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Salaires fonction publique: Une érosion depuis des années

Salaires fonction publique: Une érosion depuis des années

 

Si la conférence sur les « perspectives salariales » du 21 septembre a permis de répondre à l’urgence concernant les agents payés sous le smic, Luc Farré, secrétaire UNSA-Fonction publique, demande cependant dans une tribune au « Monde » l’ouverture de négociations afin de mettre un terme à l’érosion des salaires et redonner de l’attractivité à la fonction publique.(extrait)

 

Tribune. 

 

Cette année encore, le gouvernement a choisi de geler la valeur du point d’indice des agents publics. Or, il s’agit du mécanisme – réaffirmé avec l’accord Parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR) de 2015 – qui permet à leurs salaires de ne pas décrocher face à la hausse des prix et de maintenir leur pouvoir d’achat. En dix ans, cette politique, conduite par trois gouvernements successifs pour réduire le déficit budgétaire (à l’exception, en 2016, d’une revalorisation de 1,2 %, appliquée en deux fois), a abouti à un décrochage des salaires par rapport à l’inflation.

Les salaires des agents publics sont ainsi devenus une variable d’ajustement activée pour participer au comblement des déficits budgétaires. La conséquence, pour chaque agent, c’est une baisse de la valeur réelle de leur salaire très forte, qui produit collectivement aujourd’hui un véritable problème d’attractivité. On peine à recruter dans de nombreux métiers (par exemple des enseignants, des soignants, des policiers), ce qui pose ou va poser rapidement la question de la qualité du service public rendu.

 

Individuellement, l’impact n’est pas moindre car l’érosion des salaires, quels que soient la catégorie ou le statut, renvoie aux conditions fixées à l’entrée dans la fonction publique, que ce soit par contrat ou par concours. Le compte n’y est pas. Les agents publics les plus modestes ont du mal à joindre les deux bouts et leur pouvoir d’achat ne cesse de s’affaisser.

Face à la paupérisation de la catégorie C, c’est-à-dire des agents les plus modestes, dont le niveau de rémunération est régulièrement rattrapé par les hausses du smic (déjà, le 1er avril, des points d’indice avaient dû être ajoutés), le 6 juillet, la ministre de la transformation et de la fonction publiques, Amélie de Montchalin, a décidé de faire un geste qui pouvait paraître important en annonçant des mesures applicables au 1er janvier 2022 pour accélérer leur déroulement de carrière et relever leur grille indiciaire.

Cependant, ce relèvement était déjà obsolète. Avant même la publication des textes, l’inflation constatée cette année dépasse les 2 % (2,2 %). Les salariés du secteur privé vont bénéficier d’une hausse du smic en rapport avec cette évolution, afin que ces travailleurs ne deviennent pas à terme des travailleurs pauvres.

 

Les agents publics de catégorie C, eux, même avec la mesure de juillet, commenceraient toujours en dessous du smic, tandis que les débuts de grille de catégories B et A continuent, de leur côté, à se rapprocher dangereusement de ce plancher.

Fonction publique hospitalière : baisse des salaires en 2019

Fonction publique hospitalière : baisse des salaires en 2019

 

D’après l’INSEE, avant l’augmentation générale du « Ségur de la santé », les personnels hospitaliers étaient en voie d’appauvrissement. En recul de 1% en 2018, puis de 0,8% en 2019, leur salaire est retombé à 2.315 euros net en moyenne pour un temps plein, « retrouvant ainsi presque son niveau de 2013″, indiquent les deux organismes de statistique publique.

Faute de revalorisation du point d’indice, l’inflation (1,1%) a effacé la maigre hausse « en euros courants » des rémunérations (0,3%). Une conjonction qui a davantage pénalisé les fonctionnaires (-0,8%) que les contractuels et les médecins (-0,3%). Les premiers, qui représentent près de trois quarts des effectifs, ont été lésés par une diminution globale de leurs primes, défavorisant les agents plus qualifiés des catégories A (-1,1%) et B (-1%), sans épargner ceux de catégorie C (-0,8%).

Fret ferroviaire: une nouvelle aide publique

Fret ferroviaire: une nouvelle aide publique

 

Une nouvelle fois les pouvoirs publics promettent d’augmenter la part du fret ferroviaire. L’orientation n’est pas nouvelle; depuis 1988, chaque ministre annonce à peu près la même chose à savoir le doublement de la part du ferroviaire mais sans grand résultat. En cause surtout une inadaptation de l’offre ferroviaire par rapport à la demande. Une demande caractérisée par le changement de nature du fret et de la gestion logistique. L’objectif encore retenu est de  doubler la part modale du secteur, aujourd’hui tombée à 9 %, très loin derrière le transport routier. L’aide publique serait de plusieurs centaines de millions étalés sur plusieurs années.

 

Cette annonce s’est doublée de la signature d’un pacte pour le développement du secteur avec ses principaux acteurs, représentés par l’Alliance 4F « Fret ferroviaire français du futur », l’Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF) et SNCF Réseau.

Évolution comparée des dettes publique en Europe

Un article de Raphaël Legendre, journaliste au service économie de l’Opinion Fait le point sur l’endettement comparé en Europe ( Extrait)

 

Que l’on parle des aides ou des résultats macro-économiques, la France se trouve en réalité dans une position plutôt médiane en Europe. C’est en tout cas ce que nous explique le comité de suivi et d’évaluation des mesures d’urgence pendant la crise, présidé par Benoît Cœuré et qui a remis son rapport au gouvernement avant l’été.

Par exemple sur l’activité partielle : on a mis 35 milliards d’euros sur la table en France, c’est 1,4 point de PIB. C’est peu ou prou ce qu’ont fait l’Espagne et l’Italie mais c’est deux fois moins que l’argent mis en place par le Royaume-Uni et deux fois plus que l’Allemagne. Si on prend le fonds de solidarité qui est venu en aide aux entreprises depuis dix-huit mois. La France a mis 1,3 point de PIB, c’est ce qu’a fait à peu près l’Allemagne et c’est également ce qu’a fait l’Italie, par contre on est bien au-dessus de l’Espagne : 0,4 point de PIB, mais en deçà du Royaume-Uni : 1,6 point.

Et quant aux prêts garantis par l’Etat, c’est pareil, la France a mis à peu près 6 points de PIB, on est bien au-dessus du Royaume-Uni et de l’Allemagne, mais en dessous de l’Italie et de l’Espagne. »

Les mesures d’urgence et les plans de relance combinés à la réduction des recettes ont creusé les déficits et les dettes publiques des pays européens ont bondi. A tel point que l’endettement public de la zone euro a franchi pour la première fois de son histoire la barre des 100% du PIB. Il existe cependant d’importantes disparités entre les pays de l’Union européenne.

R. L. : « La dette a augmenté de partout en Europe mais tous ne sont pas partis du même niveau. Comme un révélateur, la crise a accentué l’écart entre les pays rigoureux et les pays plus dépensiers.

Beaucoup de pays de l’Europe du nord et de l’est affichaient toujours au premier trimestre 2021 un niveau de dette publique maintenu sous les 60 % du PIB, 13 pays sur 27 au total (en bleu).  Des dettes tqui évoluent aujourd’hui entre 115 % et 160 % pour l’Italie, voire près de 210 points de PIB pour la Grèce, c’est dix fois plus que l’endettement de l’Estonie par exemple. On le voit donc, c’est une situation très disparate en Europe.

Est-ce grave, docteur ?

R.L. : « Pour l’instant tout va bien, le pacte de stabilité a été mis entre parenthèses jusqu’à la fin 2022 et la Banque centrale européenne continue d’acheter la dette des Etats par milliards chaque mois. Mais la parenthèse enchantée du « quoi qu’il en coûte » arrive à sa fin et un jour ou l’autre il faudra bien rembourser.

Il y a quelques jours, la banque centrale américaine, la Fed, a annoncé qu’elle se dirigeait vers un «tapering», ça veut dire fermer le robinet des liquidités. Elle va donc engager une régulation de sa politique monétaire et la Banque centrale européenne devra tôt ou tard s’inscrire dans les pas de la Fed. D’autant plus que l’inflation repart, menaçant d’une hausse des taux. A partir de 2023, on pourrait donc observer un alourdissement de la charge de la dette qui, il est vrai, est tombée à des niveaux historiquement bas l’année dernière. A titre d’exemple, on a payé à peu près 35 milliards de charges d’intérêts sur la dette, c’est le même niveau qu’en 2000, quand notre dette était à 60 % et surtout trois fois inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui.

