Archive pour la Catégorie 'finances'

2022:un budget de dépenses électorales

2022: un budget de dépenses électorales

 

Un papier du Monde constate que le gouvernement pour des motifs électoraux ne regarde plus à la dépense. Témoin le budget de 2022. (Extrait)

 

Le projet de budget pour 2022, présenté mercredi 22 septembre, innove en faisant l’impasse sur le coût réel des nouvelles dépenses. Les près de 12 milliards d’euros d’augmentation affichés ne comprennent ni le revenu d’engagement en faveur des jeunes ni la première tranche du plan d’investissements destiné à préparer la France de 2030. Ces mesures ne seront annoncées que dans quelques semaines. Elles représentent un surcoût de près de 50 % par rapport au montant annoncé.

Si cette cuisine budgétaire a agacé le Haut Conseil des finances publiques, qui se refuse à se prononcer sur le réalisme des prévisions de déficit pour 2022, elle est surtout le signe qu’en cette fin de quinquennat l’exécutif ne regarde plus à la dépense. Le contexte s’y prête. D’abord, une campagne présidentielle a toujours tendance à désinhiber la majorité sortante en matière d’équilibre des finances publiques. Emmanuel Macron ne fait pas exception.

 

Certaines défenses étaient sans doute indispensables pour soutenir l’économie mais l’annonce régulière d’engagements financiers correspond davantage aujourd’hui à des annonces électorales

Soutenir massivement l’économie qui menaçait de s’effondrer ne souffre d’aucune contestation. En revanche, beaucoup de dépenses pérennes annoncées en sortie de crise pandémique ne sont pas directement liées à celle-ci. L’opportunisme budgétaire dont a fait preuve le gouvernement l’a conduit à augmenter les dépenses ordinaires de 54 milliards d’euros en l’espace de deux ans. Le rythme de progression en Allemagne a été beaucoup moins rapide, creusant un peu plus l’écart entre les deux économies.


Ségur de la santé, revalorisation des salaires des enseignants, aides aux plus précaires, Beauvau de la sécurité, revitalisation de Marseille… prises une à une, ces mesures répondent à des besoins légitimes. Mais, faute de contreparties en termes d’économies sur d’autres postes, elles sont financées par la dette. C’est aujourd’hui le cas pour la moitié des dépenses publiques.

D’une certaine manière le gouvernement engage la soutenabilité  financière.

La croissance, qui devrait ralentir dès 2023 pour retrouver son rythme d’avant-crise, ne sera pas suffisante pour assurer la soutenabilité de notre dette, pas plus qu’une hausse de la fiscalité. La faiblesse des taux d’intérêt peut en donner l’illusion. Mais faire reposer la souveraineté du pays uniquement sur cet aléa relève d’un pari très risqué.

La campagne présidentielle ne favorise guère, hélas, la prise de conscience. Les candidats déclarés, de gauche comme de droite, se livrent à une surenchère de promesses, comme s’ils se sentaient délivrés des contraintes du pacte de stabilité européen, qui ne sera renégocié qu’au lendemain de l’élection française.

La rigueur de retour après avril 2022

La question de l’efficacité de la dépense publique, pourtant soulevée depuis des années par la Cour des comptes, est en revanche totalement occultée. Cela promet au président qui sera élu en avril 2022 des lendemains qui déchantent.

Livret A : nouvelle hausse de la collecte

Livret A : nouvelle hausse de la collecte

L’épargne de précaution continue de gonfler. Globalement elle attendrait de l’ordre de 400 milliards (400 autres milliards figurant en attente sur les comptes courants). Le signe sans doute que l’attentisme se nourrit des inquiétudes sur l’avenir.

En  juillet, la collecte nette s’était élevée à 1,15 milliard. En dépit d’un niveau de rémunération au plus bas à 0,5%, le Livret A, qui sert notamment à financer le logement social en France, est devenu un placement refuge pour les épargnants pendant la crise déclenchée par le Covid-19, voyant son encours bondir.

Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui finance notamment l’économie sociale et solidaire et les économies d’énergie dans les logements, a enregistré une collecte nette de 230 millions le mois dernier, contre 600 millions l’année dernière et 350 millions en août 2019. Au total, la collecte nette réalisée en août par le Livret A et le LDDS réunis s’est ainsi élevée à 1,9 milliards, contre 2,85 l’année dernière à la même période. L’encours total sur ces deux produits d’épargne atteint 472,4 milliards, soit une hausse de 6,8% en un an.

BCE : pour une politique monétaire plus démocratique ?

BCE : pour une politique monétaire plus démocratique ?

Un article intéressant de André Grjebine, ancien directeur de recherche à Sciences Po mais qui n’éclaire guère les perspectives de politique monétaire européenne

L’économiste André Grjebine s’interroge dans une tribune au « Monde » sur les risques d’éclatement de l’actuel système monétaire et plaide pour un renforcement de la démocratisation des règles en vigueur au niveau européen.

Tribune.

 

Contrairement à d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Japon, qui ont préservé leur souveraineté monétaire, les pays de la zone euro l’ont perdue au profit de la Banque centrale européenne (BCE), dont l’indépendance tant vantée s’oppose à une gestion démocratique et transparente des économies.

Alors que le rôle des banques centrales ne cesse de croître, aucun de ces pays ne dispose désormais d’une banque centrale émettrice de sa monnaie. Par crainte de voir des Etats membres se livrer à des créations monétaires inflationnistes, les fondateurs de la zone euro ont privilégié l’indépendance de la BCE au détriment de toute autre considération. Ce faisant, ils ne paraissent pas avoir compris la signification de l’indépendance d’une banque centrale.

En général, les lois définissent les règles de fonctionnement d’une banque centrale. La Réserve fédérale des Etats-Unis (FED) et la Banque d’Angleterre sont indépendantes en ce sens que leurs dirigeants déterminent les instruments qu’ils appliquent au service d’une politique monétaire décidée par le gouvernement et le parlement.

Dans l’Union européenne (UE), l’introduction de règles de gestion dans les traités fondateurs a enfermé le système monétaire européen dans un corset juridique s’inspirant d’une orthodoxie éminemment discutable. De plus, alors que les autres banques centrales participent à l’action des pouvoirs publics d’un Etat unique, qu’il soit fédéral ou unitaire, la BCE, elle, est la banque centrale de 19 Etats, qui connaissent des situations foncièrement différentes et n’ont pas les mêmes objectifs.

Dans ce contexte, trois stratégies étaient envisageables. La première consistait à suivre les normes établies par les traités européens. La deuxième, à contourner ces normes sans les modifier dans les textes. La troisième passerait par l’institution d’un gouvernement économique européen qui définirait de nouvelles normes.

Déficit public : le Haut conseil des finances publiques dénonce les prévisions

  • Déficit public : le Haut conseil des finances publiques dénonce les prévisions 

.Pour la première fois du quinquennat, le Haut conseil des finances publiques a refusé de reconnaître la sincérité budgétaire et à refusé de s’exprimer sur la prévision de déficit, demandant au gouvernement de revenir devant le HCFP en cas de changement du scénario macroéconomique.« Globalement, l’avis du HCFP sera plus critique que les précédents. On sent bien que les éléments communiqués ne tiennent pas compte des annonces permanentes d’Emmanuel Macron en ce moment. On a le sentiment qu’on ne nous dit pas tout et qu’il va encore y avoir beaucoup de dépenses à venir », déclare un membre de la Haute autorité.

