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Proportionnelle : un référendum en juin ? (François Bayrou)

Proportionnelle : un référendum en juin ?  (François Bayrou)

 

François Bayrou qui a permis à Macron de franchir le cap nécessaire pour devenir président de la république se retrouve d’une certaine manière cocufié par le président qui lui refuse l’engagement qu’il avait promis concernant la proportionnelle.

 

Le chef du MoDem François Bayrou, allié d’Emmanuel Macron, est clairement trahi par celui auquel il a apporté l’appui déterminant pour la conquête de l’Élysée. François Bayrou ne cesse de multiplier les interventions pour rappeler au chef de l’État sa promesse. Mais pour l’instant Macon reste complètement sourd car surtout préoccupé de son propre avenir bien davantage que la représentation de ses alliés au Parlement.

Du coup Bayrou sort l’artillerie lourde en proposant un référendum sur la proportionnelle lors des élections départementales et régionales de juin.

« ce serait pas mal de le faire en même temps que les régionales » et donc « dès juin si elles ont lieu en juin ». Il répète qu’il n’a « jamais cru qu’on pouvait y arriver par la voie parlementaire ».

Car, selon lui, « ce à quoi nous sommes confrontés, c’est le conservatisme éternel des forces politiques qui veulent garder le pouvoir pour elles, des forces politiques majoritaires qui croient qu’elles vont le rester ». « J’ai proposé un référendum le jour du 2e tour des élections législatives pour que ça soit réglé, on m’a dit ‘c’est trop tôt’, et maintenant ‘c’est trop tard’. »

 

Visiblement c’est effectivement trop tard car les responsables du parti de Macron renvoient la question après les des présidentielles avec une réforme visant aussi réduire le nombre d’élus. Bref aux calendes grecques !

 

Le nucléaire meilleur ennemi des écolos (François de Closets )

Le nucléaire meilleur ennemi des écolos (François de Closets )

 

Pour François de Closets : « Dans la mouvance verte, la lutte contre l’atome a pris une place aussi centrale que la lutte des classes dans la gauche radicale »Tribune dans l’Opinion.

Tribune

Dieu qu’il est difficile de renoncer à un ennemi ! La veille on le combat, on prétend l’éliminer et le lendemain, il devient un partenaire avec lequel il faut vivre et se battre. C’est ainsi que la gauche s’est déchirée entre la voie révolutionnaire et la voie réformiste. Le mouvement ouvrier s’est construit au XIXe siècle contre le capitalisme qu’il entendait vaincre et détruire. Au XXe siècle, cette rupture n’est plus d’actualité. Les socialistes allemands se rendent à l’évidence dès 1959 avec le programme de Bad Godesberg ; les socialistes français ne feront leur aggiornamento que dans les années 1980, en cultivant la nostalgie de l’anticapitalisme originel. Sans doute vivons-nous une histoire du même type avec l’écologisme désespérément accroché à son meilleur ennemi : le nucléaire.

A la fin des années 1960, la conscience écologique naissante eut du mal à s’affirmer face à la société industrielle. La nature, rebaptisée environnement, était certes une noble cause mais guère mobilisatrice. Contester le développement, n’était-ce pas contester le progrès ? Attitude éminemment réactionnaire. C’est alors que le nucléaire vint jouer le rôle de l’ennemi idéal, celui qu’on aime détester.

Son acte de naissance est impardonnable : Hiroshima ! Sous sa forme civile, il conserve cet aspect froid, surpuissant, inquiétant et même terrifiant. Pour qui rêve de réconcilier le monde moderne et la nature, il n’est rien de plus rebutant. Ecologisme, pacifisme, antimilitarisme et nucléophobie se marient tout naturellement. En Allemagne d’abord, en France ensuite. L’affirmation antinucléaire est le premier pas de l’engagement écologique.

Prise de conscience. A la fin des années 1970, j’avais envisagé d’opposer dans une même émission les pro et les antinucléaires. A chaque camp, j’avais fourni une équipe avec laquelle il pourrait réaliser un film montrant d’un côté ce que serait une France nucléarisée et, de l’autre, ce que serait une France dénucléarisée. Lors du visionnage, je découvris que les écologistes s’étaient contentés de faire un pamphlet antinucléaire. La haine de l’atome tenait lieu de programme. L’émission n’a évidemment jamais pu avoir lieu, mais cet échec est significatif. Dans la mouvance écologiste, la lutte contre l’atome avait pris une place aussi centrale que la lutte des classes dans la gauche radicale. Il était plus important de dénoncer la malfaisance de l’atome que de préparer le monde durable de demain.

La prise de conscience écologiste s’est construite sur l’abus des pesticides, l’explosion démographique et l’invasion industrielle. L’épuisement de la nature et surtout le dérèglement climatique s’y sont ajoutés dans les années 1980. Puis le réchauffement, suivi année après année par les savants, est devenu le pire danger. L’humanité joue son avenir sur sa capacité à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les défenseurs de l’environnement se sont découvert un nouvel ennemi : le carbone.

Les inconvénients de l’énergie nucléaire sont bien connus : risque d’accident, production de déchets. Le bon fonctionnement du parc français aurait pu réduire les préventions. D’autant que, face au réchauffement, le nucléaire présentait un avantage capital : celui d’offrir une énergie décarbonée. Ce moindre danger et ce nouvel avantage ne changèrent en rien l’idéologie nucléophobe des mouvements écologistes.

C’est alors que survinrent les deux catastrophes de Tchernobyl en 1986, et de Fukushima en 2011. La première pouvait être imputée à l’incurie du système soviétique, il était plus difficile d’évacuer la seconde. Le Japon était le pays le plus conscient du péril nucléaire comme des risques telluriques. En outre, il avait une parfaite maîtrise des technologies de pointe. Il devait donc dominer la sûreté nucléaire, c’est-à-dire rester, en toutes circonstances, maître de la situation.

Or il apparut clairement à Fukushima que les responsables étaient complètement dépassés et n’avaient aucun scénario de secours. Pour les écologistes, c’était la défaillance impardonnable qui confirmait la condamnation. La « sortie du nucléaire » était plus que jamais une évidence. Il ne fallait qu’en fixer la date.

«Des leaders écologistes, toujours plus nombreux, s’interrogent sur le bien-fondé de ce postulat. Ils préparent leur Bad Godesberg – l’heure de vérité où ils reconnaîtront que l’on devra vivre avec le nucléaire tout en développant au maximum des énergies renouvelables»

Mais l’évidence ne peut tenir lieu de raisonnement. Il faut revenir aux deux questions de base. Peut-on accepter le risque nucléaire après Fukushima ? Peut-on se passer tout à la fois de l’énergie nucléaire et des énergies fossiles ? A la première question, Angela Merkel a tout de suite répondu : « non ». La catastrophe japonaise a révélé une telle dangerosité que le nucléaire devait être purement et simplement éliminé. Cette réaction, tout le monde l’a éprouvée, il faut pourtant la dépasser.

Nouvelles exigences. Paradoxalement, l’atome n’est pas plus dangereux mais, au contraire, plus sûr après Fukushima. En effet, pour la sécurité nucléaire comme pour la sécurité aérienne, tout accident apporte des améliorations car il révèle des défaillances qui sont ensuite corrigées. De nouvelles exigences sont apparues. D’où la difficulté de construire l’EPR dont les normes de sécurité dépassent de loin celles des installations actuelles. La nouvelle génération des centrales nucléaires présentera donc un moindre risque que la génération actuelle.

Mais la question reste posée : peut-on s’en passer, alors que nous devons renoncer aux énergies fossiles ? Est-il possible de vivre sur le soleil, les chutes d’eau et le vent, avec un peu de biocarburant en prime ? L’humanité a vécu l’essentiel de son histoire en ne disposant d’énergie que celle du bois, elle peut donc se passer de la fission atomique comme de la combustion des carburants ! A condition de renoncer au monde industriel, de revenir à un mode de vie ancestrale plus ou moins améliorée par le progrès scientifique…

Dans aucun pays moderne, les populations ne veulent envisager un tel changement et les écologistes ne le proposent pas. Il s’agit donc d’assurer un mode de vie « moderne » avec l’électricité du soleil et du vent. En dépit de toutes les économies d’énergie, le pari parait difficile à tenir.

Entre bazar et nécessité. Pour le noyau dur de l’écologisme, la sortie du nucléaire ne se discute pas : c’est une affaire de principe. Les autres, ceux qui gardent le contact avec la réalité, reconnaissent que le double renoncement à l’énergie nucléaire et aux énergies fossiles est tout sauf évident. Comme tout ministre de l’Ecologie, Barbara Pompili est empêtrée entre les mythes écologiques et la réalité économique, entre le bazar et la nécessité. La militante écologique ne peut abandonner le principe antinucléaire, mais la ministre ne peut laisser le pays sans électricité.

Peut-on imaginer que les photopiles qui dorment la nuit et les pales des éoliennes qui ne tournent qu’au gré du vent pourront alimenter un réseau électrique qui, lui, doit en permanence répondre à la demande des usagers ? La question a été posée à l’Agence internationale de l’énergie et au gestionnaire de notre réseau électrique, RTE. Le rapport qu’ils viennent de remettre à la ministre, pour austère qu’il soit, est un modèle de technique diplomatique. Il dit les choses, à vous de conclure.

Très sagement, les techniciens préfèrent énoncer les problèmes qu’apporter les solutions et éludent la question du coût comme de l’acceptation sociale. Moyennant quoi, ils satisfont leur commanditaire en ne disant pas qu’une France décarbonée et dénucléarisée est impensable. Leur copie élimine le nucléaire, comme il se doit, ne fait qu’évoquer les centrales électriques « vertes » à pareille échelle, et les gigantesques aménagements du réseau électrique pour passer de l’intermittence de la production à la permanence de la consommation. La ministre pourra dire que techniquement, ce n’est pas impossible, et sembler en déduire que, politiquement, c’est possible. Et l’on continuera à repousser l’horizon d’une France dénucléarisée et décarbonée. Tout cela parce que nous avons l’obligation idéologique de sortir du nucléaire.

Des leaders écologistes, toujours plus nombreux, s’interrogent sur le bien-fondé de ce postulat. A l’étranger, mais aussi en France. Comme les communistes qui pratiquaient le réformisme en se référant à la révolution, ils préparent le Bad Godesberg des écolos – l’heure de vérité où ils reconnaîtront que l’on devra vivre avec le nucléaire tout en développant au maximum des énergies renouvelables. Cela ne se fera pas sans des protestations et des déchirements, car il est bien souvent plus difficile de rompre avec un ennemi qu’avec un ami.

La liberté en danger ? (François de Closets)

La liberté en danger ? (François de Closets)

 

Une tribune de l’opinion François de Closet  s’inquiète des atteintes à la liberté.

 

La France subit une politique liberticide qui, demain, la transformera en dictature. Seuls peuvent l’ignorer ceux qui ne lisent aucun journal, n’écoutent aucune radio, ne regardent aucune télévision. Car nous sommes soumis à une déferlante de protestations, de réquisitions, de pétitions et de répétitions qui, toutes, dénoncent ces intolérables atteintes à notre liberté.

Si nous prenions au sérieux ces sombres prédictions, il nous faudrait lancer sans attendre la désobéissance civile et préparer la révolte insurrectionnelle. Mais on peut aussi tenter de s’interroger, ce qui est toujours difficile car, au pays des droits de l’homme, la liberté est plus affaire d’émotion que de raison. Les dangers qui la menacent s’exercent à la verticale, ils viennent alors de l’autorité réglementaire, ou à l’horizontale en utilisant la voix d’un conformisme plus ou moins obligatoire. Les premières agressions sont les plus visibles, les secondes, moins spectaculaires, peuvent être les plus nuisibles. Surtout par les temps qui courent.

La République macronienne contrôlerait donc la population d’une main de plus en plus lourde. L’exemple le plus frappant, au propre comme au figuré, est celui des « violences policières ». Cette expression est censée traduire l’extrême brutalité dont font preuve les forces de l’ordre. Les Français vivraient dans la crainte de se faire tabasser, emmener et condamner. Le chœur médiatique, par effet de répétition, a fait de cette violence policière une évidence.

