Archive pour le Tag 'Chine'

Croissance Chine : tassement

Croissance Chine : tassement

 

la Chine a enregistré une croissance de 4 % en rythme annuel au quatrième trimestre (+1,6 % par rapport au trimestre précédent), son rythme le plus faible depuis longtemps

. La baisse de la croissance pourrait se poursuivre en 2022 pour les raisons suivantes : contraction de la demande, choc d’offre, affaiblissement des attentes .

La Chine avait été l’une des rares économies à afficher une croissance positive en 2020 (+2,2 %), au moment où le Covid-19 terrassait le reste du monde. L’activité a rebondi de 8,1 % l’an dernier, mais cette moyenne masque un ralentissement continu tout au long de l’année, particulièrement marqué à partir de l’été.

Si les exportations chinoises ont encore atteint des records, la situation économique intérieure s’est crispée au fil des derniers mois. La politique du « zéro Covid » impose l’instauration de confinements ponctuels, de villes et d’usines, comme à Xi’an ou Tianjin actuellement, pesant sur l’activité..

Du côté de la demande, la consommation privée est toujours à la peine. Le secteur des services (loisirs, tourisme, hôtellerie-restauration, transports…) n’a toujours pas retrouvé son niveau pré-pandémie. Les ventes de détail, principal indicateur de la consommation, ont ainsi signé en décembre leur plus mauvaise performance (+1,7 %) depuis septembre 20220. Les difficultés de l’immobilier pèsent sur la demande de biens de consommation mais aussi sur le marché du travail.

Afrique : la nouvelle colonisation par la Chine

Afrique : la nouvelle colonisation par la Chine

L’AFRIQUE EN 2022. Pékin s’efforce de rallier le continent à sa cause en cultivant une élite africaine sinophile, par le biais de bourses d’études et des relations de parti à parti, estime, dans un entretien au « Monde », le sinologue Jean-Pierre Cabestan.

Pour rallier à leur cause l’élite africaine les Chinois utilisent nombre de procédés y compris la méthode « poche à poche »véritable cauchemar africain. Un seul exemple personnel : une petite fille que j’ai eue en tutelle aujourd’hui âgée d’une vingtaine d’années m’informe qu’elle ne peut pas réussir son examen d’entrée dans l’administration si elle ne donne pas la somme  de 1 200 000 CFA. Et pour un poste relativement modeste .NDLR 

Jean-Pierre Cabestan est sinologue, directeur de recherche au CNRS et chercheur associé à l’Asia Centre à Paris. Auteur d’une douzaine d’ouvrages sur la Chine, dont le plus récent est Demain la Chine : guerre ou paix ? (Gallimard, 2020), il s’est spécialisé depuis une dizaine d’années sur l’essor de la présence chinoise en Afrique.

Le dernier Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), qui s’est tenu à Dakar fin novembre, semble avoir marqué une inflexion de la relation sino-africaine avec un engagement financier plus prudent de la part de Pékin. Est-on passé à une nouvelle phase de la Chine-Afrique ?

Il y a beaucoup d’éléments de continuité avec les deux précédents sommets, notamment l’accent mis sur la coopération éducationnelle, culturelle et sécuritaire. Mais il est vrai qu’il y a un ajustement. Tout le monde a noté la réduction de l’enveloppe financière, liée à une prise de conscience de la question de la dette de plus en plus importante des pays africains à l’égard de la Chine. C’est une manière, pour Pékin, de réagir aux critiques formulées par les Africains et les membres du G-20 qui sont en train de rééchelonner les dettes des pays en développement. Mais cet ajustement s’inscrit également, d’une manière plus générale, dans la révision à la baisse des fonds alloués aux « routes de la soie ».

Le retour de guerre hybride par la Russie et la Chine

Le retour de guerre hybride par la Russie et la Chine

 

 

En déclenchant et en entretenant des conflits asymétriques ou de basse intensité, dans lesquels les militaires n’ont plus le monopole, la Russie de Vladimir Poutine et la Chine de Xi Jinping ont été les premières puissances à reprendre à leur compte ce concept théorisé dès l’Antiquité estime un papier du Monde

Histoire d’une notion. C’est la guerre avant la guerre, mais déjà la guerre dans un monde chaotique où la distinction entre guerre et paix se fait toujours plus confuse.

« La notion de guerre hybride aide à définir des conflits actuels qui combinent intimidation stratégique de la part d’Etats disposant d’armes de destruction massive, des opérations interarmées impliquant aussi des unités spéciales et des mercenaires, et des manœuvres de désinformation à grande échelle », écrit Thomas Gomart, le directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), dans Guerres invisibles (Tallandier, à paraître le 21 janvier, 317 pages, 20,90 euros).

Le cas de l’Ukraine est emblématique, alors que Russes et Américains ont commencé à discuter à Genève du destin de cette ex-république soviétique que Moscou veut vassaliser, lui interdisant toute future adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) comme à l’Union européenne, souhaitée pourtant par l’écrasante majorité de la population.

Les stratégies hybrides mêlent des modes d’action militaires et non militaires, directs et indirects, souvent difficiles à attribuer et toujours conçus pour rester sous le seuil estimé de riposte ou de conflit ouvert.

Après le renversement à Kiev du régime prorusse sous la pression de la rue, Moscou avait annexé la Crimée au printemps 2014, avec une opération menée par des forces spéciales sans écusson – surnommées alors « les petits hommes verts » –, puis manipulé une rébellion prorusse renforcée par des militaires sans uniforme dans l’est de l’Ukraine.

La guerre hybride n’est pas nécessairement armée. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait ainsi qualifié d’« attaque hybride » l’envoi, à l’automne 2021, de milliers de migrants acheminés par le régime biélorusse depuis le Moyen-Orient vers les frontières polonaises et lituaniennes pour faire pression sur les Vingt-Sept. La désinformation, les cyberattaques, la prédation économique font aussi partie de cette nouvelle forme d’affrontement où l’on ne fait plus vraiment de différence entre les technologies civiles et les technologies militaires, entre les soldats de métier et les combattants occasionnels, et où tous les rouages de l’Etat sont mobilisés.

La Chine écrase les derniers opposants à Hong Kong

La Chine écrase les derniers opposants à Hong Kong

Le dernier site médiatique d’opposition démocratique Stand News a été fermé par les autorités et les journalistes arrêtés. Le dernier acte des autorités chinoises pour tuer toute forme de contestation.

. Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a en effet exhorté mercredi 29 décembre les autorités chinoises et hongkongaises à relâcher immédiatement les employés de ce média pro-démocratie, arrêtés pour « conspiration en vue de publier du matériel séditieux » après un raid de la police ayant mené à la cessation d’activité du site d’information.

« Nous appelons les autorités de la RPC et celles de Hong Kong à arrêter de cibler les médias libres et indépendants et à libérer immédiatement les journalistes et responsables qui ont été injustement arrêtés et inculpés », a déclaré Antony Blinken dans un communiqué, en désignant la Chine par son nom officiel de République populaire de Chine (RPC). « En réduisant au silence un média indépendant, la RPC et les autorités locales sapent la crédibilité et la viabilité de Hong Kong », a-t-il ajouté.

De son côté, la cheffe de l’exécutif hongkongais Carrie Lam a déclaré jeudi que le raid de la police dans les bureaux de Stand News et l’arrestation de sept personnes liées au site d’information ne représentaient pas une atteinte aux médias mais visaient des activités séditieuses. « Ces actes n’ont rien à voir avec une soi-disant suppression de la liberté de la presse », a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse.

Stand News était le dernier grand média pro-démocratie de Hong Kong depuis la fermeture en juin dernier du tabloïd Apple Daily contrôlé par l’homme d’affaires Jimmy Lai, qui est en prison.

 

Comme en Chine, le dictateur Poutine réécrit l’histoire du pays.

 

 

Comme en Chine, le dictateur Poutine réécrit l’histoire du pays.

