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Coronavirus: risque de diffusion en Afrique (Éric Delaporte, médecin épidémiologiste)

Coronavirus: risque de diffusion en Afrique (Éric Delaporte, médecin épidémiologiste)

Le coronavirus en Afrique  »est en train de se diffuser de façon massive », a affirmé vendredi 3 avril dans une interview à franceinfo le professeur Éric Delaporte, médecin épidémiologiste et spécialiste des maladies infectieuses au CHU de Montpellier.
Est-ce qu’on a une idée très précise de l’épidémie sur le continent africain ?

Éric Delaporte : Précise, non. On a simplement le nombre de cas déclarés qui atteint près de 10 000 cas. C’est bien sûr une sous-estimation puisque c’est basé sur des cas symptomatiques. Ces cas ont été déclarés seulement depuis la fin février. C’est une déclaration relativement récente lorsqu’il y a eu vraiment une sensibilisation internationale. Et puis, ça correspondait également à l’arrivée de beaucoup de personnes vivant en Europe qui sont retournées en Afrique au moment des périodes de confinement, où il y a eu beaucoup de mises en place de tests de dépistage. On sait que, malheureusement, c’est en train de diffuser de façon massive.

On a entendu que le virus résisterait mal à la chaleur et que donc l’Afrique pourrait être épargnée. Est-ce que c’est avéré ?

On ne peut pas encore le constater. C’est vraiment une hypothèse. Et il n’y a rien pour soutenir cette hypothèse. On peut simplement dire qu’un certain nombre d’infections dues au coronavirus sont saisonnières et que lorsque arrivent les beaux jours, elles sont moins fréquentes… Est-ce qu’on va le voir pour le Covid ? On n’en sait strictement rien. En revanche, il peut y avoir d’autres facteurs environnementaux, des facteurs démographiques, qui pourraient faire, mais ça reste vraiment du conditionnel, que l’impact de la diffusion ne soit pas exactement la même chose sur le continent africain qu’ailleurs. Par exemple, la pyramide des âges n’a rien à voir avec notre pyramide en Europe, avec beaucoup de populations jeunes et les plus de 70 ans relativement faiblement représentées. Cela veut dire que les populations jeunes vont être potentiellement rapidement contaminées avec rapidement une séroconversion.

Le fait que ces populations jeunes puissent être rapidement contaminées sans faire de pathologies graves pourrait créer une sorte de frein immunitaire par rapport au reste de la population. Mais encore une fois, c’est une hypothèse.Éric Delaporte, médecin épidémiologiste à franceinfo

Et l’autre impact est très intéressant et très important pour l’Afrique, c’est que dans la mesure où, proportionnellement, il y a beaucoup moins de personnes âgées, et comme on sait que chez nous, c’est malheureusement les personnes les plus âgées, les plus de 70 ans qui ont les formes les plus graves, il pourrait y avoir un impact un peu différent en termes de prise en charge.

Est-ce qu’il faut s’inquiéter des systèmes de santé de certains pays africains qui pourraient être mises en difficulté ?

Alors la réponse est clairement oui. Il y a deux aspects. D’abord d’un point de vue diagnostic, les compétences sont là. Malheureusement, on n’est pas sûr que l’on va pouvoir les livrer en réactifs. Et c’est un vrai cri d’alarme, c’est-à-dire qu’il y a pas mal de tests qui sont mis sur le marché. Et quand on essaye de commander pour l’Afrique, la priorité, ce sont les États-Unis ou c’est l’Europe.

Ça va être très dur, potentiellement pour l’Afrique, de pouvoir s’approvisionner en tests réactifs. Eric Delaporte, médecin épidémiologiste à franceinfo

Ce sont les fournisseurs ou les pays qui leur donnent l’ordre de ne pas exporter et qui prennent la priorité, entre guillemets, nationale. Et donc, là, il y a un vrai souci pour que les pays africains puissent avoir accès eux aussi aux tests commerciaux. Deuxième aspect par rapport au système de santé, c’est la prise en charge. On sait qu’il y a 15% de personnes qui font des formes qui nécessitent une hospitalisation. Cette hospitalisation, on arrive à faire passer le cap de nos patients grâce à des respirateurs, de l’oxygénothérapie. Par exemple à Kinshasa [capitale de la RDC], pour une ville de plus de 10 millions d’habitants, il y a simplement 50 respirateurs. Cela veut dire que pour les formes graves, il va y avoir un vrai problème de prise en charge et c’est là qu’il risque d’y avoir une mortalité importante. Et puis, à côté de ça, il y a toutes les autres maladies. Il ne faut pas oublier que le Sida tue encore 700 000 personnes par an en Afrique. Donc, il y a beaucoup de populations dites vulnérables. Les personnes qui sont infectées par le virus du sida, par exemple, si elles ne sont pas sous traitement, ont un fort risque de faire des formes graves.

Coronavirus: l’Académie de médecine pour le port obligatoire d’un masque et contredit le gouvernement

Coronavirus: l’Académie de médecine pour  le port obligatoire d’un masque et contredit le gouvernement

 

L’Académie de médecine recommande de rendre obligatoire le port d’un masque lors des sorties pendant la période de confinement. Alors que la France est en pénurie, elle invite à utiliser des masques « alternatifs ». 

Porter un masque « grand public », ou « alternatif », devrait être obligatoire pour tous lors des sorties autorisées pendant la période de confinement, a recommandé ce vendredi l’Académie de médecine. Elle souhaite même que cette exigence soit maintenue lors de la levée du confinement.

« Il est établi que des personnes en période d’incubation ou en état de portage asymptomatique excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. En France, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur », estime l’Académie, dans un communiqué.

Selon l’Académie, pour que la levée du confinement soit la   »plus précoce et la moins risquée possible », l’obligation de porter un masque devra être maintenue, ainsi que toutes les mesures barrières déjà préconisées.

Municipales : l’appel de maires et de candidats pour annuler le premier tour des élections

Municipales : l’appel de maires et de candidats pour annuler le premier tour des élections

50 maires et candidats signent une tribune initiée par Renaud George, le maire (LREM) de Saint-Germain-au-Mont-d’Or (Rhône) et directeur de campagne de Gérard Collomb. Ils estiment qu’il faut revoter partout. Y compris dans les communes où une liste a dépassé les 50% le 15 mars dernier. «Que s’est-il passé le 15 mars dernier ? Un vol, tout simplement!», assurent ces élus, dont beaucoup ont été battus dès le premier tour. «Cette abstention aura marqué le scrutin car elle n’était pas libre. C’était une abstention  »contrainte »», plaident-ils.

Un avis que ne partage pas le premier ministre. Edouard Philippe a ouvert jeudi la porte à un nouveau scrutin en octobre dans les seules communes où était nécessaire un second tour.

 

S&P: la note stable AA de la France avec perspective stable

  • S&P:  la note stable AA de la France avec perspective stable
  • L’agence a maintenu la perspective stable de la note de la France, car elle «reflète nos attentes que les récentes réformes économiques, budgétaires et structurelles prises par le gouvernement ont amélioré les capacités économiques de la France de faire face aux conséquences de l’épidémie de Coviv-19», a-t-elle indiqué dans un communiqué. S&P s’attend à ce que la France connaisse cette année une récession de -1,7%, comme elle l’avait déjà indiqué il y a une semaine, «avant un rebond de la croissance en 2021».
  • Elle prévoit toutefois une dégradation du déficit budgétaire à 4,9%, soit nettement plus que ce qu’a prévu le gouvernement (3,9%) après l’annonce de ses premières mesures pour soutenir l’économie face à la crise. A la mi-février, l’agence de notation financière Moody’s avait également laissé inchangée la note de la France à Aa2, mais avait abaissé la perspective de positive à stable, en raison de l’efficacité moins forte que prévu des mesures fiscales pour enrayer le creusement du déficit public.
  • Le ministre des Finances Bruno Le Maire avait reconnu lundi que la récession qui frapperait la France cette année serait beaucoup forte que -1%, le niveau estimé au début de la période de confinement. Avant la crise du coronavirus, le gouvernement tablait sur +1,3% de croissance en 2020. Le ministre chargé du budget Gérald Darmanin avait aussi reconnu que le déficit public de la France en 2020 serait «sans doute» supérieur à 3,9%.

Jean Pisani-Ferry :aussi pour le déconfinement progressif

Jean Pisani-Ferry : pour le déconfinement progressif

 

Pour Jean Pisani-Ferry ,Economiste, la gestion fine du déconfinement sera cruciale pour la reprise, prévient l’économiste dans sa chronique qui n’apporte pas grand chose.

 

Chronique. On ne sait pas encore quand commencera le déconfinement, mais on sait, depuis les déclarations du premier ministre, qu’il se fera pas à pas. On connaît déjà les questions qu’il va poser : quelles contraintes lever et à quel rythme ? Comment minimiser les risques sanitaires d’une reprise du travail ? Et, a contrario, comment tirer le meilleur parti économique des marges de manœuvre que dégagera le ralentissement de la pandémie ?

Il ne s’agira pas – comme l’avait suggéré Donald Trump le 22 mars, avant de se raviser – de choisir entre l’économie et la santé. Les pressions des milieux d’affaires seront fortes, mais aucun responsable ne peut délibérément conduire les hôpitaux au point de rupture et voir la mortalité tripler en conséquence. Ce serait d’ailleurs un bien mauvais calcul : aux Etats-Unis, lors de la grippe espagnole de 1918-1920, les Etats et villes qui ont opté pour un confinement précoce et strict ont fini par créer plus d’emplois que les autres (« Pandemics Depress the Economy, Public Health Interventions Do Not : Evidence from the 1918 Flu », Sergio Correia, Stephan Luck et Emil Verner, SSRN, 26 mars 2020).

 

C’est seulement une fois la progression du virus stoppée (c’est-à-dire après que la distanciation sociale aura ramené au-dessous de 1 le nombre de personnes qu’un porteur du virus infecte lui-même) qu’il sera légitime de raisonner économie. Cette étape est attendue pour la fin du mois, c’est à cette échéance qu’il faut imaginer la stratégie de déconfinement. 

