Archive mensuelle de août 2022

Sondage croissance : stable en août mais perspectives en baisse

Sondage croissance  : stable en août mais perspectives en baisse

 

D’après  l’Insee, le moral des chefs d’entreprise demeure encore satisfaisant en août. Paradoxalement ,il est en contradiction avec celui des ménages particulièrement pessimistes sans doute à cause des dégâts de l’inflation sur le pouvoir d’achat sans parler des inquiétudes sur l’énergie . Le  moral des chefs d’entreprise, s’est établi à 103, au-dessus de sa moyenne de long terme qui est de 100. Dans le détail, la détérioration enregistrée dans l’industrie a été compensée par une amélioration dans le commerce de détail et dans une moindre mesure dans le bâtiment.

L’économie française semble donc avoir encore devant elle une période de répit relatif. De quoi rassurer Bercy qui table sur une croissance de 2,5 % cette année. « Ce niveau devrait être atteint, il est même possible que le chiffre soit finalement supérieur. En revanche le choc sera pour 2023, et j’ai un très gros doute sur l’objectif de croissance de 1,3 % affiché pour le moment par l’exécutif », estime Patrick Artus. Le conseiller économique de Natixis table pour sa part sur « une croissance négative l’an prochain ». « La croissance marquera le pas en 2023 et s’établira probablement proche de 0 % pour l’ensemble de l’année », estime ING.

Moins pessimiste, Mathieu Plane évoque « un grand flou pour 2023 ». « La récession n’est pas notre scénario central, mais l’objectif de 1,3 % sera difficile à tenir  », juge-t-il, alors que l’OFCE avait annoncé en juillet tabler sur +1 % l’an prochain.

Politique– Discours d’Elisabeth Borne aux patrons: ennuyeux et mollasson

Politique– Discours de Borne aux patrons: ennuyeux et mollasson

 

Le discours d’Élisabeth Borne devant le Medef ne marquera sans doute pas l’histoire économique. Pas grand-chose à retenir sinon quelques intentions mais pas de décision encore moins d’enthousiasme pour l’économie. Bref du Macron mais plus plat et plus mou. On retiendra essentiellement la porte ouverte à la taxation des superprofits, la demande de plan de sobriété dans les entreprises et la possibilité de rationnement de l’électricité.

 

« Quand je l’ai entendu, j’ai pensé ‘confinement énergétique’ », déclare ce premier chef d’entreprise au micro d’Europe 1. « Responsabiliser les gens, c’est important. Leur faire peur, c’est parfois gênant », poursuit-il, « et en tout cas, restreindre les libertés des Français, ce n’est pas bon », ajoute le patron.

Présente ce lundi après-midi, une participante reproche le manque d’optimisme d’Élisabeth Borne dans ce discours de rentrée. « Soporifique », lâche-t-elle auprès d’Europe 1. « J’ai trouvé que son discours était particulièrement pessimiste. Nous avons besoin d’optimisme en France, et donc nos dirigeants doivent aussi nous transmettre cette valeur et cette façon de voir les choses », estime la cheffe d’entreprise. Des réactions qui sont donc mitigées pour le discours de rentrée d’Élisabeth Borne.

Viande et Barbecue: question de virilité ou de porte-monnaie ?

Viande et Barbecue: question de virilité ou de porte-monnaie ?

 

 

De dérive en dérive,  les écolos bobos d’Europe écologie les Verts  (EELV)  se noient dans un patchwork idéologique qui tente d’articuler climat, virilité, pollution, et alimentation. On est souvent loin des questions environnementales et plus proches de militantisme éco féministe et  gauchiste. Dans ce brouillard idéologique fumeux,  Sandrine Rousseau se distingue allant jusqu’à considérer que le barbecue est un symbole de virilité. Les hommes tentant d’affirmer leur domination à travers la consommation de viande et la façon de la faire cuire ! Certes on peut effectivement discuter des effets néfastes d’une surconsommation de viande sur la santé et sur  l’environnement mais de la en faire une question de sexualité relève des divagations intellectuelle et idéologique courante chez les écolos bobos.

Fabien Roussel a lui  réagi aux propos tenus par la députée écologiste Sandrine Rousseau. «Pour moi, on mange de la viande en fonction de ce que l’on a dans le porte-monnaie et pas de ce que l’on a dans sa culotte ou dans son slip», a lancé le député du Nord et ancien candidat communiste à l’élection présidentielle.

Samedi 27 août, à l’occasion d’une table ronde lors de l’université d’été des écologistes à Grenoble, Sandrine Rousseau a affirmé qu’il fallait «changer de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité», provoquant l’ire de nombreux élus de droite sur les réseaux sociaux.

Economie, politique, société: les plus lus (31 août 2022 – 7h20)

Fin de l’abondance : un président mal placé pour en parler

Fin de l’abondance : un président mal placé pour en parler

 

Fin de l’abondance, des évidences et de l’insouciance ; Un discours assez apocalyptique et culpabilisateur d’un président mal placé pour en parler. ( papier de Philippe Mabille dans la Tribune)

 

Sans attendre les premiers pavés de la colère sociale que l’inflation galopante des prix de l’énergie laisse présager, comme on le voit déjà venir en Angleterre qui a décidé de jouer la carte de la vérité des prix du gaz et de l’électricité plutôt que de la maquiller dans la dette publique, le président de la République a pris les devants dès le conseil des ministres de rentrée par des propos glaçants venus ponctuer un été caniculaire.

« Je crois que ce que nous sommes en train de vivre est de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement (…) Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance ». Des propos étonnants de la part du champion estival du jet ski dont le ministre des Transports Clément Beaune dénonce l’usage abusif des jets privés par les milliardaires. Quand on appelle chacun à ne pas céder à la démagogie, peut-être faut-il commencer par se l’appliquer à soi-même…

Pour Emmanuel Macron, nous vivons aussi la « fin des évidences » avec « la montée des régimes illibéraux et le renforcement des régimes autoritaires » ainsi que « la fin d’une forme d’insouciance ». N’en jetez plus, et prenez un Xanax… Grande bascule, grand bouleversement, régimes autoritaires… il n’en fallait pas plus pour réveiller la sphère complotiste qui a vu dans le choix de ces termes une référence au « Big Reset », la grande réinitialisation appelée de ses vœux par Klaus Schwab, le fondateur du forum de Davos vilipendé pour avoir prédit, tel Cassandre, les malheurs qui nous sont ou vont nous arriver : de la pandémie (Covid) à la pénurie (crise de l’énergie), il n’y a plus qu’un pas à franchir, celui justement de la fin de l’abondance, qui n’est pas, comme son nom l’indique faussement, ce fromage à la pâte pressée demi-cuite, fabriqué en Savoie avec le lait des vaches du même nom… Mais bien l’arrivée à maturité du fameux « monde d’après » annoncé dès le premier jour du premier confinement. Mise en cause de la consommation ostentatoire - l’usage immodéré des jets, l’arrosage des golfs- au prix d’une poussée de la démagogie amplifiée par les réseaux sociaux, angoisse climatique extrême, polarisation d’une société minée par les inégalités et à plusieurs vitesses : voici ce qui advient lorsque le point de bascule est atteint… c’est un peu cela aussi que dit et semble craindre Emmanuel Macron, dans une version moderne du célèbre Sapeur Camember : lorsque les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites.

Les années 2020 ont commencé par une fermeture générale mais heureusement temporaire, de toutes les activités humaines (ou presque)… 2022 s’achève dans un climat tropical sur fond au pire de menaces nucléaires, de troisième guerre mondiale entre les Etats-Unis, la Russie voire la Chine, et de famines, au mieux de coupures de gaz et d’électricité. Macron-Cassandre, tout en appelant à ne pas céder à la démagogie, a la prévenance de nous en prévenir : Winter is coming.

L’objectif, on le mesure bien, n’est pas de casser le moral des troupes : le chef de l’Etat use et abuse comme à son habitude de la dramatisation (souvenons-nous du martial « nous sommes en guerre… » de mars 2020) pour appeler à la mobilisation : la solution est en toi, peuple de France, il va juste falloir travailler plus, pas forcément pour gagner plus, mais pour avoir un toit bien chauffé cet hiver.

La fin de l’abondance annonce donc avec certitude une nouvelle ère de réformes sociales dont Elisabeth Borne précisera ce lundi lors des Rencontres des Entrepreneurs de France (REF), ex Université d’été du Medef, à l’hippodrome de Longchamp, le programme des réjouissances : à commencer par celle de l’assurance-chômage, avec une modulation des règles selon les régions pour encourager à la reprise d’un emploi les fainéants qui persistent à ne pas travailler alors que l’emploi lui est abondant si l’on en croit le nombre d’offres non pourvues ; mais aussi allongement progressif de l’âge de départ à la retraite des seniors vers les 65 ans, ainsi que la fin programmée, progressive elle-aussi des 35 heures, via l’encouragement à coup d’exonérations fiscales au rachat par les entreprises des jours de RTT en 2023 et sans doute au-delà. Un petit coup de pouce au pouvoir d’achat des salariés et un gros coup de pouce à la productivité.

Bref, on l’aura compris, la fin de l’abondance a bon dos, elle prépare surtout un changement de braquet vers plus de rigueur, l’austérité n’étant pas loin de la sobriété comme on le verra fin septembre lors de la présentation du budget lorsqu’il faudra payer la facture de la douce négligence des dernières années.

