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L’illusion de la croissance verte

 

S’inquiétant de l’illusion d’une « croissance verte », les quatre responsables du club de réflexion Bridge, dont l’ancien syndicaliste et député européen Edouard Martin, invitent, dans une tribune au « Monde », à repenser les liens entre consommation d’énergie et production de biens.

 

Tribune.

Un clou chasse l’autre. De la pandémie à la sécheresse, des inondations à l’augmentation des prix de l’essence à la pompe, du gaz et de l’électricité au compteur, la question des liens systémiques entre ces événements n’est que fugitivement abordée.

Ils ont pourtant tous à voir avec la consommation cumulative et croissante de ressources naturelles, minérales ou organiques, et les rejets massifs de gaz, de déchets et d’effluents qu’elle génère. Ils ont pourtant tous à voir avec la mondialisation et l’intensité des échanges de flux de matières, de flux financiers, de flux d’informations (vraies ou fausses), générateurs de spéculations chaotiques, de contagions économiques, politiques et biologiques.

Le dérèglement climatique planétaire est du domaine de l’urgence pour l’humanité. Ses effets, pour certains inexorables, sont l’affaire du siècle. Seule leur intensité peut encore être sinon contrôlée, du moins contenue, à condition d’opérer partout un vrai décollage de la transition écologique : la transition énergétique en est à la fois un prérequis et un prototype. « Reconstruction » serait préférable, tant « le vocabulaire de la transition véhicule un imaginaire lisse, tranquille, comme si cela allait se faire sans accroc et sans conflit social » (« La reconstruction écologique nous ouvre un monde de la surabondance », par Gaël Giraud, Mediapart, 1er juin 2020).

 

La « reconstruction », en paraphrasant Antonio Gramsci (1891-1937), impose la combinaison nécessaire du pessimisme de l’intelligence, de la complexité des interactions jointe à l’étendue des dégâts, et de l’optimisme de la volonté et d’opérer une révolution, théorique et pratique, de l’économie politique.

Les politiques économiques doivent insérer les programmes d’urgence de court et moyen termes dans des perspectives de long terme, pilotant les réorientations indispensables de notre système de production, de la régulation des échanges, de nos habitudes de consommation.

Après deux siècles d’expansion qui ont structuré les systèmes de production et les imaginaires de consommation, il s’agit de défaire avec patience, méthode et obstination, l’imbroglio constitué par ce couple. Comme l’affirme l’économiste Benjamin Coriat, « la difficulté ne réside pas tant dans le rejet du système actuel que dans le fait de rendre crédibles d’autres solutions »  L’âge de l’anthropocène, c’est celui du retour aux biens communs », Presse-toi à gauche !, 19 mai 2020).

Aucune extraction d’énergie, aucune transformation de la matière ne peut s’effectuer sans générer une part de pollutions défiant les capacités d’absorption des écosystèmes naturels et industriels

Environnement-Croissance verte ou décroissance ?

Environnement-Croissance verte ou décroissance ?

Un papier intéressant de France Info sur la problématique croissance verte-décroissance (extrait)

La décroissance plaide pour une frugalité choisie afin de limiter les effets du changement climatique. Popularisée dans les années 2000, elle est de nouveau mise en lumière à l’occasion de la primaire écologiste.

« Nous sommes tous ensemble dans un train qui va à toute vitesse vers un précipice. » Voici comment Delphine Batho, candidate à la primaire des écologistes pour la présidentielle 2022, décrit la crise climatique actuelle, sur franceinfo, début août, après la parution d’un rapport choc du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Pour la députée des Deux-Sèvres, une seule solution : embrasser « la décroissance ». De Sandrine Rousseau à Jean-Luc Mélenchon, elle n’est pas la seule, à gauche, à vouloir s’inspirer de ce mouvement qui prône une frugalité choisie afin de limiter les effets du dérèglement climatique.

Vous n’êtes pas familier du concept ? Pas de panique, Franceinfo vous a prévu un cours accéléré pour tout comprendre à ce mot qui s’invite dans le débat politique.

Qu’est-ce que la décroissance ?

Il s’agit d’un courant de pensée philosophique, politique, social et économique popularisé en France au début des années 2000. Pour ses partisans, la croissance économique, mesurée par le produit intérieur brut (PIB), n’est pas soutenable du fait des ressources limitées de la Terre. Elle n’est pas non plus souhaitable au-delà d’un certain seuil car elle échoue depuis la fin des Trente Glorieuses à réaliser le plein emploi, la réduction des inégalités et la satisfaction de la population dans les pays développés, avancent-ils. 

Ses théoriciens proposent donc de lui substituer d’autres objectifs issus de la « réflexion sur ce que sont vraiment nos besoins fondamentaux et sur la façon dont on peut y répondre de manière soutenable écologiquement et plus juste socialement », explique à franceinfo Vincent Liegey, ingénieur et auteur notamment d’Exploring Degrowth : A Critical Guide (Pluto Press, 2020).

Concrètement, ça passe par quels types de mesures ?

Plus qu’un véritable mode d’emploi pour parvenir à un système décroissant, ses adeptes proposent des mesures dans différents domaines. Une réflexion récurrente est de distinguer les biens et les activités en fonction de leurs conséquences sur le climat, comme avec un taux de TVA différencié en fonction des produits, ou un quota d’unités de charge écologique détenu par chaque consommateur et dans lequel il puiserait chaque fois qu’il achète un bien. Logiquement, nombre des propositions des décroissants touchent aux secteurs des transports, de la construction et de l’alimentation, particulièrement polluants selon l’Insee.

Une autre réflexion qui traverse le courant décroissant est celle sur l’usage et le mésusage (l’usage abusif) des ressources. L’eau pourrait ainsi ne pas être payée au même prix selon qu’il s’agisse « de la boire ou bien de l’utiliser pour remplir sa piscine », explique Timothée Parrique, auteur d’une thèse (lien en anglais) en 2019 sur la décroissance, qui sera adaptée chez Flammarion en 2022.

Afin d’améliorer la justice sociale, certains décroissants imaginent une taxation plus importante des hauts revenus et la suppression des niches fiscales, dans la lignée des travaux de l’économiste de gauche et spécialiste des inégalités Thomas Piketty. Mais aussi l’instauration d’un revenu maximum ou d’un revenu universel. Enfin, sur le volet du bien-être, de nombreux décroissants prônent la réduction du temps de travail qui permettrait, selon eux, de partager l’emploi existant et d’investir davantage le temps libre pour l’art, la culture et les liens interpersonnels.

Mais au fait, ça vient d’où ?

« La décroissance n’a pas attendu ce mot pour exister », note le philosophe Dominique Bourg, directeur de la revue La Pensée écologique et soutien de la candidate à la primaire écologiste Delphine Batho. Historiquement, la décroissance est la résultante de deux courants : la critique du développement et la prise en compte des questions écologiques. Le premier est conçu dès le début du XXe siècle par des penseurs pour qui développement ou technique ne vont pas nécessairement de pair avec le bien-être et le progrès humain. Le second naît dans les années 1970 avec un rapport intitulé « Les limites de la croissance » (en anglais) et les travaux de l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen pour qui la croissance infinie dans un monde fini est impossible.

Pourtant,  »les débats sur la pensée écologiste ont disparu dans les années 1980 avec le rouleau compresseur du néolibéralisme » et l’effondrement du bloc soviétique, avance Dominique Bourg. Il faut attendre le début des années 2000 pour voir ressurgir une nouvelle prise de conscience, grâce notamment « aux rapports du Giec et à l’intérêt des médias dominants pour les conséquences du dérèglement climatique ».

En 2002, la revue écologiste Silence consacre un numéro à la décroissance. Le mot est notamment popularisé par l’économiste Serge Latouche et le militant anti-pub Vincent Cheynet, et il est bientôt traduit en anglais par « degrowth », qui connaît un succès mondial. Le mouvement français connaît son apogée dans les années 2000 (lancement d’une revue et d’un parti politique, organisation de colloques et publication d’une multitude de livres…). Surtout à gauche, mais pas seulement. La décroissance est également reprise par certains milieux catholiques ou d’extrême droite, attirés par l’idée d’un certain ascétisme ou le rejet de la mondialisation, comme l’explique Le Monde.

Le bouillonnement militant et intellectuel autour de la décroissance se tasse pourtant dans la décennie suivante, notamment marquée par les divergences de vue entre ses promoteurs puis par le succès de la collapsologie. Pour autant, la décroissance a infusé certains cercles militants, qui la mobilisent pour justifier le développement d’alternatives concrètes comme les ressourceries, les monnaies locales, les jardins partagés et les coopératives.

Pourquoi m’en parlez-vous maintenant ?

Parce que le concept est de nouveau placé sous le feu des projecteurs par la primaire écologiste, qui se tient entre les 16 et 28 septembre. L’une des quatre candidates, l’ancienne ministre de l’Ecologie Delphine Batho, revendique la décroissance comme étant au cœur de son engagement. Cette dernière « est la seule voie réaliste », expliquait-elle le 10 août sur franceinfo. Si son intérêt pour le sujet est longuement expliqué dans une note de campagne sur le site de son parti, Génération écologie, la candidate en dit néanmoins très peu sur la manière dont elle compte la mettre en pratique.

S’ils n’emploient pas ouvertement le terme, les autres candidats à la primaire écologiste (mais aussi des figures de la gauche comme Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon) proposent également certaines mesures proches de la décroissance. L’économiste Sandrine Rousseau, qui souligne dans son programme que « notre Terre n’a pas de ressources illimitées », plaide pour « une véritable fiscalité carbone, en stoppant les subventions aux industries polluantes » et expliquait le 25 juillet dans l’émission YouTube « Backseat » qu’il faudrait « évidemment diminuer le volume de nos consommations ». Le maire de Grenoble, Eric Piolle, qui expliquait sur France Inter le 6 juillet refuser de choisir une « religion » entre « croissantiste » et « décroissantiste », promet dans son programme la mise en place d’un  »ISF climatique » pour taxer les particuliers les plus pollueurs et souhaite  »une loi sur la sobriété numérique qui vise la réduction de l’empreinte carbone de 40% du numérique » d’ici 2022

L’ancien chef d’entreprise Jean-Marc Governatori assure lui aussi refuser le débat entre « croissance et décroissance », même s’il souhaite « mettre en place dès maintenant une activité humaine compatible avec la biosphère dans des objectifs de pleine santé et de plein emploi ». Egalement prudent lorsqu’il emploie le mot de décroissance, comme il l’expliquait sur France Inter début juillet, l’eurodéputé Yannick Jadot annonce néanmoins dans son programme qu’il veut « augmenter la TVA sur tous les produits et services polluants et à l’obsolescence programmée » et mobiliser « 20 milliards par an dès 2021 et sur 2022-2027 pour la transformation des secteurs les plus polluants ».

Est-ce que la décroissance a déjà été mise en pratique ?

La décroissance « n’a jamais été appliquée à grande échelle, reconnaît Vincent Liegey, mais il y a déjà un grand nombre d’espaces dans nos sociétés dans lesquels des mesures décroissantes sont expérimentées au quotidien ». Entre autres exemples, on peut citer un fourmillement d’initiatives locales autour de la low tech, de la permaculture, des circuits courts, mais aussi des espaces comme des ressourceries ou le site de seconde main Leboncoin. Plusieurs pays ont par ailleurs proposé des indicateurs de progrès autres que le PIB, tels que la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Bhoutan… et même la France, depuis 2015. Le développement de la démocratie participative est également salué, avec des expérimentations comme la Convention citoyenne pour le climat. Les mouvements sociaux ne sont pas en reste, avec l’apparition de groupes de défense du climat comme Extinction Rebellion ou Fridays for Future.

Qu’en disent ses détracteurs ?

La décroissance rencontre un grand nombre de critiques, à la fois extérieures et intérieures à ses cercles. Voici les principales :

La critique du « retour en arrière ». Pour certains, la décroissance est synonyme d’un refus de la modernité et des technologies. Comme Emmanuel Macron, qui ironisait en septembre 2020 sur ceux qui, critiquant le déploiement de la 5G, préféreraient  »le modèle amish » et le  »retour à la lampe à huile »Dans un monde décroissant, bye bye les SUV et les iPhone 12. Néanmoins, « la décroissance n’est pas anti-technique, mais pour une réappropriation de la technique au service de l’amélioration du bien-être humain », assure l’essayiste Vincent Liegey.