Il est vrai que les annonces ont déjà été nombreuses en ce mois de septembre : 1,5 milliard d’euros pour Marseille, 500 millions pour les policiers dans le cadre du Beauvau de la sécurité — en plus d’une hausse de 900 millions en juillet —, le nouveau chèque énergie pour les ménages modestes, l’élargissement de la gratuité de la contraception jusqu’à 25 ans, le plan agriculteurs, la revalorisation des salaires et primes pour les sages-femmes… Lundi encore, 300 millions pour les Harkis et leurs descendants. Huit fois l’enveloppe prévue à l’origine.

Sur le papier, leur hausse en volume (hors inflation) sera tenue sous les 1 % l’année prochaine. Une progression dans l’épure de ce qui est pratiqué depuis dix ans. Le hic, c’est que cette hausse s’ajoute à une flambée des dépenses courantes en 2021, comme on n’en avait pas connu depuis Jacques Chirac (+3,1 % en volume, hors crise). Ce qui fait dire à ce membre du HCFP que « même avec 60 milliards de baisses des mesures d’urgence et de relance l’année prochaine, la dépense n’est pas maîtrisée ». Effectivement, entre 2019 et 2022, elle aura encore progressé de 100 milliards d’euros, à plus de 1 400 milliards.

Cryptomonnaie et Chine: risque de crise financière

Cryptomonnaie et Chine: risque de crise financière

 

L’expert financier Pierre-Antoine Dusoulier explique, dans une tribune au « Monde », que le déploiement de la monnaie numérique risque de fragiliser les banques rurales chinoises et, dans la foulée, de déstabiliser l’ensemble des institutions bancaires du pays.(Extrait)

Tribune.

La Chine est sur le point de franchir une nouvelle étape dans le déploiement du yuan numérique. Il a été testé dans quatre villes pilotes depuis avril 2020, avec succès. Dans les semaines à venir, deux des principales banques publiques du pays, la China Construction Bank et la Bank of Communications, vont proposer à leurs clients d’utiliser le yuan numérique pour acheter des fonds d’investissement et des produits d’assurance.

Si l’opération réussit, cela devrait permettre d’étendre davantage l’utilisation de la monnaie virtuelle chinoise qui reste, jusqu’à présent, cantonnée aux paiements pour des achats de biens et de services de faible valeur.

 

L’objectif fixé par le Parti communiste chinois lors du 14e plan quinquennal portant sur la période 2021 à 2025 est d’approfondir la recherche et le développement dans le domaine des monnaies numériques et de permettre un déploiement le plus large possible de sa monnaie numérique étatique. Ce déploiement fait toutefois peser d’importants risques sur la stabilité financière de la Chine.

Le risque immédiat est celui d’une déstabilisation des banques rurales. La Chine compte plus de 1 600 banques rurales, de petite taille, et qui ont des fonds propres faibles. La crise économique résultant de la pandémie les a fragilisés. La croissance de leurs bénéfices nets était nulle au premier semestre.

En outre, les banques rurales ont dû provisionner des sommes importantes à la suite d’une hausse des prêts non performants ces derniers mois. Plus de 30 % des prêts qu’elles accordent le sont aux secteurs qui ont été les plus pénalisés par la crise, le secteur manufacturier et le secteur de la construction.

Le déploiement du yuan numérique risque d’accentuer leurs difficultés. Le gouvernement chinois ne prévoit pas de compter sur le réseau dense de banques rurales pour étendre l’utilisation de la monnaie virtuelle et favoriser l’inclusion financière. En Chine, 20 % de la population n’est pas bancarisée, particulièrement dans les campagnes. Les petites banques rurales devraient rester hors du système, avec impossibilité de convertir leurs dépôts en yuans numériques.

Ce sont les grandes banques soutenues par l’Etat, en partenariat avec les entreprises de télécommunications qui sont présentes sur tout le territoire, qui devraient avoir la charge d’inciter les Chinois à utiliser le yuan numérique à grands coups de promotions et d’incitations financières.

Cryptomonnaie : l’avenir de la monnaie ?

Cryptomonnaie : l’avenir de la monnaie ?

Les banques centrales doivent dès aujourd’hui réfléchir à la manière d’assurer un équilibre juste entre concurrence, innovation et stabilité financière pour la prochaine génération de monnaie, prévient l’économiste Benoît Cœuré dans une tribune au « Monde ».(Extrait)

 

Tribune.

Les paiements mobiles et sans contact font partie intégrante de notre vie quotidienne, mais le Covid-19 a donné un coup d’accélérateur à la numérisation. Les QR codes et les options de paiement en différé gagnent en popularité, et, pour les Jeux olympiques d’hiver à Pékin, en février 2022, des uniformes et autres accessoires seront dotés de fonctions de paiement. De leur côté, les banques centrales préparent la prochaine génération de monnaie : la monnaie numérique de banque centrale (MNBC).

Aujourd’hui, la plupart des paiements sont réglés à partir d’un compte bancaire – on parle de « monnaie commerciale ». La monnaie de banque centrale est constituée des billets que manipulent les commerçants et les particuliers et des comptes que les banques commerciales ouvrent directement auprès de la banque centrale. Cette monnaie est au cœur de tout système financier et présente des avantages uniques : sécurité (la banque centrale ne peut pas faire faillite), liquidité (la monnaie qu’elle émet est acceptée partout), neutralité (la banque centrale est une institution publique, sans intérêt commercial) et finalité (un virement entre deux comptes auprès de la banque centrale est irrévocable).

 

Pour que l’économie numérique puisse bénéficier de ces atouts essentiels, la monnaie de banque centrale doit évoluer. Comme l’a dit l’ancien secrétaire général des Nations unies Dag Hammarskjöld (1905-1961), « on ne trouve la bonne route que les yeux fixés sur l’horizon lointain ». Pourquoi fixer l’horizon ? Parce que le système financier est en pleine mutation. Les géants du numérique investissent le monde des paiements. De nouveaux instruments de paiement, les « cryptomonnaies stables » (stablecoins), frappent à la porte. Les plates-formes de finance décentralisée bousculent l’intermédiation financière traditionnelle. Autant de nouvelles questions pour les régulateurs, qui appellent des réponses rapides, claires et cohérentes.

Les banques s’inquiètent de l’impact des MNBC sur les dépôts des particuliers et sur leur modèle de financement. Les banquiers centraux sont conscients de ces craintes et ne doutent pas que les banques feront partie intégrante des futurs systèmes de MNBC. Ne nous leurrons pas : pour les banques, les cryptomonnaies stables, la finance décentralisée et les géants du numérique sont une menace bien plus réelle ! Les cryptomonnaies stables risquent d’émerger sous forme d’écosystèmes fermés, de jardins clos, qui contrôleront l’accès aux paiements et à la liquidité. L’emprise croissante des géants du numérique dans les services financiers pose des questions de pouvoir de marché et de respect de la vie privée et remet en question les approches réglementaires actuelles.