Dans un mois, la chute de l’activité sera sans doute plus forte que les – 35 % estimés fin mars par l’Insee : hors administrations, elle approchera sans doute les – 50 %. Sur les quelque 20 millions de salariés de droit privé du début 2020, une moitié environ seront sans doute en activité, très majoritairement en télétravail. Pour l’autre moitié, ils seront soit en chômage partiel (ils sont déjà 4 millions et l’OFCE en attend près de 6 millions), soit en arrêt maladie pour s’occuper de leurs enfants, soit sans emploi (« Evaluation au 30 mars 2020 de l’impact économique de la pandémie de Covid-19 et des mesures de confinement en France », Observatoire français des conjonctures économiques, Policy Brief, n° 65, 30 mars 2020). Si la France avait réagi comme les Etats-Unis, nous aurions déjà 2 millions de chômeurs de plus. L’activité partielle nous l’évite – même si les CDD, intérimaires et autoentrepreneurs subissent le choc de plein fouet. »

 

 

Hongrie : premier gouvernement européen de dictature

Hongrie : premier gouvernement européen de dictature

Pouvoirs illimités et pour une durée illimitée pour Viktor Orban  au nom de la lutte contre le Covid-19. La Hongrie abolit indéfiniment des pans entiers du contrôle démocratique, dénoncent dans une tribune au « Monde » Philippe Dam et Bénédicte Jeannerod, d’Human Rights Watch.

Tribune.

 

 Sous prétexte de répondre à l’urgence sanitaire liée au Covid-19, le Parlement hongrois a donné, le 31 mars, son feu vert au gouvernement de Viktor Orban pour s’attribuer des pouvoirs illimités pour une durée indéterminée. Le gouvernement hongrois peut désormais suspendre toute loi existante et en appliquer d’autres par décret, sans contrôle parlementaire ni judiciaire. Les élections ont été suspendues.

La loi prévoit aussi de nouvelles sanctions pénales de cinq ans de prison pour la publication de faits dits « faux » ou « déformés », un nouveau coup porté à la liberté des médias déjà sévèrement mise à mal dans le pays. Avec cette loi, la Hongrie devient le premier pays de l’Union européenne (UE) à abolir indéfiniment des pans entiers du contrôle démocratique, en violation flagrante des principes fondateurs et des règles de l’UE.

Ces dix dernières années, le gouvernement Orban a affaibli la justice, restreint les activités de la société civile et renforcé son contrôle sur les médias sans que cela ne provoque de réactions à la hauteur de la gravité de la situation de la part des institutions européennes. Ne pas répondre vite et fort à la nouvelle dérive autoritaire du gouvernement de Viktor Orban serait, pour ces mêmes institutions, commettre la même erreur.

 

A Budapest, on crie déjà à la surréaction et les partenaires européens sont priés d’attendre de voir comment les choses évolueront avant de protester. Mais regardons les choses en face : le caractère illimité de la loi d’urgence, l’abolition de fait de tout contrôle parlementaire et les attaques contre les médias créent un cadre incompatible avec les principes démocratiques. L’Union européenne et ses Etats membres ne doivent pas attendre des décrets encore plus problématiques et liberticides pour réagir. Ne pas le faire maintenant et vigoureusement reviendrait à accepter que ce nouvel ordre autoritaire soit acceptable au sein de l’Union européenne. 

Même depuis que le Parlement européen a déclenché, en septembre 2018, la procédure de l’article 7 du traité de l’Union européenne donnant à cette dernière la possibilité de sanctionner ses membres qui ne respectent pas les valeurs de l’Union, les Etats membres ont traîné les pieds au lieu d’intensifier la pression. Le problème n’est pas la faiblesse souvent reprochée à l’article 7, mais le fait que les Etats de l’UE et la Commission européenne n’ont pas mis tout leur poids dans cette procédure.

La Commission devrait soutenir pleinement la procédure de l’article 7. Les dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, devraient mobiliser leurs partenaires sans attendre la fin de la crise sanitaire causée par le coronavirus pour la faire avancer. La prochaine étape nécessite un vote aux quatre cinquièmes au sein du Conseil européen, ce qui, moyennant une forte mobilisation, n’est pas inaccessible.

Chômage partiel : 4 millions de salariés

Chômage partiel : 4 millions de salariés

 

Le chômage partiel dont une partie est prise en charge par l’État se développe à la vitesse du Coronavirus. Il y a les secteurs économiques auxquels le pouvoir interdit l’activité mais aussi et surtout toutes ces entreprises qui fautent de pièces et de matières premières ne peuvent fonctionner. Sans parler de celles qui n’ont plus de clients. De fait, la liste des secteurs interdits d’activité comme celle des secteurs autorisés a été effectuée de manière complètement anarchique. Ainsi ce n’est pas seulement le secteur manufacturier qui est concerné mais aussi les services qui évidemment ne peuvent non plus fonctionner sans consommables , sans équipements et sans personnel.

Même les entreprises de transport pourtant vital pour assurer la mobilité des biens essentiels sont condamnées à des activités très réduites faute de clients et même de chauffeurs. Sans parler de l’absence de moyens de protection sanitaire. « Les chiffres de ce matin, qui sont encore en progression très forte, c’est 400 000 entreprises et quatre millions de salariés c’est-à-dire un salarié sur cinq [du secteur privé] en France dans les entreprises ou les associations est en chômage partiel », a indiqué Muriel Pénicaud sur franceinfo.

Le dispositif de chômage partiel prévoit que l’employeur verse à ses salariés une indemnité correspondant à 70% de leur rémunération brute, voire 100% pour les salariés au smic ou moins. L’Etat remboursera ensuite intégralement les entreprises pour les salaires allant jusqu’à 6 927 euros bruts mensuels, c’est-à-dire 4,5 fois le smic. La ministre du Travail a par ailleurs annoncé sur franceinfo que l’Etat allait « prendre en charge à 100% (…) tous les coûts de formation pour les personnes qui sont au chômage partiel ».

Dans d’autres pays européens, comme l’Espagne, le chômage a bondi de 9,3 % en mars, avec plus de 300 000 demandeurs d’emplois supplémentaires. La situation est grave : près de 900 000 emplois – dont la moitié dans l’intérim – ont été détruits dans le pays depuis l’instauration du confinement mi-mars pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. « Les destructions d’emploi pèsent lourdement sur les femmes, les jeunes et les secteurs les plus précaires, en particulier les employés des hôtels et des restaurants et les travailleurs du bâtiment », a souligné Pepe Alvarez, dirigeant de l’UGT, le deuxième syndicat espagnol, sur la radio RNE.

La situation est similaire aux Etats-Unis, où l’on comptait il y a une semaine, 3,28 millions de chômeurs. Un nouveau record pourrait être atteint aujourd’hui avec 3,7 millions de demandeurs d’allocation chômage, indiquent Les Echos investir.

De son côté, la Commission européenne a proposé, jeudi 2 avril, d’emprunter 100 milliards d’euros garantis par des Etats européens pour financer un mécanisme de chômage partiel dans le cadre de son plan de lutte contre l’épidémie de coronavirus. Pour le financer, la Commission emprunterait sur les marchés en se servant de sa note de crédit maximale (le triple A qui lui assure des prêts aux taux les plus bas) et prêterait à son tour ces sommes à des conditions avantageuses aux Etats-membres, dont beaucoup ne peuvent se prévaloir d’une notation aussi avantageuse et n’ont donc pas accès aux meilleurs taux.

Lorsqu’un pays membre fera une demande d’aide pour subventionner les salaires, la Commission déterminera les conditions du prêt qu’elle lui octroiera. Sa proposition devra ensuite être approuvée par les gouvernements des Vingt-Sept.

Coronavirus : la réponse viendra de la mondialisation

Coronavirus : la réponse viendra de la mondialisation

Professeur de sociologie à l’université Paris-Diderot, Gérald Bronner est membre de l’Académie nationale de médecine, de l’Académie des technologies et de l’Institut universitaire de France. Spécialiste des croyances sociales, il est l’auteur de Déchéance de rationalité (Grasset, 2019) et de La Démocratie des crédules (PUF, 2013). Il va à contre-courant des reprises nationalistes estiment que la réponse au Corona virus viendra de la mondialisation.(Interview du Monde)

Chaque politique y va de son explication de la crise. Etes-vous surpris ?

Cette crise est inédite. Lorsque des êtres sociaux sont confrontés à un phénomène incertain et dramatique, en haut de l’Etat comme en bas de l’échelle sociale, il y a un immense besoin de sens. C’est une tentation anthropologique, un réflexe herméneutique d’interprétation du réel. Comment admettre qu’un accident biologique malheureux est à l’origine d’une immense catastrophe ? Les récits rendent un service intellectuel que le réel ne rend pas. Historiquement, les épidémies ont été lues comme une punition divine. Avec le coronavirus, le monde politique et religieux devient l’auberge espagnole de l’opportunisme idéologique.

La crise révèle la dépendance de la France à l’égard d’autres pays, pour les tests ou les médicaments. C’est un fait, pas une herméneutique. Cela diffère du discours selon lequel la nature nous adresse un ultimatum. Mais il faut prendre garde à la démagogie tirée des faits. Penser les conditions de notre indépendance alimentaire, énergétique, sanitaire est raisonnable. Dire qu’il faut se recroqueviller sur la souveraineté nationale, à l’inverse, est caduc puisque les questions épidémiques, écologiques, migratoires, financières sont transnationales. Ce qui a manqué, au contraire, est la coordination mondiale. Avec plus de coordination, la Chine n’aurait pas menti sur la maladie et les Européens auraient été attentifs aux informations des scientifiques asiatiques. Pourquoi chaque pays a-t-il utilisé des stratégies différentes ? Veut-on d’un monde où les nations se battent pour acheter du matériel vital aux populations ? Où chaque pays se met à stocker 1 milliard de masques ? C’est la lutte de tous contre tous qui aboutira au désintérêt collectif. La seule conclusion est d’avancer dans la coopération internationale.