La critique du catastrophisme. Cette première critique va de pair avec une seconde, selon laquelle les décroissants font l’impasse sur l’innovation, qui aurait toujours permis à l’humanité de relever les défis présentés par la nature. « C’est par la technique qu’on résoudra les problèmes posés. Quand on voit les progrès dans le solaire, l’éolien (…), la mise au point de bactéries pour dévorer des sacs plastiques… Cela peut aller tout aussi vite que le progrès des technologies fondées sur le carbone au XIXe siècle », estimait ainsi l’essayiste libéral Gaspard Koenig en septembre 2019 auprès de l’AFP. Il ne faut pas avoir une « foi aveugle » dans le progrès, répondent les partisans de la décroissance. Contrairement à ceux qui soutiennent la « croissance verte » ou le « développement durable », ils mettent en avant que l’alliance entre croissance économique et progrès technique n’a jamais prouvé qu’elle permettait de réduire suffisamment (lien en anglais) les pollutions pour répondre à l’urgence climatique actuelle.

La critique sur le maintien de la pauvreté. Pour les économistes libéraux, la croissance est un préalable à la redistribution des richesses. Moins de 10% de la population mondiale vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, contre plus de 35% trente ans plus tôt, rapporte en effet la Banque mondiale. Pour ces critiques, les décroissants seraient donc partisans de la récession, et à terme du maintien de la pauvreté dans les pays en voie de développement. Mais la théorie de la décroissance est sélective et ne concerne  »que les pays riches ayant déjà atteint des seuils de production suffisants pour satisfaire les besoins de leur population », répond l’économiste Timothée Parrique. « Les pays du Sud qui vivent dans la pauvreté doivent bien entendu produire ce dont ils ont besoin, mais pour ce faire, encore faut-il que les ressources soient disponibles – d’où la logique d’une décroissance dans les pays du Nord », ajoute-t-il. Pour éviter la confusion entre décroissance et récession, « il faudrait sans doute utiliser un terme comme celui d »acroissance’, avec [un] ’a-’ privatif », plaide Serge Latouche dans La Décroissance (Que sais-je ?, 2019).

La critique de la mise en œuvre. Les solutions avancées par les décroissants sont variées mais rarement présentées sous la forme d’un système cohérent qui permet d’envisager sa mise en œuvre concrète, notent plusieurs analystes, y compris parmi les adeptes de la décroissance. Quel système politique adopter pour la prise de décision en commun ? Jusqu’à quel point la production mondiale doit-elle décroître, et avec quelle population ? Comment concilier réduction du temps de travail et besoin accru de main-d’œuvre lié à une plus faible utilisation de la technologie ?  »Tout le monde tâtonne là-dessus depuis dix ans et on n’a pas encore la réponse. Le design d’une société compatible avec la durabilité de la Terre est quelque chose qu’on doit encore créer et qu’on n’a pas devant nous », reconnaît Dominique Bourg.

Société-Croissance verte ou décroissance ?

Société-Croissance verte ou décroissance ?

Un papier intéressant de France Info sur la problématique croissance verte décroissance (extrait)

La décroissance plaide pour une frugalité choisie afin de limiter les effets du changement climatique. Popularisée dans les années 2000, elle est de nouveau mise en lumière à l’occasion de la primaire écologiste.

« Nous sommes tous ensemble dans un train qui va à toute vitesse vers un précipice. » Voici comment Delphine Batho, candidate à la primaire des écologistes pour la présidentielle 2022, décrit la crise climatique actuelle, sur franceinfo, début août, après la parution d’un rapport choc du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Pour la députée des Deux-Sèvres, une seule solution : embrasser « la décroissance ». De Sandrine Rousseau à Jean-Luc Mélenchon, elle n’est pas la seule, à gauche, à vouloir s’inspirer de ce mouvement qui prône une frugalité choisie afin de limiter les effets du dérèglement climatique.

Vous n’êtes pas familier du concept ? Pas de panique, Franceinfo vous a prévu un cours accéléré pour tout comprendre à ce mot qui s’invite dans le débat politique.

Qu’est-ce que la décroissance ?

Il s’agit d’un courant de pensée philosophique, politique, social et économique popularisé en France au début des années 2000. Pour ses partisans, la croissance économique, mesurée par le produit intérieur brut (PIB), n’est pas soutenable du fait des ressources limitées de la Terre. Elle n’est pas non plus souhaitable au-delà d’un certain seuil car elle échoue depuis la fin des Trente Glorieuses à réaliser le plein emploi, la réduction des inégalités et la satisfaction de la population dans les pays développés, avancent-ils. 

Ses théoriciens proposent donc de lui substituer d’autres objectifs issus de la « réflexion sur ce que sont vraiment nos besoins fondamentaux et sur la façon dont on peut y répondre de manière soutenable écologiquement et plus juste socialement », explique à franceinfo Vincent Liegey, ingénieur et auteur notamment d’Exploring Degrowth : A Critical Guide (Pluto Press, 2020).

Concrètement, ça passe par quels types de mesures ?

Plus qu’un véritable mode d’emploi pour parvenir à un système décroissant, ses adeptes proposent des mesures dans différents domaines. Une réflexion récurrente est de distinguer les biens et les activités en fonction de leurs conséquences sur le climat, comme avec un taux de TVA différencié en fonction des produits, ou un quota d’unités de charge écologique détenu par chaque consommateur et dans lequel il puiserait chaque fois qu’il achète un bien. Logiquement, nombre des propositions des décroissants touchent aux secteurs des transports, de la construction et de l’alimentation, particulièrement polluants selon l’Insee.

Une autre réflexion qui traverse le courant décroissant est celle sur l’usage et le mésusage (l’usage abusif) des ressources. L’eau pourrait ainsi ne pas être payée au même prix selon qu’il s’agisse « de la boire ou bien de l’utiliser pour remplir sa piscine », explique Timothée Parrique, auteur d’une thèse (lien en anglais) en 2019 sur la décroissance, qui sera adaptée chez Flammarion en 2022.

Afin d’améliorer la justice sociale, certains décroissants imaginent une taxation plus importante des hauts revenus et la suppression des niches fiscales, dans la lignée des travaux de l’économiste de gauche et spécialiste des inégalités Thomas Piketty. Mais aussi l’instauration d’un revenu maximum ou d’un revenu universel. Enfin, sur le volet du bien-être, de nombreux décroissants prônent la réduction du temps de travail qui permettrait, selon eux, de partager l’emploi existant et d’investir davantage le temps libre pour l’art, la culture et les liens interpersonnels.

Mais au fait, ça vient d’où ?

« La décroissance n’a pas attendu ce mot pour exister », note le philosophe Dominique Bourg, directeur de la revue La Pensée écologique et soutien de la candidate à la primaire écologiste Delphine Batho. Historiquement, la décroissance est la résultante de deux courants : la critique du développement et la prise en compte des questions écologiques. Le premier est conçu dès le début du XXe siècle par des penseurs pour qui développement ou technique ne vont pas nécessairement de pair avec le bien-être et le progrès humain. Le second naît dans les années 1970 avec un rapport intitulé « Les limites de la croissance » (en anglais) et les travaux de l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen pour qui la croissance infinie dans un monde fini est impossible.

Pourtant,  »les débats sur la pensée écologiste ont disparu dans les années 1980 avec le rouleau compresseur du néolibéralisme » et l’effondrement du bloc soviétique, avance Dominique Bourg. Il faut attendre le début des années 2000 pour voir ressurgir une nouvelle prise de conscience, grâce notamment « aux rapports du Giec et à l’intérêt des médias dominants pour les conséquences du dérèglement climatique ».

En 2002, la revue écologiste Silence consacre un numéro à la décroissance. Le mot est notamment popularisé par l’économiste Serge Latouche et le militant anti-pub Vincent Cheynet, et il est bientôt traduit en anglais par « degrowth », qui connaît un succès mondial. Le mouvement français connaît son apogée dans les années 2000 (lancement d’une revue et d’un parti politique, organisation de colloques et publication d’une multitude de livres…). Surtout à gauche, mais pas seulement. La décroissance est également reprise par certains milieux catholiques ou d’extrême droite, attirés par l’idée d’un certain ascétisme ou le rejet de la mondialisation, comme l’explique Le Monde.

Le bouillonnement militant et intellectuel autour de la décroissance se tasse pourtant dans la décennie suivante, notamment marquée par les divergences de vue entre ses promoteurs puis par le succès de la collapsologie. Pour autant, la décroissance a infusé certains cercles militants, qui la mobilisent pour justifier le développement d’alternatives concrètes comme les ressourceries, les monnaies locales, les jardins partagés et les coopératives.

Pourquoi m’en parlez-vous maintenant ?

Parce que le concept est de nouveau placé sous le feu des projecteurs par la primaire écologiste, qui se tient entre les 16 et 28 septembre. L’une des quatre candidates, l’ancienne ministre de l’Ecologie Delphine Batho, revendique la décroissance comme étant au cœur de son engagement. Cette dernière « est la seule voie réaliste », expliquait-elle le 10 août sur franceinfo. Si son intérêt pour le sujet est longuement expliqué dans une note de campagne sur le site de son parti, Génération écologie, la candidate en dit néanmoins très peu sur la manière dont elle compte la mettre en pratique.

S’ils n’emploient pas ouvertement le terme, les autres candidats à la primaire écologiste (mais aussi des figures de la gauche comme Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon) proposent également certaines mesures proches de la décroissance. L’économiste Sandrine Rousseau, qui souligne dans son programme que « notre Terre n’a pas de ressources illimitées », plaide pour « une véritable fiscalité carbone, en stoppant les subventions aux industries polluantes » et expliquait le 25 juillet dans l’émission YouTube « Backseat » qu’il faudrait « évidemment diminuer le volume de nos consommations ». Le maire de Grenoble, Eric Piolle, qui expliquait sur France Inter le 6 juillet refuser de choisir une « religion » entre « croissantiste » et « décroissantiste », promet dans son programme la mise en place d’un  »ISF climatique » pour taxer les particuliers les plus pollueurs et souhaite  »une loi sur la sobriété numérique qui vise la réduction de l’empreinte carbone de 40% du numérique » d’ici 2022

L’ancien chef d’entreprise Jean-Marc Governatori assure lui aussi refuser le débat entre « croissance et décroissance », même s’il souhaite « mettre en place dès maintenant une activité humaine compatible avec la biosphère dans des objectifs de pleine santé et de plein emploi ». Egalement prudent lorsqu’il emploie le mot de décroissance, comme il l’expliquait sur France Inter début juillet, l’eurodéputé Yannick Jadot annonce néanmoins dans son programme qu’il veut « augmenter la TVA sur tous les produits et services polluants et à l’obsolescence programmée » et mobiliser « 20 milliards par an dès 2021 et sur 2022-2027 pour la transformation des secteurs les plus polluants ».

Est-ce que la décroissance a déjà été mise en pratique ?

La décroissance « n’a jamais été appliquée à grande échelle, reconnaît Vincent Liegey, mais il y a déjà un grand nombre d’espaces dans nos sociétés dans lesquels des mesures décroissantes sont expérimentées au quotidien ». Entre autres exemples, on peut citer un fourmillement d’initiatives locales autour de la low tech, de la permaculture, des circuits courts, mais aussi des espaces comme des ressourceries ou le site de seconde main Leboncoin. Plusieurs pays ont par ailleurs proposé des indicateurs de progrès autres que le PIB, tels que la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Bhoutan… et même la France, depuis 2015. Le développement de la démocratie participative est également salué, avec des expérimentations comme la Convention citoyenne pour le climat. Les mouvements sociaux ne sont pas en reste, avec l’apparition de groupes de défense du climat comme Extinction Rebellion ou Fridays for Future.

Qu’en disent ses détracteurs ?

La décroissance rencontre un grand nombre de critiques, à la fois extérieures et intérieures à ses cercles. Voici les principales :

La critique du « retour en arrière ». Pour certains, la décroissance est synonyme d’un refus de la modernité et des technologies. Comme Emmanuel Macron, qui ironisait en septembre 2020 sur ceux qui, critiquant le déploiement de la 5G, préféreraient  »le modèle amish » et le  »retour à la lampe à huile »Dans un monde décroissant, bye bye les SUV et les iPhone 12. Néanmoins, « la décroissance n’est pas anti-technique, mais pour une réappropriation de la technique au service de l’amélioration du bien-être humain », assure l’essayiste Vincent Liegey.

