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Présidentielle au Brésil : Lula nettement en tête mais le résultat pourrait être contesté par Bolsonaro

• Présidentielle au Brésil : Lula nettement en tête mais le résultat pourrait être contesté par Bolsonaro

Lula a obtenu 48,2% des voix, contre 43,30% pour Bolsonaro. Les deux candidats s’affronteront lors d’un second tour le 30 octobre.


• « La surprise serait que Jair Bolsonaro reconnaisse sa défaite sans rechigner », estime dimanche 2 octobre sur franceinfo, Frédéric Louault, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles et spécialiste du Brésil. Le président sortant a donné de nombreux signes qu’il pourrait ne pas reconnaître les résultats en cas de défaite à la présidentielle, invoquant notamment des risques de « fraude ». Alors que le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne a lieu ce dimanche, Lula est le grand favori selon les derniers sondages, étant crédité de 51-52% des suffrages. La campagne est marquée aussi « par la violence » et « beaucoup d’électeurs s’apprêtent à aller aux urnes avec un petit peu la peur au ventre en ayant la crainte des agressions », précise Frédéric Louault, auteur du livre « Le Brésil, l’interminable émergence », aux éditions Tallandier.

Ce sont deux visions du Brésil, et même du monde, qui s’affrontent lors de ce premier tour de l’élection présidentielle ?

• Frédéric Louault : Oui, ce sont deux modèles de société très opposés. L’ancien président Lula, parle de la « démocratie contre la barbarie » et en s’adressant au camp adverse, il évoque la « barbarie ». Du côté de l’actuel président sortant Jair Bolsonaro, lorsqu’il parle de son adversaire, il évoque le retour du « diable au pouvoir ». Cette élection est très tendue. Les derniers débats présidentiels, marqués par des attaques très dures entre les différents candidats, l’ont bien montré.

Est-ce qu’il y a une vague de rejet du président sortant Jair Bolsonaro, étant donné que d’après les derniers sondages Lula est très largement en tête ?
• Le président sortant a un rejet qui dépasse les 50%. Cela lui rend la tâche très difficile pour son projet de réélection. C’est un rejet qui, en particulier, est très lié à sa gestion de la crise sanitaire, mais aussi des affaires publiques en général avec un style marqué par une forte polarisation et par des provocations incessantes qui tend à fatiguer une grande partie de la population brésilienne. Jair Bolsonaro a d’ailleurs été accusé à l’issue de la crise sanitaire par son propre congrès de « crime contre l’humanité » et c’est utilisé par ses opposants pour le fragiliser.
• Mais les thèmes qui comptent le plus actuellement sont plutôt des thèmes d’ordre socio-économique avec les questions autour des programmes de redistribution et de la relance de l’économie. Pour l’ancien président Lula, c’est la question de la protection de la démocratie, de rétablir le cadre démocratique, de rétablir l’image du Brésil sur la scène internationale.
• Un dernier thème qui compte en faveur du président sortant, Jair Bolsonero, c’est la question des valeurs familiales et de la religion. Il joue beaucoup sur cela pour discréditer son adversaire. Enfin, Jair Bolsonaro joue aussi sur le thème de la corruption en associant le Parti des Travailleurs de l’ancien président Lula aux grands scandales de corruption pour essayer de le fragiliser. Une campagne tendue.

Est-ce que cela témoigne d’un pays, le Brésil, aujourd’hui particulièrement fracturé ?
• Aujourd’hui, le pays est fracturé, comme le sont d’autres pays de la région. Ce qui est inquiétant au Brésil, c’est que la violence a marqué la campagne électorale et beaucoup d’électeurs s’apprêtent aujourd’hui à aller aux urnes avec un petit peu la peur au ventre en ayant la crainte des agressions, des violences politiques.
• L’élection est moins festive que d’habitude et il y a aussi une grande inquiétude quant à l’issue pour savoir si Jair Bolsonaro n’est pas élu, est-ce qu’il va reconnaître sa défaite électorale. Jair Bolsonaro a en effet critiqué à maintes reprises le vote électronique. Quelles conséquences cela peut avoir, notamment en cas de défaite dès le premier tour ce soir si Lula obtient plus de 50% des suffrages. Que Lula obtienne plus de 50% des suffrages est une hypothèse assez crédible puisque les derniers sondages le placent entre 51 et 52% des voix.
• Bien sûr, Jair Bolsonaro a balayé les sondages en disant que les sondages faisaient eux même partie d’un grand système de fraude. Mais partant de ce scénario selon lequel Lula remporterait l’élection dès le premier tour, Jair Bolsonaro contesterait les résultats, comme il l’a annoncé à de nombreuses reprises. Et quand on parle avec ses bases électorales, on se rend compte que c’est un message qui a beaucoup d’écho et beaucoup d’électeurs de Jair Bolsonaro qu’on rencontre ici nous disent ainsi que s’il n’est pas élu dès le premier tour, c’est qu’il y a fraude et donc forcément, il faut s’attendre à ce qu’il y ait une dénonciation de fraude. La surprise serait que Jair Bolsonaro reconnaisse sa défaite sans rechigner.

Présidentielle 2022 : Une information objective des journalistes ?

Présidentielle 2022 : Une information objective des journalistes ?

 

 

D’après une étude, les Français seraient satisfaits de l’objectivité des journalistes pendant la campagne électorale. Pas tellement étonnant car cet étude a été commandé par des organes de presse. D’autres études ont démontré par ailleurs que les Français étaient de plus en plus dubitatifs vis-à-vis des grands médias.Selon une étude réalisée par Viavoice pour les Assises du journalisme de Tours, publiée samedi ; une majorité de Français (57%) juge « bonne » l’information délivrée par les journalistes pendant la campagne présidentielle. D’après ce sondage effectué en partenariat avec France Télévisions, France Médias Monde, Le Journal du Dimanche et Radio France, seuls 11% des personnes interrogées estiment que l’information délivrée était « très mauvaise » et 25% la trouvent « assez mauvaise », Parmi les Français satisfaits de la couverture faite par les médias, 8% estiment que l’information délivrée était « très bonne » et 49% « assez bonne ».

 

Présidentielle : quelle légitimité démocratique pour Macron !

Présidentielle : quelle légitimité démocratique  pour Macron ! 

Un cri de révolte pour protester contre le caractère d’illégitimité d’élection de Macron ; un cri qui peut s’entendre mais qui mériterait d’être encore approfondi sur ce qu’on entend par illégitimité. Indiscutablement, l’élection de Macron est juridiquement légitime mais le problème c’est que politiquement, elle ne l’est pas.

En effet, le reproche essentiel fait à Macron, c’est son ascension politique jusqu’au plus haut niveau sans jamais avoir eu le moindre passé social, la moindre expérience collective sociétale, la moindre représentativité collective.  Macron est un bourgeois technocrate choisi et financé par les plus grandes entreprises. Cela évidemment pour favoriser un projet de société de marché.

Les Français sont une majorité à le considérer comme moralement et politiquement illégitime. Pour preuve surtout le premier parti de France de 40 à 50 % d’abstention, de non-inscrits ou de mal inscrits. Même si par ailleurs juridiquement son élection n’est pas contestable . En fait Macron recueille seulement 15% des votants potentiels au premier tour. 

 

tribune

« J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes, estime Mélanie Tellaa. C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. [...] Ce n’est pas un choix par défaut. »

Je ne suis personne mais je pense représenter une certaine opinion. Emmanuel Macron vient d’être réélu et je suis particulièrement choquée des réactions des personnalités politiques.

Je fais partie des gens qui ont voté pour lui. Pas au premier tour. J’ai voté pour lui au second tour. Et je voudrais m’inscrire en faux contre tout ce qui se dit en ce moment même. Non, ce n’est pas un choix par défaut. Oui, ce choix que j’ai fait et que des millions de gens ont fait, ce choix est un choix démocratique.

J’ai lu les programmes. J’ai évalué les candidats selon leur adéquation à mes principes, à mes valeurs et j’ai évalué leur capacité à faire des propositions réalistes. Tout ça a été le fruit de recherches personnelles, de réflexions. Et oui, j’ai choisi de voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour. J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes.

C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. Je rejette les accusations d’illégitimité démocratique.

Je refuse que les candidats qui n’ont pas conquis assez de voix pour passer au second tour osent parler de vote par défaut. Je regrette aussi qu’ils évoquent le vote « barrage » avec mépris. Car ce vote barrage n’est pas méprisable et n’est pas moins fort que le vote d’adhésion : c’est un vote d’adhésion aux valeurs de la République. C’est un vote contre l’extrême-droite dont le discours est banalisé.

Mais conforter le désespoir de certains citoyens qui voyaient dans le choix à faire un choix du pareil au même, c’est oublier que Marine Le Pen est la candidate d’un parti dont les propositions sont pour beaucoup contraires aux traités européens et à la Constitution française. Ses mesures visent à diviser les Français selon leurs origines ou leurs religions. Lutter contre cela est tout à fait légitime.

Je regrette que ceux qui essuient encore leur défaite n’arrivent pas à relever la tête pour respecter ces électeurs dont je fais partie et qui ont participé à la réélection du président de la République. Je regrette que l’on nie mon choix. Je regrette que l’on compare les dangers de l’extrémisme à un choix républicain.

Et je leur dis à tous : l’offre politique existe. Chacun doit s’en saisir et prendre ses responsabilités. Pour ma part, c’est clair. J’ai voté Macron et je l’ai fait exprès.

Mélanie Tellaa, Angresse (Landes)


« J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes, estime Mélanie Tellaa. C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. [...] Ce n’est pas un choix par défaut. »(tribune d’un lecteur du « Monde »)

 

Je ne suis personne mais je pense représenter une certaine opinion. Emmanuel Macron vient d’être réélu et je suis particulièrement choquée des réactions des personnalités politiques.

Je fais partie des gens qui ont voté pour lui. Pas au premier tour. J’ai voté pour lui au second tour. Et je voudrais m’inscrire en faux contre tout ce qui se dit en ce moment même. Non, ce n’est pas un choix par défaut. Oui, ce choix que j’ai fait et que des millions de gens ont fait, ce choix est un choix démocratique.

J’ai lu les programmes. J’ai évalué les candidats selon leur adéquation à mes principes, à mes valeurs et j’ai évalué leur capacité à faire des propositions réalistes. Tout ça a été le fruit de recherches personnelles, de réflexions. Et oui, j’ai choisi de voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour. J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes.

C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. Je rejette les accusations d’illégitimité démocratique.

Je refuse que les candidats qui n’ont pas conquis assez de voix pour passer au second tour osent parler de vote par défaut. Je regrette aussi qu’ils évoquent le vote « barrage » avec mépris. Car ce vote barrage n’est pas méprisable et n’est pas moins fort que le vote d’adhésion : c’est un vote d’adhésion aux valeurs de la République. C’est un vote contre l’extrême-droite dont le discours est banalisé.

Mais conforter le désespoir de certains citoyens qui voyaient dans le choix à faire un choix du pareil au même, c’est oublier que Marine Le Pen est la candidate d’un parti dont les propositions sont pour beaucoup contraires aux traités européens et à la Constitution française. Ses mesures visent à diviser les Français selon leurs origines ou leurs religions. Lutter contre cela est tout à fait légitime.

Je regrette que ceux qui essuient encore leur défaite n’arrivent pas à relever la tête pour respecter ces électeurs dont je fais partie et qui ont participé à la réélection du président de la République. Je regrette que l’on nie mon choix. Je regrette que l’on compare les dangers de l’extrémisme à un choix républicain.

Et je leur dis à tous : l’offre politique existe. Chacun doit s’en saisir et prendre ses responsabilités. Pour ma part, c’est clair. J’ai voté Macron et je l’ai fait exprès.

Mélanie Tellaa, Angresse (Landes)

Présidentielle : il n’y a pas d’illégitimité démocratique pour Macron !

 Présidentielle : il n’y a pas  d’illégitimité démocratique  pour Macron ! 

Un cri de révolte pour protester contre le caractère d’illégitimité d’élection de Macron ; un cri qui peut s’entendre mais qui mériterait d’être encore approfondi sur ce qu’on entend par illégitimité. Indiscutablement, l’élection de Macron est juridiquement légitime mais le problème c’est que politiquement, elle ne l’est pas.

En effet, le reproche essentiel fait à Macron, c’est son ascension politique jusqu’au plus haut niveau sans jamais avoir eu le moindre passé social, la moindre expérience collective sociétale, la moindre représentativité collective.  Macron est un bourgeois technocrate choisi et financé par les plus grandes entreprises. Cela évidemment pour favoriser un projet de société de marché.

Les Français sont une majorité à le considérer comme moralement et politiquement illégitime. Pour preuve surtout le premier parti de France de 40 à 50 % d’abstention, de non-inscrits ou de mal inscrits. Même si par ailleurs juridiquement son élection n’est pas contestable 

 

tribune

« J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes, estime Mélanie Tellaa. C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. [...] Ce n’est pas un choix par défaut. »

Je ne suis personne mais je pense représenter une certaine opinion. Emmanuel Macron vient d’être réélu et je suis particulièrement choquée des réactions des personnalités politiques.

Je fais partie des gens qui ont voté pour lui. Pas au premier tour. J’ai voté pour lui au second tour. Et je voudrais m’inscrire en faux contre tout ce qui se dit en ce moment même. Non, ce n’est pas un choix par défaut. Oui, ce choix que j’ai fait et que des millions de gens ont fait, ce choix est un choix démocratique.

J’ai lu les programmes. J’ai évalué les candidats selon leur adéquation à mes principes, à mes valeurs et j’ai évalué leur capacité à faire des propositions réalistes. Tout ça a été le fruit de recherches personnelles, de réflexions. Et oui, j’ai choisi de voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour. J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes.

C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. Je rejette les accusations d’illégitimité démocratique.

Je refuse que les candidats qui n’ont pas conquis assez de voix pour passer au second tour osent parler de vote par défaut. Je regrette aussi qu’ils évoquent le vote « barrage » avec mépris. Car ce vote barrage n’est pas méprisable et n’est pas moins fort que le vote d’adhésion : c’est un vote d’adhésion aux valeurs de la République. C’est un vote contre l’extrême-droite dont le discours est banalisé.

Mais conforter le désespoir de certains citoyens qui voyaient dans le choix à faire un choix du pareil au même, c’est oublier que Marine Le Pen est la candidate d’un parti dont les propositions sont pour beaucoup contraires aux traités européens et à la Constitution française. Ses mesures visent à diviser les Français selon leurs origines ou leurs religions. Lutter contre cela est tout à fait légitime.

Je regrette que ceux qui essuient encore leur défaite n’arrivent pas à relever la tête pour respecter ces électeurs dont je fais partie et qui ont participé à la réélection du président de la République. Je regrette que l’on nie mon choix. Je regrette que l’on compare les dangers de l’extrémisme à un choix républicain.

Et je leur dis à tous : l’offre politique existe. Chacun doit s’en saisir et prendre ses responsabilités. Pour ma part, c’est clair. J’ai voté Macron et je l’ai fait exprès.

Mélanie Tellaa, Angresse (Landes)


« J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes, estime Mélanie Tellaa. C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. [...] Ce n’est pas un choix par défaut. »(tribune d’un lecteur du « Monde »)

 

Je ne suis personne mais je pense représenter une certaine opinion. Emmanuel Macron vient d’être réélu et je suis particulièrement choquée des réactions des personnalités politiques.

Je fais partie des gens qui ont voté pour lui. Pas au premier tour. J’ai voté pour lui au second tour. Et je voudrais m’inscrire en faux contre tout ce qui se dit en ce moment même. Non, ce n’est pas un choix par défaut. Oui, ce choix que j’ai fait et que des millions de gens ont fait, ce choix est un choix démocratique.

J’ai lu les programmes. J’ai évalué les candidats selon leur adéquation à mes principes, à mes valeurs et j’ai évalué leur capacité à faire des propositions réalistes. Tout ça a été le fruit de recherches personnelles, de réflexions. Et oui, j’ai choisi de voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour. J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes.

C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. Je rejette les accusations d’illégitimité démocratique.

Je refuse que les candidats qui n’ont pas conquis assez de voix pour passer au second tour osent parler de vote par défaut. Je regrette aussi qu’ils évoquent le vote « barrage » avec mépris. Car ce vote barrage n’est pas méprisable et n’est pas moins fort que le vote d’adhésion : c’est un vote d’adhésion aux valeurs de la République. C’est un vote contre l’extrême-droite dont le discours est banalisé.

Mais conforter le désespoir de certains citoyens qui voyaient dans le choix à faire un choix du pareil au même, c’est oublier que Marine Le Pen est la candidate d’un parti dont les propositions sont pour beaucoup contraires aux traités européens et à la Constitution française. Ses mesures visent à diviser les Français selon leurs origines ou leurs religions. Lutter contre cela est tout à fait légitime.

Je regrette que ceux qui essuient encore leur défaite n’arrivent pas à relever la tête pour respecter ces électeurs dont je fais partie et qui ont participé à la réélection du président de la République. Je regrette que l’on nie mon choix. Je regrette que l’on compare les dangers de l’extrémisme à un choix républicain.

Et je leur dis à tous : l’offre politique existe. Chacun doit s’en saisir et prendre ses responsabilités. Pour ma part, c’est clair. J’ai voté Macron et je l’ai fait exprès.

Mélanie Tellaa, Angresse (Landes)

Présidentielle 2022 : une réélection à la Pyrus

Présidentielle 2022 : une réélection à la Pyrus

 

La victoire d’Emmanuel Macron – qui a perdu presque 2 millions de suffrages en cinq ans – le confronte directement à son échec : il n’a pas su faire reculer l’extrémisme ni revitaliser notre vie démocratique. Pour rendre crédible l’« ère nouvelle » annoncée par le président réélu, il importe d’en annoncer rapidement les contours estime un papier du Monde de Jérôme Fenoglio .

 

Editorial du Monde. 

 

« Cinq années de mieux », et non cinq de plus. Au soir de son second tour une nouvelle fois victorieux face à Marine Le Pen, dimanche 24 avril, Emmanuel Macron a lui-même fixé l’ambition qui peut le distinguer de ses trois prédécesseurs réélus présidents sous la Ve République. Pour Charles de Gaulle, puis François Mitterrand et Jacques Chirac – ces deux derniers renouvelés au sortir d’une période de cohabitation –, le second mandat avait pris la forme d’une longue déception. Comme si la continuité de l’exercice du pouvoir avait fini par étouffer toute l’ardeur de la prise de fonctions.

De fait, Emmanuel Macron, encore jeune président de 44 ans, n’a d’autre choix que de tenter d’échapper à cette langueur du maintien à l’Elysée. Sa prouesse d’avoir résisté au dégagisme qui l’avait porté au pouvoir lui donne toute légitimité pour gouverner, sans pour autant l’éloigner du bord de l’abîme. Deux chiffres, à l’issue de ce scrutin présidentiel, donnent la mesure de ce gouffre qui menace d’avaler notre vie démocratique. Avec près de 13,3 millions de voix – 2,7 millions de plus qu’en 2017 –, Marine Le Pen a établi le meilleur score de l’extrême droite à une élection, toutes périodes confondues. Celles et ceux qui ont décidé de ne pas choisir, par l’abstention, le vote blanc ou nul, pèsent encore plus lourd : près de 16,7 millions de personnes, un nouveau sommet. Sur ces deux points, la victoire d’Emmanuel Macron – qui a lui-même perdu presque 2 millions de suffrages en cinq ans – le confronte donc directement à son échec : il n’a pas su, comme il en avait affiché l’intention, faire reculer l’extrémisme et revitaliser notre vie démocratique.

Sa réélection le maintient aussi sous la pression d’une conjonction inouïe de crises : agression russe de l’Ukraine, catastrophe climatique, pandémie, dérèglements économiques et sociaux. Pour amortir les effets de ces bouleversements en France, et surtout pour attirer des voix acquises à Jean-Luc Mélenchon, M. Macron a choisi, dans l’entre-deux-tours, d’infléchir vers la gauche un programme très nettement orienté à droite. Faire « mieux » consistera dès le début de ce nouveau quinquennat à donner forme à cette synthèse, sans décevoir une nouvelle fois les progressistes.

Sur le réchauffement climatique, des paroles fortes ont été prononcées, qui ont certainement contribué au report des voix d’une partie de la jeunesse sur le président sortant. Confirmées dimanche soir, ces promesses sont tellement appuyées qu’il faut considérer, à rebours du vieil adage chiraquien, qu’elles engagent pour une fois davantage celui qui les a émises que ceux qui les ont reçues. De la part d’un président qui a souvent démontré, au cours du premier quinquennat, une capacité supérieure à traverser les crises qu’à les anticiper, il n’est que temps de réaliser que cette catastrophe n’obère plus seulement notre avenir, mais frappe dès maintenant notre présent.

Face au programme imprégné de xénophobie de Marine Le Pen, Emmanuel Macron a également choisi de renouer avec la réfutation ferme qui était la marque de son début de mandat. Il faut souhaiter que celui qui s’ouvre, éclairé par les déboires de la droite classique qui y a égaré la plupart de ses électeurs et un bout de son âme, ne renouera pas avec les gesticulations et les surenchères des derniers temps.

Présidentielle Macron II : victoire à la Pyrrhus

Présidentielle Macron II  : victoire à la Pyrrhus

La nette victoire d’Emmanuel Macron, premier président sortant réélu hors période de cohabitation depuis les débuts de la Ve République, ne doit pas masquer deux réalités nouvelles de la vie politique française. Avec 42% des suffrages exprimés, Marine Le Pen a fracturé le plafond de verre qui empêche l’arrivée au pouvoir du « camp national » en France. Et une troisième force, l’Union Populaire, est en mesure de se rassembler en vue des législatives autour de Jean-Luc Mélenchon. C’est le paradoxe de ce 24 avril 2022 : comment représenter au parlement une France aussi divisées estime un papier de la « Tribune ». 

Le « ouf » de soulagement du camp anti-Le Pen qui a réussi ce dimanche 24 avril à écarter une seconde fois consécutive la menace d’un basculement de la France dans le populisme ne doit pas faire illusion. Avec un taux d’abstention presque record à part le match Pompidou-Poher de 1969 (« bonnet blanc contre blanc bonnet »), et le score élevé de Marine Le Pen, qui a gagné plus de 2 millions de voix par rapport à 2017, c’est une victoire à la Pyrrhus qu’a remportée Emmanuel Macron. Certes, 16 points d’écart séparent les deux finalistes, ce qui fait du président sortant le mieux réélu depuis 1981. Certes, avec 28% des voix aux premier tour, soit 4 points de mieux qu’en 2017, Emmanuel Macron est assuré d’une forte légitimité. Marine Le Pen en bonne perdante a d’ailleurs reconnu de façon très républicaine sa défaite juste après 20h et a même téléphoné au vainqueur pour le féliciter.

Mais si on regarde de près le nouveau monde politique qui sort de cette campagne électorale, on se dit que rien n’est vraiment gagné pour Emmanuel Macron et que tout est encore ouvert avec le troisième tour politique qui va se jouer avec les élections législatives de juin. Avec la quasi disparition des deux forces républicaines qui ont dominé la vie parlementaire française depuis les débuts de la Ve République, un nouveau tripartisme émerge : le grand centre incarné par LREM et ses alliés, la « maison commune » qui va sans doute emporter la majorité au Parlement ; le camp national que Marine Le Pen comme Eric Zemmour vont tenter de rassembler ; et le camp de l’Union populaire dont Jean-Luc Mélenchon a dès hier soir revendiqué d’être le chef pour devenir « le Premier ministre de cohabitation » à la tête d’une coalition de progrès à laquelle dès hier soir Ségolène Royal, ancienne candidate socialiste a apporté son soutien.

Clairement, cette élection présidentielle de 2022 consacre en l’achevant le processus de décomposition-recomposition de la scène politique française dont Emmanuel Macron a été le messager comme le réalisateur, voire le scénariste. Bien sûr, en théorie, PS et LR vont essayer de profiter de leur bonne implantation locale pour se refaire une santé aux Législatives. Mais en réalité, la dynamique électorale joue en faveur d’une nouvelle donne dont les jours et les semaines à venir vont donner la mesure.

Est-ce que tout va donc devoir changer pour que tout change dans la vie politique française ? Emmanuel Macron, même bien réélu, va devoir en tenir compte. Cette fois, c’est différent : le président réélu ne peut pas refaire aux Français le coup de Chirac en 2002 (82/18 face à Jean-Marie Le Pen) ni même celui de 2017 (66/34 face à Marine Le Pen). A 58/42, le plafond de verre du barrage républicain s’est sérieusement fissuré ce dimanche et Emmanuel Macron ne peut pas faire fi de ce message surtout si on regarde les scores de Marine Le Pen largement majoritaire dans des pans entiers du territoire. Et alors que l’addition de l’abstention et des votes blancs et nuls constitue un quatrième bloc d’électeurs qui ont déserté la vie démocratique faute d’y trouver un espoir.

Il est donc temps, pour Emmanuel Macron, de tomber le masque et de porter le fer dans la plaie qui conduit plus de 4 électeurs sur 10 à voter pour une candidate dont une bonne partie du programme est clairement d’extrême-droite. Alors si on ne veut pas voir à nouveau en 2027 un second tour Edouard Philippe/Marine Le Pen puis en 2032 le même face à Jordan Bardella, voire une arrivée au pouvoir du camp nationaliste, il va falloir qu’Emmanuel Macron sorte le grand jeu et mérite la chance qui lui arrive de faire un second quinquennat.

Il est attendu à très court terme sur deux fronts parallèles : la crise en Ukraine et ses conséquences économiques via les prix de l’énergie et de l’alimentation ; et la protection du pouvoir de vivre des Français les plus impactés. Sur ce point, on peut compter sur des mesures fortes et rapides. Mais sur les défis du climat, de l’école et de l’emploi, sur le travail, le RSA et les retraites, les points durs de son projet économique et social, la seule réélection d’Emmanuel Macron ne suffira pas sauf à prédire un quatrième tour social dans la rue. Car c’est bien le report à plus de 42% des électeurs de Mélenchon du premier tour qui lui ont permis de gagner. Ces « insoumis » (22% au premier tour) ne vont pas se priver de se venger aux législatives, en tentant de rassembler les 1,74% de la candidate socialiste Anne Hidalgo et les 4,58% de Yannick Jadot dans une stratégie d’alternance. Une autre histoire commence donc.

Emmanuel Macron est aussi attendu par des réponses à la crise démocratique ressentie dans une vieille république monarchisante. Lui qui avait théorisé la nécessité d’une présidence verticale, jupitérienne, en 2017, saura-t-il tenir la promesse d’inscrire une dose de proportionnelle. On ne gouverne pas un pays avec les seuls suffrages des cadres aisés des grandes villes et des personnes âgées qui se sont massivement portées sur son nom. Les ruraux, les habitants de la France des périphéries espèrent un second mandat avec plus de respect à leur égard, un Macron II de rassemblement qui ne se contente pas de dire « Merci » et « Je sais ce que je vous dois » à ceux, minoritaires, qui l’ont réélu. Beaucoup d’électeurs estiment ce dimanche à juste titre détenir un « avoir » sur Emmanuel Macron. Beaucoup de celles et ceux qui ont mis un bulletin Macron se demandent : « va-t-il continuer à nous entuber ? Ou bien va-t-il entendre les colères, les frustrations ? Sauvé par la gauche, voire l’extrême gauche, va-t-il continuer de gouverner à droite avec la droite ou bien mener une politique d’ouverture ? Ecologie, fonction publique, rôle de l’Etat, hôpitaux, santé, politique migratoire, laïcité, école : Si on espère mieux de Macron II, c’est avant tout une nouvelle méthode que les Françaises et les Français lui enjoignent de proposer. Le discours du Champ de Mars de ce dimanche 24 avril en a esquissé les prémisses. Mais pas vraiment la promesse. Le vrai danger pour la France, dans un moment de troubles économiques et géopolitiques, est bien là : celui d’un pays ingouvernable et paralysé par ses propres divisions. Rendez-vous les 12 et 19 juin pour la suite, elle promet d’être intéressante.

Philippe Mabille

Présidentielle: une décomposition politique et un troisième tour dans la rue ?

Présidentielle:  une décomposition politique et un troisième tour dans la rue ?

«La campagne électorale ayant été assez évanescente, elle n’a pas servi de soupape ou de purge cathartique des tensions traversant le pays. Il est donc à craindre que celles-ci ne trouvent pas de débouchés dans l’hémicycle mais dans la rue.»

Pour le directeur du département Opinion de l’Ifop, Jérôme FOURQUET  auteur de La France sous nos yeux (Seuil) si le «front républicain» a de nouveau fonctionné, la réélection du président sortant repose sur des bases plus fragiles encore qu’en 2017. Interview dans le Figaro- 

LE FIGARO.- Emmanuel Macron a été réélu avec 58% des voix, loin devant Marine Le Pen. Le « front républicain » a-t-il encore une fois fonctionné ?

Jérôme FOURQUET.- Oui en partie. Les enquêtes des derniers jours indiquent que l’électorat de gauche dont les candidats ont été éliminés l’a pratiqué. 40% de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon s’est ainsi reporté sur le président sortant et deux tiers de celui de Yannick Jadot. À droite, il a également marché mais dans des proportions un peu moins larges : la moitié de celui de Pécresse, contre ¼ qui s’est reporté sur Marine Le Pen. S’il est donc toujours pratiqué, ce front républicain a cependant perdu de son caractère automatique. Au sein de l’électorat Mélenchon, c’est la composante la plus âgée qui a été la plus rétive à le pratiquer, soit celle qui était déjà en âge de voter en 2002 lors du second tour Chirac/ Le Pen, et qui aurait donc dû le mettre en œuvre pour la troisième fois. …

«La campagne électorale ayant été assez évanescente, elle n’a pas servi de soupape ou de purge cathartique des tensions traversant le pays. Il est donc à craindre que celles-ci ne trouvent pas de débouchés dans l’hémicycle mais dans la rue.»

Présidentielle : des élections surtout pour éliminer

Présidentielle : des élections surtout pour éliminer


42 % des électeurs de Macon ont surtout voté pour éliminer Le Pen . D’où un résultat assez ambigu et qui n’a pas été célébré dans une grande allégresse. Plutôt un sentiment d’insatisfaction. Pour preuve 56 % des électeurs souhaitent que Macron perde les élections législatives ! Une sorte de de rééquilibrage des pouvoirs car il est vraisemblable qu’il n’y aura pas d’état de grâce d’après le directeur général de l’IFOP. Pour le directeur général de l’Ifop, «avec une telle fracturation» des électeurs, «il n’y aura pas d’état de grâce» pour Emmanuel Macron

 

 

Emmanuel Macron a remporté dimanche soir l’élection présidentielle avec 58,5% des voix face à Marine Le Pen (41,5%), selon les dernières estimations de votre institut. Que dire de son score ?

Il y avait une sorte de barre symbolique des 55 %. En dépassant ce seuil, Emmanuel Macron aura marginalisé Marine Le Pen et pourra compter sur l’effet de souffle post présidentielle. Un rapport de force plus serré aurait alimenté le procès en illégitimité auquel ont eu droit tous les Présidents élus depuis 2012. Emmanuel Macron est le premier Président à être élu sous la Ve République hors période de cohabitation, au suffrage universel direct, c’est historique. Il a bénéficié de meilleurs reports que prévu, avec 42 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui ont voté pour lui et 13 % qui se sont tournés vers Le Pen.

Présidentielle : « Lui ou le chaos »… quand même !

Présidentielle : « Lui ou le chaos »… quand même ! 

 

Dans un papier de la Tribune ci-après en titre : » lui ou le chaos », Une sorte de plaidoyer pour Macron. Le problème c’est qu’après la lecture de cet article rien n’empêche de penser qu’avec une France aussi divisée on risque le chaos quand même y compris avec Macron.

Faire barrage à Marine Le Pen et au basculement de la France dans le populisme, sans pour autant faire du bulletin Macron un chèque en blanc. Dans tous les cas de figure, comment gouverner un peuple aussi divisé ? Tel est l’enjeu principal d’un second tour de la présidentielle ce dimanche 24 avril. En attendant le troisième tour…

Dimanche 24 avril 2022, journée de la France, qui sera au centre de toutes les attentions dans le monde pour le second tour de son élection présidentielle et le troisième « 21 avril » de son histoire. Et si la France basculait à son tour dans le populisme, après la Pologne et la Hongrie, sept ans après le Brexit… 24 avril 2022, l’année du Frexit ? On en parle ?

Et c’est ainsi que se termine tristement une morne et finalement très ennuyeuse campagne présidentielle qui n’a fait qu’effleurer tous les sujets importants. Une campagne souvent rance et nauséabonde, autocentrée sur le rapport à l’autre, l’étranger, les frontières et l’immigration. Aucune vision positive sur l’avenir n’a réussi à percer de ce brouillard. Une campagne dominée par les haines, une campagne de la peur et des peurs, qui a vu s’affronter trois France, ainsi que l’a reconnu lui-même Emmanuel Macron : celle de l’extrême droite, présente pour la troisième fois au second tour ; celle de l’extrême gauche, portée par le « vote utile » en faveur de Jean-Luc Mélenchon ; et celle de « l’extrême centre », qu’il incarne jusqu’à sa propre caricature.

Extrême centre, un concept hérité de la période allant du Consulat à la Restauration tel que l’a théorisé l’historien Pierre Serna, et qui se définit par une alliance opportuniste des élites modérées allant du centre gauche au centre droit. Une stratégie politique et un mode de gouvernance qui présentent l’avantage de fabriquer une majorité composite, mais stable, au risque de rejeter vers les autres extrêmes une part croissante de l’électorat, notamment les déçus et les perdants, en n’offrant qu’une seule alternative : lui, ou le chaos. Dans tous les cas, c’est le visage désenchanté, aux illusions perdues, d’une France qui sombre, qui se découvre en ce printemps, là où on espérait un renouveau.

Tous les scénarios alternatifs de cette campagne présidentielle de 2022 ont été déjoués et nous sommes revenus à la partition prévue au départ. La candidature Zemmour a été un feu de paille qui a surtout servi à fracturer la droite Fillon et à banaliser la candidature Le Pen : sur les 20 points de l’ancien Premier ministre de Sarkozy en 2017, moins de 5 sont allés à la candidate officielle de LR Valérie Pécresse, et le total de ses voix cumulées avec celles de Zemmour dépasse à peine les 12% ! La droite républicaine, qui aurait pu être la force d’alternance d’un macronisme finissant, a été une fois de plus « la plus bête du monde » en se divisant au lieu de se rassembler, au risque de l’effacement, à l’image du PS (Parti socialiste – NDLR pour les générations à venir). Le solde s’est partagé entre Emmanuel Macron en majorité et un peu Marine Le Pen que Zemmour a achevé dé-diaboliser. Si on était complotiste, ce qui n’est pas le cas de votre serviteur, on se dirait que tout cela a été écrit à l’avance par un auteur machiavélique…

Le grand débat de mercredi l’a montré : Marine Le Pen n’est clairement pas au niveau face au président sortant, plus précis et plus crédible sur à peu près tous les sujets techniques. Mais cela ne vend pas du rêve, notamment aux primo-votants, et beaucoup d’électeurs iront à la pêche, ou tout simplement en vacances dimanche, comme le prouvent à la fois les estimations d’abstention au plus haut depuis… 1969 et la forte progression des réservations de billets d’avion low cost, comme le signale Léo Barnier.