Nos libertés doivent être protégées mais ne sont en rien menacées, la preuve en est que leurs défenseurs autoproclamés peuvent parader sans prendre le moindre risque

Autoritarisme. Deuxième point : l’épidémie. Face à l’offensive de la Codiv-19, les autorités ont dû compenser par l’ordre sanitaire l’absence de remèdes et de vaccins. Par décision souveraine du chef de l’Etat, les Français se sont retrouvés emprisonnés chez eux, contraints au port du masque, interdits d’embrassades, privés de restaurant et de théâtre, etc. Cette agression sans précédent a provoqué en un premier temps un effet de sidération, mais elle soulève aujourd’hui un vent de contestation. Le pouvoir ne prendrait-il pas prétexte de cette urgence sanitaire pour imposer son autoritarisme politique ? Dans une commune protestation les plus hauts gradés de France en matière de droit public ont dénoncé dans l’état d’urgence : « Un état vide de droit où s’exercerait seule la violence pure du souverain » (L’urgence des libertés dans Libération du 17 avril 2020). Diable !

Les réformes en cours ne valent pas mieux, elles visent toujours à renforcer le pouvoir de l’Etat au détriment de nos libertés, à accentuer les contrôles sur les individus. Un collectif de 4 600 chercheurs considère la loi de programmation sur l’enseignement supérieur et la recherche comme « une grave atteinte aux principes républicains » et même « une menace sur l’exercice des libertés fondamentales d’expression et de manifestation dans le cadre universitaire » (La loi de programmation de la recherche dégrade l’université française, par un collectif de 4 600 chercheurs dans Le Monde du 26 novembre 2020).

Et comment ne pas voir une atteinte à la liberté d’expression dans le redoutable article 24 de la loi de Sécurité globale sur la diffusion des images de policiers. Au reste, il suffit de lire la presse étrangère pour découvrir que la France se sert de sa bizarre « laïcité » pour retirer aux musulmans le droit au libre exercice de leur religion. Voilà les dernières pages du réquisitoire qui court depuis des années. Nul doute : la République de Monsieur Macron est liberticide. Mais il n’est de réquisitoire qui vaille sans plaidoirie. Ces preuves sont-elles convaincantes ?

Pour preuve de la violence policière, les procureurs présentent les 5 mains arrachées et les 25 personnes éborgnées lors des 60 manifestations de Gilets jaunes. C’est assurément inacceptable mais quelle est la cause première de ces violences ? Faut-il la chercher dans la brutalité des forces de l’ordre se ruant sur des paisibles manifestants ou dans le refus de respecter le droit républicain en défilant paisiblement pour faire entendre ses revendications ?

Dès lors que la colère en Gilets jaunes passait de la manifestation bien encadrée au rassemblement incontrôlé, que les émeutiers pouvaient se mêler aux manifestants pacifiques, elle s’engageait dans une violence dont les téléspectateurs ont été les témoins. Les forces de l’ordre ont dû faire face à une situation inédite qui les a constamment placées en limite de leurs capacités. Les « mauvais gestes » étaient inévitables dans ces mêlées confuses. De part et d’autre. Donner à croire que nos fonctionnaires syndiqués se sont transformés en une milice sans foi ni loi relève de la plaisanterie. Les Français ne s’y laissent pas prendre et voient toujours dans les forces de l’ordre une protection et pas une menace

Ordre sanitaire. Il en va de même pour l’ordre sanitaire qu’il a fallu improviser face à un coronavirus inconnu et, qui plus est, imprévisible. Une honnête comparaison internationale des mesures prises et des erreurs commises, ne laisse aucune place à une dérive autoritaire propre à notre pays. La question se pose même de savoir si le pouvoir n’a pas manqué de fermeté et de détermination pour mobiliser la population contre le virus.

Dans le monde universitaire, la dénonciation des réformes par des syndicats ou collectifs relève du folklore. Il n’en est pas un projet depuis cinquante ans qui n’ait fait l’objet de telles attaques. Notons que la menace sur les libertés fait référence à une interdiction « de faire intrusion dans l’université pour troubler la tranquillité et le bon ordre de l’établissement ». Or la vie universitaire est de plus en plus perturbée par des minorités activistes qui s’opposent à l’expression d’opinions contraires aux leurs. C’est donc l’intrusion et l’action de tels groupes qui nuit à la liberté universitaire. Quant à la dénonciation de l’islamophobie, elle sert de paravent pour faciliter la mainmise des islamistes sur la liberté religieuse de leurs coreligionnaires.

Si Macron était Poutine, il ne se trouverait pas beaucoup de Navalny parmi nos matamores pour le défier. Mais l’absence de toute menace autoritaire ne signifie nullement que notre liberté se porte bien…

Bref, nos libertés doivent être protégées mais ne sont en rien menacées, la preuve en est que leurs défenseurs autoproclamés peuvent parader sans prendre le moindre risque. Si Macron était Poutine, il ne se trouverait pas beaucoup de Navalny parmi nos matamores pour le défier. Mais l’absence de toute menace autoritaire ne signifie nullement que notre liberté se porte bien. Pour s’en rendre compte, il faut passer du regard vertical au regard horizontal.

Notre liberté n’est pas mise à mal par un pouvoir armé de lois scélérates, de censeurs impitoyables, en revanche, elle risque d’être asphyxiée par le conformisme obligatoire qu’imposent les minorités agissantes dans le monde universitaire et, plus généralement, culturel. Il suffit pour être terrifié de voir ce qui se passe en Amérique aujourd’hui et qui arrive déjà en France.

Comme toute idéologie, celle-ci part des plus nobles intentions. En l’occurrence la volonté de corriger les injustices dont souffrent les minorités. Qu’elle se fonde sur un critère ethnique, sexuel, social, linguistique, géographique ou autre, la domination est, dans tous les cas, détestable et la volonté de la réduire toujours bienvenue. Nulle ambiguïté sur ce point. Il est bon que les discriminations soit au cœur des débats, que des mesures soient prises pour les combattre.

Mais nous n’en sommes plus là. Les groupes identitaires qui font la loi sur les campus américains n’entendent plus débattre mais imposer leur ordre. A la base, chaque groupe s’approprie la vérité sur ce qui le concerne et se déclare offensé par tout ce qui ne lui convient pas. Une « offense » qui ne débouche pas sur une discussion mais sur une interdiction. Celui qui ne pense pas comme vous n’a pas le droit de s’exprimer. C’est la « cancel culture ». Dans le meilleur des cas, c’est le propos qui est censuré, dans le pire, c’est le fautif qui est exclu.

Repentance. Etant entendu qu’il suffit d’appartenir à un groupe victimisé et de se déclarer « offensé » pour que l’on fasse l’économie du procès et passe tout de suite à la sentence. A ce jeu, le mâle blanc hétérosexuel devient l’universel accusé et doit en permanence faire acte de repentance faute de quoi il sera éliminé. On voit même réapparaître sur les campus américains l’équivalent de l’autocritique, une horreur que l’on croyait disparue avec le communisme.

Cette culture des minorités a commencé dans les universités, puis a diffusé dans le monde des médias et s’étend désormais dans les entreprises et les administrations. L’immense majorité des Américains, par paresse ou lâcheté, se soumet désormais au rituel du politiquement correct. On voit donc se mettre en place un système totalement oppressif, qui retire toute possibilité de penser par soi-même – chacun est renvoyé à son groupe particulier – mais qui ne s’appuie sur aucun des appareils policiers que mettent en place les régimes totalitaires. Une auto-organisation relayée par les réseaux sociaux n’admet plus la libre-pensée.

Or ce système trouve dans la société française un terrain particulièrement favorable. L’enseignement supérieur est d’ores et déjà bien gangréné. De petits groupes activistes interviennent pour interdire une représentation, empêcher une conférence, chahuter un cours, bref éliminer ce qui déplaît dans le plus pur style de la cancel culture. La grande majorité des professeurs et des étudiants qui est loin d’adhérer à cette déconstruction de la société française, à cette négation de notre démocratie laisse faire sans approuver et sans résister. Il en va de même dans l’enseignement secondaire où de nombreux professeurs s’autocensurent et proposent une culture châtrée par crainte des élèves radicalisés.

Ce courant liberticide est poussé par l’air du temps mais aussi par l’avancée technologique. La censure de Donald Trump par Twitter a choqué. Elle a révélé le contrôle que pourraient exercer les maîtres d’Internet. Or la nouvelle culture pénétrera toujours davantage dans les GAFAM. Amplifiée par l’intelligence artificielle, elle pourra demain éliminer automatiquement tout ce qui paraîtrait non conforme. Dans ce nouvel ordre de la pensée, les gouvernements ne seront plus aux commandes, ils seront au balcon pour regarder dépérir notre liberté.

François de Closets est journaliste et essayiste. Dernier ouvrage paru : Les guerres d’Albert Einstein, tome II (Robinson Editions).

« Vaccin : un sabotage administratif». ( François de Closets)

« Vaccin : un sabotage administratif». ( François de Closets)

 

Dans l’Opinion ,François de Closets s’insurge contre la lenteur administrative concernant la vaccination en France .

 

 

Contre la Covid, nous faisons quelques dizaines de vaccinations à grand spectacle quand nos voisins en font des milliers, voire des dizaines de milliers. Une paralysie qui reproduit celle que nous avons connue sur les tests de dépistage. La raison est toujours la même : une inefficacité administrative érigée au rang de sabotage. Voyons cela.

Première erreur : les masques. La classe politique ayant stupidement vidé notre arsenal sanitaire, il fallait au plus vite, le reconstituer sur un marché mondial en folie. Nous nous sommes retrouvés empêtrés dans la lente et lourde procédure des marchés publics, alors que les cargaisons faisaient l’objet jusqu’à la dernière minute de surenchères payées en cash. Nos lenteurs détournaient les livraisons en provenance de l’étranger mais elles freinaient aussi la production nationale, en faisant attendre interminablement les agréments nécessaires aux entreprises.

L’impossibilité de réaliser les tests n’est pas moins incompréhensible. La France était parfaitement équipée en laboratoires, publics ou privés, médicaux ou vétérinaires, pour répondre à cette brusque explosion de la demande. Mais les laboratoires médicaux du secteur public étaient seuls habilités à pratiquer ces examens. Il en est allé de même pour les lits de réanimation que l’on cherchait dans l’hôpital public en oubliant les cliniques privées. Et que dire de ces « attestations dérogatoires de déplacement », une stupidité qui a accompagné les déplacements des Français pendant le confinement.

Cela n’était rien encore, le chef-d’œuvre kafkaïen fut atteint avec la vaccination. L’injection vaccinale est un acte médical des plus simples, laissé aux infirmières ou aux pharmaciens. Il est, le plus souvent, obligatoire et pratiqué en séries. Faute de l’imposer pour la Covid-19, l’administration aurait pu présumer l’acceptation et laisser aux réfractaires le soin d’expliciter leur refus. Impossible, car la bureaucratie sanitaire en a fait un acte médical majeur nécessitant un consentement éclairé, comme les plus lourdes opérations chirurgicales.

«Notre délire vaccinal vise simplement à mettre ceux qui organiseront la campagne ou procéderont aux injections à l’abri des vaccinés mécontents ou des “antivax” enragés»

Elle a donc pondu un mode d’emploi de 45 pages prévoyant une consultation préalable ! La procédure prévoit aussi un consentement donné par écrit et renouvelé de vive voix, s’y ajoute un suivi, la tenue d’un fichier conservant le numéro du lot, etc. Autant de règles qui deviennent ingérables lorsqu’il s’agit de personnes très âgées, bien souvent sous tutelle, qui constituent pourtant la première cohorte des Français à vacciner.

Nous voilà donc équipés par notre administration d’un carcan qui renforce la méfiance de la population française – « Si l’on prend tant de précautions, c’est bien la preuve qu’il y a un risque grave » – et ralentit les opérations au point que, si même le vaccin a l’efficacité espérée, il mettra une bonne année pour débarrasser la France de la Covid-19.

Voilà donc le dernier exemple en date de cette emprise bureaucratique qui a paralysé la France face au coronavirus. L’hôpital public a échappé à la bérézina car le personnel soignant a pris les choses en main – les « choses » étant en l’occurrence des malades qui risquaient de mourir — et fait au mieux, sans se soucier des règlements hospitaliers.

Comment expliquer qu’un système administratif, dont l’excellence est toujours célébrée, ait un bilan aussi cataclysmique ? La réponse tient en un mot : la bureaucratisation. Notre fonction publique s’est mise à son propre service, elle vise d’abord à assurer l’irresponsabilité des fonctionnaires. Ne cherchez pas ailleurs la vraie raison de notre délire vaccinal. Il vise simplement à mettre ceux qui organiseront la campagne ou procéderont aux injections à l’abri des vaccinés mécontents ou des « antivax » enragés. Ce cursus vaccinorum assure la tranquillité de ceux qui le suivent. Il est donc excellent.

«Lorsque l’urgence renverse la table, que les solutions préfabriquées perdent toute pertinence, le cadre réglementaire devient un piège qui se referme. Voilà ce que nous avons découvert au cours de la crise sanitaire. Comment en sortir?»