La critique du catastrophisme. Cette première critique va de pair avec une seconde, selon laquelle les décroissants font l’impasse sur l’innovation, qui aurait toujours permis à l’humanité de relever les défis présentés par la nature. « C’est par la technique qu’on résoudra les problèmes posés. Quand on voit les progrès dans le solaire, l’éolien (…), la mise au point de bactéries pour dévorer des sacs plastiques… Cela peut aller tout aussi vite que le progrès des technologies fondées sur le carbone au XIXe siècle », estimait ainsi l’essayiste libéral Gaspard Koenig en septembre 2019 auprès de l’AFP. Il ne faut pas avoir une « foi aveugle » dans le progrès, répondent les partisans de la décroissance. Contrairement à ceux qui soutiennent la « croissance verte » ou le « développement durable », ils mettent en avant que l’alliance entre croissance économique et progrès technique n’a jamais prouvé qu’elle permettait de réduire suffisamment (lien en anglais) les pollutions pour répondre à l’urgence climatique actuelle.

La critique sur le maintien de la pauvreté. Pour les économistes libéraux, la croissance est un préalable à la redistribution des richesses. Moins de 10% de la population mondiale vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, contre plus de 35% trente ans plus tôt, rapporte en effet la Banque mondiale. Pour ces critiques, les décroissants seraient donc partisans de la récession, et à terme du maintien de la pauvreté dans les pays en voie de développement. Mais la théorie de la décroissance est sélective et ne concerne  »que les pays riches ayant déjà atteint des seuils de production suffisants pour satisfaire les besoins de leur population », répond l’économiste Timothée Parrique. « Les pays du Sud qui vivent dans la pauvreté doivent bien entendu produire ce dont ils ont besoin, mais pour ce faire, encore faut-il que les ressources soient disponibles – d’où la logique d’une décroissance dans les pays du Nord », ajoute-t-il. Pour éviter la confusion entre décroissance et récession, « il faudrait sans doute utiliser un terme comme celui d »acroissance’, avec [un] ’a-’ privatif », plaide Serge Latouche dans La Décroissance (Que sais-je ?, 2019).

La critique de la mise en œuvre. Les solutions avancées par les décroissants sont variées mais rarement présentées sous la forme d’un système cohérent qui permet d’envisager sa mise en œuvre concrète, notent plusieurs analystes, y compris parmi les adeptes de la décroissance. Quel système politique adopter pour la prise de décision en commun ? Jusqu’à quel point la production mondiale doit-elle décroître, et avec quelle population ? Comment concilier réduction du temps de travail et besoin accru de main-d’œuvre lié à une plus faible utilisation de la technologie ?  »Tout le monde tâtonne là-dessus depuis dix ans et on n’a pas encore la réponse. Le design d’une société compatible avec la durabilité de la Terre est quelque chose qu’on doit encore créer et qu’on n’a pas devant nous », reconnaît Dominique Bourg.

Croissance verte ou décroissance ?

Croissance verte ou décroissance ?

Un papier intéressant de France Info sur la problématique croissance verte décroissance (extrait)

La décroissance plaide pour une frugalité choisie afin de limiter les effets du changement climatique. Popularisée dans les années 2000, elle est de nouveau mise en lumière à l’occasion de la primaire écologiste.

« Nous sommes tous ensemble dans un train qui va à toute vitesse vers un précipice. » Voici comment Delphine Batho, candidate à la primaire des écologistes pour la présidentielle 2022, décrit la crise climatique actuelle, sur franceinfo, début août, après la parution d’un rapport choc du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Pour la députée des Deux-Sèvres, une seule solution : embrasser « la décroissance ». De Sandrine Rousseau à Jean-Luc Mélenchon, elle n’est pas la seule, à gauche, à vouloir s’inspirer de ce mouvement qui prône une frugalité choisie afin de limiter les effets du dérèglement climatique.

Vous n’êtes pas familier du concept ? Pas de panique, Franceinfo vous a prévu un cours accéléré pour tout comprendre à ce mot qui s’invite dans le débat politique.

Qu’est-ce que la décroissance ?

Il s’agit d’un courant de pensée philosophique, politique, social et économique popularisé en France au début des années 2000. Pour ses partisans, la croissance économique, mesurée par le produit intérieur brut (PIB), n’est pas soutenable du fait des ressources limitées de la Terre. Elle n’est pas non plus souhaitable au-delà d’un certain seuil car elle échoue depuis la fin des Trente Glorieuses à réaliser le plein emploi, la réduction des inégalités et la satisfaction de la population dans les pays développés, avancent-ils. 

Ses théoriciens proposent donc de lui substituer d’autres objectifs issus de la « réflexion sur ce que sont vraiment nos besoins fondamentaux et sur la façon dont on peut y répondre de manière soutenable écologiquement et plus juste socialement », explique à franceinfo Vincent Liegey, ingénieur et auteur notamment d’Exploring Degrowth : A Critical Guide (Pluto Press, 2020).

Concrètement, ça passe par quels types de mesures ?

Plus qu’un véritable mode d’emploi pour parvenir à un système décroissant, ses adeptes proposent des mesures dans différents domaines. Une réflexion récurrente est de distinguer les biens et les activités en fonction de leurs conséquences sur le climat, comme avec un taux de TVA différencié en fonction des produits, ou un quota d’unités de charge écologique détenu par chaque consommateur et dans lequel il puiserait chaque fois qu’il achète un bien. Logiquement, nombre des propositions des décroissants touchent aux secteurs des transports, de la construction et de l’alimentation, particulièrement polluants selon l’Insee.

Une autre réflexion qui traverse le courant décroissant est celle sur l’usage et le mésusage (l’usage abusif) des ressources. L’eau pourrait ainsi ne pas être payée au même prix selon qu’il s’agisse « de la boire ou bien de l’utiliser pour remplir sa piscine », explique Timothée Parrique, auteur d’une thèse (lien en anglais) en 2019 sur la décroissance, qui sera adaptée chez Flammarion en 2022.

Afin d’améliorer la justice sociale, certains décroissants imaginent une taxation plus importante des hauts revenus et la suppression des niches fiscales, dans la lignée des travaux de l’économiste de gauche et spécialiste des inégalités Thomas Piketty. Mais aussi l’instauration d’un revenu maximum ou d’un revenu universel. Enfin, sur le volet du bien-être, de nombreux décroissants prônent la réduction du temps de travail qui permettrait, selon eux, de partager l’emploi existant et d’investir davantage le temps libre pour l’art, la culture et les liens interpersonnels.

Mais au fait, ça vient d’où ?

« La décroissance n’a pas attendu ce mot pour exister », note le philosophe Dominique Bourg, directeur de la revue La Pensée écologique et soutien de la candidate à la primaire écologiste Delphine Batho. Historiquement, la décroissance est la résultante de deux courants : la critique du développement et la prise en compte des questions écologiques. Le premier est conçu dès le début du XXe siècle par des penseurs pour qui développement ou technique ne vont pas nécessairement de pair avec le bien-être et le progrès humain. Le second naît dans les années 1970 avec un rapport intitulé « Les limites de la croissance » (en anglais) et les travaux de l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen pour qui la croissance infinie dans un monde fini est impossible.

Pourtant,  »les débats sur la pensée écologiste ont disparu dans les années 1980 avec le rouleau compresseur du néolibéralisme » et l’effondrement du bloc soviétique, avance Dominique Bourg. Il faut attendre le début des années 2000 pour voir ressurgir une nouvelle prise de conscience, grâce notamment « aux rapports du Giec et à l’intérêt des médias dominants pour les conséquences du dérèglement climatique ».

En 2002, la revue écologiste Silence consacre un numéro à la décroissance. Le mot est notamment popularisé par l’économiste Serge Latouche et le militant anti-pub Vincent Cheynet, et il est bientôt traduit en anglais par « degrowth », qui connaît un succès mondial. Le mouvement français connaît son apogée dans les années 2000 (lancement d’une revue et d’un parti politique, organisation de colloques et publication d’une multitude de livres…). Surtout à gauche, mais pas seulement. La décroissance est également reprise par certains milieux catholiques ou d’extrême droite, attirés par l’idée d’un certain ascétisme ou le rejet de la mondialisation, comme l’explique Le Monde.

Le bouillonnement militant et intellectuel autour de la décroissance se tasse pourtant dans la décennie suivante, notamment marquée par les divergences de vue entre ses promoteurs puis par le succès de la collapsologie. Pour autant, la décroissance a infusé certains cercles militants, qui la mobilisent pour justifier le développement d’alternatives concrètes comme les ressourceries, les monnaies locales, les jardins partagés et les coopératives.

Pourquoi m’en parlez-vous maintenant ?

Parce que le concept est de nouveau placé sous le feu des projecteurs par la primaire écologiste, qui se tient entre les 16 et 28 septembre. L’une des quatre candidates, l’ancienne ministre de l’Ecologie Delphine Batho, revendique la décroissance comme étant au cœur de son engagement. Cette dernière « est la seule voie réaliste », expliquait-elle le 10 août sur franceinfo. Si son intérêt pour le sujet est longuement expliqué dans une note de campagne sur le site de son parti, Génération écologie, la candidate en dit néanmoins très peu sur la manière dont elle compte la mettre en pratique.

S’ils n’emploient pas ouvertement le terme, les autres candidats à la primaire écologiste (mais aussi des figures de la gauche comme Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon) proposent également certaines mesures proches de la décroissance. L’économiste Sandrine Rousseau, qui souligne dans son programme que « notre Terre n’a pas de ressources illimitées », plaide pour « une véritable fiscalité carbone, en stoppant les subventions aux industries polluantes » et expliquait le 25 juillet dans l’émission YouTube « Backseat » qu’il faudrait « évidemment diminuer le volume de nos consommations ». Le maire de Grenoble, Eric Piolle, qui expliquait sur France Inter le 6 juillet refuser de choisir une « religion » entre « croissantiste » et « décroissantiste », promet dans son programme la mise en place d’un  »ISF climatique » pour taxer les particuliers les plus pollueurs et souhaite  »une loi sur la sobriété numérique qui vise la réduction de l’empreinte carbone de 40% du numérique » d’ici 2022

L’ancien chef d’entreprise Jean-Marc Governatori assure lui aussi refuser le débat entre « croissance et décroissance », même s’il souhaite « mettre en place dès maintenant une activité humaine compatible avec la biosphère dans des objectifs de pleine santé et de plein emploi ». Egalement prudent lorsqu’il emploie le mot de décroissance, comme il l’expliquait sur France Inter début juillet, l’eurodéputé Yannick Jadot annonce néanmoins dans son programme qu’il veut « augmenter la TVA sur tous les produits et services polluants et à l’obsolescence programmée » et mobiliser « 20 milliards par an dès 2021 et sur 2022-2027 pour la transformation des secteurs les plus polluants ».

Est-ce que la décroissance a déjà été mise en pratique ?

La décroissance « n’a jamais été appliquée à grande échelle, reconnaît Vincent Liegey, mais il y a déjà un grand nombre d’espaces dans nos sociétés dans lesquels des mesures décroissantes sont expérimentées au quotidien ». Entre autres exemples, on peut citer un fourmillement d’initiatives locales autour de la low tech, de la permaculture, des circuits courts, mais aussi des espaces comme des ressourceries ou le site de seconde main Leboncoin. Plusieurs pays ont par ailleurs proposé des indicateurs de progrès autres que le PIB, tels que la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Bhoutan… et même la France, depuis 2015. Le développement de la démocratie participative est également salué, avec des expérimentations comme la Convention citoyenne pour le climat. Les mouvements sociaux ne sont pas en reste, avec l’apparition de groupes de défense du climat comme Extinction Rebellion ou Fridays for Future.

Qu’en disent ses détracteurs ?

La décroissance rencontre un grand nombre de critiques, à la fois extérieures et intérieures à ses cercles. Voici les principales :

La critique du « retour en arrière ». Pour certains, la décroissance est synonyme d’un refus de la modernité et des technologies. Comme Emmanuel Macron, qui ironisait en septembre 2020 sur ceux qui, critiquant le déploiement de la 5G, préféreraient  »le modèle amish » et le  »retour à la lampe à huile »Dans un monde décroissant, bye bye les SUV et les iPhone 12. Néanmoins, « la décroissance n’est pas anti-technique, mais pour une réappropriation de la technique au service de l’amélioration du bien-être humain », assure l’essayiste Vincent Liegey.

La critique du catastrophisme. Cette première critique va de pair avec une seconde, selon laquelle les décroissants font l’impasse sur l’innovation, qui aurait toujours permis à l’humanité de relever les défis présentés par la nature. « C’est par la technique qu’on résoudra les problèmes posés. Quand on voit les progrès dans le solaire, l’éolien (…), la mise au point de bactéries pour dévorer des sacs plastiques… Cela peut aller tout aussi vite que le progrès des technologies fondées sur le carbone au XIXe siècle », estimait ainsi l’essayiste libéral Gaspard Koenig en septembre 2019 auprès de l’AFP. Il ne faut pas avoir une « foi aveugle » dans le progrès, répondent les partisans de la décroissance. Contrairement à ceux qui soutiennent la « croissance verte » ou le « développement durable », ils mettent en avant que l’alliance entre croissance économique et progrès technique n’a jamais prouvé qu’elle permettait de réduire suffisamment (lien en anglais) les pollutions pour répondre à l’urgence climatique actuelle.

