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Bicoin et Cryptomonnaies : le piège des pauvres

Bicoin et Cryptomonnaies : le piège des  pauvres

Elles n’ont rien de monnaies, même si l’engouement et l’appât du gain universels les affublent du qualificatif flatteur de «cryptomonnaies», dans une tentative vouée d’avance à l’échec de les crédibiliser et d’attirer le chaland. Par Michel Santi, économiste (*) (la Tribune)

 

 

Il faut en effet avoir et le cœur et l’estomac bien accrochés pour prétendre traiter et échanger de telles monnaies à la volatilité inouïe. Elles ne sont, en réalité, qu’un instrument – un énième – de pure spéculation offrant une valeur intrinsèque nulle !

 

Achetez un bien immobilier et vous l’aurez toujours si le marché venait à se dégrader. Achetez une action en bourse et vous serez toujours propriétaire d’une partie de l’entreprise si le marché venait à s’effondrer. Achetez des bitcoins et vous n’aurez plus qu’à jeter votre ordinateur à la poubelle si sa valeur venait à se liquéfier (comme c’est le cas actuellement) car ce machin ne représente qu’un bout de code dont vous ne pouvez strictement rien faire et que quelqu’un d’autre au bout de la pyramide a eu la bonne idée de vous vendre.

Cette hystérie généralisée raconte en fait banalement une histoire maintes fois vécue. Elle reflète une contagion collective ayant gonflé par le passé la valorisation d’actifs bien plus tangibles qu’une cryptomonnaie – aussi éphémère qu’un amour d’été – mais tout aussi banale que le jeu des chaises musicales où les places sont limitées et dont seuls s’en sortent ceux qui vendent les premiers.

Ce marché – qui vaut aujourd’hui quelques trillions de dollars et d’euros de moins pour s’être déjà largement dévalorisé ces derniers mois – ne vaut que grâce à d’autres joueurs qui sont d’accords de pousser plus haut et plus loin le « schmilblick ».

 

Plus grave – bien plus inquiétant et plus triste aussi : la crypto a prospéré sur un terreau de spéculateurs et d’investisseurs jeunes et précaires qui n’avaient pas les moyens de placer en bourse ni dans l’immobilier, trop chers pour eux. Soyons réalistes et honnêtes : dans un environnement où les nouvelles générations sont nettement moins bien loties que leurs aînés, dans un contexte où il semble si facile de gagner en spéculant par la grâce de la dérégulation et de la libéralisation totales des flux de capitaux, la crypto a vendu du rêve à la jeunesse, qui y a trouvé une manière idéale de se démarquer des anciens. Dans un monde où les inégalités sont aberrantes, où l’immense majorité des jeunes du monde entier sont désormais les nouveaux pauvres, la seule et unique arme à disposition de cette caste d’intouchables leur permettant de se distinguer fut la crypto qui a pu un temps les convaincre qu’ils se mettraient sur les pas des riches et des puissants, en usant accessoirement d’un instrument avant-gardiste.

Hélas pour ces jeunes et pour ces démunis pour lesquels la crypto fut littéralement une idéologie tant ils ne jurèrent plus que par elle, les riches investisseurs s’enrichirent davantage car c’est eux seuls qui étaient aux manettes de ces plateformes et de ce simulacre de marché. Aujourd’hui, des milliers d’investisseurs crédules – jeunes et moins jeunes mais pauvres – subissent frontalement et jusque dans leurs ultimes deniers ce dernier avatar en date d’un capitalisme sauvage qui ne sait ni ne peut prospérer que sur les cadavres des plus fragiles. C’est encore et toujours ceux qui peuvent le moins se permettre de perdre qui sont lésés et ratiboisés.

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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.
Il vient de publier « Fauteuil 37 » préfacé par Edgar Morin. Il est également l’auteur d’un nouvel ouvrage : « Le testament d’un économiste désabusé ».
Sa page Facebook et son fil Twitter.

Gouvernement : Borne oublie le logement

Gouvernement  : Borne  oublie le logement 

Henry Buzy-Cazaux, président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers, dénonce l’absence de portefeuille dédié au premier budget des ménages dans le nouveau gouvernement d’Elisabeth Borne.(dans capital)

Emmanuel Macron est un homme libre. Il n’est d’aucun parti et le mouvement qu’il a créé au moment de sa première campagne n’aspire pas à entrer dans cette catégorie. Il ne fait pas allégeance. Il aime être où l’on ne l’attend pas. Il veut aussi montrer qu’il est maître du temps : il a ainsi fait attendre au pays la nomination de son nouveau gouvernement et n’a pas hésité à faire des choix hétérodoxes, tel celui du ministre de l’Education, historien et chercheur combattant de la cause de la diversité, mais aussi de femmes et d’hommes sans densité politique, sélectionnées pour leur compétence sectorielle. La plus grosse surprise est d’une autre nature que l’audace du casting. Elle prend à revers tous ceux, nombreux, qui se demandaient si le logement, premier poste budgétaire des ménages, à l’heure de la dégradation du pouvoir d’achat, ferait partie des attributions d’un grand ministère, d’un simple portefeuille ou d’un secrétariat d’État. Toute la communauté immobilière, mais aussi le monde du logement social, espérait que le périmètre de responsabilité inclût l’aménagement du territoire, voire la ville durable ou encore la construction. Eh bien, rien de tout cela, rien du tout, ni secrétaire d’État, ni ministre, ni ministre d’État. Nada (les Espagnols en ont un). Nichts (les Allemands aussi).

Pour la première fois depuis le début de la cinquième République, impasse sur le logement. Pour être honnête, il y a un précédent : le premier gouvernement d’Édouard Philippe ne comportait pas de titulaire du logement et il a été reconnu dans les heures qui ont suivi la nomination que c’était un fâcheux oubli et qu’en fait l’éphémère ministre en charge de la cohésion des territoires, Richard Ferrand, un mois aux affaires, était bel et bien chargé du logement. D’ailleurs son successeur, Jacques Mézard, sera flanqué d’un secrétaire d’État, Julien Denormandie, plus tard promu ministre de plein exercice. Bref, c’était une gaffe, une bévue, une bavure, une bourde et le décret d’attribution a été retouché d’un trait de plume. On ne fait pas deux fois le même oubli. Cette fois, le Président Macron a délibérément allégé l’organigramme gouvernemental du logement. Pour être précis, il faudra prendre connaissance des décrets d’attribution, lorsqu’ils paraîtront au Journal officiel, et on y trouvera peut-être le logement dans le giron d’un ministre. Il reste que le logement n’aura pas été cité. Il n’aura pas été mis au fronton du gouvernement de la République et ce n’est pas seulement un surprise, c’est une erreur démocratique grave.

Pourquoi ? Parce que le rapport des ménages français au logement, de trop d’entre eux, n’est ni simple ni indolore ni léger. On l’a cru ou on a fait semblant de le croire depuis quinze ans, malgré la hausse des prix éprouvant la solvabilité des familles, malgré l’insuffisance de l’offre privée et sociale, en grande partie grâce aux taux d’intérêt  bas et à l’accès ouvert au crédit, qui en atténuaient les effets. Depuis deux ans, on fait aussi semblant de croire que la crise sanitaire n’a pas troublé le marché immobilier résidentiel, oubliant que le « quoi qu’il en coûte » a neutralisé la fragilisation des ménages, que les acheteurs avaient néanmoins monté en gamme, ou encore que 80% de l’épargne supplémentaire constituée pendant la covid l’avait été par 20% des ménages. Oubliant aussi que les aides s’arrêteraient, que les entreprises devraient rembourser les prêts garantis par l’État – nous sommes dans cette période -, occultant qu’il faudrait en payant plus de taxes et d’impôts rembourser la dette publique abyssale, négligeant l’impact insondable des travaux de transition environnementale sur les budgets domestiques et la valeur des actifs immobiliers.

La communauté immobilière n’est-elle pas coupable d’avoir témoigné trop d’optimisme, d’avoir tenu des discours trop enthousiastes et à courte vue ? Au point qu’un Président de la République, déjà peu enclin à estimer l’immobilier, ait pu penser qu’il n’était pas un sujet d’urgence politique. Quoi qu’il en soit, que la filière le lui ait bien ou mal expliqué, ne lui appartient-il pas d’avoir la pleine conscience de la réalité de son pays ? N’a-t-il pas arpenté la France pour sa campagne et au cours de son premier mandat? N’a-t-il pas perçu le désarroi des Gilets jaunes, certes éprouvés par le prix du gas oil, mais également atteints par la dépréciation de leur pavillon, construit dans des communes en déprise économique, périmé selon les normes écologiques du moment ? À cet égard, ne sommes-nous pas presque tous dans cette situation de désarroi face aux contraintes climatiques, au point d’avoir besoin de boussole et d’accompagnement ? A supposer que le Président de la République et sa Première ministre se reprennent, ce sera du réchauffé. On apprend dans les bonnes écoles de commerce qu’ « on n’a pas deux occasions de faire une première bonne impression ». Les ménages français, les professionnels et les associations à leur service ont lu le signe: le logement ne compte pas pour Emmanuel Macron.

Pourtant, au rang des mesures annoncées comme devant figurer dans le projet de loi pour soutenir le pouvoir d’achat en période d’inflation, la désindexation des loyers a été citée. La tête de l’exécutif voit la souffrance des locataires, sans d’ailleurs noter que les propriétaires n’ont pas sans aide à consentir l’effort qu’on leur demanderait, et ne considère pas le logement comme un sujet majeur. Singulier. Les enseignements de cette mésestime officielle du logement sont de deux ordres : au sommet de l’État, on ne comprend pas que le pays a bel et bien un problème logement, et que c’est une équation complexe que la polytechnicienne cheffe du gouvernement ne pourra pas ne pas équilibrer ; ensuite, la communauté du logement ne fera pas l’économie de se demander collégialement pourquoi sa voix est si ténue que le son n’en parvienne ni Faubourg Saint-Honoré, jusqu’à l’Élysée, ni rue de Varenne, jusqu’à l’hôtel de Matignon.

Le néocolonialisme aussi de la Chine

Le néocolonialisme aussi de la Chine

Dans son livre « Un autre monde. L’ère des dictateurs », Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », reprend une centaine de ses textes de référence sur la politique internationale et développe une réflexion éclairante sur la montée en puissance de Pékin ces dernières années. Extraits.

 

 

A Pékin, comme ailleurs, on gamberge sur la lente décadence de l’Occident ; on spécule avec gourmandise sur la sinisation à grands pas du monde globalisé. Le discours officiel célèbre le retour du pays à son rang traditionnel de grande puissance. L’émergence économique répare les humiliations qu’Américains, Européens et Japonais ont infligées aux Chinois de 1850 à 1949.

Ce « siècle de malheurs » ne se reproduira pas : la puissance militaire retrouvée est là pour le garantir. C’est parce qu’elle était faible à l’intérieur, politiquement divisée, misérable et mal gouvernée que la Chine a ouvert la voie aux exploiteurs étrangers – ces barbares. Catéchisme historique imposé à des centaines de millions de jeunes Chinois : le PCC [Parti communiste chinois] a sauvé la Chine de la désunion et de l’aliénation.

Grâce à la domination qu’il veut acquérir dans les secteurs-clés des hautes technologies, le pays ralliera deux objectifs : devenir une économie de relative opulence ; être indépendant dans la maîtrise du high-tech, l’instrument de la puissance de demain. Le gigantisme de son marché intérieur et les performances de son tissu industriel lui permettront de continuer à séduire consommateurs et investisseurs étrangers.

Interprétation optimiste de ces ambitions : l’empire du Milieu veut, sur la scène internationale, disposer d’une capacité d’influence à la hauteur de son poids économique. Rien d’extraordinaire. En somme, une grande puissance entend légitimement prendre la place qui lui revient. Mais à quelle fin ? Eliminer tout ce que les Chinois perçoivent comme un obstacle à leur montée en puissance ? Dominer le monde comme les Etats-Unis d’après 1945, en devenant à leur tour le grand prescripteur de normes ? Aller jusqu’au bout du déplacement de pouvoir en cours pour priver l’Amérique du leadership mondial qu’elle exerce, de bon ou de mauvais gré, depuis soixante-dix ans ?

 

[Le sinologue] François Godement esquisse une réponse : « Le débat demeure ouvert sur le fait de savoir si la Chine veut être au premier rang du monde pour diriger celui-ci ou pour laisser les autres se débrouiller, y compris sur bien des aspects de l’ordre international. Il ne me paraît pas évident que la Chine veuille se charger du fardeau de l’empire, pour paraphraser Kipling et son “fardeau de l’homme blanc”. »

L’un des spécialistes de la Chine parmi les plus écoutés aux Etats-Unis, Rush Doshi, répond différemment. « Nous avons affaire à un pays qui est peut-être moins intéressé par une forme de coexistence avec nous et plus par une forme de domination sur nous », dit-il. En 2021, Doshi publie un livre au titre sans ambiguïté : The Long Game : China’s Grand Strategy to Displace American Order (« la stratégie de la Chine pour évincer l’ordre américain », OUP USA, non traduit).

Crise : les « experts » dans le brouillard

Crise : les « experts »  dans le brouillard

 

Il faut évidemment reconnaître la complexité de la crise actuelle qui articule des dimensions économiques, sociales, technologiques, environnementales et géopolitiques. Une crise systémique aux nombreuses interactions qui exige  à la fois des compétences multiples en même temps qu’une grande modestie.

Nous sommes passés en quelques mois voire quelques semaines de l’euphorie de la reprise à l’angoisse de la récession avec en plus de l’inflation. Du coup, les experts, surtout les macro-économistes recherchent la martingale qui pourrait permettre de sortir du cycle infernal vers la stagflation ( absence de croissance conjuguée à une envolée des prix). Et on ressort évidemment les bonnes vieilles recettes. D’un côté les ultralibéraux qui proposent de faire payer la facture de la crise aux ménages en ne réajustant pas les salaires sur l’évolution des prix. Bref la renaissance de l’ultra libéralisme avec de pseudos arguments économiques qui dissimulent en fait un renforcement des inégalités.

De l’autre côté de l’échiquier idéologique, certains reprennent espoir dans les vertus d’un système étatiste se substituant à l’économie de marché et rétablissant un illusoire socialisme. Le point commun entre ces deux vues opposées et caricaturales, c’est qu’elles  se fondent surtout sur une approche centrale très typique de la culture française. Bref les mêmes remèdes pour tout le monde même si les pathologies sont différentes. Bilan, on ne fait souvent que renforcer les contradictions en ne tenant pas compte de la complexité des interactions et des spécificités des situations. Ce sont ces mêmes économistes macros qui ont imposé à l’Europe ce seuil de déficit limité à 3 % du PIB après en réalité un calcul de coin de table. Il ne s’agit pas de condamner l’apport de la macroéconomie mais de l’insérer dans une approche plus large tenant mieux compte des réalités sociales et économiques voire sociétales. Sans parler des réactions souvent imprévisible des agents économiques

Scandale Ehpad: Le résultat de la financiarisation

Scandale  Ehpad: Le résultat de la financiarisation

 

La financiarisation du modèle des maisons de retraite a conduit à leur dévoiement, estime l’ingénieur et architecte, Philippe Alluin,  dans une tribune au « Monde ». Revisiter les projets innovants des années 1990 permettrait de réinventer un autre système.

 

Révélés au grand public par la récente actualité autour du groupe Orpea, les dysfonctionnements des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) existent, en réalité, depuis fort longtemps. Dans quelques jours, le nouveau ministre chargé du sujet devra repenser la politique d’hébergement des personnes dépendantes. Mais, avant même d’envisager de « nouvelles » solutions, il serait utile d’identifier les facteurs qui ont conduit à la situation d’aujourd’hui.

Dans les années 1980, les personnes dépendantes ne pouvant plus habiter en « maison de retraite » étaient redirigées à l’hôpital, dans des services dits « de longue durée », suivant un modèle de type hospitalier, parfois même encore en salle commune. En 1983, Alain Gille, directeur des équipements à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), particulièrement visionnaire sur l’ampleur à venir de la dépendance, lança un appel d’idées auprès des architectes afin d’ouvrir les pistes d’un hébergement adapté. Les réponses furent nombreuses, variées et innovantes, consacrant le succès de cet appel. Ce fut le point de départ d’une série de réalisations innovantes et particulièrement adaptées au vieillissement et à la dépendance.

Le programme Sepia, lancé en 1989 par le ministère de la santé, prenait la suite et un important mouvement de gérontologues, sociologues et autres chercheurs apportait sa contribution à ces opérations pilotes. Les réalisations exemplaires qui suivirent sont relatées dans la presse spécialisée (Architectures du grand âge. Variations architecturales sur la fin de vie, Le Moniteur, 1988) et mettent en avant, entre autres, l’ouverture sur la ville, la mixité des programmes, l’espace à géométrie variable, l’ancrage dans les territoires.

Bien que saluées par les professionnels, les équipes soignantes et les familles des résidents, ces avancées furent brutalement stoppées par la création des Ehpad, en 2002. La « massification », terme favori de nos administrations chargées de régler un problème de grande ampleur, s’attacha dès lors à encadrer, normaliser et régenter sur l’ensemble du territoire l’hébergement des personnes âgées dépendantes, tout en retardant le plus possible leur entrée dans l’institution, le maintien à domicile apparaissant alors moins coûteux que l’Ehpad. Le système ainsi mis en place devenait un standard auquel il était alors interdit de déroger, si l’on souhaitait bénéficier du financement et des autorisations d’ouverture, tant pour la création d’un nouvel établissement que pour son fonctionnement. Il devenait impossible de poursuivre les avancées réalisées dans les années 1990, qui sont vite tombées dans l’oubli.

Elections législatives : Le municipalisme écologique pour succéder au communisme !

Elections législatives :  Le municipalisme écologique pour succéder au communisme ! 

Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny (Essonne) et vice-président de la communauté d’agglomération Grand Paris Sud, estime dans une tribune au « Monde » que le municipalisme peut être un des moteurs de la victoire de la Nouvelle Union populaire et écologique et sociale, Sur le plan idéologique ce municipalisme  écologique serait le successeur du socialisme et du communisme ! Ou l’art du parti communiste d’accommoder les restes électoraux dans une curieuse tambouille idéologique. À quand une par exemple une politique nucléaire municipale ?  ( Le parti communiste veut maintenir le nucléaire et Mélenchon les supprimer). Ou naufrage de la vieille gauche prête à tout pour sauver sa peau.

 

L’élection présidentielle a entériné le bouleversement du paysage politique de notre pays. Trois blocs idéologiques, sociaux et territoriaux structurent aujourd’hui la carte électorale : bien sûr le bloc ultralibéral du président des riches et le bloc d’extrême droite, déjà dominants lors de l’élection de 2017, puis un troisième bloc, populaire, jeune, urbain, qui est venu jouer les trouble-fêtes.

Aujourd’hui, l’espoir créé lors du premier tour, amplifié par l’élargissement qui a abouti à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), peut gagner les élections législatives. Il permettra ainsi la victoire inédite d’un mouvement issu notamment des villes populaires et des banlieues, offrant un débouché à nos luttes et à nos expériences du municipalisme.

C’est en effet d’abord dans les quartiers populaires de l’outre-mer et de l’Hexagone que ce bloc s’est constitué politiquement au soir du 10 avril 2022. Les territoires dits urbains périphériques, où les populations sont les plus déclassées, précarisées et enfermées par l’ubérisation du travail, ont permis à la gauche, et en premier lieu à Jean-Luc Mélenchon, d’y réaliser ses plus gros scores. Cela, avec des résultats jamais vus sous la Ve République.

Cette « surprise » électorale était déjà en gestation à travers les luttes qui ont été menées depuis des années dans nos villes et qui ont ébranlé le premier quinquennat d’Emmanuel Macron : les « gilets jaunes », partis de nos ronds-points jusqu’aux boulevards des grandes métropoles, la déferlante féministe, de collages de rue en campagnes contre le harcèlement dans les transports en commun, les manifestations de la jeunesse urbaine face à l’inaction climatique ou enfin le mouvement pour la justice et contre les violences racistes.

Ce formidable bloc populaire naît aussi des expériences locales du « municipalisme », qui font la démonstration qu’« un autre monde est possible » . Ce monde est non seulement possible, mais dans nos villes et dans nos quartiers, nous sommes déjà attelés à sa construction. Ce municipalisme constitue aujourd’hui un mouvement diffus, qui, partout dans le monde, offre des perspectives de transformation réelles, qui répondent aux urgences démocratique, sociale et climatique. Il a une histoire, ou plutôt des histoires : celles du socialisme, puis du communisme municipal, coagulées plus récemment à l’écologie communale.

 

Depuis vingt ans, et le Forum de Porto Alegre qui consacrait la démocratie participative et l’altermondialisme et où on osait démontrer une réponse concrète au « There is no alternative », le municipalisme a cherché, innové et parfois offert un débouché aux tâtonnements : là où nos institutions ont rendu nos Etats presque amorphes, la démocratie du coin de la rue, du groupe WhatsApp et du bas d’immeuble a su débusquer et remettre en cause les logiques d’un système où les mécanismes inégalitaires d’accumulation de richesses ont dépossédé les classes sociales travailleuses de tout pouvoir économique et démocratique, jusqu’à nous gouverner presque de l’extérieur.

Conjoncture: Le désarroi face à l’inflation

Conjoncture: Le désarroi face à l’inflation 

 

Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde » exprime le désarroi du monde économique face à la montée de l’inflation et à la politique monétaire

Pour justifier l’extraordinaire bonus de 52 millions de dollars (49,4 millions d’euros), en plus de son salaire de plus de 30 millions de dollars, accordé au PDG de la banque J.P. Morgan, Jamie Dimon, le conseil d’administration s’est contenté de dire qu’il ne voulait pas le voir partir. A 66 ans, et doté d’un cœur fragile et d’une fortune dépassant le milliard, il aurait pu avoir cette tentation. Alors, chaque année, ils le gratifient d’un bonus spécial qu’il ne pourra toucher que s’il reste cinq ou six ans de plus. En 2021, c’était 34 millions. Jamie étant président de ce même conseil d’administration, il ne trouve rien à redire à ces constantes preuves d’amour.

Mais, cette année, quelque chose s’est cassé. Une défiance nouvelle s’est emparée, non pas des administrateurs, mais des actionnaires. Pour la première fois depuis qu’ils ont le droit de s’exprimer en assemblée générale sur le sujet (en 2009), ils ont rejeté, à une écrasante majorité, mardi 17 mai, le petit cadeau au bien-aimé patron. Alors qu’en 2021 ils étaient 90 % à applaudir, ils ne sont plus, cette année, que 31 %.

Bien sûr, aucune considération morale dans cette sanction, d’ailleurs purement consultative. Le fait que la rémunération moyenne des patrons atteigne des sommets aux Etats-Unis ne fait, après tout, que refléter la bonne santé de la Bourse, dont tous se félicitent. Le retour sur investissement, en 2021, a été, en moyenne, de 30 % pour les 400 plus grandes sociétés américaines. Or, l’essentiel de la rémunération des patrons est désormais versé en actions, que le patron ne peut toucher qu’à partir d’une date précise et d’un niveau de valorisation atteint. Ainsi, Jamie Dimon ne pourra ouvrir son joli paquet de 50 millions qu’à partir de 2027, et si le cours de l’action dépasse les 148 dollars, contre 122 aujourd’hui.

Ce que les actionnaires reprochent au patron, c’est plutôt son plan d’investissements, annoncé en mars et jugé à la fois peu détaillé et trop ambitieux. Quand les entreprises trop riches se mettent en tête de beaucoup dépenser, cela alarme toujours les porteurs d’actions. Le patron d’Intel, Pat Gelsinger, a essuyé une bronca du même ordre, le 12 mai, alors qu’il entend multiplier les investissements dans ses usines électroniques du monde entier.

Cette révolte soudaine cache cependant une inquiétude plus forte. L’envolée spectaculaire de la Bourse depuis dix ans, qui s’est jouée de la crise sanitaire comme d’une petite brise rafraîchissante, ne résiste pas à la terreur ultime des investisseurs : l’inflation. Massive sur le territoire américain, alimentée par la hausse des salaires, elle conduit la banque centrale à inverser en catastrophe sa politique monétaire, en réduisant ses rachats d’actifs et en remontant ses taux d’intérêt. C’est justement cette combinaison qui avait fait exploser les cours, qui a créé une bulle sur les valeurs technologiques et qui éclate aujourd’hui. Et, tout à coup, les actionnaires se demandent s’il serait très juste de voir les patrons se prélasser au paradis, quand eux s’acheminent vers l’enfer.

Crise économique : les experts dans le brouillard

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Il faut évidemment reconnaître la complexité de la crise actuelle qui articule des dimensions économiques, sociales, technologiques, environnementales et géopolitiques. Une crise systémique aux nombreuses interactions qui exige  à la fois des compétences multiples en même temps qu’une grande modestie.

Nous sommes passés en quelques mois voire quelques semaines de l’euphorie de la reprise à l’angoisse de la récession avec en plus de l’inflation. Du coup, les experts, surtout les macro-économistes recherchent la martingale qui pourrait permettre de sortir du cycle infernal qui conduit   vers la stagflation( absence de croissance conjuguée à une envolée des prix). Et on ressort évidemment les bonnes vieilles recettes. D’un côté les ultralibéraux qui proposent de faire payer la facture de la crise aux ménages en ne réajustant pas les salaires sur l’évolution des prix. Bref la renaissance de l’ultra libéralisme avec de pseudos arguments économiques qui dissimulent en fait un renforcement des inégalités.

De l’autre côté de l’échiquier idéologique, certains reprennent espoir dans les vertus d’un système étatiste se substituant à l’économie de marché et rétablissant un illusoire socialisme.

Le principe est de distribuer des richesses qui n’existent pas en les finançant par la dette qui à terme produit inflation et appauvrissement.

Le point commun entre ces deux vues opposées et caricaturales, c’est qu’elles  se fondent  surtout sur une approche centrale très manichéenne et très typique de la culture française. Bref les mêmes remèdes pour tout le monde même si les pathologies sont différentes. Bilan, on ne fait souvent que renforcer les contradictions en ne tenant pas compte de la complexité des interactions et des spécificités des situations. Ce sont ces mêmes économistes macros qui ont imposé à l’Europe ce seuil de déficit limité à 3 % du PIB après en réalité un calcul de coin de table. Il ne s’agit pas de condamner l’apport de la macroéconomie mais de l’insérer dans une approche plus large tenant mieux compte des réalités sociales et économiques voire sociétales. Sans parler des réactions souvent imprévisible des agents économiques. Encore faudrait-il que certains experts commencent à réfléchir autrement au lieu de nous ressortir les vieilles recettes d’antan ou de reprendre les discours des lobbys ( banquiers  notamment). Un seul exemple de ces contradictions quand on veut imposer  un  âge de retraite identique de 65 ans à tous  par exemple à un couvreur.

Politique-Nouvelle rupture avec le capitalisme !

 

Politique-Nouvelle  rupture avec le capitalisme !

 

L’époque favorise sans doute le retour au manichéisme et au simplisme. Ainsi pendant que de grands économistes comme Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry proposent tout simplement de bloquer les salaires face à l’inflation, un autre économiste très à gauche propose rien que moins une  nouvelle rupture avec le capitalisme et de rappeler les propos d’un Mitterrand qui n’a jamais tenu le 10e de ses promesses.

Ce débat entre étatistes socialistes et ultralibéraux prend des allures assez surréalistes . Et le charabia des macros économistes ressemble de plus en plus à la langue les médecins de Molière NDLR 

Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social contre le marché. Mais, à l’aune des nouveaux enjeux démocratiques et écologiques, ce renouveau doit passer par les territoires, estime l’économiste Hervé Defalvard, dans une tribune au « Monde ».

 

 

 

« Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut être adhérent au Parti socialiste. » Cinquante ans après cette phrase du premier secrétaire du Parti socialiste, François Mitterrand, au Congrès d’Epinay de 1971, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale rouvre une séquence unitaire à gauche placée sous le signe de la rupture avec le capitalisme. Mais quel sens donner aujourd’hui à cette rupture ?

A lire le contenu du nouveau programme commun, ce sens est d’abord celui de la répétition. Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social(iste) contre le marché libéral. A trois niveaux. Celui, d’abord, du service public qui, au-delà de l’embauche de fonctionnaires aux rémunérations revalorisées à l’hôpital ou à l’école, s’élargit avec de nouvelles nationalisations reconstituant un pôle public aussi bien de l’énergie que bancaire. Celui, ensuite, de la Sécurité sociale, avec le retour à la retraite à 60 ans ou le revenu d’autonomie des jeunes, qui ne serait pas financé par des cotisations. Celui, enfin, des salaires et conditions de travail : si seul le salaire minimum relève de l’Etat, il y aura des soutiens à la négociation de branche car l’Etat social(iste) repose historiquement sur l’alliance avec les syndicats ouvriers sur la base de la hiérarchie des normes restaurée avec l’abrogation de la loi El Khomri.

Toutefois, si la rupture avec le capitalisme n’est assise que sur ce seul sens-là, alors nous pouvons dire qu’elle annonce un échec répété. Et que, plus grave, elle passe à côté des enjeux de l’époque, qui obligent à actualiser la rupture avec le capitalisme.

En effet, la rupture avec le capitalisme, qui suppose de réaliser une transition écologique, sociale et démocratique selon la méthode de « l’évolution révolutionnaire » chère à Jaurès, a aujourd’hui pour sujet moins l’Etat que les territoires. Car c’est au nom des territoires que les luttes et les alternatives se produisent désormais. Qu’il s’agisse de souveraineté alimentaire, d’autonomie énergétique, de mobilité douce et partagée, d’accès au logement ou à la santé, de sauvegarde de l’emploi, de reconnaissance des cultures urbaines, ce sont des collectifs qui, sur les territoires, portent le combat contre l’extractivisme du capital et son allié l’Etat néolibéral, pour lui substituer d’autres modes d’allocation des ressources et, plus largement, d’autres modes de vie, afin de garantir leur usage durable pour toutes et tous. Ces collectifs sont des communs de territoire qui agrègent citoyens, associations, coopératives, syndicats, collectivités territoriales et même entreprises classiques.

Scandale McKinsey : le Sénat saisit la justice … Qui va étouffer l’affaire

Scandale McKinsey : le  Sénat saisit la justice … Qui va étouffer l’affaire

Nouveau rebondissement dans l’affaire des cabinets de conseil, et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier. Ce mercredi, dans un communiqué, le bureau du Sénat a annoncé avoir décidé «de saisir le parquet [...] pour suspicion de faux témoignage» sur la situation fiscale du cabinet de conseil McKinsey en France. Une affaire qui dégage un certain parfum du premier financement de la campagne de Macron en 2017 . Les conditions le financement de cette campagne n’ont jamais été éclairées, et il y a peu de chances qu’elle soit maintenant ! Pour justifier cette dépense de plus d’un milliard d’euros, il faudrait que l’État ait  mobilisé des milliers et des milliers de consultants puisque l’essentiel des prestations relève du soft et non de la fourniture d’investissements matériels.

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. Une proposition de loi transpartisane, réunissant notamment les membres de la commission d’enquête, doit être déposée «fin juin». Objectif : «qu’elle soit examinée par le Sénat à l’automne prochain» et qu’elle permette de mieux encadrer le recours à ces entités privées. En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

 

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Crise : les experts dans le brouillard

Crise : les experts  dans le brouillard

 

Il faut évidemment reconnaître la complexité de la crise actuelle qui articule des dimensions économiques, sociales, technologiques, environnementales et géopolitiques. Une crise systémique aux nombreuses interactions qui exige  à la fois des compétences multiples en même temps qu’une grande modestie.

Nous sommes passés en quelques mois voire quelques semaines de l’euphorie de la reprise à l’angoisse de la récession avec en plus de l’inflation. Du coup, les experts, surtout les macros économistes recherchent la martingale qui pourrait permettre de sortir du cycle infernal pourrait conduire  vers la stagflation ( absence de croissance conjuguée à une envolée des prix). Et on ressort évidemment les bonnes vieilles recettes. D’un côté les ultralibéraux qui proposent de faire payer la facture de la crise aux ménages en ne réajustant pas les salaires sur l’évolution des prix. Bref la renaissance de l’ultra libéralisme avec de pseudos arguments économiques qui dissimulent en fait un renforcement des inégalités.

De l’autre côté de l’échiquier idéologique, certains reprennent espoir dans les vertus d’un système étatiste se substituant à l’économie de marché et rétablissant un illusoire socialisme. Le point commun entre ces deux vues opposées et caricaturales, c’est qu’elles  se fondent  surtout sur une approche centrale très typique de la culture française. Bref les mêmes remèdes pour tout le monde même si les pathologies sont différentes. Bilan, on ne fait souvent que renforcer les contradictions en ne tenant pas compte de la complexité des interactions et des spécificités des situations. Ce sont ces mêmes économistes macros qui ont imposé à l’Europe ce seuil de déficit limité à 3 % du PIB après en réalité un calcul de coin de table .  Il ne s’agit pas de condamner l’apport de la macroéconomie mais de l’insérer dans une approche plus large tenant mieux compte des réalités sociales et économiques voire sociétales. Sans parler des réactions souvent imprévisibles des agents économiques.

Or ces agents économiques notamment les ménages ont déjà intégré la gravité de la conjoncture en réduisant de manière assez drastique les dépenses de consommation. D’où le tassement de la croissance qui risque d’être divisée au moins par deux d’ici la fin d’année ( on attendait 4 % on aura du mal à atteindre 2 %).

La France continue de vivre une sorte de moments de suspension des réalités économiques en raison de la période électorale. Et les experts ressortent les vieux outils rendant notamment responsable les salaires de la hausse de l’inflation. Or cette inflation est née de la progression des prix des matières industrielles et alimentaires, des dysfonctionnements logistiques, des relocalisations et de l’instabilité de l’environnement géopolitique. On ne saurait donc pour l’instant imputer au salaire la responsabilité de cette inflation même si  la boucle prix salaires devra être pris en compte. Aujourd’hui la réalité c’est  que l’inflation atteint presque 6 % en France alors que le revenu n’ont progressé en moyenne que de 2 %.

 

Il faut par exemple une sérieuse dose d’hypocrisie et d’incompétence pour rendre les ménages responsables de la hausse des cours du blé dont les prix ont doublé.

 

Politique-Scandale McKinsey : le Sénat saisit la justice

Politique-Scandale McKinsey : le  Sénat saisit la justice 

Nouveau rebondissement dans l’affaire des cabinets de conseil, et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier. Ce mercredi, dans un communiqué, le bureau du Sénat a annoncé avoir décidé «de saisir le parquet [...] pour suspicion de faux témoignage» sur la situation fiscale du cabinet de conseil McKinsey en France. Une affaire qui dégage un certain parfum du premier financement de la campagne de Macron en 2017 .Pour justifier cette dépense de plus d’un milliard d’euros, il faudrait que l’État ait  mobilisé des milliers et des milliers de consultants puisque l’essentiel des prestations relève du soft et non de la fourniture d’investissements matériels.

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. Une proposition de loi transpartisane, réunissant notamment les membres de la commission d’enquête, doit être déposée «fin juin». Objectif : «qu’elle soit examinée par le Sénat à l’automne prochain» et qu’elle permette de mieux encadrer le recours à ces entités privées. En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

Crise : les économistes dans le brouillard

Crise : les économistes dans le brouillard

 

Il faut évidemment reconnaître la complexité de la crise actuelle qui articule des dimensions économiques, sociales, technologiques, environnementales et géopolitiques. Une crise systémique aux nombreuses interactions qui exige  à la fois des compétences multiples en même temps qu’une grande modestie.

Nous sommes passés en quelques mois voire quelques semaines de l’euphorie de la reprise à l’angoisse de la récession avec en plus de l’inflation. Du coup, les experts, surtout les macros économistes recherchent la martingale qui pourrait permettre de sortir du cycle infernal pourrait conduire  vers la stagflation( absence de croissance conjuguée à une envolée des prix). Et on ressort évidemment les bonnes vieilles recettes. D’un côté les ultralibéraux qui proposent de faire payer la facture de la crise aux ménages en ne réajustant pas les salaires sur l’évolution des prix. Bref la renaissance de l’ultra libéralisme avec de pseudos arguments économiques qui dissimulent en fait un renforcement des inégalités.

De l’autre côté de l’échiquier idéologique, certains reprennent espoir dans les vertus d’un système étatiste se substituant à l’économie de marché et rétablissant un illusoire socialisme. Le point commun entre ces deux vues opposées et caricaturales, c’est qu’elles  se fonde surtout sur une approche centrale très typique de la culture française. Bref les mêmes remèdes pour tout le monde même si les pathologies sont différentes. Bilan, on ne fait souvent que renforcer les contradictions en ne tenant pas compte de la complexité des interactions et des spécificités des situations. Ce sont ces mêmes économistes macros qui ont imposé à l’Europe ce seuil de déficit limité à 3 % du PIB après en réalité un calcul de coin de table. Il ne s’agit pas de condamner l’apport de la macroéconomie mais de l’insérer dans une approche plus large tenant mieux compte des réalités sociales et économiques voire sociétales. Sans parler des réactions souvent imprévisible des agents économiques

Cryptomonnaies : le piège des pauvres

Cryptomonnaies : le piège des  pauvres

Elles n’ont rien de monnaies, même si l’engouement et l’appât du gain universels les affublent du qualificatif flatteur de «cryptomonnaies», dans une tentative vouée d’avance à l’échec de les crédibiliser et d’attirer le chaland. Par Michel Santi, économiste (*) (la Tribune)

 

 

Il faut en effet avoir et le cœur et l’estomac bien accrochés pour prétendre traiter et échanger de telles monnaies à la volatilité inouïe. Elles ne sont, en réalité, qu’un instrument – un énième – de pure spéculation offrant une valeur intrinsèque nulle !

 

Achetez un bien immobilier et vous l’aurez toujours si le marché venait à se dégrader. Achetez une action en bourse et vous serez toujours propriétaire d’une partie de l’entreprise si le marché venait à s’effondrer. Achetez des bitcoins et vous n’aurez plus qu’à jeter votre ordinateur à la poubelle si sa valeur venait à se liquéfier (comme c’est le cas actuellement) car ce machin ne représente qu’un bout de code dont vous ne pouvez strictement rien faire et que quelqu’un d’autre au bout de la pyramide a eu la bonne idée de vous vendre.

Cette hystérie généralisée raconte en fait banalement une histoire maintes fois vécue. Elle reflète une contagion collective ayant gonflé par le passé la valorisation d’actifs bien plus tangibles qu’une cryptomonnaie – aussi éphémère qu’un amour d’été – mais tout aussi banale que le jeu des chaises musicales où les places sont limitées et dont seuls s’en sortent ceux qui vendent les premiers.

Ce marché – qui vaut aujourd’hui quelques trillions de dollars et d’euros de moins pour s’être déjà largement dévalorisé ces derniers mois – ne vaut que grâce à d’autres joueurs qui sont d’accords de pousser plus haut et plus loin le « schmilblick ».

 

Plus grave – bien plus inquiétant et plus triste aussi : la crypto a prospéré sur un terreau de spéculateurs et d’investisseurs jeunes et précaires qui n’avaient pas les moyens de placer en bourse ni dans l’immobilier, trop chers pour eux. Soyons réalistes et honnêtes : dans un environnement où les nouvelles générations sont nettement moins bien loties que leurs aînés, dans un contexte où il semble si facile de gagner en spéculant par la grâce de la dérégulation et de la libéralisation totales des flux de capitaux, la crypto a vendu du rêve à la jeunesse, qui y a trouvé une manière idéale de se démarquer des anciens. Dans un monde où les inégalités sont aberrantes, où l’immense majorité des jeunes du monde entier sont désormais les nouveaux pauvres, la seule et unique arme à disposition de cette caste d’intouchables leur permettant de se distinguer fut la crypto qui a pu un temps les convaincre qu’ils se mettraient sur les pas des riches et des puissants, en usant accessoirement d’un instrument avant-gardiste.

Hélas pour ces jeunes et pour ces démunis pour lesquels la crypto fut littéralement une idéologie tant ils ne jurèrent plus que par elle, les riches investisseurs s’enrichirent davantage car c’est eux seuls qui étaient aux manettes de ces plateformes et de ce simulacre de marché. Aujourd’hui, des milliers d’investisseurs crédules – jeunes et moins jeunes mais pauvres – subissent frontalement et jusque dans leurs ultimes deniers ce dernier avatar en date d’un capitalisme sauvage qui ne sait ni ne peut prospérer que sur les cadavres des plus fragiles. C’est encore et toujours ceux qui peuvent le moins se permettre de perdre qui sont lésés et ratiboisés.

______

(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.
Il vient de publier « Fauteuil 37 » préfacé par Edgar Morin. Il est également l’auteur d’un nouvel ouvrage : « Le testament d’un économiste désabusé ».
Sa page Facebook et son fil Twitter.

Le populisme se nourrit du déclassement économique

 

L’économiste turc Dani Rodrik défend des politiques créant des emplois stables, avec des perspectives d’évolution, en ciblant des entreprises moyennes fortement pourvoyeuses d’emplois dans des régions délaissées.(le Monde)

 

Professeur d’économie à l’université américaine Harvard, l’économiste turc Dani Rodrik est réputé pour ses travaux sur les liens entre mondialisation, souveraineté et démocratie. Il plaide, depuis plus de vingt ans, pour une autre vision du libre-échange, dans un monde menacé par les risques géopolitiques.

Peut-on résumer le duel qui a opposé Emmanuel Macron à Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle comme opposant les gagnants et les perdants de la mondialisation ?

Deux écoles de pensée s’affrontent sur la définition du populisme d’extrême droite. La première insiste sur l’intensification de la guerre culturelle, avec la montée de la xénophobie et du racisme. La seconde penche pour l’explication économique liée au marché du travail transformé notamment par la mondialisation.

Personnellement, je pense que l’essor du populisme autoritaire dans de nombreux Etats en Europe et aux Etats-Unis est lié à la disparition des emplois de qualité dans la classe moyenne de ces pays. Celle-ci est due à de multiples facteurs, dont la mondialisation, qui a accéléré la désindustrialisation. La perte des usines a réduit l’offre d’emploi, pour une population parfois très compétente mais peu mobile, et qui n’avait pas les qualifications nécessaires pour bénéficier de l’économie hypermondialisée.

 

Mais la mondialisation n’est pas la seule force en jeu. Les changements technologiques, l’automatisation, les robots ont aussi contribué à cela. L’approche très radicale en matière de politique économique, poussant à plus de libéralisation et de dérégulation du marché du travail, a créé de l’anxiété. Quelle que soit la situation, il y a toujours des électeurs qui penchent pour l’extrême droite, mais ses leaders ont su capitaliser sur cette angoisse et ces chocs qui ont touché les économies comme la France depuis trente ans.

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Le paradoxe de la mondialisation, au cours des trois dernières décennies, c’est qu’elle a intégré les nations dans l’économie mondiale, tout en disloquant les économies à l’échelle nationale. Nous avions un modèle de mondialisation bien différent avant les années 1990. Les responsables politiques utilisaient leur intégration à l’économie mondiale avant tout pour soutenir leur croissance. Lorsque les deux étaient incompatibles, ils négociaient une exception ou une clause de sauvegarde. Lorsqu’il y a eu, par exemple, dans les années 1970, la vague d’importations de vêtements à bas prix en provenance des pays en développement, les pays riches ont négocié avec eux l’accord multifibres pour protéger leur industrie, tout en leur offrant quelques concessions. Les pays riches savaient prendre leur distance par rapport à la mondialisation, lorsque celle-ci les menaçait.

Crise : les économistes dans le brouillard

Crise : les macros dans le brouillard

 

Il faut évidemment reconnaître la complexité de la crise actuelle qui articule des dimensions économiques, sociales, technologiques, environnementales et géopolitiques. Une crise systémique aux nombreuses interactions qui exige  à la fois des compétences multiples en même temps qu’une grande modestie.

Nous sommes passés en quelques mois voire quelques semaines de l’euphorie de la reprise à l’angoisse de la récession avec en plus de l’inflation. Du coup, les experts, surtout les macros économistes recherchent la martingale qui pourrait permettre de sortir du cycle infernal qui pourrait conduire  vers la stagflation ( absence de croissance conjuguée à une envolée des prix). Et on ressort évidemment les bonnes vieilles recettes. D’un côté les ultralibéraux qui proposent de faire payer la facture de la crise aux ménages en ne réajustant pas les salaires sur l’évolution des prix. Bref la renaissance de l’ultra libéralisme avec de pseudos arguments économiques qui dissimulent en fait un renforcement des inégalités.

De l’autre côté de l’échiquier idéologique, certains reprennent espoir dans les vertus d’un système étatiste se substituant à l’économie de marché et rétablissant un illusoire socialisme. Le point commun entre ces deux vues opposées et caricaturales, c’est qu’elles  se fondent  surtout sur une approche centrale très typique de la culture française. Bref les mêmes remèdes pour tout le monde même si les pathologies sont différentes. Bilan, on ne fait souvent que renforcer les contradictions en ne tenant pas compte de la complexité des interactions et des spécificités des situations. Ce sont ces mêmes économistes macros qui ont imposé à l’Europe ce seuil de déficit limité à 3 % du PIB après en réalité un calcul de coin de table. Il ne s’agit pas de condamner l’apport de la macroéconomie mais de l’insérer dans une approche plus large tenant mieux compte des réalités sociales et économiques voire sociétales. Sans parler des réactions souvent imprévisible des agents économiques

Hollande : le retour en 2027, au secours !

Hollande : le retour en 2027, au secours !

Émoustillé par l’emprise de Mélenchon sur la gauche, Hollande envisage son retour en 2027. Et le pire c’est qu’il y croit sérieusement, comme il croit sans doute à son triste bilan qui a eu pour résultat de tuer le parti socialiste et de faire émerger Macron.Dix ans plus tard presque jour pour jour, François Hollande veut  donc entamer  une nouvelle page de sa vie politique. Depuis ses vastes bureaux de la rue de Rivoli, où Philae, le labrador noir qu’il a eu à l’Elysée, se balade de pièce en pièce, il reçoit à tour de bras. Cette semaine, il a vu son ex-ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, échangé avec son dernier chef de gouvernement, Bernard Cazeneuve, mais aussi avec l’influente présidente de la région Occitanie, Carole Delga, avec le Marseillais qui rue dans les brancards contre l’accord à gauche, Patrick Mennucci, ou encore l’opposante à Olivier Faure au sein du Parti socialiste, Hélène Geoffroy.
L’ancien Président échafaude son plan sur les cinq prochaines années. « 2027 se prépare dès 2022, sur le plan des idées et sur celui de l’incarnation », expose-t-il.

Scandale McKinsey : le Sénat saisit la justice

Scandale McKinsey : le  Sénat saisit la justice 

Nouveau rebondissement dans l’affaire des cabinets de conseil, et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier. Ce mercredi, dans un communiqué, le bureau du Sénat a annoncé avoir décidé «de saisir le parquet [...] pour suspicion de faux témoignage» sur la situation fiscale du cabinet de conseil McKinsey en France. Une affaire qui dégage un certain parfum du premier financement de la campagne de Macron en 2017 .

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. Une proposition de loi transpartisane, réunissant notamment les membres de la commission d’enquête, doit être déposée «fin juin». Objectif : «qu’elle soit examinée par le Sénat à l’automne prochain» et qu’elle permette de mieux encadrer le recours à ces entités privées. En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

Sondage Élisabeth Borne à Matignon: Elle n’incarne pas le changement annoncé par Macron pour 60 %

Sondage Élisabeth Borne à Matignon: Elle n’incarne pas le changement annoncé par Macron pour 60 %

 

 

. Selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro, La nomination d’Élisabeth Borne ne correspond pas, pour 57% des sondés, au virage annoncé par Emmanuel Macron pour son second quinquennat. Il est clair pour les Français que Macron a choisi une première ministre assez transparente pour pouvoir gouverner seul.Seules 41% des personnes interrogées jugent que ce choix est le signe que le président veut diriger le pays différemment que lors de son premier mandat. Les sympathisants du Rassemblement national (78%), Reconquête! (74%) et de la France insoumise sont les plus nombreux à estimer que la nomination de l’ex-ministre de la Transition écologique s’inscrit dans la continuité du premier quinquennat. Sans surprise, 96% des partisans de Renaissance (anciennement LREM) jugent au contraire qu’elle marque un changement.

 

 

Le désarroi face à l’inflation

Le désarroi face à l’inflation 

 

Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde » exprime le désarroi du monde économique face à la montée de l’inflation et à la politique monétaire

Pour justifier l’extraordinaire bonus de 52 millions de dollars (49,4 millions d’euros), en plus de son salaire de plus de 30 millions de dollars, accordé au PDG de la banque J.P. Morgan, Jamie Dimon, le conseil d’administration s’est contenté de dire qu’il ne voulait pas le voir partir. A 66 ans, et doté d’un cœur fragile et d’une fortune dépassant le milliard, il aurait pu avoir cette tentation. Alors, chaque année, ils le gratifient d’un bonus spécial qu’il ne pourra toucher que s’il reste cinq ou six ans de plus. En 2021, c’était 34 millions. Jamie étant président de ce même conseil d’administration, il ne trouve rien à redire à ces constantes preuves d’amour.

Mais, cette année, quelque chose s’est cassé. Une défiance nouvelle s’est emparée, non pas des administrateurs, mais des actionnaires. Pour la première fois depuis qu’ils ont le droit de s’exprimer en assemblée générale sur le sujet (en 2009), ils ont rejeté, à une écrasante majorité, mardi 17 mai, le petit cadeau au bien-aimé patron. Alors qu’en 2021 ils étaient 90 % à applaudir, ils ne sont plus, cette année, que 31 %.

Bien sûr, aucune considération morale dans cette sanction, d’ailleurs purement consultative. Le fait que la rémunération moyenne des patrons atteigne des sommets aux Etats-Unis ne fait, après tout, que refléter la bonne santé de la Bourse, dont tous se félicitent. Le retour sur investissement, en 2021, a été, en moyenne, de 30 % pour les 400 plus grandes sociétés américaines. Or, l’essentiel de la rémunération des patrons est désormais versé en actions, que le patron ne peut toucher qu’à partir d’une date précise et d’un niveau de valorisation atteint. Ainsi, Jamie Dimon ne pourra ouvrir son joli paquet de 50 millions qu’à partir de 2027, et si le cours de l’action dépasse les 148 dollars, contre 122 aujourd’hui.

Ce que les actionnaires reprochent au patron, c’est plutôt son plan d’investissements, annoncé en mars et jugé à la fois peu détaillé et trop ambitieux. Quand les entreprises trop riches se mettent en tête de beaucoup dépenser, cela alarme toujours les porteurs d’actions. Le patron d’Intel, Pat Gelsinger, a essuyé une bronca du même ordre, le 12 mai, alors qu’il entend multiplier les investissements dans ses usines électroniques du monde entier.

Cette révolte soudaine cache cependant une inquiétude plus forte. L’envolée spectaculaire de la Bourse depuis dix ans, qui s’est jouée de la crise sanitaire comme d’une petite brise rafraîchissante, ne résiste pas à la terreur ultime des investisseurs : l’inflation. Massive sur le territoire américain, alimentée par la hausse des salaires, elle conduit la banque centrale à inverser en catastrophe sa politique monétaire, en réduisant ses rachats d’actifs et en remontant ses taux d’intérêt. C’est justement cette combinaison qui avait fait exploser les cours, qui a créé une bulle sur les valeurs technologiques et qui éclate aujourd’hui. Et, tout à coup, les actionnaires se demandent s’il serait très juste de voir les patrons se prélasser au paradis, quand eux s’acheminent vers l’enfer.

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