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Ukraine : la brutalité russe est historique

Ukraine : la brutalité russe est historique

Frappé par le caractère radicalement destructif de la stratégie russe, le philosophe François Galichet constate que, pour l’armée russe, « la destruction n’est pas un moyen mais une fin en soi ; et d’ailleurs elle s’applique à l’agresseur autant qu’à l’agressé ».( Le Monde)

 

Ce qui frappe le plus, dans le conflit ukrainien, c’est la stratégie adoptée par les Russes. Elle se caractérise par une intention délibérée d’anéantissement, de destruction systématique et radicale. Assurément, toutes les guerres comportent des dommages causés à l’ennemi ; mais ils sont le plus souvent liés à des objectifs militaires, même s’ils entraînent des bavures.

Dans le cas de l’agression russe, en revanche, on a l’impression d’une entreprise d’annihilation totale du territoire à conquérir, civils et soldats, hommes, bâtiments et choses. Marioupol, Boutcha et bien d’autres villes martyres illustrent tragiquement cette volonté. Comme on l’a souvent souligné, c’est une stratégie déjà adoptée en Tchétchénie et en Syrie.

Habituellement, le conquérant vise à s’approprier les ressources du pays attaqué, ce qui le conduit à les préserver autant que possible, dans son propre intérêt. Ici, en revanche, on a le sentiment que le gain attendu ne compte pas du tout. La destruction n’est pas un moyen mais une fin en soi ; et d’ailleurs elle s’applique à l’agresseur autant qu’à l’agressé.

 

Les dommages causés à la Russie par la guerre (effets des sanctions, retrait des investisseurs étrangers, adhésion à l’OTAN de pays jusqu’ici neutres, renforcement de l’unité et de la défense européenne, etc.) sont de loin supérieurs à l’avantage éventuel que constituerait la conquête du Donbass. Mais ces dommages, si grands soient-ils, ne semblent pas compter.

Comment expliquer une telle attitude ? Un mot s’impose au spectacle de cette guerre militairement irrationnelle, économiquement aberrante, politiquement catastrophique : nihilisme. On sait que ce concept est né en Russie dans les années 1860 ; et on l’associe souvent à un mouvement marginal d’opposition au régime tsariste, vite disparu au profit de la contestation marxiste-léniniste qui aboutira à la révolution d’octobre 1917.

Or cette représentation est erronée. L’écrivain Ivan Tourgueniev (1818-1883), dans Pères et Fils, définit le nihiliste comme quelqu’un « qui ne veut rien reconnaître »« qui ne respecte rien » et « ne s’incline devant aucune autorité ». L’écrivain philosophe Alexandre Herzen (1812-1870) , dans un article de 1869, y voit « un esprit de purification critique » ; il associe le phénomène du nihilisme à la mentalité russe en tant que telle : « Le nihilisme est le fruit naturel, légitime, historique de cette attitude négative envers la vie qu’avaient adoptée la pensée russe et l’art russe dès ses premiers pas après Pierre le Grand. » Il ajoute : « Cette négation doit enfin aboutir à la négation de soi-même. »

Ukraine et Moldavie officiellement candidats à l’Union européenne

Ukraine et Moldavie officiellement candidats à l’Union européenne

 

Une décision sans doute davantage politique qu’économique. Les dirigeants des Vingt-Sept ont reconnu jeudi à l’Ukraine et à la Moldavie le statut de candidat à l’Union européenne, a annoncé le président du Conseil européen Charles Michel, évoquant un « moment historique », en pleine offensive russe.

Cette décision très attendue par Kiev, prise lors d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE à Bruxelles, marque le début d’un processus long et complexe en vue d’une adhésion.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué dans la foulée « un moment unique et historique » après l’attribution à l’Ukraine du statut officiel de candidat à l’Union européenne par les Vingt-Sept, une décision attendue par Kiev en pleine invasion russe.

Défense de l’Europe : La faillite de l’OTAN en Ukraine met en cause notre sécurité

Défense de l’Europe  : La  faillite de l’OTAN en Ukraine met en cause notre sécurité

 

Inutile de tourner autour du pot,  ce n’est pas uniquement pour des questions techniques que l’armement des pays occidentaux ne parvient pas en quantité suffisante en Ukraine.

Certes il existe certaines difficultés logistiques mais depuis des semaines et des semaines, ces  problèmes auraient dû être résolus. Les problèmes sont moins techniques que politiques. D’abord une constatation évidente, ce sont surtout les États-Unis qui fournissent l’essentiel de l’effort à 90 %. L’Europe est particulièrement réticente entre dépit  de propos rassurants vis-à-vis de l’Ukraine. Et à l’intérieur de l’Europe la France mais aussi l’Allemagne et l’Italie freinent des quatre fers pour n’apporter que des contributions assez anecdotiques. Exemple une dizaine de canons pour la France quand il faut faire face aux centaines de la Russie.

Les raisons de ces atermoiements sont essentiellement politiques. Nombre de pays européens seraient bien satisfaits d’un accord favorable à la Russie ce qui suppose que l’Ukraine convienne d’abandonner presque un quart de son territoire. Le prix à payer à la folie du dictateur russe que les occidentaux ménagent depuis 20 ans alors qu’il ne cesse de tuer massivement dans et hors de ses frontières. Alors qu’il ne cesse sa politique d’expansion territoriale. La vérité sans doute c’est que l’opinion publique en tout cas une partie comme nombre de chefs d’État ont adopté une attitude munichoise.

Le problème c’est que cela démontre aussi l’inefficacité de l’OTAN incapable de faire face en moyens suffisants à un conflit finalement relativement localisé. Que se passerait-il si Poutine décidé une attaque d’envergure ? Si l’OTAN n’est pas capable de répondre en quelques jours au plus en quelques semaines autant dire que l’OTAN  est obsolète d’autant  il n’y a pas d’alternative de défense en Europe.

D’un certain point de vue, l’attitude de nombre de pays et de chefs d’État en Europe est assez pitoyable. Il faut dire que la plupart de ces pays n’ont pas pour beaucoup eu  à subir le joug de 50 ans d’occupation soviétique. Il faut aussi observer que nombre de chefs d’État compris Macron  n’ont jamais connu la guerre voir même le devoir militaire.

Il ne s’agit sans doute pas d’espérer ou de provoquer une guerre en Russie mais au moins d’assurer les moyens d’une défense face à une éventuelle attaque potentielle. De ce point de vue le concept de défense en Europe est aujourd’hui obsolète et constitue une grande fragilité par rapport au potentiel agressif de Poutine. Il serait temps que les experts patentés et autres politiques n’ayant jamais connu de guerre réelle en Europe se réveillent pour au moins préparer la guerre à fin de mieux l’éviter

Ukraine : Aussi un enjeu énergétique

 Ukraine : Aussi un enjeu énergétique

Alors que la guerre fait rage entre l’Ukraine et la Russie, les démocraties occidentales continuent de financer l’effusion de sang en maintenant leur dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Par Zion Lights, activiste écologiste, communicante scientifique britannique et ancienne porte-parole du mouvement Extinction­Rébellion.(la Tribune)

 

 

Emmanuel Macron, Olaf Scholz et Mario Draghi sont à Kiev ce jeudi pour rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, les pays de l’Union européenne ont versé jusqu’à aujourd’hui plus de 61 milliards d’euros à la Russie pour l’achat de pétrole, de gaz naturel et de charbon, selon le décompte du site CREA. (Crédits : Reuters)

Nous savons depuis longtemps temps que les combustibles fossiles ne sont ni sûrs ni propres. On peut rajouter un nouveau reproche à la liste : au cours des seuls deux premiers mois de l’invasion russe en Ukraine, l’Allemagne a versé environ 8,3 milliards d’euros à la Russie pour sa facture énergétique, somme largement employée par Moscou pour acheter des armes. Dans le même temps, les pays de l’UE auraient payé un total de 39 milliards d’euros pour acheter de l’énergie russe, soit plus du double du montant de l’aide qu’ils ont accordée à l’Ukraine pour se défendre.