 

Après la liquidation deL’ONG russe Memorial , Poutine va continuer de réécrire l’histoire de son pays pour donner une légitimité à sa dictature.( un papier du Monde, extrait)

 

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La boucle est bouclée. Née à la fin des années 1980, au sein de la société civile, à la faveur de l’ouverture tentée par le dernier numéro un soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, l’association russe de défense des droits de l’homme Memorial a été dissoute mardi 28 décembre à Moscou par une Cour suprême aux ordres du Kremlin et de Vladimir Poutine. Plus qu’un symbole, c’est un tournant dans l’histoire de la Russie post-soviétique.

L’itinéraire de Memorial, de l’espoir démocratique au bannissement, illustre l’évolution politique de la Russie de ces trois dernières décennies. Créée à l’origine pour faire la lumière sur la répression politique à travers l’histoire de l’URSS et promouvoir la réhabilitation de ses victimes, Memorial comptait parmi ses fondateurs un authentique démocrate, l’académicien et Prix Nobel de la paix Andreï Sakharov, mort en décembre 1989. Après la chute de l’Union soviétique en décembre 1991, Memorial est passée du statut d’organisation dissidente à celui d’association publiquement reconnue.

L’environnement est devenu plus difficile dans les années 2000, après l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Memorial avait étendu son champ d’activité à la défense des droits de l’homme. En 2009, l’une de ses enquêtrices en Tchétchénie, Natalia Estemirova, a été enlevée et assassinée. Pour les archivistes et les chercheurs, collaborer avec Memorial est devenu dangereux.

Mais, surtout, le travail scientifique de Memorial est entré en concurrence avec la volonté de Vladimir Poutine de contrôler le récit historique national. Le président russe a lancé un mouvement en profondeur visant à repolitiser l’histoire de l’Union soviétique, quitte à la réécrire, en glorifiant le rôle de Staline pendant la seconde guerre mondiale. En 2016, l’ONG Memorial a été décrétée « agent de l’étranger », comme toutes les associations bénéficiant de subventions de l’extérieur. La même année, l’un des historiens les plus acharnés de Memorial, Iouri Dmitriev, 65 ans, a été arrêté et accusé d’abus sexuels. Lundi, il a vu sa peine alourdie à quinze ans de prison.

Devant la Cour suprême, le procureur a reproché à Memorial d’avoir « créé une image mensongère de l’URSS comme Etat terroriste » et d’avoir noirci la mémoire du pays pendant la « Grande Guerre patriotique ». Formellement, la décision de dissolution a été justifiée par l’omission de l’ONG de s’identifier comme « agent de l’étranger » dans certains documents.

Ces trois décennies post-URSS ressemblaient de plus en plus à une parenthèse, dont on voyait la fermeture se rapprocher inexorablement. La Russie est aujourd’hui verrouillée : même la mémoire doit y être contrôlée par un pouvoir nostalgique d’une illusoire grandeur passée.

 

COVID: les jeux menacés EN CHINE

Des millions d’habitants seraient déjà confinés en Chine notamment pour tenter de réguler la progression de la pandémie dans la perspective des JO.

Les chiffres avancés par la Chine ne sont pas significatifs dans la mesure où il est difficile de faire crédit aux organisations officielles . Cependant officiellement reconnaît quand même la progression du virus et le fait que certaines régions sont désormais soumises à des confinements stricts.  La Chine a signalé samedi 140 nouveaux cas de coronavirus, le chiffre le plus élevé depuis quatre mois, tandis que les autorités s’empressent de contenir l’épidémie dans plusieurs régions, dont la ville de Xi’an, où des millions de personnes sont confinées.

Les jeux d’hiver organisé en Chine pourraient être victime d’une double menace. D’abord une menace diplomatique et politique en réaction au travail forcé et aux atteintes à la démocratie, ensuite du fait des risques sanitaires pour les athlètes pourrait y participer. D’ores et déjà les États-Unis ont menacé de ne pas déplacer leurs délégations en Chine.

Géopolitique -Comment la Chine noyaute l’Afrique

Géopolitique -Comment la Chine noyaute l’Afrique 

Pour le chercheur Antoine Kernen, Pékin exploite un discours plutôt efficace auprès des dirigeants africains en renvoyant l’Europe à son passé.

Accessoirement en utilisant les moyens classiques de corruption pour favoriser le noyautage par la Chine des intérêts africains. La Chine qui n’hésite pas pas à asservir des peuples par la violence voire même l’esclavage et qui se fait le champion de la décolonisation voir même de la démocratie ! NDLR 

 

L’initiative vise, sans les nommer, les Occidentaux. Le 29 septembre, la Chine a déposé une résolution dénonçant « l’héritage du colonialisme » devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui rassemble 47 Etats. Le texte, adopté le 8 octobre sans grandes conséquences, dénonce « l’exploitation économique, les inégalités au sein des Etats entre eux, le racisme systémique, les violations des droits des peuples autochtones, les formes contemporaines d’esclavage et les atteintes au patrimoine culturel ». Une parade aux critiques contre les pratiques coloniales brutales de Pékin envers les minorités tibétaine et ouïgoure. 

Pour Antoine Kernen, spécialiste de la « Chinafrique » à l’université de Lausanne, qui a codirigé le dossier « Etats d’émergence en Afrique » dans la revue Critique internationale (numéro 89), la Chine a su « se construire à bon compte l’image d’une puissance généreuse » sur le continent, mais son discours critique sur le colonialisme pourrait se retourner contre elle.

D’où vient l’idée, pour Pékin, de dénoncer l’héritage colonial occidental ?

Pour la Chine, accusée de néocolonialisme en Afrique et ailleurs, il s’agit clairement d’une contre-attaque. Pékin reprend l’argument et le renvoie aux Européens et aux Occidentaux qui ont un passé colonial. Ce jeu rhétorique prend place dans des arènes internationales où la Chine est souvent en position de faiblesse sur les droits humains. Ce n’est pas mal joué de sa part et elle a des arguments, ayant elle-même subi le colonialisme occidental. D’autant que dans le même temps, dans les milieux académiques, la remise en cause de l’héritage colonial et les questions de race ont le vent en poupe.

L’aurait-elle fait il y a vingt ans ?

Non, car la Chine était alors presque inexistante au niveau international. Elle cherchait surtout à ne pas être accusée de violations des droits humains. Le grand changement est venu avec Xi Jinping [le président chinois]. Il veut montrer que la Chine ne se soumet pas à un ordre mondial occidental. Il y a vingt ans, le pays n’avait qu’une politique économique étrangère, aujourd’hui il a un récit qui va avec.

Le message peut-il porter auprès des gouvernements africains ?

Dans les pays d’Afrique de l’Ouest, il existe souvent un fond d’anticolonialisme dénonçant la France ou l’Occident. L’Afrique n’a donc pas eu besoin de la Chine pour développer un tel discours. D’ailleurs, ce discours n’est pas vraiment nouveau en Chine non plus : il remonte à la conférence de Bandung, en 1955, puis au mouvement des non-alignés. Dès les années 1950, alors que la Chine s’invente une politique étrangère et cherche à se positionner comme leader du tiers-monde, elle met en en avant son passé de pays colonisé par les puissances occidentales. Aujourd’hui encore, cette histoire lui permet de cultiver sa différence avec elles.

 

Travail forcé en Chine : les États-Unis interdisent les importations du Xinjiang

Travail forcé en Chine : les États-Unis interdisent  les importations du Xinjiang

Une nouvelle loi interdit aux États-Unis  l’achat de produits qui seraient issus du travail forcé des Ouïghours en Chine, et la Maison Blanche a déjà mis en garde les entreprises américaines tentées de fléchir face à Pékin.

Le texte signé par le président américain prévoit le bannissement de produits fabriqués en tout ou en partie dans cette province chinoise, à moins que les entreprises ne soient en mesure d’apporter la preuve que les produits n’ont pas été fabriqués avec du travail forcé. Il s’agit d’une première mondiale.

La loi demande de porter une attention particulière aux importations de trois produits: le coton, dont le Xinjiang est l’un des grands producteurs mondiaux; les tomates, également produites en masse dans la région; et le polysilicium, un matériau utilisé dans la production de panneaux photovoltaïques.

Comment la Chine noyaute l’Afrique

Comment la Chine noyaute l’Afrique 

Pour le chercheur Antoine Kernen, Pékin exploite un discours plutôt efficace auprès des dirigeants africains en renvoyant l’Europe à son passé.

