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Coronavirus : vers un contrôle numérique des déplacements

Coronavirus : vers  un contrôle numérique des déplacements 

Pour sortir du confinement, le PDG d’Orange, Stéphane Richard, préconise, dans une tribune au « Monde », de suivre l’exemple de Singapour et de recourir au traitement de données individualisées de géolocalisation, avec le consentement de l’usager, et ce, dans le cadre protecteur du RGPD européen.

Tribune. Comment sortir du confinement ? Une fois le pic épidémique passé, comme nombre de pays asiatiques avant nous, l’Europe sera confrontée à ce défi redoutable : comment permettre à chacun de retrouver une vie normale, et à nos économies, profondément bouleversées, de redémarrer rapidement, tout en évitant une reprise de l’épidémie ?

La première réponse sera évidemment sanitaire. Plus que jamais, nous aurons besoin de nos personnels soignants dont l’engagement et la mobilisation depuis le début de cette crise forcent le respect. Nous devrons aussi maintenir dans la durée les « gestes barrières », auxquels nous sommes désormais habitués, et poursuivre à grande échelle les tests de dépistage pour qu’aucune braise ne rallume l’incendie.

Mais la deuxième réponse, c’est de plus en plus évident, sera technologique. Je suis convaincu en effet que la technologie et une utilisation intelligente et raisonnée des data seront le complément indispensable à l’action sanitaire.

Le sujet est sensible, épidermique même. Il est aussi complexe, tant sur le plan juridique que technique. Le but de cette tribune est d’apporter un éclairage aussi factuel que possible dans un débat trop souvent passionnel et sans nuance.

Disons-le tout de suite : il ne s’agit en rien d’imposer, comme à Taïwan, un contrôle numérique intensif des déplacements ou, comme en Israël, de donner aux forces de l’ordre la possibilité de géolocaliser les personnes contaminées via leur téléphone pour garantir le respect de la quarantaine.

Ma position est simple. Nous avons la chance dans l’Union européenne d’avoir un cadre réglementaire protecteur : le règlement général sur la protection des données (RGPD). Sachons l’utiliser dans toutes ses dispositions !

Le RGPD permet, en premier, lieu de traiter des données anonymisées de géolocalisation, c’est-à-dire suffisamment agrégées pour ne pas permettre d’identifier un individu particulier. Orange a ainsi développé un outil de modélisation des flux de population à partir de données de géolocalisation anonymisées que nous mettons à disposition de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

 

 

Des élections municipales en octobre 2020 ou en mars 2021 ?

Des élections municipales en octobre 2020 ou en mars 2021 ?

La possibilité d’élections organisées au mois de juin, comme l’avait évoqué Edouard Philippe à la mi-mars, semble maintenant  écartée. « Il n’y a rien d’acté sur les municipales. L’évidence, c’est qu’elles n’auront pas lieu en juin », a déclaré à France Télévisions Olivier Faure, premier secrétaire du PS, à l’issue de la réunion. « On ne sait pas ce que sera l’évolution de la crise sanitaire et il faut accepter que toutes nos décisions puissent être remises en cause. Donc, pour les municipales, [ce ne sera] pas juin, ce n’est pas jouable », a abondé Patrick Mignola, président du groupe MoDem à l’Assemblée.

Les dates d’octobre 2020 et de mars 2021 ont toutefois été avancées, sans convaincre tous les participants. « J’ai le sentiment que l’exécutif table sur octobre, avec toutes les réserves d’usage dans la période », a précisé Patrick Mignola. « En octobre, personne n’aura la tête aux municipales. On sera en train de redémarrer le pays et on aura besoin de municipalités stables, a toutefois estimé Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, après la réunion. Autant adosser ces élections aux départementales et aux régionales de 2021. Ce ne sera pas la première fois que des maires exercent 7 ans. »

Coronavirus : des municipales au mois d’octobre !

Coronavirus : des  municipales au mois d’octobre !

 

 

 

Après la préparation et les carences du plan de lutte contre le Coronavirus, le gouvernement s’apprête à commettre une énorme bavure démocratique en n’envisageant un report des élections pour le deuxième tour des municipales en octobre. Il est clair qu’un second tour organisé six mois après le premier n’a plus le même sens politique. Il sera forcément influencé par l’environnement sanitaire mais aussi économique et social. Il n’y avait évidemment aucune urgence à organiser l’élection municipale le 16 mars sauf pour le Premier ministre qui d’une certaine manière a commis un acte criminel en appelant à la concentration des électeurs dans les bureaux de vote le jour même il a cité confinement.

Notons que l’abstention record discrédite la légitimité démocratique du premier tour;  certain maires ont pu être élus ainsi avec 25 % des voix ! Le taux d’abstention a été record : 55 %. En outre certaines populations ont été empêché de voter comme dans les EHPAD brutalement fermés et dans les résidents n’ont pu donner de procurations. Le président a évoqué cette hypothèse lors du Conseil des ministres ce mercredi.  Il serait temps que le conseil constitutionnel s’il veut servir à quelque chose se saisisse de cette affaire ridicule au plan politique et démocratique. L’évidence devrait condamner à l’annulation pure et simple du premier tour avec un report en fin d’année voir en 2021 en fonction de l’évolution de la situation sanitaire. On se souvient qu’Édouard Philippe avait instrumentalisé le conseil scientifique pour autoriser l’organisation du premier tour de ces élections municipales. Il s’apprêterait à recommencer cette manipulation

Coronavirus : une irresponsabilité totale des Etats

Coronavirus : une irresponsabilité totale des Etats

A peu près tous les Etats européens ont fait preuve d’un manque de prévoyance et   d’une irresponsabilité totale vis-à-vis du Coronavirus d’abord sous-estimé voir nié  ensuite en affirmant que la situation était contrôle. La commission européenne rend compte de cet immobilisme et de l’impréparation des Etats qui n’ont même pas jugé utile de demander une aide européenne alors que les moyens à leur disposition étaient  dérisoires par rapport à l’enjeu. La Commission européenne a estimé la semaine dernière que les capacités normales de production et d’approvisionnement des Vingt-Sept ne pouvaient répondre qu’à 10% de la demande en équipements de protection et autres appareils médicaux.

Les pénuries sont largement dues à la violence et à l’ampleur de la pandémie qui frappe la quasi-totalité de la planète. Mais les gouvernements européens ont peut-être aggravé leur situation en surestimant leurs capacités à répondre à la crise sanitaire. Ainsi, le 5 février, lors d’une réunion à huis clos, un responsable de la Commission déclare à des diplomates européens: “Les choses sont sous contrôle.”

Deux semaines auparavant, la Chine a ordonné le confinement de près de 60 millions d’habitants de la province du Hubei. C’est pratiquement l’équivalent de la population de l’Italie. Un peu moins que la France.“Il y a un fort degré de préparation dans les Etats membres, la plupart ont mis des mesures en place” pour détecter le coronavirus et traiter le Covid-19, poursuit ce responsable, d’après un document confidentiel.

Cet optimisme découle des prise de position d’experts en question de santé publique des Vingt-Sept lors de réunions préalables. C’est le cas le 31 janvier, lorsque des représentants des ministères de la Santé indiquent à la Commission qu’ils n’ont pas besoin d’aide pour acquérir des équipements médicaux.

“Aucun pays n’a à ce jour demandé un soutien pour se procurer des contre-mesures additionnelles”, peut-on lire dans les minutes de cette réunion. Quatre pays seulement mettent en garde: si la situation se dégrade en Europe, ils pourraient avoir besoin d’équipements de protection. Leurs noms n’apparaissent pas dans le document. Sollicité par Reuters, un porte-parole de la Commission européenne a souligné mercredi que l’exécutif européen avait proposé dès janvier la possibilité de soutenir les Etats membres.

Il a fallu attendre un mois pour que, le 28 février, la Commission lance au nom des Vingt-Sept un premier appel d’offres pour l’achat de masques, de gants, de lunettes et de blouses de protection. L’Italie compte alors 888 cas confirmés de contamination par le SARS-CoV-2 et 21 décès au niveau national; en France, le ministre de la Santé, Olivier Véran, fait état de 19 cas supplémentaires, portant le total à 57 contaminations.