Banques: La concurrence va changer la donne

Banques: La concurrence va changer la donne

 

Les deux experts bancaires Julien Briot et Gilles Hilary expliquent, dans une tribune au « Monde » (extrait), qu’avec les nouvelles technologies numériques et le recours aux algorithmes, les banques vont profondément évoluer

Julien Briot, Responsable compliance et expert contre le blanchiment d’argent (LCB) et le financement du terrorisme

Gilles Hilary, Professeur de comptabilité, Georgetown University

 

Tribune.

 

L’évolution de la technologie bancaire peut sembler être un sujet aussi technique qu’aride. Pourtant, si on n’y prête pas assez d’attention, cela pourrait représenter un sujet de préoccupation important pour les citoyens. L’émergence actuelle des algorithmes pour l’accès au crédit ou la reconnaissance faciale automatique pour les paiements et les retraits d’argent pose déjà des questions éthiques importantes. Mais des évolutions plus structurelles apparaissent sous la pression économique.

Les banques de détail, celles du quotidien, sont concurrencées sur leurs quatre fonctions traditionnelles.

 

– En ce qui concerne l’offre des moyens de paiement, de nombreux nouveaux moyens alternatifs émergent. Si les particuliers sont familiers avec des services tels que PayPal ou ApplePay, de nouvelles solutions plus radicales apparaissent.

Par exemple, les « stable coins » [cryptomonnaie stable] sont les monnaies électroniques adossées aux banques centrales qui ne requièrent plus nécessairement d’intermédiaires bancaires. La Banque centrale chinoise a déjà déposé de nombreux brevets sur ce sujet et régule des milliards d’euros de transactions.

– L’offre de crédit demeure, elle, la partie la plus protégée pour les banques car elle est fortement réglementée. Tout au plus le consommateur peut-il espérer à court terme un peu de transparence avec des plates-formes de comparaison en ligne. On note cependant des exemples d’intégration aux Etats-Unis entre des plates-formes immobilières en ligne et l’offre de crédit.

– Pour l’offre des produits d’épargne, les prix des produits financiers sont très élevés en France. Par comparaison, leur achat, leur vente et leur gestion sont essentiellement gratuits pour les clients des leaders américains de la gestion d’épargne en ligne. La concurrence américaine a amené le prix au coût marginal induit par la technologie : zéro. Ces entreprises réalisent leurs profits en prêtant des titres sur les marchés financiers.

– Enfin, en ce qui concerne l’offre de conseil, il existe de plus en plus d’offres en ligne automatisées pour les besoins de base (les « robo-advisors »). Leur introduction est trop récente pour qu’on puisse complètement comprendre leurs avantages et leurs inconvénients, mais les premiers résultats de la recherche académique suggèrent qu’ils créent de la valeur pour les utilisateurs. Naturellement, ces outils peuvent être offerts par les banques dans le cadre d’une offre globale de service mais cela n’a rien d’automatique.

Cryptomonnaies: Les enjeux

 Cryptomonnaies: Les enjeux

 

Le bitcoin a inspiré des systèmes de paiement étatiques et privés dont l’enjeu majeur est la surveillance des individus et la monétisation des données de paiement, analyse l’économiste Olena Havrylchyk dans une tribune au « Monde » (extrait).

 

Tribune

Les amateurs d’art urbain connaissent les fresques de Pboy, qui intègrent un QR code permettant de rémunérer l’artiste en bitcoins. Cet usage du bitcoin est une petite révolution dans les paiements. Sans révéler votre identité, le bitcoin permet d’effectuer une transaction au crédit d’une personne dont vous ne connaissez ni le visage, ni le vrai nom, ni l’adresse, ni les coordonnées bancaires. De même, le bitcoin est utilisé pour contourner l’interdiction bancaire qui frappe WikiLeaks et lui faire des dons, financer anonymement des médias ou des partis d’opposition en Russie, éviter des contrôles de capitaux en Chine et des sanctions économiques en Iran. Bien que ces usages constituent une infime partie des transactions en bitcoins, ils contribuent à entretenir la fascination pour cette cryptomonnaie, dont la valorisation a atteint 1 trillion d’euros en avril.

 

Les paiements en bitcoins ne nécessitent pas le recours à un tiers de confiance telle qu’une banque, susceptible d’interdire une transaction considérée comme illégale. Mais cette « résistance à la censure » vient aussi avec un grand coût environnemental. Le tiers de confiance est remplacé par un programme informatique exécuté par un réseau d’ordinateurs qui se disputent le droit d’enregistrer les transactions sur la blockchain. On parle d’un système décentralisé dans la mesure où n’importe qui peut y participer, mais cette décentralisation nécessite une grande puissance de calcul pour empêcher les acteurs malveillants d’enregistrer de fausses informations sur la blockchain. De fait, la production de « l’or numérique » gaspille de l’énergie de par sa conception.

Le bitcoin a déclenché une réflexion sur la monnaie sans précédent depuis 1971, lorsque les Etats-Unis ont abandonné l’indexation du dollar sur l’or. Suivant la Banque de Suède, qui a commencé à étudier la création d’e-krona en 2016, 80 % des banques centrales réfléchissent actuellement à la création de monnaies numériques dans l’optique de moderniser les systèmes de paiement, tout en répondant aux enjeux de stabilité financière et de politique monétaire. En 2019, un consortium d’acteurs privés, mené par Facebook, a annoncé le projet de cryptomonnaie Libra (renommé Diem) avec la promesse de rendre les paiements aussi faciles qu’un courriel. Contrairement au bitcoin, ces nouvelles monnaies auront recours aux tiers de confiance.

On évoque la guerre des cryptomonnaies, mais il s’agit plutôt d’une guerre pour les données privées. La monétisation des données crée déjà beaucoup de valeur pour les entités qui les détiennent, comme Facebook et Google. Le contrôle des données de paiement pourrait décupler ce pouvoir et transformer, de surcroît, notre modèle économique et notre société. Shoshana Zuboff, professeure de sociologie à la Harvard Business School, alerte sur l’émergence du « capitalisme de surveillance » dans lequel l’utilisation des données privées permettrait de prédire et de modifier les comportements humains. Katharina Pistor, professeure de droit à la Columbia Law School, envisage qu’une gouvernance par les données pourrait proposer une alternative viable aux marchés qui déterminent actuellement nos relations économiques.

BCE : Pour une redéfinition de son mandat

BCE : Pour une redéfinition de son mandat

 

Claude Meidinger, Professeur retraité de sciences économiques, université Paris-I-Panthéon-Sorbonne Estime, qu’il faut redéfinir le mandat de la banque centrale européenne.

Si fixer un taux d’inflation à 2 % est un objectif clair, le « verdissement » de l’économie, lui, ne l’est pas, explique, dans une tribune au « Monde », l’économiste Claude Meidinger, qui demande une redéfinition du statut de la Banque centrale européenne.

 

Tribune.

Au moment où les banquiers centraux déclarent la finance verte comme « nouvelle frontière du XXIe siècle » (« The Role of Banking in a Sustainable Global Economy », François Villeroy de Galhau, World Conference of Banking Institutes, Londres, 17 septembre 2019) et décident d’introduire un « biais vert » dans leurs programmes d’achat d’actifs, le statut de la Banque centrale européenne (BCE) et son indépendance méritent quelques instants de réflexion.

Aujourd’hui, avec des taux d’intérêt au plancher zéro et de faibles taux d’inflation, la politique budgétaire est devenue l’instrument de choix de la stabilisation économique. Dans ces circonstances, il est tentant d’utiliser la banque centrale comme agent du Trésor public pour financer le budget de l’Etat et fournir directement des crédits à des institutions non financières.

