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Réforme retraite- « l’ objectif de Macron: casser la répartition » (F. Hommeril ,CFE-CGC)

Réforme retraite- « l’ objectif de Macron:    casser la répartition »  (F.  Hommeril ,CFE-CGC)

 

Le président de la CGC explique dans la Tribune  pourquoi la réforme des retraites envisagées va faire exploser le principe de la répartition. Il considère par ailleurs que cette orientation du gouvernement constitue un véritable hold-up sur les régimes actuellement équilibrés. De fait parmi les principales victimes du nouveau système figureront les enseignants mais aussi les cadres, en particulier ceux qui ont débuté avec des salaires modestes. .

 

Pourquoi la CFE-CGC a-t-elle décidé de rejoindre le mouvement du 5 décembre après être restée en retrait ?

 

FRANÇOIS HOMMERIL - Nous avons eu un comité directeur composé de 16 présidents de fédérations à la fin du mois d’octobre. J’ai proposé à ce moment-là que l’on refasse une analyse très critique du projet de réforme des retraites. Depuis le 22 octobre, la journée du 5 décembre a pris de l’ampleur. La base de notre syndicat est devenue très sensible à ce fait de société. C’est le terrain qui a mis sous pression les fédérations. Celles-ci sont venues s’exprimer à l’occasion d’un comité confédéral.

La confédération a noté dans sa délibération que le syndicat se joindrait au mouvement. Nous n’avons pas lancé un appel à la manifestation comme d’autres l’ont fait mais nous avons laissé aux fédérations le choix d’appeler à se mobiliser le 5 décembre. Plusieurs fédérations comme le transport, l’aérien, les énergies, la culture et communication ont décidé de mobiliser leurs militants. D’autres non. La CFE-CGC est une organisation démocratique qui suit les décisions prises dans les instances qui constituent et régulent notre organisation.

Que reprochez-vous précisément au projet de réforme du gouvernement ?

Au départ, le gouvernement a utilisé le slogan « 1 euro cotisé vaut 1 euro de retraite ». En réalité, l’objectif de l’exécutif est la captation des réserves accumulées par les salariés pour pouvoir financer principalement l’évolution du régime des fonctionnaires mais peut être aussi l’évolution du régime général dans lequel l’État a des responsabilités importantes en termes de gestion. L’État ne tient pas ses engagements en matière de retraites. Il veut faire payer les partenaires sociaux et les salariés des régimes qui ont accumulé des réserves pour faire face aux déséquilibres démographiques.

Il veut également faire payer la convergence des systèmes pour transformer les retraites en une annexe du budget et le traiter comme le budget de la Sécurité sociale qui est géré de manière catastrophique. Il veut en faire un auxiliaire de gestion des deniers publics. Il veut s’approprier cet argent alors que ces sommes sont des cotisations prélevées sur les salaires, les revenus, l’activité. Il veut simplement mettre la main sur de l’argent qui n’est pas le sien. Il veut faire peser un risque énorme sur le niveau des pensions. Le projet est de casser définitivement cette partie du modèle social français qui est la retraite par répartition.

Pourquoi n’avez-vous pas profité du début des concertations il y a deux ans pour manifester plus clairement votre désaccord ?

Au début, nous sommes entrés dans la concertation en avançant nos arguments. Même si nous n’étions pas opposés au principe de la retraite par points, ce système entraînait un certain nombre de désagréments et de déséquilibres. Dans le dispositif à venir, il y aura forcément des gagnants et des perdants. La première phase de concertation a permis de poser les arguments et de discuter, mais la deuxième phase correspond à une concertation sans négociation. Le gouvernement avance l’idée que rien n’est décidé. Je préfère que l’on vienne vers moi en m’expliquant ce qui est décidé et les éléments sur lesquels on peut négocier mais les choses ne sont pas claires.

À quel moment le gouvernement a-t-il changé de position selon vous ?

Le masque est tombé au moment où le gouvernement a affiché son obstination afin d’obtenir un régime équilibré en 2025. Cet objectif n’a aucun sens dans un régime par répartition. Ce régime est forcément en déséquilibre en raison des évolutions démographiques. Dans un régime par répartition, on doit anticiper sur vingt ans. Une population reste en moyenne vingt ans à la retraite. Sur ce point, les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites n’ont pas bougé. Les dernières remarques de Richard Ferrand sont scandaleuses. Dire qu’il faut absolument partir sur de bonnes bases et avoir un régime équilibré en 2025 est complètement faux. Ces paroles contribuent à jeter un discrédit définitif contre ce type de classe politique. Les problèmes générés par la crise de 2008 ont été réglés par la réforme de Marisol Touraine. L’État ne prend pas ses responsabilités. Il décide de l’exonération de cotisations et ne les compense pas. Il met en péril le régime général et il ne remplit pas ses obligations relatives au régime des fonctionnaires.

Vous avez appelé le gouvernement à la négociation ces derniers jours. Pensez-vous qu’il a durci sa position sur le sujet des retraites ?

Non, l’exécutif avance masqué. Par ailleurs, il n’est pas dans la nature d’une organisation syndicale de négocier avec le gouvernement. Le gouvernement est là pour respecter les syndicats et les corps intermédiaires en mettant en place un cadre dans lequel les partenaires sociaux vont négocier entre eux. Le gouvernement triche en permanence en ramenant à lui des prérogatives qui ne sont pas de son ressort. L’intelligence n’est pas seulement dans le camp gouvernemental. Elle est dans le milieu universitaire, les corps intermédiaires. C’est une question de démocratie et aujourd’hui elle n’est pas respectée.

Avez-vous le sentiment d’être écouté ?

Non, le pouvoir exécutif est dans une stratégie de propagande. Ce qui se passe actuellement sur les réseaux sociaux est révoltant. Le gouvernement dénonce les injustices mais les chiffres qui sont avancés sur les réseaux sociaux par l’exécutif concernant les chauffeurs de la RATP par exemple sont faux.

En quoi la réforme des retraites serait-elle défavorable aux cadres ?

La population des cadres est très hétérogène. Il peut s’agir du jeune cadre débutant récemment diplômé de Supaero, l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace, ou le cadre de chez Renault qui a commencé comme ouvrier. Il peut y avoir plusieurs types de conséquences avec des cadres qui sont au-dessus du plafond de la Sécurité sociale. Comme Jean-Paul Delevoye l’a lui-même avoué, il faut dans cette réforme mobiliser plus de solidarité. Au moment où cette phrase est prononcée, on sait qu’il y a des gens qui devront contribuer plus pour recevoir moins. On peut s’imaginer que ce sont les cadres qui pourraient être mis à contribution.

Êtes-vous pour ou contre un système par points ?

Notre organisation n’est pas contre un système par points. Nous avons été à l’origine en 1946 du régime par points de l’Agirc qui a permis par extension de faire l’Arrco et les retraites complémentaires. Dans le régime par points, il y a une contribution à la solidarité. Cette contribution est maîtrisée par les partenaires sociaux qui définissent eux-mêmes les paramètres. Dès l’instant qu’il y a des droits familiaux, il y a de la solidarité pour financer ces droits.

Le gouvernement nous promet une dégradation des pensions exactement comme il a géré la dégradation des fonds de la santé et le financement de l’hôpital en isolant les budgets. Il y a un paradoxe absolu. La France qui était considérée comme précurseur en termes de prise en charge des soins il y a trente ans, est aujourd’hui le pays où la charge rapportée au PIB est l’une des plus faibles de l’OCDE. Elle est même inférieure à celle des États-Unis. Il y a eu une volonté de détruire l’excellence du système de soins français. Si la retraite est gérée de la même manière, on va à la catastrophe.

Quel regard portez-vous sur le dernier rapport du conseil d’orientation des retraites présenté en novembre ?

Les prévisions n’ont pas vraiment changé par rapport à celui du mois de juin. En revanche, je trouve que rassembler dans une même instance, des profils qui sont politiques et des scientifiques est très délicat.

Quelle serait une réforme acceptable selon vous ?

Il n’y a pas de réforme acceptable par principe. Le système doit évoluer et il évolue. Il y a eu cinq réformes sur les retraites depuis 1993. La plus structurante est celle de 1993. Elle n’a pas été motivée par l’allongement de la durée de l’espérance de vie. Il faut rappeler que l’espérance de vie a principalement augmenté durant les années 1970 à 1990 par la baisse de la mortalité infantile et moins par sa hausse à partir de 60 ans même si ça y contribue. Aujourd’hui, on assiste à un retour en arrière. La société actuelle a bien compris que l’on a désormais dans sa vie d’adulte deux périodes. Je ne vois pas pourquoi on régresserait. Dire aux personnes qu’il faudra travailler jusqu’à 65 ans parce que l’espérance de vie a augmenté n’a aucun sens. L’espérance de vie lorsque les gens ont 65 ans est extrêmement variable. Ce système pourrait générer des injustices énormes. En plus, il est injustifié sur le plan économique.

Sur l’assurance-chômage, pourquoi les négociations entre partenaires sociaux en février dernier ont-elles échoué ?