D’après un document confidentiel, aucune offre n’a été reçue sur cet appel. Parallèlement, les Européens ont également assuré que leur personnel de santé avait été bien formé pour prendre en charge les patients atteints du Covid-19.

Le gouvernement italien n’a pourtant ordonné que le 24 février le port de masques de protection pour les soignants s’occupant des cas suspects. Jusqu’à cette date, il ne s’agissait que d’une recommandation, montrent des documents officiels. Aujourd’hui, près de 10.000 médecins, infirmières ou aide-soignants ont déjà été contaminés en Italie, représentant plus de 9% du nombre total de cas confirmés.

Les Etats ont aussi surévalué leurs systèmes de santé.

“Les capacités de diagnostic sont en place, et plusieurs pays ont commencé à tester la population”, notent des experts en santé publique réunis une nouvelle fois, le 4 février. Ce n’est qu’en mars que les gouvernements européens commencent à saisir réellement la gravité de la situation.

Ainsi, la nécessité d’un achat commun de respirateurs artificiels est pour la première fois soulevée lors d’une réunion d’experts le 13 mars. Et un appel d’offres européen est lancé le 17 par la Commission.

Mais dans l’ensemble, les Etats membres ont plutôt recours à des initiatives nationales comme la fermeture des frontières ou la mise en place de barrières commerciales contre l’exportation d’équipements médicaux vers leurs voisins.

Mi-février, le risque que les capacités des établissements de santé soient dépassées par le nombre de malades est classé dans la catégorie “faible à modéré” par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). L’agence européenne spécialisée dans les maladies infectieuses s’appuie alors sur les données que lui font remonter les autorités nationales.

Croissance Japon : moral des industriels au plus bas

Croissance Japon : moral des industriels au plus bas

Les dirigeants des grandes entreprises industrielles japonaises ont basculé dans le pessimisme pour la première fois en sept ans lors de la période janvier-mars, montre l’enquête “tankan” de la Banque du Japon (BoJ) publiée mercredi, alors que la pandémie de coronavirus a rapproché l’économie nippone de la récession.

Le sentiment des grandes entreprises du secteur non-manufacturier s’est aussi dégradé à un plus bas en sept ans, sur fond d’interdictions de voyages, d’annulations d’événements et de mesures de distanciation sociale qui ont nui à la consommation.

Ces résultats mettent en exergue le défi auquel fait face le Premier ministre Shinzo Abe pour empêcher la pandémie d’effacer les bénéfices économiques des mesures d’assouplissement qu’il a engagées.

D’après l’enquête de la BoJ, l’indice du sentiment des grandes entreprises du secteur manufacturier a chuté à -8 en mars, contre 0 en décembre, mais a cependant battu le consensus qui ressortait à -10.

Jamais, en sept ans, cet indice n’avait été négatif.

L’indice mesurant la confiance des grandes entreprises non-manufacturières a reculé à +8, contre +20 lors de la précédente enquête.

Grandes entreprises des deux secteurs s’attendent à ce que la confiance se dégrade davantage au deuxième trimestre, montre l’enquête.

La pandémie de coronavirus pèse lourdement sur l’économie japonaise qui a déjà connu au quatrième trimestre 2019 sa plus forte contraction en plus de cinq ans, du fait de la hausse de la TVA instaurée en octobre dernier et des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

De nombreux analystes s’attendent à ce que la troisième économie mondiale se contracte sur la période janvier-mars puis avril-juin, maintenant la pression sur les décideurs politiques pour qu’ils déploient d’importantes mesures supplémentaires de soutien.

Des masques seulement pour fin avril ! (Macron) et pas pour tout le monde

Des masques seulement pour fin avril ! (Macron) et pas pour tout le monde  

 

Encore un discours de Macron constitué essentiellement de promesses. Il annonce en effet 10 millions de masques par esmaine mais d’ici fin avril seulement. Observons que les seuls  besoins des personnels médicaux et des salariés en contact avec le public se situent à 40 millions. Comment comprendre qu’il faille presque un mois pour satisfaire seulement un quart des besoins des personnels prioritaires. En outre cela ne couvre pas évidemment le besoin des particuliers dont un spécialiste chinois considère qu’il est essentiel pour maîtriser la crise.

“En parallèle, de nouveaux acteurs Faurecia, Michelin, Intermarché, se mobilisent aussi pour produire des masques dans la période et nous aurons ainsi la capacité à produire en France d’ici fin avril environ 15 millions de masques par semaine”, a promis Macron .

Par ailleurs, d’ici “trois à quatre semaines nous aurons la capacité de produire un million de masques par jours” d’autres catégories (hors FFPP) afin de pouvoir fournir des masques à d’autres professions que le personnel soignant auquel les masques chirurgicaux sont pour l’heure réservés, a-t-il ajouté.

Ce n’est pas la première fois que les pouvoirs publics annoncent des commandes massives qui sont malheureusement toujours attendues. De toute façon, le nombre de masques est dérisoire par rapport aux besoins de toute la population. En effet contrairement à ce que affirmait Macron– comme les pouvoirs publics  en général et certains mandarins– le masque n’est nullement inutile pour les personnes dites saines. Pour la bonne raison qu’on ignore totalement qui sont les personnes saines que la plupart sont asymptomatiques et qu’elles transmettent donc potentiellement le virus. Même promesse mais aussi tardive pour les respirateurs avec la commande de 10 000 respirateurs qui n’interviendra pas avant fin mai au mieux.

Concernant les respirateurs, utilisés pour la réanimation des patients, un consortium industriel français réunissant Air Liquide, PSA, Schneider Electric et Valeo “va permettre de produire d’ici mi-mai 10.000 respirateurs”, a précisé Emmanuel Macron, une annonce confirmée par les intéressés ().

L’agence Santé publique France va quant à elle bénéficier d’une enveloppe de quatre milliards d’euros afin de financer les commandes “en médicaments, respirateurs et masques”, a ajouté le chef de l’Etat, précisant que la “priorité aujourd’hui était de produire davantage en France et en Europe”.

“Je veux que d’ici la fin de l’année nous ayons obtenu cette indépendance pleine et entière.” Ce que je veux, est un vœux pieu et encore une fois trop  tardif. Même si Macron condamne par avance les critiques actuelles de sa politique et souhaite le report à plus tard de l’examen des responsabilités du gouvernement.

“Le temps viendra de la responsabilité, ce temps viendra et il est légitime et démocratique et à ce moment-là la transparence complète devra être faite “, a-t-il ajouté. “Mais j’appelle d’abord à la dignité et à l’esprit de responsabilité celles et ceux qui construisent des certitudes avec les connaissances d’aujourd’hui quand ça n’était pas celles d’hier”.

Taxe carbone : le retour justifié par des raisonnements tordus

Taxe carbone :  le retour justifié par des raisonnements tordus

Par Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics s’efforcent de démontrer que la taxe carbone est aussi pertinente que les normes et les progrès technoogiques à partir d’arguments très spécieux comme la voiture polluante qui reste dans le garage ! Sans parler de l’ absence d’alternative pour nombre de zones périphériques condamnés à faire 50 kms par jour pour travailler. Le mirage du  signal-prix  a gagné nombre d’économistes trop contents de récupérer la problématique de l’environnement dans leur champ de compétence. Comment croire que le prix, donc le marché, puisse être un régulateur aussi efficace que la norme ou la technologie. par ailleurs. On fait comment pour calculer le signal prix de la voiture électrique (qui pollue , elle, pendant son processus de production notamment avec les batteries ?).  Nombre d’économiste semblent toujours intoxiqués par les vertu du prix et du marché qui ne sont pas les meilleurs outils dérégulation vis à vis de l’environnement.  ( interview la Tribune- extraits)

 

 

« Tout le monde s’accorde sur le fait que nous avons besoin de technologies plus performantes pour faire face au dérèglement climatique. Mais les avis divergent sur les moyens pour y parvenir. Imposer des standards technologiques plus contraignants présente l’avantage de la simplicité. Il s’agit par exemple de plafonner les émissions de CO2 par kilomètre pour les véhicules, par surface habitable pour les logements, par volume pour les réfrigérateurs. Ce type de réglementation envoie un message clair aux constructeurs : vous devez innover pour faire en sorte que vos produits respectent ces nouvelles exigences. Mais il faut l’accompagner de moyens de contrôle, et de pénalités en cas de non-respect. La détermination des standards ouvre aussi la porte à un intense lobbying par les industriels concernés.

