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Catholicisme: Une réforme de type protestante ?

 Catholicisme: Une réforme de type protestante ? 

Selon la sociologue Danièle Hervieu-Léger, pour survivre, l’Eglise doit sortir de son système d’autorité centralisatrice et remettre en cause la sacralité du prêtre. Elle « n’échappera sans doute pas à cette leçon de la Réforme protestante », assure-t-elle dans un entretien au « Monde ».

Depuis cinquante ans, Danièle Hervieu-Léger scrute l’évolution du catholicisme, notamment occidental. Directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle publie avec le sociologue Jean-Louis Schlegel Vers l’implosion ? Entretiens sur le présent et l’avenir du catholicisme (Seuil, 400 pages, 23,50 euros) ainsi qu’un ouvrage plus personnel sur son parcours, Religion, utopie et mémoire (Editions de l’EHESS, 168 pages, 9,80 euros), sous la forme d’un entretien avec l’historien Pierre-Antoine Fabre. Alors que le catholicisme français connaît une actualité mouvementée (consultation des fidèles en vue du synode sur la synodalitésuspension des ordinations dans le Var, etc.), elle délivre un diagnostic sans concession sur l’état de l’Eglise.

Il y a quelques mois, le rapport Sauvé a révélé l’ampleur des agressions sexuelles au sein de l’Eglise catholique française. Selon vous, que signifie cette crise ?

Cette crise est gravissime pour l’Eglise. Elle ne témoigne pas de l’existence de problèmes temporaires que l’on pourrait résoudre : elle révèle une faillite générale du système romain. La spécificité de cette crise est en effet qu’elle met au jour la dérive d’un système de pouvoir dans l’Eglise. C’est pour cela que l’on a souligné le caractère « systémique » des abus, qui ne peuvent être réduits aux errances de quelques individus.

 

L’Eglise catholique, au moins depuis le concile de Trente (1545-1563), s’est construite sur la sacralisation de la figure du prêtre. Celui-ci a un statut distinct des fidèles, il appartient à un état supérieur. Cette séparation d’avec le commun des baptisés implique le corps du prêtre, à travers le célibat, auquel il est astreint depuis la réforme grégorienne (1073-1085), et qui fait de lui un être à part.

 

La fonction sacerdotale, dans l’Eglise catholique, n’est donc pas fondée d’abord sur la capacité d’un homme à répondre aux besoins spirituels d’une communauté de croyants. Elle manifeste l’élection divine du prêtre, ce qui le place au-dessus de cette communauté et lui donne un pouvoir gigantesque. Le prêtre est le médiateur privilégié, sinon unique, de la relation des fidèles catholiques au divin : le Christ est présent dans les gestes sacramentaires que pose le prêtre.

Il faut comprendre que cette sacralisation du prêtre limite considérablement la possibilité de s’opposer à un abus qu’il commet. Comment peut-on se révolter contre un tel acte, comment même peut-on se percevoir comme une victime quand l’agresseur se prévaut d’une relation à la puissance divine ? Les abus sexuels, dans ce contexte, sont donc toujours aussi des abus spirituels et des abus de pouvoir.

Avortement dans la Constitution: une priorité en France ?

Avortement dans la Constitution: une priorité en France ?

Il est clair qu’il faut condamner avec force la décision de la Cour suprême des Etats-Unis de révoquer la jurisprudence qui avait ouvert la voie à la légalisation de l’IVG sur l’ensemble du territoire américain. « C’est une décision catastrophique pour les femmes dans le monde », a déclaré la députée des Yvelines, en ajoutant : « Dès aujourd’hui, avec mon groupe, nous allons déposer une proposition de loi constitutionnelle pour inscrire le respect de l’IVG dans notre Constitution ». De son côté, le Haut Conseil à l’Egalité, instance nationale consultative indépendante chargée de la protection des droits des femmes et de la promotion de l’égalité des sexes, a soutenu la démarche et a appelé à « inscrire le droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne », précise Le Monde.

La question se pose cependant de l’opportunité aujourd’hui de précipiter une démarche pour  inscrire le droit à l’IVG dans la constitution. En effet ce droit n’est nullement en cause en France et aucun parti n’en réclame officiellement la modification.

En prenant pour premier objet politique la question de l’IVG, le gouvernement tente sans doute de masquer un peu ses hésitations sur plusieurs problèmes prioritaires notamment le pouvoir d’achat, la santé et la question climatique.

Il se pourrait bien aussi qu’il y ait quelques intentions malveillantes pour mettre en exergue les divisions du Parlement. Peut-être la division entre l’Assemblée nationale et le Sénat mais surtout sans doute la division à l’intérieur même de l’Assemblée nationale récemment élue.

D’une façon générale ,ces intentions proclamées d’inscrire de plus en plus de problématiques dans la constitution, les questions écologiques par exemple, suscite des interrogations sur ce que doit être le contenu et la permanence du texte suprême. En France pour des questions d’opportunisme souvent politique, on ne cesse de triturer la constitution quand dans d’autres pays ce texte fondateur ne bouge pas d’un iota.

Décarbonation: une politique publique plus ambitieuse

Décarbonation: une politique publique plus ambitieuse

 

L’expert et ancien industriel Dominique Vignon appelle, dans une tribune au « Monde », les autorités à planifier et à réguler l’usage des sources d’énergie, tant pour les producteurs que pour les consommateurs.

 

Les citoyens européens attendent la décarbonation de nos économies : limiter si possible le réchauffement climatique à 1,5 °C en 2050 par rapport aux températures préindustrielles, ce qui implique de commencer sans délais une réduction drastique des émissions pour atteindre l’objectif « zéro émission nette » (ZEN) en 2050. Et la première cible pointée du doigt par les associations environnementales est l’industrie pétrolière et gazière, qui fournit l’arme du crime climatique : le carbone des hydrocarbures et du gaz naturel contribue largement au réchauffement.

Les quelques opérateurs pétroliers et gaziers européens sont sensibles à ces attentes, qu’ils perçoivent parfois lors d’assemblées générales d’actionnaires agitées et médiatisées. Ils y répondent tous à peu près dans les mêmes termes, en planifiant la décarbonation progressive de leurs activités à l’horizon 2050. Leurs programmes sont assez crédibles : ils comportent notamment l’élimination du torchage de routine du gaz dans les raffineries (gaz naturel non économiquement récupérable et actuellement brûlé), et la réduction des fuites tout au long du cycle de production et de transport. Mais ces émissions contrôlables par les opérateurs ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les organisations environnementales ne s’y trompent pas, qui demandent de geler les nouveaux projets.

 

Le problème est que la demande des consommateurs finaux d’énergies fossiles ne faiblit pas. Les grands opérateurs peuvent certes offrir des énergies décarbonées, mais ils sont assez démunis pour modifier le niveau et la structure de la demande. L’objectif de réduction de 40 % des consommations finales en 2050, rappelé par Emmanuel Macron, à Belfort, en février, est ambitieux. Seules des politiques publiques vigoureuses seront à la hauteur de l’enjeu ; elles doivent être fondées sur la contrainte (mise hors marché locatif des passoires thermiques), sur des aides à la reconversion des clients comme des fournisseurs, et sur l’augmentation du prix du CO2 dans des conditions assurant l’équité entre les usagers. D’ici là, les opérateurs énergétiques préparent leurs offres d’énergies décarbonées, mais ils doivent aussi satisfaire une demande d’énergie fossile toujours prépondérante, même si elle doit décroître.

Vers une crise financière ?

Vers une crise financière ?

 

 

La remontée des taux d’intérêt – et la fuite de capitaux qui en découle – associée à la sous-estimation par le système financier des risques climatique, « cyber » et géopolitique fait peser de graves menaces sur l’économie mondiale, alerte, dans une tribune au « Monde », l’économiste Hélène Rey.

Au moment où presque toutes les banques centrales retirent des liquidités de l’économie pour combattre l’inflation, la crainte de crises financières ressurgit avec force. Dans un environnement où les Etats et les secteurs privés sont très endettés et où les prix des actifs sont souvent surévalués, le retournement du cycle financier global est à craindre. Car, plus le resserrement des politiques monétaires est important, plus la création de crédit ralentit, et plus les flux de capitaux se tarissent et les primes de risque augmentent, parfois de façon excessive. La Réserve fédérale américaine joue un rôle particulièrement important pour le cycle financier mondial et donne le ton sur les marchés financiers internationaux : lorsqu’elle coupe les liquidités, l’aversion au risque augmente et la valeur des actifs risqués (bitcoin, actions, etc.) chute.

La situation actuelle rappelle dans une certaine mesure la période précédant la crise de la dette de l’Amérique latine des années 1980, soulignait Richard Portes, professeur à la London Business School et fondateur du Centre for Economic Policy Research (CEPR), lors du premier symposium du CEPR à Paris, le 2 juin, où ce réseau européen de 1 600 chercheurs vient d’installer son siège, auparavant situé à Londres. La montée des taux et l’augmentation des primes de risque pourraient déstabiliser les pays émergents en raison des fuites de capitaux et des crises de change. On peut ajouter que les restructurations de dette qui seront probablement nécessaires seront bien plus difficiles à gérer dans un monde où le multilatéralisme est moribond et où la Chine est un créditeur important mais n’est pas membre du Club de Paris, l’institution réunissant les créanciers publics où se négocient lesdites restructurations.

Au-delà des pays émergents, certaines économies avancées seront aussi sous pression : les risques de fragmentation de la zone euro apparaissent à nouveau avec le retrait de liquidités par la Banque centrale européenne (BCE). Il est important que des écarts de taux entre pays de la zone existent, car ils reflètent des risques de crédit hétérogènes, mais la BCE ne peut les laisser diverger car cela signalerait un risque d’éclatement de la zone euro.

A ces risques traditionnels de premier ordre se greffe une série de facteurs d’apparition de nouvelles crises. Quand les perceptions des acteurs financiers sur l’activité économique future deviennent plus pessimistes, les actifs préalablement étiquetés comme sûrs et utilisés comme garantie auprès des débiteurs deviennent soudainement douteux, rappelait dans ce même symposium du CEPR Stephen Cecchetti, ancien conseiller économique de la Banque des règlements internationaux (BRI). Leurs prix peuvent alors chuter et entraîner avec eux une partie du système financier.

BCE : comment éviter une crise de l’euro ?

BCE : comment éviter une crise de l’euro ?

 Pour éviter une nouvelle crise de l’euro quelles seraient les options possibles ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière. ( Dans la Tribune, extraits)

 

 

Fermer les yeux. En forte hausse en Europe, l’inflation annuelle dans l’Union européenne atteint 8,1% en avril 2022. En mars 2020, avant la pandémie le taux était en baisse à 0,7%. Jusqu’à présent, la position de la BCE a été de prendre du recul et d’affirmer que cette inflation est « temporaire » pour éviter la « fragmentation » de la zone euro.