Or, pour ne pas mettre en cause l’indépendance de la banque centrale, une politique de détention de titres doit respecter deux principes : en premier lieu, l’intégrité du processus budgétaire en minimisant l’implication de la banque dans l’allocation du crédit à des secteurs particuliers ; en second lieu, les actifs doivent être choisis de manière à minimiser le risque d’être impliqué dans des imbroglios politiques (J. Alfred Broaddus Jr. et Marvin Goodfriend : « What Assets Should the Federal Reserve Buy ? », Federal Reserve Bank of Richmond, Economic Quarterly Volume 87/2001).

 

Dans le cas contraire, la banque centrale s’expose à des discussions contentieuses concernant sa politique d’acquisition d’actifs et à un risque financier non contrôlé.

Pour éviter ces risques et contrer une telle tendance à la « fiscalisation » des banques centrales, on a besoin d’un système dans lequel les banquiers centraux ne se pensent pas comme le seul recours, de sorte que, quand la politique monétaire atteint la limite de son efficacité, ils ne se sentent pas obligés d’intervenir de manière quasi fiscale (Stephen G. Cecchetti et Kermit L. Schoenholtz ; « Limiting Central Banking », Money and Banking, 1er mars 2021).

Avec des actifs de banque centrale qui comptaient pour moins de 15 % de produit intérieur brut (PIB) en 2007, et qui se chiffrent maintenant entre 25 % de PIB pour le Canada et plus de 60 % de PIB pour la zone euro, le Japon étant hors normes, avec un actif dépassant 125 % de PIB, exprimer une telle préoccupation ne relève pas d’un archaïsme bancaire mal compris.

Transition écologique: La question du financement

Transition écologique: La question du financement

 

Alors qu’ils vantent une société moins inégalitaire, un rapport apaisé à la nature et une consommation sans gaspillage, les candidats à la primaire écologiste restent en revanche coupablement évasifs sur le financement de leurs propositions.( une papier du Monde , extrait )

 

Qui va payer le coût de la transition écologique ? Longtemps considérée comme différable, la question est devenue centrale pour les Etats, qui se retrouvent aujourd’hui au pied du mur. Pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, les dirigeants européens n’ont plus d’autre choix que d’agir vite et fort.

Deux voix se sont récemment élevées pour prévenir que les toutes prochaines années ne seront pas un chemin bordé de roses. Dans la revue Le Grand Continent, l’économiste Jean Pisani-Ferry pronostique un « choc d’offre négatif » : des équipements vont disparaître, des usines fermer, des salariés perdre leur emploi. Pour compenser cette perte, un volume important d’investissements va devoir être engagé, ce qui aura pour effet mécanique de réduire la part de la consommation dans la croissance.

 

Les finances publiques, déjà largement sollicitées par la crise sanitaire, vont être de nouveau mises à rude épreuve en raison du montant des compensations sociales à établir : les unes seront nécessaires pour atténuer l’impact social des restructurations, les autres pour lisser l’impact de la forte hausse du prix de l’énergie sur les dépenses contraintes (logement, transports). Ces dernières pèsent déjà considérablement dans le budget des ménages les plus modestes.

Alors que l’espoir d’une adaptation progressive de notre modèle de croissance a longtemps fait illusion, l’idée d’un ajustement brutal émerge, ce dont prend acte une seconde voix, celle de Daniel Cohn-Bendit. Dans un récent entretien aux Echos, l’écologiste s’exclame, non sans malice : « Si les Verts pouvaient parler vrai, ils diraient : Votez pour nous, et tout sera plus difficile !’’ »

La primaire des écologistes, qui va départager cinq candidats d’ici au 29 septembre, montre à quel point ce langage de vérité est difficile à assumer. De Yannick Jadot à Sandrine Rousseau en passant par Delphine Batho, Eric Piolle et Jean-Marc Governatori, tous s’emploient à populariser une utopie. Avec plus ou moins de nuances, ils vantent une société plus inclusive, moins inégalitaire, plus humaine, garantissant une meilleure qualité de vie, un rapport apaisé à la nature, une bonne alimentation et une consommation sans gaspillage.

Aucun ne lésine sur le montant des dépenses (éducation, culture, santé, aides sociales et augmentations salariales…). Tous restent en revanche coupablement évasifs sur le financement de leurs propositions : la taxe carbone, impôt indispensable à la transition écologique, mais insoutenable dans sa forme actuelle, reste en suspens. Depuis le mouvement des « gilets jaunes », elle fait figure d’épouvantail.

L’emprunt et la mise à contribution des nantis sont en revanche largement mis en avant. Or, si les possibilités de recours au premier existent, elles sont obérées par le niveau très élevé de l’endettement public, auquel il faudra tôt ou tard s’attaquer. Quant au slogan « Faire payer les riches », il reste électoralement payant, mais ne permettra pas de financer la totalité des dizaines de milliards d’euros de dépenses promises.

Entre le parler-vrai et la promesse d’un monde qui chante, les écologistes ont choisi l’option la plus facile, mais pas la plus éclairante. L’angle mort qu’ils cultivent sur le financement de la transition écologique renvoie aux difficultés qu’ils éprouvent à questionner l’efficacité des politiques sociales actuelles au regard des nouveaux enjeux. Elles témoignent aussi de leur gêne à définir clairement les termes du nouveau contrat social dans une société vieillissante, où les dettes à l’égard de la jeunesse ne cessent de s’accumuler. Plus l’exercice de vérité sera différé, plus le choc sera rude.

Cryptomonnaie : Prochaine génération de monnaie ?

Cryptomonnaie : Prochaine génération de monnaie ?

Les banques centrales doivent dès aujourd’hui réfléchir à la manière d’assurer un équilibre juste entre concurrence, innovation et stabilité financière pour la prochaine génération de monnaie, prévient l’économiste Benoît Cœuré dans une tribune au « Monde ».(Extrait)

 

Tribune.

Les paiements mobiles et sans contact font partie intégrante de notre vie quotidienne, mais le Covid-19 a donné un coup d’accélérateur à la numérisation. Les QR codes et les options de paiement en différé gagnent en popularité, et, pour les Jeux olympiques d’hiver à Pékin, en février 2022, des uniformes et autres accessoires seront dotés de fonctions de paiement. De leur côté, les banques centrales préparent la prochaine génération de monnaie : la monnaie numérique de banque centrale (MNBC).

Aujourd’hui, la plupart des paiements sont réglés à partir d’un compte bancaire – on parle de « monnaie commerciale ». La monnaie de banque centrale est constituée des billets que manipulent les commerçants et les particuliers et des comptes que les banques commerciales ouvrent directement auprès de la banque centrale. Cette monnaie est au cœur de tout système financier et présente des avantages uniques : sécurité (la banque centrale ne peut pas faire faillite), liquidité (la monnaie qu’elle émet est acceptée partout), neutralité (la banque centrale est une institution publique, sans intérêt commercial) et finalité (un virement entre deux comptes auprès de la banque centrale est irrévocable).

