus, qualifiait en septembre 2020 d’« abstinence de puissance ».

D’abord parce que, passée la stupeur initiale, le soutien de l’opinion allemande à la politique ukrainienne de son chancelier s’effrite : des intellectuels allemands soutenus par des responsables politiques de premier plan demandent que l’Allemagne cesse d’armer l’Ukraine et opte pour une politique visant à obliger Kiev à trouver un compromis avec Vladimir Poutine. Dans le même temps, des représentants syndicaux allemands ont profité de la fête du Travail, le 1er mai, pour dire leur désaccord face à la volonté de réarmement massif exprimée par le chancelier Olaf Scholz. Notamment de peur que cela se fasse au détriment de la paix sociale.

Ensuite parce que la situation stratégique du pays est la conséquence d’une culture politico-administrative faisant partie intégrante de la nation allemande post-Seconde Guerre mondiale. Une évolution de cette position, à supposer que l’opinion allemande y consente, sera très longue et ses résultats incertains.

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Par Laurent Griot, Professeur assistant en géopolitique., Grenoble École de Management (GEM) et Mourad Chabbi, Professeur de RI/Géopolitique, Enseignant chercheur, Grenoble École de Management (GEM).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

La spirale inflationniste ou la spirale de la stagflation ?

  • La spirale inflationniste ou la spirale de la stagflation  ?

 

Des économistes patentés expliquent les dangers de la spirale salaire prix. Ils oublient cependant le danger de la stagflation. En effet si l’inflation n’est pas suffisamment compensée dans les salaires et plus généralement dans les revenus, c’est la consommation des ménages qui sera atteinte et qui tuera ensuite la croissance. On attendrait des économistes un discours un peu plus équilibré car d’ici quelques mois ils pourraient bien pleurer à propos des conséquences désastreuses de la stagflation. NDLR

  • Pour l’instant, sur France Info, Eric Heyer, économiste, craint une « spirale inflationniste ».
  • « On ne pourra pas aider tout le monde », prévient lundi 27 juin sur franceinfo Eric Heyer, économiste, directeur du département analyse et prévision à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a prévenu sur BFM TV lundi 27 juin que « la cote d’alerte » a été atteinte concernant les finances publiques. Le gouvernement prévoit des aides ciblées pour aider les Français aux petits revenus de faire face à l’inflation. Il doit présenter le 6 juillet en Conseil des ministres sa loi sur le pouvoir d’achat et son budget rectificatif. Le Smic va augmenter automatiquement puisqu’il est indexé sur l’inflation. Mais l’économiste craint une  »spirale inflationniste«  si cette augmentation se diffuse sur tous les salaires.
  •  Ces aides ciblées vont-elles vraiment aider les petits revenus ?
  • Eric Heyer : Bien sûr que ça va aider à compenser une partie des pertes de pouvoir d’achat. Elles sont relativement ciblées sur des ménages les plus modestes, à la fois via des prestations et les APL. C’est la bonne option parce qu’il faut bien avoir en tête, on ne pourra pas aider tout le monde. Bruno Le Maire nous dit qu’on a atteint la cote d’alerte sur les finances publiques, donc il va falloir faire des choix. Il va falloir aussi que les entreprises aident à maintenir le pouvoir d’achat et que certains ménages qui ont surépargné utilisent cette surépargne pour essayer de compenser. Ce qui a bien été indiqué par la dernière note de l’Insee, c’est que cette inflation est complètement inégalitaire, mais pas uniquement en fonction du revenu. Si vous êtes ruraux, vous êtes beaucoup plus pénalisés que si vous êtes urbains. De la même manière, ça dépend de l’âge. Si vous êtes retraité ou âgé, vous êtes plus pénalisé que si vous êtes jeune. Cela dépend aussi de votre fonction. C’est-à-dire que si vous êtes agriculteur, vous êtes bien plus bien plus impacté que si vous êtes cadre. La cible aujourd’hui de ces mesures-là, c’est plutôt vos revenus, alors qu’en fait, vous êtes fragilisé, même si vous avez des revenus un peu plus élevés. Donc, peut-être que le gouvernement devrait faire des mesures plus ciblées en fonction de votre lieu d’habitation, de votre secteur d’activité ou de votre âge.
  • Faut-il augmenter le Smic ?
  • Il y a une augmentation normale du Smic. Le Smic est indexé sur l’inflation. Donc on peut considérer que là, de toute manière, il y aura une augmentation automatique du Smic. On l’attend soit au mois d’août, soit au mois de septembre. Mais on est quasi sûr que d’ici le mois d’octobre, le Smic va être revalorisé de façon automatique dès que l’inflation augmente de 2% par rapport à la dernière hausse. Le problème, c’est que lorsque le Smic est indexé, est-ce qu’il y a une diffusion de cette hausse du Smic sur les autres salaires ? S’il y a une diffusion, on peut craindre effectivement la spirale inflationniste. Il faut bien entendu éviter parce que la banque centrale n’aura pas d’autre choix que d’augmenter très vite les taux d’intérêt et provoquer une récession. On veut à tout prix l’éviter.
  • Le gouvernement peut-il faire pression sur les entreprises ?
  • Il y a des pressions qui ont été formulées par le gouvernement sur un certain nombre de branches. Il va falloir, effectivement, que les branches qui le peuvent, augmentent aussi les salaires, mais sans donner réellement de cible. Il ne faut pas que la spirale s’enclenche, mais il faut quand même qu’il y ait une aide sur les salaires. Pour l’instant, 71% des branches aujourd’hui ont des minima en dessous du Smic.

Etats-Unis: La folie des armes

 Etats-Unis: La folie des armes 

Après un long silence, une loi fédérale et une décision de la Cour suprême reviennent, aux Etats-Unis, sur le sujet du port d’armes à feu. Elles constituent un double test pour le système étatsunien, estime la juriste Anne Deysine, dans une tribune au « Monde ».

 

Avec 4 % de la population mondiale, les Américains possèdent 50 % des armes à feu en circulation dans le monde et l’on compte 50 fois plus d’accidents causés par les armes à feu aux Etats-Unis qu’en Allemagne et 250 fois plus qu’au Japon. 45 222 personnes ont trouvé la mort par arme à feu en 2020, soit 123 chaque jour et, parmi elles, 54 % se sont suicidées. Il y a eu, en 2022, plus de 200 fusillades de masse (impliquant quatre personnes ou plus, selon la définition du groupe Gun Violence Archive) qui ne représentent pourtant que moins des 5 % des morts violentes.