Pour gérer l’inflation, le taux d’intérêt directeur est le principal outil utilisé par les Banques centrales. Quand la BCE augmente son taux directeur, les taux des prêts sur le marché grimpent et la capacité d’emprunt est abaissée. Les dépenses sont diminuées et la pression sur les chaînes de production est réduite.

Depuis quelques mois, alors que les taux directeurs de la Banque centrale européenne restent stables, les taux d’intérêt des prêts immobiliers augmentent et suivent la tendance de l’inflation et sont moins influencés par les taux directeurs. L’argent perd de sa valeur et les banques commerciales rehaussent leurs taux d’intérêt pour continuer à gagner de l’argent. De même au fur et à mesure que l’éventualité d’une hausse des taux directeurs se confirme, l’écart entre les coûts d’emprunts de l’Allemagne et les autres pays européens se creuse. Les détenteurs des obligations anticipent cette hausse et mettent en vente leurs anciennes obligations moins avantageuses. Cette vente surprend les décideurs économiques qui ne pensaient pas que les conditions actuelles équivalaient à une « fragmentation ». La BCE ne peut plus fermer les yeux mais les moyens disponibles sont limités.

 

Dans le cas où un accroissement des écarts des coûts d’emprunts devient alarmant, la BCE pourrait tout simplement reprendre son principal outil de soutien au crédit et à l’économie depuis la crise de la dette dans la zone euro qui est le l’assouplissement quantitative. Cette décision estelle probable étant donné que la BCE vient de mettre fin à l’achat d’obligations ? Il y a un précédent lorsque l’épidémie de COVID19 a brièvement fait passer les spreads (l’écart qui existe entre deux taux) obligataires italiens/allemands audessus de 300 points de base. La Banque d’Italie a alors intensifié ses achats d’obligations pour le compte de la BCE. Plus tard la BCE a lancé son programme d’urgence PEPP (programme d’achats d’urgence face à la pandémie). En réalité, la BCE n’envisage pas une éventuelle réduction de son bilan qui a atteint 8.700 milliards d’euros en mars 2022, mais de le maintenir constant. Dans ce contexte comment créer un nouveau programme d’achat des actifs sans augmenter son bilan ?

 

Pour garder son bilan stable, lorsqu’une obligation arrive à échéance ou maturité, la BCE va acheter une autre obligation sur le marché secondaire avec l’argent perçu au moment du remboursement. Dans ce cas, la BCE prolonge les effets de son programme en gardant la même liquidité sur les marchés. Avec une inflation forte et la fin du programme PEPP, la BCE s’est engagée à acheter des obligations des pays les plus faibles, Italie et Grèce, pour éviter la « fragmentation ». Mais réinvestir les achats acquis pendant la période de pandémie estelle suffisante pour empêcher les divergences des coûts d’emprunt dans la zone euros ? « Nous sommes frappés par le poids que la BCE accorde au canal de réinvestissement comme moyen d’empêcher la fragmentation, car nous pensons qu’il s’agit du canal le plus faible de soutien des flux (d’assouplissement quantitatif)« , a déclaré Rohan Khanna, stratégiste d’UBS. Cette approche n’est pas suffisante il faut réinventer un nouveau système.

 

Un prêt direct de la BCE aux États est interdit par les traités européens relatifs à la Banque centrale. Avec un euro numérique, l’idée serait de reprendre partiellement une pratique établie avant les années 70 en Europe.

« En 1974, on a eu une loi stupéfiante [...]. On a obligé l’État à aller se financer sur le marché financier privé à 4% ou 5%, et, du coup, notre dette est maintenant à 90% du produit national brut. » Michel Rocard, Europe 1, 22 décembre 2012.

Si la BCE ne peut pas financer directement les dettes publiques des États membres de la zone euro, alors elle le fait indirectement avec les programmes de rachats d’actifs. La BCE rachète sur le marché secondaire les obligations souveraines des États de la zone euro. Avec l’euro numérique ne seraitil pas souhaitable d’autoriser chaque européen à détenir des euros numériques sur des comptes ouverts directement à la BCE ? Une partie des économies des ménages européens se retrouvera automatiquement au passif du bilan de cette banque et réduirait son bilan. Avec ces dépôts, il n’y a pas de création de liquidités, pas d’inflation. La Banque centrale européenne pourra financer directement les dettes publiques des États les plus faibles de l’Union économique et monétaire.

D’après le traité de Rome, il n’est pas possible de forcer l’épargne privée à financer directement la croissance des dettes publiques. Mais voilà, avec la pandémie, la France a déjà dévié ces règles. « L’ensemble constitué des banques commerciales et de la Banque centrale a donc recyclé l’épargne des ménages pour prêter à l’État« , explique Agnès BénassyQuéré, Chef économiste de la DG trésor. Cependant, un tel écart par rapport à « l’orthodoxie monétaire » pourrait s’avérer un point de conflit, en particulier de la part de la Cour constitutionnelle allemande.

 

Après le NextGenerationEU, qui a été accepté par la Cour constitutionnelle Allemande, ce plan sera bien plus qu’une relance : un plan de croissance pour éviter la stagflation (croissance faible et forte inflation). C’est un nouvel endettement commun des VingtSept et une nouvelle création de liquidité. C’est une seconde occasion pour l’Europe d’établir une autre perspective des règles de gouvernances et de transformer les économies des pays les plus faibles. Il s’agit d’accélérer la reprise tout en participant à la reconstruction de l’Ukraine. Il est urgent de rendre l’Europe plus homogène et d’investir massivement dans une économie verte.

 

L’inflation actuelle est en grande partie liée à des phénomènes extérieurs comme les prix de l’énergie, la guerre en Ukraine. Les taux directeurs de la BCE ont peu d’influence sur le niveau des prix des événements extérieurs.

Autrement dit, si l’offre du bien peut toujours répondre à la demande, il n’y aura pas de place pour l’inflation. Cela signifie une production plus élevée pour un coût et des prix inférieurs. Il faut des investissements rapides pour ralentir l’inflation en poussant la croissance à la hausse, tout en rendant les budgets européens plus homogènes.

 

La BCE dispose d’autres outils comme le programme d’opérations monétaires sur titres (OMT). Conçu au plus fort de la crise de la dette dans la zone euro, ce programme permet à la Banque centrale d’acheter directement de la dette souveraine d’un pays donné sans aucune limite. Mais la Banque centrale européenne n’envisage pas de recourir à ce programme, pourquoi ?

 

Suspendu pour cause de pandémie, le pacte de stabilité budgétaire sera de nouveau en vigueur en 2024 au lieu de mars 2023. Alors d’ici fin 2023, estil possible d’éviter une « fragmentation » sans règles strictes entre tous les pays Européens. Tous les pays de la zone euro présentent des taux d’endettement, d’inflation, de croissance, etc. tous différents. Ceci confirme que les niveaux de développement sont éloignés, les dynamiques économiques sont divergentes et la régulation des marchés du travail nationaux discordante. La Présidente de la BCE admet que l’Europe pourrait davantage agir sur « les modalités d’interprétation » des règles qui reviendront en 2024 au lieu de 2023, mais « ce ne seront certainement pas les mêmes règles« .

La situation actuelle estelle comparable à celle des années 1970 ? Les mêmes causes sont présentes : des perturbations persistantes de l’offre qui alimentent l’inflation à cause de la pandémie, précédées d’une période prolongée de politique monétaire très accommodante et une faible croissance, etc.

Dans les années 70, il n’y avait pas de guerre aux portes de l’Europe, pourtant « à l’époque, peu d’économistes comprennent que ces indices annoncent l’entrée des pays industrialisés dans une crise économique qui durera plus de vingt ans » .

Inflation et BCE : Une politique des taux inutile

Inflation et BCE : Une politique des taux inutile

 

Grégory Claeys, co-auteur d’une note du think tank Bruegel  explique dans la Tribune que la politique des taux de la BCE est inutile car les causes de l’inflation sont essentiellement exogènes.

 

Grégory Claeys est chercheur au sein du think tank bruxellois Bruegel et professeur associé au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).

La semaine dernière, la BCE a tenu en urgence une réunion, justifiée par une forte hausse des taux la veille, notamment italiens et espagnols. Selon vous, a-t-elle cédé à la panique?

GRÉGORY CLAEYS - Non, cette réunion était nécessaire car les taux italiens s’écartaient des taux allemands à des niveaux inédits depuis 2018, augmentant le risque de fragmentation. Mais à l’époque, la situation était différente. Il y avait de fortes tensions entre le gouvernement formé par la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles et les autres États-membres européens. Les marchés financiers voyaient un risque de sortie de l’Italie de la zone euro. Cela n’a rien à voir avec le gouvernement pro-européen de Mario Draghi.

Mais la réunion a plutôt été maladroite en termes de communication,  pour deux raisons. Tout d’abord, les membres du Conseil de la BCE auraient dû discuter de ce sujet lors de leur dernière réunion qui s’était tenue la semaine précédente. Ils savaient que les marchés s’inquiétaient d’un risque de fragmentation après l’annonce de la fin du programme de rachats d’obligations et du cycle de hausse des taux. Ensuite, ils ont indiqué, à la suite de leur réunion d’urgence, qu’ils n’avaient pas encore pris de décision et qu’ils chargeaient les comités de l’Eurosystème d’une réflexion sur une solution pratique, en ajoutant qu’à court terme, la BCE pourrait réinvestir l’argent des titres d’obligations qui arrivaient à échéance dans les prochains mois dans l’achat des dettes des pays qui subissaient une trop forte hausse des taux.

Dimanche, le président Emmanuel Macron a perdu sa majorité au parlement. Est-ce de nature à exercer une tension sur les taux français?

Visiblement, non. L’écart entre les taux allemand et français a à peine bougé. Sur le plan politique, cela redonne un véritable rôle au Parlement par rapport à celui du président, ce qui s’inscrit pour les marchés internationaux dans la norme. En Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, il n’y a pas de majorité absolue au parlement ! Cela ne paraît exceptionnel qu’en France, en raison de la Constitution de la Ve République.

Quel outil anti-fragmentation pourrait choisir la BCE ? Les mécanismes actuels ne suffisent-ils pas?

La BCE dispose déjà d’outils anti-fragmentation, avec en premier lieu l’OMT (Outright Monetary Transactions). Il a été créé en 2012 par Mario Draghi lorsqu’il avait annoncé, au plus fort de la crise de la zone euro, qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver la zone euro. Concrètement, la BCE était prête à acheter de façon illimitée les obligations d’un pays, à condition que celui-ci se soumette à un programme défini par le Mécanisme européen de stabilité (MES), ce qui impliquait des changements de politique économique. Autrement dit, cela revenait à une mise sous tutelle partielle du pays par les institutions européennes. Or, on a pu constater que, durant la crise du Covid-19, aucun pays n’a demandé un prêt auprès du MES.

