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L’Europe fournira des chars à l’Ukraine


L’Europe fournira des chars à l’Ukraine


C’est décidé, l’Europe fournira donc des chars à l’Ukraine. Des équipements absolument indispensables pour faire face à la probable contre-attaque russe du printemps
.

Depuis le début de l’offensive russe, l’Ukraine a perdu plusieurs centaines d’engins. Selon des analystes cités par le magazine américain Forbes*, plus de 330 chars ukrainiens avaient déjà été détruits fin octobre – un bilan très difficile à vérifier de façon indépendante. Si l’Ukraine possède plusieurs milliers de chars (notamment des tanks récupérés après les combats), leur grand âge et leurs performances jugées médiocres constituent un handicap.

Kiev doit agir rapidement, car d’ici au printemps, « les 150 000 Russes conscrits l’automne dernier auront été entrainés et probablement intégrés dans des unités prêtes pour le combat », note ainsi CNN*. L’objectif de l’armée ukrainienne ne se borne pas à répondre à la Russie. L’envoi de chars occidentaux lui permettrait aussi de lancer une stratégie plus offensive.

Sous la pression des Occidentaux pour livrer ses chars Leopard 2, réclamés par Kiev, pour prendre l’avantage dans un conflit qui s’enlise, l’Allemagne est sur le point d’accéder à cette demande, ont indiqué mardi soir deux médias allemands. Pourtant, Berlin s’était d’abord montrée réticente, préférant attendre que les Etats-Unis se positionnent en premier sur le sujet.( ce qui devrait aussi être imminent)

Ce sera visiblement bientôt chose faite puisque l’administration Biden doit, elle aussi, accepter de livrer des chars Abrams contre les armées lancées par Vladimir Poutine chez son voisin, affirme de son côté le Wall Street Journal. Autant de fuites de presse simultanées qui laissent entrevoir un mouvement coordonné des Occidentaux. Il s’agit de donner définitivement l’avantage à l’armée ukrainienne qui tente de repousser la présence de l’armée russe sur son sol depuis près d’un an mais qui subit en même temps d’importants bombardements.

Le tournant de la guerre est donc peut-être proche. Le chancelier Olaf Scholz devrait donner son feu vert, probablement mercredi, à l’envoi de chars allemand Leopard 2 de type 2A6, affirme le Spiegel sur son site internet, sans citer de source. Il s’agit d’« au moins une compagnie », soit une dizaine de chars lourds au moins, ajoute ce média.

La chaîne d’information NTV, qui cite des sources proches du gouvernement, indique elle aussi que le chancelier allemand, sous pression depuis plusieurs semaines pour donner son accord, s’apprête à l’annoncer.

Tirer les leçons des échecs de l’Europe

Tirer les leçons des échecs de l’Europe


Les leçons de la guerre russo-ukrainienne sont cruelles, très cruelles pour la France et son idéal d’Europe puissance. L’OTAN s’est renforcée et a balayé dans les grandes largeurs les illusions françaises. Un mal pour un bien ? La France doit « dorénavant veiller avant tout à préserver ses intérêts, à commencer par les domaines de souveraineté : l’alimentation et la santé, l’énergie et la défense, les services en réseau ». Ce que ne fait pas l’Union européenne. Par le groupe de réflexions Mars*.

« Les dernières velléités d’Europe puissance font partie des victimes de la guerre en Ukraine. Personne ne croit plus à l’autonomie stratégique des Européens, tant en matière de défense que d’énergie, pour ne rien dire de la santé. Bref, en une seule guerre livrée par procuration, les Américains se débarrassent à la fois d’un rival stratégique (la Russie) et rééquilibrent leur commerce avec leur rival économique » Le groupe Mars.

La guerre d’attrition, qui est une guerre économique, va donc continuer un certain temps, jusqu’à l’effondrement du front russe ou de l’arrière ukrainien. En livrant les armes demandées par les es forces ukrainiennes (UAF), les alliés font le pari hasardeux d’une percée tactique qui conduise à un retrait soudain des forces d’occupation, condition préalable aux négociations imposée par l’Ukraine. What if ? Et si les Russes ne jouaient pas le jeu ? Les alliés ont-ils réfléchi aux conséquences potentielles ?

Pour The Economist, parangon de la presse mainstream, « le meilleur scénario pour l’Ukraine est aussi le plus dangereux » : « The third scenario is the most encouraging — and perhaps the most dangerous.Ukraine keeps the initiative and the momentum, inflicting heavy damage on Russian forces as they leave Kherson and then bringing its long-range HIMARs rockets within range of Crimea for the first time. Russian lines in Luhansk collapse, with Ukraine recapturing Severodonetsk and then quickly moving farther east. As Russian casualties mount, new recruits refuse to fight. Western countries rush new air-defence systems to Ukraine, blunting the impact of Russia’s terror tactics, based on its rapidly dwindling arsenal of precision missiles. In the spring Mr Zelensky orders his army to open a new front in Zaporizhia. Five brigades slice through Russian lines, cutting Mr Putin’s land bridge to Crimea and encircling Mariupol by the summer. Ukraine moves its HIMARs rocket launchers into the south, targeting ports, bases and depots in Russian-occupied Crimea. Ukraine threatens to enter the peninsula. Mr Putin issues an ultimatum: stop, or face the use of nuclear weapons. Victory is within sight. But so, too, are the risks that it brings ». ( https://www.economist.com/the-world-ahead/2022/11/18/the-world-ahead-2023)

« Le troisième scénario est le plus encourageant – et peut-être le plus dangereux. L’Ukraine conserve l’initiative et l’élan, infligeant de lourds dommages aux forces russes lorsqu’elles quittent Kherson, puis amenant ses roquettes HIMARs à longue portée à portée de la Crimée pour la première fois. Les lignes russes à Louhansk s’effondrent, l’Ukraine reprend Severodonetsk et se déplace rapidement plus à l’est. Alors que les pertes russes s’accumulent, les nouvelles recrues refusent de se battre. Les pays occidentaux s’empressent de fournir de nouveaux systèmes de défense aérienne à l’Ukraine, afin d’atténuer l’impact des tactiques de terreur de la Russie, basées sur son arsenal de missiles de précision qui s’amenuise rapidement. Au printemps, M. Zelensky ordonne à son armée d’ouvrir un nouveau front à Zaporijjia. Cinq brigades transpercent les lignes russes, coupant le pont terrestre de M. Poutine vers la Crimée et encerclant Marioupol avant l’été. L’Ukraine déplace ses lance-roquettes HIMARs dans le sud, ciblant les ports, les bases et les dépôts de la Crimée occupée par les Russes. L’Ukraine menace d’entrer dans la péninsule. M. Poutine lance un ultimatum : arrêtez ou vous risquez d’utilisation d’armes nucléaires. La victoire est en vue. Mais les risques qu’elle comporte le sont tout autant »
Évidemment, c’est un message, car les Américains, qui ont lu Clausewitz, ne laisseront pas le conflit monter aux extrêmes. Ils arrêteront les Ukrainiens avant, quitte à provoquer une révolution de palais comme ils savent si bien en organiser au cas où leur message ne serait pas entendu. Le plus tôt sera le mieux, ce qui ne plaide pas pour des livraisons trop précoces de chars lourds.

Quels étaient les objectifs des États-Unis

Les Américains ont en effet atteint leurs buts de guerre en Europe, ils ne doivent pas s’y laisser fixer de crainte que l’ouverture d’un second front dans l’Indopacifique ne remette en cause leur imperium. L’armée russe, prétendue « deuxième du monde », est durablement affaiblie tout en continuant à faire peur à ses voisins européens (mais curieusement pas à ses voisins asiatiques, même le Japon). L’OTAN, relégitimée pour de nombreuses années, se renforce encore avec l’adhésion prochaine de la Suède et de la Finlande.

Les dernières velléités « d’Europe puissance » font partie des victimes de la guerre en Ukraine. Personne ne croit plus à l’autonomie stratégique des Européens, tant en matière de défense que d’énergie, pour ne rien dire de la santé. Bref, en une seule guerre livrée par procuration, les Américains se débarrassent à la fois d’un rival stratégique (la Russie) et rééquilibrent leur commerce avec leur rival économique (l’UE, même si les excédents allemands y restent confortables). L’humiliation de la chute de Kaboul est effacée. America is back, et les choses sérieuses peuvent commencer : contenir la Chine.

Quelles leçons pour l’Europe et la France ( groupe mars)

Il faut ouvrir les yeux sur le bilan de l’Union européenne, dont la crise ukrainienne a dévoilé autant l’incompétence de ses dirigeants (à commencer par Mme von der Leyen et M. Borrell) que les résultats de ses politiques.