 

Pour que l’économie numérique puisse bénéficier de ces atouts essentiels, la monnaie de banque centrale doit évoluer. Comme l’a dit l’ancien secrétaire général des Nations unies Dag Hammarskjöld (1905-1961), « on ne trouve la bonne route que les yeux fixés sur l’horizon lointain ». Pourquoi fixer l’horizon ? Parce que le système financier est en pleine mutation. Les géants du numérique investissent le monde des paiements. De nouveaux instruments de paiement, les « cryptomonnaies stables » (stablecoins), frappent à la porte. Les plates-formes de finance décentralisée bousculent l’intermédiation financière traditionnelle. Autant de nouvelles questions pour les régulateurs, qui appellent des réponses rapides, claires et cohérentes.

Les banques s’inquiètent de l’impact des MNBC sur les dépôts des particuliers et sur leur modèle de financement. Les banquiers centraux sont conscients de ces craintes et ne doutent pas que les banques feront partie intégrante des futurs systèmes de MNBC. Ne nous leurrons pas : pour les banques, les cryptomonnaies stables, la finance décentralisée et les géants du numérique sont une menace bien plus réelle ! Les cryptomonnaies stables risquent d’émerger sous forme d’écosystèmes fermés, de jardins clos, qui contrôleront l’accès aux paiements et à la liquidité. L’emprise croissante des géants du numérique dans les services financiers pose des questions de pouvoir de marché et de respect de la vie privée et remet en question les approches réglementaires actuelles.

Finances: Un vaccin contre l’hubris des marchés ?

Finances: Un vaccin contre l’hubris des marchés ?

Un article de Philippe Mudry dans l’Opinion (Extrait) qui recadre l’optimisme des marchés

Tandis que le monde reste englué dans la pandémie, les marchés donnent une nouvelle preuve de leur irrépressible propension à l’oubli et à l’hubris. La grande crise financière de 2007-2008 et les multiples soubresauts qui ont suivi ? Oubliés ! Le célébrissime krach des valeurs technologiques qui avait ouvert le siècle ? Effacé !

Les indices peuvent monter jusqu’au ciel, finalement, et pulvérisent un peu partout leurs plus hauts niveaux historiques. Le CAC40 n’est qu’à un souffle du sien, établi le 4 septembre 2000, au seuil des 7 000 points. Chacun se reportera à sa boule de cristal habituelle pour savoir si la fête touche ou non à sa fin, en constatant tout de même que les marchés donnent bien d’autres signes d’un dynamisme apparemment inépuisable.

Parmi ceux-ci, les fusions et acquisitions (M&A), ces opérations financières dans lesquelles maints patrons charismatiques ont trouvé gloire et profits, et tant d’autres leur Roche Tarpéienne en lieu et place de leur Capitole. Avec près de 4 000 milliards de valeurs de transactions déjà réalisées à fin août dans tous les secteurs d’activité, selon le spécialiste des données Refinitiv, l’année 2021 paraît déjà assurée de renvoyer aux oubliettes de l’histoire l’année 2007 – encore ! – qui détient l’actuel record avec 4 300 milliards.

Avec des cours de Bourses au zénith et des taux au plus bas, qui permettent de payer les acquisitions en actions comme en dette, et fort d’une reprise qui s’affirme au moment où révolutions numérique et climatique imposent aux entreprises de se régénérer, les circonstances sont exceptionnelles. Difficile pour un patron d’y résister.

L’effervescence financière ambiante ne doit pas se traduire par une envolée excessive des rémunérations des cadres dirigeants

 Pourtant, aux niveaux de valorisations actuelles, les survaleurs inscrites au bilan de l’acheteur risquent de devenir fort indigestes en cas de retournement ! Pour un chef d’entreprise, garder la tête froide dans un tel environnement reste un devoir. Encore faut-il que leurs critères salariaux ne les poussent pas au crime, à grands coups de stock-options par exemple, comme c’est encore souvent le cas, notamment aux Etats-Unis.

Ainsi, le bonus de 47 millions de dollars (38 millions d’euros) promis au PDG de General Electric, Larry Culp, alors même que le groupe est en pleine restructuration, vend des actifs et supprime des emplois à tour de bras, fait-il scandale outre-Atlantique, tant il ressemble trop à une « prime à la casse ». Ne pas passer par-dessus les moulins les fameux critères « environnementaux, sociaux et de gouvernance » dans la bataille des M&A est un impératif que le capitalisme doit s’imposer s’il ne veut pas voir ressurgir contre lui les procès du passé.

 

BCE : modération des rachats de dettes

BCE : modération des rachats de dettes

comme la Fed , la BCE annonce un « ralentissement » de ses rachats d’actifs sans en préciser les modalités dans le cadre de son plan adopté au début de la pandémie. Cette décision est justifiée par l’amélioration de la situation économique dans la zone euro. Mais la BCE se dit prête à agir si la reprise économique était freinée, notamment par le variant Delta.

Dans son communiqué, l’institution monétaire indique vouloir réduire son volume mensuel du rythme d’achats de dettes souveraines et d’entreprises dans le cadre de son programme d’urgence contre la pandémie (PEPP) qui court jusqu’à mars 2022, un ralentissement qualifié de « modéré ». De 80 milliards d’euros, les rachats mensuels devrait, eux, être ramenés entre 60 et 70 milliards d’octobre à décembre, selon les observateurs, la BCE n’ayant pas indiqué de montant.

Un vaccin contre l’hubris des marchés ?

Un vaccin contre l’hubris des marchés ?

Un article de Philippe Mudry dans l’Opinion (Extrait) qui recadre l’optimisme des marchés

Tandis que le monde reste englué dans la pandémie, les marchés donnent une nouvelle preuve de leur irrépressible propension à l’oubli et à l’hubris. La grande crise financière de 2007-2008 et les multiples soubresauts qui ont suivi ? Oubliés ! Le célébrissime krach des valeurs technologiques qui avait ouvert le siècle ? Effacé !

Les indices peuvent monter jusqu’au ciel, finalement, et pulvérisent un peu partout leurs plus hauts niveaux historiques. Le CAC40 n’est qu’à un souffle du sien, établi le 4 septembre 2000, au seuil des 7 000 points. Chacun se reportera à sa boule de cristal habituelle pour savoir si la fête touche ou non à sa fin, en constatant tout de même que les marchés donnent bien d’autres signes d’un dynamisme apparemment inépuisable.

Parmi ceux-ci, les fusions et acquisitions (M&A), ces opérations financières dans lesquelles maints patrons charismatiques ont trouvé gloire et profits, et tant d’autres leur Roche Tarpéienne en lieu et place de leur Capitole. Avec près de 4 000 milliards de valeurs de transactions déjà réalisées à fin août dans tous les secteurs d’activité, selon le spécialiste des données Refinitiv, l’année 2021 paraît déjà assurée de renvoyer aux oubliettes de l’histoire l’année 2007 – encore ! – qui détient l’actuel record avec 4 300 milliards.

Avec des cours de Bourses au zénith et des taux au plus bas, qui permettent de payer les acquisitions en actions comme en dette, et fort d’une reprise qui s’affirme au moment où révolutions numérique et climatique imposent aux entreprises de se régénérer, les circonstances sont exceptionnelles. Difficile pour un patron d’y résister.