Mais le plus inquiétant en réalité, ce sont ces écarts de dette entre les trois premières économies de la zone euro. L’Allemagne qui est aujourd’hui à environ 70 % et qui très vite va revenir sous les 60 % de dette d’un côté, et de l’autre, la France et l’Italie à 120 % et 160 %. L’Italie qui a une dette deux fois supérieure à celle de l’Allemagne, ces écarts pourront être pointés du doigt par les marchés financiers un jour ou l’autre. On se souvient, en 2010, les attaques sur la Grèce qui ne représentait que 2 % du PIB européen.

L’Italie, troisième économie de la zone euro, est un danger bien plus important que ce qu’on a connu il y a dix ans. »

En France, la dette publique ne manquera pas d’animer les débats à quelques mois de la présidentielle. En Allemagne, Olaf Scholz (SPD) et Annalena Baerbock (Grünen), candidats à la succession d’Angela Merkel, prônent une hausse de la fiscalité pour équilibrer le budget. Le Royaume-Uni et l’Espagne ont d’ores et déjà décidé d’augmenter certains impôts.

Le gouvernement britannique a annoncé début mars une hausse de l’impôt sur les sociétés qui passera de 19 à 25% en 2023. Pedro Sanchez a lui annoncé dès juillet 2020 une hausse des impôts pour les «grandes corporations» pour faire face à la crise en Espagne.

R.L. : « Le débat va forcément être relancé dans la zone euro au moment où il faudra normaliser la gouvernance des finances publiques. Il a commencé au Royaume-Uni, en Espagne, mais pas uniquement dans les pays les plus endettés. En Allemagne, par exemple, où le candidat socialiste Olaf Scholz est désormais le mieux placé pour être désigné chancelier, on assiste au retour de ce débat sur l’impôt sur la fortune qui a été supprimé outre-Rhin il y a 25 ans et qui pourrait donc faire sa réapparition post-crise.

En France, Bruno Le Maire n’arrête pas de répéter que les impôts n’augmenteront pas mais jusqu’en 2022. Qu’en sera-t-il au-delà ? Personne ne peut le dire. Le problème c’est que la France n’a pas les marges de manœuvre des autres pays pour augmenter ses impôts puisque nous sommes déjà le pays le plus taxé au monde et qu’on l’a vu avec les Gilets jaunes par exemple, toute hausse d’impôt est désormais extrêmement difficile à faire passer
dans l’opinion publique. Reste qu’avec près de 120 points de dette, il faudra très probablement faire des efforts, mais pas avant 2023. »

Quelles solutions vont alors se présenter aux gouvernements des pays européens pour tenter de résorber les dettes Covid ?

R.L. : « Il y a trois voies pour réduire la dette publique : la première c’est la croissance et tous les Etats vont faire en sorte d’augmenter leur croissance potentielle. Ensuite il y a deux voies : on peut rétablir les finances publiques soit par l’augmentation des impôts et certains pays ont des marges de manœuvre, ce n’est pas le cas de la France.

Ou on peut passer par une baisse des dépenses. Là encore, certains pays et certaines opinions publiques acceptent mieux ce chemin que d’autres. Ce n’est pas vraiment le cas en France, c’est pourquoi Bruno Le Maire a proposé pour le prochain quinquennat, une forme de règle d’or, c’est-à-dire un plafonnement des dépenses publiques .

Intelligence artificielle et épidémiologie : Une perspective pour la santé publique

 

Deux équipes projets du centre Inria Bordeaux Sud-Ouest ont mis au point un modèle permettant de prédire les conséquences des décisions en matière de santé publique face à une situation pandémique. (Crédits : Inria Bordeaux Sud-Ouest)

LA TRIBUNE – Comment avez-vous mis au point cette plateforme EpidemiOptim ?

MELANIE PRAGUE, chargée de recherche Inria au sein de l’équipe Sistm (1) - La première étape c’est une bonne estimation sur les données de la dynamique de l’épidémie. On a besoin d’un modèle à compartiments SEIR étendu (susceptible-exposé-infectieux-remis) pour la Covid-19. Nous avons d’abord intégré les paramètres de diffusion du virus grâce aux données d’hospitalisations en France, à partir de la base Si-vic (système d’information pour le suivi des victimes d’attentats et de situations sanitaires exceptionnelles). A partir de là, on cherche à reconstruire le modèle qui a abouti à ces données en estimant notamment quel est l’effet du confinement et des différentes stratégies d’intervention non-pharmaceutiques. Cela nous donne un modèle de travail qui nous permet ensuite de simuler toutes les trajectoires que l’on souhaite : que ce serait-il passé s’il n’y avait eu aucun confinement, des confinements plus longs ou tous les deux jours, toutes les deux semaines, etc. L’idée de ce modèle développé par l’équipe Sistm est d’évaluer et de prédire l’efficacité potentielle de tous ces scénarios possibles. S’y ajoute une dimension d’apprentissage par renforcement pour améliorer ces prédictions et tenter d’identifier la stratégie optimale par rapport aux objectifs définis. C’est le travail de l’équipe Flowers.

CLÉMENT MOULIN-FRIER, chargé de recherche Inria au sein de l’équipe Flowers (2) - Cette problématique d’apprentissage par renforcement revient à considérer un agent qui peut agir et percevoir dans un environnement précis. Par exemple, on observe comment un robot réagit en fonction des règles du jeu de Go : à chaque instant ce robot peut émettre une action, mesurer son effet sur l’environnement et recevoir ou pas une récompense. Pour le jeu de Go, l’enjeu est finalement relativement simple : si la partie est gagnée, il y a une récompense, si elle est perdue, il n’y en a pas. Mais le but de l’apprentissage par renforcement est, à partir de l’interaction entre l’agent et l’environnement, de savoir comment cet agent peut apprendre une stratégie d’actions cumulées de façon à obtenir une récompense sur le long terme. C’est cette notion de long terme qui est fondamentale parce qu’à force d’entraînement elle peut amener l’agent à prendre des décisions qui ne génèreront pas de récompense à court terme mais de façon à obtenir une meilleure récompense à long terme.


Comment est-ce que cette logique d’apprentissage se transpose dans votre modèle épidémiologique ?

MP - Nous avons pris un modèle à compartiments qui modélise des effets moyens dans une population donnée en fonction des paramètres de transmission du virus et nous avons fixé deux règles du jeu : réduire autant que possible le nombre de morts, d’une part, et la perte de PIB, qui traduit l’impact économique. Ces deux couts sont représentés par des fonctions des paramètres et des compartiments du modèle épidémiologique. L’objectif fixé au robot est en quelque sorte d’arriver à minimiser simultanément ces deux paramètres sur le long terme.

CMF - Cela implique beaucoup de variables telles que le nombre de personnes infectées ou hospitalisées, le taux de propagation, etc. Le modèle observe ces variables et émet une action - est-ce qu’on confine ou pas la semaine prochaine – qui va changer l’environnement puis, une semaine plus tard, le modèle va émettre à nouveau une action en fonction de l’évolution de ces variables et ainsi de suite. Le but de l’apprentissage par renforcement est, au fur et à mesure, d’affiner cette stratégie de façon à minimiser les deux coûts sanitaires et économiques, y compris en prenant des décisions qui peuvent paraître étonnantes à court terme mais qui sont pertinentes à long terme. D’où la complexité du système.

MF - Parallèlement à cela, on affine au fil du temps les données entrantes des paramètres épidémiologiques pour limiter les incertitudes parce que, depuis un an, on a beaucoup appris sur la diffusion du Covid-19.

Comment fonctionne concrètement ce renforcement ?

CMF - L’algorithme par renforcement a accès à ces données épidémiologiques et commence par essayer des actions aléatoires chaque semaine et regarde le résultat et la récompense associée. L’idée est de réitérer cela plusieurs fois, des milliers de fois, et en fonction de tous ces résultats, l’algorithme sera capable d’améliorer ses stratégies de façon à obtenir une meilleure récompense. L’enjeu étant, in fine, d’identifier la solution optimale. Sachant que chaque simulation ne prend que quelques secondes.

 

Dans quelle mesure cette plateforme permet-elle d’améliorer la prise de décision dans la vraie vie ?

