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Le télétravail ne marchera pas !

 Le télétravail ne marchera pas !

Dans une chronique de la Tribune, Samir Ayoub, Professeur à l’ESSCA School of Management ne croit pas à la généralisation du système.

 

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Un point de vue qui mérite la lecture mais dont on peut discuter de la pertinence notamment quant au facteur explicatif du fait religieux .

 

« Nous souhaitons démontrer que la généralisation durable d’un tel dispositif ne pourra avoir lieu dans notre pays. En effet, au-delà des avantages avancés, tournant autour de l’équilibre de la vie privée/professionnelle, la liberté ou l’épanouissement personnel, le télétravail hors temps de crise se heurtera à des difficultés, trouvant leurs sources dans le droit, l’organisation sociale et l’héritage catholique de la France.

Déjà appliqué massivement par les multinationales de la Silicon Valley, le télétravail permet d’embaucher des ingénieurs ou développeurs aux quatre coins du monde sur la base d’un droit du travail qui prend ses sources dans la « Common Law ». Fondée sur des principes de droit qui découlent de la jurisprudence, celle-ci est sous-tendue par une inspiration aristotélicienne de la loi.  La Common Law se situe à l’opposé de la tradition platonicienne de la France, où les règles de droit sont écrites a priori et définissent un idéal que chacun doit tenter d’atteindre.

Ainsi, ces deux historiques juridiques impliquent des systèmes de pensée différentes du travail, l’un basé sur des principes, l’autre sur les règles.

Le télétravail devient, dès lors, sujet d’interprétation au sein de ces deux systèmes. Or la France, est historiquement adepte de la régulation et n’aime pas les principes qui prêtent à interprétation. Ce qui rend la généralisation du télétravail particulièrement difficile, dans un pays ayant plutôt tendance à se satisfaire de schémas ordonnés et immuables. Pour le télétravail, ceci se traduira inévitablement par une volonté du législateur de le normaliser davantage – bien que présent dans le droit de travail français – afin d’en limiter toute interprétation, rendant ainsi caduque la liberté initialement recherchée dans cette forme d’organisation.

L’héritage catholique de la France

L’implantation millénaire du catholicisme en France vient renforcer notre diagnostic, elle qui a également profondément ancré le respect de la discipline et des dogmes dans les mentalités et les traditions nationales.

Encore aujourd’hui, l’éthique des affaires provient directement de la pratique de la religion, bien plus que des codes élaborés et imposés par la société. Or, le souci de la forme est très prégnant dans la religion catholique. Les rituels de l’Eglise inculquent aux fidèles la manière dont les choses doivent être faites ou rejetées. Les pays du nord de l’Europe ou de culture anglo-saxonne ont à l’inverse mis l’accent sur le contenu et l’impartialité plutôt que sur la forme…et il est a contrario souvent d’usage de relier ces pratiques avec les origines protestantes et/ou anglicanes de ces pays. Cette confession met en effet beaucoup plus l’accent sur l’individu et sa relation personnelle avec Dieu, sans qu’il n’y ait de médiation nécessaire à travers les rites de l’Eglise.  Dans cet ancrage culturel, ce qui comptera dans le télétravail, c’est le résultat, la productivité !  Appliqué au télétravail, ce credo permet d’envisager sans crainte dans l’organisation, le fait qu’un salarié ne soit pas susceptible d’être contrôlé en permanence par sa hiérarchie ou par les ressources humaines. Tout le contraire de la profession de foi à la française…

En effet, la troisième explication rendant le télétravail inapplicable durablement en France, est à chercher du côté de l’entreprise. Celle-ci, par prudence, restera très réticente à se sentir « dépossédée » d’un salarié en lui permettant de travailler à distance. Face à une situation inédite, et dans le souci de préserver l’intérêt de l’entreprise, un manager ou un DRH ne pourra s’empêcher de penser qu’un salarié en télétravail a autant de probabilité de travailler que de ne pas le faire. Quel manager, aussi bienveillant soit-il, n’est-il pas traversé d’un tel doute, lorsque son employé chargé de famille sollicite une demande de télétravail le mercredi ?

Aussi, dans un pays où le CDI s’apparente au précieux sésame ouvrant à une sécurité de l’emploi, quelle que soit la situation conflictuelle entre le salarié et le patron, c’est à ce dernier qu’incombe la charge de la preuve. Or, il restera beaucoup plus facile pour lui de prouver une faute professionnelle en ayant le salarié sous la main qu’à plusieurs kilomètres du bureau.

Cette situation ne saurait qu’inciter les managers à la prudence voire au découragement vis-à-vis de toute demande allant dans le sens du télétravail.

En somme, au-delà des effets corollaires et largement développés du télétravail comme la baisse de créativité générée par l’isolement ou l’atteinte à l’unité de l’entreprise et à sa culture, nous estimons que la généralisation d’une telle pratique en France – hors temps de crise – restera durablement compliquée.  Même à la faveur de quelques semaines de confinement, le « monde d’après » ne saurait aller à l’encontre de la culture millénaire du « monde d’avant », dont les entreprises sont pétries. »

Les territoires : le mot à la mode pour ne pas parler de la province et des régions paumées

Les territoires : le mot à la mode pour ne pas parler de la province et des régions paumées

 

 

 

Réarmer les territoires : le slogan lancé par Castex. Il n’y a guère que quelques dizaines d’années voire plus récemment qu’on se gave de cette expression à la mode : les territoires; sans doute pour ne pas dire région, département, contrées ou pire province qui sent trop la cambrousse. La province : Un mot condamné par la morale décentralisatrice; le problème c’est que le concept de territoire ne suffit pas à décrire la géographie économique, sociale ou tout simplement humaine pas plus qu’à l’aménager

 

En fait,  il y a bien sûr l’hypertrophie de la capitale où tout se décide toujours. Mais il y a cet objectif de métropolisation . C’est-à-dire cette volonté de réduire population et activités dans l’espace de 10 à 15 grandes métropoles. Les autres territoires ne représentent plus grand-chose. Mais pour les besoins de la cause qui consiste à discréditer le centralisme étatique français, on procède par un amalgame . C’est  la France en deux parties : d’un côté la région parisienne de l’autre les territoires.

Comme si les territoires étaient homogènes. Autre remarque, a-t-on fait un bilan un peu pertinent de la fameuse décentralisation engagée depuis Deferre ? Un bilan social, économique et même politique. Dans la plupart des cas,s’ installent en effet des sortes de baronnies transmissibles d’ailleurs à l’intérieur des familles politiques. Des baronnies sitôt  mises en place qui  ont construit ces luxueux hôtels de département, de région de communautés avec pléthore de services et de personnels.

Rien n’a réellement été supprimé ni même beaucoup décentralisé par contre on a empilé les structures aussi les mandats de ce petit peuple d’élus qui se partagent le fromage de la notoriété voire des finances.( 4 à 5000 € mensuels à chaque vice  président de communauté urbaine, plus évidemment d’autres petites indemnités,)… et jusqu’à une quinzaine de vice présidents par communauté urbaine !)

Prônant une nouvelle étape de la décentralisation, Jean Castex a commencé par annoncer des créations d’emplois dans les services départementaux de l’État. Première observation faut-il vraiment des créations d’emplois y compris en les localisant dans les fameux territoires. Deuxième observation, le flou artistique du contenu de ce que pourrait être un nouvel épisode de décentralisation.

« Ne pas réduire l’écologie à la trottinette et aux éoliennes» (Olivier Rey)

« ne pas réduire l’écologie à la trottinette et aux éoliennes» (Olivier Rey)

Le philosophe conteste la vision réductrice, radicale voire gauchisante des Verts dans une interview au Figaro. Si effectivement il y a adhésion de plus en plus grande à la problématique environnementale de la part de l’opinion, il y a pour le moins confusion, contradiction et parfois même instrumentalisation de l’évolution de la sensibilité écologique qui s’est manifestée notamment à l’occasion des municipales

LE FIGARO.- Les élections municipales ont été marquées par une poussée du vote écolo dans les grandes villes. Comment analysez-vous ce phénomène?

Olivier REY.- Il me semble que deux facteurs se combinent. D’une part, l’inquiétude très légitime suscitée par l’état alarmant de la nature, exploitée à outrance, qui dispose à voter pour ceux qui disent placer ce problème au centre de leurs préoccupations. D’autre part, un certain désarroi politique: après la droite, la gauche, le «en même temps», tous décevants, l’écologisme capte les voix d’électeurs qui ne savent plus trop vers qui se tourner.

À titre personnel, vous reconnaissez-vous dans la vision et les propositions des Verts? En quoi consisterait une véritable politique écologique?

J’adhère à certaines propositions des Verts, je ne partage pas leur vision.

Sondage Remaniement : pour 80 % rien ne changera

Sondage Remaniement : pour 80 % rien ne changera

Les Français ne peuvent évidemment encore se prononcer sur l’action d’un gouvernement qui vient tout juste d’être nommé. Selon la dernière vague du sondage Odoxa-Dentsu Consulting, réalisé en partenariat avec France Info, environ un citoyen sur deux se dit satisfait de la composition du nouveau gouvernement (51%), et du choix du premier ministre Jean Castex (52%). Le mot satisfait est d’ailleurs peut-être excessif, le mot indifférent serait vraisemblablement plus adapté dans la mesure où en même temps le même sondage démontre que les Français n’attendent pas grand-chose comme changement et 80 % d’entre eux pensent que Macon va continuer la même politique

Premier ministre : « je ne suis pas un simple « collaborateur’ » (Jean Castex au JDD)

Premier ministre : « je ne suis pas un simple « collaborateur’ » (Jean Castex au JDD)

Dans une interview au JDD, le nouveau premier ministre s’est efforcé de montrer qu’il n’était pas un simple technocrate voire -même un simple collaborateur du président de la république. Davantage des explications sur sa posture que sur le fond à propos duquel il ne dit pas grand-chose . Il parle surtout de méthodes et de changements sans autre précision. (Interview JDD)

 

Emmanuel Macron a annoncé un « nouveau chemin  ». À quoi doit-il ressembler?
C’est d’abord notre capacité collective à nous adapter à une situation radicalement nouvelle. Il ne s’agit pas de revenir sur les engagements pris par le président de la République et la promesse d’une société du travail, d’un projet d’émancipation, d’une volonté de retrouver notre souveraineté. Mais le fait est que l’épidémie a changé la donne. La France se retrouve face à deux défis : la crise sanitaire, dont je souligne qu’elle n’est pas terminée et qu’elle nous oblige à rester très vigilants ; la reconstruction de notre économie et la protection des Français, en amortissant les impacts immédiats sur leur quotidien et en aidant à la survie des entreprises. Au-delà, nous devrons tirer des enseignements de cette crise et en faire une forme d’opportunité pour rendre notre pays plus fort qu’avant et engager une relance économique, écologique et sociale.

 

Vous voulez dire qu’il faut mener de front la réparation d’urgence et les réformes structurelles?
Depuis le début du quinquennat, d’importantes transformations ont été engagées pour rendre la France plus forte, plus unie, et lui permettre de mieux tenir son rang dans le monde. Avant l’épidémie, nos résultats sur la croissance et contre le chômage étaient très encourageants, parmi les meilleurs d’Europe. L’écologie reste au cœur de nos préoccupations. La préservation de l’ordre républicain et la sécurité du quotidien ne sont pas négociables. L’épidémie a mis en évidence le besoin impérieux de retrouver une souveraineté économique et d’aller vers une société moins inégalitaire. Il faut maintenant aller plus loin. Nous ne sommes donc pas dans une logique de rupture politique par rapport à ce qui a été fait, mais nous devons démontrer que nous savons faire face. Et ça suppose évidemment une évolution de la méthode.

 

Précisément, quelle sera votre méthode?
Elle passera par le dialogue, la mobilisation de tous, l’obsession de la mise en œuvre concrète de ce sur quoi nous nous engageons, la conviction que plus on agit près du terrain, plus on est efficace. Nos concitoyens n’apprécient guère les postures politiciennes, moi non plus – a fortiori dans les difficultés que nous traversons. Ils veulent surtout des résultats, moi aussi.

Est-ce une façon de dire que vous ne vous considérez pas comme un Premier ministre politique?
Certainement pas. Je crois avoir une aptitude à négocier, à fédérer, à agir par les territoires. En cela, je fais de la politique. Et c’est ainsi que j’agis depuis plus de dix ans au niveau local, à la tête d’une petite ville. En quoi serait-ce moins respectable que d’en faire à l’Assemblée nationale ou au Sénat? Ce sont deux visions et deux approches différentes, toutes deux nécessaires. Il faut réhabiliter l’engagement politique et le sens de l’intérêt général, la France en a besoin.

Essayons de préciser les contours de votre mission à Matignon : Vous voyez-vous comme un « collaborateur  » du Président? Comme le chef de la majorité? Les deux?
Dans nos institutions, le chef de l’État fixe le cap, le Premier ministre assure sa mise en œuvre, en accord avec la majorité parlementaire. Pour ce qui concerne la relation avec le Président, il ne vous échappe pas qu’un seul de nous deux est élu au suffrage universel direct, et que ce n’est pas le Premier ministre… Le mot de « collaborateur  » est un peu péjoratif, vous en conviendrez. Il n’entre pas dans les intentions du chef de l’État de faire de moi un subordonné voué aux tâches secondaires. Quand vous aurez appris à me connaître, vous verrez que ma personnalité n’est pas soluble dans le terme de « collaborateur  ».

Dans votre première intervention, vendredi soir sur TF1, vous vous êtes défini comme un « gaulliste social  ». Est-ce que c’est l’orientation que vous voulez donner à votre gouvernement?
C’est ce que je suis, ça correspond aux valeurs que j’ai toujours défendues dans mon action quotidienne, tout au long de mon parcours au service de l’État et comme élu local. Ce n’est pas une nostalgie, c’est la vision d’une France où la justice et la responsabilité sont au cœur du pacte républicain, une vision au contraire très moderne.

Toujours pour mieux vous définir, vous définiriez-vous, à la façon d’Édouard Philippe, comme un homme de droite?
J’ai toujours pensé que le gaullisme dépasse les clivages traditionnels et je m’inscris donc pleinement dans la logique de dépassement politique engagé par le président de la République au service des Français. Les notions de droite et de gauche ont toujours une signification, mais dans la situation de notre pays il faut savoir aller au-delà. Je ne renie rien de mes engagements, mais ils ne m’ont jamais empêché de rassembler : je suis un maire élu et réélu dans une ville qui a toujours voté à gauche, et dans ma communauté de communes je travaillais avec une cinquantaine de maires de toutes sensibilités. Pourquoi? Parce que je m’intéresse à ce qui rassemble. Pas simplement pour créer du consensus, mais parce que c’est un gage d’efficacité. Dans la fonction qui est désormais la mienne, je considère qu’il est de mon devoir, avec le président de la République, de mobiliser et fédérer.

 

Vous venez de quitter Les Républicains. Envisagez-vous, contrairement à Édouard Philippe, d’adhérer à La République en marche?
Je suis peu attaché aux affaires des partis, mais il me semble naturel de m’inscrire sans ambiguïté dans le mouvement majoritaire qui soutient l’action du Président. Le plus important, c’est ma relation avec la majorité parlementaire. Celui qui accepte de devenir Premier ministre est, par vocation, le chef de la majorité : c’est son devoir de l’animer et de l’associer, dans l’écoute et la pédagogie.

 

Pour afficher votre volonté de fédérer, votre gouvernement comptera-t il des personnalités de droite et de gauche?
La composition de mon équipe correspondra aux priorités que nous nous fixons ; ce n’est pas d’abord un casting, c’est un choix politique et cela doit répondre à une exigence de compétence. Ce qui m’importe, c’est l’opérationnalité des ministres : être capable, d’où qu’on vienne, d’entrer en action tout de suite. Parce que la crise est là : sanitaire, économique, sociale, et qu’elle peut encore s’aggraver. Nous avons besoin de personnalités fortes pour agir vite et être à la hauteur. On ne peut pas perdre du temps à choisir des personnes, et je ne tarderai pas non plus à clarifier mes intentions, en prononçant mon discours de politique générale avant la mi-juillet. Et, je peux aussi vous l’annoncer, l’été sera studieux!

 

La formation du gouvernement peut-elle être terminée lundi?
Le plus vite sera le mieux. Nous mettons les bouchées doubles.

On parle d’un gouvernement resserré, concentré autour de quelques pôles principaux. Vous confirmez?
Ne nous perdons pas dans les questions de structure. Je le répète, le gouvernement doit être efficace. Pour m’être souvent intéressé aux questions d’organisation et de management, je ne suis pas sûr que des périmètres trop étendus soient forcément la garantie d’une plus grande efficacité.

Vous prônez un « nouveau pacte social  ». Qu’entendez-vous par là?
Des décisions essentielles sont sur la table. L’emploi, évidemment, qui dans le contexte actuel requiert une mobilisation de tous dans le cadre de la nouvelle donne sociale lancée par le président de la République. Le soutien aux soignants et la transformation de notre système de santé dans le cadre du Ségur que je conclurai la semaine prochaine. Le plan de relance doit être finalisé. À quoi s’ajoutent les réformes qui étaient dans les tuyaux sur les retraites et l’assurance chômage. Et celle de la dépendance qui devra venir ensuite et correspond à une nécessité. Tous ces sujets sont directement impactés par la crise, ce qui nécessite de les reprendre dans un cadre concerté et avec une cohérence d’ensemble.

 

Pour changer de ligne, ou au contraire pour la réaffirmer? Les syndicats s’inquiètent de vos intentions sur les retraites…
Dire qu’on va réexaminer un sujet, ce n’est pas se renier. C’est montrer notre capacité d’adaptation aux nouvelles circonstances, qui sont douloureuses. Par exemple, la crise a aggravé fortement le déficit de nos régimes de retraite. Je souhaite reprendre le dialogue avec les partenaires sociaux, c’est indispensable. Arriverons-nous à régler ces dossiers à court terme? C’est mon souhait. A minima, nous devrons nous fixer un nouvel agenda social. Je tends la main aux organisations syndicales et patronales pour que nous avancions ensemble. J’espère qu’ils la saisiront. Dans le dialogue social, il y a le respect des uns et des autres qui doit aboutir au compromis – qui n’est pas la compromission. Pour y parvenir, il faut que chacun fasse un pas vers l’autre.

 

Votre prédécesseur affirmait que sans retarder l’âge de départ à la retraite, le système n’était plus viable. Avec les conséquences de la crise que vous évoquez, cette mesure d’âge n’est-elle pas encore plus nécessaire?
Laissez-moi ouvrir la concertation. Le dialogue est indispensable – même si ensuite les gouvernements prennent les responsabilités que les circonstances exigent. Ce qui doit nous animer tous, c’est la volonté farouche de sauvegarder nos régimes de protection sociale, auxquels les Français sont légitimement attachés. Les partenaires sociaux le comprendront, j’en suis sûr.

Comptez-vous organiser une conférence sociale à la rentrée, comme le suggère le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger?
Vous donner ma réponse avant d’en avoir parlé avec les intéressés, ce serait déjà leur manquer de respect. Je ne fonctionne pas comme ça.

Emmanuel Macron a appelé à une « réconciliation  » avec les organisations syndicales. Est-ce votre feuille de route?
C’est mon tempérament. Mon passé en témoigne, je suis porté au dialogue. J’espère que tout le monde se mettra autour de la table. J’ajoute que cette « réconciliation  » doit aussi concerner les territoires et tout ce qu’on appelle les « corps intermédiaires  ». Faisons évoluer nos méthodes descendantes – celles de l’Administration comme celles des politiques – pour aller vers d’autres façons de décider et d’agir. Je ne parle pas de changer de priorités, mais d’avancer différemment. En France, nous adorons le débat d’idées, mais nous sommes moins forts pour les solutions pratiques. C’est pour ça qu’on finit par penser que les politiques ne servent à rien, qu’ils ne disent pas la vérité, qu’ils sont éloignés des réalités – et ce n’est pas toujours faux. En vous parlant aujourd’hui, je mesure que j’ai peu de chances d’être cru spontanément. Vous me jugerez sur pièces.

Faut-il décentraliser davantage?
L’État peut aussi exister sur les territoires. Durant la crise du Covid, j’ai beaucoup plaidé pour l’efficacité du couple « maire-préfet  ». C’est l’union du terrain et de l’État. Certes, l’État ne peut pas tout faire. Mais il peut faire mieux en faisant autrement.

Y aura-t il un tournant écologique avec votre gouvernement?
Agir pour l’environnement n’est pas une option, c’est une obligation. Des objectifs ambitieux, la France en a déjà. S’il y a un tournant, je le voudrais dans l’exécution et la réalisation. Les Français savent l’urgence du sujet, mais ils ont le sentiment que nous sommes à la traîne. Ne serait-ce pas encore une question de méthode? Aujourd’hui, tout le monde s’est approprié le sujet, et c’est même à qui prétend en faire le plus. Or, plus vous donnez à l’écologie un caractère idéologique, plus elle est clivante. Le précédent gouvernement avait initié une méthode qui me paraît bonne, mais qu’il faut accélérer à partir des territoires et des expériences qui marchent. Nous allons lister avec les acteurs locaux tout ce que l’on peut faire immédiatement : lutte contre les fuites dans les réseaux d’eau, contre l’artificialisation des terres, pour l’isolement thermique, les toitures photovoltaïques, le nettoyage des rivières, les pistes cyclables, la lutte contre le gaspillage, les circuits courts, le bien-être animal… Il faut croiser le fond, c’est à-dire l’ambition écologique du président de la République, une ambition forte et non décliniste, et la méthode qui permettra d’impliquer le plus possible les citoyens dans l’action publique.

Y a-t il un style Castex?
Je ne suis pas le mieux placé pour en juger. Disons que c’est un mélange de volontarisme et d’expérience, avec le souci de rassembler. Mais attention, je ne crois pas au consensus mou. Le temps est à l’action.

On vous dit passionné par la musique et le rugby. Qu’est-ce que ces passions disent de vous?
J’ai la chance de présider le festival de musique classique Pablo Casals à Prades, ma ville. Casals était un musicien qui s’est réfugié ici pour fuir le franquisme – il y a toujours un rapport entre la culture et la politique. Quant au rugby, ne pas l’aimer quand on est un homme du Gers serait une anomalie! C’est un sport de combat et de convivialité. Sur le terrain, on ne peut pas « s’échapper  ». Et si le collectif ne fonctionne pas, l’équipe perd.

Le livre préféré de votre prédécesseur était Cyrano de Bergerac. Et le vôtre?
Qu’Édouard Philippe aime Cyrano va droit au cœur du Gascon que je suis. J’adore cette œuvre moi aussi, même si je suis davantage porté sur les ouvrages historiques, les grandes biographies. En littérature, je suis un grand lecteur de Patrick Modiano. Et maintenant que je suis Premier ministre, je ne peux pas ne pas citer Albert Camus, dont la pensée se distinguait de l’ensemble de l’intelligentsia de son époque. Il écrivait : « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme.  » C’est une invitation à la détermination et à l’humilité.

 

Incantations morale ne suffisent pas pour faire évoluer les comportements .

Incantation et  morale ne suffisent pas pour faire évoluer les comportements 

 

Anthony Hussenot

 

Le professeur de gestion Anthony Hussenot souligne, dans une tribune au « Monde », que la construction d’un système économique durable ne dépend pas que de la bonne volonté des entreprises, mais de l’interaction entre producteurs et consommateurs

 

Tribune Depuis plusieurs semaines, les débats sur le « monde d’après » mettent en évidence les problèmes liés à nos modes de consommation dans cette crise sanitaire. Paradoxalement, c’est aussi la consommation qui nous aidera en partie à sortir de la crise économique. La question des choix des modes de consommation est donc centrale.

Des évolutions notables ont été observées ces dernières années, mais il semblerait qu’elles soient trop lentes pour avoir un impact significatif sur la société et éviter d’autres crises. Les discours incantatoires et les leçons de morale à ce sujet ne suffisent pas non plus à faire évoluer rapidement les comportements et, pire, ils créent parfois un phénomène de rejet auprès des consommateurs qui n’ont pas envie de se faire dicter leurs choix.

 

En réduisant notre consommation et en mettant à l’arrêt certains secteurs, le modèle économique a laissé entrevoir les interrelations entre les différents acteurs. Il est ainsi facile de comprendre comment la diminution de notre consommation d’essence a non seulement un effet direct sur les prix à la pompe, mais entraîne également des désordres économiques et logistiques divers pour les pays producteurs et importateurs.

Les consommateurs ne sont pas que des spectateurs

Dans une économie réduite à peau de chagrin, jamais la consommation ne nous est-elle apparue pour ce qu’elle est : un acte d’organisation, qui participe à mettre le monde en ordre d’une certaine façon. Les produits et les services consommés ne sont pas seulement des échanges économiques, ou des formes de vote politique comme on l’entend parfois, ce sont des actions concrètes et nécessaires au développement ou au maintien de certains modes de production, de distribution et de création des richesses.

Consommer, c’est donc jouer sa partition aux côtés des producteurs, distributeurs et pouvoirs publics. Par exemple, les modes de production des agriculteurs dépendent en partie de nos modes de consommation. Rares sont les entreprises qui peuvent prendre le risque de s’affranchir de cette relation. En somme, consommer n’est pas seulement une façon d’adouber un système, c’est y participer en s’inscrivant dans des relations d’interdépendance souvent complexes.

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Contrairement à ce que laissent encore penser de nombreux discours, les consommateurs ne sont pas que des spectateurs. Par exemple, le récit du procès Amazon faisait apparaître Jeff Bezos, son PDG, comme le seul et unique responsable, qui mettait en danger ses salariés en livrant des produits non essentiels alors que le pays faisait face à la crise sanitaire. Il ne s’agit pas ici de dédouaner Amazon et son PDG, car certaines pratiques sont inadmissibles.

L’épidémie de coronavirus ne ralentit pas ( l’OMS)

L’épidémie de coronavirus ne ralentit pas ( l’OMS)

 

Selon les pays évidemment les flux de malades évoluent de façon différente en fonction du début de l’épidémie et des mesures d’hygiène. Ceci étant,  l’organisation mondiale de la santé considère que rien ne permet de déclarer que l’épidémie ralentit.  Maria Van Kerkhove, épidémiologiste de l’OMS, et d’autres spécialistes de la virologie et des infections ont dénoncé lundi des propos dépourvus de fondement scientifique.

Aucune donnée ne vient confirmer que la trajectoire du coronavirus a changé de manière sensible, pas plus que sa virulence, disent-ils.“En ce qui concerne la transmissibilité, rien n’a changé”, a dit Maria Van Kerkhove à la presse.

Les analyses réalisées sur le virus lui-même ne montrent pas de modification génétique permettant d’affirmer que le coronavirus apparu fin décembre en Chine perd en virulence, a ajouté Martin Hibberd, professeur à la London School of Hygiene & Tropical Medicine. Ces propos contredisent les déclarations tenues dimanche par dimanche le professeur Alberto Zangrillo, directeur des soins intensifs à l’hôpital San Raffaele, en Lombardie.

Il a dit s’appuyer sur une étude réalisée par un autre scientifique et qui doit être publiée cette semaine.“Nous n’avons jamais dit que le virus avait changé, nous avons dit que l’interaction entre le virus et son hôte ont changé”, a-t-il dit à Reuters.

Ces changements pourraient être imputés à de nouvelles caractéristiques du virus, qui n’ont à ce jour pas été identifiées, ou à une modification des caractéristiques de la population.

