Archive pour la Catégorie 'finances'

Budget France : un pays ingouvernable

Budget France : un pays ingouvernable
Vraisemblablement le cirque va continuer de se produire au sein de l’Assemblée nationale concernant le projet de budget. En effet la question n’est pas de traiter les finances du pays mais de se positionner dans la perspective des élections prochaines : municipales, législatives et présidentielles. Du coup, chaque parti affiche son programme démagogique , irresponsable et contradictoire. De toute façon, cet exercice fallacieux n’aboutira à rien et le budget initial sera appliqué par ordonnance faute de majorité ou alors c’est l’ancien budget de 2025 qui sera mis en œuvre par 12e. L’assemblée nationale n’aura servi strictement à rien sinon qu’à afficher des postures électoralistes.
La première responsabilité de ce chaos incombe donc aux organisations politiques qui pourtant ne représentent pas grand-chose dans le pays. La plupart ne sont que des groupuscules d’écuries de présidentiables composés de responsables, de courtisans et d’aspirants à la candidature. La plupart des chiffres relatifs au nombre d’adhérents sont complètement erronées : quelques milliers au plus dans chaque parti. Et les élections au sein de chaque organisation sont toutes bidonnées. À ce manque de représentativité s’ajoutent l’incompétence et le manque de courage. Signalons aussi le décalage complet de cette classe politique sur le plan sociologique. La plupart des élus politiques actuellement sont presque tous issus de milieux de la petite bourgeoisie voire de la grande : très peu de représentants du monde de la production, beaucoup d’anciens fonctionnaires et assimilés, de professionnels de la politique passés dans des instituts politiques. Peu de vrais experts en particulier en matière économique.
Au lieu de se pencher prioritairement sur la question fondamentale de l’ampleur des dépenses, l’Assemblée nationale s’est focalisée sur les recettes en organisant un vaste concours Lépine fiscal alors que le pays détient évidemment déjà le record mondial de prélèvements obligatoires; or le budget ne pourra réellement et durablement être rééquilibré qu’après une réduction drastique de la dépense devenue complètement incontrôlable à tous les étages administratifs et politiques. Il y a notamment le montant que représente la masse salariale des fonctionnaires mais il faudrait y ajouter le coût des équipements qui leur sont nécessaires ainsi que le coût qu’il génère vis-à-vis du monde de la production et de la croissance.
Pour éviter d’avoir à se livrer à cet exercice de rigueur, on jette du brouillard sur les dépenses alors qu’il conviendrait d’effectuer partout une évaluation de l’action publique même dans les secteurs les plus sensibles. Partout en effet des économies sont possibles avec d’autres organisations, d’autres affectations, aussi le transfert au privé d’activités qui n’ont rien de régalien. Ainsi ces véritables armées de jardiniers recrutés massivement par une immense majorité de collectivités locales. Mais on pourrait multiplier les exemples -dans le champ national comme local – d’activités inutiles ou douteuses qui se reproduisent elles-mêmes avec des budgets toujours en hausse. La France compte en moyenne à population comparable 1 million de fonctionnaires en plus par rapport à la moyenne européenne et 2 millions en plus par rapport à l’Allemagne. La France compte un nombre d’étagères administratives inutiles qui complexifient la vie réelle et affecte aussi bien le budget que la compétitivité.
Si ces dérives se produisent elles sont aussi le fruit d’une grave méconnaissance de la problématique économique et financière de la part des responsables mais aussi des citoyens. D’une certaine manière, le citoyen français a le système et les responsables politiques qu’il mérite. En France, le débat se réduit le plus souvent à une approche marxiste face à une approche ultra libérale. Bref une caricature de confrontation démocratique moderne. La plupart des politiques sont des guignols qui récitent leur catéchisme idéologique mais qui une fois au pouvoir font à peu près le contraire ou pire rien du tout. Ainsi la France va payer encore longtemps la démagogie de Mitterrand avec la retraite à 60 ans et celle de Jospin Aubry avec les 35 heures. Elle paiera encore longtemps les dépenses incontrôlées des gouvernements qui ont pratiquement tous laissés filer le budget. Cela vaut aussi pour la droite.
La vérité c’est que le train de vie de la France dérive grâce à la compensation avec l’Allemagne. L’euro assure le pouvoir d’achat des Français mais c’est l’Allemagne qui soutient sa valeur grâce à sa productivité, à sa compétitivité et à ses exportations. Sans l’euro, la France aurait sans doute dévalué sa monnaie au moins deux fois dans une proportion de 20 à 30 % si l’on s’en tient aux fondamentaux qui rendent compte de la valeur réelle d’une économie et de sa représentation monétaire. Des dévaluations qui auraient entraîné automatiquement de fortes inflations et des pertes de pouvoir d’achat.
Faute de compétence, de lucidité du courage la France restera encore ingouvernable pendant des années.

cour des comptes

« La fonction publique française – comprenant l’État, les collectivités territoriales et les établissements hospitaliers – emploie aujourd’hui 5,8 millions d’agents. Entre 2017 et 2025, les effectifs ont augmenté de 278 000 agents (hors contrats aidés), une croissance qui pèse mécaniquement sur les finances publiques. En 2024, les rémunérations versées aux agents publics sont estimées à 357 milliards d’euros, un niveau comparable aux dépenses de retraite. Selon l’OCDE, l’emploi dans les administrations publiques représente en 2023 22 % de l’emploi total en France, contre 16 % au Royaume-Uni, 13 % en Italie et 11 % en Allemagne, pour une moyenne de 18 % dans l’ensemble des pays membres. Si la France alignait sa fonction publique sur cette moyenne, cela représenterait près d’un million d’agents en moins. Dans cette perspective, et afin de fonder les réformes nécessaires sur des données rigoureuses, Contribuables Associés appelle la Cour des comptes à mener une analyse approfondie de la masse salariale, du temps de travail – marqué par de fortes disparités – et de la productivité dans les trois versants de la fonction publique. »

Droits de douane américain : par un accord , un dictat très flou

Droits de douane américain : par un accord , un dictat très flou

Officiellement l’union européenne et les États-Unis se réjouissent d’un accord qui n’en est pas un. D’abord parce que les Européens ont du se soumettre au droit de douane à 15 % ; ce qui est considérable si on tient compte par ailleurs de la dévaluation du dollar de l’ordre de 12,5 %. C’est contraint et forcé que l’Europe accepte ce dictat après avoir été menacée de 25 %. À noter que l’acier et l’aluminium supporte toujours des taxes à 50 %.

Pour le reste des discussions doivent encore intervenir pour préciser les orientations définitives. Quant à la promesse d’investissement vers les États-Unis c’est surtout une annonce à usage interne pour les partisans de Trump; même chose pour les promesses d’achat de matières premières énergétiques. Dans ces deux domaines la décision appartient aux entreprises et non aux Etats. Bref de promesses très floues. L’Europe a du plier sous la pression des États-Unis d’une part et sous le poids de ses propres contradictions internes d’autre part sans parler de la faiblesse personnelle de la présidente de la commission européenne qui ne pèse pas lourd en politique.

C’est évidemment à l’usage qu’on mesura les conséquences d’un pseudo accord et notamment son effet sur l’inflation et la croissance aux États-Unis et les conséquences sur l’économie mondiale et sur celle de l’Europe. Le risque est grand que ce type de décision soit néfaste aussi bien pour les États-Unis que pour les pays qui commercent avec eux. En dernier ressort ce sont les marchés financiers qui pourraient bien arbitrer notamment si le déficit américain continue d’enfler sous le poids d’une baisse de croissance et d’augmentation du déficit budgétaire. D’ores et déjà on constate un fort désengagement à bas bruit par les étrangers des obligations américaines.

Dette publique: pourquoi ?

Dette publique: pourquoi ?

La France se débat face à une dette publique de plus en plus ingérable. Si d’autres pays comme l’Italie ou l’Espagne trouvent des solutions, pourquoi la France semble-t-elle paralysée ? Analyse des leviers possibles et des défis économiques à surmonter. Par Nicolas-Jean Brehon, Conseiller honoraire au Sénat, ancien membre de la commission des infractions fiscales.(dans la Tribune)

La France ne semble pas capable de réduire sa dette. Elle y est pourtant parvenue jadis. D’autres — le Portugal, l’Italie, la Grèce, l’Espagne —, y parviennent aujourd’hui. Mais la France est comme tétanisée, réduite aux appels à l’effort. Les engagements de trajectoires de redressement des finances publiques sont déclamés dans l’indifférence. Toutes les projections se sont révélées caduques sitôt publiées. La Cour des comptes a eu des phrases définitives dans son examen de la situation début 2025. « La dérive inédite des finances publiques s’est accentuée ». Pourquoi tant de difficultés ?