Ce n’est d’ailleurs pas aujourd’hui le meilleur outil car nous ne sommes pas confrontés à une crise de la dette, mais à une réaction des marchés qui s’inquiètent de l’impact d’une hausse des taux sur le coût de la dette, qui en Italie est supérieure à 150% de son PIB. Or, la valeur de cette dette va mécaniquement baisser ces prochaines années en raison de l’inflation. Donc, la BCE doit créer un nouvel instrument anti-fragmentation qui ne soit plus conditionné à l’octroi d’un prêt du MES et à l’imposition d’un programme d’ajustement économique. Pour cela, il faut décider que telle ou telle dette est soutenable, ce qui est une décision politique qui sort du champ des compétences de la BCE.

Dans notre note de travail, nous proposons que la Commission et le Conseil européens définissent un tel critère qui soit validé par les États-membres. À ce moment-là, la BCE pourra décider d’acheter des dettes sans avoir l’air d’être politisée, pour éviter ce qui s’est passée en 2015 avec la Grèce. À l’époque, elle avait refusé que la dette grecque soit utilisée comme garantie dans les opérations de la BCE en raison de la politique menée par le gouvernement de Syriza, ce qui avait conduit à l’explosion du taux grec. La BCE était apparue comme prenant fait et cause contre le gouvernement. Une telle situation n’est pas souhaitable. Aujourd’hui, la BCE devrait pouvoir acheter la dette publique d’un pays lorsque les taux ne sont pas compatibles avec la réalité des fondamentaux de son économie.

Je pense que, face à la hausse des taux aujourd’hui de l’Italie, de l’Espagne et de la Grèce, une intervention de la BCE est souhaitable mais, je le répète, cette décision ne relève pas d’elle seule. C’est une décision politique, et ce n’est pas aux technocrates non élus qui composent le Conseil des gouverneurs de l’institution monétaire de prendre ces décisions, mais à des institutions légitimes comme la Commission européenne et le Conseil européen. Il faut donc rapidement créer un outil qui ne dépend pas d’un prêt du MES ni de la mise en place d’un programme d’ajustement du type de ceux qui sont mis en place par le FMI depuis 70 ans.

L’emploi de la notion de « fragmentation » utilisée par la BCE est plutôt récente. Quelle est sa signification? N’acte-t-elle pas le fait que les politiques de convergence n’ont pas eu le résultat escompté?

Le terme était déjà utilisé par la BCE, au moins depuis la mise en place d’un premier programme en 2010, le SMP (Securities Markets Program), puis de celui de l’OMT en 2012. L’objectif est le même : comment éviter que la politique monétaire commune transmise à tous les pays produise des écarts divergents de taux. En 2012, lorsque la BCE a baissé ses taux de 25 points de base, les taux longs allemands ont aussi baissé, ce qui a rendu plus attractives les conditions d’emprunt pour les entreprises et les ménages en Allemagne. En revanche, en Italie, les taux longs italiens ne baissant pas, les ménages, les entreprises et l’Etat ne voyaient pas les conditions de crédit changer. La politique monétaire accommodante de la BCE s’était transmise en Allemagne mais pas en Italie. C’est en ce sens qu’il y avait une fragmentation. C’est aussi le cas aujourd’hui. Quand la BCE va monter ses taux de 25 points de base au mois de juillet, cela va se traduire pour les entreprises et les ménages par une hausse des taux allemands proportionnelle à celle de la BCE, alors que la hausse sera bien plus forte en Italie, ce qui peut avoir un effet récessif. Or, cela ne se justifie pas par rapport à la situation économique du pays. Une même politique monétaire n’a pas les mêmes effets partout, et il est nécessaire de les corriger.

La solution est-elle de remettre un « quantitative easing«  ad hoc pour certains pays?

Exactement. La politique d’assouplissement monétaire du QE, avec ses achats d’actifs en proportion du poids de chaque pays qui ont été menés entre 2015 et 2022, visait à avoir le même effet dans tous les pays. A l’époque, le but était de lutter contre les conséquences négatives de la déflation. La BCE achetait donc plus d’obligations allemandes que d’obligations italiennes et espagnoles, plus que d’obligations portugaises, etc. C’était censé avoir un effet symétrique dans tous les pays.

Or, aujourd’hui, face à l’inflation, il faut faire l’inverse. Car le but n’est pas de faire baisser les taux à 5 ans ou à 10 ans de tous les pays mais de faire monter les taux courts pour que les taux longs augmentent un peu. Mais on constate que les taux longs augmentent trop rapidement dans certains pays, notamment en Italie. L’idée serait de pouvoir ramener les taux des pays pénalisés par cette hausse à un niveau compatible avec leurs fondamentaux économiques et leur éviter de subir les effets d’une panique des marchés.

Au-delà de la solution de l’outil anti-fragmentation, vous préconisez à plus long terme un budget européen intégré?

Oui, mais il s’agit là d’une solution à long terme car elle implique une réforme des traités européens et changerait fondamentalement la façon dont serait gouvernée la zone euro. C’est le système à l’œuvre dans les fédérations, aux États-Unis ou en Suisse. Dans ces pays fédéraux qui ont différents cantons ou différents États, il y a une seule politique monétaire, une banque centrale unique et un Trésor unique pour l’ensemble du pays. Or la zone euro a une banque centrale pour 19 pays, bientôt 20, mais on a 19 gouvernements avec 19 Trésors, qui émettent chacun leurs dettes. Un système fédéral permettrait à la banque centrale d’acquérir de la dette sans se demander si elle est soutenable et comment les autres pays vont réagir. Dans ce cas, ce serait de la dette de la zone euro qui serait achetée.

Un autre débat européen est en cours portant sur les fameuses règles budgétaires qui ont été suspendues en raison de la pandémie. Que faudrait-il changer?

Je fais partie de ceux qui considèrent que les règles qui avaient été mises en place, notamment en 2011 pendant la crise, n’étaient pas bonnes en pratique. En théorie, elles semblaient flexibles et semblaient reposer sur des indicateurs mieux définis, etc. On s’est rendu compte dès 2016 qu’elles n’étaient pas satisfaisantes car elles avaient mené la Commission européenne à prendre de mauvaises décisions. Il faut donc les changer. Leur suspension depuis 2020 donne l’occasion de les revoir. Mais j’ai l’impression que le dossier n’avance pas. Il est vrai qu’il y a eu des sujets plus urgents à traiter comme le Covid-19 et aujourd’hui la guerre en Ukraine.

Au plan académique, dans les think tank ou même au sein de la Commission, il y a quand même un consensus sur une proposition qui préconisait de mettre une limite maximale à l’augmentation de la dépense publique d’un pays durant les booms économiques.

Car les pays ont souvent tendance à augmenter leur dépenses imprudemment lors des booms, comme le montre l’exemple de l’Espagne qui, durant les années 2000 avec le boom immobilier, a dépensé un grande partie de ses excédents budgétaires au lieu de les mettre de côté, ce qui lui aurait permis de mieux gérer les conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière.

En outre, déterminer une hausse maximale des dépenses est plus facile à évaluer que des règles qui dépendent par exemple du déficit structurel qui n’est pas observable. Par exemple, si le taux de croissance potentielle de la France est de 2% et l’inflation de 2%, le niveau de dépenses publiques ne devrait pas dépasser 4%. Si la croissance potentielle était plus forte, 3% par exemple, et l’économie plus dynamique, elle pourrait augmenter ses dépenses publiques de 5%.

L’idée est d’avoir un mécanisme simple. Aujourd’hui, lorsque les parlementaires votent la loi de Finances, ils ne comprennent pas toujours les recommandations de la Commission européenne sur le déficit structurel, dont les règles de calcul sont complexes. C’est problématique. Mais, pour l’instant, s’il existe un consensus parmi les experts, il n’y a pas encore de consensus entre pays sur les changements à adopter concernant ces règles budgétaires. Néanmoins, il leur reste encore plus d’un an pour y réfléchir et s’accorder.

Pour relancer l’économie, avec la sortie de la pandémie, la Commission européenne et les Etats ont adopté un plan ambitieux de plus de 800 milliards d’euros, intitulé NextGenerationEU. Bruxelles veut impulser un nouveau développement industriel à travers la transition énergétique et numérique. La guerre en Ukraine la pousse à proposer une politique commune d’achat d’hydrocarbures et une augmentation de dépenses militaires pour renforcer son indépendance. Mais, mener une telle politique économique inflationniste avec un nouveau cycle de hausse des taux, n’est-ce pas contradictoire?

En fait, l’origine de l’inflation durant la pandémie ne se trouve pas dans un excès de demande. Les exportations en provenance de Chine ont énormément ralenti et cela a été accentué par la politique zéro Covid du gouvernement chinois qui entraîne une fermeture des entreprises et la désorganisation de toutes les chaînes de production mises en place depuis les années 1990.

Si la BCE augmente ses taux, cela ne changera rien, car c’est une cause exogène. Son action ne fera pas baisser le prix du pétrole ni ne fera rouvrir les usines en Chine, ni arrêter la guerre en Ukraine.

En revanche, une politique budgétaire expansionniste fait sens parce qu’elle limite finalement les effets de l’inflation pour les consommateurs. Si l’on compare les différences entre les politiques italienne, belge et française menées par rapport à l’inflation, on constate que le bouclier sur l’énergie mis en place en France lui a permis d’avoir un taux d’inflation deux fois moins important qu’en Belgique et en Italie, et quatre fois moins important qu’en Estonie.

En France, on se plaint que le niveau des prix a augmenté de 5% mais en Estonie c’est 20%. Et c’est le résultat de la mise en place des mesures pour aider les ménages les moins favorisés. Évidemment, cela a un coût.

Quand, par exemple, le gouvernement impose à EDF de vendre à ses concurrents à prix fixe et non à ceux du marché, cela fait moins de revenus pour EDF, et donc pour l’Etat, actionnaire majoritaire de l’électricien. Mais cette politique budgétaire qui vise à diminuer l’inflation est selon moi une bonne réponse.

En effet, lorsque la BCE va augmenter ses taux, c’est d’abord pour rester crédible aux yeux des décideurs économiques et des marchés, car elle ne peut pas rester sans rien faire lorsque les taux d’inflation montent à 10% voire 20%. Mais son action est avant tout psychologique. Elle agit graduellement pour s’assurer qu’il n’y ait pas un dérapage dans ce qu’on appelle les « anticipations d’inflation », pour éviter que les entreprises n’augmentent leurs prix de façon répétée et que les employés ne demandent des hausses de salaire trop importantes parce que tous sont persuadés que l’inflation va augmenter de 10% chaque année. Utiliser la politique budgétaire peut sembler coûter cher mais, en réalité, elle a du sens d’autant plus que si le stock des dettes est aujourd’hui très important, son coût est très faible.