C’est une mythologie. L’idée que le virus s’est répandu à cause de la mondialisation est une erreur. Si nos corps voyagent, la probabilité de diffusion de l’épidémie dans un temps court augmente. Mais dans l’histoire de l’humanité, la peste noire ou la grippe espagnole ont ravagé des populations entières. La différence, c’est qu’elles se répandaient en plus de temps, et que nous n’avions pas les moyens technologiques pour y faire face. La réponse au Covid-19 viendra de la mondialisation. Par la technologie : la médecine, le vaccin, le numérique. La science ne progresse que grâce aux interactions mondiales. Les chefs de service de réanimation français examinent en temps réel les données des études chinoises. Si le virus s’est propagé, c’est parce qu’un marché ne respectait pas les règles sanitaires que la modernité a inventées et diffusées par les échanges mondiaux, pas parce qu’il a été créé volontairement en laboratoire !

 

Les rationalistes sont démunis, ils n’ont à proposer que la formule de Nietzsche : «Laissez venir à moi le hasard». Le besoin de sens reflète la fébrilité de l’esprit humain, qui peine à accepter le hasard malheureux. Voilà pourquoi le complotisme, qui offre un récit en concurrence sur le marché cognitif, séduit un quart des Français. Cela dépasse les thèses conspirationnistes. Après l’accident nucléaire de Fukushima, la peur a été telle que les gens l’ont associé à un grand nombre de victimes, alors qu’il n’y a pas eu de mort. Une confusion narrative brouille la mémoire, et pousse une lecture du monde qui se coule dans des sillons établis. Le grand récit disponible, aujourd’hui, c’est celui de la décroissance et de la collapsologie.

Comment, dans la confusion ambiante, savoir qui a raison ?

Gare aux rétro-prévisionnistes : le futur est facile à prédire quand il est passé ! On peut faire crédit au gouvernement de l’incertitude ; la pandémie a donné lieu à une infodémie, une arborescence de données concurrentes. Mais si on avait regardé l’information auprès des meilleurs chercheurs, dans la revue Science, tout était là. Il était possible de comprendre que la méthode coréenne fonctionnait, comme il est compréhensible qu’on ne l’ait pas fait… En face, les propositions de Marine Le Pen sont à déplier sur le long cours : si on avait pratiqué une économie étatisée, aurait-on un système de santé résilient ? Si chaque nation s’était recroquevillée sur elle-même, aurait-on ce niveau de technologie et de recherche ? Mieux vaut être humble dans la crise plutôt que de dire « j’avais raison ».

 

Zone euro: la croissance s’écroule en mars de 40%

Zone euro: la croissance s’écroule en mars de 40%

 

Dans la zone euro., l’indice PMI composite IHS Markit de l’activité globale dans la région accuse ainsi un repli mensuel sans précédent en mars pour s’établir à 29,7, soit son plus bas niveau de l’histoire de l’enquête. Soit une baisse de 40%. (la limite de 50 sépare la récession de la croissance).  Cela semble confirmer que en moyenne chaque mois de confinement coute de 3 à 4 % au PIB annuel.  L’indice  très fortement reculé par rapport à son niveau de février (51,6), il a en outre affiché un repli marqué par rapport à son estimation flash (31,4), reflétant les répercussions sévères et croissantes de l’actuelle pandémie de Covid-19 sur l’économie de la zone euro.

Si l’activité a reculé de manière considérable dans les deux secteurs couverts par l’enquête, c’est toutefois le secteur des services qui a affiché le plus fort taux de contraction, celui-ci atteignant son plus haut niveau depuis le début de l’enquête. Dans l’industrie manufacturière, la production a diminué pour un quatorzième mois consécutif, enregistrant en outre sa plus importante baisse mensuelle depuis avril 2009. Chutant de 52,6 en février à 26,4, l’indice PMI IHS Markit de l’activité de services affiche également un repli mensuel d’ampleur inédite pour s’établir à son plus bas niveau historique en mars.

L’intox sanitaire et politique de la Chine

L’intox sanitaire et politique de la Chine

Laurent Malvezin, Laurent Malvezin retrace, dans une tribune au « Monde », la permanence de la stratégie du Parti communiste chinois pour s’imposer à sa population comme au monde.

 

 

Tribune. La Chine semble avoir réussi à maîtriser la propagation du Covid-19, et propose depuis lors son assistance au reste du monde frappé par la pandémie. Le retournement de situation auquel nous assistons doit être l’occasion de rappeler le fonctionnement de la politique et de la bureaucratie chinoises, pour ne plus être dupe de leur action, et nous poser les bonnes questions sur la réponse collective à apporter, au niveau national comme européen.

La gestion de la crise actuelle par la Chine obéit aux mêmes mécanismes internes depuis la création du Parti communiste en 1921 et la fondation de la République populaire en 1949. La seule différence notable est celle des moyens à sa disposition.

Le Parti voit le monde en trois ensembles : lui-même, ses nationaux, et les autres. L’objectif du Parti est d’étendre au maximum ce premier cercle à l’aide de son appareil, semblable à un corps diplomatique d’élite aux objectifs interne et externe. La logique est simple : plus le nombre de « supporters » est important, plus grandes sont les chances d’atteindre ses objectifs, quels qu’ils soient.

Considérant sa propre population comme exogène, son premier objectif, qui devient exacerbé en temps de crise, consiste non seulement à légitimer son maintien au pouvoir, mais aussi à se rendre suffisamment convaincant pour rallier un maximum de nouveaux membres et, parallèlement, affaiblir toutes les oppositions.

Il doit d’abord tester les loyautés internes : chaque entreprise, publique comme privée, doit être à la disposition de l’exécutif pour remplir toute mission qui lui sera confiée. Pour les dirigeants chinois, les efforts pour juguler la propagation du Covid-19 sont une opportunité pour resserrer les liens – entendre le contrôle – entre le Parti et la société.

Sous peu, les entreprises mobilisées recevront titres et gratifications honorifiques, leur ouvrant des portes jusque-là fermées du Parti, et par là même les subsides de l’Etat. Les recrutements de nouveaux membres du Parti battront leur plein pour renverser la tendance actuelle de raréfaction des jeunes recrues, et ainsi élargir l’entre-soi lequel se mesure au nombre des membres de plein droit et de ses supplétifs. »

Coronavirus : Édouard Philippe conteste le nombre de tests allemands

  • Coronavirus : Édouard Philippe conteste le nombre de tests allemands
  • Alors qu’actuellement la France réalise seulement 60 000 tests par semaine, l’Allemagne ,elle, atteint 300 à 500 000. La campagne de tests est massive en Allemagne et expliquerait que la proportion de décès est très inférieure à celle de la France. Il faut dire que la politique allemande est très volontariste et que le pays peut s’appuyer sur une industrie pharmaceutique très puissante. Du coup interrogé sur la question, le Premier ministre essaye de s’en sortir en mettant en cause les chiffres allemands. Notons que c’est une argumentation aussi fallacieuse qui a justifié pendant longtemps le fait que les pouvoirs publics ne recommandaient pas le port de masques et même le déconseillaient . On peut facilement retrouver les déclarations officielles du Premier ministre, du directeur général de la santé et du ministre de la santé affirmant cette contrevérité pourtant mortelle.
  • Ce n’est qu’après le 23 février que les pouvoirs publics ont commencé à changer leur discours considérant que le masque pouvait être utile. La vérité c’est qu’on a choisi une argumentation de pénurie correspondant à la pénurie de masques qu’on avait oubliés de renouveler. le premier ministre Edouard Philippe est notamment revenu sur la campagne de dépistage du coronavirus outre-Rhin. Interrogé sur le sujet des 500.000 tests par semaine réalisés en Allemagne, le chef du gouvernement a cependant exprimé ses doutes.
  •  «Je suis prudent sur l’ensemble des chiffres, non pas du tout parce que je croirais à la malveillance ou à la malhonnêteté de nos amis allemands», a-t-il commencé, ajoutant : «Je ne sais pas forcément comment ils construisent leurs chiffres. Quand l’Allemagne dit qu’elle procède à 500.000 tests par semaine, est-on absolument certain qu’elle procède à 500.000 tests par semaine, ou qu’elle se fixe l’objectif de… ou qu’elle pourrait techniquement procéder à… ?». «Il peut y avoir un décalage entre la réalité de ce qui est fait et l’ambition ou l’objectif affichés», a encore expliqué le Premier ministre; un premier ministre incapable de toute façon d’expliquer l’énorme décalage de la pratique des tests mais qui n’a quand même pas osé comme pour les masques en critiquer l’intérêt comme précédemment.

Coronavirus: Les chiffres très douteux de la pandémie

Coronavirus: Les chiffres très douteux de la pandémie

 

Les chiffres de la pandémie sont très douteux pour des raisons politiques mais aussi des raisons méthodologiques. Il est clair que les gouvernements ont intérêt à minimiser le nombre de personnes atteintes par le virus pour montrer l’efficacité de leur politique de prévention. Le problème majeur c’est qu’on est complètement incapable de savoir exactement quel est le nombre d’infectées sauf à pratiquer le dépistage systématique de toute la population. Des experts  considèrent qu’à terme il y aura 50 % d’infectées dans la population ( beaucoup disent asymptomatique ne se rendront compte de rien, d’autres n’auront que des symptômes très légers et une très petite minorité aura des complications notamment pulmonaires). Or en France en particulier, le dépistage est très marginal, il porte que sur quelques milliers de personnes. En France donc le nombre d’infectées est celui de ceux  constatés comme positifs lors d’un test. le problème est que la France est un pays où l’on pratique très peu de tests!

On ne peut pas non plus déduire un taux de mortalité puisque le dénominateur est particulièrement approximatif. Notons aussi concernant le nombre de décès que les chiffres avancés sont également particulièrement flous. En effet pendant longtemps on a pas pris en compte le nombre de décès dans les EHPAD. Pas plus d’ailleurs que le nombre de décès hors des hôpitaux en général. Or ce nombre est aussi important que celui constaté en milieu hospitalier.