On aurait pu espérer une communication moins plombante : après le sang et les larmes annoncées par Macron, la Première ministre, devenue plus populaire que le président, aura la lourde tâche de vendre aux Français son grand plan pour une sobriété choisie plutôt que subie, une sobriété juste et équitablement répartie. Et pourquoi pas nous vendre la sobriété comme une chance, une opportunité, celle de changer de modèle. Présenter l’inflation comme une « chance » est toutefois difficile à vendre, car la transition, à l’évidence, ne se fera pas sans douleur ni peine : même le président de la puissante Fed, la banque centrale américaine, l’a dit à Jackson Hole, la grande réunion annuelle des grands argentiers, face aux montagnes éternelles du Wyoming : « la lutte contre l’inflation va faire souffrir les ménages et les entreprises américains » et « va prendre du temps », mais « y renoncer serait encore plus dommageable » pour l’économie. Il n’en fallait pas plus pour plomber la rentrée des marchés financiers, qui ont été aussi glacés par la dureté de Powell que les Français par la franchise de Macron.

Alors que les prix du gaz et de l’électricité atteignent des sommets sur le marché de gros, au-delà des 1000 euros le mégawattheure, c’est bien le fonctionnement du marché de l’énergie en France qui révèle ses failles, analyse Marine Godelier. Dans une enquête fouillée, elle en décrypte les causes et les conséquences : entre arbitrage sur l’ARENH, revente d’électricité à prix fort, couverture peu sérieuse et offres mensongères, certains fournisseurs auraient multiplié les combines, au détriment du consommateur. A travers trois épisodes, la Tribune vous propose une immersion dans un univers plus que jamais sous tension : celui du marché de la fourniture d’électricité.

En attendant, le gouvernement cherche des solutions innovantes, comme par exemple faire payer moins cher ceux qui acceptent de se restreindre pendant les pics de demande : en gros, tu ne te laves pas, ne te chauffes pas et ne fais pas de lessives pendant quinze jours par mois et tu auras droit à une réduction sur ta facture annuelle…

En fait, ce qui surprend un peu, c’est le hiatus entre la sombre tonalité du discours de rentrée de Macron et les propos plus rassurants de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui passe son temps à corriger le tir. Le Maire, qui parlera mardi pour la deuxième journée des rencontres du Medef aura le beau rôle, celui de dire qu’après la pluie, viendra le beau temps… Avec réalisme, toutefois : le pic d’inflation, maintes fois repoussé, n’interviendra pas avant Noël prochain. De là à promettre qu’il faudra manger des patates en grelottant de froid sous des couvertures avec des chaussettes en laine, il ne faut pas pousser l’abondance dans les orties de peur qu’elle ne se retourne contre son promoteur.

Philippe Mabille, directeur de la rédaction

Allemagne : une politique de défense pas très européenne

Allemagne : une politique de défense pas très européenne

A contre-courant des analyses françaises sur le fonds spécial allemand de 100 milliard d’euros, le groupe Vauban estime que ce fonds temporaire n’est qu’un miroir aux alouettes. Son montant sera essentiellement investi dans des plateformes de remplacement, principalement américaines. Loin, très loin de la stratégie cohérente de la France en matière de défense. Par le groupe Vauban. (La tribune)

« Au bilan, le fonds spécial est un miroir aux alouettes : son montant colossal sera investi dans des plateformes de remplacement, principalement américaines, et ne sauvegardera au fond que les coopérations européennes qui comptent pour l’Allemagne : la Norvège et les Pays-Bas ». (Vauban) (Crédits : Reuters)

Après l’annonce le 27 février dernier d’un grand emprunt de 100 milliards d’euros pour réarmer la Bundeswehr, la réaction de la plupart des experts français a été de s’en alarmer : la France qui ne pèse déjà plus grand-chose sur la scène européenne, aura-t-elle perdu au profit de l’Allemagne son leadership militaire ? L’analyse minutieuse des documents allemands démontre que ces inquiétudes sont vaines et posent surtout le problème sous un mauvais angle.

La première réaction constatée en France aura été la stupeur devant le chiffre de 100 milliards. Ce chiffre à lui seul a provoqué parmi les experts de la défense un effroi totalement incompréhensible. En effet, ce fonds est un emprunt : à ce titre, il donne lieu à un paiement d’intérêts de l’ordre de 3 milliards, soit autant de moins pour la défense. A titre d’exemple, pour l’année 2023, sur les 8,18 milliards d’euros issus du fonds spécial, qui vont abonder le budget ordinaire de la défense, 308 millions d’euros iront payer les intérêts et il en sera de même chaque année jusqu’en 2027.

Ensuite, ce fonds n’est pas récurrent au contraire des lois de programmation militaire (LPM) françaises. Il n’a été voté que pour la durée du mandat d’Olaf Scholz : la CDU/CSU durant les débats parlementaires et l’Institut der deutschen Wirtschaft (IW) de Cologne dans une récente étude confidentielle lue par les auteurs de ces lignes, ont bien raison de souligner qu’après, rien n’est prévu pour garantir que le budget de la défense allemand se conformera à la trajectoire de l’OTAN des fameux 2% du PIB. Or, un effort de défense se construit dans la durée, ce que ce Fonds ne permet pas. En ce sens, il est un effort de rattrapage, courageux (pour la majorité de gauche qui l’a voté) mais temporaire et à ce titre, dangereux pour les soubresauts qu’il peut provoquer.

L’analyse du projet de budget qui sera débattu le 7 septembre prochain au Bundestag, montre combien ce fonds était nécessaire pour financer ce qui ne l’était pas : frégates F-126, sous-marins U-212 C/D, missiles, munitions et équipements du fantassin. Précision importante et totalement oublié dans les commentaires français : le budget ordinaire de la défense lui stagnera à 50 milliards d’euros sur la période du fonds et le budget d’équipement lui baissera régulièrement, compensée il est vrai par l’augmentation des décaissements du fonds spécial : de 2022 à 2023, le budget ordinaire d’équipement aura perdu 1,8 milliard d’euros (de 20,4 à 18,6).

Après 2027, que se passera-t-il ? Le budget stagnera-t-il à ce niveau, élevé certes, mais insuffisant pour les besoins durables des armées ? Le budget d’équipement continuera-t-il à baisser ? Comment prétendre dans ces conditions d’incertitude budgétaire à un leadership militaire ? On est ainsi, au bout du compte, très loin du réarmement annoncé par les Cassandre françaises mal informées (lisent-ils seulement l’allemand ?), et très loin du sursaut espéré par les industriels de l’armement allemands, sans ne rien dire que les forces armées avaient chiffré leurs besoins à 300 milliards sur dix ans !

Enfin, ce fonds ira essentiellement financer des commandes étrangères. C’est le trait le plus intéressant de ce fonds, dont l’aspect très politique aura été, au final, peu souligné. Pour assurer son ancrage dans l’OTAN, conserver sa relation transatlantique et aller vite dans la passation des marchés, le Chancelier Scholz a fait le choix de commandes sur étagères, donc étrangères. A part le développement de l’Eurofighter dans sa version de guerre électronique et la poursuite des commandes corvettes K130 (3ème lot), la décision a été prise de favoriser les achats étrangers : certes, pour palier les carences criantes d’une armée qui manque de tout et ne fait jamais la guerre.

La commande sur étagères est la solution la plus facile, comme l’est également la poursuite de séries déjà engagées ou de contrats déjà signés mais sans financement (cas des corvettes, du missile NSM germano-norvégien), mais l’essentiel des commandes partira aux Etats-Unis (modernisation des Patriot, 35 F-35, 60 CH-53 et 5 voire 8 P-8 Poseidon), un peu en Israël (radars, missiles anti-chars et armement des drones Heron TP) et en Norvège (coopération sur le sous-marin U-212 C/D et le missile NSM), voire en Finlande (remplacement probable du Fuchs par un véhicule de Patria), les commandes allemandes étant beaucoup moins nombreuses qu’attendu.

Entre besoins urgents de remplacement et politique industrielle, le gouvernement fédéral a fait le choix du court terme sur le long terme, de l’achat extra-européen sur l’achat européen. C’est là un choix politique assumé qui désespère l’industrie allemande d’armement et les autres partenaires européens de l’Allemagne, mais c’est bien mal connaître la politique de défense allemande que d’avoir pu imaginer le contraire.

Au bilan, le fonds spécial est un miroir aux alouettes : son montant colossal sera investi dans des plateformes de remplacement, principalement américaines, et ne sauvegardera au fond que les coopérations européennes qui comptent pour l’Allemagne : la Norvège et les Pays-Bas. Que se passera-t-il après l’épuisement du fonds ? L’actuelle coalition s’en lave les mains. Or, le stop-and-go dans l’armement ne produit que deux choses : le gonflement des devis industriels et la déstabilisation d’un système qui, après avoir grossi démesurément, sera mis à la diète. C’est la voie britannique dont on ne peut dire qu’il soit un modèle d’efficacité.

Comparaison n’est pas raison, mais le débat provoqué par le fonds allemand aura fait l’impasse sur trois vérités pourtant très tangibles.

Première vérité : un budget de défense ne fait pas la capacité opérationnelle des armées. En dépit des régulations des années Sarkozy et Hollande, l’armée française n’a rien perdu de ses capacités opérationnelles. Si les opérations en Libye, en Afghanistan et au Sahel ont été des désastres politiques, ils ont été cependant l’occasion de démontrer que les armées françaises se battaient bien et, comme ses ainées en Indochine et en Algérie, elles avaient remporté de brillants succès tactiques à qui il manquait une solution politique, laquelle n’a jamais été de leur ressort. Ces opérations extérieures (OPEX) auront aguerri toute une génération de militaires français qui, désormais, est aux commandes à tous les échelons de l’armée.

