Archive pour le Tag 'urgent'

Energie- Nucléaire : urgent de construire 20 EPR ?

Energie- Nucléaire : urgent de construire 20 EPR ?

Le président-directeur général de Vinci s’est prononcé pour davantage de réacteurs nucléaires ( comme récemment aussi la ministre de l’écologie). « L’électricité représente 25% du mix énergétique et en 2050, il n’y aura plus d’énergies fossiles. Le mix sera exclusivement électrique avec de l’hydrogène. Ce qui veut dire qu’il faut multiplier par quatre notre production d’électricité, moins ce que l’on va économiser. Mais même pour multiplier par 2 ou par 3, nous n’y arriverons jamais avec les seules énergies renouvelables. C’est pourquoi il est urgent de faire 20 EPR », a déclaré le patron du géant du BTP dans la Tribune.

Vinci préconise également de miser sur une autre technologie, les petits réacteurs modulaires (Small Modular Reactors, ou SMR), ces installations à la puissance généralement comprise entre 0,2 et 0,3 GW par unité (contre 1,6 GW pour un EPR).

Là-dessus, Xavier Huillard appelle à aller « à fond la caisse » dans les SMR, même si « il va se passer quinze ans avant qu’il n’y en ait de disponible ». Cette filière n’est en effet pas encore mature, loin de là : l’objectif est de mettre en service le premier modèle de SMR d’EDF, Nuward, autour de 2038-2040.

Par ailleurs, évoquant le projet Iter à Cadarache, il croit beaucoup en la fusion nucléaire et rappelle que des premiers tests se tiendront à horizon 2035. « Il faut donner de l’espoir aux nouvelles générations », a poursuivi le PDG de Vinci. « Le sommet n’écoute pas beaucoup alors que tout est en train de s’électrifier : l’industrie, le chauffage, la mobilité… Il faut renverser l’ordre des facteurs. L’Etat doit demander à EDF ce qu’il peut faire pour sortir quelque chose en 2032. En réalité, l’Etat sait se bouger que dans l’urgence, dans le dernier quart d’heure ».

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Nucléaire : urgent de construire 20 EPR ?

Nucléaire : urgent de construire 20 EPR ?

Le président-directeur général de Vinci s’est prononcé pour davantage de réacteurs nucléaires ( comme récemment aussi la ministre de l’écologie). « L’électricité représente 25% du mix énergétique et en 2050, il n’y aura plus d’énergies fossiles. Le mix sera exclusivement électrique avec de l’hydrogène. Ce qui veut dire qu’il faut multiplier par quatre notre production d’électricité, moins ce que l’on va économiser. Mais même pour multiplier par 2 ou par 3, nous n’y arriverons jamais avec les seules énergies renouvelables. C’est pourquoi il est urgent de faire 20 EPR », a déclaré le patron du géant du BTP dans la Tribune.

Vinci préconise également de miser sur une autre technologie, les petits réacteurs modulaires (Small Modular Reactors, ou SMR), ces installations à la puissance généralement comprise entre 0,2 et 0,3 GW par unité (contre 1,6 GW pour un EPR).

Là-dessus, Xavier Huillard appelle à aller « à fond la caisse » dans les SMR, même si « il va se passer quinze ans avant qu’il n’y en ait de disponible ». Cette filière n’est en effet pas encore mature, loin de là : l’objectif est de mettre en service le premier modèle de SMR d’EDF, Nuward, autour de 2038-2040.

Par ailleurs, évoquant le projet Iter à Cadarache, il croit beaucoup en la fusion nucléaire et rappelle que des premiers tests se tiendront à horizon 2035. « Il faut donner de l’espoir aux nouvelles générations », a poursuivi le PDG de Vinci. « Le sommet n’écoute pas beaucoup alors que tout est en train de s’électrifier : l’industrie, le chauffage, la mobilité… Il faut renverser l’ordre des facteurs. L’Etat doit demander à EDF ce qu’il peut faire pour sortir quelque chose en 2032. En réalité, l’Etat sait se bouger que dans l’urgence, dans le dernier quart d’heure ».

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Crise climat: un problème urgent et immédiat et non pour la fin du siècle ! 

Crise climat: un problème urgent et immédiat et non pour la fin du siècle ! 

Les événements météorologiques extrêmes illustrent la violence du dérèglement climatique déjà en cours et démontrent l’urgence d’une refonte de nos sociétés et de nos modes de vie, alertent, dans une tribune au « Monde », le philosophe Dominique Bourg, la climatologue Marie-Antoinette Mélières et l’écologiste Franck Pupunat.

Le cyclone Otis, qui a ravagé fin octobre Acapulco, est passé en vingt-quatre heures de la catégorie 3 à la catégorie 5. Début novembre, la tempête Ciaran a dévasté une part des côtes françaises et a étendu ses dégâts bien au-delà, à l’intérieur des terres. Même si les tempêtes n’augmentent pas en nombre, ces événements nous rappellent la violence du dérèglement climatique. Non seulement, absorbés que nous sommes par les conflits en cours, nous avons la tête ailleurs, mais, en outre, notre façon de communiquer sur le climat contribue à détourner notre attention.

Continuer à parler d’objectifs pour la fin du siècle, alors que nous sommes d’ores et déjà entrés dans le dur des événements extrêmes, est inadéquat. Le climat est une question immédiate, et non pour la fin du siècle ! Les signaux d’un nouveau système climatique sont manifestes. L’objectif du 1,5 °C de réchauffement n’a plus de sens. Les températures globales moyennes actuelles sur dix ans montrent que le 1,2 °C est déjà atteint.

Fin octobre, les températures moyennes de l’année en cours étaient déjà supérieures de plus de 1,34 °C à la moyenne des températures du XXe siècle, et de 1,54 °C par rapport au XIXe siècle, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration, l’agence américaine qui étudie notamment les cyclones. Les 2 °C pour le milieu du siècle sont dans les tuyaux. Et, comme nous allons le voir, les expressions du dérèglement climatique sont déjà hautement destructrices. Or, elles n’augmenteront pas de façon linéaire. Quel est leur état actuel ?

Concernant l’ensemble des océans qui s’étendent entre les latitudes de 60° sud et 60° nord, la température moyenne de surface s’est élevée de près de 0,25 °C par rapport à l’année précédente, à partir d’avril, alors que l’inertie thermique des océans est plus grande que celle des continents 

Climat, un problème urgent et immédiat et non pour la fin du siècle ! 

Climat, un problème urgent et immédiat et non pour la fin du siècle ! 

Les événements météorologiques extrêmes illustrent la violence du dérèglement climatique déjà en cours et démontrent l’urgence d’une refonte de nos sociétés et de nos modes de vie, alertent, dans une tribune au « Monde », le philosophe Dominique Bourg, la climatologue Marie-Antoinette Mélières et l’écologiste Franck Pupunat.

Le cyclone Otis, qui a ravagé fin octobre Acapulco, est passé en vingt-quatre heures de la catégorie 3 à la catégorie 5. Début novembre, la tempête Ciaran a dévasté une part des côtes françaises et a étendu ses dégâts bien au-delà, à l’intérieur des terres. Même si les tempêtes n’augmentent pas en nombre, ces événements nous rappellent la violence du dérèglement climatique. Non seulement, absorbés que nous sommes par les conflits en cours, nous avons la tête ailleurs, mais, en outre, notre façon de communiquer sur le climat contribue à détourner notre attention.

Continuer à parler d’objectifs pour la fin du siècle, alors que nous sommes d’ores et déjà entrés dans le dur des événements extrêmes, est inadéquat. Le climat est une question immédiate, et non pour la fin du siècle ! Les signaux d’un nouveau système climatique sont manifestes. L’objectif du 1,5 °C de réchauffement n’a plus de sens. Les températures globales moyennes actuelles sur dix ans montrent que le 1,2 °C est déjà atteint.