Le gouvernement a mis en place un cadre impossible à respecter. Du côté des partenaires sociaux, je ne suis pas complètement satisfait de ce que l’on a produit. Notre capacité à générer du consensus est restée intacte. En revanche, on aurait pu produire un schéma politique plus incisif et plus visible à l’égard de la population.

Que pensez-vous de cette profonde transformation de l’assurance-chômage ?

En prétendant lutter contre le chômage, le gouvernement lutte contre les chômeurs. En prenant en compte les contributions, les cotisations et les allocations versées, le régime de l’assurance-chômage est excédentaire depuis vingt ans. L’État a creusé la dette de ce système assurantiel en imposant le financement de Pôle emploi, les 500 millions d’euros des frontaliers. Tout ce qui a été dit sur le sujet est mensonger. Le vrai problème du chômage en France est que demandeurs d’emploi souhaitant travailler ne sont pas pris en charge dans les dispositifs qui permettraient leur réinsertion. Il y a un marché de dupes sur la question des emplois non pourvus et sous certains aspects c’est une bonne chose. Ce n’est pas normal que les gens travaillent et ne gagnent pas suffisamment pour vivre. On connaît tous des gens qui ont accepté un emploi parce qu’il faut travailler et se sont retrouvés à perdre de l’argent à la fin du mois. J’estime que dans un pays comme la France, ces emplois ne sont pas dignes. Je n’ai pas envie que demain Ken Loach fasse un film sur la France…

Les entreprises d’au moins 11 salariés doivent mettre en place le nouveau Comité social et économique avant le 31 décembre et beaucoup ne l’ont pas encore mis en place. Que pensez-vous de cette nouvelle instance représentative ? Comment expliquez-vous un tel retard dans sa mise en place ?

C’est un fiasco total et attendu. La CFE-CGC s’y était opposée dès le début. Rien ne fonctionne. Le gouvernement a voulu casser ce qui fonctionnait. Les différentes instances sont nées à un moment précis de l’histoire sociale du pays. Chacune avait sa fonction et sa raison d’être. Je viens de l’industrie et dans les CHSCT, il y avait des personnes dans tous les syndicats qui avaient le cœur à représenter leurs collègues dans des instances dédiées spécifiques. Les directions comptaient beaucoup sur ces instances pour faire progresser certains sujets. Dans mon expérience d’ingénieur dans l’industrie chimique, la direction ne m’aurait pas pardonné d’avoir raté une réunion du CHSCT. Le gouvernement par méconnaissance absolue du monde du travail a appliqué une réforme totalement idéologique pour diminuer les droits de représentation des salariés.

Aujourd’hui, les meilleurs avocats pour un retour aux anciens dispositifs sont les directeurs des ressources humaines. Ils n’arrivent pas à faire fonctionner les nouvelles instances. Par ailleurs, la fusion était déjà disponible par la négociation d’entreprise. Beaucoup d’entreprises de taille moyenne auraient été capables en bonne intelligence de trouver les moyens de s’adapter pour mettre en place une bonne représentation et faire face à une pénurie de candidats. Les acteurs sur le terrain auraient pu trouver les moyens de générer une fusion partielle ou totale adaptée à leur entreprise.

Certains observateurs parlent d’une « dérive idéologique » de la CFE-CGC avec l’abandon d’une position réformiste. Que leur répondez-vous ?

Ces personnes sont les représentants du néolibéralisme depuis des années. Au moment où j’ai été élu à la tête de l’organisation en juin 2016, j’ai fait l’effort d’emmener mon organisation en dehors de la case réformiste. Je pense que c’est une case politique. Les syndicats identifiés comme réformistes aux yeux des politiques sont des organisations considérées comme accompagnatrices des réformes. Je suis le président d’un syndicat indépendant et libre. Il reste attaché à l’esprit de réforme et l’a toujours été historiquement. La CFE-CGC fait toujours des propositions et nous sommes toujours autour de la table en évitant la contestation stérile. Après trente ans de dérive néolibérale, il faut réexaminer ce terme de réformiste. Aujourd’hui, cette notion a pris un sens très différent par rapport aux années 1980 et 1990.

Quel est l’avenir du paritarisme en France ?

Si je m’arrête à la volonté du gouvernement de tout casser, le paritarisme n’a pas d’avenir. En revanche, s’il existe à nouveau une forme démocratique de consultation et de réforme, le paritarisme aura un avenir.

La crise des « gilets jaunes » est-elle terminée ?

La société française est actuellement sous pression. Dans les rangs des « gilets jaunes » au départ, il y avait beaucoup de petits chefs d’entreprise, des artisans, des infirmières libérales et peu de salariés. Le gouvernement n’a cessé de répéter que les syndicats ont été disqualifiés. Or les organisations syndicales des salariés ne sont pas sur le même terrain que les « gilets jaunes ». Il y avait peu de salariés du secteur industriel sur les ronds-points. Ce sont des domaines où l’activité syndicale produit de la norme et de l’équilibre social.

Êtes-vous pour un système de cogestion dans les entreprises sur le modèle suédois ?

Je ne pense pas qu’un tel système puisse fonctionner en France sauf dans un cadre où la cogestion est définie de manière claire. La cogestion ou le réformisme a un sens nébuleux actuellement. À la CFE-CGC, nous sommes favorables à une meilleure représentation des salariés dans les conseils d’administration mais ce n’est pas de la cogestion. La cogestion à l’allemande correspond à la présence des syndicats dans les instances de gouvernance et de direction. Je préfère que les relations soient contractualisées à l’intérieur de l’entreprise.

Quelle est la feuille de route pour les prochaines semaines ? Pour tenter de répondre à l’anxiété grandissante, le gouvernement a décidé d’accélérer le calendrier en cette fin d’année alors que la réforme a déjà pris du retard à la suite du mouvement des « gilets jaunes ». Les grandes lignes du projet de loi encadrant les mécanismes de transition des 42 régimes existants vers un système unique seront dévoilées à la mi-décembre par Édouard Philippe, après que le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, aura dévoilé les conclusions de ses consultations, « aux alentours des 9 ou 10 décembre ». Le texte sera ensuite soumis au Parlement début 2020. Emmanuel Macron comme Édouard Philippe ont d’ores et déjà prévenu que la réforme, présentée comme « emblématique du quinquennat », irait à son terme. « Nous ne transigerons pas sur l’objectif », a martelé le Premier ministre.

Concernant la mise en œuvre de la réforme, le rapport Delevoye suggère que le futur régime s’applique à partir de 2025 et que la transition se fasse sur une quinzaine d’années avec des modalités à préciser. Le système universel ne doit concerner que les personnes nées à partir de 1963 et celles qui seront à plus de cinq ans de leur départ en retraite au moment du vote de la loi selon le rapport. Les droits acquis avant 2025 seront garantis à 100 %. Dans un souci d’apaisement, Édouard Philippe s’est dit ouvert à quelques compromis. « S’il faut que la réforme s’applique à des personnes un peu plus éloignées de la retraite que ce qui était envisagé jusqu’ici, afin de prendre en compte les choix individuels faits par nos concitoyens, je suis prêt à en discuter avec les organisations syndicales.» Sans pour autant envisager la « clause du grand-père » qui consisterait à n’appliquer la réforme qu’aux futurs entrants sur le marché du travail. « Entre deux extrêmes, on doit pouvoir trouver le bon curseur », a-t-il insisté.

Beaucoup de flou demeure notamment sur la période de transition d’ici à 2025. Le gouvernement souhaite que le système actuel des retraites soit à l’équilibre à cette échéance or le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) indique le régime actuel devrait connaître un déficit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros. L’exécutif n’a pas encore décidé s’il allait reculer l’âge de départ pour tenter de combler ce déficit.

Retraites: Macron veut casser le principe de répartition (François Hommeril ,CFE-CGC)

Retraites: Macron veut  casser  le principe de répartition  (François Hommeril ,CFE-CGC)

 

Le président de la CGC explique dans la Tribune  pourquoi la réforme des retraites envisagées va faire exploser le principe de la répartition. Il considère par ailleurs que cette orientation du gouvernement constitue un véritable hold-up sur les régimes actuellement équilibrés. De fait parmi les principales victimes du nouveau système figureront les enseignants, les femmes carrière courte mais aussi les cadres, en particulier ceux qui ont débuté avec des salaires modestes. Pour de nombreux cadres, la baisse des retraites sera drastique.

 

 

 

 

Pourquoi la CFE-CGC a-t-elle décidé de rejoindre le mouvement du 5 décembre après être restée en retrait ?

 

FRANÇOIS HOMMERIL - Nous avons eu un comité directeur composé de 16 présidents de fédérations à la fin du mois d’octobre. J’ai proposé à ce moment-là que l’on refasse une analyse très critique du projet de réforme des retraites. Depuis le 22 octobre, la journée du 5 décembre a pris de l’ampleur. La base de notre syndicat est devenue très sensible à ce fait de société. C’est le terrain qui a mis sous pression les fédérations. Celles-ci sont venues s’exprimer à l’occasion d’un comité confédéral.

