Archive pour le Tag 'BCE'

Clarifier le mandat politique de la BCE

Clarifier le mandat politique de la BCE

 

Huit experts du droit et de la finance européenne demandent, dans une tribune au « Monde », une procédure formelle impliquant le Conseil et le Parlement européen pour spécifier et hiérarchiser les objectifs que la Banque centrale européenne doit atteindre. 

 

Tribune.
La Banque centrale européenne (BCE) est aujourd’hui confrontée à un paradoxe. D’une part, elle n’a pas vraiment atteint son objectif principal de stabilité des prix, puisque l’inflation a été largement inférieure à sa cible de 2 % ces dix dernières années. D’autre part, malgré cet échec, la BCE envisage aujourd’hui de faire davantage que de simplement veiller à la stabilité des prix dans la zone euro. 

Christine Lagarde a ainsi fait naître l’espoir que la BCE mette en place des mesures concrètes contre le changement climatique à l’occasion de l’évaluation de la stratégie de la banque centrale qu’elle a lancé à son arrivée.

 En théorie, les traités européens imposent déjà à la BCE d’atteindre d’autres objectifs que son mandat principal de stabilité des prix. L’article 127 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) stipule ainsi que, sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, la BCE « apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne (TUE) ».

S’adapter au fil du temps aux nouveaux défis

Cette disposition est bien souvent mentionnée par tous ceux qui désirent pousser la BCE à agir dans une direction ou dans une autre. Ainsi, les syndicats souhaitent généralement que la BCE tente d’atteindre le plein emploi avec plus de force, tandis que des ONG demandent à la BCE d’en faire davantage pour lutter contre le changement climatique ou les inégalités.

De fait, l’étendue des objectifs mentionnés à l’article 3 du Traité sur l’Union européenne (TUE) – allant de la sécurité, de l’équité et de la croissance économique à la protection de l’environnement, à l’innovation et à de nombreux autres objectifs louables de l’UE – ouvre la porte à un nombre infini d’objectifs possibles pour la BCE.

 En théorie, cette flexibilité pourrait s’avérer bénéfique, en permettant à la BCE de s’adapter au fil du temps aux nouveaux défis auxquels sont confrontés les Européens. Mais au bout du compte, ce flou conduit plutôt la BCE à l’inaction. En effet, en levant l’ambiguïté et en favorisant explicitement un objectif secondaire particulier, la BCE prendrait le risque d’être perçue comme prenant des décisions politiques, et préfère le plus possible se tenir à l’écart de telles décisions.

La BCE souffre en fait d’un « déficit d’autorisation démocratique »

La négligence de ses objectifs secondaires est alors compréhensible, dès lors qu’on considère que ce mandat ne contient pas d’indications sur la manière dont ces objectifs secondaires doivent être classés et atteints.

La BCE fait semblant d’ignorer l’inflation

La BCE fait semblant d’ignorer l’inflation

 

L’inflation sans la croissance ? Ce pourrait bien être le danger pour l’Europe. La plupart des experts ont affirmé que le risque d’inflation en Europe était inexistant en raison de la volonté de la banque centrale de maintenir une très généreuse distribution de liquidités à taux zéro voire négatif.

Le problème est que l’inflation ne dépend pas uniquement des banques centrales mais aussi de la remontée des coûts de production et à terme des biens de consommation. C’est déjà le cas en matière d’énergie et d’une façon plus générale des matières premières. C’est le cas aussi des produits agricoles. À noter aussi la hausse des taux d’intérêt jusqu’à 1,5 % pour les prêts à 10 ans aux États-Unis.

L’énorme  décalage entre la masse monétaire et la richesse mondiale appellera nécessairement des ajustements qui passeront par l’inflation. Cela d’autant plus que des masses de liquidités viennent nourrir des bulles financières potentielles qui pourraient bien éclater.

La BCE avait fait savoir qu’elle ne resterait pas les bras croisés et agirait pour empêcher une contagion « pas souhaitable » de ces tensions aux taux de la zone euro, selon sa présidente Christine Lagarde.

La banque centrale européenne va continuer sa politique de rachat d’actifs pour permettre aux Etats d’emprunter davantage. Politique monétaire accommodante ne doit pas être remise en question, a souligné Mme Lagarde, car « les perspectives économiques à court terme restent incertaines », compte-tenu de la dynamique de l’épidémie et du déploiement de la vaccination plus lent que prévu.

« Le PIB devrait à nouveau se contracter au cours du premier trimestre de l’année », a prédit Mme Lagarde mais l’institution de Francfort continue de tabler sur un net rebond de l’activité en zone euro sur le reste de l’année pour laisser ses prévisions de croissance quasi-inchangées : 4% en 2021, 4,1% en 2022 et 2,1% en 2023.

L’inflation en zone euro n’est pas encore inquiétante, elle  se limita 0,9 % en janvier et février. Mais le problème pour l’Europe c’est qu’on pourrait cumuler une augmentation des prix avec une croissance maladive contrairement par exemple aux États-Unis ou encore à la Chine

Annulation Dette de la BCE : le risque d’une explosion

Annulation Dette de la BCE : le risque d’une explosion

 

L’ancien banquier Jean-Michel Naulot exprime la crainte, dans une tribune au « Monde », que l’idée d’une annulation de la dette de la Banque centrale européenne sape la confiance dans cette institution.

Tribune. Le débat sur l’annulation des dettes publiques prend de l’ampleur. Une centaine d’économistes, animés par une juste cause, l’écologie et la justice sociale, proposent d’effacer 2 500 milliards d’euros de dettes détenues par la Banque centrale européenne (BCE) et d’investir ce montant dans une relance vertueuse. Leur projet est de restaurer des marges de manœuvre pour investir. Comment une telle proposition ne retiendrait-elle pas l’attention ?

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, y a répondu de manière très claire : « Ce serait une violation du traité européen qui interdit strictement le financement monétaire des Etats. Cette règle constitue l’un des piliers fondamentaux de l’euro » (JDD, 7 février 2021). Cependant, venant d’une dirigeante qui expliquait au moment de la crise de 2010 que « nous avons violé toutes les règles [de l’Union européenne] parce que nous voulions serrer les rangs et sauver réellement la zone euro » (Wall Street Journal, 18 décembre 2010), la réponse risque d’être un peu courte pour dissuader les avocats de l’annulation. Le débat autour de l’annulation de dette va bien au-delà de la problématique des traités.

Pour la BCE, renoncer au remboursement d’une dette dans le cadre d’un accord avec les Etats, ce serait enregistrer une lourde perte, comme n’importe quelle banque qui aurait prêté à un client défaillant. Ce serait faire apparaître au bilan des fonds propres négatifs de plus de 2 000 milliards d’euros, un montant qui ne serait pas vraiment de l’épaisseur du trait – de l’ordre du produit intérieur brut (PIB) de la France.