Fin octobre, les températures moyennes de l’année en cours étaient déjà supérieures de plus de 1,34 °C à la moyenne des températures du XXe siècle, et de 1,54 °C par rapport au XIXe siècle, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration, l’agence américaine qui étudie notamment les cyclones. Les 2 °C pour le milieu du siècle sont dans les tuyaux. Et, comme nous allons le voir, les expressions du dérèglement climatique sont déjà hautement destructrices. Or, elles n’augmenteront pas de façon linéaire. Quel est leur état actuel ?

Concernant l’ensemble des océans qui s’étendent entre les latitudes de 60° sud et 60° nord, la température moyenne de surface s’est élevée de près de 0,25 °C par rapport à l’année précédente, à partir d’avril, alors que l’inertie thermique des océans est plus grande que celle des continents 

Environnement-Il est urgent de quitter les villes

Environnement-Il est urgent de quitter les villes

par
Guillaume Faburel
Professeur, chercheur à l’UMR Triangle, Université Lumière Lyon 2 dans The Conversation

Notons par ailleurs que cet extrait ne traite pas des questions d’insécurité ou encore de bruit. NDLR

Vider les villes ? Voilà bien a priori une hérésie. La ville, c’est le progrès et l’émancipation. Tous les grands moments de notre civilisation y sont chevillés, des cités-États aux villes-monde et métropoles d’aujourd’hui. Pourquoi diable vouloir les vider ? Simplement parce que tous les mois à travers le monde l’équivalent d’une ville comme New York sort de terre. À moins de croire dans le solutionnisme technologique et le durabilisme des transitions, il est temps de rouvrir une option envisagée dès les années 1970 : la désurbanisation de nos sociétés. Voici peut-être l’unique solution face à la dévastation écologique. Un seul « s » sépare demeure et démesure, celui de notre propre survie. Aujourd’hui, 58 % de la population mondiale est urbaine, soit près de 4,4 milliards d’habitants (dont presque 40 % résidant aux États-Unis, en Europe et en Chine), contre 751 millions en 1950. Cette proportion est même annoncée à 70 % en 2050 par l’Organisation des Nations unies (ONU).

[…]

Avec plus de vingt millions d’habitants, Mumbaï a vu sa superficie bâtie presque doubler entre 1991 et 2018, perdant ainsi 40 % de son couvert végétal. Dhaka, dont la population de l’agglomération excède aussi vingt millions d’habitants, a vu disparaître 55 % des zones cultivées, 47 % des zones humides et 38 % du couvert végétal entre 1960 et 2005. Pendant que la superficie bâtie augmentait de 134 %.

Plus près de nous, le Grand Paris est le chantier d’aménagement le plus important de l’histoire de la capitale depuis le Second Empire (XIXe siècle), avec pas moins de deux cents kilomètres de lignes de métro supplémentaires, cent soixante kilomètres de tunnels à percer, soixante-huit gares à construire, quatre-vingt mille logements par an à sortir de terre.

En France d’ailleurs, la population urbaine a augmenté de 20 % entre 1960 et 2018, pour officiellement dépasser les 80 % de la population hexagonale en 2020, ramenés toutefois à 67 % en ne tenant plus uniquement compte de l’influence des villes mais aussi de la taille des peuplements (critère de densité des constructions). Près de la moitié vit dans l’une des vingt-deux grandes villes (dont quatre millionnaires en nombre d’habitants), à ce jour officiellement dénommées métropoles. Et, depuis ces centres métropolitains jusqu’aux couronnes périurbaines, comme dans un bon tiers des périmètres de villes moyennes et d’inter-communalités (elles-mêmes grossissantes par volontarisme réglementaire), l’urbanisation croît deux fois plus vite en surface qu’en population (et même trois fois dans les années 1990, soit annuellement la taille de Marseille, un département tous les dix ans, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en cinquante ans).

La métropolisation du monde

Les foyers premiers ainsi que le modèle principal de cette croissance sont assurés par les grandes agglomérations, au premier chef les sept villes-monde (New York, Hongkong, Londres, Paris, Tokyo, Singapour et Séoul) et leurs épigones, cent vingt métropoles internationales. Elles représentent en cumul 12 % de la population mondiale pour 48 % du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Il y a donc du capital à fixer et de la « richesse » à produire… À condition de continuer à grossir. Tokyo a déjà un PIB supérieur à celui du Canada, Paris à celui de la Suisse…

Engagée depuis une quarantaine d’années dans les pays occidentaux, la métropolisation représente le stade néolibéral de l’économie mondialisée : polarisation urbaine des nouvelles activités dites postindustrielles et conversion rapide des pouvoirs métropolitains aux logiques de firme marchande.

Elle incarne l’avantage acquis ces dernières décennies par les grandes villes : articulation des fonctions de commandement (ex : directions d’entreprises) et de communication (ex : aéroports, interconnexions ferroviaires, etc.), polarisation des marchés financiers (ex : places boursières et organismes bancaires), des marchés d’emplois de « haut niveau » – que l’Insee qualifie de métropolitains depuis 2002 (conception-recherche et prestations intellectuelles, commerce interentreprises et gestion managériale, culture et loisirs) ou encore de marchés segmentés de consommation (tourisme, art, technologies…).

[…]

Or, occupant seulement 2 % de la surface de la Terre, le fait urbain décrit produit 70 % des déchets, émet 75 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), consomme 78 % de l’énergie et émet plus 90 % de l’ensemble des polluants émis dans l’air pour, souvenons-nous, 58 % de la population mondiale.

Pour les seuls GES, vingt-cinq des cent soixante-sept plus grandes villes du monde sont responsables de près de la moitié des émissions urbaines de CO2 – la fabrication du ciment représentant près de 10 % des émissions mondiales, en augmentation de 80 % en dix ans. À ce jour, 40 % de la population urbaine mondiale vit dans des villes où l’exposition à la chaleur extrême a triplé sur les trente-cinq dernières années.

Plusieurs mégapoles s’enfoncent annuellement de plusieurs centimètres sous le poids de la densité des matériaux de construction et du pompage des nappes phréatiques (Mexico, Téhéran, Nairobi, Djakarta…). La prévalence des maladies dites de civilisation est nettement plus importante dans les grandes villes, responsables de quarante et un millions de décès annuels à travers le monde (cancers, maladies cardiovasculaires et pulmonaires, diabète et obésité, troubles psychiques et maladies mentales).

Enfin, selon le Fonds monétaire international, à l’horizon de la fin du siècle, 74 % de la population mondiale (annoncée en 2100 urbaine à 80 %) vivra des canicules mortelles plus de vingt jours par an. Un point de comparaison : la canicule de 2003 en France, 15 000 morts, en dix-huit jours. D’ailleurs, en France, les pollutions atmosphériques des grandes villes sont responsables de 50 000 morts annuellement.

Le secteur du bâtiment-travaux publics (BTP), toutes constructions confondues (mais à 90 % dans les aires définies comme urbaines), représente 46 % de la consommation énergétique, 40 % de notre production de déchets et 25 % des émissions de GES. L’autonomie alimentaire des cent premières villes est de trois jours (98 % d’alimentation importée) et Paris, par tous ses hectares nécessaires, a une empreinte écologique trois cent treize fois plus lourde que sa propre superficie.