La taxe carbone utilise un moyen détourné pour susciter cette innovation : le signal prix. En faisant payer les émissions de CO2, on accroit le prix des carburants ce qui pousse à l’achat de véhicules moins énergivores. On augmente le coût du chauffage au fuel et au gaz, ce qui rend l’investissement dans l’isolation ou l’achat d’une pompe à chaleur plus attractif. Accroitre le prix de l’énergie incite les ménages à en consommer moins et les entreprises à concevoir des produits pour accompagner cette transition. Nous l’avons vécu après le choc pétrolier des années soixante-dix qui a transformé le parc automobile européen vers plus de sobriété.

Standard versus taxe

Comme le standard technologique, la taxe carbone est un outil de la politique environnementale qui suscite le progrès technique, mais par d’autre leviers. L’épisode des gilets jaunes a mis en lumière les inconvénients de la taxe carbone non accompagnée de mesures sociales. Les standards ont aussi leurs défauts, dont certains peuvent être évités avec la taxe. En voici quelques-uns.

Les standards sont un outil manipulable par les groupes de pression pour favoriser leurs produits ou leurs technologies. On a bien vu en 2015 comment Volkswagen a réussi à tromper les contrôleurs sur les niveaux d’émission polluante de ses véhicules diesel. Comme les barrières métalliques empêchant le stationnement des voitures, l’absence de standard sur une technologie donnée est interprétée comme une autorisation. Dès lors, il faut les multiplier, ce qui ouvre la porte à des négociations industrie par industrie, voire entreprise par entreprise. La politique industrielle de soutien des champions nationaux et les menaces de perte d’emplois entrent alors en conflit avec l’objectif environnemental de réduction des émissions polluantes à moindre coût. De même, le standard technologique peut être détourné de sa mission initiale de protection de l’environnement pour ériger des barrières au commerce international au bénéfice de producteurs influents qui, protégés de la concurrence, peuvent imposer leurs conditions commerciales.

Le standard réglemente le produit mais ne contrôle pas son usage. Obliger un conducteur qui roule peu à payer le surcoût d’une technologie avancée en termes d’efficacité énergétique est inefficace économiquement. Avec une taxe carbone, il garderait sa vieille voiture mais réduirait ses déplacements, et l’automobiliste qui se déplace beaucoup serait incité à acheter une voiture moins consommatrice. Pour le premier, l’impact sur les émissions de CO2 serait sensiblement le même qu’avec une motorisation plus couteuse puisqu’il roule peu ; quant au second, le surcoût à l’achat serait compensé par une consommation réduite. De manière similaire, il est inefficient d’imposer l’achat d’un climatiseur sophistiqué s’il n’est utilisé que deux semaines par an. Si l’on veut en passer par des spécifications techniques, celles des climatiseurs devraient être différentes selon les régions et la durée d’utilisation ce qui est impossible à mettre en pratique.

Par ailleurs, une voiture qui reste au garage ne pollue pas, alors qu’une voiture qui consomme peu sera davantage utilisée. C’est ce que les économistes nomment l’effet rebond (ou paradoxe de Jevons) des politiques environnementales. La réduction de la pollution due au nouveau standard est moindre que celle estimée à usage donnée car l’usage augmente. L’effet rebond a été mis en évidence dans une étude sur le bonus-malus automobile pour les émissions de CO2 en France. Cette mesure a bien atteint son objectif qui était de diriger les achats vers des voitures plus sobres en énergie, mais au prix d’un accroissement du nombre de kilomètres parcourus par an. Au final, les auteurs de l’étude estiment que le bonus-malus a augmenté les émissions du secteur automobile d’environ 9%. Au contraire, taxer le carbone contenu dans le carburant impacte non seulement l’achat de voitures mais aussi leur usage en incitant les conducteurs à rouler moins même si leur voiture consomme peu.

Le standard technologique, en s’appliquant aux produits neufs, accroît la valeur des produits plus polluants sur le marché de l’occasion. C’est l’effet Gruenspecht du nom de l’économiste qui l’a popularisé. Les consommateurs qui ne veulent ou ne peuvent pas payer le surcoût d’une technologie plus avancée n’ont d’autre choix que de garder leur véhicule ou de se tourner vers le marché d’occasion. Des voitures qui devraient partir à la casse continuent à rouler. Au final, le standard encourage l’augmentation de la durée de vie des véhicules énergivores. Une étude a identifié l’effet Gruenspecht dans le cadre du CAFE (Corporate Average Fuel Economy), le standard d’efficacité énergétique des Etats-Unis. Les auteurs partent du constat que les véhicules les plus lourds et les plus puissants sont ceux qui durent plus longtemps. Suite au renforcement du CAFE, les acheteurs de SUV et de pickups reportent leurs achats ou achètent d’occasion. En conclusion, les auteurs de l’étude estiment que cet effet minore la réduction des émissions de CO2 d’environ 15%. Avec la taxe carbone, pas d’effet Gruenspecht. Les propriétaires de SUV et de pickups sont immédiatement impactés par l’augmentation du prix des carburants lorsqu’ils passent à la pompe. Ils sont incités à rouler moins et à remplacer leur véhicule par un neuf plus sobre.

Le standard technologique n’est pas plus juste que la taxe carbone. Certes, la taxe carbone touche de plein fouet les plus pauvres qui consacrent une grosse part de leur revenu à acheter l’énergie pour se chauffer ou se déplacer. Cependant, comme nous l’avions mentionné dans une tribune précédente, à la différence du standard, la taxe génère des recettes qui peuvent être utilisées pour compenser cette perte de pouvoir d’achat en ciblant les plus démunis. De son côté, le standard est loin d’être indolore. Il augmente le coût des voitures, des chaudières, des climatiseurs. Les ménages les plus pauvres auront du mal à financer ces dépenses surtout s’ils n’ont pas accès au crédit. Tout comme la taxe carbone, un standard technologique peut heurter davantage les pauvres que les riches.  L’analyse économique montre qu’un standard d’efficacité énergétique peut s’avérer plus régressif qu’une taxe carbone, c’est-à-dire creuser les inégalités. Ce résultat a été validé empiriquement pour le CAFE aux Etats-Unis.

Le mandat de la Convention citoyenne est de recommander des outils de politiques publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans un esprit de justice sociale. Une multitude d’instruments sont disponibles, combinant des interventions directes sur les quantités et l’orientation des comportements par des contrôles de prix. Certains sont déjà utilisés, d’autres sont à imaginer. La taxe carbone, avec ses qualités et ses défauts, est un de ces instruments. Elle ne fera pas tout, mais elle doit faire partie de la solution au même titre que les standards technologiques. Ne pas parler de taxer les émissions carbonées est un choix que les membres de la Commission (la concention citoyenne)  le machin de 150 personnes tirées au hasard que tout le monde a oublié!) devront assumer vis-à-vis des générations futures qui sont elles aussi concernées par la justice sociale.

Pétrole : des records de production de l’Arabie Saoudite pour écraser la concurrence

Pétrole : des records de production de l’Arabie Saoudite pour écraser la concurrence

 

La guerre du pétrole continue et s’amplifie avec la décision de l’Arabie Saoudite de multiplier encore ses capacités de production au moment où la demande s’écroule ; une demande actuellement en baisse de 20 % en raison de la crise du Coronavirus. L’intention de l’Arabie Saoudite est claire, il s’agit d’écraser complètement la concurrence pour récupérer le maximum de parts de marché. Il est évident que nombre de pays dont le pétrole ou le gaz constitue des ressources essentielles ( la Russie, le Venezuela, l’Algérie, l’Iran etc.). risquent  de voir se développer une grave crise économique s’ajoutant d’ailleurs à la crise sanitaire.

 

La décision saoudienne est donc d’abord économique. Elle vise aussi les États-Unis dont le gaz de schiste ne peut être rentable en dessous de 30 à 40 $ le baril. Or si les États-Unis sont autosuffisants, c’est grâce à ce gaz de schiste. Il y a aussi une dimension politique, l’Arabie Saoudite souhaite porter un coup économique mortel à certains pays qui lui sont opposés et notamment à son ennemi numéro un: l’Iran.

 

« Le royaume a l’intention d’augmenter ses exportations pétrolières de 600.000 barils par jour à partir de mai, ce qui portera ses exportations (totales) à 10,6 millions de barils par jour », a indiqué un responsable du ministère de l’Énergie, cité par l’agence officielle saoudienne SPA. Cette annonce du premier exportateur mondial de brut intervient aussi en pleine chute de la demande en raison du nouveau coronavirus, ce qui a contribué à faire plonger les prix et fait peser la menace d’une récession sur l’économie mondiale.

Le royaume saoudien avait déjà annoncé début mars une augmentation de ses exportations à 10 millions de barils par jour en avril après l’échec de négociations sur le renouvellement d’une réduction de la production entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et la Russie pour soutenir les prix.

En réponse, l’Arabie saoudite a fortement baissé ses prix, inondant le marché de barils à bas coût afin d’obtenir des parts de marché supplémentaires.

L’Arabie saoudite exportait auparavant environ 7 millions de barils par jour dans le cadre d’un accord de réduction de la production conclu entre le cartel et ses partenaires, dont la Russie. Ryad avait aussi annoncé une augmentation de sa production pour le mois d’avril à 12,3 millions de barils par jour. Le directeur général du géant pétrolier Saudi Aramco, Amin Nasser, a déclaré il y a deux semaines que la société pouvait maintenir sa production à ce niveau pendant au moins 12 mois sans avoir à construire de nouvelles installations.

Les Émirats arabes unis se sont également engagés à pomper au moins un million de barils par jour supplémentaires à partir du mois prochain, ce qui aggrave une guerre des prix qui a fait plonger les cours de l’or noir à leur plus bas niveau en 17 ans. Les prix du pétrole se sont effondrés lundi, suivant la chute des marchés financiers face à l’aggravation de la crise liée à la pandémie de Covid-19.

Le prix du baril de WTI, référence aux États-Unis, a chuté à environ 20 dollars le baril, tandis que celui du baril de Brent de la mer du Nord était de moins de 23 dollars, des niveaux plus vus depuis le début des années 2000.

 

Coronavirus: seulement 10% des usagers dans les transports franciliens

Coronavirus: seulement 10% des usagers dans  les transports franciliens

 

« La fréquentation des transports franciliens se situe aujourd’hui à 10% du trafic habituel, qui s’établit en temps normal à 5 millions de voyageurs par jour. Il y a donc encore 500.000 personnes assurant des fonctions essentielles au pays, qui ont besoin des transports en commun », a déclaré Valérie Pécresse à nos confrères du Journal du Dimanche.

Dans une interview publiée ce dimanche, la présidente du Conseil régional d’Île-de-France a également annoncé le remboursement intégral du pass Navigo pour le mois d’avril.

« Cela concernera aussi bien ceux qui achèteront un abonnement mensuel pour aller travailler aux fonctions essentielles pour le pays que ceux qui sont confinés chez eux et qui avaient acheté un abonnement annuel. Nous ouvrirons une plateforme début mai qui permettra de demander le remboursement de 75,20 euros pour le pass Navigo mensuel ou annuel », a-t-elle précisé.

 

Refusant l’idée d’une fermeture totale des transports en commun en Île-de-France, Valérie Pécresse a rappelé qu’ils étaient « indispensables à tous ceux qui doivent se rendre au travail: les soignants mais aussi les agents de service public, les travailleurs qui continuent à faire tourner le pays ».

Coronavirus: de l’ordre de 10 % des salariés du privé en chômage partiel

Coronavirus: de l’ordre de 10 % des salariés du privé en chômage partiel

 

“A la date de vendredi soir, nous avions 220.000 entreprises qui avaient demandé le chômage partiel pour tout ou partie de leurs salariés, 65.000 de plus que la veille”, a dit Muriel Pénicaud lors du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro. “Cela concerne 2,2 millions de salariés, 600.000 de plus que la veille.”

“Je rappelle que le but du chômage partiel, (…) c’est d’éviter les licenciements”, a-t-elle ajouté.

Les principaux domaines concernés sont l’industrie, l’hébergement, la restauration, la construction, le commerce non-alimentaire et les garages, a précisé la ministre du Travail.

Le dispositif de “chômage partiel” mis en place par l’Etat prévoit une indemnisation des salariés correspondant à 70% de leur rémunération brute horaire et une allocation pour les entreprises – 7,74 euros par heure chômée pour celles employant jusqu’à 250 salariés et de 7,23 euros pour celles comptant 251 salariés et plus.

“Pour l’instant, toutes les demandes sont réputées acquises et on fera les contrôles a posteriori”, a poursuivi Muriel Pénicaud en réponse à une question sur d’éventuels abus de la part des entreprises.

“Il y a toujours des gens qui profitent d’une situation mais c’est une minorité”, a assuré la ministre du Travail.

Après le Coronavirus: des conséquences économiques et sociales considérables

Après Coronavirus: des conséquences économiques et sociales considérables 

C e qui caractérise la compétence des politiques, c’est leur capacité à anticiper les événements et la pertinence de leurs décisions en cas de crise. De ce point de vue, le gouvernement actuel ne répond à aucun de ces deux critères.

Pour la crise sanitaire, il est clair qu’il a toujours environ trois semaines de retard. Pour preuve en est toujours dans l’incapacité dans une situation de guerre de produire et de fournir les masques nécessaires. Pour l’instant à la fin du mois de mars la France peut produire au maximum 8 000 masques  quand il en faudrait près de 40 000 par semaine. Deux mois après le début de la crise sanitaire mondiale, la France ne peut annoncer que des commandes  dont on attend désespérément la venue.

Le Premier ministre s’est  même refusé à toute réquisition. Ne parlons pas de la carence en matière d’appareils respiratoires, de médicaments de traitement et surtout de personnel. Ce que Macron a été capable d’annoncer, c’est une prime et plus tard c’est-à-dire à la saint-glinglin un plan massif pour l’hôpital sans rien préciser de son contenu.

 Sur le plan économique, l’impréparation du gouvernement est peut-être encore plus dramatique. En effet, la France va connaître une dépression inconnue depuis la seconde guerre mondiale voire depuis 1929. Nombre d’entreprises ne pourront pas résister à cette crise en dépit des prêts qu’on leur propose. On va assister à des défaillances massives surtout de PME mais pas seulement ( les dégâts seront terribles dans le transport aérien, dans le tourisme dans la restauration notamment). Les hypothèses de baisse de croissance évoquée par le gouvernement comme par des experts sont ridicules.

 Il y a encore quelques jours, Bruno Lemaire évoquait une baisse du PIB de l’ordre de 1 % annulant ainsi l’objectif de 2020. Ensuite, il a parlé d’une baisse du PIB de 1 %. Certains experts qui ne veulent pas désespérer les acteurs économiques et les ménages ont parlé de 5 %. Des hypothèses complètement fantaisistes et irresponsables car elles ne permettent pas de préparer la sortie de crise.

Sur la tendance nous perdons actuellement environ 3 % de croissance du PIB par mois. Au minimum la baisse sera de 20 % à condition de relancer la dynamique économique à la rentrée. Pour l’instant, il n’y a pas la moindre esquisse d’un plan de sortie. Comme il ne faut pas trop compter sur une reprise à l’identique du commerce international qui va mettre du temps à se restructurer et à se réveiller, il convient évidemment de relancer un plan sans précédent d’investissements en direction des équipements collectifs et des activités de la vie et de l’environnement. Parallèlement, il convient aussi de soutenir le pouvoir d’achat des ménages pour que ce dernier -qui soutient la croissance française- ne s’écoule pas brutalement .

 Pendant la crise en effet nombre de dépenses ont été reportées par les ménages mais beaucoup ont été simplement et purement annulées. La crainte de l’avenir, avec la vague de défaillance d’entreprise et la montée  du chômage, rendra ses ménages encore très prudents. Il faudra aussi prévoir une crise de l’immobilier car nombre de ménages ayant emprunté de manière excessive au regard de l’évolution des revenus ne pourront faire face à leurs charges financières. Bref si l’on veut mieux faire face à la crise économique qu’on a fait face à la crise sanitaire, il est grand temps de s’en préoccuper afin d’essayer de relancer la machine dès la rentrée voir dès l’été si le Coron virus est maîtrisé d’ici là.

Plainte contre le Premier Ministre à propos du maintien des municipales

Plainte contre le Premier Ministre à propos du maintien des municipales

 

Plusieurs candidats et militants de la liste LR aux municipales dans les 15e et 16e arrondissement de Marseille, dont plusieurs ont contracté le Covid-19, déposent plainte contre le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, lundi, via leur avocat Me Nabil Boudi.

« A l’issue du premier tour et les jours suivants, détaille Me Nabil Boudi dans l’argumentaire de la plainte qui sera déposée auprès de la Cour de justice de la République lundi, un certain nombre de plaignants ont été testés positifs au Covid-19 les 16 et 17 mars, ce qui signifie qu’ils ont probablement été contaminés le 15 mars. » L’avocat porte la plainte de militants et de candidats LR aux municipales dans les 15e et 16e arrondissements de Marseille. Parmi eux, plusieurs étaient assesseurs de bureaux de vote.

L’une des plaignantes, Nadia Bouhezza, 50 ans, testée positive, a été hospitalisée. Elle se trouve depuis chez elle, toujours sous étroite surveillance hospitalière. Pour ceux dont le test s’est révélé négatif, l’avocat invoque un « préjudice d’anxiété ».

Les plaignants reprochent à Edouard Philippe et à Christophe Castaner une « entrave intentionnelle aux mesures d’assistance », en maintenant le premier tour des municipales en dépit de l’épidémie et alors même que les écoles devaient fermer le lendemain.

L’objectif de cette procédure, informe Me Boudi, est d’une part « l’ouverture d’une enquête aux fins de déterminer si le gouvernement a été défaillant ou pas » et d’autre part, « déterminer si le fait d’avoir maintenu cette élection peut être qualifié de faute pénale ».

Des Coronabonds pour quoi faire ?

Des Coronabonds pour quoi faire ?

 

 

Patrick Artus, économiste à Natixis s’interroge, dans sa chronique au « Monde », sur l’efficacité des « coronabonds » que souhaite créer la BCE pour faire face à la crise.

Chronique. La crise du coronavirus va conduire la zone euro en récession en 2020. Il est aujourd’hui difficile de prévoir ce que sera le taux de croissance, mais on peut l’évaluer entre – 2 % et – 5 %. Tous les pays de la zone vont devoir mener des politiques budgétaires expansionnistes, avec un objectif clair : éviter les faillites des entreprises, en repoussant ou en annulant les impôts, en prenant en charge une partie des salaires, éventuellement en recapitalisant des entreprises en grande difficulté.

On peut estimer, à ce stade, que les déficits publics des Etats seront accrus de 2 à 3 points de PIB, la Commission européenne ayant d’ailleurs suspendu les règles budgétaires de l’Union. L’Allemagne aurait ainsi un déficit public de 2 % à 3 % du produit intérieur brut (PIB), la France, l’Espagne et l’Italie de 4 à 5 points. Mais si la crise est plus longue et plus sévère que ce qui est aujourd’hui anticipé, ces déficits seront encore plus élevés.

Cette perspective risque de conduire de nouveau à une crise des dettes publiques des pays les plus fragiles, comme en 2010. Et effectivement, dès que cette hausse forte des déficits publics a été anticipée, les taux d’intérêt à long terme sur la dette publique de l’Italie sont passés de 1 % à presque 3 %, et ceux de la Grèce de 1 % à presque 5 %.

Après quelques hésitations, la réponse a été monétaire : le 17 mars, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu’elle créait un nouveau programme d’achat d’obligations d’un montant maximum de 750 milliards d’euros, et qu’elle pourrait acheter spécifiquement les dettes publiques des pays en difficulté – alors que son programme antérieur de facilitation de liquidités (quantitative easing) lui imposait d’acheter les dettes de tous les pays selon des pondérations correspondant à leur poids dans le capital de la BCE. Cette décision a immédiatement fait baisser fortement les taux d’intérêt des pays périphériques (celui de l’Italie est revenu vers 1,5 %).

 

Cette réaction de la BCE peut être qualifiée de « solidarité monétaire », puisque les pays européens ont accepté que l’institution de Francfort monétise spécifiquement certaines dettes publiques.

Mais de nombreuses voix se sont élevées pour proposer une autre solution : la mutualisation des déficits publics supplémentaires mis en place par les pays de la zone euro, qui seraient financés par l’émission d’une obligation émise conjointement par tous les pays de la zone euro ou par le Mécanisme européen de stabilité, qui se finance déjà à travers des émissions par des pays en difficulté d’obligations garanties.  »

Notons que dernière encore Merkel s’est opposée notamment à Macron pour lancer des Eurobonds ou équivalents estimant que le dispositif MES suffit.

Crise sanitaire : le retard criminel des pouvoirs publics

Crise sanitaire  : le retard criminel des pouvoirs publics  

 

Dans le journal l’Opinion, il est rendu compte du terrible retard pris par les pouvoirs publics d’après un chercheur du CNRS, un travail réalisé  à partir  » des  articles de synthèse dédiés au nouveau coronavirus parus dans un journal de réputation internationale, Science ​», et des déclarations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

 

Le 11 janvier, on y apprend que « ​les chercheurs chinois ont déjà partagé la séquence génétique du virus avec le reste du monde, permettant la fabrication de tests de dépistage ​». Le 5 février, la revue se demande si le nouveau coronavirus sera contenu ou évoluera en pandémie. « ​L’article fait le point sur trois tournants cruciaux dans la connaissance de la maladie et de la gestion de l’épidémie ​», écrit Pascal Marichalar. 1) Il existe des patients asymptomatiques, ce qui « complique grandement les efforts pour contenir l’épidémie, parce qu’on ne peut savoir avec certitude où elle se trouve à un instant t sans dépister tout le monde ​». 2) Entre une réussite du « ​containment ​» et la pandémie, les épidémiologistes font dès cette époque le pari de la pandémie. 3) Les études réalisées en Chine montrent « ​qu’environ 20 % des personnes infectées souffrent de formes graves de la maladie, nécessitant une hospitalisation ​».

Le 25 février, Science est formel, la pandémie l’a emporté (l’OMS a déclaré la pandémie le 12 mars). Les experts du monde entier préconisent alors une stratégie ​: « ​aplatir la courbe ​», c’est-à-dire retarder la maladie. « ​Une étude montre qu’en Chine, ce sont la suspension des transports publics, la fermeture des lieux de loisir, l’interdiction des rassemblements qui semblent avoir été les mesures les plus efficaces pour ralentir la progression de la maladie ​», peut-on lire dans la revue scientifique. « Tout est question de vitesse. Plus les mesures seront prises tôt, plus elles seront efficaces ​», fait valoir l’un des principaux experts de l’OMS ce 25 février.

 

Le 2 mars, Science publie les conclusions d’une équipe de l’OMS qui a passé deux semaines en Chine à visiter les foyers de Covid-19. Un constat s’impose ​: les Chinois ont réussi à contenir l’épidémie. « ​L’analyse du rapport de la visite de l’OMS montre deux choses ​: il est possible d’arrêter la course folle du virus ; la manière de le faire est de procéder à des dépistages massifs et ultra-rapides, avec traçage et isolement immédiat des contacts des personnes positives ​», résume Pascal Maricharal. Le chercheur précise que « ​dès le 11 février, les lecteurs de Science sont alertés sur la possible pénurie de tests biologiques de dépistage » et le 28 février « ​qu’il existe d’autres techniques ​», comme « ​la prise régulière des températures, l’examen des poumons par scanner ​».

Comment, en dépit d’une telle documentation sur l’épidémie et son évolution, la France se retrouve-t-elle aujourd’hui confrontée à une pénurie de masques, de tests de dépistage et confinée pour une période indéterminée, selon des règles changeant tous les jours ? Un collectif de médecins a porté plainte au pénal le 19 mars contre Agnès Buzyn et Edouard Philippe, au motif qu’ils « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer ».

«La lutte des classes s’éveille à nouveau»!!! (Jérôme Sainte-Marie )

 «La  lutte des classes s’éveille à nouveau»!!!  (Jérôme Sainte-Marie )

 

 

Encore une analyse assez confuse d’un politiste dont la clarté n’est pas la caractéristique première. Contrairement à ce qu’affirme cet expert, l’ hypothèse la plus probable n’est pas le réveil d’un lutte des classes – même dans son imaginaire- surtout gérée par Marine Le Pen mais davantage un rejet pur et simple d’une grande partie de la population de la chimère du macronisme et pas seulement du « bloc identitaire » lequel n’a d’ailleurs rien de très homogène. 

 

Politologue, Jérôme Sainte-Marie estime qu’à la suite de l’élection d’Emmanuel Macron et de la crise des Gilets jaunes, deux blocs se font face : un bloc élitaire et un bloc populaire. Selon lui, cette crise va « renforcer la potentialité » du second. ( interview dans l’Opinion)

Directeur de PollingVox, Jérôme Sainte-Marie est l’auteur de Bloc contre bloc (Cerf).

Pourquoi, à l’occasion de cette épidémie de Covid-19, l’union nationale n’existe-t-elle pas ?

Tout simplement parce que nous ne sommes pas en guerre. Nous ne sommes pas face à un ennemi humain, stratège, qui pourrait interpréter nos divisions et les exploiter. Nous sommes face à un problème sanitaire qui appelle des réponses administratives, techniques, médicales, qui relèvent pour certaines du champ politique et peuvent donc faire l’objet de débat. Ce n’est pas la même chose. Il faut néanmoins noter que sur la mesure sanitaire la plus spectaculaire et la plus contraignante – le confinement – il n’y a pas de discussion et donc pas de mise en danger de la vie d’autrui. Puisqu’il est légitime de débattre des décisions de l’exécutif, cette crise sanitaire vient réinitialiser des conflits qui existaient préalablement, notamment autour de la dépense publique. Depuis le début du quinquennat Macron, il y avait un projet de transformation de la société française dans un sens plus libéral, qui divisait les Français. La réhabilitation de l’Etat en cette période de crise, et en particulier de l’hôpital public, remet à jour ce clivage.

L’hôpital, profond foyer de colère depuis plus d’un an, se retrouve en première ligne. Cette crise met-elle le doigt là où cela fait mal?

Bien sûr, mais il n’est pas évident d’en percevoir l’issue. Certes, cette crise transforme en héros un personnel médical qui était en grève perlée depuis un an pour protester contre la dégradation de ses conditions de travail et de l’état de l’hôpital. Mais, malgré cette célébration des médecins et infirmières, le débat de fond sur notre système de santé public n’est pas tranché. Certains peuvent en déduire que, décidément, tout ce qui relève du service public fonctionne mal ; d’autres qu’il faut investir davantage dans le système de soins sous sa forme actuelle. Ces lectures diverses relèvent du débat démocratique normal.

Quelles fractures cette pandémie révèle-t-elle ?

Cela creuse un peu plus le clivage entre, d’une part, le bloc élitaire constitué autour du macronisme et, d’autre part, un bloc populaire en gestation. Personnels de soin, caissières, ouvriers agricoles… : il y a une corrélation directe et négative entre leur niveau de revenu et le caractère indispensable de leur fonction. Parallèlement, le fait que beaucoup de cadres peuvent profiter du télétravail et rester à domicile, parfois dans des conditions très agréables, sans qu’on ait l’impression qu’ils participent à l’effort collectif parce qu’ils sont moins visibles, peut accentuer ce sentiment d’inégalité. C’est une nouvelle fois un imaginaire de lutte des classes qui s’éveille.

Cela appuie-t-il sur des ressorts déjà à l’œuvre lors de la crise des Gilets jaunes ?

La crise des Gilets jaunes a d’abord concerné, dans la mobilisation et le soutien le plus actif, les travailleurs pauvres du secteur privé. Aujourd’hui, c’est cette catégorie qui peut avoir le sentiment d’être la plus mobilisée et la plus exposée. Des antagonismes, des tensions sociales qui traversent le pays sont donc réveillés. Cela se voit dans les jugements sur la gestion gouvernementale de la crise, critiquée selon l’institut BVA par 59% des Français. Tout cela peut annoncer une conflictualité sociale forte lors de la sortie de crise. Non seulement on peut anticiper une certaine vindicte de l’opinion publique par rapport au pouvoir, mais il est probable que l’on assiste à des tensions importantes au sein même des entreprises. En effet, celles-ci sont et seront amenées à faire des choix douloureux. Qui mettre au chômage partiel ou non ? Qui licencier ou conserver ? Par définition, ces décisions sont et seront prises par des cadres qui auront traversé cette crise dans des conditions plus convenables. Au niveau micro comme macro-social, si l’on ose dire, la sortie de crise sera très clivante, et potentiellement conflictuelle.

Jusqu’à quel point les réseaux sociaux jouent-ils un rôle dans l’absence d’union nationale ?

En cette période où chacun est confiné, les réseaux sociaux interviennent à un très haut niveau dans l’information et la politisation. Ils permettent de débattre mais aussi de vérifier des informations, y compris « officielles », et d’en chercher, alors que le climat est très anxiogène. Cela confronte sans cesse la parole publique ou les médias dominants à des processus de vérification et de contradiction. Cela accentue l’esprit critique et entretient un climat de surpolitisation, alors que, parallèlement, Emmanuel Macron et le gouvernement donnent le sentiment de tancer les Français en ne cessant de les mettre en garde, comme s’ils étaient des mineurs, contre les « fake news » ou des phénomènes de panique que l’on ne constate pourtant guère.

Marine Le Pen critique durement le gouvernement. Quelles peuvent en être les conséquences politiques de cette crise ?

Elle ne fait que renforcer la potentialité d’un bloc populaire, dans ses trois dimensions. Au niveau sociologique, car elle contribue à mobiliser son noyau dur, les travailleurs pauvres du privé, autour d’une conscience commune, faite de colère et de fierté. Au niveau idéologique, car le souverainisme intégral est renforcé par cette crise, notamment par la mise en exergue des frontières et des productions stratégiques. S’il est trop tôt pour savoir si cette crise renforcera le service public, il est certain que l’échelon national est redevenu la référence. La mondialisation, l’Union européenne (si les divisions l’emportent et que les mesures tardent), seront, elles, sur le banc des accusés. Tout cela va mettre un peu plus en avant la question – c’est la troisième dimension – d’une direction politique unifiée pour le bloc populaire. Marine Le Pen avait pris l’ascendant sur Jean-Luc Mélenchon ; elle renforce aujourd’hui son avantage. Le RN a politisé immédiatement la crise. Il devrait être plus en mesure d’en profiter que La France insoumise qui, dans un premier temps, s’est montré plus hésitante. Si, dans les sondages, Marine Le Pen ne semble pas engranger directement pour le moment, elle aura investi en vue de la sortie de crise qui ne s’annonce pas comme un moment d’apaisement.

Coronavirus et municipales : des contaminations chez les assesseurs

Coronavirus et municipales : des contaminations chez les assesseurs

Comme c’était prévisible on découvre que des assesseurs ont sans doute été contaminé lors du premier tour des élections municipales maintenues de façon irresponsable par le Premier ministre. Ces assesseurs ont pu être contaminés par des électeurs. De la même manière, ces électeurs ont pu contaminer d’autres personnes. Ainsi ces bureaux de vote ont été transformés en sorte de chambres de contamination massives sur tout le territoire . Heureusement , les Français ont largement douté de la pertinence de cette mesure comte tenu du fait que les municipales apparaissaient assez secondaires par rapport à l’enjeu sanitaire. Ainsi ces élections ont connu une participation historiquement très faible rendant par ailleurs caduque  la légitimité de nombre d’élus. Cela d’autant plus que dans les grandes villes, la plupart des scrutins imposeront un deuxième tour dans des contextes économiques, sociaux et politiques complètement différents vont encore fausser le vote. Plusieurs cas de contamination ont été identifiés au cours de ce premier tour. À Billom (Puy-de-Dôme), le maire, Jean-Michel Charlat, a annoncé à l’AFP qu’une femme de 62 ans est hospitalisée au CHU de Clermont-Ferrand. Testée positive, les médecins ne peuvent assurer que sa contamination remonte au jour du scrutin. Mais elle a pu contaminer des électeurs.