MP - La vocation principale de la plateforme est de fournir un outil d’aide à la décision en matière de santé publique. Il comporte trois aspects : le modèle épidémiologique, le modèle d’apprentissage et les règles et objectif à définir. Dans la réalité, c’est ce 3e aspect qui intéresse les décideurs : faut-il plutôt préserver les vies humaines ou les coûts économiques ? Avec des choix très différents en fonction des pays. De notre côté, nous avons conçu le modèle pour qu’il soit le plus modulable possible et que chacun puisse fixer ses propres objectifs pour effectuer des simulations épidémiologiques en fonction de ces objectifs-là. Mais, aujourd’hui, ce modèle n’a pas été utilisé en conditions réelles par des décideurs politiques. Nous n’en sommes pas encore là ! L’objectif est d’abord de faciliter les collaborations entre les chercheurs en épidémiologie (modèles), les décideurs politiques (fonctions de coût, état des actions) et les spécialistes de l’optimisation (algorithme d’apprentissage).

CMF - Après avoir fait ce travail de modélisation transdisciplinaire, on constate très clairement que le problème est par nature multi-objectifs. C’est-à-dire qu’il y a plusieurs coûts que l’on va chercher à optimiser et qu’ils sont, en général, contradictoires : si on minimise le coût sanitaire, on augmenter le coût économique et vice-versa. Et si on ajoute à ça, par exemple, des coûts sociaux ou psychologiques, ç’est encore plus complexe ! Donc, au final, si on ne poursuit qu’un seul de ces objectifs, la stratégie est relativement simple. Mais si on cherche à combiner plusieurs objectifs, c’est là que c’est à la fois difficile et passionnant à analyser. Et ce qui est aussi apparu clairement c’est que les solutions optimales identifiées par le modèle sont très différentes selon le ou les objectifs recherchés. Finalement, nous en tant que chercheurs, on n’a pas forcément grand-chose à dire sur où est-ce qu’il faudrait placer les différents curseurs. Mais on cherche à permettre aux décideurs politiques de pouvoir simuler en quelques secondes les conséquences prédites de tel ou tel choix. Avec les limites et les précautions inhérentes à un modèle mathématique qui comporte évidemment des incertitudes. Mais si ça permet de proposer une visualisation des conséquences, c’est déjà utile.

Sur ce point, comment avez-vous sélectionné les données qui nourrissent votre modèle ?

MP - Au niveau des variables de coûts, le nombre de décès est très vite arrivé comme la donnée la plus factuelle et évaluable sur une année. Ce qui est beaucoup moins évident pour, par exemple, le taux de saturation des services de réanimation qui dépend d’autres paramètres conjoncturels. Sur le plan économique, on a travaillé avec des économistes pour établir un critère fiable. On aurait évidemment pu faire des choix différents et aussi intégrer plus de fonctions de coûts mais cela n’aurait pas nécessairement entraîné des stratégies fondamentalement différentes.

CMF - D’autant que l’enjeu de ce modèle est aussi son accessibilité en permettant à des gens qui ne sont ni informaticiens, ni épidémiologistes de l’utiliser. Par ailleurs, le choix de ces données entrantes et des objectifs à atteindre relève aussi des décisions politiques.

Après la publication d’un article scientifique, quelle sera la suite des évènements pour cette plateforme?

MP - L’objectif va être d’appliquer la méthodologie développée avec EpidemiOptim à d’autres questions. Ça pourra concerner la stratégie de vaccination, par exemple, l’optimisation de l’allocation des doses vaccinales dans l’hypothèse d’une 3e dose dû à la la perte d’immunité. L’enjeu sera alors de mesurer et de prédire quelles classes d’âge revacciner, à quel rythme, en cherchant toujours à minimiser le nombre de morts et les coûts économiques tout en prenant en compte un nombre de doses contraint. L’idée est donc d’utiliser les mêmes outils pour répondre à des questions différentes !

(1) Flowers est une équipe-projet Inria, commune avec l’université de Bordeaux et Ensta ParisTech
(2) Sistm est une équipe-projet Inria, commune avec l’université de Bordeaux et l’Inserm

Consultation publique sur la biodiversité !

Consultation publique sur la biodiversité !

 

Encore une consultation dite publique sur la biodiversité qui évidemment va demeurer assez virtuelle comme toutes les autres. En témoigne la pauvreté du discours de la secrétaire d’État en charge de cette question.

A l’occasion de la journée internationale de la biodiversité, la secrétaire d’Etat au ministère de la Transition écologique en charge du dossier lance une consultation publique » inédite »

 

 

Bérangère Abba est secrétaire d’Etat à la biodiversité, chargée de présenter d’ici à la fin de l’année 2021 le troisième volet de la « stratégie nationale de la biodiversité » pour les dix années à venir.

En quoi consiste cette consultation publique pour établir une nouvelle Stratégie nationale de la biodiversité (SNB) ?

On est sur un travail qui s’étale sur toute l’année. Le premier volet a commencé en janvier, lorsque j’ai rencontré les acteurs de la biodiversité en région. Des tables rondes ont été organisées sur les enjeux propres à chaque territoire. J’ai ainsi réuni 600 contributions issues de toutes les régions de France, métropole et Outre-mer compris. Cela a d’ailleurs été un peu disruptif, y compris au ministère parce que d’ordinaire, la stratégie nationale s’écrit avec les experts nationaux. Là, contrairement aux volets précédents de la SNB établis sur les années 2004-2010 et 2011-2020, on part des territoires et du vécu. Le bilan des stratégies précédentes n’est pas bon et, forte de ce constat, j’ai souhaité partir du réel, du concret.

En interpellant également les citoyens ?

Oui, je lance ainsi ce samedi, pour la journée mondiale de la biodiversité, une phase de consultation citoyenne. Les Français vont pouvoir s’exprimer à travers un questionnaire en ligne, et un accès ludique à différentes fiches de connaissances sur le site biodiversite.gouv.fr. Et ce jusqu’à début juillet. C’est un exercice inédit. Nous compilerons ensuite toutes ces consultations au niveau national. Et nous présenterons une première version au congrès mondial de la nature (UICN) qui se déroule cette année à Marseille, début septembre, voulu par le Président pour mobiliser la société sur la biodiversité.

«Il ne faut pas que certaines initiatives portent atteinte à la biodiversité, tout est une affaire d’équilibre»

Pourquoi les SNB précédentes ont-elles échoué ?

On n’était sans doute pas au même niveau de prise de conscience sur la préservation de la nature. Là, les événements climatiques ont été violents et brutaux, et ont sans doute accompagné cette prise de conscience pour réfléchir à des politiques publiques avec plus de moyens et d’engagements. Notre plan de relance y contribue ! Quand on finance la restauration des friches par exemple, on évite d’artificialiser des espaces naturels. On n’est bien sûr qu’au début d’une prise en compte de l’érosion majeure qui est en train de se produire. Il faut sensibiliser, y compris même, j’en prends ma responsabilité, en décloisonnant nos différentes politiques publiques. Il ne faut pas en effet que certaines initiatives portent atteinte à la biodiversité. Tout est une affaire d’équilibre. Et ce qu’on met en œuvre au niveau national doit également correspondre au niveau international. La SNB est un tremplin vers la COP15 qui doit adopter un cadre international pour la biodiversité, et vers la présidence française de l’Union européenne en 2022, qui fera de la protection des forêts tropicales une priorité.

Dans la prise de conscience environnementale justement, on parle davantage climat et moins biodiversité, n’avez-vous pas peur que ce sujet soit éclipsé ?

Il l’est peut-être parce que l’on ne sait pas bien de quoi on parle. C’est silencieux, l’érosion de la biodiversité. Il faudrait davantage évoquer la protection de la nature, le bien-être, la sécurité alimentaire ou la santé environnementale : ces sujets parlent aux Français. Nous vivons quand même l’un des exemples les plus dramatiques de cette érosion avec la crise sanitaire actuelle. C’est une pandémie, et donc un déséquilibre de la nature car certaines espèces sauvages ne trouvent plus leur place au contact de l’homme en raison de trafics d’animaux et de la déforestation. On va y être de plus en plus confrontés, notamment avec la décongélation du permafrost.

N’assiste-t-on pas, parfois, à certaines contradictions entre climat et biodiversité, avec l’implantation par exemple d’énergies renouvelables dans des zones protégées ?

