Archive pour la Catégorie 'nouvelles technologies'

Pour un Grenelle du numérique ?

Pour  un Grenelle du numérique ? 

Evidemment la question n’est pas de la même ampleur que le statut de nos soignants, celui de nos enseignants ou de nos policiers, mais un gouvernement, quel qu’il soit prendra la mesure de la nécessité de réfléchir sur les grandes questions posées par le numérique : responsabilité des acteurs, droit ou non de censure des réseaux sociaux, neutralité, fiscalité et taxation des géants du numérique, usage des réseaux sociaux par les mineurs, caractère international du réseau ou souveraineté numériqu par Eric Barbry, avocat associé – Equipe IP IT & Data Racine avocats dans l’Opinion. 

A la place, les gouvernements successifs se contentent d’une approche de « bouche-trou » et « petits pas » qui rend le droit du numérique de plus en plus compliqué pour les victimes de contenus illicites.

La dernière novation juridique est intégrée dans la loi confortant le respect des principes de la République qui prévoit un chapitre IV intitulé « dispositions relatives contre les discours de haine et les contenus illicites en ligne ». Les étudiants de première année de droit constitutionnel trouveront ici un exemple type d’un « cavalier législatif » qui est symptomatique du droit du numérique.

Le texte propose deux novations.

Dorénavant le fait de révéler, diffuser ou transmettre, par quelque moyen que ce soit, des informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle d’une personne permettant de l’identifier ou de la localiser, dans le but de l’exposer, elle ou les membres de sa famille, à un risque immédiat d’atteinte à la vie ou à l’intégrité physique ou psychique, ou aux biens, est puni de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Lorsque ces faits seront commis au préjudice d’une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, les peines sont portées à cinq ans et 75 000 euros.

Arsenal répressif. Cet ajout à notre arsenal répressif fait suite à la très triste affaire Paty. L’objectif est louable mais la solution est-elle la bonne ? Ne fallait-il pas simplement aggraver les peines pour l’infraction de mise en danger de la vie d’autrui si pour cette mise en danger il est fait usage des services de communication électroniques. Le spectre aurait été plus large.

Le projet se propose de modifier la loi pour la confiance dans l’économie numérique pour la énième fois. Après la censure cinglante du projet de loi Avia, voici que la « haine en ligne » est de retour.

Le texte est d’une complexité folle et sans doute inapplicable. Qu’attendent les victimes ou les associations qui les représentent ? Des actions immédiates pour faire supprimer des contenus illicites.

Que propose le texte ? Un parcours du combattant. Attendre une décision exécutoire, pour pourvoir saisir une autorité administrative, qui elle-même saisira les fournisseurs d’accès, les moteurs de recherche, annuaire ou service de référencement et, si cela ne marche pas, alors il sera possible de saisir le juge !

Le pouvoir politique doit repenser le cadre juridique de la responsabilité des acteurs du numérique qui date de plus de dix-sept ans ! Les acteurs du numérique doivent prendre leur part de responsabilité pour un Internet plus sûr et mettre un terme à une position ambiguë entre censure de Trump et neutralité du Net. Les juges enfin ont toute leur place dans ce dispositif. Il existe des procédures simples (requête notamment) qui leur permettent de contribuer à faire supprimer des contenus et identifier les voyous du Net. Or beaucoup encore résistent à faire droit à des demandes parfaitement justifiées renvoyant la victime à un contentieux de fond alors que beaucoup ne disposent pas des moyens et encore moins le temps d’attendre !

Eric Barbry est avocat associé – Equipe IP IT & Data Racine avocats.

Semi-conducteurs : un enjeu d’indépendance économique

 Semi-conducteurs : un enjeu d’indépendance économique

 

 

 

.Par Clément Rossi, directeur de la Stratégie, des Partenariats et des Relations extérieures du Forum International de la Cybersécurité (FIC) dans la Tribune.

Quel est le point commun entre un avion de combat, un smartphone, une trottinette électrique et un data-center ? La pénurie de composants électroniques ! Elle révèle en effet la forte dépendance des industries européennes en matière de semi-conducteurs. Cette dépendance matérielle, résultat de la stratégie du « fabless », qui a longtemps prévalu aux États-Unis et en Europe, devient désormais un risque stratégique (et systémique) majeur dans le contexte actuel de guerre technologique et commerciale que se livre la Chine et les États-Unis.

Les Etats-Unis cherchent à bloquer la Chine

Pour conserver un avantage compétitif sur les technologies numériques, en particulier sur la 5G, les États-Unis cherchent en effet à bloquer la Chine, quitte à bousculer la filière des semi-conducteurs, où Taïwan domine largement le segment « fonderie » avec 75,7% du marché mondial, et surtout une large avance sur la production de circuits de taille inférieurs à 7 nanomètres.

Le principal producteur taïwanais, TSMC, a ainsi été soumis à de fortes pressions pour interrompre ses relations commerciales avec la Chine et implanter une partie de sa production sur le territoire américain. Dans le même temps, les États-Unis ont placé SMIC, principal producteur chinois de puces électroniques, sur la liste noire d’exportation, limitant l’accès de l’entreprise aux composants embarquant des technologies américaines, qu’ils soient ou non produits sur le territoire américain.

Lourdes conséquences pour l’Europe

Cette stratégie de coercition américaine a de nombreux effets de bord. A court terme, elle amplifie le choc sur la filière semi-conducteur, déjà soumise à rude épreuve avec la pandémie. Au plan géopolitique, elle aiguise l’appétit de l’ogre chinois envers Taïwan. Au plan industriel, enfin, elle pousse la Chine à s’autonomiser en matière de semi-conducteurs et à combler son retard technologique en renforçant ses propres capacités. Dans le cadre de son plan « Made in China 2025″, le pays redouble ainsi d’efforts pour réduire sa dépendance : il investit massivement dans le secteur et débauche à tour de bras des ingénieurs spécialisés en Corée du Sud et à Taïwan. Objectif : produire en 2025 70% des puces dont elle a besoin pour son industrie. 

Mais cette stratégie a aussi de lourdes conséquences pour l’Europe. Alors que la Chine et les États-Unis vont redévelopper des capacités de fonderie, l’Europe pourrait-elle rester en dehors du jeu au moment où l’intelligence artificielle, le calcul haute performance, la 5G et les objets connectés vont faire exploser la demande de semi-conducteurs (le marché devrait progresser de 8,4% en 2021) ?

Des industries de pointe en Europe

Certes, l’Europe dispose d’entreprises à la pointe dans le domaine, qu’il s’agisse du franco-italien STMicroelectronics ou bien encore du hollandais ASLV, spécialiste de la lithographie EUV (ultraviolet) permettant de fabriquer des composants de très petite taille. L’américain Globalfoundries dispose quant à lui d’une vaste usine dans la « silicon Saxony » allemande. Mais la filière reste largement dépendante de Taïwan et de Corée du Sud en termes d’approvisionnement.

Certaines de ses pépites comme l’Allemand Siltronic (racheté par le Taïwanais Global Wafers fin 2020), les Britannique Dialog Semiconductor (racheté par Renesas début 2021) et ARM (dont le rachat par l’Américain Nvidia est encore en débat) sont par ailleurs l’objet de toutes les convoitises.

Soutien à l’industrie européenne des semi-conducteurs

Pour réduire cette dépendance stratégique et profiter de l’explosion attendue du marché, l’Europe doit donc adopter rapidement des mesures volontaristes combinant diversification des approvisionnements, aide à l’installation d’industriels étrangers sur son territoire, soutien au développement de la filière locale et contrôle des investissements étrangers. Sur le front de la diversification, des alternatives aux fournisseurs taïwanais existent en Asie du Sud-Est (Malaisie et Corée du Sud) ou aux États-Unis, en particulier sur les produits finis que sont les circuits programmables (FGPA). La réglementation ITAR, qui permet aux États-Unis de bloquer les exportations de produits intégrant des technologies américaines, reste cependant un obstacle majeur, en particulier en matière de défense.

Consciente des enjeux, l’Union européenne s’est engagée en décembre 2020, dans le cadre du plan de relance, à soutenir l’industrie européenne des semi-conducteurs. Objectif : produire à terme au moins 20% des circuits intégrés dans le monde. Un plan d’investissement ambitieux, qui pourrait atteindre 30 milliards d’euros, devrait ainsi être annoncé d’ici la fin du premier trimestre 2021. « Sans une capacité européenne autonome en matière de microélectronique, il n’y aura pas de souveraineté numérique européenne », soulignait Thierry Breton, commissaire européen. Une autonomie qui passera clairement par un rééquilibrage de notre dépendance et le renforcement de nos partenariats, tant avec les États-Unis qu’avec la Chine, compte tenu des investissements nécessaires. A eux seuls TSMC et Samsung prévoient d’investir respectivement 21 et 26 milliards d’euros dans les semi-conducteurs en 2021. « Le guerrier victorieux remporte la bataille, puis part en guerre. Le guerrier vaincu part en guerre, puis cherche à remporter la bataille » (Sun Tzu).

Plaidoyer pour un e-commerce plus écologique

Plaidoyer pour un e-commerce plus écologique

Marc Lolivier, délégué de la Fevad, dans une tribune aux « Echos » que le choix à faire est d’acheter responsable. Peu importe le canal.

La crise sanitaire et ses conséquences économiques ont provoqué des bouleversements profonds. L’e-commerce en est une vibrante illustration, apportant une réponse, autant aux consommateurs qu’aux entreprises, mais suscitant parfois des a priori et des raccourcis, souvent fallacieux. Certains dénoncent par exemple un bilan carbone prétendument désastreux en oubliant que sur 10 personnes livrées en France, 7 d’entre elles déclarent qu’elles auraient pris un véhicule motorisé si elles avaient dû se rendre en magasin ! Pour autant, l’heure est au changement de nos habitudes. Saisissons l’opportunité que présente la vente en ligne afin de créer un modèle français d’e-commerce plus écologique et responsable.

Cette (r)évolution est l’affaire de tous : des entreprises, en renforçant les initiatives responsables en matière de production et de logistique ; des pouvoirs publics, en soutenant le secteur du commerce ; et de chacun d’entre nous en participant à la prise de conscience collective.

Notons qu’Anne-Marie Idrac, ancienne ministre et chargé d’une mission à propos des critères RSE du commerce via les plates-formes numériques.

Numérique : L’Inde, futur grand mondial

Numérique : L’Inde, futur grand mondial

Ancien cadre supérieur dans une entreprise française de high-tech en Inde, Antoine Imbert rappelle, dans une tribune au « Monde », que l’Inde est, en 2021, à côté des Etats-Unis et de la Chine, un autre géant ignoré du numérique.

Tribune.

 

Ils sont trois et règnent sur une capitalisation boursière supérieure à celle du PIB de leur pays d’origine. Satya Nadella (Microsoft), Sundar Pichai (Alphabet) et Arvind Krishna (IBM) dirigent des entreprises dont la valeur cumulée dépasse les 3 000 milliards d’euros. Formés en Inde puis aux Etats-Unis, ayant gravi un à un les échelons de leurs entreprises, ils témoignent à leur manière de la formidable ascension numérique débutée il y a une vingtaine d’années par l’Inde et ses ingénieurs.

A cette époque, la peur du « bug de l’an 2000 » nécessite la mise à jour de millions de lignes de codes pour éviter des perturbations dans les systèmes bancaires, de transport ou d’énergie. Le temps est compté et les ressources insuffisantes : l’Inde s’impose alors comme un partenaire incontournable, disposant des milliers d’informaticiens qualifiés et anglophones alors nécessaires. L’an 2000 passera finalement sans encombre, et les ingénieurs en question démarrent leur ascension.

Alors que les regards sont tournés vers la Silicon Valley, l’Inde affirme sa spécificité comme véritable « usine logicielle » du monde, développant et maintenant les systèmes informatiques qui sous-tendent l’économie mondiale. Les services informatiques ont été le fer de lance de cette transformation, démarrée sous le sceau de la sous-traitance, et qui a vu le secteur passer de 0 % à 8 % du PIB indien en 2020.

