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BCE : pour une politique monétaire plus démocratique ?

BCE : pour une politique monétaire plus démocratique ?

Un article intéressant de André Grjebine, ancien directeur de recherche à Sciences Po mais qui n’éclaire guère les perspectives de politique monétaire européenne

L’économiste André Grjebine s’interroge dans une tribune au « Monde » sur les risques d’éclatement de l’actuel système monétaire et plaide pour un renforcement de la démocratisation des règles en vigueur au niveau européen.

Tribune.

 

Contrairement à d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Japon, qui ont préservé leur souveraineté monétaire, les pays de la zone euro l’ont perdue au profit de la Banque centrale européenne (BCE), dont l’indépendance tant vantée s’oppose à une gestion démocratique et transparente des économies.

Alors que le rôle des banques centrales ne cesse de croître, aucun de ces pays ne dispose désormais d’une banque centrale émettrice de sa monnaie. Par crainte de voir des Etats membres se livrer à des créations monétaires inflationnistes, les fondateurs de la zone euro ont privilégié l’indépendance de la BCE au détriment de toute autre considération. Ce faisant, ils ne paraissent pas avoir compris la signification de l’indépendance d’une banque centrale.

En général, les lois définissent les règles de fonctionnement d’une banque centrale. La Réserve fédérale des Etats-Unis (FED) et la Banque d’Angleterre sont indépendantes en ce sens que leurs dirigeants déterminent les instruments qu’ils appliquent au service d’une politique monétaire décidée par le gouvernement et le parlement.

Dans l’Union européenne (UE), l’introduction de règles de gestion dans les traités fondateurs a enfermé le système monétaire européen dans un corset juridique s’inspirant d’une orthodoxie éminemment discutable. De plus, alors que les autres banques centrales participent à l’action des pouvoirs publics d’un Etat unique, qu’il soit fédéral ou unitaire, la BCE, elle, est la banque centrale de 19 Etats, qui connaissent des situations foncièrement différentes et n’ont pas les mêmes objectifs.

Dans ce contexte, trois stratégies étaient envisageables. La première consistait à suivre les normes établies par les traités européens. La deuxième, à contourner ces normes sans les modifier dans les textes. La troisième passerait par l’institution d’un gouvernement économique européen qui définirait de nouvelles normes.

BCE : Pour une redéfinition de son mandat

BCE : Pour une redéfinition de son mandat

 

Claude Meidinger, Professeur retraité de sciences économiques, université Paris-I-Panthéon-Sorbonne Estime, qu’il faut redéfinir le mandat de la banque centrale européenne.

Si fixer un taux d’inflation à 2 % est un objectif clair, le « verdissement » de l’économie, lui, ne l’est pas, explique, dans une tribune au « Monde », l’économiste Claude Meidinger, qui demande une redéfinition du statut de la Banque centrale européenne.

 

Tribune.

Au moment où les banquiers centraux déclarent la finance verte comme « nouvelle frontière du XXIe siècle » (« The Role of Banking in a Sustainable Global Economy », François Villeroy de Galhau, World Conference of Banking Institutes, Londres, 17 septembre 2019) et décident d’introduire un « biais vert » dans leurs programmes d’achat d’actifs, le statut de la Banque centrale européenne (BCE) et son indépendance méritent quelques instants de réflexion.

Aujourd’hui, avec des taux d’intérêt au plancher zéro et de faibles taux d’inflation, la politique budgétaire est devenue l’instrument de choix de la stabilisation économique. Dans ces circonstances, il est tentant d’utiliser la banque centrale comme agent du Trésor public pour financer le budget de l’Etat et fournir directement des crédits à des institutions non financières.

Or, pour ne pas mettre en cause l’indépendance de la banque centrale, une politique de détention de titres doit respecter deux principes : en premier lieu, l’intégrité du processus budgétaire en minimisant l’implication de la banque dans l’allocation du crédit à des secteurs particuliers ; en second lieu, les actifs doivent être choisis de manière à minimiser le risque d’être impliqué dans des imbroglios politiques (J. Alfred Broaddus Jr. et Marvin Goodfriend : « What Assets Should the Federal Reserve Buy ? », Federal Reserve Bank of Richmond, Economic Quarterly Volume 87/2001).

 

Dans le cas contraire, la banque centrale s’expose à des discussions contentieuses concernant sa politique d’acquisition d’actifs et à un risque financier non contrôlé.

Pour éviter ces risques et contrer une telle tendance à la « fiscalisation » des banques centrales, on a besoin d’un système dans lequel les banquiers centraux ne se pensent pas comme le seul recours, de sorte que, quand la politique monétaire atteint la limite de son efficacité, ils ne se sentent pas obligés d’intervenir de manière quasi fiscale (Stephen G. Cecchetti et Kermit L. Schoenholtz ; « Limiting Central Banking », Money and Banking, 1er mars 2021).

Avec des actifs de banque centrale qui comptaient pour moins de 15 % de produit intérieur brut (PIB) en 2007, et qui se chiffrent maintenant entre 25 % de PIB pour le Canada et plus de 60 % de PIB pour la zone euro, le Japon étant hors normes, avec un actif dépassant 125 % de PIB, exprimer une telle préoccupation ne relève pas d’un archaïsme bancaire mal compris.

BCE : modération des rachats de dettes

BCE : modération des rachats de dettes

comme la Fed , la BCE annonce un « ralentissement » de ses rachats d’actifs sans en préciser les modalités dans le cadre de son plan adopté au début de la pandémie. Cette décision est justifiée par l’amélioration de la situation économique dans la zone euro. Mais la BCE se dit prête à agir si la reprise économique était freinée, notamment par le variant Delta.

Dans son communiqué, l’institution monétaire indique vouloir réduire son volume mensuel du rythme d’achats de dettes souveraines et d’entreprises dans le cadre de son programme d’urgence contre la pandémie (PEPP) qui court jusqu’à mars 2022, un ralentissement qualifié de « modéré ». De 80 milliards d’euros, les rachats mensuels devrait, eux, être ramenés entre 60 et 70 milliards d’octobre à décembre, selon les observateurs, la BCE n’ayant pas indiqué de montant.

BCE : réduction très progressive des rachats d’actifs

BCE : réduction très progressive des rachats d’actifs

il n’y aura pas de vrai virage de la politique accommodante de la banque centrale européenne mais un très léger ralentissement du programme de rachat. C’est-à-dire une dizaine de milliards sur 80 milliards actuels.

 « Il s’agit davantage d’un ajustement qu’un véritable tapering (réduction des achats, NDLR) », estime ainsi Saïdé El Hachem, gérant obligataire chez Vega Investments Managers.

Mieux, le consensus anticipe également le lancement par la BCE d’un nouveau programme relais de rachat d’actifs, à l’échéance du PEPP en mars 2022, et qui serait davantage investi en obligations privées que le PEPP (97% des achats portent sur la dette souveraine). Ce qui serait un élément fort de soutien du marché obligataire, notamment sur les compartiments les plus risqués.

« La BCE n’a aucun intérêt à s’engager sur la fin du PEPP six mois avant la fin prévue du programme d’urgence, alors que l’incertitude reste élevée concernant les effets du variant delta », confirme à l’AFP Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

La politique de quantative easing de la banque centrale sera donc menée avec la plus grande prudence malgré la montée de l’inflation montée à 3 % fins août dans la zone euro. Les taux ne seront pas remis en question pour l’instant.

Variant Delta : Menace pour l’économie (BCE)

  • Variant Delta : Menace pour l’économie (BCE)

Face à la montée du variant Delta la président de la banque centrale européenne, Christine Lagarde, s’est contenté de commenter la situation indiquant que le variant Delta pourrait menacer la croissance. Une évidence qui aurait dû encourager la banque centrale a mettre à disposition les liquidités nécessaires pour une accélération d’une campagne de vaccination qui s’éternise .La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a averti jeudi que l’augmentation rapide des cas de coronavirus alimentée par le variant Delta du Covid-19 constituait «une source croissante d’incertitude» pour l’économie de la zone euro. «La reprise de l’économie de la zone euro est en bonne voie», a déclaré Christine Lagarde lors d’une conférence de presse. «Mais la pandémie continue de jeter une ombre, d’autant plus que le variant Delta constitue une source croissante d’incertitude.» La remontée des contaminations, due à ce variant, pourrait freiner la reprise «dans les services, notamment dans le tourisme et l’hôtellerie», a-t-elle ajouté.

Un pas « historique » de la BCE ?

Un pas « historique » de la BCE ?

 

Le juriste Nathan de Arriba-Sellier salue, dans une tribune au « Monde », le « pas historique » accompli par la Banque centrale européenne, qui a annoncé le 8 juillet placer le climat « au cœur de sa stratégie ».(Le seul problème c’est quand dépit de cet effet d’annonce aucune mesure structurelle concrète n’a été prise NDLR) (Le Monde, extrait)

 

Tribune. 

 

La Banque centrale européenne (BCE) a fait un pas historique le 8 juillet en annonçant, pour la première fois, l’intégration du changement climatique dans sa politique monétaire. Ce n’est pas par hasard que la présidente de la BCE, Christine Largarde, a déclaré que le changement climatique sera « désormais au cœur de [leur] stratégie ». A partir de cette année, le changement climatique influencera les évaluations de la politique monétaire et son cadre opérationnel.

Longtemps décriée pour son obsession pour l’inflation, l’institution européenne donne de ce fait tort à ses détracteurs. D’une certaine manière, ce n’est que la poursuite de dix ans de politique monétaire non conventionnelle. En effet, la nouvelle stratégie de la BCE vient d’abord et avant tout sceller la fin de l’orthodoxie monétaire. Mais, s’agissant du climat, ces annonces portent en elles l’aveu que l’économie n’évolue pas comme une bulle imperméable aux changements profonds de nos sociétés, qu’ils soient sociaux ou environnementaux.

 

Les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, comme ceux plus récents de la recherche économique et financière, suggèrent en effet que, quelle que soit la trajectoire climatique, nous sommes à l’aube d’une transformation radicale de nos économies. Cette transformation ne pourra se matérialiser sans conséquence sur la stabilité des prix, au premier rang desquels les prix des matières premières et de l’énergie, qui font déjà l’objet d’une forte volatilité.

Cette reconnaissance de l’importance du changement climatique n’est pas propre à la BCE, mais correspond à un changement profond des mentalités au sein des banques centrales. De la Réserve fédérale à la Banque d’Angleterre, de la Banque centrale du Brésil à la Banque populaire de Chine, le changement climatique est de plus en plus ouvertement admis par les grands argentiers comme un défi majeur pour l’économie mondiale, affectant les objectifs de politique monétaire.

En outre, l’intégration des questions climatiques à la politique monétaire s’inscrit pleinement dans le mandat dont la BCE dispose en vertu des traités. Ce mandat ne s’est jamais résumé à la seule stabilité des prix mais requiert aussi, depuis le traité de Maastricht, le soutien de la politique monétaire aux politiques économiques, afin de contribuer à la réalisation des objectifs de l’UE. La protection de l’environnement figure parmi ces objectifs. Entre deux mesures d’effet équivalent pour la stabilité des prix, l’institution européenne s’est ainsi engagée à choisir la mesure la plus favorable à l’environnement.

La politique de désinflation de la BCE en cause

La politique de désinflation de la BCE en cause

 

 Emmanuel Sales ,président de la Financière de la Cité explique dans l’Opinion que la politique de désinflation de la BCE est économiquement nuisible.

 

. Alors qu’elle travaillait depuis des mois à la « revue stratégique » de sa politique monétaire, la BCE a annoncé en catimini qu’elle se fixerait désormais un objectif d’inflation à moyen terme de 2 %, tout en expliquant qu’elle était prête à accepter de façon temporaire une inflation plus élevée pour éviter un enracinement de perspectives d’inflation à un niveau trop bas par rapport à l’objectif.