Il ne faut pas opposer énergies renouvelables et biodiversité. Je crois vraiment que l’on doit concilier ces enjeux et le dialogue doit permettre d’éviter les polémiques. Quand ce sujet sera totalement installé, la société civile ira beaucoup plus vite. Ma responsabilité est de percer des lignes pour anticiper ces débats et trouver une cohérence entre nos différents objectifs. Je fais beaucoup d’interministériel en ce sens, pour mobiliser plus largement. Et les concertations avec les territoires sont essentielles : plus on dessine ça ensemble, plus on emporte de l’adhésion.

Orienter l’épargne avec une garantie publique

Orienter l’épargne avec une garantie publique

Jean-Hervé Lorenzi, Le fondateur du Cercle des économistes estime que « les grandes transitions à venir — technologiques, environnementales… — vont nécessiter la mobilisation de sommes d’argent colossales »(Interview dans l’Opinion)

 

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Le Cercle des économistes organise ce mardi, en partenariat avec l’Opinion, une grande journée débat sur la finance et la sortie de crise. Pourquoi ce thème ?

Parce qu’il fait partie des grandes questions qui vont structurer le débat public dans les mois à venir, au côté de la jeunesse, dont il va falloir vraiment s’occuper, de la réindustrialisation, qui pose la question de la souveraineté économique, et de la recherche, qui est en déshérence totale dans notre pays. Nous avons déjà organisé trois événements autour de ces sujets, nous y ajoutons aujourd’hui celui du financement au sens large. Comment financer les dettes publiques ? Comment financer les dettes privées ? Comment faire revenir la finance vers l’économie réelle à l’heure du retrait des aides publiques ? Ces thématiques ne sont pas des solutions, mais des problèmes que nous avons décidé de poser dans le cadre de la préparation des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, qui se tiendront les 2, 3 et 4 juillet prochains.

« La finance ne peut pas tout », indiquait la semaine dernière Catherine Lubochinsky, membre du Cercle des économistes, dans nos colonnes. Est-ce à dire que l’Etat doit continuer durablement à soutenir l’économie ?

Toute la question est de savoir si les acteurs traditionnels de la finance sont prêts à prendre des risques de manière naturelle. Le grand débat, c’est celui de la garantie publique, que personnellement je préfère désigner sous le nom de garantie collective. Beaucoup de grands projets de développement, comme le nucléaire, ont été financés sur fonds privés avec la garantie de l’Etat. Les grandes transitions à venir — technologiques, environnementales… — vont nécessiter la mobilisation de sommes d’argent colossales. Sans garantie publique, on n’y arrivera pas.

En même temps, l’Etat va bientôt cumuler 3 000 milliards de dettes et plus 4 500 milliards d’euros de « hors bilan ». Peut-on continuer comme cela ad vitam ?

Ce n’est pas le problème central. La vraie question est de savoir si l’on bascule d’un Etat soutien à la demande à un Etat garant de l’offre. Cela veut dire basculer d’une assurance qui couvre l’individu — la Sécurité sociale — à une assurance beaucoup plus collective permettant de faire face aux défis majeurs qui nous attendent : transition écologique, technologique… Il nous faut une garantie sur les moyens et les capacités de rester dans le coup.

On ne va pas pouvoir payer à la fois les aides au logement et envoyer l’homme sur la lune…

L’environnement est de plus en plus hostile. La survie de l’humanité va nous obliger à hiérarchiser les problèmes. Très progressivement, mais de manière significative, nous allons basculer d’un Etat fordiste à un Etat plus soucieux de la préservation, d’abord et avant tout, de l’environnement. Mais attention, cette bascule ne peut se faire qu’avec une contrepartie politique qui est la réduction des inégalités.

« Evidemment, les impôts vont augmenter ; pas pour les ménages mais pour les entreprises. La finance va être le point nodal de ces grandes transformations »

L’endettement accumulé pendant la crise va-t-il provoquer une multiplication des faillites ?

Dette publique et dette privée ne sont pas cloisonnées. La première va prendre en charge une partie de la seconde. Je ne crois pas que cela devienne un souci majeur.

Se préoccuper de la dette publique n’est donc pas nécessaire ?

C’est un problème sans solution. Il est hors de question de l’annuler ou de la restructurer comme certains l’espèrent. Nous allons porter pendant des décennies une dette importante, mais avec une charge cantonnée grâce à une épargne mondiale qui va rester importante dans les pays qui n’ont pas de système social suffisant, comme en Chine par exemple où l’émergence d’une classe moyenne de plusieurs centaines de millions de ménages qui n’auront pas de retraite ou d’assurance-maladie favorise la constitution de cette épargne. Tout cela ne va pas changer dans la décennie qui vient. Le système finira par trouver une solution. Pour l’heure, sa charge est tout à fait supportable.

Que vont faire les Français des 160 milliards épargnés durant la crise ?

Il va certainement y avoir un fort rebond de la consommation au second semestre. Ce mouvement de joie durera deux ou trois mois puis les choses vont rapidement rentrer dans l’ordre. Les ménages ne sont pas idiots, ils voient bien que la France n’est pas au mieux de sa forme. Ils vont revenir à l’attention des risques. L’épargne des Français va rester à un niveau très élevé.

Comment l’orienter de manière efficace ?

C’est le sujet numéro un pour la finance. Et le mot-clé pour que l’épargne se dirige vers davantage de prise de risque, c’est la garantie. Il faudra des emprunts publics garantis. L’Etat doit devenir un facilitateur, sans être celui qui choisit. Nous vivons un moment de changement idéologique majeur. La question n’est plus question de savoir s’il faut plus ou moins d’Etat ou s’il faut se mobiliser ou pas contre le réchauffement climatique. La question est de savoir comment on finance les grandes transformations. Evidemment, les impôts vont augmenter ; pas pour les ménages mais pour les entreprises. La finance va être le point nodal de ces grandes transformations.

Environnement : L’opinion publique française en retard

 

Environnement : L’opinion publique française en retard 

 

Le professeur Rodolphe Durand observe, dans une tribune au « Monde », que les Français sont moins prêts que les autres à changer leurs pratiques en faveur de l’environnement, s’en remettant plus volontiers au gouvernement.

Tribune.

Alors que les parlementaires s’apprêtent à voter solennellement la loi Climat et résilience le 4 mai, il n’est pas inutile de regarder comment les opinions publiques pensent leur rapport au changement climatique, à leurs comportements, et à leurs gouvernants sur cette question. Deux enquêtes internationales publiées par Ipsos (17 avril et 22 avril) placent la France face à ses contradictions.

En moyenne, sur 30 pays sondés, 31 % des personnes interrogées estiment que leur gouvernement a un plan clair pour faire face aux conséquences du dérèglement climatique. Mais l’opinion du pays hôte de l’accord de Paris ne le pense qu’à 24 % ! En revanche, 44 % des Français souhaitent un plus grand engagement du gouvernement sur cette question suite à la crise du Covid, qui renforce ce sentiment d’urgence, contre 35 % en moyenne pour les 30 pays consultés.

 

Autre signe troublant. Lorsque l’on s’adresse à sa responsabilité individuelle, le Français boude plusieurs comportements qui contribuent pourtant à améliorer la situation environnementale globale. Par exemple : gérer les déchets alimentaires du foyer, réduire ses déplacements automobiles de proximité, concentrer ses achats sur des biens fonctionnels, favoriser le télétravail, réduire l’usage de l’avion pour les vacances.

L’environnement doit être traité par le gouvernement

Sur tous ces sujets, à la question de savoir s’il va modifier son comportement dans une optique favorable à la planète, le Français se place systématiquement entre 6 et 12 % en dessous de la moyenne des autres pays. Obstinément, l’opinion tricolore apparaît ne pas vouloir changer ses habitudes, alors qu’elle aspire plus que d’autres pays à ce que ces questions soient traitées par son gouvernement.

Plus troublant encore, examinons la différence entre les personnes prêtes à ancrer concrètement dans leur pratique leur prise de responsabilité, et celles affirmant ne pas vouloir changer de comportement après la crise du Covid. En moyenne pour les 30 pays, cette différence est toujours largement favorable à ceux qui sont prêts à utiliser des produits avec moins d’emballages (+ 44 %), acheter des produits de seconde main (+ 33 %), économiser l’eau domestique (+ 37 %) ou l’énergie (+ 41 %), recycler (+ 41 %), et réduire leur consommation de viande (+ 8 %).

