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Archive mensuelle de septembre 2025

Lecornu: le choix entre une ouverture sociale ou le chaos

Lecornu: le choix entre une ouverture sociale ou le chaos

À chaque changement de premier ministre, le champ des possibles se réduit au point maintenant de faire émerger la question de la destitution du président de la république. Bien entendu, l’intéressé n’a nullement l’intention de démissionner de son poste de président. Un départ par la fenêtre hypothèquerait gravement son avenir politique. Or Macron se voit encore en responsabilité soit en Europe, soi-même en France à partir de 2032. Pourtant avec un soutien maintenant limité à 17 % dans le dernier sondage, le chef de l’État est bien sûr toujours légitime mais politiquement complètement discrédité. Cela d’autant plus qu’en dépit d’absence de soutien démocratique, il continue dans beaucoup de domaines de prendre des initiatives contradictoires et contre-productives .

Le plus bel exemple étant sans doute il y a quelques temps ces heures interminables passées au téléphone avec Poutine alors que désormais il ne parle plus à l’intéressé sauf par la voix d’insultes réciproques.

On pourrait relever de nombreuses autres contradictions comme la politique menée en Afrique où désormais la France est remplacée par les Russes, les Chinois, les Indiens et d’autres. Il faut dire que dans ce domaine la politique diplomatique très aristocratique du Quai d’Orsay a contribué à déconsidérer notre pays. Pour parler clair, l’indigence de notre politique de développement porte une responsabilité dans le regard critique des africains et explique en partie le phénomène de l’immigration sauvage.

Le gouvernement et désormais acculé avec trois hypothèses. La première déjà évoquée mais peu vraisemblable : le départ prématuré de Macron qui s’accrochera à son fromage jusqu’au dernier moment. La seconde serait la dissolution de l’assemblée nationale. Une solution sans doute utile pour nettoyer la chambre des députés des clowns et autres gueulards fous  » Insoumis » . Pour autant le résultat des élections risque d’aboutir une nouvelle fois à une absence de majorité. Reste alors la solution sociale avec des concessions forcément de chacun. Dans une déclaration commune- les syndicats- unis pour une fois- réclament « la justice fiscale avec la mise en place de dispositifs qui taxent les très hauts patrimoines et contraigne au reversement des dividendes » et la conditionnalité sociale et environnementale des aides versées aux entreprises. Ils demandent aussi « l’abandon de l’âge de départ à la retraite à 64 ans ».

Les thèmes sont suffisamment larges pour trouver des compromis intelligents. Il faudra en effet prendre des mesures dans le sens d’une plus grande justice sociale et fiscale mais évidemment sans tuer une économie déjà bien malade des prélèvements obligatoires , de la dette et des normes. Restera le difficile totem des 64 ans. Pourquoi ne pas revenir au principe de la retraite à la carte ( en fonction des années de versement et de la pénibilité notamment). Le conclave était sur le point d’aboutir avant d’être fusillé d’une part par le Medef, d’autre part par Bayrou.

On objectera sans doute que des avancées sociales même significatives pourraient être combattues par les syndicats les plus radicaux type Sud. On sait depuis longtemps que ces syndicats ont davantage de préoccupations politiques que de finalités sociales. L’intérêt d’un tel accord serait de donner une vision pour un temps, de réduire des mécontentements souvent d’ailleurs contradictoires, de rassurer l’opinion nationale et internationale et de redonner confiance aux acteurs économiques. Cela éviterait au moins pour un temps d’éviter à la France le déclassement et le ridicule aux yeux du monde entier. Surtout si parallèlement tout est mis en œuvre pour soutenir l’essentiel à savoir la croissance et l’emploi.

Crise française : la démocratie en cause ?

Crise française : la démocratie en cause ?

De manière assez insidieuse l’idée se répand que le concept même de démocratie serait en cause dans l’inefficacité politique actuelle en France. Le baromètre de la confiance politique du Cevipof a mis en évidence une montée de l’attrait pour un pouvoir plus autoritaire : 48 % des Français estiment que « rien n’avance en démocratie, il faudrait moins de démocratie et plus d’efficacité » . Du coup, émerge notamment une demande d’homme fort et de remise en ordre du pays. La demande d’un homme fort découle sans doute de la très grande faiblesse des responsables qui alimentent le paysage politique aujourd’hui.
En cause notamment leur mode d’émergence. La plupart sont en effet des sortes d’oligarques qui en réalité ont transformé la fonction élective en activité professionnelle. Ces responsables sont souvent hors sol , ils vivent dans le monde virtuel de la politique et non dans les réalités économiques et sociales. Cela d’autant plus qu’ils ne sont pas représentatifs des réalités sociologiques du pays. Ils ne doivent leur avenir qu’aux partis nationaux. Notons d’ailleurs que ce sont ces partis nationaux qui délivrent les investitures et non les organisations locales dans la plupart des cas. Tout est donc centralisé et forcément polarisé. Pour se distinguer, il faut en effet se positionner sur une ligne contraire aux partis adverses. Sans nuances et avec l’accompagnement de démagogie pour convaincre. Pour résumer la démocratie est en cause dès le mode de désignation des candidats. La démocratie qui ensuite subit sans doute la plus grave atteinte lorsque les élus mettent en œuvre une politique contradictoire avec ce qu’ils avaient annoncé.
Les insuffisances de la démocratie commencent donc dès le processus de désignation des candidats, se poursuit pendant l’exercice du pouvoir en l’absence de processus d’association et d’évaluation de la population concernée. Avec Macron, qui a tout fait pour tuer toutes les organisations intermédiaires, y compris son propre parti, on a sans doute atteint des sommets au point qu’on peut bien considérer le régime politique de la France comme très monarchique.
Le caractère très centralisé dans la plupart des domaines régaliens, le poids de la dépense publique, facilitent et alimentent ce caractère monarchique. Le millefeuille administratif et politique ne sert qu’à générer des coûts de fonctionnement démentiels et pèse peu sur la problématique nationale. Régions, départements, communautés de communes et autres n’ont aucun poids vis-à-vis des grands enjeux économiques, politiques ou sociétaux. Ou de manière assez accessoire.
À cet égard ne manque pas de structure mais d’animation et d’objectifs des organisations intermédiaires aujourd’hui marginalisées voire méprisées; cela vaut pour le niveau central mais aussi local. Voir à cet égard les conseils de citoyens locaux bidons et ou anecdotiques.
D’une certaine manière, la crise n’est pas le produit de trop de démocratie mais plutôt l’inverse. Dernier exemple en date celui de Bayrou élu pour essayer de trouver une majorité et un projet collectif et qui bricole cet été tout seul dans son coin sa propre copie des futures finances publiques. C’est aussi de cette manière qu’on procède dans les grandes villes ; de manière aussi peu démocratique mais aussi peu efficace. Face aux grands enjeux pourtant il serait indispensable d’associer les acteurs sous différentes formes non seulement pour des motifs démocratiques mais pour davantage d’efficacité. Cela d’autant plus que ces enjeux sont de plus en plus complexes du fait notamment de leur interaction systémique.

Réagir face à la menace mafieuse et criminelle de Poutine

Réagir face à la menace mafieuse et criminelle de Poutine

Il est clair que l’opinion publique appréhende assez mal les enjeux géopolitiques et encore moins les risques de conflits larvés et même de guerre. En cause, le fait que les esprits sont surtout mobilisés par des questions sociales, démocratiques ou sociétales internes. Pourtant ces aspects sont parfois liés.

Ce n’est pas par hasard si l’union économique peine actuellement à faire entendre sa voix car plusieurs puissances dominantes, la Russie bien sûr mais aussi les États-Unis, la Chine souhaitent son démantèlement. Il y a des aspects économiques évidents imputables au États-Unis qui refusent de s’engager de manière plus délibérée dans la défense de l’Ukraine voire de l’Europe tout entière. C’est précisément compte tenu du relatif immobilisme des États-Unis dans le conflit ukrainien que Poutine poursuit sa politique de conquête dans l’est de l’Europe. L’ambition de Poutine est de reconstituer le vaste empire soviétique mais dans son seul intérêt et celui de l’oligarchie qui l’entoure.
La guerre est en effet en Russie désormais le seul moteur politique et économique. Poutine et sa mafia en profitent pour piller un peu plus un pays dont les conditions de développement sont particulièrement inégalitaires avec d’un côté des milliardaires et de l’autre une majorité de la population en situation de pauvreté scandaleuse. Poutine veut empêcher l’illusion d’une société démocratique de progrès qui empêcherait de mettre fin au pillage du pays.
Malheureusement Poutine a aussi des alliés objectifs en Occident, aux États-Unis bien sûr mais aussi en Europe. Des idiots utiles et des complices ( à gauche bien sûr mais aussi à droite) qui au prétexte de la paix manifestent une tolérance condamnable vis-à-vis des crimes de Poutine tant à l’intérieur de la Russie qu’à l’extérieur.
Certes l’Europe n’est pas complètement paralysée pour affronter les velléités guerrières de Poutine mais elle reste cependant encore trop divisée et surtout les moyens qui seraient nécessaires pour assurer sa défense et son indépendance sont encore très loin d’être à la hauteur des enjeux.
Pourtant il faut répondre à Poutine qui ne connaît que la stratégie du KGB avec les crimes et les guerres comme moyens d’action. En outre de plus en plus, la Russie ( mais les Chinois aussi) s’aventure sur le terrain de l’opinion publique occidentale heureusement avec des actions suffisamment grossières (intoxications notamment) pour leur enlever toute crédibilité. Les messages de la Russie sont en général assez facile à décrypter. La Russie dit en principe le contraire de ce qu’elle pense ou fait.
Poutine et sa clique constituent une mafia criminelle qui suce le sang de son propre pays et veut étendre son influence à un monde qu’il estime trop démocratique, trop libre et trop développé. L’Occident- et l’Europe- en particulier – doit donc se montrer plus ferme plus déterminée vis-à-vis du dictateur mafieux et de ses affidés. Il ne s’agit surtout pas de provoquer car les risques sont considérables mais de répondre économiquement, politiquement à toute nouvelle dérive des Russes vis-à-vis des pays démocratiques notamment de l’Europe. Dans le même temps on doit dénoncer avec force le quasi esclavage social et démocratique qui règne en Russie. Se taire ou rester neutre équivaut à une complicité.

France Finances publiques : encore dégradée mais pas encore mortelle !

France Finances publiques : encore dégradée mais pas encore mortelle !

L’agence de notation Fitch a décidé d’une nouvelle dégradation de la dette publique de la France qui passe ainsi de A+ à A. Conséquence directe une augmentation des taux d’intérêt comme les taux à 10 ans par exemple. Ces taux d’intérêts tournent autour de 3,50 % et passent au-dessus de ceux de l’Italie pourtant davantage endettée mais en net redressement.

La conséquence directe pour les entreprises comme pour les consommateurs sera une évolution en hausse du coût de l’argent. Notons cependant que ces taux n’ont pas encore contaminé l’inflation et qu’il convient d’en relativiser les effets immédiats. L’inflation se maintient pour l’instant en dessous de 1 %. En cause, la modeste croissance de 0,8 % sur un an qui traduit en particulier le tassement de la consommation et des investissements. Cette dégradation n’est pas évidemment une bonne nouvelle pour la France, elle traduit la dérive de la gestion financière de l’État depuis 40 à 50 ans. La vérité sans doute c’est que la puissance publique -au plan national comme local -ne maîtrise plus grand-chose.

La banqueroute est encore lointaine mais sur la tendance elle pourrait bien venir avec notamment les déficits du budget de l’État et de la sécurité sociale mais aussi le gonflement des dépenses du millefeuille administratif local ( communes, communes regroupées, communauté de communes, départements, régions et bien sûres État). La situation n’est donc pas dramatique mais elle deviendra à échéance d’une vingtaine d’années. Pour l’instant les déséquilibres sont à relativiser compte tenu de la richesse réelle de la France. En effet l’épargne des Français est considérable et il convient aussi de la mettre en regard des déficits publics. L’épargne totale des Français est de 6300 milliards. Le taux d’épargne des Français est de 18,2 % de leurs revenus disponibles en moyenne selon l’INSEE. Un taux qui ne cesse d’augmenter ( pour ceux qui évidemment peuvent épargner, c’est-à-dire près de 50 % de la population) du fait des incertitudes actuelles.

Le plus grave dans cette affaire c’est le sentiment de déclassement de la France même s’il n’est pas toujours justifié. Ainsi le tassement des investissements de capacité mais surtout d’innovation constitue une hypothèque pour le devenir du pays. Cela d’autant plus que nous souffrons d’un déficit déjà de production et de compétitivité. Pour parler simple, on ne produit pas assez (notamment parce qu’on ne travaille pas assez) et la France est en retard technologique global) Elle doit parallèlement revoir son rapport au travail et le contenu de sa formation

Bayrou avait raison de tirer la sonnette d’alarme surtout sur les conséquences très néfastes pour les générations à venir. Cependant il a eu tort de dramatiser et surtout de faire tout seul sa petite tambouille personnelle avec quelques conseillers sachant que la stratégie impose d’impliquer dès le départ- y compris celui de l’analyse- les acteurs économiques et organisations intermédiaires. On ne peut mobiliser sans une analyse partagée. Mais l’objectif n’était pas là pour Bayrou, il s’agissait pour lui de tenter de partir dignement avant d’être mis à la porte. Une situation que pourrait bien connaître le nouveau premier ministre Lecornu s’il ne change pas réellement sur le fond et la forme et s’en tient à des éléments de langage flous.

Une crise démocratique profonde

Une crise démocratique profonde

Depuis la dissolution de juin 2024, la France connaît une paralysie politique inédite. Pour le politiste Rémi Lefebvre dans The Conversation, ce blocage n’est pas seulement institutionnel : il révèle une crise plus profonde du lien représentatif, nourrie par la défiance, par la fragmentation sociale et par l’usure du fait majoritaire.

Depuis la dissolution en juin 2024, les gouvernements de Michel Barnier puis celui de François Bayrou ont été en incapacité de gouverner. De nombreux commentateurs ont estimé que ce blocage serait lié au manque d’esprit de compromis des partis politiques, ou à des règles du jeu institutionnel inadaptées. On peut, au contraire, penser que le dérèglement est plus profond. Le rapport à la politique s’est transformé ces dernières décennies et la crise actuelle n’est que le symptôme d’un étiolement et d’une décomposition du lien représentatif lui-même.

Une routine politique déréglée
Nous avons été habitués en France, notamment depuis les années 1970, au « fait majoritaire » : le président de la République était élu au suffrage universel direct, il avait besoin d’une majorité, qu’il obtenait en général. La vie politique avait une rythmique routinisée d’alternances avec des majorités. Puis ce système s’est peu à peu déréglé.

Les alternances sans alternative se sont multipliées créant un désenchantement chronique dans chacun des camps politiques. La progression de l’extrême droite qui prétend incarner une nouvelle voie est associée au brouillage du clivage gauche-droite. En 2017, l’arrivée d’Emmanuel Macron est comprise comme le produit de l’épuisement du clivage gauche-droite et une réponse à la crise démocratique portée par une rhétorique du « dépassement ».

Mais ce dernier a accentué cette crise en poussant les marges à s’extrémiser et, finalement, en polarisant la vie politique tout en droitisant son positionnement. Emmanuel Macron a nourri l’extrême droite et affaibli la gauche de gouvernement. Alors que les injonctions au compromis sont fortes, le Parti socialiste (PS) est sous la férule de La France insoumise (LFI) et sans cesse exposé à des procès en « trahison ». La difficulté à construire des majorités, liée à la tripartition de la vie politique, est aggravée par la fragmentation interne à chaque bloc.

Pourtant, on ne peut pas comprendre cette crise par le seul jeu politique. Il faut aussi prendre en compte les changements du rapport à la politique par en bas. Depuis le début des années 2000, le mécanisme même de l’élection est mis en cause. La légitimité donnée aux gouvernants par l’élection est de plus en plus faible, comme l’explique Pierre Rosanvallon. Cela est renforcé par le vote stratégique qui s’est largement développé : on vote de plus en plus « utile » pour éliminer, mais les électeurs n’expriment plus vraiment leur préférence, ce qui affaiblit leur engagement dans la désignation d’un représentant et la légitimité de ce dernier. Ainsi, la procédure électorale est abîmée dans ses fondements : on parle de démocratie « négative » (on élimine plus qu’on ne choisit).

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Par ailleurs, la fragmentation des identités politiques renvoie pour partie à la fragmentation de la société elle-même. La crise de gouvernance ou de gouvernabilité est liée à une société plus individualisée et fragmentée par des inégalités exacerbées et une forme de séparatisme. Les identités et des clivages sont plus complexes (genre, écologie, laïcité, islam…), moins structurés par des identités de classe homogènes, comme l’explique Gérard Mauger.

Si les partis politiques ne veulent pas faire de compromis, c’est aussi parce qu’ils ne veulent pas décevoir les groupes sociaux éclatés qui les défendent encore et parce qu’ils craignent de « trahir » des électeurs défiants et des clientèles électorales de plus en plus volatiles et étroites. La société est plus polarisée (la polarisation affective par les réseaux sociaux est indéniable) ce qui rend également les compromis politiques plus difficiles. On peut ajouter que l’émiettement et l’éclatement des identités politiques des électeurs sont favorisés par la faiblesse des partis et leur grand nombre – il y existe aujourd’hui 11 groupes parlementaires à l’Assemblée nationale, ce qui est un record). L’une des conséquences majeures est que les partis politiques n’arrivent plus à organiser le débat public autour de quelques visions cohérentes et simples.

L’impasse politique actuelle pourrait-elle être résolue par une dissolution, par des négociations, par de nouvelles élections législatives ou même par une élection présidentielle ? On peut en douter. Finalement, il est possible que le blanc-seing donné à un président à travers une élection législative succédant à son l’élection n’existe plus à l’avenir. Les majorités politiques sont introuvables mais peut-être aussi les majorités sociales et électorales (c’est-à-dire des alliances de groupes sociaux suffisamment larges pour porter les premières).

Défiance et désenchantement envers la politique
La crise conjoncturelle vécue depuis un an s’inscrit dans une tendance encore plus large, qui est l’accroissement considérable de la défiance à l’égard de la politique.

Selon le baromètre Cevipof 2025, environ 20 % des Français font confiance aux hommes et femmes politiques. Les Français jugent donc la classe politique incapable de régler les problèmes. Ils la jugent même indigne. Il faut dire que le spectacle donné est assez peu attractif, et on peut estimer que le niveau du personnel politique baisse. Le politiste Luc Rouban a montré que ce phénomène nourrit un désir de repli sur la sphère privée sur le mode « Laissez-nous tranquille, la politique on s’en fout ». La crise actuelle est donc le produit de cette défiance et l’incapacité de la classe politique à la résoudre renforce le phénomène.

La déception et le désenchantement se sont accumulés depuis des décennies. L’usure de l’alternance gauche-droite, qui rythmait la vie politique, est profonde. Nicolas Sarkozy n’a eu qu’un mandat, François Hollande également : tous deux ont fait campagne sur le volontarisme, mais ont rapidement déçu. Ils ont mené des politiques libérales sur le plan économique qui ont miné l’idée que la politique pouvait changer les choses. Emmanuel Macron, réélu, a déçu également. Il a favorisé le sentiment anti-élites qui s’est puissamment manifesté lors de la crise des gilets jaunes (et peut-être le 10 septembre prochain). Finalement, chaque camp est marqué par le désenchantement et produit des mécanismes de polarisation. Ainsi, les socialistes ont produit LFI, résultat d’une déception, celle de la gauche au pouvoir. L’extrême droite est aussi, dans une large mesure, le résultat de la désillusion politique. Ces forces (LFI et Rassemblement national) sont hostiles à tout compromis.

Cette défiance envers la politique n’est pas spécifique à la France, comme l’a montré Pierre Martin dans son analyse de la crise des partis de gouvernement. Ces mécanismes sont présents partout, en Europe ou aux États-Unis. Depuis les travaux de Colin Crouch, les sciences politiques parlent même de régimes « post-démocratiques », où les décisions échappent de plus en plus au pouvoir politique.

La mondialisation, l’européanisation, le pouvoir des très grands groupes financiers et des lobbys ont démonétisé le pouvoir politique et réduit ses marges de manœuvre. Or le politique suscite des attentes, et ses acteurs tentent de réenchanter le jeu électoral en faisant des promesses à chaque élection.

Cette situation est d’autant plus mal vécue en France qu’il existe une culture d’attentes très fortes à l’égard de l’État. Cette crise du volontarisme politique crée des déceptions à répétition. La dernière enquête du Cevipof montre que la défiance augmente et qu’elle est associée à un sentiment d’impuissance gouvernementale et électorale. Les Français pensent que la politique ne sert plus à rien : le jeu politicien stérile tournerait à vide, sans impact sur le réel.

La situation actuelle fait le jeu de l’extrême droite, car la défiance à l’égard de la politique nourrit l’antiparlementarisme et renforce aussi l’idée qu’une force politique qui n’a pas exercé de responsabilités peut être un recours.

Par ailleurs, une partie de la société se retrouve sur les thèmes de la droite : immigration, sécurité, rejet de l’écologie, etc. Dans ce contexte, la victoire de l’extrême droite peut apparaître comme inéluctable. Elle est advenue aux États-Unis, il est difficile d’imaginer pouvoir y échapper en France, étant donné la grande fragmentation de la gauche, ses écueils et ses impasses. Reste que si l’extrême droite arrive au pouvoir – ce qui ouvrirait une séquence dramatique – elle sera aussi confrontée à l’épreuve de pouvoir et décevra certainement, sans résoudre la crise politique que nous vivons. Son électorat, très interclassiste (populaire au Nord, plus bourgeois au Sud-Est), a des attentes contradictoires et il sera difficile de le satisfaire.

Comment sortir de l’impasse ?
Il serait naïf de croire en un « solutionnisme institutionnel » qui réglerait cette crise du politique. La démocratie ne se résume pas à des règles du jeu électoral et à des mécanismes institutionnels. Elle est portée par des valeurs, une culture, des pratiques, des comportements. Certaines évolutions ne sont pas moins souhaitables.

Ainsi, un changement de scrutin proportionnel inciterait les électeurs à voter par conviction et à marginaliser le « vote utile ». Il s’agirait de mieux refléter les préférences politiques des électeurs à travers un mode de scrutin et de relégitimer la procédure électorale.

Une sixième République permettrait certainement de régénérer des institutions liées à un présidentialisme épuisé, comme l’a montré Bastien François. Désormais, la verticalité du pouvoir ne fonctionne plus dans une société travaillée par des dynamiques d’horizontalité. L’imaginaire lié au président de la République accentue la déception, en créant un homme providentiel qui ne peut tenir ses promesses. Si les Français ne sont pas favorables à la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, il est possible de limiter les pouvoirs du président – tout comme il est possible d’inverser le calendrier avec des législatives qui précèdent les présidentielles.

De nombreux travaux, comme ceux de Loïc Blondiaux, proposent également des pistes pour penser un nouvel équilibre entre démocratie représentative et démocratie participative, avec une démocratie plus continue, moins focalisée sur l’élection. Pendant longtemps, l’élection suffisait à faire la démocratie, or ce cycle est terminé. Cela suppose de bricoler, d’expérimenter – référendum, convention citoyenne, etc. – afin de trouver un nouvel équilibre entre participation et représentation. Reste que ces solutions sont complexes à mettre en place, alors que la démocratie par le seul vote était très simple. Enfin, la démocratie, c’est une culture, et il est nécessaire de favoriser la participation à tous les niveaux, en favorisant une société plus inclusive, moins compétitive, notamment à l’école ou dans l’entreprise.

Un autre sujet est celui des partis politiques : les citoyens n’y militent plus parce que ces derniers sont perçus comme peu attractifs. Certaines études proposent de les refonder et de repenser, par exemple, leurs financements publics, en conditionnant les dotations à la diversité des représentants élus.

Enfin, un enjeu démocratique majeur consiste à reprendre le pouvoir sur la sphère économique. Le débat sur la taxe Zucman signale le verrou politique à faire sauter : celui du pouvoir de l’oligarchie financière. Tant que le pouvoir politique devra courber l’échine devant la finance, la logique déceptive de la post-démocratie se poursuivra. Pourtant, les inégalités ont tellement augmenté que les sociétés pourraient exiger un rééquilibrage. En ce sens, la post-démocratie n’est pas inéluctable.

Les forces économiques tenteront de protéger leurs positions et leur pouvoir, mais, comme le montre Vincent Tibérj, l’attachement à la justice sociale et à la redistribution est très fort en France, y compris à l’extrême droite. Sous la pression, les élites pourraient donc être contraintes de céder.

Lecornu : encore un oligarque, premier ministre éphémère ?

Lecornu : encore un oligarque, premier ministre éphémère ?

On ne peut pas évidemment juger par avance le comportement de Lecornu comme premier ministre. On peut toujours espérer le meilleur même si c’est sans illusion. Inutile d’entretenir de vaines espérances cependant compte tenu d’une part du contexte politique mais aussi de la personnalité de l’intéressé. En clair la situation politique française est toujours aussi bloquée et le profil de Lecornu ,professionnel de la politique, n’a rien pour enthousiasmer.

L’accueil du grand public à l’égard premier ministre, ancien ministre des armées, n’a donc rien d’enthousiasmant. L’intéressé a le profil moyen classique de la classe politique actuelle. Pour tout dire; c’est un professionnel qui n’a jamais travaillé ailleurs que dans la politique. Comme beaucoup, il a commencé comme assistant parlementaire pour ensuite prendre la place de son patron. Ils sont des dizaines et des dizaines avoir suivi ce chemin à gauche comme à droite. Bref le copinage politique et le carriérisme. En outre on a du mal à observer le charisme de l’intéressé et de distinguer son projet politique. Il ne prendra sans doute pas de grands risques surtout sous la coupe de Macron qui l’a choisi à dessein. Lecornu sera sous la tutelle de Macron, soit un boulet supplémentaire pour un premier ministre disposant déjà de peu de marges de manœuvre.
L’environnement politique actuel se caractérise par un raidissement des extrêmes qui désormais réclament à cor et à cri la dissolution et même le départ de Macron. Lecornu ne pourra compter que sur l’éventuelle bonne volonté de socialistes, eux-mêmes très divisés sur la ligne stratégique et même sur les idéologies. Le parti socialiste est encore largement contaminé par la maladie infantile du marxisme.
Il n’y a évidemment rien attendre du côté de Mélenchon engagé dans un processus révolutionnaire qui se limite pour l’instant à brûler des poubelles et à l’incantation gauchiste. Une attitude qui sert chaque jour un peu plus l’extrême droite.
Du côté du Front National, on souhaite maintenant capitaliser les progrès réguliers de l’audience dans l’opinion publique. Tous les sondages donnent ce parti en effet très largement en tête. Pas sûr cependant en cas d’élection législative que le front national parvienne à la majorité. De ce fait, la France court le risque de se retrouver encore avec un éclatement en quatre groupes toujours incompatibles et un quasi blocage des institutions.
Il faudrait un homme fort, compétent et déterminé pour réaliser une union susceptible de mettre fin aux contradictions de la division. Pas sûr que Lecornu qui manage bien sa carrière ait cependant des compétences voulues pour gérer un pays complexe, agité et démoralisé. Lecornu n’a pas été choisi dans cette optique mais pour gagner du temps et permettre à Macron de finir son mandat. En attendant 2027, la France va continuer de s’enfoncer économiquement et financièrement et Lecornu pourrait n’être qu’un premier ministre aussi éphémère aussi inconsistant que d’autres.
La France compte sans doute pourtant des hommes de qualité susceptibles vraiment de manager le pays mais Macron a toujours préféré les seconds couteaux qui ne risquent pas d’empiéter sur son domaine monarchique.

Après Bayrou : vers une longue crise de régime

Après Bayrou : vers une longue crise de régime

Le passage de Bayrou comme premier ministre n’aura sans doute pas laissé une grande marque dans l’histoire politique mais ce départ marque vraisemblablement l’entrée du pays dans une crise de régime durable. Bayrou sera bien sûr remplacé comme l’ont été Barnier, Attal, Borne et Édouard Philippe. Mais le futur premier ministre sera soumis aux mêmes contraintes que Bayrou.

Des contraintes caractérisées par un extrême éclatement des forces politiques françaises et leur incapacité à dépasser leurs clivages pour former une majorité. Le futur premier ministre, comme Bayrou, comme les autres, ne disposera d’aucune majorité à l’assemblée. Il faudra faire du coup par coup pendant quelques mois et ce premier ministre sera lui aussi rapidement remercié.

L’hypothèse d’une dissolution de l’assemblée nationale ne résoudra rien. On risque vraisemblablement de retrouver les mêmes clivages à l’issue de nouvelles élections et donc l’immobilisme. Reste l’hypothèse d’un départ prématuré de l’actuel chef de l’État. Le problème c’est que le nouveau président risque d’être affronté à la même incapacité de s’appuyer sur une majorité cohérente…..et courageuse. En outre en précipitant la fin de Macron, le pays s’engage dans une voie d’instabilité durable. Inévitablement un nouveau chef de l’État rencontrera les mêmes problèmes pour constituer un soutien majoritaire cohérent à l’Assemblée nationale.

En outre, un départ avancé de Macron ouvrirait la porte à une pratique de limitation du mandat présidentiel en fonction de l’humeur du moment. En clair en l’état actuel des forces politiques, la Ve République est en train de devenir obsolète. L’impuissance du président, son incroyable impopularité, des premiers ministres éphémères avec une assemblée nationale éclatée et irresponsable constituent des caractéristiques de l’obsolescence constitutionnelle de la Ve République .

La situation se complique d’autant plus que les Français eux-mêmes montrent leur incapacité à comprendre les enjeux actuels notamment comme le risque de conflit militaire en Europe, le danger de l’ogre économique chinois, la montée des autoritarismes dans le monde, la mise en cause des valeurs républicaines et démocratiques, la place de l’immigration. Sans parler au plan socio-économique d’une perte de compétitivité dramatique et de finances publiques à la dérive.

Et de ce point de vue les Français portent aussi une grande responsabilité dans cette crise. Pour faire court, les Français ne sont d’accord que pour manifester des oppositions contradictoires. En cause en particulier une méconnaissance crasse de la problématique économique qui conditionne en grande partie le contexte social et financier.

10 septembre– »bloquons tout- : grossière manipulation gauchiste !

10 septembre– »bloquons tout- : grossière manipulation gauchiste !
À grand renfort des trompettes de troubles réseaux sociaux, le pays serait prêt à s’engager dans la voie révolutionnaire. Les objectifs sont suffisamment contradictoires pour voir la main directe des gauchistes en tous genres et surtout celle de Mélenchon et de ses amis.

On réclame en vrac le départ du gouvernement- ce qui sera fait le 10 septembre–, des progrès sociaux, la dissolution de l’Assemblée nationale, le départ de Macron , la révolution fiscale et administrative. Bref, il y en a pour tout le monde mais le fond du discours dominant est celui des gauchistes des « insoumis » avec l’aide des idiots utiles que sont nombre de responsables des écolos, des anarchistes, des casseurs, des corporatistes et autres poujadistes en tous genres. Il est vrai que compte tenu de l’état socioéconomique du pays une majorité de Français ont des raisons d’être mécontents du pouvoir. Le problème c’est que ces mécontentements sont souvent très contradictoires et qu’on ne constitue pas une majorité cohérente avec tous les gueulards du pays.

Mélenchon s’en moque, il est à la manœuvre. Depuis quelques jours il s’est même persuadé du succès de la révolution et pour preuve il se fait plus présentable, il abandonne son costume Mao pour le costume cravate classique du futur présidentiable pour remplacer Macron. De quoi sourire évidemment quand on connaît le programme invraisemblable des « insoumis », des écolos, et autres radicaux qui voudraient nous ramener au rang du Venezuela, de la Russie ou même de la Chine. Pour preuve la députée Kirikou, compagne de Mélenchon vient de déclarer que la démocratie chinoise n’était pas inférieure à celle de la France ! Bref le modèle chinois avec la « dictature du peuple » Le modèle démocratique qui fonctionne déjà chez les « insoumis ».

À défaut de programme, la vieille rengaine communiste anticapitaliste, antilibérale et anti impérialiste pour renverser le pouvoir par la rue. Un mouvement en fait très minoritaire avec des actions très médiatiques et sans doute aussi violentes. Un mouvement qui se retournera contre leurs propres auteurs car le pays englué dans son immobilisme et ses lourdeurs structurelles risque de mal apprécier l’agitation dangereuse des gauchistes et autres idiots utiles. Utiles aussi à Poutine qui soutient discrètement l’agitation française. Une agitation française également complice de la situation en Ukraine où Mélenchon vient de décréter à lui seul la destitution du président actuel, Zélinsky, au profit sans doute d’un pro russe. En guise de révolution la France va connaître une journée d’agitation servie par les radicaux habituels dont par parenthèse une grande partie est fonctionnaire ou assimilé ! Une mobilisation qui ne changera pas beaucoup la donne politique et la dégénérescence sociétale du pays. En tout cas ses représentants

Départ de Bayrou : trois erreurs politiques fatales

Départ de Bayrou : trois erreurs politiques fatales

De façon un peu naïve Bayrou s’est étonné d être poussé vers la porte. Pour éviter d’être jeté dehors, il a donc précédé le mouvement avec une curieuse demande de confiance tardivement présentée à l’Assemblée nationale. Dès sa nomination, le devenir de ce gouvernement avec Bayrou était tracé d’avance. Et Bayrou en outre a multiplié les erreurs et cela s’inscrit dans un long processus. La première erreur fatale celle-là aura été d’apporter sa bénédiction déterminante à la candidature de la présidence de la république à Macron.

Sans cet appui, il est vraisemblable que Macron aurait eu les pires difficultés à gagner l’élection présidentielle. On se demande sur telle critères objectifs de compétences Bayrou a pu s’appuyer pour sortir presque du néant le jeune Macron qui jusque-là n’avait pas exercé la moindre responsabilité politique comme élu et pas même la moindre fonction dans un parti un peu représentatif. Il est clair que Bayrou faisait le calcul du retour d’ascenseur en espérant devenir beaucoup plus tôt le premier ministre. Malheureusement, il s’est vite aperçue que le nouveau monarque républicain ne goûtait guère la présence de responsables politiques chevronnés et d’une manière générale toute institution ou organisation y compris à l’intérieur d’un parti dit  » en marche  » mais qui est toujours resté sur place. Une situation voulue de manière délibérée par Macron. Et d’empêcher même toute émergence de nouveaux responsables à l’exception peut-être de Gabriel Attal mais lui aussi victime du pouvoir absolu du président monarque. Comment raisonnablement pouvait-on espérer cohérence, courage et démocratie de la part d’un Macron petit prince sorti de nulle part et qui a confondu démocratie et monarchie.
La seconde erreur politique de François Bayrou enfin désigné -ou plutôt auto désigné- premier ministre aura été de faire naître de grands espoirs à propos de la réforme des retraites et de la concertation avec les partenaires sociaux. Il avait pourtant promis de laisser le débat complètement libre étant entendu que de toute façon la décision finale appartient à l’Assemblée nationale et au Sénat. De façon consciente ou non, Bayrou en s’immisçant dans ce débat dit libre a fusillé la négociation entre les partenaires sociaux. Bayrou comme premier ministre a manqué à sa parole et tuer l’espérance d’une sortie cohérente et partagée du complexe problème des retraites.
La dernière erreur est évidemment celle qui consiste maintenant à tenter de masquer l’arrivée inévitable d’une motion de censure qui met fin à son mandat. Et d’inventer pour cela une sorte de questionnement bidon relatif à la gravité de la situation financière du pays. Une situation par ailleurs qui n’est contestée par personne même si les avis divergents fortement ensuite sur les manières d’y apporter des réponses. Pour terminer, Bayrou aura au cours de ces années et même de ces derniers jours échoué sur tous les plans et commis sans doute les pires erreurs politiques. Pourtant le bonhomme a des rondeurs apparentes mais il manque cruellement de clarté, de pertinence et même de courage. Sans parler de son rapport approximatif à la démocratie.
En outre Bayrou n’a jamais su séduire car à l’insuffisance sur le fond il faut ajouter son manque évident de charisme. La vérité, c’est que Bayrou n’a pas la stature qui convient pour être premier ministre surtout en période de crise. Sur la forme comme sur le fond son propos aura été complètement inaudible voire insupportable. Bayrou est plus proche du profil d’un président de conseil départemental que de celui de premier ministre. On objectera sans doute que la France manque cruellement de ces responsables à la fois à la hauteur et capable de mobiliser les forces actives et constructives du pays. Bref un manager, ni un technocrate ni un oligarque défraîchi




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