L’histoire économique enseigne qu’il y a plusieurs leviers pour faire baisser la dette. Agir sur le stock, sur le contexte, sur le flux. Tous ont été utilisés, mais très peu sont pertinents aujourd’hui.

Le levier le plus direct consiste à agir sur le stock, c’est-à-dire sur le montant.

Un levier lui-même divisé en trois moyens.

Rembourser la dette en vendant ses actifs. Vendre les biens du clergé et des émigrés pendant la Révolution, privatiser les grandes entreprises nationales ou les infrastructures aujourd’hui. C’est la solution qui vient spontanément à l’esprit et qui est venue aux experts du FMI, de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’Union européenne imposant les privatisations à la Grèce en 2008. Pour un résultat plus que décevant. Privatiser un port ou un aéroport, passe encore, privatiser la distribution d’eau au profit d’un groupe étranger ne fait que provoquer des manifestations. Et puis, les privatisations rapportent très peu. On ne vend jamais bien lorsqu’on est obligé de vendre. En outre, la France a privatisé des dizaines de sociétés depuis 1986. Elle n’a presque plus rien à vendre.

Annuler la dette. La banqueroute fut jadis l’acte d’autorité du souverain qui ne s’en privait pas (une dizaine de banqueroutes sous la monarchie). La faillite des États existe toujours en Amérique latine. Mais elle n’est plus décidée arbitrairement et doit être négociée. Avec nos partenaires européens ? Sûrement ! Et puis la BCE a dit qu’elle cessait les rachats de dette.

Restructurer la dette. C’est la solution grecque de 2008 : les créanciers abandonnent une partie de leurs créances soit en effaçant la dette soit en allongeant sa durée ou en diminuant les taux. Une solution qu’il ne faut pas sous-estimer sous la forme d’un emprunt forcé qui permettrait de substituer des citoyens français aux prêteurs internationaux s’ils venaient à manquer. L’emprunt obligatoire a été utilisé en 1983 et concernait alors les contribuables qui payaient plus de 5000 francs d’impôt sur le revenu. Les Français ont un quasi-record d’épargne (avec un encours d’assurance vie de 2000 milliards d’euros) et beaucoup occupent même des appartements trop grands pour eux… Une curieuse étude de l’INSEE qui n’augure rien de bon (Un quart des ménages vivent dans un logement en sous-occupation très accentuée, Insee première 2064, 8 juillet 2025). Une clientèle toute trouvée pour un emprunt forcé ? De là à atteindre 3300 milliards…

Le levier le plus indirect est d’agir sur l’environnement économique.

Renouer avec la croissance. C’est évidemment le levier vertueux. Croissance signifie plus de rentrées fiscales et l’arrêt des emprunts. Une perspective illusoire en France comme dans la plupart des pays de l’UE tant la croissance est y atone depuis longtemps. Voilà vingt ans que les discours évoquent le retour de la croissance. Qui croira encore à ce genre de sornettes ? Les prévisions de croissance en France, revues à la baisse, sont parmi les plus mauvaises de l’UE (0,6 % annoncé en 2025)…

Accepter l’inflation. C’est le moyen le plus discret de faire baisser la dette. L’inflation ou l’euthanasie des rentiers disait Keynes. Une méthode insidieuse, mais très pratiquée après les guerres. Que pèsent les coupons et les remboursements lorsque les prix ont été multipliés par 10, 20, 50 ? 10, 20, 50 fois moins. En France, le retour de l’inflation est peu probable moins du fait du contrôle de la BCE qui a pour mission de maintenir la stabilité des prix, que sous l’effet de la concurrence internationale qui pèse sur les prix. Et puis c’est l’un des rares motifs de satisfaction avec une inflation globalement moins élevée en France qu’en Europe, un petit avantage par rapport aux concurrents dont les prix augmentent. Alors, l’inflation pour réduire la dette ? Oublions.

Reste le levier intermédiaire : agir sur le flux qui entretient la dette, c’est-à-dire sur le déficit annuel.

Réduire le déficit public, premier carburant de la dette, et plus précisément le déficit primaire, c’est-à-dire hors charge des intérêts (largement imposée par les marchés et accessoirement par les agences de notations). Un levier lui-même divisé en deux moyens.

Améliorer les recettes publiques. En France, pas question d’instituer de nouvel impôt. La hausse des taux de TVA (le choix de l’Espagne et du Portugal) qui offre un bon rendement budgétaire (relever le taux normal de 20 à 21 % représenterait 6,5 milliards d’euros) est trop conflictuelle. En revanche, il existe des pistes pour améliorer les rentrées fiscales sans bouleverser la législation : réduire les niches fiscales (les 474 dispositifs coûtent 85 milliards d’euros), supprimer l’abattement de 10 % des retraites les plus élevées, élargir l’assiette de l’impôt sur la fortune, supprimer un jour férié, mieux lutter contre la fraude fiscale, qui touche toutes les catégories sociales et professionnelles… La panoplie est large. Mais la réforme ne peut réussir que si chaque catégorie a l’impression que les autres payent aussi. La fiscalité est étroitement corrélée avec la justice et l’égalité, deux totems français.

Réduire la dépense. Cette fois, on arrive à l’os. Pas de réduction de dette sans coupes franches. Quelques exemples : gel (Espagne) voire réduction (Portugal, Irlande) des traitements des fonctionnaires, réduction des pensions (Grèce), réduction du nombre d’agents publics (Portugal), augmentation du temps de travail (Irlande), suppression des 13e mois (Portugal), durcissement des conditions des départs anticipés (Italie)… Quand certains y vont à la tronçonneuse, la France décide du rabot ou de la lime à ongles. Les centaines d’idées qui circulent dans tous les cafés de France sont sans rapport avec l’enjeu financier (les agences, les voitures et les gardes du corps des ministres, etc.). Les vraies pistes, les réformes « structurelles », exigent une force au sens propre comme au sens figuré qu’en France, aucun gouvernement ne pourra employer sans risque. La réforme de l’État s’est arrêtée à la suppression de l’ENA ! Une fanfaronnade démagogue (l’Ena supprimée comme une tête au bout d’une pique, Slate 2 mai 2019). Il faudrait oser réformer le statut de la fonction publique pour une partie des agents de l’État. Un statut qui engage les finances de l’État pour 60 ans (activité et pensions) est devenu absurde dans un grand nombre de cas. Recruter un agent public dont le traitement va augmenter automatiquement à l’ancienneté tous les deux ans (par le changement d’indice) et presque automatiquement tous les cinq ou sept ans (par le changement de grade) pour finir en apothéose avec des fonctionnaires anciens qui sont mieux payés sous prétexte qu’ils sont vieux et que cela va compter pour leur retraite ? Sans compter que le rendement baisse sérieusement dans les dernières années. L’armée a trouvé la solution des carrières courtes. Mais toucher au statut, c’est évidemment mettre des millions d’agents publics dans la rue. Qui osera affronter la rue ?

Le Premier ministre pyrénéen se voit attaquer l’Himalaya. Mais il risque de s’arrêter au premier camp de base du débat budgétaire. Face à la curée qui s’annonce, le président de la République quitterait ses fonctions avant le terme de son mandat. Le suivant, qu’il s’agisse de celui chargé de l’intérim ou du nouvel élu, ne peut être qu’un président de sacrifice. En politique, c’est plutôt rare. Mais la patrie serait reconnaissante.

Budget : 50 ans de dérive financière et maintenant la facture !

Budget : 50 ans de dérive financière et maintenant la facture !

Fin mars 2025, la dette publique française atteint 3,345 milliards d’euros, soit 114 % du PIB. Avec un déficit de 168 milliards d’euros et une hausse des taux d’intérêt, le pays se retrouve dans une situation périlleuse. Comment réagir face à cette crise imminente ? Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l’Essec
Marc Guyot et Radu Vranceanu dans La Tribune

Fin mars, la dette publique française a atteint les 3,345 milliards d’euros, soit 114 % du PIB. L’année dernière l’État a dépensé 1,670 milliard d’euros (57,2 % du PIB), tout en collectant moins, pour un déficit de 168 milliards d’euros. Les années Macron n’ont constitué qu’une accélération, certes majeure, dans le trio Dépenses publiques — Déficit budgétaire — Dette publique, qui a été pratiqué par tous les gouvernements précédents. Tant que le taux d’intérêt à long terme demeurait inférieur au taux de croissance, il n’y avait pas trop de souci à se faire à part le transfert de dettes aux générations futures. Après le Covid19, l’économie française a basculé dans une situation nouvelle et périlleuse avec des taux d’intérêt supérieurs à la croissance nominale, rendant la glissade de la dette publique extrêmement inquiétante, y compris à court terme. En effet, la glissade continue de la dette en proportion du PIB, va finir par alarmer les investisseurs générant potentiellement une crise financière de grande ampleur.