La critique sur le maintien de la pauvreté. Pour les économistes libéraux, la croissance est un préalable à la redistribution des richesses. Moins de 10% de la population mondiale vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, contre plus de 35% trente ans plus tôt, rapporte en effet la Banque mondiale. Pour ces critiques, les décroissants seraient donc partisans de la récession, et à terme du maintien de la pauvreté dans les pays en voie de développement. Mais la théorie de la décroissance est sélective et ne concerne  »que les pays riches ayant déjà atteint des seuils de production suffisants pour satisfaire les besoins de leur population », répond l’économiste Timothée Parrique. « Les pays du Sud qui vivent dans la pauvreté doivent bien entendu produire ce dont ils ont besoin, mais pour ce faire, encore faut-il que les ressources soient disponibles – d’où la logique d’une décroissance dans les pays du Nord », ajoute-t-il. Pour éviter la confusion entre décroissance et récession, « il faudrait sans doute utiliser un terme comme celui d »acroissance’, avec [un] ’a-’ privatif », plaide Serge Latouche dans La Décroissance (Que sais-je ?, 2019).

La critique de la mise en œuvre. Les solutions avancées par les décroissants sont variées mais rarement présentées sous la forme d’un système cohérent qui permet d’envisager sa mise en œuvre concrète, notent plusieurs analystes, y compris parmi les adeptes de la décroissance. Quel système politique adopter pour la prise de décision en commun ? Jusqu’à quel point la production mondiale doit-elle décroître, et avec quelle population ? Comment concilier réduction du temps de travail et besoin accru de main-d’œuvre lié à une plus faible utilisation de la technologie ?  »Tout le monde tâtonne là-dessus depuis dix ans et on n’a pas encore la réponse. Le design d’une société compatible avec la durabilité de la Terre est quelque chose qu’on doit encore créer et qu’on n’a pas devant nous », reconnaît Dominique Bourg.

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“Croissance verte” : un mythe ?

 “Croissance verte” : un mythe ?

 

La plupart des candidats à l’élection présidentielle prétendent concilier la poursuite de la croissance et la préservation de l’environnement. Une récente note de l’Agence européenne pour l’environnement souligne l’incompatibilité de ces deux projets, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».(extrait)

 

Une fois n’est pas coutume, la décroissance s’est brièvement installée dans le débat public, en particulier à la faveur de la primaire écologiste, remportée le 28 septembre par Yannick Jadot. Le mot même a un tel pouvoir excommunicateur, et agit comme un si puissant repoussoir pour une majorité de l’opinion et des dirigeants qu’il est très rare de voir des responsables politiques, fussent-ils écologistes, le reprendre à leur compte dans leurs discours ou leur programme. 

On les comprend : les dernières semaines ont montré qu’il était politiquement et médiatiquement moins coûteux de se livrer à un révisionnisme de bas étage que d’interroger le dogme de la croissance ad vitam aeternam du produit intérieur brut (PIB). Eric Piolle, également candidat à la primaire écologiste, ne s’y est pas trompé et a affiché une posture prudemment agnostique, tandis que Yannick Jadot a préféré s’inscrire dans le cadre de la « croissance verte » – dont nul ne sait à ce jour si elle existe réellement.

A l’inverse, les candidates Delphine Batho et, dans une certaine mesure, Sandrine Rousseau ont affirmé leur volonté de rompre avec ce qui demeure, pour l’écrasante majorité d’entre nous, le principal indicateur du succès des politiques publiques. La probabilité que ce positionnement fasse florès hors de l’écologie politique est très faible : historiquement, toutes les remises en cause de l’exigence de croissance et tous les travaux académiques montrant l’inanité de cet indicateur (il en existe un très grand nombre) ont suscité un intérêt bref et souvent confidentiel, avant de disparaître de l’horizon.

« La croissance est ancrée dans la culture, la politique et les institutions, résume dans une note récente l’Agence européenne pour l’environnement (EEA), une instance officielle de l’Union dont les productions demeurent consultatives. Dans le monde entier, la légitimité des gouvernements est indissociable de leur capacité à assurer la croissance économique et à créer des emplois. » L’idée d’un monde économiquement stationnaire nous est impensable.

Dans sa note, l’EEA propose un état des lieux du débat sur les liens entre environnement et croissance du PIB. Première information : depuis 1970, à l’échelle mondiale, la croissance économique est, sans grande surprise, très étroitement corrélée à l’empreinte des sociétés sur leur environnement et à leurs émissions de gaz à effet de serre. Les rares périodes de diminution de l’impact de nos activités coïncident avec les crises économiques – autrement dit de la récession pour les uns, ou de la décroissance pour les autres.

Croissance verte : un mythe ?

 

Stéphane Foucart, dans un papier du Monde constate que  la plupart des candidats à l’élection présidentielle prétendent concilier la poursuite de la croissance et la préservation de l’environnement. Une récente note de l’Agence européenne pour l’environnement souligne l’incompatibilité de ces deux projets.

 

Chronique.

 

 Une fois n’est pas coutume, la décroissance s’est brièvement installée dans le débat public, en particulier à la faveur de la primaire écologiste, remportée le 28 septembre par Yannick Jadot. Le mot même a un tel pouvoir excommunicateur, et agit comme un si puissant repoussoir pour une majorité de l’opinion et des dirigeants qu’il est très rare de voir des responsables politiques, fussent-ils écologistes, le reprendre à leur compte dans leurs discours ou leur programme.

On les comprend : les dernières semaines ont montré qu’il était politiquement et médiatiquement moins coûteux de se livrer à un révisionnisme de bas étage que d’interroger le dogme de la croissance ad vitam aeternam du produit intérieur brut (PIB). Eric Piolle, également candidat à la primaire écologiste, ne s’y est pas trompé et a affiché une posture prudemment agnostique, tandis que Yannick Jadot a préféré s’inscrire dans le cadre de la « croissance verte » – dont nul ne sait à ce jour si elle existe réellement.

A l’inverse, les candidates Delphine Batho et, dans une certaine mesure, Sandrine Rousseau ont affirmé leur volonté de rompre avec ce qui demeure, pour l’écrasante majorité d’entre nous, le principal indicateur du succès des politiques publiques. La probabilité que ce positionnement fasse florès hors de l’écologie politique est très faible : historiquement, toutes les remises en cause de l’exigence de croissance et tous les travaux académiques montrant l’inanité de cet indicateur (il en existe un très grand nombre) ont suscité un intérêt bref et souvent confidentiel, avant de disparaître de l’horizon.

« La croissance est ancrée dans la culture, la politique et les institutions, résume dans une note récente l’Agence européenne pour l’environnement (EEA), une instance officielle de l’Union dont les productions demeurent consultatives. Dans le monde entier, la légitimité des gouvernements est indissociable de leur capacité à assurer la croissance économique et à créer des emplois. » L’idée d’un monde économiquement stationnaire nous est impensable.

Dans sa note, l’EEA propose un état des lieux du débat sur les liens entre environnement et croissance du PIB. Première information : depuis 1970, à l’échelle mondiale, la croissance économique est, sans grande surprise, très étroitement corrélée à l’empreinte des sociétés sur leur environnement et à leurs émissions de gaz à effet de serre. Les rares périodes de diminution de l’impact de nos activités coïncident avec les crises économiques – autrement dit de la récession pour les uns, ou de la décroissance pour les autres.

Économie :«L’angélisme de la croissance verte » ?

Économie :«L’angélisme de la croissance verte » ?

 

Sous-estimant les coûts des changements à venir, nos gouvernements peinent encore à mesurer à quel point la transition écologique va bouleverser nos politiques économiques, observe Marie Charrel, journaliste au « Monde », dans sa chronique.(Extrait)

 

Inondations, sécheresses, incendies : cet été encore, les conséquences du dérèglement climatique ont été douloureuses. Et elles ne sont qu’un avant-goût des tragédies à venir, comme l’a rappelé le rapport du GIEC publié le 9 août. Pour stabiliser le réchauffement climatique sous les 2 °C, il nous faudra atteindre zéro émission nette de CO2 autour de 2050, préviennent les experts.

 

L’Union européenne, elle, s’est engagée à réduire d’au moins 55 % ses émissions d’ici à 2030 pour atteindre la neutralité climatique en 2050. Un objectif susceptible de transformer notre économie en profondeur. Seulement, voilà : « Jusqu’à présent, ces implications n’ont pas été abordées de manière systématique, relève Jean Pisani-Ferry dans une récente note pour le Peterson Institute, un centre de réflexion de Washington. Trop souvent, la transition écologique a été décrite, sinon comme un chemin semé de roses, du moins comme une entreprise plutôt bénigne. » Or, celle-ci sera brutale. Parce que nous avons trop tardé à agir. Parce que nous sous-estimons encore l’ampleur des changements individuels et collectifs à venir, tout comme leur coût.

Les réflexions sur le sujet sont trop souvent polluées par la confrontation entre deux grands camps : celui des optimistes de la croissance verte, certains que les avancées technologiques conjuguées à des investissements massifs permettront de limiter le réchauffement tout en préservant notre niveau de vie, et celui des décroissants, convaincus que la seule voie possible est de rompre avec le modèle capitaliste basé sur l’exploitation des ressources.

 

La plupart peinent à penser concrètement toutes les dimensions de la transition et leur articulation. « Certains équipements perdront leur valeur économique, détaille Jean Pisani-Ferry. Des usines devront fermer. Des salariés devront être réorientés vers d’autres secteurs. Les investissements devront augmenter pour réparer et reconstruire le stock de capital. » Ce qui implique de revoir l’ensemble de nos politiques macroéconomiques et de nos cadres de pensée. Parce qu’ils construisent en partie leurs projections sur l’étude des faits passés, les économistes mainstream sont un peu perdus.

Le risque de la colère sociale

Et pour cause : « La transition vers l’économie verte diffère fondamentalement des transitions socio-économiques passées, comme la révolution industrielle ou la mondialisation », souligne la Banque nationale du Danemark dans une récente étude sur le sujet. Ces dernières se sont, en effet, déroulées sur une période longue. Leur moteur était le progrès technologique, rendant obsolètes certains modes de production et entreprises – la destruction créatrice, en somme.

«L’angélisme de la croissance verte » ?

 «L’angélisme de la croissance verte » ?

 

Sous-estimant les coûts des changements à venir, nos gouvernements peinent encore à mesurer à quel point la transition écologique va bouleverser nos politiques économiques, observe Marie Charrel, journaliste au « Monde », dans sa chronique.(Extrait)

 

Inondations, sécheresses, incendies : cet été encore, les conséquences du dérèglement climatique ont été douloureuses. Et elles ne sont qu’un avant-goût des tragédies à venir, comme l’a rappelé le rapport du GIEC publié le 9 août. Pour stabiliser le réchauffement climatique sous les 2 °C, il nous faudra atteindre zéro émission nette de CO2 autour de 2050, préviennent les experts.

 

L’Union européenne, elle, s’est engagée à réduire d’au moins 55 % ses émissions d’ici à 2030 pour atteindre la neutralité climatique en 2050. Un objectif susceptible de transformer notre économie en profondeur. Seulement, voilà : « Jusqu’à présent, ces implications n’ont pas été abordées de manière systématique, relève Jean Pisani-Ferry dans une récente note pour le Peterson Institute, un centre de réflexion de Washington. Trop souvent, la transition écologique a été décrite, sinon comme un chemin semé de roses, du moins comme une entreprise plutôt bénigne. » Or, celle-ci sera brutale. Parce que nous avons trop tardé à agir. Parce que nous sous-estimons encore l’ampleur des changements individuels et collectifs à venir, tout comme leur coût.

Les réflexions sur le sujet sont trop souvent polluées par la confrontation entre deux grands camps : celui des optimistes de la croissance verte, certains que les avancées technologiques conjuguées à des investissements massifs permettront de limiter le réchauffement tout en préservant notre niveau de vie, et celui des décroissants, convaincus que la seule voie possible est de rompre avec le modèle capitaliste basé sur l’exploitation des ressources.