Quelles en seraient les conséquences ? Personne, absolument personne, ne peut répondre à cette question. Pourquoi ? Parce que cette expérience serait inédite et qu’elle toucherait à l’essentiel, la solidité de l’institution monétaire, donc à la confiance qu’elle inspire. Or, sans la confiance, c’est tout le système économique qui risque de s’effondrer.

 

Contrairement à une idée répandue, l’autorité d’une banque centrale est fragile. Elle ne dispose d’aucun pouvoir relevant de la magie. Elle n’a pas le pouvoir de distribuer de la monnaie comme on distribue des cadeaux. Elle crée de la monnaie comme n’importe quelle banque commerciale. Jusqu’à la crise de 2008, c’étaient même les banques commerciales qui créaient, de très loin, l’essentiel de la monnaie. 

Point absolument capital, la création monétaire, quelle que soit son origine, est toujours effectuée contre une reconnaissance de dette et celle-ci doit être honorée. Lorsque survient une crise, la Banque centrale joue le rôle de prêteur en dernier ressort : elle irrigue le système bancaire en prêtant des liquidités, certes sans limite, mais elle ne fait que prêter.

BCE : pour une approche holistique de la politique monétaire (Lagarde)

BCE : pour une approche holistique de la politique monétaire (Lagarde)

 

 

La BCE tente désespérément de faire une évaluation du coût et des conséquences de l’emprunt. Différents indicateurs permettraient d’en rendre compte mais l’unanimité ne s’est pas faite sur la nature des outils techniques à utiliser.

Le problème est de fixer un cadre notamment au plan de rachat d’obligations. En effet une grande partie de l’endettement des Etats est rachetée par la banque centrale européenne délestant ainsi les Etats d’un lourd handicap et qui peuvent par ailleurs à nouveaux emprunter à des taux proches de zéro suite aux liquidités mises à disposition des banques par la BCE.

Bref pour résumer à outrance, c’est surtout la banque centrale européenne qui supporte actuellement le coût de la crise. La question est de savoir dans quelle proportion acceptable et jusqu’à quand.

Deux questions auxquelles personne ne peut en faite répondre car cela dépend d’une part de l’évolution de la crise sanitaire dans son volume et sa durée, d’autre part de la tenue du système monétaire. Or ce système monétaire pourrait bien être un jour menacé par l’éclatement de nombreuses bulles, le retour de l’inflation et des taux d’intérêt.

Christine Lagarde a soulevé plus de questions que de réponses jeudi, lorsqu’elle a déclaré que la BCE ne se contentait pas d’examiner le marché obligataire mais qu’elle procédait plutôt à une “évaluation holistique” de “multiples indicateurs”, sans en dire plus. En fait,  Christine Lagarde regarde de très près les hypothèses de croissance étant que la reprise n’aura pas réellement lieu en tout cas pas dans les proportions espérées fin 2020, elle sera contrainte de soutenir encore la dette des Etats et leurs nouveaux emprunts.

D’où cette expression très évasive d’évaluation holistique de la situation évoquée par Christine Lagarde qui souhaite une évaluation portant sur une vision globale de la situation monétaire bien sûr mais aussi économique et sociale.

De ce point de vue , des divergences existent sur la question de savoir si l’économie de la zone euro reste confrontée à des “risques baissiers” prédominants, les plus optimistes étant minoritaires, toujours selon les sources.

Certains responsables de la BCE estiment que les écarts de rendements obligataires et les taux des prêts bancaires sont les deux indicateurs les plus pertinents à l’heure actuelle, selon une source. Mais Christine Lagarde semble vouloir observer de manière plus globale la situation

Ces deux éléments ont effectivement été les seuls indicateurs mentionnés par Christine Lagarde au cours de sa conférence de presse, ce qui n’a pas suffi à rassurer les investisseurs, le “spread” entre rendements italiens et allemands se creusant.

BCE : en creux l’attente d’une deuxième vague et le renoncement à la croissance

BCE : en creux l’attente d’une deuxième vague et le renoncement à la croissance

Pour l’instant ,la BCE n’a pas changé sa politique monétaire de soutien à l’économie, elle s’apprêterait plutôt à la prolonger. La vérité c’est que la banque centrale européenne est dans une position d’attente persuadée qu’elle est que l’Europe comme d’autres régions du monde ne pourra échapper à une très forte nouvelle vague du Coronavirus. Une nouvelle vague en outre accélérée du fait de l’émergence de différents variants.

Sans doute la BCE va-t-elle encore attendre environ un mois pour constater les dégâts nouveaux de la pandémie qui devrait être assez catastrophiques d’ici début mars. À ce moment-là ,la banque centrale européenne pourrait prendre de nouvelles mesures d’accommodements pour soutenir une activité dont maintenant la croissance en 2021 est fortement mise en question.

 

Au cours dune  conférence de presse, Christine Lagarde a surtout évoqué les risques “à la baisse” entourant les perspectives économiques de la zone euro, une formulation qui signifie que la BCE juge l’hypothèse d’un assouplissement accru de sa politique plus probable que celle d’un resserrement. Mais elle a précisé que ces risques avaient commencé à refluer, en particulier grâce à l’accord entre Bruxelles et Londres sur l’après-Brexit.

“Les nouvelles concernant les perspectives de l’économie mondiale, l’accord sur les futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni et le début des campagnes de vaccination sont encourageantes”, a-t-elle dit. “Mais la poursuite de la pandémie et ses implications sur les conditions économiques et financières restent de sources de risques à la baisse.” Ces préoccupations de court terme ne devraient toutefois pas remettre en cause les perspectives d’amélioration à plus long terme, a-t-elle expliqué. Le problème étend de savoir ce qu’on entend par long terme ? Sans doute maintenant pas avant 2022.

“Une fois que l’impact de la pandémie se dissipera, la reprise de la demande, soutenue par des politiques budgétaires et monétaires accommodantes, exercera une pression à la hausse sur l’inflation à moyen terme”, a-t-elle dit.

Elle a en outre rappelé que le programme d’achats d’obligations PEPP, lancé en mars dernier, pouvait encore mobiliser quelque 1.000 milliards d’euros en cas de besoin. La BCE répète toutefois qu’elle pourrait ne pas utiliser la totalité de cette enveloppe, augmentée de 500 milliards en décembre pour rassurer les marchés. “Si des conditions de financement favorables peuvent être maintenues avec des flux d’achats d’actifs qui n’épuisent pas l’enveloppe sur l’horizon d’achats du PEPP, l’enveloppe n’aura pas besoin d’être utilisée en totalité”, a expliqué Christine Lagarde.

Le taux de refinancement de la BCE reste fixé à zéro, celui de la facilité de dépôt à -0,5% et celui de la facilité de prêt marginal à 0,25%.