Une frange donc très limitée de la population, et qui ne prend nullement en compte la masse de porteurs « sains ». Le nombre de personnes réellement infectées au Coronavirus peut donc en France être deux, trois, dix, vingt, cinquante fois supérieur aux chiffres annoncés. Ce que Santé Publique France précise par ailleurs, sur son site Internet : « du fait de la difficulté de l’identification et de la confirmation biologique de l’ensemble des cas de Covid-19, les données présentées sous-estiment le nombre réel de cas. Dans le cadre du passage en phase 3 les recommandations étant maintenant de réaliser un prélèvement à visée diagnostic uniquement pour certaines catégories de patients, cette sous-estimation devient plus importante. »

Cette question, cruciale, du dépistage rend impossible toute comparaison fiable entre les pays. Chaque gouvernement a sa propre politique : la Corée du Sud teste à tour de bras, l’Allemagne recommande de ne dépister que les personnes présentant des symptômes grippaux, l’Espagne suit des malades par téléphone faute de pouvoir tester tout le monde… De plus, les chiffres ne sont pas collectés, compilés et corrigés de la même manière. L’évaluation de cette pandémie planétaire bute sur les façons de faire nationales et explique les écarts magistraux entre le nombre de cas recensés.

Face à toutes ces difficultés, la tentation de ne rien faire peut être grande. Pourtant, même incomplètes et limitées, les statistiques restent un vecteur de connaissance et de compréhension indispensables. Leur utilisation est nécessaire, si certaines conditions sont respectées : les limites des chiffres tout comme les méthodologies sélectionnées pour les présenter doivent être explicitées de manière transparente

Crise sanitaire : reprise de l’école très hypothétique le 4 mai, le bac supprimé

Crise sanitaire : reprise de l’école très hypothétique  le 4 mai, le bac supprimé

 

Contrairement à ce qu’avait affirmé très récemment le ministre de l’éducation nationale, la réouverture des écoles n’aura sans doute pas lieu à partir du 4 mai. Plus vraisemblablement maintenant, le confinement sera encore prolongé à coups de périodes de 15 jours. Finalement, la saison scolaire pourrait bien être terminée. Les élèves pourraient au mieux retrouver les bancs d’école en septembre octobre. Le ministre de l’éducation nationale patauge un peu pour expliquer que sa prévision récent de réouverture le 4 mai n’est qu’une hypothèse. Concernant le bac officiellement au maintien toujours la perspective d’un examen en été.

Rien n’est sûr non plus pour le Bac, et il se pourrait bien qu’on se fie cette année uniquement sur les résultats scolaires comme l’a indiqué hier le premier minitre. . Ce qui par parenthèse pourrait aussi préfigurer les conditions de passage futur du diplôme phare  pour la plupart des Français « C’est une possibilité, ça dépend de l’évolution de l’épidémie. J’espère qu’on sera en mesure de rentrer le 4 mai (…) Il faudrait que le pic de l’épidémie soit derrière nous à ce moment-là. (…) Ce sera peut-être plus tard », a commenté le ministre.

Pour l’heure, cette date annoncée avec des pincettes « est encore compatible avec ce qui a été dit par les autorités de santé », mais une décision plus précise devrait être prise dans le courant du mois d’avril. 

En raison du nouveau coronavirus, les écoles françaises sont fermées depuis le 16 mars, pour une durée indéterminée. Une situation qui chamboule le programme scolaire de quelque 12 millions d’élèves, et notamment celui des lycéens qui doivent passer leur baccalauréat cet été. 

«Coronavirus: drôle de guerre…» ( Vincent Lamkin ,Comfluence)

«Coronavirus: drôle de guerre…» ( Vincent Lamkin ,Comfluence)

 

« Indifférent à nos affres, le printemps tape déjà à nos fenêtres – soleil au poing. On peut à nouveau les ouvrir en grand pour le faire entrer, tel un vieil ami : c’est une façon comme une autre de prendre l’air. Pas un bruit de voiture ou presque ne vient troubler le silence alentour. À Paris, où l’on entend les oiseaux chanter, on se croirait presque à la campagne ou à Venise – qui se paie des vacances bien méritées… Dans le creux de l’après-midi, les bruits alentour résonnent comme dans une cour d’immeuble les soirs d’été : bruits de vaisselle, filets de voix, coups de feu à la télévision, traces fugaces d’un passage, etc.

Éternel retour donc. Dans l’air tiède et limpide, cependant, règne un curieux sentiment de fin du monde. Comme toujours, on aime à se gargariser de mots, à les coller aux mauvais endroits… On savait déjà que certains se croient en France en dictature ; nos gouvernants, eux, se découvrent en guerre. Drôle de guerre… Faut-il se souvenir que la dernière de ce nom a fini en débâcle… Ici, le front se joue à l’arrière, là où l’on soigne les blessés, c’est-à-dire dans les hôpitaux. Ici, les usines qui tournent à plein sont celles qui nous arment en nourriture et en papier hygiénique. Nous avons fait le plein de munitions (certains, pressés de se battre sans doute, plus que d’autres). Il faudrait désormais, dans le moindre de nos gestes, y compris ceux-là, et dans la moindre de nos responsabilités, investir un héroïsme et une fierté qui ne sont pas de mise.

Dans Alias Caracalla, son journal de guerre en quelque sorte, le merveilleux Daniel Cordier, qui fut en France occupée le secrétaire de Jean Moulin jusqu’à son arrestation, évoque le samedi 6 juillet 1940. Il est à Londres, et depuis six heures du matin L’Olympia est une ruche qui se prépare à accueillir le Général de Gaulle. Cordier ne l’a encore jamais vu… « Pendant que le colonel Magrin-Verneret ordonne “A vos rangs, fixe !”, un officier apparaît. Son corps se découpe en ombre chinoise sur le fond lumineux. Il est mince et démesuré. En franchissant la porte, il se baisse légèrement à cause de son képi. Il s’avance lentement vers nous, suivi d’un jeune gradé, puis s’immobilise dans l’alignement des sections et salue. C’est le général de Gaulle. »

Quels sont les premiers mots qu’il adresse à ces très jeunes ou moins jeunes Français, venus le rejoindre à Londres pour continuer le combat : « Je ne vous féliciterai pas d’être venus : vous avez fait votre devoir. » Qui pourrait encore prononcer de telles phrases ? Et qui pour les accueillir ? Notre devoir et nos devoirs… Comme les enfants, scolarisés à demeure, voilà pourtant ce qu’il nous reste à faire de mieux. Sans pathos, sans excès.

Nous avons tous, bien sûr, notre mot à dire sur la chose, à commencer pour lire dans les entrailles du monstre, c’est-à-dire de l’événement. Merveilleusement, chacun, en prédicateur avisé, réussit à voir là ses aspirations ou ses craintes se révéler, ou les deux à la fois : le drame favorisant la lucidité. À la valeur absolue de la liberté et à la foi dans un monde sans frontière et sans mur, répond le nécessaire rapatriement de nos capacités de production et un repli de bon sens face à une mondialisation qui nous montre, enfin, l’évidence et l’absurde de ses excès.

Aux vertus d’une décroissance heureuse, fut-elle imposée par les événements, et au bonheur d’un monde où les eaux redeviennent translucides et où les animaux, accostant de nouveau à nos rivages, nous reviennent d’un Eden perdu, répond le progrès scientifique et technologique, seul capable de nous sauver et de nous permettre par une grande solidarité planétaire, d’aller de l’avant et de vaincre tous les caprices de la nature, là où jadis nous les subissions. Etc.

Cette guerre n’est donc pas seulement celle qu’on croit – guerre de tous, contre un ennemi qui n’est visible qu’au microscope –, mais bel et bien aussi, sous cet autre visage, la poursuite de cette guerre des idées et des valeurs qui tiraille en profondeur notre époque et qui nous interroge collectivement quant à l’avenir de l’humanité et du monde et aux chemins à suivre.

Plus rien ne sera comme avant donc (une fois encore), puisqu’il faut monter d’un cran dans les leçons à tirer de l’Histoire. Mais n’avons-nous pas cependant, à l’instant présent, forts de nos éternelles contradictions, qu’une seule envie : que tout redevienne, plus ou moins, comme avant ? »

Vincent Lamkin, associé-fondateur de l’agence Comfluence et co-Président d’Opinion Valley.

Coronavirus : la France pour un fonds européen financé par la dette !

Coronavirus : la France pour un fonds  européen financé par la dette !

 

L’ingénierie budgétaire française continue de fonctionner avec une nouvelle proposition pour mutualiser la dette au plan européen. On sait que les pays du nord  et l’Allemagne en particulier refusent le concept de mutualisation d’emprunts  communs Eurobonds). Du coup, le ministre de l’économie française propose la création d’un fonds commun européen lui aussi mutualisé et financé…. par la dette ! une manière détournée de faire payer aux  pays rigoureux la dette de pays à la gestion plus laxiste comme l’Italie, l’Espagne, la France ou la Grèce.. Comme si la dette pouvait constituer un moyen sérieux de financement. Il est clair que la France va dépasser et de loin le déficit prévu initialement à 2,2 % pour 2020.

Avec moins de rentrées fiscales et davantage de dépenses, le dérapage budgétaire de la France pourrait atteindre 7 % du PIB. Pour l’empêcher Bruno le maire propose donc une solution qui permettrait de faire supporter une partie de cette dette par toute l’Europe. Dans une interview accordée au Financial Times, le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire a donc  indiqué que la France allait proposer le lancement d’un fonds de sauvetage européen, qui serait financé par de la dette commune pour une durée limitée à cinq ou dix ans.

« Nous réfléchissons à un fonds qui serait limité dans le temps avec une possibilité d’endettement comme réponse de long terme à la crise », a déclaré le ministre français au quotidien économique. « Une solution pourrait être d’avoir un fonds pour disons cinq ou dix ans – limité dans le temps – avec la possibilité d’avoir de la dette commune mais seulement dans le cadre de ce fonds. Ce pourrait être plus acceptable pour d’autres pays », a-t-il ajouté.