En conséquence, même si ce sont ces attaques qui choquent, surtout lorsque de jeunes enfants trouvent la mort, ou lorsqu’elles sont perpétrées par des suprémacistes blancs, interdire les armes d’assaut avant 21 ans ou en totalité ne saurait être la seule solution. Pourtant, quand la majorité des dernières tueries ont été perpétrées par des jeunes âgés de 18 à 22 ans (qui ont acheté ces armes de guerre du type AR-15 ou AK-47 parfois le jour même du massacre), le bon sens pèse pour un âge minimal de 21 ans, comme pour acheter de l’alcool ou un revolver.

 

Alors que la cause principale de ces nombreux décès est l’accès généralisé et facilité aux divers types d’armes à feu, aucune loi n’a pu être adoptée depuis la loi Brady en 1994, et la moindre réforme de bon sens est bloquée au Congrès. Pourtant, les raisons ont évolué : ce fut longtemps la pression multifacette (notation des élus, publicités négatives, lobbying) de la National Rifle Association (NRA). Aujourd’hui, le port d’armes est au centre d’une guerre culturelle sans merci entre républicains et démocrates, les premiers accusant les seconds de vouloir la mort du deuxième amendement et instrumentalisant la peur de leurs électeurs en martelant que les démocrates veulent leur confisquer leurs armes.

Généralement, après une tuerie, les élus partisans du port d’armes se contentent d’attendre que le choc et la colère s’atténuent et quand, par hasard, ils proposent des mesures, il n’est pas question d’interdire les armes de guerre, même pas pour les jeunes de moins de 21 ans. Même améliorer le système de contrôle des antécédents pose problème et les mesures acceptables sont toujours à la marge : bunkériser les écoles (quid des supermarchés et des hôpitaux, qui sont aussi visés ?), armer les enseignants (ce que beaucoup refusent) et cibler la santé mentale, qui est l’un des éléments à prendre en compte. Mais ces mêmes élus républicains votent systématiquement contre les budgets alloués à la santé ; et les Etats où la violence par armes à feu est la plus élevée, comme le Texas, refusent d’adhérer à la disposition de la loi santé d’Obama, l’Affordable Care Act, qui permettrait à leurs électeurs de bénéficier du Medicaid et de la prise en charge de soins psychiatriques.

UE : la fin des moteurs thermiques en 2035 !

 UE : la fin des moteurs thermiques en 2035 !

 

Les 27 États membres de l’UE ont décidé la fin des moteurs thermiques à partir de 2035. Dommage de n’avoir ps pas été profité de l’occasion pour rediscuter du concept même de l’automobile ( en moyenne 1 t de poids pour transporter une centaine de kilos ! Une aberration écologique!). De toute manière la perspective des véhicules électriques n’est pas totalement assurée. Elle pourrait même devenir obsolète avec la percée de l’hydrogène. A noter qu’à  la demande de quelques pays, dont l’Allemagne et l’Italie, les Vingt-Sept ont cependant accepté d’envisager un possible feu vert à l’avenir pour des technologies alternatives comme les carburants synthétiques ou les motorisations hybrides rechargeables si celles-ci permettent d’atteindre l’objectif de supprimer totalement les émissions de gaz à effet de serre des véhicules.

Les ministres européens de l’Environnement, réunis à Luxembourg, ont également approuvé une extension de cinq ans de l’exemption des obligations en matière de CO2 accordée aux constructeurs «de niche» ou ceux produisant moins de 10.000 véhicules par an, jusqu’à fin 2035. Cette clause, dite parfois «amendement Ferrari», profitera notamment aux marques de luxe.Un sujet qui risque de créer une grande polémique.

Par ailleurs l’industrie automobile risque d’être sérieusement perturbée particulièrement  en Europe.

La production de véhicules a chuté de 15 % à 25 % selon les régions du monde par rapport à 2019. Ce recul pénalise les équipementiers mais aussi les concessionnaires, les loueurs et le marché de l’occasion.

En 2022, les ventes mondiales devraient encore baisser par rapport à l’an dernier, pour tomber à 79 millions de véhicules, selon le cabinet AlixPartners. On sera très loin des 94 millions atteints en 2018. En Europe, les ventes devraient se limiter à 15,9 millions (16,7 millions en 2021). En France, seulement deux millions devraient s’écouler cette année, soit autant qu’en 2020, l’année noire du Covid. 2022 sera donc tout sauf l’année du rebond pour l’industrie automobile.

Après l’effondrement causé par les confinements en 2020, les pénuries de composants ont, à leur tour, restreint la production de véhicules et donc les transactions. La fin programmée des ventes de véhicules neufs à combustion en Europe en 2035 accentue la tendance.

Crise alimentaire , la faute d’un système industrialisé et de la spéculation

 Crise alimentaire , la faute  d’un système industrialisé et de la spéculation

 

Le chercheur en agronomie Nicolas Bricas estime, dans une tribune au « Monde » ,que le G7 peut contribuer à éviter des famines, en obtenant plus de transparence sur les stocks alimentaires et en réprimant la spéculation excessive sur les marchés à terme.

 

La fulgurante ascension des prix du blé et du maïs depuis un an sur les marchés internationaux provoque une nouvelle crise alimentaire. Les premières victimes : les ménages pauvres des pays où ces céréales sont la base de leur alimentation et qui les importent massivement du marché international. Ils sont déjà fragilisés par les conséquences de la crise du Covid-19 et par la hausse des prix de l’énergie.

La hausse des prix en 2008 et 2011 avait déjà révélé la fragilité des systèmes alimentaires. Mais ces sonnettes d’alarme n’ont pas déclenché la prise de mesures pour éviter de nouvelles crises. Le G7, qui se réunissait du 26 au 28 juin, prendra-t-il cette fois ses responsabilités ? Car, comme l’a montré un récent rapport d’IPES-Food, l’origine de cette crise n’est pas la guerre en Ukraine, mais bien la fragilité d’un système alimentaire industrialisé lancé et promu par les entreprises et les pays du G7.

Depuis des décennies, les politiques agricoles avaient pour objectif de nourrir la population au moindre coût, à l’aide de monocultures et d’élevages à échelle industrielle. Le blé, le maïs et le riz ont été particulièrement choisis pour assurer cette production, et ils fournissent aujourd’hui plus de 40 % des calories consommées dans le monde. Les semences sont sélectionnées pour bien répondre aux engrais chimiques, fortement dépendants du gaz et des ressources minières en phosphate. Les cultures et leurs systèmes d’irrigation sont ultra-mécanisés, et donc très dépendants du pétrole. Une poignée de puissantes entreprises ont aujourd’hui la main sur ce paquet technique. La performance productive a encouragé quelques pays dotés d’« avantages comparatifs » à se spécialiser dans ces productions pour le marché international – notamment l’Ukraine et la Russie. La production agricole mondiale a augmenté plus vite que la population et, depuis la fin du XXsiècle, la planète produit nettement plus que ses besoins caloriques.