La confédération a noté dans sa délibération que le syndicat se joindrait au mouvement. Nous n’avons pas lancé un appel à la manifestation comme d’autres l’ont fait mais nous avons laissé aux fédérations le choix d’appeler à se mobiliser le 5 décembre. Plusieurs fédérations comme le transport, l’aérien, les énergies, la culture et communication ont décidé de mobiliser leurs militants. D’autres non. La CFE-CGC est une organisation démocratique qui suit les décisions prises dans les instances qui constituent et régulent notre organisation.

Que reprochez-vous précisément au projet de réforme du gouvernement ?

Au départ, le gouvernement a utilisé le slogan « 1 euro cotisé vaut 1 euro de retraite ». En réalité, l’objectif de l’exécutif est la captation des réserves accumulées par les salariés pour pouvoir financer principalement l’évolution du régime des fonctionnaires mais peut être aussi l’évolution du régime général dans lequel l’État a des responsabilités importantes en termes de gestion. L’État ne tient pas ses engagements en matière de retraites. Il veut faire payer les partenaires sociaux et les salariés des régimes qui ont accumulé des réserves pour faire face aux déséquilibres démographiques.

Il veut également faire payer la convergence des systèmes pour transformer les retraites en une annexe du budget et le traiter comme le budget de la Sécurité sociale qui est géré de manière catastrophique. Il veut en faire un auxiliaire de gestion des deniers publics. Il veut s’approprier cet argent alors que ces sommes sont des cotisations prélevées sur les salaires, les revenus, l’activité. Il veut simplement mettre la main sur de l’argent qui n’est pas le sien. Il veut faire peser un risque énorme sur le niveau des pensions. Le projet est de casser définitivement cette partie du modèle social français qui est la retraite par répartition.

Pourquoi n’avez-vous pas profité du début des concertations il y a deux ans pour manifester plus clairement votre désaccord ?

Au début, nous sommes entrés dans la concertation en avançant nos arguments. Même si nous n’étions pas opposés au principe de la retraite par points, ce système entraînait un certain nombre de désagréments et de déséquilibres. Dans le dispositif à venir, il y aura forcément des gagnants et des perdants. La première phase de concertation a permis de poser les arguments et de discuter, mais la deuxième phase correspond à une concertation sans négociation. Le gouvernement avance l’idée que rien n’est décidé. Je préfère que l’on vienne vers moi en m’expliquant ce qui est décidé et les éléments sur lesquels on peut négocier mais les choses ne sont pas claires.

À quel moment le gouvernement a-t-il changé de position selon vous ?

Le masque est tombé au moment où le gouvernement a affiché son obstination afin d’obtenir un régime équilibré en 2025. Cet objectif n’a aucun sens dans un régime par répartition. Ce régime est forcément en déséquilibre en raison des évolutions démographiques. Dans un régime par répartition, on doit anticiper sur vingt ans. Une population reste en moyenne vingt ans à la retraite. Sur ce point, les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites n’ont pas bougé. Les dernières remarques de Richard Ferrand sont scandaleuses. Dire qu’il faut absolument partir sur de bonnes bases et avoir un régime équilibré en 2025 est complètement faux. Ces paroles contribuent à jeter un discrédit définitif contre ce type de classe politique. Les problèmes générés par la crise de 2008 ont été réglés par la réforme de Marisol Touraine. L’État ne prend pas ses responsabilités. Il décide de l’exonération de cotisations et ne les compense pas. Il met en péril le régime général et il ne remplit pas ses obligations relatives au régime des fonctionnaires.

Vous avez appelé le gouvernement à la négociation ces derniers jours. Pensez-vous qu’il a durci sa position sur le sujet des retraites ?

Non, l’exécutif avance masqué. Par ailleurs, il n’est pas dans la nature d’une organisation syndicale de négocier avec le gouvernement. Le gouvernement est là pour respecter les syndicats et les corps intermédiaires en mettant en place un cadre dans lequel les partenaires sociaux vont négocier entre eux. Le gouvernement triche en permanence en ramenant à lui des prérogatives qui ne sont pas de son ressort. L’intelligence n’est pas seulement dans le camp gouvernemental. Elle est dans le milieu universitaire, les corps intermédiaires. C’est une question de démocratie et aujourd’hui elle n’est pas respectée.

Avez-vous le sentiment d’être écouté ?

Non, le pouvoir exécutif est dans une stratégie de propagande. Ce qui se passe actuellement sur les réseaux sociaux est révoltant. Le gouvernement dénonce les injustices mais les chiffres qui sont avancés sur les réseaux sociaux par l’exécutif concernant les chauffeurs de la RATP par exemple sont faux.

En quoi la réforme des retraites serait-elle défavorable aux cadres ?

La population des cadres est très hétérogène. Il peut s’agir du jeune cadre débutant récemment diplômé de Supaero, l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace, ou le cadre de chez Renault qui a commencé comme ouvrier. Il peut y avoir plusieurs types de conséquences avec des cadres qui sont au-dessus du plafond de la Sécurité sociale. Comme Jean-Paul Delevoye l’a lui-même avoué, il faut dans cette réforme mobiliser plus de solidarité. Au moment où cette phrase est prononcée, on sait qu’il y a des gens qui devront contribuer plus pour recevoir moins. On peut s’imaginer que ce sont les cadres qui pourraient être mis à contribution.

Êtes-vous pour ou contre un système par points ?

Notre organisation n’est pas contre un système par points. Nous avons été à l’origine en 1946 du régime par points de l’Agirc qui a permis par extension de faire l’Arrco et les retraites complémentaires. Dans le régime par points, il y a une contribution à la solidarité. Cette contribution est maîtrisée par les partenaires sociaux qui définissent eux-mêmes les paramètres. Dès l’instant qu’il y a des droits familiaux, il y a de la solidarité pour financer ces droits.

Le gouvernement nous promet une dégradation des pensions exactement comme il a géré la dégradation des fonds de la santé et le financement de l’hôpital en isolant les budgets. Il y a un paradoxe absolu. La France qui était considérée comme précurseur en termes de prise en charge des soins il y a trente ans, est aujourd’hui le pays où la charge rapportée au PIB est l’une des plus faibles de l’OCDE. Elle est même inférieure à celle des États-Unis. Il y a eu une volonté de détruire l’excellence du système de soins français. Si la retraite est gérée de la même manière, on va à la catastrophe.

Quel regard portez-vous sur le dernier rapport du conseil d’orientation des retraites présenté en novembre ?

Les prévisions n’ont pas vraiment changé par rapport à celui du mois de juin. En revanche, je trouve que rassembler dans une même instance, des profils qui sont politiques et des scientifiques est très délicat.

Quelle serait une réforme acceptable selon vous ?

Il n’y a pas de réforme acceptable par principe. Le système doit évoluer et il évolue. Il y a eu cinq réformes sur les retraites depuis 1993. La plus structurante est celle de 1993. Elle n’a pas été motivée par l’allongement de la durée de l’espérance de vie. Il faut rappeler que l’espérance de vie a principalement augmenté durant les années 1970 à 1990 par la baisse de la mortalité infantile et moins par sa hausse à partir de 60 ans même si ça y contribue. Aujourd’hui, on assiste à un retour en arrière. La société actuelle a bien compris que l’on a désormais dans sa vie d’adulte deux périodes. Je ne vois pas pourquoi on régresserait. Dire aux personnes qu’il faudra travailler jusqu’à 65 ans parce que l’espérance de vie a augmenté n’a aucun sens. L’espérance de vie lorsque les gens ont 65 ans est extrêmement variable. Ce système pourrait générer des injustices énormes. En plus, il est injustifié sur le plan économique.

Sur l’assurance-chômage, pourquoi les négociations entre partenaires sociaux en février dernier ont-elles échoué ?

Le gouvernement a mis en place un cadre impossible à respecter. Du côté des partenaires sociaux, je ne suis pas complètement satisfait de ce que l’on a produit. Notre capacité à générer du consensus est restée intacte. En revanche, on aurait pu produire un schéma politique plus incisif et plus visible à l’égard de la population.

Que pensez-vous de cette profonde transformation de l’assurance-chômage ?

En prétendant lutter contre le chômage, le gouvernement lutte contre les chômeurs. En prenant en compte les contributions, les cotisations et les allocations versées, le régime de l’assurance-chômage est excédentaire depuis vingt ans. L’État a creusé la dette de ce système assurantiel en imposant le financement de Pôle emploi, les 500 millions d’euros des frontaliers. Tout ce qui a été dit sur le sujet est mensonger. Le vrai problème du chômage en France est que demandeurs d’emploi souhaitant travailler ne sont pas pris en charge dans les dispositifs qui permettraient leur réinsertion. Il y a un marché de dupes sur la question des emplois non pourvus et sous certains aspects c’est une bonne chose. Ce n’est pas normal que les gens travaillent et ne gagnent pas suffisamment pour vivre. On connaît tous des gens qui ont accepté un emploi parce qu’il faut travailler et se sont retrouvés à perdre de l’argent à la fin du mois. J’estime que dans un pays comme la France, ces emplois ne sont pas dignes. Je n’ai pas envie que demain Ken Loach fasse un film sur la France…

Les entreprises d’au moins 11 salariés doivent mettre en place le nouveau Comité social et économique avant le 31 décembre et beaucoup ne l’ont pas encore mis en place. Que pensez-vous de cette nouvelle instance représentative ? Comment expliquez-vous un tel retard dans sa mise en place ?