En 1995, le taux d’intérêt payé sur la dette était en France de 7% environ, il est aujourd’hui inférieur à 2%. Étant donné la faiblesse des taux, les pays en ont profité pour augmenter la maturité de leurs dettes à 10, 20 voire 30 ans. Aussi, la hausse du coût moyen de cette dette sera beaucoup plus graduelle que celle des taux de la BCE.

 

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(1) « A new European tool to deal with unjustified rising spreads« , par Grégory Claes et Maria Demertzis (Bruegel). Il s’agit d’une version abrégée d’un rapport préparé à la demande de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen : « Fragmentation risk in the euro area: no easy way out for the European Central Bank »

Mondialisation : une nouvelle phase entre autarcie et échanges

Mondialisation : une  nouvelle phase entre autarcie et échanges

Le monde semble être entré, depuis deux ans, dans une ère de grande instabilité, avec des répercussions profondes sur les échanges internationaux. Est-ce la fin du modèle de mondialisation rationalisé sur lequel les sociétés modernes se sont construites ? Par Sébastien Lefebure, Directeur général Europe du Sud de Manhattan Associates ( la Tribune)

 

 

En mars dernier, le patron du plus grand gestionnaire d’actifs du monde – BlackRock – annonçait dans une lettre à ses actionnaires « la fin de la mondialisation que nous avons connue au cours des trois dernières décennies ». En cause, le conflit en Ukraine qui est brutalement venu bouleverser l’ordre mondial qui prédominait depuis les années 1990 et, avec lui, certains liens commerciaux qui existaient entre de nombreuses nations.

Cette annonce de Larry Fink intervenait deux ans, quasiment jour pour jour, après le début d’une autre crise majeure ayant mis le monde à rude épreuve, et ayant elle aussi remis profondément en question le modèle de mondialisation en place.

Le dénominateur commun ? La prise de conscience soudaine du risque inhérent à la dépendance. Dépendance énergétique, dépendance alimentaire, dépendance sanitaire, dépendance économique… Le monde expérimente à ses dépens les failles d’un système qui, bien que vertueux à de multiples égards, repose malgré tout sur un fragile équilibre.

Sécuriser est devenu le mot d’ordre, dans un environnement d’une immense complexité. Si certains plébiscitent, à juste titre, la nécessité de relocaliser et de privilégier les circuits courts, il ne s’agit pas pour autant de passer d’un extrême à l’autre. Le protectionnisme et l’autarcie ne sont probablement pas des réponses viables. C’est un nouvel équilibre qu’il faut mettre en place. Et c’est ce qui est en train de se passer.

En à peine deux ans, c’est-à-dire une milliseconde à l’échelle de l’histoire récente du commerce international, la plupart des entreprises se sont réorganisées pour sécuriser la production, les approvisionnements et, tant bien que mal, les coûts. Un véritable tour de force organisationnel et logistique dont les consommateurs ne mesurent toujours l’intensité.

Plus que la capacité à s’adapter, c’est peut-être la rapidité avec laquelle cette adaptation s’opère qui est une prouesse. Combien d’années, voire de décennies aurait-il fallu aux entreprises de la fin du siècle dernier pour réorganiser leur mode de fonctionnement dans un contexte de crise mondiale similaire ? Cela aurait-il simplement été possible sans les systèmes connectés et la numérisation des processus ?

En tout état de cause, il y a aura un avant et un après 2020. Cette décennie est celle de l’accélération d’un basculement que l’on croyait bien plus long à mettre en œuvre.

Ce serait une erreur de penser que les symptômes actuels (pénuries, inflation, …) sont de simples accidents conjoncturels. La mondialisation des Supply Chains et l’augmentation des risques (politiques, diplomatiques, technologiques, cyber, …) créent une complexité, une fragilité et une incertitude dont ils sont le résultat. Et face auxquelles il est devenu vital de s’adapter extrêmement vite.

La mondialisation rationalisée telle que nous la connaissons, avec des flux bien en place et massifiés, ne fait pas que trembler sur ses bases depuis deux ans. Les crises à répétition sont en train de faire voler ce modèle en éclats. Mais c’est un mal nécessaire dont il faut se saisir pour mettre en place le modèle de demain. Un modèle à la fois plus hybride, plus durable et plus protecteur.

Ce n’est pas la fin d’un modèle, c’est le début d’une nouvelle phase de son évolution.

Croissance : encore une révision en baisse par la Banque de France

Croissance : encore une révision en baisse par la Banque de France 

 

La Banque de France passe son temps à réviser à la baisse les perspectives de croissance. Pourquoi des révisions aussi régulières ? Sans doute pour ne pas affoler l’opinion publique sur la gravité de la crise qui se caractérise par une marche vers la déflation (inflation mais sans croissance). La croissance du produit intérieur brut (PIB) augmenterait de 2,3% selon les dernières prévisions de la Banque de France dévoilées ce mardi 21 juin contre 2,7% en mars dernier dans leur scénario central.Une croissance qui provient essentiellement de l’acquis de l’année précédente.

Pour l’année 2023, cet acquis sera assez marginal et le risque de récession n’est pas écarté

Par ailleurs l’explosion de l’inflation portera un coup sévère au pouvoir d’achat que la Banque de France évalue 1 % pour les ménages. Ce qui est notoirement en dessous de la réalité si l’on considère que chaque ménage perdra rien que pour le chauffage et de carburant autour de 1500 € par an.

La Banque de France chiffre l’inflation désormais à 5,6 % en moyenne mais le pouvoir d’achat pour l’instant n’a pas progressé plus de 2 %. La perte sera donc entre 2 et 3 %. Et non pas de 1 % . D’après les modèles de la Banque de France, l’inflation pourrait grimper à 5,6% en moyenne en 2022 et 3,4% en 2023 selon l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Cet indicateur est notamment utilisé par Eurostat et les économistes de la BCE pour faire des comparaisons internationales.

Quant à l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire hors énergie et alimentation, elle serait tout de même de 3,3% en 2022 et 3% en 2023. Cela signifie que même si les prix de l’énergie et de l’alimentation marquent le pas, l’inflation resterait supérieure à l’objectif de la Banque centrale européenne (BCE) fixé désormais à 2% à moyen terme.

Le salaire moyen par tête réel pourrait augmenter de seulement 1,8% en 2022, soit un niveau bien inférieur à l’inflation selon les calculs de la banque centrale. Quant au revenu disponible brut réel des ménages, il serait en berne à 0,8% cette année tout comme le pouvoir d’achat (-1%) un chiffre sans doute après une redistribution évaluée de manière très approximative.

Par ailleurs, après de fortes créations d’emplois en 2021 (507.000) et en 2022 (356.000), l’économie française pourrait à nouveau détruire des postes à partie de l’année prochaine (-78.000) et en 2024 (-25.000).

 

Campagne électorale Législatives 2022 : une caricature ?

Campagne électorale  Législatives 2022 : une caricature ? 

 

Entamée sur de lourds non-dits, la campagne des élections législatives qui prend fin vendredi 17 juin menace de se terminer dans la caricature. Chaque jour, le ton monte un peu plus entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, comme si l’on était encore dans le prolongement du match présidentiel, alors qu’il s’agit d’élire 572 députés (cinq l’ayant déjà été au premier tour) pour un travail primordial d’élaboration de la loi et de contrôle de l’exécutif. L’excessive présidentialisation du régime se lit à travers l’impossibilité d’exister pour les autres acteurs, à commencer par la première ministre, Elisabeth Borne, qui échoue à imprimer sa marque en ce début de quinquennat.( papier du Monde)

 

La feinte dont use depuis des mois le camp présidentiel face au retournement de la conjoncture et à l’impopularité de son projet de retraite à 65 ans est en passe de se retourner contre lui. En en disant le moins possible, le président de la République espérait anesthésier le débat et éviter la cristallisation d’un camp contre lui. En parvenant à réaliser l’union des gauches derrière sa personne, l’« insoumis », qui n’était arrivé qu’en troisième position lors du premier tour de la présidentielle, a déjoué le piège. Il s’est mis en situation de pouvoir priver le président de la République d’une majorité, dimanche 19 juin, si un nombre suffisant d’abstentionnistes le rallient.

 

Depuis, l’Elysée peine à reprendre la main, alternant silence et déclarations dramatiques, comme celle prononcée sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, mardi 14 juin. Avant de s’envoler pour la Roumanie, le président de la République a solennellement exhorté les Français à donner « une majorité solide au pays », en soulignant le risque d’ajouter « un désordre français au désordre du monde ».

Il est normal qu’un chef d’Etat fraîchement réélu demande à son peuple de lui donner les moyens de présider. Mais la dramatisation excessive du ton, alors que la campagne s’est déroulée sous anesthésie, comme à distance du chaos du monde, a surpris. Si la France vit, comme le dit Emmanuel Macron, « un moment historique », il eût été nécessaire que les citoyens y soient associés de près.

 

Faute de l’avoir fait, le chef de l’Etat en est réduit à pratiquer ce qu’il a longtemps dénoncé : la politique politicienne. Pour tenter de réveiller les électeurs du centre et de la droite, il s’emploie à rejeter Jean-Luc Mélenchon dans le camp de ceux qui menacent la République. Ce faisant, il renvoie dos à dos l’extrême droite et une partie de la gauche, rompt avec la logique du front républicain qui prévalait depuis 2002, suscite le malaise au sein même de ses troupes, pour un résultat aléatoire. A gauche, la dynamique repose sur la fierté d’avoir retrouvé le chemin de l’union, si bien que, à ce stade, les sorties de route de son porte-drapeau comptent relativement peu, de même que l’incohérence programmatique de la coalition qu’il a fait naître.

 

Se trouvent ainsi réunies les conditions d’une fin de campagne à côté des vrais sujets : plus l’environnement international s’obscurcit, plus les effets du réchauffement climatique deviennent tangibles, plus la France se rétrécit dans des querelles qui n’ont pas lieu d’être. Le camp de la Nupes y prend toute sa part. Depuis dimanche, son propos n’est pas de tenter de crédibiliser un coûteux projet de rupture qui promet la retraite à 60 ans ou le smic à 1 500 euros net, mais de révéler de prétendues hausses d’impôts cachées du projet Macron. La ficelle a beau être grosse, elle est complaisamment relayée, achevant de donner à cette campagne le caractère qu’elle ne devrait pas avoir : celui de ne pas être sérieuse, en des temps d’une extrême gravité.

Assemblée : vers une meilleure représentation sociologique, enfin !

Assemblée : vers une meilleure représentation sociologique, enfin !