Et pourtant, depuis cinq ans, la courbe montrant la lente réduction du nombre de personnes en insécurité alimentaire dans le monde, que l’on observait depuis les années 1960, s’est inversée. Et ce sont les ruraux et les agriculteurs en particulier qui restent les premières victimes de la faim.

Ce constat est connu, rabâché depuis des années dans toutes les institutions politiques. L’enjeu n’est pas tant de produire encore et toujours plus, mais bien de réduire les inégalités. Pourtant, certains acteurs et certains pays qui ont tiré leur richesse et leur puissance de ce modèle agricole et alimentaire proposent d’accélérer encore cette fuite en avant. Au prétexte que les prix montent, il faudrait produire plus, cela semble de bon sens. Sauf que l’on peut faire baisser les prix autrement, que l’on peut rendre les pays vulnérables plus résilients, et que l’on peut construire de nouveaux modèles agricoles et alimentaires moins fragiles. Et la crise peut être l’occasion de changer de trajectoire.

La simplification administrative encore oubliée

La simplification administrative encore oubliée

Par Christophe Eoche-Duval haut fonctionnaire
Il faudrait plus d’un an à raison de huit heures par jour pour dire la totalité de la cathédrale administrative française. Christophe Eoche-Duval haut fonctionnaire propose d’arrêter le massacre. 

 

« Sachons mettre un terme à la prolifération législative, cette maladie », disait Emmanuel Macron en 2017. Sous son premier quinquennat, les normes ont pourtant augmenté de 15 %. Alors que l’exécutif ne dispose que d’une majorité relative dans cette nouvelle législature, cet affaiblissement du « fait majoritaire » – sans précédent depuis la réforme du quinquennat – impactera-t-il la « prolifération » dénoncée ? Sinon une exception, du moins un « mal français », l’inflation normative désigne la croissance des normes en vigueur qui, en France, sont massivement codifiées (77 codes à ce jour, qui, empilés, représentent 2,48 mètres de haut). Son étalon de mesure reposait jusqu’en 2015 sur la croissance des pages « papier » du Journal officiel, dont la numérisation a entraîné la perte comme référentiel.

Depuis 2002, un comptage informatique du Secrétariat général du gouvernement a pris le relais mais ne mesure pas le poids et l’évolution par législature. Le comptage par nombre de textes ou articles ayant perdu tout sens, la seule manière de « peser » le poids de notre droit en vigueur est finalement de compter le nombre de « mots » utilisés pour le traduire en normes. Au début de 2022, mandat non terminé, les normes en vigueur en France comptaient 44,1 millions de mots (*). Volume qui ne dira rien aux Français sauf si on les compare aux 2453 heures nécessaires pour les lire ! Le sénateur Alain Lambert alerte régulièrement sur cette boulimie législative.

« Trop de lois tue la loi », avec l’effet inverse au civisme attendu, mais, pour ceux qui n’ont d’autres choix que les appliquer (citoyens légalistes, entreprises, investisseurs) leur complexité bureaucratique décourage, leur coût obère les charges et décourage l’initiative. L’étude OCDE Better Regulation in Europe surveillant ce coût des normes françaises mais aussi bruxelloises livre souvent l’anecdote du Code du travail. Dans son édition papier de 1956, 818 pages, celle de 2022 c’est 3889 pages, soit + 375% en 66 ans.

L’inflation normative a aussi un effet politique plus discret (ou pervers), elle rend beaucoup plus complexe les alternances politiques. La « nuit du 4 août » n’ayant eu lieu qu’une fois dans notre histoire, grâce peut-être à un droit moins omniprésent, chaque législature sédimente une strate de plus, sans revenir réellement sur la précédente, cimentée dans la complexité des droits acquis. Trop de lois tuerait-il aussi la démocratie ?

Le lien entre inflation normative et fait majoritaire est désormais avéré. Parce que l’exécutif profite d’un Parlement, votant (et amplifiant) ses textes, grâce à l’appoint des outils de la Ve République au service du « parlementarisme rationalisé ». On connaît la célèbre apostrophe de Pompidou à Chirac, en 1966 : «Mais arrêtez donc d’emmerder les Français ! Il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays ! On en crève ! » De quoi se plaignait-il ? Le JO de 1973, 11 944 pages, est un feuillet à côté du JO de 2021, qui serait équivalent à 30 567 pages, + 156% ! Entre la ligne plate gaullo-pompidolien, et les septennats de Mitterrand (bond de 83%), l’inflation normative est une courbe en pic. Avec l’instauration du « CDD quinquennal législatif », son taux de croissance affiche 93,8% en 20 ans !

« Nous devons collectivement apprendre à légiférer différemment » a dit le Président le 22 juin. Est-ce moins ? Un Parlement sans majorité absolue pourra-t-il rendre ce service ?

Christophe Eoche-Duval est haut fonctionnaire.

(*) Revue du Droit public, 2/2022, « Un « mal français » : son “énorme” production juridique ? », www.lextenso.com

Assemblée : Un anarcho communiste incompétent à la tête de la commission des finances ?

 

 

L’opposition de gauche a choisi  le plus  incompétent à savoir Éric Coquerel comme futur président de la prestigieuse commission des finances de l’assemblée.

L’intéressé à la formation à la fois douteuse et approximative s’est surtout fait remarquer par son comportement anarchiste ( son premier engagement ) autant que  par ses convictions néocommunistes. Il ne connaît strictement rien à la problématique des finances mais  sait hurler  encore plus fort que le plus corporatiste  des syndicalistes. Bref une grande gueule qui ne grandira pas la crédibilité de l’opposition.

On pourrait cependant assister à une surprise du vote secret tellement la candidature d’Éric Coquerelle paraît incongrue et d’une certaine manière provocatrice.

La présidence de cette commission, qui examine notamment tous les projets de budget avant qu’ils arrivent dans l’hémicycle, est traditionnellement dévolue à l’opposition. La gauche unie représentant la force la plus importante de cette nouvelle législature, Eric Coquerel, qui en a été membre les cinq dernières années, part donc favori. Il sera opposé à la candidate des Républicains Véronique Louwagie et à celui du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy.

Alors que les 70 membres de la commission doivent prendre part au vote à bulletin secret jeudi matin, le parti de Marine Le Pen ne compte pas se laisser faire et a dénoncé une « piraterie » de la Nupes. Avec 89 députés, le RN estime avoir le premier groupe d’opposition. Effectivement, ceux-ci sont plus nombreux que les 75 élus de La France insoumise, mais moins que les 131 députés de l’alliance de gauche (LFI-PCF-PS-EELV) dans son ensemble.

Estimant qu’une candidature unique de la Nupes est « en rupture avec la pratique républicaine », Jean-Philippe Tanguy a indiqué qu’il espérait convaincre des députés LR de voter pour lui, leur candidate n’ayant quasiment aucune chance de l’emporter.