Accessoirement en utilisant les moyens classiques de corruption pour favoriser le noyautage par la Chine des intérêts africains. La Chine qui n’hésite pas pas à asservir des peuples par la violence voire même l’esclavage et qui se fait le champion de la décolonisation voir même de la démocratie ! NDLR 

L’initiative vise, sans les nommer, les Occidentaux. Le 29 septembre, la Chine a déposé une résolution dénonçant « l’héritage du colonialisme » devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui rassemble 47 Etats. Le texte, adopté le 8 octobre sans grandes conséquences, dénonce « l’exploitation économique, les inégalités au sein des Etats entre eux, le racisme systémique, les violations des droits des peuples autochtones, les formes contemporaines d’esclavage et les atteintes au patrimoine culturel ». Une parade aux critiques contre les pratiques coloniales brutales de Pékin envers les minorités tibétaine et ouïgoure.

Pour Antoine Kernen, spécialiste de la « Chinafrique » à l’université de Lausanne, qui a codirigé le dossier « Etats d’émergence en Afrique » dans la revue Critique internationale (numéro 89), la Chine a su « se construire à bon compte l’image d’une puissance généreuse » sur le continent, mais son discours critique sur le colonialisme pourrait se retourner contre elle.

D’où vient l’idée, pour Pékin, de dénoncer l’héritage colonial occidental ?

Pour la Chine, accusée de néocolonialisme en Afrique et ailleurs, il s’agit clairement d’une contre-attaque. Pékin reprend l’argument et le renvoie aux Européens et aux Occidentaux qui ont un passé colonial. Ce jeu rhétorique prend place dans des arènes internationales où la Chine est souvent en position de faiblesse sur les droits humains. Ce n’est pas mal joué de sa part et elle a des arguments, ayant elle-même subi le colonialisme occidental. D’autant que dans le même temps, dans les milieux académiques, la remise en cause de l’héritage colonial et les questions de race ont le vent en poupe.

L’aurait-elle fait il y a vingt ans ?

Non, car la Chine était alors presque inexistante au niveau international. Elle cherchait surtout à ne pas être accusée de violations des droits humains. Le grand changement est venu avec Xi Jinping [le président chinois]. Il veut montrer que la Chine ne se soumet pas à un ordre mondial occidental. Il y a vingt ans, le pays n’avait qu’une politique économique étrangère, aujourd’hui il a un récit qui va avec.

Le message peut-il porter auprès des gouvernements africains ?

Dans les pays d’Afrique de l’Ouest, il existe souvent un fond d’anticolonialisme dénonçant la France ou l’Occident. L’Afrique n’a donc pas eu besoin de la Chine pour développer un tel discours. D’ailleurs, ce discours n’est pas vraiment nouveau en Chine non plus : il remonte à la conférence de Bandung, en 1955, puis au mouvement des non-alignés. Dès les années 1950, alors que la Chine s’invente une politique étrangère et cherche à se positionner comme leader du tiers-monde, elle met en en avant son passé de pays colonisé par les puissances occidentales. Aujourd’hui encore, cette histoire lui permet de cultiver sa différence avec elles.

 

Chine: Une menace pour l’Europe et l’Inde

Chine: Une menace pour l’Europe et l’Inde

 

La reprise des négociations commerciales entre l’Inde et l’Union européenne procède moins d’un désir de commercer que de la volonté de répondre à un sentiment d’isolement partagé, analyse le politiste Christophe Jaffrelot dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

Le rapprochement entre l’Inde et les pays européens est sans doute la variable géopolitique qui a été le moins commentée par les observateurs de la scène internationale. Cette évolution, qui a connu son point d’orgue au printemps [2021], n’en est pas moins remarquable : en mai, le sommet Inde-Union européenne (UE) a en effet confirmé une dynamique à l’œuvre depuis le milieu de la dernière décennie à travers l’annonce, notamment, de la reprise des négociations d’un traité de libre-échange.

Le commerce est au cœur du Partenariat stratégique indo-européen depuis sa création, en 2004. Mais les négociations, qui ont duré jusqu’en 2013, n’ont jamais permis la signature d’un tel traité en raison de nombreuses pierres d’achoppement, des barrières douanières (tarifaires et non tarifaires) indiennes dans des domaines aussi variés que l’automobile et l’agroalimentaire au refus de l’UE d’accorder les milliers de visas que l’Inde demandait, notamment pour ses ingénieurs informaticiens.

Ces pommes de discorde demeurent, et l’Inde est même devenue plus protectionniste ces dernières années. Elle n’a d’ailleurs toujours pas conclu de traité de libre-échange avec un pays se situant à l’ouest de sa frontière occidentale et a renoncé à rejoindre la grande zone commerciale qu’est devenu le Partenariat régional économique global en 2019. L’UE aussi se sent vulnérable sur ce terrain, le Brexit ayant réduit la zone de libre-échange qu’elle avait peu à peu construite, et les litiges commerciaux avec les Etats-Unis de Trump ayant montré la relative fragilité du partenariat transatlantique.

De fait, la reprise des négociations commerciales entre l’Inde et l’UE procède moins d’un désir de commercer que d’une décision politique issue d’un sentiment d’isolement partagé, d’autant plus que l’économie indienne connaît depuis 2017 un ralentissement que la crise du Covid-19 a amplifié et que les investisseurs européens ne se bousculent pas aux portillons indiens.

Les motifs politiques du rapprochement indo-européen se parent volontiers des atours de la démocratie. Il n’est pas un communiqué officiel sans que responsables européens et indiens chantent les louanges de leurs affinités en la matière – et cette antienne va gagner en ampleur à l’approche des Sommet des démocraties [le 9 et 10 décembre 2021 puis] en 2022. Mais, en privé, les diplomates européens sont souvent plus critiques et le Parlement européen lui-même a été, en 2021, le cadre de discours très critiques en la matière. De fait, depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, en 2014, « la plus grande démocratie du monde » vit à l’heure du nationalisme hindou.

Chine : la faillite prochaine d’ Evergrande ?

 

Chine : la faillite prochaine d’ Evergrande ?

 

Pékin a déclaré à plusieurs reprises que les problèmes d’Evergrande pouvaient être maîtrisés. Les mesures prises pour accroître les liquidités dans le secteur bancaire et les efforts du groupe pour alléger sa dette ont un temps rassurer les investisseurs mondiaux.

Mais Evergrande a annoncé vendredi qu’il ne pouvait pas garantir de fonds suffisants pour honorer ses remboursements de dettes, ce qui a incité les autorités chinoises à convoquer le président du groupe.

Le groupe devait débourser quelque 82,5 millions de dollars (73,3 millions d’euros) à l’échéance d’une période de grâce de 30 jours mais aucun détenteur d’obligations n’avait reçu de paiement de coupon ce mardi, a fait savoir une source.

Quatre autres sources détenant les obligations ont confirmé qu’elles n’avaient pas reçu de paiement.

Evergrande était le premier promoteur immobilier de Chine, avec plus de 1.300 projets immobiliers dans le pays. Mais avec 300 milliards de dollars de dettes, il se retrouve désormais au coeur d’une crise immobilière qui déjà a balayé cette année une douzaine d’entreprises de plus petites envergures.

 

la Chine privée de sport international

la Chine privée de sport international

 

 

Deux raisons militent en faveur de la suppression de sport international d’abord l’affaire récente de la tenniswoman Oeng victime de la répression de l’appareil chinois. Ensuite évidemment les incertitudes relatives au développement Covid  via le variant omicron.

  »Nous répétons notre appel pour une enquête complète et transparente concernant l’affaire  Peng ». Indique la fédération de tennis international féminine

la deuxième incertitude concerne le développement potentiel du variant Omicron qui va compliquer l’organisation. Ce mardi 30 novembre, la Chine a affirmé que le variant Omicron allait rendre plus difficile l’organisation des Jeux olympiques d’hiver qui se déroule du 4 au 20 février 2022, à Pékin.

La pénurie d’électricité en Chine, pourquoi ?

La pénurie d’électricité en Chine, pourquoi ?