C’est un fiasco total et attendu. La CFE-CGC s’y était opposée dès le début. Rien ne fonctionne. Le gouvernement a voulu casser ce qui fonctionnait. Les différentes instances sont nées à un moment précis de l’histoire sociale du pays. Chacune avait sa fonction et sa raison d’être. Je viens de l’industrie et dans les CHSCT, il y avait des personnes dans tous les syndicats qui avaient le cœur à représenter leurs collègues dans des instances dédiées spécifiques. Les directions comptaient beaucoup sur ces instances pour faire progresser certains sujets. Dans mon expérience d’ingénieur dans l’industrie chimique, la direction ne m’aurait pas pardonné d’avoir raté une réunion du CHSCT. Le gouvernement par méconnaissance absolue du monde du travail a appliqué une réforme totalement idéologique pour diminuer les droits de représentation des salariés.

Aujourd’hui, les meilleurs avocats pour un retour aux anciens dispositifs sont les directeurs des ressources humaines. Ils n’arrivent pas à faire fonctionner les nouvelles instances. Par ailleurs, la fusion était déjà disponible par la négociation d’entreprise. Beaucoup d’entreprises de taille moyenne auraient été capables en bonne intelligence de trouver les moyens de s’adapter pour mettre en place une bonne représentation et faire face à une pénurie de candidats. Les acteurs sur le terrain auraient pu trouver les moyens de générer une fusion partielle ou totale adaptée à leur entreprise.

Certains observateurs parlent d’une « dérive idéologique » de la CFE-CGC avec l’abandon d’une position réformiste. Que leur répondez-vous ?

Ces personnes sont les représentants du néolibéralisme depuis des années. Au moment où j’ai été élu à la tête de l’organisation en juin 2016, j’ai fait l’effort d’emmener mon organisation en dehors de la case réformiste. Je pense que c’est une case politique. Les syndicats identifiés comme réformistes aux yeux des politiques sont des organisations considérées comme accompagnatrices des réformes. Je suis le président d’un syndicat indépendant et libre. Il reste attaché à l’esprit de réforme et l’a toujours été historiquement. La CFE-CGC fait toujours des propositions et nous sommes toujours autour de la table en évitant la contestation stérile. Après trente ans de dérive néolibérale, il faut réexaminer ce terme de réformiste. Aujourd’hui, cette notion a pris un sens très différent par rapport aux années 1980 et 1990.

Quel est l’avenir du paritarisme en France ?

Si je m’arrête à la volonté du gouvernement de tout casser, le paritarisme n’a pas d’avenir. En revanche, s’il existe à nouveau une forme démocratique de consultation et de réforme, le paritarisme aura un avenir.

La crise des « gilets jaunes » est-elle terminée ?

La société française est actuellement sous pression. Dans les rangs des « gilets jaunes » au départ, il y avait beaucoup de petits chefs d’entreprise, des artisans, des infirmières libérales et peu de salariés. Le gouvernement n’a cessé de répéter que les syndicats ont été disqualifiés. Or les organisations syndicales des salariés ne sont pas sur le même terrain que les « gilets jaunes ». Il y avait peu de salariés du secteur industriel sur les ronds-points. Ce sont des domaines où l’activité syndicale produit de la norme et de l’équilibre social.

Êtes-vous pour un système de cogestion dans les entreprises sur le modèle suédois ?

Je ne pense pas qu’un tel système puisse fonctionner en France sauf dans un cadre où la cogestion est définie de manière claire. La cogestion ou le réformisme a un sens nébuleux actuellement. À la CFE-CGC, nous sommes favorables à une meilleure représentation des salariés dans les conseils d’administration mais ce n’est pas de la cogestion. La cogestion à l’allemande correspond à la présence des syndicats dans les instances de gouvernance et de direction. Je préfère que les relations soient contractualisées à l’intérieur de l’entreprise.

Quelle est la feuille de route pour les prochaines semaines ? Pour tenter de répondre à l’anxiété grandissante, le gouvernement a décidé d’accélérer le calendrier en cette fin d’année alors que la réforme a déjà pris du retard à la suite du mouvement des « gilets jaunes ». Les grandes lignes du projet de loi encadrant les mécanismes de transition des 42 régimes existants vers un système unique seront dévoilées à la mi-décembre par Édouard Philippe, après que le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, aura dévoilé les conclusions de ses consultations, « aux alentours des 9 ou 10 décembre ». Le texte sera ensuite soumis au Parlement début 2020. Emmanuel Macron comme Édouard Philippe ont d’ores et déjà prévenu que la réforme, présentée comme « emblématique du quinquennat », irait à son terme. « Nous ne transigerons pas sur l’objectif », a martelé le Premier ministre.

Concernant la mise en œuvre de la réforme, le rapport Delevoye suggère que le futur régime s’applique à partir de 2025 et que la transition se fasse sur une quinzaine d’années avec des modalités à préciser. Le système universel ne doit concerner que les personnes nées à partir de 1963 et celles qui seront à plus de cinq ans de leur départ en retraite au moment du vote de la loi selon le rapport. Les droits acquis avant 2025 seront garantis à 100 %. Dans un souci d’apaisement, Édouard Philippe s’est dit ouvert à quelques compromis. « S’il faut que la réforme s’applique à des personnes un peu plus éloignées de la retraite que ce qui était envisagé jusqu’ici, afin de prendre en compte les choix individuels faits par nos concitoyens, je suis prêt à en discuter avec les organisations syndicales.» Sans pour autant envisager la « clause du grand-père » qui consisterait à n’appliquer la réforme qu’aux futurs entrants sur le marché du travail. « Entre deux extrêmes, on doit pouvoir trouver le bon curseur », a-t-il insisté.

Beaucoup de flou demeure notamment sur la période de transition d’ici à 2025. Le gouvernement souhaite que le système actuel des retraites soit à l’équilibre à cette échéance or le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) indique le régime actuel devrait connaître un déficit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros. L’exécutif n’a pas encore décidé s’il allait reculer l’âge de départ pour tenter de combler ce déficit.

Macron veut casser la retraite par répartition (François Hommeril ,CFE-CGC)

Macron veut  casser la retraite par répartition  (François Hommeril ,CFE-CGC)

 

Le président de la CGC explique dans la Tribune  pourquoi la réforme des retraites envisagées va faire exploser le principe de la répartition. Il considère par ailleurs que cette orientation du gouvernement constitue un véritable hold-up sur les régimes actuellement équilibrés. De fait parmi les principales victimes du nouveau système figureront les enseignants mais aussi les cadres, en particulier ceux qui ont débuté avec des salaires modestes. .

 

Pourquoi la CFE-CGC a-t-elle décidé de rejoindre le mouvement du 5 décembre après être restée en retrait ?

 

FRANÇOIS HOMMERIL - Nous avons eu un comité directeur composé de 16 présidents de fédérations à la fin du mois d’octobre. J’ai proposé à ce moment-là que l’on refasse une analyse très critique du projet de réforme des retraites. Depuis le 22 octobre, la journée du 5 décembre a pris de l’ampleur. La base de notre syndicat est devenue très sensible à ce fait de société. C’est le terrain qui a mis sous pression les fédérations. Celles-ci sont venues s’exprimer à l’occasion d’un comité confédéral.

La confédération a noté dans sa délibération que le syndicat se joindrait au mouvement. Nous n’avons pas lancé un appel à la manifestation comme d’autres l’ont fait mais nous avons laissé aux fédérations le choix d’appeler à se mobiliser le 5 décembre. Plusieurs fédérations comme le transport, l’aérien, les énergies, la culture et communication ont décidé de mobiliser leurs militants. D’autres non. La CFE-CGC est une organisation démocratique qui suit les décisions prises dans les instances qui constituent et régulent notre organisation.

Que reprochez-vous précisément au projet de réforme du gouvernement ?

Au départ, le gouvernement a utilisé le slogan « 1 euro cotisé vaut 1 euro de retraite ». En réalité, l’objectif de l’exécutif est la captation des réserves accumulées par les salariés pour pouvoir financer principalement l’évolution du régime des fonctionnaires mais peut être aussi l’évolution du régime général dans lequel l’État a des responsabilités importantes en termes de gestion. L’État ne tient pas ses engagements en matière de retraites. Il veut faire payer les partenaires sociaux et les salariés des régimes qui ont accumulé des réserves pour faire face aux déséquilibres démographiques.

Il veut également faire payer la convergence des systèmes pour transformer les retraites en une annexe du budget et le traiter comme le budget de la Sécurité sociale qui est géré de manière catastrophique. Il veut en faire un auxiliaire de gestion des deniers publics. Il veut s’approprier cet argent alors que ces sommes sont des cotisations prélevées sur les salaires, les revenus, l’activité. Il veut simplement mettre la main sur de l’argent qui n’est pas le sien. Il veut faire peser un risque énorme sur le niveau des pensions. Le projet est de casser définitivement cette partie du modèle social français qui est la retraite par répartition.

Pourquoi n’avez-vous pas profité du début des concertations il y a deux ans pour manifester plus clairement votre désaccord ?