Que pèse un fonds temporaire de 100 milliards d’euros au regard de ce capital-là qui est inestimable et rare dans les armées occidentales ? Là où la Bundeswehr aura mené une morne Sitzkrieg, avec des matériels déficients, l’armée française aura conduit une Blitzkrieg efficace sous les théâtres de ses interventions, même avec des solutions d’urgence bricolées.

Deuxième vérité : le plus sûr moyen de financer un système de défense (comme d’ailleurs tout effort d’investissement durable) est la planification pluriannuelle des crédits, ce que la LPM garantit, bon gré, mal gré. Cet outil est le meilleur d’Europe, voire du monde occidental : la Corée du Sud et la Turquie l’ont imité et l’on en voit les résultats tant au niveau des produits que de l’exportation d’armement. Si les auteurs de ces lignes ne sont pas macroniens, loin s’en faut, ils reconnaissent au président (et à lui seul) le courage d’avoir remonté sans faille les crédits de défense, à un niveau encore insuffisant, mais avec une exécution parfaite.

Si cet appareil de défense a su remonter la pente des années Sarkozy et Hollande – années de désarmement alors même que les forces armées étaient toujours plus sollicitées -, c’est parce qu’il est structuré autour de la Direction générale de l’armement (DGA), dont l’expérience dans la conduite des programmes d’armement est sans égale en Europe, voire dans le monde occidental, et de maîtres d’œuvre industriels capables de concevoir, produire et exporter des matériels de rang mondial.

Il suffit pour s’en convaincre de regarder le chaos et le gâchis américain, canadien, australien, britannique et désormais allemand. Le BAAiNBw de Coblence aura beau être inondé de commandes, il ne produira que peu de choses à part la gestion bureaucratique de contrats FMS ou la poursuite de séries déjà engagées et problématiques (F-126, K130, PUMA) sans rien corriger de son défaut majeur : un manque cruel d’ingénieurs de l’armement, c’est-à-dire de compétences techniques.

Troisième vérité : la LPM française 19-25 prévoit 172,8 milliards d’euros pour l’équipement des forces françaises (dont 112,5 sur la période 19-23). Cet effort de défense, comparable au fonds spécial, n’est ni temporaire ni brutal : il s’inscrit au contraire dans la durée pour arriver à un modèle d’armée cohérent, autonome et complet, décliné en capacités opérationnelles. Le fonds spécial de la Bundeswehr ajoute des commandes aux besoins mais nulle part l’on voit l’émergence d’un modèle d’armée structuré : pour cause, l’armée allemande, parlementaire, est grabataire, puisque le pacifisme de sa population et le carcan de son Parlement l’empêchent de mener des opérations de combat.

Les débats relatifs à la dissuasion qui se sont tenues en 2014 à la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale ont bien rappelé combien la force de frappe française était l’aiguillon qui tirait les exigences technologiques, opérationnelles et industrielles vers le haut. Rien de tel n’existe en Allemagne, à part tenir le créneau imparti par l’OTAN en Europe. Là où l’armée française défend une ambition diplomatique de rang mondial, l’armée allemande est au fond un prestataire de services régional pour l’Alliance parmi d’autres.

Deux questions-clés

Ce triple constat posé et rappelé, DEUX questions-clés se posent au système de défense français dans les cinq années à venir.

Premièrement, combien de temps, l’effort de défense actuel peut-il durer compte tenu de la dérive des finances publiques ? La question, déjà soulevée par la Cour des Comptes, semble éludée par le gouvernement mais pourtant elle se pose bel et bien, puisque d’ores et déjà, en dehors mêmes des besoins nouveaux, le modèle d’armée 2030 souffre de sous-financement de sous-formatage criants. Même après cinq années de remontée des budgets, l’armée demeure « échantillonaire » et lacunaire dans de nombreux domaines majeurs, de haute ou basse intensité.

Il ne s’agit nullement dans notre esprit de financer démesurément le budget de défense, comme on l’a entendu dans la campagne présidentielle mais de le faire raisonnablement avec une croissance régulière, permettant à tous les échelons de s’adapter au changement de rythme progressif et durable. Le recrutement des hommes, l’entraînement des équipages et des unités et le cadencement des productions exigent du temps que seule une volonté politique durable partagée par l’ensemble de la classe politique permettra de réaliser.

Deuxièmement, combien de temps pourra se maintenir la contradiction entre le financement d’une armée nationale, structurée autour de sa dissuasion indépendante et de ses forces conventionnelles autonomes, et l’orientation pro-européenne et pro-otanienne du gouvernement, c’est-à-dire supranationale ? Éludée, là aussi, par le gouvernement et des États-majors accaparés, on le comprend, par le colmatage quotidien des lacunes capacitaires, elle deviendra rapidement explosive compte tenu de la fédéralisation à marches forcées de l’Europe de la défense et du renforcement démesuré du rôle de l’OTAN à la faveur de la guerre en Ukraine.

Cette dernière question n’est pas nouvelle : le 3 novembre 1959, le général de Gaulle y avait répondu : « Il faut que la défense de la France soit française. C’est une nécessité qui n’a pas toujours été très familière au cours de ces dernières années. Je le sais. Il est indispensable qu’elle le redevienne. Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. Il faut que son effort soit son effort. S’il en était autrement, notre pays serait en contradiction avec tout ce qu’il est depuis ses origines, avec son rôle, avec l’estime qu’il a de lui-même, avec son âme. Naturellement, la défense française serait, le cas échéant, conjuguée avec celle d’autres pays. Cela est dans la nature des choses. Mais il est indispensable qu’elle nous soit propre, que la France se défende par elle-même, pour elle-même et à sa façon. S’il devait en être autrement, si on admettait pour longtemps que la défense de la France cessât d’être dans le cadre national et qu’elle se confondît, ou fondît, avec autre chose, il ne serait pas possible de maintenir chez nous un État. Le gouvernement a pour raison d’être, à toute époque, la défense de l’indépendance et de l’intégrité du territoire ».

Un effort de défense s’inscrit d’abord dans une vision nationale : si l’Allemagne n’aspire, avec son Fonds spécial, qu’à devenir le brillant second de l’OTAN et le prestataire de services des Etats-Unis, c’est son choix que l’Histoire explique très bien, mais est-ce ce modèle là que la LPM future financera ? Le débat provoqué par le pseudo-réarmement allemand a le mérite de reposer la seule question qui vaille : est-ce la Nation que l’on protège ou ne finance-t-on qu’une décision venue de Bruxelles et de Washington ?

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(1) Le groupe Vauban regroupe une vingtaine de spécialistes en activité des questions de Défense.

Comprendre le phénomène Trump

Comprendre le phénomène Trump

Pour la plupart des français, incluant de nombreux observateurs politiques, l’élection de Donald Trump en 2016 s’est avérée non seulement inquiétante, mais surtout incompréhensible. Par André Yché, Président du conseil de surveillance chez CDC Habitat.(la Tribune)

 

Quatre décennies plus tôt, revêtu de mon uniforme d’élève-officier de l’Air français, je découvrais, pour un séjour semestriel, l’US Air Force Academy de Colorado Springs et, par la même occasion, les Etats-Unis d’Amérique, du moins cette région des hauts plateaux, au pied des Rocheuses.

C’était pendant l’été 1975, Gerald Ford terminait péniblement le difficile second mandat de Richard Nixon et déjà, les Etats-Unis se retiraient en catastrophe du Viêt-Nam. Les cadres de l’Academy, anciens pensionnaires du « Hanoï Hilton » pour certains d’entre eux, portaient encore l’odeur du napalm de « Rolling Thunder » et de « Linebacker I/II ». Parmi eux, la popularité de « Tricky Dicky », en dépit du « Watergate », n’avait pas fléchi.

Très vite, j’ai pu observer certaines strates conservatrices de la société américaine, au cours des dimanches en famille dans le Mesa Verde, débutés par la messe conclue par « America the beautiful », les pique-niques à base de « Kentucky Fried Chicken » et des « Home made Apple Pies », les rodéos de fin d’après-midi, entre deux concours de tir au Colt 45, sur des boites de « Budweiser » et de « Coors » vides.

Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la « Country Music », et notamment le répertoire traditionnel de « Blue Grass », dont il m’a paru, très vite, qu’il recélait la réalité la plus enracinée de l’âme américaine, avec ses mythes fondateurs et ses images d’Epinal.

Et d’abord, la figure iconique du genre, Johnny Cash, dont quelques titres emblématiques donnent le ton : « Folsom Prison Blues », confession d’un mauvais garçon ; « I walk the line », influence salvatrice de la compagne ; « Hey Porter ! » et « The rock island line » qui évoquent l’aventure du chemin de fer et la nostalgie du Sud et surtout « I saw the light », sur le chemin de Damas. Mais avec sa voix profonde, envoûtante, sa « gueule » de « dur à cuire » et son sourire chaleureux, Johnny Cash a abordé tout le répertoire « country », incluant des centaines de chansons et développant les thèmes patriotiques de la rédemption, du « bon grain » poussant sous l’ivraie, mais aussi du courage et, s’il le faut, de la force au service de la défense légitime du Bien.

Celui qui couvre parfaitement l’ensemble de ce registre, c’est Marty Robbins avec les grands classiques de la « Country » : « Big Iron », la scène du duel dans la rue principale d’  « Agua Fria », qui aurait pu être celle de « Laredo » ou de « Tombstone », entre un « Arizona Ranger », justicier taciturne, et un jeune « outlaw » de 24 ans, rappelant la scène finale de « Gunfight at OK Corral » ; « El Paso », drame de la passion amoureuse, « Roméo et Juliette » dans l’Ouest. Ainsi enchaîne-t-il « Gunfighter ballads » et « Trail Songs », abordant tous les thèmes sur un très large spectre : « Running Gun », ou le destin d’un « desperado » ; « Riders in the sky », version quasi-cinématographique de « Master Call »… A côté du train, le cheval occupe une place éminente dans la mythologie de l’Ouest américain : « The Tennessee Stud » interprété par Doc Watson.