 

La crise énergétique en Chine pose la question de sa sécurité énergétique mais aussi du rythme de la croissance économique du pays, déjà mise à mal par les récentes difficultés du secteur immobilier et les mesures réglementaires prises par le gouvernement. Par Anderson Dong, analyste crédit, Carol Liao, économiste spécialiste de la Chine, Ke Tang, analyste crédit, chez Pimco.

 

Foyers plongés dans le noir, rues non éclairées et fermetures d’usines : depuis la mi-août, la Chine connaît sa pire pénurie d’électricité depuis des décennies, ce qui a entraîné un rationnement de l’électricité dans de nombreuses provinces.

Les coupures d’électricité ont perturbé de nombreux foyers et industries dans le pays, des centres manufacturiers du Guangdong, du Zhejiang et du Jiangsu aux provinces de la rust belt du nord-est (Liaoning, Jilin et Heilongjiang). La croissance de la production industrielle du premier consommateur mondial d’énergie est retombée aux niveaux observés pour la dernière fois au début de 2020, lorsque de lourdes restrictions liées au Covid-19 étaient en place.

Des pénuries localisées toujours possibles

L’intervention politique de Pékin pour remédier à la pénurie de charbon a permis d’atténuer la pénurie d’électricité depuis octobre, mais la State Grid Corporation of China (entreprise qui gère le réseau, le transport et la distribution d’électricité dans le pays. NDLR) a prévenu que l’hiver resterait problématique et que des pénuries localisées étaient toujours possibles.

Ce n’est pas seulement la sécurité énergétique de la Chine qui est en jeu, mais aussi la croissance économique du pays, déjà mise à mal par les récentes difficultés du secteur immobilier et les mesures réglementaires prises par le gouvernement. Le produit intérieur brut (PIB) du pays a connu son rythme de croissance le plus lent en un an au troisième trimestre de 2021, avec une hausse de 4,9 % par rapport à l’année précédente, inférieures aux prévisions du marché. Il s’agit d’un frein par rapport à la croissance de 7,9 % au deuxième trimestre et de 18,3 % au premier trimestre, ce qui laisse penser que la reprise chinoise ralentit.

Dans un scénario plus défavorable, nous estimons que la pénurie d’énergie pourrait entraîner une baisse de la croissance chinoise au quatrième trimestre d’environ 0,6 point de pourcentage par rapport à notre scénario de base actuel, à 3,4 %. Toutefois, nous pensons que l’impact réel sera probablement moins grave.

Voici cinq éléments à connaître sur la crise énergétique chinoise.

1. Les pressions gouvernementales pour réduire l’intensité carbone et énergétique en sont le principal moteur.

Les pannes d’électricité sont survenues au moment où Pékin a accru la pression sur les gouvernements régionaux pour qu’ils réduisent leurs émissions carbone, conformément à l’objectif du pays d’atteindre la neutralité d’ici 2060. Avec le boom industriel post-Covid, tiré par les exportations, qui a fait exploser la demande d’électricité, l’intensité énergétique (consommation d’énergie par unité de PIB) n’a baissé que de 2 % au premier semestre 2021[1], manquant ainsi l’objectif de 3 % fixé par le gouvernement – ce qui a déclenché cette nouvelle vague de rationnement de l’électricité.

2. Les pénuries d’approvisionnement en charbon et la flambée des prix sont également en jeu.

Depuis 2016, la Chine limite les nouvelles capacités de production de charbon, tout en relevant les normes de sécurité de production et de protection de l’environnement pour les mines existantes. Jusqu’à 2020, l’offre et la demande de charbon ont été largement équilibrées, avec une croissance de la demande de charbon d’environ 5 % par an au cours des cinq dernières années, selon nos estimations. Mais l’offre – tant la production que les importations – a eu du mal à suivre la forte reprise industrielle depuis 2020.

Les plans de décarbonation à long terme de la Chine, associés à la baisse des investissements dans de nouvelles capacités de production de charbon à l’échelle mondiale en raison des pressions environnementales, ont réduit la capacité de la Chine et d’autres pays à faire face à des poussées imprévues de la demande.

En conséquence, les prix du charbon se sont envolés. Le gouvernement chinois fixant les prix de l’électricité, la plupart des producteurs thermiques sont déficitaires aux niveaux actuels des prix et ne sont donc pas incités à augmenter l’offre.

3. L’impact réel sur l’économie pourrait être moins grave que prévu.

Le rationnement de l’électricité restera probablement une contrainte pour la production et l’approvisionnement à court terme, mais il pourrait ne pas causer de dégât supplémentaire en raison d’une demande plus faible, que l’on observe déjà avec le ralentissement du secteur immobilier et les restrictions liées à la pandémie.

En outre, il semble qu’il soit possible de réduire ces tensions. Pékin a mis en place des mesures d’assouplissement, telles que l’ajustement des politiques de décarbonation, l’augmentation de la production de charbon, l’accélération du développement de nouvelles mines, l’autorisation d’importer davantage de combustibles étrangers et l’augmentation de la flexibilité des prix de l’électricité, en particulier pour les industries à forte consommation d’énergie. Compte tenu de ces mesures, nous pensons que la pénurie d’électricité pourrait être atténuée d’ici la fin du premier trimestre 2022.

Nous pensons également que la croissance de la production industrielle pourrait encore ralentir au 4e trimestre 2021. En termes d’inflation, nous estimons que l’impact sur l’indice des prix à la consommation (CPI) de la Chine pourrait être limité en raison de la faiblesse de la demande due au ralentissement de l’économie, mais que l’indice des prix à la production (IPP) pourrait rester élevé. L’IPP d’octobre a augmenté de 13,5 % par rapport à l’année précédente, soit une hausse plus rapide que celle de 10,7 % enregistrée en septembre, et le rythme le plus rapide depuis 1995 [2].

Nous nous attendons à ce que la croissance du PIB ralentisse pour atteindre environ 5 % en 2022, en raison de la modération du secteur immobilier et des exportations, et donc à ce que les restrictions dans le domaine de l’énergie ne soient plus contraignantes. Les investissements et les exportations devraient également ralentir, tandis que la reprise du secteur des services, moins énergivore, devrait se poursuivre, ce qui pourrait contribuer à rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande d’énergie.

4. Les objectifs de la Chine en matière de réduction des émissions carbone pourraient avoir des répercussions mondiales.

Si les pannes d’électricité persistent, cela pourrait freiner la forte dynamique d’exportation de la Chine et peser davantage sur les perturbations actuelles de la chaîne d’approvisionnement. Même si les exportateurs chinois n’augmentent pas les prix, on s’attend à ce que les pénuries d’approvisionnement entraînent une hausse des prix de détail et de l’inflation sur les marchés de destination.

5. Nous sommes globalement positifs sur les titres de crédit du secteur asiatique des matières premières.

Notre opinion globalement positive sur le secteur asiatique des matières premières découle de ce que nous estimons être une bonne visibilité de ses performances financières au cours des six prochains mois. Nous privilégions les entreprises qui non seulement s’attendent à bénéficier du prix élevé des matières premières, mais aussi qui, selon nous, présentent déjà des profils de crédit autonomes solides. Parmi les principales matières premières, nous sommes positifs sur l’acier, l’aluminium, le pétrole et le gaz. La production d’acier brut étant en forte baisse, nous sommes prudents sur le minerai de fer et le charbon à coke.

Face à l’incertitude économique croissante en Chine et aux répercussions potentielles dans le monde entier, les investisseurs ont intérêt à adopter une approche plus sélective de leurs investissements. Nous pensons qu’il s’agit d’un moment particulièrement crucial pour être un investisseur actif, car la politique gouvernementale et les risques idiosyncratiques accentuent la divergence entre les gagnants et les perdants.

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[1] Source : The State Council Information Office of the People’s Republic of China

[2] Source : National Bureau of Statistics

Économie Chine : croissance modeste

Économie Chine  : croissance modeste

Signe sans doute du ralentissement économique mondial au quatrième trimestre, l’indice composite de Caixin pour le mois d’octobre, qui comprend à la fois l’activité manufacturière et l’activité des services, a légèrement augmenté à 51,5 contre 51,4 le mois précédent.

Selon les analystes, le secteur des services, qui a été plus lent à se remettre de la pandémie que l’industrie manufacturière, est plus vulnérable aux résurgences de l’épidémie de coronavirus dans le pays, ce qui assombrit les perspectives de reprise de la consommation dans les mois à venir.