Perspectives économiques : la BCE maintient son optimisme excessif

Perspectives économiques : la BCE maintient son optimisme excessif

 

 

Difficile pour la Banque centrale européenne d’être à la fois crédible économiquement et d’entretenir en même temps le climat des affaires. La Banque centrale a décidé de ne pas modifier ses perspectives de croissance en 2021.

Pourtant, les institutions internationales de prévisions prévoient à peine 3 % d’augmentation de la croissance en 2021, soit un point de moins que précédemment. On est loin du niveau de fin 2019 et à ce rythme, il faudra plusieurs années pour retrouver une activité au volume équivalent à celui d’avant la crise sanitaire. « Ce qui serait un motif d’inquiétude, ce serait qu’après la fin mars, ces Etats membres aient encore besoin de mesures de confinement et que, par exemple, les programmes de vaccination avancent au ralenti », a expliqué Christine Lagarde.

Plusieurs économistes indépendants ont déjà revu à la baisse leurs prévisions de croissance; Bank of America n’attend ainsi plus que 2,9% de rebond du PIB de la zone euro, soit un point de moins qu’auparavant.

Christine Lagarde a réaffirmé qu’en cas de besoin, la BCE pourrait encore augmenter son programme de rachats de titres sur le marché lancé en mars dernier, le PEPP (programme d’achats d’urgence face la pandémie), dont le montant a été porté le mois dernier à 1.850 milliards d’euros et la durée prolongée jusqu’en mars 2022.

Mais elle a aussi évoqué l’hypothèse que cette enveloppe ne soit pas utilisée en totalité.

BCE : l’argent magique aussi pour l’environnement ?

BCE : l’argent magique aussi pour l’environnement ?

 Un papier du Monde suggère que la BCE pourrait aussi utiliser l’argent magique pour traiter la problématique environnementale

 

 

Analyse. 

 

Le temps d’une pandémie, l’arbre à argent magique est apparu. Depuis le déferlement du Covid-19 en Europe, la Banque centrale européenne (BCE) a débloqué une enveloppe de 2 500 milliards d’euros, à dépenser sur deux ans jusqu’en mars 2022. Cet argent, créé ex nihilo, a permis aux Etats de s’endetter à taux d’intérêt nul, voire négatif, payant ainsi indirectement le chômage partiel et les plans de soutien sectoriels. Ces mesures, inimaginables il y a un an, sont devenues possibles face à l’urgence.

Et si le même tour de passe-passe monétaire pouvait s’appliquer au changement climatique ? Après tout, l’urgence est tout aussi réelle. Dans une récente note pour l’Institut Veblen, l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran appelle de ses vœux une telle « monétisation des dépenses publiques nécessaires à la transition écologique », en permettant à la BCE de les financer « sans contrepartie ».

Elle reconnaît immédiatement qu’une telle option est interdite en l’état actuel des traités européens, qui bannissent le « financement monétaire ». De toute façon, à l’heure actuelle, peu d’économistes soutiennent une telle approche radicale. Mais, en attendant ce mouvement « vert vif », Mme Couppey-Soubeyran propose une série de mesures « vert clair », qui mettraient la BCE à contribution dans la lutte contre le changement climatique.

Or, sur ces points, les lignes sont en train de bouger au sein de l’institution de Francfort. Christine Lagarde, sa présidente, pousse pour faire du changement climatique un vrai critère d’action de son institution. « Face à ce qui est le risque majeur du XXIe siècle, tout le monde doit se mobiliser », déclarait-elle au Monde en octobre.

Mme Lagarde mène actuellement une grande revue stratégique de la BCE, dont les conclusions seront rendues à l’automne. Au sein des instances dirigeantes, des discussions sur la question climatique sont prévues au premier trimestre.

« Légitimité démocratique »

Que peut faire la BCE ? Depuis la crise de la zone euro, l’institution est devenue la clé de voûte de l’économie. Pour faire baisser les taux d’intérêt, elle achète par milliers de milliards d’euros des dettes sur les marchés financiers. Dans leur immense majorité, il s’agit de dettes publiques des Etats européens.

Reste cependant à savoir si la machine à billets  pourra tenir longtemps avant une déstabilisation par l’inflation voire un séisme du système financier (NDLR)

Verdir la politique monétaire de la BCE ?

Verdir la politique monétaire de la BCE ?

Un article intéressant dans la Tribune de Jézabel Couppey-Soubeyran, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne  sur la problématique environnementale de la banque centrale européenne. Mais pour l’instant, force est de constater que l’action de la banque centrale européenne a consisté à racheter des actifs (dettes des pays notamment) et à assurer des liquidités aux banques sans tenir compte de la préoccupation écologique. Il existe des réticences idéologiques mais aussi techniques

Tribune.

 

 

D’ici juin 2021, la Banque centrale européenne (BCE) rendra les décisions de sa révision stratégique. Elle devrait alors annoncer des mesures de réorientation de son cadre de politique monétaire. La soutenabilité environnementale en fera partie. L’heure des décisions approche ; la BCE saura-t-elle, pour aider à parer à la crise climatique, se montrer aussi réactive et flexible que face à la crise sanitaire actuelle ? Au-delà des discours prononcés ces derniers mois, notamment par la directrice générale Christine Lagarde, qui laissent entendre que la BCE va verdir son action, les décisions iront-elles au-delà de tout petits pas ?

Le risque climatique est depuis quelques années dans le viseur des banques centrales, sous l’angle des risques financiers qu’il induit. Depuis 2015, banques centrales et superviseurs ont constitué un réseau (NGFS) dans lequel sont réalisés des travaux pour en guider l’estimation. Si l’approche est louable, elle comporte cependant un risque d’enlisement dans des travaux débouchant au mieux sur des instruments d’alerte tels que les stress tests climatiques.

Dans deux notes publiées le 2 décembre dernier dans un dossier intitulé « La BCE à l’heure des décisions », le think tank Institut Veblen pointe les sources du blocage et appelle la BCE à affirmer un « quoi qu’il en coûte » climatique, en montrant toute une panoplie de mesures monétaires qui pourraient être adoptées dans ce sens. Certaines exigent une modification des statuts de la BCE, mais d’autres peuvent être adoptées dès aujourd’hui.

Il faut d’abord noter que le mandat de la BCE ne lui interdit pas d’orienter sa politique monétaire vers l’atténuation du risque climatique, bien au contraire. L’article 127 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne fait attendre du Système européen de banques centrales (le SEBC, composé de la BCE et des 27 banques centrales nationales) qu’il « apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, dès lors que cela ne porte pas préjudice à l’objectif de stabilité des prix ».

Or, l’objectif de l’UE est d’atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050. En vertu de son mandat, la BCE devrait donc contribuer à cet objectif. Le fait-elle ? Pour le moment, elle n’a pas adopté de démarche active de contribution à la transition écologique. Les représentants de la BCE ont souvent invoqué leur doctrine de « neutralité monétaire » pour justifier de ne pas privilégier certains actifs (en l’occurrence, les plus « verts ») ou de ne pas en exclure dans les programmes d’achats d’actifs ou encore dans les collatéraux acceptés en garanties dans les opérations de refinancement des banques.