 

La plupart peinent à penser concrètement toutes les dimensions de la transition et leur articulation. « Certains équipements perdront leur valeur économique, détaille Jean Pisani-Ferry. Des usines devront fermer. Des salariés devront être réorientés vers d’autres secteurs. Les investissements devront augmenter pour réparer et reconstruire le stock de capital. » Ce qui implique de revoir l’ensemble de nos politiques macroéconomiques et de nos cadres de pensée. Parce qu’ils construisent en partie leurs projections sur l’étude des faits passés, les économistes mainstream sont un peu perdus.

Le risque de la colère sociale

Et pour cause : « La transition vers l’économie verte diffère fondamentalement des transitions socio-économiques passées, comme la révolution industrielle ou la mondialisation », souligne la Banque nationale du Danemark dans une récente étude sur le sujet. Ces dernières se sont, en effet, déroulées sur une période longue. Leur moteur était le progrès technologique, rendant obsolètes certains modes de production et entreprises – la destruction créatrice, en somme.

Croissance verte ou décroissance ?

Croissance verte ou décroissance ?

Un papier intéressant de France Info sur la problématique croissance verte décroissance (extrait)

La décroissance plaide pour une frugalité choisie afin de limiter les effets du changement climatique. Popularisée dans les années 2000, elle est de nouveau mise en lumière à l’occasion de la primaire écologiste.

« Nous sommes tous ensemble dans un train qui va à toute vitesse vers un précipice. » Voici comment Delphine Batho, candidate à la primaire des écologistes pour la présidentielle 2022, décrit la crise climatique actuelle, sur franceinfo, début août, après la parution d’un rapport choc du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Pour la députée des Deux-Sèvres, une seule solution : embrasser « la décroissance ». De Sandrine Rousseau à Jean-Luc Mélenchon, elle n’est pas la seule, à gauche, à vouloir s’inspirer de ce mouvement qui prône une frugalité choisie afin de limiter les effets du dérèglement climatique.

Vous n’êtes pas familier du concept ? Pas de panique, Franceinfo vous a prévu un cours accéléré pour tout comprendre à ce mot qui s’invite dans le débat politique.

Qu’est-ce que la décroissance ?

Il s’agit d’un courant de pensée philosophique, politique, social et économique popularisé en France au début des années 2000. Pour ses partisans, la croissance économique, mesurée par le produit intérieur brut (PIB), n’est pas soutenable du fait des ressources limitées de la Terre. Elle n’est pas non plus souhaitable au-delà d’un certain seuil car elle échoue depuis la fin des Trente Glorieuses à réaliser le plein emploi, la réduction des inégalités et la satisfaction de la population dans les pays développés, avancent-ils. 

Ses théoriciens proposent donc de lui substituer d’autres objectifs issus de la « réflexion sur ce que sont vraiment nos besoins fondamentaux et sur la façon dont on peut y répondre de manière soutenable écologiquement et plus juste socialement », explique à franceinfo Vincent Liegey, ingénieur et auteur notamment d’Exploring Degrowth : A Critical Guide (Pluto Press, 2020).

Concrètement, ça passe par quels types de mesures ?

Plus qu’un véritable mode d’emploi pour parvenir à un système décroissant, ses adeptes proposent des mesures dans différents domaines. Une réflexion récurrente est de distinguer les biens et les activités en fonction de leurs conséquences sur le climat, comme avec un taux de TVA différencié en fonction des produits, ou un quota d’unités de charge écologique détenu par chaque consommateur et dans lequel il puiserait chaque fois qu’il achète un bien. Logiquement, nombre des propositions des décroissants touchent aux secteurs des transports, de la construction et de l’alimentation, particulièrement polluants selon l’Insee.

Une autre réflexion qui traverse le courant décroissant est celle sur l’usage et le mésusage (l’usage abusif) des ressources. L’eau pourrait ainsi ne pas être payée au même prix selon qu’il s’agisse « de la boire ou bien de l’utiliser pour remplir sa piscine », explique Timothée Parrique, auteur d’une thèse (lien en anglais) en 2019 sur la décroissance, qui sera adaptée chez Flammarion en 2022.

Afin d’améliorer la justice sociale, certains décroissants imaginent une taxation plus importante des hauts revenus et la suppression des niches fiscales, dans la lignée des travaux de l’économiste de gauche et spécialiste des inégalités Thomas Piketty. Mais aussi l’instauration d’un revenu maximum ou d’un revenu universel. Enfin, sur le volet du bien-être, de nombreux décroissants prônent la réduction du temps de travail qui permettrait, selon eux, de partager l’emploi existant et d’investir davantage le temps libre pour l’art, la culture et les liens interpersonnels.

Mais au fait, ça vient d’où ?

« La décroissance n’a pas attendu ce mot pour exister », note le philosophe Dominique Bourg, directeur de la revue La Pensée écologique et soutien de la candidate à la primaire écologiste Delphine Batho. Historiquement, la décroissance est la résultante de deux courants : la critique du développement et la prise en compte des questions écologiques. Le premier est conçu dès le début du XXe siècle par des penseurs pour qui développement ou technique ne vont pas nécessairement de pair avec le bien-être et le progrès humain. Le second naît dans les années 1970 avec un rapport intitulé « Les limites de la croissance » (en anglais) et les travaux de l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen pour qui la croissance infinie dans un monde fini est impossible.

Pourtant,  »les débats sur la pensée écologiste ont disparu dans les années 1980 avec le rouleau compresseur du néolibéralisme » et l’effondrement du bloc soviétique, avance Dominique Bourg. Il faut attendre le début des années 2000 pour voir ressurgir une nouvelle prise de conscience, grâce notamment « aux rapports du Giec et à l’intérêt des médias dominants pour les conséquences du dérèglement climatique ».

En 2002, la revue écologiste Silence consacre un numéro à la décroissance. Le mot est notamment popularisé par l’économiste Serge Latouche et le militant anti-pub Vincent Cheynet, et il est bientôt traduit en anglais par « degrowth », qui connaît un succès mondial. Le mouvement français connaît son apogée dans les années 2000 (lancement d’une revue et d’un parti politique, organisation de colloques et publication d’une multitude de livres…). Surtout à gauche, mais pas seulement. La décroissance est également reprise par certains milieux catholiques ou d’extrême droite, attirés par l’idée d’un certain ascétisme ou le rejet de la mondialisation, comme l’explique Le Monde.

Le bouillonnement militant et intellectuel autour de la décroissance se tasse pourtant dans la décennie suivante, notamment marquée par les divergences de vue entre ses promoteurs puis par le succès de la collapsologie. Pour autant, la décroissance a infusé certains cercles militants, qui la mobilisent pour justifier le développement d’alternatives concrètes comme les ressourceries, les monnaies locales, les jardins partagés et les coopératives.

Pourquoi m’en parlez-vous maintenant ?

Parce que le concept est de nouveau placé sous le feu des projecteurs par la primaire écologiste, qui se tient entre les 16 et 28 septembre. L’une des quatre candidates, l’ancienne ministre de l’Ecologie Delphine Batho, revendique la décroissance comme étant au cœur de son engagement. Cette dernière « est la seule voie réaliste », expliquait-elle le 10 août sur franceinfo. Si son intérêt pour le sujet est longuement expliqué dans une note de campagne sur le site de son parti, Génération écologie, la candidate en dit néanmoins très peu sur la manière dont elle compte la mettre en pratique.

S’ils n’emploient pas ouvertement le terme, les autres candidats à la primaire écologiste (mais aussi des figures de la gauche comme Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon) proposent également certaines mesures proches de la décroissance. L’économiste Sandrine Rousseau, qui souligne dans son programme que « notre Terre n’a pas de ressources illimitées », plaide pour « une véritable fiscalité carbone, en stoppant les subventions aux industries polluantes » et expliquait le 25 juillet dans l’émission YouTube « Backseat » qu’il faudrait « évidemment diminuer le volume de nos consommations ». Le maire de Grenoble, Eric Piolle, qui expliquait sur France Inter le 6 juillet refuser de choisir une « religion » entre « croissantiste » et « décroissantiste », promet dans son programme la mise en place d’un  »ISF climatique » pour taxer les particuliers les plus pollueurs et souhaite  »une loi sur la sobriété numérique qui vise la réduction de l’empreinte carbone de 40% du numérique » d’ici 2022

L’ancien chef d’entreprise Jean-Marc Governatori assure lui aussi refuser le débat entre « croissance et décroissance », même s’il souhaite « mettre en place dès maintenant une activité humaine compatible avec la biosphère dans des objectifs de pleine santé et de plein emploi ». Egalement prudent lorsqu’il emploie le mot de décroissance, comme il l’expliquait sur France Inter début juillet, l’eurodéputé Yannick Jadot annonce néanmoins dans son programme qu’il veut « augmenter la TVA sur tous les produits et services polluants et à l’obsolescence programmée » et mobiliser « 20 milliards par an dès 2021 et sur 2022-2027 pour la transformation des secteurs les plus polluants ».

Est-ce que la décroissance a déjà été mise en pratique ?

La décroissance « n’a jamais été appliquée à grande échelle, reconnaît Vincent Liegey, mais il y a déjà un grand nombre d’espaces dans nos sociétés dans lesquels des mesures décroissantes sont expérimentées au quotidien ». Entre autres exemples, on peut citer un fourmillement d’initiatives locales autour de la low tech, de la permaculture, des circuits courts, mais aussi des espaces comme des ressourceries ou le site de seconde main Leboncoin. Plusieurs pays ont par ailleurs proposé des indicateurs de progrès autres que le PIB, tels que la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Bhoutan… et même la France, depuis 2015. Le développement de la démocratie participative est également salué, avec des expérimentations comme la Convention citoyenne pour le climat. Les mouvements sociaux ne sont pas en reste, avec l’apparition de groupes de défense du climat comme Extinction Rebellion ou Fridays for Future.

Qu’en disent ses détracteurs ?

La décroissance rencontre un grand nombre de critiques, à la fois extérieures et intérieures à ses cercles. Voici les principales :

La critique du « retour en arrière ». Pour certains, la décroissance est synonyme d’un refus de la modernité et des technologies. Comme Emmanuel Macron, qui ironisait en septembre 2020 sur ceux qui, critiquant le déploiement de la 5G, préféreraient  »le modèle amish » et le  »retour à la lampe à huile »Dans un monde décroissant, bye bye les SUV et les iPhone 12. Néanmoins, « la décroissance n’est pas anti-technique, mais pour une réappropriation de la technique au service de l’amélioration du bien-être humain », assure l’essayiste Vincent Liegey.

La critique du catastrophisme. Cette première critique va de pair avec une seconde, selon laquelle les décroissants font l’impasse sur l’innovation, qui aurait toujours permis à l’humanité de relever les défis présentés par la nature. « C’est par la technique qu’on résoudra les problèmes posés. Quand on voit les progrès dans le solaire, l’éolien (…), la mise au point de bactéries pour dévorer des sacs plastiques… Cela peut aller tout aussi vite que le progrès des technologies fondées sur le carbone au XIXe siècle », estimait ainsi l’essayiste libéral Gaspard Koenig en septembre 2019 auprès de l’AFP. Il ne faut pas avoir une « foi aveugle » dans le progrès, répondent les partisans de la décroissance. Contrairement à ceux qui soutiennent la « croissance verte » ou le « développement durable », ils mettent en avant que l’alliance entre croissance économique et progrès technique n’a jamais prouvé qu’elle permettait de réduire suffisamment (lien en anglais) les pollutions pour répondre à l’urgence climatique actuelle.

La critique sur le maintien de la pauvreté. Pour les économistes libéraux, la croissance est un préalable à la redistribution des richesses. Moins de 10% de la population mondiale vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, contre plus de 35% trente ans plus tôt, rapporte en effet la Banque mondiale. Pour ces critiques, les décroissants seraient donc partisans de la récession, et à terme du maintien de la pauvreté dans les pays en voie de développement. Mais la théorie de la décroissance est sélective et ne concerne  »que les pays riches ayant déjà atteint des seuils de production suffisants pour satisfaire les besoins de leur population », répond l’économiste Timothée Parrique. « Les pays du Sud qui vivent dans la pauvreté doivent bien entendu produire ce dont ils ont besoin, mais pour ce faire, encore faut-il que les ressources soient disponibles – d’où la logique d’une décroissance dans les pays du Nord », ajoute-t-il. Pour éviter la confusion entre décroissance et récession, « il faudrait sans doute utiliser un terme comme celui d »acroissance’, avec [un] ’a-’ privatif », plaide Serge Latouche dans La Décroissance (Que sais-je ?, 2019).

La critique de la mise en œuvre. Les solutions avancées par les décroissants sont variées mais rarement présentées sous la forme d’un système cohérent qui permet d’envisager sa mise en œuvre concrète, notent plusieurs analystes, y compris parmi les adeptes de la décroissance. Quel système politique adopter pour la prise de décision en commun ? Jusqu’à quel point la production mondiale doit-elle décroître, et avec quelle population ? Comment concilier réduction du temps de travail et besoin accru de main-d’œuvre lié à une plus faible utilisation de la technologie ?  »Tout le monde tâtonne là-dessus depuis dix ans et on n’a pas encore la réponse. Le design d’une société compatible avec la durabilité de la Terre est quelque chose qu’on doit encore créer et qu’on n’a pas devant nous », reconnaît Dominique Bourg.

Environnement : «L’angélisme de la croissance verte »

Environnement : «L’angélisme de la croissance verte »

 

Sous-estimant les coûts des changements à venir, nos gouvernements peinent encore à mesurer à quel point la transition écologique va bouleverser nos politiques économiques, observe Marie Charrel, journaliste au « Monde », dans sa chronique.(Extrait)

 

Inondations, sécheresses, incendies : cet été encore, les conséquences du dérèglement climatique ont été douloureuses. Et elles ne sont qu’un avant-goût des tragédies à venir, comme l’a rappelé le rapport du GIEC publié le 9 août. Pour stabiliser le réchauffement climatique sous les 2 °C, il nous faudra atteindre zéro émission nette de CO2 autour de 2050, préviennent les experts.

 

L’Union européenne, elle, s’est engagée à réduire d’au moins 55 % ses émissions d’ici à 2030 pour atteindre la neutralité climatique en 2050. Un objectif susceptible de transformer notre économie en profondeur. Seulement, voilà : « Jusqu’à présent, ces implications n’ont pas été abordées de manière systématique, relève Jean Pisani-Ferry dans une récente note pour le Peterson Institute, un centre de réflexion de Washington. Trop souvent, la transition écologique a été décrite, sinon comme un chemin semé de roses, du moins comme une entreprise plutôt bénigne. » Or, celle-ci sera brutale. Parce que nous avons trop tardé à agir. Parce que nous sous-estimons encore l’ampleur des changements individuels et collectifs à venir, tout comme leur coût.

Les réflexions sur le sujet sont trop souvent polluées par la confrontation entre deux grands camps : celui des optimistes de la croissance verte, certains que les avancées technologiques conjuguées à des investissements massifs permettront de limiter le réchauffement tout en préservant notre niveau de vie, et celui des décroissants, convaincus que la seule voie possible est de rompre avec le modèle capitaliste basé sur l’exploitation des ressources.

 

La plupart peinent à penser concrètement toutes les dimensions de la transition et leur articulation. « Certains équipements perdront leur valeur économique, détaille Jean Pisani-Ferry. Des usines devront fermer. Des salariés devront être réorientés vers d’autres secteurs. Les investissements devront augmenter pour réparer et reconstruire le stock de capital. » Ce qui implique de revoir l’ensemble de nos politiques macroéconomiques et de nos cadres de pensée. Parce qu’ils construisent en partie leurs projections sur l’étude des faits passés, les économistes mainstream sont un peu perdus.

Le risque de la colère sociale

Et pour cause : « La transition vers l’économie verte diffère fondamentalement des transitions socio-économiques passées, comme la révolution industrielle ou la mondialisation », souligne la Banque nationale du Danemark dans une récente étude sur le sujet. Ces dernières se sont, en effet, déroulées sur une période longue. Leur moteur était le progrès technologique, rendant obsolètes certains modes de production et entreprises – la destruction créatrice, en somme.

Engie : Électricité  » 100 % » verte mais des profits grâce au nucléaire !

Engie : Électricité  » 100 % »  verte mais des profits grâce au nucléaire !

 

Engie a relevé ses objectifs pour l’année, et vise désormais un résultat net récurrent (hors exceptionnel) entre 2,5 et 2,7 milliards d’euros, contre 2,3 à 2,5 milliards attendus auparavant, précise-t-il dans un communiqué.Mais un résultat surtout dû au profit réalisé dans le nucléaire. Par ailleurs, il poursuivra son programme de cession de certains actifs – de 9 milliards d’euros sur la période 2021-2023 -, annoncé en juillet 2020, dont le but est de simplifier le groupe et donner un coup d’accélérateur sur les énergies renouvelables.

« Les résultats du groupe se sont améliorés, grâce à un solide deuxième trimestre tiré principalement par les activités de gestion d’énergie, le nucléaire, des températures inférieures à la moyenne et l’amélioration de la performance des Solutions Clients au cours du deuxième trimestre par rapport au premier », a commenté Isabelle Kocher, Directrice Générale d’Engie.

La conversion verte du lobby pétrolier : du bidon ?

La conversion verte  du  lobby pétrolier : du bidon ?

Un article du Wall Street Journal s’interroge sur la réalité de la conversion verte du lobby de l’industrie pétrolière.

 

Plus grand lobby de l’industrie pétrolière et gazière de Washington, l’American Petroleum Institute (API) a passé des décennies à mettre sa force de frappe financière au service du dézingage de la moindre initiative écologique se mettant en travers de sa route.

Puis, en mars dernier, tout a changé. L’API a publié son « Cadre pour l’action climatique », un ensemble de recommandations pour faire baisser les émissions et favoriser les énergies propres.

Au centre de la démarche, deux mesures auxquelles le groupe s’est opposé pendant des années : le durcissement de la réglementation du méthane (un gaz à effet de serre qui se dégage lors de l’exploitation et du transport du pétrole et du gaz) et la fixation d’un prix pour le carbone (une taxe sur les émissions de dioxyde de carbone).

Le défi du changement climatique, affirme le lobby, exige « de nouvelles approches, de nouveaux partenaires, de nouvelles politiques et une innovation constante ».

Les observateurs sont unanimes : le revirement est spectaculaire. Sauf qu’il ne fait plaisir à personne.

Les démocrates restent favorables aux énergies alternatives et sceptiques vis-à-vis de l’industrie pétrolière. Alliés historiques d’un secteur qu’ils ont toujours défendu, les républicains se sentent trahis. Le Congrès, lui, envisage de dépenser des centaines de milliards de dollars pour aider les sociétés de services aux collectivités et les spécialistes de l’éolien et du solaire, en partie en imposant de nouvelles taxes aux compagnies pétrolières et gazières.

Au sein même de l’API, la situation a accentué des dissensions presque aussi vieilles que le secteur : les géants, dont Royal Dutch Shell, BP et Exxon Mobil, ont demandé au lobby d’en faire davantage pour la transition vers des carburants moins polluants et le respect de la réglementation, alors que les autres (les indépendants et les raffineurs) considèrent la démarche comme une menace pour leur activité et estiment que les géants veulent, grâce à elle, consolider leur pouvoir.

Organisation centenaire, l’API essaie tant bien que mal de trouver un consensus acceptable par ses quelque 600 membres, ce qui semble de plus en plus délicat puisqu’aucun n’est d’accord sur la réponse à apporter aux inquiétudes climatiques et aux réactions politiques.

« L’API se trouve en position de faiblesse en ce moment, estime Trent Lott, ancien responsable de la majorité républicaine au Sénat désormais salarié du lobby Crossroads Strategies à Washington qui a travaillé sur les questions de politique énergétique et de taxe carbone. Ils sont tiraillés de tous les côtés. »

Avec un chiffre d’affaires annuel de 200 millions de dollars, essentiellement tiré des cotisations des membres et de son activité de normalisation et de certification, l’API est un géant du lobbying washingtonien. Grâce à ses bureaux en Chine, au Brésil, aux Emirats arabes unis et à Singapour, selon des documents fiscaux, il a une envergure mondiale, ce qui le rend intéressant aux yeux de multinationales très présentes aux Etats-Unis, comme BP ou Shell

De fait, l’API est bousculée par l’évolution des mentalités qui a suivi la conclusion, en 2016, de l’Accord de Paris sur le climat. Outre les majors pétrolières, d’anciens alliés historiques du secteur à Detroit et à Wall Street plaident désormais pour un avenir moins dépendant des énergies fossiles. Autre mauvaise nouvelle : le Parti démocrate a désormais les clés du Congrès et de la Maison Blanche.

L’évolution de la situation influencera la manière dont le secteur pétrolier répondra aux initiatives climatiques, mais aussi la capacité future de l’API à peser sur les lois et les réglementations. En désaccord sur la stratégie climatique, plusieurs membres ont menacé de claquer la porte et TotalEnergies a résilié son adhésion en janvier de cette année.

Pour l’heure, le lobby a réussi à endiguer l’hémorragie, et même accueilli de nouveaux membres.

Avec un chiffre d’affaires annuel de 200 millions de dollars, essentiellement tiré des cotisations des membres et de son activité de normalisation et de certification, l’API est un géant du lobbying washingtonien. Grâce à ses bureaux en Chine, au Brésil, aux Emirats arabes unis et à Singapour, selon des documents fiscaux, il a une envergure mondiale, ce qui le rend intéressant aux yeux de multinationales très présentes aux Etats-Unis, comme BP ou Shell.

Outre son activité de lobbying, l’API est aussi l’arbitre des normes techniques du secteur (exigences pour les équipements de pompage ou le forage en eaux profondes), des normes intégrées aux règles locales et fédérales qui servent de référence aux régulateurs du monde entier. De son côté, sa division services certifie le matériel de forage, les stations-service et les différents types de carburant.

Pendant des années, l’API a usé de son influence pour entraver la montée en puissance du lobby écologiste, minant les tentatives de durcissement des normes de pollution à l’ozone, contribuant à la levée de l’interdiction des exportations de pétrole et anticipant l’adoption de mesures de limitation des émissions de méthane.

Son coup de maître ? Participer, en 2009, au sabordage du projet de loi dit Waxman-Markey, dernière tentative législative ambitieuse pour limiter les émissions de gaz à effet de serre par des sanctions pécuniaires.

 

Engie : Électricité 100 % verte mais des profits grâce au nucléaire !

Engie : Électricité 100 % verte mais des profits grâce au nucléaire !

 

Engie a relevé ses objectifs pour l’année, et vise désormais un résultat net récurrent (hors exceptionnel) entre 2,5 et 2,7 milliards d’euros, contre 2,3 à 2,5 milliards attendus auparavant, précise-t-il dans un communiqué.Mais un résultat surtout du au profit réalisé dans le nucléaire. Par ailleurs, il poursuivra son programme de cession de certains actifs – de 9 milliards d’euros sur la période 2021-2023 -, annoncé en juillet 2020, dont le but est de simplifier le groupe et donner un coup d’accélérateur sur les énergies renouvelables.

« Les résultats du groupe se sont améliorés, grâce à un solide deuxième trimestre tiré principalement par les activités de gestion d’énergie, le nucléaire, des températures inférieures à la moyenne et l’amélioration de la performance des Solutions Clients au cours du deuxième trimestre par rapport au premier », a commenté Isabelle Kocher, Directrice Générale d’Engie.

 

Finance verte: Un collectif pour une démarche davantage sociale

Finance verte: Un collectif pour une démarche davantage sociale

 

Le réseau d’acteurs de la finance durable de Paris Europlace, Finance for Tomorrow, a annoncé mercredi 30 juin la création d’une plateforme collaborative qui vise à promouvoir une «transition socialement acceptable vers des économies bas-carbone» dans l’Opinion

 

 

Finance for Tomorrow veut œuvrer pour une « transition juste ». Mercredi 30 juin, le réseau d’acteurs privés, publics et institutionnels de la Place de Paris, engagés dans la finance durable, a annoncé le lancement de sa coalition, « Investors for a Just Transition ». Une « première mondiale », qui réunit des gestionnaires et détenteurs d’actifs de l’écosystème financier français, et qui vise à promouvoir une « transition socialement acceptable vers des économies bas-carbone », précise le communiqué publié sur le site du réseau, et relayé par Les Echos.

Une ambition que les membres de la coalition comptent concrétiser en menant « des actions d’engagement auprès des entreprises » pour les inciter à développer des stratégies en faveur de la transition environnementale et intégrer de « meilleures pratiques dans différents secteurs ». La « question sociale », sans laquelle « la transition ne sera pas possible », sera ainsi au cœur des échanges entre les différentes parties prenantes de cette plateforme collaborative. « Le secteur financier a un rôle à jouer dans cette démarche en intégrant pleinement la dimension sociale dans ses politiques de financement », plaide Jean-Jacques Barbéris, vice-président de Finance for Tomorrow, cité dans le communiqué. D’autant plus dans ce contexte de crise économique et sociale, liée à la pandémie de Covid-19.