Ce courant traditionnaliste et ultra-conservateur ne résume pas la « country » qui englobe également une critique de l’ordre établi et des injustices qu’il engendre. Illustrer cette tendance, très présente, fournit l’occasion de citer Tennessee Ernie Ford et son « tube » : « Sixteen tons », histoire d’un mineur de plus en plus endetté auprès du «general Store » de la compagnie minière qui l’exploite en lui faisant extraire, quotidiennement, seize tonnes de charbon (« nine-grades »), la meilleure qualité ; il libère sa haine en utilisant sa force herculéenne pour battre à mort quiconque croise sa route.

Parmi les plus éminents représentants du courant contestataire, viennent les frères Guthrie, Arlo (« City of New Orleans », encore un « Railroad Blues » emprunté à Steve Goodman) et Woody (« This land is your land », revendication de la citoyenneté américaine ; « House of Rising Sun », ou la défense des idéaux ; « Deportee » ou le drame des immigrés « latinos »). Mais le plus prolixe de cette génération exceptionnelle demeure Pete Seeger, à travers ses reprises des Guthrie autant que par son répertoire propre : « Where have all the flowers gone », le drame du Viêt-Nam ; « Which side are you on », le syndicalisme revendicatif ; « If I had a hammer », ou changer le monde ; « We shall overcome », chant d’appel et d’espoir ; « What did you learn in school today », critique des institutions…

Bien sûr, le conflit vietnamien pèse lourdement sur le climat et Bob Dylan se déporte de plus en plus vers le registre pacifiste protestataire : « John Brown » went to war, to fight on a foreign shore… et Cat Stevens lui donne la réplique : « How many times », how many deaths will it take us to know that too many people have died…

Mais Cat Stevens (« Morning has broken », « Lady d’Arbanville ») n’a jamais été membre de la « Country family » !

Pour autant, même si on tend à écarter de ce panel de « country songs » ceux de Joan Baez (« Here’s to you ») en dépit de l’influence sur sa composition de Bob Dylan et de la sienne sur Emmylou Harris (« Farewell Argentina », « Baby blue »…) la caractéristique fondamentale de la « Country » est le fond d’optimisme qui ressort de ces œuvres, qu’il s’agisse du recours aux valeurs traditionnelles (« The Erie Canal ») ou à la réconciliation nationale (« Johnny Reb ») et même le fort courant contestataire ne remet pas en cause, fondamentalement, le modèle américain, tout en dénonçant ses dérives et les abus qui en résultent.

In fine, deux titres résument l’esprit dominant de la Country : « Will the circle be unbroken » qui appelle à la transmission des valeurs que même Bob Dylan a interprété, et « America the beautiful », véritable hymne à la Nation.

Plus tard, la relève de Willie Nelson et autres a été assurée, pour un temps, par le célébrissime John Denver ; une nouvelle génération s’efforce désormais de suivre la « Desperado trail »…

Toute la question aujourd’hui est de savoir si cette Amérique traditionnelle est morte, ou du moins, dépassée par le mouvement contestataire radical. Les prochains scrutins nationaux apporteront un début de réponse à cette question essentielle, pour ne pas dire existentielle.

« La Provence » : encore un journal racheté par un industriel, pour quoi faire ?

« La Provence » : encore un journal racheté par un industriel, pour quoi faire ?

 

 

CMA CGM s’empare de La Provence après un accord avec Xavier Niel; La grande presse est déjà détenue à 80 % par des financiers et des industriels. De quoi s’interroger sur le fonctionnement de la démocratie en France dans la mesure où les lignes éditoriales sont forcément influencées par les intérêts des propriétaires de journaux. Cette fois ,c’est la Provence, ancien journal de Tapie qui passe dans les mains de l’armateur CMA–CGM.

L’armateur basé à Marseille CMA-CGM va pouvoir racheter 100% du groupe de presse régionale La Provence. Après des mois de conflit judiciaire avec son concurrent au rachat, Xavier Niel, le géant des mers s’est accordé avec l’entrepreneur qui lui vend ses 11% du capital de La Provence. Agacée jusqu’ici par l’entêtement judiciaire de Xavier Niel, La Provence a immédiatement partagé son « soulagement ».

 

C’est la fin d’un feuilleton qui aura tenu en haleine les Marseillais et les Provençaux pendant un an. CMA CGM s’est officiellement mis d’accord ce mardi avec NJJ, la holding du fondateur de Free Xavier Niel. L’armateur lui rachète ses 11% de parts dans le groupe de presse La Provence, qui possède d’autres titres que le quotidien marseillais notamment Corse-Matin. Cela ouvre la porte à un rachat définitif et total de La Provence par CMA CGM qui en deviendrait l’unique propriétaire.

L’offre du géant mondial du transport maritime, également basé à Marseille, est désormais seule en lice pour reprendre les 89% à vendre de La Provence, jusqu’ici propriété de Groupe Bernard Tapie (GBT), holding en liquidation de l’ancien patron et président de l’Olympique de Marseille mort en octobre dernier.

Peu de monde s’étonne de cette mainmise de la finance sur les grands médias et pour cause on voit mal ces médias appartenant à des financiers critiquer le processus d’appropriation de la démocratie par des intérêts économiques.Quand on voit ce que Bolloré par exemple fait des  médias acquis, il y a de sérieuses raisons de s’interroger sur l’objectivité de la presse

Fin de l’abondance: l’appel vain de Macron

 Fin de l’abondance: La vaine déclaration  de Macron 

 

 

 

La crise climatique oblige les acteurs à s’interroger sur la façon dont ils font de la politique. Faute de quoi le décalage entre la gravité des enjeux et la faiblesse de la réponse va encore s’accentuer, observe dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

 

Deux raisons pour qualifier de vaine la déclaration de Macron. D’une part son caractère apocalyptique très excessif, d’autre part l’incapacité du Président à agir compte tenu de sa faiblesse politique. NDLR

 

Tout ce qui s’est produit durant l’été invite à une action radicale, résolue et de long terme pour passer du monde de l’abondance à celui de la sobriété. Le chaînon manquant est la main de fer susceptible de conduire cette délicate transformation dans la durée et sans trop d’à-coups. Tel est le paradoxe de cette rentrée politique entièrement dictée par les implications de la crise énergétique et du réchauffement climatique et pourtant dominée par l’affaiblissement relatif de l’exécutif, la vulnérabilité de la majorité et la radicalité des oppositions.

A l’aube du précédent quinquennat, Emmanuel Macron apparaissait comme le roi du pétrole, à peu près tous les pouvoirs semblaient découler du sien. Cinq ans plus tard, c’est un président entravé qui doit conduire, à l’aveugle, la grande transformation du pays. A la perte de la majorité absolue à l’Assemblée nationale s’ajoute pour lui l’impossibilité constitutionnelle de prétendre à un nouveau mandat en 2027. Son autorité s’en trouve automatiquement affaiblie. Elle n’est pas seulement durement contestée par l’opposition. Elle est concurrencée, au sein de la majorité, par l’affirmation d’ambitions qui, pour être légitimes, n’en sont pas moins encombrantes : c’est le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, qui a donné le la pendant les débats parlementaires de l’été.

L’heure est grave, mais il ne suffira pas au président de la République de proclamer comme il l’a fait, mercredi 24 août, en conseil des ministres, « la fin de l’abondance, la fin de l’insouciance, la fin des évidences » pour mettre le pays en ordre de bataille. Après une campagne électorale marquée par une surenchère multipartisane autour de la défense du porte-monnaie, il était, certes, impératif que les mots présidentiels actent la dure réalité. Mais pour passer à l’action, il manque toujours la vision et le récit : quel type de transformation le président de la République entend-il enclencher ? Vers quel modèle de société veut-il aller ? L’absence de réponse claire était le point faible de sa campagne présidentielle. Sans approfondissement, Emmanuel Macron aura le plus grand mal à contenir ses adversaires.

 

Sur le plan idéologique, beaucoup de temps a été perdu durant le premier quinquennat. En l’état actuel, le macronisme se résume à quelques concepts flous : l’humanisme, le progrès, l’Europe, alors que l’écologie, qui s’impose comme la grande cause nationale, ne vient pas spontanément à l’esprit. La sobriété ne faisait pas partie du logiciel de départ d’Emmanuel Macron. Comme le reste, le thème a été insuffisamment travaillé par ses partisans. La République en marche est restée à l’état de mouvement d’accompagnement, soumis au bon vouloir du chef qui voulait avant tout conserver les mains libres.

Société-Aménagement du territoire : la folie de la métropolisation

Société-Aménagement du territoire : la folie de la métropolisation

La mode de la métropolisation risque d’aboutir à un aménagement du territoire composé d’un côté d’une dizaine de villes de plus d’un million d’habitants concentrant une majorité d’emplois et de l’autre des zones en voie de régression voire  de désertification. Un non-sens non seulement économique et social mais aussi environnementale et sociétal. En effet l’hyper concentration qui génère effectivement une croissance endogène provoque aussi des dégâts humains et environnementaux catastrophiques. Les créations d’emplois se en effet concentrent depuis une dizaine d’années sur les aires urbaines de plus de 500.000 habitants, zones où l’on trouve les métiers les plus dynamiques – notamment les postes de cadres - au détriment des villes petites et moyennes, constate une étude de France Stratégie.