[…]

Si l’on croise les données de nos impacts écologiques avec celles des limites planétaires, on constate que l’empreinte moyenne de chaque Français va devoir être divisée par quatre à six pour prétendre à la neutralité carbone à horizon de 2050. Pour ce faire, loin du technosolutionnisme ambiant et du durabilisme du verdissement, l’autonomie, comprise comme autosubsistance et autogestion, est le seul moyen de se figurer l’ensemble de nos pressions et de les contenir par l’autodétermination des besoins, au plus près des ressources et de leurs écosystèmes. Ceci, sans pour autant négliger nos interdépendances sociales et quelques-unes de nos libertés.

Or pour faire autonomie, toute ville devrait produire 100 % de son énergie, qui plus est renouvelable (or, à ce jour, Lyon, Bordeaux ou Rennes n’en produisent par exemple que 7 % à 8 % , non renouvelables), remettre en pleine terre entre 50 % et 60 % des sols pour la production vivrière et le respect du cycle de l’eau (à ce jour, entre 1 % et 1,5 % dans les villes labellisées Métropoles françaises), ou encore restituer aux écosystèmes au moins 15 % des sols urbanisés pour la biodiversité. Tout ceci est infaisable morphologiquement et, quoi qu’il en soit, impensable dans le cadre d’une ville devenue médiation première du capital.

Nous n’avons en fait pas d’autre choix que de nous affranchir des grandes centralités et de leurs polarités, comme certains espaces périurbains commencent à le faire ; en déconcentrant et en relocalisant, en décentralisant, sans omettre de décoloniser quelques habitudes et modes de vie.

Mais comment passer de l’ère de taire l’inconséquence de nos écologies urbaines à l’âge du faire des géographies posturbaines, sans pour autant rétrécir la société par le jeu des identités et le retour de quelques barbelés ? Quelles sont les conditions d’une désurbanisation sans perte d’altérité, et sans oublier cette fois la communauté biotique ?

Bientôt, le débranchement urbain ?

Cette autre géographie est d’ores et déjà en construction, à bas bruit. Les espaces plus ouverts, ceux des campagnes, offrent d’autres possibilités, sous condition de révision de quelques comportements, particulièrement ceux liés à nos mobilités, connectivités et divertissements. En France, cela correspond au foisonnement d’alternatives au sein des espaces dessinés par les treize mille petites villes et petites villes de proximité, bourgs et villages centre, auxquels il faut ajouter les milliers d’autres villages, hameaux et lieux-dit : néoruralités qui connaissent leur septième vague d’installation, néopaysanneries dynamiques, zones à défendre, communautés existentielles/intentionnelles, écolieux et fermes sociales…

Permaculture et autosubsistance vivrière, chantiers participatifs et autoconstruction bioclimatique, épiceries sociales ambulantes et médiathèques villageoises itinérantes, fêtes locales et savoirs vernaculaires… sont clairement ici en ligne de mire. Et l’on pourrait imaginer des foires locales aux logements, puisque près de trois millions sont vacants dans les périphéries, alors que ce secteur est prétendument en crise. Et, toute cette effervescence ne concerne pas moins de 30 % du territoire hexagonal.

Là serait la raison du débranchement urbain : cesser d’être les agents involontaires des méga-machines urbaines en recouvrant de la puissance d’agir, non plus pour faire masse contre la nature mais pour faire corps avec le vivant. Le triptyque habiter la terre, coopérer par le faire, autogérer de manière solidaire peut constituer la matrice d’une société écologique posturbaine. À condition de vider les villes, les grandes, et de cheminer enfin vers le suffisant.

Il est urgent de quitter les villes

Il est urgent de quitter les villes

par
Guillaume Faburel
Professeur, chercheur à l’UMR Triangle, Université Lumière Lyon 2 dans The Conversation

Notons par ailleurs que cet extrait ne traite pas des questions d’insécurité ou encore de bruit. NDLR

Vider les villes ? Voilà bien a priori une hérésie. La ville, c’est le progrès et l’émancipation. Tous les grands moments de notre civilisation y sont chevillés, des cités-États aux villes-monde et métropoles d’aujourd’hui. Pourquoi diable vouloir les vider ? Simplement parce que tous les mois à travers le monde l’équivalent d’une ville comme New York sort de terre. À moins de croire dans le solutionnisme technologique et le durabilisme des transitions, il est temps de rouvrir une option envisagée dès les années 1970 : la désurbanisation de nos sociétés. Voici peut-être l’unique solution face à la dévastation écologique. Un seul « s » sépare demeure et démesure, celui de notre propre survie. Aujourd’hui, 58 % de la population mondiale est urbaine, soit près de 4,4 milliards d’habitants (dont presque 40 % résidant aux États-Unis, en Europe et en Chine), contre 751 millions en 1950. Cette proportion est même annoncée à 70 % en 2050 par l’Organisation des Nations unies (ONU).

[…]

Avec plus de vingt millions d’habitants, Mumbaï a vu sa superficie bâtie presque doubler entre 1991 et 2018, perdant ainsi 40 % de son couvert végétal. Dhaka, dont la population de l’agglomération excède aussi vingt millions d’habitants, a vu disparaître 55 % des zones cultivées, 47 % des zones humides et 38 % du couvert végétal entre 1960 et 2005. Pendant que la superficie bâtie augmentait de 134 %.

Plus près de nous, le Grand Paris est le chantier d’aménagement le plus important de l’histoire de la capitale depuis le Second Empire (XIXe siècle), avec pas moins de deux cents kilomètres de lignes de métro supplémentaires, cent soixante kilomètres de tunnels à percer, soixante-huit gares à construire, quatre-vingt mille logements par an à sortir de terre.

En France d’ailleurs, la population urbaine a augmenté de 20 % entre 1960 et 2018, pour officiellement dépasser les 80 % de la population hexagonale en 2020, ramenés toutefois à 67 % en ne tenant plus uniquement compte de l’influence des villes mais aussi de la taille des peuplements (critère de densité des constructions). Près de la moitié vit dans l’une des vingt-deux grandes villes (dont quatre millionnaires en nombre d’habitants), à ce jour officiellement dénommées métropoles. Et, depuis ces centres métropolitains jusqu’aux couronnes périurbaines, comme dans un bon tiers des périmètres de villes moyennes et d’inter-communalités (elles-mêmes grossissantes par volontarisme réglementaire), l’urbanisation croît deux fois plus vite en surface qu’en population (et même trois fois dans les années 1990, soit annuellement la taille de Marseille, un département tous les dix ans, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en cinquante ans).

La métropolisation du monde

Les foyers premiers ainsi que le modèle principal de cette croissance sont assurés par les grandes agglomérations, au premier chef les sept villes-monde (New York, Hongkong, Londres, Paris, Tokyo, Singapour et Séoul) et leurs épigones, cent vingt métropoles internationales. Elles représentent en cumul 12 % de la population mondiale pour 48 % du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Il y a donc du capital à fixer et de la « richesse » à produire… À condition de continuer à grossir. Tokyo a déjà un PIB supérieur à celui du Canada, Paris à celui de la Suisse…

Engagée depuis une quarantaine d’années dans les pays occidentaux, la métropolisation représente le stade néolibéral de l’économie mondialisée : polarisation urbaine des nouvelles activités dites postindustrielles et conversion rapide des pouvoirs métropolitains aux logiques de firme marchande.

Elle incarne l’avantage acquis ces dernières décennies par les grandes villes : articulation des fonctions de commandement (ex : directions d’entreprises) et de communication (ex : aéroports, interconnexions ferroviaires, etc.), polarisation des marchés financiers (ex : places boursières et organismes bancaires), des marchés d’emplois de « haut niveau » – que l’Insee qualifie de métropolitains depuis 2002 (conception-recherche et prestations intellectuelles, commerce interentreprises et gestion managériale, culture et loisirs) ou encore de marchés segmentés de consommation (tourisme, art, technologies…).