L’énergie n’est jamais neutre. Depuis des années, la Russie tente de réduire l’indépendance énergétique des nations européennes. Aussi, ce n’est pas une surprise lorsqu’un scientifique français a révélé que le géant pétrolier russe Gazprom avait financé des ONG environnementales qui prônent l’abandon du nucléaire.

Tinne Van der Straeten, membre du Parti vert, ministre belge de l’Energie et critique virulent du nucléaire, a pour sa part un temps travaillé pour le cabinet d’avocats du géant gazier russe Gazprom. Il a mis le pays sur la voie d’un mix énergétique 100 %, renouvelables, en omettant le fait qu’il restera dépendant des couteuses importations de gaz russe. L’ancien chancelier Gerhard Schroeder, qui est à l’origine de la politique allemande de sortie du nucléaire, a ensuite rejoint le conseil d’administration de Gazprom. Juste avant que le conflit n’éclate, M. Schroeder a accusé l’Ukraine, et son attitude « belliqueuse », d’être responsable des tensions régionales plutôt que la Russie.

De même, le lobby pétrolier a fait barrage au nucléaire pendant des années. L’American Petroleum Institute a été reconnu responsable du financement de groupes d’action climatique inventés de toutes pièces, appelés Citizens Against Nuclear Bailouts, dans 16 États américains en 2017. Ces derniers ont méticuleusement ciblé des groupes d’Américains avec des tracts, des appels téléphoniques et des publicités sur Facebook, les appelant à demander la fermeture des centrales nucléaires.

En France, la plupart des journalistes s’acharnent aujourd’hui contre la solution à ce dilemme énergétique : le nucléaire – rempart qui a protégé le pays de la flambée massive des prix de l’électricité. Et ce alors même que la France continue de payer les fluctuations énergétiques des pays européens plus dépendants des énergies fossiles.

Un argument que nous avons beaucoup entendu ces derniers temps est que l’énergie nucléaire est mauvaise pour l’environnement. C’est tout simplement faux. Non seulement l’énergie nucléaire a une très faible empreinte carbone, mais pour la même quantité d’électricité produite, par rapports aux autres sources d’énergie, le nucléaire a également l’impact le plus faible sur les écosystèmes sur tout un cycle de vie. Un résultat qui s’appuie sur l’indice comparatif de la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU) qui intègre les impacts suivants sur les écosystèmes : écotoxicité terrestre, transformation des zones naturelles, écotoxicité marine, eutrophisation, écotoxicité en eau douce, occupation des terres agricoles et acidification terrestre.

Un autre mythe concerne la fermeture estivale des centrales nucléaires pour des raisons de sécurité. Cette idée a fait la « une » de la presse française ces derniers temps. Il est vrai que pendant les périodes prolongées de sécheresse ou de canicule, le niveau des rivières est généralement plus bas et leur température plus élevée. Les centrales nucléaires doivent donc prendre des mesures (par exemple, réduire la puissance de leurs réacteurs) afin de ne pas rejeter trop d’eau chaude qui pourrait avoir un impact sur l’environnement. Cette mesure est prise pour préserver la biodiversité des rivières.

Cette procédure est toutefois prévue et anticipée, si bien qu’elle ne pèse que très peu sur la production d’énergie. D’après le Réseau de transport d’électricité (RTE), les pertes de production nucléaire dues aux contraintes climatiques ne sont que de 0,37% en moyenne en France. Plus de 98% de l’eau utilisée pour la production nucléaire est restituée à l’environnement sans dégradation de sa qualité, et entre 2000 et 2017 en France, les pertes de production liées aux contraintes climatiques n’ont représenté que 0,18% en moyenne de la production d’électricité d’origine nucléaire.

L’indignation suscitée par ces problèmes mineurs et maitrisés est inexplicable. Des pays comme l’Allemagne, l’Italie et la Belgique, qui ont choisi d’arrêter progressivement leurs centrales nucléaires, sont devenus dépendants des importations russes en retour – et pénalisent en conséquence les prix de l’énergie en Europe ainsi que son indépendance géopolitique. S’ils n’avaient pas mis hors service leurs propres réacteurs, ils seraient beaucoup moins dépendants de la Russie pour les exportations de combustibles fossiles.

Malgré les appels répétés à la réouverture de ses centrales nucléaires, l’Allemagne a déclaré qu’il n’en serait rien. Non seulement le gouvernement actuel n’est pas pressé de se libérer de sa dépendance à l’égard du pétrole et du gaz russes, mais, malheureusement, il a récemment changé d’avis et s’oppose à l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie verte de l’UE – une position qui rendra la tâche plus difficile à tout autre pays européen décidant d’adopter un mix énergétique plus rationnel.

La Finlande – un pays qui ne sait que trop bien ce que signifie être voisin de l’ours russe – a lui choisi une approche beaucoup plus réaliste. Lors de sa conférence, le parti vert du pays (Vihreät De Gröna) s’est prononcé à une large majorité en faveur du nucléaire, qu’il qualifie sans hésiter d’« énergie durable ». Il appelle au développement de petits réacteurs modulaires (SMR) ainsi qu’à la prolongation des licences des réacteurs nucléaires existants. D’après les écologistes finlandais, le pays a besoin « d’un approvisionnement suffisant en énergie peu émettrice de CO2 et à l’empreinte environnementale minimale (…) pour construire un avenir durable ».

Ce cas n’est pas isolé. Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a déclaré : « L’énergie nucléaire a un rôle intégral à jouer si nous voulons sérieusement relever le défi climatique… Nous devons multiplier par cinq le rythme des nouvelles constructions de centrales nucléaires. »

S’opposer aux solutions énergétiques propres en temps de guerre revient à se ranger du côté d’un dictateur. Si le changement climatique s’aggrave, il en sera de même pour les conflits mondiaux. Les gouvernements occidentaux doivent intensifier leurs programmes d’énergie nucléaire et les journalistes doivent cesser de diffuser des informations erronées sur cette source d’énergie vitale. Rappelons que l’inconvénient de parler trop vite, c’est qu’après avoir dit des bêtises, on se met dans l’embarras de devoir les penser.