 

Mais la France présente les taux de réponse favorables à ces changements les plus bas (elle se classe en 29e ou 30e position sur 30 pays selon les questions), et donc enregistre des différences bien moins favorables à ceux prêts à modifier leur comportement (par exemple + 31 % seulement pour moins d’emballages, + 27 % pour les produits de seconde main, + 21 % pour les économies d’eau et + 18 % pour celles d’énergie, et + 21 % pour le recyclage) quand ce ne sont pas les conservateurs qui l’emportent (48 % des Français disent ne pas vouloir réduire leur consommation de viande, contre 29 % qui le souhaitent).

Ouvrir la fonction publique aux enjeux du XXIe siècle ?

Ouvrir la fonction publique aux enjeux du XXIe siècle ?

Il faudrait ouvrir la fonction publique aux meilleures compétences et donc pour cela distinguer cette fonction publique du statut de fonctionnaire. André Loesekrug-Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI), estime dans une tribune au JDD que l’administration française doit s’inspirer des exemples de l’étranger pour se régénérer et répondre aux défis du XXIe siècle.

 

tribune

 

 

  »L’administration est l’emblème de l’État moderne – comme le dit Bourdieu, de l’État bureaucratique qui a substitué au Prince des clercs administrant la res publica. On commente beaucoup la décision du Président de remplacer l’ENA par un Institut du service public, plus représentatif de la société. Mais le problème n’est-il pas ailleurs? Dans les carrières à 100% publiques et la quasi-absence de ponts entre haute fonction publique et… reste du monde?

La pandémie l’a montré, les administrations nationales et européennes semblent déconnectées de l’agilité et de l’expertise requises pour les défis de notre temps : sciences, logistique, digital, ressources humaines. Le XXIe siècle est celui d’une double exigence : les compétences requises, de plus en plus pointues ; et la capacité à appréhender tous les angles, politiques, technologiques, économiques ou sociétaux grâce à un travail en écosystème, régalien-société civile, national-international.

Il faut observer la montée en compétences de l’administration américaine

Aux États-Unis, quand on parle de spoil system, on retient que le Président change un grand nombre de fonctionnaires pour s’assurer efficacité et loyauté. On oublie l’avantage clé, un immense appel d’air avec des compétences qui auront su se régénérer dans les mondes technologique, économique, académique. Rien de cela à Bruxelles, Berlin ou Paris où l’on voit des hauts fonctionnaires dévoués mais où l’on passe de la recherche à l’agriculture ou du budget au digital sans en avoir ni l’expérience ni parfois l’expertise. Mécanisme doublement pernicieux car il exclut violemment tout corps étranger qui se serait égaré par envie de servir le bien public.

Il faut observer la montée en compétences de l’administration américaine – qui va puiser auprès des plateformes tech les as de l’antitrust, dans les labos les stratèges de l’innovation, dans la défense certains grands diplomates. Les conflits d’intérêts sont réduits par la vigilance continue du Sénat. Grâce à ce nouveau souffle, l’administration Biden signe le retour de la superpuissance américaine, sur les sujets où la France et l’Europe n’ont pas assez poussé leurs pions ces quatre dernières années : la technologie, le climat, l’espace, la géopolitique.

Voilà l’enjeu du prochain quinquennat et de la conférence pour l’avenir de l’Europe : reformer l’État non par une approche simplement budgétaire ou organisationnelle, mais en ouvrant largement ses portes aux meilleures compétences. Une renaissance de l’État. »

 

Fonction publique : De plus en plus de contractuels pourquoi ?

Fonction  publique : De plus en plus de contractuels pourquoi ?

Le politiste Luc Rouban explicite, dans un entretien au « Monde », les raisons de l’emploi de plus en plus important de contractuels dans la fonction publique.

 

Directeur de recherche au CNRS et membre du laboratoire Cevipof de Sciences Po, Luc Rouban évoque les raisons de l’augmentation de l’emploi de contractuels dans la fonction publique en France.


Le nombre de contractuels augmente inéluctablement dans la fonction publique. Sommes-nous, à bas bruit, en train de changer de modèle ?

Nous sommes dans une situation où cohabitent la logique du statut, qui demeure majoritaire, et une vision managériale de la fonction publique, qui favorise le contrat. C’est un système binaire, dual, qui relève sans doute d’un choix politique, mais ce choix n’est pas explicite. On reste donc dans un modèle confus et antinomique, qui est en tension.

Le cadre uniforme du statut demeure influent. Cela se traduit par une rigidification du recrutement des contractuels, soumis à toujours plus de contrôles. Par ailleurs, les agents sous contrat peuvent être en CDI, dérouler une carrière de plus en plus organisée et conserver leur ancienneté.

Dans le même temps, le fait de recruter des contractuels permet de contourner les rigidités ou les inadaptations du système statutaire. Il peut s’agir d’assurer des remplacements dans l’éducation nationale, par exemple, ou d’attirer des spécialistes dont le recrutement est rendu difficile par l’organisation de l’administration en corps. Dans les règles de droit public que l’on applique aux contractuels, on intègre de plus en plus d’éléments qui relèvent du code du travail, mais sans passer tout à fait dans le droit privé.

Bref, le contrat est de moins en moins dérogatoire et les syndicats se plaignent de voir la logique statutaire de 1946 [qui prévoit que les agents publics de l’Etat soient fonctionnaires] disparaître.

Mais n’est-ce pas l’Union européenne qui impose cette évolution ?

Oui, c’est un alignement européen, en effet, qui entérine le modèle allemand : le statut est réservé aux fonctions régaliennes de l’Etat. Mais la logique managériale que souhaite développer Emmanuel Macron, après Sarkozy et Raffarin, se heurte à la réalité sociale et culturelle de la France.

Contrairement à l’Allemagne, pays fédéral, notre administration est divisée en corps, dont chacun a des fonctionnaires et des règles spécifiques. C’est un système très hiérarchisé. Plus vous montez haut, plus c’est autogéré, plus c’est puissant et moins il y a de monde. Les corps, notamment les plus prestigieux comme le Conseil d’Etat ou l’Inspection générale des finances, ont beaucoup d’influence. On le voit à la difficulté que les politiques ont à réformer l’Etat. La haute fonction publique française considère qu’elle protège autant l’état de droit et les libertés publiques que les élus.

La relance publique implique de mettre de côté les règles budgétaires en Europe

La  relance publique implique de mettre de côté les règles budgétaires en Europe

Roel Beetsma est professeur et vice-doyen de la faculté des sciences économiques et commerciales, à l’université d’Amsterdam, aux Pays-Bas. Il est membre du comité budgétaire européen, un organe consultatif indépendant qui conseille la Commission sur le cadre budgétaire. Il fait aussi partie d’une commission indépendante conseillant le gouvernement néerlandais sur les positions à adopter en matière de politiques financières et économiques de l’Union. (Interview dans l’Opinion)

Faut-il réformer le Pacte de stabilité et de croissance ? Qui fixe les règles budgétaires européennes ?

Habituellement, après une crise, l’investissement public chute. De fait, les études que nous avons menées montrent qu’il a été plus faible après la crise financière mondiale. C’est en particulier le cas pour les pays très endettés, comme l’Italie et le Portugal. Au comité budgétaire européen, nous avons recommandé à la Commission européenne de reprendre le Pacte de stabilité et de croissance et d’adopter ce que nous appelons une règle d’or budgétaire modifiée, permettant un relâchement du plafond d’augmentation de la dépense publique pour permettre de l’investissement public. Nous sommes conscients des inconvénients : les gouvernements sont incités à reclasser des dépenses comme de l’investissement. Donc nous suggérons que la règle d’or modifiée s’applique uniquement aux investissements déjà classifiés comme tels par la Commission. Par exemple, ceux financés par les fonds structurels, qui répondent à certains critères. La part du financement qui vient des Etats membres pourrait être exemptée des règles budgétaires et même majorée par les gouvernements, en ayant un plafond plus élevé.

« Vous devez donc trouver un compromis en permettant, d’un côté, des dépenses favorables à la croissance et en vous assurant, d’un autre, que ces dépenses facilitées en soient vraiment porteuses »

Quels sont ces investissements ? Est-ce si simple de différencier dépenses d’investissement et de fonctionnement ?