Pendant plusieurs jours, les socialistes ont milité pour la candidature de l’élue du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault. Députée depuis dix ans, celle-ci présentait un C.V. pour le moins convaincant : membre de la commission des Finances depuis dix ans, secrétaire de cette même commission entre 2017 et 2022 et surtout rapporteur général du budget entre 2014 et 2017. L’ancienne ingénieure est réputée au Palais-Bourbon pour sa rigueur et son sérieux, salués au-delà de son groupe politique.

Finalement on ne peut pas écarter l’hypothèse que le candidat des insoumis soit battu … grâce au vote secret !

Société–IVG dans la Constitution: une priorité en France ?

Société–IVG  dans la Constitution: une priorité en France ?

Il est clair qu’il faut condamner avec force la décision de la Cour suprême des Etats-Unis de révoquer la jurisprudence qui avait ouvert la voie à la légalisation de l’IVG sur l’ensemble du territoire américain. « C’est une décision catastrophique pour les femmes dans le monde », a déclaré la députée des Yvelines, en ajoutant : « Dès aujourd’hui, avec mon groupe, nous allons déposer une proposition de loi constitutionnelle pour inscrire le respect de l’IVG dans notre Constitution ». De son côté, le Haut Conseil à l’Egalité, instance nationale consultative indépendante chargée de la protection des droits des femmes et de la promotion de l’égalité des sexes, a soutenu la démarche et a appelé à « inscrire le droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne », précise Le Monde.

La question se pose cependant de l’opportunité aujourd’hui de précipiter une démarche pour  inscrire le droit à l’IVG dans la constitution. En effet ce droit n’est nullement en cause en France et aucun parti n’en réclame officiellement la modification.

En prenant pour premier objet politique la question de l’IVG, le gouvernement tente sans doute de masquer un peu ses hésitations sur plusieurs problèmes prioritaires notamment le pouvoir d’achat, la santé et la question climatique.

Il se pourrait bien aussi qu’il y ait quelques intentions malveillantes pour mettre en exergue les divisions du Parlement. Peut-être la division entre l’Assemblée nationale et le Sénat mais surtout sans doute la division à l’intérieur même de l’Assemblée nationale récemment élue.

D’une façon générale ,ces intentions proclamées d’inscrire de plus en plus de problématiques dans la constitution, les questions écologiques par exemple, suscite des interrogations sur ce que doit être le contenu et la permanence du texte suprême. En France pour des questions d’opportunisme souvent politique, on ne cesse de triturer la constitution quand dans d’autres pays ce texte fondateur ne bouge pas d’un iota.

Inflation : la spirale Inflationniste ou la spirale de la stagflation

  • Inflation : la spirale Inflationniste ou la spirale de la stagflation  ?

 

Des économistes patentés expliquent les dangers de la spirale salaire prix. Ils oublient cependant le danger de la stagflation. En effet si l’inflation n’est pas suffisamment compensée dans les salaires et plus généralement dans les revenus, c’est la consommation des ménages qui sera atteinte et qui tuera ensuite la croissance. On attendrait des économistes un discours un peu plus équilibré car d’ici quelques mois ils pourraient bien pleurer à propos des conséquences désastreuses de la stagflation. NDLR

  • Pour l’instant, sur France Info, Eric Heyer, économiste, craint une « spirale inflationniste ».
  • « On ne pourra pas aider tout le monde », prévient lundi 27 juin sur franceinfo Eric Heyer, économiste, directeur du département analyse et prévision à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a prévenu sur BFM TV lundi 27 juin que « la cote d’alerte » a été atteinte concernant les finances publiques. Le gouvernement prévoit des aides ciblées pour aider les Français aux petits revenus de faire face à l’inflation. Il doit présenter le 6 juillet en Conseil des ministres sa loi sur le pouvoir d’achat et son budget rectificatif. Le Smic va augmenter automatiquement puisqu’il est indexé sur l’inflation. Mais l’économiste craint une  »spirale inflationniste«  si cette augmentation se diffuse sur tous les salaires.
  •  Ces aides ciblées vont-elles vraiment aider les petits revenus ?
  • Eric Heyer : Bien sûr que ça va aider à compenser une partie des pertes de pouvoir d’achat. Elles sont relativement ciblées sur des ménages les plus modestes, à la fois via des prestations et les APL. C’est la bonne option parce qu’il faut bien avoir en tête, on ne pourra pas aider tout le monde. Bruno Le Maire nous dit qu’on a atteint la cote d’alerte sur les finances publiques, donc il va falloir faire des choix. Il va falloir aussi que les entreprises aident à maintenir le pouvoir d’achat et que certains ménages qui ont surépargné utilisent cette surépargne pour essayer de compenser. Ce qui a bien été indiqué par la dernière note de l’Insee, c’est que cette inflation est complètement inégalitaire, mais pas uniquement en fonction du revenu. Si vous êtes ruraux, vous êtes beaucoup plus pénalisés que si vous êtes urbains. De la même manière, ça dépend de l’âge. Si vous êtes retraité ou âgé, vous êtes plus pénalisé que si vous êtes jeune. Cela dépend aussi de votre fonction. C’est-à-dire que si vous êtes agriculteur, vous êtes bien plus bien plus impacté que si vous êtes cadre. La cible aujourd’hui de ces mesures-là, c’est plutôt vos revenus, alors qu’en fait, vous êtes fragilisé, même si vous avez des revenus un peu plus élevés. Donc, peut-être que le gouvernement devrait faire des mesures plus ciblées en fonction de votre lieu d’habitation, de votre secteur d’activité ou de votre âge.
  • Faut-il augmenter le Smic ?
  • Il y a une augmentation normale du Smic. Le Smic est indexé sur l’inflation. Donc on peut considérer que là, de toute manière, il y aura une augmentation automatique du Smic. On l’attend soit au mois d’août, soit au mois de septembre. Mais on est quasi sûr que d’ici le mois d’octobre, le Smic va être revalorisé de façon automatique dès que l’inflation augmente de 2% par rapport à la dernière hausse. Le problème, c’est que lorsque le Smic est indexé, est-ce qu’il y a une diffusion de cette hausse du Smic sur les autres salaires ? S’il y a une diffusion, on peut craindre effectivement la spirale inflationniste. Il faut bien entendu éviter parce que la banque centrale n’aura pas d’autre choix que d’augmenter très vite les taux d’intérêt et provoquer une récession. On veut à tout prix l’éviter.
  • Le gouvernement peut-il faire pression sur les entreprises ?
  • Il y a des pressions qui ont été formulées par le gouvernement sur un certain nombre de branches. Il va falloir, effectivement, que les branches qui le peuvent, augmentent aussi les salaires, mais sans donner réellement de cible. Il ne faut pas que la spirale s’enclenche, mais il faut quand même qu’il y ait une aide sur les salaires. Pour l’instant, 71% des branches aujourd’hui ont des minima en dessous du Smic.