[…]

Or, occupant seulement 2 % de la surface de la Terre, le fait urbain décrit produit 70 % des déchets, émet 75 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), consomme 78 % de l’énergie et émet plus 90 % de l’ensemble des polluants émis dans l’air pour, souvenons-nous, 58 % de la population mondiale.

Pour les seuls GES, vingt-cinq des cent soixante-sept plus grandes villes du monde sont responsables de près de la moitié des émissions urbaines de CO2 – la fabrication du ciment représentant près de 10 % des émissions mondiales, en augmentation de 80 % en dix ans. À ce jour, 40 % de la population urbaine mondiale vit dans des villes où l’exposition à la chaleur extrême a triplé sur les trente-cinq dernières années.

Plusieurs mégapoles s’enfoncent annuellement de plusieurs centimètres sous le poids de la densité des matériaux de construction et du pompage des nappes phréatiques (Mexico, Téhéran, Nairobi, Djakarta…). La prévalence des maladies dites de civilisation est nettement plus importante dans les grandes villes, responsables de quarante et un millions de décès annuels à travers le monde (cancers, maladies cardiovasculaires et pulmonaires, diabète et obésité, troubles psychiques et maladies mentales).

Enfin, selon le Fonds monétaire international, à l’horizon de la fin du siècle, 74 % de la population mondiale (annoncée en 2100 urbaine à 80 %) vivra des canicules mortelles plus de vingt jours par an. Un point de comparaison : la canicule de 2003 en France, 15 000 morts, en dix-huit jours. D’ailleurs, en France, les pollutions atmosphériques des grandes villes sont responsables de 50 000 morts annuellement.

Le secteur du bâtiment-travaux publics (BTP), toutes constructions confondues (mais à 90 % dans les aires définies comme urbaines), représente 46 % de la consommation énergétique, 40 % de notre production de déchets et 25 % des émissions de GES. L’autonomie alimentaire des cent premières villes est de trois jours (98 % d’alimentation importée) et Paris, par tous ses hectares nécessaires, a une empreinte écologique trois cent treize fois plus lourde que sa propre superficie.

[…]

Si l’on croise les données de nos impacts écologiques avec celles des limites planétaires, on constate que l’empreinte moyenne de chaque Français va devoir être divisée par quatre à six pour prétendre à la neutralité carbone à horizon de 2050. Pour ce faire, loin du technosolutionnisme ambiant et du durabilisme du verdissement, l’autonomie, comprise comme autosubsistance et autogestion, est le seul moyen de se figurer l’ensemble de nos pressions et de les contenir par l’autodétermination des besoins, au plus près des ressources et de leurs écosystèmes. Ceci, sans pour autant négliger nos interdépendances sociales et quelques-unes de nos libertés.

Or pour faire autonomie, toute ville devrait produire 100 % de son énergie, qui plus est renouvelable (or, à ce jour, Lyon, Bordeaux ou Rennes n’en produisent par exemple que 7 % à 8 % , non renouvelables), remettre en pleine terre entre 50 % et 60 % des sols pour la production vivrière et le respect du cycle de l’eau (à ce jour, entre 1 % et 1,5 % dans les villes labellisées Métropoles françaises), ou encore restituer aux écosystèmes au moins 15 % des sols urbanisés pour la biodiversité. Tout ceci est infaisable morphologiquement et, quoi qu’il en soit, impensable dans le cadre d’une ville devenue médiation première du capital.

Nous n’avons en fait pas d’autre choix que de nous affranchir des grandes centralités et de leurs polarités, comme certains espaces périurbains commencent à le faire ; en déconcentrant et en relocalisant, en décentralisant, sans omettre de décoloniser quelques habitudes et modes de vie.

Mais comment passer de l’ère de taire l’inconséquence de nos écologies urbaines à l’âge du faire des géographies posturbaines, sans pour autant rétrécir la société par le jeu des identités et le retour de quelques barbelés ? Quelles sont les conditions d’une désurbanisation sans perte d’altérité, et sans oublier cette fois la communauté biotique ?

Bientôt, le débranchement urbain ?

Cette autre géographie est d’ores et déjà en construction, à bas bruit. Les espaces plus ouverts, ceux des campagnes, offrent d’autres possibilités, sous condition de révision de quelques comportements, particulièrement ceux liés à nos mobilités, connectivités et divertissements. En France, cela correspond au foisonnement d’alternatives au sein des espaces dessinés par les treize mille petites villes et petites villes de proximité, bourgs et villages centre, auxquels il faut ajouter les milliers d’autres villages, hameaux et lieux-dit : néoruralités qui connaissent leur septième vague d’installation, néopaysanneries dynamiques, zones à défendre, communautés existentielles/intentionnelles, écolieux et fermes sociales…

Permaculture et autosubsistance vivrière, chantiers participatifs et autoconstruction bioclimatique, épiceries sociales ambulantes et médiathèques villageoises itinérantes, fêtes locales et savoirs vernaculaires… sont clairement ici en ligne de mire. Et l’on pourrait imaginer des foires locales aux logements, puisque près de trois millions sont vacants dans les périphéries, alors que ce secteur est prétendument en crise. Et, toute cette effervescence ne concerne pas moins de 30 % du territoire hexagonal.

Là serait la raison du débranchement urbain : cesser d’être les agents involontaires des méga-machines urbaines en recouvrant de la puissance d’agir, non plus pour faire masse contre la nature mais pour faire corps avec le vivant. Le triptyque habiter la terre, coopérer par le faire, autogérer de manière solidaire peut constituer la matrice d’une société écologique posturbaine. À condition de vider les villes, les grandes, et de cheminer enfin vers le suffisant.

KIEV a un urgent besoin d’armes

 KIEV a un urgent besoin d’armes

La position de l’Occident et de l’OTAN paraît particulièrement floue voir contradictoire et lâche. Comment en effet comprendre qu’après des mois de conflit, l’Ukraine qui partage les mêmes valeurs que l’Occident ne puisse pas disposer des armes pourtant promises.

Officiellement les raisons sont multiples. Il y a notamment le fait que ces armes doivent essentiellement transiter par la Pologne puisque notamment l’accès maritime est bloqué par la Russie.

Les pays concernés avancent aussi le fait qu’ ils ne peuvent déshabiller trop largement leurs propres équipements militaires. Mais ces arguments cachent en fait une réticence politique à fournir trop d’armement à l’Ukraine. Par crainte sans doute des réactions russes. Enfin il y a les illusions diplomatiques notamment de Macron qui pensent que le dialogue peut dans la période aboutir à une issue de paix négociées. Une illusion actuellement évidemment. De ce point de vue la France est très critiquée par les ex pays de l’Est.

L’Otan à travers la voix de son secrétaire général a enfin reconnu ce que dit depuis des semaines et des semaines le président de l’Ukraine à savoir l’insuffisance d’armes fournies notamment lourdes . Le rapport n’est même pas de 1 à 10.

L’Otan a commencé à « intensifier » ses livraisons d’armes à Kiev, a expliqué Jens Stoltenberg ce mardi, notant que les Ukrainiens « dépendent absolument de ces livraisons pour faire face à l’agression brutale de la Russie ».

Les pays occidentaux devraient envoyer à Kiev davantage d’armes lourdes pour l’aider à combattre l’armée russe qui progresse dans l’est de l’Ukraine, a déclaré ce mardi soir le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

L’Ukraine ne cesse de demander aux Occidentaux de lui livrer davantage d’armes et équipements militaires perfectionnés pour faire face à l’invasion russe, et reproche à certains pays européens de traîner les pieds.

A la veille du sommet, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et son homologue danoise Mette Frederiksen ont reçu Jens Stoltenberg et plusieurs dirigeants européens, dont le chef du gouvernement polonais Mateusz Morawiecki, dont le pays est voisin de l’Ukraine.