Cette justification sonne de plus en plus comme un mauvais prétexte, dans la mesure où, depuis la gestion de crise financière, et plus encore depuis la crise sanitaire, les actifs souverains sont bel et bien privilégiés dans les programmes d’achats d’actifs, ce qui ne permet plus de parler d’approche non sélective.

De plus, l’ampleur des programmes d’achats d’actifs que la BCE a commencé à mener en 2015, dans le cadre de sa politique monétaire non conventionnelle, pour gérer les conséquences de la crise financière de 2007-2008, puis à intensifier, à l’instar des autres grandes banques centrales, pour faire face à la crise sanitaire à partir de mars 2020, l’ont transformé en une véritable teneur du marché, voire même en faiseur de marché (« market maker »).

À fin novembre 2020, les 3 800 milliards d’euros de titres détenus dans le cadre de ces programmes de la BCE en faisaient un très gros investisseur, avec un portefeuille plus de deux fois supérieur à celui du GPIF japonais qui est le plus gros fonds de pension au monde ! Avec un tel poids, la BCE ne va plus pouvoir très longtemps ignorer les principes de la responsabilité environnementale.

Comment s’inquiéter d’un côté que les banques européennes continuent de financer les secteurs et projets les plus intensifs en émission des gaz à effets de serre par les banques européennes, et continuer de présenter elle-même un portefeuille trop carboné ? Sa conversion en la matière aurait une importante valeur de signal et contribuerait à l’alignement des flux financiers sur une trajectoire plus compatible avec les objectifs climatiques et environnementaux de l’Union.

À l’inverse, quand la BCE effectue ses achats d’actifs publics et privés sur les marchés obligataires en restant totalement aveugle à leur empreinte carbone, ses achats bénéficient fatalement plus à des entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre, ou du secteur des énergies fossiles, qu’à celles qui le sont moins. En ne rectifiant pas le tir, la BCE retardera l’objectif de neutralité climatique de l’Union.

C’est donc en ne s’engageant pas plus avant dans une action d’atténuation du risque climatique que la BCE enfreindrait son mandat. Sans compter qu’une crise climatique produirait inévitablement une instabilité monétaire, économique, et financière potentiellement irrémédiable.

Sous un angle ou sous un autre, la soutenabilité environnementale constitue donc bien un objectif pour la BCE. L’existence implicite de cet objectif dans l’article 127 n’ayant toutefois pas suffi pour que l’institution contribue activement à la transition écologique, sans doute faudra-t-il l’expliciter. Confier un rôle à la BCE dans le pacte vert de l’Union européenne (Green deal) ou inscrire formellement la notion de soutenabilité environnementale dans l’article 127 favoriserait l’orientation de la politique monétaire vers la transition écologique. Cela n’amenderait que très à la marge son cadre institutionnel.

Quoi qu’il en soit, il existe un assez large nuancier d’options opérationnelles possibles pour « verdir » la politique monétaire :

  • Tout un ensemble d’options « vert clair », consistant, par exemple, à verdir les refinancements en y intégrant un surcoût climatique (MRO vert), en faisant en sorte que les collatéraux acceptés soient alignés sur des trajectoires suffisamment bas carbone (collatéraux verts), en conditionnant les refinancement des banques à l’encours de financements verts qu’elles octroient (TLTRO verts), ou à verdir les achats de titres privés (QE vert responsable). Toutes ces options sont réalisables dans le cadre institutionnel actuel ou restent fidèles à son esprit. Elles ont en commun de ne pas impliquer directement la banque centrale dans le financement de la transition écologique et, de ce fait, lui feraient exercer un rôle certes plus actif qu’actuellement mais limité.
  • La plus vive des options « vert clair » serait un programme d’achats d’actifs publics émis pour financer des investissements climats, la seule dans ce premier ensemble à « faciliter » l’investissement public dans la transition, sans cependant le financer directement.
  • Une autre option, celle « vert vif », consisterait à monétiser des dépenses publiques nécessaires à la transition écologique. La banque centrale participerait alors directement au financement de la transition écologique. Son pouvoir de création monétaire serait mis au service de la collectivité et permettrait de réaliser les investissements dont le rendement insuffisant ou à trop long terme rend inenvisageable un financement privé. C’est l’option qui combinerait le mieux politique monétaire, politique budgétaire et politique prudentielle dans un policy-mix vert. Seule cette option assurerait, en effet, un financement qui préserverait les finances publiques et, parce qu’il n’alimenterait pas la dette, préserverait aussi la stabilité financière, dans le même sens que la politique prudentielle. Mais c’est aussi l’option exigeant le plus de changements sur le plan institutionnel, donc forcément celle qui suscitera le plus d’oppositions.

Pour avancer vers le « vert vif », il faudra probablement passer d’abord par les nuances du « vert clair », moins pour des raisons de fond qu’au vu des blocages institutionnels et politiques qui ne sont pas aisés à lever. Toutes ces options ne sont en tout cas pas exclusives les unes des autres. Même si face à l’urgence écologique, les petits pas ne suffiront pas.

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Par Jézabel Couppey-Soubeyran, Maître de conférences en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Wojtek Kalinowski, sociologue et directeur de l’Institut Veblen, a co-rédigé cet article.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Dividendes banques : positions contradictoires de la BCE

Dividendes banques : positions contradictoires de la BCE

 

Les pays de la zone euro, en pleine deuxième vague épidémique, s’attendent à une augmentation des impayés dans les prochains mois à mesure que des mécanismes étatiques de soutien aux entreprises et aux foyers seront abandonnés. Du coup,  les banques risquent d’être affrontées à une montagne d’actifs pourris. Ce qui a justifié récemment une aide de la BCE aux banques en difficulté.

Mais contrairement aux recommandations précédentes, la BCE autorise maintenant l’augmentation des dividendes avec des indications prudentes mais peu contraignantes.

Dividendes et rachats d’actions devront rester inférieurs à 15% des bénéfices cumulés sur les exercices 2019 et 2020 et/ou ne devront pas représenter plus de 20 points de base du ratio de fonds propres CET1 (Common Equity Tier 1) – la limite la plus basse s’imposera.

Ces nouvelles mesures s’appliqueront jusqu’en septembre 2021.

« En révisant sa recommandation, la BCE reconnaît une réduction de l’incertitude dans les projections macroéconomiques », écrit la Banque centrale. « Cette recommandation révisée vise à préserver la capacité des banques à absorber des pertes et à prêter pour soutenir l’économie. »

La BCE projette une reprise de 3,9% du PIB de la zone euro l’année prochaine, en décélération par rapport aux 5% de ses précédentes estimations, en septembre, mais plus soutenue en 2022 (+4,2% contre 3,2% précédemment).

La BCE augmente ses achats de 500 milliards pour soutenir les banques

La BCE augmente ses achats de 500 milliards pour soutenir les banques

La banque centrale européenne a décidé d’être encore plus accommodante en augmentant le volume d’achat d’actifs. Il s’agit notamment de soutenir les Etats . Les banques qui vont être affectées par la perspective d’une contraction de la croissance au quatrième trimestre seront également davantage soutenues. Cette baisse de croissance devrait accroître encore les difficultés des entreprises à rembourser leurs prêts. Du coup,  le volume d’actifs douteux pourrait progresser dans le bilan des banques..

Son Conseil des gouverneurs a augmenté de 500 milliards d’euros, à 1.850 milliards, l’enveloppe du programme d’achats d’urgence face la pandémie, le PEPP, devenu depuis mars le principal instrument de sa politique visant à faire baisser les coûts de financement des Etats et des entreprises. La durée du PEPP est en outre prolongée de neuf mois, jusqu’à mars 2022.

Le PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme ou Programme de rachat d’urgence face à la pandémie – PRUP) désigne le QE « exceptionnel » de la BCE. Ce nouvel outil vient s’ajouter au QE « traditionnel » qu’est le programme d’achat de titres du secteur public (PSPP – Public Sector Purchase Programme) .

“L’incertitude reste forte, notamment en ce qui concerne la dynamique de la pandémie et le calendrier du déploiement des vaccins”, explique l’institution dans un communiqué. “Nous continuerons également de surveiller les évolutions du cours de change en lien avec leurs implications éventuelles pour les perspectives de stabilité des prix à moyen terme.”

La BCE a également annoncé que les conditions très favorables de ses opérations de refinancement à plus long terme ciblées (TLTRO), destinées à alimenter les banques en liquidités, s’appliqueraient pendant une année supplémentaire, soit jusqu’en juin 2022.

Comme attendu, le taux de refinancement de la BCE reste fixé à zéro, son plus bas niveau historique, le taux de la facilité de dépôt à -0,5% et celui de la facilité de prêt marginal à 0,25%.

La politique monétaire pourrait s’inscrire dans la même stratégie tant que l’inflation n’aura pas atteint 2 %.

Achats de dettes par la BCE: « hypocrisie nécessaire ? »

Achats de dettes par la BCE:  « hypocrisie nécessaire ? »

 

La Banque centrale européenne a acheté près des trois-quarts des dettes émises par les gouvernements pendant la pandémie, observe Eric Albert, correspondant au « Monde » à Londres. Mais officiellement, il ne s’agit pas de financement monétaire.

 

L’auteur convient quand même que l’hypothèse d’une crise financière n’est pas à exclure avec la remontée de l’inflation qui se produira un jour ou l’autre. Un sujet qu’on pousse actuellement sous le tapis avec la poussière ! (NDLR)

 

Chronique.

 

La Banque centrale européenne (BCE) a été, une fois de plus, la clé de voûte de l’économie depuis le début de la pandémie. En annonçant un programme d’achat de dettes à hauteur de presque 1 500 milliards d’euros, l’institution de Francfort a agi de façon déterminée et nécessaire. A sa prochaine réunion le 10 décembre, elle devrait encore élargir cette enveloppe, sans doute de 500 milliards d’euros supplémentaires.

Cette intervention a calmé la tempête sur les marchés financiers au printemps, puis a permis aux Etats de s’endetter à bas coût. Aujourd’hui, et c’est sidérant quand on pense aux sommes gigantesques émises par les gouvernements, la France se finance à un taux d’intérêt à dix ans de − 0,3 %, l’Allemagne à − 0,6 %, l’Espagne et le Portugal sont juste au-dessus de 0 %, et l’Italie à 0,6 %.

Soyons clair, c’est une excellente chose. Sinon, jamais il n’aurait été possible de financer le chômage partiel et les nombreuses mesures d’urgence. Un chiffre résume le rôle essentiel de la BCE : elle a acheté près des trois quarts des dettes émises par les Etats de la zone euro depuis le début de la crise. C’est la définition même de l’expression « faire tourner la planche à billets ». Les pays européens – c’est vrai aussi au Japon, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis – sont financés par leur banque centrale. Les économistes appellent ça du « financement monétaire ».

Mais, attention, jamais la BCE ne reconnaîtra s’adonner à un tel exercice, car le financement monétaire est interdit par les traités européens. L’article 123 du traité de Lisbonne est explicite : « L’acquisition directe (…) par la Banque centrale européenne (…) des instruments de [la] dette [des Etats] est également interdite. »

Pour faire semblant de suivre les règles, la BCE utilise deux stratagèmes. D’abord, elle n’achète pas les obligations directement auprès des Etats, mais uniquement sur le marché secondaire, auprès des investisseurs privés. Dans un jugement très important, la Cour de justice de l’Union européenne avait estimé en 2018 que cette action était légale.

Par ailleurs, pour expliquer son intervention, la BCE se retranche derrière son mandat officiel, qui est de conserver l’inflation juste en dessous de 2 %. Celle-ci est aujourd’hui négative. Christine Lagarde explique donc que les achats de dette sont destinés à faire remonter l’inflation.

Tout cela relève d’une jolie hypocrisie, nécessaire pour pouvoir agir. Celle-ci peut, dans les conditions actuelles, continuer longtemps. Mais si l’inflation revenait ? « On serait mal », résume Eric Dor, directeur des études économiques à l’école de commerce Ieseg. Il serait difficile pour la BCE de continuer à acheter des dettes par milliards.

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Economie européenne: dans le rouge jusqu’en 2023 (BCE)

 Economie européenne: dans le rouge jusqu’en 2023 (BCE)

« Le PIB européen ne retrouvera pas son niveau de 2019 avant l’automne 2022″ , déclare le chef économiste de la banque centrale européenne (BCE), Philip Lane. Traduction: il faudra attendre 2023 au moins pour retrouver le niveau de 2019.

L’union économique et nombre d’autres zones dans le monde ont été contraintes de revoir leurs prévisions du fait notamment de la deuxième vague sanitaire. Pour l’Europe,  le décrochage par rapport à 2019 de l’ordre de7 à 8 % en 2020. Pour 2021,  on a revu à la baisse les projections. Au mieux,  on atteindra une croissance de 5 %. En 2023, on aura du mal à retrouver le niveau de fin 2019. Cela en raison bien sûre de la propagation du virus et de ses conséquences économiques mais aussi et peut-être surtout en raison de modifications tant du processus de production que du mode de consommation. À cela il faudrait ajouter l’impact considérable des nouvelles technologies qui ont aussi des conséquences considérables sur ces processus de production et de consommation.

«Ce que nous regardons de près, c’est la circulation du virus, qui contraint inévitablement les comportements des consommateurs, davantage que les mesures de confinement elles-mêmes (…). La question est de savoir combien de temps cela va durer», analyse l’économiste irlandais, dans un entretien aux Echos. «Ce qui semble certain, en revanche, c’est que les dernières semaines de 2020 ne verront pas d’amélioration», ajoute-t-il.

Pour lui, «tant que le vaccin n’est pas massivement distribué, nous resterons dans une période d’incertitude. Le vaccin apporte surtout une perspective pour la fin de l’année prochaine et pour 2022, pas pour les six prochains mois». Selon lui, «le PIB ne retrouvera pas le niveau de 2019 avant l’automne 2022. Il y aura des effets de long terme, par exemple sur la confiance et l’épargne, sur le retour au travail. Malgré le vaccin, il y aura des dommages durables. L’économie européenne sortira de cette crise durablement affaiblie», dit-il encore.

BCE: de nouvelles mesures pour l’économie

BCE: de nouvelles mesures pour l’économie

La  banque centrale européenne prépare sans doute les esprits à une politique encore plus accommodante qui passerait notamment par un accroissement du volume d’actifs ou un prolongement de la maturité des emprunts. Bref, il s’agirait de créer encore davantage de liquidités. La BCE constate en effet que la reprise espérée au cours de l’été est loin d’être au rendez-vous du quatrième trimestre. Pire, la récession devrait affecter l’union européenne au quatrième trimestre.

Les très mauvais résultats pourraient créer une dynamique très négative avec une longue liste de plans de licenciement, de perte de l’emploi et de dégradation consécutive des comptes sociaux. Une situation de nature à peser sur le moral des consommateurs qui constituent dans nombre de pays le moteur de la croissance. Bref le contraire du cercle vertueux.-

Les membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) se sont donc accordés lors de leur réunion de fin octobre sur le constat qu’ils ne pouvaient pas s’autoriser la moindre complaisance face à la deuxième vague de la pandémie de coronavirus, préparant ainsi le terrain à de nouvelles mesures de soutien, montre le compte rendu publié jeudi.

La BCE avait déçu les marchés en mars pendant la première vague pandémique, les investisseurs jugeant trop timide sa réaction initiale à la crise.

“Tout signe de complaisance, même par inadvertance, pourrait être nuisible dans les circonstances actuelles”, explique le compte rendu des débats. “Des risques nets sur la croissance du PIB ont émergé pour le quatrième trimestre.”

La BCE a laissé sa politique monétaire inchangée le 29 octobre tout en ouvrant la voie à de nouvelles mesures de soutien au crédit et à l’économie en décembre.

Une économie européenne dans le rouge jusqu’en 2023 (BCE)

Une économie européenne dans le rouge jusqu’en 2023 (BCE)

« Le PIB européen ne retrouvera pas son niveau de 2019 avant l’automne 2022″ , déclare le chef économiste de la banque centrale européenne (BCE), Philip Lane. Traduction: il faudra attendre 2023 au moins pour retrouver le niveau de 2019.

L’union économique et nombre d’autres zones dans le monde ont été contraintes de revoir leurs prévisions du fait notamment de la deuxième vague sanitaire. Pour l’Europe,  le décrochage par rapport à 2019 de l’ordre de7 à 8 % en 2020. Pour 2021,  on a revu à la baisse les projections. Au mieux,  on atteindra une croissance de 5 %. En 2023, on aura du mal à retrouver le niveau de fin 2019. Cela en raison bien sûre de la propagation du virus et de ses conséquences économiques mais aussi et peut-être surtout en raison de modifications tant du processus de production que du mode de consommation. À cela il faudrait ajouter l’impact considérable des nouvelles technologies qui ont aussi des conséquences considérables sur ces processus de production et de consommation.

«Ce que nous regardons de près, c’est la circulation du virus, qui contraint inévitablement les comportements des consommateurs, davantage que les mesures de confinement elles-mêmes (…). La question est de savoir combien de temps cela va durer», analyse l’économiste irlandais, dans un entretien aux Echos. «Ce qui semble certain, en revanche, c’est que les dernières semaines de 2020 ne verront pas d’amélioration», ajoute-t-il.

Pour lui, «tant que le vaccin n’est pas massivement distribué, nous resterons dans une période d’incertitude. Le vaccin apporte surtout une perspective pour la fin de l’année prochaine et pour 2022, pas pour les six prochains mois». Selon lui, «le PIB ne retrouvera pas le niveau de 2019 avant l’automne 2022. Il y aura des effets de long terme, par exemple sur la confiance et l’épargne, sur le retour au travail. Malgré le vaccin, il y aura des dommages durables. L’économie européenne sortira de cette crise durablement affaiblie», dit-il encore.

BCE : augmentation du programme d’achat d’obligations ?

BCE : augmentation du programme d’achat d’obligations ?

La BCE et Christine Lagarde en particulier préparent  l’opinion à une politique encore plus accommodante passant notamment par une augmentation du programme de rachat d’obligations. En fait ,un transfert de la dette  d’État sur la banque centrale. À juste titre, Christine Lagarde a attiré l’attention sur l’excès d’euphorie suite à l’annonce d’un possible vaccin très rapidement. De fait, ce vaccin ne sera pas aussi opérationnel qu’espéré et au mieux il ne pourra avoir d’effet qu’à partir du second semestre 2021. D’ici là, la conjoncture économique européenne aura du mal à ce redresser. Il faudra sans doute encaisser des vagues de faillite et de chômage.

La mission de la BCE consiste à maintenir les coûts de financement des ménages, des entreprises et des Etats suffisamment bas tout en soutenant le secteur bancaire afin d’éviter un assèchement du crédit, a donc  expliqué en mettant en avant le programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP) et les opérations de refinancement à plus long terme ciblées (plus connues sous l’acronyme TLTRO).

“Si toutes les options sont sur la table, le PEPP et les TLTRO ont prouvé leur efficacité dans le contexte actuel et peuvent être ajustés de manière dynamique pour réagir à l’évolution de la pandémie”, a-t-elle dit.

“Ils resteront donc probablement les principaux instruments d’ajustement de notre politique monétaire.”

Ses propos confirment les informations obtenues par Reuters de plusieurs sources depuis la réunion de politique monétaire du 10 octobre.

Christine Lagarde a aussi insisté sur l’importance de “la durée du soutien de la politique monétaire” afin d’assurer que tous les pans de l’économie puissent compter sur le maintien de conditions de financement “exceptionnellement favorables”, des propos qui suggère que le PEPP et les TLTRO pourraient être prolongés.

Sur les marchés, le rendement du Bund allemand à dix ans, référence pour les marchés obligataires de la zone euro, et la monnaie unique ont amplifié leur recul après ces propos, l’euro revenant autour de 1,1750 dollar.