Crise économique italienne: la faute aussi aux élites

Crise économique italienne: la faute aussi aux élites 

 

Par André Tiran, Professeur émérite de sciences économiques, Université Lumière Lyon 2

 

 

C’est l’une des conséquences du premier relèvement des taux directeurs de la banque centrale européenne (BCE) depuis une décennie, annoncé le 9 juin dernier : le taux obligataire italien à 10 ans a bondi à plus de 4 %, soit environ un point et demi de plus qu’un mois plus tôt. Cette hausse subite a réactivé la peur du « spread », à savoir l’écart des taux auxquels se financent les différents pays de la zone euro qui avait conduit à la crise de 2011. Si bien que la BCE s’est réunie en urgence, le 15 juin, pour annoncer la mise en place d’un « nouvel outil anti-fragmentation », sans donner plus de précision. Cette communication a rassuré les marchés en contribuant à resserrer le « spread », mais le taux obligataire italien restait encore à des niveaux élevés une semaine plus tard (3,70 le lundi 20 juin) illustrant les inquiétudes marchés quant à la solvabilité du pays.

À près de 156 % du PIB, l’endettement public italien est près de deux fois plus lourd que celui de la moyenne des pays de la zone euro. La dette pèse sur l’économie pour trois raisons. La première raison est liée à la politique anticyclique : il devient impossible de recourir à des manœuvres de déficit budgétaire pour stimuler la croissance des revenus. Les deux autres raisons sont structurelles. Un excédent primaire élevé oblige (à dépenses égales) à maintenir un prélèvement fiscal élevé et déprime donc le rendement net du capital investi.

D’autres facteurs entravent la croissance italienne : une économie souterraine qui perdure, de fortes disparités socio-économiques territoriales entre le Nord et le Sud, des mécanismes de décision complexes ou encore l’inefficience de l’État. Comme l’a montré une étude récente comparative de France Stratégie, l’Italie est, avec le Japon, un des pays les moins administrés du monde, autrement dit un des pays où l’emploi public est le plus faible.

Plus largement, une étude de 2014, mise à jour en octobre 2017, signée par deux économistes, Bruno Pellegrino, de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) et Luigi Zingales, de l’université de Chicago, a mis en avant « l’absence de méritocratie comme principale cause du problème de productivité en Italie ». Pour les deux auteurs, la gestion des firmes italiennes repose principalement sur un modèle fondé sur la loyauté plutôt que sur le mérite.

Ici, loyauté signifie clientélisme, copinage et prévalence des arrangements de famille ou de clan (avec une réalité variable du Nord au Sud). Ces 20 dernières années, les entreprises italiennes ont massivement sous-investi : le volume de leur investissement n’a progressé que de 40 % contre 90 % en France et en Allemagne et 150 % en Espagne. La crainte de se développer principalement parce que les actionnaires redoutent de perdre le contrôle de l’entreprise reste très présente dans le pays.

Les grands groupes restent eux protégés par un capital verrouillé, familial et des participations croisées, bénéficiant du soutien direct ou indirect de l’État grâce à la dépense publique et à des dévaluations régulières. En outre, les corporations du pays sont nombreuses, puissantes et courtisées : des chauffeurs de taxi aux contrôleurs aériens, de nombreux secteurs de l’administration publique aux camionneurs, des notaires aux producteurs de lait en passant par les agents immobiliers. Ajoutons-y la recherche de rente dans des secteurs protégés : la construction ou les services publics privatisés (électricité, téléphonie, autoroutes) ; l’évitement de la concurrence globale, sur les marchés internationaux ; le refus de se focaliser sur des secteurs émergents nouveaux et risqués (bio-ingénierie, industrie de l’hydrogène), etc.

La crise de l’économie italienne est donc également une crise des élites italiennes. Autrement dit, la grande difficulté pour sortir l’économie italienne de sa situation réside dans le fait que les cadres organisateurs du pays sont conditionnés par la rente et la loyauté, à l’opposé de l’innovation et du mérite qui favorisent la croissance.

L’économie italienne a d’ailleurs davantage souffert en 2020 que la moyenne des pays de la zone euro (-9 % contre -6 %). Les pertes ont été conséquentes, notamment dans le tourisme (-60 % de touristes étrangers en 2020, revenus passés de 44 à 17 milliards), un secteur qui encore en 2019 représentait le 13 % du PIB italien. La récession a toutefois pu être relativement contenue par la résilience de l’industrie.

L’Italie conserve en effet une base industrielle bien plus importante que celle de la France : la deuxième en Europe après celle de l’Allemagne. La péninsule a ainsi conservé des qualifications et des savoir-faire importants. L’Italie reste un pays d’entreprise, qui peut se targuer de compter de nombreuses sociétés de premier plan dans le monde entier. Mais le système ne fonctionne plus et a un besoin urgent de renouvellement.

Or, l’Italie reste aujourd’hui prisonnière de son déclin démographique. La natalité du pays s’est effondrée avec une population qui est passée sous la barre des 59 millions d’habitants, avec moins de 400 000 naissances par an. Si rien n’est fait, la péninsule perdra entre 5 et 8 millions d’habitants d’ici 2050.

Sur près de 59 millions d’habitants, 10,5 millions ont moins de vingt ans, tandis que près de 20 millions ont 60 ans ou plus. Un peu plus de la moitié de la population seulement (52 %) sera bientôt en âge de travailler, tandis que 32 % aura cessé toute activité. L’âge moyen, en augmentation rapide, est de 45,7 ans (+2,3 ans depuis 2010). L’âge médian – le plus élevé de l’Union européenne – est de 43,1 ans, 23 % des Italiens ayant 65 ans et plus. Ce vieillissement pèsera sur la compétitivité et la soutenabilité des finances publiques.

 

L’un des aspects qui suscitent le plus de préoccupations est le nombre de jeunes de 15 à 29 ans faisant partie de la catégorie NEET (Not in Education, Employment or Training). Ce groupe représente en Italie désormais 2,1 millions de personnes, soit une augmentation de presque 100 000 par rapport à 2019, ce qui équivaut à 23 % de la population de cette tranche d’âge et constitue le pire résultat de tous les pays de l’Union européenne (moyenne UE : 14 %).

Dans ce contexte, l’Italie est la principale bénéficiaire, avec l’Espagne, du plan de relance européen post-Covid Next Generation. Des 807 milliards d’euros mobilisés par l’Union européenne pour les années 2021-2027, plus de 190 sont destinés à l’Italie, dont 65 sous la forme de subventions (le reste sous forme de prêts), soit l’équivalent de près de 11 % du PIB réparti sur sept ans.