 

L’arrivée à l’Assemblée nationale de quelques dizaines deux députés issus des couches moyennes constituent évidemment une innovation démocratique. Jusque-là en effet est depuis longtemps, la politique est appropriée surtout par les professionnels, les fonctionnaires et professions supérieures. Bref tout cela aboutit à une représentation complètement déformée sociologiquement et donc en décalage avec les réalités sociaux économiques. Le pire dans ce domaine a sans doute été réalisé par le parti socialiste qui pratiquement depuis son origine n’a jamais compté réellement de représentants des couches moyennes et défavorisées. Essentiellement des fonctionnaires, des politicards et des cadres.

Évidemment une grande différence avec les partis sociaux-démocrates des pays européens qui eux ont toujours su intégrer une grande partie de ceux qu’ils sont supposés représenter. Résultat , le parti socialiste est mort pour avoir ignoré ses mandants. L’affaire n’est pas nouvelle. Le déclin a été celui d’abord de la SFIO pour les mêmes raisons.

Certes une meilleure représentation sociologique est indispensable même si elle ne garantit pas forcément à elle seule l’efficacité et la cohérence. Et il y a encore un énorme chemin à parcourir

On peut s’étonner que la gauche en France (PC excepté) compte aussi peu de responsables issus des organisations syndicales ou associatives engagées.

La vérité c’est que la gauche -comme la droite- est complètement noyautée par les professions supérieures et par les anciens élèves des instituts politiques qui commencent comme conseiller d’un élu avant de devenir eux-mêmes représentants du peuple.

L’élection d’une femme comme  Rachel Keke,  femme de ménage élue dans la 7e circonscription du Val-de-Marne, face à l’ex-ministre des Sports Roxana Maracineanu constitue un événement significatif, d’autres nouveaux députés exercent des métiers que l’on n’a pas l’habitude de croiser au Palais-Bourbon. Car du point de vue des catégories socio-professionnelles représentées parmi les élus, ce sont les cadres de la fonction publique (75 députés), devant les cadres administratifs et commerciaux d’entreprise (66) et les professions libérales (58), qui restent les plus représentés.

Rachel kéké ne sort pas d’un institut politique mais elle a suffisamment d’expérience personnelle et syndicale plus que compenser ce « manque » après avoir mené un combat de plus de 22 mois pour faire valoir les droits des femmes de ménage d’un hôtel où elle travaillait.

 

Rachel Kéké ( Wikipedia)

Rachel Keke est née en 1974 dans la commune d’Abobo, au nord d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, d’une mère vendeuse de vêtements et d’un père conducteur d’autobus. Son grand-père combat avec les forces françaises pendant la Seconde Guerre mondiale4. Elle perd sa mère à l’âge de 12 ans et commence à travailler à 16 ans comme coiffeuse. Elle travaille également ensuite comme caissière et comme aide à domicile pour personnes âgées. À la suite du coup d’état de décembre 1999 en Côte d’Ivoire, elle arrive en France à 26 ans7 et y exerce son métier dans le salon de coiffure de son oncle8Naturalisée française en 2015, elle a cinq enfants et s’est remariée en 2016 à un chanteur de zouglou, une musique urbaine ivoirienne.

Elle commence à travailler comme femme de chambre à l’hôtel Ibis Batignolles en avril 2003, employée par les sous-traitants successifs. Longtemps à temps partiel, ses demandes pour passer à plein temps n’aboutissent qu’en 2017. Elle devient gouvernante en 2019. Ses conditions de travail ont des effets sur sa santé et elle est en arrêt maladie en février 2019. Son salaire mensuel net passe de 1 300 à 1 700 euros grâce au succès de la mobilisation de 2019 – 202. Elle indique au sujet de ce métier qu’il « détruit le corps. Il y a des syndromes du canal carpien, des tendinites, des maux de dos… »4. Dans le cadre de ce travail, elle est également confrontée au racisme et à des tentatives d’agressions sexuelles.

Le 17 juillet 2019, vingt-huit femmes de chambres de l’hôtel Ibis Batignolles majoritairement africaines, dont Rachel Keke, se mettent en grève pour une durée illimitée. Elles dénoncent alors leurs conditions de travail et leur sous-rémunération auprès de leurs employeurs le groupe hôtelier Accor et son sous-traitant STN15.

Accompagnée de ses collègues, et notamment de la porte-parole Sylvie Kimissa8,16, elles subsistent grâce aux caisses de soutien et cagnottes en ligne mises en place par les syndicats et donateurs anonymes.

Le combat des femmes de chambre prend fin en mai 2021 par un accord où elles obtiennent une revalorisation des qualifications et des salaires, la prise en compte des heures supplémentaires et une prime de repas. Par contre, elles n’obtiennent pas la fin de la sous-traitance et l’intégration chez Accor.

 

Une nouvelle géographie électorale ?

Une nouvelle géographie électorale ?

 

 

Les géographies de l’abstention et du vote RN recoupent-elles toutes deux le concept de France périphérique ? Les résultats de l’analyse statistique montrent autre chose. Par François Luciardi, Université Libre de Bruxelles (ULB). (dans la Tribune)

Une analyse un peu complexe mais intéressante. Il se confirme en tout cas que le Front National réussit désormais une implantation dans tout le pays NDLR

 

En France, les commentaires qui ont ponctué la décennie 2010 sur la montée du vote pour le Front national (désormais Rassemblement national) et de l’abstention s’inscrivent dans une perspective plus large de crise des grandes démocraties occidentales.

Dans le cadre de cette crise, le vote populiste (a fortiori de droite) et l’abstention iraient de pair. Récemment, le géographe français Christophe Guilluy, en introduisant le concept controversé de « France périphérique », a tenté de fournir une clef de lecture géographique à ces maux. La mondialisation, en favorisant en Occident une économie des services dans laquelle les « villes-mondes » ont la part belle, a conduit à fracturer chaque territoire national. Deux espaces se feraient désormais face. Dans chaque pays, aux grandes métropoles s’opposerait le reste du territoire. C’est cette périphérie qui serait le terreau de l’abstention et du vote nationaliste émanant de ceux qui ont fait sécession avec le système.

Les géographies de l’abstention et du vote Front national (devenu Rassemblement national en 2018) recoupent-elles toutes deux le concept de France périphérique ? Une analyse (publication à venir) de la dernière élection présidentielle permet de nuancer cette idée au moment où la force politique lepéniste confirme sa dynamique au parlement.

 

Pour vérifier la pertinence de l’approche de Guilluy pour l’analyse de l’abstention et du vote FN, nous avons pris la définition de la France périphérique donnée en 2015 dans son livre éponyme.

Celle-ci s’appuie sur une base communale. La France métropolitaine correspond aux communes des vingt-cinq plus grandes métropoles françaises en s’appuyant sur le zonage en aires urbaines 2010 de l’Insee. La France périphérique correspond au reste du pays auquel s’adjoignent les communes périurbaines les plus fragiles des vingt-cinq grandes métropoles françaises : Paris, Lyon, Marseille – Aix-en-Provence, Toulouse, Lille (partie française), Bordeaux, Nice, Nantes, Strasbourg (partie française), Grenoble, Rennes, Rouen, Toulon, Douai – Lens, Montpellier, Avignon, Saint-Étienne, Tours, Clermont-Ferrand, Nancy, Orléans, Caen, Angers, Metz et Dijon.

L’ajout de ces communes périurbaines a pour but de distinguer le périurbain pauvre du périurbain aisé des grandes villes et est réalisé en calculant pour chaque commune périurbaine un indice quantifiant le niveau de fragilité sociale de la population locale et combinant plusieurs grandeurs socio-économiques comme le taux d’ouvriers et d’employés ou le niveau de vie.

Nous avons ainsi reconstitué la France périphérique et la France métropolitaine de Guilluy en utilisant les données communales socio-économiques de 2017.

Cette dichotomie territoriale est ensuite comparée aux géographies de l’abstention et du vote FN au premier tour de la présidentielle de 2017.

La géographie de l’abstention à l’échelle communale montre des dynamiques spatiales diverses. Pour certaines aires métropolitaines (Paris et Lyon), il semble effectivement se dessiner un gradient kilométrique positif : l’abstention semble plus forte autour du centre métropolitain, sans pour autant que cela soit très net.

Mais pour la majorité des métropoles (Bordeaux, Toulouse, Lille, Poitiers, Marseille, Clermont-Ferrand), la modalité dominante est celle de centres qui s’abstiennent plus que leurs alentours. Cela fait écho à la configuration « nord-américaine » des métropoles de province, où la fragilité sociale se concentre plutôt dans le centre et les couronnes proches, du fait notamment de la présence de quartiers d’habitat social et de populations immigrées.

Surtout, une géographie régionale apparaît. L’abstention est très forte en Corse, dans le Nord et dans l’Est. Elle l’est moins en Bretagne et dans le Sud-Ouest, même si l’on repère quelques poches abstentionnistes (par exemple, le Médoc également connu pour être une terre frontiste). La géographie régionale de l’abstention (sur la base des grandes régions de 2015) permet de révéler plus clairement ce phénomène en retrouvant le fameux axe Le Havre-Marseille qui sépare la France de l’Est historiquement industrielle, plus dense et territoire d’immigration de la France de l’Ouest historiquement moins dense et plus rurale.

Nos constats visuels sont précisés par une analyse de la variance (test de Fisher). Cette méthode statistique permet d’estimer le poids de différentes échelles spatiales dans l’abstention. Elle indique aussi quelles échelles sont significatives. Nous la déployons ici pour deux échelles : les régions de 2015 et la France périphérique.

Les données électorales sont pondérées par la population des communes pour gommer au mieux les différences de taille. Il apparaît ainsi dans nos analyses statistiques que la France périphérique a un poids bien inférieur à celui des régions.

Par ailleurs, sa significativité pourrait tout aussi bien renvoyer à l’abstention forte dans plusieurs centres urbains par rapport à leurs alentours, dichotomie inverse de celle de Guilluy. Enfin, nous constatons qu’une grande partie de l’abstention (résidus), et donc de la participation, reste à éclairer par d’autres échelles, qui pourraient être par exemple la concentration de retraités, au comportement électoral souvent assidu, sur certains littoraux, notamment dans le Sud, ou la haute participation dans les petites communes rurales.

Si le concept de France périphérique n’explique que peu l’abstention, il en est autrement pour le vote FN.

En visualisant la géographie du vote FN à l’échelle communale, on observe, plus clairement que pour l’abstention, une concurrence entre une géographie régionale et une géographie distinguant les grandes métropoles de leurs alentours.

Nous retrouvons les espaces régionaux qui constituent les traditionnelles zones de force du FN : le Nord et l’Est, où l’industrie a été mise en difficulté, et le littoral méditerranéen.

Nous retrouvons également ses zones de faiblesse comme l’ancien Limousin, le Sud-Ouest (excepté une implantation FN dans la vallée de la Garonne) et la Bretagne. En effet, l’ouest de la France a été, à partir des années 1970, une zone d’implantation pour le Parti socialiste (PS), tandis que le Limousin renvoie au passé des « campagnes rouges » où des structures agricoles coopératives favorisaient un communisme rural. La Bretagne et l’extrême Sud-Ouest (le Béarn) font aussi penser à l’implantation historique de la démocratie chrétienne. Les zones de faiblesse du RN témoignent donc de la persistance de cultures politiques régionales qui font que l’échelle régionale continue de compter dans la géographie électorale française.