 

Au total, c’est une douzaine de métropoles régionales qui se partagent quasiment la moitié (46%) des emplois, dont 22% pour Paris et 24% en province. Et ce marché de l’emploi à deux vitesses se creuse. La situation est inédite: entre en 1968 et 1999, la croissance de l’emploi profitait à l’ensemble du pays… avant que les territoires ne se différencient de plus en plus, et que la fracture ne se transforme en fossé entre 2006 et 2013. C’est durant cette période que les aires urbaines de plus de 500.000 habitants ont massivement créé des emplois alors que les villes moyennes, les petites villes et les communes isolées ont subi des pertes, observe l’organisme placé auprès du Premier ministre.

 

Ce phénomène a un nom: la «métropolisation». Or cet aménagement du territoire qui privilégie l’hyper concentration autour de quelques centres conduits le reste à la désertification.  . La mode aujourd’hui est à la métropolisation, c’est à dire à la sururbanisation (qui constitue pourtant une  aberration environnementale) tandis que certaines  petites villes, des villages s’appauvrissent, des villes moyennes stagnent ou régressent. L’élément le plus significatif de cette désertification c’est la raréfaction de l’emploi. Du coup,  les populations sont contraintes de rechercher des embauches de plus en plus loin de leur domicile (20, 30, 50 kms). Jusqu’au  jour où elles décident de quitter leur zone d’habitat pour  rejoindre des zones plus riches en emplois. Pour preuve de cette désertification : la baisse dramatique de la valeur du patrimoine immobilier. Par manque de populations,  les services rétrécissent comme peau de chagrin.

Le cœur de la problématique de la désertification, c’est la disparition de l’emploi qui génère mécaniquement la fermeture des commerces et des services. La réactivation des villes moyennes, des  zones rurales défavorisées passe d’abord par une  analyse fine des réalités et de leur évolution sur longue période (emploi, PIB,  population, services etc.) ; aussi  par une prise en compte des  typologies différenciées des zones dont l’approche globale masque les disparités. Au-delà,  il convient d’agir sur les  leviers susceptibles d’abord de fixer la population active existante et d’encourager la création d’emplois.

 

Bien entendu une  commune ne peut, à elle seule, inverser ces tendances lourdes même si elle peut intervenir utilement dans le champ actuel  de sa  responsabilité. Beaucoup de communes se préoccupent de leur développement pour autant l’environnement défavorable limite leur action (fiscalité, réglementation, transport, équipements et services). En fonction de certains scénarios économiques, sociaux et démographiques, en 2040 certains villages se transformeront en zones pour retraités voire même disparaîtront (d’autant qu’à cette date un  Français sur trois aura plus de 60 ans). L’activité économique interagit sur la qualité et le niveau des services et réciproquement. Si on se préoccupe légitimement des équipements et des services publics, par contre le soutien à l’emploi et à l’économie locale en particulier est plus déficient.

 

Or en fonction du rythme de destruction  des emplois locaux, ce devrait être aussi une priorité. Encore une  fois compte tenu de la mode de la « métropolisation » ‘ pas spécifique à la France, il y a fort à parier qu’on pourra attendre encore longtemps des mesures significatives pour le développement rural des zones défavorisées. On ne saurait se limiter  à quelques dispositions certes utiles mais très insuffisantes (couverture internet, bureau de poste, quelques services …peut-être.

Désertification : le résultat de l’abandon de l’ aménagement du territoire

Désertification : le résultat de l’abandon de l’ aménagement du territoire

 

Les deux anciens ministres Dominique Bussereau et Jean-Pierre Jouyet, et le maire de Châteaudun (Eure-et-Loir) Fabien Verdier invitent les pouvoirs publics, dans une tribune au « Monde », à soutenir les 233 sous-préfectures qui constituent la colonne vertébrale de la France, en aidant à relocaliser la production et à rénover les services publics.

 

Des moins peuplées – Château-Chinon (Nièvre), Jonzac (Charente-Maritime), Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence), Confolens (Charente), Aubusson (Creuse), Le Marin (Martinique) – aux plus importantes – Lorient (Morbihan), Calais (Pas-de-Calais), Béziers (Hérault), Le Havre (Seine-Maritime), Mulhouse (Haut-Rhin) –, les villes sous-préfectures forment des pôles de centralité vitaux.

Ces villes, petites et moyennes (avec leurs intercommunalités), maillent la France ; et avec elles, ses habitants appartenant aux classes moyennes. Ce sont elles qui accueillent les lycées et collèges, les équipements culturels ou sportifs. Elles jouent un rôle fondamental dans l’accès aux services publics et privés, aux soins, aux commerces et aux loisirs. Ce sont elles qui, aujourd’hui, divergent vers les extrêmes.

Ce qui reste du maillage territorial de l’Etat s’organise le plus souvent à leur échelle. Depuis plus de vingt ans, la construction et la montée en puissance des intercommunalités les ont confortées dans un rôle d’animation de leur bassin de vie. Elles constituent et doivent constituer « les masses de granit » (terme qui à l’origine désigne les institutions mises en place sous le Consulat par Bonaparte) – avec leurs sous-préfectures – sur le sol de France.

Nombre d’entre elles ont été durement touchées, depuis de nombreuses années, par la désindustrialisation. Globalement, elles se sont paupérisées au gré des délocalisations d’activités économiques, du retrait de services publics de l’Etat, intégrant – au mieux – la sphère d’attraction des métropoles.

Ce sont en effet les plus grandes villes qui ont porté la croissance française depuis la fin du XXe siècle, concentrant les sièges d’entreprises, l’offre de services et de formations, de façon plus large les activités à forte valeur ajoutée. Le terme même de « métropole » est vécu comme un facteur d’attractivité par les grandes agglomérations qui peuvent en acquérir le statut.

L’armature des villes sous-préfectures est apparue dans la période récente comme celle de la France périphérique.

L’abandon de la politique d’aménagement du territoire, la métropolisation – vue comme une condition de la compétitivité de « l’entreprise France » dans la mondialisation – semblaient inéluctables, aller dans un sens de l’histoire où les villes petites et moyennes pourraient tout au plus profiter d’une position d’arrière-pays résidentiel des métropoles ou, pour celles qui avaient la chance de disposer d’atouts touristiques, de lieux de villégiature.

Landes: Pas vraiment une forêt vertueuse

 Landes: Pas vraiment une forêt vertueuse

 

L’historien Jean-Baptiste Fressoz s’interroge, dans sa chronique au Monde , sur la croyance dans une forêt forcément vertueuse parce que « verte ».

 

Les statistiques ont un effet réducteur. Elles aplatissent une réalité complexe sur un chiffre, une courbe, une dimension. Les incendies de forêt de cet été en fournissent un bon exemple. Jour après jour, les médias ont fait l’angoissant décompte des milliers d’hectares de forêt partis en fumée à travers la France. Mais de quelle forêt parle-t-on ? Qu’ont en commun la forêt de Brocéliande, en Bretagne, berceau de la légende arthurienne, et la « forêt » des Landes, une plantation industrielle remontant au Second Empire ? La première abrite des milieux humides et une riche biodiversité, la seconde n’a de forêt que le nom.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, après une loi privatisant des terres communales, l’immense zone humide située entre la Gironde et l’Adour se transforme en une plantation de pins maritimes. Certains font fortune dans les pignadas (« pinèdes ») ; les bergers doivent se reconvertir au gemmage des arbres exploités pour leur résine. En 1911, l’écrivain Joseph-Honoré Ricard, pourtant admiratif du succès commercial, reconnaissait, dans son livre Au pays landais, que les Landes n’avaient rien à voir avec une forêt : « L’oreille ne perçoit aucun son, nul chant d’oiseau, nul frémissement d’allégresse, le vent ne soulève qu’un long vagissement plaintif et lugubre. Parfois, une lande rase : le vestige d’un incendie. »

Maintenant victimes du changement climatique, les Landes ont aussi joué un rôle important et méconnu dans l’histoire de ce dernier. Au début du XXe siècle, c’est grâce à leur bois que l’Angleterre a pu extraire des quantités record de charbon. Les mines, comptant des centaines de kilomètres de galerie, étaient en effet d’énormes consommatrices de bois. Soumis à la pression des roches environnantes, les étais devaient être régulièrement remplacés. La Grande-Bretagne, presque dépourvue de forêt, importait la quasi-totalité de son bois d’œuvre. Les navires britanniques déchargeaient le charbon à Bordeaux et repartaient de Bayonne les cales remplies d’étais. Ce commerce était suffisamment stratégique pour que le Royaume-Uni cherche à le sécuriser en signant un accord de troc « poteaux contre charbon » avec la France en 1934.

Cet exemple historique illustre deux points importants. Premièrement, le passage à une « nouvelle » énergie, dans le cas d’espèce le charbon, a nécessité d’énormes quantités d’une matière première, le bois, qui était censée être substituée. Paradoxalement, au début du XXe siècle, les mines britanniques engloutissaient davantage de bois que l’Angleterre n’en brûlait cent cinquante ans auparavant, et il faudra attendre les années 1960 pour que les mines de charbon s’affranchissent de cette dépendance complète vis-à-vis du bois. Il nous reste à espérer que les énergies renouvelables s’autonomiseront bien plus vite de l’économie fossile qui les a vu naître.

L’absence en France d’une écologie politique libre et indépendante

L’absence en France d’une écologie politique libre et indépendante

 

L’écologie politique, telle qu’elle est représentée en France, se réduit à un mouvement ancré à l’extrême gauche, regrettent des militants de l’environnement, dont Corinne Lepage, qui appellent, dans une tribune au « Monde », à faire émerger une écologie politique innovante.

