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Intelligence artificielle : critiques et limites du rapport Villani

Intelligence artificielle : critiques et limites du rapport Villani

 

Olivier Ezratty, consultant et auteur, notamment de l’ebook « Les usages de l’intelligence artificielle »
évoque dans la Tribune les limites du rapport Villani notamment concernant l’aspect industriel et le vison trop franco-français. 

« L’introduction est admirablement bien écrite. Elle témoigne d’une passion non feinte de son auteur pour le sujet. Baptisé Donner un sens à l’intelligence artificielle – pour une stratégie nationale et européenne, le Rapport Villani recense 135 propositions. Il abonde de marronniers traditionnels sur l’organisation de la recherche, sur la valorisation industrielle de ses travaux et sur le rôle de la puissance publique comme acheteuse de technologies. Pourtant, cette dimension industrielle faisait partie des objectifs de la Mission Villani. Le point intermédiaire de décembre 2017 y faisait même abondamment référence. La première piste de réflexion était même de « mener une politique industrielle et économique innovante et ambitieuse ». Mais y confond toujours recherche et innovation. La principale ligne de force de ce rapport est de mettre en avant une vision d’une IA éthique et responsable, soucieuse des utilisateurs. C’est de bon aloi et le plan est très bien documenté de ce point de vue là. Mounir Mahjoubi défend cette approche en mettant en avant la dimension sociale de l’IA : elle doit être mise au service du bien de la société et ne pas être qu’un enjeu économique.

Cette volonté affichée de faire de la France un leader mondial d’une vision éthique de l’IA, de son impact sociétal et aussi de sa régulation se retrouve dans la marque du site présentant le Rapport Villani : AIFor Humanity ! On la retrouve dans les liens entre l’IA et la responsabilité environnementale ou encore dans le besoin d’améliorer la diversité des profils dans les métiers du numérique et de l’IA en particulier, et notamment celui d’attirer plus de jeunes filles dans ces filières.

Il serait évidemment préférable d’avoir à la fois une IA éthique et un leadership économique mondial dans l’IA. Nous risquons au bout du compte de n’avoir ni l’un ni l’autre. Sans leadership industriel, nos vies numériques continueront d’être envahies par les solutions d’acteurs internationaux qui valorisent plus leurs modèles économiques et marchés bifaces.

L’absence de vision industrielle se traduit par un Rapport qui est bien trop franco-français dans ses recettes. 113 de ses 135 propositions relèvent des usages et du marché de l’IA en France, et pas dans le monde. Nous sommes engoncés dans une vision locale du marché de l’IA, entretenant l’illusion que le marché français est un piédestal suffisant pour obtenir un leadership moral et un leadership industriel qui nous seraient dus dans l’IA. On veut jouer dans la cour des grands en se contentant de notre bien petit pré-carré.

Cela se manifeste aussi dans la propension à privilégier les sujets « à systèmes complexes » plus qu’à « produits génériques » comme les systèmes de transports intelligents ou de santé. Les solutions et approches de déploiement de ces systèmes dépendent étroitement des systèmes et acteurs locaux. C’est une vision d’intégration plus qu’une vision industrielle de solutions en volume.

La commission Villani et le gouvernement sont très hardis sur la question des données, prévoyant d’imposer « au cas par cas » l’ouverture des données provenant d’acteurs privés, y compris étrangers. Ces données seront malgré tout liées à des usages en France et renforceront donc le tropisme franco-français de l’entrepreneuriat local.

Pour faire bonne figure, le rapport affiche quelques ambitions européennes, notamment franco-allemandes. L’équivalent Villanesque de feu le projet de moteur de recherche franco-allemand Quaero est un projet franco-allemand d’industrie de la robotique. Il fait juste référence à un projet collaboratif de recherche européen qui, côté France, n’associe que le laboratoire de recherche LAAS du CNRS à Toulouse. Un peu léger pour créer un Airbus des robots !

Le rapport Villani abonde de propositions relatives aux chercheurs. Nombre d’entre elles ne sont pas spécifiques à l’IA, notamment pour rendre les carrières de chercheurs plus attractives. L’intention louable est de mieux rémunérer les chercheurs et limiter la fuite des cerveaux actuelle, qui est d’ailleurs mal chiffrée.