« Nous n’en avons pas fait assez pour défendre l’Ukraine, soutenir le peuple ukrainien, sa liberté et sa souveraineté », a dit Mateusz Morawiecki au cours de la même conférence de presse.

« C’est la raison pour laquelle je vous exhorte […) à en faire beaucoup plus pour livrer des armes et de l’artillerie à l’Ukraine. Ils en ont besoin pour défendre leur pays », a-t-il dit, jugeant que les pays occidentaux ruineraient leur « crédibilité » en cas de défaite de l’Ukraine face à la Russie.

« Ce serait un échec total et un désastre pour l’Union européenne, nos valeurs, et pour l’Otan », a-t-il jugé.

Relance Europe : il est urgent de s’inspirer de Biden

 Relance  Europe : il est urgent de s’inspirer de Biden

 

par Emmanuel Sales président de la Financière de la Cité dans l’Opinion

 

 

 

En Europe, les réactions ne manquent pas à la suite du plan de relance de Biden, jugé « mal calibré » et risquant de déclencher une nouvelle « spirale inflationniste ». Rarement la divergence de stratégie économique et monétaire aura été aussi forte des deux côtés de l’Atlantique. Aux Etats-Unis, la Fed et le Trésor privilégient la reprise de l’activité et considèrent désormais que le contrôle de l’inflation doit s’apprécier dans une perspective de moyen terme. La récente hausse des taux d’intérêt est considérée avec bienveillance par Jerome Powell qui y voit une confirmation de sa stratégie de relance.

D’ailleurs la progression des taux à dix ans américains ne s’est pas accompagnée d’une hausse des anticipations d’inflation ; ce sont les taux réels qui ont progressé. La Fed est jugée suffisamment crédible pour contenir les anticipations d’inflation à long terme. La remontée des taux longs américains risque donc de se poursuivre au rythme de l’amélioration de la conjoncture. Sur fond de rivalité avec la Chine, les Etats-Unis font le pari d’une économie « à haute pression » au risque du renchérissement des coûts d’emprunt en dollar dans le reste du monde. C’est « America first » version Biden.

Pour l’Europe, la stratégie américaine est un champ de mines. La Covid-19 a frappé des économies à la limite de la déflation, fragilisées par dix années de croissance faible et de sous-emploi. La gestion temporisatrice de la campagne vaccinale diffère la retour à la normale poussant à la hausse les ratios d’endettement. La hausse des taux américains risque de durcir les conditions de financement des déficits avant que le plan de relance européen n’ait produit ses effets. Les grandes entreprises exportatrices européennes dans le secteur du luxe et de l’automobile pourront bénéficier de la reflation Biden mais cela ne suffira pas à combler l’output gap de la zone euro estimé à près de 10% par les économistes.

L’arrivée de Mario Draghi en Italie, la perspective d’un changement de leadership en Allemagne permettent d’envisager un rééquilibrage des politiques européennes

Demande finale. Comme dans l’entre-deux guerres, les classes dirigeantes européennes demeurent hostiles aux politiques de relance dans lesquelles elles voient se profiler l’ombre du socialisme redistributeur. Pourtant, la richesse des nations ne provient pas simplement du fonctionnement naturel du « marché ». Pour que les entreprises puissent écouler leurs produits, pour que les entrepreneurs donnent corps à leurs idées, il faut un environnement macroéconomique favorable qui soutienne la demande finale.

Heureusement, les mentalités commencent à évoluer. Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, a souligné que le problème de l’Europe était une demande « trop faible pendant trop longtemps », écartant le scénario dominant suivant lequel la faiblesse des taux d’intérêt serait la conséquence des actions de la BCE. Sur un autre plan, l’arrivée de Mario Draghi en Italie, la perspective d’un changement de leadership en Allemagne permettent d’envisager un rééquilibrage des politiques européennes.

L’Europe a les moyens d’agir pour éviter une nouvelle « décennie perdue ». La croissance faible n’est pas une fatalité, elle découle d’une mauvaise gestion macro-économique et monétaire qui a poussé les gouvernements européens à comprimer excessivement leurs dépenses internes.

Les révolutions intellectuelles précédent les tournants historiques. Comme sous Reagan, mais avec un corpus opposé, les idées américaines pourraient donc trouver en Europe un écho favorable. Le pire serait que l’Europe s’enferre dans son provincialisme monétaire comme dans les années 1920, laissant les Etats-Unis la distancer à nouveau et la stagnation économique alimenter de nouveaux troubles politiques.

Emmanuel Sales est président de la Financière de la Cité.

Pour un confinement urgent

Pour un confinement urgent

Le professeur de médecine Bruno Riou appelle dans un papier du monde à ne pas avoir peur de confiner de nouveau, alors que l’épidémie de Covid-19 continue de s’étendre en France avec l’arrivée de variants du virus.

La situation actuelle de la crise due au Covid-19 en France est alarmante. Après une deuxième vague à l’automne 2020, les contaminations persistent à un niveau très élevé et continuent d’augmenter depuis de nombreuses semaines malgré des mesures restrictives de plus en plus importantes. L’épidémie n’est pas contrôlée, loin s’en faut.

Se surajoute à ce phénomène déjà inquiétant l’arrivée de variants plus contagieux du SARS-CoV-2, en particulier le variant dit « anglais ». Inéluctablement, il deviendra prédominant dans quelques semaines sans que personne n’imagine sérieusement pouvoir limiter ce processus. L’épidémie connaîtra alors une accélération comme cela est déjà survenu dans d’autres pays.

Je suis intimement persuadé que seul un confinement est à même d’éviter ce scénario avec ses conséquences redoutables en termes de mortalité et de morbidité, pour les patients Covid-19 et non-Covid-19. Le débat se focalise aujourd’hui sur ce point, tant au niveau médiatique que politique, l’exécutif disant vouloir tout essayer pour éviter un confinement aux conséquences sociales, humaines et économiques plus que difficiles.

Dans la gestion de crise, il faut savoir penser « hors du cadre ». Faisons-nous collectivement une erreur d’analyse en opposant les impératifs sanitaires aux autres impératifs ? Sommes-nous en train de ne pas voir « l’éléphant qui trône dans la pièce » depuis déjà longtemps ?

Prenons quatre acteurs dont on nous dit que leurs préoccupations divergent : le médecin, le restaurateur, l’étudiant et l’économiste. Le médecin souhaite éviter un maximum de décès et d’hospitalisations en réanimation – dont bien des survivants garderont des séquelles importantes –, éviter l’absence de prise en charge des patients « non-Covid-19 », et prévenir les conséquences psychiques des mesures de restriction, conséquences dont nous ne mesurons pas encore toute l’importance.

Le restaurateur est préoccupé par la date de réouverture de son restaurant, critère déterminant de sa survie professionnelle, et souhaite redonner un sens à sa vie faite de lien social. L’étudiant, lui, voudrait retourner dans les amphithéâtres, où d’ailleurs il ne s’est jamais beaucoup contaminé, pour retrouver un contact essentiel avec ses enseignants et ses pairs, rompre son isolement social, et, pour beaucoup, survivre économiquement en retrouvant une activité rémunérée. Quant à l’économiste, il s’inquiète des dégâts, pas seulement à court terme, sur le produit intérieur brut et l’endettement, mais également sur la destruction d’emplois.

GAFA: un encadrement urgent pour protéger les démocraties

GAFA: un encadrement urgent pour protéger les démocraties

Pour l’économiste Joëlle Toledano, la régulation des réseaux sociaux passe par le contrôle de leur modèle économique et par conséquent de leurs algorithmes, ce qui suppose d’y avoir accès. Interview dans le Monde.