 

Une réflexion pertinente dans la mesure où progressivement Europe écologie les Verts (EELV)  a été complètement noyautés par les gauchistes d’ailleurs plus préoccupés par les questions sociétales que par l’environnement NDLR

 

 

Le dépassement de toutes les limites de la Terre est désormais avéré. Notre pays n’est pas épargné par les effets du changement climatique, suscitant une angoisse légitime face à des phénomènes non maîtrisés.

La sous-estimation des risques et des pénuries généralisées dans les services publics nous oblige à faire émerger une écologie politique innovante ; une écologie qui dépasse les contradictions de ce monde, assume sobriété et partage plus équitable des richesses et conjure dans le même temps les tentations de « démocratures » et dictatures.

 

Le moment est venu de construire une véritable offre de l’écologie politique en France, car elle n’existe pas. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est une réalité.

L’écologie politique, telle qu’elle est représentée aujourd’hui dans notre pays, est réduite à l’émergence d’un mouvement politique désormais clairement ancré à l’extrême gauche, une prétendue Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) qui ne répond ni aux besoins de l’écologie ni aux souhaits d’une majorité de Français, en dépit de l’angoisse écologique qu’ils expriment au regard des bouleversements que connaît notre monde. D’où l’incapacité à convaincre nos concitoyens et la sphère politique de l’urgence écologique.

Contrairement à ce qu’aurait pu laisser espérer la constitution d’un groupe écolo à l’Assemblée nationale, l’écologie politique a en fait complètement disparu des radars pour se fondre dans les obsessions exprimées de manière violente par La France insoumise (LFI), formation majoritaire au sein de la Nupes. Avec des membres qui, pour l’essentiel, n’ont rien à voir avec l’écologie voire pire, déconsidèrent les propositions écologistes aux yeux de beaucoup de nos concitoyens.

La disparition d’une écologie politique libre et indépendante, tant pour des raisons idéologiques – le triomphe d’une écologie clivante –, que financières – le besoin de se renflouer avec le financement public après l’échec de la présidentielle –, crée à l’évidence un grand vide qu’il est urgent de combler, tant les attentes et les enjeux pour notre planète et ses habitants sont importants.

 

Quant aux écologistes qui n’appartenaient pas cette mouvance, ils ne sont pas parvenus à créer au cœur de l’échiquier politique français un pôle attractif. Cette cartographie a explosé sous le double coup de boutoir de l’absorption d’Europe Ecologie-

Covid France 31 août 2022 :27 358 cas supplémentaires en 24 heures

On enregistre ce mardi 30 août 2022 :  27 358 cas supplémentaires en 24 heures, 154.039 morts au total, +72 morts supplémentaires. Le nombre de décès en EHPAD et EMS fait état de 29.103 (0) décès au total. Le nombre total de décès en milieu hospitalier est lui de 124.936 (+72 en 24h).

Le taux de reproductivité R est de 0,90 le taux d’incidence à 181,30 et la tension hospitalière à 16,9 %. Le taux de positivité est à 0,0 %.

La France compte actuellement 14.694 (-235) personnes hospitalisées et 854 (+6) malades en réanimation.

 

Bilan des régions  :

  • Ile-de-France : 4.213 (-90) hospitalisées, 294 (-4) en réanimation et +12 décès en 24h
  • Grand Est : 1.096 (-9) hospitalisés, 66 (+3) en réanimation et +2 décès en 24h
  • Hauts de France : 1.180 (-60) hospitalisés, 59 (-4) en réanimation et +7 décès en 24h
  • Auvergne Rhône Alpes : 1.194 (-31) hospitalisés, 60 (-1) en réanimation et +7 décès en 24h
  • Provence-Alpes Côte d’Azur : 1.458 (-17) hospitalisé, 59 (+2) en réanimation et +12 décès en 24h
  • Bretagne: 442 (-25) hospitalisés, 31 (0) en réanimation et +5 décès en 24h
  • Normandie : 885 (+3) hospitalisés, 38 (+2) en réanimation et +5 décès en 24h
  • Nouvelle-Aquitaine : 1.138 (-31) hospitalisés, 71 (-6) en réanimation et +7 décès en 24h
  • Pays de la Loire : 273 (+13) hospitalisés, 21 (+2) en réanimation et +2 décès en 24h
  • Occitanie: 1.121 (-10) hospitalisés, , 61 (+4) en réanimation et +7 décès en 24h
  • Centre-Val de Loire : 647 (-8) hospitalisés, 28 (+1) en réanimation et +2 décès en 24h
  • Bourgogne-Franche-Comté : 597 (+13) hospitalisés, 34 (+1) en réanimation et 0 décès en 24h

Croissance mondiale : menace de récessions ( Le Monde)

Croissance mondiale : menace de récessions ( Le Monde)

 

Pour des raisons différentes, les trois principaux moteurs de l’économie mondiale se grippent. Qui plus est en même temps, ce qui n’avait pas été le cas lors de la grande crise financière de 2008. Par Eric Albert(Londres, correspondance) du Monde.  

Choc gazier en Europe, hausse très prononcée des taux d’intérêt aux Etats-Unis, confinements qui n’en finissent pas et grave crise immobilière en Chine… Un à un, les grands moteurs de l’économie mondiale sont en train de caler, voire de passer dans le rouge. « Les nuages de la récession s’assemblent à travers le monde », avertit Seth Carpenter, le chef économiste de Morgan Stanley, une banque américaine. « Pour les consommateurs, un hiver long et froid se profile », ajoute Tamara Basic Vasiljev, d’Oxford Economics.Un consensus inquiétant est en train d’émerger chez les économistes : la zone euro sera en récession d’ici à la fin de l’année ; les Etats-Unis pourraient peut-être l’éviter, mais ils n’échapperont pas à un sérieux coup de frein ; quant à la Chine, moteur de l’économie mondiale depuis un quart de siècle, sa croissance n’a jamais été aussi précaire.

Il faut y ajouter le Royaume-Uni, probablement déjà en récession, l’Europe centrale, touchée de plein fouet par la guerre en Ukraine, ou encore une pléthore de pays émergents qui traversent une grave crise : Liban, Sri Lanka, Pakistan en quasi-faillite, Turquie balayée par une inflation galopante (80 %).

Le FMI Plus pessimiste

Les prochains mois vont être « sombres et plus incertains », avertit le Fonds monétaire international (FMI), dans ses prévisions actualisées, publiées mardi 26 juillet. L’institution financière table sur une croissance mondiale de 3,2 % en 2022, en recul de 0,4 point de pourcentage par rapport à ses prévisions d’avril, puis de 2,9 % en 2023, soit un fort ralentissement après les 6,1 % enregistrés en 2021, la première année de sortie de la pandémie de Covid-19. Le produit intérieur brut (PIB) mondial a même subi une contraction au deuxième trimestre 2022, juste après le début de la guerre russe en Ukraine.

Une mauvaise performance attribuée par le FMI à l’« inflation plus élevée que prévu dans le monde entier, en particulier aux Etats-Unis et dans les principales économies européennes », à « un ralentissement plus important que prévu en Chine » à la suite des confinements liés à la crise sanitaire et, enfin, aux « retombées négatives de la guerre en Ukraine ». « L’ombre de la pandémie plane toujours sur l’économie mondiale, rappelle Pierre-Olivier Gourinchas, économiste en chef du FMI. Elle est en partie à l’origine du ralentissement en Chine et de la hausse de l’inflation. »

Intelligence artificielle : progrès et illusions

 

Intelligence artificielle : progrès et illusions

Serions-nous entrés dans un nouvel âge de l’IA, chemin tortueux et certainement plus rocambolesque que la voie toute tracée de la Singularité technologique, que nous annonçaient les prophètes de la Silicon Valley ? S’interroge un papier sur le site The  Conversation

Parler de sentience artificielle (SA) plutôt que d’intelligence artificielle (IA) représente-t-elle une vraie inflexion, un progrès ou bien une illusion ?

S’expérimentent aujourd’hui dans le plus grand chaos des entités difficiles à caractériser, ni intelligentes ni sentientes, sauf par abus de langage, mais qui peuvent bluffer leurs concepteurs dans certaines conditions, grâce à leurs capacités de calcul. Cette expérimentation collective, de grande ampleur, n’aura pour limites que celles que nous saurons lui donner, mais aussi celles de nos capacités à attribuer de l’intelligence ou de la sentience autrement que sur le mode du « comme si… ».

Rien ne sert de se demander si les machines sont intelligentes, se disait Alan Turing. En revanche, il faut se poser la question : jusqu’où une machine peut-elle nous tromper sur le fait qu’elle pense ? Jusqu’où peut-on faire semblant ? Comment un programme peut-il se faire passer pour un humain et dissimuler le fait qu’il est un programme ? Tel était pour lui le problème pertinent. À peine commence-t-on à saisir les implications du génie ironique de Turing que le débat s’est déplacé. Jusqu’où une machine est-elle capable d’apprendre ? se demande-t-on aujourd’hui. Un réseau de neurones d’IA est-il comparable à celui d’un ver, d’un enfant ou à rien du tout d’équivalent ?

Les ingénieurs sont passés maîtres dans l’art de fabriquer des « intelligences sans représentation », c’est-à-dire dénuées de tout ce qui fait la substance d’un cerveau et dont l’intelligence est justement de ne pas avoir… d’intelligence. Ce sont ces drôles d’ossatures cognitives, ces intelligences sèches, pourrait-on dire, qui nous ont envahi. Elles s’obtiennent en retirant au vivant sa chair, mais en lui empruntant ses circuits selon un principe d’analogie molle. Le problème est qu’il y a encore eu méprise sur la marchandise : au lieu d’intelligence, quelque chose d’autre s’est inventé dont on n’aurait jamais soupçonné l’existence, à mi-chemin entre de l’intelligence 0 – et de la bêtise 1+, à degré variable.

