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Vers la fin de la Ve République ?

Vers la fin de la Ve République ?

 

Après les législatives la France est menacée de paralysie politique estime un papier de la Tribune qui pose aussi la question de la fin possible de la Ve République

Le second tour a amplifié, tout en la confirmant, la déconfiture électorale de la majorité présidentielle. Ensemble n’obtient qu’une majorité toute relative et face à la poussée de la Nupes et du RN, va devoir s’allier pour gouverner. Avec la droite républicaine ou avec la gauche de gouvernement ? Ou les deux selon les circonstances, comme Rocard entre 1988 et 1991 ? De la réponse dépendra le sort du gouvernement d’Elisabeth Borne, réélue dans le Calvados. Face au risque d’un blocage du pays, Emmanuel Macron entame son second mandat par un désaveu qui rend la situation politique très instable dans un moment où l’économie le sera tout autant.

Au terme de deux interminables campagnes électorales, présidentielle et législatives, c’est un échiquier politique inattendu et totalement inédit qui sort des urnes en ce début d’été 2022 avec une Assemblée nationale qui reflète les divisions et les fractures apparues au cours du premier mandat d’Emmanuel Macron. Le président de la République réélu en avril va devoir affronter dans les prochains mois une situation très instable avec une absence de majorité absolue, pour la première fois depuis Mitterrand en 1988 ou les débuts de la Vème République.

Le fait majoritaire, qui servait d’ancre au fonctionnement des institutions depuis soixante ans, a volé en éclat lors du second tour des législatives et c’est un revers majeur pour la macronie qui, tout en arrivant en tête, tremble sur ses bases. Avec des personnalités emblématiques comme le président de l’Assemblée sortante, Richard Ferrand, battu par la Nupes, tout comme l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, mais aussi la ministre de la planification écologique Amélie de Montchalin, La République en Marche a été sanctionnée durement. « Donnez moi une majorité pour agir » avait demandé Emmanuel Macron avant de se rendre à Kiev en milieu de semaine : les Français dans leur majorité, ont choisi de le sanctionner en envoyant à l’Assemblée une majorité introuvable.

Ce séisme politique est d’autant plus spectaculaire qu’il s’accompagne de changements tectoniques dans le rapport des forces. Pour la première fois, et c’est la grande surprise de ce second tour des législatives, le Rassemblement national remporterait entre 80 et 95 sièges, soit plus que la droite républicaine, ce qui constitue une victoire incontestable pour la finaliste de la présidentielle, Marine le Pen, largement réélue dans le Nord.

Quant à la poussée de la Nupes, elle ne permet pas à Jean-Luc Mélenchon, qui ne se représentait pas à Marseille, de réussir son pari : se faire « élire Premier ministre » en imposant une cohabitation. Le coup marketing est réel, avec une alliance des gauches hier irréconciliables, mais son appel à la jeunesse n’a pas été entendu, 78% des 18-24 ans s’étant abstenus à nouveau au second tour. Il reste aussi à voir si la Nupes restera unie alors que les députés siégeront dans leurs groupes respectifs (France Insoumise, PC, PS, EELV).

S’il n’y a donc pas de majorité alternative au bloc central Ensemble !, qui reste la première force politique du pays, Emmanuel Macron devra tendre la main pour gouverner, ce qui n’est pas son tempérament. Une alliance naturelle semble possible avec la droite républicaine même si celle-ci n’obtient qu’une soixantaine de députés. Mais ce serait aussi la fin du « en même temps », du « et de droite et de gauche », l’ambiguïté originelle du macronisme. A moins que le chef de l’Etat tente de louvoyer en draguant entre la gauche et la droite de gouvernement en fonction des projets de loi, ce qui ne sera pas aisé et expose le pays à un risque réel de paralysie sur les choix essentiels.

Devenu un « président minoritaire », comme l’a qualifié dimanche Marine le Pen, le chef de l’Etat sera en permanence pris en étau entre deux oppositions de force presque égale : la Nupes et son programme de gauche radicale et écologique ne le ménagera pas sur les retraites ou la nécessaire rigueur budgétaire que va imposer la remontée des taux d’intérêt. Et le RN sera tout aussi virulent sur le pouvoir d’achat ou sur les questions de sécurité ou d’immigration.