L’effervescence financière ambiante ne doit pas se traduire par une envolée excessive des rémunérations des cadres dirigeants

 Pourtant, aux niveaux de valorisations actuelles, les survaleurs inscrites au bilan de l’acheteur risquent de devenir fort indigestes en cas de retournement ! Pour un chef d’entreprise, garder la tête froide dans un tel environnement reste un devoir. Encore faut-il que leurs critères salariaux ne les poussent pas au crime, à grands coups de stock-options par exemple, comme c’est encore souvent le cas, notamment aux Etats-Unis.

Ainsi, le bonus de 47 millions de dollars (38 millions d’euros) promis au PDG de General Electric, Larry Culp, alors même que le groupe est en pleine restructuration, vend des actifs et supprime des emplois à tour de bras, fait-il scandale outre-Atlantique, tant il ressemble trop à une « prime à la casse ». Ne pas passer par-dessus les moulins les fameux critères « environnementaux, sociaux et de gouvernance » dans la bataille des M&A est un impératif que le capitalisme doit s’imposer s’il ne veut pas voir ressurgir contre lui les procès du passé.

 

Bitcoin : un plongeon de 5.000 dollars

Bitcoin : un plongeon de 5.000 dollars

Alors que le Salvador vient d’adopter la cryptomonnaie comme monnaie officielle., le bitcoin a brutalement plongé de 5000 $. Il faut dire que des interrogations sur la crédibilité de la politique monétaire du Salvador peut légitimer cette baisse.

BCE : réduction très progressive des rachats d’actifs

BCE : réduction très progressive des rachats d’actifs

il n’y aura pas de vrai virage de la politique accommodante de la banque centrale européenne mais un très léger ralentissement du programme de rachat. C’est-à-dire une dizaine de milliards sur 80 milliards actuels.

 « Il s’agit davantage d’un ajustement qu’un véritable tapering (réduction des achats, NDLR) », estime ainsi Saïdé El Hachem, gérant obligataire chez Vega Investments Managers.

Mieux, le consensus anticipe également le lancement par la BCE d’un nouveau programme relais de rachat d’actifs, à l’échéance du PEPP en mars 2022, et qui serait davantage investi en obligations privées que le PEPP (97% des achats portent sur la dette souveraine). Ce qui serait un élément fort de soutien du marché obligataire, notamment sur les compartiments les plus risqués.

« La BCE n’a aucun intérêt à s’engager sur la fin du PEPP six mois avant la fin prévue du programme d’urgence, alors que l’incertitude reste élevée concernant les effets du variant delta », confirme à l’AFP Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

La politique de quantative easing de la banque centrale sera donc menée avec la plus grande prudence malgré la montée de l’inflation montée à 3 % fins août dans la zone euro. Les taux ne seront pas remis en question pour l’instant.

Finances -Quoi qu’il en coûte : une évaluation approximative

Finances -Quoi qu’il en coûte : une évaluation approximative

 

 

. Par Eric Séverin, Université de Lille et David Veganzones, ESCE International Business School estime Dansla « Tribune » qu’il est trop tôt pour procéder à une évaluation précise du quoi qu’il en coûte.

 

Face à la crise économique liée aux mesures sanitaires, le gouvernement a mis en place différents dispositifs d’aides, dont l’objectif est de permettre aux entreprises (viables ou non) de faire face à leurs échéances. Un an demi après leur instauration, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé la levée de ces aides. « Le « quoi qu’il en coûte », c’est fini », a-t-il déclaré à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef, le 25 août.

La fin des aides de l’État laisse donc craindre une recrudescence des faillites qui avaient été jusqu’alors limitées. En effet, selon le rapport Altares 2021, celles-ci ont augmenté de 14,2 %, mais ce chiffre reste en recul de 48 % par rapport à la période 2017-2019.

Certes, il est difficile de prévoir le nombre de défaillances qui surviendront après la levée des mesures d’aides. Pour l’année 2021, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) s’attend à un chiffre de 60 000 à 100 000 alors qu’Altares prévoit entre 33000 et 35000 défaillances.

Quoi qu’il en soit, il ne fait guère de doute que ces défaillances vont être coûteuses. Mais quels sont ces coûts ? Et sommes-nous réellement capables de les mesurer ?

Les coûts sont à la fois directs et indirects. En ce qui concerne les coûts directs, ils sont constitués par les frais des mandataires de justice. D’autres éléments sont à incorporer à ces coûts tels que ceux perçus par le commissaire à l’exécution du plan. Quel est l’ordre de grandeur de ces coûts ? Plusieurs études apportent des éléments de réponse.

Premièrement, leur étendue est variable selon les pays et représente entre 1 et 10 % de la valeur de la firme. Deuxièmement, ils sont inversement proportionnels à la taille de l’entreprise (plus lourds pour les PME comparativement aux grandes entreprises). Troisièmement, ils ne sont pas supportés de façon identique par tous les acteurs en fonction de la règle de priorité et de la législation en vigueur.

En revanche, contrairement aux coûts directs, les coûts indirects restent d’une extrême complexité, non pas à définir mais à mesurer. On peut circonscrire cinq types de coûts indirects.

Le premier est celui de la perte du chiffre d’affaires faisant suite à la perte de clients. Devant l’incertitude d’être approvisionné et de ne pas bénéficier d’un service après vente, un client se détournera d’une entreprise en redressement judiciaire, augmentant conséquemment ses difficultés.

Le deuxième se porte de l’autre côté du spectre avec les fournisseurs. Percevant la difficulté d’un client, les fournisseurs infèrent la possibilité de perdre leurs créances en raison de l’ordre de priorité des créanciers dans le redressement judiciaire. Par conséquent, ils vont exiger des délais de paiement plus rapides.

Le troisième tient dans l’attitude du personnel. En effet, dans un redressement judiciaire, on assiste très souvent à des licenciements qui traduisent un double coût : celui d’une perte de compétence et de formation financée par l’entreprise et celui de la démotivation des salariés restants qui sont dans la crainte de perdre leurs emplois si la situation venait à empirer encore. Le coût pour la firme est d’autant plus important que les meilleurs de ses salariés partent car ces derniers sont les plus employables et recherchés par les compétiteurs.

Le quatrième coût est appelé par les Américains fire sale (vente précipitée). Pour résoudre leurs problèmes de cash, les firmes vont chercher à désinvestir de façon sous optimale en vendant leurs actifs à vil prix.

 

Le cinquième coût est lié à l’asymétrie d’information et au risque. En effet, les dirigeants, qui ont un meilleur accès à l’information que les actionnaires, peuvent soit retarder la faillite pour préserver leurs avantages, soit extraire des avantages importants avant leur mise à l’écart. Un exemple célèbre met en évidence que plus de 50 % de la valeur de la compagnie aérienne Eastern Airline a été détruite pendant le redressement judiciaire en raison du comportement opportuniste du dirigeant dans les années 1990.

Qu’y a-t-il derrière le « quoiqu’il en coûte » ?

Dans les années 1980, une étude avait tenté d’évaluer plus précisément ces coûts indirects en mesurant d’une part, le différentiel de la baisse du chiffre d’affaires des entreprises ayant fait faillite comparativement à la moyenne des ventes du secteur et d’autre part, l’écart entre le montant réel des ventes et les prévisions réalisées trois ans avant la faillite. Ces coûts pourraient ainsi représenter de 6,6 à 8,1 % de la valeur de la firme. La difficulté d’une telle approche reste toutefois l’accès aux données.