Classiquement, ce sont les investissements dans les infrastructures : routes, réseaux électriques, chemins de fer, bâtiments scolaires ou gouvernementaux… A contrario, les salaires des enseignants ne sont pas considérés comme des investissements, alors qu’ils encouragent la croissance. Dans l’idéal, on rendrait flexibles les règles budgétaires pour toute dépense publique porteuse de croissance. Mais les gouvernements souhaitent présenter comme telles toutes sortes de dépenses. Vous devez donc trouver un compromis en permettant, d’un côté, des dépenses favorables à la croissance et en vous assurant, d’un autre, que ces dépenses facilitées en soient vraiment porteuses. C’est plus facile dans le cas des investissements en infrastructures. Il faut noter que les règles budgétaires européennes autorisent déjà une certaine flexibilité pour les investissements publics. Dans le bras préventif du Pacte de stabilité, les gouvernements qui affichent un déficit structurel [c’est-à-dire des recettes inférieures à leurs dépenses sans tenir compte de l’impact de la conjoncture] doivent améliorer ce dernier de 0,5 % du PIB par an. Mais la flexibilité pour l’investissement public peut atteindre environ 0,2 % du PIB. Ce n’est pas rien. Néanmoins, en pratique, les pays n’ont presque jamais utilisé cette possibilité. Ils ont de nombreuses autres possibilités de flexibilité qu’ils exploitent déjà auprès de la Commission : événements inhabituels, réformes structurelles, marges d’incertitudes…

Comment se positionnent les grands pays européens par rapport à la réforme du Pacte de stabilité ?

Les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et les pays scandinaves sont sceptiques et craignent davantage de flexibilité dans les règles budgétaires européennes. En revanche, la France, l’Espagne et l’Italie y sont favorables. On retrouve la division classique. La Commission va lancer très prochainement des consultations à propos de potentiels changements concernant le Pacte. Il y aura des débats, mais ce qui en sortira n’est pas encore clair…

Contre la financiarisation de la gestion de l’eau publique

 Contre la financiarisation de la gestion de l’eau publique

Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny (Essonne) et vice-président de la communauté d’agglomération Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart, chargé des transitions énergétique et écologique et du cycle de l’eau, s’insurge, dans une tribune au « Monde », contre la « mainmise » des opérateurs privés et préconise une gestion publique globale de l’eau.

Tribune.

 

A la veille d’élections régionales et départementales où l’écologie est dans toutes les bouches, la menace d’un big bang qui plane sur la distribution de l’eau est pour l’heure la grande absente du débat public. Sous les effets ravageurs d’une compétitivité urbaine internationale tous azimuts et avec l’attractivité économique comme seule boussole, le projet de fusion de Veolia avec Suez témoigne d’une volonté de captation sans partage du premier bien commun de l’humanité par des intérêts financiers.

Face à cette financiarisation rampante, de nombreuses métropoles françaises, comme Grenoble, Nice, Lille, Strasbourg, Paris, Rennes, Nantes, Montpellier et maintenant Lyon et Bordeaux, ont déjà fait le choix précurseur d’une gestion publique de l’eau. Avec des citoyens et des militants engagés, ces collectivités locales se sont dotées, grâce à des entreprises publiques locales, de compétences humaines, techniques et juridiques de premier plan pour rivaliser avec le privé.

Avec un modèle public intégré qui va de la source au robinet, la capitale et son entreprise publique Eau de Paris représentent une exception dans la région Ile-de-France. Le reste du territoire francilien subit la mainmise tantôt de Veolia Eau d’Ile-de-France, délégataire du Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif), tantôt des monopoles territoriaux d’opérateurs privés comme Suez, avec le réseau interconnecté du sud francilien (RISF).

D’autres territoires se sont, par ailleurs, lancés dans une reprise en gestion publique de la distribution d’eau, en grande couronne notamment. C’est le cas en Essonne, avec la communauté d’agglomération Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart. Et maintenant, c’est au tour des établissements publics territoriaux Grand Orly Seine-Bièvre (Val-de-Marne, Essonne), Est Ensemble (Seine-Saint-Denis), Plaine Commune (Seine-Saint-Denis) et de la communauté d’agglomération de Marne et Gondoire (Seine-et-Marne) d’emboîter le pas. Mais l’étape nouvelle est bien celle de la réappropriation des outils de production.

Face aux chantres d’un capitalisme vert et dans une région où le prix de l’eau est supérieur au reste de la France, ce sont autant d’expériences à taille humaine avec comme ligne de mire une souveraineté énergétique, une démocratie locale retrouvée et le respect d’une éthique sur la transparence des tarifs de l’eau au juste prix, à la juste qualité et au juste service.

Face au modèle privé dont les perdants risquent d’être l’usager et la planète, notre région possède de nombreux atouts pour écrire un nouveau chapitre de la gestion de l’eau. La baisse des tarifs de l’eau potable est à portée de main en raison d’une surcapacité de production et de l’existence d’infrastructures aujourd’hui quasi amorties par les factures aux usagers.

Haute fonction publique : changer le recrutement

Haute fonction publique : changer le recrutement

Les deux consultants en gestion Jérôme de Badereau et Clément Jullien expliquent, dans une tribune au « Monde », que le recrutement au mérite parmi les fonctionnaires expérimentés comme voie d’accès principale créerait une dynamique à même de remédier à plusieurs des maux actuels de la fonction publique.( au lieu de la main-mise des élèves des grands écoles notamment de l’ENA  sur les plus hauts postes administratifs

Tribune.

 

Souvenez-vous, il y a deux ans, l’Ecole nationale d’administration (ENA) était une cible et devait disparaître : trop étroite et élitiste dans son recrutement, faisant des hauts fonctionnaires de grands corps de l’Etat déconnectés des réalités et des besoins, son sort était scellé. On imaginait en même temps ouvrir davantage la fonction publique aux contractuels venant d’horizons divers.

Le discours du président de la République à Nantes, le 11 février, opère un retour en grâce spectaculaire de la grande institution qui forme les élites administratives françaises : symbole d’un ascenseur social grippé, elle deviendra dès la rentrée 2021 source de progrès social en accompagnant l’entrée d’étudiants de quartiers populaires.

D’autres grandes écoles formant des hauts fonctionnaires sont aussi concernées par cette ouverture des concours : l’Institut national des études territoriales, l’Ecole des hautes études en santé publique, l’Ecole des commissaires de police, l’Ecole des directeurs des établissements pénitentiaires.

Si cette annonce a surpris, cette transformation du recrutement n’est finalement que la poursuite d’un mouvement amorcé à l’ENA depuis près de quarante ans avec l’ouverture des deuxième et troisième voies d’accès : la deuxième voie pour des agents du service public méritants et expérimentés, la troisième voie pour des salariés du privé voulant réorienter leur carrière dans le sens de l’intérêt général.

Ces deux voies ont permis de former des « hauts manageurs publics » aux compétences et aux parcours plus divers et ont étendu le savoir-faire des diplômés de l’ENA, mais cela s’est fait sur une base sociale encore plus étroite, avec un plus bas atteint en 2019 : la promotion ne comptait qu’un étudiant issu d’une famille d’ouvriers… Le milieu social est devenu un marqueur à l’ENA, mais il n’est pas le seul.

Une autre source d’inégalité est peu évoquée et traitée en tant que telle : la méconnaissance générale de la filière administrative supérieure dans la population au-delà des enfants de fonctionnaires. Emmanuel Macron l’a vécu lui-même, il ne connaissait pas l’ENA et y est arrivé un peu par hasard.

 

Annulation de la dette publique: des risques

Annulation de la dette publique:  des risques

Une chronique dans l’Opinion de Emmanuel Combe, professeur à Skema business school et vice-président de l’Autorité de la concurrence.

 

 

« L’histoire nous a maintes fois montré que les difficultés juridiques s’effacent devant les accords politiques » : telle est la conclusion de l’appel lancé par une centaine d’économistes en faveur d’une annulation de la dette-Covid contractée par la BCE.

Pour ce qui est de l’argument historique, il est factuellement juste mais largement sorti de son contexte. L’histoire contemporaine regorge certes d’exemples d’Etats ayant annulé leur dette – à l’image du Mexique en 1861 ou de l’Union soviétique à la fin de 1917 – mais ces décisions sont intervenues souvent à la suite d’un changement de régime politique : il s’agissait de solder un héritage « illégitime » du passé, fondé sur la dictature ou le colonialisme.

Une doctrine juridique sur la « dette odieuse » a même été élaborée dès 1927 par Sack, considérant qu’une dette contractée par un régime contre l’intérêt de ses propres citoyens « n’est pas obligatoire pour la nation : c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée ; par conséquent, elle tombe avec la chute de ce pouvoir ». Force est de constater que nous ne sommes pas aujourd’hui dans ce cas de figure : nous avons en Europe des gouvernements démocratiquement élus, qui ont fait le choix de contracter une dette non pour oppresser leur population mais pour faire face à l’une des plus graves crises économiques depuis 1929. Comparaison n’est pas toujours raison.