L’Afrique victime collatérale de la guerre en Ukraine

L’Afrique victime collatérale de la guerre en Ukraine

 

Marie de Vergès, journaliste au « Monde Afrique », rappelle que l’Afrique, victime collatérale de la guerre en Ukraine, est le continent où la consommation de blé croît le plus vite. Les gouvernements africains, ayant favorisé l’importation des denrées alimentaires, font face à un défi.

. Au Nigeria, la flambée des prix fait basculer de plus en plus de ménages sous la ligne de flottaison : selon la Banque mondiale, le géant d’Afrique de l’Ouest compterait désormais quelque 95 millions de pauvres, soit presque la moitié de la population. Au Ghana, l’inflation vient d’atteindre un niveau record depuis dix-huit ans, à plus de 27 %. Au Sahel, jusqu’à 18 millions de personnes seront confrontées à une grave insécurité alimentaire d’ici à la fin du mois d’août.

Jour après jour, les voyants passent au rouge sur un continent africain essoré par deux années de pandémie et qui doit désormais encaisser les retombées d’une guerre lointaine. Alors que les prix des céréales et de l’énergie ont explosé sur les marchés mondiaux, les Etats dépendant des importations pour nourrir leurs populations voient s’aggraver la faim et la précarité.

Début juin, à Sotchi, en Russie, le président de l’Union africaine, Macky Sall, a enjoint à Vladimir Poutine de « prendre conscience » que l’Afrique était « victime » du conflit russo-ukrainien. Tout en rappelant que les tensions alimentaires avaient été aggravées par les sanctions prises contre Moscou. Une façon de renvoyer aux Occidentaux une partie des responsabilités.

L’invasion de l’Ukraine est la cause première de ce chaos. Mais si les mesures punitives entraînent pour les pays africains des dommages collatéraux, à charge pour l’Europe et les Etats-Unis de trouver les moyens de compenser. Le sujet est d’ailleurs bien à leur agenda. Fin juin, au sommet du G7, ils devraient tâcher d’en dire plus sur le contenu de l’Alliance mondiale pour la sécurité alimentaire, cette initiative lancée avec la Banque mondiale pour répondre aux besoins immédiats des pays les plus vulnérables.

 

Sur le long terme, les Etats africains ont aussi un rôle crucial à jouer. Pour garantir la sécurité alimentaire, ils doivent accorder plus d’attention à leur secteur agricole. En 2003, les dirigeants africains réunis à Maputo (Mozambique) s’étaient engagés à allouer 10 % de leur budget national à l’agriculture. Près de vingt ans plus tard, on en est toujours loin.

Pourquoi ont-ils si peu investi dans leurs masses paysannes qui forment pourtant la majorité des actifs et ne mangent souvent pas à leur faim ? Entre autres parce qu’elles sont éloignées dans les campagnes, tandis que le citadin menace de descendre dans la rue si son estomac est vide.

Les gouvernements ont donc favorisé l’importation de denrées alimentaires à bas prix pour acheter la paix sociale. D’autant qu’importer permet de prélever des droits de douane et, partant, de remplir les caisses d’Etats qui peinent à lever l’impôt. Les pays du Nord ont encouragé ce système, ravis de pouvoir ravitailler les villes africaines, eux qui produisaient tant et si bon marché.

Aujourd’hui, du fait d’une urbanisation galopante, l’Afrique est le continent où la consommation de blé croît le plus vite. Mais la production de cette céréale y demeure marginale. Il existe bien des cultures africaines spécifiques parmi lesquelles le mil, le manioc, l’igname, le sorgho ou le teff. La plupart sont connues pour leur potentiel nutritif ou leur résistance aux conditions climatiques locales. Certaines peuvent même être transformées en farine, et ainsi se substituer au blé. Malgré ces atouts, la recherche agronomique s’en est trop longtemps désintéressée et leurs rendements demeurent faibles.

Les pistes pour hisser la production agricole sont identifiées : donner aux agriculteurs l’accès à des intrants subventionnés, investir dans la création d’unités de transformation locales, établir des circuits de distribution pour pouvoir approvisionner les villes.

Le Rwanda a lancé depuis quelques années une telle révolution verte, preuve que les choses peuvent changer. Les pays africains concentrent la majeure partie des terres arables encore disponibles dans le monde. Nombreux disposent de vastes réserves de gaz qui pourraient leur permettre de développer une industrie des engrais, et devenir ainsi moins dépendants des fertilisants importés en masse de Russie. L’Afrique n’est pas condamnée à demeurer le continent de la faim.

Ukraine : Macron a déraillé

 Ukraine : Macron a déraillé

 

Les déclarations d’Emmanuel Macron sur son intention de ne pas « humilier la Russie » ont été vivement critiqués par ses partenaires occidentaux. L’Elysée a tenté de clore la polémique, en affirmant vouloir « la victoire de l’Ukraine » et en ouvrant la voie à un déplacement du chef de l’Etat dont les conditions ne paraissent aujourd’hui réunies en l’état des divergences entre l’Ukraine et la France (Papier du Monde)

 Macron devra sans doute jouer l’équilibriste aujourd’hui à Kiev pour convaincre que ses relations avec Poutine participent de la résolution du conflit avec l’Ukraine NDLR

La clarification était devenue nécessaire. En rappelant le 10 juin que la France souhaite « la victoire de l’Ukraine », l’Elysée s’est efforcé de clore une polémique qui finissait par brouiller son message et son image. Pour avoir répété une semaine plus tôt son souci de ne pas « humilier la Russie », Emmanuel Macron s’était en effet attiré les critiques virulentes de nombreux partenaires européens.

Certes, il avait précisé que ce souci s’intégrait dans le moyen terme « pour que, le jour où les combats cesseront, nous puissions bâtir un chemin de sortie par les voies diplomatiques », ce que personne ne peut lui reprocher sur le fond. Le président de la République avait également parlé au cours du même entretien de l’« erreur historique et fondamentale » commise avec cette guerre choisie par son homologue russe, Vladimir Poutine, jugé désormais « isolé ».

L’attention ne s’était portée cependant que sur un seul mot, inaudible dans le fracas des armes qui ravagent le Donbass dans ce conflit dont la Russie porte l’unique responsabilité, alors que s’accumulent les éléments constitutifs de crimes de guerre qui incriminent le Kremlin.

La polémique plaçait en porte-à-faux Emmanuel Macron, suspecté à tort de reprendre la rhétorique devenue obsessionnelle de Vladimir Poutine concernant les desseins qu’il prête aux Occidentaux. Elle contribuait également à occulter le soutien au demeurant clair et net, politique autant que militaire, apporté à Kiev. « Nous souhaitons que l’intégrité territoriale de l’Ukraine soit rétablie. Nous souhaitons que ce conflit, que cette guerre de la Russie contre l’Ukraine cesse le plus vite possible », a rappelé l’Elysée le 10 juin.

Il est probable que tous les doutes ne seront pas partout dissipés par ces déclarations. Les histoires singulières des pays qui composent l’Union européenne nourrissent des sensibilités différentes dès lors que la Russie est en jeu. Ces différences n’ont cependant pas empêché une unité remarquable sur les principes qui guident les Européens depuis le début de l’agression russe.