 

Ses propos ont été confirmés par Bercy. La semaine dernière, neuf pays européens, dont la France et l’Italie, avaient appelé à lancer des obligations communes à toute l’Union européenne pour faire face au coronavirus. Un outil surnommé « Coronabonds ». Le principal avantage d’un tel instrument financier est de mutualiser la dette et d’empêcher la spéculation sur les Etats en difficulté, dont les taux d’intérêts des obligations sont beaucoup plus élevés.

 

Cette proposition a mis une pression sur l’Allemagne, qui refuse toute mutualisation des dettes dans la zone euro, mais s’est déclarée « prête » à « faire jouer la solidarité européenne ».  M. Le Maire a précisé au Financial Times que « s’il était difficile pour de nombreux Etats membres d’envisager de faire un emprunt commun » dans le cadre du budget pluriannuel de l’UE, il fallait le faire en dehors de ce cadre et pour une période limitée dans le temps. Selon un responsable français cité par le quotidien, le fonds proposé par la France pourrait « compléter » le budget de l’UE et serait géré comme lui par la Commission européenne et non par le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Ce dernier est doté d’une force de frappe de 410 milliards d’euros et peut fournir des prêts à taux bonifiés aux Etats dans le besoin, mais ils ont jusqu’ici toujours été assortis de conditions précises, comme d’entreprendre des réformes du marché du travail, ou d’objectifs budgétaires.

Chômage partiel : Plus de 3,6 millions de salariés, 35% de l’économie paralysée

Chômage partiel : Plus de 3,6 millions de salariés, 35% de l’économie paralysée

Près de 20 % de la population sont actuellement en chômage partiel. Il faut ajouter à ce chiffre les salariés en congé plus ou moins forcé et en horaire réduit. Au total, l’appareil de production ne tourne qu’environ 65 %. D’où ce chiffre de 3 % de perte du pénible par mois de confinement avancé par certains experts dont l’INSEE quand d’autres experts pour ne pas désespérer sans doute les acteurs économiques parlent encore d’une incidence de deux à 2 % sur l’ensemble de l’année!  On entrevoit pas une reprise significative avant le début de l’été. Elle sera même sans doute progressive comme indiqué le Premier ministre jusqu’à la rentrée voir jusqu’à la fin de l’année. La perte de croissance pour le PIB  pourrait donc être de 15 à 20 %. Des conséquences terribles qui vont se traduire en défaillances d’entreprises et en chômage. On prévoit d’ores et déjà un taux de chômage pouvant passer de 8 % précédemment à 20 %.

Et e recours au chômage partiel s’intensifie nettement. Plus de 337.000 entreprises françaises ont fait appel à ce dispositif pour faire face à la crise du coronavirus, ce qui représente plus de 3,6 millions de salariés.

Dans le détail, depuis vendredi soir et le dernier décompte annoncé par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, ce sont plus d’un million de salariés supplémentaires qui ont été placés en chômage partiel.

Pour l’heure le coût estimé dépasse les 11 milliards d’euros. «Le système pour éviter le licenciement et préparer la reprise est en pleine montée en puissance, on peut être fier d’un système autant protecteur», a expliqué la ministre à l’issue du Conseil des ministres. Une ministre qui sous-estime sans doute et de loin probable de l’opération sera plus proche de 50 milliards que de 10 milliards.

1500 € aux entreprises : plus de 204.000 demandes pour une aide dérisoire

1500 € aux entreprises : plus de 204.000 demandes pour une aide dérisoire

 

Ce n’est sans doute pas une aide de 1500 € qui évitera la vague de défaillances qui va affecter nombre de petites et moyennes entreprises. Pour autant « c’est toujours ça de pris » estime beaucoup de demandeurs. La vérité c’est que cette aide ne changera pas grand-chose. Certaines entreprises n’en avaient d’ailleurs sans doute pas besoin quant aux autres la somme est trop dérisoire pour constituer le moindre ballon d’oxygène. Autant dire que cette mesure générale est complètement inefficace vis-à-vis du sauvetage de société en difficulté du fait de la pandémie. Pour certaines entreprises, il n’y aura pas de rattrapage du chiffre  d’affaires, les clients abandonnant purement et simplement leur demande. Pour d’autres, il sera possible d’en récupérer une partie  mais  se pose surtout un problème de trésorerie qui devrait être réglé non pas par une somme ridicule mais par des prêts sans intérêt au remboursement très étalé dans le temps. Finalement,  la mesure du gouvernement est une disposition à caractère très médiatique qui ne couvre même pas la charge salariale d’un employé ou du patron qu’il est seul pour un seul mois..

Le fonds de solidarité prévoit de compenser jusqu’à 1.500 euros la perte de chiffre d’affaires des très petites entreprises et indépendants réalisant moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires et employant moins de dix salariés. Pour être éligibles, les entreprises doivent avoir perdu 50% de leur chiffre d’affaires du mois de mars par rapport au mois de mars de 2019, et ainsi de suite pour le mois suivant.

Dans un premier temps, le gouvernement avait fixé ce critère à 70% de perte d’activité, avant de l’abaisser mardi face aux critiques des entrepreneurs concernés. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a indiqué qu’1,7 milliards d’euros devraient être dépensés pour le seul mois de mars. Bercy considère qu’environ 600.000 entreprises pourraient en bénéficier. Pour cela, elles doivent s’adresser à l’administration fiscale, qui est chargée de verser cette aide.

 

Lamentable attitude de La Poste

 

 

 

-Dans une période de crise comme celle du coronavirus, les services publics sont d’autant plus indispensables. Mais pas  pour  la direction de cette entreprise un pied dans le public, un pied dans le privé mais qui s’est considérée comme une administration pour fermer ses guichets et réduira à trois jours la distribution du courrier et de la presse. La conséquence directe c’est évidemment de priver de petits utilisateurs notamment de chèques postaux de possibilités de réaliser des opérations financières indispensables à la vie quotidienne mais c’est aussi à coup sûr la condamnation future d’une grande partie de la presse écrite.

Beaucoup de ces médias ne pourront pas supporter le choc. Déjà structurellement en difficulté du fait de la baisse tendancielle de leur audience, nombreux de journaux et de périodiques vont donc disparaître. La poste qui veut se transformer en grandes banques privées a encore du chemin à faire. Il faudrait sans doute choisir pour la Poste: ne pas prendre que les avantages du privé pour attirer les capitaux et l’épargne et ne pas prendre les habitudes de l’administration pour fermer la boutique au moindre coup de vent. Heureusement, d’autres administrations autrement plus exposées les services médicaux par exemple, les pompiers, les télécommunications, l’énergie, la police ou encore les transports continuent de fonctionner ( sans parler des caissières de magasins).

Observons aussi que les guichets des banques privées à la hauteur de 75 % en seulement 10 % de ceux de La Poste sont ouverts. Bien sûr il convient sans doute de protéger les salariés de la poste des guichets ou de la distribution. Mais la limitation de ce service public pose la question de l’intérêt de maintenir dans le giron de l’État une activité aussi peu fiable. Sans parler de la politique de désertification des territoires qui voit de plus en plus de guichets se fermer de manière définitive.

Coronavirus: un million de cas confirmés (OMS)

Coronavirus: un million de cas confirmés (OMS)

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“Au cours des cinq dernières semaines, le nombre de nouveaux cas a connu une croissance quasi exponentielle et le nombre de décès a plus que doublé au cours de la semaine écoulée”, a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d’une conférence de presse à Genève.

“Dans les prochains jours, nous atteindrons un million de cas confirmés et 50.000 décès dans le monde entier”, a-t-il déclaré.

La Chine, où l’épidémie de coronavirus est apparue pour la première fois en décembre, a révélé mercredi pour la première fois le nombre de cas asymptomatiques, ce qui pourrait compliquer la lecture des tendances de l’épidémie. Interrogée sur cette distinction, le Dr Maria ver Kerkhove, épidémiologiste de l’OMS faisant partie d’une équipe internationale qui s’est rendue en Chine en février, a déclaré que la définition de l’OMS incluait les cas confirmés en laboratoire “quel que soit le développement des symptômes”.

“D’après les données que nous avons vues en Chine en particulier, nous savons que parmi les individus identifiés, qui sont répertoriés comme asymptomatiques, environ 75% d’entre eux développent des symptômes”, a-t-elle déclaré, les décrivant comme ayant été dans une “phase pré-symptomatique”.

L’épidémie continue d’être alimentée par des personnes qui présentent des signes de maladie, notamment de la fièvre et de la toux, mais il est important pour l’OMS de saisir “tout le spectre de la maladie”, a-t-elle ajouté.

« Coronavirus : parler de guerre est une faute » (Michel Wieviorka )

« Coronavirus : parler de guerre est une faute » (Michel Wieviorka )

Le sociologue Michel Wieviorka, condamne  la rhétorique guerrière retenue dans la lutte contre le Covid-19, et compte sur la démocratie dans cette crise. ( interview de la Tribune)

 

La Tribune – Ce moment si particulier de début de confinement, comment l’éprouvez-vous intimement, comment l’interprétez-vous intellectuellement ?

Nous vivons un choc qui est à la fois collectif – à divers niveaux, du mondial au local – et personnel, intime. Certains sont mieux placés que d’autres pour l’encaisser et faire preuve, comme le qualifie un mot à la mode, de résilience, et même pour se projeter vers l’avenir. Je fais partie des privilégiés, socialement, économiquement, mais cela ne m’empêche pas de penser aux plus faibles, aux plus démunis – l’économie n’est pas seule à devoir être sauvée, il y a aussi des individus en déshérence ou très fragiles.

Je fais partie des générations âgées, mais cela ne m’empêche pas de penser aux vieillards, isolés ou dans des Ehpad si insuffisamment soutenus par la puissance publique, ou aux jeunes générations et à l’avenir de leur point de vue. Bref, je « ne m’en sors personnellement pas trop mal », et tout en veillant à distance au fonctionnement de l’institution que je dirige, la Fondation Maison des sciences de l’Homme, je réfléchis, lis et écris à partir de cette expérience.