D’une certaine façon, nous avons donc peut-être assisté ce dimanche 19 mai à la fin de la Vème République telle que nous l’avons connue. Le régime, bousculé par la révolte des Gilets Jaunes au cours du premier quinquennat, bascule dans un parlementarisme qui reste à inventer dans un pays longtemps résigné à une pratique proche de la monarchie présidentielle. C’est à coup sûr la fin de l’hyper-présidence, l’exécutif étant contraint à une culture du compromis politique, ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour répondre à la crise démocratique.

Pour Emmanuel Macron, le changement, c’est donc maintenant. Après une telle claque électorale, le président de la République va devoir prendre des décisions rapides : comme l’a dit Bruno Le Maire, « gouverner ne va pas être simple, il va falloir faire preuve de beaucoup d’imagination ». Macron pourra-t-il maintenir à Matignon Elisabeth Borne, certes réélue dans le Calvados, mais très fragilisée par la défaite de la majorité qu’elle était censée conduire à la victoire ? Elle a appelé dimanche soir à construire « une majorité d’action », un concept bien flou… Quel sera le sort de la réforme emblématique des retraites ? La droite se laissera-t-elle tentée comme le maire de Meaux Jean-François Copé par un « pacte de gouvernement » avec Ensemble ? Sur quelles bases ? Quel est enfin le risque de blocage du pays sous la pression d’un quatrième tour social dans la rue et d’un parlement rendu incandescent par la poussée de la Nupes ?

Une chose est sûre, la stratégie d’ouverture à gauche en nommant Elisabeth Borne est un échec patent dont le président, qui a longtemps hésité à nommer Catherine Vautrin pour faire campagne à droite, devra tirer toutes les conclusions politiques. Quant à la possibilité d’une dissolution, le chef de l’Etat ne pourra pas en user avant dans un an, ce qui nous promet douze mois agités dans un contexte économique et géopolitique particulièrement incertain.

Politique: La fin de la Ve République ?

Politique: La fin de la Ve République ?

 

Après les législatives la France est menacée de paralysie politique estime un papier de la Tribune qui pose aussi la question de la fin possible de la Ve République

Le second tour a amplifié, tout en la confirmant, la déconfiture électorale de la majorité présidentielle. Ensemble n’obtient qu’une majorité toute relative et face à la poussée de la Nupes et du RN, va devoir s’allier pour gouverner. Avec la droite républicaine ou avec la gauche de gouvernement ? Ou les deux selon les circonstances, comme Rocard entre 1988 et 1991 ? De la réponse dépendra le sort du gouvernement d’Elisabeth Borne, réélue dans le Calvados. Face au risque d’un blocage du pays, Emmanuel Macron entame son second mandat par un désaveu qui rend la situation politique très instable dans un moment où l’économie le sera tout autant.

Au terme de deux interminables campagnes électorales, présidentielle et législatives, c’est un échiquier politique inattendu et totalement inédit qui sort des urnes en ce début d’été 2022 avec une Assemblée nationale qui reflète les divisions et les fractures apparues au cours du premier mandat d’Emmanuel Macron. Le président de la République réélu en avril va devoir affronter dans les prochains mois une situation très instable avec une absence de majorité absolue, pour la première fois depuis Mitterrand en 1988 ou les débuts de la Vème République.

Le fait majoritaire, qui servait d’ancre au fonctionnement des institutions depuis soixante ans, a volé en éclat lors du second tour des législatives et c’est un revers majeur pour la macronie qui, tout en arrivant en tête, tremble sur ses bases. Avec des personnalités emblématiques comme le président de l’Assemblée sortante, Richard Ferrand, battu par la Nupes, tout comme l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, mais aussi la ministre de la planification écologique Amélie de Montchalin, La République en Marche a été sanctionnée durement. « Donnez moi une majorité pour agir » avait demandé Emmanuel Macron avant de se rendre à Kiev en milieu de semaine : les Français dans leur majorité, ont choisi de le sanctionner en envoyant à l’Assemblée une majorité introuvable.

