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Politique et « Macronisme »: Surtout de l’opportunisme

Politique et  « Macronisme »: Surtout de  l’opportunisme

L’usage journalistique et la facilité de langage conduisent souvent à accoler un suffixe en -isme au nom d’une personnalité politique pour désigner un courant politique qui s’incarnerait à travers un responsable. C’est ainsi qu’est apparu « le macronisme. » Dans une acception faible, ce serait un courant plus ou moins organisé désignant un groupe d’élus et militants, et le camp de ses soutiens électoraux. Dans un sens plus fort, cela induirait l’existence d’un corps de doctrine, une idéologie fixant un cap. Or, on peut arguer que ce qu’Emmanuel Macron incarne ne correspond véritablement à aucune de ces deux conceptions.Si beaucoup d’analystes et journalistes politiques se sont éreintés à trouver une définition objective du « macronisme » et de ses paradoxes, c’est que l’action du président n’est pas régie par une ligne directrice constante, mais est dans son essence un opportunisme, un art de saisir le moment, de tenter des coups, parfois avec brio, parfois en échouant, comme pour cette dissolution « ratée ». Ratée au point d’ouvrir sans doute l’ère de l’après-Macron mais pas ratée au point de ne pas offrir de nouvelles opportunités qu’il peut tenter de saisir.

 

par 

Professeur en Information-Communication à l’Institut Français de presse (Université Paris-Panthéon-Assas), Université Paris-Panthéon-Assas dans The Conversation 

 

Un courant politique sans véritable parti ? Le macronisme serait, en parodiant Jean-Luc Mélenchon, une composante « gazeuse ». Loin de former un parti politique au sens classique et institutionnel, avec des cadres dirigeants, une colonne vertébrale qui innerve un corps militant jusqu’à des cellules de base, l’ADN macronien reste indistinct sur le plan organisationnel.

La meilleure preuve est sa propension à changer le nom du parti censé l’incarner, sans même laisser à la marque le temps de s’imposer : En marche (2016 – mi-2017), le parti la République en marche (2017 à 2022), Renaissance (depuis 2022), tout en ayant participé juste avant à une coalition électorale baptisée Ensemble pour la majorité présidentielle, abrégée par Ensemble.

Sur le plan doctrinal, les partis du président de la République n’ont pas œuvré à produire un corps de doctrine qui orienterait le travail législatif. La majorité présidentielle au Parlement a pour principale source d’inspiration le programme du candidat Macron, qui n’a pas été rédigé sous forme d’une motion collective votée par un collectif militant mais uniquement par son fondateur et quelques conseillers. Le macronisme n’est donc pas une doctrine à forte probabilité de survivre à son inventeur.

Les fonctions dévolues habituellement à un parti ne sont pas exercées : incarnation, réseau militant actif et nombreux, formation de cadres ayant vocation à devenir des élus, laboratoire d’idées.

C’est la seule figure de ce chef fondateur qui fait tenir le mouvement et cela grâce à sa victoire inattendue à la présidentielle de 2017. C’est ce coup politique, perçu par ses soutiens comme un coup de génie, un triomphe, qui lui a donné une telle force d’attraction personnelle. Il a ensuite joué la carte d’un président omniprésent, assumant de réaffirmer l’autorité, en adoptant une posture « jupiterienne ».

Sa façon d’assurer dépasser les corps intermédiaires et l’orientation de son action assumant de plus en plus de passer en force, même sans majorité, grâce à tous les atouts donnés par la Ve République (les fameux 49.3), permettent de qualifier son style de gouvernance de bonapartiste.
Emmanuel Macron joue souvent sur l’effet de surprise pour déstabiliser ses adversaires, en tentant des coups politiques. Christophe Ena/AFP
Emmanuel Macron joue souvent sur l’effet de surprise pour déstabiliser ses adversaires, en tentant des coups politiques (rencontres de Saint-Denis avec les leaders de tous les partis, conférences citoyennes, dissolution surprise…). Il s’essaie à une synthèse toute personnelle et personnalisée des idéaux des deux camps (« et de droite et de gauche ») pensant incarner un dépassement : tout comme Napoléon Bonaparte conserva de la Révolution l’idéal de souveraineté populaire et prit en même temps en héritage l’idéal d’autorité impériale pour créer un régime impérial plébiscitaire, centré sur sa personne.L’une des difficultés à saisir le macronisme est liée à ses changements de soutiens électoraux au cours du premier mandat.

En 2017, Emmanuel Macron a atteint le deuxième tour de l’élection présidentielle grâce à une combinaison électorale d’électeurs socialistes et centristes. Selon Ipsos, 47 % des électeurs de François Hollande en 2012 ont voté Macron, de même que 43 % des électeurs de François Bayrou. À l’époque déjà, il mord un peu sur l’électorat plus à droite, puisque le candidat Macron a attiré à lui 17 % des électeurs de Nicolas Sarkozy en 2012.

Si on raisonne par sympathies partisanes, le côté attrape-tout du macronisme initial est évident. Au premier tour de la présidentielle 2017, il rallie sur son nom 19 % des sympathisants écologistes (EELV), 42 % du PS, 46 % du MoDem, 36 % de l’UDI, 9 % des LR.

Au premier tour de la présidentielle 2022, le président sortant fidélise 73 % de ses électeurs de 2017 (il en perd donc 27 %) et il attire 39 % des électeurs Fillon, considéré comme incarnant une droite conservatrice. En 2022, sa perte des électeurs de centre gauche et socialistes, est plus que compensés par des électeurs de la droite traditionnelle au profil sarkozyste.

En 2022, les données Ipsos, le vote Macron n’attire plus que 28 % des sympathisants PS, 13 % des écologistes, mais 25 % des LR. Et le mouvement se poursuit pour le premier tour des législatives de 2024. Selon l’enquête IFOP, les électeurs Renaissance au 1er tour représentent 13 % des sympathisants PS, 12 % des écologistes et 21 % des Républicains. Et on ajoutera que ce parti attire 35 % des (maigres) effectifs de votants pour Valérie Pécresse en 2022.

Le dictionnaire de l’Académie définit l’opportunisme comme une « attitude consistant à régler sa conduite selon les circonstances du moment, à subordonner toute autre considération à son intérêt immédiat ». Emmanuel Macron sait repérer et saisir des opportunités.

En 2017, face à l’affaiblissement du président Hollande, il a vu un espace politique se libérer et s’est engouffré. Dans un appel au « dépassement » du clivage traditionnel droite/gauche, il a croisé la route de François Bayrou dont le soutien a fait décoller sa campagne dans les sondages.

Il a pu alors entamer une campagne placée sous le signe de la « bienveillance » vis-à-vis de ses adversaires, au profit d’un rassemblement transpartisan.

Puis, profitant largement des ennuis judiciaires de François Fillon, il a eu l’opportunité de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen, pour bénéficier du vote de « barrage contre l’extrême droite ». Voilà pourquoi, non sans un peu de cynisme, il a fêté avec ses amis sa victoire présidentielle dès le premier tour.

Depuis ce coup de maître, sa gouvernance se révèle difficile à suivre, sans boussole idéologique claire. Il défendait une retraite à points, soutenue par la CFDT, mais il finit par imposer de force une réforme que tous les syndicats et une écrasante majorité de Français rejettent. Il se voulait soucieux des deniers publics et équilibres budgétaires, ses sept années de mandat ont vu la dette publique exploser, au point d’être mis sous surveillance par la Commission européenne. Il défend une solution de compromis âprement négociée avec LR pour la loi sur l’immigration, mais s’empresse de la livrer au Conseil constitutionnel avec l’espoir de la voir largement censurée. Il promet une loi progressiste sur la fin de vie, largement plébiscitée par les Français, mais accouche finalement d’un projet de loi assez restrictif pour essayer de trouver un compromis entre les partis, que la dissolution condamne finalement à retomber dans les limbes.

Sa posture de défiance vis-à-vis du jeu des appareils partisans entre en contradiction avec ses calculs politiciens, jouant sur le fractionnement des partis, à coup de triangulation programmatique, de débauchages individuels et désormais de tractations pour contrer l’arithmétique défavorable sortie des urnes. Il accusait le « vieux système des partis » de vouloir se protéger lors de sa conférence de presse justifiant la dissolution. Voilà que son camp qui a perdu la majorité (déjà que relative), s’emploie pour nouer des alliances compliquées afin de survivre à la tête du gouvernement.
Le président Macron voulait une « clarification », nous sommes face à une grande confusion. Il voulait freiner l’élan du Rassemblement national, ce parti a gagné une cinquantaine de sièges. Pire, de premier pôle parlementaire, son alliance partisane passe seconde. La dissolution semble être un échec stratégique.

Néanmoins, le jeu des « désistements républicains » a permis de sauver Renaissance qui ne sort donc pas du jeu parlementaire. Comme la force du président Macron réside dans son aptitude à croire qu’il peut toujours sauver la situation et saisir une opportunité, il y voit la chance de retrouver les moyens d’avoir un gouvernement conforme à ses ambitions.

En conformité avec toute son action passée, la probabilité la plus forte est que ses efforts tendent vers un scénario idéal ou à défaut vers un scénario minimal qui exclut tout ou une partie de la gauche.

L’idéal serait de profiter de la position « centrale » de son mouvement pour tenter d’agréger dans une grande coalition des députés de la droite LR et des élus de gauche, sauf LFI car rejetée comme extrémiste. Il sortirait ainsi de son échec par la grande porte, celle d’une recomposition politique permettant un accord de gouvernement entre des partis qui s’opposent sur bien des points.

L’autre scénario, s’il n’arrive pas à fracturer le Nouveau Front populaire au profit d’une alliance droite-centre-gauche, serait d’arrimer son groupe parlementaire au groupe LR, avec un contrat de gouvernement penchant clairement à droite. Et peu importe si une bonne partie des députés Renaissance doivent leur réélection à un fort soutien des électeurs de gauche pour faire front contre le RN.

Il s’agit en effet d’acter que le barycentre du vote pour le Parlement penche nettement à droite, et ce faisant l’argument est tout trouvé : il ne ferait qu’épouser l’aspiration majoritaire des électeurs : 8,7 millions de voix au second tour se sont portées sur une candidature RN, 1,3 pour une candidature LR-RN, 1,4 million pour LR, 6,3 pour Renaissance, 250 000 Horizons, 1 million divers droite, soit presque 19 millions de voix qui vont du centre droit à l’extrême droite, contre 7 millions pour le Nouveau Front populaire.

Un sursaut… dans le vide ?
L’annonce brutale de la dissolution et la perte importante de députés laissent des rancœurs qui fendillent le camp présidentiel. François Bayrou, comme Edouard Philippe, et même Gabriel Attal commencent à tester leur autonomie vis-à-vis du chef.

Le seul moyen de contrecarrer ces velléités d’autonomie est de leur donner la satisfaction de s’ancrer résolument à droite et de refuser les « égarements » du projet de gauche, décrit comme insensé durant la campagne. À condition néanmoins que ladite « aile gauche » du macronisme ne fasse pas acte d’autonomie en créant son propre groupe au Parlement sous la houlette de Sacha Houlié. Acte qui signerait le début de l’éclatement du « macronisme » comme regroupement de tendances divergentes.

L’alliance, côté LR, serait plus justifiable aussi. La situation est différente de 2022 lorsque pareille alliance fût refusée : il s’agit cette fois de faire barrage à l’arrivée de la gauche au pouvoir, présentée comme extrémiste, communautariste, etc. Hypothèse crédible puisque la gauche crie à sa victoire (malgré ses moins de 200 députés). L’agrégation des forces du centre et de droite donne 234 sièges. Soit 16 de moins seulement que la majorité relative sortante qui a quand même pu gouverner depuis deux années. Impossible donc qu’Emmanuel Macron n’y voit pas un coup à tenter pour conserver le pourvoir malgré sa défaite.