Au début, nous sommes entrés dans la concertation en avançant nos arguments. Même si nous n’étions pas opposés au principe de la retraite par points, ce système entraînait un certain nombre de désagréments et de déséquilibres. Dans le dispositif à venir, il y aura forcément des gagnants et des perdants. La première phase de concertation a permis de poser les arguments et de discuter, mais la deuxième phase correspond à une concertation sans négociation. Le gouvernement avance l’idée que rien n’est décidé. Je préfère que l’on vienne vers moi en m’expliquant ce qui est décidé et les éléments sur lesquels on peut négocier mais les choses ne sont pas claires.

À quel moment le gouvernement a-t-il changé de position selon vous ?

Le masque est tombé au moment où le gouvernement a affiché son obstination afin d’obtenir un régime équilibré en 2025. Cet objectif n’a aucun sens dans un régime par répartition. Ce régime est forcément en déséquilibre en raison des évolutions démographiques. Dans un régime par répartition, on doit anticiper sur vingt ans. Une population reste en moyenne vingt ans à la retraite. Sur ce point, les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites n’ont pas bougé. Les dernières remarques de Richard Ferrand sont scandaleuses. Dire qu’il faut absolument partir sur de bonnes bases et avoir un régime équilibré en 2025 est complètement faux. Ces paroles contribuent à jeter un discrédit définitif contre ce type de classe politique. Les problèmes générés par la crise de 2008 ont été réglés par la réforme de Marisol Touraine. L’État ne prend pas ses responsabilités. Il décide de l’exonération de cotisations et ne les compense pas. Il met en péril le régime général et il ne remplit pas ses obligations relatives au régime des fonctionnaires.

Vous avez appelé le gouvernement à la négociation ces derniers jours. Pensez-vous qu’il a durci sa position sur le sujet des retraites ?

Non, l’exécutif avance masqué. Par ailleurs, il n’est pas dans la nature d’une organisation syndicale de négocier avec le gouvernement. Le gouvernement est là pour respecter les syndicats et les corps intermédiaires en mettant en place un cadre dans lequel les partenaires sociaux vont négocier entre eux. Le gouvernement triche en permanence en ramenant à lui des prérogatives qui ne sont pas de son ressort. L’intelligence n’est pas seulement dans le camp gouvernemental. Elle est dans le milieu universitaire, les corps intermédiaires. C’est une question de démocratie et aujourd’hui elle n’est pas respectée.

Avez-vous le sentiment d’être écouté ?

Non, le pouvoir exécutif est dans une stratégie de propagande. Ce qui se passe actuellement sur les réseaux sociaux est révoltant. Le gouvernement dénonce les injustices mais les chiffres qui sont avancés sur les réseaux sociaux par l’exécutif concernant les chauffeurs de la RATP par exemple sont faux.

En quoi la réforme des retraites serait-elle défavorable aux cadres ?

La population des cadres est très hétérogène. Il peut s’agir du jeune cadre débutant récemment diplômé de Supaero, l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace, ou le cadre de chez Renault qui a commencé comme ouvrier. Il peut y avoir plusieurs types de conséquences avec des cadres qui sont au-dessus du plafond de la Sécurité sociale. Comme Jean-Paul Delevoye l’a lui-même avoué, il faut dans cette réforme mobiliser plus de solidarité. Au moment où cette phrase est prononcée, on sait qu’il y a des gens qui devront contribuer plus pour recevoir moins. On peut s’imaginer que ce sont les cadres qui pourraient être mis à contribution.

Êtes-vous pour ou contre un système par points ?

Notre organisation n’est pas contre un système par points. Nous avons été à l’origine en 1946 du régime par points de l’Agirc qui a permis par extension de faire l’Arrco et les retraites complémentaires. Dans le régime par points, il y a une contribution à la solidarité. Cette contribution est maîtrisée par les partenaires sociaux qui définissent eux-mêmes les paramètres. Dès l’instant qu’il y a des droits familiaux, il y a de la solidarité pour financer ces droits.

Le gouvernement nous promet une dégradation des pensions exactement comme il a géré la dégradation des fonds de la santé et le financement de l’hôpital en isolant les budgets. Il y a un paradoxe absolu. La France qui était considérée comme précurseur en termes de prise en charge des soins il y a trente ans, est aujourd’hui le pays où la charge rapportée au PIB est l’une des plus faibles de l’OCDE. Elle est même inférieure à celle des États-Unis. Il y a eu une volonté de détruire l’excellence du système de soins français. Si la retraite est gérée de la même manière, on va à la catastrophe.

Quel regard portez-vous sur le dernier rapport du conseil d’orientation des retraites présenté en novembre ?

Les prévisions n’ont pas vraiment changé par rapport à celui du mois de juin. En revanche, je trouve que rassembler dans une même instance, des profils qui sont politiques et des scientifiques est très délicat.

Quelle serait une réforme acceptable selon vous ?

Il n’y a pas de réforme acceptable par principe. Le système doit évoluer et il évolue. Il y a eu cinq réformes sur les retraites depuis 1993. La plus structurante est celle de 1993. Elle n’a pas été motivée par l’allongement de la durée de l’espérance de vie. Il faut rappeler que l’espérance de vie a principalement augmenté durant les années 1970 à 1990 par la baisse de la mortalité infantile et moins par sa hausse à partir de 60 ans même si ça y contribue. Aujourd’hui, on assiste à un retour en arrière. La société actuelle a bien compris que l’on a désormais dans sa vie d’adulte deux périodes. Je ne vois pas pourquoi on régresserait. Dire aux personnes qu’il faudra travailler jusqu’à 65 ans parce que l’espérance de vie a augmenté n’a aucun sens. L’espérance de vie lorsque les gens ont 65 ans est extrêmement variable. Ce système pourrait générer des injustices énormes. En plus, il est injustifié sur le plan économique.

Sur l’assurance-chômage, pourquoi les négociations entre partenaires sociaux en février dernier ont-elles échoué ?

Le gouvernement a mis en place un cadre impossible à respecter. Du côté des partenaires sociaux, je ne suis pas complètement satisfait de ce que l’on a produit. Notre capacité à générer du consensus est restée intacte. En revanche, on aurait pu produire un schéma politique plus incisif et plus visible à l’égard de la population.

Que pensez-vous de cette profonde transformation de l’assurance-chômage ?

En prétendant lutter contre le chômage, le gouvernement lutte contre les chômeurs. En prenant en compte les contributions, les cotisations et les allocations versées, le régime de l’assurance-chômage est excédentaire depuis vingt ans. L’État a creusé la dette de ce système assurantiel en imposant le financement de Pôle emploi, les 500 millions d’euros des frontaliers. Tout ce qui a été dit sur le sujet est mensonger. Le vrai problème du chômage en France est que demandeurs d’emploi souhaitant travailler ne sont pas pris en charge dans les dispositifs qui permettraient leur réinsertion. Il y a un marché de dupes sur la question des emplois non pourvus et sous certains aspects c’est une bonne chose. Ce n’est pas normal que les gens travaillent et ne gagnent pas suffisamment pour vivre. On connaît tous des gens qui ont accepté un emploi parce qu’il faut travailler et se sont retrouvés à perdre de l’argent à la fin du mois. J’estime que dans un pays comme la France, ces emplois ne sont pas dignes. Je n’ai pas envie que demain Ken Loach fasse un film sur la France…

Les entreprises d’au moins 11 salariés doivent mettre en place le nouveau Comité social et économique avant le 31 décembre et beaucoup ne l’ont pas encore mis en place. Que pensez-vous de cette nouvelle instance représentative ? Comment expliquez-vous un tel retard dans sa mise en place ?

C’est un fiasco total et attendu. La CFE-CGC s’y était opposée dès le début. Rien ne fonctionne. Le gouvernement a voulu casser ce qui fonctionnait. Les différentes instances sont nées à un moment précis de l’histoire sociale du pays. Chacune avait sa fonction et sa raison d’être. Je viens de l’industrie et dans les CHSCT, il y avait des personnes dans tous les syndicats qui avaient le cœur à représenter leurs collègues dans des instances dédiées spécifiques. Les directions comptaient beaucoup sur ces instances pour faire progresser certains sujets. Dans mon expérience d’ingénieur dans l’industrie chimique, la direction ne m’aurait pas pardonné d’avoir raté une réunion du CHSCT. Le gouvernement par méconnaissance absolue du monde du travail a appliqué une réforme totalement idéologique pour diminuer les droits de représentation des salariés.

Aujourd’hui, les meilleurs avocats pour un retour aux anciens dispositifs sont les directeurs des ressources humaines. Ils n’arrivent pas à faire fonctionner les nouvelles instances. Par ailleurs, la fusion était déjà disponible par la négociation d’entreprise. Beaucoup d’entreprises de taille moyenne auraient été capables en bonne intelligence de trouver les moyens de s’adapter pour mettre en place une bonne représentation et faire face à une pénurie de candidats. Les acteurs sur le terrain auraient pu trouver les moyens de générer une fusion partielle ou totale adaptée à leur entreprise.

Certains observateurs parlent d’une « dérive idéologique » de la CFE-CGC avec l’abandon d’une position réformiste. Que leur répondez-vous ?