Mais face à cette géographie régionale, le concept de France périphérique semble aussi avoir de l’intérêt dans la géographie frontiste. On repère assez clairement les aires d’influence des grandes métropoles françaises (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Rennes, Nantes…) dont le vote FN est faible et entourées par des territoires plus favorables à ce parti.

 

L’analyse de la variance réalisée sur le vote FN montre cette fois-ci que la France périphérique est un facteur significatif dans ce phénomène. Sa contribution n’est pas négligeable bien qu’inférieure à l’échelle régionale. De plus, en répétant ce traitement statistique pour les présidentielles de 2002 et 2012 (2007 est mise de côté du fait de l’affaiblissement du FN dû à Sarkozy) nous constatons que l’échelle de la France périphérique n’a fait que gagner en puissance sur la période 2002-2017.

L’abstention et le vote extrémiste, bien que présentés comme deux symptômes de la crise des démocraties occidentales, sont deux comportements très différents tant politiquement, que socialement et spatialement. C’est le constat qui ressort de l’analyse par le prisme de la France périphérique.

L’abstention est équivoque et procède de multiples mécanismes à la fois spatiaux et sociaux (régions en difficulté, pauvreté dans les centres urbains, déclassement social, défiance vis-à-vis du politique).

À l’inverse, la France périphérique semble compter davantage dans la structuration du vote FN. Une logique centre-périphérie semble ainsi gagner en puissance dans la structuration de ce comportement. Reste à savoir si cette logique s’enracine plutôt dans une opposition centres urbains vs périurbain ou grandes métropoles vs périphéries déclassées (y compris des centres urbains), comme l’invite à réfléchir le récent mouvement des « gilets jaunes ».

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Par François Luciardi, Doctorant, Université Libre de Bruxelles (ULB)

L’auteur effectue sa thèse sous la direction de Gilles Van Hamme (Université Libre de Bruxelles, faculté des sciences) et Jean-Michel De Waele (Université Libre de Bruxelles, faculté de philosophie et sciences sociales).

Carburant :Une taxe pour remplacer une taxe ?

Carburant :Une taxe pour remplacer une taxe ?

 

Deux  experts en prospective urbaine Vincent Le Rouzic et Alphonse Coulot préconisent, dans une tribune au « Monde », la création d’une cotisation sociale de transition prélevée sur les carburants carbonés, pour remplacer une partie de l’actuelle taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), ainsi que d’un « compte transition mobilité » pour chaque foyer.

En fait,  il s’agirait d’une taxe pour remplacer une autre taxe. Pas vraiment une innovation notamment si l’on en juge par les effets presque neutres du très haut niveau actuel de fiscalité sur le carburant. La lutte contre les émissions de carbone dans les transports réclame sans une approche autrement plus globale et plus complexe NDLR

 

Il y a près de soixante ans, la France était pionnière de la fiscalité écologique. Aujourd’hui, elle peine pourtant à instaurer un mode de taxation des émissions de carbone. En instaurant une redevance sur l’eau, en 1964, la France luttait contre le risque de consommation excessive de cette ressource. Pourtant, depuis l’échec de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) en 2001, les projets de fiscalité carbone peinent à s’instaurer durablement.

Dans sa définition, la taxe carbone qui a vu le jour en 2014 a une prise directe sur les transports, puisqu’elle est intégrée à la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), elle-même responsable de 60 % du prix de l’essence.

Mais, depuis l’épisode sans précédent des « gilets jaunes », l’idée même de hausse de la composante carbone crispe tous les bords politiques, au point d’être quasiment absente de l’élection présidentielle 2022.

Pourtant, en appliquant une tarification aux émissions de carbone, la mesure se veut un accélérateur d’une transition énergétique dont la nécessité ne fait plus débat. Las, le dispositif est encore trop imparfait : manque de transparence dans l’allocation de ses recettes, coût social trop important.

A cela s’ajoute un enjeu, que le débat public et les gouvernements qui se succèdent n’abordent pas : la contraction des recettes de cette fiscalité carbone. La TICPE représente aujourd’hui près de 5 % du budget général de l’Etat (soit 13,6 milliards en 2019). Or la fiscalité carbone est vouée à décroître, voire à s’éteindre complètement, à mesure que la part des énergies fossiles diminue dans les transports.

Ce paradoxe trahit une position impossible à tenir pour l’Etat, qui doit financer massivement les étapes nécessaires de la décarbonation de son écosystème, alors qu’il se voit inexorablement privé de recettes dont il dépend pourtant.

De plus, la fiscalité carbone actuelle privilégie encore trop la contrainte à la coopération, puisqu’elle impose une forte hausse des prix sur un bien non substituable et ne redistribue pas de façon transparente ses recettes. De là une perception de la fiscalité carbone comme une pénalité supplémentaire plutôt que comme la contrepartie d’un accompagnement à la transition.

Enfin, le versement du produit de cette fiscalité au budget général de l’Etat ne permet pas d’en faire la pédagogie et nuit à son acceptabilité. Ce défaut de transparence et le faible bénéfice visible que retire la population de cette taxe constituent les principaux ferments de l’opposition qu’elle suscite.

Une assemblée représentative mais ingérable

Une assemblée représentative mais ingérable

 

Si la mise en cohérence entre le pays réel et la représentation nationale comporte un risque élevé de blocage, elle place chaque acteur devant ses responsabilités, explique, dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

 

Il y a eu beaucoup de tours de passe-passe durant la longue campagne électorale qui s’est achevée dimanche 19 juin. On a d’abord vu un président de la République croire que tout lui était acquis parce qu’il avait réussi l’exploit de se faire réélire avec 58,55 % des suffrages exprimés le 24 avril. Puis a surgi des rangs de la gauche un prétendu premier ministre, Jean-Luc Mélenchon, qui, parce qu’il avait réussi à réaliser l’union autour de sa personne, allait devenir l’homme fort du nouveau quinquennat.

Pour tous ceux qui s’étaient complus dans cette double illusion, le réveil au soir du second tour des élections législatives a été particulièrement brutal. La France est à droite, très à droite, avec une seule formation qui peut revendiquer la dynamique : le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, qui progresse en voix et en sièges et devient avec 89 députés élus, le premier parti d’opposition.

Depuis le choc de 2002, tout avait été conçu en France pour faire barrage à l’extrême droite : le front républicain d’un côté, le durcissement des règles de qualification électorale de l’autre dans le cadre d’un scrutin majoritaire à deux tours peu favorable aux extrêmes.

C’est cette double barrière qui vient de voler en éclats au terme d’une campagne législative qui a vu la majorité présidentielle perdre son âme dans des consignes peu claires, sans rien obtenir en échange. Sur le terrain, l’anti-macronisme et l’anti-mélenchonisme se sont révélés des moteurs bien plus puissants que l’anti-lepénisme.

Pour la première fois, l’Assemblée nationale reflète assez fidèlement l’état très fragmenté du pays, comme si les électeurs les plus mobilisés étaient parvenus à tordre les règles de la Ve République pour imposer une représentation proportionnelle du pays. Les conséquences sur le mode de fonctionnement politique s’apparentent à un séisme. Le gouvernement est privé de majorité absolue, ce qui ne s’était jamais produit depuis l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral décidées en 2000 et 2001.

Et, contrairement à 1988, il reste loin du compte pour en trouver une. Ce sont 43 voix qui lui font défaut pour être assuré de faire passer ses textes, ce qui l’oblige de facto à négocier en amont soit autour d’un contrat de gouvernement, s’il parvient à trouver un ou plusieurs alliés prêts à s’engager, soit au cas par cas, dans l’hypothèse contraire. On est aux antipodes du mode de fonctionnement très vertical qui avait caractérisé le premier quinquennat d’Emmanuel Macron comme celui de Nicolas Sarkozy.

Législatives: Une victoire pour Marine Le Pen (Gilles Ivaldi)

Législatives: Une victoire pour Marine Le Pen (Gilles Ivaldi)

 Le RN a obtenu 90 sièges lors de ce second tour dimanche. Pour Gilles Ivaldi, chercheur spécialiste de l’extrême droite, ce résultat est « une victoire personnelle pour Marine Le Pen ».( Franceinfo)

 

 

 

Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS et au Cevipof (Sciences Po) et auteur de la note « Marine Le Pen, Éric Zemmour : social-populisme contre capitalisme populaire » (en PDF) en mars, analyse cette percée historique du RN après une présidentielle où Marine Le Pen avait déjà progressé au second tour.

Franceinfo : comment expliquez-vous le résultat du Rassemblement national pour ce second tour des élections législatives ?

Gilles Ivaldi : Pour moi, il y a trois explications principales à ce séisme politique que personne n’avait vu venir. La première, c’est que Marine Le Pen et le Rassemblement national ont mené une campagne discrète et furtive, mais sur une thématique qui était au cœur des préoccupations des Français : le pouvoir d’achat. Ses sorties sur la sécurité en fin de campagne après les incidents du Stade de France ont aussi sans doute convaincu son électorat.

Le deuxième élément est que la stratégie de dédiabolisation du RN n’a jamais eu autant d’effets, tout comme le renouvellement progressif de ses cadres qui sont parvenus à s’ancrer localement dans de nombreux territoires partout en France.

La tripolarisation de la politique française a, enfin, bénéficié au parti d’extrême droite en lui ouvrant un véritable espace à droite. Emmanuel Macron est victime d’un retour de flamme. Avec sa stratégie d’occuper l’espace central et le vote de rejet contre sa politique, il a laissé s’engouffrer la Nupes à gauche et le RN à droite. Avec cette victoire, le parti de Marine Le Pen prend, pour la première fois, l’ascendant sur Les Républicains et donc sur la droite. Quelque chose me dit qu’elle va devoir réfléchir très vite à cette stratégie de l’union des droites, défendue jusque-là par Eric Zemmour.

« Le vote RN est un vote contestataire et donc difficilement prévisible par les sondages. Pour ma part, jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse constituer un groupe de cette taille à l’Assemblée nationale. »

Est-ce que l’ambiguïté de la majorité présidentielle autour des consignes de vote en cas de duels RN-Nupes au second tour n’a pas bénéficié à l’extrême droite ?

Oui, il faudra regarder les circonscriptions concernées dans le détail, mais il est vrai que l’absence de consignes de vote claires de la part d’Ensemble ! n’a pas permis au barrage républicain de fonctionner totalement. Le « ni-ni » de la droite sarkozyste avait déjà creusé les premières brèches, mais cette fois, la très grande ambiguïté de la majorité a sans doute permis au Rassemblement national de remporter de précieux sièges.