Mais si les jeux de posture de chaque acteur partisan interdisaient toute forme d’alliance, ce sera la paralysie législative d’une chambre introuvable. Pour le président de la République, ce serait l’échec dans l’échec de sa dissolution et la fin potentielle du « macronisme » car cela signifierait qu’il a perdu tout son pouvoir attracteur. Son appel aux électeurs pour un « sursaut démocratique » sera alors devenu pour son courant un sursaut dans le vide.

Le suicide de la gauche ?

 

Le suicide de la gauche ?
Dix jours de discussions stériles entre les chefs des partis du Nouveau Front populaire n’auront abouti qu’à une évidence : unie et efficace dans le combat contre l’extrême droite, la gauche perd toute cohérence lorsqu’elle est aux portes du pouvoir. (papier du Monde) 

Les discussions ne sont pas rompues, mais dix jours de palabres stériles entre des chefs de parti qui promettaient de s’entendre rapidement sur le nom d’un premier ministre et n’y parviennent pas mettent en lumière une faiblesse structurelle : unie et efficace dans le combat contre l’extrême droite, la gauche perd toute cohérence lorsqu’elle est aux portes du pouvoir.

Alors qu’elle est arrivée en tête du second tour des élections législatives, dimanche 7 juillet, sans pour autant disposer, à elle seule, d’une majorité pour gouverner, ses dirigeants ont laissé passer leur chance d’imposer un rapport de force au président de la République, affaibli par la dissolution. En jouant de l’effet de surprise, ils pouvaient tout à la fois revendiquer Matignon et imposer une lecture parlementaire de la Constitution en cherchant à nouer des alliances. Encore fallait-il qu’ils agissent vite, unis et déterminés, ce qu’ils ont été incapables de faire.

Le spectacle offert par des négociations menées à huis clos sans aucune transparence, avec des noms jetés en pâture pour être aussitôt disqualifiés, s’apparente à un sabordage. Il renvoie la gauche à ses faiblesses stratégiques et programmatiques. Sous la belle appellation du Nouveau Front populaire, la guerre des gauches continue de faire rage. Elle se cristallise dans un affrontement sans merci entre LFI et le Parti socialiste, au moment où une amorce de rééquilibrage s’opère. Jean-Luc Mélenchon cherche à conserver l’ascendant sur la gauche qu’il exerçait à travers la Nouvelle Union populaire écologique et sociale depuis les élections législatives de 2022. Partisan de la radicalité, privilégiant le rendez-vous présidentiel, il ne veut gouverner qu’aux conditions fixées par LFI, ce qui revient à s’exclure du jeu.

Les socialistes, qui ont quasiment doublé le nombre de leurs élus, cherchent à s’affranchir de son joug. Eux sont attachés à la culture de gouvernement, ils savent que le contexte budgétaire tendu exige de hiérarchiser les priorités et que le tripartisme oblige à chercher des alliés au-delà de son camp. Mais ils ne veulent pas prendre le risque de se désolidariser du reste de la gauche et redoutent d’être vus comme des « traîtres ». C’est pourquoi l’union n’est pas officiellement rompue mais elle menace de devenir stérile. Plus ils tergiversent, plus les dirigeants du Nouveau Front populaire se condamnent à ne peser qu’en contre dans les mois à venir.

Au regard de la complexité de la situation politique, ce choix revient à privilégier l’évitement plutôt que la prise de risque. Le calcul très politicien peut avoir des avantages si l’instabilité gouvernementale domine au cours des prochains mois. Il risque cependant d’être sévèrement jugé par les électeurs de gauche qui ont voté pour que ça change et constatent qu’en réalité tout est fait pour que rien ne bouge.

Une crise de gestion de l’eau

Une crise de gestion de l’eau

La gestion de la crise de l’eau devient cruciale dans les transitions écologiques, au même titre que la préservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. Intimement liée à ces défis, elle impacte profondément les écosystèmes, les communautés humaines et les politiques de gestion des ressources naturelles. Malgré des périodes de pluie abondante, la crise de l’eau persiste et ses enjeux varient selon les territoires, rendant la gestion durable de l’eau essentielle pour un avenir résilient.
Par Pauline Kajl Abadie, chargée de projet Biodiversité – Eau, à l’Observatoire du Développement Durable (OID) dans La Tribune.

La crise de l’eau est étroitement liée au changement climatique, avec une augmentation des événements extrêmes tels que les fortes précipitations et les inondations, comme observé dans plus de 200 communes du Pas-de-Calais depuis novembre dernier.

Toutefois, certaines régions souffrent toujours d’un manque d’eau et de la sécheresse, mettant en lumière la fragilité de notre approvisionnement en eau. Par exemple, Grimisuat, une commune du canton du Valais en Suisse, refuse l’installation de nouveaux habitants en raison d’une insuffisance d’eau potable. En France, malgré une recharge satisfaisante des nappes sur la majorité du territoire, une sécheresse historique persiste dans les Pyrénées-Orientales depuis deux ans.

Mais la crise de l’eau affecte bien plus que l’humanité. La perturbation du cycle de l’eau joue un rôle crucial dans le déclin de la biodiversité. Parmi les cinq pressions principales sur la biodiversité, la pollution de l’eau et le changement climatique se distinguent particulièrement. Nombreuses sont les espèces qui dépendent des ressources en eau, qu’il s’agisse des zones humides, des rivières ou des lacs. L’extraction excessive d’eau pour répondre aux besoins humains exerce une pression intense sur ces écosystèmes, les mettant en situation de stress hydrique critique. Cela perturbe les habitats naturels, menaçant la survie de nombreuses espèces et l’équilibre des écosystèmes aquatiques.

La pollution des rivières et des nappes phréatiques par les pesticides est un problème croissant, les pesticides sont l’une des causes principales de la contamination des eaux. Répandus sur les sols, ces derniers vont venir ensuite s’infiltrer et venir contaminer les eaux souterraines. La lutte contre les pollutions est un enjeu majeur du ministère pour assurer l’accès à l’eau potable aux générations futures et de nouvelles réglementations sont prévues.

En outre, la pollution urbaine causée par le ruissellement de l’eau souligne l’urgence de rendre les sols plus perméables. En améliorant la capacité des sols à absorber l’eau en amont, on peut considérablement réduire les impacts néfastes de cette pollution. Cette approche contribue non seulement à diminuer les inondations urbaines, mais aussi à filtrer les contaminants avant qu’ils n’atteignent les cours d’eau et les nappes phréatiques.

La canicule et la sécheresse historique de 2022 ont mis en lumière la fragilité de notre approvisionnement en eau, sensibilisant la population à sa vulnérabilité. Pour répondre à ce défi, il est crucial de repenser notre relation avec l’eau, en la considérant non plus comme une ressource infinie, mais comme un trésor précieux à protéger et à utiliser avec parcimonie. Cette prise de conscience doit être accompagnée d’efforts soutenus en matière de sensibilisation et d’éducation, pour promouvoir des comportements responsables et durables dans la gestion de l’eau, à tous les niveaux de la société, y compris dans le secteur du bâtiment.

Cependant, plusieurs obstacles se dressent sur la route de cette transition : les barrières réglementaires, les défis techniques et les contraintes économiques. Bien que la sobriété énergétique soit souvent récompensée par des économies, les coûts de l’eau restent relativement bas, ce qui complique la justification des investissements nécessaires pour une gestion efficace de cette ressource. Pour surmonter ces défis, des actions collectives concertées sont essentielles, en particulier à l’échelle étatique, afin de créer un cadre favorable à une utilisation plus rationnelle et respectueuse de l’eau.

 

Economie France : l’urgence d’un choc de productivité

Economie France : l’urgence d’un choc de productivité

 

Vous avez peut-être vu passer ces messages sur les réseaux sociaux, où des Européens de retour d’un séjour à New York notaient que tout y était cher. Trop cher. À tel point que certains d’entre eux estimaient avoir eu l’impression d’être pauvres le temps de leur séjour outre-Atlantique. Symétriquement, le touriste nord-américain qui va venir à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques disposera d’un pouvoir d’achat élevé. Ce phénomène d’appauvrissement relatif a pris une telle ampleur que plusieurs médias, tels que Le Figaro, Le Monde ou BFM, l’ont récemment relayé.

 

par Julien Pillot
Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École dans The Conversation 
Bien évidemment, lorsqu’il est question de comparer un différentiel de pouvoir d’achat, le premier réflexe est de confronter l’évolution de l’indice général des prix, celle des salaires (qui est le prix du travail), et celle du taux de change.

Première observation : si l’inflation a connu des trajectoires assez similaires de part et d’autre de l’Atlantique depuis 2005, le rythme a été plus soutenu aux États-Unis qu’en France ou dans l’eurozone, avec respectivement des écarts de 13,1 points et de 7 points.

Seconde observation : les salaires, exprimés en parité de pouvoir d’achat, ont augmenté près de deux fois plus vite aux États-Unis (+20,77 %) qu’en France (+10,81 %) sur la même période. Autrement dit, le gain en pouvoir d’achat domestique a été près de deux fois plus important pour les salariés américains que pour leurs homologues français sur une période équivalente.

L’observation de l’évolution des taux de change achève de dresser un tableau peu flatteur de la situation des pays de l’eurozone relativement aux États-Unis : depuis 2008 – une date charnière car elle correspond au plus haut de l’euro par rapport au dollar mais aussi à l’éclatement de la crise des subprimes et à ses conséquences financières et politiques – le dollar s’est apprécié de plus de 35 % par rapport à l’euro ! Concrètement, ce décrochage relatif de l’euro a été particulièrement préjudiciable à des pays qui, comme la France, importent davantage de biens de consommation qu’ils n’en exportent. Et bien évidemment, les touristes américains en Europe s’en trouvent avantagés…

Résumons-nous : un écart de pouvoir d’achat s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique, en raison de l’affaiblissement relatif de la monnaie unique vis-à-vis du billet vert, et de salaires réels ayant progressé plus vite aux États-Unis que dans les pays de la zone euro. D’aucuns pourraient y voir la résultante d’un décrochage des économies européennes par rapport à celle de l’Oncle Sam. Qu’en est-il vraiment ? Et le cas échéant, quelles en seraient les principales causes ?

Pour bien apprécier l’éventuel décrochage des économies de la zone euro relativement aux États-Unis, il s’agit dans un premier temps de s’intéresser à l’évolution du PIB. Le décrochage est net depuis 2011. On peut y voir les effets de politiques contrastées, avec côté états-unien des politiques monétaires de relance dites “non conventionnelles”, auxquelles ont, répondu des politiques similaires en zone Euro, mais décalées dans le temps et surtout doublées d’une austérité budgétaire qui a limité le potentiel de croissance. Mais cela ne saurait tout expliquer. Encore moins le point d’écart de croissance que l’on retrouve chaque année depuis 2019 (EUA : +1,9 % par an ; Euro zone : +0,8 % par an), qui est précisément celui que l’on retrouve lorsque l’on observe les évolutions du PIB depuis 1995 (EUA : +2,4 % par an ; Euro zone : +1,4 % par an).

Il serait alors extrêmement tentant d’attribuer cet écart structurel de croissance à une démographie américaine qui serait plus dynamique que son pendant européen. Car après tout, une démographie dynamique joue positivement sur l’offre (en tant que facteur de production) et la demande (à travers la consommation intérieure). Une première lecture donnerait raison à cette intuition, puisque la démographie américaine s’est accrue en moyenne de 0,83 % par an depuis 1995 quand, dans le même temps, celles de la France et de l’UE ne progressaient respectivement que de 0,5 % et de 0,19 %.

Le constat est encore plus terrible lorsque l’on observe les dynamiques à l’œuvre sur la population en âge de travailler : sur la période, les États-Unis enregistrent une progression annuelle moyenne de 0,8 %, quand la France est à 0,28 % et l’UE est à l’arrêt (-0,01 %). Si vous vous interrogiez sur les raisons qui président au débat qui a émaillé les élections européennes à propos du vieillissement démographique de l’Europe et de la nécessité à faire appel à une main-d’œuvre immigrée, vous avez là une bonne partie de la réponse.