C’est ainsi que dans un sursaut du « barrage républicain », l’écart s’est creusé en ces derniers jours avant le vote final en faveur d’un Emmanuel Macron en passe de devenir le premier président sortant à se faire réélire hors période de cohabitation. Une réélection sans enthousiasme qui contraste avec l’énergie positive et les réels espoirs de celle de 2017, mais qui apparaît nécessaire pour éviter le scénario du pire, l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Car c’est bien cette dernière que représente la candidature de Marine Le Pen quoi qu’elle en dise et quoi que son programme absurde et attrape-tout prétend. Son projet politique reste celui presque éternel d’une droite identitaire, obsidionale, repliée sur elle-même et anti-européenne. Une candidature masquée sous un vernis de gauche sociale trompeur qui conduirait fatalement au Frexit par son absence totale de sérieux budgétaire ou en tout cas à une paralysie du fonctionnement de l’Europe au moment où la situation économique et géopolitique n’en a jamais autant légitimé le besoin.

Sur le plan des institutions, la victoire du populisme, qu’incarnerait l’entrée de Marine Le Pen à l’Elysée, serait une forme de « coup d’État permanent », avec un pouvoir invoquant en permanence le peuple souverain contre les élites au mépris des règles de notre constitution qui encadre très sagement le recours à ce pouvoir suprême.

Sur le plan économique, une victoire de Marine Le Pen serait un drame économique avec une fuite des capitaux et des talents. Robert Jules souligne le danger d’une explosion des taux d’intérêt avec une prime de risque Le Pen. Et ce, alors que la poussée de l’inflation change la donne mondiale avec une Réserve fédérale américaine qui envisage un choc rapide sur sa politique monétaire.

Marine Le Pen à L’Elysée, c’est le plus sûr chemin pour faire de la France l’Argentine de l’Europe. L’Europe des Nations nous condamnerait à être isolés pour cinq ans dans une alliance avec la Hongrie ou la Pologne dont les intérêts n’ont rien à voir avec les nôtres. Et ne parlons pas car tout a été dit à ce sujet mercredi lors du débat sur l’ambiguïté des positions de Marine Le Pen et de ses alliés souverainistes à l’égard de la Russie de Vladimir Poutine ou de la Chine de Xi Jinping, à un moment clé, celui d’une transformation majeure de la mondialisation dans laquelle la France sans l’Europe serait rabaissée au rang de nation mineure, otage d’empires qui méprisent nos libertés et notre mode de vie. Un Poutine de plus en plus menaçant à l’approche de l’offensive finale dans le Donbass, n’hésitant pas à brandir son gros missile nucléaire sobrement intitulé Sarmat ou Satan 2.

Sur la question de la Défense, aussi, les positions sont très différentes, souligne Michel Cabirol selon qui « deux projets et deux visions s’affrontent très clairement entre Emmanuel Macron, chantre de la coopération avec l’Allemagne, et Marine Le Pen, qui veut en finir avec des coopérations déséquilibrées ». Comme le soulignent tous les économistes sérieux, dont nos deux prix Nobel Jean Tirole et Esther Duflo dans Libération de vendredi, la politique économique et sociale de Marine Le Pen conduirait à un appauvrissement majeur du pays par une politique économique inflationniste, injuste et inefficace, à l’image de la promesse extravagante de baisser la TVA sur les produits de première nécessité et les carburants sans aucune forme de ciblage en faveur des plus modestes. Les promesses de Le Pen sur le pouvoir d’achat sont en trompe-l’œil, explique Grégoire Normand.

Ou encore la suppression très injuste de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans qui fera bien plaisir à Mbappé et aux traders des banques de la place de Paris.

Affirmer ainsi que l’élection de Marine Le Pen est une impasse pour la France, comme notre journal a décidé de le faire dans un éditorial pour la seconde fois de son histoire, ne signifie en aucun cas un mépris de notre part à l’égard de celles et ceux, très nombreux, qui vont voter pour elle ce dimanche. Bien au contraire, nous sommes extrêmement conscients de la gravité du moment et du risque de fracture du pays. Appeler à mettre un bulletin Macron ne vaut donc en rien quitus pour son programme, nous l’affirmons tout aussi clairement. Lundi 25 avril, quel que soit le scénario, il faudra faire preuve d’une extrême… vigilance.

A l’issue du scrutin de dimanche, un troisième tour politique et social va commencer, analyse Marc Endeweld. Permettra-t-il à la vraie campagne électorale d’enfin commencer ? Après Chirac et ses 82% de 2002, puis Macron et ses 66% de 2017, l’alerte est suffisamment claire pour que cette fois-ci, les leçons soient tirées de ce choc démocratique qui traumatise des millions d’électeurs. La balle sera dans le camp du vainqueur et si c’est Emmanuel Macron, sa responsabilité, déjà immense par son échec à faire reculer les extrêmes, sera décuplée. Exclu du second tour une nouvelle fois, Jean-Luc Mélenchon se verrait bien en profiter pour s’imposer en « Premier ministre de cohabitation ». Comme le raconte Marc Endeweld, « il aurait tort de s’en priver : Emmanuel Macron a piqué son expression fétiche, la « planification écologique », que Geoffroy Roux de Bézieux, le président du MEDEF, avait lui-même repris dans un récent ouvrage ». Plus largement, il reste une inconnue : « avec cette tripartition de la vie politique française entre trois grands blocs d’opinion, la France est-elle encore gouvernable ? », se demande notre chroniqueur. Telle est, en fait, la bonne question. D’autant que dans une période tourmentée, de croissance brutalement ralentie et de choc sur le pouvoir de vivre d’une majorité de Français, des décisions urgentes attendent le prochain président, sans attendre le résultat des législatives de juin.

Élection présidentielle : voter les yeux fermés ou le nez bouché ?

Élection présidentielle : voter les yeux fermés ou le nez bouché ?

 

 

D’une manière générale, cette campagne n’aura pas suscité un grand enthousiasme  témoin le fort taux d’abstention qui s’ajoute aux électeurs potentiels non-inscrits ou mal inscrits soit 40 à 50 % de la population au total.

 

Pour un certain nombre de ceux qui voteront, ce sera les yeux fermés ou le nez bouché. Les yeux fermés pour les partisans d’un camp ou de l’autre soit 10 à 20 % de la population électorale. Pour les autres, ceux qui feront basculer la victoire, il s’agira d’un vote d’opposition au candidat adverse. Certes,  le phénomène n’est pas nouveau mais cette fois il prend des proportions inquiétantes qui traduisent le fort mécontentement d’un grand nombre vis-à-vis du système politique et de la démocratie en général.

Macron risque en effet de l’emporter grâce au vote de ce qui voteront le nez bouché. Non pas un vote de  soutien à  Macron mais un vote de nette défiance vis-à-vis de Le Pen. Du coup , on retrouvera cette ambiguïté du vote très rapidement.

Le président (ou la présidente) va se croire investi pour mettre en œuvre son programme alors que la plupart des électeurs se seront déterminés pour empêcher l’élection de l’autre candidat.

L’autre insatisfaction tient surtout à l’obsolescence du fonctionnement démocratique qui théoriquement repose sur la démocratie représentative. Dans les faits  les candidats une fois élus décident  ce qu’ils veulent en fonction de leur humeur, de leurs intérêts en oubliant une grande partie de leurs promesses.

Et pour cause, la plupart des promesses ne sont pas bouclés par les moyens notamment financiers. Exemple les programmes des deux candidats aux présidentielles supposent des économies dans le fonctionnement de l’État , or  aucune proposition sérieuse de réforme de l’État n’a été mise sur la table. Conclusion,  ces économies sont à la fois virtuelles et illusoires.

La plupart des Français relativisent donc l’intérêt de cette élection présidentielle dont ils n’espèrent pas grand-chosent pour près de 70 % et c’est souvent le nez bouché qu’ils voteront.

Résultats de la présidentielle : Rien n’est acquis sauf la division

Résultats de la présidentielle : Rien n’est acquis

 

Entre éclatement des partis traditionnels, division des électeurs en trois pôles et reports de voix compliqués, l’issue du second tour n’est acquise pour personne. Par Claude Patriat, Université de Bourgogne – UBFC

 

Comme on pouvait s’y attendre, le scrutin du 10 avril n’a pas purgé la situation provoquée par l’irruption d’Emmanuel Macron en 2017 dans la porcelaine fragilisée du système des partis. Au contraire. Loin de stabiliser un nouvel ordre politique, il dévoile un paysage lunaire incertain d’où semblent exclus, à droite comme à gauche, les vieux partis de gouvernement : il y a cinq ans, avec un Benoît Hamon à 6,36 %, c’est le Parti socialiste qui prenait le chemin de la sortie ; voici le tour des Républicains de sombrer, écartelés entre Emmanuel Macron et Éric Zemmour, et qui se retrouvent en dessous de la barre des 5 %. Pendant que le PS, dépassé par Jean Lassalle et Fabien Roussel, réalise le score le plus faible de son histoire à moins de 2 %.

Terrible descente aux enfers dans une France à deux vitesses où, paradoxalement, les partis qui restent les maîtres du jeu au plan local se voient décapités au plan national !

Faute d’avoir réformé les institutions politiques en revitalisant l’équilibre des pouvoirs et en ouvrant les conditions d’une pleine représentation démocratique, on a laissé l’implacable mécanique de l’élection présidentielle faire son œuvre de guillotine sèche, dans une atmosphère où la colère et la peur se disputent à la résignation.

Entre les siphonnages croisés, à base de vote utile ou de vote refuge, et le vote protestataire, la vieille bipolarisation droite/gauche a fait long feu.

L’heure est à l’agglomération des électeurs autour de trois pôles : un pôle d’extrême droite, fort de ses 32,29 % et qui gagne 1,6 million de voix par rapport à 2017 ; un pôle de gauche radicale, autoproclamé par Mélenchon unité populaire, avec 22 % ; un pôle central autour du président sortant, qui rassemble 27,84 % des suffrages.

Autour de ce dernier, isolé au milieu des terres de sables mouvants, un habitat dispersé pour les lambeaux des partis non-alignés sur les pôles : Roussel, Jadot, Pécresse, Hidalgo ne totalisent à eux quatre que 13,45 % (4 727 073 suffrages). À elle seule, Valérie Pécresse, tombant à 1 679 470, perd 5 533 525 des voix réunies par François Fillon.

Les Républicains, pris en tenaille entre l’extrême droite et Emmanuel Macron, font donc particulièrement les frais du naufrage : ils ont été victimes du siphonnage par ces deux pôles. Une mésaventure du même genre est arrivée aux écologistes et aux socialistes, victimes collatérales des sirènes du vote utile chantées par Jean-Luc Mélenchon.

Dans ce jeu de vases communicants, certaines défaites sont particulièrement spectaculaires : des douze candidats, seuls trois émergent au-dessus de 20 %, tandis que neuf sont en dessous de la barre des 10 % et huit au-dessous de celle des 5 %. Et près de 15 points séparent le quatrième du troisième ! Étrange déconnexion d’un champ politique en pleine recomposition, dont on saisit difficilement la cohérence avec le paysage politique local. Souvenons-nous qu’en 2017, les quatre premiers candidats se tenaient dans un mouchoir de poche…

Jean-Luc Mélenchon peut se targuer d’un score plus élevé que le laissaient attendre les sondages, quoique moins important sans doute qu’il ne l’espérait : avec 21,95 %, il progresse de 655 000 voix par rapport à 2017 (+5,97 %). L’apport d’un vote utile d’écologistes et de socialistes ne suffit pas à compenser le handicap causé par la présence de son ancien allié communiste, qui a cette fois fait cavalier seul : il échoue de 421 000 voix à dépasser Marine Le Pen.

Emmanuel Macron, de son côté, réussit à franchir le cap en tête, précédant de près de quatre points sa principale rivale. Avec 27,84 % des suffrages, il améliore de plus de 1 130 000 voix son score de 2017 (+13 %). Quant à Marine Le Pen, avec 23,15 % elle réussit, par une habile utilisation du vote utile, à surmonter le handicap d’une candidature Zemmour et progresse de plus de 450 000 voix par rapport à la précédente élection (+5,96 %).

Le chemin du second tour est semé d’incertitudes et d’embûches. Car la partie qui va se jouer est doublement complexe. Il y a, bien sûr, la désignation de l’occupant du fauteuil présidentiel. Mais au-delà, il y a la question de l’efficience des institutions et leur capacité à répondre aux attentes d’un pays profondément divisé et fracturé.

Le résultat du premier tour laisse planer une fausse clarté sur l’issue du second. Cette cristallisation tripolaire antagoniste freine ce qui est un des deux éléments essentiels de la dynamique d’un second tour : les reports de voix.

Marine Le Pen semble n’avoir aucune inquiétude à se faire de ce point de vue, la texture du vote d’extrême droite étant homogène et les deux autres candidats de son camp, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, appelant sans surprise et sans condition à voter pour elle. Elle peut de surcroît, au vu de l’attitude du numéro 2 de la primaire LR, Éric Ciotti, partisan d’une droite dure, espérer une part des voix recueillies par Valérie Pécresse.

Et cerise sur le gâteau, dans le cadre d’une sorte de « tout sauf Macron », elle pourrait bénéficier de certains suffrages de Jean-Luc Mélenchon bien que ce dernier a appelé à plusieurs reprises dimanche soir à ne « pas donner une seule voix » à l’extrême droite sans pour autant donner une consigne en faveur d’Emmanuel Macron.

Face à ces deux blocs qu’unit leur commune hostilité au président-candidat, Emmanuel Macron ne dispose pas des mêmes ressources potentielles. Certes, aussi bien Anne Hidalgo que Valérie Pécresse, Yannick Jadot et Fabien Roussel ont fermement et clairement appelé à voter pour lui. Mais leur potentiel reste faible, à supposer qu’il soit discipliné. Il lui faudra ferrailler dur pour amener à lui les électeurs de gauche qui auront voté Mélenchon afin d’éviter trop de déshonneur à leur camp. Reste à jouer sur la participation et susciter une dynamique parmi les abstentionnistes du premier tour. Cette participation a été médiocre : seulement deux points de plus qu’en 2002 et quatre de moins qu’en 2017. Il y a donc là du soutien à espérer.

Ce qui sera lié à la deuxième dimension de l’élection : l’efficience démocratique dans le fonctionnement des institutions. Car il y a un déficit de confiance dans les élus. Il y a peu de chance, en effet que le 24 avril purge la France du malaise entretenu dans l’opinion publique. Le risque est lourd de voir la légitimité du vainqueur remise en cause.

Les années qui viennent de s’écouler ont suffisamment montré que l’élection, pour brillante soit-elle, ne suffit pas à elle seule à garantir un consentement au politique. Il va falloir inventer un mode de gouvernement qui sorte de l’impasse dans laquelle l’illusion présidentielle a plongé le pays au fil des décennies.

L’horizon serait très sensiblement différent si au lieu d’être réduites à un miroir aux alouettes présidentielles, des législatives à la proportionnelle permettait un pluralisme et une diversité des opinions représentées. Et si un fonctionnement des institutions se faisait plus respectueux de l’équilibre des pouvoirs. Cela aura été la lourde erreur du quinquennat que de s’économiser cette réforme. Il faut aujourd’hui en solder le prix.

Emmanuel Macron semble l’avoir compris, qui déclarait au soir du premier tour :

« Je suis prêt à inventer quelque chose de nouveau pour rassembler les convictions et les sensibilités diverses. »

Faute de s’être donné les moyens de pouvoir agir immédiatement, il lui faut se contenter de tracer une perspective cavalière, pour tenter de convaincre de la manière dont il entend procéder pour sortir de cette pratique verticale et concentrée dans l’exercice du pouvoir.

À la lecture des résultats du premier tour, l’exercice promet d’être périlleux. Danton disait qu’il fallait de l’enthousiasme pour fonder une République. Il en faut aussi pour la conserver.

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Par Claude Patriat, Professeur émérite de Science politique Université de Bourgogne, Université de Bourgogne – UBFC.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Présidentielle : voter les yeux fermés ou le nez bouché ?

Présidentielle : voter les yeux fermés ou le nez bouché ?

 

 

D’une manière générale, cette campagne n’aura pas suscité un grand enthousiasme  témoin le fort taux d’abstention qui s’ajoute aux électeurs potentiels non-inscrits ou mal inscrits soit 40 à 50 % de la population au total.

 

Pour un certain nombre de ceux qui voteront, ce sera les yeux fermés ou le nez bouché. Les yeux fermés pour les partisans d’un camp ou de l’autre soit 10 à 20 % de la population électorale. Pour les autres, ceux qui feront basculer la victoire, il s’agira d’un vote d’opposition au candidat adverse. Certes,  le phénomène n’est pas nouveau mais cette fois il prend des proportions inquiétantes qui traduisent le fort mécontentement d’un grand nombre vis-à-vis du système politique et de la démocratie en général.

Macron risque en effet de l’emporter grâce au vote de ce qui voteront le nez bouché. Non pas un vote de  soutien à  Macron mais un vote de nette défiance vis-à-vis de Le Pen. Du coup , on retrouvera cette ambiguïté du vote très rapidement.

Le président (ou la présidente) va se croire investi pour mettre en œuvre son programme alors que la plupart des électeurs se seront déterminés pour empêcher l’élection de l’autre candidat.

L’autre insatisfaction tient surtout à l’obsolescence du fonctionnement démocratique qui théoriquement repose sur la démocratie représentative. Dans les faits  les candidats une fois élus décident  ce qu’ils veulent en fonction de leur humeur, de leurs intérêts en oubliant une grande partie de leurs promesses.

Et pour cause, la plupart des promesses ne sont pas bouclés par les moyens notamment financiers. Exemple les programmes des deux candidats aux présidentielles supposent des économies dans le fonctionnement de l’État , or  aucune proposition sérieuse de réforme de l’État n’a été mise sur la table. Conclusion,  ces économies sont à la fois virtuelles et illusoires.

La plupart des Français relativisent donc l’intérêt de cette élection présidentielle dont ils n’espèrent pas grand-chosent pour près de 70 % et c’est souvent le nez bouché qu’ils voteront.

Présidentielle : le débat manqué sur la drogue

 

Présidentielle : le débat manqué sur la drogue

 

La question de la lutte contre les addictions n’a pas été abordée durant la campagne, regrettent, dans une tribune au « Monde », Bernard Basset, spécialiste en santé publique, et Amine Benyamina, psychiatre addictologue. Ils proposent la tenue, durant le prochain quinquennat, d’une convention nationale sur le sujet.

Tribune

Parmi les sujets soigneusement évités pendant la campagne électorale, celui de la politique de prévention et d’accompagnement envers les drogues licites ou illicites est l’occasion d’un des plus grands escamotages des réalités auxquelles sont confrontés les Français, surtout les jeunes. Pourtant, les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives sont cruels et à la mesure de ce déni : 116 000 morts évitables par an dues au tabac et à l’alcool, 1,5 million de consommateurs réguliers de cannabis, 370 000 personnes en état d’addiction aux jeux en ligne…

Pour Marine Le Pen, la cause est entendue : la « guerre à la drogue » tient lieu de viatique sans même se poser la question de son inefficacité, largement actée par l’Organisation mondiale de la santé ; et l’art de vivre traditionnel, même alcoolisé, justifie les effets de tribune, à défaut de la réflexion.

On comprend aussi la difficulté que représente ce sujet pour le gouvernement et pour le président sortant, car cela les obligerait à reconnaître l’échec des discours martiaux pour masquer le vide de l’analyse et l’absence de résultat de la seule mesure du quinquennat en ce domaine : l’amende forfaitaire contre les usagers de cannabis.

Ce serait aussi reconnaître qu’en matière de lutte contre l’alcoolisme la politique suivie a été davantage dictée par le lobby alcoolier que par le souci de la santé publique. L’absence de réflexion sur les stratégies industrielles des cigarettiers (tabac chauffé [dispositif permettant d’éviter la combustion, présenté comme moins nocif par les industriels], rachat d’entreprises de cigarettes électroniques), ou le marketing éhonté pour les paris sportifs en ligne, est également passée sous silence au nom de la défense de l’emploi.

Cet évitement a un prix politique. Les jeunes générations constatent le décalage total entre des discours frileux et datés, et la réalité quotidienne de leurs vies, surtout dans les quartiers en difficulté en proie à l’économie souterraine et à la loi des dealers. Ces quartiers ont d’ailleurs majoritairement voté pour les candidats qui proposaient une légalisation du cannabis, même si, bien sûr, ce n’est pas la seule raison de leur vote. Dans les mêmes circonstances, la coalition de gouvernement allemande a choisi de s’inscrire dans une évolution mondiale [elle a annoncé en novembre 2021 qu’elle souhaitait légaliser le cannabis], sans susciter de rejet des électeurs, mais en attirant des jeunes qui voyaient enfin la fin de l’aveuglement.

Présidentielle 2022 : les dangers de l’indifférence

Présidentielle 2022 : les dangers de l’indifférence 

Les présidents Sarkozy, Hollande ou Macron seraient des « dictateurs » : la rengaine, distillée au fil des ans dans une dramaturgie relativiste coupable, a produit ses effets, et le danger est désormais bien aux portes de l’Elysée.

 

Analyse de Jean Birnbaum du Monde.

 

Au milieu des années 1950, la grande comédienne Simone Signoret, proche du Parti communiste français (PCF), effectua une tournée à travers le bloc soviétique. A Prague, Signoret reçut l’appel d’une cousine éloignée, Sophie Langer, qui souhaitait la rencontrer. Mais la star française ne donna pas suite. Presque dix ans plus tard, l’obstinée cousine réussit à voir Signoret à Londres, où celle-ci jouait une comédie de Shakespeare. Sophie Langer pouvait enfin se confier : elle et son mari, socialistes tchèques, avaient fui l’invasion allemande en 1939 ; exilés aux Etats-Unis, ils étaient rentrés en Tchécoslovaquie après la guerre, dans l’espoir d’y construire le socialisme ; mais le mari de Sophie Langer avait été arrêté pour « déviationnisme » ; quand elle avait essayé de contacter Signoret, voilà dix ans, c’était dans l’espoir que le régime fasse un geste pour complaire à une célèbre sympathisante…

 

A cet instant, la comédienne coupa court et s’empressa de relativiser : aux Etats-Unis aussi, fit-elle valoir, le mari de sa cousine aurait sans doute eu des ennuis… Alors Sophie Langer se tut et partit. « Ma cousine de Bratislava ne ressemblait pas à l’emmerdeuse que j’avais imaginée à Prague, mais je ne la trouvais pas extrêmement aimable, se souviendra Signoret. Et puis, moi, hein ! j’avais à jouer la comédie. » Réfugiée en Suède après le « printemps de Prague », Sophie Langer écrira ces mots à Simone : « Tout ce que tu trouvas à me dire quand j’ai voulu te raconter mon histoire, c’est qu’en tant que communistes, nous aurions subi le même traitement si nous étions restés aux Etats-Unis. J’espère qu’aujourd’hui tu as compris la différence. » Dans ses Mémoires, Simone Signoret restitue ces souvenirs avec un sentiment de honte. Entre-temps, les chars russes avaient déferlé sur Prague, et elle avait lu les témoignages de dissidents qui décrivaient la surveillance généralisée, la terreur quotidienne. Elle avait fini par « comprendre la différence »

Mais d’autres, beaucoup d’autres, n’ont jamais voulu la comprendre. Ce refus vient de loin. Il explique pourquoi la comédie de l’indifférence, celle que Simone Signoret s’est repentie d’avoir jouer, tient encore le haut de l’affiche aujourd’hui. A l’époque de la guerre froide, la dramaturgie relativiste aboutissait, entre autres, à tirer un trait d’égalité entre l’Amérique libérale et la Russie soviétique. Des décennies plus tard, elle aura nourri des discours où les présidents Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron ont été tour à tour dépeints en dictateurs. Qu’elle se trouve interprétée par des foules manifestantes, des intellectuels respectés ou des journalistes influents, l’histoire ne varie guère et sa morale est toujours la même : le pire n’est pas à craindre, il est déjà là.

Élection présidentielle : Désenchantement et éclatement

Élection présidentielle :  Désenchantement et éclatement

OPINION. Pourquoi sent-on une certaine fébrilité dans le camp macroniste ? Pourquoi les sondages annoncent-ils un score serré entre les deux finalistes ? Un autre manière d’interpréter le vote de dimanche. Par David Cayla, Université d’Angers. 

 

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle peut être lu de deux manières. Si l’on suit une grille de lecture politique, on peut comptabiliser trois blocs idéologiquement cohérents et de force comparable. La droite néolibérale rassemble 32,63% des voix autour des candidatures d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse ; l’extrême droite identitaire (Le Pen, Zemmour et Dupont-Aignan) constitue un deuxième bloc qui pèse 32,28% des suffrages ; enfin, le total des voix de gauche et d’extrême gauche représente un dernier bloc rassemblant 31,94% de l’électorat. Reste les 3,13% des électeurs de Jean Lassalle, inclassable politiquement.

Une telle analyse du scrutin conduit à minimiser les risques d’une accession de Marine Le Pen à la présidence. Non seulement Emmanuel Macron parviendrait facilement à rassembler son bloc (légèrement plus important numériquement que celui de l’extrême droite) mais de plus il bénéficierait de l’appui d’une partie importante de la gauche dont les responsables sont unanimes dans leurs appels à faire « barrage » à l’extrême droite. Ainsi, sans trop prendre de risque, on pourrait pronostiquer une facile réélection du Président.

Mais si c’est ainsi qu’il faut interpréter le scrutin, pourquoi sent-on une telle fébrilité dans le camp macroniste ? Pourquoi les sondages annoncent-ils un score serré entre les deux finalistes ? C’est qu’il existe une autre manière d’interpréter le vote de dimanche.

Si l’on adopte une grille de lecture sociologique, il n’y a pas trois blocs mais deux camps. Le premier, le camp conservateur, représente les gagnants de la mondialisation. Il rassemble ceux qui défendent plus ou moins l’ordre établi et qui s’accommodent, sans toujours l’approuver, de la politique actuelle. Ses électeurs sont des personnes âgées qui n’ont pas connu la précarité au travail. Ils ont confiance dans les institutions, dans la presse et sont bien insérés socialement. Ils sont de droite et de gauche, d’un niveau socio-éducatif élevé et vivent majoritairement dans les banlieues aisées, en centre-ville et dans les métropoles.

Ce camp agrège aux néolibéraux les partis pro-européens de gauche (Hidalgo et Jadot) ainsi qu’une bonne moitié de l’électorat d’Éric Zemmour et une partie de l’électorat de Mélenchon ou de Fabien Roussel.

En face de ce camp se trouve la France des ronds points, des « gilets jaunes », celle qui manifestait contre le passe sanitaire et la vaccination. Cette France, peu sensible à la politique institutionnelle, rassemble les précaires et les classes populaires. Politiquement, elle est le plus souvent abstentionniste, même si elle s’exprime davantage à l’occasion des élections présidentielles.

C’est à cette France que Marine Le Pen doit pratiquement tous ses suffrages, mais cet électorat s’est aussi porté électoralement sur Mélenchon, notamment dans les banlieues et les Antilles, et sur Dupont-Aignan, Lassalle et Zemmour. Cette France déclassée tient les clés du second tour. Selon la dynamique de campagne, elle pourrait soit retourner à son abstention habituelle, soit voter Marine Le Pen. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est potentiellement majoritaire.

D’une manière plus triviale, ce qui frappe dans cette élection c’est la force des partis anti systèmes. Pour la première fois depuis le début de la Ve République, les électeurs ont voté à une très large majorité pour des candidats porteurs d’un discours de rupture.

Dans un ouvrage paru en 2019, les chercheurs Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault proposent une explication quant à l’émergence des mouvements anti systèmes. Selon eux, le populisme émerge lorsque la défiance s’accroît au sein de la société.

Ils distinguent deux sortes de défiance et donc deux sortes de populisme : d’abord, une défiance purement institutionnelle qui fait le lit d’un populisme de gauche qu’incarnerait par exemple Jean-Luc Mélenchon ou le mouvement des « gilets jaunes ». Ce populisme croit en l’action collective mais ne croit plus aux institutions actuelles qu’il souhaite transformer en profondeur.

À l’inverse, pour les auteurs, les populistes de droite seraient le produit d’une défiance généralisée qui s’adresse autant aux personnes qu’aux institutions sociales. On retrouve cette forme de populisme dans l’électorat de Marine Le Pen, chez les abstentionnistes et au sein des mouvements « antivax ».

Il est la conséquence d’une société marquée par l’individualisme et une forme d’anomie. Il se nourrit parfois d’une paranoïa qui rend sensible les personnes concernées aux thèses du grand remplacement et au complotisme. C’est une population qui a tendance à se replier sur sa sphère privée ou familiale.

Les ouvrages du journaliste américain Thomas Frank décrivent assez justement les sociétés « anomiques » (« sans loi ») au sein desquelles prospère le populisme de droite. Dans ces quartiers résidentiels américains, souvent marqués par la désindustrialisation et la dégradation des services publics, la haine contre le « progressisme » tient lieu de ciment social.

Si les causes des populismes sont assez claires, les raisons pour lesquelles la défiance s’accroît au sein d’une société le sont moins. Dans Populisme et néolibéralisme, j’ai avancé une explication.

La population perd confiance envers ses institutions lorsque ces dernières ne jouent plus leur rôle qui consiste à tisser des liens et à construire la vie sociale. Ainsi, la première des institutions est l’État, et le premier rôle de l’État est de protéger ses propres citoyens. Or, en choisissant d’insérer la France dans la mondialisation, les gouvernements, depuis quarante ans, ont réduit le champ de l’action politique à des logiques d’attractivité et de compétitivité.

La règle de la « bonne gestion » est devenue d’arbitrer systématiquement en faveur des capitaux et des classes supérieures, qui sont mobiles et s’installent là où la fiscalité est la plus douce, contre le travail et les classes populaires et moyennes qui elles sont immobiles et doivent supporter l’essentiel de la charge fiscale.

Vu sous cet angle, le quinquennat qui s’achève fut celui d’une clarification néolibérale, c’est-à-dire qu’il a pris un parti pris clair : celui de mettre l’État au service d’une adaptation de la société aux marchés.

Ce parti pris se retrouve dans la politique fiscale : suppression de l’impôt sur la fortune, baisse de la taxation du capital et de l’impôt sur les sociétés, hausse les taxes sur la consommation. Il se retrouve aussi dans une conception des services publics marquée par la réduction des coûts (fermeture des lits dans les hôpitaux, gel des salaires dans la fonction publique, réduction des dotations aux collectivités territoriales).

Enfin, la gestion du Covid a donné l’impression que « l’argent magique » qui n’existait pas pour répondre aux besoins des soignants de l’hôpital de Rouen pouvait soudainement affluer pour compenser les pertes des entreprises liées à la crise sanitaire.

Cette politique publique orientée vers le soutien prioritaire au secteur privé, au détriment des besoins sociaux a nourri et entretenu une défiance au sein de l’électorat. Les politiques gouvernementales sont-elles au service de l’intérêt général et du plus grand nombre, ou répondent-elles aux pressions des lobbies et des grandes entreprises ? Cette défiance qui s’est révélée lors du mouvement des « gilets jaunes » s’est ensuite cristallisée au moment de la crise sanitaire durant laquelle les théories les plus folles ont circulé sur l’innocuité des vaccins ou sur la pertinence des confinements.

Plus généralement, ce qui est apparu aux yeux d’une partie de l’opinion, c’est que l’État n’était pas là pour protéger la population, mais pour la punir ou la manipuler. C’est cette thèse teintée de paranoïa que défend la philosophe Barbara Stiegler. Les conséquences de cette défiance ont pu être mesurées par le taux de vaccination, beaucoup plus faible dans les territoires populaires et les départements d’outre-mer que dans les quartiers favorisés.

Le résultat du 10 avril semble exprimer la même défiance. Si les institutions ne sont pas remises à l’endroit, si les politiques menées continuent de donner l’impression de servir des intérêts qui ne sont pas ceux de la majorité, il est clair qu’une partie grandissante de la population sera tentée par le vote de sécession.

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Par David Cayla, Enseignant-chercheur en économie, Université d’Angers.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Environnement et présidentielle : l’impression d’un désintérêt

Environnement et présidentielle : l’impression d’un désintérêt 

L’impression de désintérêt des candidats pour les questions environnementales se justifie par des propositions trop souvent floues ou consensuelles à rebours des préconisations des scientifiques. Par Simon Persico, Université Grenoble Alpes (UGA) et Esther Hathaway, Université Grenoble Alpes (UGA)

Marches pour le climat le 12 mars en référence au film à succès « Look Up », rassemblements prévus le 9 avril à la veille du premier tour : les activistes du mouvement climat n’ont cessé de relancer la mobilisation depuis les premières grèves en 2018.

Elles et ils partagent l’impression d’un désintérêt des candidats et des médias lors de cette campagne présidentielle, dont témoigne, par exemple, le fait que moins de 5 % du contenu des journaux télévisés soit consacré à la crise climatique, selon les données mises en avant par le collectif Media Climat. Dernier exemple de cette déconnexion : le climat était presque absent de l’émission « Élysée 2022 » du 31 mars sur France 2, chaîne du service public.

Et ce en dépit de l’aggravation des problèmes liés au climat ou à la biodiversité, comme en attestent les rapports du GIEC qui se font de plus en plus précis et pessimistes sur l’ampleur des bouleversements à venir.

Qu’en est-il réellement ? L’environnement est-il absent de la campagne ? Et comment les différents candidates et candidats prennent-ils position sur ces enjeux ?

Cet article montre en réalité que les enjeux d’environnement et d’énergie bénéficient d’une attention moyenne élevée et inédite, dans les médias comme dans les programmes présidentiels. L’impression de désintérêt se justifie toutefois par le fait qu’une majorité des candidats, et les favoris du second tour en premier lieu – Emmanuel Macron (LREM) et Marine Le Pen (RN) – rejouent la stratégie d’accommodement qui a longtemps mené les partis à formuler des propositions générales, floues et souvent consensuelles, loin des attentes de plus en plus claires formulées par les scientifiques.

Cette impression se justifie aussi par la division et l’absence de perspective de victoire des deux candidats qui portent le plus fortement ces enjeux – Yannick Jadot (EELV) et Jean-Luc Mélenchon (LFI).

Les années 2018-2019 ont vu un mouvement significatif de l’opinion publique française en matière d’écologie. Si celui-ci s’est légèrement tassé, comme on l’observe dans la Figure 1, alors que les enjeux sanitaires et, plus récemment, le pouvoir d’achat, se sont invités au sommet des priorités citoyennes, une part importante des personnes interrogées – une personne sur 4 environ – considère que l’environnement fait partie des enjeux les plus importants.

Le souci de l’environnement fait partie du quatuor de tête des enjeux les plus importants depuis quatre ans. Selon l’enquête Fractures françaises de 2021, le constat selon lequel le réchauffement climatique est dû à l’activité humaine et largement partagé (68 % des personnes interrogées). Quatre personnes interrogées sur cinq désirent que le gouvernement « prenne des mesures rapides et énergiques pour faire face à l’urgence environnementale », même si ces mesures exigeraient des modifications dans les modes de vie des citoyens.

À cette prise de conscience dans l’opinion publique correspond une augmentation de la visibilité des enjeux environnementaux dans les médias, dont témoigne la Figure 2 ci-dessous, qui représente l’évolution de l’attention accordée à l’écologie dans la presse écrite lors des 6 mois précédent le dernier mandat.

Cette hausse d’attention reste limitée (+3 points environ par rapport aux campagnes de 2007, 2012 et 2017) et le traitement médiatique de ces enjeux reste principalement marqué par une approche consensuelle et dépolitisée, comme l’avait montré Jean-Baptiste Comby en 2015. Par ailleurs, tout indique que les médias ne connectent pas forcément ces enjeux environnementaux à la campagne en train de se dérouler. Pour de nombreux citoyens soucieux de l’avenir de la planète (et de l’humanité), cela demeure insuffisant.

En réponse, aucun candidat ne se montre muet sur les questions environnementales – cela avait pu être le cas par le passé.

La Figure 3, ci-dessous, qui représente la part des enjeux d’environnement et d’énergie dans les programmes présidentiels de tous les candidats depuis 1995, est explicite : 2022 est marquée par une visibilité inédite dans l’ensemble des programmes.

Tous soulignent la nécessité de l’action gouvernementale ; aucun – à l’exception de quelques sorties d’Éric Zemmour en début de campagne - n’adopte de positions explicitement climatosceptiques ou remettant en doute la nécessité d’agir.

 

On note que Valérie Pécresse (LR) (11%), Anne Hidalgo (PS) (12%), Jean-Luc Mélenchon (14%) et surtout Yannick Jadot (22%) montrent un intérêt plus prononcé que les autres. Cette hiérarchie correspond d’ailleurs peu ou prou aux différentes évaluations des programmes réalisées par différentes organisations environnementales, comme le Réseau Action Climat ou le Shift Project, qui évoluent plutôt favorablement les programmes des candidats insoumis et écologiste.

Si l’on s’intéresse aux positions prises dans ces programmes, on constate que trois thèmes dominent : on retrouve ici la logique du tunnel de l’attention – le fait que les débats nationaux se concentrent sur un ensemble limité d’enjeux.

Nous présentons ces thèmes par ordre croissant d’attention en finissant par la question de l’origine de la production électrique, la plus visible et sur laquelle l’affrontement est le plus explicite entre les candidats.

D’abord, à l’exception de celui de Marine Le Pen, tous les programmes évoquent la protection de la nature, que ce soit dans le cadre du combat pour le « vivant », chez Yannick Jadot, ou dans le but patriotique de protéger « la beauté de nos paysages » chez Éric Zemmour.

A. Hidalgo et Y. Jadot souhaitent promulguer une loi contre l’écocide, et Y. Jadot, J.-L. Mélenchon, F. Roussel et V. Pécresse souhaitent protéger la biodiversité marine. Tous les candidats de gauche expriment leur souhait d’accompagner des agriculteurs vers la transition écologique. Même E. Zemmour promeut l’agriculture biologique et souhaite interdire certains pesticides. Seule la chasse suscite des positions antagonistes. Y. Jadot souhaite interdire la chasse les week-ends et lors des vacances scolaires et J.-L. Mélenchon interdire les méthodes de chasse cruelles, mais les autres candidats, muets sur cette question dans les programmes, tendent à défendre le statu quo dans la campagne.

Un autre enjeu présent dans les programmes est celui de la décarbonation de l’économie française. Tous les candidats reconnaissent le besoin de sortir des énergies fossiles, et ils ont tous une solution à soumettre – que ce soit via le nucléaire, les énergies renouvelables, la mobilité douce ou des formes de taxe carbone. Les propositions en la matière sont souvent floues et générales, marquant une volonté de brouiller les pistes ou de ne prendre aucun risque.

Plusieurs candidats se réfèrent à l’objectif fixé par la loi énergie-climat, qui vise à atteindre zéro émission nette à l’horizon 2050, mais les engagements ne sont ni précis, ni crédibles, comme l’ont indiqué les organisations environnementales qui ont évalué les programmes ou les réponses des candidats.

La question de la production électrique est celle qui domine l’ensemble des programmes. Et c’est aussi celle qui suscite le plus clair désaccord. D’un côté, A. Hidalgo, Y. Jadot et J.-L Mélenchon insistent sur la possibilité de s’engager vers 100% d’énergies renouvelables, incluant la biomasse et le photovoltaïque (Jadot) ou bien la géothermie et les énergies maritimes (Mélenchon).

Ces candidats prônent également l’installation de nombreuses éoliennes. À l’inverse, leurs concurrents de droite et d’extrême droite dénoncent le développement de ces énergies intermittentes accusées d’abîmer les paysages, alors même que l’énergie éolienne constitue une part importante de tous les scénarios visant la neutralité carbone en 2050, qu’ils soient produits par RTE ou l’ADEME. Emmanuel Macron se prononce en faveur de l’énergie éolienne.

Et en même temps, il est favorable à la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires.

De fait, le nucléaire civil est présent dans cette campagne comme jamais auparavant. La majorité des candidats s’engagent ainsi à une relance du programme de construction de nouveaux réacteurs. Pour E. Macron, il s’agit d’un revirement par rapport à 2017, annoncé dès 2021. Pour la droite et l’extrême droite, il y a moins de surprise : elles prolongent ce qui a toujours été leur position.

Du côté de la gauche et des écologistes, il n’y a pas de consensus autour de cette technologie. Le Parti communiste, qui avait entamé une évolution sur la question, retrouve, à travers le programme de Fabien Roussel, une position très favorable à l’atome. Pour Anne Hidalgo, le nucléaire doit servir d’« énergie de transition », avec une sortie progressive après 2050. Yannick Jadot se place dans la continuité de sa famille politique, qui s’est construite, comme la plupart des partis verts en Europe, sur l’opposition à cette énergie.

Jean-Luc Mélenchon se prononce lui aussi pour une sortie du nucléaire, même s’il s’est déclaré ouvert à l’idée d’un référendum sur le sujet au cours de la campagne, retrouvant ainsi la position qui était la sienne lors des derniers scrutins.

Si les phrases emphatiques et générales pour souligner l’urgence écologique ne manquent pas, il reste que les programmes omettent de nombreuses questions. Certaines émissions de gaz à effet de serre n’attirent pas l’attention des candidats : il s’agit des émissions importées, dues à la production et au transport des biens importés ou des émissions de méthane, le deuxième gaz à effet de serre après le carbone.

De même, alors que l’adaptation au réchauffement climatique est un axe majeur souligné par le dernier rapport du GIEC, et que la majorité des Français sont déjà touchés par les conséquences des évènements naturels dus au changement climatique, les programmes se concentrent exclusivement sur la mitigation.

Par ailleurs, à l’exception des programmes de Y. Jadot et J-.L. Mélenchon, les liens entre la crise écologique et les inégalités sociales, très présents lors des marches pour le climat et dans le dernier rapport du GIEC ne sont presque jamais développés, tout comme la question des migrations climatiques.

Enfin, les programmes sont peu diserts sur les alliances internationales qu’il conviendrait de bâtir pour accélérer la transition écologique. Mais les proximités affichées par certains candidats, d’extrême droite notamment, avec des dirigeants que l’on peut sans risque qualifier d’écocidaires, comme Jair Bolsonaro laissent peu de doutes sur la réalité de leurs engagements par ailleurs. Du point de vue des relations internationales, M. Le Pen et E. Zemmour se situent dans le camp anti-environnemental.

Dans l’ensemble, l’impression laissée à la lecture des programmes est celle d’une grande confiance dans les innovations et la croissance économique pour régler le défi écologique, ainsi que la volonté de ne pas agir trop prestement sur la question environnementale.

La plupart des promesses se situent dans la continuité des actions déjà mises en place par l’UE ou par le gouvernement français. Cette continuité peut être rassurante : il n’est ni efficace ni dans l’intérêt national de bouleverser les politiques environnementales tous les cinq ans, surtout quand la majorité de la population française se méfie de la compétence du gouvernement pour gérer la question environnementale. Connaissant la gravité de la crise en cours et à venir, cette inertie des institutions et de la vie politique française peut susciter quelque inquiétude.

Quinze ans après le Grenelle de l’environnement, la visibilité des questions écologiques s’est accrue, mais le niveau de généralité et de wishful thinking est resté étonnamment stable. Les rares candidats, à gauche de l’échiquier politique qui marquent leur volonté de rompre avec le productivisme n’ont pas réussi à imposer ce conflit ou des propositions environnementales marquantes dans le débat public, pour des raisons liées à leur division qui a entraîné l’éparpillement des citoyens les plus soucieux du climat. Il y avait pourtant urgence.

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Par Simon Persico, Professeur des Universités en science politique, Université Grenoble Alpes (UGA) et Esther Hathaway, Doctorante, laboratoire Pactte, Université Grenoble Alpes (UGA).

Esther Hatawhay est doctorante en science politique, Pacte, Sciences Po Grenoble sous la direction de Simon Persico. Cet article a été co-publié dans le cadre du partenariat avec Poliverse créé par une équipe de chercheurs et qui propose des éclairages sur le fonctionnement et le déroulement de la présidentielle.

Présidentielle 2022 : le costume vert, l’ultime bouée de sauvetage de Macron

Présidentielle 2022 : le costume vert, l’ultime bouée de sauvetage de Macron

 

 

Alors que le front républicain s’étiole dangereusement, l’écologie est devenue l’ultime cartouche du président sortant pour tenter de projeter la nation dans une nouvelle aventure commune. L’urgence joue pour lui, observe, dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

 

Chronique. 

Samedi 16 avril, à Marseille, Emmanuel Macron n’a pas lésiné sur les annonces et effets de manche pour se débarrasser de l’étiquette dans laquelle le premier tour risquait de l’enfermer : devenir le candidat des vieux, le défenseur du système, lui qui s’était promis, en 2017, de conduire une révolution pour rendre l’espoir au pays.

Pour rajeunir, il s’est peint en vert et a fait de la transition écologique sa nouvelle frontière, promettant de transformer la France en une « grande nation écologique », qui serait « la première à sortir du gaz, du pétrole et du charbon ».

Sa promesse d’aller « deux fois plus vite » dans la réduction des gaz à effet de serre, lui qui, aux yeux des écologistes, a dangereusement lambiné, est directement liée au résultat du premier tour de la présidentielle marqué par le sérieux coup de semonce que lui a adressé la jeunesse : dimanche 10 avril, les 18-24 ans et les 25-34 ans se sont massivement abstenus. Ils l’ont fait à hauteur de 42 % et de 46 %, selon l’enquête Ipsos-Sopra Steria, contre respectivement 29 % et 28 % cinq ans plus tôt. Et ceux qui se sont rendus dans leur bureau de vote ont privilégié le bulletin Mélenchon devenu, au terme de sa troisième campagne présidentielle, le héraut incontesté de la planification écologique.

Le camouflet a été sévère pour Emmnanuel Macron, qui était, en 2017, le candidat préféré des 25-34 ans et qui s’est retrouvé cette fois relégué en troisième position, distancé de plus de 10 points par l’« insoumis ».

L’autre alerte est venue de l’étiolement de plus en plus manifeste du front républicain face à l’extrême droite. Le 1er mai 2002, près de 1,5 million de personnes, stupéfaites de ce qui venait de se produire en France et farouchement déterminées à défendre les valeurs républicaines, avaient défilé à Paris et en province pour dire non à Jean-Marie Le Pen.

Vingt ans plus tard, samedi 16 avril, ils étaient à peine plus de 20 000 manifestants, selon la police, à clamer leur refus de Marine Le Pen. Beaucoup d’entre eux révélaient simultanément leur difficulté, pour ne pas dire leur incapacité, à glisser un bulletin Macron dans l’urne le 24 avril, désabusés, voire furieux, de se sentir piégés par le résultat d’une élection dans laquelle ils ne trouvent pas leur compte.

Cette difficulté à trancher entre deux rejets est un vrai signal d’alarme quant à l’état de la démocratie française. C’est comme si le projet de Marine Le Pen, qui veut s’affranchir des règles constitutionnelles, des normes et des valeurs européennes pour introduire, par référendum, une discrimination légale entre nationaux et étrangers, était jugé guère plus menaçant pour la République que l’exercice du pouvoir par Emmanuel Macron.

Présidentielle: Laurent Berger engage la CFDT

 Présidentielle: Laurent Berger engage la CFDT 

On comprend évidemment que l’analyse de la CFDT se heurte le plus souvent au orientation du front national. L’extrême droite et les syndicats ont rarement fait bon ménage. Laurent Berger procède donc à une analyse critique de plusieurs orientations de Marine Le Pen.

Par contre, Laurent Berger commet sans doute une erreur de se prononcer en fait pour Macron. Pas davantage qu’une organisation patronale ou professionnelle, un syndicat n’a pour vocation de s’immiscer dans des choix d’organisations politiques. Laurent Berger en général est assez pertinent dans ses prises de position. Il ne doit cependant pas oublier l’affaiblissement historique des organisations syndicales précisément en raison de leur engagement politicien trop marqué. L’ensemble du mouvement syndical s’est largement discrédité par des positions inspirées d’intentions politiques. De ce point de vue, la CFDT,  premier syndicat en France, a bien fait de couper le cordon ombilical avec un parti socialiste en décomposition. Même avec des précautions oratoires, la CFDT ne doit pas se lier à Macron. NDLR 

Le leader de la CFDT appelle à voter Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle. Il précise, dans un entretien au « Monde », que cet acte ne vaut « ni approbation de l’action qu’il a menée ni adhésion à son programme ».

Avant le second tour de l’élection présidentielle, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, expose les raisons pour lesquelles son syndicat, le premier de France, appelle à se prononcer en faveur du chef de l’Etat sortant.

Pourquoi avez-vous appelé, dès le soir du 10 avril, à « battre le Rassemblement national » en votant pour Emmanuel Macron ?

Notre engagement est basé sur des valeurs qui sont fortes : la démocratie, l’émancipation, la solidarité, l’égalité. Nous sommes en contradiction totale avec le programme de Marine Le Pen. Elle veut inscrire la priorité nationale dans la Constitution par le biais d’un référendum. Elle veut rétablir le délit de séjour irrégulier et interdire les aides sociales aux immigrés. Sans parler de sa politique internationale, synonyme de complaisance à l’égard de pays comme la Russie, ou des mesures qu’elle soutient en matière de sécurité.

Qu’elle le veuille ou pas, elle est à la tête d’un parti d’extrême droite, dont l’orientation est incompatible avec ce que porte la CFDT. Il ne faut donc pas tergiverser. A partir du moment où l’extrême droite est au second tour – et nous le regrettons –, la CFDT vote pour le candidat qui est en face. Nous ne sommes pas à l’heure du choix d’un programme politique, nous sommes à l’heure du choix de la défense de la démocratie.

Elle se présente comme la candidate du « dialogue social ». Vous n’y êtes pas sensible ?

Dans les pays où cette idéologie a triomphé dans les urnes, les gouvernements ont adopté des pratiques qui n’étaient pas compatibles avec les projets et les valeurs de la CFDT. Aujourd’hui, elle tente de se rendre respectable mais son programme n’accorde de place ni au progrès social ni au dialogue social. L’extrême droite, quand elle prend le pouvoir, met les syndicats à sa main dans les entreprises. Elle annihile la liberté de la presse. Elle combat les contre-pouvoirs et la CFDT, ainsi que les autres organisations de salariés, en sont un.

 

Son projet en matière de retraites n’est-il pas de nature à contrebalancer votre analyse ?

Il n’est pas crédible. Elle dit qu’elle accorde du pouvoir d’achat maintenant, mais par le biais d’exonérations de cotisations patronales. Cela nous paraît très contradictoire car une telle politique nuit au financement de la protection sociale, donc – in fine – au pouvoir d’achat des ménages. Ce que nous voulons, ce sont des droits pour tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité, leur couleur de peau, leur singularité. Marine Le Pen, elle, nous promet une société du rejet, qui accentue les discriminations. On ne peut pas l’appréhender comme une candidate lambda, car le risque est grand qu’elle essaye d’instaurer un pouvoir autoritaire. Les expériences de ces dernières années, en Europe et hors d’Europe, prouvent que, à chaque fois, les travailleurs paient un très lourd tribut.

Présidentielle 2022 : « « NOUS », acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur contre Le Pen

Présidentielle 2022 :  « Nous », acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur contre Le Pen 

 

Un collectif rassemblant plus de soixante-dix acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur  ( sur des milliers NDLR) estime, dans une tribune au « Monde », qu’une victoire de l’extrême droite – qui a toujours montré sa vraie identité faite d’intolérance, de stigmatisation, de censure, de menace et de défiance vis-à-vis de la science – se traduirait par un changement de civilisation, en rupture avec les Lumières.

 

Tribune. 

 

Engagés dans le secteur de la recherche et de l’enseignement supérieur, sensibles aux attentes vis-à-vis de la science pour répondre aux défis de la planète et de notre pays, nous souhaitons alerter nos concitoyens sur l’immense danger que représenterait l’élection de Mme Le Pen à la présidence de la République.

La banalisation progressive du Front national hier, du Rassemblement national aujourd’hui, et de leur même candidate, Mme Le Pen, ne doit aucunement faire oublier la nature du programme politique proposé, porteur de régression et de déclin sur tous les plans, économique, social, culturel et, bien sûr, scientifique.

Mme Le Pen l’a elle-même déclaré le soir du premier tour : « Ce qui se jouera ce 24 avril (…) sera un choix de société et même de civilisation. » Notre civilisation, justement, est le fruit de notre histoire, celle qui a conduit notre pays à être celui des droits de l’homme et à prendre toute sa place dans la dynamique du siècle des Lumières, qui nous a aidés à sortir de l’obscurantisme et de l’arbitraire.

La civilisation que nous propose Mme Le Pen est à l’opposé de ces principes et va à l’encontre de nos valeurs académiques, faites de tolérance, d’écoute et de respect. Elle est fondée sur le rejet de l’autre, sur la désignation de boucs émissaires, sur le refus d’une approche globale des problèmes. Elle remet en cause notre vocation européenne et l’ouverture internationale dont se nourrissent l’enseignement supérieur et la recherche.

Au moment où les crises se font de plus en plus fortes sous l’effet des pandémies, du réchauffement climatique, des conflits géopolitiques, nous avons besoin plus que jamais de préserver la démarche scientifique, l’ouverture aux autres et les valeurs d’humanité et de solidarité pour pouvoir faire face à ces défis et faire en sorte que de ces crises naissent aussi des progrès pour l’humanité.

Une grande partie des électeurs et des électrices de Marine Le Pen ont exprimé une colère et des craintes quant à leur avenir et à celui de la France. Nous ne considérons évidemment pas que notre société soit parfaite. La communauté académique n’a pas la réputation d’être avare de critiques, nous sommes conscients que les inégalités sociales n’épargnent pas l’enseignement supérieur et la recherche.

Nous devons collectivement rendre cette société plus juste, plus inclusive, plus durable et plus éclairée, avec un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche accessible à tous les bacheliers. Mais une telle évolution n’est possible que dans une démocratie où les droits et les devoirs de chacun et de chacune sont respectés.

Présidentielle la :question oubliée de la justice

Présidentielle la :question oubliée de la justice 

 

L’avocat Patrick Klugman regrette, dans une tribune au « Monde », que le débat de l’entre-deux-tours n’aborde pas les questions liées à la justice.

 

Tribune.

 

Robert Badinter l’a souvent affirmé : « La justice n’a jamais fait gagner une élection mais elle peut en faire perdre. » L’élection présidentielle de 2022 ne fait pas exception. Au terme du quinquennat échu et en dépit de l’augmentation sans précédent du budget de la justice (+ 30 %), la majorité sortante n’aura pas convaincu.

Bien au contraire, on en retiendra le malaise sans précédent des magistrats et une défiance inédite entre le pouvoir politique et l’autorité judiciaire après le maintien en fonction du garde des sceaux à l’issue de sa mise en examen.

Il s’érige un divorce entre les Français et leurs juges : plus d’un Français sur deux n’a pas confiance dans la justice, selon un sondage IFOP publié en janvier par Le Journal du dimanche. Les Français ne déraisonnent pas. La justice dans son ensemble dysfonctionne. Elle cumule les tares paradoxales, d’être souvent trop lente avant d’être rendue et trop expéditive lorsqu’elle l’est.

L’embolie est généralisée. Ainsi, un salarié qui saisira le conseil des prud’hommes de Nanterre (Hauts-de-Seine) attendra en moyenne trois ans avant que sa cause soit entendue ! En matière familiale, un juge saisi en urgence mettra cinq mois avant de statuer, selon les « Références statistiques justice » de 2019. Quand il s’agit de la dévolution de la garde d’un enfant ou de prononcer une mesure d’éloignement, ces délais sont insoutenables. Quant au prononcé d’un divorce, le délai moyen prendra plus de deux ans et demi juste pour la première instance !

La justice pénale n’est pas en meilleur état. Elle intervient ou trop tard ou trop vite, et parfois trop tard et trop vite. Dans les chambres de comparution immédiate, on prononce sans attendre et sans entendre des sentences qui laissent désemparés auteurs et victimes et qui bien souvent ne sont suivies d’aucune application.

Dans les cabinets d’instruction, il n’est pas rare qu’une affaire importante dorme pendant plus de dix ans avant d’être jugée. La cour d’appel de Versailles a annulé en septembre 2021, en raison de sa trop grande lenteur, une vaste affaire de corruption dans les marchés publics de chauffage des Hauts-de-Seine venue en jugement dix-neuf ans après le début de la procédure.

Les magistrats ne sont pas ici en cause. Vu la demande de justice de nos concitoyens, leur dévouement souvent exemplaire se paie au prix de leur santé et de leur vie de famille. Quelques-uns prennent, malgré la charge excessive et les conditions dégradées, le temps que requiert l’examen attentif de chaque dossier. Autant le dire, ce sont des héros.

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