Je pense beaucoup au sociologue allemand Ulrich Beck [1944 - 2015], dont j’étais l’ami. Il a ouvert la voie aux réflexions les plus fécondes sur la société du risque et, titre de son dernier livre que je viens de relire, sur The Metamorphosis of the World (Polity Press, 2016).

Vous venez de publier Pour une démocratie de combat (Robert Laffont, 2020). Un écho saisissant aux déclarations et à la posture du Président de la République, affirmant que nous sommes en « guerre » et adoptant discours et actes d’un chef martial. Aux yeux du sociologue et historien, cette sémantique belliqueuse est-elle appropriée et judicieuse ?

Les mots sont importants, nous le savons très bien lorsqu’il y a lieu de s’inquiéter, à juste titre, des pulsions fascisantes qui animent nos sociétés – à ce propos, j’ai été heureux de préfacer la traduction en français du livre de Robert Habeck, le dirigeant des Verts allemands, Du langage en politique. Ce que les mots font à la démocratie (Les Petits matins, 2020). Mais nous devrions être attentifs tout autant à la sémantique des responsables les plus démocrates qui soient. Parler de « guerre » me semble inadapté, incongru et déplacé, c’est même une faute s’il s’agit aujourd’hui du Covid-19, comme ce l’était en 2015 à propos du terrorisme, et même encore plus. Une guerre ne surgit pas de nulle part, comme l’a montré l’historien Christopher Clark à propos de la Première Guerre mondiale (dans Les somnambules, Flammarion, 2013), il s’agit là d’une pure construction politique et sociale. Or le virus n’est pas un ennemi humain, il a frappé soudainement. S’y opposer convoque des politiques publiques. Le discours de la guerre ne veut voir que l’unité du corps social, il interdit le traitement démocratique de ce qui nous divise, et face à l’épidémie il autorise l’opacité, la dissimulation de la part du pouvoir. Ce qui est contre-productif dans un tel combat. De plus, le discours de la guerre flatte les tendances à mettre en avant l’idée de nation, et de là il rend difficile d’être complètement orthogonal par rapport aux dérives nationalistes.

« Le discours de la guerre ne veut voir que l’unité du corps social, il interdit le traitement démocratique de ce qui nous divise, et face à l’épidémie il autorise l’opacité, la dissimulation de la part du pouvoir. Ce qui est contre-productif dans un tel combat »

Quel défi, c’est-à-dire quels périls et quelles opportunités, ce « moment historique » a-t-il commencé d’exercer sur notre et les démocraties ?

Le défi est d’abord vital. Vital du point de vue des personnes singulières, du point de vue des pays, du point de vue de l’humanité. Mais il l’est inégalement : les plus aisés et les plus jeunes s’en sortiront mieux. Il met en cause les équilibres géopolitiques, il questionne notamment la place de la Chine, que l’on découvre être davantage qu’une puissance majeure : le reste du monde en est dépendant pour nombre de produits, nous vivons sous son emprise. Ce défi suggère de repenser l’économie, fait exploser les idéologies néo-libérales, et incite à parler de nouveau de dé-mondialisation, de ré-industrialisation.

Il est aussi social. A cet effet, il interroge les politiques publiques dans bien des domaines, en premier lieu de la santé. Ulrich Beck avait forgé l’idée de « métamorphose du monde » pour expliquer que nous vivons bien plus qu’une transformation dans laquelle les réalités antérieures se modifient sans nécessairement disparaître : nous sommes dans une rupture anthropologique majeure, qui nous oblige à tout repenser. Il précisait que cette métamorphose peut avoir des dimensions positives, et ainsi proposait le concept de « emancipatory catastrophism » : toute tragédie – et la pandémie en est une – peut profiter à l’émancipation, au mieux, au bon.

Que sortira-t-il de « bon » justement ? Un autre rapport à la nature ? D’autres modes de production, de consommation ? D’autres conceptions de la culture, de la ville, de la mobilité, des loisirs ? Le défi est là : la crise va nous conduire à choisir : voulons-nous continuer à laisser prospérer les populismes, les extrémismes, les nationalismes, l’autoritarisme ? Ou pouvons-nous essayer de construire un monde meilleur ? Après tout, la sortie de la grande crise de 1929 a donné naissance d’un côté au New Deal, de l’autre à Hitler… Et face à ce défi, il n’est pas contestable que les démocraties sont mieux outillées que les dictatures, même chinoise.

Quelle « démocratie de combat » doit-on commencer d’inventer qui permettra à la démocratie d’une part de gagner cette guerre, d’autre part de survivre à cette guerre, enfin de sortir davantage renforcée qu’affaiblie par cette guerre ? Une nouvelle démocratie peut-elle voir le jour ?

La pandémie est donc l’occasion d’opposer la démocratie à l’autoritarisme. Mais évitons les appréciations trop simples. L’action a été inaugurée en Chine sous les auspices du mensonge et de la persécution de ceux qui comme le docteur Li Wenliang annonçaient l’épidémie. Elle a permis au régime de se renforcer, et a montré l’efficacité de mesures apparemment brutales mais qui ont produit rapidement leurs effets. Ailleurs en Asie, en Corée du Sud, au Japon, à Singapour, à Taïwan, des régimes démocratiques ont su eux aussi faire preuve d’efficacité, tout en mettant en œuvre des mesures qui si elles devaient se prolonger après la crise, constitueraient autant d’atteintes aux libertés et aux droits de l’homme : notamment le traçage des individus un par un. En France, les mesures déployées ont été moins efficaces, faute surtout de préparation antérieure – l’Asie avait l’expérience de ce type d’épidémie. L’Etat de droit, la séparation des pouvoirs ou les acquis sociaux en ont été affectés. En fait, partout dans le monde, la démocratie, pour être sauvée, a dû s’adosser sur des mesures non démocratiques, autoritaires.

La démocratie, c’est à la fois l’unité et la capacité de traiter de ce qui divise le corps social sans violence, tout en respectant l’Etat. En fait, en temps de menace, la priorité est donnée à l’unité, et on voit bien comment deux impératifs existent face au risque ou à la catastrophe : la sécurité s’oppose d’une part au maintien de la vie économique, d’autre part aux libertés individuelles. Ce qui produit toute sorte de variantes possibles, selon ce qui, d’un pays à un autre, est privilégié par les gouvernements.

« D’un coup, nous sommes confrontés à notre capacité de (sur)vivre et de nous projeter vers l’avenir. Nous découvrons les impasses de la pensée technocratique, purement gestionnaire, et comptable, à laquelle bien des gauches ont adhéré, perdant alors leur âme. Nous constatons que l’Etat, en s’éloignant de politiques de redistribution, en cessant d’investir suffisamment dans des domaines cruciaux comme l’éducation ou la santé, a failli, et qu’il faut le repenser, au plus loin des dogmes néo-libéraux. »

Le politologue Pascal Perrineau l’espère : cet épisode unique dans l’histoire contemporaine peut être l’opportunité de réintroduire le « tragique« , ce tragique que la longue période de paix, mais aussi l’arrogance, la vanité, le culte prométhéen, la folie technologique et scientiste, ont effacé de la mémoire collective. Ce tragique qui affecte chaque individu dans son individualité mais aussi dans son rapport à la collectivité, peut-il contribuer à faire de nouveau « société ensemble », et même « communauté de destins » ? De cette appréciation inédite de la peur peut-il naître un devenir aussi stimulant qu’au lendemain de la Libération ?

Surtout, ce qui réapparaît comme opportunité, c’est l’histoire et la politique. D’un coup, nous sommes confrontés à notre capacité de (sur)vivre et de nous projeter vers l’avenir. Nous découvrons les impasses de la pensée technocratique, purement gestionnaire, et comptable, à laquelle bien des gauches ont adhéré, perdant alors leur âme. Nous constatons que l’Etat, en s’éloignant de politiques de redistribution, en cessant d’investir suffisamment dans des domaines cruciaux comme l’éducation ou la santé, a failli, et qu’il faut le repenser, au plus loin des dogmes néo-libéraux. Nous voyons que la solidarité peut aussi, et peut-être même d’abord, se construire bottom up, à partir d’une formidable mobilisation de la société civile structurée autour de ses associations, de ses réseaux d’entraide, et d’une multitude d’initiatives dont certaines relèvent de l’économie sociale et solidaire. Nous observons une immense soif de démocratie, qui sollicite des demandes de transparence et de vérité : les citoyens ne demandent pas au gouvernement de « tout réussir », ils attendent qu’il les informe convenablement, sans langue de bois, sans mensonges ou omissions sur des points sensibles – comme le nombre de décès, puisque les seuls comptabilisés ont longtemps été ceux qui se jouaient à l’hôpital, ou l’origine du déficit de masques ou de tests. A cette condition, le discours de l’unité peut fonctionner.

Mais ne nous y trompons pas : cette aspiration à l’unité ne fait pas l’unanimité. C’est pourquoi le débat démocratique, même conflictuel mais non violent, est si important. Il permet de négocier, d’aboutir à des choix, des décisions, d’éventuels compromis. Il apporte sa légitimité à l’action gouvernementale.

Le tragique, c’est lorsque tout ceci devient presque impossible, et qu’apparaissent alors soit des héros - qui en se comportant de façon exceptionnelle montrent à quel point il est difficile d’agir de façon ordinaire -, soit des salauds - qui volent et s’enrichissent -, soit des irresponsables – qui agissent de façon incivique. Le tragique, c’est quand l’histoire se substitue à la routine et au fonctionnement habituel.

Pour l’heure, la nation semble se resserrer, elle se coalise dans la peur et se soude dans le malheur, elle se rassemble d’une seule voix dans le soutien au personnel soignant, elle fait front derrière les figures de l’Etat, elle fait preuve d’actes de solidarité – qui cohabitent toutefois avec d’autres, égoïstes. Et la promesse de construire un « avenir nouveau », plus humain, plus altruiste, plus « care », davantage tourné vers l’essentiel, est clamée partout. Cette promesse est-elle… promise à s’enraciner autrement que celles, tout aussi généreuses et fortes, qui suivirent la crise financière de 2008 et ne virent jamais le jour ?