Reste que si ce différentiel démographique explique une part de l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Europe, il est également des plus trompeurs. Car il ne sert à rien d’avoir une démographie dynamique si l’appareil productif ne suit pas, sans quoi ce serait surtout le nombre de chômeurs qui augmenterait. Il est donc nécessaire de superposer cet écart démographique avec le nombre de créations d’emplois sur la même période, pour s’assurer de la capacité de l’économie à absorber la population en âge de travailler.

 

Or, en matière de taux d’activité et d’emploi, la zone euro fait bien mieux que les États-Unis depuis 2005, y compris depuis la crise du Covid. Tant et si bien que l’eurozone a quasiment compensé son déficit démographique par la mobilisation de sa population en âge de travailler, grâce à une dynamique de création d’emplois plus soutenue. Nous pourrions y voir l’illustration de l’efficacité des politiques menées en Europe en faveur de libéralisation de l’économie et de la baisse des coûts du travail, notamment pour sa composante la moins qualifiée et ou la plus ubérisée.

Alerte rouge sur la productivité (et le numérique)
Si la démographie ne parvient que très imparfaitement à expliquer l’écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro, c’est du côté de la productivité du travail qu’il convient de se tourner. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’un véritable fossé s’est creusé de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que le soulignent fort justement Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Sraer dans une note du Conseil d’Analyse économique datée de 2022. Les auteurs y révèlent que la France a concédé 7 points de productivité relativement aux États-Unis entre 2003 et 2019, ce qui correspond peu ou prou à l’écart de PIB par habitant entre les deux pays sur la même période. Un résultat qui tend à accréditer notre analyse précédente qui visait à modérer les effets issus notamment de la démographie ou du dynamisme du marché du travail. Or, comme le soulignent les auteurs, ce décrochage de productivité « représente un manque à gagner de 140 milliards d’euros de PIB pour la France en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales annuelles ».

Plus inquiétant encore, l’écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis apparaît encore plus béant lorsque l’on s’intéresse plus spécifiquement – quoi de plus logique dans des pays fortement tertiarisés – aux services marchands.

Ce déficit de productivité dans les services marchands illustre parfaitement les difficultés de notre Vieux Continent à réellement embrasser les opportunités qu’offre le numérique au XXIe siècle. Là où l’Europe semble encore perpétuer son logiciel historique de création de petits jobs de service à faible valeur ajoutée en soutien de son industrie, les États-Unis se sont non seulement érigés en producteurs parmi les plus compétitifs de technologies et de services numériques, mais ils en sont aussi de meilleurs utilisateurs : leurs entreprises sont déjà en phase avancée d’intégration, d’automatisation et d’optimisation. Résultat implacable : quand le Covid-19 mettait à mal la productivité des services marchands européens (-6,7 points entre 2019 et 2020), les entreprises de services américaines étaient déjà matures pour basculer en distanciel (+5,8 points).

Bien évidemment, la chute de productivité ne saurait expliquer à elle seule le décrochage de la zone euro relativement aux États-Unis. Elle en est à la fois la cause, mais aussi la conséquence de l’effet conjugué de plusieurs atouts structurels dont bénéficie l’Oncle Sam : un marché domestique plus intégré présentant des effets d’échelle supérieurs, la force du dollar et la puissance des politiques expansionnistes, telles que l’IRA, une industrie du capital-risque particulièrement dynamique qui a soutenu (et continue de soutenir) le déploiement rapide des technologies numériques (notamment l’IA), le leadership technologique et la rente économique et informationnelle qui en découle, la capacité à former ou à attirer des talents à forte valeur ajoutée, sans oublier un prix de l’énergie des plus compétitifs, notamment depuis que les États-Unis exploitent massivement le pétrole de schiste (et qu’a contrario l’Europe subit de plein fouet une inflation énergétique consécutive à la guerre en Ukraine). Sur ce dernier point, Thomas Philippot évoquait dernièrement « un avantage compétitif sur l’Europe évalué à 923 milliards d’euros par an ».

Ce décalage de croissance, et l’appauvrissement relatif de la population de l’eurozone au regard des citoyens américains, auraient dû être des thèmes au cœur de la campagne des élections européennes et des élections législatives consécutives à la dissolution. Car, au-delà de la question de la prospérité économique ou celle de la soutenabilité de notre système de protection sociale, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la vassalisation de la zone euro par les États-Unis, sur les plans diplomatique, militaire, économique et numérique.

Alors que ces deux échéances électorales rapprochées nous ont noyés sous une cacophonie des propositions sociales et sociétales, nous attendons encore la formation politique qui aurait proposé un programme orienté vers la productivité, la compétitivité, l’innovation, la réindustrialisation, l’autonomie stratégique, la décarbonation de l’économie, l’excellence éducative et le progrès. Sur ces questions pourtant essentielles pour permettre à l’Europe et à la France de rester dans l’Histoire dans un XXIe siècle de tous les dangers, le silence assourdissant du politique nous apparaît au mieux comme une impardonnable omission, au pire comme une démission coupable.

Economie: La France aux crochets de l’Allemagne ?

Economie: La France  aux crochets de l’Allemagne ?
La France fait-elle les poches de l’Allemagne depuis 20 ans ? A travers cette nouvelle chronique, le groupe Mars rappelle que l’Allemagne est le grand vainqueur de l’introduction de l’euro avec 1893 milliards supplémentaires pour le PIB, sur la période 1999-2017. Par le groupe de réflexions  Mars*

 

Un article qui mérite d’être lu mais aussi contesté par son caractère un peu trop partisan teinté de nationalisme. Le groupe Mars paraît plus compétent pour analyser la politique de défense. En la circonstance, il fait l’impasse sur le fait que sans l’Euro, la France aurait connu sans doute plusieurs dévaluations et une perte de pouvoir d’achat d’au moins 20 %. Une dévaluation toujours payée davantage par les moins favorisés via l’inflation. Notons que Mars évite soigneusement de parler du boulet des fonctionnaires qui plombent le budget de l’État. En France on compte 50 % de fonctionnaires en plus qu’en Allemagne ! Et l’Allemagne ne peut  être responsable de cette situation NDLR

« Il n’y a pas besoin d’être professeur d’économie pour comprendre qui fait les poches à qui quand on enregistre avec un partenaire un solde commercial structurellement déficitaire… depuis plus de vingt ans » (Le groupe Mars).

A l’heure où cette chronique sera publiée, les urnes auront rendu leur verdict. Quoi qu’il en soit, n’ayant pas vocation à commenter l’actualité, le groupe Mars souhaite inscrire ses analyses dans le temps long et traiter le fond des sujets plutôt que « l’écume des jours ». Tout juste constatera-t-il qu’il ne sert à rien de nier certaines évidences. Si aujourd’hui un ancien groupuscule d’extrême-droite est à la porte du pouvoir, la faute est entièrement celle de ses adversaires politiques, qui lui ont abandonné leur électorat en oubliant deux grands marqueurs historiques de la gauche : le progrès social et la nation.

Ce ne sont pas les gens qui « votent mal », c’est l’offre politique qui se révèle inadaptée aux attentes des électeurs. Donnez-leur la sécurité et l’espoir d’un progrès pour eux-mêmes et leurs enfants dans le cadre naturel de la nation française (le seul patrimoine de ceux qui n’ont rien, disait en substance Jaurès), et ils cesseront de jouer avec le feu en donnant leur suffrage à des partis infréquentables.

La France fait-elle « les poches de l’Allemagne »
Cela commence par dire la vérité aux électeurs, notamment sur la cause de la diminution de leur pouvoir d’achat. Et pourtant, lors de la campagne électorale que nous avons vécue, certains commentateurs de l’actualité politique sur les plateaux de télévision, souvent journalistes de profession, n’ont pas hésité à proférer les plus grossières contre-vérités pour tenter de justifier un discours de plus en plus inaudible. Ainsi, en guise de commentaire d’une déclaration controversée du chancelier allemand interprétée comme une tentative d’intrusion dans la campagne électorale française, certains affirment de manière péremptoire et sans aucune explication que « cela fait vingt ans que la France fait les poches de l’Allemagne ».
Il s’agit d’un mensonge grossier que quelques chiffres officiels suffisent à dénoncer. D’abord, interrogeons-nous sur ce qu’a voulu dire le commentateur. L’expression triviale « faire les poches » signifie dans un registre plus élevé « commettre une indélicatesse », autrement dit dérober. Comment la France pourrait-elle voler l’Allemagne, dans un système européen régi par le droit ? Mystère.

Faut-il rappeler que c’est bien l’inverse que notre pays a subi sous l’emprise de la violence allemande au XXe siècle, et que l’Allemagne n’a jamais « payé » à la hauteur de ses prédations ? Dans un souci d’apaisement, les Anglo-américains ont contraint les Français à renoncer aux réparations prévues dans le traité de Versailles de 1919. Et l’Allemagne détruite, occupée puis reconstituée à partir de 1949 a réglé sa dette morale « pour solde de tout compte » à hauteur de montants forfaitaires sans commune mesure avec l’ampleur des pillages commis dans toute l’Europe par les troupes d’occupation du IIIe Reich.

Alors, est-ce que le commentateur a voulu dire que l’Allemagne finançait volontairement la France ? Bigre, ce serait un vrai scoop ! Examinons la question plus précisément. Est-ce que le contribuable allemand finance quoi que ce soit en France par ses impôts ? Dans un cadre bilatéral, cela peut arriver de manière tout à fait marginale à l’occasion du cofinancement de projets scientifiques par exemple, et le plus souvent à titre de réciprocité.

Dans le cadre européen, il est vrai que l’Allemagne est le principal contributeur aux dépenses de l’UE et que la France reçoit de l’UE deux milliards de plus que l’Allemagne chaque année. Mais la France est aussi le deuxième contributeur net aux finances de l’UE, à hauteur d’un peu moins de dix milliards d’euros ces dernières années, quand les Allemands paient deux fois plus. Autrement dit, il est vrai que la France « gagne » deux milliards de plus que l’Allemagne chaque année dans ses relations financières avec l’UE et qu’elle « cotise » moins, mais la France reste malgré tout très déficitaire dans ses relations financières avec l’UE. Ce solde négatif a d’ailleurs quasiment doublé depuis 2017, en partie à cause du départ de cet autre financeur net qu’était le Royaume-Uni, mais pas seulement. Le Brexit a pour cause première en effet le sentiment (basé sur des faits réels) de cotiser à perte pour l’UE sans contrepartie financière ni commerciale.

Qu’en est-il en France et en Allemagne ? En contrepartie d’un solde annuel négatif d’environ vingt milliards par an, l’Allemagne bénéficie à plein des avantages du marché unique, par trois canaux principaux : un solde commercial très excédentaire dans l’UE (dont près de 9 milliards rien qu’avec la France), le développement d’un réseau de sous-traitance à bas coût (dont l’intégration de l’Ukraine va encore améliorer le rendement) et la possibilité d’imposer les normes de ses propres industriels (voire d’obtenir des dérogations quand les normes ne lui conviennent pas comme pour la fin des moteurs thermiques).

De son côté, en contrepartie d’un solde négatif de près de dix milliards, la France ne bénéficie pas des mêmes avantages du marché unique, à commencer par un solde commercial déficitaire dans l’UE de plus de cinquante milliards d’euros en moyenne sur les deux dernières années. Pour le reste, si la France est moins habile que l’Allemagne, ce n’est pas la faute des Allemands…
Mais il n’y a pas besoin d’être professeur d’économie pour comprendre qui « fait les poches » à qui quand on enregistre avec un partenaire un solde commercial structurellement déficitaire… depuis plus de vingt ans. La monnaie unique n’est d’ailleurs pas pour rien dans ce résultat, voulu, la faute à la négociation, avant d’entrer dans l’euro, d’une parité conçue pour favoriser une Allemagne alors affaiblie par la nécessité d’intégrer les Länder de l’Est.