Les taux d’intérêt augmentent pour différentes raisons, structurelles et conjoncturelles. Cependant, le différentiel de taux en faveur de l’Italie ou de la Grèce, signifie clairement que le facteur « risque de soutenabilité » joue de manière significative sur les taux français. En conséquence, il n’y a pas d’alternative au rééquilibrage des finances publiques par la réduction du déficit public, voire retrouver un surplus primaire (hors charge de la dette), pour faire diminuer cette prime.

Siffler la fin de cette fête de 50 ans et le début de l’austérité est tombé sur François Bayrou puisque c’est lui qui est Premier ministre. Il aurait certes préféré ne pas boire de ce calice, mais en réalité il n’a pas le choix. Pour ramener le déficit public à 4,6 % du PIB en 2026, le gouvernent a chiffré le rééquilibrage budgétaire à 43,8 milliards d’euros. Il a tenté de répartir au mieux l’ajustement, dans le cadre des contraintes imposées par les différentes forces politiques. Le gros des économies, 30 milliards d’euros, concernera la dépense publique qui n’augmentera pas autant que prévu (1,722 milliard d’euros au lieu de 1,752 milliard d’euros). Certaines missions de l’État verront leur budget diminuer, d’autres comme les Armées, la Justice et l’Intérieur vont augmenter. La charge de la dette devra également augmenter. La différence proviendra d’impôts qui devraient augmenter avec la non-indexation des tranches d’imposition ou la suppression de l’abattement de 10 % pour frais professionnels pour les retraités, et autres niches fiscales.

François Bayrou mise sur le fait qu’un programme d’économie minimale et touchant un peu tout le monde est plus facilement acceptable qu’un programme qui pèserait uniquement sur des catégories bien identifiables et comportant des mesures choc comme une hausse significative de la TVA ou la suppression des aides massives aux associations censées s’autofinancer.

Dans un monde où le bon sens prévaudrait, ce programme minimaliste d’une extrême prudence politique devrait être accepté. Dans notre monde politique de court terme où les partis rivalisent de populisme pour arracher le succès aux prochaines élections, notamment les législatives à venir ainsi que les élections municipales, régionales, nationales ou européennes. Pour un parti d’opposition, valider le projet de François Bayrou reviendrait à confirmer les bons choix du Premier ministre et donc de diminuer ses propres chances de succès. LFI, le PS et les Verts sur sa gauche, le RN sur sa droite sont vent debout sans que Bayrou ne sente de soutien fort sur sa base Renaissance et LR. Abandonner des jours fériés serait une atteinte à l’identité nationale ; supprimer telle niche fiscale détruirait le tissu social, l’injustice serait partout.

Les représentants des différentes catégories de Français eux-mêmes s’engouffrent dans cette cacophonie politique, chacun cherchant à préserver ses acquis. Chacune est prête à accepter des sacrifices venant des autres, comme le montre les nombreux sondages. Ceux qui ne prennent pas l’avion souhaitent des taxes sur le transport aérien, mais s’opposent aux taxes sur le carburant. Ceux dont le patrimoine les situe dans les 90 % des moins riches souhaitent une taxe sur les 10 %. L’argument de justice sociale s’étale sur tous les refus et toutes les exigences sur autrui. À l’extrême gauche on demande plus de subventions pour tout, à l’extrême droite, moins d’aides à l’insertion des immigrés et moins de contribution européenne.

Tout cela découle d’une structure politique qui laisse peu de place à la coopération et du fait qu’en sept ans, les gouvernements d’Emmanuel Macron ont fait régulièrement des cadeaux à toutes les parties prenantes sans jamais se préoccuper du financement, miracle rendu possible par l’endettement à taux bas. Ce manque de prévoyance, typique de ceux qui dépensent l’argent des autres, n’a eu d’équivalent politique que dans la dissolution désastreuse de l’Assemblée, qui a conduit à la configuration politique ingouvernable que nous connaissons.

À l’automne, il est fort probable que les partis politiques poussent François Bayrou vers la sortie. Emmanuel Macron choisira-t-il de dissoudre à nouveau l’Assemblée nationale ; nul ne peut dire ce qu’il adviendra. Mais on peut anticiper sans peine que le cynisme, l’égoïsme et la non-coopération vont s’accentuer, poussant un peu plus les finances publiques françaises vers le point de non-retour. Face à cet état de confusion permanent, une crise de grande ampleur devient presque un espoir. En effet, elle permettrait de purger un système devenu irrécupérable. Des pays comme la Grèce ou le Portugal, ayant traversé des crises sévères, sont repartis sur de bonnes bases après avoir mis en œuvre les réformes structurelles nécessaires et coupé le robinet de dépenses.

Le programme de Javier Milei en Argentine est une version maximaliste d’un programme de réforme structurel : transferts vers le privé de nombreux services publics, coupes drastiques dans les salaires et les effectifs de la fonction publique, réaffectation de la main-d’œuvre vers le secteur privé, libéralisation du marché du travail et des nombreux prix administrés. Cela peut paraître brutal pour la France, car nous ne sommes pas en situation d’hyper-inflation. En revanche, la productivité stagne, la croissance est atone, l’innovation est à la traine, la désindustrialisation est manifeste. Libéraliser l’économie pourrait produire plus de richesses, plus d’emplois, et plus de perspectives pour les entrepreneurs. La France a de nombreux atouts, mais pour les mettre en valeur, il faut rompre avec 50 ans de pratiques populistes et enfin réformer comme tant d’autres pays ont fini par le faire.

La dette de la France vers de nouveaux sommets

La dette de la France vers de nouveaux sommets

Le débat sur la situation financière de la France est assez surréaliste. On s’oppose à quelques économies qui représentent des dizaines de millions quand il faut affronter un mur de la dette qui atteint 113 % du PIB soit 3100 milliards!

La dette publique française avait passé le cap des 100 milliards d’euros en 1981, celui des 1 000 milliards en 2003, puis celui des 3 000 milliards en 2023. Elle a encore progressé de 203 milliards d’euros en 2024, pour atteindre 3 305 milliards à la fin décembre, selon le chiffrage dévoilé, jeudi 27 mars, par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

La hausse de 2024 se révèle encore plus significative une fois la dette rapportée à l’activité économique. En 1974, l’endettement de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale se limitait à 14,5 % du produit intérieur brut (PIB). Année après année, les déficits budgétaires continus l’ont fait s’envoler jusqu’à 114,9 % en 2020, au moment de la crise du Covid-19 et du « quoi qu’il en coûte », quand l’Etat a desserré les cordons de la bourse pour éviter une récession. La dette s’est ensuite un peu tassée durant trois ans. Mais elle est repartie de plus belle en 2024, passant de 109,8 % à 113 % du PIB en douze mois, selon l’Insee. Un niveau record, hors période de crise ou de guerre.

Bref faute de compréhension et de prise de conscience de la gravité de la situation financière tant par l’opinion publique que par les responsables politiques, la France s’oriente doucement vers le défaut ( la faillite) et la mise sous tutelle par le fonds monétaire international.Une hypothèse vraisemblable d’ici quelques années. À moins qu’on prenne enfin conscience que tous les acteurs économiques sans exception doivent contribuer à l’effort de redressement. Un effort de redressement financier mais aussi de production de richesses car la France ne travaille pas assez en moyenne sur toute la durée de leur vie professionnelle

Le piège mortel de la dette

Le piège mortel de la dette

On augmente les dépenses de l’État de 56,6% du PIB en 2024 à 56,8% en 2025 ; on pense qu’elles franchiront cette année 57% du PIB, soit le record des pays développés. La moyenne de la zone euro est de 50% ; celle de l’UE est de 49,2%. Comment fait le gouvernement pour augmenter encore la dépense de l’État malgré ses difficultés financières ? C’est simple, il augmente l’emprunt public (345 milliards d’euros) ; il augmente les impôts (le budget 2025 prévoit 26,2 milliards d’euros d’impôts supplémentaires). par Dominique Reynié sur radio France .

Les intérêts de la dette que nous payons chaque année aux prêteurs de l’État atteindront 70 milliards d’euros en 2025, soit en gros la moitié du déficit.

L’État est pris dans un piège mortel.

Sa dette qui représentait 22% du PIB en 1981 dépasse aujourd’hui 115%.

Nos gouvernants ont été incapables de réduire les dépenses de l’État.

Même quand ils avaient de solides majorités parlementaires, ils ne l’ont pas fait.

C’est cette incapacité qui inquiète les institutions qui prêtent à l’État
Ce qui les rassurait jusqu’à présent, c’était la capacité de coercition qu’avait l’État pour lever l’impôt.

Mais c’est fini. Depuis une quinzaine d’années, chaque augmentation d’impôts suscite une protestation grandissante, voire une forme d’insurrection, comme lors de la crise des Bonnet rouges, en octobre 2013, ou les Gilets jaunes, en novembre 2018.