Le PIB européen a plongé depuis 15 ans par rapport au PIB américain, certes de manière très inégale entre Européens. Le marché unique s’est rétréci depuis le Brexit et la France a perdu 3 milliards d’excédents avec le Royaume-Uni. L’euro, qui a retrouvé une parité proche du dollar (et perdu 20% face au rouble), n’est jamais parvenu à le concurrencer sérieusement ; à l’avenir, c’est le yuan qui jouera ce rôle. Dire que l’UE est une grande puissance exportatrice est une plaisanterie ; en réalité, c’est l’Allemagne qui a assis sa domination en Europe sur un mercantilisme qui s’exerce d’abord à l’encontre de ses partenaires européens et exploite le marché unique à son seul avantage, en intégrant l’économie des pays d’Europe centrale et orientale au profit de son industrie afin d’en abaisser les coûts de production. L’admission de l’Ukraine dans l’UE, qui coûtera cher au contribuable français (plus encore que le Brexit), n’a pas d’autre motivation que d’accroitre l’Ost Politik allemande. L’abandon des droits de douane pour les produits ukrainiens venant sur le marché européen sert les intérêts des pays et des entreprises qui ont investi en Ukraine.

Quant au prétendu soft power d’une « puissance libérale régie par le droit », il a perdu de sa superbe avec les accrocs faits à l’état de droit avec les livraisons d’armes à un pays en guerre, contraires à la « position commune » de 2008, à valeur contraignante, sur les transferts d’armement hors d’Europe. De ce point de vue, la position helvétique est plus cohérente. La propagande russe a beau jeu de prétendre lutter contre l’hypocrisie occidentale aux valeurs à géométrie variable.

Enfin, l’UE est incapable de protéger militairement les Européens. Cela vient d’être solennellement réaffirmé le 10 janvier dans la déclaration conjointe du président du Conseil européen, de la présidente de la Commission européenne et du secrétaire général de l’OTAN sur la coopération entre l’UE et l’OTAN (§8) : « L’OTAN reste le fondement de la défense collective de ses membres, et elle demeure essentielle pour la sécurité euro-atlantique ».

Pour la forme, la déclaration reconnaît « l’intérêt d’une défense européenne plus forte et plus performante, qui contribue effectivement à la sécurité mondiale et transatlantique, complète l’action de l’OTAN et soit interopérable avec celle ci. » Il n’est plus question ni d’Europe de la défense, ni d’Union européenne de défense (pour reprendre les terminologies française et allemande), mais bien de « défense européenne ». De quoi s’agit-il, dès lors que la défense collective est assurée par l’OTAN ?

Changement de paradigme

Le vice-amiral Hervé Bléjean, directeur général de l’état-major de l’UE (DG/EMUE) a donné la réponse lors de son audition à l’Assemblée nationale le 16 novembre dernier : « nous pouvons constater l’apparition d’un changement de paradigme et de mentalité. Il en résulte la demande d’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, et, de manière plus significative encore, la sortie du Danemark de l’opt-out, qui avait été décidé par crainte d’une concurrence entre l’OTAN et l’Union européenne. La guerre en Ukraine a au contraire démontré leur complémentarité, l’OTAN ayant la charge de la protection du territoire européen (ce qu’il a parfaitement accompli à travers un renforcement notamment des contingents, auquel la France participe avec un nouveau contingent en Roumanie), tandis que l’Union européenne est capable d’agir au-delà de ses frontières ».

On sait en quoi consistent les capacités d’intervention de l’UE et l’utilité des opérations qu’elle conduit. C’est encore l’amiral Bléjean qui en parle le mieux : « Je suis aujourd’hui très pessimiste sur l’avenir de la mission de l’Union européenne au Mali, (…) je réduis donc la mission EUTM Mali de 1.200 personnes potentiellement à 300 personnes, centrées sur Bamako, dans l’espoir de maintenir un dialogue ouvert et de poursuivre quelques actions dans le domaine de l’éducation et du conseil. Les conditions sont similaires en République centrafricaine. Il faut savoir terminer une mission lorsqu’elle n’a plus de sens. En l’occurrence, même si certains États membres y sont attachés pour des raisons historiques, il faut constater que cette mission n’a plus les capacités d’exercer son mandat. Une discussion franche, et non entachée par des considérations politiques, est nécessaire à ce sujet ».
A défaut d’efficacité opérationnelle, ces missions sont-elles un outil d’influence ou de « soft power » ? Le DG de l’EMUE répond en donnant deux exemples parlant. A propos des missions en Afrique : « Lors des votes des quatre principales résolutions des Nations Unies concernant la condamnation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le taux d’abstention ou d’absence de nos partenaires africains doit nous interpeller. Le Mozambique, par exemple, qui fait l’objet d’une mission européenne, et constitue, per capita, le troisième pays d’investissement de l’Union européenne au développement, s’est abstenu à chaque vote, alors qu’il deviendra membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies au 1er janvier 2023. Le message envoyé est donc que notre modèle n’est plus le seul à être proposé à ces pays, et qui nous demandent de sortir de notre paternalisme passé pour entrer avec eux dans une relation de partenariat. C’est ainsi que nous envisageons les prochaines missions ».
Les Français financent le réarmement… polonais

A propos de l’aide à l’Ukraine : « La presse, notamment anglo-saxonne, a pu indiquer que l’effort de l’Union européenne représentait moins de 20 % de celui des États-Unis. Or, en incluant la Facilité européenne pour la paix (FEP) et les livraisons dont le remboursement n’a pas été réclamé par certains États membres, l’Union européenne a consacré collectivement plus de 8 milliards d’euros à l’assistance militaire à l’Ukraine, soit 45 % de l’effort américain à périmètre égal. Elle a consacré 0,05 % de son PIB à cette assistance, contre 0,07 % de leur PIB pour les États-Unis. En proportion du PIB, les deux efforts sont donc comparables. Il faut ainsi contrer le narratif inexact selon lequel « l’anglosphère » aiderait l’Ukraine et l’Union européenne n’aiderait qu’elle-même », explique le vice-amiral Bléjean.

Plus précisément, concernant la FEP, le vice-amiral Bléjean explique ainsi son étonnant fonctionnement : « Des crispations politiques apparaissent déjà entre les contributeurs et les dépensiers, du fait de l’écart entre l’éligibilité au remboursement de certains États et la quote-part de leur participation au budget de la FEP, ou en raison du rythme actuel de consommation des crédits, bien supérieur aux perspectives initiales. La Pologne, qui a donné pour plus de 1,5 milliard d’euros de matériel (principalement des chars de fabrication soviétique) paye ainsi une part très faible, de sorte que ce sont les États payant une part plus importante (la France et l’Allemagne notamment) qui financeront ce don ».
Si cette explication technocratique est peu compréhensible, c’est que le DG/EMUE ne dit pas que la Pologne a obtenu d’être remboursée non pas à la valeur réelle du matériel cédé (soit le prix de la tonne d’acier pour des blindés ex-soviétiques) mais au prix d’achat du matériel de remplacement, à savoir les chars Abrams américains et les engins sud-coréens les plus modernes. C’est donc le contribuable français qui va financer la création de la première armée européenne que deviendra bientôt l’armée polonaise. Et cet effort de « solidarité » ne profitera en rien à l’industrie européenne.

Mais c’est aussi un effet pervers de la FEP que d’encourager une certaine fuite en avant dans les cessions de matériels anciens afin de se faire rembourser leur remplacement au prix du neuf. La cession annoncée des AMX-10RC permettrait ainsi à la France de rentrer en partie dans ses frais en utilisant le milliard que la FEP lui coûte à rembourser l’achat des Jaguar. C’est la Cour des comptes qui va être contente !

Faut-il continuer dans de tels errements ? La faute n’est ni polonaise, ni allemande, elle est française et elle n’est pas récente. La gauche française a cru à l’idéal européen comme substitut à son idéal de transformation économique et sociale historiquement inspiré du marxisme à laquelle elle a renoncé en 1983 ; cette évolution s’est incarnée dans la figure de Jacques Delors. De son côté, la droite française, dominée par Jacques Chirac dès 1974, a rapidement renoncé à son héritage gaulliste (incarné par Philippe Séguin en tant qu’héritier d’un autre Jacques, Chaban-Delmas) pour faire de la construction européenne une perpétuation de la lutte des classes (le grignotage des acquis sociaux au nom des « acquis européens ») par d’autres moyens, à commencer par les transferts de compétence. Le macronisme (mais non Emmanuel Macron lui-même, dont la pensée est sans doute plus complexe) est l’héritier de cette double évolution.

Il n’y a pas de fatalité à ce que la France persévère dans une erreur ruineuse qui ne lui apporte ni la prospérité ni la sécurité promises. Comme il n’y a aucune solution réaliste à attendre des extrémités du spectre politique, c’est d’un nouveau retournement de la gauche et de la droite française, vampirisées par le macronisme au niveau national, qu’il convient d’attendre une réaction salutaire apte à répondre aux attentes d’un électorat découragé.

Ce retournement passera obligatoirement par l’abandon de toute illusion vis-à-vis de l’UE, qui n’est définitivement qu’un marché pour les plus riches et un tiroir-caisse pour les moins riches, dont les procédures sont organisées au profit de tous ceux qui y trouvent un intérêt. C’est à la France d’y rétablir son influence pour y faire à nouveau prévaloir ses intérêts. « L’intérêt général européen » n’existe pas, il n’existe que les intérêts particuliers des États membres et de certaines de leurs entreprises qui négocient en permanence pour troquer entre eux, ce qui a l’immense vertu de les dissuader de se faire la guerre, sinon économique. La France est la seule à ne pas jouer ce jeu, ce qui la rend de plus en plus inaudible, car nos partenaires ne supportent plus un discours considéré comme d’autant plus arrogant que les performances françaises ne plaident pas en sa faveur.

Il est temps pour la France de ne plus encourager le projet antisocial (cf. la nouvelle réforme des retraites) et contraire à nos intérêts stratégiques de l’UE actuelle. Le retour prochain du semestre européen remettra en cause l’exécution de la prochaine LPM, alors que l’UE ne protège pas les Européens et que l’horizon de la France ne se limite pas au continent européen et à ses approches maritimes. Dans l’intérêt de l’Europe, la France ne peut plus continuer à se saigner dans l’intérêt des autres. La France s’appauvrit de dix milliards nets par an au profit de ses partenaires de l’UE, y compris les plus riches. Cette hémorragie explosera avec l’arrivée de l’Ukraine. La France doit dorénavant veiller avant tout à préserver ses intérêts, à commencer par les domaines de souveraineté : l’alimentation et la santé, l’énergie et la défense, les services en réseau.

En même temps, la France doit abandonner l’illusoire « Europe puissance » pour s’investir à fond dans l’OTAN, dont les lignes de force ont bougé à la faveur du conflit ukrainien. Les Américains préparent d’ores et déjà leur retrait en faisant du nouveau « royaume polono-lituanien » (englobant l’Ukraine, vieille dénomination géographique qui qualifie une nation depuis un siècle) la puissance militaire dominante du pilier européen de l’alliance, un vassal entièrement dépendant et bien plus sûr que la France, l’Allemagne ou même le Royaume-Uni. Les vrais enjeux stratégiques de demain sont donc au sein de l’OTAN, non à l’UE. Pour la France, qui a des intérêts à protéger sur tous les continents, le risque de marginalisation est réel. La prochaine LPM doit être l’outil d’un redressement stratégique qui tienne compte de tous ces enjeux.
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(*) Le groupe Mars, constitué d’une trentaine de personnalités françaises issues d’horizons différents, des secteurs public et privé et du monde universitaire, se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l’industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France.

Risque de décrochage industriel pour l’Europe

Risque de décrochage industriel pour l’Europe

Le ministre de l’Economie dénonce les subventions massives américaines à l’industrie. Mais en même temps on peut se demander s’il ne s’adresse pas aussi à l’Allemagne qui a décidé également d’un plan massif de subventions à son industrie de 200 milliards pour lutter contre l’inflation.

Mais la critique du ministre des finances vis-à-vis des États-Unis pourrait revenir en boomerang car la France aussi soutient sont industries hier notamment avec les PEG ( prêts) ou la recherche (CICE), aujourd’hui avec le bouclier énergétique et les allègements fiscaux. Le problème n’est pas tant que les pays soutiennent leur industrie car tous le font mais d’harmoniser les aides et la fiscalité. Un chantier énorme qui n’est pas prêt de voir le jour.

« Le véritable risque européen, c’est le décrochage technologique, industriel et économique, qui laisserait le champ libre aux Etats-Unis et à la Chine », a-t-il expliqué dans les Echos , avant de lancer : « Donnons-nous les moyens de réindustrialiser l’Europe pour rester une grande puissance industrielle mondiale. »

Bruno Le Mairedénonce « les subventions massives prévues par le Inflation Reduction Act (IRA) américain et la concurrence chinoise, également fortement subventionnée ». Pour lui, le risque de voir l’écart se creuser est bien réel et doit être particulièrement pris au sérieux. « Nous devons réagir vite », a-t-il déclaré. « J’appelle à une réponse coordonnée, unie et forte de l’Union européenne vis-à-vis de nos alliés américains. Seule la fermeté nous permettra d’obtenir des résultats. »

Bruno Le Maire n’a pas écarté la piste d’une plainte de l’UE contre les Etats-Unis devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « Nous refusons la course aux subventions. Elle est contraire à toutes les règles du commerce international », a-t-il affirmé, insistant toutefois sur le fait que « l’Europe doit défendre ses intérêts. Personne ne lui fera de cadeau, ni la Chine ni les Etats-Unis ».

Sur le plateau de BFMTV, lundi matin, le ministre de l’Economie a brandi quelques chiffres pour illustrer ses propos : « Si je prends bout à bout tous les investissements [qui peuvent être mis en danger par ces subventions américaines, ndlr.], ce sont 10 000 emplois industriels qui sont en jeu pour un montant de 10 milliards d’euros » en France.

Risque de décrochage industriel pour l’Europe (Lemaire)

Risque de décrochage industriel pour l’Europe

Le ministre de l’Economie dénonce les subventions massives américaines à l’industrie. Mais en même temps on peut se demander s’il ne s’adresse pas aussi à l’Allemagne qui a décidé également d’un plan massif de subventions à son industrie de 200 milliards pour lutter contre l’inflation.

Mais la critique du ministre des finances vis-à-vis des États-Unis pourrait revenir en boomerang car la France aussi soutient sont industries hier notamment avec les PEG ( prêts) ou la recherche (CICE), aujourd’hui avec le bouclier énergétique et les allègements fiscaux. Le problème n’est pas tant que les pays soutiennent leur industrie car tous le font mais d’harmoniser les aides et la fiscalité. Un chantier énorme qui n’est pas prêt de voir le jour.

« Le véritable risque européen, c’est le décrochage technologique, industriel et économique, qui laisserait le champ libre aux Etats-Unis et à la Chine », a-t-il expliqué dans les Echos , avant de lancer : « Donnons-nous les moyens de réindustrialiser l’Europe pour rester une grande puissance industrielle mondiale. »

Bruno Le Mairedénonce « les subventions massives prévues par le Inflation Reduction Act (IRA) américain et la concurrence chinoise, également fortement subventionnée ». Pour lui, le risque de voir l’écart se creuser est bien réel et doit être particulièrement pris au sérieux. « Nous devons réagir vite », a-t-il déclaré. « J’appelle à une réponse coordonnée, unie et forte de l’Union européenne vis-à-vis de nos alliés américains. Seule la fermeté nous permettra d’obtenir des résultats. »

Bruno Le Maire n’a pas écarté la piste d’une plainte de l’UE contre les Etats-Unis devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « Nous refusons la course aux subventions. Elle est contraire à toutes les règles du commerce international », a-t-il affirmé, insistant toutefois sur le fait que « l’Europe doit défendre ses intérêts. Personne ne lui fera de cadeau, ni la Chine ni les Etats-Unis ».

Sur le plateau de BFMTV, lundi matin, le ministre de l’Economie a brandi quelques chiffres pour illustrer ses propos : « Si je prends bout à bout tous les investissements [qui peuvent être mis en danger par ces subventions américaines, ndlr.], ce sont 10 000 emplois industriels qui sont en jeu pour un montant de 10 milliards d’euros » en France.

Réchauffement climatique : L’Europe au-dessus de la moyenne mondiale !

Réchauffement climatique : L’Europe au-dessus de la moyenne mondiale !

Si les discours sont particulièrement nombreux concernant la problématique climatique en Europe par contre la réalité oblige à constater que dans les faits les politiques n’ont pas réussi à freiner les tendances.( Même si les émissions polluantes ont tendance maintenant à se tasser mais il faut évidemment donner du temps au temps). Au contraire en matière de réchauffement climatique, l’Europe se situe au-dessus de la moyenne mondiale

Les températures en Europe ont subi une élévation considérable au cours de la période 1991-2021, avec un réchauffement d’environ +0,5 °C par décennie, révèle un rapport élaboré par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) des Nations unies et le service européen sur le changement climatique Copernicus. «Il s’agit du réchauffement le plus rapide des six régions définies par l’OMM», a souligné le secrétaire général de l’OMM, le Finlandais Petteri Taalas.

Conséquence du rapide réchauffement en Europe, les glaciers alpins ont perdu 30 mètres d’épaisseur entre 1997 et 2021. Autre conséquence, la calotte glaciaire du Groenland fond progressivement, contribuant à accélérer l’élévation du niveau de la mer. Au cours de l’été 2021, le Groenland a pour la première fois enregistré de la pluie à son point le plus élevé, la station Summit.
L’Europe «offre l’image vivante d’une planète qui se réchauffe et elle nous rappelle que même les sociétés bien préparées ne sont pas à l’abri des conséquences des phénomènes météorologiques extrêmes», a fait remarquer Petteri Taalas. «En 2021, une série d’événements météorologiques et climatiques extrêmes se sont produits dans diverses régions d’Europe. Les inondations d’une gravité exceptionnelle qui ont provoqué un nombre sans précédent de morts et de dégâts dans certaines parties de l’Europe occidentale et centrale en juillet, et les incendies destructeurs qui ont dévasté l’Europe du Sud-Est cet été, resteront dans la mémoire des nations touchées et dans les archives climatologiques internationales», a-t-il ajouté.

Données:les abandons répétés de souveraineté de l’Europe au profit des Etats-Unis pénalisent notre avenir

Données:les abandons répétés de souveraineté de l’Europe pénalisent notre avenir

Par Philippe Latombe, député Modem de Vendée qui dénonce les abandons répétés de souveraineté de l’Europe au profit des Etats-Unis pénalisent notre avenir .

Dans un vieux réflexe hérité du siècle dernier, l’Europe, paniquée par la fermeture du robinet de gaz russe qu’elle s’est elle-même infligée, se tourne vers son allié d’outre-Atlantique pour qu’il lui vienne en aide. La production de gaz de schiste américain n’est pas vraiment la plus écolo qui soit ? Nous allons devoir construire des méthaniers par centaines ? Des terminaux portuaires pour regazéifier pour partie le GNL reçu ? Qu’à cela ne tienne ! Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, c’est bien connu.

Cela ne résout pas l’approvisionnement pour cet hiver ? Ce n’est pas grave, nous allons nous approvisionner ailleurs, en acheter à l’Azerbaïdjan qui a repris ses attaques contre l’Arménie, voire acheter du gaz russe beaucoup plus cher à d’autres pays qui lui permettent ainsi de détourner l’embargo. Il faut bien pallier des années d’erreurs majeures en matière de production et de diversification énergétiques, et le temps presse. Il est incontournable que les Européens puissent se chauffer et faire tourner leur industrie, notamment les Allemands, gros consommateurs s’il en est de gaz, et de gaz russe il y a encore peu. « Nécessité fait loi », dit le vieil adage, largement développé par Montesquieu dans l’Esprit des lois.
« Je te vends mon gaz de schiste, tu me donnes tes données »

Parallèlement, et à la surprise générale, ce même 25 mars 2022, la Commission européenne et la Maison Blanche annoncent un accord de principe pour encadrer le transfert de données transatlantiques, alors que la situation est bloquée depuis 2020, avec l’annulation du précédent cadre légal, le Privacy Shield, jugé non conforme au RGPD par la Cour de justice européenne (CJUE). Sur le fond de ce nouvel accord, rien, ou si peu.

Quel rapport avec la crise énergétique, avec la guerre en Ukraine ? De prime abord, aucun. A y regarder de près cependant, et j’avais déjà ironisé en temps sur le sujet, cela ressemble fichtrement à un « je te vends mon gaz de schiste (cher) », « tu me donnes tes données », une négociation dont il n’échappera à personne qu’elle ne répond pas à l’exigence d’équilibre habituellement recherchée entre deux parties contractantes. Les Etats-Unis n’ayant toujours pas reconnu le RGPD, c’est un peu comme si nous acceptions d’alimenter l’Amérique d’un « Nordstream » de nos données personnelles, ces mêmes données qualifiées d’Or noir du XXIème siècle. L’Europe aurait-elle capitulé en rase campagne ?

Quel intérêt de quitter la dépendance Nordstream au gaz russe si c’est pour dépendre du bon vouloir américain et reproduire les mêmes erreurs, même si, comme disent les enfants, c’est « moins pire » ? Substituer une dépendance à une autre ne rend pas souverain, d’autant plus quand nos données servent de monnaie d’échange. Nous devons, dans les deux cas, remédier en urgence à une situation héritée de nos mauvaises décisions, de nos atermoiements et de ces abandons répétés de souveraineté, qui pénalisent notre avenir.

Une certitude en tout cas : lorsque seront annoncées dans le détail les modalités d’application du nouveau texte sur l’encadrement du transfert de nos données, nous saurons très clairement pour qui roule Ursula von Der Leyen.

Après la Suède et l’Italie, l’Europe en question ?

Après la Suède et l’Italie, l’Europe en question ?

 

Editorial du « Monde ». Pour la première fois depuis cent ans, l’Italie s’apprête à expérimenter un gouvernement dominé par l’extrême droite. Une menace pour l’Europe, après les succès des Démocrates de Suède et du RN aux élections législatives.

 

Si le triomphe de Fratelli d’Italia aux élections législatives italiennes, dimanche 25 septembre, n’est pas une surprise au regard des sondages qui, ces dernières semaines, lui donnaient une large avance, la victoire d’un mouvement postfasciste dans un pays membre fondateur de l’Union européenne (UE), troisième économie de la zone euro, n’en constitue pas moins un séisme politique.

Avec un quart des suffrages, le parti de Giorgia Meloni est désormais en position de force pour former un gouvernement de coalition avec la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi. Pour la première fois depuis l’accession au pouvoir de Benito Mussolini, à l’issue de la Marche sur Rome, il y a pile cent ans, l’Italie s’apprête à expérimenter un gouvernement dominé par l’extrême droite. Certes, Fratelli d’Italia a jusqu’à présent tenté de rassurer en gardant ses distances avec le fascisme historique. Mais ses ambiguïtés et ses références douteuses contribuent à entretenir l’inquiétude sur ses intentions véritables et incitent à la plus grande vigilance.

Avec cette élection, la politique italienne fait une nouvelle fois la preuve de son extrême volatilité. Après une courte période de dix-neuf mois de stabilité et de crédibilité sur le plan international, sous le gouvernement de Mario Draghi, le pays a choisi de faire un saut dans l’inconnu en portant au pouvoir une coalition hétéroclite, populiste et identitaire, dont l’espérance de vie est déjà questionnée.

La situation est d’autant moins claire que la victoire électorale débouche sur un rapport de force qui est loin d’être stabilisé. Même si la coalition s’est assuré la majorité absolue des sièges à la Chambre des députés comme au Sénat, deux de ses composantes, la Ligue et dans une moindre mesure Forza Italia, ressortent très fragilisées du scrutin. S’ouvre désormais une deuxième campagne sous la forme d’une négociation délicate entre trois alliés de circonstance, dont les points de divergence sont nombreux. Le tout dans un système institutionnel où les contre-pouvoirs limitent les marges de manœuvre de la majorité. Cette période constituera un test crucial pour la résilience de la démocratie italienne.

Pour maintenir sa cohérence, la coalition devra commencer par trouver un point d’équilibre sur le conflit russo-ukrainien. L’atlantisme et le soutien à l’Ukraine affichés par Giorgia Meloni se trouvent en porte à faux avec la russophilie de Silvio Berlusconi et de Matteo Salvini. De ce rapport de force au sein du futur gouvernement italien dépendra la solidité de la cohésion européenne face à Vladimir Poutin.

Les relations avec les institutions européennes s’annoncent, elles aussi, incertaines. L’anti-européanisme viscéral du président de la Ligue risque de se heurter au réalisme de Giorgia Meloni, qui s’est engagée à suivre le plan de réforme élaboré par son prédécesseur et approuvé par la Commission européenne. Fratelli d’Italia a certes promis à ses électeurs de trouver des aménagements aux efforts réclamés par Bruxelles pour améliorer les finances publiques et la compétitivité du pays. Mais, avec une dette représentant 150 % du PIB, l’Italie n’a pas réellement les moyens d’entrer en conflit ouvert avec l’UE, qui doit encore lui verser 140 milliards d’euros dans le cadre du plan de relance européen post-Covid.

Pour l’Europe, dont le continent doit déjà subir une guerre frontale pour la première fois depuis des décennies, la situation politique en Italie est un nouveau défi. Quelques jours après le succès des Démocrates de Suède, une formation née d’un parti ouvertement néonazi, et alors qu’en France le Rassemblement national de Marine Le Pen a confirmé sa progression récente en faisant élire près de cent députés à l’Assemblée nationale, la victoire historique de Fratelli d’Italia confirme à tous ceux qui faisaient mine de l’ignorer que le danger vient principalement d’un côté en Europe : de l’extrême droite. De partis nationalistes qui cherchent à banaliser leur apparence, mais n’en demeurent pas moins opposés, dans leur identité et leurs principes, aux valeurs qui ont fondé l’Union européenne.

Pour l’heure, l’Europe ne peut que prendre acte de la victoire de Giorgia Meloni en misant sur la capacité du système politique italien à trouver, comme il a toujours su le faire, les compromis nécessaires pour gommer les radicalités exprimées lors des scrutins. C’est l’intérêt de la nouvelle majorité italienne de faire preuve de pragmatisme pour respecter le vote des électeurs tout en tenant compte des responsabilités qui incombent à l’Italie au sein du projet européen. Si tel n’était pas le cas, un engrenage mortifère s’enclencherait aussi bien pour l’une comme pour l’autre.

 

Ukraine : un avertissement pour l’Europe tout entière

Ukraine : un avertissement pour l’Europe tout entière

 

Pour Eryk Mistewicz président de l’Institut des Nouveaux Médias, éditeur du mensuel d’opinion Wszystko co Najważniejsze, « l’impérialisme russe ne surprend ni les Polonais ni les autres nations de la région. Les enfants kidnappés déportés autrefois et aujourd’hui au fin fond de la Russie, les viols, les meurtres, les pillages… Tout se répète » (L’Opinion)

 

Trois millions d’Ukrainiens, surtout des femmes venues avec leurs enfants, ont trouvé refuge en Pologne. Ils y ont trouvé un travail et un logement et ont reçu une aide considérable de l’Etat et des habitants dans leur installation, sans que l’UE n’y participe financièrement. Les camps n’étaient pas nécessaires. Leurs maris, pères et frères pouvaient se battre avec l’assurance que leurs proches étaient en sécurité.

Les Polonais savent que les Ukrainiens se battent pour eux. L’impérialisme des Russes, dont parle ici même le président Andrzej Duda, ne peut être freiné par des négociations d’égal à égal, aucune signature de paix n’est concevable. Envisager une partition de l’Ukraine est une infâmie. Pourquoi les Ukrainiens devraient-ils céder leurs terres à l’agresseur ? De toute façon, ça ne mettrait pas fin à la guerre, ça n’offrirait qu’un peu de répit aux Russes avant une nouvelle attaque.

Tout cela a été prédit en 2008 dans un discours prononcé à Tbilisi par le président polonais Lech Kaczyński, victime par la suite d’un tragique crash d’avion sur le sol russe : « Maintenant, les Russes veulent la Géorgie, puis ils voudront l’Ukraine, et ensuite viendra le tour de mon pays, la Pologne. »

L’impérialisme russe ne surprend ni les Polonais ni les autres nations de la région. Quand j’ai découvert les images de Boutcha, elles m’ont rappelé les photos de Polonais assassinés d’une balle dans la nuque à Katyn. Les ruines de Marioupol ne diffèrent en rien des destructions endurée par Varsovie en 1939 ou en 1944. Les enfants kidnappés déportés autrefois et aujourd’hui au fin fond de la Russie, les viols, les meurtres, les pillages… Tout se répète.

Le 17 septembre est un memento. A l’époque, en 1939, l’Allemagne et la Russie, une fois de plus, ont conduit à la partition du continent. Ils ont occupé la Pologne par l’Ouest et par l’Est. Bien que les Polonais et les autres nations de la région ont héroïquement combattu aux côtés des Alliés, ils n’ont eu droit à aucune zone d’occupation lors de la partition de l’Allemagne. Pire encore, eux-mêmes se sont retrouvés dans la sphère d’influence russe. Pendant la longue période 1945–1990, ils ont dû payer des contributions à la Russie, ce qui a considérablement entravé leur développement.

Nous ne permettrons pas que la nation ukrainienne connaisse le même sort.

 

Souveraineté numérique : L’Europe, trop dépendante

Souveraineté numérique :  L’Europe, trop dépendante

 

Un accord passé le 25 mars entre Bruxelles et Washington met à mal la politique de « souveraineté numérique » proclamée pourtant par l’Europe, regrette le chef d’entreprise , Alain Garnier, dans une tribune au « Monde ».

 

Notons cependant depuis quelques semaines le virage amorcé par l’Europe (et la France) pour tenter avec retard d’éviter la domination des GAFAM.  Malheureusement un revirement peut-être un peu tardif. NDLR

 

Au début du conflit ukrainien, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président des Etats-Unis, Joe Biden, ont annoncé, le 25 mars, qu’ils étaient parvenus à un accord portant sur un nouveau cadre pour le transfert des données personnelles entre les deux continents. Cette annonce, passée relativement inaperçue, pourrait néanmoins ruiner des années d’efforts pour instaurer une souveraineté numérique européenne.

Le transfert de données personnelles entre l’Europe et les Etats-Unis n’a jamais vraiment été une évidence. Les règles négociées entre l’Union européenne et le département du commerce américain entre 1998 et 2000, dites « Safe Harbor » (« sphère de sécurité »), l’autorisaient, considérant que les Américains offraient des garanties suffisantes quant à la protection de la vie privée. Invalidé par un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) en 2015, cet accord renaissait tel le phénix un an plus tard sous le nom de « Privacy Shield » (« bouclier de protection de la vie privée »). Mais, nouveau coup de tonnerre en 2020, ce dernier est à son tour invalidé par la CJUE, car incompatible avec l’article 5 du règlement général sur la protection des données (RGPD).

Ces revirements successifs font écho à la politique américaine qui n’a cessé d’assouplir ses lois sur la surveillance des données personnelles depuis vingt ans. Chaque évolution – Patriot Act en 2001, amendements au Foreign Intelligence Surveillance Act en 2008, Cloud Act en 2018 – a eu pour conséquence de donner toujours plus de nouveaux pouvoirs aux instances juridiques et gouvernementales sur les données personnelles hébergées par les entreprises américaines, que leurs serveurs soient situés dans le pays ou ailleurs dans le monde. Une vision incompatible avec les règles européennes en matière de protection des données.

La fin du Privacy Shield avait durement secoué les géants du numérique américains. Ses premiers effets commençaient à se faire sentir. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avait ainsi appelé, en 2021, le gouvernement à écarter le choix de Microsoft Azure pour l’hébergement des données de santé du Health Data Hub, plate-forme centralisée des données médicales des Français. Plus récemment, la CNIL mettait en garde les établissements d’enseignement supérieur quant à l’utilisation des suites collaboratives proposées par les éditeurs américains. Enfin, début février, elle a mis en demeure un éditeur de site Web utilisant Google Analytics, considérant le transfert de ces données vers les Etats-Unis comme illégal.

Hypersonique : La France écartée par l’Europe

Hypersonique : La France écartée par l’Europe

 

 

Le groupe de réflexions Mars regrette fortement le choix pour le programme européen HYDEF (hypersonique) du consortium emmené par le groupe espagnol Sener par la direction générale de l’industrie de la défense et de l’espace, qui est sous la responsabilité du commissaire européen Thierry Breton. Il estime qu’en matière régalienne, « la Commission ne doit pas pouvoir décider seule ». Par le groupe de réflexions Mars.( dans la Tribune)

 

A l’issue de l’évaluation (secrète) des offres par les experts (anonymes) choisis par la DG DEFIS, la direction générale de l’industrie de la défense et de l’espace, (la Commission n’étant pas liée dans sa décision à l’avis des experts), les financements européens au titre du projet EU HYDEF (European hypersonic defense interceptor), plafonnés à 100 millions d’euros sur trois ans (soit le montant le plus important du FEDEF 2021), iront au consortium représenté par SENER, un industriel espagnol du BTP dont une filiale réalise un chiffre d’affaires annuel de 99 millions d’euros dans l’aérospatial. La compétence technique du consortium est en réalité portée par Diehl, le missilier allemand soutenu par les pouvoirs publics allemands contre MBDA Deutschland, comme l’illustre le cas du missile choisi (dérivé du Spike israélien) par la Bundeswehr pour équiper ses futurs hélicoptères d’attaque, contre l’Akeron LP (ex-MMP HT) développé par MBDA.

MBDA, parti favori de la compétition en raison de sa compétence unique en Europe dans l’hypersonique (en particulier autour de la composante nucléaire aéroportée et du développement de l’ASN4G), ne pourra donc pas compter sur le FEDEF pour financer le développement de briques technologiques du programme déjà lancé avec le projet d’intercepteur spatial, soutenu par l’Allemagne et la France depuis 2019 dans le cadre de la CSP/PESCO et de l’expression d’un besoin opérationnel intitulé TWISTER (Timely Warning and Interception with Space-based Theater surveillance), sans budget propre ni programme. L’offre de MBDA avec le projet Aquila, conçue en liaison avec les armées, constitue une réponse optimale à ce besoin. Le projet HYDEF aurait dû y contribuer ; ce ne sera pas le cas.

Trois causes possibles de l’échec sont évoquées.

1. Une offre de MBDA insuffisante

Cette raison est crédible à plusieurs titres

  • MBDA, «pure player » de l’industrie de défense, n’aurait pas bénéficié de l’expérience d’un Thales en matière de programmes européens de recherche civile du type « Life » ou « Horizon » dont la procédure FED s’inspire.
  • Se sachant seul candidat crédible techniquement, MBDA n’aurait pas fait l’effort de rédiger une offre suffisamment conforme aux attentes de la Commission sur les points non-techniques de l’appel à proposition.

Cela rappelle le précédent de Galileo en 2010, quand un nouvel entrant quasi-inconnu dans le spatial (l’équipementier allemand OHB) raflait l’essentiel des contrats de construction des satellites du programme Galileo contre le grand favori Astrium Satellites (aujourd’hui dans Airbus Defence & Space). Pourtant, une différence majeure existe entre le cas des satellites pour Galileo et le domaine de la défense : dans le spatial civil, le marché est mondial et les débouchés multiples. L’échec pour Astrium Satellites pouvait être compensé sur d’autres marchés sans mettre en péril sa pérennité. Cela n’est pas le cas pour la défense, en particulier dans le domaine sensible de la défense aérienne élargie, technologie de souveraineté par excellence.

2. La loi d’airain du « juste retour »

La France étant déjà la première nation en nombre de participations aux projets sélectionnés, il aurait été jugé nécessaire de rééquilibrer les résultats en valeur de cette première vague FEDEF. La Commission aurait ainsi réalisé une « péréquation » de manière à minorer la pondération de l’offre technique de MBDA afin de survaloriser les critères non-techniques au profit du consortium conduit par SENER. Coïncidence ou non, la « part France » en valeur dans les projets FEDEF 2021 correspond exactement à la contribution française aux financements UE (18%).

S’agirait-il de la part de la Commission d’une volonté de diversifier les coordinateurs de consortiums ? Il est vrai qu’un autre consortium conduit par MBDA France a été sélectionné par la Commission au titre du projet MARSEUS (Modular ARchitecture Solution for EU States), financé par le FEDEF à hauteur de 25 millions d’euros sur trois ans. Mais SENER coordonne également un autre consortium sélectionné pour un projet (COMMANDS), qui sera subventionné à la même hauteur. L’argument est donc d’autant moins recevable qu’une autre entité (Thales) coordonne trois consortiums sélectionnés, pour un total de financements FEDEF de près de 150 millions d’euros. Il est vrai qu’il s’agit de trois filiales différentes du groupe.

 

La sélection du consortium SENER-Diehl pour le projet EU-HYDEF ne va pas dans le sens d’une consolidation de l’industrie de défense européenne préconisée par la Commission mais plutôt dans celui de la duplication des compétences. La crainte d’un saupoudrage des crédits au lieu d’une politique industrielle visant au renforcement de « champions européens », crainte exprimée dès le lancement des programmes précurseurs par de nombreux experts et relayée notamment par certains parlementaires, semble se concrétiser. A terme, en subventionnant les concurrents du « best athlete » européen, le FEDEF risque d’affaiblir la BITDE au lieu de la renforcer.

3. Une volonté délibérée de « tuer le projet »

Cette hypothèse, beaucoup plus subtile, est impossible à démontrer. Mais l’expérience montre qu’elle ne manque pas de crédibilité.

L’éviction de MBDA résulterait ainsi à la fois

  • d’une proposition technique intentionnellement minimale de la part de MBDA, afin de ne pas risquer de perdre son avantage technologique dans le cadre d’un processus de sélection dont la confidentialité est sujette à caution;
  • et d’une offre technique SENER-Diehl rédigée de manière intentionnellement trop audacieuse et optimiste, afin de conduire en fin de projet à un échec technique démontrant la nécessité d’acheter finalement sur étagère (c’est-à-dire américain) au nom de l’impératif capacitaire et de l’interopérabilité.

L’approche allemande en matière de lanceurs spatiaux (volonté d’entraver l’autonomie européenne pour acheter des lancements à SpaceX) semble conforter cette hypothèse. Cette approche ne résulte en aucun cas d’une quelconque « trahison » du projet européen de la part de l’Allemagne, mais de la simple et froide réalité de la seule vocation de l’UE : un démultiplicateur de puissance commerciale. Afin de préserver ses excédents commerciaux avec les Etats-Unis (70 milliards d’euros), l’Allemagne a besoin d’acheter américain, de préférence dans les secteurs d’excellence de ses partenaires européens (France et Italie en matière spatiale et de défense antimissiles par exemple). L’UE, ou la guerre en dentelle au XXIe siècle…

En termes géopolitiques (ce qui intéresse les rapports de force sur un territoire), l’Allemagne n’a de surcroît aucun intérêt à soutenir l’ambition française de vouloir maintenir son rang de membre du P5. Le projet HYDEF aurait pu en effet concourir au rattrapage de la France dans les technologies hypersoniques, où son retard sur la Russie, la Chine et les États-Unis n’est pas irrattrapable compte tenu de compétences déjà robustes à la fois dans les missiles et les lanceurs spatiaux.

Après avoir révélé en janvier 2019 le projet de démonstrateur de planeur hypersonique V-max (Véhicule Manœuvrant Expérimental) confié à ArianeGroup, la ministre Florence Parly déclarait en septembre 2020 vouloir « poursuivre notre investissement dans les technologies de rupture : les planeurs hypersoniques capables de parcourir 100 kilomètres en une seule minute ». Par ailleurs, dans le cadre du programme franco-britannique FMAN-FMC (qui a survécu au Brexit), MBDA développe un successeur de l’Exocet à partir de technologies hypersoniques.

Manœuvrant et doté d’une vitesse d’attaque d’un nautique par seconde, donc difficile à repérer et impossible à intercepter, il s’agit en effet d’une arme de rupture comparable aux missiles balistiques apparus concomitamment à la conquête spatiale. Les armées qui en seront dotées bénéficieront d’un avantage tactique certain ; les autres seront déclassées. La France n’y renoncera donc pas. Dans le cadre de l’OTAN où ses officiers les plus brillants font leur carrière, l’Allemagne n’a cependant aucun intérêt à soutenir une autre puissance militaire que les Etats-Unis.

Le contribuable français devra assumer seul les développements de notre souveraineté… en même temps qu’il contribuera à financer un projet concurrent à l’échelle européenne, projet qui ne servira pas la souveraineté européenne de défense. Il va donc payer deux fois, et pour des solutions concurrentes qui aboutiront peut-être finalement à renoncer à être souverain sur un sujet aussi essentiel… Belle manœuvre, Mon général !

Une réalité d’autant plus choquante que la Commission européenne va de nouveau poursuivre les États pour dépenses publiques excessives dès que la guerre en Ukraine sera terminée. On pourra ainsi recommencer à se déchirer entre Français, entre «ennemis politiques », entre ceux qui privilégieront la souveraineté et ceux qui ont d’autres priorités. Comme si la défense n’était qu’un centre de coûts…

Le choix d’une procédure compétitive et l’exigence de « juste retour » a pour conséquence le saupoudrage des financements et la duplication des compétences ; cela illustre le maintien pour l’UE de la prévalence de la politique de la concurrence sur la politique industrielle. En dépit de l’article 346 TFUE, l’UE ne consent pas d’exception au profit de l’industrie de défense. D’ailleurs, simultanément, le projet de taxonomie excluant l’industrie de défense des critères de l’investissement responsable poursuit son chemin.

Le fait que, par son choix, la Commission ait fait prévaloir la prolifération des acteurs industriels au lieu de l’autonomie stratégique européenne, sur un marché de niche très éloigné du grand public, est révélateur du manque d’ambition réelle du FEDEF. La Commission aurait dû prendre en compte cette dimension pour éviter une dispersion des efforts dans ce domaine, avec le risque de ne pas avoir d’offre de la BITDE au bout du compte, quelles que soient les insuffisances supposées de l’offre MBDA.

Face à cette réalité, les États devraient chercher à s’entendre en amont de la sélection afin de « faciliter » l’obtention du « juste retour », et non se le voir imposer par la Commission. Il y a là un enjeu de pouvoir au sein des institutions de l’UE. Mais après avoir conquis de haute lutte une compétence en matière de défense que les traités lui refusent, il est improbable que la Commission accepte de jouer le jeu.

L’absence de transparence dans la sélection des offres ne facilite pas la confiance dans l’intégrité du processus. Le médiateur européen considère pour sa part que cette opacité est nécessaire pour préserver la liberté d’action de la Commission contre toutes pressions éventuelles de la part des États. Aucun changement d’attitude n’est donc à attendre de la part de la Commission sur ce point. Cela est préoccupant en matière de défense, car la confidentialité des informations n’est pas garantie. C’est un point de vulnérabilité majeur du FEDEF.

La Commission peut-elle revenir sur ses éventuelles erreurs en matière de sélection ? En théorie, c’est impossible, sauf à encourir des recours contentieux. En pratique, tout est possible, surtout si plusieurs États interviennent dans le même sens. Mais il faudrait pour cela une erreur manifeste de la part de la DG DEFIS. Par ailleurs, un candidat évincé peut toujours revenir dans le projet comme sous-traitant, mais à un rang modeste, non en tant que membre à part entière du consortium. Il ne semble pas que les programmes précurseurs aient révélé à ce jour de tels cas ; mais cela ne peut être exclu pour l’avenir.

Souhaitons qu’à la suite de ce ratage en tout point désastreux, la Commission européenne mette en œuvre le FED en prenant davantage en considération les objectifs de l’autonomie européenne qui est le fondement même d’une BITDE compétitive. A tout le moins, ce que révèle le « cas HYDEF », c’est la nécessité pour la France de mieux s’organiser et de mettre en œuvre une stratégie d’influence plus efficace.

Faut-il déjà aller plus loin et exiger de modifier le règlement du FED de 2021 à la suite du retex (retour d’expérience) HYDEF ? L’article 11 du règlement permet l’attribution directe de subvention sans mise en concurrence. Le programme Eurodrone en a d’ailleurs bénéficié au titre du programme précurseur PEDID. Il est vrai qu’il sera motorisé par une technologie américaine…

En matière régalienne, la Commission ne doit pas pouvoir décider seule. Son intervention intempestive est non seulement funeste, mais aussi illégale. Pour en revenir à la lettre comme à l’esprit des traités, il conviendrait d’en revenir à la méthode intergouvernementale ou au moins d’instaurer un système de minorité de blocage sur les projets du FEDEF. Puisque la Commission n’a pas voulu utiliser les procédures de coopération entre États à sa disposition et qu’elle est libre (mais non souveraine) dans la sélection des projets, proposons que les États puissent bloquer si le processus déraille. Histoire de rappeler que l’exécutif de l’UE n’est qu’un exécutant.

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* Le groupe Mars, constitué d’une trentaine de personnalités françaises issues d’horizons différents, des secteurs public et privé et du monde universitaire, se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l’industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France.

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Le groupe de réflexions Mars (*)

Numérique : L’Europe à la botte des Américains ?

Numérique : L’Europe à la botte des Américains ?

La puissance normative de l’Europe ne lui permettra pas de construire une force industrielle et technologique, estime l’économiste Elie Cohen dans un entretien au « Monde ». Selon lui, l’idée même de souveraineté se heurte aux fondamentaux du Vieux Continent.

 

Elie Cohen, économiste, directeur de recherche au CNRS et grand analyste et historien de la politique industrielle française, a publié, en 2022, Souveraineté industrielle. Vers un nouveau modèle productif (Odile Jacob, 240 pages, 22,90 euros). Il explique pourquoi l’Europe n’est pas près de faire émerger un champion européen du numérique.

La souveraineté numérique est-elle à la portée de l’Europe ?

On en parle depuis très longtemps, d’abord pour l’informatique puis pour les télécoms, enfin pour les composants. En fait, le débat sur la souveraineté technologique – et, surtout, la question des moyens de ne pas subir les grandes transformations lancées ailleurs – hante l’Europe depuis très longtemps. Elle a tenté plusieurs approches. Les projets Eureka se sont révélés trop colbertistes pour une Europe dont l’ADN est la libéralisation.

Pour adopter une politique industrielle européenne, il aurait fallu enfreindre les règles du marché ; l’Europe a préféré démanteler les barrières nationales et les modèles nationaux intégrés. Elle a alors décidé d’être moins ambitieuse et s’est donné pour objectif de devenir la puissance championne de l’économie de la connaissance : c’est l’agenda de Lisbonne et… un nouvel échec.

Entrée dans le troisième âge de la politique industrielle européenne, l’Europe explore deux pistes : elle tente de pousser plus loin l’intégration pour susciter des coopérations – c’est ce que font les projets importants d’intérêt européen commun (Piiec), dans les batteries, les hydrolyseurs, les semi-conducteurs, etc. – et, en tant que première puissance de consommation mondiale, elle veut façonner le paysage numérique grâce à son pouvoir réglementaire et à sa capacité de régulation. C’est ce qu’elle fait avec le règlement général sur la protection des données, le Digital Markets Actle Digital Services Act, etc.

Le pouvoir réglementaire et normatif peut-il apporter la souveraineté ?

L’Europe a abandonné aux Etats-Unis sa souveraineté industrielle sur le matériel, et aux Gafam et à des entreprises essentiellement américaines celle sur les plates-formes, les logiciels et les services. Elle n’adoptera pas une stratégie volontariste semblable à celle que la Chine a mise en place pour contrer les Gafam ou pour devenir leader mondial de la 5G.

L’usage intelligent de la norme doit être appuyé par un pouvoir industriel, par une commande publique, par des investissements et par un contrôle du marché. Alors, être une puissance normative permettra-t-il à l’Europe de construire une puissance industrielle et technologique ? La réponse est non ! A fortiori si l’on ajoute la lenteur de ses processus décisionnels, les querelles internes franco-allemandes, la réticence à faire émerger des champions européens… J’avoue avoir été séduit par les Piiec et par la politique d’innovation, mais les ordres de grandeur ne sont pas là, il faudrait un facteur 10 !

Forces et faiblesses de l’Europe

Forces et faiblesses de l’Europe

 Depuis 20 ans, l’euro reste une avancée stratégique inachevée et fragile. Les travaux du Prix Nobel Robert Mundell sur les zones monétaires optimales (1999) en souligne les faiblesses. Il ne peut y avoir durablement de monnaie sans gouvernement unique, ou tout au moins sans une Union de transferts permettant de redistribuer du capital au profit des pays les moins compétitifs de l’Union monétaire. Par Maxime Maury et Jean-François Verdié, Professeurs, TBS Education. (dans la Tribune)

 

 

Par ailleurs, l’Union bancaire n’est pas achevée (assurance des dépôts incomplète) et il n’y a toujours pas d’Union de financement de l’investissement et de l’innovation avec émission de titres de dette et d’épargne communs. Pas de mutualisation significative des dettes publiques non plus.

Voici, en dépit d’une utilisation internationale importante de l’euro, la véritable faiblesse de la monnaie européenne par rapport au dollar. Son marché n’a pas la profondeur ni la liquidité des titres en dollars.

Enfin la monnaie unique n’est toujours pas adossée à une fiscalité commune ni à des régimes sociaux partagés.

C’est dans ce contexte de fragilité constitutive que cinq événements récents viennent reposer la question de la pérennité de l’euro :

  • l’abandon, en 2020, du Pacte de stabilité qui régissait les normes budgétaires indispensables à la poursuite de l’Union monétaire ;
  • la réapparition de spreads importants sur les taux d’intérêt long terme (250 points de base entre l’Allemagne et l’Italie) ;
  • la chute de l’euro tombé à son plus bas niveau depuis 20 ans face au dollar;
  • la démission du président du Conseil italien engagé dans la concrétisation du plan européen de juillet 2020 qui doit transférer 200 milliards de capital à l’Italie par endettement européen mutualisé ;
  • enfin la divergence des trajectoires d’endettement entre la France dépensière et la vertueuse Allemagne.

Les risques de cette situation, à la veille d’une possible récession mondiale, suggèrent deux chantiers aussi difficiles qu’urgents pour renforcer l’euro :

  • la réussite des outils « anti-fragmentation » de la BCE pour éviter une nouvelle crise de l’euro; ou pour le dire autrement, la compatibilité de ces outils avec le resserrement d’une politique monétaire enfin anti-inflationniste ;
  • la refondation du Pacte de stabilité européen qui doit faire appel à une véritable innovation conceptuelle ;
  • les compléments nécessaires de la fragile architecture de la monnaie unique.

L’ensemble plaide en faveur d’une évolution plus fédérale de l’Europe, mais le mot est frappé en France d’un tabou et d’une profonde incompréhension.

Les mesures annoncées par la BCE récemment reprennent celles lancées par Mario Draghi en 2012. Si les taux d’intérêt divergeaient sans raisons légitimes, la BCE interviendrait pour racheter des titres de dettes mais à condition que le pays aidé respecte les règles européennes.

Cela pose deux problèmes opérationnels :

  • le nécessaire sang-froid de la BCE qui ne doit pas pour autant renier le resserrement de sa politique monétaire ni encourager les dérives budgétaires ;
  • l’indispensable refondation du Pacte de stabilité évanoui en 2020 pour compléter le policy mix. La BCE disposera en outre d’une marge de manœuvre pour réinvestir dans des titres italiens (ou français) les montants échus de dettes allemandes afin de réduire les primes de risque sur les pays faibles.

La refondation du Pacte de stabilité européen, abandonné en 2020, a été reportée en 2023. Cette procrastination découle de la difficulté à accorder les pays du nord et ceux du sud.

Le président français et l’ancien président du Conseil italien ont suggéré de concert que les dépenses d’investissement soient exclues des critères budgétaires (le plafond des 3% de déficit sur PIB).

Il faut maintenant concilier dans une synthèse intelligente trois exigences contradictoires :

  • la volonté des pays dits « frugaux » de voir les pays du sud respecter enfin la même norme budgétaire qu’eux ;
  • la nécessité d’accélérer les investissements de transition énergétique, de défense, d’éducation et de santé au profit de tous ;
  • celle aussi de créer une zone monétaire optimale (au sens de Mundell) en poursuivant les transferts en capital au profit des pays les moins compétitifs.

La meilleure façon de faire serait de confier à l’échelon européen la fixation et le financement de l’effort d’investissement de tous. Et de rétablir pour les dépenses courantes les critères de Maastricht (déficit courant, déficit structurel, endettement).

Parallèlement, pour soutenir l’effort d’investissement commun, la dette Covid qui est inscrite à hauteur des 3/4 dans les comptes de la BCE serait rachetée par le Mécanisme Européen de Stabilité créé en 2012, mutualisée et amortie sur 30 ans.

Ce serait l’embryon d’une Union fédérale.

Le cercle de l’euro est proche de celui de l’Union européenne (27 pays) dont les membres ont tous vocation à rejoindre tôt ou tard l’Union monétaire. La règle paralysante de l’unanimité doit céder désormais à une règle de la majorité qualifiée.

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(*) Dr Maxime Maury, Officier des Palmes académiques, Professeur affilié à TBS Education, Ancien Directeur régional de la Banque de France et Dr. Jean-François Verdie, Professor - Economics and Finance, Associate Dean for Executive Education, Head of MSc Banking and international finance, TBS Education.

Microprocesseurs : L’Europe marginalisée par les États-Unis?

 Microprocesseurs : L’Europe marginalisée par les États-Unis ?

Un papier de la Tribune souligne  grande faiblesse industrielle de l’Europe dans la bataille pour la souveraineté dans les microprocesseurs. Dans les faits, les États-Unis ont gardé la haute main sur les logiciels de conception, la technologie substrat, et surtout sur les machines de fabrication. Et la bataille se joue en Asie où les Etats-Unis organisent début septembre un « Chip 4 » avec le Japon, Taïwan et la Corée du Sud, pour faire face à la montée des tensions avec la Chine.

Aux Etats-Unis, Joe Biden vient de signer le « Chips and Science Act », qui vise à relancer la production des semi-conducteurs aux Etats-Unis à partir d’une première enveloppe de 52,7 milliards de dollars (51,7 milliards d’euros) de subventions.

Dans le jargon des communicants, c’est ce qu’on appelle un « effet d’annonce ». Début juillet, Emmanuel Macron se rendait à Crolles dans l’Isère, peu de temps après le sommet « Choose France », réunissant des investisseurs internationaux à Versailles. L’occasion pour le président français d’annoncer au grand public une nouvelle extension de l’usine de puces électroniques de STMicroelectronics présente dans l’agglomération grenobloise. Ce nouveau projet (qui correspond à un investissement total de 5,7 milliards d’euros, constitué en partie par des fonds publics) est en fait porté par le groupe franco-italien ST et l’Américain GlobalFoundries et vise à fournir à l’industrie automobile européenne les puces qui lui sont désormais nécessaires sur le marché des voitures « intelligentes » et électriques.

Impérialisme russe : l’aveuglement de l’Europe

Impérialisme russe : l’aveuglement de l’Europe

Mateusz Morawiecki, premier ministre polonais, dénonce l’aveuglement de l’Europe vis-à-vis de l’impérialisme russe dans le Monde et la responsabilité particulière de l’Allemagne de la France.

 

La guerre en Ukraine a fait apparaître la vérité sur la Russie. Ceux qui ne voulaient pas voir que l’Etat de Poutine avait des tendances impérialistes doivent se rendre à l’évidence : en Russie, les démons des XIXe et XXe siècles ont été ravivés : le nationalisme, le colonialisme et un totalitarisme de plus en plus visible. Mais la guerre en Ukraine a également révélé la vérité sur l’Europe. De nombreux dirigeants européens avaient été séduits par Vladimir Poutine. Ils vivent aujourd’hui un choc.

Le retour de l’impérialisme russe ne devrait pas nous surprendre. L’Europe s’est retrouvée dans la situation présente non pas parce qu’elle était insuffisamment intégrée, mais parce qu’elle a refusé d’écouter la voix de la vérité. Cette voix se faisait entendre de la Pologne depuis de nombreuses années.

Cette ignorance de la voix polonaise est une illustration du problème plus large auquel l’Union européenne (UE) est confrontée aujourd’hui. En son sein, l’égalité des Etats individuels est de nature déclarative. La pratique politique montre que les voix allemande et française ont une importance prépondérante. Nous avons donc affaire à une démocratie formelle et à une oligarchie de fait au sein de laquelle le pouvoir est détenu par les plus forts.

Le mécanisme de sécurité qui protège l’UE de la tyrannie de la majorité est le principe de l’unanimité. Il peut être frustrant de chercher un compromis entre vingt-sept pays qui ont si souvent des intérêts contradictoires, et le compromis lui-même peut ne pas satisfaire tout le monde à cent pour cent. Toutefois, cela permet de s’assurer que chaque voix est entendue et que la solution adoptée répond aux attentes minimales de chaque Etat membre.

Monnaie numérique: L’Europe en retard

 Monnaie numérique: L’Europe en retard

Par Rafik Ammar est chargé de la communication et du développement au sein de l’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE) dans l’Opinion .

 

 

 

Les nouveaux systèmes de paiement sont d’importance mondiale. Les autorités des différentes juridictions doivent veiller à la conformité de leurs principes et règles à ceux pratiqués au niveau international. Le rôle des autorités est de veiller à l’existence de règles qui encouragent la concurrence entre fournisseurs tout en utilisant une approche réglementaire neutre sur le plan technologique. Afin de créer une réglementation prudente pour les émetteurs et les consommateurs, l’Union européenne devrait établir des exigences spécifiques pour l’obtention d’une licence bancaire par les nouveaux organismes.

Les stablecoins ou cryptomonnaies stables ont un caractère mondial, elles existent dans de nombreux pays et beaucoup d’autres les adopteront à l’avenir. La Chine est l’un des pays les plus avancés dans l’utilisation de la blockchain avec son projet pilote sur le yuan numérique annoncé en 2020. Elle a inclus des dispositions relatives à la monnaie numérique dans le champ d’application de la loi.

Face à ces initiatives, l’UE est à la traîne. En revanche, le Royaume-Uni fait des progrès. Le comité de politique financière de sa banque centrale doit publier un rapport sur les effets des stablecoins, qui traitera aussi d’une monnaie numérique de banque centrale. Il cherche à montrer comment le système de réglementation devrait être ajusté pour garantir la confiance tout en soutenant l’innovation.

De nombreux pays n’ont pas de base juridique nationale et ne considèrent pas les monnaies numériques comme égales à la monnaie fiduciaire en raison de leur valeur instable. De ce fait, les fournisseurs de stablecoins ne sont pas protégés. Pour parvenir à une réglementation mondiale, des règles doivent être créées en matière d’informations fournies par les clients aux émetteurs. Les utilisateurs de ces monnaies doivent savoir comment leurs données personnelles sont utilisées et stockées. Actuellement, banques et sociétés de crédit sont réglementées par des lois dans tous les pays et un niveau de réglementation similaire devrait s’appliquer en matière de monnaie numérique.

Au niveau de l’UE, la législation qui doit régir l’utilisation des stablecoins en tant que catégorie de monnaies numériques est la « Réglementation des marchés des crypto-actifs » (MiCA). Voici quelques points d’améliorations souhaitables. Une différenciation plus claire est nécessaire entre plateformes de monnaie électronique, stablecoins à domaine ouvert, et projets d’entreprise qui doivent être soutenus de manière appropriée sur le plan fiscal. Des normes techniques de réglementation doivent être publiées par les autorités européennes de surveillance afin de remédier à toute ambiguïté sur la distinction entre les crypto-actifs, au titre de MiCA, et les instruments financiers, si une telle ambiguïté survenait avec le développement du secteur.

Le règlement européen devrait prévoir des règles plus proportionnées afin d’inciter les petites entreprises à entrer sur le marché, notamment en fixant des exigences de fonds propres à un niveau raisonnablement élevé. Il faut alléger les obligations disproportionnées imposées aux entreprises par la législation et encourager l’innovation afin de retrouver plus de souveraineté dans le secteur financier. L’UE doit rebattre les cartes dans la course à la création de monnaie numérique de banque centrale.

Rafik Ammar est chargé de la communication et du développement au sein de l’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE).

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