L’euro a été construit sur le mark allemand comme une monnaie forte, ce qui ne fonctionne pas avec la spécialisation d’une grande partie de l’économie française qui est, de ce fait, trop chère en coûts pour une valeur ajoutée insuffisante et une trop faible différenciation des offres concurrentes. Hormis l’aéronautique et la défense, l’industrie française a donc été très pénalisée par l’acceptation des critères allemands de l’euro, qui servaient leurs intérêts. Ainsi la part de l’industrie dans l’économie française a été divisée par deux depuis l’adoption de l’euro.

A l’inverse, quoi qu’en disent les Allemands, la présence de la France a évité que le cours de l’euro ne soit plus élevé encore, car cela aurait dû être le cas si sa valorisation avait été fondée uniquement sur l’économie allemande. Ainsi, paradoxalement, la France a subventionné la compétitivité prix de l’économie allemande.
Selon une étude publiée en 2019 du très sérieux think tank allemand CEP, Centre de Politique Européenne, d’inspiration libérale, c’est bien l’Allemagne qui est le grand vainqueur de l’introduction de l’euro, avec 1893 milliards d’euros supplémentaires pour le PIB, sur la période 1999-2017, soit un gain de 23.116 euros par habitant. Les Néerlandais ont gagné presque autant (21.003 euros). D’après Matthias Kullas, l’économiste du CEP, l’Allemagne s’est appuyée sur la stabilité de l’euro, dans la continuité du Deutsche Mark, pour exporter ses produits de haute valeur ajoutée.

« Si l’Espagne et la Belgique n’ont pas trop vu baisser leur PIB par habitant (- 5031 et – 6370 euros), les Portugais ont plus fortement souffert de la monnaie unique (-40 604 euros par personne). Et les deux pays les plus négativement affectés sont la France et l’Italie, qui ont perdu respectivement 3591 et 4325 milliards d’euros sur 20 ans, soit 55 996 euros par Français et 73 605 euros par Italien. Le bilan global semble donc, à l’échelle de l’économie européenne, plutôt négatif », commente Le Figaro au printemps 2019.

En ce qui concerne les deux principaux perdants, le CEP mentionne l’importance d’un outil de politique économique que l’adoption de l’euro a rendu impossible : la dévaluation. Le Figaro poursuit : « Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la France et l’Italie avaient en effet eu plusieurs fois recours à la dévaluation du franc et de la lire, pour soutenir leur compétitivité. Une pratique aux avantages et revers nombreux, utilisée pour la dernière fois en France en 1986, justement pour rééquilibrer la valeur du franc par rapport au mark allemand, et défendre les entreprises exportatrices. Depuis l’usage de la monnaie unique, les gouvernements des deux pays n’ont plus la possibilité de dévaluer, et selon le CEP, n’ont pas engagé les réformes qui leur auraient permis de rendre l’économique plus efficace, et de bénéficier de l’euro. »

En conclusion de son scoop, le journaliste du Figaro veut rassurer son lectorat : « Au lieu de conseiller à la France de reprendre le contrôle de sa monnaie, et donc de précipiter la fin de la monnaie unique, le think tank souligne plutôt l’importance d’engager des améliorations structurelles sur l’économie et l’État : « des réformes structurelles sont nécessaires maintenant ». Jusqu’à donner un avis très personnel sur la politique économique française : « pour profiter de l’euro, la France doit suivre avec rigueur la voie de la réforme du président Macron », conclut l’étude. »
L’ironie de cette conclusion prend tout son éclat cinq ans plus tard. On peut le déplorer, mais la démocratie française a ceci de regrettable que la volonté des citoyens est censée prévaloir sur l’opinion des experts et des politiciens allemands qui s’expriment pour le bien de notre pays.
Notons que la méthode retenue par le think tank allemand consistait à imaginer une évolution du PIB pour chaque pays, dans l’hypothèse où l’euro n’aurait pas existé. Les projections ont été réalisées en récréant virtuellement des trajectoires économiques à l’aide d’algorithmes, eux-mêmes basés sur les données de pays hors zone euro. La courbe de PIB de la France entre 1999 et 2017 se présente ainsi, en bleu avec l’euro, et en orange, une projection sans l’euro. La surface entre les deux courbes représente exactement la perte de pouvoir d’achat des Français, qu’il faudrait corréler avec le gain pour les Allemands. Alors, depuis 20 ans, qui a fait les poches à qui ?

Ajoutons pour mémoire que les mécanismes européens semblent fonctionner à sens unique : verboten für Dich, sehr gut für mich (interdit pour toi, très bon pour moi). C’est typiquement le cas des aides d’État, dont l’Allemagne a le quasi-monopole en Europe (à hauteur de 1,5% de son PIB), sans doute en toute légalité. De même, le trop fameux Semestre européen, qui est aux « pays du Club Med » ce que le Père Fouettard était aux enfants dissipés, permet aux Allemands de signifier aux Français, via l’UE, que leurs ambitions militaires sont déraisonnables car ils n’ont plus les moyens de les financer.

Enfin, alors que l’industrie allemande gagnait à l’Est de l’UE, avec les élargissements successifs, à la fois des parts de marché et une sous-traitance à bas coûts, le tout financé par les fonds européens auxquels la France (et l’Italie) cotisait à perte, la France ne cessait de se désindustrialiser et de s’appauvrir. La carte (Eurostat) des perspectives de croissance en Europe ci-dessous est à superposer avec le vote en faveur du RN.

On observera incidemment que l’Allemagne gagne sur tous les tableaux : le vote extrémiste tend à marginaliser non seulement les eurodéputés français, mais aussi la position de la France dans l’ensemble des institutions européennes. D’où une influence de la France dans l’UE en déclin, et pour tout dire, quasiment nulle aujourd’hui.
Reste la question des taux d’intérêt. Le fait de rembourser ses créanciers en euros permet il est vrai à la France d’emprunter à un taux moins élevé que si elle devait le faire en francs. Mais cela ne signifie pas pour autant que les Allemands financent cet avantage en aucune façon. Au contraire, les marchés financiers discriminent toujours les emprunteurs en fonction de la qualité de leur signature et le taux auquel le Trésor français emprunte reste supérieur à celui pratiqué vis-à-vis de l’Allemagne. En fait, la monnaie unique n’a pas grand-chose à voir avec cette pratique : ce que le créancier observe, ce n’est pas l’apparence de la monnaie, mais la capacité de remboursement en termes réels, c’est-à-dire à la fois effective et dans une monnaie aussi peu dévalorisée que possible. Mais qu’il se rassure, le contribuable allemand n’est en rien concerné par le remboursement des emprunts français.

C’est bien pourquoi l’Allemagne refuse toujours de développer les capacités d’emprunt de l’UE en tant qu’institution. Cela a encore été le cas lors du dernier Conseil du 26 juin à propos des « Euro-Bonds » pour la défense. Car alors le risque existerait que d’autres « fassent les poches » du contribuable allemand en lui demandant de rembourser des dettes consenties pour financer les dépenses des autres. Mais ce n’est pas le cas actuellement, sauf pour le plan de relance post-Covid, très encadré par les règles budgétaires européennes. S’il existe en France une tentation de « faire les poches » de l’Allemagne, c’est par ce biais. Et le plus grand promoteur de cette fuite en avant n’est autre que le Président français. Mais si Mme Von Der Leyen a été nommée à la présidence de la Commission européenne en dépit de son triste bilan à la tête de la Bundeswehr, et reconduite en dépit de son triste bilan à la tête de la Commission, c’est précisément pour éviter cela.

Signalons incidemment dans le domaine de la défense l’instrument étrange qu’était la « facilité européenne pour la paix » (FEP), financé par des contributions volontaires des États participants assises sur leur richesse nationale. Si certains pays comme la Pologne ont profité des largesses de la FEP, non encadrée par les règles financières de l’UE, pour « faire les poches » des autres, la France, en tant que deuxième contributeur, était plutôt, avec l’Allemagne et l’Italie, du côté des victimes de l’indélicatesse, à hauteur de près de deux milliards d’euros. Un solde négatif qui s’ajoute donc à la contribution nette de la France à l’UE.

En un mot, que le Chancelier se rassure : ses meilleurs alliés en matière d’orthodoxie budgétaires sont en France les partis souverainistes. L’Allemagne aurait en effet beaucoup à perdre à financer les autres États au sein d’une Europe fédérale. Elle aurait alors effectivement l’impression de se faire « faire les poches ». Alors, pourquoi s’inquiète-t-il ?
Ce n’est pas faire preuve de germanophobie que constater que la France n’a pas en l’Allemagne un partenaire fiable et compréhensif. Au contraire, indépendamment de la froideur des relations entre Scholtz et Macron, force est de constater que l’Allemagne pèse de tout son poids en Europe pour aller contre les intérêts français, qu’il s’agisse par exemple d’inscrire le nucléaire dans la liste des énergies décarbonnées, d’investir dans le New Space ou de tenir ses engagements dans les projets de défense conjoints.

La raison est peut-être à trouver dans la boutade selon laquelle les Français respectent les Allemands mais ne les aiment pas, quand les Allemands aiment bien les Français mais ne les respectent pas.

Plus prosaïquement, l’Allemagne de la chancelière Merkel (et de son successeur) a trop profité de l’affaiblissement de la France en Europe depuis vingt ans pour souhaiter rééquilibrer la relation franco-allemande. C’est pourtant une nécessité absolue pour quiconque croit à un projet européen de long terme. Sans quoi le décrochage de la France risque d’emporter dans sa chute toute la construction européenne.

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(1) Tous les chiffres sont issus des données officielles les plus à jour publiées par les administrations de Bercy : https://www.budget.gouv.fr/documentation/file-download/22029 et https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2024/02/07/rapport-2024-sur-le-commerce-exterieur-de-la-france

(2) Cf. parmi nos précédentes chroniques : De quoi la France bénéficie-t-elle en « juste retour » de sa générosité envers l’Union européenne ? et La France, seul pays à s’enfoncer dans un déficit commercial abyssal avec ses partenaires de l’UE

(3) Selon une étude allemande, l’euro aurait particulièrement nui aux Français (lefigaro.fr) ; l’étude en allemand «20 ans d’euro: perdants et gagnants, une enquête empirique» se trouve sous le lien : cepStudy

(4) https://www.latribune.fr/opinions/quelle-strategie-pour-renforcer-l-influence-de-la-france-dans-l-ue-940527.html

(5) Cf. l’une de nos précédentes chroniques : Comment les Français financent l’effort de guerre polonais et l’industrie de défense extra-européenne

(6) Cf. https://www.latribune.fr/opinions/elections-allemandes-que-restera-t-il-des-cinq-programmes-d-armement-emblematiques-de-2017-892845.html et https://www.latribune.fr/opinions/l-avenir-de-la-defense-de-la-france-a-tout-a-perdre-dans-le-scaf-2-2-936113.html

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* Le groupe Mars, constitué d’une trentaine de personnalités françaises issues d’horizons différents, des secteurs public et privé et du monde universitaire, se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l’industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France.

La France toujours en tête de la pression fiscale

La France toujours en tête de la pression fiscale

C’est évidemment le paradoxe du pays à savoir un endettement record dont la charge deviendra bientôt le premier budget avec près de 100 milliards à rembourser par an d’ici quelques années et dans le même temps une pression fiscale la plus importante en Europe. En plus des services dont la qualité n’est pas toujours à la hauteur des enjeux , loin s’en faut.
Bref la démonstration du grand gaspillage de cet Etat que personne ne contrôle plus. Cette année, comme l’an dernier, la France est championne de la pression fiscale et sociale, selon une étude de l’Institut économique Molinari (IEM). D’après les calculs de ces experts, les Français ne commenceront à travailler pour eux-mêmes qu’à partir de ce mercredi 17 juillet, « libérés » du poids des prélèvements obligatoires.