Les acteurs économiques se diront que si l’Europe est capable d’annuler les 25 % de dette détenue par la BCE, pourquoi ne ferait-elle pas de même demain sur les 75 % détenue directement par des acteurs privés ?

Crédibilité. Pour ce qui est de l’argument de la toute-puissance du politique, il omet de rappeler qu’il y a un coût économique à faire et défaire les traités. Pour bien le comprendre, il faut revenir à la notion de « crédibilité » : une politique économique est considérée comme crédible si elle obéit à des règles claires et constantes, qui sont annoncées à l’avance et permettent aux agents d’anticiper le comportement futur des pouvoirs publics. Changer les règles du jeu au cours du jeu, ne serait-ce qu’une seule fois, revient à renier ses propres engagements. Le décideur politique réalisera certes un gain à court terme mais il aura perdu toute crédibilité aux yeux des acteurs économiques.

Ainsi, dans le cas de la dette Covid, ces derniers se diront que si l’Europe est capable d’annuler les 25 % de dette détenue par la BCE, pourquoi ne ferait-elle pas de même demain sur les 75 % détenue directement par des acteurs privés ? La sanction économique sera aussi simple que redoutable : comme ils n’auront plus confiance, les investisseurs privés exigeront une prime de risque. Même dans un environnement de taux structurellement bas, les taux d’emprunt seront élevés, faute d’une confiance suffisante.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder ce qui s’est passé avec la Grèce, suite à l’épisode de restructuration de sa dette en mars 2012. Les marchés obligataires ont eu la mémoire longue et la dent dure : la Grèce devra attendre juillet 2017 avant de retrouver un accès direct aux marchés de capitaux ; elle ne devra son sauvetage pendant ces cinq années qu’à la faveur des plans d’aide du FMI et de l’Union européenne. Il est donc imprudent d’exiger une annulation de la dette détenue par la BCE. Cette demande est d’autant plus infondée que cette dette Covid ne coûte rien aux Etats européens, puisque les taux d’intérêt qu’ils versent à la BCE… leur sont ensuite reversés.

Dette publique : les économistes dans le potage

Dette publique : les économistes dans le potage

Il convient vraiment de prêter une oreille attentive aux économistes dont les avis sont aussi divers et variés que ceux de leurs collègues des autres sciences molles pour déceler des perspectives possibles de la politique monétaire et de ses conséquences économiques et sociales.

Bien sûr il y a des radicaux comme ceux qui proposent sous simplement de ne pas rembourser la dette. Une solution qui résout tous les problèmes ! D’autres tout aussi radicaux, par ailleurs très libéraux, qui proposent la dette perpétuelle assurant une rente au secteur bancaire. ( Une vraie martingale pour les rentiers).

 

S’il  y a dette il y a nécessairement des prêteurs. Et il faudra expliquer à ces prêteurs qu’on a passé un coup d’éponge sur leurs investissements financiers. Évidemment pour l’avenir il ne faudra guère compter sur eux pour répondre à nos futurs emprunts pourtant nécessaires et même incontournables pas seulement pour les investissements mais aussi pour le fonctionnement de l’État. C’est comme si en même temps on proposai  de ne plus verser les salaires des fonctionnaires !

 

D’autres évidemment se rangent des hypothèses plus vraisemblables. Il paraît évident qu’on ne pourra rembourser la dette Covid  en une seule année. D’où le renoncement à des impôts exceptionnels qui ne seraient qu’une goutte d’eau à moins évidemment de doubler d’un coup les prélèvements obligatoires et de tuer définitivement l’économie.

 

La dette sera forcément amortie sur une longue période. La dette covid mais d’une façon plus générale la dette structurelle. La dette représentait  fin 2019 environ 100 % du PIB, elle va atteindre 120 % du PIB soit autour de 500 milliards supplémentaires. D’autres utopistes estiment que cette situation ne présente aucun caractère de gravité puisque la banque centrale rachète les dettes d’État et fournit des liquidités aux banques à des taux proches de zéro qui permettent  aux états d’emprunter à nouveau. Et de minimiser les risques puisque l’inflation est contenue précisément grâce à la BCE qui accorde des généreuses liquidités à des taux faibles voire zéro.

 

Le seul problème c’est de savoir jusqu’à quand ? En effet le système financier court des risques d’éclatement quand la masse monétaire dépasse et de très loin la richesse supposée représentée. Du coup mécaniquement,  l’inflation se met en marche sous l’effet de l’éclatement de bulles et-ou tout simplement sous l’effet du renchérissement des matières premières et des matières transformées. Sans doute ce qui va se produire d’une manière ou d’une autre sitôt que la balance penchera un peu plus en faveur de l’offre. Pour l’instant la demande est trop insuffisante pour générer une vraie reprise qui pèserait sur l’inflation.

On peut imaginer que des plans de remboursement étalé dans le temps permettront d’amortir la dette covid  mais aussi les autres mais il sera difficile d’éviter une remontée significative de l’inflation voire même des risques de bouleversements du système financier qui repose surtout aujourd’hui sur du papier dont une partie n’a pas de réelle valeur. Pour l’instant , les économistes de tous poils sont très discrets d’une part parce qu’il n’est pas évident de discerner les évolutions monétaires et économiques possibles, d’autre part parce qu’il ne faut pas désespérer les investisseurs et Billancourt quant à la reprise possible de l’économie.

 

Dette publique :  » le débat sans issue »

Dette publique :  » le débat sans issue »

Les deux économistes Eric Monnet et Shahin Vallée renvoient dos à dos, dans une tribune au « Monde », les partisans de « l’absolution » et ceux de la « rédemption » financière, suggérant de modifier radicalement le cadre budgétaire européen pour sortir d’un faux dilemme.(Extrait)

Tribune. Le débat sur la dette publique française a pris une tournure religieuse, opposant les partisans de l’absolution à ceux de la rédemption.

Le pardon prendrait la forme de l’annulation de la dette accumulée par la Banque centrale européenne (BCE), ou plus exactement par l’Eurosystème des banques centrales européennes, qui a acheté les trois quarts de la dette publique émise depuis le début de la pandémie.

Ceux qui défendent la rédemption souhaitent au contraire cantonner cette dette et réduire les déficits publics futurs pour la rembourser.

Ces deux options ont pour point commun de « sacraliser » le stock de dette, alors que, à l’inverse de celle d’un ménage ou d’une entreprise, la soutenabilité de la dette d’un Etat dépend de sa capacité à lever l’impôt et de la confiance en sa monnaie – ce qui lui permet de se réendetter pour rembourser.

Mais au lieu de considérer les taux négatifs comme une opportunité de diminuer mécaniquement la charge de la dette, nos dirigeants se soumettent à l’obsession morale pour le stock de dette, au risque de menacer la transition écologique et la relance de l’économie européenne. Et de gommer également les enjeux distributifs du financement de la dette, pourtant essentiels au débat démocratique.

Si l’annulation de la dette détenue par la BCE est possible, elle n’est pas un simple jeu d’écritures. Elle pose la question du traitement réservé aux autres créanciers, puisque tous doivent en principe bénéficier d’un traitement égal. Elle nécessiterait une modification des traités européens qui paraît héroïque, sinon hors de portée.

Une caisse d’amortissement

Ce combat n’est ni politiquement illégitime ni intellectuellement inutile, mais on ne peut présenter les ruptures profondes qu’il entraînerait comme un jeu comptable sur lequel échafauder tout un programme politique. Et quel serait vraiment le gain de cette annulation ? Elle réduirait d’un seul coup le stock de dette mais n’assurerait en rien les conditions de financement à long terme de l’Etat.

En échange d’une annulation, nos partenaires européens, Allemagne en tête, exigeraient sans doute des règles plus contraignantes hypothéquant la politique budgétaire future. Par ailleurs, rien ne dit que les investisseurs seraient dupes et apprécieraient plus la dette française à la faveur d‘une telle réduction de son stock.

La rédemption est quant à elle l’option privilégiée par le gouvernement et a motivé la création d’une « Commission sur l’avenir des finances publiques ». Son objectif est double : rassurer les créanciers en affectant une ressource budgétaire propre au remboursement de la dette (lui procurant ainsi une forme de séniorité), et d’autre part, signaler par un enregistrement comptable spécifique que cette dette est traitée différemment par l’Etat et son remboursement assuré.