À Châtillon-sur-Loire (Loiret), le maire, Emmanuel Rat, est dans un état préoccupant. Ses symptômes sont apparus au lendemain du premier tour lors duquel il a tenu un bureau de vote et participé au dépouillement. Sans oublier tous ces candidats et élus contaminés, notamment à Marseille (Martine Vassal, Yvon Berland, Valérie Boyer…) qui étaient sur le pont le jour du scrutin. D’autres cas sont signalés. Mais comment comprend le discours d’un premier ministre qui en même temps à recommander le confinement et l’appel au rassemblement pour le même jour.

Pétrole : des besoins réduits de 20 %

Pétrole : des besoins réduits de  20 %

 

La demande mondiale de pétrole pourrait chuter de 20% en raison de la multiplication des mesures de confinement, qui touchent désormais quelque trois milliards de personnes dans le monde, a déclaré jeudi le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en appelant l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial, à favoriser une stabilisation du marché.

“Aujourd’hui, trois milliards de personnes dans le monde sont confinées. En conséquence, on pourrait bien assister au cours de cette année à une chute de la demande d’environ 20 millions de barils par jour selon certains”, a dit Fatih Birol, lors d’une téléconférence.

La demande pétrolière mondiale représentait 100 millions de barils par jour (bpj) en 2019.

Fatih Birol a ajouté que malgré cette chute attendue de la demande, l’offre globale de brut pourrait augmenter de trois millions de bpj supplémentaires en raison de la guerre des prix en cours entre l’Arabie saoudite et la Russie.

“Puisqu’elle préside le G20 cette année, on pourrait s’attendre à ce que l’Arabie saoudite apporte une contribution positive à la stabilisation des marchés pétroliers mondiaux au vu de son comportement passé”, a-t-il dit.

Il a ajouté que l’AIE, qui conseille les pays de l’OCDE en matière de politique énergétique, présenterait des prévisions actualisées et détaillées d’évolution de la demande dans deux semaines à l’occasion de al publication de son rapport mensuel.

Il a précisé que la chute de la demande pourrait rapidement aboutir à une saturation des capacités mondiales de stockage de brut et estimé que la reprise de la demande ne serait sans doute ni facile ni rapide.

Une urgence : produire des tests de dépistage» ( Christian Gollier)

Une urgence : produire des tests de dépistage»  ( Christian Gollier)

 

Christian Gollier directeur général de la Toulouse School of Economics, dont il est à l’origine avec Jean Tirole, prix Nobel d’économie en 2014,  estime urgent de produire massivement des tests  de dépistage. Il prône une économie de guerre et revient sur les enjeux. ( interview de l’Opinion)

L’intervention de l’Etat pour soutenir l’économie paralysée par la crise du coronavirus est-elle justifiée ?

Oui, il s’agit d’un choc exogène – contrairement à celui de 2008 – supporté par les ménages et les entreprises ; il a des conséquences sanitaires, pensons aux malades et aux morts, mais aussi économiques. On demande à chacun un effort qui bénéficiera à tous. Il est donc raisonnable que ce sacrifice soit porté par la communauté dans son ensemble, c’est-à-dire par l’Etat. Si l’on regarde la situation sous le voile de l’ignorance sans savoir qui est qui, fonctionnaire ou restaurateur, tout le monde voudrait bénéficier de la protection de l’Etat, alors que les restaurateurs sont beaucoup plus exposés que les premiers. La solidarité a posteriori de l’Etat fonctionne comme une assurance a priori. Ce partage de risque est socialement désirable, et seul l’Etat peut l’organiser. D’autant plus que, contrairement aux crises précédentes, il n’y a pas de coupables.

C’est la grande différence avec 2008 ?

Oui, en 2008 s’est posé le problème de l’aléa moral : quand vous savez que vous êtes assuré, vous faites moins d’efforts. Prenons un exemple extrême : on ne va pas assurer les étudiants contre le risque d’échec aux examens en fin d’année car ils seraient moins incités à travailler. En 2008, les grandes institutions financières savaient qu’en cas de difficultés, elles seraient secourues par les Etats au nom du too big to fail. Cela a provoqué un énorme débat public, mêlant économie, politique et morale. Nous n’avons aucune raison de donner une leçon ou de punir les restaurateurs, les commerçants et la myriade de PME obligés de fermer boutique. La solidarité est ici un devoir moral autant qu’une politique économiquement utile. De même, en 2011, les Européens du nord ont voulu que les Grecs paient pour leur mauvaise gestion. Et on a failli faire exploser la zone euro pour cela. Aujourd’hui, il n’y a pas d’aléa moral, l’Italie est frappée de plein fouet. Cela aurait pu être un autre pays.

Cela rend les coronabonds plus acceptables par les Allemands que les eurobonds ne l’étaient en 2012 ?

L’idée d’un emprunt de l’Union européenne pour financer la socialisation des pertes est plus acceptable en effet. On pourrait objecter que certains pays pourraient en profiter pour relâcher leurs efforts, mais l’intensité de cet aléa moral est bien moindre qu’il ne l’était en 2008.

Que doivent faire les Etats, que doivent-ils éviter ?

Socialiser les pertes, c’est transférer les pertes de revenu au budget de l’Etat. Reporter le paiement des taxes et charges sociales n’est qu’un emplâtre. En revanche, il faut massivement utiliser la mise au chômage temporaire des salariés et indépendants désœuvrés. Nous avons la chance en Europe d’avoir des systèmes d’assurance-chômage qui fonctionnent bien. Il faut aussi compenser les entreprises qui ont des coûts fixes importants.

La nationalisation est-elle un bon outil ?

Seulement pour les entreprises au bord de la faillite. Nous avons une belle institution, les marchés financiers, dont le rôle est d’absorber une partie des risques d’entreprendre. Moyennant quoi les actionnaires en tirent des bénéfices considérables, les bonnes périodes équilibrant les mauvaises. Sur l’ensemble du XXe siècle aux Etats-Unis, le rendement des actions s’est élevé à 6 % par an, en réel. C’est considérable ! Parallèlement à mon collègue de Harvard, Robert Barro, j’ai montré que cette forte prime de risque ne peut s’expliquer que par la possibilité d’événements extrêmes mais improbables, comme la crise de 1929, les deux guerres mondiales, ou la crise sanitaire actuelle. Il est donc légitime qu’en période de crise, les actionnaires boivent la tasse comme c’est le cas actuellement avec des chutes boursières de 30 à 40 %. Jusqu’à présent, les marchés boursiers ont bien joué leur rôle d’absorbeur de pertes. Mais les fonds propres sont maintenant laminés. L’Etat doit prendre le relais si on veut garder nos activités économiques.

Aux yeux de l’économiste, le confinement est-il justifié ?

Il faut faire une analyse coûts/bénéfices. Réduire la production pendant deux mois de moitié, cela implique une chute du PIB de 8 % sur l’année. En y ajoutant les retards au rallumage, on tourne autour d’une perte de 300 milliards d’euros (pour un PIB de 2 400 milliards). Le bénéfice attendu du confinement, ce sont des morts évités. Combien de personnes ? Certains épidémiologistes estiment que sans confinement, 70 % de la population serait touchée, avec un taux de mortalité de 2 %. Appliqué à une population de 66 millions de personnes, cela aboutit à un million de morts au total.

Comment comparer un million de morts à 300 milliards de pertes ? Qu’on le veuille ou non, une telle question nécessite de donner une valeur à la vie humaine. On fait tous les jours des arbitrages entre pouvoir d’achat et espérance de vie, en entretenant notre voiture ou en se soignant. Nos comportements révèlent donc cette valeur, que les études économiques situent autour de 3 millions d’euros pour une vie entière en bonne santé, chiffre établi en 2013 par les services de l’Etat sous la direction d’Emile Quinet. C’est cette valeur qui a poussé l’Etat à réduire la vitesse à 80 km/h sur nos routes malgré son coût en termes de perte de temps. Un million de vies perdues en l’absence de confinement correspond à 300 000 vies entières, et donc à 900 milliards d’euros. Comparés aux 300 milliards de coût économique du confinement, ces estimations confirment l’utilité sociale du confinement.