En clair, un salarié moyen (célibataire sans enfants, qui touche le salaire moyen) doit travailler jusqu’à cette date pour s’acquitter de l’ensemble des cotisations salariales et patronales, impôts et TVA nécessaires pour financer la dépense publique. « Cette date marque symboliquement le jour où le salarié est libre de faire ce qu’il veut de son argent », analyse le directeur général de l’Institut Molinari, Nicolas Marques.

 

Le jour de libération fiscale des Français…

 

Postes à l’assemblée: le RN faiseurs de rois

Postes à l’assemblée: le RN faiseurs de rois

 

Pour l’élection des principaux responsables  aux postes de l’assemblée notamment du président chaque formation premier tour présentera son candidat. La plupart n’ont aucune chance d’être élus dès ce premier tour. Au tour suivant on commencera à voir émerger les pires contradictions qui caractérisent la crise politique

 

Pour sa part, le RN ne peut compter sur aucun autre soutien que le sien. Du coup, il pourrait bien jouer un rôle d’arbitre comme déjà précédemment soit en soutenant un candidat, soit en s’abstenant. De toute manière, il y a de quelque chose de surréaliste dans les clivages entre les partis. Ainsi par exemple beaucoup de députés républicains farouchement contre la gauche ne doivent leur élection qu’au retrait du candidat de cette gauche. Ainsi par exemple des candidats du groupe renaissance ne doivent leur élection également qu’au retrait de cette même gauche tout en refusant d’envisager une forme de collaboration. On retrouve ces contradictions au sein même de chaque camp y compris du nouveau Front populaire.

L’élection des principaux responsables de l’Assemblée nationale ne fera que confirmer les ambiguïtés et les contradictions des différents partis qui conduisent en réalité la France vers l’immobilisme d’abord , la crise ensuite

Candidature Biden de plus en plus contestée

Candidature Biden de plus en plus contestée

Une figure du Parti démocrate américain, Adam Schiff, a appelé mercredi 17 juillet le président Joe Biden à retirer sa candidature à un deuxième mandat. 

Les appels au président à abandonner sa candidature se multiplient. Adam Schiff , hautu responsable du parti démocrate rejoint ainsi la frondeLe puissant chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a lui aussi mis son poids dans la balance pour que Joe Biden jette l’éponge. «Schumer a vigoureusement fait valoir qu’il serait préférable pour Biden, pour le parti démocrate et pour le pays qu’il se retire», a rapporté un journaliste de la chaîne mercredi. L’équipe du ténor démocrate n’a pas vraiment démenti, soulignant simplement qu’«à moins que la source d’ABC ne soit le sénateur Chuck Schumer ou le président Joe Biden», cette information n’était «que pure spéculation». ABC estime que le chef du parti démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, aurait également rejoint la fronde.

 

Montant Retraites: vers une baisse des niveaux de pension

Montant Retraites:  vers une baisse des niveaux de pension

En dépit de la récente réforme des retraites, les experts patentés viennent de s’apercevoir que les scénarios financiers sont déjà obsolètes et que sur la tendance il faudra prévoir un accroissement substantiel des déficits. En clair, on prépare le terrain pour la mise en œuvre d’une politique de baisse des niveaux de pension pour sauver le régime.

Normalement la baisse des retraites devrait s’opérer à travers une moindre indexation des pensions sur le coût de la vie. Bref pas de baisse en valeur absolue mais en euros constants ; de quoi mieux faire avaler la pilule

Face à la persistance du déficit des retraites, le Comité de suivi des retraites exhorte à modifier les règles d’indexation des pensions.

C’est le deuxième effet, celui que l’on n’avait pas nécessairement anticipé. Après le relèvement de l’âge de départ en retraite à 64 ans, les Français doivent s’attendre, à plus ou moins brève échéance, à un changement des règles de calcul des pensions. C’est en tout cas ce que recommande dans un avis publié lundi le Comité de suivi des retraites (CSR), un groupe d’experts auprès du Premier ministre, chargé d’éclairer les pouvoirs publics sur les décisions à prendre, sur la base du rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) publié chaque année en juin.

Sur le constat, rien de nouveau : « les déficits subsistent », alerte le CSR, qui recommande que « des réponses y soient apportées ». Le déficit des retraites va se creuser pour atteindre en moyenne de 0,5 point de PIB sur l’horizon de 25 ans et même 0,8 point de PIB en 2070. Cette persistance des déficits peut surprendre, un an après la mise en œuvre d’une nouvelle réforme. Mais « si la réforme a durci les critères d’âge…

Politique: le blocage de nos responsables politiques

Politique: le  blocage de nos responsables politiques

Le constitutionnaliste Dominique Rousseau  affirme, dans un entretien au « Monde », que nous avons un problème de culture politique, et non de droit. Il revient sur les perspectives de coalition et le risque d’ingouvernabilité.

Dominique Rousseau est professeur émérite de droit public à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et membre honoraire de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de droit constitutionnel, il a notamment écrit l’ouvrage Les Contestations. Penser, décider, agir (Belopolie, 56 pages, 10 euros).

Au vu du résultat des législatives, est-ce qu’un premier ministre issu d’une certaine famille politique s’impose à Emmanuel Macron ?

D’après la Constitution, en l’absence d’une majorité absolue au Parlement, le président n’est pas tenu de nommer un premier ministre issu d’un camp particulier. Et justement, nous sommes dans une situation inédite où l’Assemblée nationale n’est composée que de minorités. Ce à quoi il faudrait rajouter, pour complexifier l’équation, qu’il s’agit de minorités sans chef. Ensemble et le Nouveau Front populaire (NFP) n’ont pas de leader clair ; seul le Rassemblement national (RN) en a un, Marine Le Pen.

Le président est tenu de nommer un premier ministre qui pourra gouverner ou, au moins, qui ne risquera pas d’être immédiatement renversé. Il est donc naturel qu’Emmanuel Macron ait demandé dans sa lettre aux Français, le 10 juillet, aux partis politiques de s’entendre, afin de former une coalition majoritaire. Pour l’instant, une telle coalition n’a pas encore émergé.

La France vit-elle aux crochets de l’Allemagne ?

La France vit-elle aux crochets de l’Allemagne ?
La France fait-elle les poches de l’Allemagne depuis 20 ans ? A travers cette nouvelle chronique, le groupe Mars rappelle que l’Allemagne est le grand vainqueur de l’introduction de l’euro avec 1893 milliards supplémentaires pour le PIB, sur la période 1999-2017. Par le groupe de réflexions  Mars*

 

Un article qui mérite d’être lu mais aussi contesté par son caractère un peu trop partisan teinté de nationalisme. Le groupe Mars paraît plus compétent pour analyser la politique de défense. En la circonstance, il fait l’impasse sur le fait que sans l’Euro, la France aurait connu sans doute plusieurs dévaluations et une perte de pouvoir d’achat d’au moins 20 %. Une dévaluation toujours payée davantage par les moins favorisés via l’inflation. NDLR

« Il n’y a pas besoin d’être professeur d’économie pour comprendre qui fait les poches à qui quand on enregistre avec un partenaire un solde commercial structurellement déficitaire… depuis plus de vingt ans » (Le groupe Mars).

A l’heure où cette chronique sera publiée, les urnes auront rendu leur verdict. Quoi qu’il en soit, n’ayant pas vocation à commenter l’actualité, le groupe Mars souhaite inscrire ses analyses dans le temps long et traiter le fond des sujets plutôt que « l’écume des jours ». Tout juste constatera-t-il qu’il ne sert à rien de nier certaines évidences. Si aujourd’hui un ancien groupuscule d’extrême-droite est à la porte du pouvoir, la faute est entièrement celle de ses adversaires politiques, qui lui ont abandonné leur électorat en oubliant deux grands marqueurs historiques de la gauche : le progrès social et la nation.

Ce ne sont pas les gens qui « votent mal », c’est l’offre politique qui se révèle inadaptée aux attentes des électeurs. Donnez-leur la sécurité et l’espoir d’un progrès pour eux-mêmes et leurs enfants dans le cadre naturel de la nation française (le seul patrimoine de ceux qui n’ont rien, disait en substance Jaurès), et ils cesseront de jouer avec le feu en donnant leur suffrage à des partis infréquentables.

La France fait-elle « les poches de l’Allemagne »
Cela commence par dire la vérité aux électeurs, notamment sur la cause de la diminution de leur pouvoir d’achat. Et pourtant, lors de la campagne électorale que nous avons vécue, certains commentateurs de l’actualité politique sur les plateaux de télévision, souvent journalistes de profession, n’ont pas hésité à proférer les plus grossières contre-vérités pour tenter de justifier un discours de plus en plus inaudible. Ainsi, en guise de commentaire d’une déclaration controversée du chancelier allemand interprétée comme une tentative d’intrusion dans la campagne électorale française, certains affirment de manière péremptoire et sans aucune explication que « cela fait vingt ans que la France fait les poches de l’Allemagne ».
Il s’agit d’un mensonge grossier que quelques chiffres officiels suffisent à dénoncer. D’abord, interrogeons-nous sur ce qu’a voulu dire le commentateur. L’expression triviale « faire les poches » signifie dans un registre plus élevé « commettre une indélicatesse », autrement dit dérober. Comment la France pourrait-elle voler l’Allemagne, dans un système européen régi par le droit ? Mystère.

Faut-il rappeler que c’est bien l’inverse que notre pays a subi sous l’emprise de la violence allemande au XXe siècle, et que l’Allemagne n’a jamais « payé » à la hauteur de ses prédations ? Dans un souci d’apaisement, les Anglo-américains ont contraint les Français à renoncer aux réparations prévues dans le traité de Versailles de 1919. Et l’Allemagne détruite, occupée puis reconstituée à partir de 1949 a réglé sa dette morale « pour solde de tout compte » à hauteur de montants forfaitaires sans commune mesure avec l’ampleur des pillages commis dans toute l’Europe par les troupes d’occupation du IIIe Reich.

Alors, est-ce que le commentateur a voulu dire que l’Allemagne finançait volontairement la France ? Bigre, ce serait un vrai scoop ! Examinons la question plus précisément. Est-ce que le contribuable allemand finance quoi que ce soit en France par ses impôts ? Dans un cadre bilatéral, cela peut arriver de manière tout à fait marginale à l’occasion du cofinancement de projets scientifiques par exemple, et le plus souvent à titre de réciprocité.

Dans le cadre européen, il est vrai que l’Allemagne est le principal contributeur aux dépenses de l’UE et que la France reçoit de l’UE deux milliards de plus que l’Allemagne chaque année. Mais la France est aussi le deuxième contributeur net aux finances de l’UE, à hauteur d’un peu moins de dix milliards d’euros ces dernières années, quand les Allemands paient deux fois plus. Autrement dit, il est vrai que la France « gagne » deux milliards de plus que l’Allemagne chaque année dans ses relations financières avec l’UE et qu’elle « cotise » moins, mais la France reste malgré tout très déficitaire dans ses relations financières avec l’UE. Ce solde négatif a d’ailleurs quasiment doublé depuis 2017, en partie à cause du départ de cet autre financeur net qu’était le Royaume-Uni, mais pas seulement. Le Brexit a pour cause première en effet le sentiment (basé sur des faits réels) de cotiser à perte pour l’UE sans contrepartie financière ni commerciale.

Qu’en est-il en France et en Allemagne ? En contrepartie d’un solde annuel négatif d’environ vingt milliards par an, l’Allemagne bénéficie à plein des avantages du marché unique, par trois canaux principaux : un solde commercial très excédentaire dans l’UE (dont près de 9 milliards rien qu’avec la France), le développement d’un réseau de sous-traitance à bas coût (dont l’intégration de l’Ukraine va encore améliorer le rendement) et la possibilité d’imposer les normes de ses propres industriels (voire d’obtenir des dérogations quand les normes ne lui conviennent pas comme pour la fin des moteurs thermiques).