Ces dysfonctionnements sont liés à la crise sanitaire, donc circonstanciels. Dans des conditions ordinaires, ces accumulations de procédures ne font que ralentir le fonctionnement du pays mais en période de crise, lorsque l’urgence renverse la table, que les solutions préfabriquées perdent toute pertinence, le cadre réglementaire devient un piège qui se referme. La France se trouve administrée contre les Français. Voilà ce que nous avons découvert au cours de la crise sanitaire. Comment en sortir ?

La France n’a pas à réinventer son administration. Elle s’est construite autour de son Etat et, dans l’ensemble, elle n’a pas à le regretter. Conservons donc ce qui fonctionne, c’est-à-dire la gestion ordinaire, et corrigeons ce qui ne fonctionne pas, c’est-à-dire la gestion de crise. Et c’est là que l’on bute sur la question de la responsabilité.

Quelles que soient les circonstances, le fonctionnaire sait que, s’il applique le règlement, il est irréprochable. Qu’il impose des délais mortifères, qu’il interdise le recours à des solutions de secours, qu’il transforme les contrôles en procédures paralysantes, peu importe. Dès lors qu’il peut se réfugier derrière le règlement, il n’aura à répondre de rien. Si, au contraire, il s’aventure hors des routes tracées pour improviser une solution ad hoc, il perd la protection statutaire et ne pourra se justifier par les résultats obtenus car sa responsabilité n’est pas de résultat mais de moyen.

Voilà précisément ce qui n’est plus admissible. L’urgence doit changer non pas l’administration mais son mode de fonctionnement. Face à la situation nouvelle crée par la crise, le fonctionnaire doit improviser. Ce n’est pas une possibilité mais une obligation. Tirons donc au plus vite les enseignements des dysfonctionnements révélés par la crise sanitaire, instaurons l’administration à deux vitesses. Si longtemps que l’on reste dans le cours ordinaire des évènements, la France est structurée par son droit administratif et les fonctionnaires qui l’appliquent. Le système doit certes être amélioré mais il doit d’abord être conservé.

Mais, lorsque surviennent, à l’échelle locale ou nationale, des situations extrêmes, des singularités qui font exploser les paramètres et rendent inopérantes nos lois, alors l’administration doit trouver instantanément le mode de fonctionnement le plus adapté aux circonstances. Une liberté qui entraîne une responsabilité. Celle-ci ne doit pas se fonder sur la conformité au règlement mais sur la pertinence des initiatives. Le respect scrupuleux et hors de propos des modes de fonctionnement ne serait plus une clause absolutoire mais une circonstance aggravante.

L’introduction dans notre droit administratif de ce double mode de fonctionnement soulève de nombreuses difficultés juridiques. Raison de plus pour la lancer sans attendre. Toute la fonction publique doit désormais savoir qu’en situation d’urgence, le respect du règlement ne la protège plus mais peut au contraire la condamner. Seule l’action au service des Français peut rendre à l’administration sa raison d’être, aux fonctionnaires leur dignité.

François de Closets est journaliste et essayiste. Dernier ouvrage paru : Les guerres d’Albert Einstein, tome II (Robinson Editions)

Passeport vaccinal : François Bayrou pour

Passeport vaccinal : François Bayrou pour

François Bayrou, président du MoDem et Haut-commissaire au Plan, s’est dit favorable dimanche à l’idée d’un passeport sanitaire, qui conditionnerait l’accès de certains lieux à la vaccination contre le Covid-19.

 

Interrogé sur LCI sur le sujet, il a estimé qu’ »on peut tout à fait imaginer ça, que d’une certaine manière le fait d’être soumis à la vaccination ouvre des portes qui jusqu’alors étaient fermées ».

 

C’est « le sens naturel des choses », a-t-il estimé, en défendant « tous les efforts qui peuvent être faits » pour « retrouver la vie la plus normale possible », à partir du moment qu’ »aura été vérifié que, un, le vaccin est efficace, deux, qu’il est sans danger ». « Pour aller dans ce sens-là aujourd’hui, nous n’avons que l’espoir du vaccin », a-t-il souligné, au premier jour de la campagne de vaccination en France et en Europe.

Industrie française : alerte de François Bayrou

Industrie française : alerte de François Bayrou

François Bayrou nouveau commissaire au plan lance un cri d’alerte à propos de la situation industrielle de la France. Il  constate notamment que l’industrie française était incapable de fournir les produits de base pour  lutter contre la crise sanitaire. Des produits en plus pas toujours très élaborés.

Il considère que la situation de l’industrie est dramatique mais qu’il est encore temps d’en relancer la conquête notamment dans les domaines stratégiques pour la vie du pays à savoir par exemple «les médicaments», des «composants électroniques, des intrants pour l’agriculture, les matières premières concernant le nucléaire ou le secteur de la fibre optique, les hormones dans le domaine pharmaceutique». De même, le haut-commissaire suggère d’identifier et de sécuriser les «filières clés», comme celles touchant «à l’eau, à la cybersécurité des entreprises, à l’énergie, aux télécommunications, à l’agroalimentaire, aux produits pharmaceutiques».

Pour donner des marges de manœuvre financière François Bayrou propose d’isoler la dette sanitaire et de l’amortir sur une période de 30 à 50 ans.

«Merci Monsieur Trump!» – ( François de Closet)

«Merci Monsieur Trump!» – ( François de Closet)

 

Dans le journal l’Opinion François de Closet  se félicite que Trump  ait  préféré aller au golf plutôt que de se préoccuper des élections américaines.

 

Cette élection américaine était riche en cauchemars. Le premier évidemment eut été une victoire écrasante de Donald Trump. Maintenant que la France entière connaît la barre des 270 grands électeurs qui ouvre les portes de la Maison Blanche, imaginez l’horreur si le Président sortant en avait rassemblé plus de 300. Il aurait fallu admettre que l’Amérique était définitivement trumpienne, admettre quatre années de plus avec un Trump libre de tout souci électoral. Oui, nous l’avons échappé belle et nous devons une fière chandelle à Joe Biden et Kamala Harris de nous avoir évité un tsunami populiste.

Mais nous aurions pu connaître un deuxième cauchemar : celui du Trump beau joueur. Pour que le cérémonial électoral aille à son terme, il nous faut le coup de téléphone par lequel le vaincu concède la victoire à son adversaire et forme des vœux pour le pays. Il ne s’agit pas d’une simple politesse, d’une bonne manière républicaine.

Une élection ne peut être démocratique que si le perdant reconnaît sa défaite et si, par contrecoup, le vainqueur reconnaît les droits de la minorité. Le vaincu ne fait pas acte d’allégeance au gagnant mais à la règle démocratique qui arbitre la lutte pour le pouvoir. Du même coup, il se met en position de l’emporter lors des prochaines échéances. C’est cela qui était en cause dans le coup de téléphone que Donald Trump n’a pas passé à Joe Biden.

Faiblesse. En allant jouer au Golf, l’atrabilaire Donald nous a donc évité le deuxième cauchemar, celui de son retour. Rien n’était plus facile que passer ce coup de téléphone, n’importe quel étudiant en science politique pouvait en donner le contenu. L’échec de Donald Trump est d’autant moins écrasant que les sondeurs lui avaient promis une cuisante défaite. Il ne s’est rien produit de tel. L’élection présidentielle est certes perdue mais les élections parlementaires seraient plutôt gagnées et cet échec peut être imputé à la crise sanitaire. Il était bien aisé de faire passer ce salut au vainqueur pour un acte de patriotisme valorisant et non pas pour un aveu de faiblesse débilitant.

Les 71 millions d’électeurs qui ont donné leurs voix à Trump peuvent se diviser en deux : les Tant mieux et les Tant pis

 

De tels propos dans la bouche de Donald Trump et dans un tel moment auraient constitué un événement, auraient, pour une part, changé son image. C’était le « Happy End » que le monde entier a attendu sans voir qu’il nous plongeait dans un second cauchemar, celui de la série « Donald à la Maison Blanche » partant pour une deuxième saison en 2024.

Très schématiquement, les 71 millions d’électeurs qui ont donné leurs voix à Trump peuvent se diviser en deux : les Tant mieux et les Tant pis. Les premiers sont des trumpistes purs et durs qui applaudissaient à chaque incongruité, à chaque mensonge de leur champion, qui se reconnaissaient dans ses mauvaises manières entre le cow-boy et le voyou. Le spectacle navrant du mauvais perdant qui conteste les règles avant même qu’on connaisse le résultat ne les gêne pas car ils apprécient la caricature plus que l’original.

Mais il y a aussi les trumpistes « tant Pis » ; électeurs républicains qui préféreraient un conservateur convenable et qui hésitent à voter pour ce malappris de Donald. Les uns et les autres constituent environ la moitié du corps électoral. Un peu plus, un peu moins selon les circonstances. Si Trump avait eu l’élégance d’organiser la passation de pouvoirs, tout l’électorat républicain, réel ou potentiel, aurait fait bloc derrière le vaincu. La victoire redevenait possible en 2024.

Cul-de-sac. Par bonheur cette stratégie relève du calcul, elle n’est donc pas dans le registre Trump. Lui agit et réagit dans l’instant. Persuadé d’avoir toujours raison, il se laisse porter par ses émotions, ses réactions. Force est de reconnaître qu’il a pu ainsi aller de l’avant, et remporter bien des succès. Cette confiance aveugle en sa bonne étoile, le conduit aujourd’hui dans un cul-de-sac dont il ne pourra sortir qu’à ses dépens.

Ses grotesques prestations, ses folles protestations, accompagnant l’annonce des résultats, pourront certes renforcer la foi des trumpistes du premier genre, mais ils lui feront perdre les trumpistes du deuxième genre, ceux sans lesquels il ne peut avoir de majorité. Grâce soit donc rendu à Donald Trump qui, en jetant bas le masque par temps d’épidémie, a transformé un au revoir lourd de menaces, en un adieu, chargé d’allégresse.

François de Closets est journaliste et essayiste. Dernier ouvrage paru : Les guerres d’Albert Einstein, tome II (Robinson Editions)

2022 : François Baroin en position d’attente

2022 : François Baroin en position d’attente

 

Pendant que certains leaders de la droite, des écolos et de la gauche traditionnelle s’excitent pour imposer leur candidature, François Baroin, lui, laisse encore place au  doute. Il a sans doute raison car sitôt sa candidature déclarée il subira comme les autres une avalanche de Scuds et de boules puantes. Déjà quand François Baroin a évoqué l’éventualité de sa candidature, elle a immédiatement été flinguée par Sarkozy qui certes notait  les hautes qualités de l’intéressé mais s’est demandé s’il avait vraiment assez d’estomac pour assurer cette fonction. Un curieux hommage !

Pour l’instant, contrairement à ce que pense la plupart des observateurs, la messe n’est pas forcément dite pour assister au traditionnel duel entre Macron et Le Pen. La répétition de cet affrontement risque en effet de lasser voire de dégoûter un certain nombre d’électeurs qui ne seraient pas opposés de voter pour une nouvelle personnalité. Il n’y a d’ailleurs guère qu’en France qu’on retrouve toujours les mêmes candidats pour la magistrature suprême. On objectera que cela réussit à Mitterrand et à Chirac mais cela n’a pas forcément contribué au renouvellement de la pensée et de l’action politique.

François Baroin n’est pas un perdreau d’année mais il a surtout le rare mérite de ne pas tomber dans la démagogie et l’excès. Les postures adoptées par la plupart des autres concurrents à gauche comme à droite. sont caractérisés par une démagogie qui est de moins en moins audible et de plus en plus insupportable.

Justice : « Indépendance du parquet, une urgence »( François Molins et Jean-Louis Nadal )

 

 

 Il est évident que l’indépendance du parquet devient de plus en plus nécessaire et urgente. En effet ,dans la perspective des élections présidentielles, il y a encore fort à parier que certains dossiers lourds politico- financiers risquent d’être enterrés au gré des soutiens que les personnes impliquées risquent d’apporter à certains candidats potentiellement en situation d’être élus. Ou au contraire déterrés pour flinguer une candidature !

François Molins, Procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, Procureur général honoraire près la Cour de cassation estiment, dans une tribune au « Monde », qu’il faut revoir le statut du ministère public et jugent « insuffisante » l’ambition du garde des sceaux en ce domaine. Une prise de position des plus hauts magistrats qui contredit la position du ministre de la justice (qui a changé d’opinion) et du gouvernement.

