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Inflation: le risque

Inflation: le risque

 

Un envol des prix incontournable qui affecte l’énergie notamment le gaz, l’ électricité, les matières premières y compris alimentaires , les métaux. Une inflation qui a d’abord atteint le système de production et qui commence à se transmettre à la consommation. La hausse du gaz, celle prévisible de l’électricité, de nombreux services et de produits alimentaires de consommation.Le FMI et les experts se veulent rassurants en indiquant que cette inflation va diminuer vers la fin de 2022,, ce qui n’est absolument pas certain.

Officiellement l’inflation en France est inférieure à celle de l’union européenne. L’INSEE ne constate qu’une inflation de l’ordre de 2 % sur un an. En Europe l’inflation est supérieure à 3 %. En cause, évidemment le faite que l’indice de mesure de l’évolution des prix de l’INSEE est faussé du fait de la modification structurelle des dépenses des consommateurs depuis la crise sanitaire. En gros, les dépenses contraintes ont notoirement augmenté et les dépenses ajustables ont vu leur part diminuer

Les énergies sont surtout concernées , le gaz bien sûr, également l’électricité. Si les particuliers restent encore relativement protégés du fait des tarifs réglementés, la mise en place prochaine d’une « tarification dynamique » pourrait changer la donne. Et pour les industriels électro-intensifs, comme la sidérurgie, la chimie, l’agroalimentaire, et l’industrie du papier, tout juste sortis de la crise du covid 19, c’est également une très mauvaise nouvelle, d’autant que pour ne rien arranger, certains font déjà face à une hausse des cours mondiaux des matières premières.

 

Exemples , le prix de gros de l’électricité est passé de 15 euros à 152 euros pour une livraison en 2022 , le gaz a pris 60 %. Un grand pays industriel comme l’Italie a d’ailleurs décidé de mettre en urgence 5 milliards d’euros sur la table pour aider ses industries à faire face à ces augmentations fulgurantes.

Electricité- Énergie :Le risque d’une crise majeure

Electricité- Énergie :Le risque d’une crise  majeure

 

 

Quand l’appareil de production mondial fonctionne bien,  peu s’inquiètent  d’une éventuelle crise de l’énergie. L’énergie à disposition aujourd’hui est appréhendée un peu comme l’eau qui coule du robinet. En disposer parait tout à fait normal. Pourtant les conditions économiques générales, les exigences environnementales et les politiques erratiques de certains Etats pourraient conduire à une crise mondiale de l’énergie. Pour l’instant,  on attribue essentiellement la hausse des prix de l’énergie (gaz, électricité, pétrole) à des facteurs essentiellement conjoncturels.

 

Ces hausses qui traduisent une inadaptation de l’offre par rapport à la demande seraient du à la reprise économique de 2021. Tout n’est pas faux évidemment; ceci étant globalement, il faut quand même relativiser cette reprise générale qui en moyenne nous ramène au niveau de croissance de fin 2019. D’autres facteurs sont donc à prendre en compte.

 

Parmi ceux-ci il y a les contraintes environnementales qui amènent une conversion des outils de production de l’énergie. En clair, cela se traduit par un certain rationnement de l’énergie en tout cas pour l’instant à un net renchérissement. Dans cet environnement , les pays souvent pour faire plaisir au courant écolo ont changé de manière trop brutale leur politique énergétique par exemple en supprimant brutalement des sites de production nucléaire et paradoxalement en réactivant des sites de production au charbon.

 

En outre la bulle des énergie alternative s’est largement dégonflée. Certes elles peuvent être utiles voir nécessaires mais certainement pas constituer le cœur d’une politique énergétique notamment pour les énergies intermittentes comme les éoliennes. L’Allemagne de ce point de vue est un bon exemple des errements conduits en matière de politique énergétique. Pour prendre en compte le courant écolo, le gouvernement allemand a brutalement fermé ses centrales nucléaires pour leur substituer des centrales au charbon les énergies alternatives se montrant complètement incapables de satisfaire la demande.

 

Pire l’Allemagne s’est rendue complètement dépendante maintenant du gaz russe. Un  gaz russe fourni actuellement avec parcimonie par la Russie qui participe à l’emballement  des prix de toutes les énergies. D’autres zones aussi sont menacées par exemple la puissance montante indienne où le pétrole permet de produire 70 % d’électricité mais où les stocks de charbon font craindre une pénurie en matière de fourniture de courant Les centrales thermiques indiennes sont en état d’alerte.

 

Au cours des derniers mois, leurs réserves de charbon se sont effondrées pour atteindre un niveau critique. Mercredi dernier, les 135 centrales thermiques alimentées au charbon du pays disposaient, en moyenne, de quatre jours de stock. Plus de la moitié d’entre elles possédaient moins de trois jours de réserves et quinze étaient déjà en rupture de stock, selon les données officielles. Dans un pays où l’or noir permet de produire près de 70 % de l’électricité, les faibles réserves de charbon font craindre des coupures de courant. La Chine pèse aussi d’un poids considérable sur la demande avec sa reprise économique vigoureuse antérieure à celle des pays occidentaux. En France aussi la situation risque d’être tendue si par hypothèse l’hiver se révèle assez froid. Depuis la fermeture de Fessenheim, l’équilibre production consommation est fragile en France. C’est sans doute à l’occasion d’une coupure- qu il ne faut pas souhaiter -que la France s’apercevrait alors il ne faut pas confondre politique énergétique et gadgets écologiques en matière d’électricité.

Énergie :Le risque d’une crise majeure

Énergie :Le risque d’une crise  majeure

 

 

Quand l’appareil de production mondial fonctionne bien,  peu s’inquiètent  d’une éventuelle crise de l’énergie. L’énergie à disposition aujourd’hui est appréhendée un peu comme l’eau qui coule du robinet. En disposer parait tout à fait normal. Pourtant les conditions économiques générales, les exigences environnementales et les politiques erratiques de certains Etats pourraient conduire à une crise mondiale de l’énergie. Pour l’instant,  on attribue essentiellement la hausse des prix de l’énergie (gaz, électricité, pétrole) à des facteurs essentiellement conjoncturels.

 

Ces hausses qui traduisent une inadaptation de l’offre par rapport à la demande seraient du à la reprise économique de 2021. Tout n’est pas faux évidemment; ceci étant globalement, il faut quand même relativiser cette reprise générale qui en moyenne nous ramène au niveau de croissance de fin 2019. D’autres facteurs sont donc à prendre en compte.

 

Parmi ceux-ci il y a les contraintes environnementales qui amènent une conversion des outils de production de l’énergie. En clair, cela se traduit par un certain rationnement de l’énergie en tout cas pour l’instant à un net renchérissement. Dans cet environnement , les pays souvent pour faire plaisir au courant écolo ont changé de manière trop brutale leur politique énergétique par exemple en supprimant brutalement des sites de production nucléaire et paradoxalement en réactivant des sites de production au charbon.

 

En outre la bulle des énergie alternative s’est largement dégonflée. Certes elles peuvent être utiles voir nécessaires mais certainement pas constituer le cœur d’une politique énergétique notamment pour les énergies intermittentes comme les éoliennes. L’Allemagne de ce point de vue est un bon exemple des errements conduits en matière de politique énergétique. Pour prendre en compte le courant écolo, le gouvernement allemand a brutalement fermé ses centrales nucléaires pour leur substituer des centrales au charbon les énergies alternatives se montrant complètement incapables de satisfaire la demande.

 

Pire l’Allemagne s’est rendue complètement dépendante maintenant du gaz russe. Un  gaz russe fourni actuellement avec parcimonie par la Russie qui participe à l’emballement  des prix de toutes les énergies. D’autres zones aussi sont menacées par exemple la puissance montante indienne où le pétrole permet de produire 70 % d’électricité mais où les stocks de charbon font craindre une pénurie en matière de fourniture de courant Les centrales thermiques indiennes sont en état d’alerte.

 

Au cours des derniers mois, leurs réserves de charbon se sont effondrées pour atteindre un niveau critique. Mercredi dernier, les 135 centrales thermiques alimentées au charbon du pays disposaient, en moyenne, de quatre jours de stock. Plus de la moitié d’entre elles possédaient moins de trois jours de réserves et quinze étaient déjà en rupture de stock, selon les données officielles. Dans un pays où l’or noir permet de produire près de 70 % de l’électricité, les faibles réserves de charbon font craindre des coupures de courant. La Chine pèse aussi d’un poids considérable sur la demande avec sa reprise économique vigoureuse antérieure à celle des pays occidentaux. En France aussi la situation risque d’être tendue si par hypothèse l’hiver se révèle assez froid. Depuis la fermeture de Fessenheim, l’équilibre production consommation est fragile en France. C’est sans doute à l’occasion d’une coupure- qu il ne faut pas souhaiter -que la France s’apercevrait alors il ne faut pas confondre politique énergétique et gadgets écologiques en matière d’électricité.

Electricité-Le risque d’une crise énergétique majeure

Electricité-Le risque d’une crise énergétique majeure

 

 

Quand l’appareil de production mondial fonctionne bien peu s’inquiètent  d’une éventuelle crise de l’énergie. L’énergie à disposition aujourd’hui est appréhendée un peu comme l’eau qui coule du robinet. En disposer parait tout à fait normal. Pourtant les conditions économiques générales, les exigences environnementales et les politiques erratiques de certains Etats pourraient conduire à une crise mondiale de l’énergie. Pour l’instant,  on attribue essentiellement la hausse des prix de l’énergie (gaz, électricité, pétrole) à des facteurs essentiellement conjoncturels.

 

Ces hausses qui traduisent une inadaptation de l’offre par rapport à la demande seraient du à la reprise économique de 2021. Tout n’est pas faux évidemment; ceci étant globalement, il faut quand même relativiser cette reprise générale qui en moyenne nous ramène au niveau de croissance de fin 2019. D’autres facteurs sont donc à prendre en compte.

 

Parmi ceux-ci il y a les contraintes environnementales qui amènent une conversion des outils de production de l’énergie. En clair, cela se traduit par un certain rationnement de l’énergie en tout cas pour l’instant à un net renchérissement. Dans cet environnement , les pays souvent pour faire plaisir au courant écolo ont changé de manière trop brutale leur politique énergétique par exemple en supprimant brutalement des sites de production nucléaire et paradoxalement en réactivant des sites de production au charbon.

 

En outre la bulle des énergie alternative s’est largement dégonflée. Certes elles peuvent être utiles voir nécessaires mais certainement pas constituer le cœur d’une politique énergétique notamment pour les énergies intermittentes comme les éoliennes. L’Allemagne de ce point de vue est un bon exemple des errements conduits en matière de politique énergétique. Pour prendre en compte le courant écolo, le gouvernement allemand a brutalement fermé ses centrales nucléaires pour leur substituer des centrales au charbon les énergies alternatives se montrant complètement incapables de satisfaire la demande.

 

Pire l’Allemagne s’est rendue complètement dépendante maintenant du gaz russe. Un  gaz russe fourni actuellement avec parcimonie par la Russie qui participe à l’emballement  des prix de toutes les énergies. D’autres zones aussi sont menacées par exemple la puissance montante indienne où le pétrole permet de produire 70 % d’électricité mais où les stocks de charbon font craindre une pénurie en matière de fourniture de courant Les centrales thermiques indiennes sont en état d’alerte.

 

Au cours des derniers mois, leurs réserves de charbon se sont effondrées pour atteindre un niveau critique. Mercredi dernier, les 135 centrales thermiques alimentées au charbon du pays disposaient, en moyenne, de quatre jours de stock. Plus de la moitié d’entre elles possédaient moins de trois jours de réserves et quinze étaient déjà en rupture de stock, selon les données officielles. Dans un pays où l’or noir permet de produire près de 70 % de l’électricité, les faibles réserves de charbon font craindre des coupures de courant. La Chine pèse aussi d’un poids considérable sur la demande avec sa reprise économique vigoureuse antérieure à celle des pays occidentaux. En France aussi la situation risque d’être tendue si par hypothèse l’hiver se révèle assez froid. Depuis la fermeture de Fessenheim, l’équilibre production consommation est fragile en France. C’est sans doute à l’occasion d’une coupure- qu il ne faut pas souhaiter -que la France s’apercevrait alors il ne faut pas confondre politique énergétique et gadgets écologiques en matière d’électricité.

Le risque d’une crise énergétique majeure

Le risque d’une crise énergétique majeure

 

 

Quand l’appareil de production mondial fonctionne bien peu s’inquiètent  d’une éventuelle crise de l’énergie. L’énergie à disposition aujourd’hui est appréhendée un peu comme l’eau qui coule du robinet. En disposer parait tout à fait normal. Pourtant les conditions économiques générales, les exigences environnementales et les politiques erratiques de certains Etats pourraient conduire à une crise mondiale de l’énergie. Pour l’instant,  on attribue essentiellement la hausse des prix de l’énergie (gaz, électricité, pétrole) à des facteurs essentiellement conjoncturels.

 

Ces hausses qui traduisent une inadaptation de l’offre par rapport à la demande seraient du à la reprise économique de 2021. Tout n’est pas faux évidemment; ceci étant globalement, il faut quand même relativiser cette reprise générale qui en moyenne nous ramène au niveau de croissance de fin 2019. D’autres facteurs sont donc à prendre en compte.

 

Parmi ceux-ci il y a les contraintes environnementales qui amènent une conversion des outils de production de l’énergie. En clair, cela se traduit par un certain rationnement de l’énergie en tout cas pour l’instant à un net renchérissement. Dans cet environnement , les pays souvent pour faire plaisir au courant écolo ont changé de manière trop brutale leur politique énergétique par exemple en supprimant brutalement des sites de production nucléaire et paradoxalement en réactivant des sites de production au charbon.

 

En outre la bulle des énergie alternative s’est largement dégonflée. Certes elles peuvent être utiles voir nécessaires mais certainement pas constituer le cœur d’une politique énergétique notamment pour les énergies intermittentes comme les éoliennes. L’Allemagne de ce point de vue est un bon exemple des errements conduits en matière de politique énergétique. Pour prendre en compte le courant écolo, le gouvernement allemand a brutalement fermé ses centrales nucléaires pour leur substituer des centrales au charbon les énergies alternatives se montrant complètement incapables de satisfaire la demande.

 

Pire l’Allemagne s’est rendue complètement dépendante maintenant du gaz russe. Un  gaz russe fourni actuellement avec parcimonie par la Russie qui participe à l’emballement  des prix de toutes les énergies. D’autres zones aussi sont menacées par exemple la puissance montante indienne où le pétrole permet de produire 70 % d’électricité mais où les stocks de charbon font craindre une pénurie en matière de fourniture de courant Les centrales thermiques indiennes sont en état d’alerte.

 

Au cours des derniers mois, leurs réserves de charbon se sont effondrées pour atteindre un niveau critique. Mercredi dernier, les 135 centrales thermiques alimentées au charbon du pays disposaient, en moyenne, de quatre jours de stock. Plus de la moitié d’entre elles possédaient moins de trois jours de réserves et quinze étaient déjà en rupture de stock, selon les données officielles. Dans un pays où l’or noir permet de produire près de 70 % de l’électricité, les faibles réserves de charbon font craindre des coupures de courant. La Chine pèse aussi d’un poids considérable sur la demande avec sa reprise économique vigoureuse antérieure à celle des pays occidentaux. En France aussi la situation risque d’être tendue si par hypothèse l’hiver se révèle assez froid. Depuis la fermeture de Fessenheim, l’équilibre production consommation est fragile en France. C’est sans doute à l’occasion d’une coupure- qu il ne faut pas souhaiter -que la France s’apercevrait alors il ne faut pas confondre politique énergétique et gadgets écologiques en matière d’électricité.

Risque de crise cyber majeure : Quel rôle de l’État

Risque de crise cyber majeure : Quel rôle de l’État ?

Par Jean-Jacques Quisquater, université de Louvain, Ecole Polytechnique de Louvain et MIT, et Charles Cuvelliez, université de Bruxelles, Ecole Polytechnique de Bruxelles. ( L’Opinion, extrait)

 

Tribune

 

Tout au long de la crise du Covid-19, c’est l’Etat qui a joué un rôle d’assurance et d’assureur sans le savoir au départ en prenant en charge les coûts générés par l’arrêt forcé de l’économie. Les puristes diront qu’une assurance couvre un dommage matérialisé sauf que l’Etat l’a couvert au fur et à mesure qu’il se matérialisait.

Dans son analyse annuelle 2021 des risques futurs, AXA n’est pas loin d’évoquer un scénario similaire où les assureurs seront tout aussi démunis face à l’ampleur d’une autre crise, une crise cyber qui paralysera toute l’économie via, par exemple, le système financier qui serait bloqué. On n’a aujourd’hui que peu de compréhension des conséquences si un maillon systémique du système financier était bloqué.

Qui doit couvrir les dommages?

Une crise cyber partira peut-être d’une institution donnée couverte par une assurance cyber, pourquoi pas, mais ses effets se propageront peut-être à toute une industrie, à toute une économie sans faire dans le détail. Qui doit couvrir les dommages dans ce cas. Tout comme le Covid-19, ce sera à l’Etat de jouer ce rôle.

On dirait que l’opinion s’y prépare puisque le risque cyber est listé comme risque n°1 aux Etats-Unis et n°2 en Europe. AXA a interrogé pour ce faire 2.500 experts en risque dans 60 pays. Il leur était demandé de choisir leur top des risques parmi un choix de 25.

Il n’est évidemment pas étonnant que les risques climatiques, les risques cyber et les risques santé occupent le top 3. Mais même si le Covid-19 a représenté la matérialisation, une année et demie durant, de l’un d’entre eux, c’est tout même le climat qui est donné comme le risque le plus urgent. Quant au risque de santé, c’est moins la pandémie que les maladies chroniques et l’exposition aux substances toxiques qui est vue comme le plus problématique pour le public qui a aussi été interrogé (20.000 personnes dans 15 pays).

Risques technologiques

Dans notre société toujours plus numérique et technologique, il n’est pas étonnant non plus que les risques technologiques soient mis en avant à coté des risques cyber. Les risques éthiques liés à l’usage des technologies qui autorisent toujours plus d’intrusion dans la vie (privée) ou qui provoquent des biais algorithmiques occupent le devant des préoccupations. Il y aussi les risques économiques et non plus éthiques liés à la technologie qui ont grimpé de 8 places dans le classement, en comparaison de 2020. Il s’agit de la prévalence toujours plus grande des cryptomonnaies dans l’attente d’un grand crash sans parler des conséquences sur la consommation d’énergie et l’empreinte carbone. Par contre, les technologies futuristes disruptives comme l’ordinateur quantique ou les systèmes autonomes ou même les manipulations génétiques n’ont pas l’air de préoccuper les experts.

Les risques liés à la stabilité financière sont montés de la position n°9 en 2020 à la position n°8 cette année. En 2018 et 2019, ce risque n’était même pas dans le top 10. Ce sont les politiques monétaires et fiscales non orthodoxes menées pendant le Covid-19 qui ont fait exploser les dépenses publiques qui expliquent cette peur. C’est le côté Terra Incognita dans lequel nous sommes plongés. Pour l’instant, tout va bien. Sur la forme que prendra la matérialisation d’un risque impactant la stabilité financière, on évoque autant l’existence d’une bulle financière que l’effondrement du système financier mondial.

C’est intéressant de voir comment la perception du risque diffère entre spécialistes et le grand public. Pour ce dernier, arrive en premier les pandémies et les maladies infectieuses.  Le changement climatique vient en deuxième position. Arrive ensuite le terrorisme (du fait de sa charge émotionnelle) et, en quatrième position, les cyberrisques. Le terrorisme n’arrive qu’en septième position pour les experts. Chaque continent a aussi son top risque préféré : l’Amérique voit le cyberrisque d’abord. Il faut dire que la vague d’attaque cyber que les Etats-Unis ont vu déferler n’y est pas pour rien (on n’a encore rien vu en Europe, ceci dit). En Europe, c’est le risque climatique qui inquiète le plus. Les pandémies et les maladies infectieuses dominent en Asie et en Afrique.

Perception de la vulnérabilité aux risques

Autre angle intéressant de cette édition 2021, la perception de la vulnérabilité aux risques. En 2021, les experts se sentent plus vulnérables aux risques de santé, environnementaux et technologiques. Ceci correspond parfaitement à l’actualité. Pour l’environnement, on a vu comme le confinement a tout à coup diminué tant d’atteintes à l’environnement, comme la pollution. Avec le tout au télétravail et au numérique pour compenser le confinement, on a aussi compris combien les risques technologiques se cachaient derrière ces usages. Enfin, la réalité du risque santé était bien là avec la pandémie.

Par contre, tant le public (75% des personnes interrogées) que les experts risques (87 %) continuent à faire confiance aux scientifiques et académiques pour gérer ou limiter les crises. Rassurant en ces temps d’infox mais pourvu que les scientifiques ne se trompent pas et ne s’érigent pas en autorité morale qu’ils n’ont pas à être avec des prises de position tapageuses. La jeune génération pense aussi qu’on viendra toujours à bout des crises, qu’aucune ne nous arrêtera. Ce sont aussi les jeunes qui sont le plus sensibles aux risques climatiques.

AXA pointe aussi un risque géopolitique qui émerge des risques climatiques avec la course au leadership pour la transition verte entre la Chine et l’Occident. On sait bien que les métaux stratégiques pour la transition énergétique se trouvent en Chine. On se rappellera que le leadership britannique au XIXe siècle venait de leur contrôle du charbon et que celui des USA vient de leur contrôle sur le pétrole quand même plus pratique.

Arrêt d’infrastructures critiques et ransomwares

Si on demande de détailler ce qu’il faut entendre par risque cyber, 47 % des réponses se dirigent vers un arrêt d’infrastructures critiques et 21% pour les ransomwares. Et c’est là qu’AXA explique que la prévalence des attaques cyber va les transformer en équivalent Covid-19. Le contexte cyber risque d’escalader, explique AXA. L’opinion publique des pays occidentaux appelle ses dirigeants à réagir de plus en plus fermement aux attaques, ce qui peut amener une politique de confrontation qui dépasse l’espace cyber.  A cela s’ajoute un poids réglementaire qui s’accroit : interdiction de payer les rançons, limitation des cryptomonnaies, … ce sont autant de marge de manœuvre réduite pour les entreprises pour faire face à une attaque cyber. Quant à la pandémie, elle a mis en évidence l’interdépendance entre risques santé et risque environnementaux. Les incendies créent des problèmes respiratoires, les virus s’échappent des zones tropicales, ….

Bien sûr, on peut se poser la question de la pertinence d’une telle analyse : le bais du déjà-vu opère. On croit qu’un risque qui s’est matérialisé dans le passé aura plus de chances de se reproduire mais il ne s’agit ici que d’identifier les risques majeurs émergents et pour tous ceux-là, les signes prémonitoires de leur matérialisation sont déjà présents et beaucoup ont leur cause de la main de l’homme.

Risque de cyber catastrophe systémique ? (Guillaume Poupard, ANSSI)

Risque de  cyber catastrophe systémique ? (Guillaume Poupard, ANSSI)

 

Pierre angulaire de la révolution numérique, la cybersécurité est aussi l’une des clés de la souveraineté technologique européenne. Guillaume Poupard, (ANSSI, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information ),  appelle la France à ne pas oublier les acteurs européens du cloud au profit des Gafam américains . (dans la Tribune, extrait)

La crise du Covid-19 a mis en évidence la fragilité des systèmes informatiques. L’Anssi a alerté fin 2020 que le nombre de victimes des cyberattaques a quadruplé en un an en France. Comment la situation évolue-t-elle en 2021 ?

GUILLAUME POUPARD - Cela ne fait que s’aggraver car la cybercriminalité se professionnalise depuis quelques années, avec pour principal objectif l’appât du gain par des réseaux organisés qui agissent comme de véritables entreprises. De fait, les attaques sont de plus en plus nombreuses et bien ficelées. Les cybercriminels ont mis en place un modèle économique du « ransomware as a service » (RaaS) qui est redoutablement efficace. Avec le RaaS, n’importe quel escroc sans compétence informatique peut devenir un cybercriminel. Les logiciels de rançon sont commercialisés clé en main sur le darkweb. Il y a des personnes qui développent les attaques, d’autres qui les vendent et d’autres qui les exécutent.

La conséquence de cette industrialisation de la cybercriminalité est l’explosion du nombre d’attaques. Entre le premier semestre 2020 et le premier semestre 2021, l’Anssi évalue la progression à +60% ! C’est donc une véritable catastrophe économique. Si on est de nature optimiste, on peut remarquer que la progression ralentit car c’était pire l’an dernier à la même époque, mais objectivement la situation est mauvaise. D’autant plus que les autres menaces, celles qui ne sont pas visibles, continuent de se développer.

Quelles sont-elles ?

L’espionnage. En parallèle de la cybercriminalité « classique » qui touche les entreprises, les collectivités et le grand public, se développe une cybercriminalité « stratégique », menée par des grands Etats avec des groupes affiliés. Cette cyberguerre existe depuis longtemps mais elle se renforce. Ces hackers mènent des campagnes de plus en plus complexes et massives, ils ont des moyens quasi-illimités et agissent dans le cadre d’un affrontement géopolitique entre les grandes puissances de ce monde. C’est la nouvelle guerre froide, mais dans le cyberespace. L’Anssi trouve des traces de ces réseaux partout.

Peut-on enrayer cette augmentation rapide et spectaculaire des cyberattaques ?

Il faut distinguer la cybercriminalité « classique » de la cybercriminalité étatique, car nous avons beaucoup plus de marge de manœuvre pour faire reculer la première. Les cyberattaques contre les entreprises et les collectivités prospèrent car personne n’est vraiment prêt. Mais ce n’est pas une fatalité, on peut agir. Si chacun fait un véritable effort, si chaque patron de PME, de TPE ou d’hôpital comprend qu’il a une responsabilité et qu’il doit allouer à sa cybersécurité un budget non-négligeable et incompressible, alors on peut casser cette dynamique et se protéger collectivement.

Il ne faut pas tout attendre de l’Etat : la cybersécurité est une responsabilité individuelle. Les particuliers doivent adopter de bons réflexes sur leurs mots de passe ou la mise à jour de leurs logiciels pour éviter de se faire piéger. Les entreprises et les collectivités doivent intégrer la dimension cyber dans tous leurs projets et porter le sujet au niveau de la direction générale. La cybersécurité est une composante de la transformation numérique de l’économie et de la société. Je crois qu’on vit une vraie prise de conscience et que dans cinq ans la cybercriminalité classique aura baissé.

Mieux se protéger collectivement permettra-t-il aussi de faire reculer la cybercriminalité étatique ?

Oui et non. Oui car il y a forcément un effet ricochet : les entreprises et organisations les mieux protégées sont moins attaquées. Une entreprise dans la supply chain par exemple, peut devenir la cible d’une cyberattaque d’origine étatique si l’objectif est d’affaiblir son client final. C’est ce qui est arrivé aux Etats-Unis avec l’attaque SolarWinds, qui a traumatisé les autorités car c’était une attaque massive contre le gouvernement fédéral et les réseaux énergétiques américains via un logiciel tiers, Orion, fourni par l’entreprise SolarWinds. Il faut donc mieux protéger à la fois les grands groupes et leurs écosystèmes.

Ceci dit, il est beaucoup plus difficile de stopper la cybercriminalité étatique car le niveau des assaillants est encore plus élevé. Pour lutter contre eux, il faut utiliser tous les moyens de renseignement et de coopération internationale. L’enjeu est de détecter au plus tôt les agressions pour les éviter ou atténuer leur gravité, mais aussi être capable de faire de l’attribution de menace pour avoir une politique de sanctions et une diplomatie plus efficaces. Aujourd’hui il est très complexe de relier de manière incontestable un réseau cybercriminel à un Etat, ce qui permet aux Etats de nier. Les militaires parlent du cyberespace comme d’un nouvel espace de conflictualité. Les Etats y préparent les conflits du futur, des agents dormants sont placés dans des secteurs stratégiques comme les transports, l’énergie, les télécoms, pour agir le jour où ils en ont besoin.

Vous êtes optimiste sur la capacité de la France à inverser la courbe des cyberattaques, mais aujourd’hui les PME, les TPE et les collectivités restent globalement mal protégées. Même les grands groupes souffrent d’énormes failles de sécurité qui sont régulièrement exploitées par les cybercriminels…

C’est vrai, mais aujourd’hui plus aucune entreprise du CAC40 ne sous-estime la menace cyber et le sujet est passé au stade de la direction générale, ce qui signifie que les budgets suivent. De plus, il y a une prise de conscience globale, à commencer par l’Etat qui a lancé sa stratégie cybersécurité en début d’année et qui consacre 1,3 milliard d’euros pour rassembler l’écosystème français de la cyber et accélérer la protection de tout le monde.

La réalité est que les plus mal protégés -TPE, collectivités, hôpitaux…- ne pensaient pas être des cibles. Ils ne sont pas idiots ni négligents, mais ils se disaient : « pourquoi serais-je attaqué alors qu’il y a tellement plus d’argent à récolter ailleurs ? » Sauf que l’expérience montre que tout le monde est attaqué, même les petits. Les petits paient même plus facilement la rançon, car l’arrêt forcé de leur activité à cause d’un ransomware peut les conduire à mettre très vite la clé sous la porte. Du coup tout le monde est en train de se protéger, mais cela prendra encore quelques années pour se mettre à niveau. C’est une course contre la montre mais je suis confiant sur le fait qu’on y arrivera.