La préparation du budget 2025 vient également de le montrer ; les patrons des entreprises françaises championnes du monde ont averti devoir choisir entre le maintien de leurs performances et leur présence en France.

De même, à l’autre bout, les auto-entrepreneurs ont menacé le gouvernement d’une mobilisation, le conduisant aussitôt à retirer son projet d’augmenter la pression fiscale sur leur activité.

Comment rétablir nos finances publiques quand l’augmentation des impôts n’est plus acceptée et que les gouvernants demeurent incapables de réduire les dépenses de l’État ?

Il est impérieux de trouver la solution à ce casse-tête si nous voulons éviter la faillite de l’État. Mais qui s’y risquera à deux ans de la présidentielle ?

Une part croissante de la dépense publique pour soutenir l’activité marchande

Une part croissante de la dépense publique pour soutenir l’activité marchande ?


« Une part croissante de la dépense publique soutient l’activité marchande plutôt que l’éducation, la santé, le logement ou l’environnement »; par Anne-Laure Delatte,Directrice de recherche au CNRS dans Le Monde

En France, les aides publiques aux entreprises ont triplé depuis 1979. A l’heure où le gouvernement cherche désespérément 40 milliards d’euros, elles sont l’angle mort du débat budgétaire, affirme l’économiste Anne-Laure Delatte, dans une tribune au « Monde ».

Alors que la commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux grandes entreprises a rendu ses conclusions mardi 8 juillet, la question de leur ampleur, de leur efficacité et de leur pilotage est loin d’occuper la place qu’elle devrait dans le débat budgétaire. Et pourtant, les auditions menées ces derniers mois ont confirmé un constat largement partagé par les chercheurs comme par les administrations : ces aides sont nombreuses, peu lisibles et rarement évaluées. Leur poids dans les finances publiques, comme leur rôle dans les orientations économiques du pays justifieraient un examen bien plus soutenu.

L’une des raisons tient à leur nature. Une grande partie des aides publiques aux grandes entreprises ne prend pas la forme de subventions directes, mais passe par des avantages fiscaux (comme les allègements d’impôt) ou des exonérations de cotisations sociales. Ces dispositifs ne donnent pas lieu à des versements : ce sont des recettes que l’Etat ou la Sécurité sociale choisissent de ne pas percevoir. Résultat : ils n’apparaissent pas comme des dépenses dans les documents budgétaires, et échappent en grande partie au débat public – alors même qu’ils représentent une forme de dépense à part entière.

Notre étude, publiée cette semaine dans la Revue d’économie politique (Abdelsalam, Delatte, Guillaume, 2025), propose pour la première fois une estimation globale et historique de ces aides indirectes. Elles n’avaient jusqu’ici jamais été rassemblées en un seul endroit, dans une perspective historique permettant d’en suivre l’évolution et d’en apprécier les tendances de long terme. En exploitant quarante-cinq ans d’archives économiques et financières, nous mettons en lumière trois faits marquants.

D’abord, leur ampleur : en moyenne, plus de 90 milliards d’euros d’avantages fiscaux et d’exonérations sociales sont accordés chaque année aux entreprises. En 2022, cela représentait plus de 110 milliards d’euros de recettes non perçues. Pour 100 euros d’impôt sur les sociétés théoriquement dus, seuls 70 sont effectivement collectés. Pour 100 euros de cotisations sociales dues, la Sécurité sociale n’en reçoit que 84. Ces soutiens indirects représentent désormais près de 60 % de l’ensemble des aides.

Déficits et budget: Bayrou veut des efforts de tous

Sur LCI, le Premier ministre a dressé les vagues contours des pistes pour réduire la dette publique, sans les dévoiler. L’objectif serait de ramener le déficit public à 4,6% du PIB d’ici 2026.

Le déficit est « à 5,8% » du produit intérieur brut, « nous allons cette année passer à 5,4% et l’année prochaine, (…) nous allons aller vers 4,6% », a-t-il affirmé, en soulignant que « le gouvernement va dire ce que sont les contraintes, les efforts nécessaires de tous mais sans dévoiler ses pistes.

Le Premier ministre a expliqué vouloir que « tout le monde participe » à l’effort d’économie d’environ 40 milliards d’euros pour le prochain budget. « Il peut y avoir ici ou là des efforts particuliers mais je ne crois pas que ce soit par l’impôt que l’on résout des problèmes de cet ordre », a-t-il ajouté, avançant la piste d’une réduction des « dépenses publiques », comme « certaines dépenses sociales », qui « devront être contrôlées ». « Si la prospérité venait des impôts, puisque nous avons les impôts les plus importants du monde, nous serions les plus riches du monde », a-t-il fini, en appelant au « bon sens ».

Déficits: La France ne travaille pas assez

Déficits: La France ne travaille pas assez


«Si notre production par habitant était dans la même gamme que celle de nos voisins européens ( 15% de moins que la moyenne européenne), nous n’aurions pas de déficit budgétaire» ne cesse de répéter Bayrou déplorant aussi «un taux d’emploi plus faible» chez les jeunes et les seniors.

Bayrou considère par ailleurs que la France est «le pays du monde qui dépense le plus d’argent public». Pourtant, «beaucoup de pays plus développés que nous du point de vue de l’épanouissement de leurs citoyens (…) ont fortement réduit leurs dépenses lorsqu’ils ont été menacés de déséquilibres», a-t-il assuré, pour qui donc «l’excès de dépenses publiques ne fait pas le bonheur».

Pour François Bayrou la dette est «un piège dangereux, potentiellement irréversible», «inacceptable parce que nous ne pourrons pas en supporter durablement la charge» qui pourrait «atteindre 100 milliards d’euros en 2029». «Ce risque est politiquement insoutenable, mais plus profondément encore est moralement inacceptable, car la responsabilité de toute femme ou de tout homme politique s’étend aux générations à venir», a-t-il déclaré.

Budget 2026 : les pistes pour sortir des déficits

Budget 2026 : les pistes pour sortir des déficits

Après deux années noires en 2023 et 2024, le Premier ministre exhorte les Français à faire des efforts. Comment le pays en est-il arrivé là ? Face à une multitude de défis et d’idées divergentes, la France peine à trouver une direction claire. Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière. dans la Tribune

Certains soutiennent que les 40 milliards d’économies recherchés par le gouvernement pourraient être obtenus par une réduction des dépenses, sans toujours mesurer les conséquences récessives. D’autres estiment que taxer les plus aisés ou les retraités est la solution, sans se préoccuper du rendement réel de ces mesures. D’autres encore menacent de censurer le gouvernement en cas d’instauration d’une TVA sociale ou de nouvelles taxes, sans prendre en compte l’impact sur le pouvoir d’achat. Le Premier ministre appelle tous les Français à contribuer à l’effort de redressement des finances publiques, un engagement potentiellement durable, sans entrer dans les détails. En examinant l’évolution des dépenses par mission et en proposant quelques pistes pour aider le gouvernement à sortir de l’impasse, quelle peut être la réponse ?

Comprendre les missions de l’État
« Les missions correspondent aux grandes politiques de l’État…Une mission est créée à l’initiative du Gouvernement et peut être ministérielle ou interministérielle. La mission regroupe un ensemble de programmes concourant à une même politique publique…Les parlementaires ne peuvent pas proposer des amendements se traduisant par la création ou l’aggravation du niveau global des dépenses au niveau des missions, ou par une diminution des ressources de l’État. De même, seul le Gouvernement a la faculté de créer une mission ou de redéployer des crédits entre des programmes de missions différentes ».

Sur 844 milliards d’euros, les six missions les plus importantes : 148,31 milliards d’euros pour les remboursements et les dégrèvements, 134,29 milliards d’euros d’avances aux collectivités territoriales, 93,5 milliards d’euros pour la défense, 87,8 milliards d’euros pour l’enseignement scolaire, 69,34 milliards d’euros pour les pensions et 56 milliards d’euros pour l’engagement financier de l’État.

La mission remboursement et dégrèvements (148,31 milliards d’euros) est la mission la plus importante du budget général. Ce ne sont pas réellement des dépenses mais ce sont des restitutions d’excédents d’impôts ou taxes qui s’analysent comme des recettes en moins. De même cette mission enregistre des opérations « pour ordre ». Les opérations d’ordre budgétaires se caractérisent par le fait qu’elles concernent toujours à la fois une opération de dépense obligatoire et une opération de recette budgétaire pour un montant identique. Ce qui est criant c’est l’évolution de cette mission. Les remboursements et dégrèvements d’impôts d’État se sont établis à 99,91 milliards d’euros en 2017. Pour 2025 le total est de 148,31 milliards d’euros. Depuis 2001, les crédits de la mission ont une hausse de 142%. Depuis 2017 cette hausse est de 49,04% alors que l’évolution de la TVA est de -32,21% et les impôts sociétés de 28,77%. La faiblesse de la TVA s’explique en grande partie par la chute de l’industrie, de la consommation et par l’ampleur des demandes de remboursement. En France, sans industrie, la croissance se fait uniquement par la consommation. En ce qui concerne les demandes de remboursement de TVA, il est nécessaire d’accentuer la présence de l’Administration sur le terrain afin d’accroître l’effet dissuasif vis-à-vis des fraudeurs potentiels.