Cette clarification ouvre néanmoins la voie à une visite du président français en Ukraine, où l’ont déjà précédé nombre de ses pairs. Emmanuel Macron doit justement se déplacer en début de semaine prochaine dans deux pays frontaliers de l’Ukraine : la Roumanie, où des forces françaises ont été déployées pour témoigner de la solidarité de Paris dans l’épreuve, et la Moldavie, sur laquelle pèse par ailleurs une autre menace séparatiste prorusse.

Alors que la France s’efforce également de mettre fin au blocus russe du grand port ukrainien d’Odessa, qui empêche l’exportation des céréales, cruciale pour des pays d’Afrique et du Moyen-Orient, on ne peut qu’inviter le président de la République à pousser plus à l’est, pendant que la France préside encore, pour vingt jours, le Conseil européen.

 

Un tel déplacement d’Emmanuel Macron permettrait de réaffirmer le cap adopté par les Occidentaux. Quand reviendra le temps de la diplomatie, il incombera aux seuls Ukrainiens de décider du sort de leur pays. Tout doit être fait, dans l’intervalle, pour qu’ils puissent tenir sans rompre face à la puissante et impitoyable machine de guerre russe, voire qu’ils repoussent partout où ils le pourront l’envahisseur. Ce soutien occidental est capital et indispensable. Il faut le rappeler inlassablement, alors qu’il fait déjà face à l’épreuve de la durée.

Défense : La faillite de l’OTAN en Ukraine met en cause notre sécurité

Défense : La  faillite de l’OTAN en Ukraine met en cause notre sécurité

 

Inutile de tourner autour du pot,  ce n’est pas uniquement pour des questions techniques que l’armement des pays occidentaux ne parvient pas en quantité suffisante en Ukraine.

Certes il existe certaines difficultés logistiques mais depuis des semaines et des semaines, ces  problèmes auraient dû être résolus. Les problèmes sont moins techniques que politiques. D’abord une constatation évidente, ce sont surtout les États-Unis qui fournissent l’essentiel de l’effort à 90 %. L’Europe est particulièrement réticente entre dépit  de propos rassurants vis-à-vis de l’Ukraine. Et à l’intérieur de l’Europe la France mais aussi l’Allemagne et l’Italie freinent des quatre fers pour n’apporter que des contributions assez anecdotiques. Exemple une dizaine de canons pour la France quand il faut faire face aux centaines de la Russie.

Les raisons de ces atermoiements sont essentiellement politiques. Nombre de pays européens seraient bien satisfaits d’un accord favorable à la Russie ce qui suppose que l’Ukraine convienne d’abandonner presque un quart de son territoire. Le prix à payer à la folie du dictateur russe que les occidentaux ménagent depuis 20 ans alors qu’il ne cesse de tuer massivement dans et hors de ses frontières. Alors qu’il ne cesse sa politique d’expansion territoriale. La vérité sans doute c’est que l’opinion publique en tout cas une partie comme nombre de chefs d’État ont adopté une attitude munichoise.

Le problème c’est que cela démontre aussi l’inefficacité de l’OTAN incapable de faire face en moyens suffisants à un conflit finalement relativement localisé. Que se passerait-il si Poutine décidé une attaque d’envergure ? Si l’OTAN n’est pas capable de répondre en quelques jours au plus en quelques semaines autant dire que l’OTAN  est obsolète d’autant  il n’y a pas d’alternative de défense en Europe.

D’un certain point de vue, l’attitude de nombre de pays et de chefs d’État en Europe est assez pitoyable. Il faut dire que la plupart de ces pays n’ont pas pour beaucoup eu  à subir le joug de 50 ans d’occupation soviétique. Il faut aussi observer que nombre de chefs d’État compris Macron  n’ont jamais connu la guerre voir même le devoir militaire.

Il ne s’agit sans doute pas d’espérer ou de provoquer une guerre en Russie mais au moins d’assurer les moyens d’une défense face à une éventuelle attaque potentielle. De ce point de vue le concept de défense en Europe est aujourd’hui obsolète et constitue une grande fragilité par rapport au potentiel agressif de Poutine. Il serait temps que les experts patentés et autres politiques n’ayant jamais connu de guerre réelle en Europe se réveillent pour au moins préparer la guerre à fin de mieux l’éviter

L’Ukraine et les effets pervers de la démondialisation

Les effets pervers de la démondialisation

La perspective d’une crise alimentaire provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine, après deux ans de pandémie de Covid-19, pourrait plonger le monde dans une vague protectionniste, s’inquiète dans sa chronique Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ».

 

Il est devenu banal de déplorer que « le monde d’après » volontariste et optimiste évoqué pendant la pandémie de Covid-19 ressemble à s’y méprendre au « monde d’avant ». A l’aune de la catastrophe provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine, on ne peut que constater que ce ne sera sans doute pas le cas : il risque d’être bien pire. En témoigne la bombe à retardement que constitue le blocus russe interdisant l’exportation de céréales ukrainiennes. Ces dernières sont vitales pour de nombreux pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Leur immobilisation génère en outre des tensions sur les cours mondiaux, sans parler de celles sur les engrais provoquées par la guerre.

Depuis des semaines désormais, les cris d’alarme résonnent dans le vide. Le président russe, Vladimir Poutine, esquive et professe une bonne volonté que dément sa détermination à faire la guerre, coûte que coûte. Au point que, pour l’historien Timothy Snyder, l’auteur du livre Terres de sang (Gallimard, 2012) consacré aux crimes de masse perpétrés par l’Allemagne nazie et la Russie stalinienne en Europe orientale, le doute n’est pas permis : « Vladimir Poutine se prépare à affamer une grande partie du monde en développement, prochaine étape de sa guerre en Europe », écrit-il, en redoutant un bégaiement de l’histoire en matière de recours à l’arme alimentaire et à la famine comme levier d’anéantissement et de coercition.

Face à une telle menace, les risques de sauve-qui-peut généralisés ne sont pas négligeables. La décision de l’Inde de stopper mi-mai les exportations de blé a été analysée comme telle, même si les autorités indiennes l’ont relativisée en indiquant que leur pays n’avait jamais été considéré, à juste titre, comme un grand exportateur de cette céréale compte tenu du poids de sa population, qui absorbe la quasi-totalité de la production nationale. Leur décision a été justifiée par les aléas climatiques, une vague de chaleur exceptionnelle, qui va peser sur les rendements.

Un mois plus tôt, l’Indonésie avait créé une première alerte en interdisant l’exportation d’huile de palme, en arguant cette fois-ci de pénuries intérieures susceptibles d’entraîner des tensions sociales. Ces exportations ont repris au cours du mois de mai. Depuis, l’Inde a également décidé de restreindre ses exportations de sucre dont elle est la deuxième exportatrice mondiale. La Malaisie a pris la même mesure à propos des exportations de poulets, au grand dam de ses voisins.

Cette série de décisions dans le domaine de l’alimentation alimente le spectre d’un mécanisme destructeur qui ne serait pas sans évoquer la vague de repliements protectionnistes enclenchée par la crise économique de 1929. Au lieu d’en limiter les effets, elle les avait au contraire décuplés.

