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«Le passé colonial : non à une vision binaire»

 «Le passé colonial : non à une vision binaire»

 «La haine de l’Occident et la détestation de la France trouvent leur cohérence idéologique dans un va-et-vient constant avec le passé colonial : l’humiliation d’aujourd’hui trouverait son origine dans l’humiliation coloniale. C’est pourquoi il est nécessaire de déconstruire cette vision» estime dans l’opinion l’historien Pascal Blanchard.

Historien spécialiste du fait colonial, Pascal Blanchard a cosigné avec David Korn-Brzoza le documentaire « Décolonisations. Du sang et des larmes », diffusé sur France 2. Auteur de nombreux films et ouvrages, il a récemment publié avec Sandrine Lemaire et Nicolas Bancel Décolonisations françaises. La chute d’un Empire (Editions de la Martinière, 2020), avec la participation de l’historien Benjamin Stora et du politologue Achille Mbembe.​

Après plusieurs attentats islamistes, des partis politiques et des universitaires sont accusés d’avoir attisé les rancœurs liées au passé colonial. Pourquoi la France se fracture-t-elle encore sur cette question ?

L’histoire coloniale est le dernier grand « tabou » du récit français et fait toujours débat. Deux thèses s’affrontent autour de cette « mémoire traumatique ». Pour les uns, parler de ce passé complexe et douloureux concourt à radicaliser les esprits et à nourrir une haine de la France, donc à armer les « ennemis de la République ». Ils dénoncent une « repentance », trop de « complaisance », un « discours victimaire », et préfèrent ne pas faire de vagues à un moment où la société est fracturée. Leur position est claire : il faut conserver une version angélique de ce passé et en être « fier », ou du moins être peu critique avec cette histoire, voire en parler le moins possible. Pour les autres, au contraire, plus la République sera volontariste sur son histoire, plus elle sera solide et privera les radicaux des deux bords — nostalgiques et indigénistes — d’armes dirigées contre elle. Qui a raison ? A mes yeux, la République doit être exemplaire et regarder ce passé en face, sinon elle continuera à donner le sentiment qu’elle n’a pas tourné la page coloniale et qu’elle méprise une partie de ceux qui, devenus Français, sont issus des migrations postcoloniales. C’est d’ailleurs ce que vient de rappeler le président de la République dans son interview sur Al-Jazeera le week-end dernier, en affirmant qu’il fallait regarder « en face » la colonisation et « aller au bout de ce travail de réconciliation par l’histoire, la vérité.»

Pourtant, le Premier ministre Jean Castex a expliqué sur TF1 la montée de l’islam radical par le retour sur un passé qui divise la nation : « Nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore… nous devons être fiers de nos racines, de notre identité »…

Nous devons refuser de réduire le débat sur le passé colonial à une vision binaire du monde. L’extrême droite et une grande partie de la droite sont rejointes par des illuminés qui veulent réduire la lecture de ce passé à une autoflagellation. C’est une totale caricature, qui donne le sentiment d’une nouvelle croisade à engager autour du passé colonial. Face à eux, émerge un discours tout aussi caricatural avec des radicaux identitaires qui refusent désormais que l’histoire coloniale soit écrite par des « Blancs », qui prétendent que la France ne serait que l’héritière de l’idéologie coloniale et que nous serions éternellement « coupables ». Il faut au contraire analyser pleinement le mouvement en marche et, dans ce carcan, le Premier ministre — bien loin du discours d’Emmanuel Macron lors de la campagne de 2017 et de ce qu’il a déclaré ce week-end — est piégé, avec en toile de fond, l’omniprésence du terrorisme. Une majorité de Français veut aujourd’hui sortir de ces guerres de mémoire sans fin. Si la colonisation est dans nos « racines » et « notre identité », les droits de l’homme le sont tout autant, comme les engagements d’un Aimé Césaire, aujourd’hui au Panthéon, d’un Michel Rocard, auteur d’un rapport sur les camps d’internement en février 1959 en Algérie, ou d’un Pierre Mendès France avec son discours de Carthage au moment des décolonisations. Il est indispensable de sortir des pièges du passé pour mieux intégrer à la nation tous les récits, toutes les mémoires, et pour éviter qu’elles ne se transforment en rancœurs. C’est le refus de voir et comprendre qui fabriquent du ressentiment, pas l’inverse.

Comment la radicalité islamiste joue-t-elle de cette histoire ?

Les islamistes truffent leur logorrhée de références à la colonisation. Daech a joué de ce terreau, comme d’autres groupes terroristes, pour « recruter » des jeunes dans des pays francophones en Europe, au Levant et au Maghreb. Une grande partie de sa propagande traite du passé colonial et le porte-parole de l’Etat islamique, Abou Mouhammad al-Adnani, a fait référence lors de l’instauration du califat, en juin 2014, à la fin de la situation coloniale issue de l’accord Sykes-Picot de 1916, par lequel la France et la Grande-Bretagne se sont partagé l’influence au Moyen-Orient. Cet accord est décrit comme la « trahison de l’Occident » dans la région et l’exemple emblématique des héritages coloniaux. La haine de l’Occident et la détestation de la France trouvent leur cohérence idéologique dans un va-et-vient constant avec le passé colonial : l’humiliation d’aujourd’hui trouverait son origine dans l’humiliation coloniale. C’est pourquoi il est nécessaire de déconstruire cette vision et d’enseigner les faits historiques, en s’appuyant notamment sur les travaux des universitaires et des chercheurs, en engageant un travail en profondeur sur l’amnésie coloniale pour contrer les discours de haine.