Depuis la suspension des comptes de Donald Trump par les principales plates-formes numériques, le débat s’est centré sur les responsabilités en jeu dans la modération des contenus. Pour l’économiste Joëlle Toledano, autrice de GAFA. Reprenons le pouvoir ! (Odile Jacob, 192 pages, 19,90 euros, prix du livre d’économie 2020), rien ne sert de courir après les contenus illicites si l’on ne régule pas en amont un modèle économique qui donne la prime aux émotions et à la conflictualité.

Quelles leçons tirez-vous de la suppression des comptes de Donald Trump et des débats qui ont suivi ?

Nous avons assisté en janvier à un moment paroxystique avec l’incitation à la violence par un président des Etats-Unis en fonctions et à l’invasion du Capitole. Mais ce n’était que le dernier épisode d’une série d’événements dont les traductions sur les réseaux sociaux étaient aussi condamnables. Les justifications des patrons des plates-formes numériques auraient pu être avancées fréquemment durant les cinq dernières années, au vu des règles de fonctionnement qu’ils avaient eux-mêmes édictées.

La première leçon à en tirer est que le débat américain sur l’irresponsabilité supposée de ces plates-formes a été tranché par ceux-là même qui en bénéficiaient. Marc Zuckerberg (Facebook), Jack Dorsey (Twitter) et leurs homologues de Google, Amazon ou Apple abandonnent cette fiction. Ils avaient la possibilité de ne rien faire, puisque la fameuse « section 230 » exonère les « intermédiaires techniques » de toute responsabilité à l’égard des contenus introduits par des tiers.

En faisant taire le président américain, ils ont reconnu qu’ils sont responsables des contenus. Pris entre deux mauvaises décisions – « couper ou ne pas couper » –, ils ont choisi celle qui conviendrait le mieux à leurs salariés, sensibles au rôle de leur entreprise dans la société, et surtout aux responsables politiques désormais à la tête des deux chambres. Les GAFA seront en meilleure position pour influencer la prochaine mouture du texte qui doit succéder à la « section 230 » et préserver leurs intérêts économiques.

Vous écrivez que la modération des réseaux sociaux passe avant tout par la régulation de leur modèle économique. De quelle façon ?

On ne peut pas se contenter de fixer des règles de modération, quelles qu’elles soient, sans se préoccuper en amont de ce qui les rend nécessaires, à savoir les algorithmes programmés pour mettre en avant les contenus. Même si on parvient à obtenir un certain nombre de vérifications a posteriori, on ne peut traiter la modération des réseaux sociaux sans s’attaquer à leur modèle économique.

Effondrement Sociétal: Un débat urgent

Effondrement Sociétal: Un débat urgent

Un débat public sur cette menace de l’effondrement est indispensable afin de pouvoir en réduire la probabilité, la rapidité, la gravité et les dommages infligés aux plus vulnérables comme à la nature, relève dans une tribune au « Monde » un collectif de plus de 400 scientifiques d’une vingtaine de pays

Tribune.

 

 Nous sommes des scientifiques et universitaires de plus de vingt pays et nous appelons les décideurs politiques à s’engager ouvertement face au risque de bouleversements, voire d’effondrement, de nos sociétés. Cinq ans après l’accord de Paris de 2015 sur le climat, nous n’avons pas réussi à réduire nos émissions de carbone, et nous devons maintenant faire face aux conséquences.

S’il est essentiel d’agir avec courage et équité pour réduire les émissions et réabsorber naturellement du carbone, nombreux sont les chercheurs qui considèrent désormais l’effondrement de la société au cours de ce siècle comme un scénario crédible. Les avis diffèrent sur le lieu, l’étendue, la date, la durée et la cause de ces bouleversements ; mais la manière dont les sociétés modernes exploitent les hommes et la nature est une préoccupation commune à tous.

Il faut que les décideurs politiques ouvrent le débat sur cette menace d’effondrement de la société pour que nous puissions commencer à nous y préparer et à en réduire la probabilité, la rapidité, la gravité et les dommages infligés aux plus vulnérables et à la nature. Les armées de plusieurs pays considèrent déjà l’effondrement comme un scénario crédible, nécessitant une planification.

Un sujet qui n’est pas traité équitablement dans les médias

Des enquêtes publiques montrent qu’une partie importante des populations anticipent désormais l’effondrement de la société. Malheureusement, c’est déjà le quotidien ou même l’histoire de nombreuses communautés du Sud. Cependant, le sujet n’est pas traité équitablement dans les médias, et est largement absent de la société civile et de la politique.

Lorsque les médias abordent le thème du risque d’effondrement, ils citent généralement des personnes qui jugent négativement le fait de discuter de ce sujet. Les spéculations fondées sur de mauvaises informations, comme celles citant des campagnes de désinformation venant de l’étranger ou des répercussions sur la santé mentale et la motivation, ne favorisent pas une discussion sérieuse.

Effondrement Sociétal: Un débat urgent

Effondrement Sociétal: Un débat urgent

Un débat public sur cette menace de l’effondrement est indispensable afin de pouvoir en réduire la probabilité, la rapidité, la gravité et les dommages infligés aux plus vulnérables comme à la nature, relève dans une tribune au « Monde » un collectif de plus de 400 scientifiques d’une vingtaine de pays

Tribune.

 

 Nous sommes des scientifiques et universitaires de plus de vingt pays et nous appelons les décideurs politiques à s’engager ouvertement face au risque de bouleversements, voire d’effondrement, de nos sociétés. Cinq ans après l’accord de Paris de 2015 sur le climat, nous n’avons pas réussi à réduire nos émissions de carbone, et nous devons maintenant faire face aux conséquences.

S’il est essentiel d’agir avec courage et équité pour réduire les émissions et réabsorber naturellement du carbone, nombreux sont les chercheurs qui considèrent désormais l’effondrement de la société au cours de ce siècle comme un scénario crédible. Les avis diffèrent sur le lieu, l’étendue, la date, la durée et la cause de ces bouleversements ; mais la manière dont les sociétés modernes exploitent les hommes et la nature est une préoccupation commune à tous.

Il faut que les décideurs politiques ouvrent le débat sur cette menace d’effondrement de la société pour que nous puissions commencer à nous y préparer et à en réduire la probabilité, la rapidité, la gravité et les dommages infligés aux plus vulnérables et à la nature. Les armées de plusieurs pays considèrent déjà l’effondrement comme un scénario crédible, nécessitant une planification.

Un sujet qui n’est pas traité équitablement dans les médias

Des enquêtes publiques montrent qu’une partie importante des populations anticipent désormais l’effondrement de la société. Malheureusement, c’est déjà le quotidien ou même l’histoire de nombreuses communautés du Sud. Cependant, le sujet n’est pas traité équitablement dans les médias, et est largement absent de la société civile et de la politique.

Lorsque les médias abordent le thème du risque d’effondrement, ils citent généralement des personnes qui jugent négativement le fait de discuter de ce sujet. Les spéculations fondées sur de mauvaises informations, comme celles citant des campagnes de désinformation venant de l’étranger ou des répercussions sur la santé mentale et la motivation, ne favorisent pas une discussion sérieuse.

Effondrement de la société: Un débat urgent

Effondrement de la société: Un débat urgent

Un débat public sur cette menace de l’effondrement est indispensable afin de pouvoir en réduire la probabilité, la rapidité, la gravité et les dommages infligés aux plus vulnérables comme à la nature, relève dans une tribune au « Monde » un collectif de plus de 400 scientifiques d’une vingtaine de pays

Tribune.