Ukraine : une position de la France incompréhensible

Ukraine : une position de la France incompréhensible

 

La politiste ukrainienne souligne, dans une tribune au « Monde », l’incompréhension que suscitent les orientations suivies par la France depuis le début de la guerre dans son pays. Elle liste quatre propositions pour permettre à Kiev de se rapprocher de Paris.

 

La guerre contre l’Ukraine déclenchée par la Russie le 24 février a pris les milieux politiques français par surprise. La France ne croyait pas que le Kremlin allait lancer un tel conflit. Vu de France, Moscou cherchait par ses menaces à obtenir la tenue de pourparlers sur les questions stratégiques. L’attitude des dirigeants français avant la guerre et les points de vue des experts sur le conflit s’expliquent dans une large mesure par la méconnaissance profonde, en France, de l’Ukraine. Peu d’experts français en relations internationales et de spécialistes du pays maîtrisent l’ukrainien.

Pour leur part, les militaires ukrainiens s’interrogeaient, à la veille de l’offensive, sur les raisons pour lesquelles la France n’apportait pas d’aide militaire à leur pays, alors qu’au même moment, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Pologne lui en fournissaient déjà une. Depuis le début du conflit, la position de la France a dérouté les Ukrainiens.

Le 24 février, Paris a condamné l’agression russe contre l’Ukraine. Dans sa déclaration, le président Emmanuel Macron a souligné la responsabilité du président russe Vladimir Poutine dans le déclenchement de cette invasion, affirmé qu’il se tenait aux côtés de l’Ukraine et salué le courage du peuple ukrainien. Cependant, les entretiens téléphoniques réguliers entre M. Macron et M. Poutine traduisent sa volonté de maintenir un espace de coopération avec la Russie, ce qui est contraire à l’objectif atlantiste d’isoler le Kremlin. De plus, le dialogue entretenu par Emmanuel Macron n’a pas permis d’obtenir le moindre résultat positif.

Dans un entretien accordé à la presse le 3 juin, le chef de l’Etat a souligné qu’il ne fallait « pas humilier la Russie pour que le jour où les combats cesseront, nous puissions bâtir un chemin de sortie par les voies diplomatiques ». En Ukraine, ces paroles ont choqué non seulement le gouvernement mais également la société, qui découvre chaque jour de nouvelles exactions commises par les soldats russes ; certains détails des viols commis sur des enfants sous les yeux de leurs mères glacent le sang. Les Ukrainiens qui subissent des bombardements ne peuvent comprendre ces déclarations et perdent même toute confiance en la personne du président français, qui aspire à jouer un rôle de médiateur.

A la même occasion, Emmanuel Macron a affirmé : « Nous voulons accroître le soutien financier et militaire à l’Ukraine. » L’aide militaire, c’est précisément ce dont les Ukrainiens vont avoir besoin en priorité. Des canons français Caesar sont déjà entrés en action sur le front, de même que des missiles antichars Milan (les Ukrainiens espèrent que cette aide militaire française très importante pourra être accrue).

 

Ukraine – « Ne pas humilier Poutine » : la phrase irresponsable

Ukraine – « Ne pas humilier Poutine » : la phrase irresponsable 

Macron a osé prononcer et répéter cette phrase complètement irresponsable et à tout le moins prématurée : il ne faut pas humilier la Russie et Poutine. Comme si quelqu’un avait pris l’initiative de heurter la sensibilité de l’intéressé. Comme si quelqu’un d’autre que lui était responsable de cette guerre forcément meurtrière et stupide y compris pour la Russie. Le pire, c’est que Macron est parfois appuyé par de vieux experts toujours atteints par le syndrome de Munich et qui seraient prêts à vendre une partie des territoires voisins contre notre propre liberté voire contre  quelques tonnes de blé. On peut comprendre que certains pays africains et d’autres pays pauvres montrent une certaine bienveillance à l’égard de Poutine content tenu de leur dépendance énergétique et alimentaire vis-à-vis des acteurs de cette guerre. La Russie est en effet un des principaux fournisseurs d’énergie et assurent de l’ordre  de 30 % avec l’Ukraine des besoins de céréales. Certains de ces pays pauvres en outre aux démocraties très relatives craignent en plus que la crise de la fin ne vienne balayer des régimes caractérisés par l’autocratie et la corruption.

Il est clair que le jeune Macron n’a jamais eu la moindre expérience politique avant d’accéder directement à la présidence de la république, qu’il  n’est pas non plus un gestionnaire expérimenté des situations géopolitiques complexes ( voir par exemple la débandade française de la force Barkhane ) . Surtout sa politique étrangère repose sur l’idée qu’il se fait de la posture historique qu’il veut laisser de son passage. De ce point de vue, ses entretiens nombreux avec Poutine sont aussi inefficaces que ridicules. Macron n’a tristement rien compris à la stratégie du dictateur complètement étranger aux réflexions rationnelles. Il y a déjà 20 ans que Poutine écrase sur son passage et fonde sa philosophie sur le mensonge permanent et  sur le crime pour s’opposer à toute contradiction à l’intérieur ou à l’extérieur de ses frontières. Il est clair que Macron dans le champ intérieur autant qu’à l’international manque sérieusement de maturité. Il veut jouer au Machiavel de papier mâché face à vieux routier du KGB pour qui tuer aussi bien ses adversaires internes qu’externes fait partie de sa logique personnelle pouvoir. Certes la Russie sera toujours la Russie d’un point de vue géographique mais les occidentaux la France en premier n’a pas à se coucher devant un dictateur qui en réalité au mieux considère la France comme la mouche du coche inoffensive voire l’idiot  utile.

Ukraine et guerre: Un coût écologique exorbitant

Ukraine et guerre: Un coût écologique exorbitant

 

Par Claire Legros dans le Monde

 

Une nouvelle génération d’historiens éclaire le rôle décisif des conflits dans la crise environnementale globale que l’on connaît aujourd’hui. A l’heure de l’insécurité climatique, les Etats peuvent-ils concilier guerres et écologie ?

Dans le fracas des bombardements sur les populations civiles, l’appel est passé inaperçu. « La nature n’a pas de frontières, et elle est aussi violée et torturée par l’invasion russe », alertait le 22 avril, à l’occasion de la Journée de la Terre, Iryna Stavchuk, vice-ministre ukrainienne de l’environnement et des ressources naturelles. A l’horreur des massacres humains de la guerre en Ukraine vient s’ajouter une catastrophe écologique dont on peine à mesurer l’ampleur.

Dans un pays fortement industrialisé et doté du deuxième parc nucléaire d’Europe, héritage de l’ère soviétique, les risques de pollution des sols et des nappes phréatiques sont multiples. « Des usines chimiques ont été bombardées dans un pays particulièrement vulnérable. L’Ukraine couvre 6 % du territoire européen, mais on y recense 35 % de sa biodiversité avec quelque cent cinquante espèces protégées et de nombreuses zones humides, reconnues d’importance internationale par la convention de Ramsar en 1971. Mais aussi une industrie vieillissante », constate Marie-Ange Schellekens, chercheuse en droit de l’environnement à l’université de La Rochelle, qui travaille sur la prévention des conflits et la sécurité environnementale.