La troisième génération des immigrations postcoloniales est globalement intégrée, et c’est parce qu’elle est intégrée qu’elle ne veut plus négocier avec le passé colonial et avec la citoyenneté dans le présent

Votre film Décolonisations a été accusé, dans Le Figaro, de fabriquer une « vision culpabilisatrice de notre passé colonial », qui irait jusqu’à favoriser le terrorisme…

La plupart de ces critiques sont purement idéologiques et manichéennes (nous nous en expliquons longuement dans un article publié par Politis), même si le débat doit toujours exister et que la critique est normale dans un espace démocratique. Ce film diffusé sur France 2 a une valeur pédagogique et historique. Nous sommes face à des faits, pas des chimères. Il aborde le FLN, les harkis, la violence des attentats, le traitement des prisonniers français par le Viêt-Minh, les dictatures mises en place avec l’aide de la France en Afrique subsaharienne. Il nous est reproché d’avoir donné la parole à tous, aux anciens colons, aux militaires français, aux militants du Viêt-Minh ou du FLN, dont cette femme qui a posé une bombe dans un café. Mais comment faire de l’histoire si on n’écoute pas tous les récits ? Comment raconter, si on n’entend pas toutes les mémoires ? De l’autre côté du spectre idéologique, quelques radicaux récusent le film parce que les deux réalisateurs seraient des « Blancs ». Certains, des deux côtés du rivage, veulent que l’amnésie se prolonge éternellement. Ces guerres d’hier ne sont plus les nôtres, il est urgent de tourner la page, pour bâtir le présent et préparer l’avenir.

Comment la République peut-elle être plus offensive ?

Certains jeunes issus des immigrations postcoloniales disent : « On n’a pas de place dans l’histoire de France ». Il y a peu de héros de l’ancien empire (ou des actuels outre-mer) et des immigrations dans les manuels scolaires, encore moins dans l’imaginaire collectif, très peu dans nos rues et places. Il y a là un immense travail à faire, comme le suggérait le président de la République le 15 août 2019, en appelant les maires de France à baptiser les rues avec les noms de combattants issus des colonies ayant débarqué en Provence. Plutôt que de déboulonner les statues, il faut expliquer le passé et bâtir de nouvelles références dans l’espace public, d’autant que notre pays n’a toujours pas de musée d’histoire coloniale pour transmettre cette histoire. Il faut parler de ces figures méconnues qui font du récit national un récit commun, de l’aviateur vietnamien Do Huu Vi, du défenseur de Paris Camille Mortenol, du nageur juif d’Algérie Alfred Nakache, du marathonien Ahmed Boughéra El Ouafi ou du premier polytechnicien algérien Chérif Cadi. Ils ont toute leur place dans nos manuels scolaires et sur les plaques des rues. Pour se sentir partie prenante d’une histoire, il faut des images qui vous ressemblent, qui vous parlent, qui vous légitiment. C’est ainsi que l’on peut se dire : c’est mon pays, ma République, mes valeurs.

Faut-il être optimiste ?

Oui, je suis un éternel optimiste. La troisième génération des immigrations postcoloniales est globalement intégrée, et c’est parce qu’elle est intégrée qu’elle ne veut plus négocier avec le passé colonial et avec la citoyenneté dans le présent. La première génération était silencieuse en se disant que l’histoire allait être oubliée ; elle misait sur la réussite des enfants. La deuxième génération, celle de la Marche pour l’égalité en 1983, voulait entrer dans la République. Ce fut un échec. La troisième génération veut progresser dans la société et solder le passé. Ils n’ont plus le choix, ils doivent bâtir leur destin ici, et pour cela lutter contre les discriminations. Il faut les entendre, car c’est la meilleure réponse aux extrêmes des deux camps.

Livre : De Trump à Johnson, la mécanique

« Non à une vision binaire du passé colonial « 

« Non à une vision binaire du passé colonial « 

 

 «La haine de l’Occident et la détestation de la France trouvent leur cohérence idéologique dans un va-et-vient constant avec le passé colonial : l’humiliation d’aujourd’hui trouverait son origine dans l’humiliation coloniale. C’est pourquoi il est nécessaire de déconstruire cette vision» d’après l’historien Pascal Blanchard

 

Pascal Blanchard, historien et documentariste.

Après plusieurs attentats islamistes, des partis politiques et des universitaires sont accusés d’avoir attisé les rancœurs liées au passé colonial. Pourquoi la France se fracture-t-elle encore sur cette question ?

L’histoire coloniale est le dernier grand « tabou » du récit français et fait toujours débat. Deux thèses s’affrontent autour de cette « mémoire traumatique ». Pour les uns, parler de ce passé complexe et douloureux concourt à radicaliser les esprits et à nourrir une haine de la France, donc à armer les « ennemis de la République ». Ils dénoncent une « repentance », trop de « complaisance », un « discours victimaire », et préfèrent ne pas faire de vagues à un moment où la société est fracturée. Leur position est claire : il faut conserver une version angélique de ce passé et en être « fier », ou du moins être peu critique avec cette histoire, voire en parler le moins possible. Pour les autres, au contraire, plus la République sera volontariste sur son histoire, plus elle sera solide et privera les radicaux des deux bords — nostalgiques et indigénistes — d’armes dirigées contre elle. Qui a raison ? A mes yeux, la République doit être exemplaire et regarder ce passé en face, sinon elle continuera à donner le sentiment qu’elle n’a pas tourné la page coloniale et qu’elle méprise une partie de ceux qui, devenus Français, sont issus des migrations postcoloniales. C’est d’ailleurs ce que vient de rappeler le président de la République dans son interview sur Al-Jazeera le week-end dernier, en affirmant qu’il fallait regarder « en face » la colonisation et « aller au bout de ce travail de réconciliation par l’histoire, la vérité.»

Pourtant, le Premier ministre Jean Castex a expliqué sur TF1 la montée de l’islam radical par le retour sur un passé qui divise la nation : « Nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore… nous devons être fiers de nos racines, de notre identité »…

Nous devons refuser de réduire le débat sur le passé colonial à une vision binaire du monde. L’extrême droite et une grande partie de la droite sont rejointes par des illuminés qui veulent réduire la lecture de ce passé à une autoflagellation. C’est une totale caricature, qui donne le sentiment d’une nouvelle croisade à engager autour du passé colonial. Face à eux, émerge un discours tout aussi caricatural avec des radicaux identitaires qui refusent désormais que l’histoire coloniale soit écrite par des « Blancs », qui prétendent que la France ne serait que l’héritière de l’idéologie coloniale et que nous serions éternellement « coupables ». Il faut au contraire analyser pleinement le mouvement en marche et, dans ce carcan, le Premier ministre — bien loin du discours d’Emmanuel Macron lors de la campagne de 2017 et de ce qu’il a déclaré ce week-end — est piégé, avec en toile de fond, l’omniprésence du terrorisme. Une majorité de Français veut aujourd’hui sortir de ces guerres de mémoire sans fin. Si la colonisation est dans nos « racines » et « notre identité », les droits de l’homme le sont tout autant, comme les engagements d’un Aimé Césaire, aujourd’hui au Panthéon, d’un Michel Rocard, auteur d’un rapport sur les camps d’internement en février 1959 en Algérie, ou d’un Pierre Mendès France avec son discours de Carthage au moment des décolonisations. Il est indispensable de sortir des pièges du passé pour mieux intégrer à la nation tous les récits, toutes les mémoires, et pour éviter qu’elles ne se transforment en rancœurs. C’est le refus de voir et comprendre qui fabriquent du ressentiment, pas l’inverse.

Comment la radicalité islamiste joue-t-elle de cette histoire ?

Les islamistes truffent leur logorrhée de références à la colonisation. Daech a joué de ce terreau, comme d’autres groupes terroristes, pour « recruter » des jeunes dans des pays francophones en Europe, au Levant et au Maghreb. Une grande partie de sa propagande traite du passé colonial et le porte-parole de l’Etat islamique, Abou Mouhammad al-Adnani, a fait référence lors de l’instauration du califat, en juin 2014, à la fin de la situation coloniale issue de l’accord Sykes-Picot de 1916, par lequel la France et la Grande-Bretagne se sont partagé l’influence au Moyen-Orient. Cet accord est décrit comme la « trahison de l’Occident » dans la région et l’exemple emblématique des héritages coloniaux. La haine de l’Occident et la détestation de la France trouvent leur cohérence idéologique dans un va-et-vient constant avec le passé colonial : l’humiliation d’aujourd’hui trouverait son origine dans l’humiliation coloniale. C’est pourquoi il est nécessaire de déconstruire cette vision et d’enseigner les faits historiques, en s’appuyant notamment sur les travaux des universitaires et des chercheurs, en engageant un travail en profondeur sur l’amnésie coloniale pour contrer les discours de haine.

La troisième génération des immigrations postcoloniales est globalement intégrée, et c’est parce qu’elle est intégrée qu’elle ne veut plus négocier avec le passé colonial et avec la citoyenneté dans le présent

Votre film Décolonisations a été accusé, dans Le Figaro, de fabriquer une « vision culpabilisatrice de notre passé colonial », qui irait jusqu’à favoriser le terrorisme…

La plupart de ces critiques sont purement idéologiques et manichéennes (nous nous en expliquons longuement dans un article publié par Politis), même si le débat doit toujours exister et que la critique est normale dans un espace démocratique. Ce film diffusé sur France 2 a une valeur pédagogique et historique. Nous sommes face à des faits, pas des chimères. Il aborde le FLN, les harkis, la violence des attentats, le traitement des prisonniers français par le Viêt-Minh, les dictatures mises en place avec l’aide de la France en Afrique subsaharienne. Il nous est reproché d’avoir donné la parole à tous, aux anciens colons, aux militaires français, aux militants du Viêt-Minh ou du FLN, dont cette femme qui a posé une bombe dans un café. Mais comment faire de l’histoire si on n’écoute pas tous les récits ? Comment raconter, si on n’entend pas toutes les mémoires ? De l’autre côté du spectre idéologique, quelques radicaux récusent le film parce que les deux réalisateurs seraient des « Blancs ». Certains, des deux côtés du rivage, veulent que l’amnésie se prolonge éternellement. Ces guerres d’hier ne sont plus les nôtres, il est urgent de tourner la page, pour bâtir le présent et préparer l’avenir.

Comment la République peut-elle être plus offensive ?

Certains jeunes issus des immigrations postcoloniales disent : « On n’a pas de place dans l’histoire de France ». Il y a peu de héros de l’ancien empire (ou des actuels outre-mer) et des immigrations dans les manuels scolaires, encore moins dans l’imaginaire collectif, très peu dans nos rues et places. Il y a là un immense travail à faire, comme le suggérait le président de la République le 15 août 2019, en appelant les maires de France à baptiser les rues avec les noms de combattants issus des colonies ayant débarqué en Provence. Plutôt que de déboulonner les statues, il faut expliquer le passé et bâtir de nouvelles références dans l’espace public, d’autant que notre pays n’a toujours pas de musée d’histoire coloniale pour transmettre cette histoire. Il faut parler de ces figures méconnues qui font du récit national un récit commun, de l’aviateur vietnamien Do Huu Vi, du défenseur de Paris Camille Mortenol, du nageur juif d’Algérie Alfred Nakache, du marathonien Ahmed Boughéra El Ouafi ou du premier polytechnicien algérien Chérif Cadi. Ils ont toute leur place dans nos manuels scolaires et sur les plaques des rues. Pour se sentir partie prenante d’une histoire, il faut des images qui vous ressemblent, qui vous parlent, qui vous légitiment. C’est ainsi que l’on peut se dire : c’est mon pays, ma République, mes valeurs.

Faut-il être optimiste ?

Oui, je suis un éternel optimiste. La troisième génération des immigrations postcoloniales est globalement intégrée, et c’est parce qu’elle est intégrée qu’elle ne veut plus négocier avec le passé colonial et avec la citoyenneté dans le présent. La première génération était silencieuse en se disant que l’histoire allait être oubliée ; elle misait sur la réussite des enfants. La deuxième génération, celle de la Marche pour l’égalité en 1983, voulait entrer dans la République. Ce fut un échec. La troisième génération veut progresser dans la société et solder le passé. Ils n’ont plus le choix, ils doivent bâtir leur destin ici, et pour cela lutter contre les discriminations. Il faut les entendre, car c’est la meilleure réponse aux extrêmes des deux camps.

Société: L’urgence d’une réflexion prospective et d’une vision (G. Bessay, expert en prospective)

Société: L’urgence d’une réflexion prospective et d’une vision   (G. Bessay, expert en prospective)

Rien de fondamental ne pourra être résolu sans adhésion  à la complexité de la crise qui est à la fois une crise, économique, sociétale, environnementale, culturelle et maintenant sanitaire.   Par exemple , cette crise sanitaire est liée à certains phénomènes de mondialisation tout autant qu’à des rapports déséquilibrés avec l’environnement et notamment la biodiversité. Cette crise est systémique car  les transformations internes interagissent les unes sur les autres. Un des problèmes réside dans le fait qu’il n’existe pas de formation scientifique de type généraliste pour tenter de comprendre et d’expliquer les évolutions du système global dans lequel nous évoluons. D’une certaine façon au contraire,  nous assistons à un éclatement des connaissances qui certes s’approfondissent de façon spectaculaire mais de manière de plus en plus éclatée ; même si certaines découvertes d’un champ peuvent indiscutablement profiter à un autre. Ce qui est en cause, c’est  la nature des changements et aussi leur rythme. Jamais sans doute dans l’histoire humaine les transformations n’ont été aussi importantes et aussi rapides. Les changements ont été plus importants en quelques dizaines d’années que pendant des siècles et des millénaires, ils ont été encore plus rapides au cours de la dernière dizaine d’années. Les changements les plus médiatisées et les mieux connus du grand public concernent les domaines économiques et technologiques  avec leurs conséquences sociales. Les processus de production sont aujourd’hui complètement éclatés dans plusieurs pays qui se spécialisent sur un des éléments de la chaîne. Les grandes marques  se contentent  surtout du montage final voire  seulement du pilotage numérique de l’ensemble du système de production. C’est  valable d’abord évidemment pour l’industrie, mais cela affecte progressivement l’agriculture et surtout les services. Tout cela entraînant d’énormes gaspillages de transport et de logistique qui participent  au dérèglement climatique et aux bouleversements de la biodiversité. (Exemple la déforestation de pays en voie de développement pour nourrir le bétail des pays développés). Finalement,  le concept de nationalité d’un produit n’a plus beaucoup de sens. Le made in France par exemple est une fiction puisqu’il peut se limiter à l’apposition d’une étiquette ou d’un couverte pour que le produit importé devienne français. Il en est de même par exemple pour l’industrie automobile française  dans la plus grande partie vient de l’étranger. Autre exemple, celui de l’industrie pharmaceutique française, l’une des plus puissantes au monde mais dont plus de 50 % des molécules sont fabriqués en Asie notamment en Chine. Cet éclatement est surtout le fruit de distorsions de concurrence relatives aux coûts sociaux, à la fiscalité et aux normes environnementales et sanitaires. La recomposition du produit final et sa distribution génèrent évidemment des gaspillages incalculables qui affectent l’environnement. Un simple yaourt peut nécessiter par exemple 1000 km de transport. On ne peut nier cependant certains aspects indiscutables du progrès matériel qui a permis à de plus en plus de populations de mieux se nourrir, se vêtir, s’instruire ,  se loger et vivre plus dignement. Par contre si le niveau moyen de satisfaction matérielle a augmenté, on ne peut contester l’augmentation des inégalités. Avec d’un côté des géants industriels, financiers ou des géants du numérique qui non seulement brassent  des milliards de profits   mais surtout imposent  une domination économique et culturelle. Dans l’agriculture,  l’industrialisation a permis de multiplier par 5 ou par 10 les rendements grâce à la mécanisation mais aussi à l’utilisation de cocktails chimiques dont  on ne pourra mesurer les effets sur la santé que dans des dizaines d’années par exemple concernant le développement des affections neurovégétatives ou des cancers. Cette  agriculture chimique a tué 80% des insectes et autant d’espèces animales en quelques dizaines d’années bouleversant aussi la biodiversité. Or les coronavirus par exemple naissent  à 80% parmi les animaux dont les atteintes à environnement empêchent l’auto-immunisation d’antan. Concernant les inégalités,  il faut citer l’accès au logement de plus en plus difficile dans les grandes métropoles qui rejettent dans les banlieues lointaines ou les zones rurales les catégories les moins favorisées. Ce phénomène de super concentration urbaine n’est pas étranger aux crises sanitaires et environnementales en raison de l’excessive densité des populations. En France par exemple,  les couches moyennes sont progressivement chassées de Paris où il faut en moyenne 1 million d’euros pour un appartement à peu près décent. C’est un peu le même phénomène dans le monde entier ou dans des métropoles françaises de province. Les inégalités se développent aussi en matière de formation même si globalement les effectifs scolarisés augmentent et vont de plus en plus loin dans les études. Des études très approfondies pour certains ( notamment les écoles d’ingénieurs et certaines disciplines universitaires)  mais des études qui débouchent sur des diplômes fictifs pour d’autres condamnés à des emplois de faible qualification ou au chômage, un phénomène particulièrement français qui culturellement pointe l’apprentissage comme une sorte de tare sociale. D’un point de vue social, il n’est pas admissible que des pays développés comptent autant d’inégalités voire de pauvreté sans parler des gens dans la rue. Le domaine culturel est aussi affecté  avec d’un côté des productions de grande qualité mais de l’autre des productions de masse de type industriel faites  pour abêtir, endoctriner ou endormir. Pour s’en persuader, il suffit  d’analyser le contenu des 200 ou 300 chaînes de télévision disponibles en France. La complexité qui mériterait d’être bien davantage appropriée   crée une sorte de refuge vers  l’individualisme. Faute de réassurance identitaire, nombre de personnes se réfugient  dans le mirage d’un passé illusoire avec le fol espoir qu’il  prendra la place du  futur. Ce qui explique aussi les nouvelles résistances face aux flux migratoires considérés comme des facteurs anxiogènes économiques mais aussi culturels. Cela d’autant plus que les capacités d’intégration se sont considérablement affaiblies pour ne pas dire parfois écroulées dans certaines zones   D’où le développement de formes  de populisme  voire de néopoujadisme  et de nationalisme. Une sorte de reflexe  face à la peur des changements. Ce repli réactionnaire et individualiste remet en cause le ciment et le dynamisme qui fonde une nation ; une  nation dont l’unité est mise en cause également  par le refuge dans des groupes identitaires religieux autant que civils. Un refuge qui peut se même se réduire à la cellule familiale voire encore moins. En bref,  la dimension collective fout le camp sauf dans quelques cercles très restreints. Ceci étant, tout cela se nourrit aussi de l’injustice,  des dysfonctionnements de l’anarchie des marchés et des flux  qui souffrent d’un manque évident de régulation et d’équité ;   Non seulement à  l’échelle européenne mais mondiale. Les facteurs explicatifs de cette crise sont nombreux et complexes, on ne saurait les résumer dans un court papier. Mais la première démarche pour mieux comprendre consisterait d’abord à admettre cette complexité. Cela pour éviter le piège du simplisme qui ne peut conduite qu’à la caricature. Les responsables chacun à leur échelle, tentent  bien de résoudre certains des effets de la crise mais ce sont le plus souvent des actes trop partiels et de court terme là ou il faudrait des orientations plus globales qui s’inscrivent dans le temps. De ce point de vue,  la démocratie en est sans doute encore au stade néandertalien concernant le mode d’élection et les conditions d’exercice du mandat. D’où l’insatisfaction générale et souvent partout dans le monde trop de contradictions entre les intentions affichées et les réalités pouvoir : De quoi nourrir un peu plus le populisme et l’incompréhension de la crise. L’exercice de réflexion prospective constitue un préalable à la définition d’un projet qui ne peut être devenir mobilisateur sans débat sérieux et réel avec les acteurs et les  citoyens.

 

Démocratie et la citoyenneté. : Une vision très réductrice

Démocratie et la citoyenneté. : Une vision très réductrice

 

Pour Macron, c’est clair, la démocratie se limite au dépôt d’un bulletin de vote dans l’urne lors des échéances électorales. Bref la confirmation de la démocratie néandertalienne. La démocratie c’est en effet bien autre chose, c’est la mise en place de moyens qui permettent en permanence d’évaluer l’action publique et d’associer les structures d’évaluation et de proposition à la gestion des affaires publiques. Une association dans les entreprises, une association dans les structures politiques  et une association auprès des administrations. Bref une sorte de cogestion un peu à l’allemande ou  dans les pays du Nord. Faut-il rappeler que notre pays est classé à la 28e ou 29e position en matière d’État démocratique. Il ne s’agit pas de gérer le pays par des référendums permanents et sur toutes les questions. Par nature le référendum doit être réservé à des questions essentielles notamment constitutionnelles. Par contre on doit pouvoir créer des structures d’évaluation et de proposition à chaque niveau d’entreprise, d’échelons politiques et d’administration. Pas des structures ayant pouvoir de décision mais des structures capables d’évaluer et de proposer sur des bases pertinentes. Le texte officiel de Macon sur cette question :

 

« Être citoyen, c’est contribuer à décider de l’avenir du pays par l’élection de représentants à l’échelon local, national ou européen. Ce système de représentation est le socle de notre République, mais il doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections.

Faut-il reconnaître le vote blanc? Faut-il rendre le vote obligatoire?

Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques?

Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d’élus?

Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Economique, Social et Environnemental doivent-ils jouer pour représenter nos territoires et la société civile? Faut-il les transformer et comment?

En outre, une grande démocratie comme la France doit être en mesure d’écouter plus souvent la voix de ses citoyens.

Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative?

Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique?

Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l’initiative?

La citoyenneté, c’est aussi le fait de vivre ensemble.

Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol: c’est le devoir de l’asile, qui ne saurait être remis en cause. Notre communauté nationale s’est aussi toujours ouverte à ceux qui, nés ailleurs, ont fait le choix de la France, à la recherche d’un avenir meilleur: c’est comme cela qu’elle s’est aussi construite. Or, cette tradition est aujourd’hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l’immigration et aux défaillances de notre système d’intégration.

Que proposez-vous pour améliorer l’intégration dans notre Nation? En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer?

La question de la laïcité est toujours en France sujet d’importants débats. La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. Elle est synonyme de liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix.

Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’Etat et les religions de notre pays? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République? »

 

Flux migratoires : une vision surtout à court terme

Flux migratoires : une vision surtout à court terme

Lors  du mini-sommet Europe Afrique il a surtout été question de lutter contre les trafics de migrants. Un aspect qui évidemment ne peut être négligé mais qui traduit essentiellement une vision de court terme. En gros,  on veut retenir les migrants en Afrique afin de régulariser ceux qui justifient  d’un statut de réfugié. Pour les autres, c’est-à-dire les migrants économiques, rien n’a été décidé. Et pour cause,  car la problématique est complexe et passe notamment par le développement de l’Afrique. Ce qu’ont tenu à rappeler les représentants des gouvernements africains. Des représentants africains qui ont aussi leurs responsabilités du fait de la corruption et d’un manque de rigueur dans la gestion d’aides au développement déjà insuffisantes. On a surtout parlé de répression et de frein plus migratoire. Le président tchadien a cependant rappelé que “Le problème fondamental restera toujours le développement”. “Il ne faut pas faire que de la répression”, a renchéri de son côté le président nigérien Mahamadou Issoufou.

Mélenchon : « une vision totalitaire » (CFDT)

Mélenchon : « une vision totalitaire » (CFDT)

 

On le sait le courant ne passe pas bien entre Mélenchon et la CFDT. Il faut dire que Mélenchon est son équipe ont souvent condamné la politique moderniste de la CFDT préférant soutenir les syndicats gauchistes, la CGT et autre syndicats corporatistes. Très centraliste, Mélenchon n’a guère apprécié que le débat sur les conditions de travail puisse désormais être décentralisé au niveau des entreprises. La référence encore réitérée à la mouvance bolivarienne et en particulier au président Chavez du Venezuela a fait bondir Laurent Berger cela d’autant plus que le Venezuela est en pleine décomposition économique et sociale. La CFDT  a exprimé sa colère lors d’une interview donnée sur France Inter, mettant au passage en garde contre les idées que portent le candidat de La France insoumise avec qui il a indiqué ne partager « quasiment aucune » position. « J’ai été choqué qu’il y ait une forme de révérence qui soit faite à ce qui se passe au Venezuela », a déclaré le syndicaliste, dont la centrale soutient un « syndicat libre vénézuélien ». Ajoutant : « Aujourd’hui, on a un pouvoir qui, depuis Chavez, a saigné le pays » et « une population extrêmement pauvre qui vit sous un régime totalitaire ». « Il y a aussi un risque en termes d’une vision assez totalitaire », a-t-il ajouté, citant comme exemple des propos du directeur de campagne du candidat, Manuel Bompard. Ce dernier avait assuré mercredi sur LCP que l’ancien président « Hugo Chavez [avait] largement fait baisser la grande pauvreté dans son pays ». Se défendant de toute  »comparaison hâtive », il a pointé le  »risque d’une vision assez brutale des rapports humains, des rapports sociaux et des rapports politiques que porte parfois Jean-Luc Mélenchon». Laurent Berger a aussi déploré « les comportements et les attaques » contre son syndicat « de la part de gens qui sont autour de Jean-Luc Mélenchon »« Parfois, a-t-il ajouté, il y a des discours qui donnent à penser qu’il y aurait des ennemis, ceux qui ne penseraient pas comme lui. C’est dangereux. »Interpellé par un auditeur, délégué syndical CFDT et électeur de Jean-Luc Mélenchon, il a répondu que, malgré ses critiques, son syndicat n’appellerait pas à battre le candidat de La France insoumise. « La seule consigne de vote, quelles que soient les configurations du second tour, c’est qu’il faut battre le Front national », a répété Laurent Berger.

(Avec AFP)

 

2017 : pour le Medef les partis politiques n’ont aucune vision

2017 : pour le Medef les partis politiques n’ont aucune vision

 

Pour une fois le Medef prend de la hauteur et tente de définir ce que pourraient être les grands aux enjeux pour le pays à l’occasion des élections présidentielles. Le Medef reconnaît par ailleurs ses propres contradictions internes et souligne aussi les difficultés à réformer le pays. L’organisation patronale règle en même temps ses comptes avec tous les partis politiques considérant qu’ils n’ont aucune vision. Une critique qui n’est pas totalement fausse dans la mesure où les candidats pour 2017 sont soit des fonctionnaires (Juppé, Hollande) soit des avocats (Sarkozy, Le Pen).  Le Medef, première organisation patronale française, a donc décidé de s’engager dans le débat présidentiel de 2017 en présentant son propre diagnostic et ses propositions pour la France de 2020. Cette contribution ne prendra pas la forme d’une liste de revendications mais d’un projet susceptible de redonner espoir à des Français réputés être l’un des peuples les plus pessimistes du monde, assurent les dirigeants du Medef. « Nous voulons contribuer à la campagne présidentielle », a expliqué mardi à la presse son président Pierre Gattaz. « La France va mal, les gens se castagnent, défilent (…) et n’ont plus d’espoir. Il faut redonner cet espoir. » « On voit bien que nos partis politiques, aujourd’hui, n’ont aucune vision pour notre pays », a-t-il poursuivi. « Celui qui aura cette vision à 10-20-30 ans (…) aura un atout incroyable sur des gens qui se présenteraient en disant juste ‘on va régler le problème des 35 heures ou de l’ISF’. »Dans un document de près de 200 pages qui sera diffusé à partir de mercredi, le Medef s’efforce de présenter cette vision « enthousiasmante » d’une France conquérante. Ce livre décortique sept défis à relever par la France, présente une méthode au coeur de laquelle il place l’entreprise et esquisse des orientations et des pistes. Pour le Medef, ces défis sont notamment la réponse de la France à la mondialisation et une redéfinition du projet européen – « Il faut qu’on fasse rêver avec l’Europe », souligne Pierre Gattaz à l’heure où le Royaume-Uni menace de la quitter. Il met aussi en avant l’innovation et les filières d’avenir, la révolution numérique et son impact sur le travail, le climat et la transition énergétique, l’épanouissement dans l’entreprise et le développement de l’entrepreneuriat. Parmi les pistes évoquées par le Medef, le document évoque sans surprise la nécessité d’instaurer une fiscalité plus simple et « moins pénalisante pour le travail comme pour le capital ». Il propose de créer un « nouveau modèle économique et social » fondé sur le dialogue social et la liberté d’entreprendre. Il estime que la priorité à l’accord d’entreprise instaurée par la loi El Khomri sur le travail ne pourra donner son plein effet qu’accompagnée d’une « rénovation du contrat de travail », avec des conditions de rupture plus souples. Autre thème connu : le Medef juge urgent d’alléger la part des entreprises dans le financement de la protection sociale, tout en admettant qu’elle peut être un facteur d’attractivité en retenant les talents et en facilitant la prise de risque. Dans un deuxième temps, l’organisation patronale publiera cet automne des propositions de réformes. Pierre Gattaz s’est dit très inquiet en raison de la difficulté à faire accepter des réformes, comme l’illustre la contestation du projet de loi réformant le marché du travail. « Est-ce qu’à chaque réforme ça va être le cirque comme pour la loi El Khomri ? » s’est-il interrogé. Il a reconnu que le climat social et l’image du Medef dans l’opinion publique et auprès des autres partenaires sociaux, notamment après l’échec des négociations sur l’assurance chômage () ne lui facilitaient pas la tâche. « Nous sommes prêts à nous remettre en question aussi », a dit Pierre Gattaz. « On essaye d’entraîner le plus de gens possible (…) en essayant d’enlever notre chapeau de patrons horribles (…) On a sans doute une énorme responsabilité. » « On n’a pas réussi à embarquer nos partenaires sociaux et les autres fédérations patronales », a-t-il ajouté. « Il faut regarder un peu devant et sortir des tranchées (…) Ce n’est pas simple, même au sein parfois de nos représentants. »

« C’est aux entreprises d’avoir une vision stratégique »( Thierry Breton)

« C’est aux entreprises d’avoir une vision stratégique »( Thierry Breton)

 

Dans une interview au JDD l’ancien ministre des finances, Thierry Breton conteste le concept d’État stratège et considère que c’est aux entreprises qu’il appartient de définir une vision stratégique. Un point de vue qui mérite intérêt mais cependant très contestable quand on connaît la situation particulièrement dramatique sur le plan financier par exemple  d’EDF ou de la SNCF. L’État s’est en la circonstance simplement aligné sur la stratégie des entreprises. En outre certains projets stratégiques très techniques ou très coûteux imposent une vision à long terme alors que la mode est actuellement dans  nombre d’entreprises aux stratégies à court terme pour rémunérer les actionnaires.

 

Thierry Breton

 

EDF et la SNCF fonctionnent dans un environnement concurrentiel régulé depuis Bruxelles. Areva a lourdement failli du mauvais management de ses dirigeants. Mais c’est aux entreprises d’avoir une vision et au conseil d’administration, dont l’État s’il y siège, d’en valider la pertinence et non l’inverse. L’État stratège, je ne sais pas ce que c’est, sinon un émetteur de règles à faire respecter par les autorités de régulation et qui a la nécessité d’œuvrer à l’intérêt général.

 

Le gouvernement soutient la participation d’EDF au projet de Hinkley Point. Est-ce raisonnable?
Je n’ai pas à juger de la pertinence d’une telle décision. Cet investissement de 15 milliards sur dix ans représente une diversification stratégique en Europe. Le groupe a fait approuver un plan décennal d’investissement de 110 milliards. Consacrer 15% de l’enveloppe aux EPR britanniques me semble à portée de main.

 

L’État n’envoie-t-il pas des signaux contradictoires quand il réclame des dividendes et refuse des hausses de tarifs?
Les injonctions contradictoires sont le lot quotidien des chefs d’entreprise, a fortiori à la tête des groupes publics. C’est extrêmement complexe pour un dirigeant car l’État, qui est votre actionnaire, agit aussi en prescripteur de missions de service public et en régulateur. Il est plusieurs parties prenantes à lui seul. Mais en acceptant ses fonctions, le chef d’une entreprise publique connaît parfaitement la règle du jeu.

L’État n’est-il pas acculé aujourd’hui à ne jouer que les pompiers, comme chez Vallourec et Areva?
Non. L’État doit faire tourner ses participations au mieux de ses intérêts patrimoniaux. Je déplore qu’il n’ait pas su le faire entre 2007 et 2012, période durant laquelle il n’a rien vendu. Aujourd’hui, nous pouvons profiter d’une abondance de liquidités à taux zéro, voire négatifs. Cela crée une opportunité exceptionnelle pour les investissements de long terme. Pour financer des projets de modernisation de pans entiers de notre économie en matière de transport, de transition énergétique, de réseau haut débit en créant des fonds d’infrastructure. C’est l’idée que je défends à travers la création d’un fonds européen de sécurité et de défense.

La loi Travail : pour une vision plus large ( Pierre Yves Gomez)

La loi Travail : pour une vision plus large (  Pierre Yves Gomez) 

 

Pierre-Yves Gomez, économiste et professeur à l’EM Lyon, propose d’ouvrir la réflexion pour sortir du clivage syndicats-patrons. (Interview Le Figaro)

 

Le Figaro.- Le projet de loi Travail est perçu comme trop libéral par une large partie de la gauche et les syndicats. Qu’en pensez-vous?

Pierre-Yves Gomez.- Prenons la peine de comprendre de quoi on parle car l’idéologie empêche de penser, surtout sur la question du travail. On doit éviter les clivages et finalement les postures de café du commerce pour lesquelles soit les syndicats, soit les patrons, soit le gouvernement sont désignés comme coupables. Car l’enjeu de la loi Travail est de taille: c’est la transformation de l’économie et de la société. Au fond, la grande question, c’est: quelle société voulons-nous? Et quelle est la place du travail dans une telle société? L’urgence est de poser les conditions d’un véritable dialogue et de comprendre ce qui se passe. En clivant les réponses, on encourage les monologues, pas le dialogue.

 

Approuvez-vous ce projet de loi?

Ce projet du gouvernement souhaite libéraliser le marché du travail. A l’évidence, le code du travail est devenu trop lourd pour une économie en transformation. Il protège ceux qui ont un emploi mais rend aussi plus difficile l’obtention d’un travail à ceux qui n’en ont pas. Le projet de loi cherche à assouplir certaines règles en pariant sur le fait que cela encouragera les entreprises à embaucher. Mais le problème, selon moi, est que cette loi ne dit pas clairement ce qu’elle veut. Si on veut participer à la construction d’une société plus libérale, il faut un ensemble de lois qui transforment toute la société et pas seulement quelques passages du code du travail.

 

«Pour réformer le marché du travail, une autre voie est possible, et elle est révolutionnaire, sans puiser dans les marmites du libéralisme

Une autre voie est possible, elle  consiste à refonder notre société sur l’importance du travail. Cela passe par la reconnaissance économique, sociale et je dirais culturelle de celui-ci sous toutes ses formes: manuel, intellectuel, domestique, entrepreneurial, salarié, etc. Cette vision permettrait de reconnaître le citoyen comme un travailleur et lui rendre sa dignité comme acteur de la société. Ainsi, la protection sociale indispensable dans une société civilisée ne passerait plus nécessairement par un code pointilleux, mais par des outils pour permettre la liberté d’organiser son travail en atténuant les effets induits sur la précarité. C’est une vision large de ce type, vision que j’appelle «travailliste», qui manque au projet de Madame El Khomri.

 

Que penser du succès de la pétition lancée par Caroline de Haas?

Il y a eu, dans les années récentes, des pétitions signées par bien plus de personnes et qui sont restées lettres mortes pour le gouvernement… Pourquoi celle-ci ferait exception? Je pense qu’une pétition contre une loi n’a de sens que si elle présente une contre-proposition crédible. Sinon, on peut pétitionner contre tout sans grande conséquence ni responsabilité.

Crise en France : un manque de vision (Jacques Attali)

Crise en France : un manque de vision (Jacques Attali)

 

Jacques Attali n’a sans doute pas tort  de déplorer l’immobilisme qui se nourrit du manque de vision concernant l’avenir. Jacques Attali est souvent pertinent dans ses analyses et dans certaines de ces propositions. Ceci étant comme tous ceux qui font métier de prospective il s’est aussi souvent trompé. Il a cependant le mérite d’ouvrir le champ des possibles st d’inviter à la réflexion. On peut cependant regretter ce ton professoral et cette manie d’avoir une réponse à tout là où parfois il faudrait autoriser l’interrogation. En conclusion intéressant certes mais un peu agaçant).

Interview de Jacques Attali dans le JDD

Un manque de vision ?
Sans vision du monde, on ne réforme rien… Le grand blocage dans lequel nous sommes est dû à cela : les partis dits de gouvernement n’ont absolument aucune idée de ce que doit être la France dans 20 ans. Faute de vision, c’est toujours la paralysie, parce que nul n’accepte de remettre en cause ses acquis de peur de ne rien gagner en échange. Aujourd’hui tout le monde est pour l’environnement et pour la sécurité. Entre ces deux projets sectoriels, celui des écologistes et du Front National, il y a un vide. Un grand vide… Les deux partis de gouvernement ne réfléchissent plus à l’avenir. Au lieu d’avoir une réflexion à long terme et une stratégie, ils ne sont plus capables que de tactique.

Quels sont les principaux facteurs de paralysie?
Un pays est bloqué quand il pense que c’était mieux hier. Alors chacun se crispe sur ses avantages acquis, sa rente, ses privilèges. Si les politiques disaient voilà ce que sera la France de 2025, voilà ce que chacun y gagnera, alors les Français accepteraient de perdre un peu aujourd’hui de leurs avantages. Or nous sommes un pays aveugle face à l’avenir, avec un Front national qui n’a d’autre projet que celui d’une France imaginaire des années 50… Le pessimisme français qui en découle est à la mesure de la conscience que nous avons de nos privilèges actuels : on se crispe et on met les chariots en cercle…

Un gouvernement sans vision (DSK)

Un gouvernement sans vision (DSK)

DSK revient dans le débat sans se faire d’illusions sur un éventuel retour politique. Il en profite pour faire une évaluation sans complaisance du gouvernement considérant que: « Ce gouvernement navigue à vue. (…) Il n’y a pas de vision ».  On ne peut lui donner tort tant  dans sur la gestion des questions économiques que sur les problèmes sociétaux. Le dernier exemple significatif étend sans doute la position très évolutive et approximative de hollande concernant la riposte apportée à l’État islamique. Dominique Strauss-Kahn se dit notamment inquiet pour la compétitivité de la France. Le couple franco-allemand ? Il le juge trop « faible ». Emmanuel Macron ? Il est « sympathique », mais « maladroit ». Les 35 heures ? Un « faux problème » pour l’ancien ministre de Lionel Jospin. L’écologie selon Ségolène Royal ? Pas convaincu non plus, trop « approximative ». , DSK reste très attaché au nucléaire.  Quant au PS, c’est fini, c’est un « astre mort ». Mais il reconnaît que faire de la politique aujourd’hui, c’est difficile. Ce qui frappe DSK, c’est le spectacle, la surmédiatisation. L’ancien président du FMI, récemment relaxé dans le procès du Carlton, prépare-t-il son retour ? Oui, mais pas en politique : « Je ne reviendrai jamais, a-t-il confié. Sauf s’il y avait un million de manifestants en bas de chez moi. » Il sait que son image est durablement abîmée : « J’ai pris trop de coups », explique DSK, conscient qu’il lui reste une vraie carte à jouer : son expertise économique. C’est ce retour-là qu’il prépare. Devenir une éminence grise. C’est déjà le rôle qu’il se donne en conseillant les gouvernements serbe et cubain.

Retraites : la vision très optimiste du COR

Retraites : la vision très optimiste du COR

Le conseil d’orientation de retraites (inféodé au gouvernement) donne une vision optimiste du système des retraites : « ça ira mieux en 2025 » ; Un détail toutefois le chômage devra être inférieur à 5%. Avec de telles hypothèses, tout est permis puisque le rapport actifs-retraités change. Bref le contraire de ce qu’avait affirmé la cour des comptes (sur les complémentaires mais c’est la même ^problématique avec le régime général.). Mais le Conseil d’orientation des retraites estime que la situation s’améliore. Le rapport avance d’abord une hypothèse optimiste : notre système de retraite pourrait sortir du rouge d’ici 2025. La dernière réforme votée en 2013, qui prévoit notamment un allongement de la durée de cotisation à 43 ans, pourrait suffire à rééquilibrer les comptes à condition que l’économie redémarre. Il faudrait pour cela que le chômage tombe à 4.5%, ce qui est très optimiste, voire peu réaliste. Le conseil d’orientation des retraites a donc étudié d’autres hypothèses. Si le chômage reste au-dessus de 10%, comme aujourd’hui, alors le système de retraites ne reviendrait pas dans le vert avant 2035 au mieux. Et le conseil d’orientation des retraites s’inquiète surtout pour les régimes de retraites complémentaires, l’Argic et l’Arrco. Ces régimes versent une part importante des pensions de retraites des salariés du privé et il leur manquerait six milliards d’euros d’ici 2018. Un constat partagé par la Cour des comptes puisque dans un rapport à paraître jeudi, elle estime qu’il faudrait notamment repousser de deux ans l’âge de la retraite, et donc travailler jusqu’à 64 ans et non plus 62 pour redresser les comptes des régimes complémentaires.

 




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