 

Tribune

 

Le 3 juillet 2017, le président de la République a affirmé devant le Congrès son souhait que soit accomplie « la séparation de l’exécutif et du judiciaire, en renforçant le rôle du Conseil supérieur de la magistrature [CSM], et en limitant l’intervention de l’exécutif dans les nominations des magistrats du parquet ». L’idée de cette réforme du statut du ministère public est née en 1995, à la suite des travaux sur la réforme de la justice présidée par le magistrat Pierre Truche (1929-2020).

Vingt-cinq ans après, celle-ci n’a toujours pas vu le jour et la réticence du pouvoir politique à la mener à terme interroge sur ses véritables intentions alors que l’autorité judiciaire, objet de fortes critiques, est fragilisée, et que son indépendance est régulièrement mise en cause.

Aussi, la réforme du statut du parquet est aujourd’hui devenue une urgence autant qu’une nécessité. La noblesse et l’exigence des fonctions de poursuivre et de juger soumettent les magistrats à des devoirs et à des exigences particulièrement fortes en termes d’impartialité et d’indépendance.

Dans l’exercice professionnel d’un magistrat, qu’il appartienne au siège ou au parquet, l’indépendance a toujours une double dimension. Une dimension personnelle tout d’abord. Même si on imagine toutes les garanties possibles, notamment sur le plan statutaire, l’indépendance du magistrat passe toujours par un exercice personnel quotidien : il est du devoir de celui-ci d’être lucide dans son exercice professionnel, de savoir identifier ses éventuelles dépendances pour les dépasser, et ses faiblesses pour les surmonter.

Le magistrat ne doit jamais sacrifier ce qui fonde et justifie son action, la dimension éthique de sa profession, ses exigences déontologiques d’indépendance, d’intégrité, de probité, de loyauté, d’impartialité et de délicatesse.

Ces dernières années, l’institution a beaucoup œuvré pour améliorer les garanties d’indépendance des magistrats. Par un renforcement des règles déontologiques, qui s’est notamment traduit par la rédaction d’un recueil des obligations déontologiques. Par un enseignement solide et spécifique à l’Ecole nationale de la magistrature pour tous les auditeurs de justice. Par la mise en œuvre de la déclaration d’intérêts et la création du service de veille déontologique. Et, enfin, par la possibilité pour tout citoyen de saisir le CSM lorsqu’il estime que, à l’occasion d’une procédure judiciaire le concernant, le comportement adopté par un magistrat est susceptible de recevoir une qualification disciplinaire.

 

RTE: François Brottes pas renouvelé

RTE: François Brottes  pas renouvelé

Le dirigeant n’a pas été reconduit car il aurait été atteint par la limite d’âge de 65 ans au printemps 2021, ce qui aurait nécessité une modification des statuts de RTE pour le maintenir en poste.

Alors que le mandat de François Brottes s’achève le 31 août, le conseil de surveillance de RTE va devoir proposer prochainement son successeur à la ou au ministre de la Transition écologique pour validation.

Ancien député PS de l’Isère et conseiller de François Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012, François Brottes avait été nommé à la tête du gestionnaire de RTE en 2015.

« L’idéologie du confinement national : un ruineux cauchemar » (François Héran )

 « L’idéologie du confinement national : un ruineux cauchemar » (François Héran )

Le confinement devient une dangereuse idéologie s’il prend prétexte de la protection sanitaire pour viser les seuls migrants, souligne le sociologue François Héran dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

 « Fermer nos frontières », telle serait pour certains la leçon à retenir de la crise sanitaire, une mesure qu’on aurait dû adopter de longue date. Mais les fermer à qui ? Aux seuls migrants ou à tous les voyageurs internationaux ? Dans nos cerveaux, le projet d’ouvrir ou de fermer les frontières est associé à la politique migratoire.

Or, le virus ne fait aucune différence entre le migrant et le voyageur. Il n’a pas d’idéologie, il obéit à la loi des grands nombres et à cette donnée de base : l’immigration représente une part minime des passages aux frontières, moins de 1 %. Une politique de confinement national qui alléguerait la protection sanitaire pour cibler les migrants tout en négligeant 99 % des passages de frontière renouerait avec les errements du passé, bien décrits par l’historien Antonin Durand dans un article de la revue en ligne De facto.

La France a délivré en 2019 environ 270 000 titres de séjour d’au moins un an à des migrants non européens

La somme des franchissements de frontière enregistrés dans le monde en 2018 pour des séjours de moins d’un an s’élève à 1,4 milliard, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Malgré l’essor des communications à distance, ce nombre a progressé de 50 % en dix ans. Voyages de loisir pour une grosse moitié, mais aussi visites aux proches, voyages d’étude, pèlerinages, déplacements professionnels (stages, missions, travaux saisonniers). Sans surprise, l’Europe concentre la moitié des entrées aux frontières. Or le record mondial revient à la France : pas moins de 89 millions d’entrées en 2018, migration non comprise. Devant l’Espagne (83 millions), les Etats-Unis (80 millions), la Chine (63 millions) et l’Italie (62 millions).

 

Il est plus difficile d’estimer le nombre d’entrées à des fins de migration permanente. Mais l’ordre de grandeur est cent fois moindre. La France a délivré en 2019 environ 270 000 titres de séjour d’au moins un an à des migrants non européens – dont une part vivaient déjà sur place sans papiers (ce qui empêche d’additionner simplement les illégaux aux légaux). S’ajoute à ce noyau une partie des 170 000 demandeurs d’asile, « dublinés » compris : ceux qui n’obtiennent ni le statut de réfugié ni une régularisation pour raison familiale ou autre (et, donc, ne figureront pas dans la statistique des titres des années suivantes). Au total, en calculant large et sans doubles comptes, on peut estimer à 400 000 environ le nombre d’entrées annuelles de migrants non européens sur le territoire français. Quant aux citoyens de l’Union européenne, qui peuvent s’installer sans titre de séjour, les enquêtes de l’Insee estiment leur afflux, bon an mal an, autour de 140 000. » 

 

 

« Un plan de redressement économique via un Green Deal européen». ( François Brottes )

« Un plan de redressement économique via  un Green Deal européen». ( François Brottes )

François Brottes président du directoire de RTE, gestionnaire du réseau de transport de l’électricité n’est pas forcément le mieux placé pour parler de Green deal européen afin de relancer l’économie. En outre sa chronique-un peu courte sur l’environnemenet- a des parfum de lobby de l’électricité. Pour autant son papier mérite la lecture .

« La crise sanitaire que nous traversons est inédite et bouleverse l’ensemble de notre société. Les incertitudes sur sa durée et ses conséquences sont immenses, les inquiétudes naturellement considérables.

L’électricité est, dans ce contexte, plus que jamais indispensable pour permettre aux services de santé de fonctionner, aux services essentiels à la Nation de remplir leur mission. Elle est également essentielle aux Français et à l’ensemble des Européens, confinés, afin qu’ils puissent continuer de bénéficier d’un minimum de confort.

Dans les dispatchings, les postes électriques, au sommet des pylônes, au sein des cellules de crise nationales ou depuis chez eux, en télétravail, tous nos salariés sont au rendez-vous des attentes de nos concitoyens et leur garantissent, en permanence, une alimentation en électricité.

Depuis près de 70 ans, l’Europe de l’énergie a été l’un des moteurs de la construction et de la fraternité européenne. Aujourd’hui, c’est une réalité incontournable. Plus de 400 interconnexions nous relient les uns aux autres, assurant une véritable solidarité électrique entre les différents pays de l’Europe continentale.

Les gestionnaires de réseau de transport d’électricité européens et leurs équipes sont plus que jamais mobilisés durant cette période afin d’assurer la sécurité et l’équilibre permanent du réseau électrique.

Pour cela, malgré la crise, nous continuons d’intervenir sur notre réseau, en urgence, lorsque nos réseaux rencontrent des avaries, ou afin d’effectuer les activités de maintenance essentielles à sa sécurité dans la durée. Nous préparons également nos réseaux à la reprise de l’activité. Cette mission nous la remplissons avec, pour priorité absolue, le maintien en bonne santé de notre personnel.

La modernisation des systèmes électriques et la décarbonation du secteur électrique sont un programme de croissance qui préserve et qui est créateur d’emplois

Ce bon fonctionnement est également possible grâce au concours du régulateur, des pouvoirs publics, de tous les acteurs du secteur – producteurs, gestionnaires des réseaux de transport, fournisseurs, distributeurs – et au maintien des marchés de l’électricité. ENTSO-E, l’association européenne des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité, joue un rôle primordial de coordination entre nos différents pays durant cette période.

Cette crise aura souligné la nécessité de renforcer, au niveau européen, les filières industrielles indispensables aux infrastructures stratégiques. C’est un enjeu de souveraineté. Soutenir le maintien et le développement en Europe de prestataires et fabricants, spécialistes de technologies clés pour nos réseaux électriques, nous permettra d’affermir notre indépendance énergétique, technologique et industrielle. Cela contribuera également activement à la reconstruction économique.

Le Green Deal européen devra être la pierre angulaire de cette relance. Nous l’appelons de nos vœux. La modernisation des systèmes électriques et la décarbonation du secteur électrique, au travers notamment du développement des énergies renouvelables, sont un programme de croissance qui préserve et qui est créateur d’emplois.

François Brottes est président du directoire de RTE.

 

François Fillon : 5 ans de prison requis

François Fillon : 5 ans  de prison requis

il y avait évidemment une certaine justice dans cette réquisition visant l’ancien Premier ministre, une réquisition particulièrement sévère et qui propose cinq ans de prison y compris deux ans de prison ferme. Sans doute trouvera-t-on la justice un peu dure mais le premier ministre, François Fillon, a délibérément choisi d’arrondir ses fins de mois avec un emploi fictif qui lui aurait rapporté autour d’un million d’euros pendant toute la période. Un emploi fictif dont sans doute l’épouse même de Fillon n’était pas même au courant. Elle n’a d’ailleurs jamais été capable de produire la moindre preuve de sa collaboration.

On peut sans doute être satisfait de la rigueur de la justice mais on peut aussi se poser la question de savoir quelle aurait été cette rigueur si Fillon avait triomphé au élection présidentielle de 2017. Tout le problème est là,  en tout cas en grande partie. La justice indépendante est d’autant plus rigoureuse avec les gens à terre tandis qu’elle est capable de faire traîner des dossiers politiques au financier pendant des années voire des dizaines et des dizaines d’années quand les intéressés ont encore des liens très forts avec le pouvoir et encore davantage quand ils sont en situation de responsabilité.

On a vu ainsi plusieurs affaires concernant la campagne électorale de Macron enterrées  purement et simplement. Le parquet national financier a donc déroulé ce mardi un féroce réquisitoire contre «l’appât du gain» de l’ancien Premier ministre François Fillon, en s’attelant à démontrer que les emplois d’assistante parlementaire de son épouse Penelope étaient «fictifs et artificiels».

Cinq ans de prison dont deux ferme ont donc été requis contre François Fillon, trois ans avec sursis et 375.000 euros d’amende requis contre sa femme Penelope Fillon. L’accusation a également demandé des amendes de 375.000 euros à l’encontre du couple et dix ans d’inéligibilité contre l’ex-candidat à la présidentielle. Contre le maire de Sablé-sur-Sarthe Marc Joulaud, ancien suppléant de François Fillon à l’Assemblée, ont été requis deux ans de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende.

L’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012) comparait pour détournement de fonds publics par personne chargée d’une mission de service public, complicité et recel de ce même délit, complicité et recel d’abus de bien sociaux et déclaration mensongère à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

François Fillon: défend son honneur ou son portefeuille ?

François Fillon: défend son honneur ou son portefeuille ?

 

On se demande pourquoi Fillon a cru bon de s’exprimer publiquement à propos de l’affaire qui va l’emmener devant le tribunal correctionnel pour avoir confondu les fonds publics avec son portefeuille. Il est clair que Fillon a été victime de son train de vie de châtelain qui nécessitait des rentrées de fonds assez illégaux. Victime aussi comme nombre de politiques du parfum de richesse qui règne dans les milieux proches du pouvoir. Des milieux qui évidemment se servent de ce pouvoir dans leur propre intérêt.

On objectera sans doute que Fillon n’est pas davantage coupable que d’autres qui cultivent cette ambiguïté entre l’intérêt général et l’intérêt particulier. Mais certains sont  plus habiles que d’autres dans ce domaine. À cet égard il serait intéressant de faire le bilan de la fortune de nombreux de politiques au cours de 20 ou 30 ans de carrière. Il y aurait des surprises et même à gauche. 

François Fillon s’est un peu plus enfoncé dans ses justifications très vaseuses en affirmant notamment que la rémunération de son épouse en tant qu’assistante parlementaire été justifiée . Cette dernière a sans doute servi quelquefois des petits gâteaux dans des cocktails tenus par Fillon mais de toute évidence elle n’a jamais assisté tellement Fillon et sans doute même n’était-elle  même pas courant de la rémunération justifiée par  François Fillon à ce titre.