Tour à tour enjeu stratégique, arme de guerre ou victime collatérale, l’environnement n’a jamais été épargné dans la longue histoire des peuples et de leurs affrontements. Des batailles menées par Darius contre les Scythes en – 513 av. J.-C. jusqu’aux puits de pétrole incendiés au Koweït par l’armée de Saddam Hussein en 1990, la stratégie de la terre brûlée et l’empoisonnement des sources se sont de tout temps révélés des armes redoutables. « Une large majorité des conflits ont une dimension environnementale si on y inclut la question des ressources », note Marie-Ange Schellekens.

Dans cette histoire de feu et de sang, les conflits de masse du XXe siècle ont franchi un palier. Les guerres industrielles, capables d’anéantir les populations, dévastent aussi durablement les écosystèmes. Un siècle après l’armistice de 1918, les dizaines de tonnes d’obus abandonnés par les belligérants continuent de libérer leurs composés chimiques dans les sous-sols de la Somme et de la Meuse. Des millions de mines disséminées en Afghanistan ou au Nigeria polluent durablement des terres agricoles, condamnant la population à la peur et au dénuement. Sans compter l’arsenal atomique qui fait peser une menace écologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. « L’arme nucléaire marque une rupture, par sa puissance de destruction totale sur les humains et les autres vivants, explique le politiste Bruno Villalba, auteur de L’Ecologie politique en France (La Découverte, 127 p., 10 euros), et aussi parce que ses ruines irréversibles, y compris la gestion des déchets nucléaires, s’inscrivent dans le temps long, ce que le philosophe Günther Anders appelle “la permanence du globicide”. »

Ukraine : Macron déraille

 Ukraine : Macron déraille

 

Les déclarations d’Emmanuel Macron sur son intention de ne pas « humilier la Russie » ont été vivement critiqués par ses partenaires occidentaux. L’Elysée a tenté de clore la polémique, en affirmant vouloir « la victoire de l’Ukraine » et en ouvrant la voie à un déplacement du chef de l’Etat dont les conditions ne paraissent aujourd’hui réunies en l’état des divergences entre l’Ukraine et la France (Papier du Monde)

 

La clarification était devenue nécessaire. En rappelant le 10 juin que la France souhaite « la victoire de l’Ukraine », l’Elysée s’est efforcé de clore une polémique qui finissait par brouiller son message et son image. Pour avoir répété une semaine plus tôt son souci de ne pas « humilier la Russie », Emmanuel Macron s’était en effet attiré les critiques virulentes de nombreux partenaires européens.

Certes, il avait précisé que ce souci s’intégrait dans le moyen terme « pour que, le jour où les combats cesseront, nous puissions bâtir un chemin de sortie par les voies diplomatiques », ce que personne ne peut lui reprocher sur le fond. Le président de la République avait également parlé au cours du même entretien de l’« erreur historique et fondamentale » commise avec cette guerre choisie par son homologue russe, Vladimir Poutine, jugé désormais « isolé ».

L’attention ne s’était portée cependant que sur un seul mot, inaudible dans le fracas des armes qui ravagent le Donbass dans ce conflit dont la Russie porte l’unique responsabilité, alors que s’accumulent les éléments constitutifs de crimes de guerre qui incriminent le Kremlin.

La polémique plaçait en porte-à-faux Emmanuel Macron, suspecté à tort de reprendre la rhétorique devenue obsessionnelle de Vladimir Poutine concernant les desseins qu’il prête aux Occidentaux. Elle contribuait également à occulter le soutien au demeurant clair et net, politique autant que militaire, apporté à Kiev. « Nous souhaitons que l’intégrité territoriale de l’Ukraine soit rétablie. Nous souhaitons que ce conflit, que cette guerre de la Russie contre l’Ukraine cesse le plus vite possible », a rappelé l’Elysée le 10 juin.

Il est probable que tous les doutes ne seront pas partout dissipés par ces déclarations. Les histoires singulières des pays qui composent l’Union européenne nourrissent des sensibilités différentes dès lors que la Russie est en jeu. Ces différences n’ont cependant pas empêché une unité remarquable sur les principes qui guident les Européens depuis le début de l’agression russe.

Cette clarification ouvre néanmoins la voie à une visite du président français en Ukraine, où l’ont déjà précédé nombre de ses pairs. Emmanuel Macron doit justement se déplacer en début de semaine prochaine dans deux pays frontaliers de l’Ukraine : la Roumanie, où des forces françaises ont été déployées pour témoigner de la solidarité de Paris dans l’épreuve, et la Moldavie, sur laquelle pèse par ailleurs une autre menace séparatiste prorusse.

Alors que la France s’efforce également de mettre fin au blocus russe du grand port ukrainien d’Odessa, qui empêche l’exportation des céréales, cruciale pour des pays d’Afrique et du Moyen-Orient, on ne peut qu’inviter le président de la République à pousser plus à l’est, pendant que la France préside encore, pour vingt jours, le Conseil européen.

 

Un tel déplacement d’Emmanuel Macron permettrait de réaffirmer le cap adopté par les Occidentaux. Quand reviendra le temps de la diplomatie, il incombera aux seuls Ukrainiens de décider du sort de leur pays. Tout doit être fait, dans l’intervalle, pour qu’ils puissent tenir sans rompre face à la puissante et impitoyable machine de guerre russe, voire qu’ils repoussent partout où ils le pourront l’envahisseur. Ce soutien occidental est capital et indispensable. Il faut le rappeler inlassablement, alors qu’il fait déjà face à l’épreuve de la durée.

Ukraine : un enjeu de sécurité pour l’Europe

 Ukraine : un enjeu de sécurité pour  l’Europe 

Dans un entretien au « Monde », l’historien américain explique comment la guerre en Ukraine témoigne de la place centrale occupée par ce pays dans les relations entre puissances européennes rivales depuis plus d’un millénaire.

 

Timothy Snyder est un historien américain, spécialiste de l’Europe centrale et de la Shoah. Il est professeur à l’université Yale (Connecticut) et chercheur à l’Institut des sciences humaines à Vienne (Autriche). Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, tous parus en français chez Gallimard, Timothy Snyder a publié une nouvelle édition de son œuvre maîtresse, Terres de sang. L’Europe entre Hitler et Staline (Gallimard, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, 752 p., 32 euros).

Au début du conflit, les Ukrainiens formulaient des demandes modérées pour arriver à une paix négociée. Maintenant qu’ils ont réussi à faire reculer les Russes en différents endroits, ils sont plus exigeants. Selon vous, quelles sont les conditions pour garantir la sécurité du pays ?

Sur ce sujet, la principale chose à dire est qu’il revient aux Ukrainiens de définir ces conditions. En tant qu’Américain, je ne crois pas être en position de leur prescrire les modalités de leur sécurité. Toute négociation doit cependant reposer sur un élément essentiel : l’agression armée ne doit pas être récompensée. Il me semble évident aussi que la guerre ne peut pas se terminer sans que l’Ukraine ait obtenu de ses partenaires occidentaux qu’ils se portent garants de sa sécurité. Nous devons nous engager en ce sens, il nous revient de réfléchir à l’avenir que nous souhaitons pour l’Ukraine, afin qu’elle puisse sortir de la guerre sans craindre son retour.