Une seconde méthode consiste à mesurer les coûts indirects en utilisant les données boursières au travers des coûts de réputation et des effets de contagion. On mesure les variations de cours boursier des clients et fournisseurs des sociétés ayant fait faillite. On capte ainsi la perte de valeur subie par les partenaires des entreprises ayant fait faillite (effet contagion). Les résultats font ressortir des pertes de l’ordre de 1 à 3 % de la valeur boursière des fournisseurs et des clients.

S’il reste difficile de prévoir le nombre exact des faillites en 2021, il n’en reste pas moins vrai qu’il serait très utile de pouvoir mesurer les coûts de ces faillites pour l’ensemble des acteurs. Cela aurait deux mérites. Le premier serait de savoir ce qu’il convient de mettre derrière le « quoiqu’il en coûte ». Le second serait de permettre des comparaisons avec nos partenaires pour savoir où nous situer au sein de cette crise mondiale.

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(*) Par Eric Séverin, Professeur des Universités Finance – Comptabilité, Université de Lille et David Veganzones, Assistant professor, management & finance, ESCE International Business School.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Évolution comparée des dettes publique en Europe

Un article de Raphaël Legendre, journaliste au service économie de l’Opinion Fait le point sur l’endettement comparé en Europe ( Extrait)

 

Que l’on parle des aides ou des résultats macro-économiques, la France se trouve en réalité dans une position plutôt médiane en Europe. C’est en tout cas ce que nous explique le comité de suivi et d’évaluation des mesures d’urgence pendant la crise, présidé par Benoît Cœuré et qui a remis son rapport au gouvernement avant l’été.

Par exemple sur l’activité partielle : on a mis 35 milliards d’euros sur la table en France, c’est 1,4 point de PIB. C’est peu ou prou ce qu’ont fait l’Espagne et l’Italie mais c’est deux fois moins que l’argent mis en place par le Royaume-Uni et deux fois plus que l’Allemagne. Si on prend le fonds de solidarité qui est venu en aide aux entreprises depuis dix-huit mois. La France a mis 1,3 point de PIB, c’est ce qu’a fait à peu près l’Allemagne et c’est également ce qu’a fait l’Italie, par contre on est bien au-dessus de l’Espagne : 0,4 point de PIB, mais en deçà du Royaume-Uni : 1,6 point.

Et quant aux prêts garantis par l’Etat, c’est pareil, la France a mis à peu près 6 points de PIB, on est bien au-dessus du Royaume-Uni et de l’Allemagne, mais en dessous de l’Italie et de l’Espagne. »

Les mesures d’urgence et les plans de relance combinés à la réduction des recettes ont creusé les déficits et les dettes publiques des pays européens ont bondi. A tel point que l’endettement public de la zone euro a franchi pour la première fois de son histoire la barre des 100% du PIB. Il existe cependant d’importantes disparités entre les pays de l’Union européenne.

R. L. : « La dette a augmenté de partout en Europe mais tous ne sont pas partis du même niveau. Comme un révélateur, la crise a accentué l’écart entre les pays rigoureux et les pays plus dépensiers.

Beaucoup de pays de l’Europe du nord et de l’est affichaient toujours au premier trimestre 2021 un niveau de dette publique maintenu sous les 60 % du PIB, 13 pays sur 27 au total (en bleu).  Des dettes tqui évoluent aujourd’hui entre 115 % et 160 % pour l’Italie, voire près de 210 points de PIB pour la Grèce, c’est dix fois plus que l’endettement de l’Estonie par exemple. On le voit donc, c’est une situation très disparate en Europe.

Est-ce grave, docteur ?

R.L. : « Pour l’instant tout va bien, le pacte de stabilité a été mis entre parenthèses jusqu’à la fin 2022 et la Banque centrale européenne continue d’acheter la dette des Etats par milliards chaque mois. Mais la parenthèse enchantée du « quoi qu’il en coûte » arrive à sa fin et un jour ou l’autre il faudra bien rembourser.

Il y a quelques jours, la banque centrale américaine, la Fed, a annoncé qu’elle se dirigeait vers un «tapering», ça veut dire fermer le robinet des liquidités. Elle va donc engager une régulation de sa politique monétaire et la Banque centrale européenne devra tôt ou tard s’inscrire dans les pas de la Fed. D’autant plus que l’inflation repart, menaçant d’une hausse des taux. A partir de 2023, on pourrait donc observer un alourdissement de la charge de la dette qui, il est vrai, est tombée à des niveaux historiquement bas l’année dernière. A titre d’exemple, on a payé à peu près 35 milliards de charges d’intérêts sur la dette, c’est le même niveau qu’en 2000, quand notre dette était à 60 % et surtout trois fois inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui.

Mais le plus inquiétant en réalité, ce sont ces écarts de dette entre les trois premières économies de la zone euro. L’Allemagne qui est aujourd’hui à environ 70 % et qui très vite va revenir sous les 60 % de dette d’un côté, et de l’autre, la France et l’Italie à 120 % et 160 %. L’Italie qui a une dette deux fois supérieure à celle de l’Allemagne, ces écarts pourront être pointés du doigt par les marchés financiers un jour ou l’autre. On se souvient, en 2010, les attaques sur la Grèce qui ne représentait que 2 % du PIB européen.

L’Italie, troisième économie de la zone euro, est un danger bien plus important que ce qu’on a connu il y a dix ans. »

En France, la dette publique ne manquera pas d’animer les débats à quelques mois de la présidentielle. En Allemagne, Olaf Scholz (SPD) et Annalena Baerbock (Grünen), candidats à la succession d’Angela Merkel, prônent une hausse de la fiscalité pour équilibrer le budget. Le Royaume-Uni et l’Espagne ont d’ores et déjà décidé d’augmenter certains impôts.

Le gouvernement britannique a annoncé début mars une hausse de l’impôt sur les sociétés qui passera de 19 à 25% en 2023. Pedro Sanchez a lui annoncé dès juillet 2020 une hausse des impôts pour les «grandes corporations» pour faire face à la crise en Espagne.

R.L. : « Le débat va forcément être relancé dans la zone euro au moment où il faudra normaliser la gouvernance des finances publiques. Il a commencé au Royaume-Uni, en Espagne, mais pas uniquement dans les pays les plus endettés. En Allemagne, par exemple, où le candidat socialiste Olaf Scholz est désormais le mieux placé pour être désigné chancelier, on assiste au retour de ce débat sur l’impôt sur la fortune qui a été supprimé outre-Rhin il y a 25 ans et qui pourrait donc faire sa réapparition post-crise.

En France, Bruno Le Maire n’arrête pas de répéter que les impôts n’augmenteront pas mais jusqu’en 2022. Qu’en sera-t-il au-delà ? Personne ne peut le dire. Le problème c’est que la France n’a pas les marges de manœuvre des autres pays pour augmenter ses impôts puisque nous sommes déjà le pays le plus taxé au monde et qu’on l’a vu avec les Gilets jaunes par exemple, toute hausse d’impôt est désormais extrêmement difficile à faire passer
dans l’opinion publique. Reste qu’avec près de 120 points de dette, il faudra très probablement faire des efforts, mais pas avant 2023. »

Quelles solutions vont alors se présenter aux gouvernements des pays européens pour tenter de résorber les dettes Covid ?