Les  pressions inflationnistes persistantes et les inquiétudes concernant les chaînes d’approvisionneAvant signe sans doute du ralentissement économique mondial,ment ont fait chuter la confiance des entreprises à son plus bas niveau en quatre mois, selon l’enquête.

Économie Chine : croissance modeste

Économie Chine  : croissance modeste

L’indice composite de Caixin pour le mois d’octobre, qui comprend à la fois l’activité manufacturière et l’activité des services, a légèrement augmenté à 51,5 contre 51,4 le mois précédent.

Selon les analystes, le secteur des services, qui a été plus lent à se remettre de la pandémie que l’industrie manufacturière, est plus vulnérable aux résurgences de l’épidémie de coronavirus dans le pays, ce qui assombrit les perspectives de reprise de la consommation dans les mois à venir.

Les  pressions inflationnistes persistantes et les inquiétudes concernant les chaînes d’approvisionnement ont fait chuter la confiance des entreprises à son plus bas niveau en quatre mois, selon l’enquête.

 

Alliance Chine et pays musulmans ?

Alliance Chine et pays musulmans ? 

 Dans son dernier ouvrage, l’historien Emmanuel Lincot retrace avec érudition les enjeux géopolitiques des relations sino-musulmanes. 

Professeur à l’Institut Catholique de Paris, sinologue, Emmanuel Lincot est Chercheur-associé à l’Iris. Chine et Terres d’islam : un millénaire de géopolitique est son dernier ouvrage édité aux Presses Universitaires de France (PUF).

Interview dans le Figaro (extrait)


Avant d’interagir avec l’Islam à l’étranger, c’est surtout chez elle que la Chine est en contact avec le monde musulman, en particulier au Xinjiang. Quels sont les enjeux qui traversent cette région dans l’histoire des relations sino-musulmanes ?

 

Vous pointez un paradoxe dans le livre : l’islam est aujourd’hui majoritairement asiatique alors que ses mythologies politiques sont inspirées d’un creuset arabo-musulman à forte dimension identitaire…

Nos préjugés nous conduisent souvent à associer l’islam au seul monde arabe. Or l’islam est aujourd’hui majoritairement asiatique. La Chine est donc tout particulièrement concernée par ce phénomène aussi bien sur son propre territoire qu’à l’étranger.

Protéiforme, l’islam ne véhicule pas moins un certain nombre de référents linguistiques et mythologiques que partagent l’ensemble des peuples convertis. À commencer par l’arabe. Langue de la Révélation, langue du Coran, l’arabe structure car elle est la langue de la foi mais elle place aussi tout croyant non arabe en une sorte d’exil chez soi, au plus proche. Être un étranger chez soi : un impossible séjour, pourtant bien réel.

 

Cette situation dit aussi une condition de l’homme moderne. Car, que l’on soit Ouïgour, Pachtoune ou Pendjabi c’est-à-dire issu d’un islam asiatique aujourd’hui en effet majoritaire, les «mythologies politiques» – au sens où les définissaient Raoul Girardet – et auxquels l’on adhère sont inspirées d’un creuset arabo-musulman qui s’est forgé pour le Prophète et ses compagnons dans l’épreuve. Celle d’une exclusion et, pour les membres de la communauté comme les États musulmans s’y référant, cet acte fondateur reste un marqueur identitaire. C’est notamment l’épisode de l’Hégire et de l’exil à Médine où se formera à son instigation la première théocratie islamique. C’est aussi l’un des mythes fondateurs les plus importants de la pensée politique musulmane à partir duquel se rejouera d’ailleurs le destin des peuples pakistanais et palestinien (exil des Mohajirs (1947) pour les premiers, Nakba, un an plus tard, pour les seconds). C’est en cela que réside la force de l’islam que de parler à tous d’une histoire commune qui est pourtant vécue par chacun différemment.

Comment appréhendez-vous le traitement des Ouïgours actuellement en Chine ? Cette situation ne l’handicape-t-elle pas dans ses relations avec les pays du Proche Orient ?

La situation est terrible. Un million de Ouïgours sont incarcérés dans des camps de travail et de rééducation. Loin d’y avoir renoncé, le régime de Xi Jinping renoue avec une pratique totalitaire de sinistre mémoire et qui était celle initiée par son lointain prédécesseur, Mao Zedong. Lavage de cerveau, sévices psychologiques, torture et stérilisation des femmes ont été pointés du doigt par plus d’une organisation internationale.

Ces répressions ont redoublé d’intensités mais elles sont en réalité anciennes. La Révolution culturelle (1966-76) avait été particulièrement violente et même si une phase de répit avait pu être observée avec les réformes initiées par Deng Xiaoping, dans les années quatre-vingt, celles-ci ont repris après l’effondrement de l’URSS voisine, en 1991. Velléités d’indépendance pour les uns, retour à la tradition pour d’autres vont légitimer en retour le choix d’un «frapper fort» (yan da), nom de la politique mise en œuvre par Pékin.

Que pèse la question ouïgoure face aux milliards du projet des Nouvelles Routes de la Soie ? En vérité, pas grand-chose. Seuls les Occidentaux en ont fait leur cheval de bataille alors que le sort des Mongols ou des Tibétains semble oublié et que ni Washington ni Bruxelles ne se prononcent sur les exactions commises contre les chrétiens en Chine même.

 

La radicalité de part et d’autre va donner lieu, quelques mois seulement avant les attentats du 11 septembre 2001, à la création de l’Organisation de Coopération de Shanghai. Son bureau de renseignement, basé à Tachkent, permet aux membres de ladite Organisation de lutter contre le «séparatisme», l’«indépendantisme», l’«extrémisme» et d’extrader toute personne dissidente ou recherchée auprès des autorités de police chinoises. Les moyens mis en œuvre sont donc considérables mais ce que redoute avant tout Pékin, c’est l’existence de maquisards ouïgours radicalisés, comme ceux ayant rejoint l’ETIM, un groupuscule terroriste proche de Daech, dans des régions difficiles d’accès et que convoite Pékin par des alliances de revers. D’où l’empressement du gouvernement chinois de vouloir reconnaître le régime des Talibans, comme il l’avait d’ailleurs fait de 1996 à 2001.

Quelles sont ces régions potentiellement crisogènes pour les intérêts chinois ? Le Cachemire, le Baloutchistan, l’Afghanistan et le Tadjikistan, là même où dans la région du Gorno-Badakhchan, l’armée chinoise a aménagé un centre militaire appelé à grandir. Bien que ses activités soient discrètes, elles offrent à la Chine une profondeur stratégique et lui permettent de tenir à la fois en respect l’Inde, qui renforcera vraisemblablement sa présence, quant à elle, autour de la base aérienne tadjike d’Ayini, laquelle s’est avérée particulièrement utile lors de l’évacuation de ressortissants indiens depuis Kaboul à partir du 15 août dernier.

 

Par ailleurs, la question ouïgoure reste taboue pour ce qui concerne les relations entre la Chine et les pays du Moyen-Orient. L’islam y est moins un enjeu spirituel que politique. Les Chinois l’ont d’ailleurs parfaitement intégré. En cela, la grille de lecture que les Occidentaux ont adoptée et selon laquelle, pour reprendre le langage d’un Gilles Kepel, il existerait une «ligne belligène» entre les mondes chiite et sunnite, n’a, vu de Pékin, aucune pertinence. Au reste, que pèse la question ouïgoure face aux milliards du projet des Nouvelles Routes de la Soie ? En vérité, pas grand-chose. Seuls les Occidentaux en ont fait leur cheval de bataille alors que le sort des Mongols ou des Tibétains semble oublié et que ni Washington ni Bruxelles ne se prononcent sur les exactions commises contre les chrétiens en Chine même.

 

Un des grands moments de convergence géopolitique du monde chinois et du monde musulman a lieu durant la Guerre Froide avec le mouvement des non-alignés. Est-ce d’abord par l’existence d’un ennemi commun – l’Occident – que ces deux mondes sont amenés à converger ? Et que reste-t-il aujourd’hui de l’esprit de Bandung ?