Cela signifie-t-il, comme l’a déclaré le secrétaire américain à la défense, Lloyd Austin, qu’il faut « affaiblir durablement » la Russie ?

De Washington, ou de toute autre capitale étrangère, une illusion peut facilement s’emparer de nos dirigeants : il est tentant de croire que l’on pourrait définir à distance, de manière très précise, ce à quoi la fin de la guerre ressemblera ou doit ressembler. Ce n’est clairement pas le cas. Je ne pense pas non plus que l’affaiblissement de la Russie soit un objectif cohérent. La priorité reste de fournir aux Ukrainiens les matériels militaires dont ils ont besoin pour poursuivre les combats et l’emporter.


Le moral des soldats ukrainiens est bien meilleur que celui des Russes. Le droit est aussi de leur côté. Une chose leur manque : du matériel militaire. Ils n’ont pas suffisamment de pièces d’artillerie, de tanks, de véhicules de combat, etc. L’Occident peut mettre à leur disposition tout ce qu’il faut pour qu’ils puissent mieux faire face à l’envahisseur russe. Nous devons aussi apporter l’aide financière et humanitaire dont l’Ukraine a besoin.

Ukraine : le risque de posture munichoise

Ukraine : le risque de posture munichoise

 

On comprend évidemment que le monde entier soit inquiet de cette guerre en Ukraine qui non seulement menace la paix mondiale mais aussi risque de déclencher une famine internationale. Du coup chacun souhaite que soit mis fin à cette guerre destructrice pour l’Ukraine mais aussi à terme pour la Russie et bien au-delà.

Le problème c’est que certains préconisent d’ores et déjà de faire des concessions à Poutine. En clair de donner à la Russie les territoires occupés au Donbass voir au-delà. Cela au motif de ne pas humilier davantage la Russie d’après les propos mêmes de Macron et d’autres en France. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette formule est à la fois ambiguë et inappropriée. Pas étonnant qu’elle ait choqué notamment en Ukraine. Le risque serait de reitérer une forme d’accord honteux comme celui de Munich.
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Le ministre ukrainien des Affaires étrangères a déclaré samedi que la France ferait mieux de « remettre la Russie à sa place » plutôt que de chercher à éviter d’humilier Moscou afin de préserver les canaux diplomatiques.

 

« Les appels à éviter d’humilier la Russie ne peuvent qu’humilier la France ou tout autre pays. Car c’est la Russie qui s’humilie », a réagi sur Twitter le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmitro Kouleba

« Nous ferions tous mieux de nous concentrer sur la façon de remettre la Russie à sa place. Cela apportera la paix et sauvera des vies », a ajouté le chef de la diplomatie ukrainienne.

Interrogé sur cette offre de médiation, un conseiller de la présidence ukrainienne a répondu: « Tant que nous n’aurons pas reçu toutes les armes, tant que nous n’aurons pas renforcé nos positions, tant que nous n’aurons pas repoussé (les forces russes, ndlr) le plus loin possible des frontières de l’Ukraine, il n’y aura pas lieu de négocier ».

 

Les accords de Munich sont signés entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie représentés respectivement par Adolf HitlerÉdouard DaladierNeville Chamberlain et Benito Mussolini (ce dernier s’étant commis en intermédiaire) à l’issue de la conférence de Munich du 29 au 30 septembre 1938. Le président tchécoslovaqueEdvard Beneš, et le secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétiqueJoseph Staline, ne sont pas invités.

Ces accords ont pour but de régler la crise des Sudètes mais indirectement scellent la mort de la Tchécoslovaquie en tant qu’État indépendant. Ils permettent à Hitler d’annexer les régions tchécoslovaques peuplées majoritairement d’Allemands. Les accords sont considérés comme ayant mis un terme à la Première République tchécoslovaque, et la « Deuxième République tchécoslovaque » n’existera ensuite que quelques mois avant son démembrement.(Wikipedia)

 

Politique–Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

Politique–Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

 

Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

Ukraine : la paranoïa de Poutine

Ukraine : la paranoïa de Poutine

Dans un essai aussi bref que dense, le géographe et diplomate Michel Foucher analyse les racines et les enjeux de l’actuelle guerre qui ravage l’Ukraine. ( dans le Monde)

 

Livre.

 

La géographie, c’est aussi dans la tête. A la différence d’Etats nations héritiers de vieux royaumes comme la France, la Russie fut et reste un empire multiethnique dont les frontières n’ont pas cessé de bouger et qui ne sait pas vraiment qui elle est. « Le jour où nous conviendrons dans le calme où termine l’Union européenne et où commence la Fédération de Russie, la moitié de la tension entre les deux disparaîtra », relevait, en 2005, Vaclav Havel, l’ex-dissident tchèque devenu ensuite président. Mise en exergue du très percutant essai de Michel Foucher, cette citation pourrait en être le fil conducteur.

« L’Ukraine est le théâtre de la revanche fratricide et meurtrière des dirigeants de la Russie sur l’effondrement de leur empire sur lui-même, comme s’il agissait d’une victime expiatoire », note le géographe et ancien diplomate. Il relève aussi que les dirigeants russes, à commencer par Poutine, ont été et restent toujours incapables d’analyser les raisons de la chute de leur Etat et encore moins celles de la consolidation nationale de l’Ukraine et des autres républiques périphériques. Cet essai bref mais dense permet de saisir pleinement les racines et les enjeux de l’actuelle guerre qui ravage l’Ukraine.

Pays de confins et des marges – c’est le sens même de son nom –, elle s’étend à la fracture entre deux mondes, à la fois pleinement européenne comme marche pendant des siècles du grand royaume de Pologne-Lituanie, mais aussi berceau de la Rous de Kiev, qui s’est ensuite incarnée dans la Moscovie.

L’ancien secrétaire d’Etat américain Zbigniew Brzezinski, polonais d’origine et géopoliticien d’envergure, avait théorisé, dans son livre Le Grand Echiquier (Bayard, 1997), que, sans l’Ukraine, la Russie cesserait d’être un empire. Une thèse qui a nourri la paranoïa du pouvoir russe.

La célèbre phrase de Vladimir Poutine évoquant l’effondrement de l’Union soviétique comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXsiècle », souvent citée, a été tout aussi souvent mal comprise. Pour l’homme fort du Kremlin, l’objectif n’est pas tant de reconstituer l’URSS, ce qu’il sait impossible, mais de réunifier dans un même ensemble le « monde russe », c’est-à-dire tous les Russes ethniques restés en dehors des frontières en 1991, lors de l’éclatement, et le bloc slave – Russie, Biélorussie, Ukraine –, sans pour autant abandonner une vision impériale.

A défaut de pouvoir reprendre l’Ukraine, Poutine tente au moins de la dépecer, mais l’aventure tourne mal. « Et si l’Ukraine libérait la Russie ? », lance, pour sa part, André Markowicz, écrivain et traducteur, dans un « Libelle » au Seuil (60 pages, 4,50 €), se demandant « si l’électrochoc provoqué par le désastre ukrainien arrivera à réveiller les consciences et à changer l’histoire russe ». Un brillant exercice d’érudition sur les relations entre intellectuels russes et autocratie, de souvenirs sur une jeunesse soviétique et d’analyse au vitriol sur Poutine, « point de jonction entre l’appareil du KGB et la mafia », pour conquérir et garder le pouvoir.