De nombreux hôpitaux ont été attaqués depuis la crise sanitaire, dont plusieurs centres hospitaliers en France, notamment à Rouen, Dax et Villefranche-sur-Saône. Ces attaques ont révélé l’ampleur de leur impréparation. Mais ont-ils les moyens financiers, techniques et humains de bien se protéger ?

Les hackers avaient coutume de vanter une sorte de code de bonne conduite qui épargnait les hôpitaux, mais ce code a volé en éclat avec la crise sanitaire. Je doute même qu’il ait vraiment existé. A mon avis les hôpitaux étaient moins pris pour cible avant le Covid parce que les hackers voulaient éviter de se retrouver dans le radar des autorités, et attaquer un lieu sacré c’est le meilleur moyen d’attirer l’attention. Mais la réalité est que les cybercriminels n’ont aucune éthique. Le Covid-19 l’a prouvé de manière très cynique : attaquer un hôpital en pleine crise sanitaire c’est multiplier les chances qu’ils paient la rançon.

Pour revenir à votre question, la cybersécurité coûte cher, oui. Et encore plus pour un hôpital qui a déjà un budget très serré et des missions importantes de service public à mener. L’objectif pour les centres hospitaliers est qu’ils sanctuarisent entre 5% et 10% de leur budget informatique pour la cybersécurité. Ce n’est clairement pas le cas aujourd’hui mais c’est indispensable. Je ne leur jette pas la pierre car je me mets à la place d’un directeur d’hôpital qui doit choisir entre acheter des lits et des scanners ou protéger ses systèmes d’information des menaces cyber. Honnêtement, je comprends qu’il choisisse d’acheter des lits et des scanners. Surtout quand il n’a pas déjà été confronté à une crise cyber, car la menace lui paraît lointaine. Mais désormais il faut changer cette manière de penser et considérer que protéger ses systèmes informatiques relève de l’importance vitale.

Les aidez-vous à se mettre à niveau ?

Oui. L’Etat a octroyé une enveloppe de 136 millions d’euros à l’Anssi dans le cadre de sa stratégie de cybersécurité. Dans cette enveloppe, 25 millions d’euros sont consacrés aux établissements de santé. Chaque hôpital peut bénéficier d’un audit de cybersécurité et d’un plan d’action à hauteur de 140.000 euros. L’idée est de leur mettre le pied à l’étrier : on arrive, on fait l’analyse des risques, on établit avec eux une stratégie cyber, on les met en relation avec des prestataires de confiance certifiés par l’Anssi, et la machine est lancée. Les établissements de santé peuvent aussi bénéficier d’autres aides. Dans le Ségur de la santé, l’Etat déploie une enveloppe de 350 millions d’euros pour la sécurité numérique.

Quand l’Anssi intervient-il auprès des entreprises et des collectivités ?

Nous intervenons avant tout auprès des acteurs régulés, c’est-à-dire les opérateurs d’importance vitale (OIV) et les opérateurs de services essentiels (OSE). D’un côté ils ont l’obligation de présenter un niveau de sécurité élevé, et en contrepartie ils bénéficient d’un accès prioritaire à la capacité de réponse de l’Anssi en cas d’incident cyber. Des cibles que je qualifie de « politiques » bénéficient aussi de notre aide, soit en réaction à une attaque soit en anticipation. Par exemple, nous sommes intervenus en amont sur l’application TousAntiCovid, car l’impact politique et médiatique d’une attaque serait dramatique.

Quelquefois, l’Anssi peut être amené à intervenir auprès d’acteurs non-régulés comme certains établissements hospitaliers, par exemple l’an dernier à Rouen, Dax et Villefranche-sur-Saône. Dans ces cas on les a aidés en réaction à la cyberattaque et on a fait de la reconstruction, ce qui est rare car ce n’est pas dans notre ADN, mais pour les hôpitaux on peut le faire.

Parfois, l’Anssi choisit aussi d’intervenir à des endroits atypiques mais intéressants pour comprendre l’évolution de la menace, comme certaines PME ou TPE. Par exemple, nous avons passé plusieurs mois dans un Ehpad, à la grande stupéfaction de la direction qui n’a pas vraiment compris les raisons de notre présence ! Il s’avère qu’un attaquant de nature étatique qui nous intéressait particulièrement s’était installé sur les serveurs de cet Ehpad. Il ne souhaitait pas attaquer l’Ehpad mais il se servait de ce rebond pour cibler des acteurs stratégiques français. Il se pensait à l’abri sur les serveurs de cet Ehpad mais on l’a observé pendant plusieurs mois et cela nous a aidés à reprendre l’avantage sur lui.

L’Etat prévoit d’injecter 1,3 milliard d’euros pour développer l’écosystème cyber en France. Ce plan est-il à la hauteur des enjeux ?

Le fait que le sujet de la cybersécurité soit porté par le président de la République est incontestablement une grande avancée. L’argent mis sur la table et la philosophie d’action qui consiste à renforcer tout l’écosystème de la cyber, de la R&D aux startups en passant par les grands groupes, me paraissent aller dans le bon sens. Le gouvernement a intégré la question de la sécurité dans le domaine du numérique et c’est courageux car ce sont deux communautés qui ont longtemps eu du mal à se rencontrer.

Après, il est compliqué de se prononcer sur les montants car la cybersécurité est un effort permanent qui doit faire partie des coûts fixes d’une entreprise ou d’une collectivité. Ce coût est très variable, il dépend de la taille de la structure, de son secteur d’activités et d’où on part, c’est-à-dire s’il faut carrément refaire tous les systèmes d’information ou s’il faut juste moderniser les équipements et s’équiper en logiciels. Mais il faudra quand même mobiliser ces 5% à 10% du budget informatique. Cette dépense devient incompressible car la menace s’est concrétisée.

L’un des piliers de la stratégie cyber de l’Etat est la notion d’écosystème, matérialisée par la création d’un immense Campus Cyber à La Défense, dans lequel sont amenés à collaborer centres de recherche privés et publics, Etat, startups, PME et grands groupes. Mais n’est-il pas idyllique de penser que des entreprises concurrentes vont collaborer entre elles pour le bien de l’écosystème?

L’idée derrière le Campus Cyber et ses futures déclinaisons en Région c’est d’aller explorer des manières de travailler qui n’ont pas encore été tentées. Cette méthode de l’écosystème fonctionne dans le numérique, il faut l’appliquer à la cybersécurité et je constate que tous les acteurs ont envie de travailler ensemble et ont les moyens de le faire.

Donc idyllique, ça l’est forcément un peu, mais je préfère parler de pari. Pour être honnête c’était la crainte initiale et c’est pour cela que je parle d’utopie quand je m’exprime sur le Campus Cyber. A priori, c’est contre-nature pour des entreprises concurrentes de travailler les unes avec les autres. Mais cela va fonctionner car grâce à cette collaboration ils vont obtenir un avantage concurrentiel pour attaquer le marché européen voire international. Dans d’autres domaines industriels, les Français ont choisi de se regarder en chien de faïence et cela ne leur a pas porté chance. Cette erreur peut être évitée dans la cybersécurité grâce au Campus Cyber.

La différence c’est aussi que les acteurs de la cybersécurité ont l’embarras du choix, ils ne peuvent pas répondre à tous les appels d’offres car le secteur souffre d’une grosse pénurie de talents. La guerre des talents est assumée mais le Campus Cyber peut justement créer une émulation et une régulation de ce phénomène avec un code de bonne conduite où les mercenaires qui changent d’emploi tous les ans pour prendre une augmentation de 20% de salaire sont neutralisés.

La crise des talents est le principal problème du secteur de la cybersécurité, et du numérique en général. A quel point est-il difficile de recruter pour l’Anssi ?

Le recrutement est une préoccupation constante, majeure, et on y met beaucoup d’énergie. L’équation n’est pas favorable : il y a beaucoup plus d’emplois à pourvoir que de personnes pour les occuper. Mais je ne me plains pas car ce n’est pas très difficile pour l’Anssi d’attirer les talents, y compris les très bons. L’Anssi reste une marque forte, notamment pour des jeunes qui sortent d’école, qui ont soif d’apprendre et qui veulent être utiles. Travailler à l’Anssi c’est se mettre au service de la nation, côtoyer des équipes de top niveau, et réaliser des missions intéressantes et diversifiées. On voit chez nous des choses qu’on ne trouve pas ailleurs.

Après, il ne faut pas se cacher que l’Anssi est très formateur donc c’est aussi une super ligne à avoir sur le CV quand on veut passer dans le privé. Certains le regrettent. Moi je dis : oui, et alors ? La mobilité dans une carrière, c’est normal. A chaque fois qu’un talent part de l’Anssi, je prends le parti de m’en réjouir car cela veut dire que j’aurais un allié naturel dans le privé, qui est bon et qui contribue à construire l’écosystème. Ils peuvent partir du jour au lendemain par contre, quand ils estiment au bout de quelques années qu’ils doivent passer à autre chose. Donc il faut les intéresser pour les garder, mais je peux vous assurer qu’on ne s’ennuie pas à l’Anssi.

L’enjeu pour les entreprises c’est de se mettre au niveau rapidement. Quelle est l’approche la plus efficace ?

La question qui m’agace prodigieusement à la fin d’un Comex c’est quand on me demande « si vous n’aviez qu’un seul conseil ce serait quoi ? » Hé bien mon conseil, ce serait de vous y mettre sérieusement ! Aujourd’hui le sujet cyber monte dans les directions générales dans le privé, car certains ont pris la foudre et d’autres ont vu la foudre tomber pas très loin, donc ils ont compris. Mais dans le public et dans les petites entreprises on n’y est pas encore, d’où un énorme enjeu de sensibilisation. Des plans sectoriels peuvent être de bonnes idées pour mobiliser toute une filière, mais globalement il faut faire partout la même chose : prendre en compte la cybersécurité dès la conception des systèmes informatiques, améliorer la détection des menaces, l’anticipation des crises, avoir des plans de réaction et des plans de reprise d’activité en cas d’attaque… C’est ce que l’on impose aux opérateurs régulés et que l’on retrouve dans les textes européens.

En parlant d’Europe, on parle souvent de la nécessité de construire une « Europe de la cyber ». Mais concrètement, c’est quoi une « Europe de la cyber » ?

C’est une très bonne question et c’est tout l’enjeu de la présidence française de l’UE au premier semestre 2022 de le définir. L’Europe de la cyber c’est d’abord une Europe réglementaire, ce que sait très bien faire l’Europe par ailleurs. N’y voyez pas une pique contre l’Europe : sans le Règlement sur la protection des données (RGPD), les entreprises n’auraient jamais fait monter ce sujet assez haut dans la hiérarchie pour passer l’étape des budgets. Dans le domaine de la cybersécurité, c’est pareil. Depuis 2016, la directive Network and Information System Security (NIS) a fait ses preuves. Son but est d’assurer un niveau de sécurité élevé et commun pour les réseaux et les systèmes d’information européens. En gros, la directive NIS étend à l’échelle européenne cette notion d’opérateur critique qu’on avait en France et en Allemagne. D’ailleurs, elle fonctionne tellement bien qu’on est en train de la réviser, et encore une fois, ce n’est pas ironique !

Que manque-t-il à la directive NIS dans sa version actuelle ?

Rien, justement, elle fonctionne très bien et c’est pour cela qu’il faut étendre son périmètre, passer à l’échelle pour réglementer davantage de secteurs afin de généraliser la montée en compétence cyber. La directive NIS se concentre sur la sécurité des cibles finales des cyberattaques mais il faut aussi protéger les cibles intermédiaires et les prestataires de services numériques (ESN), qui ne sont actuellement pas régulés et c’est bien dommage, à la fois pour eux-mêmes et pour leurs clients. Il faut aussi étendre NIS dans le domaine des hôpitaux : en France une centaine d’établissements hospitaliers sont concernés par NIS, dont 13 CHU, mais il faut aller plus loin car il y a 4.000 établissements hospitaliers dans le pays. On ne peut pas tout faire d’un coup car le secteur privé n’arriverait pas à suivre la demande, mais il faut étendre les obligations petit à petit car c’est en relevant le niveau de sécurité de tout le monde qu’on fera reculer la cybercriminalité.

Quels autres sujets la France devrait-elle pousser pendant sa présidence du Conseil de l’UE, au premier semestre 2022 ?

Il faut mettre en place une vraie coopération opérationnelle à l’échelle européenne. Mettre en réseau notre capacité de réponse à une cyberattaque, à un niveau technologique, stratégique et politique. Il faut une vraie solidarité européenne dans la cybersécurité car aujourd’hui, si un Etat membre demande de l’aide, on ne sait pas l’aider.

Comment ça ?

Concrètement, si un Etat membre demande de l’aide pour gérer une cyberattaque, les CERT de chaque pays [Centre gouvernemental de veille, d'alerte et de réponse aux attaques informatiques, Ndlr] vont échanger des informations mais ils ne sauront pas mettre en place une aide opérationnelle. Lors des incendies de l’été en Grèce, l’UE a été capable de mobiliser très vite des pompiers européens pour venir en renfort sur place. Mais dans le cas d’une crise cyber, on ne sait pas faire.

Il faut donc anticiper les crises, créer des règles et des mécanismes de solidarité qui n’existent pas encore. A l’heure actuelle si l’Anssi envoyait des renforts français pour gérer une crise cyber en Grèce par exemple, elle le ferait au détriment d’une urgence nationale. La France pousse donc l’idée de ne pas seulement faire appel à des forces publiques comme les Anssi de chaque pays, mais de mobiliser aussi le secteur privé. Des entreprises certifiées pourraient aller faire des audits, répondre à des incidents, faire de la reconstruction. Mais il faut créer le cadre réglementaire pour le rendre possible.

La cybersécurité fait partie des outils pour gagner une souveraineté technologique européenne. Construire un cloud européen indépendant des Gafam est-il indispensable ?

La souveraineté technologique est un sujet très complexe qui demande beaucoup de courage politique. Le cloud est l’un des piliers de la sécurité numérique européenne car il renferme toutes nos données et fait fonctionner nos infrastructures. La question est donc : est-on capables d’avoir à l’échelle européenne un cloud certifié complètement imperméable au droit extraterritorial étranger, notamment américain et chinois ? Si on n’est pas capables de dire clairement qu’on ne veut pas que des pays non-européens puissent accéder à nos systèmes cloud, alors je ne veux plus entendre parler de souveraineté européenne.

La France a lancé une stratégie « cloud de confiance » qui propose un entre-deux en autorisant des technologies étrangères mais uniquement sous licence et commercialisées par des entreprises européennes. Le secteur du cloud français est vent debout contre cette initiative. Est-on vraiment souverain quand on utilise sous licence des technologies de Microsoft ?

Je peux comprendre le scepticisme. Cette stratégie ne peut pas être le fossoyeur des acteurs français ou européens du cloud, car les OVH, Scaleway, Outscale et autres sont très bons. Il faut continuer à mettre la lumière sur eux avant tout.

Mais on ne peut pas non plus interdire la technologie américaine. Il y a un principe de réalité à avoir. Le fait de repositionner les acteurs américains dans leur rôle de fournisseur de technologies me paraît un compromis acceptable. Microsoft semble embrasser ce rôle, Amazon et Google c’est plus compliqué car ce n’est pas dans leur ADN. Mais il est essentiel d’imposer nos règles de manière pragmatique. Rendre ces technologies immunes au Cloud Act et à la loi FISA c’est une manière d’être souverain. Les technologies de Microsoft seront dans la coentreprise française Bleu, issue de Orange et de Capgemini, et Bleu ne mettra jamais un orteil aux Etats-Unis donc sera imperméable au droit extraterritorial américain.

L’élection présidentielle de 2022 arrive. Cela vous inquiète-t-il ?

Non. On sera attaqués, il y aura certainement des tentatives de manipulation. Il faut donc faire beaucoup de sensibilisation auprès des partis politiques et des équipes de campagne et s’assurer que les systèmes d’information soient au bon niveau. Et quand on sera attaqués il faudra bien réagir mais je suis relativement plus serein qu’il y a cinq ans.

On dit souvent que la prochaine grande crise mondiale sera une crise cyber. Partagez-vous cette crainte ?

Je pense que les menaces s’additionnent : le terrorisme, le Covid, la cyber… Du coup on réfléchit beaucoup au sein de l’Etat à la notion de multi-crise. Notre organisation est conçue pour gérer une crise à la fois, pas plusieurs. Il faut donc s’adapter à cette nouvelle donne. Une crise cyber majeure cela peut être par exemple un effondrement sectoriel lié à une vague de cyberattaques sur des infrastructures énergétiques. Cela peut être Microsoft ou Amazon qui s’éteint et cela déclenche une crise mondiale car les conséquences en cascade seraient monstrueuses. Quand on parle de « Pearl Harbor cyber » c’est en réalité très en-deçà de la réalité de la menace car Pearl Harbor était une tragédie localisée alors qu’une grande crise cyber serait systémique.

Cryptomonnaie et Chine: risque de crise financière

Cryptomonnaie et Chine: risque de crise financière

 

L’expert financier Pierre-Antoine Dusoulier explique, dans une tribune au « Monde », que le déploiement de la monnaie numérique risque de fragiliser les banques rurales chinoises et, dans la foulée, de déstabiliser l’ensemble des institutions bancaires du pays.(Extrait)

Tribune.

La Chine est sur le point de franchir une nouvelle étape dans le déploiement du yuan numérique. Il a été testé dans quatre villes pilotes depuis avril 2020, avec succès. Dans les semaines à venir, deux des principales banques publiques du pays, la China Construction Bank et la Bank of Communications, vont proposer à leurs clients d’utiliser le yuan numérique pour acheter des fonds d’investissement et des produits d’assurance.

Si l’opération réussit, cela devrait permettre d’étendre davantage l’utilisation de la monnaie virtuelle chinoise qui reste, jusqu’à présent, cantonnée aux paiements pour des achats de biens et de services de faible valeur.

 

L’objectif fixé par le Parti communiste chinois lors du 14e plan quinquennal portant sur la période 2021 à 2025 est d’approfondir la recherche et le développement dans le domaine des monnaies numériques et de permettre un déploiement le plus large possible de sa monnaie numérique étatique. Ce déploiement fait toutefois peser d’importants risques sur la stabilité financière de la Chine.

Le risque immédiat est celui d’une déstabilisation des banques rurales. La Chine compte plus de 1 600 banques rurales, de petite taille, et qui ont des fonds propres faibles. La crise économique résultant de la pandémie les a fragilisés. La croissance de leurs bénéfices nets était nulle au premier semestre.

En outre, les banques rurales ont dû provisionner des sommes importantes à la suite d’une hausse des prêts non performants ces derniers mois. Plus de 30 % des prêts qu’elles accordent le sont aux secteurs qui ont été les plus pénalisés par la crise, le secteur manufacturier et le secteur de la construction.

Le déploiement du yuan numérique risque d’accentuer leurs difficultés. Le gouvernement chinois ne prévoit pas de compter sur le réseau dense de banques rurales pour étendre l’utilisation de la monnaie virtuelle et favoriser l’inclusion financière. En Chine, 20 % de la population n’est pas bancarisée, particulièrement dans les campagnes. Les petites banques rurales devraient rester hors du système, avec impossibilité de convertir leurs dépôts en yuans numériques.

Ce sont les grandes banques soutenues par l’Etat, en partenariat avec les entreprises de télécommunications qui sont présentes sur tout le territoire, qui devraient avoir la charge d’inciter les Chinois à utiliser le yuan numérique à grands coups de promotions et d’incitations financières.

Covid variant Mu: le haut risque non couvert par les vaccins

Covid  variant Mu: le haut risque non couvert par les vaccins

 

Ce variant identifié pour la première fois en Colombie en janvier, est «potentiellement préoccupant», mais il n’y a pas encore de données suggérant qu’il puisse dépasser le variant Delta en tant que souche dominante, a déclaré jeudi le régulateur européen. Le variant – B.1.621 d’après la nomenclature scientifique – a été classé comme «variant à suivre» par l’OMS au début du mois de septembre.

L’Agence européenne des médicaments (EMA) se concentre principalement le variant Delta, mais «surveille également d’autres variants qui pourraient se répandre, comme le Lambda (identifié au Pérou) et plus récemment le Mu», a déclaré Marco Cavaleri, responsable de la stratégie sur les vaccins. Le variant «Mu pourrait être potentiellement plus préoccupant car il pourrait montrer un risque potentiel d’échappement immunitaire (résistance aux vaccins)», a-t-il précisé lors d’une conférence de presse.

Finances- Risque de domination des Bigtechs sur les services financiers

Finances- Risque de  domination des Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiètent  du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiètent  du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Économie-Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Économie-Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiète du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiète du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

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C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Risque de déstabilisation financière par les crytomonnaies

 Risque de déstabilisation financière par les cryptomonnaies 

L’économiste Luke Bartholomew prédit, dans une tribune au « Monde », une cohabitation délicate entre les cryptomonnaies privées et celles que s’apprêtent à émettre les banques centrales.(Extrait)

 

Tribune. 

Comment écarter la menace que représentent les cryptomonnaies pour la stabilité des systèmes financiers mondiaux, et permettre aux banques centrales de garder le contrôle de la masse monétaire et des taux d’intérêt ? La solution envisagée à ce problème très urgent passe par l’émission par les banques centrales de leurs propres monnaies numériques. Mais si celles-ci leur permettaient de garder le contrôle, elles pourraient également provoquer d’importants bouleversements.

D’ici quelques années, plusieurs grandes banques centrales émettront une forme de monnaie numérique nationale. Des travaux sont actuellement en cours à la Réserve fédérale américaine (Fed), à la Banque centrale européenne (BCE) et à la Banque d’Angleterre.

La Banque populaire de Chine a pris une longueur d’avance ; elle en est déjà au stade pilote. Elle a créé une cryptomonnaie nationale qui fonctionne à travers une application téléphonique. L’objectif déclaré est de remplacer l’argent liquide, d’améliorer l’inclusion financière et de mettre en place des systèmes de paiement plus efficaces dans tout le pays. La Chine dispose déjà d’un réseau de paiement par téléphone très sophistiqué, et la population semble avoir moins de scrupules en matière de protection de la confidentialité.

Une monnaie numérique émise par une banque centrale (MNBC) est similaire à certains égards au bitcoin, mais elle est émise dans la monnaie nationale : nous pourrions donc voir naître un « eurocoin » ou un « britcoin », stockés sur un registre numérique ou détenus sur des comptes de particuliers ouverts auprès de la banque centrale.

 

Les avantages pour les gouvernements sont tout d’abord de prévenir la menace que font peser actuellement les monaies numériques privées sur la stabilité financière et leur pouvoir économique, et aussi de maintenir le contrôle de la masse monétaire et des taux d’intérêt pour soutenir la politique économique.

De plus, les banques centrales auraient de meilleures informations sur la manière dont les gens dépensent, et pourraient piloter plus facilement la « monnaie hélicoptère » (l’aide financière directe distribuée aux ménages ou aux entreprises). Les MNBC offriraient également une plus grande souplesse en matière de taux d’intérêt négatifs si elles débouchaient sur l’abolition de la monnaie en espèces. Cela pourrait contribuer à stimuler les économies en période de récession.

Les détenteurs de MNBC bénéficieraient d’un actif sans risque car, contrairement aux banques commerciales, les banques centrales ne peuvent pas faire faillite. Les processus de paiement seraient également beaucoup moins coûteux, plus rapides et plus aisés pour les mouvements de fonds internationaux.

Risque d’écroulement des valeurs de la tech chinoise

Risque d’écroulement des valeurs de la tech chinoise

 

Un article du Wall Street Journal évoque le risque d’écroulement des valeurs de la tech chinoise totalement reprise en main par le parti communiste. (Extrait)

 

 

Ces derniers mois, Pékin a dynamité ce qui aurait pu être la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire, ouvert des enquêtes sur plusieurs géants technologiques et fait disparaître plus de mille milliards de dollars de capitalisation pendant que les investisseurs cherchaient à se couvrir comme ils pouvaient.

Et tout porte à croire que ce n’est pas fini.

Investisseurs, analystes et chefs d’entreprise en sont convaincus : l’offensive du gouvernement, destinée à remettre les entreprises privées dans le droit chemin de l’Etat (et veiller à ce qu’elles servent les intérêts économiques, sociaux et de sécurité nationale du Parti communiste), ne fait que commencer.

Xi Jinping a de grandes ambitions pour la Chine, des ambitions qui risquent d’avoir des conséquences graves et imprévisibles sur les entreprises, affirment ces observateurs. Et satisfaire les investisseurs étrangers n’en fait pas partie.

Les risques se sont accrus pour ceux qui ont déversé des milliards de dollars dans les très dynamiques entreprises chinoises, en espérant miser sur le seul secteur technologique capable de concurrencer la Silicon Valley

Selon un rapport de Goldman Sachs daté du 29 juillet, les régulateurs ont (ou auraient) lancé plus de 50 procédures sur des questions de concurrence, de finance, de sécurité des données et d’égalité des chances depuis le mois de novembre, soit plus d’une par semaine.

Parmi elles, le sabotage de la méga-introduction en bourse d’Ant Group, l’amende record de 2,8 milliards de dollars infligée à Alibaba et le rejet d’un projet de fusion mené par Tencent.

Pas question de trêve estivale : une enquête de cybersécurité visant Didi Global a été ouverte quelques jours après que la plateforme de VTC entre en Bourse à New York, et il a été décidé (sans préavis) que les cours particuliers devaient désormais relever d’organisations à but non lucratif. Les secteurs de l’immobilier et la livraison de repas sont également dans la ligne de mire.

Mardi, un journal chinois proche de l’agence de presse officielle Xinhua a critiqué les jeux en ligne, les qualifiant d’« opium de l’esprit », des propos qui ont fait craindre un assaut du régulateur contre Tencent et ses jeux très appréciés des Chinois. Signe de la fébrilité des investisseurs, l’article a provoqué un effondrement de son cours de Bourse. Il a ensuite disparu du site, avant d’être republié dans une version édulcorée, sans référence à l’opium.

Le même jour, le département de propagande du parti, qui décide quels livres, films et jeux peuvent sortir dans le pays, a adopté une règle limitant le rôle des algorithmes dans la diffusion de contenus, une décision qui pourrait pénaliser des entreprises comme ByteDance et Tencent.

Le département n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Le gouvernement chinois s’est peu exprimé sur les différentes enquêtes en cours, et ne s’est pas montré plus prolixe concernant leur date de conclusion. Dans certains cas, les détails ne sont pas encore arrêtés.

Les salariés de plusieurs entreprises technologiques ont raconté que les autorités ont passé des dossiers au peigne fin et posé des questions sur la façon dont les données étaient collectées. Des contrats et des documents financiers ont été saisis par les enquêteurs, ainsi que des e-mails et des communications internes.

Certaines entreprises ont aussi été informées qu’en vertu des règles de lutte contre les monopoles, elles devaient réduire leur part de marché.

Mais ce qui inquiète particulièrement les investisseurs et les dirigeants de ces entreprises, c’est l’impression que les régulateurs, eux-mêmes, ne savent pas jusqu’où tout cela peut aller.

Fin juillet, de nouvelles règles ont été édictées ; elles imposent notamment le versement d’un salaire minimum et la fourniture d’une assurance maladie aux livreurs. Quand les entreprises concernées ont contacté les autorités pour avoir plus de précisions, on leur a répondu que les autorités cherchaient elles aussi à en savoir plus, a indiqué l’une des sources.

La Chine est coutumière des revirements soudains dans sa réglementation en fonction des objectifs à long terme. Avec, parfois, des conséquences graves. En décembre 2020, le régulateur bancaire a ainsi annoncé qu’après une opération lancée en 2018, le secteur des prêts entre particuliers avait été « supprimé ».Les dernières initiatives de Pékin sont portées par des ambitions bien plus grandes, et une volonté manifeste d’agir.

Après un passage à vide en raison de la Covid-19, l’activité est repartie grâce aux exportations : les dirigeants ont donc plus de marge de manœuvre pour les réglages économiques et les questions qui agacent les investisseurs étrangers. Au premier semestre, le produit intérieur brut (PIB) a bondi de 12,7 %, ce qui devrait permettre à la Chine de dépasser son objectif de croissance annuelle (6 %).

Parallèlement, les tensions avec les Etats-Unis n’ont pas baissé avec l’arrivée de Joe Biden à la présidence, ce qui conforte Pékin dans sa volonté de se concentrer sur la sécurité et l’autosuffisance.

Dans ce contexte, Xi Jinping avance avec détermination sur des priorités sociales, économiques et de sécurité nationale qui patinent souvent depuis des années.

« Ce n’est pas la première fois que les régulateurs chinois changent totalement de cap », indique Robin Xing, économiste en chef pour la Chine chez Morgan Stanley.

Dans le secteur technologique, les craintes de la Chine sont assez similaires à celles qui agitent les régulateurs en Occident : pouvoir de marché, utilisation des données, entre autres choses. Pékin considère aussi que le pouvoir du secteur pourrait menacer le sien, d’où la tendance répressive.

Pour les investisseurs, il est intéressant de comprendre le pourquoi du comment, mais cela ne fait pas tout, estime Logan Wright, responsable de la recherche sur les marchés chinois chez Rhodium.

« Cela ne modifie pas fondamentalement l’idée que le risque réglementaire est voué à augmenter, et c’est très loin d’être fini », souligne-t-il.

Et il y a des limites à ce que le gendarme de la bourse peut faire pour rassurer les investisseurs sur les projets chinois, estime Lyndon Chao, responsable des actions de l’association asiatique des valeurs mobilières et des marchés financiers, une organisation qui regroupe des banques, des courtiers et des gestionnaires d’actifs.

« Il s’agit de politiques de très haut niveau, qui sont portées par des questions de sécurité nationale et de prospérité partagée, ajoute-t-il. La CSRC peut essayer de faire illusion et d’apaiser les marchés, mais elle n’a aucun pouvoir sur ces politiques. »

Pourtant, selon lui, « les dirigeants s’intéressent au sort des investisseurs étrangers, parce qu’ils savent que, dans le contexte actuel de concurrence frontale entre les Etats-Unis et la Chine, ils doivent se faire des amis et influencer les gens ».

Les inquiétudes ont également été attisées par la crainte de voir ces entreprises sortir de la Bourse ou encore des inquiétudes sur la viabilité des structures juridiques utilisées par bon nombre de groupes chinois.

En vertu d’une loi adoptée en 2020, à l’époque de l’administration Trump, les entreprises chinoises risquent d’être exclues des places boursières américaines si elles refusent de transmettre certains documents aux autorités américaines. Pour Pékin, cela veut dire prendre le risque que des données précieuses, notamment des informations sur les clients et les organismes publics chinois, figurent dans ces documents et finissent entre les mains d’un gouvernement étranger.

La décision qui a récemment frappé le secteur des cours particuliers a mis en lumière les « variable interest entities », des structures juridiques utilisées par les entreprises chinoises présentes dans des secteurs sensibles pour se coter à l’étranger.

Entre le point haut de février et maintenant, les six plus grandes entreprises technologiques chinoises, dont Alibaba et Tencent, ont vu s’envoler quelque 1 100 milliards de dollars de valorisation, soit une chute de plus de 40 %.

Les stratégistes de BofA Securities ont récemment recommandé aux investisseurs de sortir des valeurs de croissance chinoises et de se tourner vers d’autres pays de la zone Asie-Pacifique

Les stratégistes de BofA Securities ont récemment recommandé aux investisseurs de sortir des valeurs de croissance chinoises et de se tourner vers d’autres pays de la zone Asie-Pacifique, estimant que le positionnement des investisseurs étrangers sur ces titres n’était « pas compatible avec les stratégies qui se profilent ».

Certains investisseurs et analystes considèrent cependant les évolutions récentes comme positives à terme pour la Chine, et estiment qu’il y a donc des opportunités d’investissement. Les entreprises cotées sur les marchés de Shanghai et Shenzhen sont souvent présentes dans des secteurs plus proches des priorités nationales, comme les semi-conducteurs, les véhicules électriques ou l’intelligence artificielle.

Wim-Hein Pals, responsable de l’équipe marchés émergents chez Robeco, un gestionnaire d’actifs, affirme que la Chine reste un pays intéressant. « Il était très simple de gagner de l’argent en Chine, estime-t-il. Cette idée a clairement été battue en brèche ces derniers temps, et il était temps. »

Cryptomonnaies: Un grand risque de déstabilisation financière

 

Cryptomonnaies: Un grand risque de déstabilisation financière

L’économiste Luke Bartholomew prédit, dans une tribune au « Monde », une cohabitation délicate entre les cryptomonnaies privées et celles que s’apprêtent à émettre les banques centrales.(Extrait)

 

Tribune. 

Comment écarter la menace que représentent les cryptomonnaies pour la stabilité des systèmes financiers mondiaux, et permettre aux banques centrales de garder le contrôle de la masse monétaire et des taux d’intérêt ? La solution envisagée à ce problème très urgent passe par l’émission par les banques centrales de leurs propres monnaies numériques. Mais si celles-ci leur permettaient de garder le contrôle, elles pourraient également provoquer d’importants bouleversements.

D’ici quelques années, plusieurs grandes banques centrales émettront une forme de monnaie numérique nationale. Des travaux sont actuellement en cours à la Réserve fédérale américaine (Fed), à la Banque centrale européenne (BCE) et à la Banque d’Angleterre.

La Banque populaire de Chine a pris une longueur d’avance ; elle en est déjà au stade pilote. Elle a créé une cryptomonnaie nationale qui fonctionne à travers une application téléphonique. L’objectif déclaré est de remplacer l’argent liquide, d’améliorer l’inclusion financière et de mettre en place des systèmes de paiement plus efficaces dans tout le pays. La Chine dispose déjà d’un réseau de paiement par téléphone très sophistiqué, et la population semble avoir moins de scrupules en matière de protection de la confidentialité.

Une monnaie numérique émise par une banque centrale (MNBC) est similaire à certains égards au bitcoin, mais elle est émise dans la monnaie nationale : nous pourrions donc voir naître un « eurocoin » ou un « britcoin », stockés sur un registre numérique ou détenus sur des comptes de particuliers ouverts auprès de la banque centrale.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Les banques centrales accélèrent la cadence de l’innovation

Les avantages pour les gouvernements sont tout d’abord de prévenir la menace que font peser actuellement les monaies numériques privées sur la stabilité financière et leur pouvoir économique, et aussi de maintenir le contrôle de la masse monétaire et des taux d’intérêt pour soutenir la politique économique.

De plus, les banques centrales auraient de meilleures informations sur la manière dont les gens dépensent, et pourraient piloter plus facilement la « monnaie hélicoptère » (l’aide financière directe distribuée aux ménages ou aux entreprises). Les MNBC offriraient également une plus grande souplesse en matière de taux d’intérêt négatifs si elles débouchaient sur l’abolition de la monnaie en espèces. Cela pourrait contribuer à stimuler les économies en période de récession.

Les détenteurs de MNBC bénéficieraient d’un actif sans risque car, contrairement aux banques commerciales, les banques centrales ne peuvent pas faire faillite. Les processus de paiement seraient également beaucoup moins coûteux, plus rapides et plus aisés pour les mouvements de fonds internationaux.

Economie-Une inflation provisoire… qui risque de durer !

Economie-Une inflation provisoire… qui risque de durer !

 

Les économistes volontaristes en matière de croissance ont inventé un nouveau concept l’inflation temporaire. Le problème c’est évidemment que cette inflation temporaire pourrait durer car on voit mal dans l’histoire économique  une inflation disparaître presque aussitôt après son émergence. L’inflation aujourd’hui est largement alimentée par la très forte hausse de toutes les matières premières, matières pour l’industrie ou pour les matières agricoles. La seconde raison est liée au dysfonctionnement de la chaîne logistique largement perturbée par la crise sanitaire et qui accroît les coûts de transport sans parler des ruptures de chaînes de production et de distribution.

Naturellement l’inflation de la production se transmet un moment ou un autre à la consommation sauf déflation. Or la demande est suffisante pour justifier une augmentation générale des prix dans nombre de domaines y comprit d’ailleurs les services. Le fonds monétaire international n’échappe pas à cette contradiction qui consiste à constater une élévation générale des prix considérant que cette inflation disparaîtrait comme par miracle en 2022. Cette contradiction est surtout alimentée par le désir des économistes concernés de nourrir l’optimisme des acteurs économiques . Des économistes qui par parenthèse font l’impasse sur  le décalage de plus en plus immense entre la masse monétaire et la richesse réellement produite (phénomène de la planche à billets).

En outre concernant l’inflation, le FMI appelle les Banques centrales à maintenir leur soutien aux économies et ne pas resserrer leurs politiques dans l’immédiat, estimant que « l’inflation devrait retourner à ses niveaux pré-pandémiques dans la plupart des pays en 2022″, malgré « le risque que des pressions transitoires puissent devenir plus persistantes ».

Le FMI table désormais, pour les économies développées, sur 2,4% d’inflation en 2021 (+0,8 point), et 5,4% (+0,5 point) dans les pays en développement.

Néanmoins, l’organisation a prévenu que la persistance d’une inflation élevée pourrait conduire à une « réévaluation » des perspectives de politique monétaire par la Réserve fédérale et les banques centrales des pays avancés. Une action préventive de la part de ces institutions monétaires provoquerait un « double choc » sur les marchés émergents, ajoutant des sorties de capitaux et un durcissement des conditions financières aux difficultés de croissance. Bref le FMI prévoit quand même tout mais  aussi son contraire.

Une inflation provisoire… qui risque de durer (FMI)

Une inflation provisoire… qui risque de durer

 

Les économistes volontaristes en matière de croissance ont inventé un nouveau concept l’inflation temporaire. Le problème c’est évidemment que cette inflation temporaire pourrait durer car on voit mal dans l’histoire économique  une inflation disparaître presque aussitôt après son émergence. L’inflation aujourd’hui est largement alimentée par la très forte hausse de toutes les matières premières, matières pour l’industrie ou pour les matières agricoles. La seconde raison est liée au dysfonctionnement de la chaîne logistique largement perturbée par la crise sanitaire et qui accroît les coûts de transport sans parler des ruptures de chaînes de production et de distribution.

Naturellement l’inflation de la production se transmet un moment ou un autre à la consommation sauf déflation. Or la demande est suffisante pour justifier une augmentation générale des prix dans nombre de domaines y comprit d’ailleurs les services. Le fonds monétaire international n’échappe pas à cette contradiction qui consiste à constater une élévation générale des prix considérant que cette inflation disparaîtrait comme par miracle en 2022. Cette contradiction est surtout alimentée par le désir des économistes concernés de nourrir l’optimisme des acteurs économiques . Des économistes qui par parenthèse font l’impasse sur  le décalage de plus en plus immense entre la masse monétaire et la richesse réellement produite (phénomène de la planche à billets).

En outre concernant l’inflation, le FMI appelle les Banques centrales à maintenir leur soutien aux économies et ne pas resserrer leurs politiques dans l’immédiat, estimant que « l’inflation devrait retourner à ses niveaux pré-pandémiques dans la plupart des pays en 2022″, malgré « le risque que des pressions transitoires puissent devenir plus persistantes ».

Le FMI table désormais, pour les économies développées, sur 2,4% d’inflation en 2021 (+0,8 point), et 5,4% (+0,5 point) dans les pays en développement.

Néanmoins, l’organisation a prévenu que la persistance d’une inflation élevée pourrait conduire à une « réévaluation » des perspectives de politique monétaire par la Réserve fédérale et les banques centrales des pays avancés. Une action préventive de la part de ces institutions monétaires provoquerait un « double choc » sur les marchés émergents, ajoutant des sorties de capitaux et un durcissement des conditions financières aux difficultés de croissance. Bref le FMI prévoit quand même tout mais  aussi son contraire.

Société-Espionnage et Pégasus: le risque de la dépendance technologique

Société-Espionnage et Pégasus: le risque de la dépendance  technologique

 

Pour Alain Bauer , criminologue,« Cette affaire indique un processus de rupture structurelle dans la maîtrise des technologies de l’interception et dans le contrôle des exportations de ces technologies » (extrait ,dans l’Opinion)

 

Les informations fournies par le journalisme de révélation concernant le logiciel Pegasus du Groupe NSO ont provoqué de nombreuses réactions indignées, souvent à juste titre, parfois relevant d’un registre que Pandore avait dû oublier dans un recoin de son bagage, l’hypocrisie.

Depuis l’ouverture des lettres à la vapeur par les ancêtres des renseignements généraux dans les wagons postaux des chemins de fer et l’utilisation des « écouteurs » installés près des demoiselles du téléphone, tout ce qui s’imprime se copie et tout ce qui se communique s’écoute. Etats d’abord, au nom de leur souveraineté nationale, gouvernements ensuite au nom de leur durabilité politique, très grandes entreprises enfin au nom de leurs enjeux économiques… Les opérations d’interception et de renseignement sont aussi vieilles que l’humanité.

Sous-traitance. Pour autant, l’affaire Pegasus indique un processus de rupture structurelle dans la maîtrise des technologies de l’interception et dans le contrôle des exportations de ces technologies. Depuis les révélations Snowden (lui-même consultant privé pour la NSA), on a pu constater l’importance de la sous-traitance des opérations de sécurité à des opérateurs plus ou moins privés. Il en est ainsi depuis toujours avec les armées privées, les mercenaires d’antan étant avantageusement remplacés par des forces supplétives comme Executive Outcome du temps de l’ancienne Afrique du Sud ou KMS pour le Royaume-Uni, plus récemment Blackwater (devenu Academi) pour les États-Unis, Wagner pour la Russie, HXZXA pour la Chine, Amarante pour la France.

Ce qui semble avoir bouleversé les anciens équilibres, c’est l’apparition d’opérateurs technologiques de pointe, souvent issus des services publics de renseignement, commercialisant des outils intrusifs à la hauteur des enjeux sécuritaires d’une époque marquée par le terrorisme et le retour des tensions internationales. Palantir en fut et en reste l’expression la plus visible, en termes d’exploitation et d’analyse du renseignement. Mais d’autres opérateurs se sont développés dans le secteur hautement intrusif de l’interception non judiciaire, bien mieux maîtrisée par les pouvoirs publics.

«  Les logiciels NSO, nés dans les boutiques de l’unité 8200 de l’armée israélienne, sont loin d’être les seuls disponibles sur les marches commerciaux  »

Les logiciels NSO, nés dans les boutiques de l’unité 8200 de l’armée israélienne, sont loin d’être les seuls disponibles sur les marches commerciaux : HackingTeam, GammaGroup, Ability, Verint, Intellexa et des dizaines d’autres sont positionnés sur ces marchés plus ou moins contrôlés par les Etats. Ils en profitent pour assurer une offre technologique mondiale qui sert aussi leurs intérêts souverains, de près comme de loin.

Il conviendrait donc désormais, outre le renforcement des outils de contrôle que sont la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) ou la Délégation parlementaire au renseignement (DPR) pour les utilisations nationales, que toute exportation de logiciels de surveillance fasse l’objet d’une information préalable des outils réglementaires et parlementaires mis en place depuis la loi Renseignement imposée par le président Sarkozy sur une idée initialement développée par Michel Rocard.

De plus, afin d’éviter un affaiblissement de souveraineté et afin de ne pas se trouver en dépendance technologique, il conviendrait que l’Etat intervienne rapidement afin de ne pas laisser à des opérateurs étrangers le contrôle d’entreprises françaises affaiblies par des mesures judiciaires en cours visant des exportations de technologies pourtant autorisées vers des pays dont la conception des droits humains semble plus que discutable.

Les questions de renseignement méritent plus que des imprécations, des incantations et des lamentations. La justice doit faire son travail en établissant les responsabilités réelles des opérations menées. Le gouvernement doit faire le sien en sécurisant ses réseaux de communication (cryptage obligatoire, numéro virtuel…) et surtout en mettant à l’abri les développeurs nationaux qui seront les garants de la souveraineté numérique.

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Il publiera prochainement un  «  Dictionnaire des espionnes et des espions  » (Gründ).

Espionnage-Pégasus: le risque de la dépendance technologique

Espionnage-Pégasus: le risque de la dépendance  technologique

 

Pour Alain Bauer , criminologue,« Cette affaire indique un processus de rupture structurelle dans la maîtrise des technologies de l’interception et dans le contrôle des exportations de ces technologies » (extrait ,dans l’Opinion)

 

Les informations fournies par le journalisme de révélation concernant le logiciel Pegasus du Groupe NSO ont provoqué de nombreuses réactions indignées, souvent à juste titre, parfois relevant d’un registre que Pandore avait dû oublier dans un recoin de son bagage, l’hypocrisie.

Depuis l’ouverture des lettres à la vapeur par les ancêtres des renseignements généraux dans les wagons postaux des chemins de fer et l’utilisation des « écouteurs » installés près des demoiselles du téléphone, tout ce qui s’imprime se copie et tout ce qui se communique s’écoute. Etats d’abord, au nom de leur souveraineté nationale, gouvernements ensuite au nom de leur durabilité politique, très grandes entreprises enfin au nom de leurs enjeux économiques… Les opérations d’interception et de renseignement sont aussi vieilles que l’humanité.

Sous-traitance. Pour autant, l’affaire Pegasus indique un processus de rupture structurelle dans la maîtrise des technologies de l’interception et dans le contrôle des exportations de ces technologies. Depuis les révélations Snowden (lui-même consultant privé pour la NSA), on a pu constater l’importance de la sous-traitance des opérations de sécurité à des opérateurs plus ou moins privés. Il en est ainsi depuis toujours avec les armées privées, les mercenaires d’antan étant avantageusement remplacés par des forces supplétives comme Executive Outcome du temps de l’ancienne Afrique du Sud ou KMS pour le Royaume-Uni, plus récemment Blackwater (devenu Academi) pour les États-Unis, Wagner pour la Russie, HXZXA pour la Chine, Amarante pour la France.

Ce qui semble avoir bouleversé les anciens équilibres, c’est l’apparition d’opérateurs technologiques de pointe, souvent issus des services publics de renseignement, commercialisant des outils intrusifs à la hauteur des enjeux sécuritaires d’une époque marquée par le terrorisme et le retour des tensions internationales. Palantir en fut et en reste l’expression la plus visible, en termes d’exploitation et d’analyse du renseignement. Mais d’autres opérateurs se sont développés dans le secteur hautement intrusif de l’interception non judiciaire, bien mieux maîtrisée par les pouvoirs publics.

«  Les logiciels NSO, nés dans les boutiques de l’unité 8200 de l’armée israélienne, sont loin d’être les seuls disponibles sur les marches commerciaux  »

Les logiciels NSO, nés dans les boutiques de l’unité 8200 de l’armée israélienne, sont loin d’être les seuls disponibles sur les marches commerciaux : HackingTeam, GammaGroup, Ability, Verint, Intellexa et des dizaines d’autres sont positionnés sur ces marchés plus ou moins contrôlés par les Etats. Ils en profitent pour assurer une offre technologique mondiale qui sert aussi leurs intérêts souverains, de près comme de loin.

Il conviendrait donc désormais, outre le renforcement des outils de contrôle que sont la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) ou la Délégation parlementaire au renseignement (DPR) pour les utilisations nationales, que toute exportation de logiciels de surveillance fasse l’objet d’une information préalable des outils réglementaires et parlementaires mis en place depuis la loi Renseignement imposée par le président Sarkozy sur une idée initialement développée par Michel Rocard.

Lamentations. De plus, afin d’éviter un affaiblissement de souveraineté et afin de ne pas se trouver en dépendance technologique, il conviendrait que l’Etat intervienne rapidement afin de ne pas laisser à des opérateurs étrangers le contrôle d’entreprises françaises affaiblies par des mesures judiciaires en cours visant des exportations de technologies pourtant autorisées vers des pays dont la conception des droits humains semble plus que discutable.

Les questions de renseignement méritent plus que des imprécations, des incantations et des lamentations. La justice doit faire son travail en établissant les responsabilités réelles des opérations menées. Le gouvernement doit faire le sien en sécurisant ses réseaux de communication (cryptage obligatoire, numéro virtuel…) et surtout en mettant à l’abri les développeurs nationaux qui seront les garants de la souveraineté numérique.

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Il publiera prochainement un  «  Dictionnaire des espionnes et des espions  » (Gründ).

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