Cependant, ces dernières années, les administrations centrales et régionales n’ont pas utilisé tous les fonds européens à disposition pour l’investissement public en raison de la préparation déficiente des projets et de la lenteur de leur exécution. Des centaines de millions d’euros n’ont ainsi pas été mobilisés, en particulier dans le sud de l’Italie, faute de capacité à concevoir et à gérer des projets.

Aujourd’hui encore, l’Italie éprouve des difficultés mêmes à trouver des projets à financer. Le président du Conseil, Mario Draghi, et ses ministres savent que le pays jouera une bonne partie de sa crédibilité en Europe sur la conduite des travaux et le respect des échéances. En outre, ils sont conscients du fait que – à moyen terme – la mise en œuvre rapide et effective des réformes structurelles sera la seule garantie de crédibilité afin d’attirer des investissements étrangers et éviter une envolée des « spread », qui avaient contribué au déclenchement de la crise de la zone euro en 2011.

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Par André Tiran, Professeur émérite de sciences économiques, Université Lumière Lyon 2

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Inflation et la spirale salaire prix

Inflation et la  spirale salaire prix

 

Il y a une dizaine d’années, les dirigeants occidentaux ont ouvert la boîte de Pandore par la mise en place d’une politique économique accommodante, visant initialement à booster la croissance occidentale. L’injection massive d’argent dans les marchés financiers et dans l’économie aura finalement mené à une inflation généralisée, poussant les banques centrales à réagir afin « d’appuyer sur le frein » (Christine Lagarde, 11 mai 2022) afin de tenter de maîtriser ce phénomène économique inquiétant. En mai 2022, le taux d’inflation annuel est estimé à 8,1% en zone euro et 8,3% aux Etats Unis, des niveaux historiquement hauts. Par Martin Pirez, manager chez Square.

La crainte évoquée de la spirale salaire prix est évidemment à prendre en considération car elle peut alimenter encore l’inflation. Mais inversement ne pas augmenter suffisamment les salaires peut tuer la consommation et la croissance ( un phénomène en cours) NDLR

 

Depuis plusieurs mois, chacun constate l’urgence de la lutte contre l’inflation car ses effets sont palpables au quotidien et font la une de tous les médias. Celle-ci impacte autant l’économie réelle, c’est-à-dire le quotidien des ménages et particulièrement ceux ayant un pouvoir d’achat limité, que la sphère financière : depuis le début de 2022, on constate une baisse d’environ 20% du principal indice européen (Eurostoxx 50) et de 22% du principal indice des Etats Unis (S&P 500). La France, qui se trouve dans un contexte électoral tendu, est le théâtre d’un ensemble de propositions des responsables politiques visant à « lutter contre l’inflation » afin de préserver le pouvoir d’achat, principale préoccupation des Français. Pour ce faire, il est en effet important de se pencher sur l’inflation afin de sauvegarder les intérêts du pays, cependant il est important d’éviter certains écueils.

D’abord, il ne faut pas confondre « lutte contre l’inflation » et « lutte contre les effets de l’inflation » au risque d’alimenter celle-ci, voire de provoquer son accélération. Ainsi, la ligne directrice dans ce contexte inflationniste est bien de sauvegarder le pouvoir d’achat sans participer à la hausse des prix. Nous allons voir cependant que certaines propositions politiques peuvent s’avérer plus ou moins efficaces dans ce combat.

En effet, des aides de l’Etat peuvent paraître bénéfiques pour les Français, mais finalement néfastes dans la lutte contre l’inflation. L’indexation des retraites sur l’inflation, la revalorisation des minima sociaux, l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires et plus généralement des hausses de salaire dans le secteur privé reviendront in fine à alimenter la hausse des prix. Bien que difficile à concevoir, de telles mesures auront pour effet d’alimenter la boucle « prix-salaires » : un vieux phénomène économique. Théorisé par l’économiste Alban Phillips, un contexte de plein-emploi entraîne une accélération de l’inflation. En mai 2022, la France compte 7,3% de chômeurs, selon les derniers chiffres de l’Insee, son plus bas niveau depuis 2008 (« Le plein-emploi est à portée de main, le taux de chômage est au plus bas depuis 15 ans, le taux de chômage des jeunes est au plus bas depuis 40 ans et jamais autant de Français n’avaient eu un travail » Première ministre française E. Borne, 23 mai 2022). Dans une telle conjoncture, les entreprises font face à un manque de main d’œuvre, créant un rapport de force favorable aux salariés. Les entreprises sont donc plus enclines à augmenter les salaires. La hausse des salaires alimentant dans un premier temps le pouvoir d’achat, les sociétés peuvent répercuter la hausse des coûts de production dans les prix de vente (« pricing power ») afin de maintenir leur niveau de marge. On comprend ainsi l’écueil d’une telle spirale économique : hausse des salaires pour compenser l’inflation, hausse des prix des entreprises pour payer les salaires s’alimentant et se renforçant mutuellement.

Dans ce contexte de marché de l’emploi très favorable, un nouveau phénomène porté par les Etats Unis est à ajouter dans cette équation, celui de la Grande Démission (« Great Quit »). Cette fuite massive du marché du travail salarié comme suite logique des dérives du modèle capitaliste moderne et de la pandémie est un phénomène ayant déjà touché concrètement les Etats Unis et qui fait son apparition dans les médias en France. En 2021, aux Etats Unis (selon le Bureau of Labor Statistics), un record de plus de 47 millions d’Américains ont volontairement quitté leur emploi, soit presque 30% de la population active, ce qui s’inscrit dans une tendance à long terme depuis plus de dix ans. Un phénomène comparable est observable en France, les chiffres de la Dares (service de statistiques du ministère du Travail) concernant les mouvements de main d’œuvre confirment cette tendance : plus de 2,2 millions de démissions (80%) et ruptures conventionnelles (20%) sur 2021 – niveau le plus important depuis plus de dix ans et qui s’inscrit également dans une tendance de long terme (voir schéma ci-dessous). Ce phénomène vient donc mettre un peu plus de pression sur les employeurs et renforce la position des salariés, les mettant dans une position préférentielle pour prétendre à des hausses de salaire.

Malgré cette conjoncture défavorable pour lutter contre l’inflation, il existe des solutions à mettre en œuvre afin de renforcer le pouvoir d’achat sans entretenir la hausse des prix.

Par exemple, la mobilisation des outils de partage de la valeur avec le versement de primes liées à la performance de l’entreprise (intéressement) et à une quote-part de ses bénéfices (participation) ainsi que la mise en place d’une épargne salariale est une solution vertueuse. Ce dispositif, promu de longue date par Bruno Lemaire (ministre de l’Économie) fait partie des demandes prioritaires aux organisations patronales afin qu’il soit étendu (en particulier auprès des PME et TPE) et rendu obligatoire dès lors qu’une société verse des dividendes. Décrié, le partage de la richesse dans l’entreprise fait pourtant partie des outils pour améliorer le pouvoir d’achat. Il ne s’agit là pas nécessairement d’une hausse de revenus pour les salariés, mais également d’avoir accès à une épargne par le versement de primes liées à la performance de l’entreprise. Les salariés pourront donc bénéficier d’une épargne exonérée d’impôt sur le revenu, à utiliser sous des conditions établies et peu contraignantes (acquisition d’un logement principal par exemple) ce qui participera concrètement à renforcer le pouvoir d’achat, sans alimenter l’inflation au niveau des salaires.