Les plus blasés affirmeront : tout redeviendra comme avant sitôt la crise terminée, l’habitude retrouvera tous ses droits. Les plus pessimistes déclareront : rien ne sera plus comme avant, tout sera pire, les inégalités seront renforcées entre individus, entre groupes, entre pays, l’économie sera entrée dans une phase de grande régression, les nationalismes déboucheront sur des bruits de bottes, puis sur des guerres, etc. Quant aux optimistes – dont Beck était, et dont je suis -, ils seront attentifs à ce qui nous fait entrer dans une « ère nouvelle ». Une ère nouvelle où l’idée de progrès retrouve son sens, où l’économie – plus juste socialement et cessant d’être comme déconnectée de la politique – se relance sur des bases inédites, où la représentation politique reprend des couleurs, où l’écologie forme une préoccupation débouchant sur des décisions concrètes, internationales, etc. Une telle perspective implique que nous pensions autrement, que nous inventions des catégories, des concepts, des mots peut-être même, et que nous fassions confiance à la science pour éclairer les décisions, sans pour autant que les scientifiques se substituent aux responsables politiques. Dès lors, les sciences humaines et sociales ont devant elles un « boulevard » – à condition de bénéficier de politiques et de formes d’emploi et de financement autres que la règle en vigueur aujourd’hui.

Une strate déterminante du fonctionnement de la démocratie que Nicolas Sarkozy avait, le premier, violemment discréditée et marginalisée, et que de manière plus surprenante Emmanuel Macron a négligée, est composée des corps intermédiaires, au niveaux tant national que local. Quelle reconnaissance le chef de l’Etat doit-il irrépressiblement leur conférer aujourd’hui pour gérer la crise et demain pour reconstruire le pays et revitaliser la démocratie ?

Le constat est juste, mais l’expression de « corps intermédiaires » n’est pas la mieux adaptée. Elle renvoie à l’image d’une construction formée, à son sommet, du pouvoir (l’Elysée), à sa base, de la population, et entre les deux, de ces « corps ». D’autres images méritent examen. Celle par exemple, classique depuis Montesquieu, de la séparation des pouvoirs. Celle aussi d’un pouvoir d’Etat qui n’est pas l’horizon indépassable de l’action politique. Toujours est-il que nous avons vécu, sous Nicolas Sarkozy, plus encore ensuite avec François Hollande, l’épuisement de la représentation politique classique, et une configuration qui a abouti à la situation actuelle : un pouvoir installé, selon ses dires, au centre, et en réalité plutôt à droite. Puis sur ses deux flancs, plus rien jusqu’aux extrêmes de gauche et de droite. Nous avons vu aussi le syndicalisme être ignoré ou presque, y compris lorsqu’avec la CFDT et Laurent Berger, il se présente comme un acteur négociateur ouvert au débat et au compromis. Ajoutons que les institutions n’ont pas été pleinement respectées, le Conseil d’Etat n’a pas été écouté à propos de la loi sur les retraites.

On peut certes s’interroger : si les partis classiques et les syndicats ont semblé ainsi perdre pied, n’était-ce pas aussi de leur faute ? Et le phénomène n’étant pas propre à la France, ne faut-il pas y voir une tendance mondiale, générale ? Certainement. Mais ce qui frappe, c’est que le chef de l’Etat n’a jusqu’à peu rien fait pour créer les conditions d’une reconstruction de ces acteurs et des systèmes dans lesquels ils opèrent. Avec la crise, il a semblé modifier quelque peu cette attitude : il a – bien mal lui en a pris – écouté les dirigeants de tous les partis qui lui demandaient de maintenir le premier tour des élections municipales du 15 mars 2020 ; il s’est entouré des avis d’instances scientifiques, et pas seulement de ses conseillers habituels. Il a annoncé le report de la loi sur les retraites.

Mais il a aussi pris des mesures d’urgence qui contredisent cette image. La reconstruction est annoncée, toutefois rien n’indique qu’elle s’exercera en reconnaissant la nécessité de ces « corps intermédiaires », et en faisant en sorte qu’ils deviennent de plus en plus utiles et présents. En fait, le chef de l’Etat s’est davantage mis en dynamique de rééquilibrer son positionnement vers la gauche, que de permettre à une gauche de se relancer. Jusqu’au jour où il tentera de faire basculer le curseur à nouveau vers la droite. Et s’il a semblé entendre un peu plus les syndicats, son gouvernement a pris des mesures qui ne sont certainement pas celles qu’ils peuvent attendre.

« Le chef de l’Etat s’est davantage mis en dynamique de rééquilibrer son positionnement vers la gauche, que de permettre à une gauche de se relancer. Jusqu’au jour où il tentera de faire basculer le curseur à nouveau vers la droite « 

Vos travaux notamment sur le racisme, l’antisémitisme et la violence vous distinguent mondialement. Parce qu’il a vu le jour en Chine, parce que la force de frappe et de nuisance des réseaux sociaux et des fake news sont tentaculaires et incontrôlables, parce qu’identifier un bouc-émissaire participe – malheureusement – de tout processus d’exorcisation et d’instrumentalisation des peurs, le coronavirus enflamme la sphère raciste. Quelles traces, momentanées ou indélébiles, faut-il redouter ?

Effectivement, le thème du « péril jaune » est réapparu, et de nombreux épisodes racistes sont venus faire de la Chine et des Chinois les boucs émissaires de la pandémie. Ce phénomène est très classique, l’anthropologue et historien René Girard avait très bien montré comment en cas de malheur « on » charge un bouc-émissaire de tous les maux pour l’expulser en le tuant.

Ce racisme ne joue pas seulement chez nous, il est à l’œuvre par exemple à Hong Kong, visant les Chinois de Chine continentale, et au sein même de cette dernière, il cible les habitants de Wuhan. En France, il prend la forme de stéréotypes, de préjugés, de propos et d’attitudes dans l’espace public, de menaces, d’agressions, jusqu’au refus de fréquenter des commerces tenus par des Asiatiques, etc. A terme, le tourisme chinois en France, qui devenait si important, pourrait de ce fait régresser, et les appels à la ré-industrialisation s’accompagner de postures hostiles à la Chine sous des formes confinant au racisme. N’oublions pas que les migrants d’origine asiatique en France sont nombreux, qu’ils ont fait souche et famille ici, que leurs enfants vont à l’école : voilà un problème très concret et interne à notre société.

Tout le monde n’a pas la chance de partir se réfugier dans sa résidence de l’Ile de Ré ou sa propriété de Gordes. Au fur et à mesure qu’il va se prolonger, ce confinement va inévitablement exacerber les violences au sein des foyers les plus fragiles, des logements les plus précaires, des familles les plus déstructurées, des individus les plus vulnérables aux addictions. Mais aussi au sein des corps sociaux les plus exposés, notamment par un chômage qui va s’enflammer. La prolifération de ces violences intimes peut-elle coaguler et s’exprimer dans une violence organisée collectivement ?

Le gouvernement a eu raison d’engager des efforts considérables pour sauver l’économie et les entreprises. Il n’en a pas produit autant à l’égard des personnes singulières, en tant que travailleurs, et ne pouvait pas se mobiliser substantiellement pour ceux que la crise sanitaire et le confinement placent en situation très difficile. Au final, tous les chômeurs ne seront pas convenablement indemnisés, de nombreux précaires ne seront pas aidés, déjà les associations humanitaires peinent plus que jamais à venir au secours des SDF et des personnes en grande pauvreté.

La répression de ceux qui contreviennent aux consignes officielles a atteint en priorité les habitants des quartiers populaires, qui, plus que d’autres, ont besoin de sortir de chez eux. Une famille nombreuse entassée dans un appartement modeste et dont les enfants, quand ils ne sont pas en classe, sont souvent dehors, dans la rue, vit plus délicatement le confinement ! Les addictions deviennent plus difficiles à satisfaire. Le risque d’être victime du virus est plus élevé quand il faut nécessairement nourrir une famille et donc faire des courses assez souvent, quand les enfants, intenables, sortent finalement malgré les interdictions. Les risques sont également plus grands pour ceux qu’une foi puissante décourage de la moindre prudence, et qui préfèrent se réunir pour communier dans leur religion plutôt que de se protéger en restant confinés.

Mais si des violences sporadiques sont susceptibles d’apparaître, je ne pronostique pas une grande convulsion collective. D’ailleurs, ceux qui se mobilisent ne sont pas nécessairement les plus démunis, les plus opprimés, comme l’avait montré Tocqueville à propos de la Révolution française : celle-ci n’a jamais été aussi active que dans les régions économiquement les plus prospères. En revanche, je constate un processus de « gilétisation jaune » de la société en cette phase de crise sanitaire : des protestations s’expriment contre le pouvoir et sa politique de santé, qui ont un vif écho sur les réseaux sociaux, et qui font penser à ce que les Gilets jaunes ont eu de plus central dans leur mouvement : la critique de l’action publique en matière sociale. En fait, si la pandémie est naturelle, au départ, et provient d’ailleurs, elle vient se mêler, dans son impact, à d’autres crises, sociale, politique, qu’elle pourrait relancer malgré les appels incantatoires du pouvoir à l’unité.

« Si des violences sporadiques sont susceptibles d’apparaître, je ne pronostique pas une grande convulsion collective. »

La violence, vous l’avez longuement étudiée dans le monde du travail. La violence du travail, la violence liée au relations sociales, à la mutation des conditions de travail, à l’évolution des organisations du travail, etc. Que l’on soit confiné en télétravail, orphelin momentané de travail ou, plus grave, définitivement sans emploi, notre relation au travail connait une épreuve inédite. Que peut-il en rester, à long terme, d’opportun et de délétère ?

Nous sommes entrés depuis plus d’un quart de siècle dans l’ère numérique, et cette pandémie nous y installe massivement, et avec une densité inédite. Tout est digital aujourd’hui : la lutte contre le virus, comme on l’observe en Asie, où les smartphones et Internet sont devenus des outils décisifs, le fonctionnement à distance de l’éducation, la communication massive, à l’échelle souvent planétaire, qu’autorisent les technologies de communication… et ainsi, l’isolement qu’impose le confinement est en partie pallié par une intense communication et par le télétravail.