Dans son discours, la présidente de la BCE a mis en garde contre un optimisme excessif lié à la perspective d’un vaccin contre le COVID-19, deux jours après les annonces spectaculaires de Pfizer et BioNTech sur l’efficacité de leur candidat vaccin.

“Si les dernières informations en date sur un vaccin semblent encourageantes, nous pouvons encore connaître des cycles récurrents d’accélération virale et de durcissement des restrictions jusqu’à ce qu’une large immunité soit atteinte”, a-t-elle dit.

Christine Lagarde s’exprimait à l’occasion de l’ouverture du Forum des banques centrales organisé par la BCE, qui se tient en ligne cette année à cause de la pandémie.

BCE: une inflation pour quoi faire ?

BCE: une inflation pour quoi faire ?

Il est pour le moins curieux qu’un des membres du conseil des gouverneurs de la BCE, Olli Rehn, propose que la Banque centrale européenne laisse filer l’inflation comme l’envisage la Fed. Il conviendrait pour le moins d’expliquer cette stratégie, ce qu’ évite de faire cet responsable politique qui a occupé à peu près tous les postes en Finlande et en Europe.

L’inflation peut en effet être spontanée et découler tout simplement d’un déséquilibre de l’offre par rapport à la demande. Aujourd’hui inflation est proche de zéro alors que l’objectif de la banque centrale européenne vise toujours 2 %. Pour inverser la tendance, il faudrait déverser des milliards supplémentaires, sans doute des centaines voire des milliers, ce qui inévitablement provoquerait une dévalorisation de la monnaie est une réaction en hausse des prix. Ce qui se produira sans doute naturellement un jour quand l’économie repartira.

Il n’y aura pas d’autres manières de faire face à l’énorme montagne de dettes. Les victimes seront évidemment les épargnants et les consommateurs. On voit que le brillant économiste n’a exercé ses fonctions que dans l’université et la politique car il mesure mal les bulles que cela pourrait faire éclater.

Ce que propose intéressé, c’est un processus de dévalorisation de la monnaie en accroissant encore l’écart entre la masse monétaire et la richesse réelle. Bref, créer un choc monétaire pour amortir la dette quitte à menacer le système financier.

Des propos qui caractérisent le trouble de certains responsables au plus haut niveau qui semblent vraiment désarmés devant la nature et l’ampleur de la crise.

La Fed a dévoilé fin août une nouvelle stratégie visant à autoriser l’inflation à dépasser par périodes son objectif de 2% afin de soutenir l’emploi, en particulier celui des salariés aux revenus les plus faibles.

Les réalités économiques qui ont guidé la Fed s’appliquent également à l’Europe et le fait qu’un chômage bas ne s’accompagne plus d’une accélération de l’inflation devrait inciter la BCE à imiter la banque centrale américaine, selon Olli Rehn.

“Si tel est le cas, du point de vue du bien-être économique et social, cela fait du sens d’accepter une certaine période (d’inflation) au-dessus de la cible en prenant en compte l’historique en dessous de la cible”, a dit le gouverneur de la Banque de Finlande.

Olli Rehn est l’un des premiers responsables de la BCE à évoquer aussi clairement les implications sociales de la politique de l’institution, dont le mandat se borne à assurer la stabilité des prix tandis que celui de la Fed inclut également un objectif de plein emploi.

Il s’éloigne ainsi de l’un des principes guidant la politique monétaire moderne selon lequel l’inflation accélère quand le chômage chute et les banques centrales doivent éviter toute surchauffe du marché de l’emploi.

Ce principe est désormais remis en cause, notamment dans la zone euro, qui a créé environ 10 millions d’emplois dans les sept années précédant la crise du coronavirus, ce qui n’a pas empêché l’inflation de rester largement en dessous de l’objectif de la BCE d’une hausse des prix légèrement inférieure à 2% par an, en dépit de mesures de stimulation massives.

La BCE devrait étudier les mérites d’une compensation des périodes d’inflation inférieure à l’objectif par des périodes de surinflation, autrement dit d’un objectif d’inflation moyenne, à l’image de ce que vient de décider la Fed, a précisé Olli Rehn. Il y a cependant une différence de taille entre le dollar et l’euro à savoir que la monnaie américaine est aussi la monnaie d’échange international de référence, ce que n’est pas l’euro beaucoup plus sensible aux évolutions conjoncturelles, bref plus fragile.

“Viser un objectif de prix comme le suggère Ben Bernanke (un ancien président de la Fed, ndlr) ou viser une inflation moyenne est sujet à la critique du point de vue de la communication mais mérite d’être exploré en profondeur dans ce contexte”, a-t-il dit.

Dans le cadre de la nouvelle stratégie qu’elle est en train d’élaborer, la BCE devrait se fixer un objectif d’inflation fixe qui pourrait être dépassé temporairement et renoncer à la formule actuelle qui définit comme objectif une inflation “inférieure à mais proche de” 2% sur un an, a-t-il ajouté.

La BCE s’est engagée, sous la présidence de Christine Lagarde, dans une revue de sa stratégie qui pourrait conduire à une reformulation de ses objectifs à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine

Crise économique : attention à une rupture brutale de l’aide publique (BCE)

Crise économique : attention à une rupture brutale de l’aide publique (BCE)

 

À juste titre, la présidente de la BCE craint les conséquences brutales et dramatiques d’un arrêt des aides publiques consenties par les Etats pour mettre l’économie sous oxygène pendant la crise sanitaire. La plupart de ces mesures devraient en effet s’arrêter à la fin de l’année.

Il est évident que compte tenu de la propagation du virus et de l’absence corrélative d’une véritable reprise, les aides devraient être prolongées en 2021 pour éviter un véritable cataclysme en matière de faillite et l’emploi. La transition en douceur s’impose donc estime Christine Lagarde. «Ma première préoccupation à ce stade est que la conduite des politiques permette d’éviter l’effet de falaise», c’est-à-dire «le fait que certaines des politiques mises en place pendant la pandémie (…) soient arrêtées brutalement», a déclaré Mme Lagarde lors d’une intervention dans le cadre d’une conférence organisée par le FMI.

«Nous espérons que les décideurs comprendront et agiront de sorte que ces soutiens soient prolongés pendant un certain temps, pour que la reprise s’installe, et même si la pandémie s’éteint progressivement», a-t-elle souhaité.

Croissance : tassement en Europe et en France (BCE)

Croissance : tassement en Europe et en France (BCE)

“Les indicateurs suggèrent que (l’économie, ndlr) est en train de perdre de son élan”, a  dit dans un entretien réalisé par l’Institute for International Finance (IIF) le vice-président de la BCE, Luis de Guindos

“Notre réaction sera cohérente avec l’évolution de la situation”, a-t-il ajouté. “Nous aurons de nouvelles prévisions en décembre et nous évaluerons de quelle manière les mesures sont adaptées aux nouvelles prévisions mais nous n’avons pas de date concrète (…) et nous faisons cela en continu”, a-t-il expliqué.