Bandung (1955), nom d’une conférence organisée par le Président indonésien Sukarno, et l’émergence des «non-alignés» consacrait déjà, en pleine guerre froide, une division idéologique entre Moscou et Pékin. Deux entités communistes aussi distinctes que rivales se partageaient désormais le leadership du Tiers-Monde. Le soutien à la cause palestinienne par Mao Zedong reste en cela un cas d’école. Et il n’est pas le seul. Bien en amont, le soutien révolutionnaire et la tactique de guérilla participaient de cette «troisième voie» que Pékin entendait promouvoir contre les puissances coloniales française et britannique mais aussi contre Israël, vigoureusement critiqué pour son intervention à Suez, en 1956.

Plusieurs leviers furent alors actionnés : ressentiment anti-occidental avant tout et sympathie marxiste dans une bien moindre mesure ; l’atavisme religieux des élites musulmanes jouant ici à contre-courant d’un athéisme inhérent au régime communiste chinois. Idiots utiles, ou antisémites notoires, tel le grand Mufti de Jérusalem, furent alors approchés par le Front Uni et d’autres officines du Parti Communiste chinois. Brouillage des pistes et entrelacs croisant des filiations idéologiques parfois radicalement opposées entre elles permirent à Pékin de rallier bien des suffrages.

L’écrivain Léopold Sédar Senghor décrira Bandung comme une gigantesque « levée d’écrou » et la promesse d’un avenir meilleur pour ces pays du Sud, la plupart ayant été fraîchement décolonisés.

 

L’extrême gauche ne fut pas la seule obédience à être sollicitée. Depuis cette nébuleuse, Pékin dégagea un consensus entre radicaux de toutes obédiences. Ce consensus, toujours mutant n’en est pas moins actif à ce jour. Il vise à créer une alternative, et de nature souvent révisionniste, au discours occidental dominant, que ce soit sur la question ouïgoure ou celle des droits de l’homme.

Ne s’agit-il pas d’une autre forme de guérilla ? Née de ces opérations aussi furtives qu’incisives et s’exerçant souvent dans des milieux cultivant leur propre marginalité, cette guérilla se nourrit de mots et de postures. Elle fournit la preuve la plus éclatante de ces formes de conditionnement à la fois psychologique et existentiel, lequel est toujours subordonné à la définition de l’ennemi.

L’esprit de Bandung reste prégnant dans tous les communiqués chinois adressés à ce jour aux pays arabes ou africains car il est la première participation active de peuples qui se considèrent comme humiliés par l’histoire. Tous discutent de l’iniquité du système westphalien imposé par les Occidentaux qui les rejettent en parias et ne tiennent pas compte de leurs propres singularités non plus que de leur choix de développement. Hasard du calendrier : un certain Claude Lévi-Strauss publie la même année Tristes tropiques. Lentement le regard des Occidentaux sur leurs anciennes colonies sera amené à changer. L’écrivain Léopold Sédar Senghor décrira Bandung comme une gigantesque «levée d’écrou» et la promesse d’un avenir meilleur pour ces pays du Sud, la plupart ayant été fraîchement décolonisés. En cela, Bandung demeure un mythe.

Aujourd’hui, comme il y a mille ans, les relations entre la Chine et le monde musulman se structurent autour d’un concept majeur : les routes de la soie, désormais appelées Nouvelles Routes de la Soie. Peut-on dire que c’est une constante de leur histoire ?

Oui. Sans pour autant parler de déterminisme géographique, les itinéraires initialement sont les mêmes. Mais ce qui change, c’est le rapport à la technique, l’effacement des distances et les enjeux posés par le numérique. Il a fallu attendre l’élection d’Emmanuel Macron pour qu’en France les plus hautes autorités de l’État saisissent enfin l’importance des Nouvelles Routes de la Soie.

 

Savons-nous y répondre d’une manière pour autant adéquate en souscrivant au projet concurrent de l’Indopacifique tel que l’ont défini Washington et ses plus proches alliés de l’«anglosphère» ? Évidemment non, et la dénonciation du contrat de vente de nos sous-marins par l’Australie nous rappelle avec force la divergence entre chacun de nos angles de vue. Car cette logique de confrontation avec la Chine est étrangère à l’histoire que nous entretenons sur la longue durée avec ce pays. Aussi, faut-il maintenir des liens avec la Chine et ce, pour préparer l’avenir. C’est le travail des universitaires notamment. Ils sont a priori moins prisonniers de leurs fonctions que ne le sont les diplomates ou les militaires et doivent maintenir ainsi des canaux de communication. Y compris avec Taïwan, en l’occurrence ; île avec laquelle des parlementaires européens pratiquent une forme de diplomatie informelle. Elle s’avère très nécessaire dans le climat de tensions que nous savons. Pourvu qu’elle soit suivie d’actions concrètes. Dire comme l’a fait l’un de nos députés récemment auprès de ses hôtes taïwanais qu’ils «ne sont pas seuls» est émotionnellement sympathique. Mais il n’a pas plus d’effet que la rosée sur les pétales d’une fleur au petit matin !

La France du général de Gaulle avait reconnu la République populaire de Chine, et cultivait une proximité avec le monde arabe. Qu’en est-il aujourd’hui de notre positionnement par rapport à ces deux mondes ?

De Gaulle a toujours fait le pari du temps long. Il se refusait de parler de l’URSS par exemple mais bien de la Russie. Pourquoi ? Parce qu’il existe une certitude gaullienne selon laquelle les hommes et les régimes passent tandis que les pays demeurent. Si de Gaulle a reconnu la Chine en 1964 ce n’est certainement pas par sympathie communiste mais bien parce qu’il comprenait que l’on ne pouvait guère agir autrement. Poids de la démographie, maîtrise de l’arme nucléaire par Pékin la même année, contrepoids pouvant être utilisé à l’hégémonie soviétique : tous ces facteurs ont concouru à cette décision… De même pour le monde arabe avec lequel des relations devaient être privilégiées pour le soustraire à l’emprise soviétique et pour des raisons plus pragmatiques encore : la garantie d’un accès au pétrole.

Le gaullisme c’est à la fois une visée stratégique, de long terme donc, et une approche très pragmatique des relations internationales. Lorsque de Gaulle parlait auprès de ses interlocuteurs chinois et arabes c’était au nom de la France. Aujourd’hui, nos dirigeants le font au nom de la République, de la laïcité, des droits de l’Homme. C’est évidemment inaudible. Donc inefficace.

 

Non seulement notre logiciel est obsolète mais nous avons multiplié les angles morts dans nos choix diplomatiques. Nous avons perdu le sens à donner à une hiérarchisation de sujets sans doute prioritaires. Le Pakistan, l’Asie centrale, l’Iran sont des enjeux considérables que nous avons délaissés, par exemple, et au profit de la Chine seule. Nous sommes empêtrés dans des préjugés idéologiques qui nous isolent et nous aliènent. La France sera à la tête de la présidence de l’Union Européenne d’ici quelques mois. C’est là une occasion de se reprendre en main, de se réinventer, de recouvrer toute sa hauteur de vues.

Mais pour cela, nous devons renouer avec des pratiques qui furent celles des Grecs, mettant la métis (l’art de la ruse) au cœur de nos pratiques. Relisons Machiavel, travaillons à la compréhension des peuples, de leurs langages (pari difficile quand on sait que l’Académie française mène un combat d’arrière-garde sur la «préservation» de notre très contestable monolinguisme national…) cachons notre intelligence – laquelle est souvent synonyme à l’étranger d’arrogance – et nous saurons briller d’un tout autre éclat !

Chine : croissance modeste

Chine : croissance modeste

L’indice composite de Caixin pour le mois d’octobre, qui comprend à la fois l’activité manufacturière et l’activité des services, a légèrement augmenté à 51,5 contre 51,4 le mois précédent.

Selon les analystes, le secteur des services, qui a été plus lent à se remettre de la pandémie que l’industrie manufacturière, est plus vulnérable aux résurgences de l’épidémie de coronavirus dans le pays, ce qui assombrit les perspectives de reprise de la consommation dans les mois à venir.

Les  pressions inflationnistes persistantes et les inquiétudes concernant les chaînes d’approvisionnement ont fait chuter la confiance des entreprises à son plus bas niveau en quatre mois, selon l’enquête.