Ce séisme politique est d’autant plus spectaculaire qu’il s’accompagne de changements tectoniques dans le rapport des forces. Pour la première fois, et c’est la grande surprise de ce second tour des législatives, le Rassemblement national remporterait entre 80 et 95 sièges, soit plus que la droite républicaine, ce qui constitue une victoire incontestable pour la finaliste de la présidentielle, Marine le Pen, largement réélue dans le Nord.

Quant à la poussée de la Nupes, elle ne permet pas à Jean-Luc Mélenchon, qui ne se représentait pas à Marseille, de réussir son pari : se faire « élire Premier ministre » en imposant une cohabitation. Le coup marketing est réel, avec une alliance des gauches hier irréconciliables, mais son appel à la jeunesse n’a pas été entendu, 78% des 18-24 ans s’étant abstenus à nouveau au second tour. Il reste aussi à voir si la Nupes restera unie alors que les députés siégeront dans leurs groupes respectifs (France Insoumise, PC, PS, EELV).

S’il n’y a donc pas de majorité alternative au bloc central Ensemble !, qui reste la première force politique du pays, Emmanuel Macron devra tendre la main pour gouverner, ce qui n’est pas son tempérament. Une alliance naturelle semble possible avec la droite républicaine même si celle-ci n’obtient qu’une soixantaine de députés. Mais ce serait aussi la fin du « en même temps », du « et de droite et de gauche », l’ambiguïté originelle du macronisme. A moins que le chef de l’Etat tente de louvoyer en draguant entre la gauche et la droite de gouvernement en fonction des projets de loi, ce qui ne sera pas aisé et expose le pays à un risque réel de paralysie sur les choix essentiels.

Devenu un « président minoritaire », comme l’a qualifié dimanche Marine le Pen, le chef de l’Etat sera en permanence pris en étau entre deux oppositions de force presque égale : la Nupes et son programme de gauche radicale et écologique ne le ménagera pas sur les retraites ou la nécessaire rigueur budgétaire que va imposer la remontée des taux d’intérêt. Et le RN sera tout aussi virulent sur le pouvoir d’achat ou sur les questions de sécurité ou d’immigration.

D’une certaine façon, nous avons donc peut-être assisté ce dimanche 19 mai à la fin de la Vème République telle que nous l’avons connue. Le régime, bousculé par la révolte des Gilets Jaunes au cours du premier quinquennat, bascule dans un parlementarisme qui reste à inventer dans un pays longtemps résigné à une pratique proche de la monarchie présidentielle. C’est à coup sûr la fin de l’hyper-présidence, l’exécutif étant contraint à une culture du compromis politique, ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour répondre à la crise démocratique.

Pour Emmanuel Macron, le changement, c’est donc maintenant. Après une telle claque électorale, le président de la République va devoir prendre des décisions rapides : comme l’a dit Bruno Le Maire, « gouverner ne va pas être simple, il va falloir faire preuve de beaucoup d’imagination ». Macron pourra-t-il maintenir à Matignon Elisabeth Borne, certes réélue dans le Calvados, mais très fragilisée par la défaite de la majorité qu’elle était censée conduire à la victoire ? Elle a appelé dimanche soir à construire « une majorité d’action », un concept bien flou… Quel sera le sort de la réforme emblématique des retraites ? La droite se laissera-t-elle tentée comme le maire de Meaux Jean-François Copé par un « pacte de gouvernement » avec Ensemble ? Sur quelles bases ? Quel est enfin le risque de blocage du pays sous la pression d’un quatrième tour social dans la rue et d’un parlement rendu incandescent par la poussée de la Nupes ?

Une chose est sûre, la stratégie d’ouverture à gauche en nommant Elisabeth Borne est un échec patent dont le président, qui a longtemps hésité à nommer Catherine Vautrin pour faire campagne à droite, devra tirer toutes les conclusions politiques. Quant à la possibilité d’une dissolution, le chef de l’Etat ne pourra pas en user avant dans un an, ce qui nous promet douze mois agités dans un contexte économique et géopolitique particulièrement incertain.

La fin de la Ve République ?

La fin de la Ve République ?

 

Après les législatives la France est menacée de paralysie politique estime un papier de la Tribune qui pose aussi la question de la fin possible de la Ve République

Le second tour a amplifié, tout en la confirmant, la déconfiture électorale de la majorité présidentielle. Ensemble n’obtient qu’une majorité toute relative et face à la poussée de la Nupes et du RN, va devoir s’allier pour gouverner. Avec la droite républicaine ou avec la gauche de gouvernement ? Ou les deux selon les circonstances, comme Rocard entre 1988 et 1991 ? De la réponse dépendra le sort du gouvernement d’Elisabeth Borne, réélue dans le Calvados. Face au risque d’un blocage du pays, Emmanuel Macron entame son second mandat par un désaveu qui rend la situation politique très instable dans un moment où l’économie le sera tout autant.

Au terme de deux interminables campagnes électorales, présidentielle et législatives, c’est un échiquier politique inattendu et totalement inédit qui sort des urnes en ce début d’été 2022 avec une Assemblée nationale qui reflète les divisions et les fractures apparues au cours du premier mandat d’Emmanuel Macron. Le président de la République réélu en avril va devoir affronter dans les prochains mois une situation très instable avec une absence de majorité absolue, pour la première fois depuis Mitterrand en 1988 ou les débuts de la Vème République.

Le fait majoritaire, qui servait d’ancre au fonctionnement des institutions depuis soixante ans, a volé en éclat lors du second tour des législatives et c’est un revers majeur pour la macronie qui, tout en arrivant en tête, tremble sur ses bases. Avec des personnalités emblématiques comme le président de l’Assemblée sortante, Richard Ferrand, battu par la Nupes, tout comme l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, mais aussi la ministre de la planification écologique Amélie de Montchalin, La République en Marche a été sanctionnée durement. « Donnez moi une majorité pour agir » avait demandé Emmanuel Macron avant de se rendre à Kiev en milieu de semaine : les Français dans leur majorité, ont choisi de le sanctionner en envoyant à l’Assemblée une majorité introuvable.

Ce séisme politique est d’autant plus spectaculaire qu’il s’accompagne de changements tectoniques dans le rapport des forces. Pour la première fois, et c’est la grande surprise de ce second tour des législatives, le Rassemblement national remporterait entre 80 et 95 sièges, soit plus que la droite républicaine, ce qui constitue une victoire incontestable pour la finaliste de la présidentielle, Marine le Pen, largement réélue dans le Nord.

Quant à la poussée de la Nupes, elle ne permet pas à Jean-Luc Mélenchon, qui ne se représentait pas à Marseille, de réussir son pari : se faire « élire Premier ministre » en imposant une cohabitation. Le coup marketing est réel, avec une alliance des gauches hier irréconciliables, mais son appel à la jeunesse n’a pas été entendu, 78% des 18-24 ans s’étant abstenus à nouveau au second tour. Il reste aussi à voir si la Nupes restera unie alors que les députés siégeront dans leurs groupes respectifs (France Insoumise, PC, PS, EELV).

S’il n’y a donc pas de majorité alternative au bloc central Ensemble !, qui reste la première force politique du pays, Emmanuel Macron devra tendre la main pour gouverner, ce qui n’est pas son tempérament. Une alliance naturelle semble possible avec la droite républicaine même si celle-ci n’obtient qu’une soixantaine de députés. Mais ce serait aussi la fin du « en même temps », du « et de droite et de gauche », l’ambiguïté originelle du macronisme. A moins que le chef de l’Etat tente de louvoyer en draguant entre la gauche et la droite de gouvernement en fonction des projets de loi, ce qui ne sera pas aisé et expose le pays à un risque réel de paralysie sur les choix essentiels.