Cette entrée en force du RN au Palais-Bourbon renforce-t-elle Marine Le Pen en vue de l’élection présidentielle de 2027 ?

C’est une victoire personnelle pour Marine Le Pen. Elle a accompli quelque chose que son père n’avait jamais réussi à mettre en place avant elle. Je ne sais pas quelles sont ses intentions pour la suite de sa carrière, mais ce qui est désormais certain, c’est qu’elle emmène le RN à un niveau jamais atteint. Après, il va quand même falloir faire vivre ce groupe de députés et le gérer. Beaucoup de ces derniers ont très peu d’expérience politique et le parti devra évoluer culturellement : de la contestation à un parti d’alternative. Ce soir, c’est un vrai succès pour Marine Le Pen, mais c’est aussi un vrai défi.

Elections législatives 2022 : Une campagne en dehors du sujet

Elections législatives 2022 : Une campagne en dehors du sujet

 

Atone avant le premier tour, le débat politique tourne, depuis, à la caricature. Plutôt que de débattre des graves enjeux du moment, la majorité s’applique à présenter la gauche en menace pour la République et les candidats de la Nupes prétendent dévoiler l’« agenda caché » du président. ( papier du Monde)

 

Entamée sur de lourds non-dits, la campagne des élections législatives qui prend fin vendredi 17 juin menace de se terminer dans la caricature. Chaque jour, le ton monte un peu plus entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, comme si l’on était encore dans le prolongement du match présidentiel, alors qu’il s’agit d’élire 572 députés (cinq l’ayant déjà été au premier tour) pour un travail primordial d’élaboration de la loi et de contrôle de l’exécutif. L’excessive présidentialisation du régime se lit à travers l’impossibilité d’exister pour les autres acteurs, à commencer par la première ministre, Elisabeth Borne, qui échoue à imprimer sa marque en ce début de quinquennat.

La feinte dont use depuis des mois le camp présidentiel face au retournement de la conjoncture et à l’impopularité de son projet de retraite à 65 ans est en passe de se retourner contre lui. En en disant le moins possible, le président de la République espérait anesthésier le débat et éviter la cristallisation d’un camp contre lui. En parvenant à réaliser l’union des gauches derrière sa personne, l’« insoumis », qui n’était arrivé qu’en troisième position lors du premier tour de la présidentielle, a déjoué le piège. Il s’est mis en situation de pouvoir priver le président de la République d’une majorité, dimanche 19 juin, si un nombre suffisant d’abstentionnistes le rallient.

Depuis, l’Elysée peine à reprendre la main, alternant silence et déclarations dramatiques, comme celle prononcée sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, mardi 14 juin. Avant de s’envoler pour la Roumanie, le président de la République a solennellement exhorté les Français à donner « une majorité solide au pays », en soulignant le risque d’ajouter « un désordre français au désordre du monde ».

Il est normal qu’un chef d’Etat fraîchement réélu demande à son peuple de lui donner les moyens de présider. Mais la dramatisation excessive du ton, alors que la campagne s’est déroulée sous anesthésie, comme à distance du chaos du monde, a surpris. Si la France vit, comme le dit Emmanuel Macron, « un moment historique », il eût été nécessaire que les citoyens y soient associés de près.

Faute de l’avoir fait, le chef de l’Etat en est réduit à pratiquer ce qu’il a longtemps dénoncé : la politique politicienne. Pour tenter de réveiller les électeurs du centre et de la droite, il s’emploie à rejeter Jean-Luc Mélenchon dans le camp de ceux qui menacent la République. Ce faisant, il renvoie dos à dos l’extrême droite et une partie de la gauche, rompt avec la logique du front républicain qui prévalait depuis 2002, suscite le malaise au sein même de ses troupes, pour un résultat aléatoire. A gauche, la dynamique repose sur la fierté d’avoir retrouvé le chemin de l’union, si bien que, à ce stade, les sorties de route de son porte-drapeau comptent relativement peu, de même que l’incohérence programmatique de la coalition qu’il a fait naître.

Se trouvent ainsi réunies les conditions d’une fin de campagne à côté des vrais sujets : plus l’environnement international s’obscurcit, plus les effets du réchauffement climatique deviennent tangibles, plus la France se rétrécit dans des querelles qui n’ont pas lieu d’être. Le camp de la Nupes y prend toute sa part. Depuis dimanche, son propos n’est pas de tenter de crédibiliser un coûteux projet de rupture qui promet la retraite à 60 ans ou le smic à 1 500 euros net, mais de révéler de prétendues hausses d’impôts cachées du projet Macron. La ficelle a beau être grosse, elle est complaisamment relayée, achevant de donner à cette campagne le caractère qu’elle ne devrait pas avoir : celui de ne pas être sérieuse, en des temps d’une extrême gravité.

Santé–Covid: une nouvelle vague ?

Santé–Covid: une nouvelle vague ?

Encore 50 000 contamination supplémentaire en 24 heures es derniers jours et une moyenne journalière qui tourne autour de 30 000 de toute évidence la pandémie est encore loin d’être terminée. Pire, une nouvelle vague assez forte pourrait intervenir au début de l’automne car la plupart des indicateurs sont déjà à la hausse.

Le taux de positivité, soit la proportion des tests qui sont positifs parmi l’ensemble des tests, est aussi en hausse. Au 12 juin, il était à 18,33%, souligne Covid-Tracker. Tandis que du côté des hopitaux, on recensait ce mercredi en moyenne 55 admissions en soins critiques pour Covid-19 chaque jour, en hausse de 22% en une semaine.

D’après France Info,pour le moment, pas de saturation, mais les médecins alertent sur le risque d’une nouvelle vague à l‘automne. « La courbe épidémique est exponentielle en France, cela ressemble à une nouvelle vague qui a l’air d’être menée par ces nouveaux variants BA.4 et BA.5 d’Omicron. La vague va concerner toutes les régions de France métropolitaine », alerte auprès de nos confrères de France info Antoine Flahault, épidémiologiste.

« Le véritable risque, c’est de tomber dans une espèce de complaisance, qu’en fin de compte on passe le cap de l’été et qu’on se retrouve rattrapés par une vague automnale. Il faut donc anticiper et ça, c’est inédit », prévient Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

 

Projets: Une évaluation multicritères

« Impact » : Pour la prise en compte socio-économico-environnemental

Le terme « impact » est entré dans le vocabulaire de tous les dirigeants, publics comme privés, du secteur de la finance, d’entreprises traditionnelles, comme du secteur de l’Économie sociale et solidaire. Mais alors que tous se réclament de l’impact, il est un piège à éviter : l’impact washing, qui, à juste titre, ne génèrerait que défiance. Par Julie de Brux, Associée et Fondatrice de Citizing.(la Tribune)

Dès lors, comment mesurer l’impact et comment éviter la cacophonie qui serait liée à des méthodes hétérogènes, rendant les résultats non comparables et non crédibles ? Après les publications de notes extra-financières flamboyantes de grandes entreprises polluantes, le temps est venu de ne plus confondre impact et RSE.

Pour évaluer l’opportunité de financer des projets publics, L’État estime la quantité et la valeur des impacts économiques, sociaux et environnementaux de ses investissements. C’est même une obligation réglementaire pour les projets de l’État de plus de 20 millions d’euros, avec une contre-expertise de l’évaluation, pilotée par le Secrétariat Général pour l’Investissement (SGPI), lorsque les investissements excèdent 100 millions d’euros (loi n°2012-1558 et décret n°2013-1211 du 23 décembre 2013 relatif à la procédure d’évaluation des investissements publics).

Dans un souci de bonne allocation des deniers publics, il importe donc de savoir si un projet a des chances de créer suffisamment d’impact positif pour la société et la planète pour justifier la dépense.

Sous forme d’une analyse coûts-bénéfices, elle permet de comparer l’ensemble des coûts (d’investissement, d’exploitation, mais aussi les éventuels coûts environnementaux ou sociaux) avec l’ensemble des bénéfices (sociaux, environnementaux, sanitaires, etc.) d’une opération. Ces coûts et bénéfices, ou impacts positifs et négatifs doivent, pour être comparés, être exprimés dans une unité commune, c’est l’unité monétaire. Cet exercice est appelé la monétarisation.

Autre particularité de l’évaluation socio-économico-environnementale : elle nécessite d’estimer l’impact additionnel, c’est-à-dire l’ampleur du différentiel d’impact entre une situation sans projet et une situation avec projet.

In fine, lorsque les impacts différentiels, positifs comme négatifs, sont monétarisés, on peut calculer des indicateurs qui parlent à Bercy et aux financiers : un ROI, ou retour sur investissement, mais pas un ROI financier, un ROI socio-économico-environnemental, que certains appellent le SROI (pour social return on investment). Car entre l’argument « il faut financer l’équipement, car le besoin est important » et l’argument selon lequel « pour chaque euro investi dans l’équipement, 8€ de valeur sociale et environnementale sont susceptibles d’être créés », le deuxième apparait comme bien plus convaincant pour un décideur pragmatique.

Cette approche, reconnue académiquement et internationalement (elle est pratiquée par toutes les banques multilatérales de développement), a tout pour séduire. Pratiquée depuis les années 70, elle a toutefois longtemps été cantonnée dans sa mise en œuvre aux infrastructures de transports et dans une moindre mesure de l’énergie. Une génération de socio-économistes a manqué à l’appel pour la faire véritablement progresser. Cela a notamment conduit à continuer de considérer que la valeur du gain de temps permis par un trajet en voiture était identique à la valeur du gain de temps en train, alors qu’il est évident (outre l’impact environnemental, qui distingue ces deux modes de transports, et qui est bien entendu pris en compte dans l’évaluation), que le temps de trajet en train peut être nettement mieux mis à profit que le temps de conduite, et qu’il génère donc plus d’impact positif.

Depuis le décret de 2013 qui a rendu l’évaluation socio-économico-environnementale et sa contre-expertise obligatoires, ce retard tend à être rattrapé, avec un effort tout particulier du comité d’experts des méthodes d’évaluation et des différents groupes de travail de France Stratégie qui ont actualisé la valeur à attribuer à la tonne de carbone pour se conformer à la trajectoire +2 degrés ; qui ont proposé une valeur des diplômes, encourageant de facto les investissements en capital humain ; plus récemment encore, qui ont progressé sur la façon de prendre en compte et d’évaluer les effets de santé et les opérations globales d’aménagement urbain. Les évaluateurs disposent désormais d’un corpus important, clair et transparent pour évaluer, c’est-à-dire quantifier et valoriser, les impacts pour la société et la planète de bon nombre d’investissements.

Un nombre croissant d’acteurs du secteur privé a désormais recours au calcul de ce fameux SROI.  La fédération des travaux publics par exemple, qui depuis cinq ans, attribue des prix à des collectivités pour leurs investissements à impact, ou encore la fédération des associations de protection juridique des majeurs (tutelles et curatelles), qui a ainsi réussi à convaincre les pouvoirs publics de moins rationner leurs financements en faisant la preuve par l’euro que s’ils n’existaient plus, le coût économique et social serait bien supérieur à leur budget de fonctionnement. Le monde de la finance, et spécifiquement de la finance d’impact, regarde aussi bien entendu cette méthode de près, avec des fonds d’investissement qui ont fait calculer l’effet de levier de leurs investissements en matière d’impact.

Ils sont ainsi quelques audacieux à considérer que pour ne pas être juge et partie, l’évaluateur ne doit pas être une partie prenante interne de l’entreprise. A accepter de prendre le risque de trouver un ROI d’impact inférieur à 1. A préférer les méthodes reconnues académiquement et internationalement aux méthodes prétendument innovantes et dites sur-mesure. A avoir compris, enfin, qu’au même titre qu’une due diligence financière ne se faisait pas en un claquement de doigts, la due diligence d’impact requiert d’y consacrer un peu de temps.

Si les audacieux se multipliaient, on verrait surement le risque d’impact washing s’éloigner un peu. Et lorsque l’impact sera pris en compte dans la valorisation des entreprises au même titre que leur rentabilité financière, alors les entreprises à vocation sociale et environnementale pourront concurrencer les futiles licornes auprès des investisseurs, et la finance durable ne sera plus uniquement un concept marketing.

Coût de l’inflation: Une perte d’environ 1300 € pour les ménages

Coût de

Coût de l’inflation: Une perte d’environ 1300 € pour les ménages 

D’après les calculs d’Allianz. Résultat,  l’inflation devrait coûter nviron 2300 € cette année pour les ménages.

Une évaluation vraisemblable puisque chaque ménage dépense environ 3000 € par an pour le transport et le chauffage dont le cout  a augmenté de 50 % . Ces différentes hausses pourrait être compensées par des augmentations de revenus. Or par exemple les salaires n’ont pas augmenté de plus de 3 % alors que sur l’année l’inflation pourrait atteindre 5 %.La dégradation objective de la situation provoque aussi un écroulement de la confiance des ménages qui contribue à dégrader l’environnement.

L’éclatement de la guerre en Ukraine à la fin du mois de février a précipité la confiance des ménages et des entreprises vers le bas en seulement quelques jours. La plupart des récentes enquêtes de conjoncture de l’Insee montrent qu’après avoir atteint un pic à l’été 2021, le moral des ménages est en chute libre pour retrouver le niveau de novembre 2018 en pleine crise des « gilets jaunes ».

cette ‘inflation devrait d’abord toucher les ménages les plus modestes alors que ceux sont eux qui ont la plus forte propension à consommer.

Après un fort rebond économique post-pandémie en 2021 (6,8%), l’économie française est plongée dans un épais brouillard depuis l’invasion de la Russie en Ukraine. Le recul brutal de la consommation au premier trimestre a plombé la croissance laissant planer un risque de récession au cours du second trimestre. Malgré ces craintes, la Banque de France a écarté cette perspective dans ses dernières prévisions dévoilées ce mardi 14 juin avec une croissance fébrile de 0,25 % en glissement trimestriel.

Politique–Campagne Législatives 2022 : une caricature ?

Politique–Campagne Législatives 2022 : une caricature ? 

 

Entamée sur de lourds non-dits, la campagne des élections législatives qui prend fin vendredi 17 juin menace de se terminer dans la caricature. Chaque jour, le ton monte un peu plus entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, comme si l’on était encore dans le prolongement du match présidentiel, alors qu’il s’agit d’élire 572 députés (cinq l’ayant déjà été au premier tour) pour un travail primordial d’élaboration de la loi et de contrôle de l’exécutif. L’excessive présidentialisation du régime se lit à travers l’impossibilité d’exister pour les autres acteurs, à commencer par la première ministre, Elisabeth Borne, qui échoue à imprimer sa marque en ce début de quinquennat.( papier du Monde)

 

La feinte dont use depuis des mois le camp présidentiel face au retournement de la conjoncture et à l’impopularité de son projet de retraite à 65 ans est en passe de se retourner contre lui. En en disant le moins possible, le président de la République espérait anesthésier le débat et éviter la cristallisation d’un camp contre lui. En parvenant à réaliser l’union des gauches derrière sa personne, l’« insoumis », qui n’était arrivé qu’en troisième position lors du premier tour de la présidentielle, a déjoué le piège. Il s’est mis en situation de pouvoir priver le président de la République d’une majorité, dimanche 19 juin, si un nombre suffisant d’abstentionnistes le rallient.

 

Depuis, l’Elysée peine à reprendre la main, alternant silence et déclarations dramatiques, comme celle prononcée sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, mardi 14 juin. Avant de s’envoler pour la Roumanie, le président de la République a solennellement exhorté les Français à donner « une majorité solide au pays », en soulignant le risque d’ajouter « un désordre français au désordre du monde ».

Il est normal qu’un chef d’Etat fraîchement réélu demande à son peuple de lui donner les moyens de présider. Mais la dramatisation excessive du ton, alors que la campagne s’est déroulée sous anesthésie, comme à distance du chaos du monde, a surpris. Si la France vit, comme le dit Emmanuel Macron, « un moment historique », il eût été nécessaire que les citoyens y soient associés de près.

 

Faute de l’avoir fait, le chef de l’Etat en est réduit à pratiquer ce qu’il a longtemps dénoncé : la politique politicienne. Pour tenter de réveiller les électeurs du centre et de la droite, il s’emploie à rejeter Jean-Luc Mélenchon dans le camp de ceux qui menacent la République. Ce faisant, il renvoie dos à dos l’extrême droite et une partie de la gauche, rompt avec la logique du front républicain qui prévalait depuis 2002, suscite le malaise au sein même de ses troupes, pour un résultat aléatoire. A gauche, la dynamique repose sur la fierté d’avoir retrouvé le chemin de l’union, si bien que, à ce stade, les sorties de route de son porte-drapeau comptent relativement peu, de même que l’incohérence programmatique de la coalition qu’il a fait naître.

 

Se trouvent ainsi réunies les conditions d’une fin de campagne à côté des vrais sujets : plus l’environnement international s’obscurcit, plus les effets du réchauffement climatique deviennent tangibles, plus la France se rétrécit dans des querelles qui n’ont pas lieu d’être. Le camp de la Nupes y prend toute sa part. Depuis dimanche, son propos n’est pas de tenter de crédibiliser un coûteux projet de rupture qui promet la retraite à 60 ans ou le smic à 1 500 euros net, mais de révéler de prétendues hausses d’impôts cachées du projet Macron. La ficelle a beau être grosse, elle est complaisamment relayée, achevant de donner à cette campagne le caractère qu’elle ne devrait pas avoir : celui de ne pas être sérieuse, en des temps d’une extrême gravité.

Elections législatives 2022 : Une campagne à côté de la plaque

Elections législatives 2022 : Une campagne à côté de la plaque

 

Atone avant le premier tour, le débat politique tourne, depuis, à la caricature. Plutôt que de débattre des graves enjeux du moment, la majorité s’applique à présenter la gauche en menace pour la République et les candidats de la Nupes prétendent dévoiler l’« agenda caché » du président. ( papier du Monde)

 

Entamée sur de lourds non-dits, la campagne des élections législatives qui prend fin vendredi 17 juin menace de se terminer dans la caricature. Chaque jour, le ton monte un peu plus entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, comme si l’on était encore dans le prolongement du match présidentiel, alors qu’il s’agit d’élire 572 députés (cinq l’ayant déjà été au premier tour) pour un travail primordial d’élaboration de la loi et de contrôle de l’exécutif. L’excessive présidentialisation du régime se lit à travers l’impossibilité d’exister pour les autres acteurs, à commencer par la première ministre, Elisabeth Borne, qui échoue à imprimer sa marque en ce début de quinquennat.

La feinte dont use depuis des mois le camp présidentiel face au retournement de la conjoncture et à l’impopularité de son projet de retraite à 65 ans est en passe de se retourner contre lui. En en disant le moins possible, le président de la République espérait anesthésier le débat et éviter la cristallisation d’un camp contre lui. En parvenant à réaliser l’union des gauches derrière sa personne, l’« insoumis », qui n’était arrivé qu’en troisième position lors du premier tour de la présidentielle, a déjoué le piège. Il s’est mis en situation de pouvoir priver le président de la République d’une majorité, dimanche 19 juin, si un nombre suffisant d’abstentionnistes le rallient.

Depuis, l’Elysée peine à reprendre la main, alternant silence et déclarations dramatiques, comme celle prononcée sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, mardi 14 juin. Avant de s’envoler pour la Roumanie, le président de la République a solennellement exhorté les Français à donner « une majorité solide au pays », en soulignant le risque d’ajouter « un désordre français au désordre du monde ».

Il est normal qu’un chef d’Etat fraîchement réélu demande à son peuple de lui donner les moyens de présider. Mais la dramatisation excessive du ton, alors que la campagne s’est déroulée sous anesthésie, comme à distance du chaos du monde, a surpris. Si la France vit, comme le dit Emmanuel Macron, « un moment historique », il eût été nécessaire que les citoyens y soient associés de près.

Faute de l’avoir fait, le chef de l’Etat en est réduit à pratiquer ce qu’il a longtemps dénoncé : la politique politicienne. Pour tenter de réveiller les électeurs du centre et de la droite, il s’emploie à rejeter Jean-Luc Mélenchon dans le camp de ceux qui menacent la République. Ce faisant, il renvoie dos à dos l’extrême droite et une partie de la gauche, rompt avec la logique du front républicain qui prévalait depuis 2002, suscite le malaise au sein même de ses troupes, pour un résultat aléatoire. A gauche, la dynamique repose sur la fierté d’avoir retrouvé le chemin de l’union, si bien que, à ce stade, les sorties de route de son porte-drapeau comptent relativement peu, de même que l’incohérence programmatique de la coalition qu’il a fait naître.

Se trouvent ainsi réunies les conditions d’une fin de campagne à côté des vrais sujets : plus l’environnement international s’obscurcit, plus les effets du réchauffement climatique deviennent tangibles, plus la France se rétrécit dans des querelles qui n’ont pas lieu d’être. Le camp de la Nupes y prend toute sa part. Depuis dimanche, son propos n’est pas de tenter de crédibiliser un coûteux projet de rupture qui promet la retraite à 60 ans ou le smic à 1 500 euros net, mais de révéler de prétendues hausses d’impôts cachées du projet Macron. La ficelle a beau être grosse, elle est complaisamment relayée, achevant de donner à cette campagne le caractère qu’elle ne devrait pas avoir : celui de ne pas être sérieuse, en des temps d’une extrême gravité.

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