 

Croissance Chine : recul !

L’indice des directeurs d’achat (PMI), qui mesure l’activité des usines du pays, est tombé à 49,2 ce mois-ci, contre 49,6 en septembre, selon le Bureau national des statistiques .

L’activité manufacturière en Chine s’est contractée plus que prévu en octobre, selon des données officielles publiées dimanche, suggérant que le secteur industriel reste confronté à une crise énergétique qui a fait bondir les prix et provoqué des pénuries.

Un nombre supérieur à 50 témoigne d’une expansion de l’activité et, en-deçà, il traduit une contraction. Il s’agit du deuxième mois consécutif en territoire négatif du PMI officiel depuis février 2020, lorsque l’épidémie de Covid-19 faisait rage et qu’un grand nombre d’usines étaient à l’arrêt.

Un groupe d’analystes interrogés par l’agence Bloomberg avaient anticipé un chiffre de 49,7, ce qui aurait constitué une légère amélioration. Les indices de la production et des nouvelles commandes étaient tous deux en contraction, ce qui indique un affaiblissement de l’offre et de la demande, a concédé Zhao Qinghe, statisticien de la BNS dans un communiqué.

L’économie chinoise s’est largement remise du choc initial de la pandémie, mais le BNS a assuré que la menace d’épidémies locales continuait de peser sur le moral des consommateurs. Parallèlement, l’indice des prix a continué d’augmenter, reflétant la hausse des prix d’achat des matières premières telles que le pétrole et le charbon. La reprise économique mondiale a entraîné ces dernières semaines une forte hausse des prix de toutes les énergies, en particulier du pétrole.

Croissance Chine : Tassement

Croissance Chine : Tassement

 

L’indice des directeurs d’achat (PMI), qui mesure l’activité des usines du pays, est tombé à 49,2 ce mois-ci, contre 49,6 en septembre, selon le Bureau national des statistiques .

L’activité manufacturière en Chine s’est contractée plus que prévu en octobre, selon des données officielles publiées dimanche, suggérant que le secteur industriel reste confronté à une crise énergétique qui a fait bondir les prix et provoqué des pénuries.

Un nombre supérieur à 50 témoigne d’une expansion de l’activité et, en-deçà, il traduit une contraction. Il s’agit du deuxième mois consécutif en territoire négatif du PMI officiel depuis février 2020, lorsque l’épidémie de Covid-19 faisait rage et qu’un grand nombre d’usines étaient à l’arrêt.

Un groupe d’analystes interrogés par l’agence Bloomberg avaient anticipé un chiffre de 49,7, ce qui aurait constitué une légère amélioration. Les indices de la production et des nouvelles commandes étaient tous deux en contraction, ce qui indique un affaiblissement de l’offre et de la demande, a concédé Zhao Qinghe, statisticien de la BNS dans un communiqué.

L’économie chinoise s’est largement remise du choc initial de la pandémie, mais le BNS a assuré que la menace d’épidémies locales continuait de peser sur le moral des consommateurs. Parallèlement, l’indice des prix a continué d’augmenter, reflétant la hausse des prix d’achat des matières premières telles que le pétrole et le charbon. La reprise économique mondiale a entraîné ces dernières semaines une forte hausse des prix de toutes les énergies, en particulier du pétrole.

Chine : la mainmise maintenant du parti communiste sur les établissements financiers

Chine : la mainmise maintenant du parti communiste sur les établissements financiers

 

Après avoir engagé fin 2020 une offensive réglementaire contre les géants de la tech, le président chinois lance une vaste campagne d’inspections des établissements financiers, dont il se méfie depuis son arrivée au pouvoir il y a une décennie.( Un article du Wall Street Journal)

 

Bien décidé à empêcher l’économie chinoise de céder aux forces du capitalisme, le président Xi Jinping s’attaque à présent aux liens que les banques publiques nationales et d’autres fleurons de la finance ont tissés avec de grands acteurs du secteur privé.

Après avoir engagé fin 2020 une offensive réglementaire contre les géants technologiques, M. Xi lance une vaste campagne d’inspections des établissements financiers. Selon des sources proches de ce projet, les inspections, annoncées en septembre sans faire l’objet d’une communication détaillée, visent à établir si les banques publiques, fonds d’investissements et organes de réglementation financière entretiennent une trop grande proximité avec des entreprises privées, et notamment avec certains groupes qui se sont récemment retrouvés dans le collimateur de Pékin – comme le géant de l’immobilier Evergrande, la société de VTC Didi ou encore la fintech Ant Group.

Menée par la principale agence chinoise anticorruption et axée sur 25 établissements financiers au cœur de l’économie chinoise, cette initiative est la plus importante qui ait été engagée à l’endroit du secteur financier, dont M. Xi se méfie depuis son arrivée au pouvoir il y a près d’une décennie. Elle s’inscrit dans le cadre de plus larges efforts de M. Xi pour tenir le système économique chinois à l’écart du modèle capitaliste occidental avant la phase de transition du pouvoir fin 2022, qui devrait voir l’actuel président s’affranchir des conventions et briguer un troisième mandat.

A compter de ce mois-ci, des agents de la lutte anticorruption de la Commission centrale des inspections disciplinaires se déploieront dans les bureaux de 25 établissements financiers publics afin de consulter les registres de prêts, investissements et documents réglementaires, et de déterminer l’origine de certaines transactions ou décisions liées à des entreprises privées, ont indiqué des sources proches du projet.

Selon ces sources, les individus soupçonnés de s’être engagés dans des opérations inappropriées feront probablement l’objet d’enquêtes formelles de la part du Parti communiste, voire d’accusations ultérieures, et toute entité reconnue s’être écartée du droit chemin devrait être sanctionnée.

L’exécutif s’appuiera par ailleurs sur les conclusions de ces inspections pour décider de sabrer ou non dans la rémunération des dirigeants de ces poids lourds du secteur financier public. Certains représentants du ministère des Finances, qui abonde les grands établissements financiers publics, ont fait pression en faveur de ces baisses de rémunération, le secteur étant jugé trop généreuse en la matière par rapport à d’autres industries.

Lors d’une réunion, le 26 septembre, dont l’objet était de mobiliser les troupes avant le lancement des nouvelles inspections, Zhao Leji, l’actuel directeur de l’organe anticorruption de l’exécutif, a déclaré que les inspecteurs chargés de l’examen des 25 établissements financiers procéderaient à « une recherche minutieuse de tout écart politique », selon l’agence de presse officielle Xinhua.

Ni la Commission centrale des inspections disciplinaires ni le bureau d’information du Conseil des affaires de l’Etat (le gouvernement central) n’ont répondu à nos questions. Les services de presse des 25 établissements inspectés et des autres entreprises mentionnées dans le présent article n’ont pas non plus répondu à nos sollicitations.

Cet examen du secteur financier survient au moment où Pékin tente de remédier à la dépendance de l’économie chinoise à l’égard de gigantesques projets de construction financés par la dette et responsables des turbulences dans le secteur immobilier. En élargissant le champ de ses offensives dans l’économie, M. Xi risque cependant d’initier une dynamique susceptible de porter fortement préjudice à la croissance dans les mois à venir.

Face aux incertitudes, de nombreuses banques se retirent déjà du crédit aux promoteurs et autres acteurs privés, observent des analystes.

« Dans un environnement incertain, la seule réaction que vous pouvez avoir est d’arrêter ce que vous êtes en train de faire », note Michael Pettis, professeur de finance à l’université de Pékin. Un ralentissement de l’activité économique dans le secteur privé – depuis les géants technologiques, préoccupés par le climat réglementaire, jusqu’aux promoteurs privés n’ayant plus accès au crédit bancaire – crée cependant un dilemme pour Pékin. « Sans ses « mauvais prêts », l’objectif de croissance ne pourra pas être atteint », souligne M. Pettis.

Le gouvernement pourrait donc être contraint de recourir aux vieilles méthodes de relance consistant à accroître les prêts publics aux investissements en infrastructures, aggravant au passage les déséquilibres au détriment du crédit privé que l’exécutif s’est engagé à corriger.