Il propose surtout la création de quatre à six Instituts 3IA (Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle) organisés dans un réseau national RN3IA. Ils seront voisins, dans leur principe, des IRT (Institut de Recherche Technologiques) qui avaient été lancés dans le cadre des Programmes d’Investissement d’Avenir à partir de 2009. Ils visent à améliorer le lien entre la recherche fondamentale publique et les entreprises. Ils serviront aussi à faire perfuser l’IA dans l’ensemble des disciplines scientifiques qui y feront appel.

Les 3IA s’ajouteront à des dispositifs existants tels que les contrats CIFRE qui permettent aux entreprises d’employer des doctorants, aux Pôles de Compétitivitéqui associent déjà entreprises et laboratoires de recherche, au réseau des Instituts Carnot, un label attribué aux laboratoires publics encourageant la recherche partenariale et au réseau RETIS qui regroupe notamment les incubateurs publics. Bref, la proposition des 3IA ne va pas simplifier la cartographie de la recherche française qui ressemble déjà à ça…

Une proposition originale est faite et qui provient visiblement de chercheurs en mal de reconnaissance : en nommer dans les conseils d’administration d’entreprises dont l’État est actionnaire. Pourquoi pas. Mais ils risquent de bien s’y ennuyer ! Ce n’est pas là que la stratégie des entreprises est établie. Ce sont le plus souvent des chambres d’enregistrement.

Comment quantifier ou qualifier le leadership mondial ? On sait qu’il est quasiment impossible de créer un leader mondial du numérique sans avoir une assise de marché large et homogène comme en bénéficient les acteurs des USA et de Chine. La France est trop petite et l’Europe trop fragmentée pour ce faire. Comment donc conquérir les marchés mondiaux ? Tout juste avons-nous des velléités d’influencer les politiques d’ouverture de données à l’échelle internationale.

Le rapport propose surtout des mesurettes, encore liées au marché intérieur français comme la création de labels IA associés à celui de la French Tech pour augmenter la visibilité de l’offre domestique en IA. Le guichet unique de l’IA prendrait la forme d’un annuaire des solutions logicielles prêtes à l’emploi pour créer des solutions à base d’IA, notamment pour conseiller les entreprises utilisatrices, dont les TPE/PME. C’est le rôle du privé !

S’en suit une litanie de propositions pour développer le rôle d’acheteur d’IA de l’État.  ll doit certainement tirer parti des technologies pour se moderniser. Mais c’est piège le plus dangereux qui soit pour les startups françaises ! Il n’est déjà pas simple de travailler avec un grand compte français, alors, avec l’État !

La proposition de création d’une DARPA française ou européenne présente du sens. Elle est issue de l’initiative Joint European Disruptive Initiative (JEDI) lancée par le Français André Loesekrug Pietri, en collaboration avec des Allemands et des Italiens. Le diable de ce genre d’objet est dans les détails de sa mise en œuvre.

Enfin, nous avons quatre secteurs d’activité cibles considérés comme relevant d’opportunités de leadership : santé, agriculture, transports, défense et sécurité avec quelques concepts génériques intéressants autour de l’expérimentation, l’accès à des données d’expérimentation – toujours locales – ainsi que les bacs à sable d’innovation.

Côté transports, ça parle de code de la route et d’expérimentations, mais pas d’industries. Qui sont les acteurs ? Où sont les économies d’échelle ? Où sont nos opportunités de création de valeurs ? Quid d’expérimentations dans des villes avec 100% de véhicules autonomes (level 4 ou 5) ? Voilà qui marquerait les esprits et ferait avancer l’état de l’art !

Dans la santé, le Rapport évoque surtout la manière d’exploiter les données de parcours de santé de la CNAM au lieu de se poser la question du marché mondial de la santé. En attendant, les startups françaises d’imagerie médicale alimentent leur IA avec des bases d’origine américaine.

Pour l’agriculture, les propositions relèvent beaucoup plus des usages en France que du développement de technologies agricoles à base d’IA que la France pourrait exporter. C’est presque plus un vœu d’autosuffisance alors que l’on importe presque tous nos engins agricoles !

Enfin, l’IA dans la défense et la sécurité est plus régalienne qu’industrielle. Le point de vue affiché est celui d’un État acheteur de technologies, même si nous sommes aussi un grand exportateur d’armes devant l’éternel.

Dans leur forme actuelle, ces cinq plans thématiques ressemblent plus à des plans de rattrapage ou de déploiements qu’à des plans industriels dignes de ce nom.