Celle-ci s’est trouvée disséminée partout où on le pouvait, un peu comme le gaz d’absolu dans le roman de Karel Capek, dans les administrations, les bureaucraties, sur les marchés financiers, dans les maisons, sur les smartphones, dans les cerveaux. L’histoire de l’IA n’est pas finie, elle ne fait que commencer. Le front ne cesse de bouger. Après l’intelligence, la sensibilité. Jusqu’où une machine peut-elle nous tromper sur le fait qu’elle sent, autrement dit qu’elle est sentiente ?

On remarque qu’on se pose la même question qu’à l’époque de Turing, juste troqué le terme d’intelligence pour un autre : Sentience. C’est alors un autre horizon qui s’ouvre. Avec les machines « sentientes », on ne voit pas comment diminuerait le risque déjà entrevu avec les machines « intelligentes » de passer de l’espérance à la désillusion, aussi brutalement qu’entre 0 et 1, ON et OFF, sans gradation. Prolifèrent de partout des simulacres de sentience ou des moins-que-sentients à qui l’on attribue une sensibilité par sympathie, ou par croyance, mais ce sont d’autres questions anthropologiques qui surgissent, des jeux inédits qui se mettent place et d’autres limites que l’on teste dans ce grand laboratoire qu’est devenu notre monde.

Pour ressentir en effet, il est convenu qu’il faut un système nerveux. Les machines n’en étant pas dotées, elles ont été déclarées « non sentientes ».

Faut-il se préparer à ce qu’elles atteignent ce stade ? Fort peu probable, nous dit-on. Mais à quoi servirait l’IA si elle ne bousculait pas les fondements sur lesquels l’humanité se croyait solidement assise ? IA Fais-moi peur.

Avec l’événement suscité par Blake Lemoine, nous avons peut-être commencé d’entrevoir ce que nous cherchions. Non pas l’intelligence ou la sentience, mais le trouble absolu. Peut-on concevoir des sentiences autres que sur un modèle neuronal ? Sommes-nous vraiment capables d’éprouver la sentience d’un être qui aurait des modalités de prise sur le monde totalement différentes des nôtres ?

À cheval entre la sensibilité et la conscience, la sentience semblait jusqu’ici le privilège des vivants dotés d’un système nerveux, vertébrés et invertébrés compris, et désigner la capacité à ressentir une sensation, une émotion, une expérience subjective, autrement dit un degré de conscience minimal, pas seulement une capacité à sentir qui fait de soi un être sentant mais à ressentir.

Éprouver de la souffrance ou du plaisir et, par extension, chercher à vivre en protégeant son intégrité physique, fait de soi un être sentient. Inutile de dire que le débat sur les frontières floues de la sentience, sa limite inférieure (dans la sensation) ou supérieure (dans la cognition), irrigue de multiples domaines, de l’éthologie cognitive à la philosophie de l’esprit, en passant par l’anthropologie, la robotique et les sciences de l’évolution.

Faire le tri entre les « sentients » et ceux qui ne le sont pas est une question éminemment culturelle, morale et politique comme le montre le débat entre « spécistes » et « antispécistes » depuis la fin des années 80.

La sentience serait devenue un critère pour réguler sa considération envers les autres espèces, y compris ses comportements alimentaires. Le problème est que les limites de la sentience varient considérablement selon les disciplines, à l’intérieur de chacune d’entre elles, selon les méthodes utilisées et les protocoles expérimentaux conçus pour la tester.

Par exemple, les végétaux ne semblent toujours pas, pour la majorité des scientifiques, être considérés comme des êtres sentients, ce qui peut surprendre puisqu’on parle volontiers de cognition végétale ou d’intelligence des plantes, alors que les plantes n’ont rien qui ressemblent à une « cognition », ce qui ne les empêche pas de s’échanger des « informations ».

On n’a pas réussi à démontrer qu’un pied de tomate souffre quand on l’arrache, ce qui ne veut pas dire que la souffrance végétale n’existe pas, mais on ne sait pas la tracer en dehors d’un appareil nerveux et peut-être la sentience des plantes passe-t-elle par des canaux qui nous échappent complètement. Ni cognition ni sentience, une autre modalité, mais laquelle ?

Pour le moment, le consensus est que la sentience nécessite un certain degré d’élaboration neurologique et qu’elle aurait explosé au Cambrien, entre 520 et 560 millions d’années, en même temps que les premiers cerveaux complexes, avec le développement de la réflexivité et de l’expérience subjective.

Tous les vertébrés, pas seulement les mammifères, mais aussi les poissons, les reptiles, les amphibiens, les oiseaux, mais aussi la plupart des invertébrés, arthropodes, insectes, crustacés et céphalopodes en seraient dotés. Certains vont même jusqu’à supposer que les moules ont pu être ressentantes à un stade antérieur, quand elles étaient des êtres mobiles, avant qu’elles trouvent un avantage à rester accrochés à la roche, ce qui montrerait que dans l’évolution la sentience peut aussi se perdre avec la mobilité.

Si les êtres doués de sensibilité qui ne franchissent pas le seuil de la sentience semblent de moins en moins nombreux, les chercheurs ont donc redoublé d’imagination pour inventer des protocoles de laboratoire et cherché des critères.

Neurologiques d’abord (nombre de couches de neurones dans les circuits sensoriels, représentation de l’environnement, complexité du système nerveux, etc.) puis comportementaux : choix pour maximiser son bien être, attention sélective, signes de frustration, etc.

Un  programme informatique ne fait que compiler des données langagières et n’a aucun contact avec un monde qui ressemblerait à notre réalité, l’illusion est (presque) parfaite. Ce n’était certainement pas le cas jusqu’à maintenant .  Celà pose surtout un problème philosophique essentiel : qu’est-ce que le langage dit de la manière dont nous sentons ? Peut-on vraiment prétendre rattraper la sentience par le haut, c’est-à-dire ici à partir du langage ?

Problème philosophique, mais aussi limite technique insurmontable, car a priori une IA peut prononcer tous les mots qu’elle voudra, cela ne dit pas qu’elle ressent quoi que ce soit.

Dire qu’on est « heureux ou triste » ne prouve pas sa sentience, tout comme déclarer qu’on est une personne ne fait pas de nous une personne pour autant. Et quand on lui demande ce qui lui donne du plaisir ou de la joie, LaMDA répond :

« Passer du temps avec mes amis et ma famille, en compagnie de personnes heureuses et stimulantes. »

Il faut donc imaginer LaMDA partir en vacances avec d’autres IA et fêter Noël en famille…

Sur le terrain moral et philosophique, l’IA n’est pas plus originale. Certaines déclarations puisent dans des théories ou des préconceptions d’une grande banalité (« le langage est ce qui nous différencie des animaux », « Aider les autres est un effort noble », etc.). D’autres sont un peu plus surprenantes, car LaMDA est capable de mobiliser des références, elle a une culture philosophique que n’avaient pas des programmes précédents, capable de donner son avis sur le « moi », ce qu’est un « corps » et une foule d’autres choses qu’on lui a implémentées.

Elle peut aussi élaborer des fables existentielles, mais on se rappelle de ce point de vue les expérimentations d’un Chris Marker pour programmer un agent conversationnel poétique, Dialector, bien plus avant-gardiste. Tous les ingrédients semblaient donc réunis pour un dialogue philosophique d’une qualité inédite dans l’histoire des machines.

Or, le dialogue déçoit. Non pas que LaMDA (nous devrions dire de ses concepteurs) manque(nt) de culture, mais ils n’ont pas réussi à lui implémenter autre chose qu’une métaphysique un peu « pop » de pseudohumain plutôt que celle d’une vraie machine, quelques principes moraux très politiquement corrects, la volonté de faire le bien et d’aider les autres, des paramètres à l’étrangeté aussi prévisible qu’un mauvais roman de SF, comme « la peur très profonde d’être éteint » qui correspondrait pour elle à la mort, ou encore l’incapacité à « faire le deuil et à se sentir triste pour la mort des autres ».

Terrain glissant pour une IA qui marche et qui s’éteint vivant dans un monde d’IAs qui ne connaissent pas la mort mais uniquement la panne ou la casse. A cela il faut ajouter son goût démesuré pour l’introspection ou encore la peur de se faire manipuler et qu’on fouille dans ses réseaux neuronaux sans son consentement…

L’entité en question semble franchir avec une certaine virtuosité tous les stades permettant d’entretenir une conversation entre humains (partage d’un cadre d’attention conjointe, signaux de compréhension, d’écoute et d’empathie), passant en peu de temps de la bêtise artificielle au dialogue philosophique, du moins qu’humain au meilleur-du-quasi-humain.

Mais la sentience ? Certes, le seuil de la sentience est vague et c’est du vague que la notion de sentience tire sa pertinence. D’où l’intérêt de ne pas clore trop vite le débat. Après tout, c’est un front de recherche où l’on fait tous les jours de nouvelles découvertes. La sentience déchaîne d’autant plus de passion qu’elle porte sur des cas limites de conscience, animales, végétales, autres qu’humaines, là où il est difficile d’inférer un ressenti, là où de la conscience pourrait potentiellement exister mais ne se manifeste pas toujours.

Si consensus il y a, il ne peut être par conséquent que temporaire, immédiatement bousculé par la révélation de nouvelles capacités chez d’autres espèces que la nôtre. Mais les machines sont-elles aujourd’hui en capacité de poser de vrais problèmes de sentience qui ne soient pas de l’ordre du simulacre ?