De même, l’aide de l’Etat permettant de limiter les effets de la hausse des prix dans le secteur de l’énergie, le bouclier énergétique, correspond à un abaissement de la taxation par l’Etat sur les factures des ménages. Le contexte géopolitique et logistique transitoire est préjudiciable pour les ménages et pour l’Etat, tandis que producteurs et distributeurs d’énergies voient leurs bénéfices exploser (chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2022 de Engie et Total Energies en hausse respectivement de 51% et 57%). En effet, cette hausse des prix de l’énergie est liée à la spéculation sur les marchés et ne s’accompagne pas d’une variation du coût de production de celle-ci. La société EDF, propriété de l’Etat français à plus de 80% et grand distributeur de dividendes, voit quant à elle son chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2022 augmenter de 62%, ce qui devrait permettre de compenser ce manque à gagner pour l’administration publique. La mise en place de ce bouclier est donc une mesure efficace pour préserver le pouvoir d’achat des Français sans impacter l’inflation.

Enfin, on peut citer une autre mesure qui va rogner sur les recettes de l’Etat français : la baisse des impôts de production. Bénéficiant plus particulièrement aux secteurs exposés à la concurrence internationale comme l’industrie, où les coûts de production ont fortement augmenté (hausse du prix de la matière première), cette mesure est la bienvenue pour permettre aux sociétés de faire face à la conjoncture difficile, renforçant leur marge de manœuvre afin d’éviter des licenciements ou autres effets néfastes pour les travailleurs. Pour aller plus loin, une baisse des charges patronales et salariales serait un moyen très efficace d’augmenter la rémunération nette des salariés sans augmenter le coût du travail et plus généralement les prix. Globalement, dans un pays où le travail est davantage taxé que le capital (30% de taxation pour tous les actionnaires depuis la mise en place du PFU), tous ces types de mesure seraient les bienvenues et participeraient à une certaine justice économique. Cela impliquerait pour l’Etat un manque à gagner, à compenser par une baisse des dépenses publiques ou bien par une plus forte taxation du capital afin de ne pas aggraver le déficit public.

Pour conclure, il est à remarquer que la France paiera prochainement plus cher le refinancement de la dette à cause de la remontée des taux d’intérêts des banques centrales. Le poids de la dette nationale sera donc un autre élément à surveiller et avec lequel il faudra composer dans les prochains mois. En mettant bout à bout ces différents éléments, nous pouvons entrevoir la complexité de la prise de décision pour l’effectif dans ce contexte qui est le nôtre et analyser la pertinence des récentes propositions politiques.

 

La personnalité juridique pour le non humain ?

La personnalité juridique pour le non humain ?

Notre droit n’est pas apte à faire face à la destruction du vivant, affirme la juriste Marine Calmet, qui revient, dans un entretien au « Monde », sur les entités naturelles – fleuve ou parc – reconnues en tant que personnalité juridique.

 

Des droits pour la nature avec reconnaissance de la personnalité juridique sont-ils réellement des avancées concrètes une meilleure harmonie entre le non humain et l’humain ? Un débat qui paraît un peu théorique dans la mesure où ce sont toujours les humains qui plaideront dans un sens ou dans un autre. NDLR

 

 

 

Marine Calmet, avocate de formation, a milité, en Guyane française, contre le projet minier de la Montagne d’or, abandonné en 2019, avant de créer l’ONG Wild Legal, une école et un incubateur pour défendre les droits de la nature. Elle a préfacé la réédition du livre de Christopher Stone, Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ? (Le Passager clandestin, 192 pages, 15 euros).

Le mouvement des droits de la nature suscite un intérêt croissant. Comment l’expliquer ?

Notre droit actuel n’est pas capable de faire face à la destruction du vivant et à la crise climatique. Au contraire, il donne un blanc-seing à de nombreux projets polluants. Beaucoup de nos lois ont été rédigées dans les ministères où les lobbys industriels sont mieux représentés que les fleuves ou les forêts. Notre code minier, par exemple, a été écrit pour faciliter et développer l’exploitation des sous-sols, sans prendre en compte la protection de l’environnement. Face à ce constat, le mouvement des droits de la nature vient nous rappeler qu’il nous faut respecter les lois fondées sur le fonctionnement du vivant, autrement plus vitales que les dogmes de la croissance si nous voulons que nos territoires restent habitables.

Comment est née l’idée de reconnaître la nature comme sujet de droit ?

L’Américain Christopher Stone est le premier juriste, en 1972, à avoir défendu cette idée et démontré faisabilité de celle-ci, dans le cadre d’une affaire opposant l’association de défense de l’environnement Sierra Club à Disney, qui voulait construire un parc de loisirs dans une vallée abritant de majestueux séquoias, la Mineral King Valley. Sierra Club a contesté la destruction des arbres, mais a été déboutée par la justice, qui a considéré que l’association n’était pas légitime, faute de défendre ses intérêts propres.

 

Face à cette lecture restrictive du droit à agir, qui rend impossible une action en justice au nom de la nature, Stone a proposé de donner une personnalité juridique aux entités naturelles, ouvrant ainsi de nouveaux champs de réflexion, juridiques, mais aussi psychosociaux et philosophiques. Il était convaincu qu’une évolution du droit pourrait avoir un impact sur la culture occidentale et corriger notre vision dominatrice de la nature.

Cinquante ans plus tard, comment ces droits de la nature sont-ils mis en œuvre ?

Deux modèles se développent, avec, d’un côté, la reconnaissance générale de droits à l’ensemble de la nature, et, de l’autre, une protection qui s’organise à l’échelle des écosystèmes. L’exemple le plus abouti est sans doute celui de l’Equateur où les citoyens se sont prononcés par référendum en faveur des droits de la Pachamama (la Terre Mère), dans le cadre de la Constitution adoptée en 2008. Les conséquences sont réelles, et de nombreuses jurisprudences s’y réfèrent depuis pour limiter des politiques industrielles. Récemment un juge a refusé de délivrer les permis pour l’implantation de deux mines dans un parc, au motif que l’activité minière n’est pas compatible avec les droits fondamentaux du parc et des espèces qui y habitent.