Celui-ci est une rupture, et non un prolongement dans les modes d’organisation du travail. La vie des entreprises, leur gestion, leur structuration interne, le fonctionnement des collectifs de travail se transforment à grande vitesse. D’ailleurs, de nombreuses entreprises, y compris des startups, s’inscrivent dans cette mutation, proposant toutes sortes de e-services, d’applications, de systèmes de gestion, etc. Ce qui, à terme, dessine une autre structure générale de l’emploi.

Chez ceux qui peuvent relever du télétravail, l’habitat constitue une donnée clé : il est possible de vivre beaucoup plus loin de son lieu de travail, auquel on ne se rend que rarement ou moins souvent. L’urbanisme, les réseaux de transport public sont aussi impactés par cette évolution, que la crise sanitaire a rendu spectaculaire, créant des habitudes sur lesquelles nous ne reviendrons pas, ou en tous cas jamais entièrement. Le télétravail rend moins nécessaire qu’avant bien des réunions à distance, y compris internationales, et apportera sa contribution à la réduction du transport aérien, qui se présente déjà aujourd’hui comme une victime majeure de la crise sanitaire.

Nul doute que notre relation au risque et à la précaution ne sera plus la même une fois la crise passée, et votre évocation d’Ulrich Beck met en exergue ce thème central. A titre individuel mais aussi à l’égard des pouvoirs publics, quelle sera désormais notre exigence de précaution ? Notre acceptation du mais aussi notre aspiration au risque ? L’avenir du contenu du principe de précaution constitutionnalisé par Jacques Chirac ? Le rejet de l’imprévisibilité, devenu dominant et même irrationnel, peut-il reculer au profit d’une « réacceptation » que tout n’est pas anticipable et contrôlable ?

En période de crise sanitaire, très logiquement le principe de précaution semble devoir jouer fortement. Mais même là, des voix se font entendre : « Il nous empêche de continuer à vivre, à produire, il est paralysant et même à terme, contre-productif, car en contrecarrant l’épidémie, il va générer ou renforcer d’autres crises, notamment économiques et financières, mais aussi culturelles, voire personnelles »… ; imposer le confinement absolu durant plusieurs semaines, par exemple c’est mettre en cause durablement l’équilibre psychique et la santé mentale et morale de bien des personnes. La pandémie actuelle, plutôt que de susciter des comparaisons en termes de guerre, devrait plutôt encourager à accepter l’idée que la société, comme le monde, sont confrontés à des risques majeurs, certains causés par l’homme, mais pas tous – ou pas entièrement : accident nucléaire, tsunami, volcan dégageant de vastes quantités de poussière qui obscurcissent la planète et provoquent un refroidissement généralisé, crise financière, etc. Ces risques ont de particulier que leur probabilité de réalisation est très faible, mais que lorsqu’ils surviennent, la catastrophe et le chaos menacent. Nous ne pouvons pas même concevoir tous ces risques, et pas davantage anticiper pleinement quand, où et à quelle échelle ils sont susceptibles d’advenir. Le principe de précaution ici devrait surtout consister à nous préparer à faire face à de telles menaces et à gérer une crise majeure. A apprendre à mobiliser dans les meilleurs délais ressources et compétences. Cela peut se jouer en amont, en veillant à minimiser certains éléments, par exemple en ne laissant pas se construire une ville le long d’une ligne de faille, en initiant des instruments de détection sur les côtes susceptibles de subir un typhon ou un tsunami, en érigeant des habitations antisismiques, etc. Des formations civiques et éducatives à la gestion de crise peuvent aussi contribuer. La capacité de tirer les leçons d’épisodes antérieurs, comme dans les pays d’Asie, à commencer par la Chine, qui ont su utiliser les acquis de leur expérience des épidémies de type Coronavirus, est également clé. Bref, le principe de précaution paralyse, ou est peu mobilisateur et même vite démobilisateur, là où nous avons besoin d’être prêts à nous constituer en quelque sorte en acteurs contre-offensifs.

« La lutte contre la pandémie et celle contre le terrorisme ont en commun d’être toujours liberticides. »

Certains de vos travaux ont porté sur les répercussions sociales et sociétales du terrorisme. A certains égards, cette « guerre » contre le Covid-19 s’apparente-t-elle à celle déployée contre le terrorisme – lui aussi aveugle, irrationnel, planétaire ?

Le terrorisme est humain, et non pas naturel, et il est le fait d’acteurs qu’il est possible d’identifier. La « guerre » contre le terrorisme vise ces acteurs, qui ne sont pas pour autant des Etats, même s’il arrive qu’un Etat sponsorise un groupe terroriste, voire, avec Daech, que se constitue un quasi-Etat terroriste – le Califat a existé durant quelque trois ans au Proche-Orient. Le terrorisme peut être « ciblé », c’est-à-dire choisir ses victimes – les journalistes de Charlie Hebdo, les clients juifs de l’hypercasher en janvier 2015. Il a sa rationalité, il déborde d’une pléthore de sens, et ses protagonistes sont capables de calculs, parfois même plus intelligents que ceux des spécialistes chargés de le combattre : alors que des scénarios très élaborés imaginaient à la fin des années 90 l’irruption d’un terrorisme nucléaire, chimique, bactériologique, les acteurs du 11 septembre 2001 ont construit l’impressionnant succès de leur opération en achetant des billets « business », en se munissant de simples cutters, en prenant place dans les avions, et en s’étant préparés à mourir.

Les luttes contre ces deux fléaux ont en commun d’être toujours liberticides. Le gouvernement vient de faire passer des mesures d’exception relatives à la lutte contre le Covid-19, en 2015 l’exécutif d’alors avait fait de même pour agir face au terrorisme. Ce n’est pas un hasard si ce sont les mêmes, réseaux d’organisations de défense des droits de l’homme, d’avocats, de militants humanitaires, d’intellectuels qui se mobilisent dans les deux cas pour tenter de ralentir ou d’empêcher ces types de dérives.

Nous apprenons, avec – plutôt – discipline à comprimer très fortement nos libertés. Cet apprentissage peut-il, au-delà de la période de confinement, modifier notre culture de la liberté, et notamment altérer notre capacité de révolte, de contestation, d’insubordination ? Les avocats Eric Dupond-Moretti et François Sureau ont très bien expliqué comment les Français se sont peu à peu résigné, au nom de la lutte contre le terrorisme, et se soumettent docilement à des réflexes liberticides…

Hélas ! L’expérience montre qu’il est plus facile d’entériner des mesures d’exception, de les banaliser, de les faire entrer dans le droit commun, comme ce fut le cas en 2017 avec les textes anti-terroristes, que de revenir en arrière une fois une crise dépassée. Ces mesures ont alors d’autres desseins que ce pour quoi elles avaient été explicitement proposées et adoptées, elles constituent dès ce moment une régression démocratique.

Votre ami Edgar Morin l’espère : ce moment inédit de confinement « peut nous aider à commencer une détoxification de notre mode de vie ». Il s’agirait là d’une rupture civilisationnelle. L’état « social », politique et démocratique du pays se prête-t-il à une telle ambition ?

Comme Edgar Morin, je suis plutôt optimiste, confiant dans la capacité des humains à explorer les « bons » chemins. Mais les processus par lesquels s’opère un travail de chacun sur soi-même, et de la société sur elle-même ne sont pas écrits d’avance, ils changent d’une personne à une autre, d’une société à une autre, d’un moment à un autre, et ne sont pas linéaires. Certains s’enfermeront dans la mélancolie, et seront incapables de se projeter vers l’avenir. D’autres oublieront, pour envisager le futur sans tenir compte du choc actuel. Et d’autres seront capables d’être à la fois dans le passé et le futur. Les sociétés occidentales, et tout spécialement la nôtre, ont manqué depuis plusieurs années d’appétence pour se tourner vers l’avenir avec une certaine confiance.

Nous avons vécu dans le présent – le « présentisme » que critique l’historien François Hartog. En Asie, il semble qu’on veuille davantage imaginer un futur sinon radieux, du moins meilleur, on mise sur l’enseignement supérieur et la recherche, sur la science, on ne clame pas que les jeunes générations vivront moins bien que les plus âgées. Si le choc de cette pandémie doit aider à retrouver le goût du progrès, doit soutenir l’idée qu’un autre futur est possible – et qui sera ce que les citoyens, surtout les plus jeunes, en feront -, alors la crise se révélera avoir été « aussi » salutaire.

Mais gardons-nous des tendances à l’arrogance provinciale, par la faute de laquelle nous nous croyons supérieur aux autres nations, et qui témoigne en réalité de notre refus d’aller dans ce sens.

Le chef de l’Etat l’a affirmé lors de son allocution du 16 mars annonçant le confinement. « Lorsque nous serons sortis vainqueurs [de la guerre contre le coronavirus], le jour d’après ne sera pas un retour aux jours d’avant » (…). « Cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, (…) et je saurai avec vous en tirer toutes les conséquences (…). Hissons-nous individuellement et collectivement à la hauteur du moment ». Et chaque jour qui passe le corrobore, plus guère d’observateurs (politologues, sociologues, scientifiques, anthropologues) contestent l’obligation ou l’opportunité d’un aggiornamento. En résumé, comment imaginez-vous et comment espérez-vous que prenne forme ce « jour d’après » ?

Cette période nous aura beaucoup appris sur le pouvoir actuel ! Sur la façon dont il prétend faire demain le contraire de ce qu’il a fait jusqu’ici. Les électeurs sauront en tirer toutes les conséquences.

Si de véritables changements doivent être à l’œuvre, ils proviendront de la société, d’en bas, et de ses initiatives, de demandes sociales, culturelles, politiques, économiques que des forces politiques seront capables de traiter -qu’il s’agisse de vieux partis de droite et de gauche se renouvelant en profondeur (ce dont je doute), des Verts (ce qui est déjà un peu plus vraisemblable), ou de nouveaux partis émergents.

 

 

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