De son côté, en contrepartie d’un solde négatif de près de dix milliards, la France ne bénéficie pas des mêmes avantages du marché unique, à commencer par un solde commercial déficitaire dans l’UE de plus de cinquante milliards d’euros en moyenne sur les deux dernières années. Pour le reste, si la France est moins habile que l’Allemagne, ce n’est pas la faute des Allemands…
Mais il n’y a pas besoin d’être professeur d’économie pour comprendre qui « fait les poches » à qui quand on enregistre avec un partenaire un solde commercial structurellement déficitaire… depuis plus de vingt ans. La monnaie unique n’est d’ailleurs pas pour rien dans ce résultat, voulu, la faute à la négociation, avant d’entrer dans l’euro, d’une parité conçue pour favoriser une Allemagne alors affaiblie par la nécessité d’intégrer les Länder de l’Est.

L’euro a été construit sur le mark allemand comme une monnaie forte, ce qui ne fonctionne pas avec la spécialisation d’une grande partie de l’économie française qui est, de ce fait, trop chère en coûts pour une valeur ajoutée insuffisante et une trop faible différenciation des offres concurrentes. Hormis l’aéronautique et la défense, l’industrie française a donc été très pénalisée par l’acceptation des critères allemands de l’euro, qui servaient leurs intérêts. Ainsi la part de l’industrie dans l’économie française a été divisée par deux depuis l’adoption de l’euro.

A l’inverse, quoi qu’en disent les Allemands, la présence de la France a évité que le cours de l’euro ne soit plus élevé encore, car cela aurait dû être le cas si sa valorisation avait été fondée uniquement sur l’économie allemande. Ainsi, paradoxalement, la France a subventionné la compétitivité prix de l’économie allemande.
Selon une étude publiée en 2019 du très sérieux think tank allemand CEP, Centre de Politique Européenne, d’inspiration libérale, c’est bien l’Allemagne qui est le grand vainqueur de l’introduction de l’euro, avec 1893 milliards d’euros supplémentaires pour le PIB, sur la période 1999-2017, soit un gain de 23.116 euros par habitant. Les Néerlandais ont gagné presque autant (21.003 euros). D’après Matthias Kullas, l’économiste du CEP, l’Allemagne s’est appuyée sur la stabilité de l’euro, dans la continuité du Deutsche Mark, pour exporter ses produits de haute valeur ajoutée.

« Si l’Espagne et la Belgique n’ont pas trop vu baisser leur PIB par habitant (- 5031 et – 6370 euros), les Portugais ont plus fortement souffert de la monnaie unique (-40 604 euros par personne). Et les deux pays les plus négativement affectés sont la France et l’Italie, qui ont perdu respectivement 3591 et 4325 milliards d’euros sur 20 ans, soit 55 996 euros par Français et 73 605 euros par Italien. Le bilan global semble donc, à l’échelle de l’économie européenne, plutôt négatif », commente Le Figaro au printemps 2019.

En ce qui concerne les deux principaux perdants, le CEP mentionne l’importance d’un outil de politique économique que l’adoption de l’euro a rendu impossible : la dévaluation. Le Figaro poursuit : « Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la France et l’Italie avaient en effet eu plusieurs fois recours à la dévaluation du franc et de la lire, pour soutenir leur compétitivité. Une pratique aux avantages et revers nombreux, utilisée pour la dernière fois en France en 1986, justement pour rééquilibrer la valeur du franc par rapport au mark allemand, et défendre les entreprises exportatrices. Depuis l’usage de la monnaie unique, les gouvernements des deux pays n’ont plus la possibilité de dévaluer, et selon le CEP, n’ont pas engagé les réformes qui leur auraient permis de rendre l’économique plus efficace, et de bénéficier de l’euro. »

En conclusion de son scoop, le journaliste du Figaro veut rassurer son lectorat : « Au lieu de conseiller à la France de reprendre le contrôle de sa monnaie, et donc de précipiter la fin de la monnaie unique, le think tank souligne plutôt l’importance d’engager des améliorations structurelles sur l’économie et l’État : « des réformes structurelles sont nécessaires maintenant ». Jusqu’à donner un avis très personnel sur la politique économique française : « pour profiter de l’euro, la France doit suivre avec rigueur la voie de la réforme du président Macron », conclut l’étude. »
L’ironie de cette conclusion prend tout son éclat cinq ans plus tard. On peut le déplorer, mais la démocratie française a ceci de regrettable que la volonté des citoyens est censée prévaloir sur l’opinion des experts et des politiciens allemands qui s’expriment pour le bien de notre pays.
Notons que la méthode retenue par le think tank allemand consistait à imaginer une évolution du PIB pour chaque pays, dans l’hypothèse où l’euro n’aurait pas existé. Les projections ont été réalisées en récréant virtuellement des trajectoires économiques à l’aide d’algorithmes, eux-mêmes basés sur les données de pays hors zone euro. La courbe de PIB de la France entre 1999 et 2017 se présente ainsi, en bleu avec l’euro, et en orange, une projection sans l’euro. La surface entre les deux courbes représente exactement la perte de pouvoir d’achat des Français, qu’il faudrait corréler avec le gain pour les Allemands. Alors, depuis 20 ans, qui a fait les poches à qui ?

Ajoutons pour mémoire que les mécanismes européens semblent fonctionner à sens unique : verboten für Dich, sehr gut für mich (interdit pour toi, très bon pour moi). C’est typiquement le cas des aides d’État, dont l’Allemagne a le quasi-monopole en Europe (à hauteur de 1,5% de son PIB), sans doute en toute légalité. De même, le trop fameux Semestre européen, qui est aux « pays du Club Med » ce que le Père Fouettard était aux enfants dissipés, permet aux Allemands de signifier aux Français, via l’UE, que leurs ambitions militaires sont déraisonnables car ils n’ont plus les moyens de les financer.

Enfin, alors que l’industrie allemande gagnait à l’Est de l’UE, avec les élargissements successifs, à la fois des parts de marché et une sous-traitance à bas coûts, le tout financé par les fonds européens auxquels la France (et l’Italie) cotisait à perte, la France ne cessait de se désindustrialiser et de s’appauvrir. La carte (Eurostat) des perspectives de croissance en Europe ci-dessous est à superposer avec le vote en faveur du RN.

On observera incidemment que l’Allemagne gagne sur tous les tableaux : le vote extrémiste tend à marginaliser non seulement les eurodéputés français, mais aussi la position de la France dans l’ensemble des institutions européennes. D’où une influence de la France dans l’UE en déclin, et pour tout dire, quasiment nulle aujourd’hui.
Reste la question des taux d’intérêt. Le fait de rembourser ses créanciers en euros permet il est vrai à la France d’emprunter à un taux moins élevé que si elle devait le faire en francs. Mais cela ne signifie pas pour autant que les Allemands financent cet avantage en aucune façon. Au contraire, les marchés financiers discriminent toujours les emprunteurs en fonction de la qualité de leur signature et le taux auquel le Trésor français emprunte reste supérieur à celui pratiqué vis-à-vis de l’Allemagne. En fait, la monnaie unique n’a pas grand-chose à voir avec cette pratique : ce que le créancier observe, ce n’est pas l’apparence de la monnaie, mais la capacité de remboursement en termes réels, c’est-à-dire à la fois effective et dans une monnaie aussi peu dévalorisée que possible. Mais qu’il se rassure, le contribuable allemand n’est en rien concerné par le remboursement des emprunts français.

C’est bien pourquoi l’Allemagne refuse toujours de développer les capacités d’emprunt de l’UE en tant qu’institution. Cela a encore été le cas lors du dernier Conseil du 26 juin à propos des « Euro-Bonds » pour la défense. Car alors le risque existerait que d’autres « fassent les poches » du contribuable allemand en lui demandant de rembourser des dettes consenties pour financer les dépenses des autres. Mais ce n’est pas le cas actuellement, sauf pour le plan de relance post-Covid, très encadré par les règles budgétaires européennes. S’il existe en France une tentation de « faire les poches » de l’Allemagne, c’est par ce biais. Et le plus grand promoteur de cette fuite en avant n’est autre que le Président français. Mais si Mme Von Der Leyen a été nommée à la présidence de la Commission européenne en dépit de son triste bilan à la tête de la Bundeswehr, et reconduite en dépit de son triste bilan à la tête de la Commission, c’est précisément pour éviter cela.

Signalons incidemment dans le domaine de la défense l’instrument étrange qu’était la « facilité européenne pour la paix » (FEP), financé par des contributions volontaires des États participants assises sur leur richesse nationale. Si certains pays comme la Pologne ont profité des largesses de la FEP, non encadrée par les règles financières de l’UE, pour « faire les poches » des autres, la France, en tant que deuxième contributeur, était plutôt, avec l’Allemagne et l’Italie, du côté des victimes de l’indélicatesse, à hauteur de près de deux milliards d’euros. Un solde négatif qui s’ajoute donc à la contribution nette de la France à l’UE.

En un mot, que le Chancelier se rassure : ses meilleurs alliés en matière d’orthodoxie budgétaires sont en France les partis souverainistes. L’Allemagne aurait en effet beaucoup à perdre à financer les autres États au sein d’une Europe fédérale. Elle aurait alors effectivement l’impression de se faire « faire les poches ». Alors, pourquoi s’inquiète-t-il ?
Ce n’est pas faire preuve de germanophobie que constater que la France n’a pas en l’Allemagne un partenaire fiable et compréhensif. Au contraire, indépendamment de la froideur des relations entre Scholtz et Macron, force est de constater que l’Allemagne pèse de tout son poids en Europe pour aller contre les intérêts français, qu’il s’agisse par exemple d’inscrire le nucléaire dans la liste des énergies décarbonnées, d’investir dans le New Space ou de tenir ses engagements dans les projets de défense conjoints.

La raison est peut-être à trouver dans la boutade selon laquelle les Français respectent les Allemands mais ne les aiment pas, quand les Allemands aiment bien les Français mais ne les respectent pas.

Plus prosaïquement, l’Allemagne de la chancelière Merkel (et de son successeur) a trop profité de l’affaiblissement de la France en Europe depuis vingt ans pour souhaiter rééquilibrer la relation franco-allemande. C’est pourtant une nécessité absolue pour quiconque croit à un projet européen de long terme. Sans quoi le décrochage de la France risque d’emporter dans sa chute toute la construction européenne.

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(1) Tous les chiffres sont issus des données officielles les plus à jour publiées par les administrations de Bercy : https://www.budget.gouv.fr/documentation/file-download/22029 et https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2024/02/07/rapport-2024-sur-le-commerce-exterieur-de-la-france

(2) Cf. parmi nos précédentes chroniques : De quoi la France bénéficie-t-elle en « juste retour » de sa générosité envers l’Union européenne ? et La France, seul pays à s’enfoncer dans un déficit commercial abyssal avec ses partenaires de l’UE

(3) Selon une étude allemande, l’euro aurait particulièrement nui aux Français (lefigaro.fr) ; l’étude en allemand «20 ans d’euro: perdants et gagnants, une enquête empirique» se trouve sous le lien : cepStudy

(4) https://www.latribune.fr/opinions/quelle-strategie-pour-renforcer-l-influence-de-la-france-dans-l-ue-940527.html

(5) Cf. l’une de nos précédentes chroniques : Comment les Français financent l’effort de guerre polonais et l’industrie de défense extra-européenne

(6) Cf. https://www.latribune.fr/opinions/elections-allemandes-que-restera-t-il-des-cinq-programmes-d-armement-emblematiques-de-2017-892845.html et https://www.latribune.fr/opinions/l-avenir-de-la-defense-de-la-france-a-tout-a-perdre-dans-le-scaf-2-2-936113.html

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* Le groupe Mars, constitué d’une trentaine de personnalités françaises issues d’horizons différents, des secteurs public et privé et du monde universitaire, se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l’industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France.