La philanthropie doit aussi être enseignée à l’école

La philanthropie doit aussi être enseignée à l’école

 

Alors que la crise sanitaire ou la guerre en Ukraine ont heurté les plus jeunes, il y a urgence à développer une citoyenneté éclairée, en cultivant les valeurs liées à l’intérêt général et à l’altruisme, défendent, dans une tribune au « Monde », à l’initiative du collectif L’Ecole de la philanthropie, de nombreux acteurs de la solidarité et enseignants.( Le Monde )

Un appel à prendre en compte les valeurs cardinales de la république comme la fraternité à côté de la liberté et l’égalité. Une fraternité souvent marginalisée. Bref le souhait de voir les regards quitter le Smartphone pour l’autre ! NDLR

 

 

Développer l’empathie, la solidarité et la philanthropie chez les enfants, c’est possible. Et c’est même un impératif ! Parce qu’il faut comprendre quels sont les besoins de l’autre pour donner de façon juste – avec justice et justesse ; l’empathie et la philanthropie sont fondamentalement liées.

Les enfants naissent tous empathiques. C’est une qualité naturelle, présente dès les premiers mois de vie, mais qui demande à être développée. L’empathie, telle qu’on la connaît chez l’adulte, émerge à partir des 6 ans de l’enfant. Elle lui permet de se mettre à la place de l’autre en dépassant une dimension strictement émotionnelle pour apporter une aide adaptée aux besoins d’autrui. Mais cette disposition a besoin d’être soutenue, encouragée, voire cultivée. En effet, pour de multiples raisons, à la fois biologiques, affectives et sociales, à l’approche de l’adolescence, les comportements prosociaux diminuent drastiquement.

Aussi, dès le plus jeune âge, là où se posent les fondamentaux et où se joue la lutte contre les inégalités, l’éducation à l’empathie et à la philanthropie doit trouver toute sa place à l’école. Elle a pour vocation de sensibiliser les enfants à l’empathie, à l’altruisme et aux grands enjeux de notre monde, ainsi que de susciter chez eux un engagement citoyen en faveur de l’intérêt général.

Par la mise en œuvre de projets solidaires, elle permet de révéler le potentiel de chacun en prenant en compte toutes les dimensions de la personne : intellectuelles, psycho-émotionnelles, culturelles… En donnant également aux enfants – et notamment aux plus fragiles – l’opportunité de trouver leur place à l’école et de développer une nouvelle appétence pour apprendre, elle contribue à la lutte contre le décrochage scolaire.

S’appuyer sur l’éducation à et par la philanthropie, c’est aussi défendre une certaine vision de la citoyenneté et un projet de société. Encourager l’exercice de la solidarité et de la générosité au service de l’intérêt général, c’est combattre le repli sur soi et le communautarisme, réduire les fractures sociales en apprenant aux enfants à tisser des liens altruistes et solidaires pour mieux vivre ensemble.

L’école, loin d’être le sanctuaire que l’on a souvent idéalisé, est éminemment perméable aux enjeux de notre société. Face à la pandémie de Covid-19, la communauté éducative a été mise à rude épreuve. Mais, dès le début de la crise sanitaire, elle a su se mobiliser en faveur des hôpitaux, des Ehpad, des plus démunis… Les enfants ont dû faire face aux défis causés par la distanciation physique et l’isolement social. Leur regard sur le monde, sur les autres, a été bousculé.

Un autre rapport au travail de la nouvelle génération ?

 Un autre rapport  au travail de la nouvelle génération ?

Les appels à la désertion se multiplient, mais les étudiants continuent majoritairement de choisir les mêmes carrières que leurs aînés, soutient le chercheur associé à l’ESCP Tristan Dupas-Amory.

 

 

Si des cérémonies de remise de diplôme se sont muées en tribunes politiques, une majorité des jeunes continuent de choisir les mêmes carrières que leurs aînés, observe Tristan Dupas-Amory, chercheur associé à l’ESCP, où il prépare une thèse sur les carrières des jeunes diplômés.

Au-delà des « appels à la désertion » dans les grandes écoles, vous soulignez que la majorité des jeunes sortis de ces établissements mènent des carrières classiques. Quelle est la véritable portée de ce phénomène ?

Je suis surpris par la portée accordée aux appels à la désertion prononcés lors des remises de diplômes. Il y a quelques coups d’éclat – admirables –, mais combien de jeunes ont changé de trajectoire après une telle intervention ? En juin 2016, déjà, à HEC, Emmanuel Faber, alors PDG de Danone, priait les futurs diplômés de « rendre le monde meilleur ». Les bifurcations affichées par une poignée d’étudiants lors des remises de diplômes ne doivent pas occulter un phénomène bien plus massif : loin des réorientations spectaculaires, la majorité des étudiants continuent de choisir les mêmes carrières que leurs aînés. C’est ce que j’appelle la grande rétention.

Par exemple, plus d’un tiers des diplômés 2021 des grandes écoles se sont dirigés vers le conseil ou les services financiers, d’après la dernière enquête d’insertion de la Conférence des grandes écoles. Plus discrets, plus conventionnels, moins enthousiastes peut-être, ces choix n’en méritent pas moins toute notre attention. Non pas pour les stigmatiser, mais pour comprendre ce qui conduit ces jeunes à cet éventail assez étroit d’options professionnelles.

Ces perspectives sont aussi celles qu’on leur propose dans les écoles…

Les étudiants qui arrivent dans une grande école connaissent mal tous le panel de métiers qui s’offrent à eux. Ils choisissent majoritairement les voies empruntées par les promotions qui les précèdent, venant grossir les rangs des professions historiquement les plus présentes dans les établissements. Ils sont aussi poussés à embrasser une carrière considérée à la hauteur de leur diplôme. On peut citer le cas du conseil : si ce secteur continue à autant attirer les jeunes diplômés, c’est qu’il est sélectif et réputé.

Qu’est-ce que ces « appels à la désertion » racontent du rapport au travail de cette fraction de la jeunesse ?

Ils contribuent à libérer la parole et poussent les grandes écoles à se mobiliser, notamment pour intégrer les problématiques liées à la transition écologique dans les cursus. Finalement, la grande démission comme la grande rétention sont les deux faces d’une même pièce, celle du rapport au travail de cette nouvelle génération. Les jeunes réclament une raison d’être. En cours, ils posent beaucoup de questions sur le sens et l’impact de leurs actions. Il faut les aider à concilier leur engagement avec leur future profession… Sans forcément partir sur un changement de vie radical.

Une grande partie des étudiants ne se projette pas dans les désertions spectaculaires, ils ne se voient pas troquer leur avenir de cadre pour de l’artisanat, une vie à la ville pour la campagne. Mais ils peuvent opter pour des reconversions plus douces, en passant, par exemple, du conseil pour l’industrie au conseil en transition écologique. Ou quitter une banque traditionnelle pour une entreprise qui œuvre dans la finance verte.

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