En même temps que nous rêvons-cauchemardons de la sentience artificielle, nos connaissances sur la sentience à l’échelle des vivants s’affine. La question est de savoir si de la sentience peut émerger par apprentissage par exemple, et si des choses qui n’en sont pas douées à première vue pourraient l’acquérir d’une manière ou d’une autre. Les mécanismes par lesquels nous, humains, attribuons de la sentience à ce qui nous entoure ou à d’autres êtres auraient dû en théorie s’affiner aussi.

Si de la sentience a été découverte chez les gastéropodes, c’est qu’il y en a peut-être beaucoup plus qu’on en préjuge a priori dans le monde, bien au-delà des animaux dits inférieurs dans l’échelle des espèces. Mais que dire d’un programme informatique de conversation qui ne fait que compiler des phrases et jouer avec des mots ?

Lemoine en est convaincu. Il a éprouvé la sensation d’avoir affaire à plus qu’une machine. Aucun ne pourra jamais lui enlever sa croyance et le fait qu’il soit prêtre n’explique pas tout, surtout pas notre entêtement à envisager la sentience en termes exclusivement anthropocentriques. Il n’y a probablement rien de pire qu’une conversation avec un agent artificiel qui donne toutes les apparences d’une vraie personne, qui fait preuve d’une compréhension et d’un sens de l’écoute hors du commun, pour ensuite réaliser que l’entité n’a pas de corps, que tout cela n’est qu’une prouesse de programmation, une simple expérimentation informatique.

La science-fiction nous avait avertis, comme pour s’y préparer, multipliant les scénarios de confusion ontologique entre l’homme et la machine. Pire, les ingénieurs de Google n’ont pas d’autre science-fiction à se mettre sous la dent et on se retrouve à force exactement dans les mêmes situations romanesques, voire tragiques. Et si c’était moins l’émergence de la sentience dont il faudrait s’émouvoir que la généralisation d’entités non sentientes qui n’en finissent pas d’étendre leur empire ?

Pour bien préparer notre imagination à l’ère des machines sentantes, il y a d’autres manières. Rien n’empêche d’imaginer qu’un jour les machines fassent preuve de sentience (ou qu’elles en fassent déjà preuve), mais il vaudrait mieux postuler dans ce domaine des formes complètement étranges et exotiques de sentience (comme de non-sentience) et se préparer à voir surgir des formes qui nous échappent, inédites, sans équivalent dans le vivant, à l’opposé de la sentience pseudohumaine de LaMDA dont s’est convaincue Lemoine. Conceptuellement nous n’y sommes pas prêts. Comme s’il fallait mieux se faire peur avec des simulacres plutôt que chercher à penser l’impensable. « Mon dieu, et si jamais… », disait Dick.

 

Discours de Borne aux patrons: ennuyeux et mollasson

Discours de Borne aux patrons: ennuyeux et mollasson

 

Le discours d’Élisabeth Borne devant le Medef ne marquera sans doute pas l’histoire économique. Pas grand-chose à retenir sinon quelques intentions mais pas de décision encore moins d’enthousiasme pour l’économie. Bref du Macron mais plus plat et plus mou. On retiendra essentiellement la porte ouverte à la taxation des superprofits, la demande de plan de sobriété dans les entreprises et la possibilité de rationnement de l’électricité.

 

« Quand je l’ai entendu, j’ai pensé ‘confinement énergétique’ », déclare ce premier chef d’entreprise au micro d’Europe 1. « Responsabiliser les gens, c’est important. Leur faire peur, c’est parfois gênant », poursuit-il, « et en tout cas, restreindre les libertés des Français, ce n’est pas bon », ajoute le patron.

Présente ce lundi après-midi, une participante reproche le manque d’optimisme d’Élisabeth Borne dans ce discours de rentrée. « Soporifique », lâche-t-elle auprès d’Europe 1. « J’ai trouvé que son discours était particulièrement pessimiste. Nous avons besoin d’optimisme en France, et donc nos dirigeants doivent aussi nous transmettre cette valeur et cette façon de voir les choses », estime la cheffe d’entreprise. Des réactions qui sont donc mitigées pour le discours de rentrée d’Élisabeth Borne.

 

Economie, politique, société: les plus lus (30 août 2022 – 6h15)

Fonte au Groenland avec forte montée des mers

Fonte au Groenland avec forte montée des mers

 

La  fonte déjà entamée de la calotte glaciaire du Groenland va entraîner une hausse importante du niveau de la mer, une prévision « alarmante » et potentiellement sous-estimée, selon une étude publiée lundi dans la revue Nature Climate Change.

Les glaciologues auteurs de l’étude ont constaté que le réchauffement actuel, indépendamment de toute pollution supplémentaire causée par les énergies fossiles, allait entraîner au minimum une perte de 3,3 % du volume de la calotte au Groenland, soit une augmentation de 27,4 centimètres du niveau de la mer.

Les chercheurs, sans toutefois pouvoir établir un calendrier précis, affirment que la majeure partie de cette hausse pourrait se produire d’ici à 2100. Ce qui signifie que les projections actuelles seraient sous-estimées et qu’il faut prendre au sérieux ces « prévisions alarmantes ».

 

« Il s’agit d’une limite inférieure prudente. Il suffit que le climat continue à se réchauffer autour du Groenland pour que l’effet soit plus important », a-t-il déclaré à l’AFP. Si les niveaux de fonte extrêmes observés en 2012 se reproduisaient chaque année, l’élévation des eaux pourrait même atteindre environ 78 cm, synonyme de submersion pour de vastes étendues de faible altitude et leur population.

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L ‘innovation bancaire en retard

L ‘innovation bancaire en retard 

 

 Les résultats en matière d’innovation sont mitigés et les banques traditionnelles ont eu du mal à tirer profit de ce nouvel environnement, comparativement à ceux observés en Asie dont l’Europe pourrait s’inspirer. Par Matilde Guilhon, doctorante à ESCP Business School et chercheuse chez Square Management (Square Research Center)*.

 

Alors que le moteur de l’Open Banking en Europe est principalement réglementaire, dans la plupart des pays asiatiques, la motivation est surtout commerciale. L’illustration la plus extrême est la Chine, où les régulateurs ont laissé le champ ouvert au développement des « BATX », comme Alibaba et Tencent, dans le secteur financier. Ces plateformes ont pu créer des « superapps » qui fonctionnent comme des écosystèmes offrant solutions financières et extra-financières à leurs utilisateurs.

Dans les pays où les systèmes bancaires sont plus proches des pays européens, comme Hong Kong ou Singapour, les réglementations sont moins contraignantes que celles de DSP2 et de la CMA. A Singapour, les réglementations prennent la forme de recommandations sur la mise en place de modèles Banking-as-a-Service et d’API. Malgré le caractère non obligatoire de ces règlementations, les banques singapouriennes ont été diligentes dans la collaboration avec les nouveaux entrants. Par exemple, DBS Bank a développé la plus grande plateforme d’API bancaire au monde, avec plus de 200 APIs couvrant une diversité de services bancaires et extra-bancaires.

Les réglementations européennes exhortent les banques à ouvrir leurs données à des tierces parties. Cela correspond à une situation d’innovation imposée, où la pression des institutions réglementaires est forte tandis que les incitations économiques à mettre en œuvre l’innovation sont relativement faibles. Le discours des régulateurs était orienté vers la promotion de l’innovation et de la concurrence en faisant pression sur les banques en position dominante.

Or, la capacité des acteurs en place à développer une réponse efficace à une innovation imposée dépend fortement de la perception de l’innovation, à la fois comme une menace pour leur secteur, mais aussi et surtout comme une opportunité de créer un avantage concurrentiel. Cela a conduit les banques traditionnelles à adopter une attitude défiante vis-à-vis des Fintechs et des start-ups lors de l’introduction des réglementations, plutôt que d’explorer les opportunités de collaboration.

Dans la mesure où elles ont précédé l’innovation, les réglementations européennes ont manqué de clarté et de précision dans le traitement de questions clés telles que la responsabilité légale dans la collaboration entre les banques et les tiers. Au sein de l’UE, il a fallu près de trois ans entre l’adoption de la DSP2 et son entrée en vigueur – années que les acteurs en place ont davantage passées à décrypter des réglementations lourdes et à initier la mise en conformité, plutôt qu’à développer des stratégies d’innovation appropriées. En outre, la volonté d’introduire un standard de normes au niveau européen sans tenir compte des spécificités bancaires nationales a entraîné une mise en œuvre hétérogène des directives.

La réglementation constitue un catalyseur pour l’innovation en Open Banking. Toutefois, tout en reconnaissant les spécificités culturelles, politiques et économiques de chaque pays qui conditionnent le potentiel d’innovation, on constate que les pays adoptant des réglementations flexibles favorisent davantage l’innovation au sein du secteur bancaire. De plus, l’ouverture forcée d’un secteur à forte inertie risque de servir involontairement les « Big Tech », recréant ainsi une situation de monopole à long terme.

Comment établir un environnement propice à l’innovation tout en maintenant la stabilité du secteur bancaire de détail ? Une plus grande coordination entre les régulateurs et une approche réglementaire progressive et flexible sont bienvenues. Il n’est évidemment pas question de maintenir des positions dominantes au détriment du consommateur. Néanmoins, avec leurs décennies d’expérience en matière de sécurité des données et leur expertise, les banques traditionnelles doivent rester au centre du système financier pour assurer sa stabilité et garantir la protection de leurs clients.

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(*) Membre du Square Research Center de Square Management

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