R.L. : « Il y a trois voies pour réduire la dette publique : la première c’est la croissance et tous les Etats vont faire en sorte d’augmenter leur croissance potentielle. Ensuite il y a deux voies : on peut rétablir les finances publiques soit par l’augmentation des impôts et certains pays ont des marges de manœuvre, ce n’est pas le cas de la France.

Ou on peut passer par une baisse des dépenses. Là encore, certains pays et certaines opinions publiques acceptent mieux ce chemin que d’autres. Ce n’est pas vraiment le cas en France, c’est pourquoi Bruno Le Maire a proposé pour le prochain quinquennat, une forme de règle d’or, c’est-à-dire un plafonnement des dépenses publiques .

Finances-Cryptomonnaies: Prévoir l’éclatement d’une bulle pour John Paulson

Cryptomonnaies: Prévoir l’éclatement d’une bulle pour John Paulson 

Le patron du hedge fund avait prédit l’effondrement du marché lors de la dernière grande crise financière prévoit aussi l’éclatement d’une bulle pour les cryptomonnaies.

 « Je ne recommanderais à personne d’investir sur les cryptomonnaies (cryptos), qui n’ont aucune valeur. C’est une bulle et leur valeur ne monte que parce qu’il y a une offre limitée. Une fois que l’exubérance disparaîtra ou la liquidité se tarira, elles convergeront vers zéro », a-t-il déclaré sur Bloomberg TV.

Ces critiques récurrentes sur l’absence de valeur fondamentale du bitcoin et des cryptos (pas de dividendes, volatilité , bulle…) sont surtout le fait des gestionnaires alternatifs investis sur les actions.

Finances- Quoi qu’il en coûte : une évaluation approximative

Finances- Quoi qu’il en coûte : une évaluation approximative

 

 

. Par Eric Séverin, Université de Lille et David Veganzones, ESCE International Business School estime Dansla « Tribune » qu’il est trop tôt pour procéder à une évaluation précise du quoi qu’il en coûte.

 

Face à la crise économique liée aux mesures sanitaires, le gouvernement a mis en place différents dispositifs d’aides, dont l’objectif est de permettre aux entreprises (viables ou non) de faire face à leurs échéances. Un an demi après leur instauration, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé la levée de ces aides. « Le « quoi qu’il en coûte », c’est fini », a-t-il déclaré à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef, le 25 août.

La fin des aides de l’État laisse donc craindre une recrudescence des faillites qui avaient été jusqu’alors limitées. En effet, selon le rapport Altares 2021, celles-ci ont augmenté de 14,2 %, mais ce chiffre reste en recul de 48 % par rapport à la période 2017-2019.

Certes, il est difficile de prévoir le nombre de défaillances qui surviendront après la levée des mesures d’aides. Pour l’année 2021, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) s’attend à un chiffre de 60 000 à 100 000 alors qu’Altares prévoit entre 33000 et 35000 défaillances.

Quoi qu’il en soit, il ne fait guère de doute que ces défaillances vont être coûteuses. Mais quels sont ces coûts ? Et sommes-nous réellement capables de les mesurer ?

Les coûts sont à la fois directs et indirects. En ce qui concerne les coûts directs, ils sont constitués par les frais des mandataires de justice. D’autres éléments sont à incorporer à ces coûts tels que ceux perçus par le commissaire à l’exécution du plan. Quel est l’ordre de grandeur de ces coûts ? Plusieurs études apportent des éléments de réponse.

Premièrement, leur étendue est variable selon les pays et représente entre 1 et 10 % de la valeur de la firme. Deuxièmement, ils sont inversement proportionnels à la taille de l’entreprise (plus lourds pour les PME comparativement aux grandes entreprises). Troisièmement, ils ne sont pas supportés de façon identique par tous les acteurs en fonction de la règle de priorité et de la législation en vigueur.

En revanche, contrairement aux coûts directs, les coûts indirects restent d’une extrême complexité, non pas à définir mais à mesurer. On peut circonscrire cinq types de coûts indirects.

Le premier est celui de la perte du chiffre d’affaires faisant suite à la perte de clients. Devant l’incertitude d’être approvisionné et de ne pas bénéficier d’un service après vente, un client se détournera d’une entreprise en redressement judiciaire, augmentant conséquemment ses difficultés.

Le deuxième se porte de l’autre côté du spectre avec les fournisseurs. Percevant la difficulté d’un client, les fournisseurs infèrent la possibilité de perdre leurs créances en raison de l’ordre de priorité des créanciers dans le redressement judiciaire. Par conséquent, ils vont exiger des délais de paiement plus rapides.

Le troisième tient dans l’attitude du personnel. En effet, dans un redressement judiciaire, on assiste très souvent à des licenciements qui traduisent un double coût : celui d’une perte de compétence et de formation financée par l’entreprise et celui de la démotivation des salariés restants qui sont dans la crainte de perdre leurs emplois si la situation venait à empirer encore. Le coût pour la firme est d’autant plus important que les meilleurs de ses salariés partent car ces derniers sont les plus employables et recherchés par les compétiteurs.

Le quatrième coût est appelé par les Américains fire sale (vente précipitée). Pour résoudre leurs problèmes de cash, les firmes vont chercher à désinvestir de façon sous optimale en vendant leurs actifs à vil prix.

 

Le cinquième coût est lié à l’asymétrie d’information et au risque. En effet, les dirigeants, qui ont un meilleur accès à l’information que les actionnaires, peuvent soit retarder la faillite pour préserver leurs avantages, soit extraire des avantages importants avant leur mise à l’écart. Un exemple célèbre met en évidence que plus de 50 % de la valeur de la compagnie aérienne Eastern Airline a été détruite pendant le redressement judiciaire en raison du comportement opportuniste du dirigeant dans les années 1990.

Qu’y a-t-il derrière le « quoiqu’il en coûte » ?

Dans les années 1980, une étude avait tenté d’évaluer plus précisément ces coûts indirects en mesurant d’une part, le différentiel de la baisse du chiffre d’affaires des entreprises ayant fait faillite comparativement à la moyenne des ventes du secteur et d’autre part, l’écart entre le montant réel des ventes et les prévisions réalisées trois ans avant la faillite. Ces coûts pourraient ainsi représenter de 6,6 à 8,1 % de la valeur de la firme. La difficulté d’une telle approche reste toutefois l’accès aux données.

Une seconde méthode consiste à mesurer les coûts indirects en utilisant les données boursières au travers des coûts de réputation et des effets de contagion. On mesure les variations de cours boursier des clients et fournisseurs des sociétés ayant fait faillite. On capte ainsi la perte de valeur subie par les partenaires des entreprises ayant fait faillite (effet contagion). Les résultats font ressortir des pertes de l’ordre de 1 à 3 % de la valeur boursière des fournisseurs et des clients.

S’il reste difficile de prévoir le nombre exact des faillites en 2021, il n’en reste pas moins vrai qu’il serait très utile de pouvoir mesurer les coûts de ces faillites pour l’ensemble des acteurs. Cela aurait deux mérites. Le premier serait de savoir ce qu’il convient de mettre derrière le « quoiqu’il en coûte ». Le second serait de permettre des comparaisons avec nos partenaires pour savoir où nous situer au sein de cette crise mondiale.

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(*) Par Eric Séverin, Professeur des Universités Finance – Comptabilité, Université de Lille et David Veganzones, Assistant professor, management & finance, ESCE International Business School.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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