L’affaire des costumes est aussi significative des mœurs de la politique entretien des liens que avec le monde des affaires. On se demande vraiment pourquoi Fillon avait besoin d’autant de costumes luxueux et en plus gratuits. On aura tout appris une confirmation à savoir que Fillon a été dézingué par Sarkozy et que le parquet national financier exerce un rôle particulièrement ambigu selon les cas pour exonérer de responsabilité certains dirigeants politiques au contraire  pour les enfoncer et cela dans des délais particulièrement suspects quand pour d’autres affaires politiques ou financières la justice met des mois voire des dizaines d’années avant de traiter des dossiers autrement plus importants.

L’ancien candidat souligne la célérité du Parquet national financier: «À la minute où cette affaire a été engagée, il avait été décidé par le Parquet national financier de m’empêcher de gagner cette élection présidentielle, voilà!», martèle-t-il, expliquant que c’est ce traitement «d’exception» qui l’a décidé à ne pas se retirer de la campagne malgré sa mise en examen. «J’ai été traité d’une manière injuste qui n’est pas normale. De l’avis même de mes détracteurs, j’ai été l’objet d’une justice entièrement à charge. Jamais on a vu un juge nommé et, quatre jours après, me convoquer pour une mise en examen sans même avoir ouvert le dossier ou les pièces qui pouvaient m’innocenter.» 

S’il rejette en bloc les accusations quant à l’emploi de sa femme, François Fillon adopte une autre position quant aux coûteux costumes – deux pour une valeur de 13 000 euros – offerts pas son ancien ami Robert Bourgi. «J’ai fait une double erreur. En donnant ma confiance à quelqu’un qui ne la méritait pas. Et en ne voyant pas, dans un contexte difficile mais qui n’excuse rien, que l’acceptation de ce cadeau aurait un effet désastreux, regrette-t-il. Ce qui a été peut-être le plus important dans le regard de ces Français, c’est sans doute cette affaire.» L’homme a en revanche rejeté en bloc l’achat de montre de luxe dont il était suspecté, «c’est absurde». Tout en démentant être «un homme d’argent»«C’est une fable.» Avant de reconnaître une série d’erreurs. «J’ai fait l’erreur de provoquer Nicolas Sarkozy avec cette phrase, (qui imagine le général de Gaulle mis en examen, NDLR), j’ai fait l’erreur d’accepter des costumes que je n’aurais jamais dû accepter. J’ai sûrement fait des erreurs dans la conduite de ma défense durant la campagne. Mais sûrement pas dans cette affaire d’assistant parlementaire.»

Pause

Retraites: Macron veut casser le principe de répartition (François Hommeril ,CFE-CGC)

Retraites: Macron veut  casser  le principe de répartition  (François Hommeril ,CFE-CGC)

 

Le président de la CGC explique dans la Tribune  pourquoi la réforme des retraites envisagées va faire exploser le principe de la répartition. Il considère par ailleurs que cette orientation du gouvernement constitue un véritable hold-up sur les régimes actuellement équilibrés. De fait parmi les principales victimes du nouveau système figureront les enseignants, les femmes carrière courte mais aussi les cadres, en particulier ceux qui ont débuté avec des salaires modestes. Pour de nombreux cadres, la baisse des retraites sera drastique.

 

 

 

 

Pourquoi la CFE-CGC a-t-elle décidé de rejoindre le mouvement du 5 décembre après être restée en retrait ?

 

FRANÇOIS HOMMERIL - Nous avons eu un comité directeur composé de 16 présidents de fédérations à la fin du mois d’octobre. J’ai proposé à ce moment-là que l’on refasse une analyse très critique du projet de réforme des retraites. Depuis le 22 octobre, la journée du 5 décembre a pris de l’ampleur. La base de notre syndicat est devenue très sensible à ce fait de société. C’est le terrain qui a mis sous pression les fédérations. Celles-ci sont venues s’exprimer à l’occasion d’un comité confédéral.

La confédération a noté dans sa délibération que le syndicat se joindrait au mouvement. Nous n’avons pas lancé un appel à la manifestation comme d’autres l’ont fait mais nous avons laissé aux fédérations le choix d’appeler à se mobiliser le 5 décembre. Plusieurs fédérations comme le transport, l’aérien, les énergies, la culture et communication ont décidé de mobiliser leurs militants. D’autres non. La CFE-CGC est une organisation démocratique qui suit les décisions prises dans les instances qui constituent et régulent notre organisation.

Que reprochez-vous précisément au projet de réforme du gouvernement ?

Au départ, le gouvernement a utilisé le slogan « 1 euro cotisé vaut 1 euro de retraite ». En réalité, l’objectif de l’exécutif est la captation des réserves accumulées par les salariés pour pouvoir financer principalement l’évolution du régime des fonctionnaires mais peut être aussi l’évolution du régime général dans lequel l’État a des responsabilités importantes en termes de gestion. L’État ne tient pas ses engagements en matière de retraites. Il veut faire payer les partenaires sociaux et les salariés des régimes qui ont accumulé des réserves pour faire face aux déséquilibres démographiques.

Il veut également faire payer la convergence des systèmes pour transformer les retraites en une annexe du budget et le traiter comme le budget de la Sécurité sociale qui est géré de manière catastrophique. Il veut en faire un auxiliaire de gestion des deniers publics. Il veut s’approprier cet argent alors que ces sommes sont des cotisations prélevées sur les salaires, les revenus, l’activité. Il veut simplement mettre la main sur de l’argent qui n’est pas le sien. Il veut faire peser un risque énorme sur le niveau des pensions. Le projet est de casser définitivement cette partie du modèle social français qui est la retraite par répartition.

Pourquoi n’avez-vous pas profité du début des concertations il y a deux ans pour manifester plus clairement votre désaccord ?

Au début, nous sommes entrés dans la concertation en avançant nos arguments. Même si nous n’étions pas opposés au principe de la retraite par points, ce système entraînait un certain nombre de désagréments et de déséquilibres. Dans le dispositif à venir, il y aura forcément des gagnants et des perdants. La première phase de concertation a permis de poser les arguments et de discuter, mais la deuxième phase correspond à une concertation sans négociation. Le gouvernement avance l’idée que rien n’est décidé. Je préfère que l’on vienne vers moi en m’expliquant ce qui est décidé et les éléments sur lesquels on peut négocier mais les choses ne sont pas claires.

À quel moment le gouvernement a-t-il changé de position selon vous ?

Le masque est tombé au moment où le gouvernement a affiché son obstination afin d’obtenir un régime équilibré en 2025. Cet objectif n’a aucun sens dans un régime par répartition. Ce régime est forcément en déséquilibre en raison des évolutions démographiques. Dans un régime par répartition, on doit anticiper sur vingt ans. Une population reste en moyenne vingt ans à la retraite. Sur ce point, les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites n’ont pas bougé. Les dernières remarques de Richard Ferrand sont scandaleuses. Dire qu’il faut absolument partir sur de bonnes bases et avoir un régime équilibré en 2025 est complètement faux. Ces paroles contribuent à jeter un discrédit définitif contre ce type de classe politique. Les problèmes générés par la crise de 2008 ont été réglés par la réforme de Marisol Touraine. L’État ne prend pas ses responsabilités. Il décide de l’exonération de cotisations et ne les compense pas. Il met en péril le régime général et il ne remplit pas ses obligations relatives au régime des fonctionnaires.

Vous avez appelé le gouvernement à la négociation ces derniers jours. Pensez-vous qu’il a durci sa position sur le sujet des retraites ?

Non, l’exécutif avance masqué. Par ailleurs, il n’est pas dans la nature d’une organisation syndicale de négocier avec le gouvernement. Le gouvernement est là pour respecter les syndicats et les corps intermédiaires en mettant en place un cadre dans lequel les partenaires sociaux vont négocier entre eux. Le gouvernement triche en permanence en ramenant à lui des prérogatives qui ne sont pas de son ressort. L’intelligence n’est pas seulement dans le camp gouvernemental. Elle est dans le milieu universitaire, les corps intermédiaires. C’est une question de démocratie et aujourd’hui elle n’est pas respectée.

Avez-vous le sentiment d’être écouté ?

Non, le pouvoir exécutif est dans une stratégie de propagande. Ce qui se passe actuellement sur les réseaux sociaux est révoltant. Le gouvernement dénonce les injustices mais les chiffres qui sont avancés sur les réseaux sociaux par l’exécutif concernant les chauffeurs de la RATP par exemple sont faux.

En quoi la réforme des retraites serait-elle défavorable aux cadres ?

La population des cadres est très hétérogène. Il peut s’agir du jeune cadre débutant récemment diplômé de Supaero, l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace, ou le cadre de chez Renault qui a commencé comme ouvrier. Il peut y avoir plusieurs types de conséquences avec des cadres qui sont au-dessus du plafond de la Sécurité sociale. Comme Jean-Paul Delevoye l’a lui-même avoué, il faut dans cette réforme mobiliser plus de solidarité. Au moment où cette phrase est prononcée, on sait qu’il y a des gens qui devront contribuer plus pour recevoir moins. On peut s’imaginer que ce sont les cadres qui pourraient être mis à contribution.

Êtes-vous pour ou contre un système par points ?

Notre organisation n’est pas contre un système par points. Nous avons été à l’origine en 1946 du régime par points de l’Agirc qui a permis par extension de faire l’Arrco et les retraites complémentaires. Dans le régime par points, il y a une contribution à la solidarité. Cette contribution est maîtrisée par les partenaires sociaux qui définissent eux-mêmes les paramètres. Dès l’instant qu’il y a des droits familiaux, il y a de la solidarité pour financer ces droits.

Le gouvernement nous promet une dégradation des pensions exactement comme il a géré la dégradation des fonds de la santé et le financement de l’hôpital en isolant les budgets. Il y a un paradoxe absolu. La France qui était considérée comme précurseur en termes de prise en charge des soins il y a trente ans, est aujourd’hui le pays où la charge rapportée au PIB est l’une des plus faibles de l’OCDE. Elle est même inférieure à celle des États-Unis. Il y a eu une volonté de détruire l’excellence du système de soins français. Si la retraite est gérée de la même manière, on va à la catastrophe.

Quel regard portez-vous sur le dernier rapport du conseil d’orientation des retraites présenté en novembre ?

Les prévisions n’ont pas vraiment changé par rapport à celui du mois de juin. En revanche, je trouve que rassembler dans une même instance, des profils qui sont politiques et des scientifiques est très délicat.

Quelle serait une réforme acceptable selon vous ?

Il n’y a pas de réforme acceptable par principe. Le système doit évoluer et il évolue. Il y a eu cinq réformes sur les retraites depuis 1993. La plus structurante est celle de 1993. Elle n’a pas été motivée par l’allongement de la durée de l’espérance de vie. Il faut rappeler que l’espérance de vie a principalement augmenté durant les années 1970 à 1990 par la baisse de la mortalité infantile et moins par sa hausse à partir de 60 ans même si ça y contribue. Aujourd’hui, on assiste à un retour en arrière. La société actuelle a bien compris que l’on a désormais dans sa vie d’adulte deux périodes. Je ne vois pas pourquoi on régresserait. Dire aux personnes qu’il faudra travailler jusqu’à 65 ans parce que l’espérance de vie a augmenté n’a aucun sens. L’espérance de vie lorsque les gens ont 65 ans est extrêmement variable. Ce système pourrait générer des injustices énormes. En plus, il est injustifié sur le plan économique.

Sur l’assurance-chômage, pourquoi les négociations entre partenaires sociaux en février dernier ont-elles échoué ?

Le gouvernement a mis en place un cadre impossible à respecter. Du côté des partenaires sociaux, je ne suis pas complètement satisfait de ce que l’on a produit. Notre capacité à générer du consensus est restée intacte. En revanche, on aurait pu produire un schéma politique plus incisif et plus visible à l’égard de la population.

Que pensez-vous de cette profonde transformation de l’assurance-chômage ?