Elle a d’ailleurs expliqué que l’inflation passée, anormalement basse, avait été sous-évaluée du fait de l’exclusion au sein de l’indice de certaines dépenses immobilières des ménages. Enfin, touchée par la grâce écologique, elle a de nouveau exprimé sa volonté de conduire une politique monétaire favorable au climat.

La montagne a donc accouché d’une souris. L’inflation à 2 % était déjà dans les traités et c’est la BCE elle-même qui avait interprété ce critère de façon restrictive en remontant ses taux d’intérêt chaque fois que l’inflation frisait 1,8 %. Mais surtout, la stratégie de ciblage de l’inflation demeure inchangée, et en affirmant qu’elle serait prête à accepter temporairement une inflation légèrement supérieure à 2 %, la BCE risque de prolonger l’enracinement des anticipations d’inflation à un niveau inférieur à l’objectif affiché, comme cela est le cas depuis vingt ans.

Il faut détruire les mythes. Ce sont les politiques de désinflation de la droite allemande qui sont à l’origine de l’arrivée de Hitler et non, comme cela est très répandu dans le Land bruxellois, la surinflation de 1923 qui fut un phénomène rapidement jugulé

Quant à l’objectif climatique, curieusement revendiqué par une banque centrale qui exclut par ailleurs de s’occuper du chômage ou de l’exclusion sociale, il semble dirigé contre les intérêts énergétiques et industriels de la France dans la mesure où le nucléaire demeure à ce jour incompatible avec les canons de l’orthodoxie bruxelloise.

 

La victoire de l’Allemagne est donc totale. D’ailleurs, l’ancien président de la Bundesbank ne s’y est pas trompé en déclarant que la décision de la BCE ne changerait rien à la politique suivie. Attachée à sa conception patrimoniale de la monnaie héritée de l’étalon-or, la France est restée passive comme à l’accoutumée, et l’Italie, qui a obtenu ce qu’elle voulait en termes de plan de relance et de soutien à sa politique budgétaire, a compris qu’elle ne gagnerait rien à s’opposer seule aux exigences allemandes. Rien de nouveau donc sous le soleil monétaire européen.

Pourtant, en affichant leur satisfaction, il se pourrait que les « faucons » berlinois ait présumé de leur avantage. Même en intégrant les dépenses immobilières, l’inflation européenne anticipée en 2023 se situe largement en dessous de l’objectif affiché. La BCE sera donc obligée de reprendre le dossier faute de nourrir à nouveau une spirale de baisse des prix et de l’activité.

A plus long terme, une révision des traités semble inéluctable. Il faut détruire les mythes. Ce sont les politiques de désinflation de la droite allemande qui sont à l’origine de l’arrivée de Hitler et non, comme cela est très répandu dans le Land bruxellois, la surinflation de 1923 qui fut un phénomène rapidement jugulé. Sans ajustement monétaire, l’Allemagne continuera de profiter de la demande externe, l’Europe, en revanche, connaîtra un décrochage global. L’Europe a été la rédemption de l’Allemagne, il ne faudrait pas qu’elle devienne son instrument de revanche.

Emmanuel Sales est président de la Financière de la Cité.

 

La BCE pour un euro numérique

La BCE pour un euro numérique

 

Après dix-huit mois de consultations préliminaires, le conseil des gouverneurs de la BCE a donné son feu vert, à l’unanimité, mercredi 14 juillet, au chantier de l’euro numérique. Mais cette nouvelle forme virtuelle de la monnaie ne devrait pas arriver dans les  portefeuilles électroniques des jeux européens avant cinq ans. Pour autant les pièces et billets continueront d’exister tant qu’il y aura une demande.

BCE : Priorité au climat ?

 BCE : Priorité au climat ?

La stratégie monétaire de la banque centrale européenne devrait désormais être fortement influencée par la préoccupation environnementale notamment concernant le climat estime Christine Lagarde, la présidente.

La BCE entend accroître sa contribution », souligne la banque de Francfort. Le sujet relève aussi de sa compétence dans la mesure où le changement climatique et la transition vers une économie plus durable « influent sur les perspectives de stabilité des prix en raison de leurs effets sur les indicateurs macroéconomiques tels que l’inflation, la production, l’emploi, les taux d’intérêt et la productivité ».

Moyennant quoi, sa présidente Christine Lagarde et les banquiers centraux de la zone euro ont arrêté un plan en plusieurs points. La BCE prévoit de concocter « de nouveaux modèles » et de mener « des analyses théoriques et empiriques » afin d’étudier les implications du dérèglement du climat. Elle veut « élaborer à titre expérimental » de nouveaux indicateurs relatifs aux instruments financiers verts « pertinents » à l’empreinte carbone des établissements financiers, ainsi qu’à leur exposition aux risques physiques liés au climat.

Dès l’an prochain, elle « soumettra le bilan de l’Eurosystème à des tests de résistance climatiques afin d’évaluer son exposition aux risques liés au changement climatique. Alors qu’elle poursuit sa politique de rachat d’actifs sur le marché, la banque centrale promet aussi de renforcer le poids des critères climatiques dans ses opérations de marché, ainsi que dans l’analyse des titres apportés en garantie par les banques.

Le seul problème c’est que cette déclaration traduitdavantage des intentions théoriques que des orientations politiques. En effet aucun plan de relance d’ampleur significative concernant la croissance verte n’a été impulsé par l’institut monétaire. C’est tout juste si on a reverdyi un peu les investissements classiques du plan de relance.

« Le centre du changement climatique de la BCE, qui vient d’entamer ses travaux, coordonnera les activités menées par la Banque centrale en la matière », Indique de manière très vaguele communiqué.

Croissance et inflation en hausse (BCE)

Croissance et inflation en hausse (BCE)      

 

Une bonne nouvelle une croissance un peu plus forte que prévu indique la banque centrale européenne. Une moins bonne nouvelle par compte parallèlement l’inflation devrait ce développer.Une inflation qui ne devrait pas dépasser 2 % en moyenne pour la zone euro mais qui vraisemblablement sera plus proche des quatre à 5 % si l’on se réfère aux très forte hausse des matières premières industrielles et ou alimentaires. L’activité devrait progresser de 4,6 % cette année (4 % attendus) et de 4,7 % l’an prochain (4,1 %). Pour les prix, les nouvelles projections sont de + 1,9 % cette année (contre 1,5 %), une poussée transitoire, promet Christine Lagarde, qui table sur + 1,5 % en 2022. Dans ce contexte, la banque de Francfort n’a pas modifié d’un iota sa politique monétaire. Elle maintient notamment, à ce stade, à 80 milliards d’euros le montant de ses achats d’actifs mensuels sur le marché. Cet été, la BCE pourrait lancer une phase d’étude d’un euronumérique, a aussi annoncé sa présidente.

La rentrée sera plus mouvementée : la BCE communiquera cet automne les conclusions de sa revue stratégique, qui constituera le nouveau cadre de son action. Par ailleurs, « elle devra à ce moment-là préparer le marché à la fin du PEPP (le programme d’urgence pandémique, prévu jusqu’en mars 2022), communiquer sur son autre programme d’achat d’actifs (APP) et clarifier sa future politique de liquidité, résume Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. Le plus dur est donc à venir ».

Le risque d’une vague de faillites en zone euro ( BCE)

Le risque d’une vague de faillites en zone euro ( BCE)

 

 

La vague de faillites pourrait bien se produire annonce la Banque centrale européenne. « la menace d’une vague d’insolvabilité est grande » à présent, selon un rapport publié par le comité des risques systémiques au sein de la BCE, qui ne se risque pas à chiffrer le nombre d’entreprises ou d’emplois qui pourraient être concernés.

Depuis l’éclatement de la première vague de la pandémie début 2020, la réponse massive et rapide des Etats de la zone euro a consisté à soulager les problèmes de liquidité des entreprises survenus subitement en raison des restrictions imposées par la crise sanitaire.

Des moratoires sur la dette, des garanties sur les prêts et prêts publics ont été accordés.

Or, le surendettement résultant de ces mesures « augmente le risque d’une vague majeure d’insolvabilité », prévient l’institut.

Politique monétaire BCE : toujours très accommodante

Politique monétaire BCE  : toujours très accommodante

 

 Jusqu’en juin au moins la politique monétaire de la BCE va demeurer accommodante concernant à la fois les rachats d’actifs et le maintien de taux très bas. La question pourra se poser ultérieurement à partir de l’été pour étudier la question de la diminution progressive du soutien socio-économique. Tout dépendra évidemment de la conjoncture internationale et de l’évolution de la crise sanitaire. Il se pourrait en effet que cette crise sanitaire s’améliore, la pandémie ne sera pas pour autant complètement éliminée. Par ailleurs au plan économique, le redémarrage pourrait être assez significatif autant aux États-Unis qu’en Chine tandis que l’Europe pourrait être empêtrée dans une économie presque stagnante. Du coup, le désengagement brutal pour aide encore un peu plus mettre en cause les perspectives de reprise.

Le montant de l’enveloppe de 1.850 milliards d’euros allouée aux  achats de titres dans le cadre du « programme d’achats d’urgence face à la pandémie » (PEPP) n’est pas modifié, lit-on dans le communiqué publié à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de l’institution.Le taux de refinancement reste quant à lui fixé à zéro et le taux de la facilité de dépôt à -0,5%.

« Le Conseil des gouverneurs prévoit que les taux d’intérêt directeurs de la BCE resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas jusqu’à ce qu’il ait constaté que les perspectives d’inflation convergent durablement vers un niveau suffisamment proche de, mais inférieur à 2% sur son horizon de projection », lit-on dans le communiqué, selon une formulation désormais habituelle.

La BCE ajoute qu’elle poursuivra ses achats d’actifs dans le cadre du PEPP jusqu’à ce qu’elle juge que la crise du coronavirus est terminée.

Les achats au titre du PEPP se poursuivront durant le trimestre en cours à un rythme nettement plus élevé que pendant les premiers mois de l’année, lit-on dans le communiqué publié après la réunion de jeudi.

La BCE a mis en place un soutien massif pour soutenir l’économie de l’union monétaire, frappée de plein fouet par la pandémie de coronavirus, et éviter un assèchement des conditions financières par une injection abondante de liquidité.

Clarifier le mandat politique de la BCE

Clarifier le mandat politique de la BCE

 

Huit experts du droit et de la finance européenne demandent, dans une tribune au « Monde », une procédure formelle impliquant le Conseil et le Parlement européen pour spécifier et hiérarchiser les objectifs que la Banque centrale européenne doit atteindre. 

 

Tribune.
La Banque centrale européenne (BCE) est aujourd’hui confrontée à un paradoxe. D’une part, elle n’a pas vraiment atteint son objectif principal de stabilité des prix, puisque l’inflation a été largement inférieure à sa cible de 2 % ces dix dernières années. D’autre part, malgré cet échec, la BCE envisage aujourd’hui de faire davantage que de simplement veiller à la stabilité des prix dans la zone euro. 

Christine Lagarde a ainsi fait naître l’espoir que la BCE mette en place des mesures concrètes contre le changement climatique à l’occasion de l’évaluation de la stratégie de la banque centrale qu’elle a lancé à son arrivée.

 En théorie, les traités européens imposent déjà à la BCE d’atteindre d’autres objectifs que son mandat principal de stabilité des prix. L’article 127 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) stipule ainsi que, sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, la BCE « apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne (TUE) ».

S’adapter au fil du temps aux nouveaux défis

Cette disposition est bien souvent mentionnée par tous ceux qui désirent pousser la BCE à agir dans une direction ou dans une autre. Ainsi, les syndicats souhaitent généralement que la BCE tente d’atteindre le plein emploi avec plus de force, tandis que des ONG demandent à la BCE d’en faire davantage pour lutter contre le changement climatique ou les inégalités.

De fait, l’étendue des objectifs mentionnés à l’article 3 du Traité sur l’Union européenne (TUE) – allant de la sécurité, de l’équité et de la croissance économique à la protection de l’environnement, à l’innovation et à de nombreux autres objectifs louables de l’UE – ouvre la porte à un nombre infini d’objectifs possibles pour la BCE.

 En théorie, cette flexibilité pourrait s’avérer bénéfique, en permettant à la BCE de s’adapter au fil du temps aux nouveaux défis auxquels sont confrontés les Européens. Mais au bout du compte, ce flou conduit plutôt la BCE à l’inaction. En effet, en levant l’ambiguïté et en favorisant explicitement un objectif secondaire particulier, la BCE prendrait le risque d’être perçue comme prenant des décisions politiques, et préfère le plus possible se tenir à l’écart de telles décisions.

La BCE souffre en fait d’un « déficit d’autorisation démocratique »

La négligence de ses objectifs secondaires est alors compréhensible, dès lors qu’on considère que ce mandat ne contient pas d’indications sur la manière dont ces objectifs secondaires doivent être classés et atteints.

La BCE fait semblant d’ignorer l’inflation

La BCE fait semblant d’ignorer l’inflation

 

L’inflation sans la croissance ? Ce pourrait bien être le danger pour l’Europe. La plupart des experts ont affirmé que le risque d’inflation en Europe était inexistant en raison de la volonté de la banque centrale de maintenir une très généreuse distribution de liquidités à taux zéro voire négatif.

Le problème est que l’inflation ne dépend pas uniquement des banques centrales mais aussi de la remontée des coûts de production et à terme des biens de consommation. C’est déjà le cas en matière d’énergie et d’une façon plus générale des matières premières. C’est le cas aussi des produits agricoles. À noter aussi la hausse des taux d’intérêt jusqu’à 1,5 % pour les prêts à 10 ans aux États-Unis.

L’énorme  décalage entre la masse monétaire et la richesse mondiale appellera nécessairement des ajustements qui passeront par l’inflation. Cela d’autant plus que des masses de liquidités viennent nourrir des bulles financières potentielles qui pourraient bien éclater.

La BCE avait fait savoir qu’elle ne resterait pas les bras croisés et agirait pour empêcher une contagion « pas souhaitable » de ces tensions aux taux de la zone euro, selon sa présidente Christine Lagarde.

La banque centrale européenne va continuer sa politique de rachat d’actifs pour permettre aux Etats d’emprunter davantage. Politique monétaire accommodante ne doit pas être remise en question, a souligné Mme Lagarde, car « les perspectives économiques à court terme restent incertaines », compte-tenu de la dynamique de l’épidémie et du déploiement de la vaccination plus lent que prévu.

« Le PIB devrait à nouveau se contracter au cours du premier trimestre de l’année », a prédit Mme Lagarde mais l’institution de Francfort continue de tabler sur un net rebond de l’activité en zone euro sur le reste de l’année pour laisser ses prévisions de croissance quasi-inchangées : 4% en 2021, 4,1% en 2022 et 2,1% en 2023.

L’inflation en zone euro n’est pas encore inquiétante, elle  se limita 0,9 % en janvier et février. Mais le problème pour l’Europe c’est qu’on pourrait cumuler une augmentation des prix avec une croissance maladive contrairement par exemple aux États-Unis ou encore à la Chine

Annulation Dette de la BCE : le risque d’une explosion

Annulation Dette de la BCE : le risque d’une explosion

 

L’ancien banquier Jean-Michel Naulot exprime la crainte, dans une tribune au « Monde », que l’idée d’une annulation de la dette de la Banque centrale européenne sape la confiance dans cette institution.

Tribune. Le débat sur l’annulation des dettes publiques prend de l’ampleur. Une centaine d’économistes, animés par une juste cause, l’écologie et la justice sociale, proposent d’effacer 2 500 milliards d’euros de dettes détenues par la Banque centrale européenne (BCE) et d’investir ce montant dans une relance vertueuse. Leur projet est de restaurer des marges de manœuvre pour investir. Comment une telle proposition ne retiendrait-elle pas l’attention ?

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, y a répondu de manière très claire : « Ce serait une violation du traité européen qui interdit strictement le financement monétaire des Etats. Cette règle constitue l’un des piliers fondamentaux de l’euro » (JDD, 7 février 2021). Cependant, venant d’une dirigeante qui expliquait au moment de la crise de 2010 que « nous avons violé toutes les règles [de l’Union européenne] parce que nous voulions serrer les rangs et sauver réellement la zone euro » (Wall Street Journal, 18 décembre 2010), la réponse risque d’être un peu courte pour dissuader les avocats de l’annulation. Le débat autour de l’annulation de dette va bien au-delà de la problématique des traités.

Pour la BCE, renoncer au remboursement d’une dette dans le cadre d’un accord avec les Etats, ce serait enregistrer une lourde perte, comme n’importe quelle banque qui aurait prêté à un client défaillant. Ce serait faire apparaître au bilan des fonds propres négatifs de plus de 2 000 milliards d’euros, un montant qui ne serait pas vraiment de l’épaisseur du trait – de l’ordre du produit intérieur brut (PIB) de la France.

Quelles en seraient les conséquences ? Personne, absolument personne, ne peut répondre à cette question. Pourquoi ? Parce que cette expérience serait inédite et qu’elle toucherait à l’essentiel, la solidité de l’institution monétaire, donc à la confiance qu’elle inspire. Or, sans la confiance, c’est tout le système économique qui risque de s’effondrer.

 

Contrairement à une idée répandue, l’autorité d’une banque centrale est fragile. Elle ne dispose d’aucun pouvoir relevant de la magie. Elle n’a pas le pouvoir de distribuer de la monnaie comme on distribue des cadeaux. Elle crée de la monnaie comme n’importe quelle banque commerciale. Jusqu’à la crise de 2008, c’étaient même les banques commerciales qui créaient, de très loin, l’essentiel de la monnaie. 

Point absolument capital, la création monétaire, quelle que soit son origine, est toujours effectuée contre une reconnaissance de dette et celle-ci doit être honorée. Lorsque survient une crise, la Banque centrale joue le rôle de prêteur en dernier ressort : elle irrigue le système bancaire en prêtant des liquidités, certes sans limite, mais elle ne fait que prêter.