Le « Macronisme »: Surtout de l’opportunisme

Le « Macronisme »: Surtout de  l’opportunisme

L’usage journalistique et la facilité de langage conduisent souvent à accoler un suffixe en -isme au nom d’une personnalité politique pour désigner un courant politique qui s’incarnerait à travers un responsable. C’est ainsi qu’est apparu « le macronisme. » Dans une acception faible, ce serait un courant plus ou moins organisé désignant un groupe d’élus et militants, et le camp de ses soutiens électoraux. Dans un sens plus fort, cela induirait l’existence d’un corps de doctrine, une idéologie fixant un cap. Or, on peut arguer que ce qu’Emmanuel Macron incarne ne correspond véritablement à aucune de ces deux conceptions.Si beaucoup d’analystes et journalistes politiques se sont éreintés à trouver une définition objective du « macronisme » et de ses paradoxes, c’est que l’action du président n’est pas régie par une ligne directrice constante, mais est dans son essence un opportunisme, un art de saisir le moment, de tenter des coups, parfois avec brio, parfois en échouant, comme pour cette dissolution « ratée ». Ratée au point d’ouvrir sans doute l’ère de l’après-Macron mais pas ratée au point de ne pas offrir de nouvelles opportunités qu’il peut tenter de saisir.

 

par 

Professeur en Information-Communication à l’Institut Français de presse (Université Paris-Panthéon-Assas), Université Paris-Panthéon-Assas dans The Conversation 

 

Un courant politique sans véritable parti ? Le macronisme serait, en parodiant Jean-Luc Mélenchon, une composante « gazeuse ». Loin de former un parti politique au sens classique et institutionnel, avec des cadres dirigeants, une colonne vertébrale qui innerve un corps militant jusqu’à des cellules de base, l’ADN macronien reste indistinct sur le plan organisationnel.

La meilleure preuve est sa propension à changer le nom du parti censé l’incarner, sans même laisser à la marque le temps de s’imposer : En marche (2016 – mi-2017), le parti la République en marche (2017 à 2022), Renaissance (depuis 2022), tout en ayant participé juste avant à une coalition électorale baptisée Ensemble pour la majorité présidentielle, abrégée par Ensemble.

Sur le plan doctrinal, les partis du président de la République n’ont pas œuvré à produire un corps de doctrine qui orienterait le travail législatif. La majorité présidentielle au Parlement a pour principale source d’inspiration le programme du candidat Macron, qui n’a pas été rédigé sous forme d’une motion collective votée par un collectif militant mais uniquement par son fondateur et quelques conseillers. Le macronisme n’est donc pas une doctrine à forte probabilité de survivre à son inventeur.

Les fonctions dévolues habituellement à un parti ne sont pas exercées : incarnation, réseau militant actif et nombreux, formation de cadres ayant vocation à devenir des élus, laboratoire d’idées.

C’est la seule figure de ce chef fondateur qui fait tenir le mouvement et cela grâce à sa victoire inattendue à la présidentielle de 2017. C’est ce coup politique, perçu par ses soutiens comme un coup de génie, un triomphe, qui lui a donné une telle force d’attraction personnelle. Il a ensuite joué la carte d’un président omniprésent, assumant de réaffirmer l’autorité, en adoptant une posture « jupiterienne ».

Sa façon d’assurer dépasser les corps intermédiaires et l’orientation de son action assumant de plus en plus de passer en force, même sans majorité, grâce à tous les atouts donnés par la Ve République (les fameux 49.3), permettent de qualifier son style de gouvernance de bonapartiste.
Emmanuel Macron joue souvent sur l’effet de surprise pour déstabiliser ses adversaires, en tentant des coups politiques. Christophe Ena/AFP
Emmanuel Macron joue souvent sur l’effet de surprise pour déstabiliser ses adversaires, en tentant des coups politiques (rencontres de Saint-Denis avec les leaders de tous les partis, conférences citoyennes, dissolution surprise…). Il s’essaie à une synthèse toute personnelle et personnalisée des idéaux des deux camps (« et de droite et de gauche ») pensant incarner un dépassement : tout comme Napoléon Bonaparte conserva de la Révolution l’idéal de souveraineté populaire et prit en même temps en héritage l’idéal d’autorité impériale pour créer un régime impérial plébiscitaire, centré sur sa personne.L’une des difficultés à saisir le macronisme est liée à ses changements de soutiens électoraux au cours du premier mandat.

En 2017, Emmanuel Macron a atteint le deuxième tour de l’élection présidentielle grâce à une combinaison électorale d’électeurs socialistes et centristes. Selon Ipsos, 47 % des électeurs de François Hollande en 2012 ont voté Macron, de même que 43 % des électeurs de François Bayrou. À l’époque déjà, il mord un peu sur l’électorat plus à droite, puisque le candidat Macron a attiré à lui 17 % des électeurs de Nicolas Sarkozy en 2012.

Si on raisonne par sympathies partisanes, le côté attrape-tout du macronisme initial est évident. Au premier tour de la présidentielle 2017, il rallie sur son nom 19 % des sympathisants écologistes (EELV), 42 % du PS, 46 % du MoDem, 36 % de l’UDI, 9 % des LR.

Au premier tour de la présidentielle 2022, le président sortant fidélise 73 % de ses électeurs de 2017 (il en perd donc 27 %) et il attire 39 % des électeurs Fillon, considéré comme incarnant une droite conservatrice. En 2022, sa perte des électeurs de centre gauche et socialistes, est plus que compensés par des électeurs de la droite traditionnelle au profil sarkozyste.

En 2022, les données Ipsos, le vote Macron n’attire plus que 28 % des sympathisants PS, 13 % des écologistes, mais 25 % des LR. Et le mouvement se poursuit pour le premier tour des législatives de 2024. Selon l’enquête IFOP, les électeurs Renaissance au 1er tour représentent 13 % des sympathisants PS, 12 % des écologistes et 21 % des Républicains. Et on ajoutera que ce parti attire 35 % des (maigres) effectifs de votants pour Valérie Pécresse en 2022.

Le dictionnaire de l’Académie définit l’opportunisme comme une « attitude consistant à régler sa conduite selon les circonstances du moment, à subordonner toute autre considération à son intérêt immédiat ». Emmanuel Macron sait repérer et saisir des opportunités.

En 2017, face à l’affaiblissement du président Hollande, il a vu un espace politique se libérer et s’est engouffré. Dans un appel au « dépassement » du clivage traditionnel droite/gauche, il a croisé la route de François Bayrou dont le soutien a fait décoller sa campagne dans les sondages.

Il a pu alors entamer une campagne placée sous le signe de la « bienveillance » vis-à-vis de ses adversaires, au profit d’un rassemblement transpartisan.

Puis, profitant largement des ennuis judiciaires de François Fillon, il a eu l’opportunité de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen, pour bénéficier du vote de « barrage contre l’extrême droite ». Voilà pourquoi, non sans un peu de cynisme, il a fêté avec ses amis sa victoire présidentielle dès le premier tour.

Depuis ce coup de maître, sa gouvernance se révèle difficile à suivre, sans boussole idéologique claire. Il défendait une retraite à points, soutenue par la CFDT, mais il finit par imposer de force une réforme que tous les syndicats et une écrasante majorité de Français rejettent. Il se voulait soucieux des deniers publics et équilibres budgétaires, ses sept années de mandat ont vu la dette publique exploser, au point d’être mis sous surveillance par la Commission européenne. Il défend une solution de compromis âprement négociée avec LR pour la loi sur l’immigration, mais s’empresse de la livrer au Conseil constitutionnel avec l’espoir de la voir largement censurée. Il promet une loi progressiste sur la fin de vie, largement plébiscitée par les Français, mais accouche finalement d’un projet de loi assez restrictif pour essayer de trouver un compromis entre les partis, que la dissolution condamne finalement à retomber dans les limbes.

Sa posture de défiance vis-à-vis du jeu des appareils partisans entre en contradiction avec ses calculs politiciens, jouant sur le fractionnement des partis, à coup de triangulation programmatique, de débauchages individuels et désormais de tractations pour contrer l’arithmétique défavorable sortie des urnes. Il accusait le « vieux système des partis » de vouloir se protéger lors de sa conférence de presse justifiant la dissolution. Voilà que son camp qui a perdu la majorité (déjà que relative), s’emploie pour nouer des alliances compliquées afin de survivre à la tête du gouvernement.
Le président Macron voulait une « clarification », nous sommes face à une grande confusion. Il voulait freiner l’élan du Rassemblement national, ce parti a gagné une cinquantaine de sièges. Pire, de premier pôle parlementaire, son alliance partisane passe seconde. La dissolution semble être un échec stratégique.

Néanmoins, le jeu des « désistements républicains » a permis de sauver Renaissance qui ne sort donc pas du jeu parlementaire. Comme la force du président Macron réside dans son aptitude à croire qu’il peut toujours sauver la situation et saisir une opportunité, il y voit la chance de retrouver les moyens d’avoir un gouvernement conforme à ses ambitions.

En conformité avec toute son action passée, la probabilité la plus forte est que ses efforts tendent vers un scénario idéal ou à défaut vers un scénario minimal qui exclut tout ou une partie de la gauche.

L’idéal serait de profiter de la position « centrale » de son mouvement pour tenter d’agréger dans une grande coalition des députés de la droite LR et des élus de gauche, sauf LFI car rejetée comme extrémiste. Il sortirait ainsi de son échec par la grande porte, celle d’une recomposition politique permettant un accord de gouvernement entre des partis qui s’opposent sur bien des points.

L’autre scénario, s’il n’arrive pas à fracturer le Nouveau Front populaire au profit d’une alliance droite-centre-gauche, serait d’arrimer son groupe parlementaire au groupe LR, avec un contrat de gouvernement penchant clairement à droite. Et peu importe si une bonne partie des députés Renaissance doivent leur réélection à un fort soutien des électeurs de gauche pour faire front contre le RN.

Il s’agit en effet d’acter que le barycentre du vote pour le Parlement penche nettement à droite, et ce faisant l’argument est tout trouvé : il ne ferait qu’épouser l’aspiration majoritaire des électeurs : 8,7 millions de voix au second tour se sont portées sur une candidature RN, 1,3 pour une candidature LR-RN, 1,4 million pour LR, 6,3 pour Renaissance, 250 000 Horizons, 1 million divers droite, soit presque 19 millions de voix qui vont du centre droit à l’extrême droite, contre 7 millions pour le Nouveau Front populaire.

Un sursaut… dans le vide ?
L’annonce brutale de la dissolution et la perte importante de députés laissent des rancœurs qui fendillent le camp présidentiel. François Bayrou, comme Edouard Philippe, et même Gabriel Attal commencent à tester leur autonomie vis-à-vis du chef.

Le seul moyen de contrecarrer ces velléités d’autonomie est de leur donner la satisfaction de s’ancrer résolument à droite et de refuser les « égarements » du projet de gauche, décrit comme insensé durant la campagne. À condition néanmoins que ladite « aile gauche » du macronisme ne fasse pas acte d’autonomie en créant son propre groupe au Parlement sous la houlette de Sacha Houlié. Acte qui signerait le début de l’éclatement du « macronisme » comme regroupement de tendances divergentes.

L’alliance, côté LR, serait plus justifiable aussi. La situation est différente de 2022 lorsque pareille alliance fût refusée : il s’agit cette fois de faire barrage à l’arrivée de la gauche au pouvoir, présentée comme extrémiste, communautariste, etc. Hypothèse crédible puisque la gauche crie à sa victoire (malgré ses moins de 200 députés). L’agrégation des forces du centre et de droite donne 234 sièges. Soit 16 de moins seulement que la majorité relative sortante qui a quand même pu gouverner depuis deux années. Impossible donc qu’Emmanuel Macron n’y voit pas un coup à tenter pour conserver le pourvoir malgré sa défaite.