 

 Nous sommes des scientifiques et universitaires de plus de vingt pays et nous appelons les décideurs politiques à s’engager ouvertement face au risque de bouleversements, voire d’effondrement, de nos sociétés. Cinq ans après l’accord de Paris de 2015 sur le climat, nous n’avons pas réussi à réduire nos émissions de carbone, et nous devons maintenant faire face aux conséquences.

S’il est essentiel d’agir avec courage et équité pour réduire les émissions et réabsorber naturellement du carbone, nombreux sont les chercheurs qui considèrent désormais l’effondrement de la société au cours de ce siècle comme un scénario crédible. Les avis diffèrent sur le lieu, l’étendue, la date, la durée et la cause de ces bouleversements ; mais la manière dont les sociétés modernes exploitent les hommes et la nature est une préoccupation commune à tous.

Il faut que les décideurs politiques ouvrent le débat sur cette menace d’effondrement de la société pour que nous puissions commencer à nous y préparer et à en réduire la probabilité, la rapidité, la gravité et les dommages infligés aux plus vulnérables et à la nature. Les armées de plusieurs pays considèrent déjà l’effondrement comme un scénario crédible, nécessitant une planification.

Un sujet qui n’est pas traité équitablement dans les médias

Des enquêtes publiques montrent qu’une partie importante des populations anticipent désormais l’effondrement de la société. Malheureusement, c’est déjà le quotidien ou même l’histoire de nombreuses communautés du Sud. Cependant, le sujet n’est pas traité équitablement dans les médias, et est largement absent de la société civile et de la politique.

Lorsque les médias abordent le thème du risque d’effondrement, ils citent généralement des personnes qui jugent négativement le fait de discuter de ce sujet. Les spéculations fondées sur de mauvaises informations, comme celles citant des campagnes de désinformation venant de l’étranger ou des répercussions sur la santé mentale et la motivation, ne favorisent pas une discussion sérieuse.

Urgent : «Pour un ministre de la Transition numérique»

Urgent : «Pour  un ministre de la Transition numérique»

 

Ce que demande Godefroy de Bentzmann , co-PDG de Devoteam, une entreprise de services du numérique présente dans toute l’Europe. Il a pris la tête de Syntec Numérique en juin.

Cette organisation regroupe près de 2000 entreprises, soit 80 % du chiffre d’affaires d’un secteur qui pèse 52 milliards. Il alerte sur l’urgence d’entreprendre une transformation numérique profonde en Europe pour faire de la révolution qui se profile une opportunité. (Interview dans l’opinion)

Syntec Numérique a publié un cahier dédié à l’industrie du futur. Il insiste sur l’impératif de transformer les entreprises en France. Est-ce si urgent ?

La France a besoin d’un électrochoc. La révolution numérique modifie profondément nos usages personnels et professionnels. L’impact sera encore plus grand dans les process de production industrielle. Ce qui se profile est un tsunami. La vague du numérique va modifier et déplacer des millions d’emplois. Il faut se demander plus vite que les autres, comment recréer en France et en Europe les emplois pour compenser ceux qui seront détruits. Je ne crois pas en une société avec 80 % de chômeurs, comme certains Nostradamus alarmistes la prédisent mais nos modèles vont être bouleversés. Il y a 100 ans, 1 % des emplois touchaient à l’art et à la création, c’est 30 % aujourd’hui. 70 % des jobs de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui.

Le sujet est absent de la campagne présidentielle…

Il devrait être au cœur des débats ! Le personnel politique n’a, à de rares exceptions, pas pris conscience des changements qui nous attendent. Il est vrai qu’ils recèlent d’immenses possibilités, ils sont anxiogènes. Ce n’est pas un thème porteur. À l’exception d’une poignée de députés, et peut-être, parmi les candidats à la prochaine présidentielle, François Fillon et Emmanuel Macron, nos politiques ne comprennent pas les enjeux. Au mieux certains voient l’opportunité de faire mieux et moins cher les tâches de l’administration, mais ils sont loin de percevoir le pivot radical que va faire le marché de l’emploi. Cela serait dommage que nos voisins européens ou plus lointains s’approprient les bénéfices de cette révolution.

La France n’a-t-elle pas pris à l’envers le sujet numérique ?

L’obsession de la sauvegarde de l’ancienne économie et la gestion de la transition nuisent à l’émergence de la nouvelle économie. Les industries traditionnelles pensent, comme les politiques, qu’il faut leur laisser le temps de se transformer… Mais personne ne nous attend ! L’Allemagne a pris les devants en accueillant les data centers de Google. N’ayons pas peur de nous approprier les meilleures technologies du marché pour bâtir les prochaines évolutions. La France doit avoir un plan ambitieux pour ses entreprises, avec des « zones franches virtuelles », des dérogations sociales et fiscales dont bénéficieraient les sociétés qui s’engagent dans des plans de transformation en profondeur impliquant l’entreprise, ses salariés et pourquoi pas des financiers privés.

Pour vous, l’État doit aussi faire sa mue…

Il nous faut un ministre de la Transition numérique et dans chaque ministère un CDO (Chief Digital Officer), comme dans les grandes entreprises. Une « conscience numérique » pour aiguillonner les ministres et veiller à ce que chaque réforme intègre la thématique. Il y a des sujets sur lesquels la France pourrait tirer son épingle du jeu. Dans le domaine de la santé, nous avons la chance d’avoir un atout unique avec les immenses bases de données d’ordonnances de la CNAM. Même Google qui a lancé un programme ambitieux est loin d’avoir constitué une réserve de données aussi riche que celle que nous détenons. Avec une volonté politique, nous pourrions en tirer des services aux patients, des améliorations, des diagnostics, des économies, un enseignement pour la recherche.

Ces sujets numériques ne devraient-ils pas se traiter au niveau européen ?

Si la France se contente d’édicter seule, comme en ce moment, des lois pour contrer les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon], la seule chose qu’elle obtiendra sera d’être contournée par eux. Ils iront s’installer ailleurs en Europe. La France doit plutôt tempêter à Bruxelles pour que des règles communes soient mises en place sur la fiscalité, comme sur la protection des données. Mais au-delà, elle doit prendre conscience qu’il faut élargir à un espace global de 500 millions d’Européens notre économie du futur. Il y a tant de sujets numériques encore inexploités dont le continent peut se saisir, comme l’identité numérique, la blockchain ou le paiement. Il faut créer des champions européens, des Airbus du numérique à l’ombre desquels nos entreprises européennes du web pourront se développer. Ne laissons pas ces batailles aux GAFA.

Il y a de très importants enjeux de formation. Comment le Syntec Numérique les aborde-t-il ?

La France est un bon terreau pour le numérique, avec des ingénieurs excellents que l’on s’arrache dans la Silicon Valley. Cela dit, nous avons du mal à attirer des informaticiens en nombre suffisant. Nos entreprises créent en moyenne 11 000 emplois nets par an et recrutent 40 000 cadres. Pourtant, il manque au moins 5 000 ingénieurs chaque année. Même si nous représentons 25 % de la croissance du PIB de la France et que nous proposons des salaires supérieurs à ceux des autres secteurs, nous devons travailler notre attractivité.

Sahel : un renforcement militaire urgent pas à la hauteur

Sahel : un renforcement militaire urgent pas à la hauteur

Un renforcement est en cours mais il risque de ne pas être à la hauteur de l’enjeu. La France va déployer 600 soldats supplémentaires dans la bande sahélo-saharienne, portant les effectifs de l’opération Barkhane à 5.100 hommes, annonce dimanche la ministre des Armées.

L’essentiel des renforts sera déployé dans la zone dite des « trois frontières » entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, précise Florence Parly dans un communiqué. Des effectifs nécessaires mais sans doute insuffisant avec une menace d’enlisement de l’armée française comme le craint  Serge Michailof, chercheur à l’Iris et enseignant à Sciences Po, ancien  directeur des opérations à l’Agence française de développement (AFD). Ce spécialiste de l’Afrique, et plus précisément du Sahel, s’ explique dans une interview à France info.