Je suis un peu surpris que le président de République, qui a été très martial, n’ait pas parlé d’économie de guerre. C’est une priorité absolue

Comment sort-on du confinement ?

Là encore, on emprunte la même démarche, coûts/bénéfices. Si vous libérez une personne sans dépistage du virus, vous engendrez un risque de mortalité supplémentaire que les épidémiologistes peuvent mesurer et que les économistes peuvent traduire en un coût équivalent monétaire. Vous pouvez alors comparer celui-ci avec la création de valeur engendrée par sa remise au travail. Il faut procéder par type de profession. Si on pouvait dépister systématiquement, le calcul serait très favorable à un déconfinement plus précoce, en remettant au travail toutes les personnes indemnes. Il faut donc pousser au maximum la production de tests.

Mais nous sommes face à une pénurie de tests, comment faire ?

En décembre 1942, Roosevelt déclare la guerre à l’Allemagne et au Japon, et en quelques mois, il transforme l’économie américaine en économie de guerre. Les usines de voitures se mettent à fabriquer des avions. Je suis un peu surpris que le président de République, qui a été très martial, n’ait pas parlé d’économie de guerre. C’est une priorité absolue, il faut que l’Etat mobilise l’ensemble des acteurs économiques capables de produire de manière massive des tests de dépistage pour redémarrer le plus rapidement l’économie sans risquer une deuxième vague d’infection.

Faut-il développer le traçage de la population ?

Si l’on déconfine sans disposer de tests à grande échelle, il est crucial de pouvoir déterminer les contacts d’une personne infectée. Les techniques liées à l’utilisation des téléphones portables permettent de récupérer ces données. Cela pose des questions éthiques, notamment pour la défense de la vie privée. Mais le bénéfice social est immense. Je comprends que la Cnil [Commission nationale de l’informatique et des libertés] peut avoir des difficultés à mener des analyses économiques sur les conséquences de ses décisions. Néanmoins, il serait malvenu ici de ne pas faire le calcul coût/bénéfices, à condition de savoir évaluer le coût des atteintes à la vie privée. Nous devons avoir un débat public sur nos valeurs, entre vie humaine et vie privée.

Peut-on reprocher aux pouvoirs publics de ne pas avoir anticipé la crise, notamment en matière de moyens de réanimation ?

Je trouve que la critique consistant à dire : « Nous n’avons pas assez de respirateurs » est injustifiée. L’argent public est rare, et les besoins immenses. Chaque euro public dépensé doit créer un maximum de valeur sociale. Il faut calculer la valeur d’un lit d’urgence supplémentaire en tenant compte de la probabilité que ce lit ne soit pas utilisé. Compte tenu de la faible fréquence des crises sanitaires, il n’est pas anormal que la limite de capacité soit atteinte dans les événements extrêmes. C’est vrai en santé comme pour les services d’incendie ou de déneigement, par exemple. De même, il est facile de critiquer a posteriori, ces commandes massives de vaccins et masques durant la crise du H1N1. Ils auraient été utiles si la crise s’était développée en intensité.

Ce sont deux situations inverses et vous dites à chaque fois qu’il est difficile de critiquer les politiques. N’est-ce pas les exonérer de toute responsabilité ?

Absolument pas. L’évaluation des politiques publiques est capable de tenir compte de ces incertitudes. On peut déterminer une politique optimale de capacité d’urgence scientifiquement fondée.

Que nous apprend cette crise sur nous-mêmes ?

Les Etats, la France en particulier, confrontés à un risque majeur, sont capables de se mobiliser, de transformer en quelques instants notre façon de vivre ensemble. C’est à comparer à un autre risque majeur, le changement climatique, de pareille ampleur, mais plus étalé dans le temps. Pourquoi ne pas faire pour l’environnement ce que nous faisons contre le virus ?

Peut-être que le sentiment d’urgence n’est pas le même ?

Il est vrai que les efforts ne feraient sentir leurs fruits que dans vingt ou quarante ans. C’est la tragédie des horizons, qui fait que nous n’avons rien fait pour le climat depuis trente ans.

Coronavirus : le retard criminel des pouvoirs publics

Coronavirus : le retard criminel des pouvoirs publics  

 

Dans le journal l’Opinion, il est rendu compte du terrible retard pris par les pouvoirs publics d’après un chercheur du CNRS, un travail réalisé  à partir  » des  articles de synthèse dédiés au nouveau coronavirus parus dans un journal de réputation internationale, Science ​», et des déclarations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

 

Le 11 janvier, on y apprend que « ​les chercheurs chinois ont déjà partagé la séquence génétique du virus avec le reste du monde, permettant la fabrication de tests de dépistage ​». Le 5 février, la revue se demande si le nouveau coronavirus sera contenu ou évoluera en pandémie. « ​L’article fait le point sur trois tournants cruciaux dans la connaissance de la maladie et de la gestion de l’épidémie ​», écrit Pascal Marichalar. 1) Il existe des patients asymptomatiques, ce qui « complique grandement les efforts pour contenir l’épidémie, parce qu’on ne peut savoir avec certitude où elle se trouve à un instant t sans dépister tout le monde ​». 2) Entre une réussite du « ​containment ​» et la pandémie, les épidémiologistes font dès cette époque le pari de la pandémie. 3) Les études réalisées en Chine montrent « ​qu’environ 20 % des personnes infectées souffrent de formes graves de la maladie, nécessitant une hospitalisation ​».

Le 25 février, Science est formel, la pandémie l’a emporté (l’OMS a déclaré la pandémie le 12 mars). Les experts du monde entier préconisent alors une stratégie ​: « ​aplatir la courbe ​», c’est-à-dire retarder la maladie. « ​Une étude montre qu’en Chine, ce sont la suspension des transports publics, la fermeture des lieux de loisir, l’interdiction des rassemblements qui semblent avoir été les mesures les plus efficaces pour ralentir la progression de la maladie ​», peut-on lire dans la revue scientifique. « Tout est question de vitesse. Plus les mesures seront prises tôt, plus elles seront efficaces ​», fait valoir l’un des principaux experts de l’OMS ce 25 février.

 

Le 2 mars, Science publie les conclusions d’une équipe de l’OMS qui a passé deux semaines en Chine à visiter les foyers de Covid-19. Un constat s’impose ​: les Chinois ont réussi à contenir l’épidémie. « ​L’analyse du rapport de la visite de l’OMS montre deux choses ​: il est possible d’arrêter la course folle du virus ; la manière de le faire est de procéder à des dépistages massifs et ultra-rapides, avec traçage et isolement immédiat des contacts des personnes positives ​», résume Pascal Maricharal. Le chercheur précise que « ​dès le 11 février, les lecteurs de Science sont alertés sur la possible pénurie de tests biologiques de dépistage » et le 28 février « ​qu’il existe d’autres techniques ​», comme « ​la prise régulière des températures, l’examen des poumons par scanner ​».

Comment, en dépit d’une telle documentation sur l’épidémie et son évolution, la France se retrouve-t-elle aujourd’hui confrontée à une pénurie de masques, de tests de dépistage et confinée pour une période indéterminée, selon des règles changeant tous les jours ? Un collectif de médecins a porté plainte au pénal le 19 mars contre Agnès Buzyn et Edouard Philippe, au motif qu’ils « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer ».

SONDAGE Coronavirus : le moral des Français : s’améliore légèrement !!!

SONDAGE Coronavirus : le moral des Français : s’améliore légèrement !!!

Selon un curieux sondage de l’institut BVA pour Europe 1, le moral des Français, s’il reste en demi-teinte, s’améliorerait  légèrement. Pourtant  81% des Français affirmaient penser que le pire de la crise était à venir, ils sont « seulement » 77% à en être toujours convaincu. De même, la confiance dans la qualité des informations reçues par les pouvoirs publics augmente d’un point (44%), tout comme pour les informations délivrées par les médias (44%, +2 points). Enfin, 38% (+1) des Français se disent désormais « plutôt confiants » ou « tout à fait confiants » en la façon dont le gouvernement gère la crise engendrée par l’épidémie.

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