 

Finance for Tomorrow souligne par ailleurs que la Place financière de Paris a été « la première à définir la transition juste et à prendre position en faveur de son intégration dans les stratégies d’investissement ». Pour autant, si cet écosystème financier fait office de pionnier, le réseau rappelle que l’urgence de mettre en œuvre une transition socialement acceptable vers des économies bas-carbone reste une « problématique mondiale », qui nécessite les ressources et les actifs de tous les acteurs à l’international, « pour soutenir l’émergence de méthodologies, d’indicateurs et d’outils financiers autour de la transition juste ».

Parmi ses principaux champs d’action, la coalition permettra notamment de former un partenariat académique avec une université ou un institut de recherche français de premier plan, et de créer un « Hub Transition Juste », un outil interactif qui permettra aux investisseurs « d’évaluer la performance des entreprises sur l’aspect social de leur transition ».

Environnement- Electricité 100 % verte d’Engie: Une escroquerie

Environnement

Electricité 100 % verte d’Engie: Une escroquerie

A l’occasion du tournoi de tennis de Roland-Garros on voit resurgir le fameux slogan d’Engie qui promet une électricité 100 % verte. Observons que parallèlement EDF promet seulement 97 % d’électricité sans carbone. Pas seulement une promesse pour EDF mais une réalité car la plupart de l’électricité vient du nucléaire qui ne produit aucun carbone.

 

Engie  mais aussi bien d’autres fournisseurs promettent pourtant une électricité verte alors qu’en réalité ils utilisent tout le même réseau qui distribue exactement la même électricité pour les particuliers et même la plupart des entreprises. Pour donner une légitimité à la peinture verte d’Engie, cette dernière entreprise investit dans d’illusoires éoliennes dans la France profonde, soit directement, soit indirectement dans des sociétés écrans. Ce qui ne l’empêche pas d’être aussi présentes dans le nucléaire, dans le gaz y compris celui bientôt en provenance de Russie.

Le concept d’électricité verte accessible à tous constitue une fumisterie. Les énergies alternatives au nucléaire n’occupent qu’une part très marginale. Et la production par exemple de certaines éoliennes est purement et simplement inutilisée mais quand même grassement rémunérée par le contribuable. Une aubaine pour les profiteurs locaux et l’entourage de certains conseils municipaux bien arrosés par les promoteurs d’éoliennes. De la même manière l’hydrogène verte constitue la même escroquerie car la filière ne pourra se développer de manière significative qu’avec les réserves de production d’électricité du nucléaire actuellement n’en utilisées.

Electricité 100 % verte d’Engie: Une escroquerie

Electricité 100 % verte d’Engie: Une escroquerie

A l’occasion du tournoi de tennis de Roland-Garros on voit resurgir le fameux slogan d’Engie qui promet une électricité 100 % verte. Observons que parallèlement EDF promet seulement 97 % d’électricité sans carbone. Pas seulement une promesse pour EDF mais une réalité car la plupart de l’électricité vient du nucléaire qui ne produit aucun carbone.

 

Engie  mais aussi bien d’autres fournisseurs promettent pourtant une électricité verte alors qu’en réalité ils utilisent tout le même réseau qui distribue exactement la même électricité pour les particuliers et même la plupart des entreprises. Pour donner une légitimité à la peinture verte d’Engie, cette dernière entreprise investit dans d’illusoires éoliennes dans la France profonde, soit directement, soit indirectement dans des sociétés écrans. Ce qui ne l’empêche pas d’être aussi présentes dans le nucléaire, dans le gaz y compris celui bientôt en provenance de Russie.

Le concept d’électricité verte accessible à tous constitue une fumisterie. Les énergies alternatives au nucléaire n’occupent qu’une part très marginale. Et la production par exemple de certaines éoliennes est purement et simplement inutilisée mais quand même grassement rémunérée par le contribuable. Une aubaine pour les profiteurs locaux et l’entourage de certains conseils municipaux bien arrosés par les promoteurs d’éoliennes. De la même manière l’hydrogène verte constitue la même escroquerie car la filière ne pourra se développer de manière significative qu’avec les réserves de production d’électricité du nucléaire actuellement n’en utilisées.

Pour une relance verte aussi en Afrique

Pour une relance verte aussi en Afrique

 

L’expert Mohamed Adow et l’économiste Philippe Quirion rappellent que l’Afrique a besoin d’une relance verte, au moment où la France et les autres bailleurs s’apprêtent à desserrer les cordons de la bourse pour aider le continent à lutter contre le Covid-19.

 

Tribune.

 

Le 18 mai, plusieurs chefs d’Etat africains vont se réunir virtuellement autour du président français lors d’un « sommet sur le financement durable des économies africaines ». Si cet événement vise avant tout à répondre aux besoins des économies africaines durement touchées par la crise économique actuelle, il doit impérativement lier les enjeux de relance économique aux défis climatiques et environnementaux.

En mentionnant cet événement comme un enjeu de finance climatique lors du sommet des dirigeants sur le climat le 22 avril, Emmanuel Macron a illustré les liens existants entre dette et changement climatique. Les pays africains sont en effet en première ligne du changement climatique et subissent souvent de plein fouet des événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations…) qui affaiblissent leurs économies.

 

Ces pays souvent déjà massivement endettés, car le remboursement de leur dette accapare la majorité de leurs ressources, les empêchant de libérer des fonds pour répondre de manière adéquate aux besoins de leurs populations durement affectées par les impacts climatiques et de mettre en place les politiques sociales nécessaires.

Sans ressources suffisantes pour financer des initiatives d’adaptation au changement climatique, ces pays sont d’autant plus vulnérables aux chocs climatiques, qui les appauvrissent davantage, comme on l’a vu au Mozambique, où le cyclone Idai en mars 2019 a généré des dégâts équivalant à 12 % de son produit intérieur brut (PIB) national.

Pire encore, le risque élevé de catastrophes climatiques extrêmes augmente leur coût d’emprunt, ce qui limite encore leur accès à des ressources financières et aboutit, in fine, à les enfermer dans un véritable cercle vicieux.

Dans un tel contexte, répondre à la crise de la dette peut et doit avoir de véritables cobénéfices sociaux et environnementaux. Bien que bienvenue, la redistribution à titre charitable des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international (FMI) qui pourraient s’élever à 650 milliards de dollars (536 milliards d’euros) et les mesures de suspension des paiements sont nettement insuffisantes.

Il est nécessaire de procéder à des annulations rapides et conséquentes de dettes souveraines, qui doivent s’étendre à tous les pays en développement confrontés à des situations intenables de surendettement. Plutôt que de s’engager dans une initiative unilatérale dont elle a trop souvent l’habitude, la France doit œuvrer pour promouvoir un mécanisme onusien, transparent, inclusif et équitable, de résolution des dettes, impliquant également les créanciers privés, pour mener une politique de restructuration des dettes à long terme.

Eric Piolle (EELV): son programme de France verte

Eric Piolle (EELV): son programme de France verte

 

Le maire de Grenoble d’Europe Ecologie les Verts candidat à la candidature pour les présidentielles expose son programme de France verte abordant y compris les questions industrielles (interview dans la Tribune)

 

ERIC PIOLLE – Il s’agit tout d’abord d’une plateforme collective, que l’on avait imaginée après une série de rencontres avec Camille Etienne à l’issue de l’anniversaire de la Cop 21. Celle-ci rassemble aujourd’hui près de 1.500 personnes et quelques centaines d’entre elles qui travaillent de manière très collective.

Nous venons en effet de déposer nos premières propositions à l’égard de la plateforme du projet écologiste, qui a été ouverte fin avril, jusqu’au 12 juin prochain.

Notre idée est de défendre le principe d’un référendum, avec le besoin de créer un choc démocratique tout de suite après l’élection, afin de déverrouiller l’avenir.

Pour autant, à travers ce site Une certaine idée de demain, qui affirme vouloir mobiliser « autour de la démarche collective impulsée par Eric Piolle », vous n’appelez pas à une véritable « révolution » ?

Il s’agit de sujets assez consensuels au fond, car l’idée n’est pas d’aller sur des sujets conflictuels, mais de profiter de la légitimité du président qui sera élu pour déverrouiller ce qui n’a pas été fait, c’est-à-dire l’adaptation de nos institutions.

A la fois pour sortir de la monarchie présidentielle et arrêter les nominations réalisées par le président, mais aussi pour supprimer les articles qui lui arrogent les pleins pouvoirs, ou encore pour permettre des élections à l’Assemblée nationale avec l’instauration de la proportionnelle, tout en conservant sa stabilité.

Il s’agissait de l’une des grandes revendications des gilets jaunes que de changer la donne, sans abuser de la légitimité des élections.

Peut-on en conclure qu’à travers ces premières propositions ainsi que ce site, qui réunit vos propres soutiens, vous êtes vous-même candidat à la primaire écologiste, comme beaucoup l’estimaient déjà ?

Je regarderai cela après les élections régionales, qui sont la première et la prochaine étape.

C’est pour cela que pour l’instant, je suis en déplacement chaque week-end, afin de soutenir les candidats écologistes, à la fois au sein des départements et des régions un peu partout en France, avec la même logique de cohérence et une détermination constante.

Prévoyez-vous de publier de nouvelles « contributions » à la plateforme écologiste d’ici juin prochain ?

Le fait d’avoir déjà déposé une centaine de propositions au sein d’Une certaine idée de demain pourrait nous permettre de faire émerger une dizaine de propositions à la plateforme écologiste, car chacun doit pouvoir contribuer au projet collectif.

Cette primaire visera avant tout à choisir le candidat écologiste, qui sera ensuite en charge de fédérer et de porter un projet politique qui suscite l’adhésion.

Tout le monde parle du risque de duel entre Macron et le Pen. Mais l’on oublie une chose : pour qu’un autre chemin aboutisse, il faudra également proposer un projet positif ainsi qu’une autre vision de la société, qui ne soit ni le monde ultralibéral de Macron, ni le monde de repli sur soi du Rassemblement national.

Au cours des dernières semaines, EELV semble désormais divisé entre deux tendances : celle de désigner son candidat à la primaire, puis de chercher le rassemblement de l’arc humaniste que vous appelez de vos vœux, ou bien celle de construire dès à présent ce rassemblement avec l’ensemble des forces de gauche -une méthode plutôt suivie par Yannick Jadot-?

Je ne crois pas qu’il existe réellement ces deux tendances, car la volonté est de dire que nous faisons un rassemblement. C’est le message général qui est porté, avec le terme d’arc humaniste qui est désormais effectivement repris, et qui mène à mon sens à une convergence positive. Mais cela ne doit pas changer le calendrier, il faut y aller étape par étape.

Il nous faut pour cela déjà réussir les élections régionales, qui peuvent réellement changer la vie quotidienne des Français, et choisir ensuite cette candidature écologiste, pour que le débat soit clair et incarné, avec méthode.

Cela veut dire que pour vous, on ne peut pas s’allier correctement avec les forces de gauche avant d’avoir un chef de file ?

Cela ne me semble pas possible si l’on souhaite une démarche sincère et efficace. Il faut prendre en compte les étapes et la dimension de rythme.

Vous êtes vous-même candidat aux élections régionales, en dernière position non éligible pour soutenir la candidate EELV Fabienne Grébert. Or, on voit qu’à moins de deux mois avant l’échéance, les sondages donnent toujours le président sortant LR Laurent Wauquiez très en avance sur l’ensemble des forces, dont EELV (qui serait en 4e position, après LR, le RN et LREM). Ne doit-on pas là aussi prôner l’arc humaniste dès à présent ?

Le mode de scrutin des régionales fait que l’on doit avoir un rassemblement, la question est de savoir s’il aura lieu au premier ou au second tour. Mais ce n’est pas une question sur le fond, le rassemblement devra se faire.

Ensuite, les sondages sont ce qu’ils sont : il ne faut pas oublier qu’aux dernières élections, on m’a moi-même donné en moyenne 10 points de moins que le score que nous avons finalement réalisé. C’est encore le cas en 2020 pour les municipales à Grenoble, tout comme à Lyon.

Nous sommes également dans une période tellement mouvante, qu’il faudra regarder les choses de plus près, lorsque les Français les Français sortiront le nez du Covid, avec la vaccination qui avance.

On voit bien dans les centres d’intérêts des Français que, si l’instrumentalisation autour des questions sanitaires fonctionne, la question environnementale demeure une préoccupation très haute, avec les enjeux climatiques et de justice sociale, qui ne vont faire que remonter à la surface au fil du temps.

Je ne m’attache donc pas aux sondages, il faut réaliser la compagne à fond, avec une démarche positive.