Le Rapport Villani propose d’ »innover dans l’industrie du composant adapté à l’IA« . Après un exposé clair des enjeux dans les processeurs neuromorphiques, la proposition faite consiste à créer un supercalculateur, une propension habituelle à s’éloigner dangereusement des marchés de volume ! Peut-être une influence d’ATOS-Bull qui est le fournisseur national de ce genre d’engins ou celle des chercheurs qui voudraient disposer de leur propre puissance de calcul pour entrainer leurs modèles de réseaux de neurones sans passer par le cloud des GAFAMI. Ca frise le hors sujet, car cela passe d’un enjeu industriel mondial à celui de l’équipement local de nos chercheurs.

Rien n’est dit de la filière française et européenne des composants ou des architectures d’IA distribuées et réparties dans les objets connectés, qui présentent un bénéfice directement lié à des préoccupations écologiques et de protection de la vie privée évoquées par ailleurs dans le Rapport ?

Ne parlons pas de se poser la question cruciale de l’informatique quantique, dont certaines applications auront un lien avec l’IA, mais qui attendra probablement un « plan calcul quantique » gouvernemental entre 2025 et 2030, quand il sera bien trop tard. Le mot quantique n’apparait pas dans le Rapport Villani. Comment arrive-t-on à un tel résultat ? Les raisons sont toujours les mêmes et liées à la méthode et au casting. Les chercheurs défendent la recherche. Les trublions de l’État veulent le moderniser. Les chercheurs en éthique défendent l’éthique. Les investisseurs veulent investir. Les avocats veulent faire évoluer le droit. Certains entrepreneurs recherchent du financement ou un assouplissement règlementaire. D’autres se plaignent du manque de compétences et de personnes formées. L’open source promeut l’open source. Mais peu affichent une vision globale. Les  demandes des chercheurs ont été visiblement mieux prises en compte. Pas étonnant ! La mission Villani comprenait deux chercheurs (Cédric Villani et Marc Schoenauer), un ingénieur de l’armement de la DGA et pas moins de cinq permanents du CNNum. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que le Rapport Villani se soit intéressé plus à l’amont de l’innovation, à savoir la recherche, qu’à sa valorisation industrielle qui est un sujet complexe où l’Etat doit jouer un rôle de facilitateur plus que de stratège. Bref, on attend un peu la suite ! »

L’intégrale de l’analyse du rapport Villani sur www.oezratty.net

 

Les enjeux de l’intelligence artificielle (Cédric Villani)

Les enjeux de l’intelligence artificielle  (Cédric Villani)

Enjeu scientifique, économie, démocratique et sociétal, Cédric Villani développe ces aspects dans une interview au JDD

L’intelligence artificielle (IA) semble aujourd’hui très à la mode, mais de quoi s’agit-il?
Il n’y a pas de définition précise. L’intelligence artificielle, c’est l’art de la programmation qui permettra à un algorithme, un ordinateur, de réaliser des tâches subtiles en tenant compte de nombreux paramètres. Il faut comprendre que l’IA repose sur des méthodes variées : la déduction logique, mais aussi l’apprentissage statistique, par l’exemple (vous ne dites pas à la machine ce qu’est une tarte aux fraises, mais vous lui montrez des milliers d’images de tartes pour qu’elle apprenne à les reconnaître) ou l’exploration (c’est ainsi que les derniers algorithmes du jeu de go découvrent les meilleures stratégies).

En quoi l’intelligence artificielle nous concerne tous?
L’IA va bouleverser notre quotidien avec discrétion. Vous en bénéficiez déjà quand vous faites en quelques clics une recherche par mot clé ou une traduction automatique. Vous serez un jour conduits par des voitures automatiques. Et un algorithme, au vu de vos données médicales et de vos radios, pourra vous dire : « Vous avez telle maladie et je recommande à votre médecin tel traitement.  » Vous serez alors soigné par une combinaison d’humain et d’IA.

Quelles seront les grandes pistes de votre rapport?
Elles s’articulent autour de six grands piliers : l’impact sur l’emploi, l’écologie, l’éthique, la recherche, la politique industrielle et l’enjeu des données. En cette matière, le droit européen est de loin le plus protecteur du monde. Nous tenons à le rappeler, car si les citoyens et les administrations n’ont pas confiance, ils ne partageront pas leurs données, et notre recherche prendra du retard. En même temps, il faut décloisonner. Nos administrations n’ont pas l’habitude de partager.