Devenu un « président minoritaire », comme l’a qualifié dimanche Marine le Pen, le chef de l’Etat sera en permanence pris en étau entre deux oppositions de force presque égale : la Nupes et son programme de gauche radicale et écologique ne le ménagera pas sur les retraites ou la nécessaire rigueur budgétaire que va imposer la remontée des taux d’intérêt. Et le RN sera tout aussi virulent sur le pouvoir d’achat ou sur les questions de sécurité ou d’immigration.

D’une certaine façon, nous avons donc peut-être assisté ce dimanche 19 mai à la fin de la Vème République telle que nous l’avons connue. Le régime, bousculé par la révolte des Gilets Jaunes au cours du premier quinquennat, bascule dans un parlementarisme qui reste à inventer dans un pays longtemps résigné à une pratique proche de la monarchie présidentielle. C’est à coup sûr la fin de l’hyper-présidence, l’exécutif étant contraint à une culture du compromis politique, ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour répondre à la crise démocratique.

Pour Emmanuel Macron, le changement, c’est donc maintenant. Après une telle claque électorale, le président de la République va devoir prendre des décisions rapides : comme l’a dit Bruno Le Maire, « gouverner ne va pas être simple, il va falloir faire preuve de beaucoup d’imagination ». Macron pourra-t-il maintenir à Matignon Elisabeth Borne, certes réélue dans le Calvados, mais très fragilisée par la défaite de la majorité qu’elle était censée conduire à la victoire ? Elle a appelé dimanche soir à construire « une majorité d’action », un concept bien flou… Quel sera le sort de la réforme emblématique des retraites ? La droite se laissera-t-elle tentée comme le maire de Meaux Jean-François Copé par un « pacte de gouvernement » avec Ensemble ? Sur quelles bases ? Quel est enfin le risque de blocage du pays sous la pression d’un quatrième tour social dans la rue et d’un parlement rendu incandescent par la poussée de la Nupes ?

Une chose est sûre, la stratégie d’ouverture à gauche en nommant Elisabeth Borne est un échec patent dont le président, qui a longtemps hésité à nommer Catherine Vautrin pour faire campagne à droite, devra tirer toutes les conclusions politiques. Quant à la possibilité d’une dissolution, le chef de l’Etat ne pourra pas en user avant dans un an, ce qui nous promet douze mois agités dans un contexte économique et géopolitique particulièrement incertain.

la Ve République en danger

la Ve République en danger

 

Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde » s’inquiète d’une forme d’activisme qui menace la Ve République

(Extrait)

 

 

Chronique. En écho aux secousses démocratiques que vivent les Etats-Unis ressurgit en France le débat autour de nos institutions. Jusqu’à la fin du quinquennat, François Bayrou se battra pour tenter d’imposer le scrutin proportionnel aux élections législatives de 2022. Constatant que les « démocraties hypermajoritaires » sont arrivées à un stade où elles créent de l’« affrontement » et de la « violence », le président du MoDem veut que les minorités soient mieux représentées à l’Assemblée nationale. « Comment comprendre que Marine Le Pen fasse 35 % à la présidentielle et 1 % des députés », s’étonnait-il dans L’Opinion, en décembre 2020.

La durée de la crise sanitaire liée au Covid-19, l’ampleur de l’endettement qu’elle fait naître, la profondeur de la crise économique et sociale engendrée par la récession imposent un minimum de cohésion nationale. « La proportionnelle est le seul moyen de former les larges rassemblements dont le pays a besoin », renchérissait le centriste dans Le Monde, le 22 décembre, inspiré par le modèle allemand de la coalition.

 

Sur l’analyse, difficile de lui donner tort et pourtant… comment oublier que la Ve République est née de l’échec de la IVe, de l’incapacité de cette dernière à rendre efficace le régime des partis et à résoudre le problème du moment qu’était la guerre d’Algérie ?

A ce jour, François Bayrou n’a pas remporté la bataille de la proportionnelle. En revanche, le constat qu’il dresse rejoint celui de beaucoup d’autres acteurs publics : « le prix à payer » pour la stabilité des institutions « n’a cessé de croître », déplore le sénateur LR Philippe Bas, dans une tribune au Monde, le 14 janvier. L’ancien secrétaire général de l’Elysée y dénonce la verticalité du pouvoir, le cantonnement du Parlement dans une simple fonction d’approbation, la méfiance de l’exécutif à l’égard du Sénat et la pauvreté du dialogue avec les élus locaux. Autant de maux diagnostiqués depuis longtemps mais qui, à force de s’aggraver, finissent par éroder « la vitalité de la démocratie ».

Procès en impuissance

Longtemps, le passage au quinquennat a fait figure de grand accusé. Tout se serait déréglé après la décision, validée par référendum en l’an 2000, de raccourcir de sept à cinq ans le mandat présidentiel pour l’aligner sur celui des députés. L’obsession, à l’époque, était d’éviter les cohabitations. Personne n’avait cependant anticipé que le scrutin présidentiel, précédant de quelques semaines l’élection des députés, allait tout régenter. Procédant de l’élection d’un homme, les membres de la majorité se trouvèrent ramenés au rôle de godillots, et ceux de l’opposition à celui de figurant.

Démocratie : la Ve République en ruine

Démocratie : la Ve République en ruine

 

L’ancien ministre de Jacques Chirac Philippe Bas Questeur du Sénat explique dans une tribune au « Monde » pourquoi la vitalité même de notre démocratie est en jeu.

TRIBUNE

La Ve République nous a apporté la stabilité gouvernementale. Nous serions fous de vouloir y renoncer. Le prix payé pour cette stabilité n’a cependant cessé de croître.

Le Parlement tend à être réduit à une fonction d’approbation. Toute critique irrite. Le Sénat, libre et indépendant, inspire à l’exécutif plus de méfiance que de reconnaissance. Le lien des élus nationaux avec les territoires a été distendu. Les forces de gouvernement, gagnées par l’usure, ont été « challengées » par un nouveau parti que n’épargne aucun des travers des anciens, arbre sans racines ni fruits. L’opposition est éclatée en mille morceaux. Le président s’est enfermé dans un face-à-face avec les extrêmes, comme si, entre eux et lui, il n’y avait plus rien. Et c’est ce « rien » qui hypothèque l’avenir.

Ce n’est plus la stabilité du gouvernement qui est en cause, mais la vitalité de la démocratie. Fondé sur la bipolarisation, mère de l’alternance, le système politique issu de la Ve République est en ruine. Seul subsiste le cadre institutionnel, qu’il faut rééquilibrer.

La réponse par la verticalité relève du contresens. Quand l’exécutif se fait jupitérien, les vertus du dialogue social et la quête d’un compromis national sont d’emblée récusées.

Au moindre grain de sable, ce ne sont plus le Parlement, les territoires ou les partenaires sociaux qui se dressent face au pouvoir, c’est la rue. La crainte qu’elle inspire est le plus sûr chemin vers l’immobilisme. L’indifférence que le président de la République, chargé de « veiller au respect de la Constitution », manifeste à l’égard des autres pouvoirs l’isole, compromet la réussite de son mandat et renforce les ennemis de la démocratie.

Scandale républicain

Cette indifférence méconnaît les exigences d’une République moderne dans une société de liberté ouverte au débat. En témoigne le projet avorté de révision constitutionnelle, dont le Parlement était la cible, comme si la France pâtissait encore d’un excès de parlementarisme, alors que c’est de l’hypertrophie de l’exécutif que nous souffrons.

Avec la convention citoyenne, le suffrage universel, fondement de la démocratie, a été supplanté par le tirage au sort. Un échantillon de 150 personnes, par nature, ne peut être représentatif. Ce curieux aréopage s’est pourtant vu attribuer des pouvoirs exorbitants, le chef de l’Etat s’étant engagé à reprendre « sans filtre » ses propositions. Réplique moderne des comités de salut public, les conventions citoyennes retournent contre la légitimité du suffrage universel une idéologie populiste forgée contre la monarchie de droit divin. On s’étonne que ce scandale républicain n’ait pas été dénoncé avec plus de vigueur et qu’il

 

Errance chaotique de Macron : la faute à la Ve République

Errance chaotique de Macron : la faute à la Ve République

 

La faute en revient à la Ve République, selon l’historien Nicolas Rousselier, à la double fonction du chef de l’État sous la Ve République : symbolique et politique. (Interview Le Figaro)

 

-Emmanuel Macron retourne au contact des Français pendant son périple mémoriel d’une semaine dans le Nord. Parfois accueilli sous les applaudissements, il a aussi été houspillé aux cris de «président des riches» ou «Macron démission!». Ses prédécesseurs, sous la IIIe République, étaient-ils accueillis de la sorte?

 

NICOLAS ROUSSELIER. -Pas du tout. Il y avait une sorte de patriotisme local: les Français étaient fiers que le président visite leur ville, davantage encore dans les petites villes et les villes moyennes. La presse régionale, très puissante à l’époque, renforçait cet enthousiasme: c’était à quelle ville accueillerait le mieux le chef de l’État. Félix Faure (1895-1899) a ainsi successivement visité Marseille, Toulon et Nice, et les journaux marseillais se targuaient d’avoir organisé la fête la plus réussie.

«Carnot a été le premier à aller à la rencontre des Français, au tournant des années 1890. Il avait compris la nécessité de l’incarnation.»

Nicolas Rousselier

Les Français étaient-ils au rendez-vous?

Oui. Ces voyages, qui prenaient la forme de fêtes populaires républicaines, avec inaugurations, défilé militaire, banquet, connaissaient un énorme succès. Sadi Carnot (1887-1894) a été le premier à aller ainsi à la rencontre des Français, au tournant des années 1890. Il avait compris la nécessité de l’incarnation dans un régime parlementaire, la IIIe République, où le pouvoir de décision du président était quasi-nul: son rôle était surtout cérémoniel.

 

Des dizaines, parfois même des centaines de milliers de personnes se pressaient. Mais en même temps, cette fête se voulait très «dépersonnalisée». Les bains de foule étaient très rares car les Français étaient tenus à distance, et les présidents répétaient, en substance: «Cette fête républicaine ne s’adresse pas à moi, mais à la République». La situation était donc paradoxale: un grand succès malgré une forte «dépersonnalisation».

Comment expliquer la moindre ferveur populaire, aujourd’hui, alors qu’Emmanuel Macron vient commémorer le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale?

En raison de l’extrême personnalisation et politisation du président depuis 1958, des Français viennent lui dire leur colère, protester contre le prix des carburants par exemple. Emmanuel Macron a tout à fait intégré le double rôle, cérémoniel et politique, dévolu au président sous la Ve République, en alternant commémorations et séquences de pédagogie sur ses réformes. Mais il est difficile de dire que c’est un pari réussi. La fonction politique brouille la fonction symbolique.

 

À l’inverse, sous la IIIe République, les Français ne pouvaient attacher aucune réforme impopulaire à leur président, très faible donc vierge politiquement. Emile Loubet (1899-1906), Armand Fallières (1906-1913), Gaston Doumergue (1924-1931)… Tous ces présidents n’ont absolument aucun chapitre dans les livres d’histoire, mais ils étaient très populaires, à commencer par Gaston Doumergue, surnommé «Gastounet» parce qu’il était originaire du Midi. Le consensus national n’était pas pollué par les péripéties du moment, à l’image de l’Allemagne aujourd’hui, où le cérémoniel – prérogative du président – est dissocié du politique – à la charge du chancelier.

De Gaulle n’a-t-il pas abondamment puisé dans le registre symbolique, sans qu’interfère pour autant sa fonction politique?

En tant que héros de la Seconde guerre mondiale, il pouvait plus facilement rester dans le registre cérémoniel pour «dire la nation», pendant ses voyages en province.

«Sous la IIIe, le consensus national n’était pas pollué par les péripéties»

Nicolas Rousselier

Depuis les années 70-80, la modernité à tous les niveaux, dans les transports et les médias, a participé à la multiplication de voyages présidentiels éclair, sous Giscard, Mitterrand et Chirac par exemple. On exige aujourd’hui du président qu’il soit dans le commentaire, on guette ses annonces: depuis les années 2000, le quinquennat et les médias d’information en continu ont imposé leur rythme effréné.

 




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