La mission avance aux collectivités territoriales (134,29 milliards d’euros). C’est le plus important des comptes de concours financiers, en plus des recouvrements des impôts locaux … cette mission est constituée par les transferts de charges et fractions de TVA attribuées aux collectivités afin de compenser les pertes de recettes liées à la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales (23,4 milliards d’euros de recettes en 2016 pour les collectivités locales) et de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises.

La mission défense (93,5 milliards d’euros). Avec le soutien de la politique de défense, préparation et emploi des forces et de leurs équipements des forces, cette mission dépasse la mission enseignement scolaire (87,8 milliards d’euros).

La mission pension (69,34 Md€). Les pensions civiles et militaires de retraite … sont au sixième rang dans les missions de l’État. Les dépenses de personnel de l’État dans le budget 2025 s’élèvent plutôt à 226,57 milliards d’euros. Ils se ventilent ainsi : 91,62 milliards d’euros pour rémunérer l’activité, 65 milliards d’euros pour payer les cotisations et contributions sociales et 67,3 milliards d’euros (comptes d’affectation spéciales) pour couvrir les subventions d’équilibre aux régimes de la fonction publique.

La mission engagement financier de l’État (56 Md€). Cette mission est composée de plusieurs programmes hétérogènes dont le plus important est la charge de la dette qui représente 54,21 Md€. Au 31 mars 2024, la part des non-résidents dans la détention de titres de dette de long terme s’est établie à 58,2%. En d’autres termes c’est une détérioration de la balance de paiement de la France de 31,55 Md€.

Pour les missions qui préoccupent les Français. Solidarités et insertion 30,31 milliards d’euros, criminalité et violences 26,10 milliards d’euros, écologie 22,93 milliards d’euros, travail et emploi 19,86 milliards d’euros, la justice 12,20 milliards d’euros et la santé 1,49 milliards d’euros.

La mission non apparente de la politique de l’offre. Avec 156,88 milliards d’euros versés en 2019 et près de 200 milliards d’euros en 2023, les subventions aux entreprises sont devenues le premier poste de dépenses de l’État français. Cette aide s’est élevée à près de 260,4 milliards d’euros d’après la cour des comptes avec le déploiement massif des aides en réponse à la pandémie. Cette somme vient de plusieurs missions de l’État : subvention, garantie financière, prise de participation, exonérations fiscales et sociales, réparties sur plusieurs ministères, collectivités et les comptes la Sécurité sociale.

« Un problème sans solution est un problème mal posé ». Albert Einstein. Notre Premier ministre a un problème de budget pour 2026. Il va présenter ses choix au début du mois de juillet : une année blanche, une TVA sociale, etc. Il y a peut-être d’autres solutions :

Investir pour la croissance.

En 2017, la TVA nette s’élevait à 149,27 milliards d’euros, elle chute à 101,44 milliards d’euros en 2025 alors que les autres contributions fiscales nettes passent de 30,1 à 84,14 milliards d’euros. Cette chute de TVA s’explique par le manque de croissance. Le gouvernement peut créer une TVA sociale additionnelle, mais cette augmentation de TVA ne pourra être considérée comme une nouvelle recette. Ce qu’on appelle TVA sociale c’est l’augmentation du taux de TVA en affectant les recettes fiscales correspondantes au budget de la Sécurité sociale tout en diminuant les cotisations de la même valeur. Mais si les entreprises utilisent cette baisse pour rémunérer les actionnaires sans baisser les prix hors TVA il y a perte de pouvoirs d’achat. In fine c’est une nouvelle aide pour les entreprises dans le cadre de la politique de l’offre payée par tous les Français. Le déficit public s’élève à 5,8 % du PIB, la dette publique à 113,0 % du PIB. L’endettement extérieur de la France s’est fortement accru à la suite des crises majeures. Il faudrait de nouveaux Livrets réglementés pour investir, stimuler la croissance et prévoir de nouveaux budgets. En 2024, le taux d’épargne des ménages a atteint 18,2 % de leur revenu disponible brut, marquant une progression de 1,3 point par rapport à 2023. L’État français devrait créer immédiatement des Livrets réglementés et spécialisés gérés par des établissements de crédit publics et paritaires pour les missions qui préoccupent les Français : sécurité, santé, écologie, etc. Chaque citoyen doit décider de la destination de son argent. Avec des plafonds de versement, ces livrets seraient garantis et rémunérés. Les nouveaux contrats devraient présenter plusieurs atouts pour les consommateurs : flexibilité, frais de gestion nuls, pas de frais de transfert, avantages fiscaux, stabilité du contrat, etc. À titre d’exemple, pour un investissement de 47 milliards d’euros par an, le multiplicateur budgétaire étant évalué à 1% sur 1 an (OFCE). Le PIB sera dynamisé de 47 milliards d’euros. Dans une économie comme la France, caractérisée par une pression fiscale de 43,2%, la recette fiscale additionnelle serait de 20 milliards d’euros sur la première année.

Renforcer les budgets des collectivités.
Les constats de financement de la Cour des comptes du 12 octobre 2022 : « l’autonomie financière progresse mais ne rend pas compte de la perception des élus locaux d’une perte de maîtrise de leurs ressources, en raison de la part croissante de la fiscalité nationale au sein de leurs ressources propres… Les modalités de compensation des transferts de compétences ont conduit à rigidifier et émietter les transferts de fiscalité, au risque d’altérer la lisibilité d’ensemble de la fiscalité nationale partagée ». Pour compenser la perte des recettes liée à la suppression de la taxe d’habitation, les collectivités locales touchent l’intégralité de la taxe foncière, qui a énormément augmentée depuis 2017. Les départements, qui recevaient jusqu’à présent une partie de cette taxe foncière, se voient affecter une partie de la TVA. Avec les recettes de TVA en chutent il est nécessaire de revoir les modalités de compensation. La France devrait créer immédiatement un fonds de décentralisation rural de 20 milliards d’euros par an et réduire la moitié de cette somme de l’affectation de la TVA aux collectivités soit 10 milliards d’euros. La Banque centrale Européenne BCE doit accorder des découverts à un nouvel établissement public de crédit ou à la Caisse des dépôts et consignations aux mêmes taux que ceux pratiqués pour les banques commerciales. Ces mêmes établissements publics pourraient ensuite prêter aux collectivités directement aux mêmes taux plus une très faible rémunération sur le long terme. La BCE créerait de la liquidité qui serait utilisée à développer des fonds qui serviraient à accompagner le développement rural. Du point de vue des Traités européens, il n’existe aucune barrière juridique à un prêt de la BCE à un établissement public de crédit Français. Voir l’article 123-2 traité de Lisbonne : « Le paragraphe 1 ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la Banque centrale européenne, du même traitement que les établissements privés de crédit ».

Provisionner les pensions.
L’idée, comme au Québec ou chez nos sénateurs, est de provisionner les pensions de l’État. Il faudrait redimensionner le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) via des bons du Trésor à long terme à un taux fixe et intérêts annuels avantageux, gérés par le Trésor public. Leurs revenus devraient être exonérés de l’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux et garantis par l’État. Cette somme devrait être placée dans un nouvel établissement public de crédit ou à la Caisse des Dépôts et Consignation pour contribuer au développement économique. Le but serait que d’ici 2060, petit à petit, l’État puisse accumuler des fonds français et se libérer de cette dépense par la création d’une richesse nette (rendement financier – rémunération des bons du trésor). Exemple si l’État emprunte à 30 ans à un taux d’environ 4%, et la rémunération des bons du trésor est égale aux taux de rémunération du Livret A (2,4%), il faut un concours citoyen d’environ 600 milliards d’euros (égal à l’encours du Livret A et LDDS), pour générer une richesse nette d’environ 10 milliards d’euros.

Réduire l’engagement financier de l’État.
Le programme de financement pour 2025 prévoit des émissions à moyen et long terme nettes des rachats à hauteur de 300 milliards d’euros. Solliciter l’épargne des Français en créant de Livrets réglementés et des bons du Trésor pour investir ; emprunter directement à la BCE ; c’est réduire l’endettement extérieur et diminuer l’engagement financier.