 

Que préconisez-vous en matière de recherche?
La compétition de l’IA est avant tout une course pour l’intelligence humaine, celle des experts. Il faut associer les grands acteurs : les universités, les centres de recherche comme le CNRS, l’Inria, le CEA. Donner aux chercheurs en IA des avantages, un environnement administratif moins pesant, des moyens de mener leur projet. Rapprocher le secteur public et le privé, favoriser les collaborations avec l’industrie. Je n’oublie pas un grand besoin de formation. Dans le domaine de l’IA, nous avons besoin aussi bien de bac +20 que de bac +3.

Seriez-vous prêt à postuler à un ministère de l’IA?
Certainement pas. Le sujet touche tous les ministères et doit irriguer toutes les administrations. S’il existe un ministère de l’IA dans certains pays, nous sommes convaincus qu’il faut une organisation plus subtile.

 

Votre mission a-t-elle repéré des secteurs prioritaires en matière d’IA?
Les expérimentations concernent tous les secteurs. Mais pour une vraie politique industrielle, notre rapport insistera sur les transports, la santé, l’environnement et la défense, des domaines dans lesquels l’Europe et la France ont une vraie expertise et dans lesquels l’Etat peut apporter une forte valeur ajoutée au virage de l’IA. En santé, nous avons de véritables pépites comme Therapixel, start-up spécialisée dans les diagnostics avancés en matière de cancer, Cardiologs en cardiologie ou Rythm et son bandeau facilitateur de sommeil. Arrêtons de nous sous-estimer.

 

Quel financement la France devrait-elle consacrer au développement de l’IA?
Au niveau de l’UE, une trentaine de milliards sur les années qui viennent me paraît la bonne échelle. Et au niveau de la France, une cible de 1 à 2 milliards d’euros par an semble raisonnable, si l’on ajoute les investissements IA en recherche, matériel, industrie, formation…

Aujourd’hui, l’IA se nourrit d’une foule de données personnelles, doit-on faire payer leur utilisation?
Quand un hôpital vend des données personnelles de ses patients sans leur consentement, c’est choquant. Nous n’avons pas plus vocation à en faire commerce. Pourquoi ne pas les communiquer pour des expériences scientifiques, pour que d’autres en fassent usage? Comme lorsqu’on choisit de donner son corps à la science.

Face aux géants américains et chinois, la bataille des données n’est-elle pas déjà perdue?
Il est plus délicat de constituer de grandes bases dans un environnement fragmenté, comme l’Europe, mais la mission est convaincue qu’on peut y parvenir. A Europe unie, rien d’impossible. Cette union de forces est pour moi le plus grand enjeu à long terme, et la première raison pour laquelle je fais de la politique.

 

Face au développement de l’IA, la culture scientifique des Français est-elle suffisante?
En France, on s’est mis en tête que la culture était littéraire… Nous devons convaincre que les sciences font partie de la culture. A ce titre, la proposition du ministre de l’Éducation d’instaurer, en première et en terminale, deux heures hebdomadaires d’humanités scientifiques et numériques me plaît beaucoup.

 

En quoi consistera ce nouveau cours?
Pour les élèves des sections littéraires, qui abandonneront les sciences, les grands principes sont déterminants. On abordera la question : qu’est-ce que les sciences changent dans notre société ? Sujet immense. On pourra y parler de l’IA, qui influence la géostratégie mondiale, expliquer comment la science a modifié le cours de la Seconde Guerre mondiale, raconter l’aventure de l’informatisation, les bonnes pratiques face aux progrès technologiques… Cela donnera des clés pour comprendre.

 

Et à l’école primaire?
Les enfants de 6 ou 7 ans sont très curieux. La mission sur l’enseignement des maths recommande de cultiver le sens des quatre opérations dès le CP. Je vous conseille les vidéos Curious Mind, Serious Play, de Jan de Lange, célèbre pédagogue néerlandais. On y voit des gamins de 3 à 6 ans qui se passionnent pour de petites expériences et ont de bonnes intuitions là où un Prix Nobel pourrait être perdu!

 

À quel âge commencer les cours d’informatique?
Dès le CP… mais sans écran. Il faut distinguer les algorithmes – la science des processus – et le logiciel. Suivre des jeux, des instructions, comprendre la démarche algorithmique, tout cela peut commencer très tôt, sans appareils. La fondation La Main à la pâte, qui cherche à améliorer la qualité de l’enseignement des sciences, a conçu un manuel, « 1,2,3 codez! », qui peut être utilisé dès la maternelle.

 

Les élèves français sont très mal notés dans les classements internationaux évaluant leurs performances en sciences. Le problème n’est-il pas lié à la façon dont elles sont enseignées?
Absolument. À leur décharge, les collègues enseignants ont reçu beaucoup d’instructions contradictoires et très peu de formation. Il est donc important de rappeler le subtil dosage d’ingrédients que l’on retrouve dans les pédagogies qui ont eu du succès, que ce soit Séguin, Montessori, Singapour… D’abord, l’élève commence par manipuler. Puis il va désigner les choses et les représenter. Et enfin passer aux concepts, aux règles abstraites. La formation des enseignants se révèle cruciale. Et le périscolaire a un rôle à jouer. En France, nous avons des clubs de jeux, des concours, des activités remarquables et sous-exploitées.

 

Les avancées de la science ne risquent-elles pas d’aboutir à une fracture entre ceux qui peuvent accéder au savoir et les autres?
C’est un vrai risque et nous voulons l’éviter. L’intelligence artificielle est un bon exemple. Elle suscite des craintes variées. Le spectre d’une IA autonome ne m’effraie pas, nous en sommes tellement loin. Mais l’idée d’une IA qui profite seulement aux experts est un danger sérieux. Pour que le sujet prenne son essor, il faut que les gens se sentent dans le coup. Bien plus que la simple acquisition de connaissances, la culture scientifique est un enjeu pour la cohésion de la société.

 

Orientations du rapport sur l’intelligence artificielle (rapport Villani)

Orientations du rapport  sur l’intelligence artificielle (rapport Villani)

 

 

Point de départ de toute stratégie en IA, les données bénéficient aujourd’hui majoritairement à une poignée de très grands acteurs (GAFA et autres). Pour rééquilibrer les rapports de force, “il faut un plus grand et une meilleure circulation pour en faire bénéficier les pouvoirs publics, les acteurs économiques plus petits et la recherche publique

Le rapport propose de viser certains secteurs stratégiques  comme la santé par exemple, d’arrêter la fuite des experts vers les oligopoles du net et de préparer les salariés à la transformation du travail  ”, estime la mission confié au à la mission Villani, mathématicien, élu LREM.  “Les pays qui seront les leaders dans le domaine de l’intelligence artificielle seront amenés à capter une grande partie de la valeur des systèmes qu’ils transforment, mais également à contrôler ces mêmes systèmes, mettant en cause l’indépendance des autres pays”, met en garde le rapport. “Il est donc d’intérêt général que nous nous saisissions collectivement de cette question et que la France et l’Europe puissent faire entendre leur voix” pour “rester indépendants”, peut-on lire. Face à la “concurrence rude” des Etats-Unis et de la Chine et leurs investissements colossaux, il “est nécessaire de proposer une réponse coordonnée”.

Les 4 orientations :

Le rapport recommande d’éviter les logiques de saupoudrage” et de se concentrer sur quatre secteurs : la santé, l’écologie, les transports-mobilités et la défense-sécurité. “Tous représentent un défi majeur du point de vue de l’intérêt général, tous requièrent une impulsion importante de l’État et tous sont susceptibles de cristalliser l’intérêt et l’implication continue des acteurs publics et privés”, notent les auteurs du rapport. “L’État doit être un puissant moteur de ces transformations” et doit se donner les moyens matériels et humains d’intégrer l’IA à la conduite de ses politiques publiques”, estime la mission, qui juge nécessaire de nommer un coordinateur interministériel dédié à la mise en œuvre de cette stratégie. Ce dernier pourra s’appuyer sur un “pôle mutualisé de compétences, constitué d’une trentaine d’agents et chargé de conduire des missions de conseil auprès des administrations”. La commande publique, évaluée à près de 70 milliards d’euros annuels, reste quant à elle insuffisamment orientée vers l’innovation et doit être “repensée”. La recherche française pâtit d’une “fuite des cerveaux” vers les géants américains. Pour séduire chercheurs français et étrangers, la mission recommande de renforcer la recherche en France en fédérant ses acteurs autour d’Instituts Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle. Ces derniers “devront procurer un environnement de travail suffisamment attractif pour résister à la pression compétitive des géants du numérique”, ce qui sous-entend un allègement des formalités administratives, des compléments de salaire et des aides à l’amélioration de la qualité de vie. Afin de rivaliser avec les moyens quasi-illimités des grands acteurs privés, la mission propose la mise en place d’un supercalculateur dédié aux chercheurs et à leurs partenaires économiques, complété d’un forfait d’accès à un cloud privé développé au niveau européen. Enfin, “même s’il est illusoire de penser rivaliser financièrement avec les offres des GAFA”, le rapport préconise un doublement des salaires en début de carrière “indispensable, sous peine de voir se tarir définitivement le flux de jeunes prêts à s’investir” dans la recherche, et des incitations financières pour les talents expatriés ou étrangers.

Relevant que les précédentes transitions ont parfois été “violentes” pour les populations les plus fragiles, le rapport appelle à anticiper les impacts sur l’emploi via la création d’un “laboratoire public” jouant le rôle de “tête chercheuse”. La mission préconise le lancement d’un chantier législatif relatif aux conditions de travail à l’heure de l’automatisation afin de prendre en compte les nouveaux risques et suggère de transformer la formation initiale et continue afin de favoriser les pédagogies expérimentales. Objectif : multiplier par trois en trois ans le nombre de personnes formées en IA, en

Intelligence artificielle : une révolution du quotidien (Cédric Villani )

Intelligence artificielle : une révolution du quotidien  (Cédric Villani )

Le  JDD  mathématicien et député Cédric Villani, chargé d’une  mission sur intelligence artificielle, défend la vulgarisation et la  démocratisation de la culture scientifique dans une interview au JDD.

Le  mathématicien explique que ses pistes s’articulent autour de « six grands piliers : l’impact sur l’emploi, l’écologie, l’éthique, la recherche, la politique industrielle et l’enjeu des données. » Pour être compétitive dans ce domaine, il estime que la France doit y consacrer de « 1 à 2 milliards d’euros par an » mais ajoute que « le plus grand enjeu à long terme » est la coopération européenne : « A Europe unie, rien d’impossible. »

En quoi l’IA nous concerne tous?
L’IA va bouleverser notre quotidien avec discrétion. Vous en bénéficiez déjà quand vous faites en quelques clics une recherche par mot clé ou une traduction automatique. Vous serez un jour conduits par des voitures automatiques. Et un algorithme, au vu de vos données médicales et de vos radios, pourra vous dire : « Vous avez telle maladie et je recommande à votre médecin tel traitement.  » Vous serez alors soigné par une combinaison d’humain et d’IA.

Quelles seront les grandes pistes de votre rapport?
Elles s’articulent autour de six grands piliers : l’impact sur l’emploi, l’écologie, l’éthique, la recherche, la politique industrielle et l’enjeu des données. En cette matière, le droit européen est de loin le plus protecteur du monde. Nous tenons à le rappeler, car si les citoyens et les administrations n’ont pas confiance, ils ne partageront pas leurs données, et notre recherche prendra du retard. En même temps, il faut décloisonner. Nos administrations n’ont pas l’habitude de partager

 

 

 

Se familiariser avec le monde algorithmique » Cédric Villani

« Se familiariser avec le monde algorithmique » Cédric Villani

Dans une  interview au Monde, Cédric Villani, Médaille Fields en 2010 et directeur de l’Institut Henri-Poincaré, à Paris, évoque l’impact du numérique sur l’économie et relativise les peur liées à la robotisation.

 

Pour un étudiant en mathématiques, le big data ou l’intelligence artificielle sont-ils le nouvel eldorado ?

Ils en ont en tout cas les apparences ! Intelligence artificielle ou « machine learning » sont des mots que l’on entend partout. On promet de mettre de l’intelligence dans les lampadaires, les voitures, les métros… Et de fait, à chaque fois que l’on va essayer de le faire, il y aura un algorithme d’apprentissage derrière. Si bien que le fait de se familiariser avec la culture algorithmique et avec ce mélange de mathématiques et de programmation qui caractérise ce qu’on regroupe sous l’expression « intelligence artificielle » est sans aucun doute une rente.

Une rente à vie ?

Il est impossible de le dire. Dans dix ans, la technologie aura peut-être tellement évolué que ces compétences seront moins nécessaires. Mais c’est aujourd’hui un objet de recherche passionnant, qui amène aussi à se poser la question : « Qu’est-ce que cela veut dire, l’intelligence ? » On a des algorithmes qui marchent de mieux en mieux, mais on ne sait pas toujours vraiment pourquoi ils marchent, ce qu’ils font… Donc cela reste un sujet mystérieux, délicat, chaotique, qui alterne avancées et périodes de stagnation.

Ne pas s’emballer outrageusement, donc ?

Non. Les progrès sont significatifs en ce moment et beaucoup s’enflamment et extrapolent en promettant des choses mirifiques. Or on est encore loin. L’intelligence artificielle reste avant tout un sujet de recherche. Le robot intelligent n’existe pas, en tout cas pas encore. Peut-être émergera-t-il dans quelques décennies, mais au prix d’importants progrès non seulement technologiques mais aussi qualitatifs et théoriques. Pour l’instant nous ne savons produire que des robots très spécialisés.

Qui auront néanmoins un impact sur de nombreux métiers…

Oui, comme n’importe quelle rupture technologique. Les robots sont un acteur de plus dans le jeu, qui enrichit et détruit à la fois. Ils vont éliminer certains métiers et exacerber certaines tensions, entraîner des malentendus, des manipulations, créer des nouvelles occasions d’insécurité, voire de dépendance psychologique comme dans Her [film de Spike Jonze, 2013] – toutes choses qui vont bouleverser la donne. Mais il en a toujours été ainsi lorsque des changements radicaux sont intervenus dans l’histoire des sociétés humaines. Il faut aborder celui-ci avec un esprit ouvert et le voir comme une aventure qui est en train de se passer sous nos yeux et même dont nous pouvons être les acteurs.

Que conseilleriez-vous aux jeunes qui craignent la concurrence des robots ?

Certaines prédictions sont très alarmistes, comme celles de Martin Ford, l’auteur du best-seller Rise of the Robots, paru en 2015 aux Etats-Unis [non traduit]. Il estime qu’une très grande proportion des métiers sera robotisée. Et effectivement, certaines grandes entreprises sont en train de travailler dès maintenant à remplacer la moitié de leur personnel par des robots. Il est certain qu’au moins dans un premier temps, on va assister à un remplacement massif de certains emplois par des robots. Si l’on veut éviter cela, le meilleur moyen consiste à se concentrer sur les secteurs que les robots ne sont pas prêts de toucher, c’est-à-dire ceux qui font appel autant possible à nos neurones, ou à un travail de précision, ou à un savoir-faire dans lequel l’imagination, l’intelligence, la fibre artistique jouent un rôle important.

Comment apprend-on à être créatif ?

Pour commencer, en évitant d’en faire une obsession ! « Créativité » est un mot que l’on entend partout en ce moment, sous forme d’injonction. Il faut être créatif. Or la créativité, d’après moi, vient surtout de la capacité à intégrer beaucoup d’éléments émanant de son entourage, de discussions… C’est une affaire d’environnement, d’interaction avec les autres. En recherche, c’est quelque chose que l’on connaît bien. Le directeur de thèse doit transmettre à son élève la capacité à trouver une solution à laquelle personne n’a pensé. Comment transmettre cette disposition ? Je me souviens d’un conseil que donne Bartabas, le célèbre écuyer, réputé pour sa très grande créativité : « Moi je n’arrive à transmettre que deux choses, l’énergie et le doute. »

Où se former le mieux au monde qui vient ?

Mon conseil, si l’on souhaite avoir un spectre large et pouvoir embrasser les évolutions en cours : commencez par le pointu, par le spécialisé, pour acquérir une compétence quelle qu’elle soit – les secrets de la programmation de haut niveau ou les algorithmes mathématiques sophistiqués. Une fois que vous l’aurez acquise, échangez avec les autres, ouvrez le champ. Et surtout voyagez, et voyagez encore.

A quoi ressemblera l’école de demain ?

L’école de demain, cela reste en premier lieu l’enseignant. Malgré les promesses de cours en ligne révolutionnaires, l’impact de ces enseignements au niveau mondial reste modeste. Pour l’heure, les grandes tentatives menées pour numériser l’enseignement sont plus ou moins des échecs. On voit bien que, finalement, ce qui compte ce n’est pas le médium, la technologie, mais la relation humaine entre l’enseignant et l’élève ou l’étudiant. Cela demeurera ; j’y crois profondément. En revanche, plus que jamais, l’école doit ouvrir au monde, inviter les jeunes à se frotter à des projets divers, à voyager. Il faudrait généraliser les initiatives de type Erasmus, envoyer systématiquement les étudiants suivre des stages ou des cours dans des environnements différents de ceux auxquels ils sont accoutumés. Je fais partie d’une espèce aujourd’hui rare, celle des fédéralistes européens, qui croient que la seule issue à long terme pour la survie et le rayonnement de l’Europe, c’est l’intégration d’un tout politique plus construit mais pour autant pas uniformisant, et j’ai coutume de dire que l’Europe est une école, une opportunité de formation extraordinaire et que le simple fait de voyager dans des cultures, des systèmes différents est un apprentissage incomparable.

 

Fincantieri : la crainte du transfert de technologie

 

D’un côté, les salariés sont évidemment rassurés par des perspectives de reprise qui semblent ce dessiner. En effet la justice sud coréenne a reconnu le groupe italien Fincantieri, leader européen de la construction navale comme candidat privilégié à la reprise des chantiers STX de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique. Cette entreprise, propriété de la caisse des dépôts et consignations italienne, un organisme public, à plus de 70%, était la seule à avoir déposé une offre pour la reprise de cette entreprise florissante depuis quelques années grâce à l’explosion du marché des croisières. STX St Nazaire est une superbe entreprise qui possède un très haut niveau de technicité, des clients et aussi une bonne rentabilité. Cependant le groupe coréen STX, lui ,est est en état de décomposition financière. De motifs d’inquiétude demeurent d’abord le risque d’un transfert de technologie ensuite le risque de spécialisation du site de Saint-Nazaire. On se demande ainsi si le rachat de St Nazaire ne vise pas seulement qu’à récupérer la clientèle et à délocaliser le moment venu la production et le savoir-faire. Le risque de transfert de technologie vers la Chine ce nourrit des conditions de l’accord passé entre Fincantieri et la China State Shipbuilding Corporation (CSSC). Par ailleurs il se pourrait que STX Saint-Nazaire soit spécialisé à l’avenir uniquement dans le grand paquebot de croisière D’une certaine manière,  il s’agit d’un enjeu stratégique pour l’industrie française et les pouvoirs publics ont évidemment une responsabilité particulière d’autant qu’ils sont d’ailleurs présents au capital actuel.  l’Etat français entend utiliser « tous les leviers dont il dispose » pour défendre ses intérêts. Et ne veut pas baisser sa participation d’un tiers au capital de STX France,  le groupe public français, DCNS, spécialisé dans la construction navale militaire, veut lui pouvoir accéder à leurs infrastructures pour la construction de grands navires tels que porte-avions, pétroliers ravitailleurs ou porte-hélicoptères. « Nous discutons avec tout le monde. Nous allons continuer avec Fincantieri », a dit à Reuters un porte-parole de DCNS. « Nous avons des intérêts stratégiques à préserver. » Pour l’instant on ne sait pas comment DCNS, dont l’Etat est actionnaire à 62%, pourrait participer au montage final, le ministère de l’industrie se borne  à rappeler que les chantiers navals militaires français ont déjà une longue histoire de coopération avec Fincantieri. La France a en effet développé et construit en partenariat avec ce groupe italien les frégates de défense aérienne de classe Horizon et les frégates multimissions FREMM. Les carnets de commandes des chantiers de Saint-Nazaire sont pleins et les syndicats, comme les élus locaux, redoutent que la reprise de STX par un groupe étranger n’ouvre notamment la porte à une mainmise chinoise sur cette activité florissante.STX St Nazaire  compte 2.600 salariés et fait travailler environ 5.000 sous-traitants. L’entreprise dispose d’un carnet de commandes très bien rempli, avec 14 paquebots de croisière à construire d’ici 2026. Un petit tiers du capital de Fincantieri, créé à Trieste en 1736, est entre les mains d’investisseurs privés (le reste est détenu par l’équivalent de la caisse de dépôt italienne) et le groupe est coté à la bourse de Milan depuis 2014. Le groupe s’enorgueillit d’avoir construit plus de 7.000 navires sur 20 chantiers sur quatre continents, dont 15 en Europe (huit en Italie), et d’être un des plus grands employeurs européens du secteur avec 19.000 salariés, dont 7.500 en Italie, auxquels s’ajoutent 80.000 salariés chez ses sous-traitants. Il a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros. Après les trois premiers trimestres 2016, il affichait un résultat net positif de sept millions d’euros, un carnet de commandes de 21,8 milliards d’euros pour 106 navires commandés et un peu plus de cinq ans de travail ferme assuré.

 

 




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