L’armée française risque-t-elle un enlisement au Sahel ?

Serge Michailof : L’armée française se trouve dans une impasse. Elle a brillamment arrêté le rezzou (l’attaque NDLR) inorganisé lancé en janvier 2013, par trois groupements armés qui ont alors menacé le sud du pays et en particulier Bamako; elle a alors détruit une série de bases logistiques des jihadistes au nord du Mali. L’armée française a empêché la constitution de katibas (cellule armée NDLR) structurées susceptibles de menacer les centres urbains.

Mais la guerre s’est déplacée, comme on pouvait le craindre, vers le centre, puis le sud du pays, régions très peuplées. A cet égard, le terme de « terroriste » pour désigner l’ennemi est parfaitement inapproprié, puisque nous n’avons pas en face de nous des fous de Dieu exclusivement soucieux de semer le chaos, mais des hommes réfléchis qui ont arrêté une stratégie asymétrique classique assez proche de celle adoptée en Afghanistan par les Taliban. Or il suffit de regarder les cartes des incidents et actions conduites par les jihadistes de 2017 à 2019, pour constater l’expansion géographique et la multiplication de ces actions.

Nous constatons ainsi que l’ennemi déroule sa stratégie et que Barkhane, quelles que soient les victoires tactiques qu’elle remporte, n’a pas pu arrêter la dégradation de la situation sécuritaire. En outre, l’armée malienne subit défaite sur défaite. Elle a perdu 150 hommes en deux mois. Les jihadistes ont récemment fait une démonstration de leurs capacités en prenant le poste de Indelimane, à proximité de la frontière avec le Niger et en tuant 40 soldats. Défendant un pays très fragile, aux institutions gangrénées par le népotisme et la corruption, nous sommes en train de perdre la guerre même si Barkhane gagne toutes les batailles.

Comme en Afghanistan, la géographie du Sahel est-elle un obstacle au rétablissement de la sécurité ?

C’est plus l’immensité de l’espace et le mauvais état des routes qui pose problème, plutôt que la géographie par elle-même. Les pays du G5 Sahel représentent environ 6 à 7 fois la superficie de la France. Il n’y a pas de zones montagneuses comparables réellement à l’Indu Kush d’Afghanistan, même si l’Aïr, que j’ai souvent parcouru et l’Adrar des Ifoghas, sont des zones difficiles. Ceci dit maintenant que la guerre s’est aussi déplacée au Burkina et y prend une coloration ethnique : agriculteurs Mossis contre pasteurs Peuls, elle devient extrêmement difficile, car l’enjeu est le contrôle des populations dans un contexte où les deux Etats sont défaillants. La guerre se déplace donc vers les villages dans un contexte de mosaïque ethnique très complexe, de crise environnementale, de tensions et conflits anciens qui sont ravivés délibérément par les jihadistes.

 

Pourquoi les armées africaines ne semblent-elles pas à la hauteur du défi ?

 

Il y a de grandes différences entre les armées du G5-Sahel. La Mauritanie a découragé les jihadistes qui ont pris la peignée à chaque fois qu’ils sont intervenus dans ce pays, qui se rouvre même au tourisme (!). L’armée tchadienne a considérablement aidé Serval en 2013 et est d’ailleurs très redoutée dans la sous-région. Mais elle est au four et au moulin, combattant les jihadistes de Boko Haram repliés dans le bassin du Lac Tchad, intervenant en Centrafrique, et répondant aux menaces multiples provenant du Darfour et de Libye.

L’armée nigérienne bien commandée “fait le boulot” et tient le coup pour l’instant, mais elle manque cruellement de moyens. Il suffirait que la France ou l’Union Européenne acceptent de mettre le paquet en formation, équipement, financement etc. pour en faire une armée capable de tenir le pays, Si le Niger recevait le tiers du milliard de dollars que coûte la force des Nations unies, la Minusma, en dotation annuelle pour sa sécurité, le Niger serait fort capable de se défendre.

Le vrai problème, ce sont les armées du Mali et du Burkina. Le problème est ici avant tout politique. Vous connaissez le dicton chinois ”le poisson pourrit par la tête”. En fait, il ne sert à rien d’entraîner ces deux armées et de les équiper si en particulier une gestion des ressources humaine rénovée ne permet pas de réintroduire un système méritocratique dans les chaînes de commandement et de sortir du népotisme.

 

Comme l’Afghanistan, le Sahel est-il gangréné par les trafics en tous genres et notamment armes et drogue ?

 

De tout temps le Sahel et le Sahara ont été des zones de trafic historiquement d’esclaves, d’or, d’ivoire et de sel. Aujourd’hui c’est plutôt la cocaïne, les armes et les migrants avec aussi un peu de gasoil et de produits alimentaires pour profiter des différences de prix avec l’Algérie. Ces trafics ont eu un impact désastreux au Mali en gangrénant une partie des élites dirigeantes dès la fin des années 1990 et le début des années 2000.

Maintenant ces trafics sont pour partie entre les mains des différents groupes djihadistes et contribuent à leur financement. Les ressources financières de ces groupes viennent aussi du contrôle des mines d’or artisanales, qui sont très importantes au Mali et au Burkina et de la taxation du coton, qui est l’une des richesses de ces pays et le racket sur les marchandises et les voyageurs sur les routes qu’ils contrôlent.

Comment expliquer la montée du jihad et la force de l’islam politique dans cette région autrefois réputée pour une certaine tolérance ?

 

L’islam soufi, historiquement propre à cette région, était extrêmement tolérant. Le salafisme n’est toutefois pas arrivé hier. Son implantation méthodique est l’œuvre de l’Arabie Saoudite, qui est très active au Sahel depuis la fin des années 70 et l’enrichissement des pays pétroliers. Depuis cette époque, on a vu surgir dans tout le Sahel francophone des mosquées financées par des fondations saoudiennes et cet effort méthodique sur plus de 40 ans a entraîné une modification radicale des comportements religieux. Pour ceux qui, comme moi, suivent le Sahel depuis 50 ans, on a vu apparaître les voiles des femmes depuis la fin des années 1990.

A ceci s’est conjugué un effondrement des systèmes d’éducation publique en zone rurale, ceci pour des raisons multiples : crises budgétaires, programme économique du FMI mal construit, mais surtout le choc démographique et la focalisation des donateurs sur les constructions d’écoles, alors que la formation et l’encadrement des enseignants ont été largement oubliés. Résultat, les écoles coraniques ont fréquemment été le seul lieu d’apprentissage des enfants et ces écoles ont été tenues par des convertis au salafisme. Ce n’est pas sans rappeler le rôle des madrassas du Pakistan dans la formation du mouvement Taliban.

Pourquoi ces états n’arrivent-ils pas à répondre aux besoins sociaux, éducatifs, de leur population ?

 

Ces pays sahéliens ont une population extrêmement pauvre et le taux de fiscalisation qui est de l’ordre de 20 % du PIB ne leur laisse pas de marges budgétaires bien conséquentes. Or ils sont soumis à un double choc : un choc démographique colossal avec des taux de croissance de la population supérieurs à 3%, 4% pour le Niger dont la population est passée de 3 millions à l’indépendance à 20 millions actuellement et dépassera 60 millions en 2050. Le deuxième choc est un choc sécuritaire, car les dépenses de sécurité qui atteignent ou dépassent 6% des PIB sont en train d’évincer les dépenses de développement et les dépenses sociales. Ces pays ne peuvent pas acheter des hélicoptères de combat et apporter une éducation de qualité à leurs enfants.

 

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