Reconsidérer la politique de l’offre.
En France les aides aux entreprises deviennent irraisonnables au regard du droit européen. Malgré toutes les aides, la productivité s’effondre. Entre les années 2000 et 2022 la croissance du PIB par heure travaillée en Europe a été uniquement de 1,2%. De 1990 à 2022, la France a gagné en 33 ans en moyenne 0,85% par an. Ajuster cette politique serait une approche équitable. Réduire de 10 milliards d’euros par an sur 5 ans, c’est possible :

Attribuer mieux les aides en améliorant les subventions pour la recherche, le développement et l’investissement immatériel en capital. Les subventions doivent être accordées en proportion du chiffre d’affaires réalisé en France, par des sociétés ayant leurs sièges sociaux en France ;
Financer les fonds propres des entreprises de tailles intermédiaire ETI par la Bourse ;
Centraliser toutes les aides disponibles dans un fonds de développement des PME PMI pour participer à la création de 700 000 entreprises innovantes et régionales par an. Ce fonds attribuera des prêts en franchise de remboursement à taux zéro.
2026 une « année blanche » ou « quatrième année noire » ?
L’idée d’un gel total des dépenses, y compris celles ajustées à l’inflation, circule dans la presse. Dans un contexte où le gouvernement est sans majorité, les partis politiques scrutent les faux pas du Premier ministre, tandis que les agences de notation attendent des mesures concrètes pour être rassurées. L’Europe, quant à elle, surveille la France de près, notamment après le rejet symbolique des réformes structurelles à l’Assemblée. Cette hypothèse explosive d’un gel des prestations sociales, des retraites et des dotations aux collectivités locales intervient alors que l’inflation moyenne prévue pour 2025 devrait rester sous les 1 %. Ainsi, après deux années difficiles en 2023 et 2024, 2025 et 2026 pourraient-elles aussi être marquées par une conjoncture économique préoccupante ?

Banque fédérale américaine : maintien des taux ?

Banque fédérale américaine : maintien des taux ?


Compte tenu des incertitudes économiques et géopolitiques il est vraisemblable que la Fed maintiendra sa politique de taux actuels pour éviter un envol de l’inflation ; surtout avec le budget très déséquilibré de Trump qui augmente de façon considérable les déficits

La banque centrale américaine devrait maintenir son taux d’intérêt de référence dans une fourchette de 4,25% à 4,50% à l’issue de la réunion mercredi, soit le même niveau que depuis décembre.

Le président Donald Trump a exigé à plusieurs reprises ces dernières semaines des baisses immédiates des taux d’intérêt, s’en prenant publiquement à son président, Jerome Powell, qu’il accuse d’agir trop lentement.

La qualité des données financières de long terme

La qualité des données financières de long terme


Quand les « données alternatives » compromettent la qualité des prévisions à long terme des analystes financiers ( dans The Conversation)

par
Thierry Foucault
Professeur de Finance, HEC Paris Business School

À rebours de ce que l’on pourrait croire, la multiplication des données n’améliore pas mécaniquement la qualité des prévisions. Cela se vérifie pour l’analyse financière, un savoir-faire clé qui influence l’évolution des marchés. Les nouvelles plateformes comme Stockwits ont des effets ambigus sur la qualité des prévisions.

Depuis le début du siècle, le nombre de satellites en orbite autour de la Terre a explosé de plus de 800 %, passant de moins de 1 000 à plus de 9 000. Cette prolifération entraîne des dérives étonnantes, et parfois inquiétantes. Exemple parmi d’autres : certaines entreprises vendent aux analystes financiers des images satellites de parkings. Ces derniers s’en servent pour évaluer la fréquentation des magasins, comparer les enseignes entre elles et estimer leur chiffre d’affaires.

Ce n’est là qu’un exemple des nouvelles informations, ou « données alternatives », désormais à la disposition des analystes pour les aider à prédire les performances boursières futures. Auparavant, les analystes fondaient leurs prévisions sur les seuls états financiers publics des entreprises.

D’après nos recherches, la multiplication de ces nouvelles sources de données améliore les prévisions à court terme, mais détériore l’analyse à long terme – un déséquilibre aux conséquences potentiellement majeures.

Tweets, messages sur les réseaux sociaux et données de cartes bancaires
Dans une étude consacrée à l’impact des données alternatives sur les prévisions financières, nous avons recensé plus de 500 entreprises qui en vendaient en 2017 – contre moins de 50 en 1996. Aujourd’hui, le courtier en données Datarade propose plus de 3 000 jeux de données alternatives à la vente.

En plus des images satellites, de nouvelles sources d’information incluent Google, les statistiques issues des cartes de crédit et les réseaux sociaux comme X ou Stocktwits – une plateforme populaire de type X où les investisseurs partagent leurs analyses du marché.

Sur Stocktwits, par exemple, les utilisateurs publient des graphiques illustrant l’évolution du cours d’une action (comme celle d’Apple) accompagnés de commentaires expliquant pourquoi cette tendance augure, selon eux, d’une hausse ou d’une baisse. Ils évoquent aussi le lancement de nouveaux produits et précisent si cela les rend optimistes (ou pessimistes quant à l’évolution de l’action de l’entreprise.

En nous appuyant sur les données du système I/B/E/S (Institutional Brokers’ Estimate System) et sur des analyses de régression, nous avons évalué la qualité de 65 millions de prévisions réalisées par des analystes financiers entre 1983 et 2017, en comparant leurs anticipations aux bénéfices par action effectivement réalisés par les entreprises.

Comme d’autres chercheurs avant nous, nous avons constaté que la multiplication des données disponibles explique en partie pourquoi les analystes financiers sont devenus de plus en plus performants dans leurs prévisions à court terme. Mais nous avons poussé l’analyse plus loin, en nous demandant quel était l’impact de ces données alternatives sur les prévisions à long terme. Résultat : sur la même période où la précision des prévisions à court terme s’est améliorée, la fiabilité des projections à long terme, elle, a reculé.

Plus de données, mais une attention limitée
En raison de sa nature, la donnée alternative – c’est-à-dire une information en temps réel sur les entreprises – s’avère surtout utile pour les prévisions à court terme. Les analyses à plus long terme, sur un horizon d’un à cinq ans, relèvent en revanche d’un exercice de jugement bien plus exigeant.

Des travaux antérieurs ont confirmé ce que le bon sens laissait entendre : les analystes disposent d’une capacité d’attention limitée. Lorsqu’ils doivent suivre un large portefeuille d’entreprises, leur concentration se disperse et leurs performances commencent à décroître.

Nous avons voulu savoir si la progression de la précision des prévisions à court terme, parallèlement à la dégradation des prévisions à long terme – telles que nous les avions constatées dans notre analyse des données I/B/E/S – pouvait s’expliquer par la prolifération concomitante de sources alternatives d’information financière.

Pour explorer cette hypothèse, nous avons analysé l’ensemble des discussions portant sur des actions publiées sur Stocktwits entre 2009 et 2017. Sans surprise, certaines entreprises comme Apple, Google ou Walmart ont suscité un volume bien plus important d’échanges que des sociétés de plus petite taille, parfois même non cotées sur le Nasdaq.

Nous avons émis l’hypothèse que les analystes suivant des actions largement commentées sur la plateforme – et donc exposés à une forte densité de données alternatives – verraient la qualité de leurs prévisions à long terme décliner plus fortement que ceux couvrant des titres peu discutés. C’est précisément ce que nous avons constaté après avoir contrôlé des variables telles que la taille des entreprises, leur ancienneté ou leur croissance des ventes.

Nous en avons déduit que, bénéficiant d’un accès facilité à des informations utiles pour l’analyse à court terme, les analystes concentraient leurs efforts sur ce type de prévisions – au détriment de l’attention consacrée aux projections à long terme.

Les conséquences plus larges d’une mauvaise prévision à long terme
Les conséquences de cette surabondance de données alternatives pourraient être considérables. Lorsqu’ils évaluent la valeur d’une action, les investisseurs doivent prendre en compte à la fois les prévisions à court terme et celles à long terme. Si la qualité des prévisions à long terme se détériore, il y a de fortes chances que les prix des actions ne reflètent plus fidèlement la valeur réelle des entreprises.

Par ailleurs, une entreprise souhaite généralement que la valeur de ses décisions se reflète dans le cours de son action. Mais si les décisions à long terme sont mal intégrées par les analystes, elle pourrait être moins encline à investir dans des projets dont les retombées ne se matérialiseront que dans plusieurs années.

Dans l’industrie minière, par exemple, construire une nouvelle mine prend du temps. Il faut parfois neuf ou dix ans avant qu’un investissement commence à générer des flux de trésorerie. Les entreprises pourraient être moins enclines à engager de tels investissements si, par exemple, leurs actions risquent d’être sous-évaluées, parce que les acteurs du marché disposent de prévisions moins précises sur les effets de ces investissements à long terme sur les flux de trésorerie – un sujet que nous explorons dans un autre article en cours de rédaction.