Pourtant, dans le monde numérique, l’Inde demeure assez largement dans l’ombre, éclipsée par la puissance américaine et l’ascension chinoise. Les entreprises françaises et européennes, à quelques exceptions près, comprennent mal ce marché et tardent à l’investir. A tort, car la puissance numérique indienne s’articule désormais autour d’un vivier de talents unique au monde de 4,5 millions de développeurs, de multinationales, de centres de recherche et d’un écosystème important de start-up.

Longtemps attirés par les Etats-Unis, les jeunes surdoués issus des Indian Institutes of Technology sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à créer leur entreprise en Inde et à vouloir contribuer directement au développement du pays. Surtout, le marché intérieur est en pleine expansion. Comme toujours avec l’Inde, les chiffres donnent le tournis : avec 600 millions d’utilisateurs Internet disposant du réseau mobile le moins cher du monde, la numérisation touche une très large part de la population et transforme à grande vitesse les usages, dans les paiements mobiles par exemple.

Tech: trop de gaspillage dans les entreprises

Tech: trop de gaspillage dans les entreprises

(un article du Wall Street Journal)

Les entreprises dépensent énormément d’argent dans les technologies. Et elles en gaspillent aussi beaucoup.

Les explications à ce phénomène sont multiples. Parfois, elles sont à l’affût de la dernière nouveauté à la mode. Dans d’autres cas, elles ne comprennent pas bien ce que recherchent les consommateurs. Ou bien encore, elles conçoivent de nouveaux produits au lieu de se contenter d’en acheter sur le marché.

Quelle qu’en soit la cause, la probabilité de commettre des erreurs en matière d’investissement est plus importante que jamais : la pandémie a poussé les entreprises à se précipiter encore davantage à la recherche de nouveaux outils, notamment pour répondre aux besoins de personnes travaillant de plus en plus fréquemment à domicile. Les dépenses mondiales dans le domaine de l’informatique devraient ainsi atteindre 3 900 milliards de dollars cette année, soit une hausse de 6 % par rapport à 2020, selon le cabinet d’études Gartner.

« Le prix des services de base dans le cloud continue de baisser. Si vous y êtes déployé, vous pouvez en tirer profit, mais cela ne se fait pas toujours automatiquement »

« Avec la Covid, chacun constate l’accélération de la transition vers le numérique, mais très peu de structures cherchent à savoir qu’elles en sont les retombées sur leurs activités, explique James Anderson, vice-président de la recherche chez Gartner. Comment les entreprises gaspillent-elles leur argent ? Elles n’utilisent pas d’indicateurs de performance pour orienter leurs investissements, et font ce que les gens leur disent de faire. »

Le Wall Street Journal a interrogé des dirigeants de la tech et des entrepreneurs sur les erreurs les plus grosses et les plus coûteuses que commettent les entreprises dans ce domaine. Voici quelques-unes de leurs réponses.

Des dépenses trop élevées dans le cloud

Tout le monde connaît les avantages du cloud — des infrastructures et des coûts de stockage moins élevés, par exemple — et cette technologie ne cesse de s’améliorer.

Mais beaucoup d’entreprises finissent par dépenser beaucoup trop pour migrer sur le Web, car elles ne se rendent pas compte de ce que ce changement implique. Selon l’analyste Ed Anderson de chez Gartner, les sociétés qui n’ont pas de stratégie pour suivre et contrôler leurs coûts relatifs au cloud déboursent en moyenne 40 % de plus que nécessaire.

« Le prix des services de base dans le cloud continue de baisser. Si vous y êtes déployé, vous pouvez en tirer profit, mais cela ne se fait pas toujours automatiquement », avertit Brian Tosch, consultant principal de Tech DNA, une société de conseil en technologie basée à Seattle.

Souvent, les problèmes sont dus à une mauvaise planification. Beaucoup d’entreprises se contentent de transférer l’ensemble de leurs logiciels — afin qu’ils puissent fonctionner dans le cloud plutôt que sur les serveurs de l’entreprise — sans les modifier. Michael Kauffman, directeur et responsable juridique de Tech DNA, qualifie ce genre de migration de « lift and shift »(copier-coller).

Mais le problème est que si le logiciel n’est pas adapté, il risque de fonctionner en permanence et de consommer des ressources inutiles dans le cloud, ce qui engendre des coûts d’utilisation élevés.

Cette situation est susceptible de se produire avec de nombreuses applications, notamment le courrier électronique et les systèmes de communication, poursuit M. Anderson. La plupart d’entre elles sont conçues de manière à ce que vous « lanciez l’application et la laissiez s’exécuter. Ce schéma n’est pas nécessaire dans [le] cloud, car les ressources peuvent être allouées en temps réel lorsqu’une application en a besoin. »

Dans d’autres cas, les entreprises ne réalisent pas que la manière dont elles stockent leurs données en ligne leur coûte trop cher, sans que cela ait la moindre utilité. Un problème qui pourrait être résolu par de simples ajustements.

Cirrus Data, qui aide les grandes entreprises dans leurs projets de migration vers le cloud et de stockage de données, avait un client qui sous-estimait le travail nécessaire pour passer sur le cloud et n’avait pas adapté ses applications afin de profiter des économies potentielles offertes par cette transition, explique son directeur général Wayne Lam.

Résultat : le client a dû régler des factures liées à ses services en cloud 200 % plus élevées que prévu.

Enfin, les entreprises transfèrent parfois des logiciels dans le cloud alors qu’il serait préférable de les faire tourner sur leurs propres serveurs. Par exemple, faire fonctionner des logiciels nécessitant une puissance de calcul élevée, comme les outils de traitement vidéo, se révèle parfois moins coûteux ailleurs que sur le cloud.

Une mauvaise compréhension du client

Il arrive que les entreprises choisissent une technologie en fonction de ce que les clients semblent vouloir, sans se rendre compte qu’elles se basent sur de fausses hypothèses.

Prenons le cas de Harry Rosen, une chaîne de 17 magasins de vêtements de luxe pour hommes basée à Toronto. En 2018, elle a réalisé une enquête auprès de ses clients, leur demandant s’ils utiliseraient PayPal dans le cas où la société le proposerait sur son site. Un nombre important d’entre eux a répondu par l’affirmative. L’entreprise a donc engagé un intégrateur de systèmes afin d’ajouter PayPal sur sa plateforme de commerce électronique, pour un coût de 80 000 dollars.

« Nous avons travaillé avec des entreprises où l’obstination à construire plutôt qu’à acheter est un facteur très important, [et] où il existe un grand penchant pour cette option. Vous finissez par fournir un énorme travail pour faire quelque chose qui, en étant honnête, existe déjà à un coût abordable dans le commerce, voire même gratuitement en open source. »

Mais seule une petite partie des achats en ligne de l’entreprise a ensuite été réglée via PayPal — à peine 10 % à la fin de 2018. Le problème était que payer par ce biais nécessitait de passer par plusieurs étapes. Les clients devaient cliquer sur « acheter », puis remplir leurs informations de paiement sur la plateforme PayPal, avant de retourner sur le site de Harry Rosen pour finaliser la transaction.

Rétrospectivement, reconnaît Ian Rosen, vice-président exécutif de Harry Rosen en charge du numérique et de la stratégie, l’entreprise aurait dû interroger les clients en posant une question plus générale : quel type de moyen de paiement répond le mieux à vos besoins ? L’entreprise se serait alors rendu compte que les clients souhaitaient globalement une méthode de paiement simplifiée, mais pas nécessairement PayPal.

M. Rosen indique que l’entreprise est en train de déployer une nouvelle plateforme de e-commerce avec une technologie de paiement qui permettra de pouvoir choisir entre plusieurs modes de règlement en un seul clic.

PayPal est « une solution fantastique » si vous optimisez vos systèmes pour qu’ils correspondent à ses points forts, précise M. Rosen, mais « lorsque vous essayez de l’intégrer de force à un autre processus, vous risquez de vous priver de certains de ses principaux avantages. »

Un porte-parole de PayPal explique que l’entreprise ne commente pas les cas particuliers, tout en précisant : « Nous travaillons avec nos nombreux partenaires pour offrir toutes les options et permettre aux entreprises d’intégrer nos solutions en fonction de leurs préférences. »

Le penchant pour les logiciels maison

La création ex nihilo d’outils comme un site web ou une application peut coûter des centaines de milliers de dollars, rappelle Oliver Dore, partenaire tech chez Work & Co, une entreprise new-yorkaise qui travaille avec les marques pour mettre en place des technologies centrées sur l’expérience client.

Alors, pourquoi tant de sociétés développent-elles en interne des logiciels au lieu de les acheter clés en mains ? Parfois, c’est une question de politique d’entreprise.

Dans celles qui ont de fortes capacités technologiques, les équipes travaillant dans ce domaine peuvent pousser à développer de nouveaux outils ou services en interne au lieu de les acheter, explique M. Dore.

« Nous avons travaillé avec des entreprises où l’obstination à construire plutôt qu’à acheter est un facteur très important, [et] où il existe un grand penchant pour cette option, dit-il. Vous finissez par fournir un énorme travail pour faire quelque chose qui, en étant honnête, existe déjà à un coût abordable dans le commerce, voire même gratuitement en open source. »

Par exemple, le groupe Authentic Brands, une société basée à New York qui possède Forever 21, Brooks Brothers, Lucky Brand et d’autres enseignes, avait l’habitude d’utiliser des outils fortement personnalisés. Même si leurs systèmes n’avaient pas été développés en interne de A à Z, ils les avaient tellement customisés qu’ils nécessitaient une étroite et lourde surveillance afin de gérer le flux de travail. Mais pendant la pandémie, l’entreprise a dû faciliter la transition vers le télétravail, ce qui l’a amenée à se tourner vers des logiciels très répandus sur le marché comme Dropbox et Trello.

Comme ces produits disposent d’équipes de maintenance, l’entreprise a pu diminuer le nombre d’employés nécessaires pour assurer l’exécution de ses tâches, explique Adam Kronengold, directeur numérique d’Authentic Brands.

« Nous avons compris que nos activités complexes ne nécessitaient pas d’outils très sophistiqués, et que la solution la plus adaptée pour notre entreprise était de modifier nos propres procédés internes tout en adoptant des technologies standards », souligne M. Kronengold.

Il est certain, selon M. Dore, que dans certains cas, tout construire à partir de rien peut permettre d’économiser de l’argent à terme. Cette considération prend tout son sens lorsque les coûts de licence des outils disponibles sur le marché sont élevés, quand les fonctionnalités qui y sont intégrées offrent des services qui ne sont pas nécessaires ou présentent peu d’intérêt, et que le coût d’intégration d’un service externe à la panoplie des outils existants dans l’entreprise est prohibitif.

Une mauvaise communication interne

Lorsque des problèmes techniques surgissent et entraînent un gaspillage d’argent pour l’entreprise, la cause en est parfois les désaccords entre services.

C’est ce qui s’est passé chez LuckyTruck, un courtier d’assurance numérique basé à Cincinnati qui permet aux transporteurs de souscrire des assurances en ligne. Début 2020, la société a construit un outil web pour remplir automatiquement les informations des dossiers d’assurance en faisant du « scrapping » (technique d’extraction de contenus) depuis des bases de données en ligne accessibles au public. Cet outil devait réduire le temps nécessaire pour remplir une demande de près d’une heure, explique Haseeb Khizar, responsable de la technologie chez LuckyTruck.

Mais, peu après son lancement, la société a constaté que si cet outil permettait de recueillir des informations, celles-ci ne pouvaient pas être transférées sur le site de la société. Les membres de l’équipe technique ont été chargés de résoudre le problème, qui, peu de temps après, semblait résolu.

Quelques mois plus tard, M. Khizar a remarqué quelque chose d’inhabituel : l’entreprise utilisait deux « scrapers » en même temps.

Que s’était-il passé ? Des problèmes de communication.