Ces personnes sont les représentants du néolibéralisme depuis des années. Au moment où j’ai été élu à la tête de l’organisation en juin 2016, j’ai fait l’effort d’emmener mon organisation en dehors de la case réformiste. Je pense que c’est une case politique. Les syndicats identifiés comme réformistes aux yeux des politiques sont des organisations considérées comme accompagnatrices des réformes. Je suis le président d’un syndicat indépendant et libre. Il reste attaché à l’esprit de réforme et l’a toujours été historiquement. La CFE-CGC fait toujours des propositions et nous sommes toujours autour de la table en évitant la contestation stérile. Après trente ans de dérive néolibérale, il faut réexaminer ce terme de réformiste. Aujourd’hui, cette notion a pris un sens très différent par rapport aux années 1980 et 1990.

Quel est l’avenir du paritarisme en France ?

Si je m’arrête à la volonté du gouvernement de tout casser, le paritarisme n’a pas d’avenir. En revanche, s’il existe à nouveau une forme démocratique de consultation et de réforme, le paritarisme aura un avenir.

La crise des « gilets jaunes » est-elle terminée ?

La société française est actuellement sous pression. Dans les rangs des « gilets jaunes » au départ, il y avait beaucoup de petits chefs d’entreprise, des artisans, des infirmières libérales et peu de salariés. Le gouvernement n’a cessé de répéter que les syndicats ont été disqualifiés. Or les organisations syndicales des salariés ne sont pas sur le même terrain que les « gilets jaunes ». Il y avait peu de salariés du secteur industriel sur les ronds-points. Ce sont des domaines où l’activité syndicale produit de la norme et de l’équilibre social.

Êtes-vous pour un système de cogestion dans les entreprises sur le modèle suédois ?

Je ne pense pas qu’un tel système puisse fonctionner en France sauf dans un cadre où la cogestion est définie de manière claire. La cogestion ou le réformisme a un sens nébuleux actuellement. À la CFE-CGC, nous sommes favorables à une meilleure représentation des salariés dans les conseils d’administration mais ce n’est pas de la cogestion. La cogestion à l’allemande correspond à la présence des syndicats dans les instances de gouvernance et de direction. Je préfère que les relations soient contractualisées à l’intérieur de l’entreprise.

Quelle est la feuille de route pour les prochaines semaines ? Pour tenter de répondre à l’anxiété grandissante, le gouvernement a décidé d’accélérer le calendrier en cette fin d’année alors que la réforme a déjà pris du retard à la suite du mouvement des « gilets jaunes ». Les grandes lignes du projet de loi encadrant les mécanismes de transition des 42 régimes existants vers un système unique seront dévoilées à la mi-décembre par Édouard Philippe, après que le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, aura dévoilé les conclusions de ses consultations, « aux alentours des 9 ou 10 décembre ». Le texte sera ensuite soumis au Parlement début 2020. Emmanuel Macron comme Édouard Philippe ont d’ores et déjà prévenu que la réforme, présentée comme « emblématique du quinquennat », irait à son terme. « Nous ne transigerons pas sur l’objectif », a martelé le Premier ministre.

Concernant la mise en œuvre de la réforme, le rapport Delevoye suggère que le futur régime s’applique à partir de 2025 et que la transition se fasse sur une quinzaine d’années avec des modalités à préciser. Le système universel ne doit concerner que les personnes nées à partir de 1963 et celles qui seront à plus de cinq ans de leur départ en retraite au moment du vote de la loi selon le rapport. Les droits acquis avant 2025 seront garantis à 100 %. Dans un souci d’apaisement, Édouard Philippe s’est dit ouvert à quelques compromis. « S’il faut que la réforme s’applique à des personnes un peu plus éloignées de la retraite que ce qui était envisagé jusqu’ici, afin de prendre en compte les choix individuels faits par nos concitoyens, je suis prêt à en discuter avec les organisations syndicales.» Sans pour autant envisager la « clause du grand-père » qui consisterait à n’appliquer la réforme qu’aux futurs entrants sur le marché du travail. « Entre deux extrêmes, on doit pouvoir trouver le bon curseur », a-t-il insisté.

Beaucoup de flou demeure notamment sur la période de transition d’ici à 2025. Le gouvernement souhaite que le système actuel des retraites soit à l’équilibre à cette échéance or le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) indique le régime actuel devrait connaître un déficit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros. L’exécutif n’a pas encore décidé s’il allait reculer l’âge de départ pour tenter de combler ce déficit.

Jérôme Cahuzac à Cayenne : pour casser des cailloux et implanter des cheveux

Jérôme Cahuzac à  Cayenne : pour casser des cailloux et implanter des cheveux

 

Difficile de savoir à quoi correspond ce détachement de Cahuzac à Cayenne, lieu quand même mal choisi pour son passé pénitentiaire ; Cahuzac n’y cassera pas des cailloux. Sans doute va-t-il effectuer des travaux d’intérêt général comme médecin généraliste ou peut être pour implanter des cheveux aux milliardaires chauves de la région L’ex-ministre a été condamné le 15 mai dernier par la Cour d’appel de Paris à quatre ans d’emprisonnement dont deux assortis du sursis simple. Sa peine d’inéligibilité de cinq ans ainsi qu’une amende de 300.000 euros, prononcées en première instance, ont par ailleurs été confirmées par la Cour. En première instance, en décembre 2016, le tribunal correctionnel avait prononcé une peine de trois ans ferme à l’encontre de l’intéressé. Jérôme Cahuzac avait fait appel dans l’espoir d’échapper à un emprisonnement alors automatique. Le code de procédure pénale permet à toute personne condamnée à une peine d’emprisonnement ferme inférieure ou égale à deux ans de bénéficier d’un aménagement de peine, soit dès le prononcé de la peine (ab initio), soit après décision du juge de l’application des peines. Mais concernant Cahuzac, les juges d’appel n’avaient pas accordé un aménagement de peine ab initio, la Cour ayant estimé que Cahuzac n’apportait pas la preuve à l’époque de la reprise de ses activités. Sollicité sur ce point de l’effectivité de l’aménagement de la peine de l’intéressé à ce jour, l’hôpital de Cayenne a suggéré à l’AFP de s’adresser «aux autorités compétentes».

 

Les taux et l’inflation pourraient casser la croissance (le président de la Fed de Boston)

 

Avec le remplacement de Janet Ellen, se pose en même temps la question de la politique monétaire de la banque centrale américaine. Il s’agit notamment de savoir si l’objectif de hausse régulière des taux n’est pas susceptible à terme de casser la croissance. Ce que pense en tout cas le président de la Fed de Boston, Eric Rosengren qui estime que l’augmentation des taux risque de générer une inflation dangereuse “Je ne suis pas d‘accord avec ce cadre”, a-t-il dit à San Diego en Californie, en référence à l‘approche “équilibrée” de la Fed visant à atteindre l‘objectif de 2% d‘inflation et le plein emploi. La Fed a adopté ce cadre il y a six ans et l‘a réaffirmé chaque année depuis. Aujourd‘hui, alors que Jerome Powell s‘apprête à remplacer Janet Yellen à la tête de la Fed, un nombre croissant de responsables de la banque centrale veulent repenser ce cadre. Les commentaires d‘Eric Rosengren précisent le débat, suggérant que l‘objectif de 2% pourrait forcer la Fed à freiner la croissance via des hausses drastiques de taux d‘intérêt si le taux de chômage, actuellement à 4,1%, continue à baisser. Ce taux est déjà inférieur à ce que beaucoup d’économistes jugent viable sans que cela ne crée des pressions inflationnistes. L‘inflation, en restant obstinément en-dessous de 2% jusqu’à présent, a permis à la Fed de relever ses taux progressivement, mais cela pourrait changer, a-t-il mis en garde. “Ma crainte est que si nous nous éloignons trop de ce que nous considérons comme étant un taux de chômage viable à terme, et que nous gardons le cadre actuel, alors nous arriverons à une situation dans laquelle nous serons amenés à relever les taux suffisamment rapidement pour que cela devienne ensuite très difficile de revenir au plein emploi sans causer de récession.” Eric Rosengren suggère de remplacer l‘objectif d‘inflation de 2% par une fourchette située entre 1,5% et 3%.

Casser le Bitcoin : en supprimant l’anonymat

Casser le Bitcoin : en supprimant l’anonymat

 

Pour casser sulfureuse cryptomonnaie,  c’est au tour d’un des membres du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) de proposer la solution pour réguler le Bitcoin. Pour stopper la spéculation sur le bitcoin propose de supprimer l’anonymat voire même d’imposer une TVA. L’idée générale est de réguler la crypto menée pour empêcher le blanchiment de capitaux aussi de freiner la spéculation et la constitution d’une bulle même si les taux monnaient représentent encore une part très faible des échanges financiers.  Quelques  centimes en 2009 mais 16 000 dollars actuellement Voila l’évolution du bitcoin qui monte plus haut que les cieux. Une crypto monnaie qui ne représente cependant qu’environ 270 milliards à comparer aux 80 000 milliards de la monnaie fiduciaire. En dépit des avantages évidents du taux monnaie concernant la réduction des coûts de transaction financière l’évolution du cours du bitcoin est évidemment surréaliste et la correction sera sévère Car l’achat/vente et l’investissement en bitcoins s’effectuent à ce jour en dehors de tout marché réglementé. « Les investisseurs s’exposent par conséquent à des risques de perte très élevés en cas de correction”, déclarent l‘Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le superviseur des établissements financiers.  Vendredi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, avait de même mis en garde contre tout investissement dans le bitcoin, qualifié d’“actif spéculatif”. Le bitcoin constitue sans doute une crypto monnaie moderne qui permet de faire des économies de gestion sur les transactions financières  mais de tels rendements sont évidemment surréalistes.  Le Bitcoin est passé d’environ 1.000 dollars en janvier à plus de 16.000 dollars à la mi-décembre, une ascension vertigineuse faisant craindre une bulle, même dans les milieux financiers rompus à la spéculation et à la volatilité. Le président de la banque centrale autrichienne estime que le Bitcoin est avant tout une mode et souligne l’impossibilité à terme de généraliser les paiements avec une monnaie dont le cours est aussi volatile.

Pourquoi les Etats-Unis, les Russes et les Chinois veulent casser l’Europe ? (Attali)

Pourquoi les Etats-Unis, les Russes et les Chinois veulent casser l’Europe ? (Attali)

 

Jacques Attali explique dans une interview d’EurActiv parue dans à la Tribune pourquoi de grandes puissances notamment la Russie et les Etats Unis veulent casser l’Europe et pourquoi le risque de guerre n’est pas à écarter avec les nationalismes qui progressent.

EURACTIV – Il y a dix ans, vous publiiez Une brève histoire de l’avenir, dans lequel vous faisiez déjà des projections pour 2030, à 50 ans.

JACQUES ATTALI - En effet, en cinq phases : déclin relatif de l’empire américain, tentative d’organisation du monde autour de plusieurs puissances indépendantes et hostiles les unes aux autres (ce qui ne fonctionne pas), domination par le marché en l’absence de régulations mondiales, guerre et ordre après la guerre.

Où nous situons-nous ?

À la fin de la deuxième phase et au début de la troisième, c’est-à-dire au sein d’une tentative de régulation. Les États-Unis ont décidé de ne plus être une puissance dominante, de ne plus gérer le monde. Donc on a tout d’abord une tentative de trouver un remplaçant pour les États-Unis, qui ne marchera pas.

Vous ne croyez pas que la Chine pourrait remplir ce rôle ?

Non, la Chine ne le veut pas. Elle veut être puissante, mais pas gouverner le monde comme les États-Unis le souhaitaient. L’Histoire chinoise est une Histoire de puissance et d’influence chinoise, mais pas de domination mondiale. Pékin veut tout ce qui est nécessaire à la croissance chinoise, au bien-être des Chinois. Les Chinois rêvent d’avoir le niveau de vie [actuel] des Américains en 2050. Ils auront alors une immense influence dans la région, mais ne sera pas le pays le plus peuplé du monde, et nombre d’autres enjeux seront apparus.

Revenons un instant à la fin de l’empire américain. Vous parliez de la fin d’un empire il y a dix ans, deux ans avant l’élection de Barack Obama, qui semblait pouvoir retourner cette situation.

Pas vraiment, parce qu’Obama lui-même a toujours répété que l’Amérique n’était qu’une puissance relative, qu’elle ne devait pas intervenir, ce qu’il n’a d’ailleurs pas fait, et qu’il ne pouvait pas porter le fardeau du monde. Ça lui a même été reproché, notamment dans le contexte de la Syrie. Il n’est pas intervenu dans le Moyen-Orient, à l’égard de la Russie il a été ferme, mais sans plus. Il a beaucoup poussé les Européens à faire les choses entre eux. Et Donald Trump est dans la continuité d’Obama de ce point de vue, il va plus loin que lui sur le thème du retrait américain.

Analysons un peu Donald Trump. À la veille de son inauguration à Washington, il a exprimé des propos très durs vis-à-vis de l’Europe, et d’Angela Merkel, par exemple. En se renfermant sur eux-mêmes, les Américains tournent-ils donc le dos à l’idée d’hégémonie ?

Donald Trump a en tout cas une hégémonie médiatique, mais c’est normal, c’est l’élection. Je pense que son discours s’inscrit dans l’idéologie dominante du moment, c’est-à-dire « moi d’abord », « moi, maintenant, tout de suite, d’abord », sans s’occuper des autres ou penser qu’ils peuvent être utiles. Ce qu’il veut, c’est une Amérique forte, qui doit être « la plus forte », mais sans  s’occuper de gouverner le monde, l’Amérique latine, etc. Si une idéologie hostile à l’Occident s’installait en Afrique ou en Amérique latine, il ne voudra pas intervenir. Il y a deux scénarios du pire. Le premier serait que la Chine contrôle Taïwan. Il s’est exprimé en faveur de l’indépendance de Tawaïn, mais fera-t-il la guerre pour Taïwan ? Première question. La deuxième question est de savoir ce qui se passera en cas d’invasion des pays baltes par la Russie, qui s’assurerait ainsi un accès à [son enclave de] Kaliningrad.  L’armée américaine interviendra-t-elle dans ces deux cas ? Je ne le pense pas. Cela pourrait d’ailleurs donner envie à d’autres de le faire à sa place, mais Donald Trump n’interviendra pas, comme, je pense, Barack Obama ne serait pas intervenu.

Comment voyez-vous les relations entre les États-Unis et l’Europe ?

Nous sommes dans une période très particulière, où les Américains, les Chinois et les Russes ont tous un président fort pour les quatre années à venir. Des présidents qui considèrent que l’Europe n’est pas un allié, mais une proie, un gibier, et qu’il faut reprendre tout ce qui est en Europe. Tous les trois ont donc objectivement intérêt à la faiblesse de l’Europe. C’est la première fois que ça arrive. Avant, ce n’était ni le point de vue d’Obama ni celui des Russes. Tous les trois ont donc intérêt à ce que l’Europe se casse. Et dans le même temps, il y a des élections aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, et probablement en Italie.  Ce qui veut dire qu’avant octobre, l’Europe ne sera pas capable de prendre la grande initiative qui est nécessaire aujourd’hui. Aujourd’hui, il faudrait prendre une grande initiative en faveur de l’intégration européenne en matière de défense.

Pourquoi pensez-vous qu’ils pensent comme cela ?

Les autres veulent casser l’Europe, pourquoi ? Parce qu’ils sentent bien qu’à long terme, si l’Europe s’unit, elle deviendra la première puissance du monde. Si l’Europe a un ministre de la Défense, elle sera la première puissance au monde. Non seulement ça, mais le modèle européen deviendrait une force d’attraction. Quand on dit que les États-Unis ont défini un modèle pour le monde, ce n’est pas juste, il s’agit d’un modèle européen. Le monde ne s’américanise pas, il s’européanise, c’est l’Europe qui est le grand modèle de l’Amérique. Ils ont donc intérêt, à tous points de vue, du point de vue de la puissance douce, de l’économie, de la défense, à affaiblir l’Europe. Ils sont donc très heureux du Brexit. Tant les Russes que les Américains vont souffler sur les braises d’un possible « ital-exit », d’un « frexit ». Ils voient bien qu’au 21ème siècle, la grande puissance, avec 550 000 à 8 millions d’habitants, le plus haut niveau de vie, la meilleure position géographique, la meilleure attraction des talents, le meilleur niveau culturel, les meilleurs systèmes de santé, c’est l’Europe.

Comment croyez-vous que l’Europe peut réagir à ça tout en ayant des calendriers assez chargés du point de vue électoral ?

Il faut voir si les institutions fonctionnent indépendamment des calendriers électoraux. Nous sommes à Davos, j’aurais rêvé d’entendre un discours de François Hollande et Angela Merkel qui seraient venus tous les deux et qui auraient dit : « face à Xi Jinping, face à Theresa May, face à Donald Trump, nous affirmons qu’il y a une continuité en Europe et que quelles que soient les élections, nous avons décidé de lancer une Europe de la défense et de la sécurité ensemble ». C’est ça que j’aurais aimé entendre ici à Davos.

De quel genre de leadership avons-nous besoin ?

Nous avons besoin de leaders qui se souviennent, qui incarnent les dangers d’une fragmentation de l’Europe. L’Europe peut retourner à la guerre, supposons que l’Italie sorte de l’euro, que la France aussi, que l’Allemagne parte dans une autre direction : dans trente ans il y aura une guerre franco-allemande. Il faut se souvenir de ce risque qui existe dans le cas d’une rupture de la construction européenne. Il faut des leaders qui ont le sens du tragique, ce que l’on n’a pas. Il ne faut pas des leaders de temps heureux, ni de la neutralité.

Croyez-vous que l’Europe peut avoir un leader comme Trump ?

Oui, il peut y avoir un Trump en France avec Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. En Allemagne, ça peut arriver si Angela Merkel n’est plus chancelière ou si elle cède dans la coalition face aux membres de la CSU. En Italie, il peut y avoir Beppe Grillo.

Si on se dirige vers ce scénario de petits Trump surgissant en Europe, craignez-vous que cela accélère le risque de guerre, la désintégration de l’Europe ?