L’exemple des investissements dans la réduction des émissions de carbone est encore plus préoccupant. Ce type d’investissement ne produit généralement des bénéfices qu’à long terme, à un moment où le réchauffement climatique sera un enjeu encore plus critique. Les entreprises pourraient être moins incitées à les réaliser si la valeur de ces investissements n’est pas rapidement intégrée dans leur valorisation.

Applications concrètes
Les résultats de notre recherche suggèrent qu’il serait judicieux, pour les entreprises financières, de séparer les équipes chargées des prévisions à court terme de celles dédiées aux projections à long terme. Cela permettrait d’éviter qu’un même analyste ou qu’une seule équipe soit submergée par des données utiles au court terme tout en devant simultanément évaluer des perspectives à plusieurs années. Nos conclusions présentent également un intérêt pour les investisseurs en quête de bonnes affaires : si les prévisions à long terme perdent en qualité, cela peut ouvrir des opportunités à ceux capables de repérer des entreprises sous-évaluées.

Trop de fonctionnaires en France

Trop de fonctionnaires en France


La France a créé environ millions d’emplois de fonctionnaires en 25 ans. D’après une étude de l’IFRAP si la France avait le même nombre de fonctionnaire que la moyenne d’un échantillon européen hors France (UE 22+2), elle présenterait une population d’agents publics inférieure de 1,41 million par rapport à la situation actuelle. Pour aller plus loin, en réalisant un retraitement du différentiel de population en emploi (ce qui revient à tenir compte du taux d’activité), la France aurait des effectifs en baisse de 933.000 agents.
(IFRAP)

Ce qui frappe cependant pour la France, c’est la très forte proportion en valeur absolue du nombre de ses agents par rapport au reste de l’Europe. Hors UK, cette proportion atteint les 17,6% en 2021 contre 18% en 2019, soit un léger repli de 0,4 point. Ainsi sans tenir compte de la taille des populations, la France affiche 5,65 millions d’emplois publics en 2021 contre 4,34 pour l’Allemagne, soit 30% de plus alors même que la taille de leurs populations administrées est 18,5% plus faible : 83,2 millions d’habitants en 2021 pour l’Allemagne contre 67,84 millions pour la France.

Cette situation est due à des effets de périmètre des administrations publiques différents entre les deux pays : une part d’importance de l’Éducation et de la Santé n’est pas classifiée au sein des APU en Allemagne contrairement à la France. Idem pour les dépenses de retraites pour le compartiment par capitalisation – ce que l’on constate aussi en France où l’ERAFP a été reclassé par l’INSEE l’année dernière au sein des sociétés financières – ce qui a nécessairement une incidence sur les effectifs « publics ».

Si la France avait le même nombre de fonctionnaires que l’Allemagne – toutes choses égales par ailleurs – elle emploierait 2,7 millions d’agents publics en moins. Si l’on neutralise l’effet de la moindre population active par rapport à son voisin d’Outre-Rhin, cela enlève à cet écart initial près de 885.000 agents.

En adoptant la perspective la plus restrictive: Si la France avait le même nombre de fonctionnaires que sa voisine l’Allemagne, elle aurait 1,79 million d’agents publics en moins en 2021, compte tenu du différentiel de population en emploi entre les deux pays.

Si maintenant la France avait le même nombre de fonctionnaires que la moyenne de notre échantillon européen (France incluse, soit UE 23+2) dont la France aurait en 2021 des effectifs plus faibles de 1,2 millions d’agents publics. Mais si l’on retraite ce résultat pour en déduire les effets du moindre taux d’activité en France (cela retrancherait à ce premier résultat près de 410.000 agents publics). En conséquence la France aurait des effectifs d’agents publics plus faibles de 804.000 agents en 2021.

Enfin si maintenant la France avait le même nombre de fonctionnaire que la moyenne d’un échantillon européen hors France (UE 22+2), elle présenterait une population d’agents publics inférieure de 1,41 million par rapport à la situation actuelle. Mais là encore en réalisant un retraitement du différentiel de population en emploi (ce qui revient à tenir compte du taux d’activité), la France aurait des effectifs en baisse de 933.000 agents par rapport à la situation actuelle.

« Dette publique: le prix de l’inaction » (Michel Santi)

« Dette publique: le prix de l’inaction » (Michel Santi)


Face aux limites du financement public traditionnel, la France doit repenser en profondeur sa stratégie de soutenabilité de la dette. L’heure n’est plus à l’austérité aveugle, mais à l’investissement stratégique. En mobilisant une fraction de l’épargne longue, l’État pourrait financer sa transformation économique, préserver sa souveraineté et restaurer la confiance sans impôt nouveau ni contrainte brutale. Une réponse inédite à un défi historique. Par Michel Santi, économiste (*) dans la Tribune

Le débat sur la dette souveraine ne peut plus ignorer cette vérité simple, à savoir qu’une dette n’est soutenable que dans une économie capable de croître et de se moderniser. Rien n’est plus crédible qu’un pays qui investit pour éviter le déclin. En outre, que privilégier la qualité de la dépense plutôt que d’être sempiternellement braqué sur des objectifs chiffrés permet de relancer l’économie en préservant la soutenabilité de la dette publique. En effet, le choix n’est pas entre rigueur et laxisme, mais entre deux trajectoires budgétaires.

Une économie non transformée est une économie qui décroche, qui perd sa base productive, sa capacité à créer de la richesse. L’effet est mécanique sur les recettes fiscales, donc sur la capacité à honorer la dette publique. Toutes choses égales par ailleurs, une contraction durable du PIB entraîne à son tour une contraction équivalente des recettes publiques. Un pays peut respecter formellement les règles budgétaires tout en voyant sa dette devenir insoutenable, parce que son économie stagne ou décline. À cette aune, il devient urgent de revoir notre cadre de pensée, car le niveau de dette élevé n’est pas problématique en soi à condition qu’il soit au service de l’investissement productif. Ce n’est pas le chiffre qui importe, mais l’usage de la dépense, car il est impératif — et même vital — d’investir pour moderniser, pour protéger et pour renforcer l’économie, au lieu de se borner à réduire les ratios au prix d’un affaiblissement sans retour.

Notre choix, en France, n’est pas entre rigueur et laxisme, mais entre investissement stratégique et déclin assuré. Ce n’est pas la dette qui menace notre avenir, c’est notre incapacité à financer notre transformation collective. Redonner à l’action publique les moyens de jouer son rôle — y compris, et surtout, via des outils aujourd’hui écartés par principe — est une nécessité stratégique, car une dette élevée peut être soutenable dans une économie forte. L’inverse n’est pas vrai. Notre pays doit investir massivement dans deux objectifs cruciaux, autant l’un que l’autre : redresser sa compétitivité, préserver sa souveraineté. Estimés autour de 100 milliards d’euros par an, ces besoins dépassent les capacités des financements publics traditionnels, contraints par les règles européennes et par une dette publique déjà très élevée.

Les 2 000 milliards d’euros immobilisés dans les contrats d’assurance-vie, dont 1 400 milliards en fonds euros à faible rendement. Ce placement, peu productif, offre aux épargnants un rendement réel proche de zéro (environ 2 % face à une inflation de 2 % en 2024), majoritairement investi dans des obligations d’État, d’entreprises, voire sur des supports boursiers. Cette épargne doit pouvoir financer des projets stratégiques nationaux sur 10 à 15 ans. Contrairement aux livrets réglementés ou aux dépôts bancaires, l’assurance-vie est un placement de long terme, dont les souscripteurs acceptent et ont déjà intégré l’illiquidité relative.

Un emprunt national obligatoire, ciblant 5 % des encours d’assurance-vie chaque année, pendant 5 ans, permettra de mobiliser progressivement une part significative de cette épargne longue, soit au total 25 % des encours, soit environ 500 milliards d’euros. Cette mobilisation étalée dans le temps — environ 100 milliards d’euros par an — garantira une transition douce, sans brusquer les marchés ni les épargnants, tout en finançant des projets essentiels à la modernisation et à la souveraineté nationale.

Émis avec un rendement attractif de 4 % par an, garanti par l’État, absolument pas assimilable à un nouvel impôt ou à une ponction sur les revenus, cet emprunt réorientera temporairement une fraction limitée de l’épargne longue, sans affecter les liquidités des ménages. Ses modalités garantiront équité et sécurité, car des clauses permettront des retraits en cas de décès ou achat d’une résidence principale. Un fonds supervisé par un comité de professionnels, sélectionnés parmi le privé et le secteur public, assurera enfin l’affectation des fonds à des projets stratégiques. Comme l’urgence impose des solutions non conventionnelles, que la mobilisation volontaire est trop lente et incertaine dans un contexte où le temps joue contre l’intérêt public, que la solidarité nationale implique que l’effort soit réparti équitablement, sans ponction directe des revenus, sans impôt nouveau, sans casser les contrats d’épargne, une réorientation temporaire et obligatoire d’un pourcentage limité de ces contrats est de mise.

Le remboursement de cet emprunt national obligatoire reposera d’abord sur l’effet moteur des investissements réalisés. En finançant des infrastructures critiques, la modernisation industrielle, le numérique, l’intelligence artificielle et la défense, ces projets génèreront une croissance économique durable. Cette dynamique se traduira par une augmentation sensible des recettes fiscales — impôts sur les sociétés, TVA, impôt sur le revenu — qui permettront à terme de rembourser l’emprunt sans pression accrue sur les comptes publics. Par ailleurs, pour renforcer la sécurité des souscripteurs, une partie des retours économiques sera affectée à la création d’une réserve dédiée, qui constituera un matelas financier garantissant le remboursement anticipé, assurant confiance des épargnants et stabilité du dispositif. Enfin, une mesure innovante viendra compléter ces garanties : en échange de la mobilisation de 25 % des montants prêtés, l’État transmettra aux contrats d’assurance-vie une part minoritaire d’actions ou titres issus des entreprises financées. Ces titres bénéficieront d’un prix minimum de revente garanti, offrant aux épargnants une double sécurité — un rendement financier assuré via les coupons d’emprunt et une valorisation patrimoniale potentielle liée à la performance des actifs sous-jacents. Cette approche hybride permettra de renforcer l’attractivité du dispositif tout en alignant les intérêts des investisseurs privés avec la réussite économique des projets stratégiques financés.

La France a fait preuve par le passé de sa capacité à mobiliser sa population pour relever les défis historiques. Ce qui est en jeu aujourd’hui n’est pas simplement notre équilibre budgétaire, mais notre souveraineté économique, la résilience de notre modèle social, la capacité de notre pays à rester maître de son destin. Mobiliser 5 % par an des encours d’assurance-vie n’est ni une spoliation ni une mesure de contrainte aveugle. C’est un acte de raison, de justice et d’intérêt général. Refuser cette solution aujourd’hui, c’est accepter la dépendance extérieure de notre pays, nettement plus coûteuse à tous les niveaux.

_____

(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.

« Dette publique: le prix de l’inaction » (Michel Santi)

« Dette publique: le prix de l’inaction » (Michel Santi)


Face aux limites du financement public traditionnel, la France doit repenser en profondeur sa stratégie de soutenabilité de la dette. L’heure n’est plus à l’austérité aveugle, mais à l’investissement stratégique. En mobilisant une fraction de l’épargne longue, l’État pourrait financer sa transformation économique, préserver sa souveraineté et restaurer la confiance sans impôt nouveau ni contrainte brutale. Une réponse inédite à un défi historique. Par Michel Santi, économiste (*) dans la Tribune

Le débat sur la dette souveraine ne peut plus ignorer cette vérité simple, à savoir qu’une dette n’est soutenable que dans une économie capable de croître et de se moderniser. Rien n’est plus crédible qu’un pays qui investit pour éviter le déclin. En outre, que privilégier la qualité de la dépense plutôt que d’être sempiternellement braqué sur des objectifs chiffrés permet de relancer l’économie en préservant la soutenabilité de la dette publique. En effet, le choix n’est pas entre rigueur et laxisme, mais entre deux trajectoires budgétaires.

Une économie non transformée est une économie qui décroche, qui perd sa base productive, sa capacité à créer de la richesse. L’effet est mécanique sur les recettes fiscales, donc sur la capacité à honorer la dette publique. Toutes choses égales par ailleurs, une contraction durable du PIB entraîne à son tour une contraction équivalente des recettes publiques. Un pays peut respecter formellement les règles budgétaires tout en voyant sa dette devenir insoutenable, parce que son économie stagne ou décline. À cette aune, il devient urgent de revoir notre cadre de pensée, car le niveau de dette élevé n’est pas problématique en soi à condition qu’il soit au service de l’investissement productif. Ce n’est pas le chiffre qui importe, mais l’usage de la dépense, car il est impératif — et même vital — d’investir pour moderniser, pour protéger et pour renforcer l’économie, au lieu de se borner à réduire les ratios au prix d’un affaiblissement sans retour.

Notre choix, en France, n’est pas entre rigueur et laxisme, mais entre investissement stratégique et déclin assuré. Ce n’est pas la dette qui menace notre avenir, c’est notre incapacité à financer notre transformation collective. Redonner à l’action publique les moyens de jouer son rôle — y compris, et surtout, via des outils aujourd’hui écartés par principe — est une nécessité stratégique, car une dette élevée peut être soutenable dans une économie forte. L’inverse n’est pas vrai. Notre pays doit investir massivement dans deux objectifs cruciaux, autant l’un que l’autre : redresser sa compétitivité, préserver sa souveraineté. Estimés autour de 100 milliards d’euros par an, ces besoins dépassent les capacités des financements publics traditionnels, contraints par les règles européennes et par une dette publique déjà très élevée.

Les 2 000 milliards d’euros immobilisés dans les contrats d’assurance-vie, dont 1 400 milliards en fonds euros à faible rendement. Ce placement, peu productif, offre aux épargnants un rendement réel proche de zéro (environ 2 % face à une inflation de 2 % en 2024), majoritairement investi dans des obligations d’État, d’entreprises, voire sur des supports boursiers. Cette épargne doit pouvoir financer des projets stratégiques nationaux sur 10 à 15 ans. Contrairement aux livrets réglementés ou aux dépôts bancaires, l’assurance-vie est un placement de long terme, dont les souscripteurs acceptent et ont déjà intégré l’illiquidité relative.

Un emprunt national obligatoire, ciblant 5 % des encours d’assurance-vie chaque année, pendant 5 ans, permettra de mobiliser progressivement une part significative de cette épargne longue, soit au total 25 % des encours, soit environ 500 milliards d’euros. Cette mobilisation étalée dans le temps — environ 100 milliards d’euros par an — garantira une transition douce, sans brusquer les marchés ni les épargnants, tout en finançant des projets essentiels à la modernisation et à la souveraineté nationale.

Émis avec un rendement attractif de 4 % par an, garanti par l’État, absolument pas assimilable à un nouvel impôt ou à une ponction sur les revenus, cet emprunt réorientera temporairement une fraction limitée de l’épargne longue, sans affecter les liquidités des ménages. Ses modalités garantiront équité et sécurité, car des clauses permettront des retraits en cas de décès ou achat d’une résidence principale. Un fonds supervisé par un comité de professionnels, sélectionnés parmi le privé et le secteur public, assurera enfin l’affectation des fonds à des projets stratégiques. Comme l’urgence impose des solutions non conventionnelles, que la mobilisation volontaire est trop lente et incertaine dans un contexte où le temps joue contre l’intérêt public, que la solidarité nationale implique que l’effort soit réparti équitablement, sans ponction directe des revenus, sans impôt nouveau, sans casser les contrats d’épargne, une réorientation temporaire et obligatoire d’un pourcentage limité de ces contrats est de mise.

Le remboursement de cet emprunt national obligatoire reposera d’abord sur l’effet moteur des investissements réalisés. En finançant des infrastructures critiques, la modernisation industrielle, le numérique, l’intelligence artificielle et la défense, ces projets génèreront une croissance économique durable. Cette dynamique se traduira par une augmentation sensible des recettes fiscales — impôts sur les sociétés, TVA, impôt sur le revenu — qui permettront à terme de rembourser l’emprunt sans pression accrue sur les comptes publics. Par ailleurs, pour renforcer la sécurité des souscripteurs, une partie des retours économiques sera affectée à la création d’une réserve dédiée, qui constituera un matelas financier garantissant le remboursement anticipé, assurant confiance des épargnants et stabilité du dispositif. Enfin, une mesure innovante viendra compléter ces garanties : en échange de la mobilisation de 25 % des montants prêtés, l’État transmettra aux contrats d’assurance-vie une part minoritaire d’actions ou titres issus des entreprises financées. Ces titres bénéficieront d’un prix minimum de revente garanti, offrant aux épargnants une double sécurité — un rendement financier assuré via les coupons d’emprunt et une valorisation patrimoniale potentielle liée à la performance des actifs sous-jacents. Cette approche hybride permettra de renforcer l’attractivité du dispositif tout en alignant les intérêts des investisseurs privés avec la réussite économique des projets stratégiques financés.

La France a fait preuve par le passé de sa capacité à mobiliser sa population pour relever les défis historiques. Ce qui est en jeu aujourd’hui n’est pas simplement notre équilibre budgétaire, mais notre souveraineté économique, la résilience de notre modèle social, la capacité de notre pays à rester maître de son destin. Mobiliser 5 % par an des encours d’assurance-vie n’est ni une spoliation ni une mesure de contrainte aveugle. C’est un acte de raison, de justice et d’intérêt général. Refuser cette solution aujourd’hui, c’est accepter la dépendance extérieure de notre pays, nettement plus coûteuse à tous les niveaux.

_____

(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.

12345...197



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol