Archive pour le Tag 'président'

Sport et démagogie: le président allemand veut le même salaire pour les footballeuses !

Sport et démagogie:  le président allemand veut le même salaire pour les footballeuses !

 

Il est clair que le sport féminin rencontre de plus en plus de succès auprès de l’opinion. Témoin par exemple le tour de France cycliste qui constituera désormais un événement majeur dans le calendrier sportif. Même chose à travers l’intérêt manifesté lors  de la compétition européenne de football féminin.

Du coup le président allemand propose tout simplement d’aligner immédiatement le salaire des footballeurs de son pays sur celle des hommes. Une vraie démagogie qui témoigne du manque de compétence et de sérieux de certains dirigeants politiques. Faut-il rappeler en effet que certains footballeurs parmi les mieux payés touchent plusieurs millions par mois (Ce qui évidemment constitue un autre scandale).

En France, comme en Allemagne, le salaire moyen d’une footballeuse professionnelle tourne autour de 2500 € bruts pour 100 000 € bruts quand il s’agit d’un homme.

Certes le réajustement entre hommes et femmes est indispensable mais il faudra sans doute une vingtaine d’années au moins pour réunir les conditions économiques nécessaires à cette égalité . Créer aussi des conditions sportives car pour l’instant par exemple en France on ne dispose vraiment que deux équipes professionnelles féminines de niveau international ; Des aspects  que semblent  avoir oublié le président allemand.

Le chancelier allemand Olaf Scholz va cependant rencontrer le directeur de la fédération nationale de football Oliver Bierhoff pour plaider en faveur de l’égalité des salaires pour les footballeuses du pays, a-t-il déclaré lors de la finale du championnat d’Europe féminin entre l’Allemagne et l’Angleterre, dimanche.

L’équipe allemande de football féminin a certes perdu la finale du championnat d’Europe féminin ce dimanche contre l’Angleterre (2-1). Mais elle a remporté une autre victoire encore plus belle. Dans la foulée du match qui se déroulait à Wembley, le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré qu’il allait rencontrer le directeur de la fédération nationale de football Oliver Bierhoff pour plaider en faveur de l’égalité des salaires pour les footballeuses du pays.

La joueuse allemande Lina Magull a réclamé ces dernières semaines un salaire minimum de 2.000 à 3.000 euros par mois pour les joueuses allemandes et a fait état de négociations réussies en Espagne pour un salaire minimum. Les footballeuses allemandes étudient et travaillent parallèlement à leur activité professionnelle, ce qui, selon Magull, ne devrait pas être nécessaire au-delà de la deuxième division. On est loin évidemment des 100 000 € qui seraient nécessaires pour combler les inégalités entre hommes et femmes

Démagogie : le président allemand veut le même salaire pour les footballeuses !

Démagogie : le président allemand veut le même salaire pour les footballeuses !

 

Il est clair que le sport féminin rencontre de plus en plus de succès auprès de l’opinion. Témoin par exemple le tour de France cycliste qui constituera désormais un événement majeur dans le calendrier sportif. Même chose à travers l’intérêt manifesté lors  de la compétition européenne de football féminin.

Du coup le président allemand propose tout simplement d’aligner immédiatement le salaire des footballeurs de son pays sur celle des hommes. Une vraie démagogie qui témoigne du manque de compétence et de sérieux de certains dirigeants politiques. Faut-il rappeler en effet que certains footballeurs parmi les mieux payés touchent plusieurs millions par mois (Ce qui évidemment constitue un autre scandale).

En France, comme en Allemagne, le salaire Moyen d’une footballeuse professionnelle tourne autour de 2500 € bruts pour 100 000 € bruts quand il s’agit d’un homme.

Certes le réajustement entre hommes et femmes est indispensable mais il faudra sans doute une vingtaine d’années au moins pour réunir les conditions économiques nécessaires à cet égalité. Un aspect que semble avoir oublié le président allemand.

Le chancelier allemand Olaf Scholz va cependant rencontrer le directeur de la fédération nationale de football Oliver Bierhoff pour plaider en faveur de l’égalité des salaires pour les footballeuses du pays, a-t-il déclaré lors de la finale du championnat d’Europe féminin entre l’Allemagne et l’Angleterre, dimanche.

L’équipe allemande de football féminin a certes perdu la finale du championnat d’Europe féminin ce dimanche contre l’Angleterre (2-1). Mais elle a remporté une autre victoire encore plus belle. Dans la foulée du match qui se déroulait à Wembley, le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré qu’il allait rencontrer le directeur de la fédération nationale de football Oliver Bierhoff pour plaider en faveur de l’égalité des salaires pour les footballeuses du pays.

La joueuse allemande Lina Magull a réclamé ces dernières semaines un salaire minimum de 2.000 à 3.000 euros par mois pour les joueuses allemandes et a fait état de négociations réussies en Espagne pour un salaire minimum. Les footballeuses allemandes étudient et travaillent parallèlement à leur activité professionnelle, ce qui, selon Magull, ne devrait pas être nécessaire au-delà de la deuxième division. On est loin évidemment des 100 000 € qui seraient nécessaires pour combler les inégalités entre hommes et femmes

Un président éclaté

Un président éclaté

 

Conséquence de la défaite aux législatives, un président de la république déjà écartelé avec son « en même temps » et désormais complètement éclaté d’après un papier de la Tribune

 

Là, « on entre dans le bizarre », aurait dit selon Libération Emmanuel Macron dimanche dernier après avoir eu confirmation de sa défaite aux législatives : le « bizarre » en question étant en fait une appropriation dans le champ de la politique d’un dialogue bien connu de Michel Audiard où les Tontons Flingueurs se « risquent sur le bizarre », un alcool où « il n’y a pas que de la pomme » : « il faut reconnaître, c’est du brutal » s’étouffe Bernard Blier… Le même qui, pour se venger de l’oncle Lino Ventura, aura aussi cette autre réplique fameuse : « on va le trouver éparpillé façon puzzle, il connaît pas Raoul » !

Eparpillé façon Puzzle, c’est un peu ce qui arrive à Emmanuel Macron : il n’a pas vraiment perdu – il a été réélu, mais sans chèque en blanc – ni vraiment gagné -il lui manque tout de même 44 députés pour avoir la majorité absolue de 289 sièges ! Mais il se retrouve otage du jeu des partis, avec une majorité relative coincée entre 89 députés RN et presque autant d’Insoumis.

Une défaite, quelle défaite ? Mercredi soir, dans une allocution de 8 minutes chrono dans laquelle il ne cite pas sa Première ministre Elisabeth Borne, le Président pratique habilement la prise de judo, donnant 48 heures aux oppositions, dont il a reçu les ténors à l’Elysée, pour faire des propositions constructives et l’aider à sortir du blocage politique. Une inversion de l’ordre des facteurs habile, mais pour l’heure, infructueuse. Un désaveu unique dans l’histoire politique de la Cinquième République, « le roi est nu », écrit notre chroniqueur Marc Endeweld et la situation semble bloquée.

Alors que Macron exclut tout gouvernement d’Union nationale, aucune coalition ou majorité ne semble poindre à l’horizon. Du coup, « il faudra bâtir des compromis, des enrichissements, des amendements, mais le faire en toute transparence, à ciel ouvert si je puis dire, dans une volonté d’union et d’action pour la nation », a déclaré le président de la République dans son allocution télévisée« Pour avancer utilement, il revient maintenant aux groupes politiques de dire en toute transparence jusqu’où ils sont prêts à aller ». Tout se passe comme si le chef de l’Etat avait pris son parti de la situation et renvoyait aux « groupes politiques » la responsabilité d’une paralysie de l’action. Au risque de l’impuissance ? Macron ne se voit pas en roi fainéant, mais prêt à prendre à parti l’opinion sur les causes de l’impossibilité d’agir. C’est qui le patron ici ? Celui qui a le pouvoir de dissoudre ? Ou celui qui a l’intelligence de faire des compromis ? « La France sait faire des compromis y compris votre serviteur », assure Emmanuel Macron. On l’attend désormais à pied d’oeuvre.

« Le régime des partis, c’est la pagaille » a dit le fondateur de la Vème République à propos de la IVème. CQFD : mettre tel un De Gaulle le feu au parlementarisme débridé, c’est l’option « brutale ». Mais d’un autre côté, les partis auront beau jeu de dénoncer la duplicité d’un président qui voudrait imposer au pays un projet sans cap clair qui a rassemblé une majorité contre lui. Il n’y a pas de « majorité alternative », chante-t-on dans les rangs d’Ensemble.

Au final, et même si la situation de blocage inquiète à l’étranger, on remarque plus la fin d’une exception, le fait majoritaire et la culture monarchiste, et une France qui rejoint le lot commun des démocraties : un parlementarisme qui oblige les forces politiques à se parler. Ce qui manque cruellement au paysage français tel qu’il ressort de près d’un an d’une campagne électorale sans honneur, où personne n’a vraiment brillé. Il est plus que temps qu’Emmanuel Macron redescende de son Elysée et dise clairement où il veut emmener le pays pour savoir qui acceptera de monter dans sa Blablacar faire un peu de covoiturage avec lui. Après tout, quand on appelle sa majorité Ensemble, c’est l’occasion de le démontrer.

Pour en sortir, il faut se préparer à bien des surprises : majorité d’action au cas par cas, avec la gauche ici, avec la droite là ? Pas très glorieux. Ou coalition à l’allemande, Orange et bleu, associant Ensemble et LR, faisant du micro-parti Horizons d’Édouard Philippe, associé au Modem de Bayrou le nouveau pivot central du pouvoir… L’élu de Pau, Commissaire au Plan, qui se rêve depuis 2017 en vice-Président, ne cesse de répéter qu’il faut mettre un « profil politique » à Matignon : lui… Pour Macron, ce serait le moment cardinal de Retz, qui a prévenu : « on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ».

Une chose semble sûre : avec la flambée de l’inflation et des prix des carburants, les Français, notamment les plus modestes, qui s’apprêtent à partir en vacances, ne vont pas rester sans voix en cas de paralysie à l’Assemblée. Si 7 Français sur 10 se disent satisfaits que le chef de l’Etat n’ait pas de majorité, ce qui va l’obliger à des compromis, les Gilets Jaunes attendent des actes rapides sur le pouvoir d’achat.

Il faudra définir des priorités  et la première ne fait pas de doute, quand l’Insee prévient que la hausse des prix atteindra +5,5% en moyenne en 2022 entraînant une perte de 1% du pouvoir d’achat. « Les urgences des travailleurs ne doivent pas souffrir de la situation politique » a dit Laurent Berger, tout en répétant l’opposition de la CFDT au report à 65 ans de l’âge du départ à la retraite, qui semble sombrer avec la majorité perdue, écrit Fanny Guinochet.

Tic-tac, tic-tac, pendant ce temps-là, le compteur de la dette tourne. La dette publique a encore progressé au premier trimestre 2022 et frôle désormais les 3000 milliards d’euros et ceux qui comptent sur l’inflation pour la faire disparaître par magie se font des illusions.

L’été s’annonce donc orageux, entre reprise épidémique avec un Covid en embuscade et l’épée de Damoclès d’une guerre en Ukraine aux conséquences de plus en plus douloureuses. L’Allemagne se prépare à manquer de gaz et la France établit un plan d’action pour éviter une pénurie cet hiver.

Signe de craquements dans la transition écologique, dont Bruxelles fixe le tempo, l’industrie automobile italienne dit tout haut ce que toute l’auto européenne pense tout bas. La fin du moteur thermique en 2035 est trop brutale pour être réalisée sans casse sociale et les italiens réclame un report à … 2040. Un sommet européen doit statuer d’ici la semaine prochaine sur le texte adopté par le Parlement interdisant la vente de voitures thermiques neuves à partir de 2035. Outre l’Italie, plusieurs pays veulent un report de l’agenda à 2040. Même l’Allemagne, jusqu’ici soutien de poids à la date de 2035, semble hésiter…

L’avenir de la filière industrielle aérienne (Guillaume Faury, président du GIFAS)

L’avenir de la filière industrielle aérienne (Guillaume Faury, président du GIFAS)

Lors de la neuvième édition du Paris Air Forum, le président du GIFAS Guillaume Faury a livré sa vision sur les grandes priorités de la filière aérospatiale civile et militaire française en termes de souveraineté (sécurisation de la supply chain et des circuits d’approvisionnement, taxonomie, accès à l’espace…) mais aussi de coopérations, notamment dans le domaine de la défense. Le président exécutif d’Airbus s’est également attaché à rappeler la longue route qui mènera vers l’avion vert. Cela se traduira par un effort vital pour conserver une industrie aéronautique française à la fois puissante et souveraine mais aussi ouverte aux coopérations.

Faury, président du GIFAS et président exécutif d’Airbus). (La Tribune)

 

 

La guerre en Ukraine et la conjoncture économique ne semblent pas freiner la demande de voyages pour cet été, mais n’y a-t-il pas un risque de rechute à l’automne ?

GUILLAUME FAURY- En ce qui concerne la demande de voyages, de vols, nous assistons à un retournement très fort depuis quelques mois et qui semble s’accélérer. La Chine connaît une situation particulière et il y a quelques exceptions en Asie, mais selon les données fournies par nos clients, cela arrive plus vite et plus fort que prévu. Y compris sur les vols business, ce qui était très incertain. Nous pouvons nous demander s’il n’y a pas un effet rebond et si cela ne va pas se calmer un peu par la suite. Mais pour le moment la « pent-up demand » (la demande en suspens, NDLR) est très forte. Elle est tellement forte que le problème est d’arriver à offrir des vols et des sièges en quantités suffisantes. Toutes les compagnies aériennes, les aéroports, souffrent du manque de bras, d’avions, de personnels au sol, d’équipages… Nous sommes passés d’une crise de la demande à une crise de l’offre.

Après deux ans de crise et dans un contexte international compliqué, comment se passe le redémarrage de l’activité ?

Nous voyons que c’est très dur. Il y a une concurrence de tous les secteurs sur la main d’œuvre, qui est devenue très rare. La grande démission de 2021, pour traduire une expression anglaise, est un fait. Une très grande partie des gens qui travaillaient dans les activités très fortement impactées par la crise Covid ont disparu et nous ne les retrouvons pas. C’est vrai pour la supply chain de l’aviation civile, du tourisme, de l’aviation commerciale… Quant aux supply chain des constructeurs, elles sont également mises à très rude épreuve avec la difficulté de faire voyager autour du monde des pièces et des équipements. Nous vivons une crise de logistique qui a fortement bénéficié aux transporteurs. Des compagnies comme CMA-CGM ou MSC ont connu des résultats exceptionnels qui reflètent la rareté de l’offre de logistique autour du monde. Nos supply chain habituelles ont été très fortement secouées par le Covid. Elles le sont aussi par la crise en Ukraine et par la nouvelle crise que nous voyons en Chine. Évidemment, toutes les chaînes européennes et françaises sont en train de regarder ces perturbations avec beaucoup d’inquiétudes et mènent des actions au fur et à mesure pour s’en prémunir.

Les principes qui régissaient le fonctionnement de ces chaînes d’approvisionnement ont donc évolué ?

Nous sommes passés d’une logique de fonctionnement très précise, avec un système logistique très performant, à une logique où nous essayons de créer de la résilience. C’est-à-dire d’avoir des chaînes d’approvisionnement qui soient beaucoup plus robustes aux changements et aux difficultés autour du monde. Ce changement de paradigme s’illustre par une expression : nous sommes passés du « just-in-time » au « just-in-case ».

Dans ce contexte de tensions internationales, il y a le cas spécifique de la Russie, mais surtout celui de la Chine. Est-ce que la filière se pose des questions sur la place de la Chine sur son écosystème ?

Beaucoup de questions se posent sur les conséquences de cette crispation internationale, des tensions, des logiques de blocs qui se remettent en place. Ce qui se passe avec la Russie pose beaucoup de questions, mais la situation avec la Chine est très différente. Dans l’aviation, mais aussi dans beaucoup d’autres industries comme l’automobile, les interdépendances sont à de très nombreux niveaux et très profondément inscrites dans les supply chain, y compris dans les composants électroniques, les câbles, les connecteurs. Nous avons mis 50 ans à construire cela. Cela a commencé avec le voyage du président américain Nixon à Pékin en 1972. Depuis, le monde a beaucoup changé et il est devenu très interdépendant au niveau du commerce international. Si nous avions avec la Chine une crise similaire à celle avec la Russie, les solutions ne seraient sans doute pas de même nature. Pour autant,les questions se posent. Nous sommes dans une logique de dérisquage, de résilience, et nous réfléchissons pour savoir comment nous positionner dans un monde complexe, avec des tensions, afin d’avoir des supply chain robustes nous permettant de maintenir notre activité dans cet environnement incertain.

Pour la filière défense, quel est votre retour d’expérience du conflit en Ukraine ? Comment l’Europe doit-elle tirer des conséquences de ce retour de la guerre sur son sol ?
Nous avons beaucoup de choses à apprendre de ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine. D’abord, si on ne veut pas la guerre, il ne faut pas être faible, mais fort pour assurer une dissuasion vis-à-vis d’un agresseur éventuel et être capable de répondre en cas d’agression. En Europe, depuis plusieurs décennies, ce n’est pas comme ça qu’on a abordé la situation. Beaucoup de pays, notamment à l’Est, voulaient récupérer les fruits de la paix, pensant qu’elle serait là pour toujours. On se rend compte aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Les chiffres mentionnés à Versailles sur l’évolution des dépenses des grands blocs depuis la création de la zone euro il y a 20 ans me semblent très parlants. L’Europe a augmenté ses dépenses de défense de 30%, les Etats-Unis de 66%, la Russie de 300%, la Chine de 500 ou 600%. A l’heure où le conflit armé fait son retour en Europe , on peut légitimement se demander si on a vraiment fait tout ce qu’il fallait pendant cette période de paix.

Ce qui n’est aujourd’hui pas le cas…
… Il faut avoir une vision de long terme sur les sujets de défense. Ces dernières semaines les pays européens ont lancé des actions dans l’urgence pour essayer de corriger les « gaps » à court terme. Mais il faut surtout se reposer les bonnes questions de notre indépendance stratégique, de la façon dont on veut être équipé en armement, pour être capable de dissuader suffisamment et de répondre en cas de crise. Il faut également se poser les questions des alliances internationales. Un système de sécurité efficace n’est pas composé de blocs isolés, mais il faut essayer de créer de vraies alliances, pour avoir un impact plus fort dans une conflictualité possible. De ce point de vue, l’OTAN est une alliance très importante. On a vu à quel point elle était importante pour répondre aux enjeux de ce conflit.

Les pays européens vont-ils se réarmer ?
Je pense que les pays européens vont dépenser beaucoup plus d’argent pour la défense. Est-ce une bonne nouvelle ? Je ne porte pas de jugement de valeur. C’est nécessaire. Il ne faut pas être naïf : on est dans un monde complexe, qui va le devenir encore plus, où il y aura des pénuries de ressources et donc des possibilités de tensions dans l’avenir encore plus fortes qu’au cours des dernières décennies. Il faut s’équiper, s’armer et regarder cette situation avec lucidité. Il faut donc s’organiser pour devenir puissant technologiquement, au niveau des alliances et économiquement. Parce que les armements du 21eme siècle, qui sont des systèmes très technologiques, sont très chers. Il faut les faire en étant organisé dans le cadre de partenariats. D’où ce qui se passe au niveau européen pour organiser les programmes du futur, avec un effet d’échelle suffisant pour être performant.

Ne craignez-vous pas que le réarmement européen va bénéficier en grande partie aux industries américaines ?
Je l’ai dit précédemment, il faut s’organiser pour être bien équipé. Mais cela doit se faire sur le long terme. Il faut lancer des programmes, développer des technologies, investir, récolter les fruits des investissements. Cela prend du temps, et c’est donc sur le moyen et le long terme que nous pourrons agir. A court terme, s’il y a des capacités qui n’existent pas en Europe, il faut aller les chercher là où elles existent, c’est-à-dire chez nos alliés, et très souvent chez les Américains. La notion de BITD, la base industrielle et technologie de défense bien connue en France, commence à être comprise au niveau européen. Cela reflète bien cette prise de conscience. Si nous ne sommes pas capables de lancer sur le long terme, au niveau européen, des programmes de grande taille avec des montants d’investissement très importants, avec des équipes compétentes, la seule alternative est d’aller les acheter à l’étranger. Mais nous perdrons en souveraineté. Il y a le temps court, où nous n’avons pas beaucoup de choix, et le temps long où il y a beaucoup plus de possibilités d’organisation. C’est sur celui-là qu’il faut travailler très fortement.

Justement, comment trouver le bon équilibre entre souveraineté nationale et coopération européenne pour l’industrie de défense, qui est un outil clé de la souveraineté des pays ? Est-ce que les deux objectifs sont compatibles ?
Ils sont compatibles – et quand ils semblent ne pas l’être, il faut les rendre compatibles. Si on travaille uniquement à l’échelle nationale, nous n’avons pas l’effet d’échelle dont on a besoin. Je prends l’exemple du F-35. Les Etats-Unis ont un budget de défense trois fois plus important que celui de tous les pays d’Europe combinés. Ils ont développé un avion de combat unique, le F-35. En Europe, nous en avons trois pour un budget trois fois plus petit. On ne peut pas faire jeu égal dans ces conditions. L’idée qu’on puisse tout faire en national est fausse, mais l’idée qu’on ne peut rien faire en national est également fausse. Sur les sujets où l’effet d’échelle n’est pas essentiel, c’est beaucoup plus compliqué d’arriver à un accord à plusieurs. Pour lancer des programmes en commun, il faut donc regarder les projets dans lesquels on a besoin d’investir des montants très importants et où il y a une masse critique à atteindre. J’aime comparer avec l’aviation commerciale. On a un constructeur européen qui est Airbus. Si on avait un constructeur français, un anglais, un allemand, un espagnol, il n’y aurait finalement aucun constructeur, car aucun n’aurait la taille, ni l’effet d’échelle nécessaire pour être compétitif sur le plan mondial. Dans la défense, il y a des enjeux où l’effet d’échelle est comparable. Et c’est sur ces enjeux qu’il faut se mettre ensemble.

Dans le domaine spatial, il y a également des questions de souveraineté. La constellation proposée par Thierry Breton permettrait de faire jeu égal avec les Etats-Unis. Est-ce vraiment nécessaire
Il ne faut pas laisser tomber. Les constellations sont un des domaines de taille critique où l’Europe doit être présente. Ce sont des investissements absolument considérables, dont tous les pays européens ont besoin, séparément et ensemble. C’est le sujet typique où nous avons intérêt à nous mettre ensemble. Et en plus, il faut aller vite. La démarche européenne est la bonne et, il faut y arriver. Entre avoir le bon objectif et y arriver, il y a parfois une différence. Il faut tout faire pour aider la Commission à trouver une solution pour faire cette constellation européenne, qui sera un des éléments de résilience civile et militaire dont aura besoin l’Europe.

L’accès à l’espace est également très important pour la souveraineté européenne. L’Europe traverse actuellement une période compliquée. Ariane 6 est en train d’arriver mais avec toutes les incertitudes d’un nouveau lanceur. C’est également le cas pour Vega C, dont un des moteurs est en outre fabriqué en Ukraine. Sans parler de l’arrêt de Soyuz à Kourou et Baïkonour. Comment gérer cette période compliquée pour l’accès à l’espace en Europe ?

On vient d’une époque où, au niveau mondial avec Ariane 5, on avait un positionnement unique et reconnu comme tel. Les Etats-Unis ont repris la main, à travers SpaceX qui marche très bien. La concurrence n’est pas forcément une mauvaise chose. Aujourd’hui, la priorité numéro une est de faire marcher Ariane 6. Les évènements récents ont montré l’importance stratégique de l’accès autonome à l’espace. Ariane 6 va y participer. Je suis absolument certain qu’Ariane 6 sera un excellent produit, un très bon lanceur pour les Européens. Je suis certain que ce lanceur atteindra ses objectifs. C’est un programme important avec les difficultés d’un programme en développement. Mais ce n’est pas parce que SpaceX est un bon produit qu’Ariane 6 ne sera pas un très bon produit. Ce n’est toutefois pas suffisant, Ariane 6 étant un point de passage. Car l’accès à l’espace continue à progresser. Il faut que sur ce sujet, nous travaillons en étroite coopération avec les Européens parce que c’est un domaine où il y a peu d’utilisations mais d’énormes investissements à effectuer. C’est un cas typique où nous avons intérêt à nous regrouper entre Européens. Et malheureusement on voit aujourd’hui beaucoup de projets centrifuges les uns avec les autres et beaucoup de difficultés à trouver les clés d’une coopération entre Italiens, Allemands et Français, sur les différents segments de lanceurs. Nous devons faire l’effort d’essayer de repenser l’accès à l’espace en Europe mais aussi l’organisation étatique et industrielle, pour revenir tous autour de la table avec des projets communs, plutôt que de partir chacun avec des projets concurrents, qui finalement nous affaiblissent à terme, plutôt que nous renforcer.

Dernier sujet sur la souveraineté, l’extraterritorialité, qui est une arme commerciale redoutable pour les Etats-Unis. Et ce d’autant que l’Europe n’a pas mis en place un système équivalent. Pourquoi l’Europe se laisse-t-elle faire ?

Il y a un sujet de culture. Les outils extraterritoriaux américains répondent à une logique de domination et de contrôle. Ce qui est d’ailleurs déplaisant pour nous lorsque nous y sommes soumis car ces outils sont contraignants à gérer.. Ce n’est pas la logique européenne. Est-ce qu’on veut mettre en place des outils extraterritoriaux de même nature en Europe ? Il faudra d’abord se mettre d’accord sur une réponse à 27,, ce qui risque d’être difficile étant donné la complexité du sujet.

Et la Chine ?

La Chine a plus de volonté et de capacités que l’Europe à mettre en place ce type d’outils. Elle est d’ailleurs en train de monter en puissance pour mettre en œuvre de telles règles afin de contrer la domination américaine dans ce domaine. Si l’Europe se retrouve seule face à ces grands blocs, sans outil de même nature, cela pourrait affaiblir les industriels européens. L’Europe doit être beaucoup plus déterminée dans son ambition à mettre en place des réponses pour contrer ces outils extraterritoriaux américains et demain chinois.

En matière de transition environnementale, le secteur s’est engagé dans le pari d’atteindre le « zéro émission nette » en 2050. C’est un marathon à mener à la vitesse d’un sprint. Pour y arriver, peut-on toujours rêver d’un avion moyen-courrier « zéro émission » propulsé à l’hydrogène en 2035 ?

La réponse est oui ! Mais je vais élaborer un peu. Tout ne repose pas sur l’avion à hydrogène. Chez Airbus, nous visons la mise en production et l’entrée en service d’un avion en hydrogène en 2035, mais si nous regardons l’impact de l’avion à hydrogène en 2050 sur les émissions de carbone de l’ensemble de l’aviation, il sera encore très limité. L’hydrogène est la technologie de la deuxième moitié du siècle. Nous en aurons besoin, car la décarbonation passe un jalon important en 2050 mais ne s’arrête pas là. Il faut que cela continue par la suite, avec des solutions plus efficaces d’un point de vue énergétique que celles mises en place face à l’urgence climatique.

Est-ce que le gel des choix techniques pour cet avion zéro émission est toujours prévu en 2025 ?

Nous sommes dans une phase extrêmement active sur les essais, les validations, les solutions concurrentes sur chacun des sujets, de manière à être sûr d’avoir au moins une solution qui fonctionne bien. Nous ferons le tri au fur et à mesure des résultats des essais. Notre objectif est de finir le développement des technologies pour 2025, puis de geler la configuration du projet aux alentours de 2027, pour enclencher le programme en 2028 et entrer en service en 2035. Nous sommes sur cette feuille de route et elle tient.

Quels sont les autres leviers pour appuyer cette transition environnementale ?

J’aime rappeler que nous avons plusieurs volets importants dans la décarbonation. Le premier, c’est de réduire la consommation des avions. Sur les 24.000 avions commerciaux qui volent dans le monde, environ 20% seulement sont des appareils de dernière génération. Or, nous savons qu’il y a une énorme réduction de consommation de carburant entre la dernière génération et la précédente, de l’ordre de 20 à 40%. Le deuxième, c’est que ces avions sont déjà certifiés pour utiliser 50% de « sustainable aviation fuel » (SAF, carburant aérien durable). Des carburants décarbonés à 90% par rapport au kérosène. Or, nous n’en utilisons qu’une toute petite fraction. Il est urgent de développer ces filières SAF, pour augmenter la part de carburant décarboné pour l’aviation. Patrick Pouyanné (le PDG de TotalEnergies, qui intervenait également au Paris Air Forum, NDLR) a donné un chiffre : 300.000 tonnes produites par an (en France, NDLR) à l’horizon 2030. Nous sommes sur la bonne voie et il faut accélérer très fortement.
Sur le long courrier, nous ne voyons pas encore comment nous allons faire un avion à hydrogène. Nous aurons besoin des solutions SAF, puis 100% SAF à l’horizon 2050, voire 2030. Des SAF qui ne seront pas les biocarburants d’aujourd’hui, mais des carburants de synthèse produits avec de l’énergie décarbonée, du captage de carbone, de l’hydrogène vert… Toutes les chaînes énergétiques sont à mettre en place. Le sujet est avant tout énergétique.

Peut-on imaginer se retrouver avec un successeur de l’A320 NEO qui ne soit pas à hydrogène, en parallèle de l’avion zéro émission ?

Il y a plusieurs façons de remplacer l’A320, qui est un avion couteau suisse, qui va du court courrier jusqu’au long courrier avec le XLR (version à long rayon d’action de l’A321 NEO, NDLR). Il est peu probable que nous remplacions tout cela en une fois. Il y aura plusieurs solutions technologiques différentes pour adresser les différents segments. Nous pensons que l’entrée en service de l’avion à hydrogène commencera sur le bas du segment, en court et moyen-courrier, avec des avions de petite taille au rayon d’action relativement limité. Mais cela correspond à une grande partie des vols commerciaux. Il y a plusieurs raisons à cela. La fourniture de l’hydrogène et les écosystèmes vont être régionaux, nationaux voire un peu plus. Aller très loin avec un avion à hydrogène, c’est courir le risque d’arriver dans un aéroport où il n’y en a pas. Ce n’est pas acceptable. Et comme la taille des investissements est proportionnelle à celle des avions, nous souhaitons en premier lieu investir dans un avion à hydrogène de taille modérée.

Aux Etats-Unis l’option hydrogène semble moins avancée. Est-ce qu’il n’y a pas un risque de se retrouver avec des choix technologiques très différents sur un même segment ?

Je ne partage pas votre observation sur le fait que les Etats-Unis appuient moins sur la pédale de l’accélérateur pour l’hydrogène. Ce qui est sûr, c’est que notre concurrent principal (Boeing, NDLR) voit cela arriver plus tard que nous. Mais l’écosystème hydrogène se développe aussi à grande vitesse aux Etats-Unis. Nous voyons des projets de décarbonation aller très vite, car il y a plus d’argent et une très grande conscience environnementale aux Etats-Unis. L’hydrogène n’est pas uniquement unsujet européen. Mais la conclusion reste vraie, il faut que nous avancions de façon à avoir un écosystème assez large pour que l’avion à hydrogène puisse être un avion mondial. Il y a là un gros sujet de réglementation.

L’accès à l’énergie décarbonée va être stratégique. Quelle doit être la place de l’aéronautique dans cet accès à l’énergie décarbonée ?

On ne se pose pas la question de savoir quel secteur a le droit d’acheter du pétrole ou du gaz. Il y a une logique de marché qui permet de réguler beaucoup de choses avec des forces économiques. L’avantage de la régulation par le marché, c’est que cela va à l’endroit où c’est le plus efficace, où la valeur créée est la plus importante. Il y aura un sujet de distribution de l’énergie. C’est pour cela qu’on parle de transition énergétique. Il est important de ne pas couper pétrole et gaz tout de suite, sans quoi nous aurons une course effrénée et désorganisée pour mettre la main sur ces énergies décarbonées.

Il y a un chiffre que j’aime bien citer : si l’énergie utilisée par les êtres humains en 2020, c’est 100 %, dans un monde décarboné, l’énergie dont on aura besoin en 2050, ce sera 250%. Les besoins en énergie augmentent sous l’effet de la démographie, de l’accès à l’énergie de populations qui sortent de la pauvreté. Mais les besoins augmentent aussi car les énergies décarbonées sont moins efficaces que les énergies fossiles. C’est vrai pour tous les secteurs. Aujourd’hui, sur les 100%, il n’y a que 20% d’énergie décarbonée. Ce sont ces 20% qui doivent devenir 250% en 30 ans. Le défi est donc de multiplier par 12 la quantité d’énergie décarbonée produite sur Terre pour répondre aux besoins de l’humanité en 2050.

L’aviation n’est pas un secteur qui va créer une rupture, un déséquilibre, sur la répartition de l’énergie. Nous allons puiser dans les ressources d’énergies décarbonées très graduellement, avec une transition progressive à travers des avions qui consomment moins, les SAF, puis l’hydrogène.

Il va donc falloir développer beaucoup de technologies différentes et mettre en place des écosystèmes complets en parallèle. Willie Walsh, directeur général de l’IATA disait que le coût de la transition énergétique était de l’ordre de 2.000 milliards de dollars d’ici 2050. Est-ce que l’industrie va pouvoir financer tout cela de front pour arriver au zéro émission nette ?

Aujourd’hui, ce qui est devant nous c’est avant tout une transition énergétique. Pour nous mais aussi pour les autres secteurs. Ce qui est intéressant et récent, c’est que les grands financiers de la planète ont envie d’aller investir sur la transition énergétique. Ils sont prêts. Il va y avoir de l’argent et de plus en plus de projets. Il va falloir que ce secteur investisse et il a besoin de retrouver une santé financière pour en être capable. C’est pourquoi nous prêchons énormément pour aller vers des encouragements, des incitations, plutôt que vers des taxes, des punitions, des solutions qui nous ralentissent. Il faut accélérer, pas ralentir.

Dans le cadre du « Fit for 55″, le pacte vert mis en place par l’Union européenne, est-ce qu’il n’y a pas un risque si l’aviation n’entre pas dans la taxonomie verte ?

« Fit for 55″ comprend plusieurs volets qui s’appliquent à l’aviation. Certains nous plaisent, d’autres beaucoup moins. Le sujet est de trouver les bons moyens pour réaliser cette transition. Tout le monde essaie, avec des dogmatismes, des visions différentes. Nous ne sommes pas au paquet législatif optimum. Mais, nous avons quand même un paquet qui tente de rendre possible la transformation de l’aviation avec l’utilisation des SAF avec un mandat d’incorporation à 5% en 2030. Nous pensons qu’il aurait dû être à 10%, ce qui aurait été atteignable et bien meilleur en termes de trajectoire pour être entièrement décarboné en 2050. Et nous voyons les taxes européennes arriver sur les carburants. Cela ne va pas aider les compagnies européennes à être en bonne santé pour réaliser les investissements dont elles ont besoin. Il y a un mix avec des choses bonnes et moins bonnes.

Vous seriez favorable à un système de subventions comme aux Etats-Unis ?

Je pense qu’un système de subventions, d’aides, d’incitations, est beaucoup plus fort. On fait beaucoup plus bouger les gens par l’envie, par la motivation, que par l’empêchement. Dans l’aviation, je vois que les Etats-Unis accélèrent très fortement, sous l’effet de l’encouragement de l’esprit d’entreprise, des projets qui vont gagner de l’argent, alors qu’en Europe on essaye de mettre le frein. Malheureusement, on utilise beaucoup le bâton en Europe et la carotte aux Etats-Unis. C’est dommage. Nous risquons de voir ces derniers accélérer beaucoup plus vite que nous, alors que l’Europe avait un avantage compétitif avec une conscience environnementale plus forte.

En l’absence de ces subventions, comment faire pour déverrouiller la mise en place de l’écosystème SAF ?

Il aurait fallu un mandat à 10%. Mais nous sommes déjà contents des 5%. C’est le verre à moitié plein. Mais nous voyons aussi beaucoup de compagnies aériennes prendre conscience que si elles ne s’y mettent pas elles-mêmes, à un moment donné, ce ne sera plus acceptable. Nous allons y arriver parce qu’elles se mettent au boulot et prennent des engagements. C’est très positif. Et une fois que la demande est là, l’offre va venir. Si Patrick Pouyanné dit qu’il va faire 300.000 tonnes de SAF, c’est parce qu’il pense qu’il va les vendre. Il ne les fait pas juste pour les produire. Il y a des acheteurs. Il y a une demande venue de gens qui veulent voler en étant très respectueux de la planète. ll faut que ce que nous leur apportions des solutions et que ce que nous faisons soit visible.

On avait l’impression qu’avec la guerre en Ukraine le projet de taxonomie avait été rangé au fond d’un tiroir. Mais finalement, même s’il a été semble-t-il largement amendé, il reste toujours un véritable problème pour l’industrie de défense, qui aura dû mal à l’avenir à se faire financer. D’autant que le groupe de travail sur la taxonomie continue de travailler et n’a pas été dissous. Comment l’industrie de défense va-t-elle se sortir de ce piège ?

Nous avons été parmi les premiers à pointer du doigt les incohérences en Europe sur ce sujet. Il faut toutefois regarder ce dossier avec prudence. L’agression russe sur l’Ukraine a fait prendre conscience à beaucoup de gens qu’il fallait avoir un outil de défense et de sécurité et être capable de le financer. Cela a rappelé les fondamentaux. Pour autant, la taxonomie environnementale et sociale continue d’avancer. D’ailleurs, il y a beaucoup de points très positifs dans les sujets traités. Je ne veux pas rejeter en bloc la démarche, qui est de trouver des mécanismes encourageant la transformation environnementale et sociale. Mais je pense qu’on a commis une erreur sur la compréhension fondamentale du rôle de la défense. La défense devrait être encouragée, au titre de la taxonomie sociale. Parce qu’un système de défense efficace prévient les conflits, assure la paix et donc la prospérité et permet d’avoir la capacité de financer tout ce qu’il y a à financer. Il faudrait au contraire encourager le financement des activités de défense et de sécurité. Mais il y a beaucoup de points de vue très différents en Europe sur ce qu’est la défense, comment contrôler que les armements développés pour nos forces armées ne tombent dans de mauvaises mains. C’est un sujet sur lequel il faut qu’on continue à travailler. Oui, les armements du futur sont dangereux. Il faut en assurer un très bon contrôle, veiller à ce qu’ils contribuent à la paix et pas à la déstabilisation du monde. C’est toujours plus facile de croire qu’on est mieux sans armement. C’est plus simple. Malheureusement, on vient de voir que cela ne marche pas.

Avez-vous par ailleurs senti une volonté de la part du système bancaire européen de ne plus vouloir financer l’achat d’avions pour des raisons de transition environnementale ?

Dans le civil, ce n’est pas une tendance significative. On l’a vu dans le domaine de la défense arriver par l’est et le nord de l’Europe mais aussi par l’Allemagne. Cela s’est beaucoup calmé depuis le début de la guerre avec l’Ukraine. Nous avions déjà beaucoup commencé à travailler, à expliquer et nous avions un système financier assez à l’écoute de nos arguments. Il était également attentif à l’utilisation des armements dans le cadre des exportations. Aujourd’hui, je ne vois pas l’équivalent dans le domaine de l’aviation commerciale. Pendant le Covid, nous n’avons pas eu de problème pour obtenir des financements pour les ventes d’avion. Il y a une conscience très forte que l’aviation à un avenir. C’est le seul moyen de transport qui n’a pas besoin de détruire les écosystèmes au sol qu’on prétend protéger en s’affranchissant de l’aérien. Mais le sujet du carbone reste capital.. On a réussi à convaincre que nous prenions ce sujet sérieusement et que nous avions des solutions pour le régler. A partir de là, nous trouvons des solutions pour financer les achats d’avions.

Macron , Reine d’Angleterre ou président de la république ?

Macron , Reine d’Angleterre ou président de la république ?

Dans un papier du monde on souligne les contradictions de posture de Macron qui la côté appel au rassemblement et au débat mais en fait ce comportent en monarque républicain s’efforçant de neutraliser les institutions démocratiques.Témoin quand le chef de l’État annonce son intention de créer un « Conseil national de la refondation ». Projet très flou qui a surtout pour objet de neutraliser le Parlement ; peut-être en prévision d’ailleurs de la perte de la majorité absolue.

 

papier  du Monde

 

nouveau quinquennat, nouvelle méthode de travail. Celle qu’Emmanuel Macron a tracée, vendredi 3 juin, lors d’un entretien avec la presse régionale, a de quoi laisser dubitatifs ceux qui l’ont vu présider le pays entre 2017 et 2022. Même la tenue du grand débat national au lendemain du mouvement des « gilets jaunes » n’a pas atténué l’impression que tout, dans cette république présidentielle, dépend de la volonté d’un homme : le président de la République.

Instruit par les blocages auxquels il s’est confronté cinq ans durant, Emmanuel Macron en est arrivé à l’indéniable conclusion que « les Français sont fatigués des réformes qui viennent d’en haut ». A rebours de tout ce qu’il a incarné, il propose désormais de les associer à travers un « Conseil national de la refondation » qui regrouperait « les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et des citoyens tirés au sort ». Réuni plusieurs jours au lendemain des élections législatives puis convoqué pour des rendez-vous réguliers, ce Conseil aurait pour mission de rendre possibles les grands chantiers de réformes tracés par le candidat Macron durant la campagne présidentielle pour tenter d’atteindre le plein-emploi, viser la neutralité carbone, réformer les services publics (éducation, santé, en priorité) et améliorer le fonctionnement de la vie démocratique.

Tout reste encore très flou dans la proposition présidentielle. Ainsi, la liste précise des acteurs conviés n’est pas fournie, la nature de l’exercice non plus. Simple concertation ou réelle collaboration, avec quels moyens ? Selon quelle méthode ? A ce stade, seule l’appellation est fixée, directement inspirée du Conseil national de la Résistance, qui, en 1944, était parvenu à poser les jalons de la reconstruction du pays par-delà les querelles partisanes.

 

Depuis la crise sanitaire, le chef de l’Etat rêve d’un grand moment d’unité nationale pour contrecarrer le repli citoyen et la montée des extrêmes. Malgré le retour du tragique dans l’histoire, il ne l’a pas trouvé et en est réduit à tâtonner pour tenter d’élargir ses soutiens, au moment où le pays encaisse le choc de la guerre en Ukraine, la reprise de l’inflation et la remontée des taux d’intérêt.

Le schéma proposé est une tentative de réponse collective à la dureté des temps qui s’annonce. Il tient compte de la faiblesse des forces en présence : l’exécutif est privé d’état de grâce, le Parlement est démonétisé, les syndicats sont faibles et les forces vives atones. Tous sont sollicités pour entrer de nouveau dans le jeu et se revivifier au côté d’autres acteurs, associations et citoyens tirés au sort. Là encore, le tâtonnement est manifeste, à la hauteur de la crise démocratique que traverse le pays.

Dans l’épreuve, le partage des responsabilités est en passe de devenir le thème majeur du nouveau quinquennat. A la main tendue par le chef de l’Etat, beaucoup d’acteurs vont être tentés de répondre par la négative en raison du passif qui s’est créé durant son précédent mandat. Deux considérations devraient cependant les inciter à réfléchir. D’abord, il y a urgence à inventer collectivement les moyens de redonner confiance à deux services publics en grande difficulté : l’éducation nationale et l’hôpital public. A ce jour, aucun gouvernement n’est parvenu à les remettre sur pied. Ensuite, il est vital d’inventer en dehors des sentiers battus le moyen de revivifier la démocratie. Si l’occasion en était réellement offerte, il n’y aurait rien à perdre à essayer.

Il faut l’union face à Poutine (président de la Pologne)

Il faut l’union face à Poutine (président de la Pologne)

« Le destin de notre continent se joue aujourd’hui dans les plaines d’Ukraine. Il s’y déroule un combat extrêmement dramatique pour un avenir sûr, la liberté, l’identité et la réputation de toute l’Europe »Par Andrzej Duda, président de la République de Pologne ( tribune dans le « Monde »)

 

Il y a presque un an, en célébrant à Varsovie le 230e anniversaire de la Constitution polonaise du 3 mai, nous avons reçu les présidents de l’Ukraine, de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie. Nos pays sont liés par des liens de voisinage et des valeurs, une culture, une histoire et des défis actuels communs. Le symbole en est la deuxième loi fondamentale moderne au monde qui transforma la démocratie nobiliaire polonaise en une monarchie constitutionnelle plus efficace. Malheureusement, cela arriva trop tard. Trois absolutismes alliés – russe, prussien et autrichien – ont anéanti le projet politique et civilisationnel unique qu’était la première République polonaise, libertaire, multiethnique et multireligieuse. Pour la plupart, les ancêtres des citoyens d’Europe centrale et orientale d’aujourd’hui devinrent des sujets du tsar et furent forcés de soutenir l’expansion de l’Empire russe avec leur sang, leurs biens et leur travail.

Nous souvenant de cette leçon d’histoire – pillages, persécution, destruction du patrimoine culturel, actes de génocide commis contre nos nations par la Russie et l’Union soviétique – et face à l’occupation effective depuis 2014 d’une partie du territoire de l’Ukraine par les troupes de la Fédération de Russie, en tant que présidents des pays de notre région, nous avons signé une déclaration solennelle. Nous y soulignions que l’Europe qui s’unit doit être ouverte à tous les pays et nations qui partagent ses valeurs et que « pour nous tous, la solidarité des nations, en particulier face aux menaces actuelles qui pèsent sur notre sécurité commune, est l’une des pierres angulaires de la paix, de la stabilité et du développement. »

 Ces déclarations ont résonné tout aussi fort près d’un an plus tard, lors de la réunion des présidents de la Pologne, de l’Ukraine, de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. Cette fois, le 13 avril de cette année, l’hôte était le président Volodymyr Zelensky. Nous nous sommes réunis à Kiev, sous le feu de l’envahisseur russe.

Répétés depuis des années, nos appels dramatiques à la fermeté et à la solidarité de l’Europe face au néo-impérialisme russe, n’ont pas convaincu une partie des élites politiques du continent. Volonté déclarée ouvertement par le régime de Poutine de recréer – sous une forme ou une autre – la « prison des nations » qu’était l’Union soviétique et de rebâtir la sphère d’influence dans les anciens États du bloc de l’Est ; glorification du communisme et de Staline ; introduction d’un esprit de division au sein de la famille européenne des nations; tentatives d’ingérence dans les procédures démocratiques des pays de l’OTAN et de l’UE ; répressions contre les dissidents russes et attaques perfides contre eux ; violations régulières de l’espace aérien et maritime des pays européens par les forces armées russes et actions hostiles dans le cyberespace ; invasion de la Géorgie en 2008 et guerre hybride contre l’Ukraine en 2014 ; attaque hybride en 2021, lorsque le régime de Loukachenko, subordonné à Moscou, a fait venir des migrants du Moyen-Orient pour les forcer à traverser la frontière orientale polonaise, qui est aussi la frontière de l’UE et de l’OTAN… Toutes ces « sonnettes d’alarme » n’ont pas empêché certains hommes politiques et leaders d’opinion de clamer la nécessité de « comprendre la Russie et sa sensibilité ». Quand ils avertissaient que de nouveaux investissements dans les infrastructures et des contrats pour la fourniture de ressources énergétiques russes seraient tôt ou tard utilisés par Moscou comme un outil de chantage brutal, les représentants des pays de notre région n’étaient pas dignes de confiance. Les faits récents nous ont donné raison.

Le 24 février 2022 est devenu un tournant dans l’histoire du monde. Après le tragique conflit en Bosnie-Herzégovine, il y a 30 ans, la guerre a de nouveau éclaté en Europe. Se reproduisent des événements qui n’y avaient pas été observés depuis 1945. Des milliers de soldats et de civils meurent. Des villages et des villes bombardés disparaissent de la surface de la terre et leurs habitants sont empêchés d’évacuer par l’agresseur russe. Les Russes utilisent des tactiques de terreur et de terre brûlée. Ils sont coupables de vols, de viols et de tortures – également à l’encontre des femmes et des enfants – et d’exécutions de masse. Les enquêtes en cours des procureurs de la Cour pénale internationale doivent aboutir à la condamnation des donneurs d’ordres et des auteurs de ces crimes atroces contre l’humanité.

Dès les premiers instants, les autorités, les volontaires et des millions de citoyens polonais ont aidé les réfugiés ukrainiens fuyant la guerre. Nous aidons les citoyens de plus de 150 pays à travers le monde à rentrer chez eux. Près de 3 millions de personnes sont arrivées sur le territoire polonais, dont près de 2 millions sont restées avec nous. Ce sont principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées. Bien que nous les appelions des hôtes et non des réfugiés, bien qu’ils trouvent refuge ici non pas dans des camps de transit, mais dans des appartements privés, des édifices paroissiaux et religieux, des établissements de santé et des bâtiments d’utilité publique, cela reste un énorme défi pour nous. À titre de comparaison, durant la crise migratoire de 2015, un peu plus de 1,8 million de personnes sont venues en Europe. Nous avons un besoin urgent de soutien financier, du moins comparable à celui que la Turquie a reçu après avoir accueilli 3 millions de réfugiés du Moyen-Orient.

Mais surtout, ceux qui ont besoin d’aide, ce sont les Ukrainiens qui défendent leur pays face à l’agression criminelle russe. Ils ont besoin d’équipements militaires et d’une pression économique sans relâche sur la Russie pour affaiblir sa machine de guerre.

Le destin de notre continent se joue aujourd’hui dans les plaines d’Ukraine. Il s’y déroule un combat extrêmement dramatique pour un avenir sûr, la liberté, l’identité et la réputation de toute l’Europe. Le temps des discussions est révolu. L’heure est à une action solidaire et déterminée.

Andrzej Duda est président de la République de Pologne

Politique-Macron, un président-caméléon

Politique-Macron, un  président-caméléon

 Un papier du JDD sur le parcours très sinueux du président . Un président ni de droite, ni de gauche ou plus exactement en même temps de gauche et de droite, réformateur et conservateur, progressiste et réactionnaire. Bref un président très « plastique » , certes très intelligent , mais sans véritable colonne vertébrale idéologique autre que celle qui sert les grands intérêts financiers et trop préoccupé de lui-même pour laisser une trace historique positive dans l’histoire. NDLR .

 

Il était jeune, il était neuf. Au pied de la pyramide du Louvre choisie pour célébrer sa victoire, ­Emmanuel Macron , 39 ans, promesses de « révolution » – le titre de son livre de campagne – en bandoulière, réussissait le 7 mai 2017 l’exploit de s’emparer de l’Élysée sans parti installé ni expérience élective. Sa doctrine ? Un « en même temps » pragmatique et transformateur… Flou, surtout. En cinq ans, le libéral décomplexé a fait un motif de fierté du massif soutien étatique, « quoi qu’il en coûte », aux entreprises du pays fragilisées par le Covid-19. Le réformiste effréné s’est obligé à prendre le temps de parcourir le pays de grands débats en grands débats, pour comprendre les Gilets jaunes, après l’éruption de leur colère. Face aux spectaculaires crises du quinquennat, le pragmatisme s’est mué en étonnante capacité d’adaptation, en une singulière aptitude à réaliser les plus grands écarts politiques.

Bien sûr, les premiers mois de son mandat, et le traditionnel état de grâce qui les accompagne, lui permettent de réformer, « sabre au clair » – l’expression est de lui, a posteriori. Ordonnances de transformation du Code du travail, ouverture de la SNCF à la concurrence, asile et immigration, transcription dans le droit commun de mesures d’état d’urgence… Le mur de ses 308 députés, novices mais disciplinés, alliés aux fidèles 42 élus MoDem, ne laisse aucune prise d’escalade à ses adversaires. Même l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon, prétendant au titre de premier opposant, le concède au chef de l’État au bout de cinq mois : « Pour l’instant, c’est lui qui a le point. »

Le jeune Président est en confiance. Trop ? Très vite, la promesse de disruption se transforme en mots qui choquent. Dès juin 2017, ce sont ces « gens qui ne sont rien » que l’on croise dans une gare. Un an plus tard, les aides sociales qui coûtent « un pognon de dingue », puis cet horticulteur au chômage qui, s’il « traverse la rue », retrouvera un emploi. Encore quelques mois, et voilà les ­Français, ces « Gaulois réfractaires au ­changement », accusés d’être « 66 millions de procureurs » qui critiquent sa gestion de la crise épidémique. Dernièrement, il revendiquait même de vouloir « emmerder » les antivax.

À l’été 2018, Emmanuel Macron le hardi affronte sa première crise politique. « Qu’ils viennent me chercher ! », lance-t-il devant les parlementaires de sa majorité, alors que gronde l’affaire Alexandre Benalla. Quelques mois plus tôt, ce chargé de mission de l’Élysée, mêlé à des policiers mais épinglé par Le Monde, avait violemment maîtrisé un manifestant du 1er‑Mai. Il a depuis été condamné à trois ans de prison, dont un an ferme sous bracelet électronique, et a fait appel. Bravache, son ancien patron donne l’air de ne rien lâcher… Si ce n’est sa réforme des institutions. Face à la bronca des oppositions parlementaires qui s’emparent de l’affaire, le projet est abandonné. La machine réformatrice se grippe. Ce premier écueil en annonce d’autres, bien plus périlleux.

Décembre 2018. Les vents de la contestation tournent à la tempête sociale. Comment calmer la fureur des Gilets jaunes qui occupent des ronds-points partout en France, défilent chaque samedi, saccagent l’Arc de Triomphe, pendent des mannequins à l’effigie d’Emmanuel Macron, incendient la préfecture du Puy-en-Velay (Haute-Loire) ? Le chef d’État jupitérien vacille. « Pour la première fois, il a eu l’air dépassé par les événements », raconte à l’époque un ministre. Cette fois, il faut lâcher. Beaucoup. La ­Macronie abandonne la taxe carbone, carburant de la colère populaire. Et décaisse, après dix-huit mois d’assainissement budgétaire, 17 milliards d’euros : élargissement de la prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, prime de fin d’année…

Surtout, ce président dont les organisations syndicales et les élus locaux fustigent l’isolement ­redescend à portée de baffes. Pendant trois mois de « grand débat », Emmanuel Macron rencontre, des heures durant, maires, enfants, intellectuels, jeunes, associations, manifestants… Le pouvoir y gagne une bouffée d’oxygène, les protestataires perdent leur souffle. « Il a compris beaucoup plus rapidement qu’Édouard Philippe [le Premier ministre] que, face à un mouvement pas toujours rationnel, il ne fallait pas réfléchir uniquement de façon logique, mathématique », analyse aujourd’hui une élue de la ­majorité.

Le répit sera de courte durée. Quinze mois plus tard, le chef d’État, occupé à mener la mère des batailles, celle de la réforme des retraites qui devait rénover de fond en comble notre système… abandonne. Car « nous sommes en guerre », diagnostique-t‑il. Et contre un ennemi inconnu et insaisissable. Le Covid-19 tue vite, trop vite pour empêcher l’impensable. Le 14 mars 2020, Édouard Philippe place la France en quarantaine. « On plongeait dans un inconnu dont on ne connaissait pas la suite, se souvient le ministre Marc Fesneau (­Relations avec le Parlement). Heureusement d’ailleurs, car on se serait fait peur. » Le transformateur en chef n’a d’autre choix que de se muer en protecteur. Emmanuel Macron le libéral devient l’un des dirigeants les plus étatistes d’Europe. Pour maintenir entreprises et salariés la tête hors de l’eau, il se convertit au keynésianisme, ici rebaptisé « quoi qu’il en coûte »« Le Président a été radical, soutient une macroniste. Il n’a pas laissé le temps à Bercy de se demander quel impact ça aurait sur les finances publiques. »

Déjà, une autre guerre surgit, qui donne une nouvelle couleur au Président-caméléon. Le 24 février, les chars russes envahissent l’Ukraine, et la campagne présidentielle ­française. D’abord empêché d’enfiler totalement le costume de candidat, le président sortant donnera le sentiment de corriger le tir, une fois entré de plain-pied dans la campagne électorale. Lui dont le bilan écologique n’est salué que par ses fans multiplie les annonces environnementales. Celui dont beaucoup considèrent qu’il a gouverné au centre droit s’attache à lister ses mesures sociales, à prioriser protection de l’enfance et aides aux familles monoparentales, à défendre sa proposition d’une « solidarité à la source ». Le fossoyeur du plan banlieues, proposé par l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, accorde à l’une d’entre elles, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l’un de ses ultimes déplacements, jeudi dernier. Et au média spécialiste des cultures urbaines, Booska-P, sa dernière interview. Que restera-t-il  dans cinq ans, du macronisme ? Un ministre proche du Président l’assure : en cas de réélection, « il sera préoccupé de la trace qu’il va laisser, de sa place dans la démocratie française ». Mais laquelle, ­exactement ?

Macron, un président-caméléon

Macron, un  président-caméléon

 Un papier du JDD sur le parcours très sinueux du président caméléon.

Il était jeune, il était neuf. Au pied de la pyramide du Louvre choisie pour célébrer sa victoire, ­Emmanuel Macron , 39 ans, promesses de « révolution » – le titre de son livre de campagne – en bandoulière, réussissait le 7 mai 2017 l’exploit de s’emparer de l’Élysée sans parti installé ni expérience élective. Sa doctrine ? Un « en même temps » pragmatique et transformateur… Flou, surtout. En cinq ans, le libéral décomplexé a fait un motif de fierté du massif soutien étatique, « quoi qu’il en coûte », aux entreprises du pays fragilisées par le Covid-19. Le réformiste effréné s’est obligé à prendre le temps de parcourir le pays de grands débats en grands débats, pour comprendre les Gilets jaunes, après l’éruption de leur colère. Face aux spectaculaires crises du quinquennat, le pragmatisme s’est mué en étonnante capacité d’adaptation, en une singulière aptitude à réaliser les plus grands écarts politiques.

Bien sûr, les premiers mois de son mandat, et le traditionnel état de grâce qui les accompagne, lui permettent de réformer, « sabre au clair » – l’expression est de lui, a posteriori. Ordonnances de transformation du Code du travail, ouverture de la SNCF à la concurrence, asile et immigration, transcription dans le droit commun de mesures d’état d’urgence… Le mur de ses 308 députés, novices mais disciplinés, alliés aux fidèles 42 élus MoDem, ne laisse aucune prise d’escalade à ses adversaires. Même l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon, prétendant au titre de premier opposant, le concède au chef de l’État au bout de cinq mois : « Pour l’instant, c’est lui qui a le point. »

Le jeune Président est en confiance. Trop ? Très vite, la promesse de disruption se transforme en mots qui choquent. Dès juin 2017, ce sont ces « gens qui ne sont rien » que l’on croise dans une gare. Un an plus tard, les aides sociales qui coûtent « un pognon de dingue », puis cet horticulteur au chômage qui, s’il « traverse la rue », retrouvera un emploi. Encore quelques mois, et voilà les ­Français, ces « Gaulois réfractaires au ­changement », accusés d’être « 66 millions de procureurs » qui critiquent sa gestion de la crise épidémique. Dernièrement, il revendiquait même de vouloir « emmerder » les antivax.

À l’été 2018, Emmanuel Macron le hardi affronte sa première crise politique. « Qu’ils viennent me chercher ! », lance-t-il devant les parlementaires de sa majorité, alors que gronde l’affaire Alexandre Benalla. Quelques mois plus tôt, ce chargé de mission de l’Élysée, mêlé à des policiers mais épinglé par Le Monde, avait violemment maîtrisé un manifestant du 1er‑Mai. Il a depuis été condamné à trois ans de prison, dont un an ferme sous bracelet électronique, et a fait appel. Bravache, son ancien patron donne l’air de ne rien lâcher… Si ce n’est sa réforme des institutions. Face à la bronca des oppositions parlementaires qui s’emparent de l’affaire, le projet est abandonné. La machine réformatrice se grippe. Ce premier écueil en annonce d’autres, bien plus périlleux.

Décembre 2018. Les vents de la contestation tournent à la tempête sociale. Comment calmer la fureur des Gilets jaunes qui occupent des ronds-points partout en France, défilent chaque samedi, saccagent l’Arc de Triomphe, pendent des mannequins à l’effigie d’Emmanuel Macron, incendient la préfecture du Puy-en-Velay (Haute-Loire) ? Le chef d’État jupitérien vacille. « Pour la première fois, il a eu l’air dépassé par les événements », raconte à l’époque un ministre. Cette fois, il faut lâcher. Beaucoup. La ­Macronie abandonne la taxe carbone, carburant de la colère populaire. Et décaisse, après dix-huit mois d’assainissement budgétaire, 17 milliards d’euros : élargissement de la prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, prime de fin d’année…

Surtout, ce président dont les organisations syndicales et les élus locaux fustigent l’isolement ­redescend à portée de baffes. Pendant trois mois de « grand débat », Emmanuel Macron rencontre, des heures durant, maires, enfants, intellectuels, jeunes, associations, manifestants… Le pouvoir y gagne une bouffée d’oxygène, les protestataires perdent leur souffle. « Il a compris beaucoup plus rapidement qu’Édouard Philippe [le Premier ministre] que, face à un mouvement pas toujours rationnel, il ne fallait pas réfléchir uniquement de façon logique, mathématique », analyse aujourd’hui une élue de la ­majorité.

Le répit sera de courte durée. Quinze mois plus tard, le chef d’État, occupé à mener la mère des batailles, celle de la réforme des retraites qui devait rénover de fond en comble notre système… abandonne. Car « nous sommes en guerre », diagnostique-t‑il. Et contre un ennemi inconnu et insaisissable. Le Covid-19 tue vite, trop vite pour empêcher l’impensable. Le 14 mars 2020, Édouard Philippe place la France en quarantaine. « On plongeait dans un inconnu dont on ne connaissait pas la suite, se souvient le ministre Marc Fesneau (­Relations avec le Parlement). Heureusement d’ailleurs, car on se serait fait peur. » Le transformateur en chef n’a d’autre choix que de se muer en protecteur. Emmanuel Macron le libéral devient l’un des dirigeants les plus étatistes d’Europe. Pour maintenir entreprises et salariés la tête hors de l’eau, il se convertit au keynésianisme, ici rebaptisé « quoi qu’il en coûte »« Le Président a été radical, soutient une macroniste. Il n’a pas laissé le temps à Bercy de se demander quel impact ça aurait sur les finances publiques. »

Déjà, une autre guerre surgit, qui donne une nouvelle couleur au Président-caméléon. Le 24 février, les chars russes envahissent l’Ukraine, et la campagne présidentielle ­française. D’abord empêché d’enfiler totalement le costume de candidat, le président sortant donnera le sentiment de corriger le tir, une fois entré de plain-pied dans la campagne électorale. Lui dont le bilan écologique n’est salué que par ses fans multiplie les annonces environnementales. Celui dont beaucoup considèrent qu’il a gouverné au centre droit s’attache à lister ses mesures sociales, à prioriser protection de l’enfance et aides aux familles monoparentales, à défendre sa proposition d’une « solidarité à la source ». Le fossoyeur du plan banlieues, proposé par l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, accorde à l’une d’entre elles, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l’un de ses ultimes déplacements, jeudi dernier. Et au média spécialiste des cultures urbaines, Booska-P, sa dernière interview. Que restera-t-il, dimanche soir ou dans cinq ans, du macronisme ? Un ministre proche du Président l’assure : en cas de réélection, « il sera préoccupé de la trace qu’il va laisser, de sa place dans la démocratie française ». Mais laquelle, ­exactement ?

Politique- Russie: Un président timbré et une population arriérée

Politique- Russie: Un président timbré et une population arriérée

 

Dans son bunker, Poutine vit hors du temps et du monde. Sa vision est celle du Moyen Âge. Le problème, c’est que cela est largement partagé par un peuple russe complètement sous-développé du point de vue économique, culturel, sociétal et politique.
Certes il existe une catégorie sociale évoluée essentiellement dans les milieux urbains mais qui demeurent apeurée car le choix est clair : soit se taire, soit la prison et le cercueil. La Russie a pourtant fourni au monde de grands intellectuels et de grands scientifiques mais aujourd’hui  ils fuient ou se taisent.
Le sous-développement sociétal et politique d’une majorité du peuple russe tient au fait que ce pays n’a jamais connu la démocratie, la liberté d’expression et ignore les réalités mondiales. La vision globale partagée est  encore celle des tsaristes ou des communistes donc des dictateurs. Et Poutine alimente le nationalisme qui fait considérer l’Occident comme l’ennemi de la Russie.

Au-delà de la posture politique de Poutine il y a surtout aussi sa personnalité. La personnalité d’un officier de police de répression du KGB qui ne connaît et n’a connu que la terreur pour faire valoir le point de vue des autorités. En outre un personnage assez introverti qui se venge sans doute de n’être pas considéré de l’histoire comme un grand personnage de l’histoire.

Un personnage un peu timbré si l’on en juge par les cotations et la domination de son peuple, par la corruption et les détournements de fonds à son profit propre sans parler de son parler de son palais d’un cout milliard.

Son seul projet est de conserver le pouvoir mais même cet objectif est mal géré.

Poutine ne serait pas dément d’après nombre d’experts bienveillants. Le seul problème c’est qu’on reconnaît en même temps que sa seule motivation consiste à rester au pouvoir et que pour cela il est prêt à employer tous les moyens. Bref, la définition même de la folie politique ( En fait le même syndrome qu’Hitler).

Sergueï Pougatchev, ancien oligarque russe, S’explique sur BFM sur la personnalité du dictateur du Kremlin

 « Je ne pense pas que Vladimir Poutine soit forcément malade, mais il est peut-être instable psychologiquement et ça il faut le prendre en compte », juge Sergueï Pougatchev. « C’est plus choquant pour nous (les Russes résidant à l’étranger, NDLR) qui regardons cela de l’extérieur. »
Pour l’ex-oligarque russe, le but principal de Vladimir Poutine est « de rester au pouvoir », quitte à « mettre en oeuvre tous les moyens possibles pour le garder ».  »Poutine vit dans un monde carrément parallèle, où il a dans un certain sens sa propre vision des choses, donc il est dans une bulle », conclut-il sur BFMTV.

Macron repeint en vert et président des écolos !

Macron repeint en vert et président des écolos !

Il y a évidemment quelque chose d’ubuesque et de particulièrement théâtral dans cette annonce de Macron de devenir un président de la république écolo. Certes Macron a fait le choix de la réduction du carbone de manière prioritaire via le nucléaire. En même temps, il ne remet pas tellement en cause le type de développement et de consommation et propose toujours de développer les inutiles éoliennes pour faire plaisir à l’Allemagne et au pays d’une nord.Des pays qui sont en fait les principaux financiers de la guerre en Ukraine en raison de la politique énergétique . Macron repeint en vert doit faire rougir Sandrine Rousseau, elle, l’anti croissance, l’anti capitaliste, l’anti impérialiste, et même l’anti démocrate. L’agité du bonnet d’Europe écologie les Verts a en effet refusé de voter pour le candidat de son parti et même estimé qu’il n’était pas nécessaire de rembourser ses frais de campagne. Bref si Macron se repeint en vert, Rousseau révèle sa vraie couleur le rouge  communiste gauchiste

 

« La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera écologique ou ne sera pas », a-t-il lancé lors d’un meeting dans les jardins du Pharo, sous un soleil éclatant.

Devant quelques milliers de personnes, il a promis un « renouvellement complet » de sa politique, disant avoir « entendu » le message du premier tour où l’insoumis Jean-Luc Mélenchon, chantre de la planification écologique, a failli créer la surprise et accéder au second tour.

Proposition choc: Emmanuel Macron a promis un Premier ministre « directement chargé de la planification écologique », « appuyé par deux ministres forts ».

Un « ministre de la planification énergétique », qui « aura pour mission de faire de la France la première grande nation à sortir du pétrole, du gaz et du charbon ».

Et un ministre « chargé de la planification écologique territoriale » qui, dans un « agenda de décentralisation massive », va oeuvrer pour « changer nos moyens de se déplacer au quotidien », « réinvestir sur le fluvial et le fret ferroviaire », « accélérer la rénovation des logements, au moins 700.000 par an sur les 5 ans qui viennent », ou encore « agir pour la qualité de l’eau, de l’air, de l’alimentation ».

« Ce message écologique du premier tour, nous devons aujourd’hui savoir lui donner une perspective nouvelle pour le 24 avril et les années qui viennent », a-t-il insisté, tout en défendant son bilan.

« Nous n’avons pas rien fait durant ces cinq années », a souligné M. Macron, citant notamment « Notre-Dame-des-Landes, Europacity, la Montagne d’or en Guyane, le Terminal 4 de Roissy ». « Tous ces projets, qui les a arrêtés parce qu’ils n’étaient pas écologiques? C’est nous, pas eux! »

 »

« Mais ce que le Giec nous a encore dit, c’est que ça ne suffit pas, il faut aller deux fois plus vite. Vous savez quoi ? On va le faire », a-t-il ajoutéDe manière très démagogique, disant vouloir réconcilier deux angoisses, celle de ceux qui craignent une « planète plus viable » et celle de « ceux qui craignent un changement trop rapide ».

« Je n’ai aucune envie de faire 5 ans de plus. Non, je ne veux pas les faire en plus, je veux complètement refonder. Je veux que ce soit 5 années de renouvellement complet », a-t-il souligné.

Attaquant son adversaire du second tour Marine Le Pen – « même incompétente, elle est climatosceptique » – il a lancé aux militants: « ne sifflez pas l’extrême droite, battez-la le 24 avril. »

Russie en guerre : Un président timbré et une population arriérée

Russie en guerre : Un président timbré et une population arriérée

 

Dans son bunker, Poutine vit hors du temps et du monde. Sa vision est celle du Moyen Âge. Le problème c’est que cela est largement partagé par un peuple russe complètement sous-développé du point de vue économique, culturel, sociétal et politique.
Certes il existe une catégorie sociale évoluée essentiellement dans les milieux urbains mais qui demeurent apeurée car le choix est clair : soit se taire soit la prison et le cercueil. La Russie a pourtant fourni au monde de grands intellectuels et de grands scientifiques mais aujourd’hui  ils fuient ou se taisent.
Le sous-développement sociétal et politique d’une majorité du peuple russe tient au fait que ce pays n’a jamais connu la démocratie, la liberté d’expression et ignore les réalités mondiales. La vision globale partagée est  encore celle des tsaristes ou des communistes donc des dictateurs. Et Poutine alimente le nationalisme qui fait considérer l’Occident comme l’ennemi de la Russie.

Au-delà de la posture politique de Poutine il y a surtout aussi sa personnalité. La personnalité d’un officier de police de répression du KGB qui ne connaît et n’a connu que la terreur pour faire valoir le point de vue des autorités. En outre un personnage assez introverti qui se venge sans doute de n’être pas considéré de l’histoire comme un grand personnage de l’histoire.

Un personnage un peu timbré si l’on en juge par les cotations et la domination de son peuple, par la corruption et les détournements de fonds à son profit propre sans parler de son parler des démentiels d’un cout milliard. Son seul projet est de conserver le pouvoir mais même cet objectif est mal géré.

Poutine ne serait pas dément d’après nombre d’experts bienveillants. Le seul problème c’est qu’on reconnaît en même temps que sa seule motivation consiste à rester au pouvoir et que pour cela il est prêt à employer tous les moyens. Bref, la définition même de la folie politique ( En fait le même syndrome qu’Hitler).

Sergueï Pougatchev, ancien oligarque russe, S’explique sur BFM sur la personnalité du dictateur du Kremlin

 « Je ne pense pas que Vladimir Poutine soit forcément malade, mais il est peut-être instable psychologiquement et ça il faut le prendre en compte », juge Sergueï Pougatchev. « C’est plus choquant pour nous (les Russes résidant à l’étranger, NDLR) qui regardons cela de l’extérieur. »
Pour l’ex-oligarque russe, le but principal de Vladimir Poutine est « de rester au pouvoir », quitte à « mettre en oeuvre tous les moyens possibles pour le garder ».  »Poutine vit dans un monde carrément parallèle, où il a dans un certain sens sa propre vision des choses, donc il est dans une bulle », conclut-il sur BFMTV.

Russie: Un président timbré et une population arriérée

Russie:Un président timbré et une population arriérée

 

Dans son bunker, Poutine vit hors du temps et du monde. Sa vision est celle du Moyen Âge. Le problème c’est que cela est largement partagé par un peuple russe complètement sous-développé du point de vue économique, culturel, sociétal et politique.
Certes il existe une catégorie sociale évoluée essentiellement dans les milieux urbains mais qui demeurent apeurée car le choix est clair : soit se taire soit la prison et le cercueil. La Russie a pourtant fourni au monde de grands intellectuels et de grands scientifiques mais aujourd’hui  ils fuient ou se taisent.
Le sous-développement sociétal et politique d’une majorité du peuple russe tient au fait que ce pays n’a jamais connu la démocratie, la liberté d’expression et ignore les réalités mondiales. La vision globale partagée est  encore celle des tsaristes ou des communistes donc des dictateurs. Et Poutine alimente le nationalisme qui fait considérer l’Occident comme l’ennemi de la Russie.

Au-delà de la posture politique de Poutine il y a surtout aussi sa personnalité. La personnalité d’un officier de police de répression du KGB qui ne connaît et n’a connu que la terreur pour faire valoir le point de vue des autorités. En outre un personnage assez introverti qui se venge sans doute de n’être pas considéré de l’histoire comme un grand personnage de l’histoire.

Un personnage un peu timbré si l’on en juge par les cotations et la domination de son peuple, par la corruption et les détournements de fonds à son profit propre sans parler de son parler des démentiels d’un cout milliard. Son seul projet est de conserver le pouvoir mais même cet objectif est mal géré.

Poutine ne serait pas dément d’après nombre d’experts bienveillants. Le seul problème c’est qu’on reconnaît en même temps que sa seule motivation consiste à rester au pouvoir et que pour cela il est prêt à employer tous les moyens. Bref, la définition même de la folie politique ( En fait le même syndrome qu’Hitler).

Sergueï Pougatchev, ancien oligarque russe, S’explique sur BFM sur la personnalité du dictateur du Kremlin

 « Je ne pense pas que Vladimir Poutine soit forcément malade, mais il est peut-être instable psychologiquement et ça il faut le prendre en compte », juge Sergueï Pougatchev. « C’est plus choquant pour nous (les Russes résidant à l’étranger, NDLR) qui regardons cela de l’extérieur. »
Pour l’ex-oligarque russe, le but principal de Vladimir Poutine est « de rester au pouvoir », quitte à « mettre en oeuvre tous les moyens possibles pour le garder ».  »Poutine vit dans un monde carrément parallèle, où il a dans un certain sens sa propre vision des choses, donc il est dans une bulle », conclut-il sur BFMTV.

Macron: Un président usé et fatigué ?

 Macron: Un président usé et fatigué ?

 

 

Plusieurs observateurs ont relevé une certaine fatigue chez le président sans doute en raison de la gestion conjointe d’une part de l’élection présidentielle, d’autre part de la guerre en Ukraine. De fait  le président actuel n’a pas suffisamment investi dans la campagne électorale. Il s’est en effet contenté d’un seul meeting; quand à son programme, il est particulièrement superficiel sans parler de l’impasse budgétaire. Quand il fait son bilan Macron un peu de mal à mettre en avant les progrès significatifs. En outre son insuffisance a contribué à faire monter les extrêmes

Pour preuve cette déclaration dans le Figaro :

LE FIGARO. – Vous disiez en 2017 vouloir «tout faire» pour qu’il n’y ait «plus aucune raison de voter pour les extrêmes», or la somme des intentions de vote Zemmour-Le Pen-Mélenchon dépasse les 40 %. Quelle est votre part de responsabilité?

Emmanuel MACRON. - Durant ces cinq dernières années, nous avons réussi à nous attaquer à quelques causes - le chômage, le travail, la désindustrialisation - sur lesquelles j’avais reçu un mandat clair des Français. Mais, quand on dirige, qu’on gouverne ou qu’on préside, on a toujours une part de responsabilité. Dans le domaine de l’immigration, les résultats sont insuffisants mais nous avons renforcé la protection des frontières et durci fortement les conditions d’entrée sur notre territoire dans un contexte où les flux ont considérablement augmenté suite à la dégradation du contexte international.

Un peu court comme bilan !

Président ou monarque ?

Président ou monarque ?

 

Un papier du « Monde » sur l’évolution du champ régalien

 

Dans le tumulte de la campagne électorale, et alors que la guerre a éclaté en Ukraine, se recentrer sur certains sujets permettrait aux candidats à la présidentielle de démontrer qu’ils ont la stature et le sérieux nécessaires pour occuper la plus haute magistrature. Il suffit pour eux de revenir au régalien, affirment les commentateurs. Mais de quoi s’agit-il ? On fait ici référence aux prérogatives qui formaient hier le cœur de la puissance royale : battre monnaie, faire la guerre, préserver l’ordre et rendre justice en dernier ressort. Dans un langage plus moderne, on dirait qu’il s’agit des pouvoirs les plus importants de l’Etat. La quadrature n’a pas vraiment changé, sauf pour ce qui a trait à la monnaie, on préfère désormais parler de la conduite de la politique économique en général.

Le terme « régalien » a une longue histoire. C’est au Moyen Âge qu’il faut remonter pour en retracer l’origine. « Alors que le pouvoir monarchique se met en place, l’ancien français emprunte au latin le vocabulaire attaché au roi. L’adjectif “regalis”, dérivé de “regis” (“roi”), sert de base pour former deux synonymes, “royal” et “régale” », rappelle Olivier Bertrand, linguiste, spécialiste de l’histoire du français. Le terme « regalia » apparaît également pour désigner l’ensemble des objets cérémoniaux propres au roi, le sceptre, le globe, la couronne. « Entre le XIIe et le XIVe siècle, certains de ces regalia vont se dématérialiser. La couronne vient ainsi à désigner aussi le pouvoir détenu par le roi. Cependant, la puissance de celui-ci est à cette époque encore limitée par le fait qu’il ne dispose pas des forces nécessaires pour soumettre militairement l’ensemble des seigneurs locaux. Des légistes vont donc chercher à fonder dans le droit l’autorité du roi par la définition de pouvoirs considérés vitaux pour la survie de l’Etat. Ces regalia, que l’on appellera par la suite droits régaliens, émergent peu à peu à la faveur de débats incessants sur les prérogatives de la couronne », relate François Saint-Bonnet, historien du droit.

Chacun de ces droits continue néanmoins d’être contesté, tout comme l’autorité du roi, particulièrement au cours des guerres de religion de la fin du XVIe siècle. Face à la faiblesse relative du monarque, et aux troubles qui agitent la France, le philosophe et magistrat Jean Bodin (1530-1596) cherche à fonder l’unité du principe politique. Il ne retient comme signe de la souveraineté du prince que la puissance à donner et à casser la loi. Pour certains, Bodin aurait présagé de l’essor de l’absolutisme qui triomphe au siècle suivant sous Louis XIV.

 

Le président Zelensky, …..l’anti Macron

Le président Zelensky, …..l’anti Macron 

Le président ukrainien est devenu le « showrunner » du destin de l’Ukraine, accusant par contraste le caractère ridicule et narcissique des figures classiques du pouvoir, estime la philosophe Sandra Laugier, dans une tribune au « Monde ».

Un président ukrainien à comparer évidemment à Macron qui se vautre lui dans la posture du monarque condescendant NDLR

 

Tribune.

 

« Show me a hero and I’ll write you a tragedy » (« Montrez-moi un héros, et je vous écrirai une tragédie »). Ce mot de l’écrivain américain F. Scott Fitzgerald (1896-1940) a une étrange actualité avec l’émergence d’un acteur de série télévisée, Volodymyr Zelensky, héros de la série Serviteur du peuple (2025-2019) où il incarne un homme ordinaire, Vassili Goloborodko, professeur d’histoire-géo, accédant un peu par accident à la présidence de l’Ukraine, et qui en 2019, au moment où débute la 3e saison de sa série, « réalise » ce scénario. Porté par un parti politique qui porte le nom même de la série, il est alors effectivement élu président de son pays.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’une série TV rejoint le réel. Les séries TV ont désormais une telle place dans la vie des spectateurs qu’elles sont, non seulement selon l’expression consacrée « un miroir de la société », mais aussi agissent sur le monde, précisément par ce mode sériel de l’attachement au héros identifié à l’acteur.

On se souvient que l’acteur Martin Sheen, qui incarnait le mythique président Bartlet dans la classique The West Wing, était si populaire en 2000 qu’un sondage NBC le plaçait loin devant George W. Bush et Al Gore pour la présidentielle.

 

La série culte 24 Heures chrono, dont chaque épisode de la saison raconte une heure de la vie d’un agent antiterroriste, a démarré au lendemain du 11 septembre [2001], alors qu’elle avait été programmée et filmée bien avant. The Handmaid’s Tale anticipait les attaques redoutables de la présidence Trump contre les droits des femmes. La Casa de Papel a offert des mots d’ordre et des sons aux mobilisations de ces dernières années. Homeland, dans sa saison 5 écrite en 2014, mettait en scène des cellules djihadistes européennes et était diffusée en France pendant les attentats de novembre 2015.

Il faut revoir aujourd’hui Chernobyl, alors que les centrales nucléaires sont bombardées en Ukraine et ne répondent plus au téléphone ; et les splendides saisons 4 et 5 du Bureau des légendes, sous emprise russe.

Mais l’acteur Martin Sheen n’a jamais été président des Etats-Unis, ni l’excellent Dennis Haysbert, même s’il a habitué son public à un président noir en incarnant de façon prémonitoire David Palmer dans 24 Heures.

 

Zelensky, lui, est devenu le « showrunner » du destin de l’Ukraine. Jamais l’impact d’une série sur la vie réelle n’a été aussi direct. Il est d’ailleurs remarquable que Serviteur du peuple soit une production ukrainienne, mettant clairement en évidence la globalisation de la production des séries. C’est une série non américaine qui a offert au futur président ukrainien le rôle de sa vie et l’a vu passer du « soft power » au pouvoir, même si Serviteur du peuple est imbibée de culture démocratique américaine.

Zelensky, un président citoyen …à comparer à Macron !

Zelensky, un président citoyen …à comparer à Macron !

Le président ukrainien est devenu le « showrunner » du destin de l’Ukraine, accusant par contraste le caractère ridicule et narcissique des figures classiques du pouvoir, estime la philosophe Sandra Laugier, dans une tribune au « Monde ».

Un président ukrainien à comparer évidemment à Macron qui se vautre lui dans la posture du monarque condescendant NDLR

 

Tribune.

 

« Show me a hero and I’ll write you a tragedy » (« Montrez-moi un héros, et je vous écrirai une tragédie »). Ce mot de l’écrivain américain F. Scott Fitzgerald (1896-1940) a une étrange actualité avec l’émergence d’un acteur de série télévisée, Volodymyr Zelensky, héros de la série Serviteur du peuple (2025-2019) où il incarne un homme ordinaire, Vassili Goloborodko, professeur d’histoire-géo, accédant un peu par accident à la présidence de l’Ukraine, et qui en 2019, au moment où débute la 3e saison de sa série, « réalise » ce scénario. Porté par un parti politique qui porte le nom même de la série, il est alors effectivement élu président de son pays.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’une série TV rejoint le réel. Les séries TV ont désormais une telle place dans la vie des spectateurs qu’elles sont, non seulement selon l’expression consacrée « un miroir de la société », mais aussi agissent sur le monde, précisément par ce mode sériel de l’attachement au héros identifié à l’acteur.

On se souvient que l’acteur Martin Sheen, qui incarnait le mythique président Bartlet dans la classique The West Wing, était si populaire en 2000 qu’un sondage NBC le plaçait loin devant George W. Bush et Al Gore pour la présidentielle.

 

La série culte 24 Heures chrono, dont chaque épisode de la saison raconte une heure de la vie d’un agent antiterroriste, a démarré au lendemain du 11 septembre [2001], alors qu’elle avait été programmée et filmée bien avant. The Handmaid’s Tale anticipait les attaques redoutables de la présidence Trump contre les droits des femmes. La Casa de Papel a offert des mots d’ordre et des sons aux mobilisations de ces dernières années. Homeland, dans sa saison 5 écrite en 2014, mettait en scène des cellules djihadistes européennes et était diffusée en France pendant les attentats de novembre 2015.

Il faut revoir aujourd’hui Chernobyl, alors que les centrales nucléaires sont bombardées en Ukraine et ne répondent plus au téléphone ; et les splendides saisons 4 et 5 du Bureau des légendes, sous emprise russe.

Mais l’acteur Martin Sheen n’a jamais été président des Etats-Unis, ni l’excellent Dennis Haysbert, même s’il a habitué son public à un président noir en incarnant de façon prémonitoire David Palmer dans 24 Heures.

 

Zelensky, lui, est devenu le « showrunner » du destin de l’Ukraine. Jamais l’impact d’une série sur la vie réelle n’a été aussi direct. Il est d’ailleurs remarquable que Serviteur du peuple soit une production ukrainienne, mettant clairement en évidence la globalisation de la production des séries. C’est une série non américaine qui a offert au futur président ukrainien le rôle de sa vie et l’a vu passer du « soft power » au pouvoir, même si Serviteur du peuple est imbibée de culture démocratique américaine.

Zelensky, un président citoyen

 Zelensky, un président citoyen  

Le président ukrainien est devenu le « showrunner » du destin de l’Ukraine, accusant par contraste le caractère ridicule et narcissique des figures classiques du pouvoir, estime la philosophe Sandra Laugier, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

« Show me a hero and I’ll write you a tragedy » (« Montrez-moi un héros, et je vous écrirai une tragédie »). Ce mot de l’écrivain américain F. Scott Fitzgerald (1896-1940) a une étrange actualité avec l’émergence d’un acteur de série télévisée, Volodymyr Zelensky, héros de la série Serviteur du peuple (2025-2019) où il incarne un homme ordinaire, Vassili Goloborodko, professeur d’histoire-géo, accédant un peu par accident à la présidence de l’Ukraine, et qui en 2019, au moment où débute la 3e saison de sa série, « réalise » ce scénario. Porté par un parti politique qui porte le nom même de la série, il est alors effectivement élu président de son pays.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’une série TV rejoint le réel. Les séries TV ont désormais une telle place dans la vie des spectateurs qu’elles sont, non seulement selon l’expression consacrée « un miroir de la société », mais aussi agissent sur le monde, précisément par ce mode sériel de l’attachement au héros identifié à l’acteur.

On se souvient que l’acteur Martin Sheen, qui incarnait le mythique président Bartlet dans la classique The West Wing, était si populaire en 2000 qu’un sondage NBC le plaçait loin devant George W. Bush et Al Gore pour la présidentielle.

 

La série culte 24 Heures chrono, dont chaque épisode de la saison raconte une heure de la vie d’un agent antiterroriste, a démarré au lendemain du 11 septembre [2001], alors qu’elle avait été programmée et filmée bien avant. The Handmaid’s Tale anticipait les attaques redoutables de la présidence Trump contre les droits des femmes. La Casa de Papel a offert des mots d’ordre et des sons aux mobilisations de ces dernières années. Homeland, dans sa saison 5 écrite en 2014, mettait en scène des cellules djihadistes européennes et était diffusée en France pendant les attentats de novembre 2015.

Il faut revoir aujourd’hui Chernobyl, alors que les centrales nucléaires sont bombardées en Ukraine et ne répondent plus au téléphone ; et les splendides saisons 4 et 5 du Bureau des légendes, sous emprise russe.

Mais l’acteur Martin Sheen n’a jamais été président des Etats-Unis, ni l’excellent Dennis Haysbert, même s’il a habitué son public à un président noir en incarnant de façon prémonitoire David Palmer dans 24 Heures.

 

Zelensky, lui, est devenu le « showrunner » du destin de l’Ukraine. Jamais l’impact d’une série sur la vie réelle n’a été aussi direct. Il est d’ailleurs remarquable que Serviteur du peuple soit une production ukrainienne, mettant clairement en évidence la globalisation de la production des séries. C’est une série non américaine qui a offert au futur président ukrainien le rôle de sa vie et l’a vu passer du « soft power » au pouvoir, même si Serviteur du peuple est imbibée de culture démocratique américaine.

Macron, un président détesté, pourquoi ?

 Macron, un président détesté, pourquoi ?  

 

 

La théorie « deux corps du roi » permet de comprendre pourquoi l’actuel chef de l’État est autant attaqué sur sa personne plutôt que sa fonction. Par Alain Faure, Université Grenoble Alpes (UGA).

 

Et si la campagne présidentielle française pouvait être analysée par le biais d’une série britannique ? La série multi-primée The Crown, documentant le règne d’Elisabeth II, offre en effet un éclairage intéressant. Dans l’épisode 3 de la saison 3, on suit la reine, quadragénaire lors de la catastrophe d’Aberfan : en octobre 1966, un éboulement un village minier au Pays de Galles cause la mort de plus de 80 enfants.

Les larmes furtives de la monarque bouleversent le pays et rappellent à quel point l’affichage de la perte de maîtrise des émotions peut entrer en phase avec l’attente du pays à son égard. Un dialogue étonnant avec son premier ministre illustre ce qui fait toute l’originalité de la série : bien que le pays soit obsédé par les conventions, les étiquettes et les protocoles, les deux protagonistes semblent en permanence tourmentés par les ressorts émotionnels du consentement du peuple dans les périodes de crise.

Comment cet épisode dramatique du règne d’Elisabeth II peut-il nous éclairer sur la façon dont les représentants du peuple – élus ou désignés – sont systématiquement pris en étau entre « deux corps », la fonction publique à laquelle se mêle l’émotion personnelle ?

Il y a près d’un siècle le philosophe Ernst Kantorowicz a théorisé ce qu’il a nommé « les deux corps du roi ».

Il souligne que le Roi est aimé et redouté parce qu’il n’est pas infaillible, qu’il souffre et qu’il doute, qu’il est fait de chair et de passions. Mais le chercheur ajoute que celui qui gouverne est aussi divin par la grâce du pouvoir qu’il exerce et qu’il va transmettre. Incarnation de la communauté, il porte en lui la forme perpétuelle de l’humanité. À la fois charnel et divin, il est le garant intemporel du consentement des individus à l’autorité.

Emmanuel Macron et l’incarnation de la fonction

En France, la monarchie de droit divin a certes cessé d’être le modèle de référence politique pour laisser place à la démocratie et à la République. Néanmoins sous la Vᵉ République, les présidents ont éprouvé ce puissant dédoublement de personnalité où le corps mortel de l’élu du suffrage universel entre en coexistence, presqu’en symbiose, avec le corps christique du souverain qui représente les lois, l’identité et le destin national. Depuis 1962 et l’élection du président au suffrage universel direct, la personnalisation du pouvoir a favorisé un régime d’hyper-présidentialité.

À l’instar de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron s’est glissé dans la fonction en mobilisant des gestuelles et des rituels censés intégrer et favoriser ce puissant dualisme. Pendant la campagne électorale, lors de l’investiture jusqu’à l’Arc de Triomphe et à l’occasion de la première commémoration du 14 juillet en présence du président des États-Unis, de nombreux commentateurs ont souligné que son inexpérience et sa jeunesse l’obligeaient, pour être pris au sérieux, à en rajouter dans la gravité solennelle.

Cependant, contrairement à certains de ses prédécesseurs – on pense notamment à François Mitterand ou VGE à qui le jeune président a été comparé, il est rapidement apparu que, pour une partie de l’opinion publique – exprimée par exemple lors des élections européennes en 2019 -, cette juxtaposition de la chair et du spirituel provoquait de l’incompréhension et souvent même une sorte de malaise. La fiction de la double corporéité du roi ne fonctionnait pas vraiment sur son versant humain, elle était perturbée par un mécanisme d’exaspération par rapport à sa façon de se comporter sur la scène publique.

On cite volontiers des séquences filmées qui ont fait le buzz pour des mots qui ont faché mais le brouillage s’est lentement instauré au fil des trois crises qu’il a dû gérer durant son quinquennat (les réformes de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), des Aides Personnalisées au Logement (APL) et de système de retraite ; le mouvement social des « gilets jaunes » ; la contestation des mesures gouvernementales pendant la crise sanitaire du Covid). Sur chacun de ces temps de mécontentement social, la personne du président a été nominativement ciblée avec virulence sur les registres de la trahison, de l’arrogance et de l’autoritarisme.

Si la défiance des élites est une composante bien documentée dans les sciences sociales, la détestation publique exprimée à l’encontre d’Emmanuel Macron, qu’il s’agisse de son physique, son verbe, son style, interroge.

En m’inspirant de la théorie des deux corps du Roi, je fais l’hypothèse que ces reproches cinglants illustrent pour partie un brouillage inédit des codes concernant les ressorts charnels et corporels de l’exercice du pouvoir présidentiel au quotidien.

L’homme visé au-delà du président

Dans les reproches adressés au président, on découvre un degré impressionnant de détestation personnalisée venu d’acteurs publics très différents : « super menteur » selon son opposant politique Jean‑Luc Mélenchon, dictateur pour l’influenceur Julien Malara, « grand escroc », autocrate, tyran, simulateur, tartuffe pour de nombreux intellectuels… Et si la charge est parfois moins violente – on décrit un président ambivalent, arrogant, opportuniste, méprisant, vertical, maître des horloges, roi soleil -, chez Madame de Fontenay (organisatrice des Miss France), c’est bien l’homme qui est visé au-delà de la fonction.

Ces expressions d’exaspération indiquent une discordance charnelle inédite. Le président suscite une aversion profonde qui semble faire référence, sur le plan émotionnel, à sa façon de sourire, d’interpeller, de gesticuler, de charmer, de sermonner, de promettre, de se mettre en colère… Sa corporalité et sa façon d’être dérangent, y compris dans ses rangs.

En analysant les témoignages de personnes qui ont côtoyé ou combattu le président depuis cinq ans, on peut spécifier, dans la longue liste des exaspérations, trois reproches qui reviennent en boucle : le débatteur affiche sans cesse son empathie avec ses interlocuteurs alors qu’il semble dépourvu d’humanité ; le leader se réfère volontiers aux passions du collectif alors que l’on ne lui reconnaît ni enracinement ni attachement ; enfin le décideur affiche en toutes occasions une détermination volontaire qui cadre mal avec l’indétermination des orientations impulsées par son Gouvernement et la philosophie apartisane du « en même temps ». Le président est perçu comme insensible, hors sol et sans boussole. En s’additionnant, ces trois registres de critiques à l’encontre du corps mortel du roi brouillent la promesse divine du consentement au souverain.

Un « Rastignac » à l’Elysée ?

Le premier registre est sentimental, émotif, voire romanesque pour celui qui est parfois comparé à Rastignac, le célèbre héros de Balzac.

Emmanuel Macron n’a que la quarantaine et tout, dans les récits sur son itinéraire et sa prestance, fait référence aux atours insolents et parfois arrogants de cette jeunesse. La silhouette, la démarche, le langage, les mimiques du visage, la joie de vivre, l’entrain, la malice, l’empathie. Chaque apparition met en discussion une fierté juvénile qui surprend, qui détonne et finalement agace souvent les interlocuteurs et les observateurs par rapport au rôle attendu.

Ceux qui l’ont rencontré en tête à tête confient par exemple que le président a de l’allant et de la répartie, qu’il sait entrer en communion avec ses hôtes, qu’il les interpelle avec chaleur et empathie. Dans le feu des échanges, il touche même souvent le bras ou l’épaule d’un convive. Et en le quittant, ses invités reconnaissent qu’ils sont alors sous le charme, même s’ils découvrent ensuite combien cette empathie complice ne présage en aucun cas des possibles conséquences sur les décisions à venir.

 

Dans les débats publics aussi, qu’il prend visiblement plaisir à animer et à dynamiser, Emmanuel Macron se pose volontiers en séducteur. L’homme s’affiche attentif, offensif, précis, souvent mordant et joueur. Mais cette gestuelle de séduction, qui est le propre des élus charismatiques, dégage un sentiment de prétention et elle provoque souvent la désagréable impression que ses désirs et ses élans restent insondables, indéchiffrables, en suspension. On perçoit des lueurs et des ardeurs mais aussi une forme de cynisme, et personne ne parvient à décrypter les fondations intimes et les ressorts affectifs liés à son numéro de séducteur.

Une trajectoire qui interroge

Le tableau se complique avec sa trajectoire de vie. L’homme n’affiche pas de blessures visibles pour ceux qui l’ont côtoyé dans ses années universitaires. Il a un grand amour précoce difficile à décrypter et rien ne filtre sur ses amis d’enfance. On ne lui connait pas de cercle d’affidés ni de réseaux de complices comparables à ceux de ses prédécesseurs. Dans sa communication, il affiche des « racines » et des « amis » qui sont aussi des célébrités. Mais on a l’impression qu’il est de marbre et que, toujours, il semble avancer en solitaire. Son entourage proche reconnaît en off que sa façon même d’exprimer son attachement aux autres relève d’une posture qui ne semble ni paternaliste, ni genrée, ni même sexuée. L’attitude intrigue et déroute.

Le deuxième registre est cérébral, moral, littéraire. Là aussi, le cursus universitaire, la vivacité d’esprit et la trajectoire intellectuelle et professionnelle du président produisent un curieux cocktail d’attrait et de rejet. Il se pique de philosophie et son mandat est jalonné de longs discours sur les grandes questions de société et de rencontres au sommet qui mobilisent des concepts et usent de procédés rhétoriques élaborés. Sur la scène internationale par exemple, les observateurs étrangers tarissent rarement d’éloges sur l’éloquence, l’érudition et l’audace du French president. Et certains déplorent même son incompréhensible impopularité sur ses propres terres.

Hors sol ?

Précisément, son logiciel technocratique et son look policé de premier de la classe sont systématiquement mis en relation avec son déficit d’ancrage et son absence de terres électives, presque son absence de racines et de valeurs autres que le statut de « président des riches ».

L’impression n’a presque pas changé six ans plus tard. Il a beau eu faire le récit introspectif de la densité et de la profondeur de son attachement à la France, le sentiment de son aterritorialité persiste. Il y évoquait pourtant les « forces telluriques » ou son lien fort avec sa grand-mère.

Rien n’y fait. Le jeune élu parait toujours trop lisse, hors sol, éthiquement et physiquement, sans terroir, sans accent, sans ancêtres ni sentiers de dépendances. On retrouve à cet égard des résultats mis en avant dans la littérature scientifique qui attachent l’éligibilité présidentielle aux critères sensibles de l’authenticité et de la territorialité.

Sans boussole

Le troisième registre est performatif, pragmatique, concret. « L’entreprise Macron » s’est installée dans le paysage politique en annonçant une transformation en profondeur du système partisan, du fonctionnement des élites et de la façon d’administrer la France.

La métaphore « En marche » annonçait le mouvement, les nouveaux chemins, les voies escarpées, la progression cadencée et déterminée. Pourtant, si la composition des deux gouvernements successifs a permis de découvrir une palette diversifiée de profils avec des ouvertures remarquées sur la société civile, elle n’a jamais permis de repérer, dans la course, celles et ceux qui semblaient incarner avec lui la fameuse doctrine du « macronisme ». Dans leur ouvrage réquisitoire, Le traître et le néant, les deux journalistes du Monde constatent que le président « fait le vide » et qu’il « prospère sur le vide » en ne construisant aucune équipe durable autour de lui. Ses ex-soutiens lui reprochent d’avoir trahi François Hollande, d’avoir renoncé aux ambitions de départ, d’exercer le pouvoir sans partage, de négliger les projets portés par son parti…

Le cas Macron ouvre aussi une autre perspective analytique concernant les controverses scientifiques sur la place des épreuves émotionnelles dans le jugement politique.

Le consentement à l’autorité

L’attachement viscéral du peuple à ses gouvernants fait penser à la célèbre thèse sur la servitude volontaire. Etienne de la Boétie (XVIe siècle) y défendait l’idée que la légitimité de toute autorité se construit sur une obéissance qui n’est pas imposée, presque accidentelle historiquement. Cette acceptation de la domination bute depuis cinq ans sur une transaction charnelle contrariée. Dans l’énigme politique du consentement des individus à l’autorité, Emmanuel Macron est en quelque sorte disruptif à son corps défendant…

À cet égard, pour conclure sur la théorie d’Ernst Kantorowicz et non sans lien avec la reine Elisabeth dans The Crown, le rôle que le président français joue depuis quelques semaines dans la guerre déclarée par la Russie à l’Ukraine esquisse peut-être un tournant dans sa façon corporelle d’incarner le pouvoir. Il s’exprime aussi au nom de l’Union européenne, s’expose. Il réconforte, encourage, interpelle ou tance les principaux protagonistes du conflit. Au gré de ses appels téléphoniques quotidiens, sa personne centralise mots et émotions. L’épreuve de la guerre rend désormais évidente et nécessaire la cohabitation des deux corps.

______

Par Alain Faure, Directeur de recherche CNRS en science politique, Université Grenoble Alpes (UGA).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Présidentielle : Macron, un président détesté

Présidentielle : Macron, un président détesté 

 

 

La théorie « deux corps du roi » permet de comprendre pourquoi l’actuel chef de l’État est autant attaqué sur sa personne plutôt que sa fonction. Par Alain Faure, Université Grenoble Alpes (UGA).

 

Et si la campagne présidentielle française pouvait être analysée par le biais d’une série britannique ? La série multi-primée The Crown, documentant le règne d’Elisabeth II, offre en effet un éclairage intéressant. Dans l’épisode 3 de la saison 3, on suit la reine, quadragénaire lors de la catastrophe d’Aberfan : en octobre 1966, un éboulement un village minier au Pays de Galles cause la mort de plus de 80 enfants.

Les larmes furtives de la monarque bouleversent le pays et rappellent à quel point l’affichage de la perte de maîtrise des émotions peut entrer en phase avec l’attente du pays à son égard. Un dialogue étonnant avec son premier ministre illustre ce qui fait toute l’originalité de la série : bien que le pays soit obsédé par les conventions, les étiquettes et les protocoles, les deux protagonistes semblent en permanence tourmentés par les ressorts émotionnels du consentement du peuple dans les périodes de crise.

Comment cet épisode dramatique du règne d’Elisabeth II peut-il nous éclairer sur la façon dont les représentants du peuple – élus ou désignés – sont systématiquement pris en étau entre « deux corps », la fonction publique à laquelle se mêle l’émotion personnelle ?

Il y a près d’un siècle le philosophe Ernst Kantorowicz a théorisé ce qu’il a nommé « les deux corps du roi ».

Il souligne que le Roi est aimé et redouté parce qu’il n’est pas infaillible, qu’il souffre et qu’il doute, qu’il est fait de chair et de passions. Mais le chercheur ajoute que celui qui gouverne est aussi divin par la grâce du pouvoir qu’il exerce et qu’il va transmettre. Incarnation de la communauté, il porte en lui la forme perpétuelle de l’humanité. À la fois charnel et divin, il est le garant intemporel du consentement des individus à l’autorité.

Emmanuel Macron et l’incarnation de la fonction

En France, la monarchie de droit divin a certes cessé d’être le modèle de référence politique pour laisser place à la démocratie et à la République. Néanmoins sous la Vᵉ République, les présidents ont éprouvé ce puissant dédoublement de personnalité où le corps mortel de l’élu du suffrage universel entre en coexistence, presqu’en symbiose, avec le corps christique du souverain qui représente les lois, l’identité et le destin national. Depuis 1962 et l’élection du président au suffrage universel direct, la personnalisation du pouvoir a favorisé un régime d’hyper-présidentialité.

À l’instar de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron s’est glissé dans la fonction en mobilisant des gestuelles et des rituels censés intégrer et favoriser ce puissant dualisme. Pendant la campagne électorale, lors de l’investiture jusqu’à l’Arc de Triomphe et à l’occasion de la première commémoration du 14 juillet en présence du président des États-Unis, de nombreux commentateurs ont souligné que son inexpérience et sa jeunesse l’obligeaient, pour être pris au sérieux, à en rajouter dans la gravité solennelle.

Cependant, contrairement à certains de ses prédécesseurs – on pense notamment à François Mitterand ou VGE à qui le jeune président a été comparé, il est rapidement apparu que, pour une partie de l’opinion publique – exprimée par exemple lors des élections européennes en 2019 -, cette juxtaposition de la chair et du spirituel provoquait de l’incompréhension et souvent même une sorte de malaise. La fiction de la double corporéité du roi ne fonctionnait pas vraiment sur son versant humain, elle était perturbée par un mécanisme d’exaspération par rapport à sa façon de se comporter sur la scène publique.

On cite volontiers des séquences filmées qui ont fait le buzz pour des mots qui ont faché mais le brouillage s’est lentement instauré au fil des trois crises qu’il a dû gérer durant son quinquennat (les réformes de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), des Aides Personnalisées au Logement (APL) et de système de retraite ; le mouvement social des « gilets jaunes » ; la contestation des mesures gouvernementales pendant la crise sanitaire du Covid). Sur chacun de ces temps de mécontentement social, la personne du président a été nominativement ciblée avec virulence sur les registres de la trahison, de l’arrogance et de l’autoritarisme.

Si la défiance des élites est une composante bien documentée dans les sciences sociales, la détestation publique exprimée à l’encontre d’Emmanuel Macron, qu’il s’agisse de son physique, son verbe, son style, interroge.

En m’inspirant de la théorie des deux corps du Roi, je fais l’hypothèse que ces reproches cinglants illustrent pour partie un brouillage inédit des codes concernant les ressorts charnels et corporels de l’exercice du pouvoir présidentiel au quotidien.

L’homme visé au-delà du président

Dans les reproches adressés au président, on découvre un degré impressionnant de détestation personnalisée venu d’acteurs publics très différents : « super menteur » selon son opposant politique Jean‑Luc Mélenchon, dictateur pour l’influenceur Julien Malara, « grand escroc », autocrate, tyran, simulateur, tartuffe pour de nombreux intellectuels… Et si la charge est parfois moins violente – on décrit un président ambivalent, arrogant, opportuniste, méprisant, vertical, maître des horloges, roi soleil -, chez Madame de Fontenay (organisatrice des Miss France), c’est bien l’homme qui est visé au-delà de la fonction.

Ces expressions d’exaspération indiquent une discordance charnelle inédite. Le président suscite une aversion profonde qui semble faire référence, sur le plan émotionnel, à sa façon de sourire, d’interpeller, de gesticuler, de charmer, de sermonner, de promettre, de se mettre en colère… Sa corporalité et sa façon d’être dérangent, y compris dans ses rangs.

En analysant les témoignages de personnes qui ont côtoyé ou combattu le président depuis cinq ans, on peut spécifier, dans la longue liste des exaspérations, trois reproches qui reviennent en boucle : le débatteur affiche sans cesse son empathie avec ses interlocuteurs alors qu’il semble dépourvu d’humanité ; le leader se réfère volontiers aux passions du collectif alors que l’on ne lui reconnaît ni enracinement ni attachement ; enfin le décideur affiche en toutes occasions une détermination volontaire qui cadre mal avec l’indétermination des orientations impulsées par son Gouvernement et la philosophie apartisane du « en même temps ». Le président est perçu comme insensible, hors sol et sans boussole. En s’additionnant, ces trois registres de critiques à l’encontre du corps mortel du roi brouillent la promesse divine du consentement au souverain.

Un « Rastignac » à l’Elysée ?

Le premier registre est sentimental, émotif, voire romanesque pour celui qui est parfois comparé à Rastignac, le célèbre héros de Balzac.

Emmanuel Macron n’a que la quarantaine et tout, dans les récits sur son itinéraire et sa prestance, fait référence aux atours insolents et parfois arrogants de cette jeunesse. La silhouette, la démarche, le langage, les mimiques du visage, la joie de vivre, l’entrain, la malice, l’empathie. Chaque apparition met en discussion une fierté juvénile qui surprend, qui détonne et finalement agace souvent les interlocuteurs et les observateurs par rapport au rôle attendu.

Ceux qui l’ont rencontré en tête à tête confient par exemple que le président a de l’allant et de la répartie, qu’il sait entrer en communion avec ses hôtes, qu’il les interpelle avec chaleur et empathie. Dans le feu des échanges, il touche même souvent le bras ou l’épaule d’un convive. Et en le quittant, ses invités reconnaissent qu’ils sont alors sous le charme, même s’ils découvrent ensuite combien cette empathie complice ne présage en aucun cas des possibles conséquences sur les décisions à venir.

close

volume_off

 

Dans les débats publics aussi, qu’il prend visiblement plaisir à animer et à dynamiser, Emmanuel Macron se pose volontiers en séducteur. L’homme s’affiche attentif, offensif, précis, souvent mordant et joueur. Mais cette gestuelle de séduction, qui est le propre des élus charismatiques, dégage un sentiment de prétention et elle provoque souvent la désagréable impression que ses désirs et ses élans restent insondables, indéchiffrables, en suspension. On perçoit des lueurs et des ardeurs mais aussi une forme de cynisme, et personne ne parvient à décrypter les fondations intimes et les ressorts affectifs liés à son numéro de séducteur.

Une trajectoire qui interroge

Le tableau se complique avec sa trajectoire de vie. L’homme n’affiche pas de blessures visibles pour ceux qui l’ont côtoyé dans ses années universitaires. Il a un grand amour précoce difficile à décrypter et rien ne filtre sur ses amis d’enfance. On ne lui connait pas de cercle d’affidés ni de réseaux de complices comparables à ceux de ses prédécesseurs. Dans sa communication, il affiche des « racines » et des « amis » qui sont aussi des célébrités. Mais on a l’impression qu’il est de marbre et que, toujours, il semble avancer en solitaire. Son entourage proche reconnaît en off que sa façon même d’exprimer son attachement aux autres relève d’une posture qui ne semble ni paternaliste, ni genrée, ni même sexuée. L’attitude intrigue et déroute.

Le deuxième registre est cérébral, moral, littéraire. Là aussi, le cursus universitaire, la vivacité d’esprit et la trajectoire intellectuelle et professionnelle du président produisent un curieux cocktail d’attrait et de rejet. Il se pique de philosophie et son mandat est jalonné de longs discours sur les grandes questions de société et de rencontres au sommet qui mobilisent des concepts et usent de procédés rhétoriques élaborés. Sur la scène internationale par exemple, les observateurs étrangers tarissent rarement d’éloges sur l’éloquence, l’érudition et l’audace du French president. Et certains déplorent même son incompréhensible impopularité sur ses propres terres.

Hors sol ?

Précisément, son logiciel technocratique et son look policé de premier de la classe sont systématiquement mis en relation avec son déficit d’ancrage et son absence de terres électives, presque son absence de racines et de valeurs autres que le statut de « président des riches ».

L’impression n’a presque pas changé six ans plus tard. Il a beau eu faire le récit introspectif de la densité et de la profondeur de son attachement à la France, le sentiment de son aterritorialité persiste. Il y évoquait pourtant les « forces telluriques » ou son lien fort avec sa grand-mère.

Rien n’y fait. Le jeune élu parait toujours trop lisse, hors sol, éthiquement et physiquement, sans terroir, sans accent, sans ancêtres ni sentiers de dépendances. On retrouve à cet égard des résultats mis en avant dans la littérature scientifique qui attachent l’éligibilité présidentielle aux critères sensibles de l’authenticité et de la territorialité.

Sans boussole

Le troisième registre est performatif, pragmatique, concret. « L’entreprise Macron » s’est installée dans le paysage politique en annonçant une transformation en profondeur du système partisan, du fonctionnement des élites et de la façon d’administrer la France.

La métaphore « En marche » annonçait le mouvement, les nouveaux chemins, les voies escarpées, la progression cadencée et déterminée. Pourtant, si la composition des deux gouvernements successifs a permis de découvrir une palette diversifiée de profils avec des ouvertures remarquées sur la société civile, elle n’a jamais permis de repérer, dans la course, celles et ceux qui semblaient incarner avec lui la fameuse doctrine du « macronisme ». Dans leur ouvrage réquisitoire, Le traître et le néant, les deux journalistes du Monde constatent que le président « fait le vide » et qu’il « prospère sur le vide » en ne construisant aucune équipe durable autour de lui. Ses ex-soutiens lui reprochent d’avoir trahi François Hollande, d’avoir renoncé aux ambitions de départ, d’exercer le pouvoir sans partage, de négliger les projets portés par son parti…

Le cas Macron ouvre aussi une autre perspective analytique concernant les controverses scientifiques sur la place des épreuves émotionnelles dans le jugement politique.

Le consentement à l’autorité

L’attachement viscéral du peuple à ses gouvernants fait penser à la célèbre thèse sur la servitude volontaire. Etienne de la Boétie (XVIe siècle) y défendait l’idée que la légitimité de toute autorité se construit sur une obéissance qui n’est pas imposée, presque accidentelle historiquement. Cette acceptation de la domination bute depuis cinq ans sur une transaction charnelle contrariée. Dans l’énigme politique du consentement des individus à l’autorité, Emmanuel Macron est en quelque sorte disruptif à son corps défendant…

À cet égard, pour conclure sur la théorie d’Ernst Kantorowicz et non sans lien avec la reine Elisabeth dans The Crown, le rôle que le président français joue depuis quelques semaines dans la guerre déclarée par la Russie à l’Ukraine esquisse peut-être un tournant dans sa façon corporelle d’incarner le pouvoir. Il s’exprime aussi au nom de l’Union européenne, s’expose. Il réconforte, encourage, interpelle ou tance les principaux protagonistes du conflit. Au gré de ses appels téléphoniques quotidiens, sa personne centralise mots et émotions. L’épreuve de la guerre rend désormais évidente et nécessaire la cohabitation des deux corps.

______

Par Alain Faure, Directeur de recherche CNRS en science politique, Université Grenoble Alpes (UGA).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

La légitimité du futur président mise en cause

La légitimité du futur président mise en cause

«Sans débat, la question de la légitimité du gagnant de l’élection se posera»

(Dominique Reynié, politologue et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique)

La présentation du projet d’Emmanuel Macron ne devrait pas intervenir avant la fin de la semaine prochaine. En revanche, certaines propositions sont d’ores et déjà distillées au fur et à mesure… dont la fameuse réforme des retraites, avec un report de l’âge légal de départ de 62 ans à 65 ans. Mais une telle réforme est-elle envisageable dans une campagne sans débat ? « Il faut bien avoir à l’esprit que cette élection présidentielle ne ressemblera à aucune autre, explique Dominique Reynié, politologue et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique. Cette réforme ne peut pas se faire sans débat et elle peut avoir lieu si, après la présidentielle, il y a une recomposition politique. Car l’une des raisons pour lesquelles nous avons du mal à avancer quand on veut réformer, c’est à cause de la manière dont s’est cristallisé l’espace politique français. »

Il ajoute: « Aujourd’hui, on voit l’effondrement spectaculaire de la gauche, la droite de gouvernement qui n’est vraiment pas au mieux. Il est frappant de voir que cinq ans après 2017, le total de la droite de gouvernement et de la gauche de gouvernement se trouvent en dessous du tiers des suffrages potentiels. » Dans ce contexte, le risque n’est-il pas de voir la contestation sociale se réveiller à la rentrée ? « Bien sûr, c’est le grand sujet, confirme Dominique Reynié. Car l’élection va fonctionner, il y aura un titulaire de la charge de désigné, mais elle n’aura pas eu lieu non plus car il n’y aura pas eu de débat ! Donc la question de la légitimité va se poser rétrospectivement. »

Une certaine dynamique semble s’enclencher autour de Jean-Luc Mélenchon. Sa présence au second tour devient-elle envisageable ? « Je suis un peu partagé. Les variations sont énormes selon les sondages. La gauche est absente en dehors de lui donc il agrège une partie du vote de gauche. Mais une grosse partie du vote socialiste est fixée sur Emmanuel Macron. Peut-être que l’annonce du report de l’âge légal de départ à la retraite sera de nature à donner quelques points supplémentaires à Jean-Luc Mélenchon. On ne peut pas exclure sa présence au second tour puisque le seuil de qualification est très, très bas. »

Et alors que l’Allemagne est en train de renoncer à son pacifisme, comment analyser l’évolution des rapports franco-allemands ? « C’est historique, souligne notre invité. Maintenant, je n’ai jamais partagé l’admiration partagée pour Angela Merkel. Elle a fait une faute sur le nucléaire qui empêche l’Europe aujourd’hui. Et ce ne sont pas des décisions qui se corrigent en 24 heures (…) Nous sommes tous un peu les prisonniers de cette décision. Sur le plan militaire, c’est une très bonne nouvelle, il faut réussir à construire quelque chose ensemble même si l’idée d’une véritable Europe de la défense n’est pas si simple que ça (…) Il faudrait quand même une industrie de la défense européenne sans quoi nous retombons dans le problème d’absence de souveraineté. Il est frappant de voir que dans ce monde du XXIè siècle, les Européens sont ceux qui se sont le moins intéressés à la souveraineté et ses fondements (…) Nous n’avons aucun élément de souveraineté et ce n’est pas soutenable. »( L’ »Opinion »)

 

 

 

12345...10



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol