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«L’Université ne doit pas être un lieu de fanatisme » ( Frédérique Vidal)

«L’Université ne doit pas être un lieu de fanatisme ». ( Frédérique Vidal)

La ministre de l’enseignement supérieur persiste et signe pour dénoncer l’islamo-gauchisme dans une tribune .

Comme universitaire, jamais je n’ai eu de difficultés à enseigner la théorie de l’évolution, la sélection naturelle ou le dernier état de la recherche scientifique à mes étudiants. L’université m’a rendue libre de le faire et précisément, cette liberté est l’un des biens les plus précieux de notre République. Elle est la condition indispensable de l’émancipation de notre jeunesse, elle est le meilleur rempart face au fanatisme islamiste et à toutes ces forces qui travaillent à défaire notre société dans la violence, la terreur et la haine de l’autre.

L’université est un héritage précieux. Elle est la liberté institutionnalisée, dans nos territoires et dans les esprits.

« Parce que la liberté d’expression et les libertés académiques sont indissociables, l’université questionne et irrite parfois, tous ceux qui confondent préjugés et certitudes, tous ceux qui rejettent l’altérité, le doute et l’esprit critique »

Liberté face à l’église dès le Moyen-Âge, lieu des franchises face aux pouvoirs qui se sont succédé dans notre pays depuis plus d’un millénaire, l’université a noué un pacte avec la République. C’est la République qui, la première, a reconnu la liberté académique comme le corollaire indispensable de la liberté d’expression. C’est la République qui garantit à chaque professeur, à chaque maître de conférences, à chaque enseignant de pouvoir librement enseigner le produit de ses recherches, de transmettre une connaissance scientifiquement établie avec méthode, esprit critique et raison. Dans le même sens, nos savants, nos professeurs ont toujours répondu à l’appel pour accompagner des générations d’étudiants, contribuer à leur émancipation par la connaissance et faire rayonner notre pays.

Si la France est le pays des Lumières, l’institution universitaire est bien la torche de l’éclaireur devant l’obscurité de l’ignorance. C’est à l’université que sont formés nos enseignants et c’est en ce lieu qu’ils reçoivent comme un héritage à transmettre aux plus jeunes, à l’école, les valeurs et les principes de la République : la liberté d’expression naturellement comme la tolérance et le respect qui sont au cœur de notre conception de la laïcité. Samuel Paty était l’un des milliers d’enseignants dépositaires de cet héritage et l’ensemble du monde universitaire et de la recherche s’est associé à l’hommage que le président de la République, et à travers lui toute la France, lui a rendu pour rappeler le lien indéfectible qui nous rattache à la République, à ses valeurs, son histoire et la promesse d’émancipation qu’elle porte pour notre jeunesse.

Parce que la liberté d’expression et les libertés académiques sont indissociables, l’université questionne et irrite parfois, tous ceux qui confondent préjugés et certitudes, tous ceux qui rejettent l’altérité, le doute et l’esprit critique. Le débat démocratique appuyé sur des faits établis par la science n’est jamais acquis, il s’apprend, il se transmet. Souvent avec bonheur, parfois dans la difficulté.

« La liberté des universités, c’est d’être affranchie de toute idéologie ou de représentation de la vérité qui ne soit pas scientifiquement démontrée et étayée par les faits »

Confrontation d’idées. A cet égard, les derniers mois avant le confinement ont été marqués par des conférences perturbées ou annulées au nom de telle ou telle cause. A chaque fois, avec l’appui de leurs enseignants-chercheurs, les présidents d’université les ont reprogrammés. A chaque fois, ils ont trouvé le soutien de leur communauté scientifique comme celle de mon ministère. La tolérance et l’écoute entre les étudiants s’apprennent à l’université. Chaque jour, des milliers d’événements dans les universités et les établissements d’enseignement supérieur font vivre ensemble liberté d’expression et liberté d’enseigner. C’est cela, la tradition universitaire française, n’en déplaise à tous ceux qui espèrent instrumentaliser les étudiants ou les enseignants-chercheurs au service d’une ambition politique.

La tradition universitaire française, c’est aussi la confrontation d’idées venant de tous les continents analysées au prisme de la controverse scientifique. Notre culture scientifique s’enrichit de ces apports et des débats qu’ils suscitent, comme notre recherche française enrichit d’autres pays car la science ne connaît pas de frontières. Ce qui est certain, c’est que l’extrémisme y est étranger par essence et qu’en dernière analyse, toutes nos forces de recherche se retrouvent toujours autour du respect des valeurs de la République qui rendent possible le déploiement, dans notre pays de la méthode scientifique. La liberté des universités, c’est d’être affranchie de toute idéologie ou de représentation de la vérité qui ne soit pas scientifiquement démontrée et étayée par les faits.

L’université n’est ni la matrice de l’extrémisme, ni un lieu où l’on confondrait émancipation et endoctrinement. L’université n’est pas un lieu d’encouragement ou d’expression du fanatisme. Elle est, au contraire, le lieu où s’apprennent le doute comme la modération ainsi que la seule de nos institutions capable d’éclairer l’ensemble de la société, de l’école aux médias, par une connaissance scientifiquement établie, discutée et critiquée collégialement. Elle est le lieu dans lequel les étudiants apprennent à questionner et dépasser leurs préjugés par la raison scientifique. Démocratiser l’accès à cette connaissance est l’une de nos meilleures armes pour faire reculer l’obscurantisme islamiste comme toutes les formes de radicalités qui travaillent à saper notre société.

« Avec Jean-Michel Blanquer, nous avons, pour la première fois, créé un pont entre l’enseignement supérieur et l’enseignement secondaire à travers la transformation du premier cycle »

Chacun le sait, la recherche n’est pas responsable des maux de la société, elle les questionne, elle les analyse, elle déplie leurs causes sous-jacentes pour nous permettre d’y faire face. L’université a des choses à nous apprendre sur les radicalités qui s’expriment dans notre société. Elle a des choses à nous dire pour combattre le fanatisme islamiste. C’est tout le sens du discours du président de la République s’agissant de la lutte contre les séparatismes. Notre pays dispose de forces de recherches internationalement reconnues en sciences humaines et sociales, notamment dans le domaine de l’islamologie qui est un fleuron national, au moins depuis la Révolution française. Nous irons plus loin en ce sens avec l’aide des historiens, des sociologues, des politistes, des géographes, des juristes, des économistes, bref de tous ceux qui travaillent à nous permettre de comprendre notre société, notre pays, le monde qui nous entoure et les interactions qui en découlent.

Avec Jean-Michel Blanquer, nous avons, pour la première fois, créé un pont entre l’enseignement supérieur et l’enseignement secondaire à travers la transformation du premier cycle. Nous pouvons aller plus loin et rapprocher davantage l’université de l’école pour venir en appui aux enseignants. Les spécialistes des humanités, de toutes les disciplines, qui permettent d’ouvrir le dialogue autour du sens, peuvent apporter des outils concrets à nos enseignants pour les aider à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent pour enseigner et faire vivre la liberté d’expression dans leurs classes.

Notre tradition universitaire est une force face à la menace islamiste qui a trop de fois frappé notre pays. Nos enseignants-chercheurs et nos chercheurs sont en première ligne pour comprendre ce qui est à l’œuvre et comment le combattre, justement parce qu’ils sont libres et qu’ils ne réduisent pas leurs travaux à des formules convenues.

La République est plus forte lorsque l’université est reconnue et écoutée pour ce qu’elle est, c’est-à-dire le cœur battant de notre liberté, telle qu’elle s’est construite pendant des siècles dans notre pays.

Islamo- gauchisme : Vidal réitère et veut une approche rationnelle et scientifique du sujet

Islamo- gauchisme : Vidal réitère et veut une approche rationnelle et scientifique du sujet

La ministre de l’enseignement supérieur persiste et signe , elle demande une approche rationnelle et scientifique du sujet dans une interview au JDD. Elle évoque aussi la situation difficile des étudiants dans le cas de la pandémie.