Laurent Wauquiez a, de son côté, promis des millions et des millions à tout le monde, avec un art de l’affichage qui est réel. Mais ce qui l’a mis en échec en 2019, à savoir sa ligne très dure, et sa volonté d’aller chasser sur les terres du Rassemblement National, n’a au fond pas changé.

Sur le terrain régional justement, le sujet des énergies renouvelables monte actuellement en AuRA : vous étiez vous-même ce samedi aux côtés des salariés d’EDF, contre la loi Hercule : que défendiez-vous sur ce dossier ?

Il s’agit d’un sujet essentiel puisque le monde de l’énergie vit des transformations très fortes, et pendant ces transformations, le président de la République choisi au contraire de privatiser ce qui est l’avenir des énergies renouvelables, et de conserver dans le giron public ce qui va précisément constituer une dette future colossale : à savoir la mise en sécurité de centrales, leur démantèlement, la gestion des déchets… Ce sont des centaines de milliards d’euros qui sont déjà chiffré, et ce chiffre est sans doute sous-estimé.

Nous nous battons pour que l’énergie de demain soit l’énergie des biens communs. Ce qui est intéressant, c’est d’avoir un rassemblement très large, qui comprenne à la fois les salariés, l’ensemble des syndicats, formations politiques, mouvements citoyens, gilets jaunes, O.N.G. environnementales…

Nous nous arrivons en fin de mandat avec une cascade d’agendas, mais aussi une légitimité politique qui est fragilisée : il y a matière à freiner ce projet.

Le dossier Hercule n’est pas le seul à agiter la scène iséroise en matière d’industrie : des dossiers comme FerropemPhotowatt et même General Electric se traduisent eux aussi par des fermetures et suppressions d’emplois envisagées…

On voit bien que sur ces trois dossiers, il existe cette volonté de démanteler et de privatiser l’avenir ainsi que le bien commun.

On est en ligne avec le projet d’Emmanuel Macron, qui expliquait dans son livre que son objectif était « d’adapter la France à la marche du monde ». Il s’agit d’une marche néolibérale et de compétition à tout-va, avec un affaiblissement des services publics de manière générale.

J’étais moi-même impliqué sur le dossier Photowatt en tant que conseiller régional il y a déjà 10 ans, et nous nous étions déjà mobilisés à l’époque afin de favoriser une reprise dans le périmètre d’Edf.

Mais force est de constater qu’Edf n’a rien fait de cette entreprise, n’a pas investi pour développer son capital, et ne rachète même pas ses propres panneaux… Cela montre la vacuité du double discours dans ce dossier.

Finalement, que faire pour conserver et développer cette filière ? Votre candidature aux régionales Fabienne Grébert proposait récemment la création de 100.000 emplois à l’échelle d’AuRA : pour faire quoi ?

Les dernières évaluations successives évaluent elles aussi que les énergies renouvelables nécessiteront la création de 600.000 emplois d’ici 2030. On sait qu’il s’agit d’un nombre colossal, qui représente déjà 150 à 200.000 emplois si l’on choisissait d’arrêter demain les intrants, engrais, ou pesticides dans l’agriculture par exemple.

C’est un gisement d’emplois qui demande un courage politique, mais aussi une vision. Si l’on reste dans la privatisation du monde, on ne peut pas prendre ce chemin.

Faut-il pour autant passer, selon vous, par des leviers comme celui de la nationalisation ?

On peut imaginer d’avoir une partie nationalisée, ou du moins un retour dans le giron public, à travers un contrôle qui serait par exemple assuré par un satellite public. Cela pourrait être aussi une occasion d’impliquer les collectivités locales ou les citoyens.

Face aux questions d’acceptabilité sociale des éoliennes par exemple, on se rend compte que si l’on reste dans la même logique, qui est d’installer une éolienne quelque part, d’en tirer un revenu, et de l’envoyer ensuite ailleurs, à l’autre bout de la planète, cela pose des questions de gouvernance. Or le projet d’Emmanuel Macron est d’aller acheter la transition à l’étranger.

On sent que les thématiques de réindustrialisation sont désormais plus nombreuses au sein de votre discours, tout comme de celui de votre homologue Fabienne Grébert, ainsi que de Yannick Jadot. En quoi est-ce une notion naturelle au sein du projet des Verts ? Est-ce que ce terme fait réellement partie de l’écologie politique ?

Il est naturel que ce terme s’inscrive dans la vision de l’écologie, car il ne faut pas oublier que près de 50 % des gaz à effets de serre sont aujourd’hui importés. On ne peut pas uniquement réduire les gaz à effet de serre ici, et transférer l’activité ailleurs.

C’est pour cela que réindustrialiser a du sens, car cela fait circuler l’économie, de manière plus circulaire justement. Dès 2010, quand je me suis engagé au conseil régional, je portais déjà le slogan des 3R : à savoir relocaliser, reconvertir, et redistribuer, et cela reste pertinent.

Pourtant, l’industrie a souvent été pointée, au cours des dernières années, comme l’une des principales sources d’émissions de GES : en quoi les choses ont changé pour en faire un levier ?

Il est vrai que l’industrie peut polluer, mais tout l’enjeu est justement d’en améliorer son impact à la fois sur l’eau, sur l’air, sur la consommation foncière, l’énergie, ou encore son impact sur la biodiversité… C’est pourquoi l’industrie est aujourd’hui un moteur de transformation très riche et de mobilisation.

Il faut rappeler qu’en France, la gauche comme la droite ont poussé vers une vision néolibérale d’une France sans usines, qui était déjà pour moi une aberration il y a près de 18 ans.

Même lorsque je travaillais dans le privé, j’ai œuvré pour localiser des activités car cela a du sens, et permet de mieux écouter les besoins du client, d’avoir des activités plus intégrées… C’est donc une vision erronée de nos dirigeants que nous payons aujourd’hui, de ce qu’est une société.

Vous allez de nouveau participer à la marche pour le climat à Grenoble ce dimanche. Après avoir déjà évoqué votre déception concernant le devenir de ce texte, celui-ci a depuis été voté depuis par l’Assemblée nationale cette semaine. Qu’attendez-vous désormais de ces nouvelles mobilisations ?

Il existe tellement de points d’amélioration, quand on part de seulement 10 à 20 % de propositions réellement conservées, selon l’évaluation de la convention citoyenne pour le climat…

Cette loi résonne tout de même comme une trahison, par rapport à l’esprit de départ.

Nous étions vendredi à Paris en réunion avec le groupe écologiste au Sénat, afin de voir sur quels axes ce projet pourrait être amélioré en vue de déposer des amendements. Mais cela est pléthorique, et pose à la fois la question du logement, de l’ingénierie, de réglementation, de publicité…

L’objectif de cette marche pour le climat est de montrer avant tout que la société est prête, car il existe un besoin de s’exprimer pour tous les jeunes et les personnes engagées dans cette direction, qui ont des attentes, une recherche de sens et un besoin de cohérence.

L’un des enjeux du moment est de montrer que nous restons mobilisés, et que cette mobilisation doit avoir un débouché politique.

2022 sera pour vous également l’année de la Capitale verte européenne, un titre que vous avez remporté auprès de la Commission européenne. Comptez-vous sur cette reconnaissance pour mieux faire porter la voix de Grenoble sur la scène médiatique ?

Il ne s’agit pas d’une démarche à but électoral, mais qui vise bien à fédérer l’ensemble des acteurs du territoire, car nous aurons l’ensemble des institutions présentes quelle que soit leur couleur politique, au sein d’une dynamique collective.

Cela va nous permettre d’amplifier les changements qui ont déjà été initiés, et de donner un sens pour les entreprises, salariés, institutions et acteurs de la recherche ainsi que culturels. Il s’agit d’un projet de territoire qui nous correspond : nous avons été choisis pour cela, car nous avons le courage d’avancer.

Ce titre nous permettra aussi de faire rayonner notre pays, car la Capitale verte a été placée sous le haut patronage de la France, qui présidera au premier semestre 2022 la Commission européenne. A ce titre, le Président de la république nous a déjà confirmé qu’il serait là pour son ouverture.

Je pense que ce sera l’occasion de mettre en valeur la transition à Grenoble, mais également partout en France.

A la COP 26: pour une relance verte

A la COP 26: pour une relance verte

Constatant que les engagements pris en 2015 lors de la COP21 sont très loin de répondre aux objectifs, Laurent Fabius, Alok Sharma et Laurence Tubiana appellent à poursuivre l’action commune pour orienter le monde vers une reprise verte.

AGlasgow (Ecosse), le monde doit honorer les engagements définis par l’accord de Paris pour l’avenir de notre planète. A son adoption en 2015, l’accord de Paris a fait naître un espoir pour notre planète : il marquait le moment où les dirigeants mondiaux ont véritablement décidé de lutter contre le changement climatique et de contenir ses pires conséquences.

Cet accord historique a tracé une voie permettant de limiter le réchauffement du globe à nettement moins de 2 °C de plus que les niveaux pré-industriels, avec l’espoir de ne pas dépasser 1,5 °C d’augmentation.

Cela, bien entendu, n’a pas instantanément résolu le problème, et la crise climatique continue de s’aggraver. Les banquises disparaissent, le courant du Gulf Stream est à son plus bas niveau depuis un millénaire, inondations et sécheresses menacent vies et moyens de subsistance aux quatre coins de la planète.

A la fin février, les Nations unies (ONU) ont adressé au monde un signal d’alarme. On doit écouter ce signal. Qualifié d’« alerte rouge » pour notre planète, le récent rapport de l’ONU sur l’évaluation des objectifs de réduction des émissions mondiales d’ici à 2030 souligne que les engagements climatiques collectifs, qui ont été pris jusqu’à présent, sont très loin de pouvoir répondre aux objectifs convenus à Paris en 2015.

Cela devra impérativement changer lorsque les pays du monde se retrouveront cet automne à Glasgow. Nous devons, à cette occasion, obtenir des engagements fermes à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cela implique des actes forts – à la fois des décisions cohérentes à court terme, des objectifs renforcés à l’horizon 2030, intégrés à des stratégies à long terme ouvrant des orientations claires pour la neutralité carbone d’ici à 2050.

Nous avons besoin d’un nouveau paquet de soutien aux pays en développement, comme le prévoit clairement l’accord de Paris. Le chemin vers cet objectif commence la semaine prochaine avec la Conférence ministérielle sur le climat et le développement, organisée par le Royaume-Uni, et se poursuit avec les réunions du Fonds monétaire international (FMI), du G7 et du G20.

Il faut donc se féliciter de la décision prise, la semaine dernière, par les ministres des finances du G7, qui sont convenus de créer des fonds de réserve d’urgence pour les pays en développement confrontés aux conséquences économiques de la pandémie de Covid-19.

Mais cela doit être le début d’une action plus large visant à offrir un allègement de la dette et un soutien financier plus importants et de meilleure qualité à ceux qui en ont le plus besoin. L’engagement de ne laisser personne de côté est au cœur de l’accord de Paris. Six ans plus tard, ce mantra est toujours d’actualité : il incombe à toutes les grandes économies de se mobiliser et d’aider les personnes dans le besoin. Il est impératif que les pays contributeurs honorent leur engagement collectif à consacrer au moins 100 milliards de dollars [85 milliards d’euros] par an à aider les pays les plus menacés par les conséquences du réchauffement climatique. Le sommet ministériel international Climat et Développement, prévu fin mars, s’attachera à mobiliser les esprits autour de cet objectif.

Climat : utopie de la croissance verte

Climat : utopie de la croissance verte

Antoine Foucher (président de Quintet Conseil) explique dans les Échos que les promesses de croissance verts sont complètement utopiques et qu’en faites elles impliquent au contraire une réduction de la production mondiale. Ou alors il faut accepter une autre civilisation caractérisée notamment par d’autres modes de production et de consommation.

 

 

Dans ses documents préparatoires au sixième rapport d’évaluation, prévu pour 2022, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) rappelle que la limitation du réchauffement climatique à deux degrés suppose de contenir les émissions cumulées de CO2 dans l’atmosphère depuis 1870 à environ 3.000 milliards de tonnes et que cela implique de réduire, d’ici à 2050, les émissions annuelles d’environ 65 % par rapport à 2018.

Mettre en place une croissance verte durable, ce serait donc produire davantage d’énergie pour augmenter le PIB (pas de production supplémentaire sans énergie supplémentaire) et, en même temps, réduire les émissions de CO2 pour ne pas dépasser les deux degrés. La production d’énergie non carbonée serait deux fois sollicitée : une première fois pour rendre possible la production supplémentaire et une seconde fois pour remplacer l’énergie carbonée aujourd’hui utilisée, responsable de 80 % des émissions de CO2.

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