L’objectif de M. Xi, selon certains représentants de l’Etat, est de veiller à ce que le parti ait le contrôle total des moteurs économiques du pays, en empêchant le secteur financier de passer aux mains de grandes entreprises privées et d’autres acteurs de poids menaçant l’influence de l’Etat.

Les modalités des enquêtes anticorruption sont souvent obscures. Durant ses premières années au pouvoir, M. Xi avait engagé une vaste campagne visant à la fois à assainir un parti miné par la corruption, et à faire tomber ou à écarter des figures politiques rivales pour garder la haute main sur le pouvoir.

En Chine, le secteur financier est connu pour être la base sur laquelle le vice-président Wang Qishan a assis son pouvoir, s’étant fait un nom dans les années 1990 lorsqu’il était à la tête de China Construction Bank, avant d’installer, des années durant, des proches à des postes stratégiques au sein d’établissements soutenus par l’Etat, tels que China Construction Bank.

Les prêts des banques publiques au promoteur en difficulté Evergrande, en particulier, feront également l’objet d’un examen. Autrefois admiré, Evergrande, qui cumule plus de 300 milliards de dollars de dettes, pourrait être à l’origine de l’un des plus importants défauts de paiement en Chine

Agissant comme responsable de la lutte anticorruption de M. Xi au cours du premier mandat de ce dernier, M. Wang avait largement maintenu le secteur financier à l’écart des enquêtes ciblant d’autres secteurs de l’économie. Les risques financiers se sont toutefois accumulés, en partie à cause du dynamisme de l’activité de crédit des banques publiques à l’égard de grandes entreprises avec lesquelles elles entretiennent des relations étroites.

L’influence politique de M. Wang a diminué ces derniers mois. Un conseiller de longue date a été accusé en août d’avoir accepté plus de 71 millions de dollars de pots-de-vin. M. Wang a été en relation avec certaines des sociétés financières aujourd’hui dans le viseur des autorités, selon des sources bien informées de la campagne d’inspections.

China Construction Bank, par exemple, a contribué au financement des acquisitions à l’étranger du conglomérat HNA Group. HNA, dont le président Chen Feng est un ancien conseiller de M. Wang, s’est déclaré en faillite l’an dernier, croulant sous le poids de sa dette. HNA a révélé fin septembre que M. Chen avait été détenu pour soupçon d’infractions pénales.

Les prêts accordés par China Construction Bank à HNA devraient faire partie des activités examinées dans le cadre de la campagne d’inspections, selon nos sources.

Les prêts des banques publiques au promoteur en difficulté Evergrande, en particulier, feront également l’objet d’un examen, ont indiqué les sources. Autrefois admiré, Evergrande, qui cumule plus de 300 milliards de dollars de dettes, pourrait être à l’origine de l’un des plus importants défauts de paiement en Chine.

L’un de ses principaux créanciers est le conglomérat financier Citic Group, qui est aujourd’hui dans le collimateur des autorités. Citic, fondé à la fin des années 1970 afin de tester le capitalisme par Rong Yiren, le plus célèbre « capitaliste rouge » de Chine, a développé au fil des années ce qui s’apparente le plus dans le pays à une culture « façon Wall Street ».

Ses banquiers prennent des risques que rejettent certains prêteurs classiques, allant jusqu’à créer des fonds d’investissement pour des entreprises comme Evergrande. Ainsi, lorsque le promoteur a eu besoin d’argent pour financer des projets en 2015, Citic s’est engagé à lui apporter 3 milliards de dollars, selon des sources proches du dossier. Citic a ensuite structuré les fonds en produits d’investissement vendus à des petits porteurs, leur promettant un taux de rendement élevé financé par les remboursements de prêts d’Evergrande. Un défaut de paiement du promoteur menacerait les capitaux de ces investisseurs.

Ces dernières années, malgré les avertissements répétés de Pékin à l’encontre du crédit immobilier, Citic a apporté plus de 10 milliards de dollars à Evergrande, selon des sources proches de la banque.

Xie Hongru, ancien directeur de Citic Bank à Canton, ville du sud du pays proche de Shenzhen, où est basé Evergrande, fait l’objet d’une enquête de la part des autorités disciplinaires du parti depuis le mois dernier, selon l’agence anticorruption. M. Xie a dirigé la succursale de 2015 à 2018, période durant laquelle Citic a augmenté ses financements à destination d’Evergrande. La campagne d’inspections du secteur financier inclura un examen élargi des pratiques de crédit de Citic.

Fin septembre, Fang Heying, directeur financier de Citic Bank et représentant le plus élevé du parti au sein de la banque, a annoncé à des investisseurs que celle-ci avait pris des mesures pour réduire son exposition globale à Evergrande, et mis de côté des fonds pour faire face à des pertes potentielles sur le promoteur.

D’autres grands créanciers publics d’Evergrande, dont la banque détenue par le conglomérat China Everbright Group et Agricultural Bank of China, l’une des quatre premières banques du pays, font également l’objet d’un examen dans le cadre des inspections financières, ont précisé les sources proches du dossier.

Les inspecteurs s’intéresseront aussi à la manière dont un petit cercle de fonds d’Etat, dont le fonds souverain China Investment Corp. (CIC), et ceux que dirigent de grandes banques et compagnies d’assurance, ont fini par investir dans des entreprises privées aujourd’hui au cœur de l’offensive de M. Xi contre les groupes technologiques, selon nos sources.

« Ces investissements représentent-ils l’intérêt de l’Etat, ou ceux de quelques individus, s’interroge l’une de ces sources. C’est une question clé. »

CIC, dont la tâche est de chercher à conclure des transactions en dehors de Chine, a investi dans Ant Group, la fintech en difficulté fondée par Jack Ma, et dans Didi Global, l’entreprise de VTC qui fait l’objet d’une enquête de cybersécurité après son introduction en Bourse à New York fin juin.

CIC, qui détient environ 1 000 milliards de dollars d’actifs, a établi un bureau pour collaborer avec les inspecteurs, lesquels devraient se rendre à son siège à Pékin cette semaine, selon des sources proches de l’entreprise. « Les gens sont inquiets », a indiqué l’une de ces sources.

China Life Insurance, l’une des plus grandes compagnies d’assurance du pays, compte également des investissements dans Ant et Didi. En 2016, l’assureur a investi environ 600 millions de dollars dans Didi au moment où le groupe se livrait à une concurrence acharnée contre Uber Technologies – une bataille que le chinois avait finalement gagnée.

Pour Ant, le fait d’avoir à ses côtés des groupes publics de cette envergure avait été un avantage pour franchir les différentes étapes de l’examen par les autorités réglementaires de sa demande d’introduction en Bourse à l’été 2020, comme l’a déjà rapporté le Wall Street Journal. Ces investisseurs publics, compte tenu de leurs moyens financiers et de leurs relations politiques, ont aussi facilité le développement rapide de Didi au cours des dernières années, selon des sources proches de l’entreprise.

Des régulateurs, y compris la banque centrale chinoise et les organes de surveillance du secteur bancaire, de l’assurance et des marchés financiers, se retrouvent aussi dans la ligne de mire des autorités, qui cherchent à savoir s’ils auraient pu commettre des négligences ou entretenir une trop grande proximité avec les acteurs du secteur qu’ils étaient censés réglementer, selon les sources proches du dossier.

Pour M. Xi et la Chine, un examen de cette ampleur présente le risque de compliquer encore davantage l’accès au système financier de petites sociétés privées qui peinent déjà à trouver des financements.

La dernière enquête décidée par M. Xi à l’encontre du secteur financier remonte au krach boursier de 2015, le président chinois ayant alors déployé des responsables de la sécurité publique dans les bureaux des autorités des marchés financiers et des courtiers soutenus par l’Etat pour déterminer si les régulateurs avaient cherché, en association avec les entreprises concernées, à déclencher la chute des cours dans le cadre d’un « coup financier » visant à déstabiliser l’économie chinoise et M. Xi.

Cette enquête avait abouti à l’incarcération de quelques responsables réglementaires, banquiers et investisseurs accusés de délit d’initié. Elle avait également conduit Pékin à bloquer certaines mesures attendues de longue date, telles que celles visant à faciliter la vente d’actions par des entreprises privées.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Traduit à partir de la version originale en anglais

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