 

Vous avez déclenché une tempête en annonçant une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université. Qu’entendiez-vous par là?
Quand je reprends le terme « ­islamo-gauchisme », employé par le journaliste qui m’interviewait, j’ai à l’esprit l’ensemble des radicalités qui traversent notre société. Bien sûr, l’islamo-gauchisme n’a pas de définition scientifique, mais il correspond à un ressenti de nos concitoyens, d’abord, et à un certain nombre de faits, aussi : l’empêchement, dans certains établissements, d’une représentation des Suppliantes d’Eschyle ou de la lecture d’un texte de Charb, des enseignants qui ne se sentent pas libres d’enseigner comme ils le souhaitent. Ce sont des attaques contre la liberté académique et la liberté d’expression en général. On ne peut pas laisser passer ça, même si c’est très minoritaire. Et on ne peut pas laisser dévoyer des travaux de recherche par des gens qui prétendent s’y référer tout en les déformant. On ne peut pas dire « ça ne me concerne pas ».

Jean-Luc Mélenchon vous a accusée de vouloir faire « la police de la pensée ».
C’est de la pure polémique. Je suis universitaire. J’ai toujours défendu la liberté académique et les chercheurs. Je le fais au quotidien lorsque les présidents d’université sollicitent l’appui du ministère lorsqu’il y a un incident. C’est un procès d’intention. Ce que je souhaite, c’est qu’on relève le débat. Nous avons besoin d’un état des lieux de ce qui se fait en recherche en France sur ces sujets. En fonction des résultats, j’espère, parce que j’ai confiance dans les universités, que cela permettra de déconstruire l’idée qu’il y aurait une pensée unique sur certains sujets ou au contraire veiller si c’est nécessaire à protéger le pluralisme des idées à l’université. On peut évidemment faire des études post-coloniales en France ou travailler sur l’intersectionnalité. Tout l’enjeu, c’est de faire la part des choses entre le travail des scientifiques et ceux qui se servent de ces travaux pour porter une idéologie et nourrir l’activisme.

 

S’agit-il d’identifier ces chercheurs-là?
Pas du tout. Les libertés académiques, la liberté de la recherche doivent être défendues à tout prix. Ce que je souhaite, c’est savoir si ces libertés ne sont pas entravées dans le travail des chercheurs et des enseignants-chercheurs. Les universités sont le lieu de création de la connaissance et de sa diffusion. Cela passe par le débat contradictoire et l’évaluation par les pairs, donc par la pluralité des courants de pensée et de prises de parole. Il est crucial que cela ait lieu dans le débat et la sérénité. Il faut que les universitaires eux-mêmes s’emparent du sujet et fassent en sorte que cette pluralité continue à exister. La pensée unique serait mortifère.

Concrètement, comment va s’organiser cet « état des lieux »?
Il s’agit d’une enquête, mais au sens sociologique du terme, donc d’un travail de recherche ou d’une étude scientifique. Nous avons déjà des données : il faut que des spécialistes s’en saisissent et les regroupent. La conférence des présidents d’université a fait savoir que les universités étaient prêtes à apporter un éclairage étayé au gouvernement.

Pensez-vous qu’il existe un entrisme islamiste à l’université?
Qu’importe ce que je pense. C’est pour cela que je veux une approche rationnelle et scientifique du sujet. Il faut quantifier les choses, sortir du ressenti et du présupposé.

 

Est-ce le rôle de l’État?
C’est le rôle de l’État de soutenir les universités confrontées à des difficultés. C’est ce que nous avons fait en reprogrammant la pièce d’Eschyle à la Sorbonne. Et, non, ce n’était pas anecdotique. On ne peut pas vouloir défendre la liberté académique et ne pas la faire respecter au sein de l’université. C’est mon rôle.

 

 

En octobre, alors que Jean-­Michel Blanquer venait de dénoncer les « ravages de l’islamo-­gauchisme » à l’université, vous lui aviez répondu dans une tribune dans l’Opinion : « L’université n’est pas un lieu d’encouragement ou d’expression du fanatisme. » Vous avez changé d’avis depuis?
Pas du tout. Je maintiens que l’université a le droit de tout étudier et qu’évidemment on n’y ­fabrique pas des fanatiques. ­Est-ce que pour autant je dois abandonner les présidents d’université qui demandent de l’aide? Ne pas entendre les professeurs qui se disent empêchés? Faire comme s’il n’y avait aucun sujet alors que des universitaires demandent l’appui du ministère? Le racisme, c’est un délit contre lequel nous savons réagir : il existe des procédures disciplinaires. Lorsqu’un enseignant-chercheur ou un chercheur est menacé, nous agissons évidemment. Idem s’agissant des atteintes à la laïcité.

N’avez-vous pas été maladroite en employant le terme « islamo-gauchisme »?
On parle de douze secondes sur vingt-deux minutes d’interview, au cours de laquelle je traitais de ­sujets essentiels comme le quotidien des étudiants! Douze secondes qui déclenchent de telles réactions, cela démontre la sensibilité de cette question.

Quand Emmanuel Macron, par la voix de Gabriel Attal, a redit mercredi son « attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs », était-ce un désaveu?
Ce qu’a dit Gabriel Attal, je le partage évidemment. Personne n’est plus attaché que moi à l’indépendance des enseignants-­chercheurs. La recherche est grande lorsqu’elle est libre.

Avez-vous le soutien du président de la République dans votre démarche?
Ce sujet suscite beaucoup de réactions, mais ce n’est pas notre priorité aujourd’hui. La priorité c’est la situation des étudiants et la pandémie. C’est de cela dont je parle au président de la République.

 

Certains responsables de l’opposition, et plus de 600 ­chercheurs dans Le Monde samedi après-midi ont réclamé votre démission…
C’est la liberté d’opinion. Si les universitaires qui ne me connaissent pas ont pu se sentir froissés, ce n’était pas mon intention. Chacun doit pouvoir s’exprimer, c’est aussi dans le désaccord qu’on avance, et je laisse à leur violence ceux qui se déchaînent sur les réseaux sociaux.

Quand François Bayrou dit que l’islamo-gauchisme n’est « pas le premier problème de l’université » et cite le mal-être des étudiants, que lui répondez-vous?
Que cela nous fait un point commun de plus. Si vous me demandez à quoi j’occupe en priorité mes journées, et une partie de mes nuits, c’est évidemment à l’impact de la pandémie sur les jeunes, au déploiement des ­mesures de ­soutien aux étudiants et à répondre à leurs besoins de demain : j’étais d’ailleurs vendredi matin à ­Bordeaux avec le Premier ministre sur ce sujet.

N’avez-vous pas été trop en ­retrait dans la défense des ­étudiants ces dernières semaines?
Croyez-vous que je suis ­restée dans mon fauteuil depuis qu’on a fermé les universités en ­novembre? Le jour même où le couvre-feu général à 18 heures était décrété en France, nous avons fait revenir les étudiants à 20% du temps dans les universités. Et dès qu’on pourra faire plus, on le fera. On y travaille tous les jours avec les établissements et les autorités sanitaires. Je suis toutes les semaines sur le terrain.

Au vu de la situation épidémique, envisagez-vous de rouvrir davantage les universités dans les prochaines semaines?
100% des universités ont mis en place le nouveau protocole d’accueil. Il faut désormais deux ou trois semaines de recul pour en mesurer l’impact. Si tout se passe bien, alors on pourra envisager d’aller plus loin.

Des étudiants ont-ils abandonné leurs études à cause de la crise sanitaire?
Nous avons constaté une baisse de seulement 3% de la présence aux examens de la dernière ­session, qui se sont tenus entre décembre et début février. On ne constate donc pas de décrochage massif. C’est aussi le résultat de l’engagement des équipes universitaires.

On voit des files d’attente d’étudiants venant chercher de l’aide alimentaire dans des associations. Faut-il faire plus?
Évidemment. Depuis le 25 janvier, nous avons servi 1,5 million de repas à 1 euro et nous allons accélérer en rouvrant davantage de points de vente. Y compris pour faire de la distribution alimentaire. Les étudiants ne savent pas encore assez que s’ils se connectent sur le site du Crous, ils seront recontactés par une assistante sociale. Des aides spécifiques existent et peuvent atteindre 500 euros. Et cela concerne tous les étudiants : français, étrangers, boursiers ou non boursiers. Il faut le faire savoir.

 

La France doit rester un acteur majeur du spatial européen » (Frédérique Vidal)

La France doit  rester un acteur majeur du spatial européen » (Frédérique Vidal)

 

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, descend la place de la France en matière de développement spatial (interview dans la tribune)

 

2019 est une année chargée pour les questions spatiales avec en point d’orgue la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne (ESA), dont l’objectif est de définir les priorités stratégiques et les financements qui vont avec. Quelles vont être les priorités de la France au conseil des ministres de l’ESA ?

FRÉDÉRIQUE VIDAL - Ce qu’il faut déjà rappeler, c’est à quel point l’Agence spatiale européenne est importante pour l’Europe et la France, leur permettant d’être des leaders du secteur spatial, dans le domaine des lanceurs comme dans celui des satellites : les lanceurs Ariane, les constellations Galileo et Copernicus, la sonde Rosetta… Lors de cette conférence ministérielle, le sujet central porté par la France sera celui de l’innovation. Comment l’Europe sur ces sujets d’innovation doit-elle faire pour rester un leader mondial ? Nous devons aussi penser davantage à l’utilisation des données générées par les satellites conçus et lancés par l’Europe et stimuler le développement de projets fondés sur leur exploitation. Penser à tout ce qu’on appelle le secteur aval, et qui va connaître un développement massif dans les prochaines années.

Pouvez-vous donner des exemples précis ?
Pour soutenir l’innovation, nous avons créé ArianeWorks, qui est une plateforme d’innovation de rupture d’un genre nouveau. Mon objectif est d’aider tout l’écosystème de startups New Space à se développer, en lien avec l’industrie et le Cnes. Que ce soit sur des sujets d’agriculture, avec l’utilisation des données satellitaires pour mieux gérer les sols et mieux prévoir la façon d’organiser les cultures ; que ce soit sur les questions de climat, avec l’observatoire que le Cnes est en train de monter au niveau mondial avec de nombreuses autres agences ; que ce soit sur les véhicules autonomes, avec le soutien d’exploitation des données de Galileo. Sur tous ces sujets, il faut maintenant qu’on tire profit des investissements faits au niveau des États membres, de l’ESA et de la Commission européenne.

Comment jugez-vous l’écosystème spatial français dans le domaine de l’innovation, notamment dans les data ? Est-ce qu’il vous paraît complet et voyez-vous des améliorations à apporter ?

Il y a toujours des améliorations à apporter, mais cet écosystème est vraiment dynamique. On a la chance d’avoir de nombreuses start-up dans le milieu des données, des calculs, dans l’algorithmique. On bénéficie d’un fonds très important de connaissances et d’expertise dans ces domaines-là, et cela permet d’alimenter la création de start-up, y compris d’ailleurs par des étudiants, des jeunes docteurs ou des chercheurs qui s’impliquent dans la création de start-up à partir de données du spatial.

En dépit de notre proximité avec l’Allemagne, il existe une réelle compétition entre Paris et Berlin dans le spatial. La France doit-elle réaffirmer son leadership spatial sur l’Europe à l’occasion de la ministérielle ?

La France est l’un des pays pionniers sur les questions spatiales, avec le premier programme de lanceur engagé en 1965. Nous avons une agence spatiale en France, le CNES, qui est un support très important à la recherche et aux industriels tant sur les lanceurs que sur les satellites. C’est normal que la France souhaite avoir un rôle de leader. Maintenant, il y a plusieurs grandes nations spatiales en Europe, notamment la France, l’Allemagne et l’Italie qui, à elles trois, contribuent à 85 % du budget d’Ariane 6. Il est crucial pour la France de rester un acteur majeur du spatial européen, et c’est tout aussi important que nos partenaires, Commission européenne comme États membres, restent fortement impliqués dans le spatial. Cela ne fait aucun doute dans l’esprit de qui que ce soit. C’est ce qui fait les succès européens.

Ariane 6 est-il le bon lanceur au bon moment ?

Ariane 6, qui sera porté par l’expertise d’Ariane­Group et de l’industrie européenne, sera un lanceur fiable et adapté aux besoins du marché des lancements. Il est donc primordial de terminer son développement puisque celui-ci induira une diminution du prix des lancements. Il sera environ deux fois moins cher par rapport à Ariane 5.

Vega E n’est-il pas un futur concurrent d’Ariane 6 ?

Une concurrence entre acteurs européens dans ce domaine serait stérile. Les programmes Ariane 6 et Vega sont extrêmement liés, leur vocation est d’être complémentaires. Notre R&D et l’innovation sont mises en commun entre la France et l’Italie. La France a financé Vega C et l’Italie de son côté Ariane 6. Notre objectif est de disposer au niveau européen d’une gamme de lanceurs qui couvrira tous les marchés de lancement.

La réutilisation d’un lanceur, considérée comme une innovation de rupture, n’est pas donc pas à l’ordre du jour…

Nous ne devons pas nous interdire de penser à la suite. Nous proposerons d’accélérer le développement des nouvelles technologies pour préparer la suite d’Ariane 6, via le moteur réutilisable à bas coût Prometheus et les démonstrateurs d’étage récupérable Callisto et Themis. Ce sont des solutions de rupture. Notre objectif est d’être capable, à partir d’Ariane 6, d’améliorer en permanence l’offre de lancement d’Arianespace. L’Europe est en train d’achever le développement d’Ariane 6, qui sera prochainement opérationnelle, et en parallèle prépare l’avenir. Ariane 6 sera enfin un pilier très important de l’autonomie et de la souveraineté de l’Europe et de la France. L’Allemagne et la France sont d’accord sur cette stratégie. Nous nous parlons souvent avec mon homologue allemand.

Justement, la France joue le jeu de la préférence européenne. Ce qui n’est pas le cas des autres pays, dont l’Allemagne. Faut-il être plus contraignant ?

Nous devons jouer avec les mêmes règles que nos concurrents. Croyez-moi, ce sujet est une priorité et de grands progrès ont été accomplis depuis deux ans. La Commission européenne et l’ESA se sont engagées à utiliser les lanceurs européens pour leurs programmes spatiaux. Par ailleurs, des représentants de cinq États européens (France, Allemagne, Italie, Espagne et Suisse) se sont engagés lors du Conseil ministériel de l’ESA du 25 octobre 2018 à utiliser en priorité les lanceurs européens pour leurs satellites institutionnels.

La France va-t-elle également soutenir son industrie dans les satellites, qui estime être le parent pauvre de la politique spatiale française ?

Commençons par regarder qui est en tête des dernières compétitions les plus importantes dans les satellites. Ce sont des entreprises françaises. Cette industrie est essentielle et c’est pourquoi l’État l’a toujours accompagnée et a contribué à la porter au meilleur niveau mondial. Cela n’a pas de sens d’opposer les satellites aux lanceurs et vice-versa. Je le leur ai dit. Nous avons la chance d’avoir en France deux grands « satellitiers ». C’est une force. Mais de temps en temps, le fait d’en avoir deux pose des problèmes face à une compétition mondiale féroce. Ils sont conscients que, sur certains programmes, ils doivent mieux travailler et réfléchir ensemble. Ils se rendent compte eux-mêmes, au regard du marché international des satellites, que parfois le fait de rentrer dans une compétition à outrance l’un contre l’autre n’est pas le meilleur moyen pour être efficace.

Poussez-vous à un rapprochement ?

Je ne définis pas la politique industrielle et commerciale de ces entreprises à leur place. L’essentiel pour moi est que notre filière de satellites reste, dans la durée, un fleuron au meilleur niveau mondial, capable d’innover et d’exporter. Nous sommes prêts à envisager toutes les options.

Avez-vous déjà un schéma de rapprochement ?

Ce n’est pas à moi de leur dire ce qu’ils ont à faire, mais ils sont conscients, et moi aussi, qu’il y a des choses à améliorer. Toutes les options sont sur la table, à eux de faire des propositions.

Est-ce un projet à court terme ?

Il faut laisser du temps au temps. C’est à eux de réfléchir et de faire des propositions qui feront en sorte qu’en termes de compétitivité, d’innovations et d’emplois les bonnes décisions soient prises.

Et si rien n’avait avancé avant la fin de l’année ?

Je crois qu’ils sont parfaitement conscients du sujet et ils s’en parlent. Sur la question du spatial, on porte tous la même ligne.

Estimez-vous que la France doit adapter sa doctrine spatiale militaire ?

C’est une question qu’il faut poser à la ministre des Armées, Florence Parly. Mais l’espace tend à devenir un champ de confrontations. Quand on vous attaque, il ne me paraît pas illogique d’être en capacité de répliquer.

D’une façon générale, faut-il faire évoluer le principe de juste retour géographique ?

La France porte cette volonté de faire évoluer le juste retour géographique sur investissement. Principalement nous devons repenser l’industrialisation des lanceurs Ariane pour une raison simple : ce marché est désormais le cadre d’une véritable compétition internationale. Il est très important d’améliorer la compétitivité des futurs lanceurs face notamment à la concurrence américaine. Une réflexion est en cours avec l’ESA pour définir des modalités privilégiant l’optimisation du coût. La compétitivité des programmes spatiaux européens doit devenir la règle à travers une approche beaucoup plus économique.

La France a soutenu le renforcement de l’agence spatiale de l’Union européenne à Prague. Pourquoi l’ESA, soutenue par l’Allemagne, a-t-elle freiné des quatre fers ?

Peut-on vraiment penser que l’Union européenne n’est pas un acteur à part entière du spatial alors qu’elle va investir 16 milliards d’euros dans l’espace entre 2021 et 2027 ? L’UE va tirer bénéfice de la gestion et de l’exploitation des données spatiales issues des programmes européennes qu’elle a financé. Mais l’Agence spatiale européenne demeure unique par son expertise technique sur la gestion des programmes.

Popularité gouvernement : Flessel, Le Drian et Vidal au hit-parade

Popularité gouvernement : Flessel, Le Drian et Vidal au hit-parade

Selon un so,ndage IFOP-JDD, onze minstres  eux obtiennent au moins 50% d‘opinions positives, dont le Premier ministre, Edouard Philippe (54%), le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner (53%), et le ministre de l‘Intérieur, Gérard Collomb (51%).Laura Flessel, Jean-Yves Le Drian et Frédérique Vidal forment le trio le plus populaire du gouvernement avec 68% de bonnes opinions pour la ministre des Sports, 59% pour celui des Affaires étrangères et 57% pour celle de l‘Enseignement supérieur, . Plusieurs poids lourds du gouvernement, comme le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin (46%), celui de l‘Economie et des Finances, Bruno Le Maire (46%), et celle du Travail, Muriel Pénicaud (44%), sont en revanche sous cette barre.

Cette étude a été réalisée en ligne, du 30 au 31 octobre, auprès d‘un échantillon de 1.001 personnes représentatif de la population




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