« Seine-Saint-Denis : l’écroulement de l’école publique»

« Seine-Saint-Denis : l’écroulement de l’école publique»

 

Dans ce département, a besoin de réels moyens pour rétablir l’égalité, la situation ne cesse de se dégrader, alerte, dans une tribune au « Monde », le collectif Christine Renon, constitué après le suicide en septembre 2019 de cette directrice d’école maternelle. Le « déni » doit cesser.

Tribune. 

 

« Aujourd’hui samedi, je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée, après seulement trois semaines de rentrée. Les soucis depuis bien avant la rentrée se sont accumulés, c’est le sort de tous les directeurs malheureusement. » Ces mots sont ceux de Christine Renon. Le 21 septembre 2019, cette directrice d’école se suicidait dans son école maternelle, à Pantin (Seine-Saint-Denis).

Dans une lettre accablante accompagnant son geste, elle dressait un constat dramatique de la charge qui pesait sur ses épaules et continue de peser sur celles de ses collègues. Elle s’y inquiétait de ces contraintes, nombreuses, qui entravent le sens que tous les professionnels de l’éducation donnent à leur métier. Entre 2018 et 2019, cinquante-huit suicides ont endeuillé l’éducation nationale. Et d’autres ont eu lieu depuis. C’est inacceptable.

Notre collectif « a-partisan », qui rassemble des parents et des enseignants du primaire comme du secondaire, s’est constitué quelques jours après ce drame. Depuis, nous n’avons eu de cesse de nous battre pour que les mots de Christine Renon soient entendus et que son geste ne soit pas vain.

Nous avons aussi échangé, depuis, avec les enseignants, les parents, les familles des villes voisines de Seine-Saint-Denis et des quartiers nord-est de Paris, endeuillés par l’assassinat de plusieurs élèves. Il y a des éléments communs dans ces différentes formes de violence et de souffrance.

Une fin de non-recevoir

Un an plus tard, dans un contexte sanitaire incertain, plus de 450 personnes se sont rassemblées et ont marché ensemble, le 26 septembre 2020, entre Aubervilliers et Pantin. A l’issue de cette marche, notre collectif a de nouveau demandé à être reçu par le ministre de l’éducation nationale. Jusqu’à présent, nous nous sommes heurtés à une fin de non-recevoir.

Dans un rapport de l’inspection générale du 11 décembre 2019, le suicide de Christine Renon a été considéré comme imputable au service. Une enquête du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), demandée par les syndicats, a finalement eu lieu, plus d’un an après. Les syndicats ont dû lutter pour que cette enquête ait lieu dans de bonnes conditions.

Ce silence – ce déni ? – interroge plus largement. Quelles réponses politiques ont été apportées par le ministère depuis plus d’un an ? Nous n’avons pour le moment vu advenir qu’un projet de réforme du statut des directeurs d’écoles du premier degré pour en faire des mini-proviseurs dotés de pouvoir hiérarchique alors que ce qui est demandé, c’est plus de coopération. Camouflée derrière le recrutement de jeunes en service civique, la fin des aides administratives à la direction d’école a entraîné des surcharges de travail énormes pour le personnel. Et puis est arrivée la pandémie de Covid-19…

Absentéisme dans la fonction publique: 33 jours, 20 dans le priv

Absentéisme dans la fonction publique: 33 jours, 20 dans le privé

Un peu plus de 33 jours dans le public pour une vingtaine de jours dans le privé. Pourtant les conditions de travail sont loin d’être favorables au privé.

 

33 jours, c’est l’absentéisme moyen des agents du service public dans les mairies en France, selon un classement que dévoile le think-tank libéral iFRAP en se basant sur les derniers bilans sociaux disponibles, ceux de 2017. Le rapport note que la population vieillissante chez les fonctionnaires, l’augmentation des congés «longue maladie» ou le temps de réintégration au travail après une absence font gonfler l’absentéisme dans les mairies. La ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) est celle qui enregistre le plus gros taux d’absentéisme, avec 52 jours d’arrêt en moyenne.

Pour établir ce classement, l’iFRAP a récupéré les données de 53 communes représentant 142.000 agents et 8,9 millions de Français vivant dans ces villes. Un échantillon national représentatif, donc, même si ces données datent de 2017, car celles de 2019 n’ont pas encore été compilées.

L’absentéisme des salariés du secteur privé, lui,  est resté stable en 2019 par rapport à l’année précédente.

 

Avec « 18,7 jours d’absence par an et par salarié en moyenne », contre 18,6 jours en 2018, l’absentéisme des salariés du secteur privé est resté stable en 2019 par rapport à l’année précédente, selon le 12e baromètre du groupe de conseil Ayming publié ce mercredi.

Le taux d’absentéisme atteignait ainsi 5,1% l’an dernier, d’après une enquête réalisée en mars et avril auprès de 45 403 entreprises du privé employant 1,92 million de salariés et portant sur les arrêts maladie, accidents du travail et maladies professionnelles « dès le 1er jour d’arrêt », a précisé Ayming.

Complotisme- Succès de « Hold-up »: le résultat d’un discrédit de la parole publique

Complotisme- Succès  de « Hold-up »: le résultat d’un discrédit de la parole publique

 

 

 

 

De tout temps on a compté des complotistes  qui soupçonnent un pouvoir obscur de manipuler tout le monde, experts et politiques compris. Mais le succès du montage audiovisuel hold-up s’explique surtout par le discrédit qui affecte la parole publique. Bref, il n’y a plus grand monde qui peut encore croire encore ces experts prétentieux qui assènent des vérités contradictoires pour satisfaire leur ego dans les médias.Alors que la science devrait continuer d’être discrète et ne pas s’afficher sur des chaînes d’info qui ressemble de plus en plus à des discussions de bistrot .

Aujourd’hui, les contradictions sont telles sur l’origine du virus, sa nature, son traitement, la perspective d’un vaccin, ses enjeux économiques et ses autres conséquences sociales, politiques ou encore culturels que beaucoup peuvent dire n’importe quoi en mêlant habilement des éléments de vérité, des approximations et des raisonnements complètement tordus.

 

Ce reportage médiatique révèle l’état assez pitoyable de notre démocratie ou des pantins juridiquement élus et dont on ne peut contester la légitimité juridique ne disposent  en fait d’aucun crédit politique. Ils ont souvent d’ailleurs été élus par défaut, par hasard autant que par démagogie.

 

C’est sur ce terreau de décomposition de la démocratie que peuvent pousser tous les complotismes  les plus farfelus. Ce n’est pas d’abord le complotisme  qui doit être condamné mais les raisons de son émergence et de son succès auprès de certains qui préfèrent évidemment les théories simplistes à la complexité des facteurs explicatifs de notre société.

Succès « Hold-up »: le résultat d’un discrédit de la parole publique

Succès « Hold-up »: le résultat d’un discrédit de la parole publique

 

 

 

 

De tout temps on a compté des complotistes  qui soupçonnent un pouvoir obscur de manipuler tout le monde experts et politiques compris. Mais le succès du montage audiovisuel hold-up s’explique surtout par le discrédit qui affecte la parole publique. Bref, il n’y a plus grand monde qui peut encore croire encore ces experts prétentieux qui assènent des vérités contradictoires pour satisfaire leur ego dans les médias. Alors que la science devrait continuer d’être discrète et ne pas s’afficher sur des chaînes d’info qui ressemble de plus en plus à des discussions de bistrot .

Aujourd’hui les contradictions sont telles sur l’origine du virus, sa nature, son traitement, la perspective d’un vaccin, ses enjeux économiques et ses autres conséquences sociales, politiques ou encore culturels que beaucoup peuvent dire n’importe quoi en mêlant habilement des éléments de vérité, des approximations et des raisonnements complètement tordus.

 

Ce reportage médiatique révèle l’état assez pitoyable de notre démocratie ou des pantins juridiquement élus et dont on ne peut contester la légitimité juridique ne disposent  en fait d’aucun crédit politique. Ils ont souvent d’ailleurs été élus par défaut, par hasard autant que par démagogie.

 

C’est sur ce terreau de décomposition de la démocratie que peuvent pousser tous les complotismes  les plus farfelus. Ce n’est pas d’abord le complotisme  qui doit être condamné mais les raisons de son émergence et de son succès auprès de certains qui préfèrent évidemment les théories simplistes à la complexité des facteurs explicatifs de notre société.

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