Mais si les jeux de posture de chaque acteur partisan interdisaient toute forme d’alliance, ce sera la paralysie législative d’une chambre introuvable. Pour le président de la République, ce serait l’échec dans l’échec de sa dissolution et la fin potentielle du « macronisme » car cela signifierait qu’il a perdu tout son pouvoir attracteur. Son appel aux électeurs pour un « sursaut démocratique » sera alors devenu pour son courant un sursaut dans le vide.

1000 milliards de dettes publiques supplémentaires : le bilan financier de Macron

 

1000 milliards de dettes publiques supplémentaires : le bilan financier de Macron

Compte tenu du niveau de l’endettement et surtout de la dérive des déficits, la France doit faire l’objet d’une procédure de sanction budgétaire de la part de Bruxelles.

 

En effet sur la tendance, la France ne pourra pas tenir ses engagements de ramener le déficit à un maximum de 3 % du PIB. Depuis 2017, Macron aura donc créé 1000 milliards de dettes supplémentaires et le montant total atteint désormais 3157 milliards. Un chiffre astronomique que ne comprennent  pas la majorité des Français peu formés sur le plan économique et même sur le plan mathématique.

Pourtant , la France pour compenser son insuffisance de recettes va emprunter, emprunter encore davantage et la Cour des Comptes indique que la charge de la dette sera le premier budget en 2027. Le coût sera forcément répercuté sur le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises. Pour les ménages cela se traduira par exemple par une augmentation du prix de la baguette ou de l’essence. Bref par une forme d’inflation sournoise qui diminue le pouvoir d’achat et la performance  des entreprises.

 

Le prix de l’or: Nouveau record

Le prix de l’or: Nouveau record  

Bruits de bottes, tassement de la croissance et incertitude politique font encore monter le prix de l’or: Un nouveau sommet à 2 452,30 dollars l’once (2 669 euros). La demande en or des clients institutionnels, qui cherchent à diversifier leurs placements dans un contexte géopolitique incertain, contribue à tirer le cours de l’or vers le haut. 

« C’est un actif qui, dans sa version physique, ne peut pas faire faillite. Il joue à plein son rôle de valeur refuge », précise François de Lassus, consultant pour Or en cash, un réseau de boutiques. Ces dernières semaines, la demande des particuliers chinois, inquiets des difficultés du système bancaire et gros acheteurs d’or, a aussi joué un rôle inflationniste. « L’immobilier s’est cassé la figure en Chine, la Bourse est à la peine, ajoute Philippe Crevel. L’or fait figure d’alternative pour les particuliers, et cela joue désormais sur le cours. »

France : l’urgence d’un choc de productivité

France : l’urgence d’un choc de productivité

 

Vous avez peut-être vu passer ces messages sur les réseaux sociaux, où des Européens de retour d’un séjour à New York notaient que tout y était cher. Trop cher. À tel point que certains d’entre eux estimaient avoir eu l’impression d’être pauvres le temps de leur séjour outre-Atlantique. Symétriquement, le touriste nord-américain qui va venir à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques disposera d’un pouvoir d’achat élevé. Ce phénomène d’appauvrissement relatif a pris une telle ampleur que plusieurs médias, tels que Le Figaro, Le Monde ou BFM, l’ont récemment relayé.

 

par Julien Pillot
Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École dans The Conversation 
Bien évidemment, lorsqu’il est question de comparer un différentiel de pouvoir d’achat, le premier réflexe est de confronter l’évolution de l’indice général des prix, celle des salaires (qui est le prix du travail), et celle du taux de change.

Première observation : si l’inflation a connu des trajectoires assez similaires de part et d’autre de l’Atlantique depuis 2005, le rythme a été plus soutenu aux États-Unis qu’en France ou dans l’eurozone, avec respectivement des écarts de 13,1 points et de 7 points.

Seconde observation : les salaires, exprimés en parité de pouvoir d’achat, ont augmenté près de deux fois plus vite aux États-Unis (+20,77 %) qu’en France (+10,81 %) sur la même période. Autrement dit, le gain en pouvoir d’achat domestique a été près de deux fois plus important pour les salariés américains que pour leurs homologues français sur une période équivalente.

L’observation de l’évolution des taux de change achève de dresser un tableau peu flatteur de la situation des pays de l’eurozone relativement aux États-Unis : depuis 2008 – une date charnière car elle correspond au plus haut de l’euro par rapport au dollar mais aussi à l’éclatement de la crise des subprimes et à ses conséquences financières et politiques – le dollar s’est apprécié de plus de 35 % par rapport à l’euro ! Concrètement, ce décrochage relatif de l’euro a été particulièrement préjudiciable à des pays qui, comme la France, importent davantage de biens de consommation qu’ils n’en exportent. Et bien évidemment, les touristes américains en Europe s’en trouvent avantagés…

Résumons-nous : un écart de pouvoir d’achat s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique, en raison de l’affaiblissement relatif de la monnaie unique vis-à-vis du billet vert, et de salaires réels ayant progressé plus vite aux États-Unis que dans les pays de la zone euro. D’aucuns pourraient y voir la résultante d’un décrochage des économies européennes par rapport à celle de l’Oncle Sam. Qu’en est-il vraiment ? Et le cas échéant, quelles en seraient les principales causes ?

Pour bien apprécier l’éventuel décrochage des économies de la zone euro relativement aux États-Unis, il s’agit dans un premier temps de s’intéresser à l’évolution du PIB. Le décrochage est net depuis 2011. On peut y voir les effets de politiques contrastées, avec côté états-unien des politiques monétaires de relance dites “non conventionnelles”, auxquelles ont, répondu des politiques similaires en zone Euro, mais décalées dans le temps et surtout doublées d’une austérité budgétaire qui a limité le potentiel de croissance. Mais cela ne saurait tout expliquer. Encore moins le point d’écart de croissance que l’on retrouve chaque année depuis 2019 (EUA : +1,9 % par an ; Euro zone : +0,8 % par an), qui est précisément celui que l’on retrouve lorsque l’on observe les évolutions du PIB depuis 1995 (EUA : +2,4 % par an ; Euro zone : +1,4 % par an).

Il serait alors extrêmement tentant d’attribuer cet écart structurel de croissance à une démographie américaine qui serait plus dynamique que son pendant européen. Car après tout, une démographie dynamique joue positivement sur l’offre (en tant que facteur de production) et la demande (à travers la consommation intérieure). Une première lecture donnerait raison à cette intuition, puisque la démographie américaine s’est accrue en moyenne de 0,83 % par an depuis 1995 quand, dans le même temps, celles de la France et de l’UE ne progressaient respectivement que de 0,5 % et de 0,19 %.

Le constat est encore plus terrible lorsque l’on observe les dynamiques à l’œuvre sur la population en âge de travailler : sur la période, les États-Unis enregistrent une progression annuelle moyenne de 0,8 %, quand la France est à 0,28 % et l’UE est à l’arrêt (-0,01 %). Si vous vous interrogiez sur les raisons qui président au débat qui a émaillé les élections européennes à propos du vieillissement démographique de l’Europe et de la nécessité à faire appel à une main-d’œuvre immigrée, vous avez là une bonne partie de la réponse.

Reste que si ce différentiel démographique explique une part de l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Europe, il est également des plus trompeurs. Car il ne sert à rien d’avoir une démographie dynamique si l’appareil productif ne suit pas, sans quoi ce serait surtout le nombre de chômeurs qui augmenterait. Il est donc nécessaire de superposer cet écart démographique avec le nombre de créations d’emplois sur la même période, pour s’assurer de la capacité de l’économie à absorber la population en âge de travailler.

 

Or, en matière de taux d’activité et d’emploi, la zone euro fait bien mieux que les États-Unis depuis 2005, y compris depuis la crise du Covid. Tant et si bien que l’eurozone a quasiment compensé son déficit démographique par la mobilisation de sa population en âge de travailler, grâce à une dynamique de création d’emplois plus soutenue. Nous pourrions y voir l’illustration de l’efficacité des politiques menées en Europe en faveur de libéralisation de l’économie et de la baisse des coûts du travail, notamment pour sa composante la moins qualifiée et ou la plus ubérisée.

Alerte rouge sur la productivité (et le numérique)
Si la démographie ne parvient que très imparfaitement à expliquer l’écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro, c’est du côté de la productivité du travail qu’il convient de se tourner. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’un véritable fossé s’est creusé de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que le soulignent fort justement Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Sraer dans une note du Conseil d’Analyse économique datée de 2022. Les auteurs y révèlent que la France a concédé 7 points de productivité relativement aux États-Unis entre 2003 et 2019, ce qui correspond peu ou prou à l’écart de PIB par habitant entre les deux pays sur la même période. Un résultat qui tend à accréditer notre analyse précédente qui visait à modérer les effets issus notamment de la démographie ou du dynamisme du marché du travail. Or, comme le soulignent les auteurs, ce décrochage de productivité « représente un manque à gagner de 140 milliards d’euros de PIB pour la France en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales annuelles ».

Plus inquiétant encore, l’écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis apparaît encore plus béant lorsque l’on s’intéresse plus spécifiquement – quoi de plus logique dans des pays fortement tertiarisés – aux services marchands.

Ce déficit de productivité dans les services marchands illustre parfaitement les difficultés de notre Vieux Continent à réellement embrasser les opportunités qu’offre le numérique au XXIe siècle. Là où l’Europe semble encore perpétuer son logiciel historique de création de petits jobs de service à faible valeur ajoutée en soutien de son industrie, les États-Unis se sont non seulement érigés en producteurs parmi les plus compétitifs de technologies et de services numériques, mais ils en sont aussi de meilleurs utilisateurs : leurs entreprises sont déjà en phase avancée d’intégration, d’automatisation et d’optimisation. Résultat implacable : quand le Covid-19 mettait à mal la productivité des services marchands européens (-6,7 points entre 2019 et 2020), les entreprises de services américaines étaient déjà matures pour basculer en distanciel (+5,8 points).

Bien évidemment, la chute de productivité ne saurait expliquer à elle seule le décrochage de la zone euro relativement aux États-Unis. Elle en est à la fois la cause, mais aussi la conséquence de l’effet conjugué de plusieurs atouts structurels dont bénéficie l’Oncle Sam : un marché domestique plus intégré présentant des effets d’échelle supérieurs, la force du dollar et la puissance des politiques expansionnistes, telles que l’IRA, une industrie du capital-risque particulièrement dynamique qui a soutenu (et continue de soutenir) le déploiement rapide des technologies numériques (notamment l’IA), le leadership technologique et la rente économique et informationnelle qui en découle, la capacité à former ou à attirer des talents à forte valeur ajoutée, sans oublier un prix de l’énergie des plus compétitifs, notamment depuis que les États-Unis exploitent massivement le pétrole de schiste (et qu’a contrario l’Europe subit de plein fouet une inflation énergétique consécutive à la guerre en Ukraine). Sur ce dernier point, Thomas Philippot évoquait dernièrement « un avantage compétitif sur l’Europe évalué à 923 milliards d’euros par an ».

Ce décalage de croissance, et l’appauvrissement relatif de la population de l’eurozone au regard des citoyens américains, auraient dû être des thèmes au cœur de la campagne des élections européennes et des élections législatives consécutives à la dissolution. Car, au-delà de la question de la prospérité économique ou celle de la soutenabilité de notre système de protection sociale, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la vassalisation de la zone euro par les États-Unis, sur les plans diplomatique, militaire, économique et numérique.

Alors que ces deux échéances électorales rapprochées nous ont noyés sous une cacophonie des propositions sociales et sociétales, nous attendons encore la formation politique qui aurait proposé un programme orienté vers la productivité, la compétitivité, l’innovation, la réindustrialisation, l’autonomie stratégique, la décarbonation de l’économie, l’excellence éducative et le progrès. Sur ces questions pourtant essentielles pour permettre à l’Europe et à la France de rester dans l’Histoire dans un XXIe siècle de tous les dangers, le silence assourdissant du politique nous apparaît au mieux comme une impardonnable omission, au pire comme une démission coupable.

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