Nous sommes dans une période qui ressemble beaucoup à 1910 où il y a eu une vague de progrès techniques, une grande globalisation et une vague de démocratie….. Et il y a eu une crise financière, du terrorisme, et on a choisi le protectionnisme et la guerre. Le 20ème siècle aurait pu être un siècle très heureux, tout était réuni pour qu’il soit heureux. Au lieu de cela, on a eu deux guerres mondiales, de la barbarie jusqu’en 1989. Ca fait seulement 25 ans qu’on est sortis des erreurs de 1910 et on peut faire les mêmes aujourd’hui. On a tout pour avoir un 21ème siècle très heureux : progrès techniques, augmentation des classes moyennes, demande de démocratie partout dans le monde, naissance d’États stables, tout est en place mais en même temps on peut partir vers le pire, c’est même à mon avis vraisemblable

Est-ce qu’on part vers le pire ?

Oui, la seule chose qui est différente de 1910 et qui est positif c’est qu’à cette époque les peuples voulaient la guerre en Europe : les Français, les Anglais, les Allemands, tout le monde voulait la guerre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Dans votre livre, vous parlez de neuf grandes puissances. On a le G20 donc on est dans une autre dialectique, mais dans ces neuf puissances vous voyez l’UE comme une grande puissance possible.

Les grandes puissances de demain restent la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, les États-Unis, le Nigéria et l’Indonésie. Le G20 pour moi c’est une photo et rien d’autre, ça n’existe pas. Dès le premier G20 j’avais dit « il faut écrire le G vain ». Maintenant, l’Europe est la plus grande puissance du monde, elle est la seule à ne pas le savoir et la seule à ne pas le vouloir. Les Suisses ont fait ça : créer un État du bas vers le haut, mais en général un État est créé par un conquérant : la Russie c’est un conquérant, la Chine aussi, les États-Unis aussi. Les puissances sont toujours créées par un conquérant. Là, on essaie de créer un pays du bas vers le haut, ce que les Suisses ont fait en trois siècles. Ils se sont unis progressivement face à des ennemis. Nous pouvons nous unir, un peu comme les Suisses, face à nos ennemis. C’est pour ça que la menace extérieure est une bonne nouvelle parce que ça va nous forcer à nous unir. Ce qu’il faut faire crève les yeux : il faut faire une Europe de la défense, de la sécurité, qui gère la politique des frontières, qui gère le problème des migrants, qui gère la menace terroriste et qui se prépare à prendre le relais du retrait américain de l’OTAN.

Est-ce que la démocratie est en crise aujourd’hui dans l’Europe et dans le monde ?

Les pays les plus efficaces ne sont pas les démocraties à l’heure où nous parlons. Les trois gouvernements les plus efficaces sont le chinois, le russe et le Vatican.  Mais ce ne sont pas des démocraties. Deuxièmement, il y a un grand ennemi de la démocratie en ce moment : le marché devient mondial et la démocratie reste locale. On a donc toutes les conséquences d’un marché tout puissant qui rend la démocratie dérisoire et les citoyens s’en rendent bien compte. Il y a huit milliardaires qui ont une fortune supérieure à 40 % de la population de la planète et le peuple est amené par toute une série de contraintes ou de persuasion à voter en faveur de l’intérêt des milliardaires, ce qui vient de se passer aux États-Unis. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas exceptionnel. Tous les résultats des élections sont les votes en fonction de l’intérêt des plus riches. Ça discrédite la démocratie qui a perdu son pouvoir. La seule solution c’est aller vers le haut, qu’on me dise pas que ce n’est pas possible d’aller vers le haut, c’est possible. Et qu’on ne me dise pas qu’une gouvernance mondiale c’est impossible, on essaye de le faire, la COP21 en est un exemple. Il y a des domaines où il y a une gouvernance mondiale, où il y a une instance mondiale qui décide avec une extrême puissance partout dans le monde. Prenez la FIFA pour le football, elle gouverne le football dans le monde entier. Pourquoi quelque chose qu’on fait pour un sujet aussi important que le football, on ne pourrait pas le faire pour des sujets moins importants comme l’égalité fiscale ou l’harmonisation fiscale, la lutte contre le trafic ou la prostitution.

Vous envisagez ça par thématiques, ou envisagez-vous une gouvernance mondiale ?

Non, il faut que ça soit par thématiques. C’est un peu comme la construction de l’État au Moyen-âge : des corporations se sont mis ensemble pour gouverner leurs corporations et puis ensuite les corporations ensemble ont formé l’État. En Europe c’est comme ça que ça s’est fait. Dans le secteur bancaire, il y a Bâle qui règne, il y a énormément de secteurs où il y a des normes mondiales, il n’y a simplement pas de cohérence d’ensemble. Même sur la fiscalité, l’OCDE fait un travail formidable. L’OCDE et la Commission européenne font un très bon travail d’harmonisation. On peut donc y parvenir, ce n’est pas hors de portée.

Quel est votre souhait à l’aube d’une année très difficile ?

Pour que ça réussisse à l’échelle mondiale il faut d’abord que ça n’échoue pas à l’échelle européenne. Car si on n’est pas capables de le faire à l’échelle européenne, on ne le fera jamais à l’échelle mondiale. L’Europe doit être un modèle. Mon souhait pour 2017 c’est d’abord que l’Europe tienne le coup et que malgré l’absence de leader, on avance de façon crédible vers une Europe de la défense et de la sécurité qui à mon avis est la clé de la survie de l’Europe et de la paix.

On aurait dû commencer par ça, non ?

On ne pouvait pas car on avait le parapluie américain et les Allemands étaient trop près de la guerre et ne voulait pas avoir une armée, à juste titre. Aujourd’hui, personne ne remet en cause la démocratie allemande et les Américains sont plus là, donc il faut absolument l’avoir.

« Casser les ghettos » Valls !!!

« Casser les ghettos » Valls

Il n’ va pas avec le dos de la cuillère le Clemenceau d’opérette : «  il faut casser les ghettos »  a dit Valls. D’autres avant lui avaient suggéré d’utiliser le Karcher, pour  à près le même résultat. A défaut de politique,  c’est la guerre des mots, le recours à la sémantique pour cacher le creux  des idées et de l’action. Bref on n’est pas loin de la discussion de bistrot après 5 ou 6 pastis ! le pire c’est que Valls est à jeun pour débiter ses évidences ; » Il ne laissera rien passer, il sera impitoyable, on va passer à une autre dimension » etc. Des mots , des mots vides et creux. Et pour restaurer l’autorité de l’école ,Hollande et Belkacem qui proposent  de supprimer le brevet des collèges ou d’introduire l’ordinateur à l’école ( comme si les gamins ne maitrisaient pas depuis longtemps les technologies de l’information, bien mieux que leurs parents, que les profs et bien davantage que les politiques qui font expédier leurs tweets par leurs secrétaires. En  attendant le Clémenceau du 21 ème siècle a été accueilli par des salves de kalachnikov à Marseille ; Du coup ses rodomontades paraissent  d’autant plus ridicules. « Tout faire pour casser ces ghettos, ces murs, qui sont souvent dans les têtes, c’est une priorité. Cela fait 30 ans qu’on fait ça, tous les gouvernements l’ont fait avec la même bonne volonté. Mais on sent bien maintenant qu’il faut passer à un autre stade, sinon tout va exploser, notamment dans ces quartiers populaires », a dit sans rire Manuel Valls à Marseille devant des élèves sans doute médusés en tout cas dubitatifs. . . Dans une salle du site mémorial du Camp de déportation des Milles, le Premier ministre s’est prêté pendant 45 minutes à des questions réponses avec des élèves d’établissements d’éducation prioritaire et enseignants de l’agglomération marseillaise. Interrogé par un élève sur « les gens dans un certain nombre de quartiers qui se sentent indésirables », Manuel Valls a d’abord pris soin de marquer la différence entre les persécutions d’État de l’Occupation et la situation des quartiers, car « si on mélange tout, si tout est mis sur un même pied d’égalité, on ne s’en sort pas ». « Mais faire ce constat ne veut pas dire qu’on ne reconnait pas qu’il y a des problèmes graves et lourds dans un certain nombre de quartiers populaires ». « Il ne faut pas se mentir, c’est un problème de très longue haleine », a-t-il dit, rappelant avoir parlé le mois dernier d’un « apartheid social, territorial et ethnique ». Rénovation urbaine, école, remettre « de la culture et de la vie » dans les quartiers: le Premier ministre a évoqué quelques pistes, sur des thèmes qu’il doit encore aborder lors de la suite de sa visite à Marseille. Manuel Valls a dit vouloir « lutter contre ces processus qui visent à mettre toujours dans les mêmes quartiers, toujours les mêmes personnes des mêmes origines, pour qu’ils s’y sentent isolés complètement » et promis d’ »être impitoyable contre les discriminations, car les discriminations, ça a un autre nom, c’est le racisme ». Il a également appelé les 150 élèves de l’assistance à « apprendre à être français et à aimer d’être français ». « Être français, c’est pas une couleur de peau, c’est pas un lieu de naissance », a-t-il dit aux enfants.
 




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