Les indicateurs Markit avait déjà constaté que contrairement aux attentes du mois d’août, la reprise n’était pas au rendez-vous au niveau attendu en septembre et que le dernier trimestre risquait d’être mauvais. Après cette publication des indicateurs  Markit concernant les perspectives économiques de toute l’Europe y compris la France, l’INSEE a repris  à son compte la tendance baissière signalée en septembre et qui pourrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année. En clair, la croissance du quatrième trimestre pourrait être de zéro voire négative Contrairement à ce qui était affirmé au mois d’août il n’y a pas de véritable reprise et l’ensemble de l’année devrait accuser pour la France une baisse du PIB de 9 à 10 %. Le problème c’est que l’INSEE attribue quasi exclusivement cette inversion de tendance à la crise sanitaire

Comme depuis le début de la crise sanitaire, c’est l’évolution de l’épidémie qui devrait en grande partie conditionner celle de l’activité économique des tout prochains mois”, indique l’Institut national de la statistique dans sa note de conjoncture du mois d’octobre publiée mardi.

Or la crise sanitaire indiscutable n’est pas le seul facteur explicatif. Il y a d’une manière générale, en France surtout, un manque de confiance générale qui se traduit par un attentisme des consommateurs mais aussi en matière d’investissements dans les entreprises. Pour preuve,  comment expliquer que la baisse de la croissance de la France en 2020 sera à peu près le double de celle de l’Allemagne alors que dans le même temps jamais l’épargne n’aura connue un tel niveau. Environ 100 milliards auront été mis de côté par des épargnants qui diffèrent ou annulent leurs prévisions de dépenses notamment en matière d’équipement.

De leur côté les entreprises françaises ne distinguent pas clairement les objectifs du plan de relance dont on aura d’ailleurs beaucoup de mal à solliciter la totalité de l’enveloppe. En outre les effets immédiats de ce plan de relance seront très marginaux et il faudra attendre mi 2021 pour commencer à mesurer son influence..

Les enquêtes de conjoncture signalent une activité en retrait et certains autres indicateurs, comme les montants agrégés de transactions par carte bancaire, suggèrent un ralentissement de la consommation des ménages le mois dernier, signale l’INSEE.

“Dans un scénario où, au quatrième trimestre, les services les plus affectés (hôtellerie-restauration, services de transport, activités récréatives et de loisirs) reviendraient, après une embellie durant l’été, à leur niveau d’activité de juin dernier et où l’investissement resterait, par attentisme, à un niveau proche de celui du troisième trimestre, la croissance serait nulle en fin d’année”, estime l’Insee.

L’institut prévient toutefois qu’un “durcissement durable” des restrictions sanitaires pourrait provoquer une nouvelle contraction du PIB au quatrième trimestre.“Inversement, si la situation sanitaire se stabilisait, l’évolution du PIB pourrait être positive en fin d’année”, ajoute l’Insee.

L’institut prévoit un rebond de 16% du PIB au troisième trimestre après une chute de 13,8% au deuxième et un repli de 5,9% au premier.

Pour l’ensemble de l’année, sa prévision est inchangée avec une contraction attendue du PIB de l’ordre de 9%.

BCE : l’Allemagne ne veut pas d’un nouvel assouplissement

BCE : l’Allemagne ne veut pas d’un nouvel assouplissement

 

Se fondant sans doute sur la dynamique de sa croissance notamment dans le secteur manufacturier, l’Allemagne par la voix du gouverneur de la Bundesbank, la banque centrale nationale allemande,  conteste par avance toute initiative de la BCE visant à assouplir encore la politique monétaire. Il faut noter que l’Allemagne qui a bien maîtrisé sa situation militaire enregistrera une baisse de sa croissance de 4 à 5 % quand la France verra le PIB diminuer de 9 à 10 % en 2020.

D’après l’Allemagne, les prévisions mêmes de la banque centrale européenne pourraient être améliorées ; des prévisions qui espèrent une croissance de 3,2% et une inflation de 1,3% en 2022, en soulignant que celles-ci n’intégraient pas l’impact du plan de 750 milliards d’euros de l’Union européenne ou le plan de relance de 100 milliards présenté le mois dernier par la France.

En fait,  le gouverneur de la Bundesbank s’oppose un nouveau plan de rachat d’actifs qui découlerait de l’incitation à un endettement supplémentaire pour les pays les plus endettés. De la même manière,  l’Allemagne refuse que la banque centrale fixe des objectifs de rendement obligataire.

On pourrait faire observer à l’Allemagne que le fameux plan de 750 milliards comme d’ailleurs les plans nationaux sont encore loin d’être opérationnels. En outre, ils ont surtout des objectifs à moyen et long terme et ne sont pas forcément adaptés à la situation immédiate qui va se traduire par une vague de faillites et de suppressions de postes fins 2020 début 2021.

Comme d’habitude les Allemands craignent par-dessus tout une envolée d’inflation et sont donc opposés à un laxisme dans ce domaine.

Crise : divergence à la BCE

Crise : divergence à la BCE

Alors que la banque fédérale américaine s’apprête à déverser toutes les liquidités qu’il faudra pour soutenir l’économie et l’emploi, les états d’âme au sein de la banque centrale européenne menacent la politique monétaire. Face aux résultats relativement décevants de la reprise économique en septembre la BCE s’apprêtait en effet à engager des mesures supplémentaires de soutien à la croissance.

 

Or les orthodoxes font à nouveau parler d’eux et d’une certaine manière risque de paralyser Christine Lagarde dont l’action est surtout régulée par le consensus. Hors ce consensus est menacé. On retrouve la le vieux clivage connu pendant le mandat de Mario Draghi entre les partisans de la rigueur et ceux  considérés comme plus laxistes.  Les orthodoxes reprochent en particulier à la banque centrale européenne l’ampleur des rachats d’actifs qui finalement permettent aux Etats d’emprunter indirectement à la BCE. Pour justifier la position des un et des autres, on  utilise selon les cas l’excès d’optimisme au contraire l’excès de pessimisme concernant la croissance de la BCE. Le pessimisme permet en effet de justifier une politique plus accommodante.

Ces arguments ont été rejetés par le chef économiste de la banque centrale, Philip Lane, sur lequel se concentrent de nombreuses critiques, toujours selon les sources approchées par Reuters.

La BCE n’a pas modifié sa politique au terme de cette réunion, Christine Lagarde se contentant de dire que l’institution surveillait de près l’évolution de l’euro et restait prête à prendre de nouvelles mesures pour sortir la zone euro de la récession.

Fabio Panetta, qui siège au directoire de l’institution, est également contesté par les “faucons” pour avoir dit que la BCE risquait moins à en faire trop que pas assez, selon les sources.

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