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Errance chaotique de Macron : la faute à la Ve République

Errance chaotique de Macron : la faute à la Ve République

 

La faute en revient à la Ve République, selon l’historien Nicolas Rousselier, à la double fonction du chef de l’État sous la Ve République : symbolique et politique. (Interview Le Figaro)

 

-Emmanuel Macron retourne au contact des Français pendant son périple mémoriel d’une semaine dans le Nord. Parfois accueilli sous les applaudissements, il a aussi été houspillé aux cris de «président des riches» ou «Macron démission!». Ses prédécesseurs, sous la IIIe République, étaient-ils accueillis de la sorte?

 

NICOLAS ROUSSELIER. -Pas du tout. Il y avait une sorte de patriotisme local: les Français étaient fiers que le président visite leur ville, davantage encore dans les petites villes et les villes moyennes. La presse régionale, très puissante à l’époque, renforçait cet enthousiasme: c’était à quelle ville accueillerait le mieux le chef de l’État. Félix Faure (1895-1899) a ainsi successivement visité Marseille, Toulon et Nice, et les journaux marseillais se targuaient d’avoir organisé la fête la plus réussie.

«Carnot a été le premier à aller à la rencontre des Français, au tournant des années 1890. Il avait compris la nécessité de l’incarnation.»

Nicolas Rousselier

Les Français étaient-ils au rendez-vous?

Oui. Ces voyages, qui prenaient la forme de fêtes populaires républicaines, avec inaugurations, défilé militaire, banquet, connaissaient un énorme succès. Sadi Carnot (1887-1894) a été le premier à aller ainsi à la rencontre des Français, au tournant des années 1890. Il avait compris la nécessité de l’incarnation dans un régime parlementaire, la IIIe République, où le pouvoir de décision du président était quasi-nul: son rôle était surtout cérémoniel.

 

Des dizaines, parfois même des centaines de milliers de personnes se pressaient. Mais en même temps, cette fête se voulait très «dépersonnalisée». Les bains de foule étaient très rares car les Français étaient tenus à distance, et les présidents répétaient, en substance: «Cette fête républicaine ne s’adresse pas à moi, mais à la République». La situation était donc paradoxale: un grand succès malgré une forte «dépersonnalisation».

Comment expliquer la moindre ferveur populaire, aujourd’hui, alors qu’Emmanuel Macron vient commémorer le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale?

En raison de l’extrême personnalisation et politisation du président depuis 1958, des Français viennent lui dire leur colère, protester contre le prix des carburants par exemple. Emmanuel Macron a tout à fait intégré le double rôle, cérémoniel et politique, dévolu au président sous la Ve République, en alternant commémorations et séquences de pédagogie sur ses réformes. Mais il est difficile de dire que c’est un pari réussi. La fonction politique brouille la fonction symbolique.

 

À l’inverse, sous la IIIe République, les Français ne pouvaient attacher aucune réforme impopulaire à leur président, très faible donc vierge politiquement. Emile Loubet (1899-1906), Armand Fallières (1906-1913), Gaston Doumergue (1924-1931)… Tous ces présidents n’ont absolument aucun chapitre dans les livres d’histoire, mais ils étaient très populaires, à commencer par Gaston Doumergue, surnommé «Gastounet» parce qu’il était originaire du Midi. Le consensus national n’était pas pollué par les péripéties du moment, à l’image de l’Allemagne aujourd’hui, où le cérémoniel – prérogative du président – est dissocié du politique – à la charge du chancelier.

De Gaulle n’a-t-il pas abondamment puisé dans le registre symbolique, sans qu’interfère pour autant sa fonction politique?

En tant que héros de la Seconde guerre mondiale, il pouvait plus facilement rester dans le registre cérémoniel pour «dire la nation», pendant ses voyages en province.

«Sous la IIIe, le consensus national n’était pas pollué par les péripéties»

Nicolas Rousselier

Depuis les années 70-80, la modernité à tous les niveaux, dans les transports et les médias, a participé à la multiplication de voyages présidentiels éclair, sous Giscard, Mitterrand et Chirac par exemple. On exige aujourd’hui du président qu’il soit dans le commentaire, on guette ses annonces: depuis les années 2000, le quinquennat et les médias d’information en continu ont imposé leur rythme effréné.

 




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