BCE : pour une approche holistique de la politique monétaire (Lagarde)

BCE : pour une approche holistique de la politique monétaire (Lagarde)

 

 

La BCE tente désespérément de faire une évaluation du coût et des conséquences de l’emprunt. Différents indicateurs permettraient d’en rendre compte mais l’unanimité ne s’est pas faite sur la nature des outils techniques à utiliser.

Le problème est de fixer un cadre notamment au plan de rachat d’obligations. En effet une grande partie de l’endettement des Etats est rachetée par la banque centrale européenne délestant ainsi les Etats d’un lourd handicap et qui peuvent par ailleurs à nouveaux emprunter à des taux proches de zéro suite aux liquidités mises à disposition des banques par la BCE.

Bref pour résumer à outrance, c’est surtout la banque centrale européenne qui supporte actuellement le coût de la crise. La question est de savoir dans quelle proportion acceptable et jusqu’à quand.

Deux questions auxquelles personne ne peut en faite répondre car cela dépend d’une part de l’évolution de la crise sanitaire dans son volume et sa durée, d’autre part de la tenue du système monétaire. Or ce système monétaire pourrait bien être un jour menacé par l’éclatement de nombreuses bulles, le retour de l’inflation et des taux d’intérêt.

Christine Lagarde a soulevé plus de questions que de réponses jeudi, lorsqu’elle a déclaré que la BCE ne se contentait pas d’examiner le marché obligataire mais qu’elle procédait plutôt à une “évaluation holistique” de “multiples indicateurs”, sans en dire plus. En fait,  Christine Lagarde regarde de très près les hypothèses de croissance étant que la reprise n’aura pas réellement lieu en tout cas pas dans les proportions espérées fin 2020, elle sera contrainte de soutenir encore la dette des Etats et leurs nouveaux emprunts.

D’où cette expression très évasive d’évaluation holistique de la situation évoquée par Christine Lagarde qui souhaite une évaluation portant sur une vision globale de la situation monétaire bien sûr mais aussi économique et sociale.

De ce point de vue , des divergences existent sur la question de savoir si l’économie de la zone euro reste confrontée à des “risques baissiers” prédominants, les plus optimistes étant minoritaires, toujours selon les sources.

Certains responsables de la BCE estiment que les écarts de rendements obligataires et les taux des prêts bancaires sont les deux indicateurs les plus pertinents à l’heure actuelle, selon une source. Mais Christine Lagarde semble vouloir observer de manière plus globale la situation

Ces deux éléments ont effectivement été les seuls indicateurs mentionnés par Christine Lagarde au cours de sa conférence de presse, ce qui n’a pas suffi à rassurer les investisseurs, le “spread” entre rendements italiens et allemands se creusant.

BCE : en creux l’attente d’une deuxième vague et le renoncement à la croissance

BCE : en creux l’attente d’une deuxième vague et le renoncement à la croissance

Pour l’instant ,la BCE n’a pas changé sa politique monétaire de soutien à l’économie, elle s’apprêterait plutôt à la prolonger. La vérité c’est que la banque centrale européenne est dans une position d’attente persuadée qu’elle est que l’Europe comme d’autres régions du monde ne pourra échapper à une très forte nouvelle vague du Coronavirus. Une nouvelle vague en outre accélérée du fait de l’émergence de différents variants.

Sans doute la BCE va-t-elle encore attendre environ un mois pour constater les dégâts nouveaux de la pandémie qui devrait être assez catastrophiques d’ici début mars. À ce moment-là ,la banque centrale européenne pourrait prendre de nouvelles mesures d’accommodements pour soutenir une activité dont maintenant la croissance en 2021 est fortement mise en question.

 

Au cours dune  conférence de presse, Christine Lagarde a surtout évoqué les risques “à la baisse” entourant les perspectives économiques de la zone euro, une formulation qui signifie que la BCE juge l’hypothèse d’un assouplissement accru de sa politique plus probable que celle d’un resserrement. Mais elle a précisé que ces risques avaient commencé à refluer, en particulier grâce à l’accord entre Bruxelles et Londres sur l’après-Brexit.

“Les nouvelles concernant les perspectives de l’économie mondiale, l’accord sur les futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni et le début des campagnes de vaccination sont encourageantes”, a-t-elle dit. “Mais la poursuite de la pandémie et ses implications sur les conditions économiques et financières restent de sources de risques à la baisse.” Ces préoccupations de court terme ne devraient toutefois pas remettre en cause les perspectives d’amélioration à plus long terme, a-t-elle expliqué. Le problème étend de savoir ce qu’on entend par long terme ? Sans doute maintenant pas avant 2022.

“Une fois que l’impact de la pandémie se dissipera, la reprise de la demande, soutenue par des politiques budgétaires et monétaires accommodantes, exercera une pression à la hausse sur l’inflation à moyen terme”, a-t-elle dit.

Elle a en outre rappelé que le programme d’achats d’obligations PEPP, lancé en mars dernier, pouvait encore mobiliser quelque 1.000 milliards d’euros en cas de besoin. La BCE répète toutefois qu’elle pourrait ne pas utiliser la totalité de cette enveloppe, augmentée de 500 milliards en décembre pour rassurer les marchés. “Si des conditions de financement favorables peuvent être maintenues avec des flux d’achats d’actifs qui n’épuisent pas l’enveloppe sur l’horizon d’achats du PEPP, l’enveloppe n’aura pas besoin d’être utilisée en totalité”, a expliqué Christine Lagarde.

Le taux de refinancement de la BCE reste fixé à zéro, celui de la facilité de dépôt à -0,5% et celui de la facilité de prêt marginal à 0,25%.

Perspectives économiques : la BCE maintient son optimisme excessif

Perspectives économiques : la BCE maintient son optimisme excessif

 

 

Difficile pour la Banque centrale européenne d’être à la fois crédible économiquement et d’entretenir en même temps le climat des affaires. La Banque centrale a décidé de ne pas modifier ses perspectives de croissance en 2021.

Pourtant, les institutions internationales de prévisions prévoient à peine 3 % d’augmentation de la croissance en 2021, soit un point de moins que précédemment. On est loin du niveau de fin 2019 et à ce rythme, il faudra plusieurs années pour retrouver une activité au volume équivalent à celui d’avant la crise sanitaire. « Ce qui serait un motif d’inquiétude, ce serait qu’après la fin mars, ces Etats membres aient encore besoin de mesures de confinement et que, par exemple, les programmes de vaccination avancent au ralenti », a expliqué Christine Lagarde.

Plusieurs économistes indépendants ont déjà revu à la baisse leurs prévisions de croissance; Bank of America n’attend ainsi plus que 2,9% de rebond du PIB de la zone euro, soit un point de moins qu’auparavant.

Christine Lagarde a réaffirmé qu’en cas de besoin, la BCE pourrait encore augmenter son programme de rachats de titres sur le marché lancé en mars dernier, le PEPP (programme d’achats d’urgence face la pandémie), dont le montant a été porté le mois dernier à 1.850 milliards d’euros et la durée prolongée jusqu’en mars 2022.

Mais elle a aussi évoqué l’hypothèse que cette enveloppe ne soit pas utilisée en totalité.

BCE : l’argent magique aussi pour l’environnement ?

BCE : l’argent magique aussi pour l’environnement ?

 Un papier du Monde suggère que la BCE pourrait aussi utiliser l’argent magique pour traiter la problématique environnementale

 

 

Analyse. 

 

Le temps d’une pandémie, l’arbre à argent magique est apparu. Depuis le déferlement du Covid-19 en Europe, la Banque centrale européenne (BCE) a débloqué une enveloppe de 2 500 milliards d’euros, à dépenser sur deux ans jusqu’en mars 2022. Cet argent, créé ex nihilo, a permis aux Etats de s’endetter à taux d’intérêt nul, voire négatif, payant ainsi indirectement le chômage partiel et les plans de soutien sectoriels. Ces mesures, inimaginables il y a un an, sont devenues possibles face à l’urgence.

Et si le même tour de passe-passe monétaire pouvait s’appliquer au changement climatique ? Après tout, l’urgence est tout aussi réelle. Dans une récente note pour l’Institut Veblen, l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran appelle de ses vœux une telle « monétisation des dépenses publiques nécessaires à la transition écologique », en permettant à la BCE de les financer « sans contrepartie ».

Elle reconnaît immédiatement qu’une telle option est interdite en l’état actuel des traités européens, qui bannissent le « financement monétaire ». De toute façon, à l’heure actuelle, peu d’économistes soutiennent une telle approche radicale. Mais, en attendant ce mouvement « vert vif », Mme Couppey-Soubeyran propose une série de mesures « vert clair », qui mettraient la BCE à contribution dans la lutte contre le changement climatique.

Or, sur ces points, les lignes sont en train de bouger au sein de l’institution de Francfort. Christine Lagarde, sa présidente, pousse pour faire du changement climatique un vrai critère d’action de son institution. « Face à ce qui est le risque majeur du XXIe siècle, tout le monde doit se mobiliser », déclarait-elle au Monde en octobre.

Mme Lagarde mène actuellement une grande revue stratégique de la BCE, dont les conclusions seront rendues à l’automne. Au sein des instances dirigeantes, des discussions sur la question climatique sont prévues au premier trimestre.

« Légitimité démocratique »

Que peut faire la BCE ? Depuis la crise de la zone euro, l’institution est devenue la clé de voûte de l’économie. Pour faire baisser les taux d’intérêt, elle achète par milliers de milliards d’euros des dettes sur les marchés financiers. Dans leur immense majorité, il s’agit de dettes publiques des Etats européens.

Reste cependant à savoir si la machine à billets  pourra tenir longtemps avant une déstabilisation par l’inflation voire un séisme du système financier (NDLR)

Verdir la politique monétaire de la BCE ?

Verdir la politique monétaire de la BCE ?

Un article intéressant dans la Tribune de Jézabel Couppey-Soubeyran, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne  sur la problématique environnementale de la banque centrale européenne. Mais pour l’instant, force est de constater que l’action de la banque centrale européenne a consisté à racheter des actifs (dettes des pays notamment) et à assurer des liquidités aux banques sans tenir compte de la préoccupation écologique. Il existe des réticences idéologiques mais aussi techniques

Tribune.

 

 

D’ici juin 2021, la Banque centrale européenne (BCE) rendra les décisions de sa révision stratégique. Elle devrait alors annoncer des mesures de réorientation de son cadre de politique monétaire. La soutenabilité environnementale en fera partie. L’heure des décisions approche ; la BCE saura-t-elle, pour aider à parer à la crise climatique, se montrer aussi réactive et flexible que face à la crise sanitaire actuelle ? Au-delà des discours prononcés ces derniers mois, notamment par la directrice générale Christine Lagarde, qui laissent entendre que la BCE va verdir son action, les décisions iront-elles au-delà de tout petits pas ?

Le risque climatique est depuis quelques années dans le viseur des banques centrales, sous l’angle des risques financiers qu’il induit. Depuis 2015, banques centrales et superviseurs ont constitué un réseau (NGFS) dans lequel sont réalisés des travaux pour en guider l’estimation. Si l’approche est louable, elle comporte cependant un risque d’enlisement dans des travaux débouchant au mieux sur des instruments d’alerte tels que les stress tests climatiques.

Dans deux notes publiées le 2 décembre dernier dans un dossier intitulé « La BCE à l’heure des décisions », le think tank Institut Veblen pointe les sources du blocage et appelle la BCE à affirmer un « quoi qu’il en coûte » climatique, en montrant toute une panoplie de mesures monétaires qui pourraient être adoptées dans ce sens. Certaines exigent une modification des statuts de la BCE, mais d’autres peuvent être adoptées dès aujourd’hui.

Il faut d’abord noter que le mandat de la BCE ne lui interdit pas d’orienter sa politique monétaire vers l’atténuation du risque climatique, bien au contraire. L’article 127 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne fait attendre du Système européen de banques centrales (le SEBC, composé de la BCE et des 27 banques centrales nationales) qu’il « apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, dès lors que cela ne porte pas préjudice à l’objectif de stabilité des prix ».

Or, l’objectif de l’UE est d’atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050. En vertu de son mandat, la BCE devrait donc contribuer à cet objectif. Le fait-elle ? Pour le moment, elle n’a pas adopté de démarche active de contribution à la transition écologique. Les représentants de la BCE ont souvent invoqué leur doctrine de « neutralité monétaire » pour justifier de ne pas privilégier certains actifs (en l’occurrence, les plus « verts ») ou de ne pas en exclure dans les programmes d’achats d’actifs ou encore dans les collatéraux acceptés en garanties dans les opérations de refinancement des banques.

Cette justification sonne de plus en plus comme un mauvais prétexte, dans la mesure où, depuis la gestion de crise financière, et plus encore depuis la crise sanitaire, les actifs souverains sont bel et bien privilégiés dans les programmes d’achats d’actifs, ce qui ne permet plus de parler d’approche non sélective.

De plus, l’ampleur des programmes d’achats d’actifs que la BCE a commencé à mener en 2015, dans le cadre de sa politique monétaire non conventionnelle, pour gérer les conséquences de la crise financière de 2007-2008, puis à intensifier, à l’instar des autres grandes banques centrales, pour faire face à la crise sanitaire à partir de mars 2020, l’ont transformé en une véritable teneur du marché, voire même en faiseur de marché (« market maker »).

À fin novembre 2020, les 3 800 milliards d’euros de titres détenus dans le cadre de ces programmes de la BCE en faisaient un très gros investisseur, avec un portefeuille plus de deux fois supérieur à celui du GPIF japonais qui est le plus gros fonds de pension au monde ! Avec un tel poids, la BCE ne va plus pouvoir très longtemps ignorer les principes de la responsabilité environnementale.

Comment s’inquiéter d’un côté que les banques européennes continuent de financer les secteurs et projets les plus intensifs en émission des gaz à effets de serre par les banques européennes, et continuer de présenter elle-même un portefeuille trop carboné ? Sa conversion en la matière aurait une importante valeur de signal et contribuerait à l’alignement des flux financiers sur une trajectoire plus compatible avec les objectifs climatiques et environnementaux de l’Union.

À l’inverse, quand la BCE effectue ses achats d’actifs publics et privés sur les marchés obligataires en restant totalement aveugle à leur empreinte carbone, ses achats bénéficient fatalement plus à des entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre, ou du secteur des énergies fossiles, qu’à celles qui le sont moins. En ne rectifiant pas le tir, la BCE retardera l’objectif de neutralité climatique de l’Union.

C’est donc en ne s’engageant pas plus avant dans une action d’atténuation du risque climatique que la BCE enfreindrait son mandat. Sans compter qu’une crise climatique produirait inévitablement une instabilité monétaire, économique, et financière potentiellement irrémédiable.

Sous un angle ou sous un autre, la soutenabilité environnementale constitue donc bien un objectif pour la BCE. L’existence implicite de cet objectif dans l’article 127 n’ayant toutefois pas suffi pour que l’institution contribue activement à la transition écologique, sans doute faudra-t-il l’expliciter. Confier un rôle à la BCE dans le pacte vert de l’Union européenne (Green deal) ou inscrire formellement la notion de soutenabilité environnementale dans l’article 127 favoriserait l’orientation de la politique monétaire vers la transition écologique. Cela n’amenderait que très à la marge son cadre institutionnel.

Quoi qu’il en soit, il existe un assez large nuancier d’options opérationnelles possibles pour « verdir » la politique monétaire :

  • Tout un ensemble d’options « vert clair », consistant, par exemple, à verdir les refinancements en y intégrant un surcoût climatique (MRO vert), en faisant en sorte que les collatéraux acceptés soient alignés sur des trajectoires suffisamment bas carbone (collatéraux verts), en conditionnant les refinancement des banques à l’encours de financements verts qu’elles octroient (TLTRO verts), ou à verdir les achats de titres privés (QE vert responsable). Toutes ces options sont réalisables dans le cadre institutionnel actuel ou restent fidèles à son esprit. Elles ont en commun de ne pas impliquer directement la banque centrale dans le financement de la transition écologique et, de ce fait, lui feraient exercer un rôle certes plus actif qu’actuellement mais limité.
  • La plus vive des options « vert clair » serait un programme d’achats d’actifs publics émis pour financer des investissements climats, la seule dans ce premier ensemble à « faciliter » l’investissement public dans la transition, sans cependant le financer directement.
  • Une autre option, celle « vert vif », consisterait à monétiser des dépenses publiques nécessaires à la transition écologique. La banque centrale participerait alors directement au financement de la transition écologique. Son pouvoir de création monétaire serait mis au service de la collectivité et permettrait de réaliser les investissements dont le rendement insuffisant ou à trop long terme rend inenvisageable un financement privé. C’est l’option qui combinerait le mieux politique monétaire, politique budgétaire et politique prudentielle dans un policy-mix vert. Seule cette option assurerait, en effet, un financement qui préserverait les finances publiques et, parce qu’il n’alimenterait pas la dette, préserverait aussi la stabilité financière, dans le même sens que la politique prudentielle. Mais c’est aussi l’option exigeant le plus de changements sur le plan institutionnel, donc forcément celle qui suscitera le plus d’oppositions.

Pour avancer vers le « vert vif », il faudra probablement passer d’abord par les nuances du « vert clair », moins pour des raisons de fond qu’au vu des blocages institutionnels et politiques qui ne sont pas aisés à lever. Toutes ces options ne sont en tout cas pas exclusives les unes des autres. Même si face à l’urgence écologique, les petits pas ne suffiront pas.

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Par Jézabel Couppey-Soubeyran, Maître de conférences en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Wojtek Kalinowski, sociologue et directeur de l’Institut Veblen, a co-rédigé cet article.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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