En prétendant lutter contre le chômage, le gouvernement lutte contre les chômeurs. En prenant en compte les contributions, les cotisations et les allocations versées, le régime de l’assurance-chômage est excédentaire depuis vingt ans. L’État a creusé la dette de ce système assurantiel en imposant le financement de Pôle emploi, les 500 millions d’euros des frontaliers. Tout ce qui a été dit sur le sujet est mensonger. Le vrai problème du chômage en France est que demandeurs d’emploi souhaitant travailler ne sont pas pris en charge dans les dispositifs qui permettraient leur réinsertion. Il y a un marché de dupes sur la question des emplois non pourvus et sous certains aspects c’est une bonne chose. Ce n’est pas normal que les gens travaillent et ne gagnent pas suffisamment pour vivre. On connaît tous des gens qui ont accepté un emploi parce qu’il faut travailler et se sont retrouvés à perdre de l’argent à la fin du mois. J’estime que dans un pays comme la France, ces emplois ne sont pas dignes. Je n’ai pas envie que demain Ken Loach fasse un film sur la France…

Les entreprises d’au moins 11 salariés doivent mettre en place le nouveau Comité social et économique avant le 31 décembre et beaucoup ne l’ont pas encore mis en place. Que pensez-vous de cette nouvelle instance représentative ? Comment expliquez-vous un tel retard dans sa mise en place ?

C’est un fiasco total et attendu. La CFE-CGC s’y était opposée dès le début. Rien ne fonctionne. Le gouvernement a voulu casser ce qui fonctionnait. Les différentes instances sont nées à un moment précis de l’histoire sociale du pays. Chacune avait sa fonction et sa raison d’être. Je viens de l’industrie et dans les CHSCT, il y avait des personnes dans tous les syndicats qui avaient le cœur à représenter leurs collègues dans des instances dédiées spécifiques. Les directions comptaient beaucoup sur ces instances pour faire progresser certains sujets. Dans mon expérience d’ingénieur dans l’industrie chimique, la direction ne m’aurait pas pardonné d’avoir raté une réunion du CHSCT. Le gouvernement par méconnaissance absolue du monde du travail a appliqué une réforme totalement idéologique pour diminuer les droits de représentation des salariés.

Aujourd’hui, les meilleurs avocats pour un retour aux anciens dispositifs sont les directeurs des ressources humaines. Ils n’arrivent pas à faire fonctionner les nouvelles instances. Par ailleurs, la fusion était déjà disponible par la négociation d’entreprise. Beaucoup d’entreprises de taille moyenne auraient été capables en bonne intelligence de trouver les moyens de s’adapter pour mettre en place une bonne représentation et faire face à une pénurie de candidats. Les acteurs sur le terrain auraient pu trouver les moyens de générer une fusion partielle ou totale adaptée à leur entreprise.

Certains observateurs parlent d’une « dérive idéologique » de la CFE-CGC avec l’abandon d’une position réformiste. Que leur répondez-vous ?

Ces personnes sont les représentants du néolibéralisme depuis des années. Au moment où j’ai été élu à la tête de l’organisation en juin 2016, j’ai fait l’effort d’emmener mon organisation en dehors de la case réformiste. Je pense que c’est une case politique. Les syndicats identifiés comme réformistes aux yeux des politiques sont des organisations considérées comme accompagnatrices des réformes. Je suis le président d’un syndicat indépendant et libre. Il reste attaché à l’esprit de réforme et l’a toujours été historiquement. La CFE-CGC fait toujours des propositions et nous sommes toujours autour de la table en évitant la contestation stérile. Après trente ans de dérive néolibérale, il faut réexaminer ce terme de réformiste. Aujourd’hui, cette notion a pris un sens très différent par rapport aux années 1980 et 1990.

Quel est l’avenir du paritarisme en France ?

Si je m’arrête à la volonté du gouvernement de tout casser, le paritarisme n’a pas d’avenir. En revanche, s’il existe à nouveau une forme démocratique de consultation et de réforme, le paritarisme aura un avenir.

La crise des « gilets jaunes » est-elle terminée ?

La société française est actuellement sous pression. Dans les rangs des « gilets jaunes » au départ, il y avait beaucoup de petits chefs d’entreprise, des artisans, des infirmières libérales et peu de salariés. Le gouvernement n’a cessé de répéter que les syndicats ont été disqualifiés. Or les organisations syndicales des salariés ne sont pas sur le même terrain que les « gilets jaunes ». Il y avait peu de salariés du secteur industriel sur les ronds-points. Ce sont des domaines où l’activité syndicale produit de la norme et de l’équilibre social.

Êtes-vous pour un système de cogestion dans les entreprises sur le modèle suédois ?

Je ne pense pas qu’un tel système puisse fonctionner en France sauf dans un cadre où la cogestion est définie de manière claire. La cogestion ou le réformisme a un sens nébuleux actuellement. À la CFE-CGC, nous sommes favorables à une meilleure représentation des salariés dans les conseils d’administration mais ce n’est pas de la cogestion. La cogestion à l’allemande correspond à la présence des syndicats dans les instances de gouvernance et de direction. Je préfère que les relations soient contractualisées à l’intérieur de l’entreprise.

Quelle est la feuille de route pour les prochaines semaines ? Pour tenter de répondre à l’anxiété grandissante, le gouvernement a décidé d’accélérer le calendrier en cette fin d’année alors que la réforme a déjà pris du retard à la suite du mouvement des « gilets jaunes ». Les grandes lignes du projet de loi encadrant les mécanismes de transition des 42 régimes existants vers un système unique seront dévoilées à la mi-décembre par Édouard Philippe, après que le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, aura dévoilé les conclusions de ses consultations, « aux alentours des 9 ou 10 décembre ». Le texte sera ensuite soumis au Parlement début 2020. Emmanuel Macron comme Édouard Philippe ont d’ores et déjà prévenu que la réforme, présentée comme « emblématique du quinquennat », irait à son terme. « Nous ne transigerons pas sur l’objectif », a martelé le Premier ministre.

Concernant la mise en œuvre de la réforme, le rapport Delevoye suggère que le futur régime s’applique à partir de 2025 et que la transition se fasse sur une quinzaine d’années avec des modalités à préciser. Le système universel ne doit concerner que les personnes nées à partir de 1963 et celles qui seront à plus de cinq ans de leur départ en retraite au moment du vote de la loi selon le rapport. Les droits acquis avant 2025 seront garantis à 100 %. Dans un souci d’apaisement, Édouard Philippe s’est dit ouvert à quelques compromis. « S’il faut que la réforme s’applique à des personnes un peu plus éloignées de la retraite que ce qui était envisagé jusqu’ici, afin de prendre en compte les choix individuels faits par nos concitoyens, je suis prêt à en discuter avec les organisations syndicales.» Sans pour autant envisager la « clause du grand-père » qui consisterait à n’appliquer la réforme qu’aux futurs entrants sur le marché du travail. « Entre deux extrêmes, on doit pouvoir trouver le bon curseur », a-t-il insisté.

Beaucoup de flou demeure notamment sur la période de transition d’ici à 2025. Le gouvernement souhaite que le système actuel des retraites soit à l’équilibre à cette échéance or le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) indique le régime actuel devrait connaître un déficit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros. L’exécutif n’a pas encore décidé s’il allait reculer l’âge de départ pour tenter de combler ce déficit.

Macron veut casser la retraite par répartition (François Hommeril ,CFE-CGC)

Macron veut  casser la retraite par répartition  (François Hommeril ,CFE-CGC)

 

Le président de la CGC explique dans la Tribune  pourquoi la réforme des retraites envisagées va faire exploser le principe de la répartition. Il considère par ailleurs que cette orientation du gouvernement constitue un véritable hold-up sur les régimes actuellement équilibrés. De fait parmi les principales victimes du nouveau système figureront les enseignants mais aussi les cadres, en particulier ceux qui ont débuté avec des salaires modestes. .

 

Pourquoi la CFE-CGC a-t-elle décidé de rejoindre le mouvement du 5 décembre après être restée en retrait ?

 

FRANÇOIS HOMMERIL - Nous avons eu un comité directeur composé de 16 présidents de fédérations à la fin du mois d’octobre. J’ai proposé à ce moment-là que l’on refasse une analyse très critique du projet de réforme des retraites. Depuis le 22 octobre, la journée du 5 décembre a pris de l’ampleur. La base de notre syndicat est devenue très sensible à ce fait de société. C’est le terrain qui a mis sous pression les fédérations. Celles-ci sont venues s’exprimer à l’occasion d’un comité confédéral.

La confédération a noté dans sa délibération que le syndicat se joindrait au mouvement. Nous n’avons pas lancé un appel à la manifestation comme d’autres l’ont fait mais nous avons laissé aux fédérations le choix d’appeler à se mobiliser le 5 décembre. Plusieurs fédérations comme le transport, l’aérien, les énergies, la culture et communication ont décidé de mobiliser leurs militants. D’autres non. La CFE-CGC est une organisation démocratique qui suit les décisions prises dans les instances qui constituent et régulent notre organisation.

Que reprochez-vous précisément au projet de réforme du gouvernement ?

Au départ, le gouvernement a utilisé le slogan « 1 euro cotisé vaut 1 euro de retraite ». En réalité, l’objectif de l’exécutif est la captation des réserves accumulées par les salariés pour pouvoir financer principalement l’évolution du régime des fonctionnaires mais peut être aussi l’évolution du régime général dans lequel l’État a des responsabilités importantes en termes de gestion. L’État ne tient pas ses engagements en matière de retraites. Il veut faire payer les partenaires sociaux et les salariés des régimes qui ont accumulé des réserves pour faire face aux déséquilibres démographiques.

Il veut également faire payer la convergence des systèmes pour transformer les retraites en une annexe du budget et le traiter comme le budget de la Sécurité sociale qui est géré de manière catastrophique. Il veut en faire un auxiliaire de gestion des deniers publics. Il veut s’approprier cet argent alors que ces sommes sont des cotisations prélevées sur les salaires, les revenus, l’activité. Il veut simplement mettre la main sur de l’argent qui n’est pas le sien. Il veut faire peser un risque énorme sur le niveau des pensions. Le projet est de casser définitivement cette partie du modèle social français qui est la retraite par répartition.

Pourquoi n’avez-vous pas profité du début des concertations il y a deux ans pour manifester plus clairement votre désaccord ?

Au début, nous sommes entrés dans la concertation en avançant nos arguments. Même si nous n’étions pas opposés au principe de la retraite par points, ce système entraînait un certain nombre de désagréments et de déséquilibres. Dans le dispositif à venir, il y aura forcément des gagnants et des perdants. La première phase de concertation a permis de poser les arguments et de discuter, mais la deuxième phase correspond à une concertation sans négociation. Le gouvernement avance l’idée que rien n’est décidé. Je préfère que l’on vienne vers moi en m’expliquant ce qui est décidé et les éléments sur lesquels on peut négocier mais les choses ne sont pas claires.

À quel moment le gouvernement a-t-il changé de position selon vous ?

Le masque est tombé au moment où le gouvernement a affiché son obstination afin d’obtenir un régime équilibré en 2025. Cet objectif n’a aucun sens dans un régime par répartition. Ce régime est forcément en déséquilibre en raison des évolutions démographiques. Dans un régime par répartition, on doit anticiper sur vingt ans. Une population reste en moyenne vingt ans à la retraite. Sur ce point, les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites n’ont pas bougé. Les dernières remarques de Richard Ferrand sont scandaleuses. Dire qu’il faut absolument partir sur de bonnes bases et avoir un régime équilibré en 2025 est complètement faux. Ces paroles contribuent à jeter un discrédit définitif contre ce type de classe politique. Les problèmes générés par la crise de 2008 ont été réglés par la réforme de Marisol Touraine. L’État ne prend pas ses responsabilités. Il décide de l’exonération de cotisations et ne les compense pas. Il met en péril le régime général et il ne remplit pas ses obligations relatives au régime des fonctionnaires.

Vous avez appelé le gouvernement à la négociation ces derniers jours. Pensez-vous qu’il a durci sa position sur le sujet des retraites ?

Non, l’exécutif avance masqué. Par ailleurs, il n’est pas dans la nature d’une organisation syndicale de négocier avec le gouvernement. Le gouvernement est là pour respecter les syndicats et les corps intermédiaires en mettant en place un cadre dans lequel les partenaires sociaux vont négocier entre eux. Le gouvernement triche en permanence en ramenant à lui des prérogatives qui ne sont pas de son ressort. L’intelligence n’est pas seulement dans le camp gouvernemental. Elle est dans le milieu universitaire, les corps intermédiaires. C’est une question de démocratie et aujourd’hui elle n’est pas respectée.

Avez-vous le sentiment d’être écouté ?

Non, le pouvoir exécutif est dans une stratégie de propagande. Ce qui se passe actuellement sur les réseaux sociaux est révoltant. Le gouvernement dénonce les injustices mais les chiffres qui sont avancés sur les réseaux sociaux par l’exécutif concernant les chauffeurs de la RATP par exemple sont faux.

En quoi la réforme des retraites serait-elle défavorable aux cadres ?

La population des cadres est très hétérogène. Il peut s’agir du jeune cadre débutant récemment diplômé de Supaero, l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace, ou le cadre de chez Renault qui a commencé comme ouvrier. Il peut y avoir plusieurs types de conséquences avec des cadres qui sont au-dessus du plafond de la Sécurité sociale. Comme Jean-Paul Delevoye l’a lui-même avoué, il faut dans cette réforme mobiliser plus de solidarité. Au moment où cette phrase est prononcée, on sait qu’il y a des gens qui devront contribuer plus pour recevoir moins. On peut s’imaginer que ce sont les cadres qui pourraient être mis à contribution.

Êtes-vous pour ou contre un système par points ?

Notre organisation n’est pas contre un système par points. Nous avons été à l’origine en 1946 du régime par points de l’Agirc qui a permis par extension de faire l’Arrco et les retraites complémentaires. Dans le régime par points, il y a une contribution à la solidarité. Cette contribution est maîtrisée par les partenaires sociaux qui définissent eux-mêmes les paramètres. Dès l’instant qu’il y a des droits familiaux, il y a de la solidarité pour financer ces droits.

Le gouvernement nous promet une dégradation des pensions exactement comme il a géré la dégradation des fonds de la santé et le financement de l’hôpital en isolant les budgets. Il y a un paradoxe absolu. La France qui était considérée comme précurseur en termes de prise en charge des soins il y a trente ans, est aujourd’hui le pays où la charge rapportée au PIB est l’une des plus faibles de l’OCDE. Elle est même inférieure à celle des États-Unis. Il y a eu une volonté de détruire l’excellence du système de soins français. Si la retraite est gérée de la même manière, on va à la catastrophe.

Quel regard portez-vous sur le dernier rapport du conseil d’orientation des retraites présenté en novembre ?

Les prévisions n’ont pas vraiment changé par rapport à celui du mois de juin. En revanche, je trouve que rassembler dans une même instance, des profils qui sont politiques et des scientifiques est très délicat.

Quelle serait une réforme acceptable selon vous ?

Il n’y a pas de réforme acceptable par principe. Le système doit évoluer et il évolue. Il y a eu cinq réformes sur les retraites depuis 1993. La plus structurante est celle de 1993. Elle n’a pas été motivée par l’allongement de la durée de l’espérance de vie. Il faut rappeler que l’espérance de vie a principalement augmenté durant les années 1970 à 1990 par la baisse de la mortalité infantile et moins par sa hausse à partir de 60 ans même si ça y contribue. Aujourd’hui, on assiste à un retour en arrière. La société actuelle a bien compris que l’on a désormais dans sa vie d’adulte deux périodes. Je ne vois pas pourquoi on régresserait. Dire aux personnes qu’il faudra travailler jusqu’à 65 ans parce que l’espérance de vie a augmenté n’a aucun sens. L’espérance de vie lorsque les gens ont 65 ans est extrêmement variable. Ce système pourrait générer des injustices énormes. En plus, il est injustifié sur le plan économique.

Sur l’assurance-chômage, pourquoi les négociations entre partenaires sociaux en février dernier ont-elles échoué ?

Le gouvernement a mis en place un cadre impossible à respecter. Du côté des partenaires sociaux, je ne suis pas complètement satisfait de ce que l’on a produit. Notre capacité à générer du consensus est restée intacte. En revanche, on aurait pu produire un schéma politique plus incisif et plus visible à l’égard de la population.

Que pensez-vous de cette profonde transformation de l’assurance-chômage ?

En prétendant lutter contre le chômage, le gouvernement lutte contre les chômeurs. En prenant en compte les contributions, les cotisations et les allocations versées, le régime de l’assurance-chômage est excédentaire depuis vingt ans. L’État a creusé la dette de ce système assurantiel en imposant le financement de Pôle emploi, les 500 millions d’euros des frontaliers. Tout ce qui a été dit sur le sujet est mensonger. Le vrai problème du chômage en France est que demandeurs d’emploi souhaitant travailler ne sont pas pris en charge dans les dispositifs qui permettraient leur réinsertion. Il y a un marché de dupes sur la question des emplois non pourvus et sous certains aspects c’est une bonne chose. Ce n’est pas normal que les gens travaillent et ne gagnent pas suffisamment pour vivre. On connaît tous des gens qui ont accepté un emploi parce qu’il faut travailler et se sont retrouvés à perdre de l’argent à la fin du mois. J’estime que dans un pays comme la France, ces emplois ne sont pas dignes. Je n’ai pas envie que demain Ken Loach fasse un film sur la France…

Les entreprises d’au moins 11 salariés doivent mettre en place le nouveau Comité social et économique avant le 31 décembre et beaucoup ne l’ont pas encore mis en place. Que pensez-vous de cette nouvelle instance représentative ? Comment expliquez-vous un tel retard dans sa mise en place ?

C’est un fiasco total et attendu. La CFE-CGC s’y était opposée dès le début. Rien ne fonctionne. Le gouvernement a voulu casser ce qui fonctionnait. Les différentes instances sont nées à un moment précis de l’histoire sociale du pays. Chacune avait sa fonction et sa raison d’être. Je viens de l’industrie et dans les CHSCT, il y avait des personnes dans tous les syndicats qui avaient le cœur à représenter leurs collègues dans des instances dédiées spécifiques. Les directions comptaient beaucoup sur ces instances pour faire progresser certains sujets. Dans mon expérience d’ingénieur dans l’industrie chimique, la direction ne m’aurait pas pardonné d’avoir raté une réunion du CHSCT. Le gouvernement par méconnaissance absolue du monde du travail a appliqué une réforme totalement idéologique pour diminuer les droits de représentation des salariés.

Aujourd’hui, les meilleurs avocats pour un retour aux anciens dispositifs sont les directeurs des ressources humaines. Ils n’arrivent pas à faire fonctionner les nouvelles instances. Par ailleurs, la fusion était déjà disponible par la négociation d’entreprise. Beaucoup d’entreprises de taille moyenne auraient été capables en bonne intelligence de trouver les moyens de s’adapter pour mettre en place une bonne représentation et faire face à une pénurie de candidats. Les acteurs sur le terrain auraient pu trouver les moyens de générer une fusion partielle ou totale adaptée à leur entreprise.

Certains observateurs parlent d’une « dérive idéologique » de la CFE-CGC avec l’abandon d’une position réformiste. Que leur répondez-vous ?

Ces personnes sont les représentants du néolibéralisme depuis des années. Au moment où j’ai été élu à la tête de l’organisation en juin 2016, j’ai fait l’effort d’emmener mon organisation en dehors de la case réformiste. Je pense que c’est une case politique. Les syndicats identifiés comme réformistes aux yeux des politiques sont des organisations considérées comme accompagnatrices des réformes. Je suis le président d’un syndicat indépendant et libre. Il reste attaché à l’esprit de réforme et l’a toujours été historiquement. La CFE-CGC fait toujours des propositions et nous sommes toujours autour de la table en évitant la contestation stérile. Après trente ans de dérive néolibérale, il faut réexaminer ce terme de réformiste. Aujourd’hui, cette notion a pris un sens très différent par rapport aux années 1980 et 1990.

Quel est l’avenir du paritarisme en France ?

Si je m’arrête à la volonté du gouvernement de tout casser, le paritarisme n’a pas d’avenir. En revanche, s’il existe à nouveau une forme démocratique de consultation et de réforme, le paritarisme aura un avenir.

La crise des « gilets jaunes » est-elle terminée ?

La société française est actuellement sous pression. Dans les rangs des « gilets jaunes » au départ, il y avait beaucoup de petits chefs d’entreprise, des artisans, des infirmières libérales et peu de salariés. Le gouvernement n’a cessé de répéter que les syndicats ont été disqualifiés. Or les organisations syndicales des salariés ne sont pas sur le même terrain que les « gilets jaunes ». Il y avait peu de salariés du secteur industriel sur les ronds-points. Ce sont des domaines où l’activité syndicale produit de la norme et de l’équilibre social.

Êtes-vous pour un système de cogestion dans les entreprises sur le modèle suédois ?

Je ne pense pas qu’un tel système puisse fonctionner en France sauf dans un cadre où la cogestion est définie de manière claire. La cogestion ou le réformisme a un sens nébuleux actuellement. À la CFE-CGC, nous sommes favorables à une meilleure représentation des salariés dans les conseils d’administration mais ce n’est pas de la cogestion. La cogestion à l’allemande correspond à la présence des syndicats dans les instances de gouvernance et de direction. Je préfère que les relations soient contractualisées à l’intérieur de l’entreprise.

Quelle est la feuille de route pour les prochaines semaines ? Pour tenter de répondre à l’anxiété grandissante, le gouvernement a décidé d’accélérer le calendrier en cette fin d’année alors que la réforme a déjà pris du retard à la suite du mouvement des « gilets jaunes ». Les grandes lignes du projet de loi encadrant les mécanismes de transition des 42 régimes existants vers un système unique seront dévoilées à la mi-décembre par Édouard Philippe, après que le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, aura dévoilé les conclusions de ses consultations, « aux alentours des 9 ou 10 décembre ». Le texte sera ensuite soumis au Parlement début 2020. Emmanuel Macron comme Édouard Philippe ont d’ores et déjà prévenu que la réforme, présentée comme « emblématique du quinquennat », irait à son terme. « Nous ne transigerons pas sur l’objectif », a martelé le Premier ministre.

Concernant la mise en œuvre de la réforme, le rapport Delevoye suggère que le futur régime s’applique à partir de 2025 et que la transition se fasse sur une quinzaine d’années avec des modalités à préciser. Le système universel ne doit concerner que les personnes nées à partir de 1963 et celles qui seront à plus de cinq ans de leur départ en retraite au moment du vote de la loi selon le rapport. Les droits acquis avant 2025 seront garantis à 100 %. Dans un souci d’apaisement, Édouard Philippe s’est dit ouvert à quelques compromis. « S’il faut que la réforme s’applique à des personnes un peu plus éloignées de la retraite que ce qui était envisagé jusqu’ici, afin de prendre en compte les choix individuels faits par nos concitoyens, je suis prêt à en discuter avec les organisations syndicales.» Sans pour autant envisager la « clause du grand-père » qui consisterait à n’appliquer la réforme qu’aux futurs entrants sur le marché du travail. « Entre deux extrêmes, on doit pouvoir trouver le bon curseur », a-t-il insisté.

Beaucoup de flou demeure notamment sur la période de transition d’ici à 2025. Le gouvernement souhaite que le système actuel des retraites soit à l’équilibre à cette échéance or le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) indique le régime actuel devrait connaître un déficit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros. L’exécutif n’a pas encore décidé s’il allait reculer l’âge de départ pour tenter de combler ce déficit.

François Baroin: futur adversaire de Macron ?

François Baroin: futur adversaire de Macron ?

Alors que les Français prévoient mais aussi redoutent  un nouveau duel Macron –Le Pen, un troisième larron pourrait bien apparaître à savoir le très discret maire de Troyes, François Baroin. D’une certaine manière, François-Baroin offre un contraste de saisissant par rapport à Macron. D’abord, son expression est toujours mesurée et rare, il ne se multiplie pas dans les médias bien au contraire. Depuis plusieurs années, il se consacre  essentiellement au problème des territoires et à la gestion de l’association des maires de France. Au sein même de son parti, les républicains, il a évité de ne pas  se mêler aux guerres paysannes et mortifères. Contrairement à Macron, Baroin n’est pas dans une posture jupitérienne. Ce qui le caractérise c’est son sens de l’équilibre et de la mesure. Le contraire d’un Macron qui se noie chaque jour un peu plus dans une sorte de diarrhée verbale qui montre toute ses contradictions et sa personnalité immature. Alors que François Baroin ne s’est  même pas déclaré 2022 et qu’il manifeste une grande réserve par rapport à cette échéance, un sondage montre qu’il est déjà largement préféré  à Macron Le maire de Troyes (Aube), de retour depuis octobre dans les instances dirigeantes renouvelées du parti, est jugé plus «compétent» qu’Emmanuel Macron par une majorité (55 %) de Français, selon un sondage de l’institut Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et France Info.

Face au chef de l’État, il est aussi largement considéré (70 %) comme plus «proche des gens». Une dimension que le président de l’Association des maires de France (AMF) a pris soin de cultiver, en particulier cette semaine lors du Congrès annuel de l’AMF à Paris, contre un président et un premier ministre décrits comme «sourds» à la «détresse des humbles» dans son dernier livre, Une histoire sentimentale (Albin Michel).

Trois autres qualités sont davantage attribuées au maire de Troyes, passé par «l’école Chirac»: le charisme (49 %), la «confiance» suscitée (59 %) et la capacité de rassemblement (60 %). En revanche, l’autorité (38 %), la stature d’homme d’État (44 %) – caractéristiques principalement liées à la fonction présidentielle – et le dynamisme (48 %) sont prêtées en premier lieu à Emmanuel Macron.

Ces résultats devraient ravir une partie des dirigeants de LR, qui perçoivent en François Baroin un «recours» en vue de l’élection présidentielle de 2022. Et rêvent de voir le chiraquien installer un duel avec le chef de l’État, en substitution au «piège» du «face-à-face Macron-Le Pen» qu’ils ne cessent de dénoncer.

 

François Baroin, un candidat potentiel très sérieux face à Macron

François Baroin, un candidat potentiel très sérieux face à Macron

 

 

Il est clair que Baroin,  président de l’Association des maires de France (AMF) et maire LR de Troyes, n’a pas eu la carrière politique que beaucoup espéraient compte tenu de se compétences. Baroin dénote dans la classe politique par son calme et ses propos très équilibrés à l’inverse des agités comme Sarkozy , Le Pen ou Macron. On comprend mal que le parti des républicains en mal de leaders depuis longtemps et même en crise grave n’ait pas utilisé  un responsable de cette dimension. L’opinion publique ne s’y trompe pas car Baroin figure depuis longtemps  parmi les personnalités politiques les plus appréciées. De toute évidence, Baroin serait un candidat sérieux face à Macron et il n’y a sans doute que le parti des Républicains qui n’en soit pas encore totalement convaincus. Pour l’instant, Baroin se réserve l’exclusivité de la décision d’une candidature. Il donne du temps au temps;  sans doute éviter les terribles déconfitures qu’ont subies Sarkozy et Fillon. Il profite de la sortie de son livre pour ce réinstaller dans le paysage politique. Un livre  en forme d’hommage à la France des territoires et des élus locaux, piliers de la République. Un cri d’alarme sur la montée des communautarismes et des populismes. (interview JDD)

 

Comment expliquer que jamais cette rupture avec les maires n’avait semblé aussi irrémédiable que sous Macron?
Le Président n’est pas responsable de tous les maux. Mais il a réussi à susciter une très forte opposition en un temps très court. Et il est arrivé dans une période d’extrême sensibilité et de tensions préexistantes avec l’État. Nous avoir mis dans le même sac que les corps intermédiaires est une faute de carre : nous, élus, sommes issus du suffrage universel. Et puis, ce que les élus n’acceptent plus, c’est que l’État s’arroge le droit de supprimer des impôts qui n’étaient pas les siens. Je pourrais aussi parler des APL, de la méthode sur les contrats aidés, de la suppression de la taxe d’habitation… Le Président est l’incarnation de la République, mais nous en sommes les fantassins. Nous sommes sa garde nationale. Et cette garde nationale a servi dans la résolution de la crise des Gilets jaunes.

 

Les municipales de mars seront-elles bonnes pour la droite?
Je suis plutôt confiant. Depuis 2014, nous avons une génération d’élus locaux de grand talent qui ont fait un très bon travail ; ils ­auront donc de bons résultats. Nous devons sortir de cette dualité dangereuse, lepénisme-­macronisme. Les électeurs doivent savoir qu’il y a une relève, une ­alternance possible pour la droite et le centre autour de LR. Le scrutin municipal doit donc être l’occasion d’un vrai rebond.

Avec ce livre, ne vous installez-vous pas aux avant-postes pour préparer la reconquête de LR?
J’ai énormément appris à la tête de l’AMF, où mon mandat s’achève dans un an. Oui, j’ai des choses à dire. Mais il y a d’autres moyens de les dire que de s’inscrire dans une trajectoire partisane. Un livre, une candidature à une élection locale, par exemple.

Christian Jacob est-il là pour préparer le parti pour votre candidature à la présidentielle?
Christian Jacob est là pour engager le rassemblement et construire les fondations d’une alternance. Personne ne peut parler à ma place. C’est une décision personnelle. Et le jour où j’aurai à faire part d’une décision, je reviendrai vous le dire.

 

Affaire Karachi : Edouard Balladur et François Léotard aussi devant la Cour de justice de la République

Affaire Karachi : Edouard Balladur et François Léotard aussi devant  la Cour de justice de la République

 Comme Sarkozy avec son affaire Pygmalion, Balladur et Léotard auront à rendre des comptes devant la cour de justice de la république dans l’affaire Karachi. Il est vraisemblable que comme la plupart des impliqués passés devant cette cour très spéciale, l’ancien Premier ministre et son ministre de la défense n’auront pas grand-chose à craindre. En cause, évidemment la composition de cette cour de justice de la république qui juge les anciens membres du gouvernement avec la plus extrême bienveillance. Et pour cause la cour de justice de la république se compose d’une quinzaine de membres dont seulement trois magistrats mais 12 élus. Des élus qui ne souhaitent évidemment pas sanctionner durement leurs collègues par réflexe corporatif tout autant peut-être que par crainte d’être un jour aussi impliqués de la même manière.

 

Un ancien Premier ministre et son ministre de la Défense à la barre. Edouard Balladur et François Léotard ont donc été renvoyés en procès devant la Cour de justice de la République (CJR) dans l’affaire Karachi, a indiqué le procureur général près la Cour de cassation mardi 1er octobre.

Les deux hommes sont renvoyés pour « complicités d’abus de biens sociaux » et, pour Edouard Balladur, « recel » de ces délits. Cette affaire concerne un possible financement occulte de la campagne présidentielle de 1995 d’Edouard Balladur, via des rétrocommissions révélées par l’enquête sur l’attentat de Karachi en 2002 au Pakistan.

L’affaire Karachi doit son nom à l’attentat du 8 mai 2002 qui avait fait quinze morts, dont onze employés français de la Direction des chantiers navals (ex-DCN), et blessé douze autres dans la ville pakistanaise. Tous travaillaient à la construction d’un des trois sous-marins Agosta vendus à ce pays, sous le gouvernement Balladur (1993-1995).

Un projet social et environnemental européen» (. François Villeroy de Galhau)

Un projet  social et environnemental européen» (. François Villeroy de Galhau)

 

 

 

Une tribune intéressante dans l’Opinion  du gouverneur de la Banque de France qui prend conscience- un peu tard mais mieux vaut tard que jamais -de la double urgence environnementale et sociale dans le projet européen. Notons cependant que le gouverneur de la Banque de France, membre aussi de la banque centrale européenne, dédouane un peu vite la politique monétaire en justifiant une politique des taux bas qui constitue pourtant une fuite en avant et fera sans doute un jour éclater le système financier.

Tribune

« Au lieu d’écouter les vaines prétentions des roitelets, des sectateurs et des égoïsmes nationaux, la mission de l’Européen est au contraire de toujours insister sur ce qui lie et ce qui unit les peuples » : ces mots de Zweig écrits en 1934 disaient déjà la nécessité d’une véritable ambition européenne. Mais, hélas, rarement l’Europe nous est apparue aussi divisée.

Il y a presque 30 ans, la chute du mur de Berlin insufflait un nouvel élan à la construction européenne. Aujourd’hui en repli, sur la défensive, elle doit pourtant se faire entendre – et d’une seule voix ! – face aux menaces qu’elle rencontre. Elles sont d’abord d’ordre politique (« man-made »), avec les tensions protectionnistes nées aux États-Unis et autour du Brexit. Face au ralentissement économique mondial qu’elles provoquent, c’est d’abord aux dirigeants politiques d’agir, et rétablir la confiance qu’ils ont abîmée. Les politiques monétaires font leur devoir en maintenant des taux bas, mais elles ne peuvent en soigner la cause. Puisque l’Europe a moins de dette publique (81 % du PIB) que les États-Unis (106 %), l’arme de la relance budgétaire, notamment en Allemagne, devrait être davantage utilisée. De plus, l’euro, aujourd’hui à la deuxième place du système monétaire mondial, devrait encore gagner en importance internationale, alors que le dollar reste clé pour la puissance américaine et que la Chine œuvre à l’internationalisation du renminbi…

Public-privé. L’autre grand défi est lié aux puissances technologiques (« tech-made ») qui émergent en dehors des États… jusqu’à les égaler. Face à ces Gafa, notre retard d’investissement est important : en 2015, le stock de capital en technologies de l’information et de la communication de la zone euro représente 7,6 % du PIB contre 10,9 % aux États-Unis. Il faut jouer beaucoup plus résolument l’atout de la taille, et de notre marché unique – le plus important du monde avec 500 millions de consommateurs ! Levons les frontières implicites et la fragmentation qui demeurent. Osons une politique industrielle avec des partenariats publics-privés, comme sur l’intelligence artificielle et les batteries. Et mobilisons mieux nos ressources financières : l’Europe – et ses plus de 300 milliards par an encore disponibles – est le premier réservoir d’épargne privée du monde…

« A la logique de “réparation” des inégalités doit s’ajouter une approche préventive, afin d’augmenter l’égalité des chances pour tous »

Mais il y a plus, et mieux, que la réponse à des menaces. Au risque de la provocation, le bouleversement actuel du monde peut être la chance de l’Europe, si elle ose. Elle peut proposer un modèle social et environnemental, qui au fond la définit et répond aux attentes actuelles des citoyens du monde. La nouvelle Commission, autour d’Ursula Von der Leyen, a les moyens de cette ambition d’un « modèle européen » qui à mes yeux s’articule autour de quatre exigences.

La première est la lutte contre les inégalités. Porté par la redistribution, la protection sociale et un haut niveau de services publics, le modèle européen est moins inégalitaire. Avec la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, il consacre même l’organisation de relations du travail et de rapports de force économique équilibrés entre employeurs et salariés. Mais à cette logique de « réparation » des inégalités (Philippe Aghion, Gilbert Cette, Elie Cohen, Changer de modèle, Odile Jacob, 2014) doit s’ajouter une approche préventive, afin d’augmenter l’égalité des chances pour tous.

La France sudiste. D’où la deuxième exigence, celle de l’autonomie personnelle par l’éducation. Offrir à chaque citoyen les mêmes opportunités de réussite, indépendamment de son origine sociale, c’est les préparer à l’économie de la connaissance et aux ruptures technologiques. Nous, Européens, avons parmi les meilleurs systèmes d’école et de formation professionnelle. En plus d’être plus performants (les compétences des élèves européens sont en moyenne supérieures à ceux des pays de l’OCDE !), nos systèmes éducatifs sont plus démocratiques, notamment grâce à des frais de scolarité plus faibles. Mais à l’évidence, en matière d’éducation, il existe un gros écart nord-sud en Europe, et la France – il faut bien le dire – est « sudiste » et inégalitaire.

« Seul un multilatéralisme efficace, focalisé sur quelques résultats concrets, distinguant l’indépendance des États et la souveraineté réelle sur des sujets clés, saura répondre aux fortes attentes des citoyens européens »

La troisième exigence cimente fortement la jeunesse européenne : notre engagement pour l’environnement et le climat. Ici aussi, l’Europe est en avance et l’Amérique de Donald Trump en retard. Tous les pays européens ont signé l’Accord de Paris de 2015, suivi en 2017 par la création, à l’initiative de la Banque de France, du Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS). Aujourd’hui, ses près de 50 membres travaillent à une meilleure intégration par les banques et assurances des risques liés au changement climatique, et en faveur des financements verts. Une collégialité qui est, enfin, au cœur de la quatrième exigence de notre modèle européen : la refondation du multilatéralisme et de la coopération. Des mots qui ne sont plus trop à la mode actuellement… Mais face aux surenchères nationalistes, portons-les sans faiblir ! Seul un multilatéralisme efficace, focalisé sur quelques résultats concrets, distinguant l’indépendance des États et la souveraineté réelle sur des sujets clés, saura répondre aux fortes attentes des citoyens européens. Le succès de l’euro en est un bel exemple.

Bien sûr, il faut rassurer, associer et convaincre les peuples qui craignent trop souvent que plus d’intégration économique ne menace leur modèle social européen, alors qu’au contraire elle le renforcerait. Mais affirmons beaucoup plus clairement notre engagement sur ces « fondamentaux » communs. « Se fixant de grandes ambitions, l’Europe pourra faire entendre sa voix et défendre des valeurs fortes : la paix, la défense des droits de l’Homme, davantage de solidarité entre les riches et les pauvres » : ces mots de Simone Veil résument un combat qui vaut d’être mené. C’est le nôtre, et je crois surtout que c’est celui de la génération qui vient. »

François Villeroy de Galhau est gouverneur de la Banque de France. Ce texte est issu de son discours prononcé mercredi devant les étudiants de l’école internationale de Sciences po.

 

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