Selon M. Khizar, l’équipe technique avait expliqué que trois à quatre semaines seraient nécessaires afin de trouver une solution pour le « scraper » originel. Un délai qui a exercé sur elle une forte pression. L’équipe a donc préféré bâtir un deuxième « scraper », en environ deux fois moins de temps.

Mais elle n’a jamais parlé de ce deuxième outil, si bien que le premier scraper a été maintenu en ligne. L’entreprise payait 1,80 dollar de l’heure pour le faire fonctionner, ce qui lui a coûté environ 7 800 dollars sur six mois.

Le manque de communication, et peut-être une hésitation à communiquer sur un échec, peut expliquer pourquoi le problème a mis si longtemps à être résolu, note M. Khizar.

« Cela a pu se produire parce qu’ils éprouvaient un sentiment de gêne, ou autre chose, dit-il. Mais nous n’avons jamais eu pour habitude de jeter l’opprobre sur nos collaborateurs à cause de leurs erreurs. »

Dans certains cas, les entreprises gaspillent de l’argent parce qu’elles ne peuvent pas suivre chaque nouvelle tendance. Elles finissent donc par rester coincées par une technologie dépassée qui n’est plus rentable.

Vivek Kundra, directeur général de Sprinklr, une société de logiciels basée à New York et spécialisée dans l’expérience client, a vu cette tendance se manifester au cours de ses premières années comme directeur des systèmes d’information au sein de l’administration Obama. A l’époque, de nombreuses structures se tournaient déjà vers le cloud, mais l’argent gouvernemental était orienté vers la croissance de ses propres data centers.

« Une des choses que j’avais remarquée est que le gouvernement était passé de 400 data centers en 1998 à plus de 5 000 en 2009, alors que leur taux d’utilisation moyen était inférieur à 27%, se souvient M. Kundra. L’un des plus gros problèmes avec la technologie est que les dirigeants continuent à jeter de l’argent par les fenêtres de cette façon. »

Selon M. Kundra, la planification et le suivi sont des éléments importants pour garantir qu’une solution technologique répondra aux besoins de l’activité.

« Les entreprises doivent s’assurer qu’elles comprennent bien quels sont concrètement leurs propres objectifs avant de procéder à la mise en œuvre d’un logiciel, ajoute-t-il. Elles doivent travailler avec le fournisseur pour déterminer comment la technologie va les aider à remplir leurs objectifs. »

Innovation de rupture: l’urgence d’une agence ?

Innovation de rupture: l’urgence d’une agence ?

La pandémie et l’absence de vaccin français l’ont rappelé : la recherche et l’innovation sont indispensables à la compétitivité des Etats, à la protection sanitaire, aux transitions énergétiques ou à la conservation des écosystèmes, explique, dans sa chronique, le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel.

 

Le Royaume-Uni a annoncé la création d’une agence nationale pour l’innovation de rupture. Inspirée de l’Agence américaine de recherche pour la défense (DARPA), cette agence devrait se caractériser par une grande liberté d’action au service de projets très risqués et à fort enjeu sociétal.

Un rapport parlementaire (« A New UK Research Funding Agency », HC 778, février 2021) soutient cette initiative mais analyse aussi les questions soulevées par ce projet. Au-delà du contexte britannique, le débat a le mérite d’interroger les différents modèles d’organisation de l’innovation et de la recherche, ainsi que les connaissances disponibles dans ce domaine.

La pandémie actuelle et l’absence de vaccin français l’ont rappelé avec force : la recherche et l’innovation sont également indispensables à la compétitivité des Etats, à la protection sanitaire, aux transitions énergétiques ou à la conservation des écosystèmes. Ruse de la raison ? Plus nous affirmons de nouvelles valeurs ou de nouveaux idéaux – seraient-ils technophobes ou frugaux – et plus nous appelons à la recherche et à l’exploration de concepts novateurs.

Partout les budgets de la recherche sont invités à croître, tandis que des alertes répétées sur la place des pays asiatiques dans la recherche mondiale inquiètent l’Europe et les Etats-Unis. Mais comme en témoigne le débat public anglais, l’effort financier nécessaire s’accompagne aussi de controverses sur la bonne gestion des institutions de recherche et d’innovation.

 

On y retrouve les reproches adressés aux institutions classiques de la recherche : manque d’audace, rejet des projets risqués, faible interdisciplinarité, lourdeurs des procédures d’évaluation. Mais l’enquête anglaise remarque aussi que cet esprit conservateur se retrouve autant dans les organismes traditionnels (de type « science push), fondés sur la seule qualité scientifique et le jugement par les pairs, que dans ceux qui doivent financer des innovations tournées vers le marché. 

Dans le premier cas, la recherche « disruptive » serait freinée par le corporatisme académique et la pression sur les publications ; dans le second cas, elle se heurterait au court-termisme des industriels. D’où l’idée d’un nouveau type d’organisme qui serait autorisé à prendre des risques scientifiques élevés et qui serait doté d’une totale autonomie de gestion et d’orientation.

Ce point de vue est contesté par certains experts qui craignent qu’un tel organisme ne retombe rapidement dans les travers dénoncés et complexifie la politique scientifique. Mais le gouvernement et le Parlement soutiennent qu’une telle structure, hors normes, est vitale pour le pays.

Plan européen pour les semi-conducteurs

Plan européen pour les semi-conducteurs

 

La France est pratiquement complètement dépendante de l’étranger en particulier de la Chine et des États-Unis. Plus largement l’Europe également. Du coup, la présidente de la commission lance un plan de développement des semi-conducteurs en Europe. L’Union européenne ambitionne de produire 20% des semi-conducteurs dans le monde, soit un doublement de sa part actuelle, mais aussi de fabriquer son premier ordinateur quantique d’ici à 2030, selon une feuille de route publiée aujourd’hui.

Le plan vise à renforcer la puissance de l’Europe dans le numérique et à assurer sa souveraineté technologique face à la Chine et aux Etats-Unis.

« La production de semi-conducteurs de pointe et durables en Europe, notamment les processeurs, devrait représenter au moins 20% de la production mondiale en valeur, soit le double de la part de 10% atteinte en 2020″, affirme le document présenté par la vice-présidente de la Commission européenne Margrethe Vestager et le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton.

L’UE veut disposer à la fin de la décennie de 20 millions de spécialistes des technologies de l’information, contre 7,8 millions en 2019. Au moins 80% de la population adulte devra en outre avoir des compétences numériques de base. Environ 150 millions d’euros seront consacrés sur trois ans ou semi-conducteurs

Fibre optique : 10 millions d’abonnés

Fibre optique : 10 millions d’abonnés

Selon l’Autorité des télécoms (Arcep), 10,4 millions de consommateurs ont opté pour la fibre, dont 3,3 millions de nouveaux abonnés sur la seule année 2020. «Cette technologie représente 70% du nombre total d’accès à très haut débit», souligne l’Arcep. La France compte 30,6 millions d’abonnements à haut et très haut débit fixe (ADSL/VDLS, fibre et câble) et 40,7 millions de locaux (logements, établissements professionnels…), selon une estimation de l’Arcep.

Désormais 24,2 millions de locaux sont éligibles à la fibre : si leurs occupants en font la demande, ils peuvent s’abonner à la fibre. C’est 19% de plus en un an. Les confinements n’ont pas eu d’impact sur le rythme de déploiement annuel du très haut débit fixe.

Les zones rurales et les communes moyennement denses (en langage télécoms, les RIP, zones AMII et AMEL) bénéficient des efforts accrus de déploiement des opérateurs, qu’ils soient privés (Orange et SFR sont à la manœuvre dans les zones AMII/Amel) ou publics. Dans les zones RIP, ce sont les collectivités locales qui sont propriétaires des réseaux.

Une alliance contre la percée technologique chinoise

Une alliance contre la percée technologique chinoise

 

iseUn article du Wall Street Journal explique que les États-Unis entendent créer une alliance internationale pour lutter contre la percée technologique chinoise

 

Le président Joe Biden décrit les relations entre les Etats-Unis et la Chine comme un conflit de valeurs entre démocratie et autocratie.

Mais cette rhétorique masque une approche pragmatique qui consiste à réunir des groupes de pays pour travailler ensemble sur la technologie. L’objectif est de garder de l’avance sur la Chine dans les domaines des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle et d’autres avancées qui devraient définir l’économie et l’armée de demain.

Des conversations préliminaires ont commencé avec des alliés de Wahington, mais ces efforts devraient prendre des mois, selon des hauts responsables de l’administration.

Les Etats-Unis prévoient d’organiser différentes alliances en fonction des questions, a précisé un haut responsable de l’administration, qui a décrit l’initiative comme modulaire. Les différents groupements incluraient généralement les puissances industrielles du G7 et quelques autres pays. L’idée est généralement appelée Democracy 10 ou Tech 10

La stratégie comporte des éléments offensifs et défensifs. En combinant leurs forces, les Etats-Unis et leurs alliés peuvent dépenser beaucoup plus que la Chine, dont le budget de recherche et développement est désormais presque égal à celui des Américains. Ces alliances peuvent également coordonner des politiques pour refuser à Pékin les technologies dont elle a besoin afin de devenir un leader mondial.

« Nous avons un fort intérêt à nous assurer que les démocraties technologiques s’unissent plus efficacement de façon à ce que ce soit nous qui façonnions ces normes et ces règles », a déclaré le secrétaire d’Etat Antony Blinken lors de son audience de confirmation.

Les Etats-Unis prévoient d’organiser différentes alliances en fonction des questions, a précisé un haut responsable de l’administration, qui a décrit l’initiative comme modulaire. Les différents groupements incluraient généralement les puissances industrielles du G7 et quelques autres pays. L’idée est généralement appelée Democracy 10 ou Tech 10.

Une alliance centrée sur l’intelligence artificielle, par exemple, pourrait inclure Israël, dont les chercheurs sont considérés comme des leaders du domaine. Une autre impliquant le contrôle des exportations intégrerait sans doute l’Inde, pour s’assurer que la Chine ne puisse pas importer certaines technologies. Pour encourager les pays craignant d’offenser Pékin à rejoindre ces alliances, l’administration pourrait s’abstenir d’annoncer leur participation, a indiqué le haut responsable.

Selon les personnes ayant travaillé sur ce concept, il est crucial que les alliances restent flexibles et évitent la bureaucratie. « Créer une nouvelle institution internationale impliquerait de grandes annonces sans actions à la clé », estime Anja Manuel, une ancienne responsable de l’administration Bush. « Avec la technologie, il faut rester agile. »

Parmi les domaines considérés comme mûrs pour des alliances, on peut citer le contrôle des exportations, les normes techniques, l’informatique quantique, l’intelligence artificielle, les biotechnologies, les télécommunications en 5G et les règles gouvernant la technologie de surveillance. La liste doit être réduite, selon des experts en technologie. Poursuivre trop de pistes prendrait trop de temps et serait trop contraignant pour les responsables du gouvernement.

La technologie de semi-conducteurs est en tête de la liste de l’administration, car les microprocesseurs alimentent l’économie moderne. La Chine est le plus grand marché, mais plus de 80 % des puces, particulièrement les modèles avancés, sont soit importées, soit produites en Chine par des entreprises étrangères.

Pékin a dépensé des dizaines de milliards de dollars au cours des dernières décennies pour tenter d’établir une filière nationale majeure, mais le pays reste en retard sur ses concurrents occidentaux. L’administration Biden ne veut pas que cela change.

Sous l’administration Trump, les Etats-Unis ont travaillé avec les Pays-Bas pour bloquer la vente d’équipements de fabrication de semi-conducteurs néerlandais à la plus importante fonderie de semi-conducteurs chinoise, Semiconductor Manufacturing International Corporation (Smic), ce qui aurait pu aider la Chine à produire des puces de pointe. Le département du Commerce, sous Donald Trump, avait également restreint la vente d’équipement de production de puces à Smic.

L’administration Biden assure le suivi de cette stratégie. En février, le conseiller national à la sécurité, Jake Sullivan, a parlé à son homologue néerlandais, Geoffrey van Leeuwen, à propos de la Chine et de la technologie avancée entre autres choses, selon un communiqué de la Maison Blanche.

Les technologues décrivent l’équipement de production de semi-conducteurs comme une technologie de goulot d’étranglement car elle reste dominée par trois pays seulement, les Etats-Unis, le Japon et les Pays-Bas, ce qui rend sa restriction relativement facile. Une alliance autour des semi-conducteurs inclurait sans doute les grands producteurs de puces en Europe, ainsi que la Corée du sud et Taïwan.

En plus de restreindre la technologie vers la Chine, les membres pourraient mettre en commun leurs travaux sur la R&D avancée, avec notamment le financement de sites de production de semi-conducteurs de plusieurs milliards de dollars hors de Chine.

Une initiative à haute visibilité susciterait forcément des inquiétudes et d’éventuelles représailles de Pékin, qui travaille à réduire sa dépendance aux technologies étrangères. La Chine utilise sa puissance économique pour tenter d’intimider les alliés des Etats-Unis, par exemple en réduisant les importations de vin et de charbon d’Australie après que Canberra a demandé une enquête sur les origines de la pandémie de coronavirus.

L’ajout de Taïwan, un producteur majeur de semi-conducteurs, que Pékin considère comme une province rebelle, accroîtrait les inquiétudes de la Chine.

«  Une alliance autour des semi-conducteurs menée par les Etats-Unis enfreindrait les principes de l’économie de marché et de la concurrence loyale et ne ferait que diviser artificiellement le monde et détruire les règles de commerce international », a déclaré le ministre chinois des Affaires étrangères dans un communiqué.

« En définitive, les Etats-Unis veulent réduire voire éliminer la capacité de Pékin à exercer des pressions »

Pékin dispose de nombreux leviers. La Chine est le principal fournisseur mondial de terres rares, les minerais indispensables à la production de téléphones mobiles, de produits électroniques et d’équipements militaires. En 2010, la Chine a limité les expéditions de terres rares au Japon en raison d’un conflit territorial au sujet d’un groupe d’îles en mer de Chine orientale, bien que Pékin ait démenti avoir été impliquée dans des actes coercitifs.

La Chine a récemment lancé un nouveau round de réglementations sur les terres rares et a interrogé les entreprises étrangères sur leur dépendance à la production chinoise, ce que certains experts en technologie ont vu comme un avertissement. Le ministre chinois des Affaires étrangères a déclaré que Pékin était « prêt à répondre aux besoins légitimes de tous les pays du monde dans la mesure du possible en accord avec les capacités et le niveau de ressources en terres rares de la Chine. »

Jake Sullivan a applaudi des alliances d’opposition antérieures contre les restrictions de la Chine sur les terres rares et Joe Biden a choisi comme représentante au Commerce des Etats-Unis Katherine Tai, le point de contact de l’administration Obama.

Joe Biden a commandé récemment une étude sur la dépendance des Etats-Unis aux terres rares fournies par l’étranger. Des responsables américains ont travaillé avec l’Australie et d’autres pays pour stimuler la production et créer des substituts synthétiques de ces minerais.

Interrompre les exportations de terres rares se retournerait contre la Chine en nuisant à sa réputation commerciale et en encourageant la production de minéraux dans d’autres pays, note Martijn Rasser, analyste en technologie pour le Center for a New American Security, un think tank basé à Washington.

Les alliances de technologie valent la peine de risquer un retour de bâton, poursuit-il. « En définitive, les Etats-Unis veulent réduire voire éliminer la capacité de Pékin à exercer des pressions. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Astrid Mélite)

Traduit à partir de la version originale en anglais

La 5G Etats-Unis : un enjeu à 80 milliards de dollars

 La 5G Etats-Unis : un enjeu à 80 milliards de dollars

Yves Gassot, ancien directeur général de l’IDATE DigiWorld s’interroge sur le montant des enchères de la 5G aux États-Unis ( La tribune)

Courant janvier, se sont interrompues aux Etats-Unis les enchères engagées le 8 décembre pour attribuer 280 MHz de spectre dans la bande C qui seront utilisés pour le déploiement de la 5G. Elles ont permis au Trésor de tabler sur 80.9 milliards de dollars de recette, une somme record qui dépasse largement les quelques 45 milliards des enchères de 2015 ainsi que les prévisions des analystes. En sus de cette somme, il faut ajouter les quelques 17 milliards de dollars que les opérateurs mobiles devront assumer pour financer la relocalisation des équipements des opérateurs satellite qui occupaient la bande C. On ne connait pas encore les sommes qui ont été engagées par chaque opérateur. Il faut pour cela attendre une seconde phase (phase d’assignement) qui permettra aux opérateurs retenus au terme de la première phase de choisir exactement leurs fréquences. Même à l’heure des quelques 1.900 milliards de dollars annoncés par Joe Biden pour son plan de relance, la somme spectaculaire atteinte par ces enchères justifie quelques explications. Elle suscite aussi des interrogations sur les changements en cours sur le marché des mobiles à l’aube de la 5G outre-Atlantique.

Pourquoi de tels montants ? On savait que la bande des 3.5 GHz (exactement 3.7/3.98 GHz) était stratégique. C’est le cas aux Etats-Unis comme en Europe. Elle fait partie des fréquences intermédiaires (2.5/4 GHz) qui représentent un bon compromis entre la couverture que permettent les radiofréquences basses (typiquement 600 à 900 MHz) et les très hauts débits qu’on peut atteindre avec les ondes millimétriques (de type 28 et 39 GHz aux Etats-Unis), qui, moins encombrées, offrent des canaux avec une beaucoup plus grande bande passante mais pour une portée très limitée. La portion de spectre alloué est aussi significative. Elle se décompose en trois catégories de licences suivant que les fréquences seront libérées début 2022 (licences A) ou ultérieurement (licences B et C).

A cela s’ajoutent les conséquences de la fusion entre T-Mobile et Sprint, numéros trois et quatre du marché américain, intervenue en avril dernier. Au terme des 25 milliards de dollars déboursés, T-Mobile, contrôlé par Deutsche Telekom, a mis la main sur près de 200 MHz de précieuses fréquences intermédiaires (2.5 GHz). Cela lui a permis de mener avec brio une stratégie de déploiement de la 5G très offensive au détriment des deux leaders, Verizon et AT&T.  T-Mobile a d’une part valorisé les fréquences en 600 MHz acquises en 2017 pour 8 milliards de dollars pour afficher très vite l’année passée une large couverture du territoire (quelques 280 millions d’habitants aujourd’hui) en 5G, même si les canaux utilisés sur cette fréquence ne lui permettent pas d’offrir un débit significativement supérieur à ceux que l’on trouve en 4G.

Dans le même temps, l’opérateur s’est employé à déployer de la 5G avec des débits beaucoup plus élevés sur les fréquences « en or » à 2.5 GHz héritées de Sprint. L’opérateur a annoncé à la fin de 2020 avoir couvert en 2.5 GHz plus de 100 millions d’habitants. Mais T-Mobile doit aller vite. Au total, les analystes considèrent que T-Mobile a une fenêtre d’opportunité de 18 mois – avant que ses concurrents ne puissent utiliser les fréquences des enchères en cours – pour conforter son statut de principal opérateur 5G. Enfin, même si l’intérêt de T-Mobile pour les enchères en cours est relatif, on s’attend à ce qu’il ait misé quelques 10 milliards de dollars, ne serait-ce que pour pousser à la hausse les prix qui seront payés par ses concurrents.

Verizon aurait misé plus de 30 milliards dans les enchères

Au regard de cette stratégie, Verizon qui avait conquis son statut d’opérateur numéro un par sa capacité à doubler tous ses concurrents dans le déploiement de la 4G, n’a pas pu faire la preuve au cours de ces derniers trimestres qu’il conservait le leadership bien qu’il ait ouvert un premier réseau 5G en avril 2019. Disposant d’à peine plus du tiers des fréquences inférieures à 6 GHz détenues par T-Mobile, il a d’abord mis l’accent sur l’usage des ondes millimétriques (fort de 100 MHz dans les bandes 28 et 39 GHz) en ouvrant dans les grandes villes de l’« ultra-haute vitesse »  en 5G. 60 villes affichaient à la fin décembre des sites offrant ce service. Naturellement avec ces fréquences, il ne s’agit que de hot-spots avec des portées limitées. Pour offrir une plus large couverture, Verizon va devoir s’engager au cours des années à venir dans une densification de son réseau à travers la construction de micro-cellules. Dans ces conditions, pour afficher rapidement une plus large couverture 5G, Verizon a lancé le Digital Spectrum Sharing (DSS), une technologie qui lui permet de réutiliser des fréquences 4G pour offrir de la 5G à ses abonnés.

La solution présente l’avantage d’une certaine flexibilité mais ne rajoute pas vraiment de capacités alors que, comme tous les opérateurs, Verizon doit faire face à une croissance continue du débit sur les réseaux 4G. On peut signaler que Verizon, imité en cela par T-Mobile, a aussi commencé à déployer la 5G sur certains sites pour offrir des services vidéo. Verizon a par ailleurs été le principal bénéficiaires (pour 1.89 milliard de dollars) des enchères de l’été dernier dites CBRS, qui concernaient aussi des fréquences proches de 3.5 GHz, qui lui donneront des capacités sur les grandes métropoles mais avec des contraintes liées au principe de leur accès partagé. Mais tout cela pris en compte, on comprend que Verizon a joué son va-tout dans les enchères du mois dernier. Certains analystes estiment que l’opérateur a pu miser de 30 à 40 milliards de dollars pour avoir les 100 MHz des fréquences A.

AT&T a du souci à se faire

 

AT&T de son côté a aussi du souci à se faire face à la stratégie conquérante de T-Mobile même s’il dispose de plus de fréquences intermédiaires et plus de spectre au total que Verizon. Il a néanmoins subi ces dernières années l’offensive de T-Mobile et ne peut pas rester à l’écart de l’attribution des fréquences 3.5 GHz, les mobiles représentant son premier marché. Les analystes estiment qu’AT&T aurait investi quelques 20 milliards de dollars dans les dernières enchères, soit probablement beaucoup plus que ce qu’il avait prévu. A cela s’ajoutent les investissements dans ses réseaux (15 à 18 milliards par an), ceux dans son nouveau service vidéo HBO Max, et les dividendes qu’il faut continuer de verser.

L’affaire entretient d’autant plus les spéculations que, depuis plusieurs trimestres, l’objectif d’AT&T est de faire la preuve de sa capacité à revenir à un taux d’endettement (Ebitda/dette) proche de deux pour ne pas dégrader son crédit d’emprunteur. Avec encore 147.5 milliards de dollars de dettes (ratio de 2.7) à l’issue du quatrième trimestre 2020, AT&T reste encore très lesté par le poids de ses acquisitions spectaculaires : en 2015 de DirecTV (49 milliards de dollars plus 18 milliards de dette) et en 2018 de Time Warner (85 milliards). La compagnie a mis aux enchères la vente de DirecTV qui perd plusieurs centaines de milliers d’abonnés par trimestre. Mais les candidats ne se bousculent pas et les fonds d’investissement ne paraissent pas décidés à mettre plus de 17 milliards…

Technologies- Numérique : la France en retard ( Euler Hermes)

Technologies- Numérique : la France en retard ( Euler Hermes)

L’indice «d’agilité digitale» de l’assureur-crédit Euler Hermes situe la France en 15ème position, un léger progrès par rapport au classement précédent. La Chine bondit à la 4ème place.

D’après les indicateurs d’Euler Hermes ( filiale d’Allianz)  qui classe les performances numériques de chaque État, la France est en retard derrière les très grandes puissances. La France en quinzième position mais loin  derrière les États-Unis toujours premiers de la classe ou la Chine qui fait un grand bond par rapport au classement de fin 2018 et se retrouve en quatrième position. Loin également derrière l’Allemagne en légère perte de vitesse à la 3ème place, le Danemark (2ème) ou encore la Corée du Sud (12ème).

Cet indicateur « nous permet de savoir quel pays offre les meilleures conditions aux entreprises traditionnelles pour réussir leur digitalisation et le meilleur environnement aux entreprises digitales pour se développer», explique Alexis Garatti, directeur des recherches économiques d’Euler Hermes.

Les États-Unis dominent avec un score de 88/100. Ils bénéficient d’un vaste marché, d’un système éducatif et de dispositifs de recherches solides, ainsi que d’un environnement des affaires et une réglementation favorables au développement numérique. La Chine (73/100) est le pays qui progresse le plus, passant de la 9ème à la 4ème position. Pékin s’appuie en particulier sur ses progrès dans la réglementation et le climat des affaires ainsi que dans les infrastructures logistiques et le système éducatif. Et l’ensemble de la région Asie-Pacifique est bien loti.

En Europe, le Danemark (77/100) devance l’Allemagne, ralentie par «une connectivité qui a progressé moins vite» qu’ailleurs. De son côté, la France (67/100) gagne deux places tout en demeurant un élève médiocre.

Numérique : la France en retard ( Euler Hermes)

Numérique : la France en retard ( Euler Hermes)

L’indice «d’agilité digitale» de l’assureur-crédit Euler Hermes situe la France en 15ème position, un léger progrès par rapport au classement précédent. La Chine bondit à la 4ème place.

D’après les indicateurs d’Euler Hermes ( filiale d’Allianz)  qui classe les performances numériques de chaque État, la France est en retard derrière les très grandes puissances. La France en quinzième position mais loin  derrière les États-Unis toujours premiers de la classe ou la Chine qui fait un grand bond par rapport au classement de fin 2018 et se retrouve en quatrième position. Loin également derrière l’Allemagne en légère perte de vitesse à la 3ème place, le Danemark (2ème) ou encore la Corée du Sud (12ème).

Cet indicateur « nous permet de savoir quel pays offre les meilleures conditions aux entreprises traditionnelles pour réussir leur digitalisation et le meilleur environnement aux entreprises digitales pour se développer», explique Alexis Garatti, directeur des recherches économiques d’Euler Hermes.

Les États-Unis dominent avec un score de 88/100. Ils bénéficient d’un vaste marché, d’un système éducatif et de dispositifs de recherches solides, ainsi que d’un environnement des affaires et une réglementation favorables au développement numérique. La Chine (73/100) est le pays qui progresse le plus, passant de la 9ème à la 4ème position. Pékin s’appuie en particulier sur ses progrès dans la réglementation et le climat des affaires ainsi que dans les infrastructures logistiques et le système éducatif. Et l’ensemble de la région Asie-Pacifique est bien loti.

En Europe, le Danemark (77/100) devance l’Allemagne, ralentie par «une connectivité qui a progressé moins vite» qu’ailleurs. De son côté, la France (67/100) gagne deux places tout en demeurant un élève médiocre.

L’avenir sera technologique ou ne sera pas

 

L’avenir sera technologique ou ne sera pas

 

 

C’est la conviction de Chung Eui-sun, le nouveau président de Hyundai Motor, a pris la tête de la société l’automne dernier, il a établi une feuille de route ambitieuse pour un avenir où les véhicules volants et les robots représenteraient une part de l’activité aussi importante que celle des voitures à essence classiques. (Article du journal Wall Street Journal)

Quelques mois plus tard, il a eu l’opportunité de remodeler Hyundai à cette image à travers un accord potentiel avec Apple pour la production de voitures autonomes.

Les investisseurs se sont réjouis à l’idée de cette union prometteuse entre Apple, l’entreprise la plus rentable du monde, et un groupe Hyundai plus moderne avec Chung Eui-sun aux commandes. Préparé depuis toujours à diriger l’empire automobile, Chung Eui-sun, âgé de 50 ans est le petit-fils du fondateur du constructeur. Fuyant les conventions, il change souvent la couleur de sa voiture de fonction, optant parfois pour le doré ou le bleu marine plutôt que le noir standard. Il a obtenu son MBA à San Francisco pendant le boom technologique des années 1990 et est devenu l’un des plus fervents partisans de la tech dans le secteur automobile.

Les géants de la tech et l’industrie automobile semblent destinés à se rapprocher depuis des années. Chaque partie a besoin de l’autre, avec d’un côté les éléments de base de l’usine et de l’autre la magie des logiciels. Mais la répartition des recettes potentiellement juteuses liées aux données des véhicules s’est souvent révélée un point sensible

Mais les négociations entre Apple, Hyundai et sa filiale Kia ont échoué, selon les dépôts de déclarations réglementaires de Corée du Sud de la semaine dernière. Hyundai reste en discussions au sujet de voitures autonomes avec d’autres parties non spécifiées, selon ces mêmes documents.

L’échec des négociations démontre à quel point le terrain est difficile pour Chung Eui-sun et Hyundai, voire l’industrie automobile dans son ensemble, qui peine à conclure des partenariats ou concevoir des solutions maison pour de futures technologies hors des activités traditionnelles.

« En général, c’est le constructeur automobile qui décide de tout et garde le contrôle », explique James Hong, directeur de la recherche en mobilité chez Macquarie Capital, à Séoul. « Ici, c’est Apple qui tire les ficelles. »

Les géants de la tech et l’industrie automobile semblent destinés à se rapprocher depuis des années. Chaque partie a besoin de l’autre, avec d’un côté les éléments de base de l’usine et de l’autre la magie des logiciels. Mais la répartition des recettes potentiellement juteuses liées aux données des véhicules s’est souvent révélée un point sensible, observent des analystes du secteur.

La volonté de Chung Eui-sun de transformer Hyundai, quatrième constructeur automobile au monde en termes de chiffre d’affaires, a une résonance à la fois professionnelle et personnelle. Le père de Chung Eui-sun, qui a dirigé Hyundai pendant vingt ans, a été le premier Sud-Coréen à entrer dans l’Automotive Hall of Fame dans le Michigan. Pour laisser sa propre empreinte, Chung Eui-sun veut faire de Hyundai davantage qu’un constructeur automobile, ce qui est le défi de l’ensemble du secteur.

« Il connaît les règles, donc il sait comment se montrer créatif et dans quelles conditions oser aller plus loin », a déclaré Frank Ahrens, ancien vice-président du siège coréen de Hyundai.

Chung Eui-sun, s’exprimant par le biais d’une porte-parole, a refusé la demande d’entretien. Hyundai et Kia ont refusé de commenter. Apple n’a pas répondu à la demande de commentaire.

Même sans accord, les discussions entre Hyundai et Apple ont fermement ancré les ambitions du patron de Hyundai. Le constructeur automobile a provisionné au moins 30 milliards de dollars pour les technologies d’avenir. Il a récemment créé une joint-venture avec Aptiv PLC autour des véhicules autonomes et a pris une participation de contrôle dans l’entreprise de robotique américaine Boston Dynamics. Kia prévoit de porter la part de véhicules électriques à 40 % de la production totale d’ici à 2030. Cela représente près de quatre fois le niveau actuel.

Chung Eui-sun, passionné de basketball et fan de l’émission Top Gear, s’est concentré sur l’amélioration de l’image de son entreprise, plutôt que sur une réduction des coûts à tout prix, selon d’anciens dirigeants et collaborateurs de Hyundai. Il a supervisé le lancement de la nouvelle marque de Hyundai, Genesis, un concurrent premium de BMW notamment. Le groupe a débauché des talents clés d’Audi et de Volkswagen. En tant que président de Kia au milieu des années 2000, c’est encore Chung Eui-sun qui a engagé les efforts visant à donner une image tendance à sa flotte, l’entreprise étant allée jusqu’à engager la star du basket Blake Griffin pour sauter par-dessus l’une de ses voitures lors d’un concours de slam-dunk en 2011.

La société s’est aussi modernisée en interne, troquant les bureaux compartimentés pour des open-space. Il n’est pas rare que des jeunes collaborateurs prennent des selfies avec l’actuel président de l’entreprise.

Autrefois perçue comme bon marché et peu fiable, Hyundai a dépassé ses concurrents en doublant le cahier des charges traditionnel des constructeurs automobiles. Là où d’autres proposaient une garantie de trois ans ou de 58 000 km, Hyundai et Kia, qui ont établi d’immenses usines non syndiquées en Alabama et en Géorgie, visaient dix ans et 160 000 km

Ni Hyundai ni Apple n’ont expliqué pourquoi les négociations avaient pris fin, mais l’accord potentiel avait suffisamment progressé pour que des représentants de Kia aient contacté des partenaires au cours des dernières semaines au sujet d’un plan pour assembler des véhicules électriques pour Apple en Géorgie, selon un article du Wall Street Journal en février.

Les investisseurs ont cédé les actions du constructeur sud-coréen après l’annonce de l’interruption des négociations avec Apple, mais le titre Hyundai demeure en hausse de 27 % cette année, tandis que le titre Kia a grimpé d’environ un tiers. En comparaison, l’indice de référence sud-coréen Kospi a gagné 9 % en 2021.

La métamorphose prévue de Hyundai s’appuie sur l’héritage de Chung Mong-koo, le père de l’actuel président, qui avait pris la tête il y a vingt ans d’une entreprise en difficulté.

Autrefois perçue comme bon marché et peu fiable, Hyundai a dépassé ses concurrents en doublant le cahier des charges traditionnel des constructeurs automobiles. Là où d’autres proposaient une garantie de trois ans ou de 58 000 km, Hyundai et Kia, qui ont établi d’immenses usines non syndiquées en Alabama et en Géorgie, visaient dix ans et 160 000 km. Le faible coût de la main-d’œuvre a aidé le constructeur sud-coréen à vendre moins cher que ses concurrents.

Les objectifs d’amélioration ambitieux de l’entreprise l’ont distinguée des autres acteurs du secteur et lui ont conféré une plus grande tolérance au risque, a expliqué Vanessa Ton, analyste chez Cox Automotive et ancienne cadre chez Kia. « Ils sont très ambitieux et ils ont tendance à agir vite », a résumé Vanessa Ton.

Lorsqu’il a pris la présidence de l’entreprise en octobre, Chung Eui-sun a exprimé son intention de remettre à jour la culture de l’entreprise en s’écartant de la structure hiérarchique promue par son père.

« Si chaque collaborateur se voit comme un pionnier et canalise cette énergie positive dans notre croissance et celle des générations futures », a déclaré Chung Eui-sun dans une vidéo destinée aux collaborateurs, « je suis convaincu que nous saisirons de nouvelles opportunités dans les crises. »

Tim Higgins à San Francisco a contribué à cet article

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Astrid Mélite)

Véhicule autonome: priorité d’abord aux avancées militaires

Véhicule autonome: priorité d’abord aux avancées militaires

 

Un article du Wall Street Journal éclaire la priorité de l’automatisation des armes de défense considérant que les applications civiles- comme la voiture autonome par exemple–suivront.

Commandée par l’armée canadienne, le Loyal Wingman de Boeing est l’un des plus récents avions autonomes.

 

Des avions sans pilote engagés dans des combats aériens aux énormes engins sous-marins de transport de troupes, le Pentagone s’efforce d’accroître l’utilisation des avancées technologiques en matière d’automation industrielle par l’armée américaine.

Selon des responsables actuels et anciens de la sécurité nationale et du secteur, les progrès de la robotisation dans la défense — dans les airs, au sol et sous les mers — dépassent ceux réalisés dans le domaine commercial civil, à un moment où les autorités cherchent à répondre aux avancées technologiques des adversaires des Etats-Unis. Ces progrès — illustrés par des postes de pilotage à la gestion essentiellement informatisée, des hélicoptères sans pilote et des ravitailleurs aériens automatisés — sont susceptibles de bénéficier aux futurs avions civils, aux systèmes de contrôle de pointe du trafic aérien et à une large gamme d’applications pour les drones.

Les programmes destinés à suppléer, et un jour remplacer, les opérateurs humains s’accélèrent dans toutes les branches des forces armées américaines.

Les détracteurs de ces évolutions s’inquiètent du fait que ces systèmes robotisés traduisent parfois le désir de leurs concepteurs d’incorporer de nouvelles fonctionnalités sans les avoir soumis à des tests approfondis. Ils évoquent des exemples de dysfonctionnements très médiatisés, ayant notamment touché des systèmes de communication radio victimes de bugs et des problèmes logiciels ayant privé des pilotes de chasse d’oxygène alors qu’ils étaient aux commandes de leur appareil.

Contrairement aux systèmes d’automatisation du secteur marchand, « il n’existe pas de régulateurs ou d’observateurs extérieurs pour contrôler les projets du Pentagone, explique Najmedin Meshkati, un expert en ergonomie qui enseigne à l’Université de Californie du Sud. Vous devez vraiment faire vos propres études avant d’intégrer de nouvelles applications, encore balbutiantes, à une technologie plus ancienne. »

Mais d’ores et déjà, les programmes destinés à suppléer, et un jour remplacer, les opérateurs humains s’accélèrent dans toutes les branches des forces armées américaines.

Aucun de ces systèmes de pointe ne devrait, toutefois, être utilisé dans l’immédiat dans les unités combattantes, et certains se heurtent à des obstacles budgétaires et technologiques. Cela étant, le projet de budget de la défense, d’un montant de 740 milliards de dollars, adopté par le Congrès en janvier, regorge de directives, de dérogations et d’autres dispositions visant à étendre l’automatisation et à promouvoir les opérations autonomes dans toutes les armes.

L’un des projets du Pentagone consiste à former une équipe composée d’un avion de chasse traditionnel et de sa version autonome — parfois appelée « ailier fidèle » — pour démontrer les avantages de telles associations dans des simulations de combats aériens. L’armée de l’air prévoit également que les ravitailleurs aériens de Boeing finiront par approvisionner en carburant des avions volant à des kilomètres d’altitude sans que les membres d’équipage ne guident le processus ou ne vérifient le raccordement.

Le corps des Marines travaille avec l’entreprise d’aéronautique Kaman pour développer des moyens d’utiliser des hélicoptères autonomes afin de ravitailler des avant-postes éloignés, une idée née au plus fort des combats en Afghanistan. Sikorsky, une filiale de Lockheed Martin, collabore, elle, avec l’organisme de recherche fondamentale du département de la Défense pour concevoir des systèmes de commandes avancées essentiels à la création de flottes d’hélicoptères autonomes destinés à accomplir toute une série de missions.

De son côté, l’armée de terre s’apprête à développer une version du véhicule de combat Bradley, un engin des années 1980 servant au transport de troupes au sol, qui pourrait fonctionner sans avoir d’opérateur humain à l’intérieur.

Quant aux amiraux de la marine, ils ont ébauché un programme sur vingt ans visant à créer une flotte potentiellement composée de plus de 120 navires qui pourraient fonctionner sans équipage à la fois sur terre et sur l’eau. Le Congrès a toutefois émis des doutes sur certains aspects précis du projet.

L’intelligence artificielle et la réalité virtuelle sont déjà sur le point de bouleverser la façon dont les pilotes sont préparés au combat

D’autres idées développées par la marine incluent de collaborer avec Boeing et le constructeur naval Huntington Ingalls Industries afin de lancer plusieurs grands véhicules sous-marins autonomes appelés Orcas. Ces engins seront chargés de transporter des cargaisons et des plongeurs, de recueillir des renseignements ou de localiser des mines. En janvier, le Congrès a alloué 125 millions de dollars pour les recherches sur les « opérations navales autonomes de longue durée », afin de concevoir des navires de surface, possiblement construits par Huntington Ingalls, qui seraient capables d’opérer en autonomie pendant plusieurs mois.

Les responsables militaires « mènent l’offensive en faveur de la robotisation dans le cadre d’une approche multidimensionnelle », note Tom McCarthy, un expert en automation et en robotique qui est vice-président du développement commercial chez Motiv Systems, le constructeur du bras de la dernière astromobile envoyée sur Mars (NDLR : le robot Perseverance). « Ils veulent des systèmes qui fonctionnent bien tous ensemble », ajoute-t-il.

Les constructeurs d’avions à usage commercial et leurs fournisseurs affirment également qu’ils cherchent à renforcer l’automatisation, notamment avec des avions comprenant un pilote dans le cockpit et un autre surveillant les systèmes depuis le sol. Plusieurs entreprises poursuivent des travaux de recherche de longue haleine concernant les grands avions-cargos qui survolent de vastes étendues d’eau, le cas échéant sans pilote à bord. La société européenne Airbus a fait un grand pas en avant, en effectuant plus de 500 vols d’essai l’été dernier pour faire la démonstration de ses capacités en matière de décollage et d’atterrissage de ses taxis volants autonomes.

Mais il est évident que les progrès sont plus rapides dans le domaine militaire. Et, alors que les régulateurs résistent habituellement aux changements rapides ou spectaculaires qui impliquent un partage de l’espace aérien entre avions militaires et civils, les dirigeants de l’armée — civils et en uniforme — de l’armée de l’air sont ceux qui mènent, toutes armes confondues, la plus grande campagne de promotion en faveur d’un recours plus large à l’automatisation.

« L’armée de l’air encourage l’automation comme elle ne l’a jamais fait au cours de la dernière décennie », estime Will Roper, qui a quitté le mois dernier son poste de responsable des acquisitions de cette branche des forces américaines.

Dans le cadre d’un vol de démonstration en décembre, l’armée de l’air a recouru à l’intelligence artificielle pour assurer la navigation à la place du pilote d’un avion de reconnaissance U-2. L’avion, qui avait un pilote à bord, utilisait également des capteurs pour détecter les systèmes de missile anti-aériens.

Dans le cadre d’un accord avec Boeing pour que le géant de l’aérospatiale assure le coût de l’amélioration du système d’affichage visuel sur son avion ravitailleur KC-46, l’armée de l’air a mis l’accent sur les correctifs destinés à préparer l’arrivée d’un éventuel fonctionnement autonome. En conséquence, « nous allons disposer dans les trois prochaines années des fonctionnalités que nous ne nous attendions pas à avoir » probablement avant des décennies, assure M. Roper.

Dans une série d’interviews menées peu avant sa démission pour faire place aux personnes nommées par l’administration Biden, M. Roper a détaillé d’autres voies empruntées par l’Armée de l’air pour poursuivre son automation. Une innovation de grande envergure, a-t-il dit, passerait par l’« association d’avions avec et sans pilote faisant équipe pour accomplir des missions qu’aucun des deux ne pourrait faire seul » aussi efficacement.

Le recours à l’intelligence artificielle dans des avions autonomes volant en formation avec des chasseurs pilotés par des humains, expliquait M. Roper, permet aux aviateurs « de se concentrer sur la tâche stratégique plus complexe qu’est le combat » au lieu d’analyser les données sur les menaces qui peuvent, elles, être compilées plus rapidement et aisément par des ordinateurs.

« Les pilotes vont faire beaucoup plus pour nous à l’avenir » pour affronter des adversaires plus redoutables, ajoutait-il, précisant que les avions autonomes « offrent un guide tactique radicalement différent pour la guerre aérienne ».

L’intelligence artificielle et la réalité virtuelle sont déjà sur le point de bouleverser la façon dont les pilotes sont préparés au combat. Steve Kwast, un général trois étoiles retraité de l’armée de l’air qui les a utilisées dans un projet test visant à réduire le coût et le temps de formation des pilotes, a déclaré que cette pratique allait s’étendre à l’ensemble de l’arme : « Il s’agit simplement de passer aux choses concrètes. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

Automobile : des voitures Apple, Google et autres ?

Automobile : des voitures Apple, Google et autres ?

 

De plus en plus d’informations circulent quant à la possibilité de partenariat entre des groupes automobiles et les GAFA, . Apple a été le premier grand du numérique à se déclarer candidat à cette participation. Beaucoup en ont conclu que dans l’avenir une part important du parc automobile porterait la marque Apple. En fait,  les collaborations sont sans doute nécessaire en raison de Effectivement l ‘utilisation des techniques numériques est de plus en plus nécessaire à l’industrie automobile. Reste qu’on voit mal les GAFA à investir des sommes considérables dans une industrie dont les rendements financiers n’ont strictement rien à voir avec les résultats dithyrambiques des GAFA. Pire l’industrie automobile mondiale est actuellement dans une situation financière particulièrement délicate.

Des coopérations pourraient intervenir sur le plan technique entre les GAFA q et l’industrie automobile. Mais au-delà de ces coopérations techniques il faudrait venir à l’idée des gaffes à de maîtriser la commercialisation grâce à l’énorme quantité de données qu’il possède sur les utilisateurs potentiels. En fait une sorte d’Amazon pour l’automobile qui viendrait déposséder la maîtrise des ventes aux vrais constructeurs.

Justifier ses futures stratégies on se réfère souvent à la voiture sans conducteur bon ce qui constitue pourtant une perspective à la fois lointaine voir hypothétique temps que les voies ne seront pas entièrement spécialisées et réservées à l’automobile. L’enjeu est évidemment ailleurs à la fois commercial et financier .

Criminalité–Cyberattaques contre les hôpitaux en forte hausse

Criminalité–Cyberattaques contre les hôpitaux en forte hausse

En 2020, les attaques et tentatives d’attaques cyber se sont intensifiées en France et n’épargnent pas les établissements de santé, devenus des cibles de choix et une vraie priorité pour l’État français

 

Le centre hospitalier de Dax est la dernière victime en date d’une longue série de cyberattaques. L’établissement est partiellement paralysé depuis mardi soir, victime d’une attaque au rançongiciel qui perturbe sérieusement son système informatique. L’attaque «a mis à plat les systèmes informatiques et le téléphone de l’hôpital, avec une mise en danger manifeste et évidente pour la prise en charge des patients» a indiqué le procureur de Dax, Rodolphe Jarry,

 

Un phénomène qui prend de l’ampleur en France et dans le monde : les cyberattaques contre les hôpitaux. Depuis l’apparition du coronavirus, elles ont bondi « de 500% », confirme au micro d’Europe 1 Philippe Trouchaud, en charge de la cybersécurité chez PWC, l’un des principaux cabinets de conseil au monde.

 

INTERVIEW

 

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur en France et dans le monde : les cyberattaques contre les hôpitaux. Depuis l’apparition du coronavirus, elles ont bondi « de 500% », confirme au micro d’Europe 1 Philippe Trouchaud, en charge de la cybersécurité chez PWC, l’un des principaux cabinets de conseil au monde. Dernier exemple en date à l’hôpital de Dax : dans la nuit de lundi à mardi, une attaque d’ampleur a crypté les données du système informatique de l’hôpital, paralysant l’activité sur place. Mercredi soir, certains fichiers restaient encore très difficiles d’accès, alors que les équipes de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) tentaient d’aider le personnel à rétablir la situation.

Une attaque en forme d’écho à celle subie par le CHU de Rouen en novembre 2019, qui ne semble pas surprendre Philippe Trouchaud. « Les hôpitaux sont certainement ciblés en ce moment parce qu’ils sont sous le feu de l’actualité. Avec le coronavirus, on a encore plus besoin d’eux. Donc les cybercriminels pensent qu’il va être plus facile dans ces circonstances d’obtenir de l’argent en échange des données. » Dans ce type d’attaques, les pirates s’introduisent dans le système informatique de la victime puis chiffrent ses fichiers pour les rendre inopérants, exigeant une rançon pour les débloquer.

Mais les données ne sont pas le seul moyen pour les cybercriminels de maximiser leurs chances de récupérer de l’argent. L’opinion publique joue également un rôle important, avance Philippe Trouchaud.  »En Allemagne, une patiente dans un état critique est morte en septembre 2020 alors qu’une cyberattaque était en cours contre l’hôpital de Düsseldorf. Ce genre d’actions fait donc naître une pression l’opinion publique pour mieux protéger ces établissements », mais surtout pour « payer la rançon ».

Et avec la démocratisation à venir de la 5G, Philippe Trouchaud affirme « qu’il y aura davantage de cyberattaques » à l’avenir, contre les entreprises privées ou publiques. Il faut donc faire de la sensibilisation auprès des Français pour qu’ils respectent une certaine hygiène informatique, comme faire les mises à jour, afin de limiter les risques. Ce qui n’empêche pas l’expert d’avancer que « l’on va devoir vivre avec cette délinquance ».

 

Evaluation de l’usages du numérique

Evaluation de l’usages du numérique 

 

Pour mieux comprendre l’impact auprès des plus jeunes, Le Monde a interrogé Vanessa Lalo, psychologue clinicienne spécialiste des pratiques numériques. Le 4 février, elle intervenait lors d’une table ronde sur le thème « Covid-19 et usages numériques » organisée par la plate-forme TikTok et l’association e-Enfance. Selon Vanessa Lalo, le problème ne vient pas du temps d’écran mais de la qualité de ce que l’on regarde.

L’explosion du temps d’écran, en particulier chez les plus jeunes, est-elle un problème ?

Vanessa Lalo : C’est une question qui revient en permanence lors de mes consultations. De nombreux parents en souffrance viennent me voir pour savoir comment faire pour éloigner leurs enfants des écrans. Souvent, parce qu’ils ne savent pas quoi faire face à des enfants qui préfèrent passer des heures sur les réseaux ou jouer aux jeux vidéo plutôt que de sortir et voir leurs copains.

Mais le temps d’écran ne sera jamais une bonne valeur pour jauger nos pratiques numériques. C’est le degré zéro de l’analyse. Une fois qu’on a lu ce chiffre, qu’est-ce qu’on en fait ? Une personne peut tout à fait passer quatorze heures par jour à regarder des vidéos de pandas qui pètent, une autre passera quatorze heures à lire des pages Wikipédia ou à regarder des vidéos pédagogiques sur YouTube… Ils passeront le même temps mais leurs pratiques sont différentes.

Ce qu’il s’est passé lors du confinement, c’est que les enfants ont passé plus de temps devant les écrans parce que l’école était fermée. Ils suivaient donc les cours en ligne et passaient du temps à discuter avec leurs amis sur les réseaux sociaux. Mais est-ce que c’était une mauvaise chose ? Non.

Ce qui a été délétère, ce sont tous les enfants qui n’avaient pas accès aux écrans, ceux qui ne pouvaient pas faire l’école à la maison. Ce sont ceux qui ont passé le moins de temps devant les écrans qui ont le plus décroché de l’école. Donc il serait peut-être temps de se demander si on ne s’est pas trompé dans notre analyse par rapport aux temps d’écran.

Pourquoi la gestion du temps d’écran est-elle un tel sujet d’inquiétudes ?

La première raison, c’est sans aucun doute l’écart générationnel entre parents et enfants. Beaucoup d’adultes ont du mal à comprendre que leurs enfants soient entièrement greffés au numérique alors qu’eux ont été élevés sans le numérique. Du coup, les adultes ont parfois cette impression que les écrans sont en train de créer une génération de « débiles ». Un peu comme les précédentes générations allaient taper sur le rock, les jeux de rôle ou les mangas par exemple.

Une deuxième raison vient aussi d’un certain nombre de chercheurs qui veulent absolument taper sur le numérique et nous prouver à quel point ça peut être mauvais pour notre cerveau. Ça fait quand même quelques années que ça dure avec des travaux comme L’Autisme virtuel d’Anne-Lise Ducanda ou La Fabrique du crétin digital de Michel Desmurget. Ce sont des discours très conservateurs qui font peur aux parents, diabolisent les outils numériques et n’apportent absolument aucun élément de prévention ou conseil pour les parents.

Pourquoi est-ce un problème pour les parents de se focaliser sur cette question du temps d’écran ?

Le problème avec ce genre de discours qui diabolise les écrans et les pratiques numériques c’est que les parents manquent cruellement d’exemples de prévention positive. Bien sûr, je ne dis pas que tout est profitable et que tout est bon dans les réseaux sociaux ou les écrans et qu’il n’y a pas de risques. Mais pour pouvoir faire une bonne prévention, il faut savoir accompagner, s’intéresser aux pratiques numériques et ne pas en avoir peur.

Que ce soit sur les questions des outils numériques, des jeux vidéo ou les réseaux sociaux, les parents ont tendance à attendre que les réponses viennent d’un expert sur le sujet. Ils n’ont pas assez confiance en eux pour prendre ce sujet en main. Pourtant, lorsqu’ils choisissent au quotidien quels aliments ils vont donner à leurs enfants ou quels vêtements leur donner, personne ne va leur dire qu’ils ne sont pas légitimes.

Pour moi, il est nécessaire de ne pas considérer ces outils comme décorrélés de notre société. Au même titre que tout ce qu’on va mettre entre les mains de ses enfants, on doit aussi s’y pencher, réfléchir à ce qu’on souhaite pour eux et leur proposer des contenus intéressants. Je dis souvent que si on veut qu’un enfant lise Stendhal, il faut avoir Stendhal dans sa bibliothèque.

Cette question du temps d’écran est-elle uniquement une préoccupation qui concerne les enfants ? Qu’en est-il des adultes ?

C’est assez amusant de regarder le rapport entre les adultes et les enfants autour de cette « consommation » des écrans. Les adultes vont consommer beaucoup plus de contenus numériques que les enfants. Mais ils vont quand même juger les pratiques numériques des plus jeunes, comme si c’était forcément excessif ou idiot.

Certains adultes viennent aussi me voir pour réduire leur temps d’écran. Pour eux, les écrans sont devenus un refuge pour arrêter de penser – quand on « scrolle » à l’infini les plates-formes sur les réseaux sociaux par exemple, dans le seul objectif de se remplir de contenus en permanence. C’est quelque chose qui existait déjà avant le confinement et ça peut arriver à tout le monde. Lorsqu’on a eu une sale journée, on peut avoir envie de se perdre plusieurs heures dans les écrans. Le problème, c’est quand on le fait pour éviter de se confronter à la réalité de manière durable.

Ce qu’il faut absolument faire dans le numérique, qu’on parle des enfants, des seniors, des adultes, ou peu importe, c’est reprendre la maîtrise de nos outils. C’est pour ça que j’insiste sur le fait que le temps d’écran n’a pas de valeur. Ce n’est pas pour dire qu’on a le droit de passer vingt-quatre heures sur vingt-quatre devant des écrans et que ça n’aura pas d’impacts négatifs. Mais on ne peut pas continuer à taper dessus en considérant que le numérique serait une sorte de bulle à part qui est venue empiéter sur nos vies. Quand on comprendra ça, on aura fait un pas de géant dans l’accompagnement et la prévention du numérique.

Réseau cuivre d’Orange : en lambeaux !

Réseau cuivre d’Orange : en lambeaux !

Le réseau cuivre normalement entretenu par Orange est dans un état pitoyable surtout dans les zones peu denses ou souvent ce sont les films qui soutiennent les poteaux. D’où une qualité de service déplorable quand ce n’est pas purement et simplement la coupure totale.

. Alors que les critiques se font de plus en plus vives concernant la qualité de service du réseau cuivre permettant d’apporter le téléphone et l’ADSL, Stéphane Richard, le PDG d’Orange, se dit confronté à une équation économique « impossible ». Cette infrastructure est la propriété de l’opérateur historique. Il en loue l’accès aux opérateurs alternatifs pour commercialiser leurs offres Internet fixe à haut débit. Mais ce réseau, qui date des années 1960, se dégrade, et essuie des pannes, coupures et dysfonctionnements dans certaines campagnes et territoires ruraux. Depuis quelques mois, plusieurs élus locaux et députés blâment l’opérateur historique. Ils l’accusent de ne pas entretenir correctement cette infrastructure, privant parfois pendant des mois certains citoyens d’accès au téléphone et à Internet.

Fortes hausses des cyberattaques contre les hôpitaux

Fortes hausses des  cyberattaques contre les hôpitaux

En 2020, les attaques et tentatives d’attaques cyber se sont intensifiées en France et n’épargnent pas les établissements de santé, devenus des cibles de choix et une vraie priorité pour l’État français

 

Le centre hospitalier de Dax est la dernière victime en date d’une longue série de cyberattaques. L’établissement est partiellement paralysé depuis mardi soir, victime d’une attaque au rançongiciel qui perturbe sérieusement son système informatique. L’attaque «a mis à plat les systèmes informatiques et le téléphone de l’hôpital, avec une mise en danger manifeste et évidente pour la prise en charge des patients» a indiqué le procureur de Dax, Rodolphe Jarry,

 

Un phénomène qui prend de l’ampleur en France et dans le monde : les cyberattaques contre les hôpitaux. Depuis l’apparition du coronavirus, elles ont bondi « de 500% », confirme au micro d’Europe 1 Philippe Trouchaud, en charge de la cybersécurité chez PWC, l’un des principaux cabinets de conseil au monde.

INTERVIEW

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur en France et dans le monde : les cyberattaques contre les hôpitaux. Depuis l’apparition du coronavirus, elles ont bondi « de 500% », confirme au micro d’Europe 1 Philippe Trouchaud, en charge de la cybersécurité chez PWC, l’un des principaux cabinets de conseil au monde. Dernier exemple en date à l’hôpital de Dax : dans la nuit de lundi à mardi, une attaque d’ampleur a crypté les données du système informatique de l’hôpital, paralysant l’activité sur place. Mercredi soir, certains fichiers restaient encore très difficiles d’accès, alors que les équipes de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) tentaient d’aider le personnel à rétablir la situation.

Une attaque en forme d’écho à celle subie par le CHU de Rouen en novembre 2019, qui ne semble pas surprendre Philippe Trouchaud. « Les hôpitaux sont certainement ciblés en ce moment parce qu’ils sont sous le feu de l’actualité. Avec le coronavirus, on a encore plus besoin d’eux. Donc les cybercriminels pensent qu’il va être plus facile dans ces circonstances d’obtenir de l’argent en échange des données. » Dans ce type d’attaques, les pirates s’introduisent dans le système informatique de la victime puis chiffrent ses fichiers pour les rendre inopérants, exigeant une rançon pour les débloquer.

Mais les données ne sont pas le seul moyen pour les cybercriminels de maximiser leurs chances de récupérer de l’argent. L’opinion publique joue également un rôle important, avance Philippe Trouchaud.  »En Allemagne, une patiente dans un état critique est morte en septembre 2020 alors qu’une cyberattaque était en cours contre l’hôpital de Düsseldorf. Ce genre d’actions fait donc naître une pression l’opinion publique pour mieux protéger ces établissements », mais surtout pour « payer la rançon ».

Et avec la démocratisation à venir de la 5G, Philippe Trouchaud affirme « qu’il y aura davantage de cyberattaques » à l’avenir, contre les entreprises privées ou publiques. Il faut donc faire de la sensibilisation auprès des Français pour qu’ils respectent une certaine hygiène informatique, comme faire les mises à jour, afin de limiter les risques. Ce qui n’empêche pas l’expert d’avancer que « l’on va devoir vivre avec cette délinquance ».

 

 

 

Technologie : la Chine vainqueur de la guerre des normes ?

Technologie : la Chine vainqueur de la guerre des normes ?

 

 

Télécoms, transport d’électricité ou intelligence artificielle : celui qui dictera les normes s’offrira une belle longueur d’avance estime un article du Wall Street Journal

 

Les règles qui régiront les technologies liées aux réseaux 5G sont en cours d’élaboration et rendent la question des normes incontournable.

Ampoules électriques, canapés, fenêtres ou routeurs wifi : la quasi-totalité de ce qui se trouve dans une maison doit respecter les normes et les exigences d’un système international conçu pour assurer la qualité et le bon fonctionnement des objets.

Edictées par les Etats-Unis et leurs alliés au fil des décennies, les normes industrielles forment un réseau invisible de règles qui régissent le marché mondial. Aussi banal que cela puisse paraître, cette uniformité est indispensable au commerce international : c’est grâce à elle que les boulons, ports USB et autres conteneurs sont utilisables où que l’on se trouve sur la planète. Ces normes sont le fruit du travail de comités internationaux longtemps dominés par les experts occidentaux.

Mais aujourd’hui, la Chine veut faire entendre sa voix. A la surprise d’une grande partie de l’Occident, Pékin a décidé de consacrer fonds publics et influence politique à la définition des normes relatives à des technologies de pointe allant des télécoms au transport de l’électricité en passant par l’intelligence artificielle.

Véhicules autonomes, villes intelligentes ou Internet des objets : les règles qui régiront la nouvelle génération de technologies liées aux réseaux 5G et rapprocheront encore davantage monde numérique et monde réel sont en cours d’élaboration et rendent la question des normes incontournable

« Dominer les normes techniques qui étayent les technologies de l’information et de la communication et d’autres domaines émergents fait partie intégrante des ambitions de Pékin », affirmait en décembre dernier le rapport annuel de la commission du Congrès chargée de suivre les relations sino-américaines pour les questions d’économie et de sécurité.

Si la Chine s’est lancée à la conquête des normes, c’est pour coiffer l’Occident au poteau, mais aussi pour engranger des profits. En effet, en règle générale, il faut payer une licence pour utiliser les normes liées à des technologies brevetées. Nokia et Qualcomm encaissent ainsi chaque année plusieurs milliards de dollars grâce aux redevances versées par leurs concurrents. Pour Pékin, l’idée serait plutôt de gagner de l’argent en concevant les normes qui vont avec les produits développés par les entreprises chinoises.

Véhicules autonomes, villes intelligentes ou Internet des objets : les règles qui régiront la nouvelle génération de technologies liées aux réseaux 5G et rapprocheront encore davantage monde numérique et monde réel sont en cours d’élaboration et rendent la question des normes incontournable.

De nouveaux domaines, notamment la reconnaissance faciale, touchent les personnes et l’espace public, avec des répercussions plus importantes que par le passé sur la sécurité nationale, a estimé la commission parlementaire.

La Chine défend des normes qui doperont les exportations des entreprises proches de Pékin et favoriseront son dispositif de sécurité nationale, prévient Akira Amari, ancien ministre des Affaires étrangères du Japon qui dirige un groupe de promotion du numérique. « Si les produits chinois sont conçus pour collecter des données, explique-t-il, il faut se dire que tout finira entre les mains du gouvernement chinois. »

Les dirigeants chinois affirment, eux, que Pékin essaie simplement de se frayer un chemin dans un système créé (et longtemps dominé) par l’Occident et qu’en tant que grande puissance économique portée par une forte croissance, elle est tout à fait à sa place.

Le pays devrait dévoiler d’ici peu « China Standards 2035 », un ambitieux projet normatif. Ni l’association chinoise de normalisation ni le gouvernement n’ont répondu aux demandes de commentaires.

« Les normes techniques mondiales sont toujours en cours d’élaboration, a souligné Dai Hong, membre du comité national chinois de gestion de la normalisation, lorsque le projet a été annoncé en 2018. Pour l’industrie et les normes chinoises, c’est l’occasion de surclasser le monde. »

La montée en puissance de Pékin coïncide avec un certain immobilisme des champions historiques des normes. Au sein de l’ISO ou d’entités similaires, les délégations chinoises possèdent deux fois plus de postes de secrétaire qu’il y a dix ans, des rôles qui permettent d’influencer les propositions, les débats et les priorités. Inversement, la vieille garde (Etats-Unis, Allemagne ou Royaume-Uni) a fait du surplace

Ces dernières années, la Chine a plus cherché que l’Occident à faire coïncider normes, nouvelles technologies et intérêts nationaux, estiment des chercheurs et des experts qui observent le développement industriel du pays.

Ce sont ainsi des Chinois qui dirigent quatre organisations internationales de normalisation, dont l’Union internationale des télécommunications, un groupe des Nations unies consacré à la téléphonie et à Internet, et la Commission électrotechnique internationale, groupe sectoriel qui traite d’électronique et d’électricité. Entre 2015 et 2017, c’est aussi un Chinois qui était à la tête de l’Organisation internationale de normalisation, l’entité qui, des baskets aux systèmes de gestion en passant par les huiles essentielles et les sex toys, produit les célèbres « normes ISO ».

La montée en puissance de Pékin coïncide avec un certain immobilisme des champions historiques des normes. Au sein de l’ISO ou d’entités similaires, les délégations chinoises possèdent deux fois plus de postes de secrétaire qu’il y a dix ans, des rôles qui permettent d’influencer les propositions, les débats et les priorités. Inversement, la vieille garde (Etats-Unis, Allemagne ou Royaume-Uni) a fait du surplace.

Les concurrents de l’Europe sont « très actifs dans l’élaboration des normes internationales sur des marchés clés afin de protéger et renforcer leurs avantages compétitifs », a déclaré en juin dernier Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur. Ne pas réagir, c’est risquer de pénaliser « notre compétitivité économique et notre leadership technologique », avait-il ajouté.

Dans les années 1990, l’Allemagne et d’autres économies avancées avaient poussé la Chine à adopter les normes internationales. Mais aujourd’hui, patrons et politiciens chinois ont une maxime : les entreprises de troisième catégorie fabriquent les produits, les entreprises de deuxième catégorie les technologies et les entreprises de première catégorie les normes.

D’après des documents officiels, Pékin et les pouvoirs publics régionaux versent chaque année des aides pouvant aller jusqu’à un million de yuans, soit environ 155 000 dollars, aux entreprises qui participent à l’élaboration des normes internationales au sein de l’ISO ou d’autres entités.

De son côté, le soutien financier de l’Occident à la rédaction des normes (une activité qui peut prendre des années et coûter très cher en recherche et en négociation) est allé en rapetissant. Si rien ne change, « il ne faudra pas s’étonner de jouer en suivant les règles chinoises », prévient ainsi Christoph Winterhalter, directeur général du DIN, l’organisme allemand de normalisation.

Contrairement à son équivalent (public) chinois, le DIN est un organisme privé, essentiellement financé par la vente des normes et les cotisations de ses membres ; l’argent public ne représente que 10 % de son budget.

Rompre avec la tradition

En 2016, à l’occasion d’une réunion du Third Generation Partnership Project (3GPP), la Chine n’a pas caché ses ambitions : Huawei Technologies a demandé l’adoption de la norme que le géant des télécoms privilégiait pour corriger les erreurs lors des transferts de données 5G. La proposition concurrente, émanant de Qualcomm, faisait alors largement consensus.

Mais lors cette réunion de l’organisation qui définit les normes relatives à la 5G, Huawei a décidé que l’heure n’était plus à la déférence. Les débats passionnés se sont poursuivis jusque tard dans la nuit.

Les dirigeants de Huawei ont fait savoir à leurs homologues chinois présents lors de la réunion qu’ils comptaient sur leur soutien, raconte Tong Wen, chercheur chez Huawei qui a participé à la manœuvre. « Et, bien sûr, ils ont entendu ces demandes », résume-t-il.

L’impasse s’est soldée par un compromis inédit : les deux normes ont été adoptées.

Dans beaucoup de technologies de nouvelle génération, la Chine mène la danse dans les normes parce qu’elle a aussi une longueur d’avance sur le terrain. Quand les autorités européennes ont lancé un projet de fabrication de batteries au lithium, elles ont été surprises de constater que la Chine était déjà en train d’établir un comité ISO, d’en organiser le secrétariat et d’en nommer les responsables

Un an plus tard, Huawei a proposé un candidat à la direction de l’un des principaux groupes de travail de l’organisation contre celui de Qualcomm. Avant le vote, le président a demandé aux représentants chinois de ne pas prendre leur téléphone dans l’isoloir (ce que font les délégations chinoises lors de certaines réunions à l’ONU).

Il craignait en effet (à raison, puisque cela a été confirmé par des responsables d’autres entreprises) qu’ils ne prennent leur bulletin en photo pour prouver qu’ils avaient bien voté pour le candidat de Huawei, raconte une source proche du dossier. Le porte-parole de Huawei a déclaré que l’entreprise agissait « de façon parfaitement transparente et concertée, dans la lettre comme dans l’esprit du processus normatif ».

Huawei, qui détient plus de brevets 5G que n’importe quel autre groupe, est également celui qui propose le plus de normes au 3GPP, selon la société allemande d’analyse de données IPlytics. Un quart de ses 35 000 propositions ont été approuvées.

« C’est un piège »

En avril, quand la Covid-19 a déferlé sur le monde, les représentants chinois à l’ISO ont présenté un projet de ville high-tech capable de fonctionner en temps de pandémie. Il portait sur les normes de collecte de données locales de type trafic routier ou urgences médicales. Certains représentants se sont demandé si ces propositions ne reflétaient pas plutôt le goût des autorités chinoises pour le recueil de données, raconte une personne ayant assisté à la réunion.

« C’est un piège » », a résumé Akira Amari à l’époque. S’il est validé, le projet permettrait à la Chine « de définir la norme, d’exporter les systèmes et d’utiliser les données de ces systèmes et de les centraliser à Pékin », a-t-il ajouté.

Wan Biyu, scientifique en chef du think tank chinois Smart City Joint Labs à l’origine de la proposition, rejette les accusations d’Akira Amari. Pour lui, les lois nationales de protection des données peuvent empêcher la collecte d’informations personnelles.

Dans beaucoup de technologies de nouvelle génération, la Chine mène la danse dans les normes parce qu’elle a aussi une longueur d’avance sur le terrain. Quand les autorités européennes ont lancé un projet de fabrication de batteries au lithium, elles ont été surprises de constater que la Chine était déjà en train d’établir un comité ISO, d’en organiser le secrétariat et d’en nommer les responsables.

Dans des projets en Indonésie ou au Nigéria, Pékin utilise aussi l’initiative des Nouvelles routes de la soie pour promouvoir les normes chinoises, y compris dans des secteurs ancestraux tels que le ferroviaire ou le transport d’électricité. La Chine propose des subventions pour remporter les contrats puis applique ses propres normes : si les pays qui ont passé commande veulent revenir aux normes internationales, ils devront débourser des sommes colossales, racontent des experts.

En revanche, quand les normes touchent à sa souveraineté, Pékin se montre beaucoup moins enthousiaste. En mars 2019, le comité ISO chargé des systèmes de transcription des langues parlées à travers le monde sur un clavier occidental a reçu un projet de norme pour le cantonais, un dialecte chinois parlé par quelque 65 millions de personnes à Hong Kong et dans le sud-est de la Chine.

Les experts hongkongais l’avaient préparé dans l’idée de protéger l’identité culturelle du territoire. Mais, selon un représentant européen ayant eu connaissance du message, la délégation chinoise s’y est opposée, affirmant que la norme actuelle, qui concerne le mandarin, langue officielle de la Chine, était suffisante.

Lors d’une réunion au Canada, deux mois plus tard, les représentants ont étudié la proposition. Les pro-Hong Kong ont affirmé que, même s’ils s’écrivaient avec des caractères similaires, le cantonais et le mandarin étaient deux langues différentes.

Une délégation chinoise inhabituellement conséquente a, elle, projeté des dizaines de diapositives attaquant frontalement la proposition et agaçant une partie des participants, ont raconté trois sources. Un membre de la délégation chinoise a expliqué au Wall Street Journal que le système de translittération envisagé n’était utilisé qu’à Hong Kong, et pas par les 60 millions de locuteurs cantonais vivant dans le reste de la Chine.

La proposition a obtenu le soutien des Etats-Unis, du Canada et de la Russie, mais a achoppé sur un point administratif. En mai, elle a été soumise une nouvelle fois et, en septembre, le responsable français du comité a confirmé sa validation, étape préalable à l’adoption, ont indiqué des sources.

Peu après, la Russie a retiré son soutien sans fournir d’explications, suspendant l’adoption, au moins de façon temporaire. L’agence russe de normalisation n’a pas donné suite aux demandes de commentaires.

Chieko Tsuneoka et Josh Chin ont contribué à cet article

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Traduit à partir de la version originale en anglais

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