« Les algorithmes ne sont pas neutres »

« Les algorithmes  ne sont pas neutres »

Le défenseur des droits conteste la neutralité des algorithmes et même certaines de leur pertinence. l’ancien ministre de la Justice souhaiterait traiter ce sujet avant son départ de l’institution, le 17 juillet prochain. A priori les algorithmes sont scientifiquement très sexy pour autant ils ne sont pas forcément pertinents vis-à-vis des facteurs explicatifs  et des hypothèses prospectives. Se pose aussi la question fondamental de la maîtrise humaine de la technique

 

La crise du Covid a-t-elle accru le risque de discrimination lié à l’utilisation des algorithmes?
A l’occasion de la crise du Covid-19, de nombreuses questions d’accès aux droits fondamentaux – égalité, liberté, etc. – se sont posées. Or, en matière d’épidémiologie, l’utilisation de base de données et leur mise en oeuvre par des processus mathématiques paraît évidente. Mais aujourd’hui, la pression des algorithmes est de plus en plus considérable car ils sont incontestablement l’une des manières de répondre à cette faiblesse de nos sociétés qui consiste à vouloir toujours trouver une solution à tout.

 

Quels sont les biais les plus importants?
Il y a d’abord un risque en ce qui concerne les bases de données. Les algorithmes sont créés à partir des données acquises passées. A une autre époque, ils auraient pu permettre d’affirmer que la Terre était plate! Il y a aussi des biais liés à des données non représentatives avec par exemple des catégories sous-représentées de la population. Ensuite, il y a les effets discriminatoires des algorithmes apprenants, c’est-à-dire ceux capables d’évoluer. C’est par exemple l’algorithme de jugement criminel Compas aux Etats-Unis qui, après avoir analysé des dizaines de milliers de jugements, vient aider les juges à rendre leur décision. En tant qu’ancien garde des Sceaux, je trouve que c’est l’horreur.

Que préconisez-vous?
On ne pourra avancer ni sur le diagnostic ni sur les solutions si on ne mène pas un travail qui allie le point de vue des créateurs des algorithmes, des utilisateurs, les directeurs d’hôpitaux par exemple, et des ‘vigilants’, au premier rang desquels la Cnil ; mais aussi des juristes, sociologues, philosophes capables d’introduire un certain nombre de règles dans la confection et la mise en œuvre des algorithmes. La non-discrimination est un principe de notre droit en Europe, elle doit être respectée et effective en toute circonstance, y compris quand une décision passe par le recours à un algorithme.

Les algorithmes renforcent-ils les préjugés humains?
L’informatique n’explique pas tout : dans les procédures de recrutement qui comportent des oraux avec des jurys, l’un des critères implicites est que les candidats soient le plus conformes possible au modèle social des membres du jury. Mais si on ajoute les algorithmes, on introduit une formidable puissance de conformisme. En outre, l’intelligence artificielle cherche à accréditer l’idée que la décision peut être prise indépendamment de l’intervention humaine. C’est un piège.

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Ressemblent-ils à ceux qui les conçoivent?
Des études montrent que les algorithmes sont faits par une grande majorité d’informaticiens qui sont des hommes blancs et donc, les algorithmes apprenants vont jusqu’au bout traîner l’idée, par exemple, de différences entre les hommes et les femmes. Tous les stéréotypes de la société contre lesquels nous luttons risquent de se traduire dans les algorithmes. C’est un mécanisme extrêmement puissant car il est en apparence autonome. On dit que les algorithmes sont neutres car les mathématiques le sont, mais en réalité ils intègrent des éléments qui ne le sont pas. Les algorithmes locaux que les universités utilisent pour les dossiers de Parcoursup sont un très bon exemple de ce que des éléments neutres peuvent aboutir à des effets discriminatoires.

Pourquoi?
Quand vous retenez dans les critères le lycée d’origine, vous intégrez tout un contexte économique et social, les caractéristiques particulières des élèves qui le fréquentent, etc. A partir d’une donnée objective, vous aboutissez à une situation dans laquelle les élèves issus de classes populaires défavorisées ont moins de chance d’être pris dans des écoles ou des universités prestigieuses. Début avril, le Conseil constitutionnel a tranché : on doit pouvoir connaître ce que contient l’algorithme local. Le critère du lycée d’origine sera désormais probablement écarté ou en tout cas, le nécessaire sera fait pour que les décisions soient transparentes et motivées.

Pourquoi serait-ce davantage problématique qu’un jury qui prendrait également en compte ce critère géographique?
Le jury de la fac se retranchera derrière la décision de l’algorithme. Vous habillez d’un caractère objectif et neutre quelque chose qui ne l’est pas. Les algorithmes ont un caractère extrêmement séduisant. Dans la crise actuelle pleine de controverses, les algorithmes vont créer du consensus par exemple dans le choix des malades à soigner. Il y a une bataille entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine. Or, l’intelligence artificielle présente un caractère en apparence objectif, désintéressé, consensuel et unanimiste alors que la recherche issue de l’intelligence humaine est faite constamment de ruptures. Ici se posent toutes les questions provoquées la puissance de l’informatique, des nouvelles technologies et la pression de ceux qui les fabriquent et les vendent.

Faut-il encadrer la conception de ces algorithmes?
Les créateurs de ces outils ne sont pas seulement des génies des maths, ils ont une responsabilité sociale. Il faut les former et les sensibiliser aux enjeux de discrimination. Il faut développer la recherche et inventer des algorithmes de ‘fair-learning’ qui répondent à l’objectif d’explicabilité, de transparence et d’égalité. Il faut développer les dispositions de l’article 13 du RGPD (règlement général sur la protection des données) pour aller plus loin. Enfin, des études d’impact systématiques, comme au Canada, doivent permettre d’anticiper les éventuels effets discriminatoires d’un algorithme dans le domaine public. Les professionnels doivent penser aux conséquences que leur algorithme va avoir. C’est le cas par exemple pour la médecine prédictive, avec des algorithmes qui pourraient établir des diagnostics sur la seule exploitation de l’historique des données. Il faut mettre en cause les grandes entreprises mondiales qui sont à l’origine de ces algorithmes.

Que pensez-vous des systèmes de traçage mis en place pour répondre à la crise sanitaire?
En France, comme en Grande-Bretagne, l’application de traçage repose sur une architecture centralisée. En Allemagne et en Espagne, l’architecture est décentralisée. En France, certains craignent que l’Etat ne dispose ainsi d’un fichier qui pourrait faire l’objet d’une fuite. Mais derrière une architecture décentralisée, il y a directement Google et Apple. Quelles garanties supplémentaires ces entreprises offrent-elles sur de tels dispositifs?

Doit-on faire d’autres lois pour encadrer leur utilisation?
La deuxième loi sur l’état d’urgence sanitaire comporte des dispositions protectrices que le défenseur des droits a souhaitées et que la Cnil a définies. Dans un Etat de droit, il existe tout un arsenal juridique sur les droits fondamentaux : c’est par exemple la loi de 2002 sur les droits des malades, ou celle sur la fin de vie, etc. L’Etat de droit repose sur un principe essentiel : le consentement du malade. Il faut que nous arrivions à faire entrer l’utilisation des algorithmes dans le cadre de ces lois. Ou bien il faudra créer d’autres lois, car les pouvoirs publics doivent s’assurer que leur mise en œuvre ne soit pas créatrice de discriminations.

Selon vous, ce débat sur les discriminations fait écho à la crise actuelle…
Les algorithmes sont une question de société marquée par une très forte pression de l’économie et une certaine indifférence du public. C’est un sujet central car il met en cause la combinaison fondamentale liberté-égalité, tout comme la crise sanitaire que l’on traverse.

L’homme doit-il reprendre le contrôle de la machine?
Nous devons susciter de la vigilance. Les algorithmes sont une création humaine et l’homme doit conserver sa responsabilité dans la manière dont ils sont faits et appliqués. Il n’y a pas d’un côté la technologie qui marche toute seule et de l’autre l’humanité qui tâtonne dans son coin. La technologie est issue de notre intelligence, elle relève de notre responsabilité. Individuellement et collectivement, les hommes et les femmes doivent maîtriser cette création du début à la fin.

Coronavirus, ne disparaîtra peut-être jamais? (OMS)

Coronavirus, ne disparaîtra peut-être jamais?  (OMS)

“Il est important de mettre cela sur la table: ce virus pourrait bien s’ajouter à la liste des virus endémiques circulant dans nos communautés, et pourrait bien ne jamais disparaître”, a déclaré Mike Ryan, spécialiste des urgences sanitaires à l’OMS.

“Je pense qu’il importe d’être réaliste, et je pense que nul ne peut prédire quand cette maladie disparaîtra”, a-t-il ajouté, rappelant que la rougeole est toujours présente dans le monde alors qu’un vaccin est disponible.

Il a toutefois ajouté que la communauté mondiale était en mesure de contrôler sa réponse à la situation sanitaire, fût-ce au prix d’un “effort massif” même si un vaccin devait être trouvé contre le SARS-CoV-2.

La pandémie a contaminé quelque 4,3 millions de personnes et causé plus de 291.000 décès à travers le monde, selon le décompte établi par l’agence Reuters.

Coronavirus : « ne pas reprendre comme avant »

Coronavirus : «  ne pas reprendre comme avant »

 

Un collectif de scientifiques exprime le souhait, dans une tribune au « Monde », que le ralentissement économique provoqué par la pandémie due au coronavirus constitue l’occasion de s’attaquer enfin aux problèmes écologiques et sociaux.

Tribune.

 

En quelques semaines, la crise sanitaire a rendu possible ce qui semblait impossible : un desserrement de l’étau budgétaire, une remise en cause des dividendes, la défense de l’Etat-providence par ceux-là mêmes qui œuvraient hier à son démantèlement, et une chute des émissions de gaz à effet de serre. Telles qu’elles se dessinent, les immenses relances économiques préparent toutefois les conditions de prochains désastres écologiques, sans régler la question sociale.

Les difficultés qui vont s’amonceler dans les prochains mois font que nous ne vivrons plus tout à fait demain comme hier. L’avenir n’est pas encore écrit, bien que certains soient prêts à reprendre « quoi qu’il en coûte », négligeant les équilibres écologiques autant que la santé physique et psychologique des humains. Les obsessions sécuritaires et l’exacerbation actuelle des inégalités, pour les personnes isolées, pour celles qui ont perdu leur emploi ou qui doivent continuer à s’exposer à la maladie dans leur entreprise, augurent du pire.

Un inventaire

Comme d’autres, nous estimons que le ralentissement économique imposé par la crise offre une opportunité inédite de s’attaquer enfin sérieusement aux problèmes écologiques et sociaux. Face aux immenses pressions qui pèsent déjà pour reprendre la course folle à la croissance, nous savons aussi qu’il faudra nous mobiliser par tous les moyens pour ne pas reprendre comme avant et ouvrir la voie d’un futur désirable.

Parmi les propositions qui ont émergé pour faire de cette crise un point de bascule écologique et social, figurent celles de Bruno Latour. Il suggère d’effectuer un inventaire de ce à quoi nous tenons et de ce que nous voulons au contraire arrêter, afin de réinventer nos façons de faire société avec la nature – et non plus contre elle.

Cet inventaire serait très utile pour respecter les accords de Paris sur le climat, qui impliquent une décroissance drastique de nos émissions de gaz à effet de serre et ne sont pas compatibles avec une reprise du business as usual.


Plutôt que de relancer, comme si de rien n’était, les constructions aéronautiques, navales et automobiles, le tourisme international, l’agriculture et l’élevage intensifs, les industries agroalimentaires et du numérique et, plus généralement, notre système productif fondé sur la division internationale du travail et les incitations à une consommation sans limite, nous pourrions nous demander au préalable : qu’est-ce qui est essentiel et nous rend heureux ? Qu’est-ce qui nous permet de vivre, ici, sans nuire à ceux et celles qui vivent ailleurs, ou qui viendront après ?

Sondage déconfinement: autour de 60 % ne font pas confiance au gouvernement

Sondage déconfinement: autour de 60 % ne font pas confiance au gouvernement

D’après le  sondage Odoxa Dentsu Consulting pour Le Figaro et Franceinfo il sont  58 %  à ne pas faire confiance à l’exécutif pour le réussir. Pour autant, ils laissent de grandes latitudes au premier ministre sur les modalités de mise en œuvre de l’opération, prêts à ce que le déconfinement soit adapté au cas par cas. Voilà l’enseignement paradoxal d’un sondage Odoxa Dentsu Consulting pour Le Figaro et Franceinfo.

 «C’est une exception bien française en Europe, souligne l’institut Odoxa. Les Français ne font structurellement pas confiance à leur gouvernement dans toute la gestion de la crise sanitaire.» Signe de cette défiance, les Français sont persuadés que la sécurité promise pour le déconfinement ne sera pas au rendez-vous que ce soit dans les écoles (69 %) où les transports (74 %).

Sur ce dernier point, la défiance est d’autant plus forte que l’on se rapproche des grands centres urbains, à commencer par la région parisienne où la densité des transports est plus forte que dans le reste de la France. «80 % des “Parisiens” se montrent pessimistes à ce sujet», souligne ainsi l’étude.

À l’évidence, le gouvernement n’a pas réussi à convaincre les Français que le 11 mai se traduirait par une plus grande disponibilité de masques sanitaires ou de tests de dépistage du Covid-19. «Initialement confiants dans le gouvernement lors de l’annonce du confinement le 16 mars, les Français ne lui font plus confiance depuis le 27 mars, date à partir de laquelle ils ont été persuadés que le gouvernement leur avait menti sur les masques», note l’étude.

Déconfinement : les citoyens ne sont pas des moutons (Pierre-Louis Rémy)

Déconfinement : les citoyens ne sont pas des moutons (Pierre-Louis Rémy)

 

Pierre-Louis Rémy, ancien Inspecteur général des affaires sociales (IGAS) et ancien conseiller social de la première ministre Edith Cresson en 1991-1992,estime, dans une tribune au « Monde », que la gestion de la pandémie due au coronavirus a révélé tous les travers d’une gestion publique comptable, bureaucratique, pyramidale et autoritaire, et la nécessité d’une profonde réforme de l’Etat.

Tribune. Dans ces temps de confinement, nombreuses sont les réflexions et les propositions sur « le monde d’après ». Si elles sont très stimulantes dans la description de ce futur souhaitable, elles sont bien souvent beaucoup plus discrètes sur les moyens d’y parvenir.

Il est un domaine dans lequel l’action est possible rapidement, même si elle nécessite beaucoup de courage et si les résultats ne seront que progressifs, celui de la réforme du fonctionnement de l’Etat et des services publics.

Les nombreuses incertitudes qui entourent la pandémie peuvent expliquer des tâtonnements et des délais de réaction. Il reste que la gestion de la situation par les pouvoirs publics soulève des interrogations et met en lumière des carences suffisamment graves pour avoir été évoquées par le président de la République, lors de sa récente intervention.

En premier lieu, cela a été souvent souligné, le défaut d’anticipation. Certaines études avaient certes envisagé la possibilité d’une telle épidémie, mais aucune conséquence n’en avait été tirée au niveau de l’action publique. Cela tient pour partie au poids démesuré qu’a pris la direction du budget dans le fonctionnement de l’Etat. C’est bien sûr un réflexe ancien, mais qui semble s’être accentué au fil des ans.

L’approche comptable, de court terme, l’a emporté sur l’approche stratégique, avec pour conséquences une grande inertie des dépenses avec peu de remises en cause et en même temps une érosion des moyens, un affaiblissement des fonctions de l’Etat en matière de santé, de gestion sociale, dont on redécouvre aujourd’hui l’importance cruciale.

De façon corollaire, les postes de direction dans les ministères en charge de ces domaines n’ont jamais été valorisés, en comparaison de ceux du ministère de l’économie. Dans la gestion de son encadrement supérieur, l’Etat n’a jamais accordé la priorité aux fonctions pour lesquelles sa responsabilité est pourtant stratégique.

C’est un premier changement très profond qu’il faut réaliser dans le fonctionnement de l’Etat : rééquilibrer le poids interne des différentes administrations publiques et revaloriser celles qui portent les fonctions primordiales pour la cohésion de la société.

La crise que nous vivons a également mis en lumière le poids des procédures et du fonctionnement bureaucratique. C’est une tradition de notre pays. Cela a été accentué, paradoxalement, par l’affaiblissement de l’Etat central, du fait de la décentralisation et de l’affaiblissement de ses ressources financières.

Plus rien ne sera comme avant après le Coronavirus

Plus rien ne sera comme avant après le Coronavirus

Laurent Silvestri, dirigeant de l’opérateur et spécialiste du cloud Destiny-OpenIP, et président du Club des dirigeants réseaux et télécoms (CDRT)  prévoit de profonds changements dans l’organisation technologies des entreprises après le Coronavirus ( chronique de la Tribune)

La vie de l’entreprise est faite d’adaptations successives et constantes, à son environnement, aux évolutions technologiques et réglementaires et enfin à la société et ses soubresauts. Comme un organisme vivant, elle doit constamment ajuster son mode de fonctionnement, car elle évolue dans un environnement dont elle se nourrit et qu’elle nourrit en retour. En temps normal, ces ajustements se font dans la durée, par l’exécution d’une suite de modifications, parfois importantes et d’autres fois par petites touches. Mais certaines mutations, au lieu d’être des suites de changements linéaires, s’apparentent à des sauts quantiques.

 

Les exemples abondent dans l’histoire de l’humanité : l’apparition de l’agriculture au néolithique (évolution technologique), d’hommes providentiels comme Périclès dans la Grèce antique (évolution réglementaire), et, plus proche de nous, la révolte de mai 68 (évolution sociétale). À chaque fois, l’entreprise s’ajuste, adapte ses standards puis reprend son cours, enrichie d’une technologie ou d’une expérience nouvelle. La loi de l’équilibre est universelle, elle s’applique avec la même précision, de la particule subatomique jusqu’aux galaxies et aux univers.

Étant un chef d’entreprise et un entrepreneur du 21ème siècle, j’ai vécu dans un tourbillon constant de réunions, de voyages, de rencontres, de réflexions stratégiques et de prises de décision. Mon esprit, constamment en mouvement, était tendu en permanence vers le futur et l’anticipation. Le présent n’était pour moi qu’un passage, une commodité qui me permettait de façonner l’avenir. Mais lorsque le confinement a remplacé le trop-plein par des périodes d’inaction, le présent s’est imposé à moi, silencieux et immobile.

La vacuité a remplacé la saturation, la fixité a fait place au mouvement. Et comme beaucoup d’entre nous, choqué par la perte d’un quotidien qui saturait ma conscience et mon agenda, je n’ai pas eu d’autre choix que de faire un retour sur moi-même, pour examiner la situation et voir si elle ne m’apprenait pas quelque chose sur le futur. Lorsque le vent tombe, le marin consciencieux reprise ses voiles et inspecte les cordages, les drisses et les haubans en prévision des prochaines tempêtes.

C’est dans la quiétude du confinement que j’ai pu mesurer toute l’étendue de notre fragilité. Nombre d’entreprises ont été prises de court par la brutalité et la soudaineté du confinement. Elles ont dû trouver les moyens de s’adapter rapidement. Certaines, qui avaient déjà mis en place des mécanismes de mobilité, entamé ou achevé leur transformation numérique, ont eu moins de mal à convertir leurs travailleurs en télétravailleurs. Les autres, celles qui étaient restées sur des modes de fonctionnement et des processus anciens, n’ont pas eu d’autre choix que de faire feu de tout bois, en utilisant les moyens du bord : les réseaux publics, des applications gratuites et les appareils personnels de leurs employés, en guise de systèmes d’information de fortune.

Il fallait assurer la continuité de leur activité, en acceptant tous les risques sécuritaires qui en découlaient. Pour le chef d’entreprise que je suis, la leçon est là. À présent que la glaçante bise pandémique fige l’économie et immobilise les collaborateurs à la maison, les avantages de la connectivité et d’une infrastructure robuste, sécurisée, apte à assurer des communications efficaces, nous sautent aux yeux. C’est lorsque l’urgence survient que l’on apprécie les décisions qui ont été prises pour la prévoir. La fourmi a toujours raison.

Et ce n’est pas le patron intéressé, d’une entreprise de communications dans le cloud, qui vous parle. J’ai passé assez de temps à prêcher auprès de chefs d’entreprises désintéressés, pour savoir qu’il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. À travers cette chronique, c’est le citoyen-entrepreneur qui a pris son bâton de pèlerin pour exhorter ses semblables à ne pas refaire les mêmes erreurs. C’est le terrien, soucieux du bien-être de ses pairs et de la planète, qui risque l’outrecuidante audace de prêcher de nouvelles pratiques, plus respectueuses des hommes et des trois règnes, minéral, végétal et animal, avec lesquels nous partageons cette boule de glaise qu’est la Terre. C’est le moment d’agir de manière décisive pour éviter un tel dénuement à l’avenir. Les crises ont cette vertu de décupler la volonté, et par là même, le tranchant des décisions.

Télétravail, une tendance qui va s’accentuer

Bien avant la crise du Covid-19, les tendances de la nouvelle société technologique, mobile et distribuée, ont commencé à émerger. Le nombre d’indépendants et de freelance a explosé et fait sortir le télétravail du placard où l’avaient remisé la méfiance et la force d’inertie. Jusqu’à présent, seuls 29% des Français ont eu droit au télétravail depuis l’ordonnance Macron de 2017, et encore, seulement quelques jours par semaine, mais 92% de ces télétravailleurs désirent continuer à pratiquer le télétravail. Ayant goûté au plaisir de remplir ses tâches professionnelles tout en restant chez lui, le télétravailleur confiné découvre à présent de nouvelles satisfactions. Il réussit à concilier ses deux sphères de vie les plus importantes, familiale et professionnelle. Nul doute qu’après la crise, nombre de travailleurs se mettront à leur compte et quitteront les grandes villes pour la quiétude de la campagne et des villes moyennes. Le confinement a réussi là où des années d’évangélisation ont échoué. Il suffit parfois d’un petit coup de pouce.

« Le télétravail, c’est tout bénef » devra être le slogan des années à venir : pas de déplacements, pas de rejets de CO2 et pas d’embouteillages coûteux, et des collaborateurs satisfaits de concilier deux vies dans des environnements de travail qu’ils auront choisi. Les études l’ont prouvé, la productivité est proportionnelle au niveau de satisfaction de celui qui produit. Contraints et forcés, les soupçonneux devront ravaler leurs arguments contre le télétravail, comme quoi il ne favorise pas la productivité, la communication et la collaboration, qu’il contraint à la mise en place d’infrastructures distribuées et donc à sécuriser, à l’élaboration d’une politique d’entreprise pertinente et juridiquement cohérente… Il aura suffi d’un minuscule virus pour balayer tout cela.

La vraie révolution technologique est devant nous

Après la crise du Covid-19, rien ne sera plus comme avant. Les médecins et les scientifiques nous mettent déjà en garde contre des retours sporadiques et imprévisibles du virus qui a mis à genoux l’économie mondiale. L’expérience que nous vivons actuellement va certainement accélérer des évolutions qui avaient de la peine à s’accomplir. Les spécialistes prédisent une accélération de la transformation numérique dans le privé et le public, l’intégration de plus d’agilité, donc des processus d’entreprise qui incluent le télétravail avec sa cohorte d’outils comme le collaboratif, les communications unifiées et les infrastructures distribuées.

C’est à ce prix que nous pourrons faire d’une pierre deux coups : reconstruire les circuits rompus (les chaînes de valeur et les chaînes d’approvisionnement entre autres) et offrir aux collaborateurs des modes de travail où la mobilité et le télétravail contribuent à la compétitivité et l’attractivité des entreprises. À la suite de cette expérience d’enfermement, les entreprises prendront pleinement conscience que les nouveaux modes de travail (travail à domicile, mais aussi environnement de travail flexible, réunions virtuelles tant avec des collègues qu’avec les partenaires et les clients) présentent de nombreux avantages, assortis de collaborateurs satisfaits et plus productifs, d’une réduction des coûts fixes, et de déplacements moins nombreux en France et à l’étranger…

En y intégrant le respect de l’environnement par l’adoption de circuits courts et de pratiques qui n’empoisonnent pas la nature, l’homme pourra enfin tourner la page issue de la révolution industrielle et passer à l’ère de l’exploitation responsable de son environnement. C’est en intégrant la technologie dans une vision durable que nous réussirons à pérenniser nos entreprises et leurs activités. La révolution technologique 1.0 est devant nous, car les versions précédentes n’étaient que des versions bêta.

Gouvernement : « dire qu’on ne sait pas tout ne peut pas durer très longtemps»

Gouvernement : « dire qu’on ne sait pas tout ne peut pas durer très longtemps»

Denis Pingaud, président du cabinet Balises, conseil en stratégie et communication, analyse pour l’Opinion la stratégie du gouvernement, qui admet volontiers son ignorance face à la crise du coronavirus. 

Depuis plusieurs jours, les ministres répondent sans hésiter « Je ne sais pas » aux questions qui leur sont posées. Faut-il y voir une forme de lucidité, de prudence ou un aveu d’impuissance face à la crise ?

La communication n’a d’efficacité que dans l’authenticité. Un émetteur peut parfaitement transmettre le message « je ne sais pas » sans que, nécessairement, le récepteur y voit une dérobade. Le problème de fond, c’est que la communication n’est pas simplement affaire de message mais surtout de relation. Autrement dit, pour que le message soit entendu et compris, tout dépend du contexte d’écoute et d’attention du récepteur.

L’opinion est-elle prête à admettre, dans un tel contexte de crise, que ceux qui nous dirigent ne savent pas ?

En matière de communication, l’opinion est toujours plus mature que ne le croient les politiques. Elle perçoit vite ce qui relève de postures ou de figures. Elle comprend que les politiques ne soient pas omniscients mais elle attend d’eux qu’ils exercent leur responsabilité : se donner les moyens de savoir – et non pas affirmer tout et son contraire – pour être en mesure d’agir dans l’intérêt public.

Est-ce pertinent d’occuper l’espace médiatique si c’est pour dire qu’on ne sait pas ? Cela ne peut-il pas être perçu comme du bavardage ?

Tout dépend du contexte et du moment du récit médiatique. Dire « je ne sais pas tout » au début d’une crise inédite ne discrédite pas l’émetteur. Justifier par « je ne sais pas tout » la lenteur des décisions et des solutions, après plusieurs semaines, est moins admissible par le récepteur.

La conférence de presse d’Edouard Philippe dimanche dernier a-t-elle été à cet égard contre-productive ?

Elle était un peu à contretemps. A partir du moment où le choix est fait de donner une échéance au confinement, alors la conférence de presse devait être consacrée aux solutions concrètes. Prendre la parole sans apporter toujours les réponses aux questions posées, c’est donner des verges pour se faire fouetter. Cela crée vite un sentiment de déception et confirme l’impression de flottement. Le traitement du sujet des masques et des tests a paru toujours aussi flou. Et, après l’extinction de la polémique sur le confinement maintenu des personnes âgées par le Président lui-même, le Premier ministre n’a guère éclairé l’opinion sur la réouverture programmée des écoles. Sur ce sujet, la communication « pragmatique » du ministre de l’Education pallie le défaut d’une communication plus globale et cohérente sur les protocoles du déconfinement.

Prendre la parole sans apporter toujours les réponses aux questions posées, c’est donner des verges pour se faire fouetter. Cela crée vite un sentiment de déception et confirme l’impression de flottement

N’est-ce pas une manière de réparer les ratés de la communication gouvernementale, lorsque les ministres brandissaient des certitudes, comme la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, sur l’inutilité du port du masque par exemple ?

La soudaine humilité de l’exécutif depuis plusieurs jours, Président compris, s’explique avant tout par les errements d’analyse et de solutions qui se sont manifestés face à une situation, il est vrai, complexe. Les vérités assénées d’hier, notamment sur les masques et les tests, sont désormais perçues au mieux comme des approximations, au pire comme des mensonges, ce qui explique le niveau de défiance particulièrement élevé en France par rapport au reste de l’Europe.

L’aspect totalement évolutif est le caractère inédit de cette crise. La vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain…

En l’occurrence, on n’est pas seul au monde. Beaucoup de pays ont fait l’expérience de cette crise et l’on voit bien qu’il y a des inégalités de gestion de la crise qui ne s’explique pas que par des incertitudes scientifiques mais par le déploiement des moyens nécessaires pour faire face. Quand on ne sait pas, le mieux c’est de se donner tous les moyens de précautions possibles. Or, nous ne sommes pas en capacité de le faire. C’est quand même incroyable que chacun chez soi fabrique des masques de fortune alors que c’est l’un des moyens de faire face à la transmission du virus.

Le fait de ne pas savoir peut-il jouer en faveur d’un gouvernement longtemps jugé arrogant, qui ferait aujourd’hui preuve d’humilité ?

L’authenticité, ce n’est pas simplement donner le sentiment de dire le vrai. Il n’y a pas de vérité absolue. Tout dépend de la relation entre l’émetteur et le récepteur. Depuis le début de la crise, on a eu le sentiment que le gouvernement ne savait pas tout mais qu’il faisait semblant de savoir. Il dit désormais qu’il ne sait pas tout. Il reconnaît ainsi qu’il a pu dérailler en communication et ce n’est pas rassurant.

L’ignorance assumée de l’exécutif peut-elle contribuer à entretenir un climat de suspicion à son endroit ?

Soit vous avez confiance et vous jugez sa réponse authentique et respectable, soit vous percevez cela comme le fait qu’il y a quelque chose à cacher. D’autant que cela intervient après une séquence pas très heureuse. Le fait d’avoir asséné des choses approximatives, voire fausses ne fait que nourrir le sentiment qu’il y a un loup, voire qu’on nous ment, et même, pour certains, qu’il y a un complot derrière. L’humilité après les certitudes, c’est à double tranchant. L’important, en réalité, c’est l’histoire que l’on raconte dans la durée. L’opinion ne juge pas à l’instant T. Elle adhère, ou pas, à un récit qui doit être crédible et engageant.

Admettre son ignorance est-il un fait nouveau dans la communication politique ?

Non. Quand des politiques, par exemple, sont confrontés à des actes de terrorisme, ils sont bien obligés de reconnaître, parfois, qu’ils en ignorent les auteurs ou même les mobiles. Mais il est vrai que les politiques ont le plus souvent une conception directive de la communication. Celle-ci consiste à « expliquer », donc à asséner une vérité, de manière plus ou moins pédagogique. Elle ignore la plupart du temps le niveau et la capacité d’écoute des interlocuteurs, qui sont pourtant les leviers essentiels de la bonne transmission d’un message.

N’y avait-il pas jusqu’alors pour le politique un péché d’orgueil à refuser d’admettre son incapacité à répondre à la question posée ?

C’est toujours compliqué puisque le politique est mandaté pour apporter des réponses aux questions soulevées. Le vrai problème dans cette crise, c’est que le politique donne le sentiment de beaucoup s’abriter derrière l’avis des scientifiques, lesquels ne savent manifestement pas tout. Et parfois même les laisse empiéter sur son domaine, comme lorsque Jean-François Delfraissy [président du comité scientifique, N.D.L.R.] défend, devant la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale, le maintien du confinement pour 18 millions de personnes. Le rôle du politique est d’arbitrer au mieux des injonctions parfois contradictoires.

Date Elections Municipales: Philippe «ne sait pas»

Date Elections Municipales: Philippe «ne sait pas»

Pour le second tour des municipales, ce qui est certain c’est que cela n’interviendra pas maintenant. Pas davantage avant la fin du mois de juin, sans doute après mais quand ? Édouard Philippe n’en sait rien. Bref le ridicule ne tue pas. On aura sans doute un second tour décalé d’au moins six mois peut-être davantage bref dans des conditions politiques complètement différentes. Notons que si la situation est aussi ubuesque, c’est surtout sur décision du Premier ministre qui a décidé du premier tour le 15 mars en pleine épidémie et juste avant le confinement intervenu, lui, le 16 mars. «La loi qui a été votée par le Parlement le 23 mars a prévu un système dans lequel le 23 mai – pas avant, pas après – nous dirons si les élections le deuxième tour des élections municipales peut se tenir à la fin du mois de juin», rappelle le chef du gouvernement.

«Aujourd’hui, au moment où je vous parle, je ne sais pas si les élections pourront se tenir à la fin du mois de juin. Peut-être (le pourront-elles), mais je ne le sais pas», a-t-il ajouté. Le problème est politique mais aussi juridique. Il ne faut pas oublier que certaines catégories de Français comme dans les EHPAD ont été empêché de voter et n’ont pas eu le temps de donner des procurations. Avec un taux d’abstention de près de 60 % au premier tour la légitimité juridique devrait être contestée par le conseil constitutionnel. En clair, on devrait annuler ce premier tour. On notera que la république en marche n’est pas pressée d’organiser un second tour après la catastrophe électorale qu’elle a subie. La majorité tendant de repousser le plus loin possible en espérant un contexte économique et sanitaire meilleur.

Coronavirus: La France commande des masques…..qui ne viennent pas !

 

 

 

Devant le scandale de manque de masques, les pouvoirs publics ne cessent de répéter qu’ils ont commandé des millions et des millions d’exemplaires. lors de la conférence de presse du Premier ministre, le ministre de la santé a affirmé avoir commandé 1 milliard de masques en Chine notamment. Le problème c’est que ces masques n’arrivent pas et ne sont distribués qu’au compte-gouttes. La distribution devrait être prioritaire en faveur du personnel médical mais aussi des les salariés contact avec le public comme les caissières de grands magasins .

Des organisations syndicales du personnel médical ont demandé à vérifier la réalité des commandes. En effet à chaque intervention le ministre de la santé annonce des chiffres mirifiques de commandes. Sur le terrain, c’est toujours la disette. La carence ne touche pas uniquement les masques mais aussi les appareils respiratoires, les produits pharmaceutiques nécessaires aux traitements, les appareils respiratoires, les lits et surtout de personnel

“Nous avons passé des commandes partout dans le monde et notamment en Chine qui est le centre mondial de fabrication de ces masques”, a donc dit le ministre de la santé  lors d’une conférence de presse à Matignon. Comme si un pays aussi développé comme la France ne pouvait pas contraindre par la réquisition certaines entreprises à fabriquer des masques dont la réalisation est relativement simple. Le problème c’est que le Premier ministre lui-même a déclaré ne pas se résoudre encore à la réquisition.

Bref encore  un temps de retard dans tous les domaines dans la lutte contre le virus. On objectera que ces retards sont aussi constatés ailleurs ce qui ne constitue pas une excuse et ne fait que confirmer que le personnel politique met davantage de dynamisme dans les campagnes électorales que dans la gestion de l’intérêt général.

“J’ai déjà évoqué le nombre de 250 millions de masques commandés à la Chine qui correspond au nombre de masques effectivement en fabrication à destination de la France.” “Je peux vous annoncer un chiffre qui dépasse désormais le milliard, plus du milliard de masques qui ont été commandés en tout depuis la France et l’étranger pour les semaines et les mois à venir.”

Un pont aérien étroit et intensif entre la France et la Chine a été mis en place de manière à faciliter l’entrée des masques sur le territoire, a encore précisé Olivier Véran. Notons cependant que la France a détruit son stock de masse au nom d’économies de bouts de chandelle, qu’on a confié aux organismes locaux et aux entreprises le soin de le remplacer. Malheureusement des pouvoirs publics nos amis procédaient à une évaluation quant à ce remplacement effectif.

Sondage Coronavirus : le gouvernement ne sait pas où il va pour 80 %

Sondage Coronavirus : le gouvernement ne sait pas où il va pour 80 %

 

79 % des Français considèrent que le gouvernement ne sait pas où il va d’après un sondage  Odoxa avec Dentsu Consulting, pour Le Figaro et Franceinfo. Preuve par exemple les propositions contradictoires sur le confinement, la chloroquine ou encore le maintien des marchés.

Le 12 mars dernier, à la veille du premier tour des municipales et à l’orée du confinement, dans le même sondage hebdomadaire, près des deux tiers des Français trouvaient au contraire que le gouvernement réagissait bien, voire trop, face à l’épidémie. Ils étaient 43 % à trouver qu’il prenait les précautions qu’il fallait et 20 % qu’il en prenait même «trop», contre seulement 37 % qui considéraient qu’il n’en prenait «pas assez».

Une semaine plus tard, le 19 mars dernier, deux sondages confirmaient cette grande confiance: 55 % des Français disaient «faire confiance au gouvernement pour faire face efficacement au coronavirus» (un sondage IFOP-JDD). Encore plus fort, dans un sondage Odoxa de la semaine dernière suivant l’allocution d’Emmanuel Macron, 82 % des Français estimaient qu’il avait pris la mesure de la gravité de la situation, 65 % qu’il avait été «clair» et 59 % qu’il leur disait la vérité et «savait où il allait».

Là, c’est la chute, alors qu’a explosé la polémique sur l’absence des masques et autres matériaux de protection. Selon ce sondage, 70 % des Français estiment ainsi désormais que le gouvernement ne leur dit pas la vérité et 75 % sont désormais persuadés que le gouvernement n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment et surtout parce qu’il n’a pas fait le nécessaire pour bien équiper les hôpitaux et les soignants face à l’épidémie.

Tous les Français interrogés (97 %), sont persuadés qu’il y a bien en France une pénurie de masques, et les deux tiers d’entre eux (65 %) estiment que le gouvernement actuel en est responsable. Président d’Odoxa, Gaël Sliman note en outre que les Français «attendent du gouvernement de l’audace sur un plan sanitaire». Ils sont ainsi 6 sur 10 à vouloir que le gouvernement accélère et suive l’option chloroquine proposée par le Pr Raoult, sans attendre les résultats des tests clinique en cours.

En revanche, l’adhésion aux choix de l’exécutif est totale en matière de protection. Plus de 9 Français sur 10 estiment ainsi que le confinement est une «bonne mesure», qu’ils respectent. Ils sont plus de 80 % à penser qu’il durera au moins 4 semaines. Mais là encore, la critique est présente face à l’exécutif puisque 88 % jugent qu’il aurait fallu le décider plus tôt.. Les Français sont favorables à 86 % à un durcissement global du confinement, et 87 % à un durcissement des sanctions.

Coronavirus: la CFDT demande à ne pas verser de dividendes

Coronavirus: la CFDT demande  à ne pas verser de dividendes

« De nombreux salariés, pour assurer une continuité de service, doivent s’adapter dans des conditions parfois difficiles. Dans ce contexte, il serait incompréhensible que les actionnaires ne fassent pas eux aussi un effort », écrit la CFDT, premier syndicat français, dirigé par Laurent Berger, secrétaire général.

« Les entreprises et notamment les grands groupes doivent pleinement participer à la solidarité nationale. Il ne serait en effet ni raisonnable ni responsable que les entreprises versent des dividendes à leurs actionnaires comme si de rien n’était », insiste le syndicat qui rappelle que les entreprises du CAC 40 ont versé l’an dernier « près de 50 milliards à leurs actionnaires ».

« L’année 2020 se présentait sous les mêmes auspices, certains grands groupes français ont annoncé qu’ils ne verseraient pas de dividendes à leurs actionnaires. D’autres semblent encore s’interroger », relève la CFDT, pour qui « l’heure n’est plus à l’hésitation ».

 

Mardi dernier, le ministre de l’Économie a appelé les grandes entreprises à faire preuve de « la plus grande modération sur le versement des dividendes » aux actionnaires, à « un moment où tout l’argent doit être employé pour faire tourner votre entreprise, pour s’assurer qu’elle redémarre dans de bonnes conditions ».

Le même jour, les cinq organisations syndicales du groupe Engie ont demandé dans une lettre à Bruno Le Maire que le dividende pour l’année 2019 soit entièrement affecté à l’investissement, « afin de faire face à la crise sanitaire ».

 

Sondage crise sanitaire : le gouvernement ne sait pas où il va pour 80 %

Sondage crise sanitaire : le gouvernement ne sait pas où il va pour 80 %

 

79 % des Français considèrent que le gouvernement ne sait pas où il va d’après un sondage  Odoxa avec Dentsu Consulting, pour Le Figaro et Franceinfo. Preuve par exemple les propositions contradictoires sur le confinement, la chloroquine ou encore le maintien des marchés.

Le 12 mars dernier, à la veille du premier tour des municipales et à l’orée du confinement, dans le même sondage hebdomadaire, près des deux tiers des Français trouvaient au contraire que le gouvernement réagissait bien, voire trop, face à l’épidémie. Ils étaient 43 % à trouver qu’il prenait les précautions qu’il fallait et 20 % qu’il en prenait même «trop», contre seulement 37 % qui considéraient qu’il n’en prenait «pas assez».

Une semaine plus tard, le 19 mars dernier, deux sondages confirmaient cette grande confiance: 55 % des Français disaient «faire confiance au gouvernement pour faire face efficacement au coronavirus» (un sondage IFOP-JDD). Encore plus fort, dans un sondage Odoxa de la semaine dernière suivant l’allocution d’Emmanuel Macron, 82 % des Français estimaient qu’il avait pris la mesure de la gravité de la situation, 65 % qu’il avait été «clair» et 59 % qu’il leur disait la vérité et «savait où il allait».

Là, c’est la chute, alors qu’a explosé la polémique sur l’absence des masques et autres matériaux de protection. Selon notre sondage, 70 % des Français estiment ainsi désormais que le gouvernement ne leur dit pas la vérité et 75 % sont désormais persuadés que le gouvernement n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment et surtout parce qu’il n’a pas fait le nécessaire pour bien équiper les hôpitaux et les soignants face à l’épidémie.

Tous les Français interrogés (97 %), sont persuadés qu’il y a bien en France une pénurie de masques, et les deux tiers d’entre eux (65 %) estiment que le gouvernement actuel en est responsable. Président d’Odoxa, Gaël Sliman note en outre que les Français «attendent du gouvernement de l’audace sur un plan sanitaire». Ils sont ainsi 6 sur 10 à vouloir que le gouvernement accélère et suive l’option chloroquine proposée par le Pr Raoult, sans attendre les résultats des tests clinique en cours.

En revanche, l’adhésion aux choix de l’exécutif est totale en matière de protection. Plus de 9 Français sur 10 estiment ainsi que le confinement est une «bonne mesure», qu’ils respectent. Ils sont plus de 80 % à penser qu’il durera au moins 4 semaines. Mais là encore, la critique est présente face à l’exécutif puisque 88 % jugent qu’il aurait fallu le décider plus tôt.. Les Français sont favorables à 86 % à un durcissement global du confinement, et 87 % à un durcissement des sanctions.

Coronavirus–Sondage gouvernement : il ne sait pas où il va pour 79 %

Coronavirus–Sondage gouvernement : il ne sait pas où il va pour 79 %

 

L’attentisme manifesté par le gouvernement et ses nombreuses contradictions sont désormais jugées avec sévérité par les pouvoirs publics. La chute de confiance est très brutale. 55 % des Français jugent que le gouvernement n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation, 69 % estiment qu’il n’est pas clair et 79 % considèrent qu’il ne sait pas où il va d’après un sondage  Odoxa avec Dentsu Consulting, pour Le Figaro et Franceinfo.

Le 12 mars dernier, à la veille du premier tour des municipales et à l’orée du confinement, dans le même sondage hebdomadaire, près des deux tiers des Français trouvaient au contraire que le gouvernement réagissait bien, voire trop, face à l’épidémie. Ils étaient 43 % à trouver qu’il prenait les précautions qu’il fallait et 20 % qu’il en prenait même «trop», contre seulement 37 % qui considéraient qu’il n’en prenait «pas assez».

Une semaine plus tard, le 19 mars dernier, deux sondages confirmaient cette grande confiance: 55 % des Français disaient «faire confiance au gouvernement pour faire face efficacement au coronavirus» (un sondage IFOP-JDD). Encore plus fort, dans un sondage Odoxa de la semaine dernière suivant l’allocution d’Emmanuel Macron, 82 % des Français estimaient qu’il avait pris la mesure de la gravité de la situation, 65 % qu’il avait été «clair» et 59 % qu’il leur disait la vérité et «savait où il allait».

Là, c’est la chute, alors qu’a explosé la polémique sur l’absence des masques et autres matériaux de protection. Selon notre sondage, 70 % des Français estiment ainsi désormais que le gouvernement ne leur dit pas la vérité et 75 % sont désormais persuadés que le gouvernement n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment et surtout parce qu’il n’a pas fait le nécessaire pour bien équiper les hôpitaux et les soignants face à l’épidémie.

Tous les Français interrogés (97 %), sont persuadés qu’il y a bien en France une pénurie de masques, et les deux tiers d’entre eux (65 %) estiment que le gouvernement actuel en est responsable. Président d’Odoxa, Gaël Sliman note en outre que les Français «attendent du gouvernement de l’audace sur un plan sanitaire». Ils sont ainsi 6 sur 10 à vouloir que le gouvernement accélère et suive l’option chloroquine proposée par le Pr Raoult, sans attendre les résultats des tests clinique en cours.

En revanche, l’adhésion aux choix de l’exécutif est totale en matière de protection. Plus de 9 Français sur 10 estiment ainsi que le confinement est une «bonne mesure», qu’ils respectent. Ils sont plus de 80 % à penser qu’il durera au moins 4 semaines. Mais là encore, la critique est présente face à l’exécutif puisque 88 % jugent qu’il aurait fallu le décider plus tôt.. Les Français sont favorables à 86 % à un durcissement global du confinement, et 87 % à un durcissement des sanctions.

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