Guerre en Ukraine : Protéger surtout les plus faibles en Europe

Guerre en Ukraine : Protéger surtout les plus faibles en Europe

Afin de renforcer le budget européen sur fond de conflit en Ukraine, les eurodéputés socialistes Sylvie Guillaume et Pedro Marques, dans une tribune au « Monde », proposent d’instaurer une taxe sur les transactions financières et une autre sur les bénéfices exceptionnels des grandes multinationales.

 

La guerre russe contre l’Ukraine entraînera inévitablement un choc économique sévère d’une ampleur incertaine dans l’Union européenne (UE). La hausse rapide des prix des denrées alimentaires et de l’énergie touche les Européens les plus vulnérables, aggravant la pauvreté énergétique et dégradant les conditions de vie.

Les prévisions économiques présentées par la Commission européenne illustrent clairement l’impact négatif de la guerre sur notre économie – la croissance ralentit considérablement et l’inflation atteint des niveaux jamais vus depuis l’introduction de la monnaie unique.

Ce sombre tableau exige une action immédiate. Nous, les socialistes et démocrates, qui luttons depuis longtemps pour une Europe plus juste, sommes déterminés à prendre la tête des efforts visant à protéger les citoyens européens, en particulier les personnes les plus vulnérables, contre les ondes de choc de la guerre.

Nous le devons aux Ukrainiens. Si nous ne restons pas forts et unis, nous ne serons pas en mesure de les aider. Nous le devons à nos citoyens, car nous leur avons promis de défendre nos valeurs. L’absence de réponse européenne aux récentes crises financière et migratoire nous a enseigné une leçon douloureuse : seuls les populistes et les forces destructrices profitent de l’inaction de l’UE.

Jusqu’à présent, la Commission a choisi de parler des sanctions et de la reconstruction de l’Ukraine. Ce sont des priorités très importantes, mais, pour conserver le soutien des Européens, mener à bien ces priorités et empêcher la montée du populisme, nous devons aussi protéger les citoyens des répercussions de la guerre ; c’est le sens de la résolution du Parlement européen adoptée au mois de mai, avec plusieurs objectifs et idées concrets. Nous demandons à la Commission européenne et aux Etats membres de l’UE de les prendre en compte immédiatement et d’en faire une priorité claire.

La première chose à faire est de conserver un maximum de flexibilité dans les règles budgétaires européennes aussi longtemps que nécessaire pour permettre une réponse efficace à l’évolution de la situation économique. Cela est possible grâce à la « clause de sauvegarde générale », qui permet de déroger transitoirement aux règles budgétaires européennes en cas de récession économique majeure.

L’UE a introduit cette clause avec la réforme budgétaire de 2011 en réponse à la crise financière, mais elle ne l’a activée qu’en mars 2020 afin de permettre aux gouvernements de réagir à la pandémie de Covid-19.

Ukraine: Lettre à Poutine, par Marek Halter

Ukraine: Lettre à Poutine, par Marek Halter

L’écrivain Marek Halter, qui connaît Vladimir Poutine depuis trente ans, lui a envoyé le 18 mai une longue lettre en forme de plaidoyer, dont il a donné copie aux « Echos »

Monsieur le président,

 

Nous nous connaissons depuis plus de trente ans. Notre première rencontre remonte à l’inauguration du Collège universitaire français de Saint-Pétersbourg en 1992. Cette deuxième université française en Russie postcommuniste, dont l’idée revient au prix Nobel de la paix Andreï Sakharov, a succédé à celle de Moscou, ouverte un an auparavant. Et elle m’a été commandée par Anatoli Sobtchak, maire de la « ville du tsar » , dont vous étiez l’adjoint, par l’intermédiaire de son homologue Jacques Chirac.

Ce jour-là, vous vous en souvenez sans doute car ce n’est pas banal, nous avons évoqué votre rapport aux Juifs. Car quand j’ai, en tant que tel, été condamné par les nazis à devenir une petite savonnette, ce sont les Russes qui m’ont sauvé la vie. Ce qui explique certainement mon attachement à votre pays. Nous avons également évoqué mon amour pour la littérature russe et pour ses personnages qui ont sans doute marqué ceux de mes livres : Natacha, le prince Bolkonsky, les frères Karamazov, l’oncle Vania…

De votre côté, vous m’avez confié, non sans une certaine fierté, avoir été pendant six ans « un James Bond russe ». Cette confidence m’a fait sourire, moi qui me suis trouvé, durant des années, sur la liste noire du KGB pour avoir combattu le goulag et participé à la libération des dissidents russes ! Notre soutien aux résistants afghans dans la lutte contre l’occupation soviétique ne nous avait-il pas valu, à mon ami Bernard-Henri Lévy et à moi, une interdiction du territoire russe ? Il m’a fallu attendre la perestroïka pour retrouver les sons de la langue et des mélodies de mon enfance.

Puis, vous êtes devenu président de la Fédération de la Russie. Nous nous sommes revus par la suite à plusieurs reprises : j’ai publié des entretiens avec vous, aussi bien en France qu’à l’étranger.

Votre guerre serait en réalité une guerre préventive. Pourquoi ne pas le dire ?

Il y a trois mois à peine, j’ai fêté mon 86ᵉ anniversaire en Russie, à l’initiative de l’université d’Etat de Moscou qui accueille depuis trente ans notre Collège universitaire français. Votre conseiller, Mikhaïl Shvydkoy, m’a transmis publiquement vos félicitations. L’une de vos phrases a particulièrement retenu mon attention : « Celui qui ne regrette pas la disparition de l’Union soviétique, qui a su réunir 73 ethnies autour d’un même rêve, n’a pas de coeur. Mais celui qui voudrait la reconquérir n’a pas de tête. »

Aussi, convaincu de l’issue pacifique de cette crise, j’ai déclaré aux médias que la guerre entre la Russie et l’Ukraine n’aurait pas lieu. Je me suis trompé.

Que s’est-il passé entre-temps, Monsieur le président ?

Vous souvenez-vous de la crise des missiles de Cuba ?

Le philosophe français Montesquieu écrit, dans son célèbre ouvrage « De l’esprit des lois » (1748), que la guerre incombe à celui qui la commence, mais aussi à celui qui la rend incontournable. Qu’est-ce qui vous a poussé à agir ? L’installation à vos frontières des bases de l’Otan, organisation créée en 1949 pour faire front à l’Union soviétique ? Les préparatifs d’une agression ukrainienne contre le Donbass avec l’aide américaine ? Le cas échéant, votre guerre serait en réalité une guerre préventive. Dans ces conditions, pourquoi ne pas le dire ?

Vous vous souvenez, Monsieur le président, de ces fameuses rampes de lancement nucléaires soviétiques pointées sur la Floride, installées en octobre 1962 à Cuba par le président de l’URSS, Nikita Khrouchtchev ? Aussitôt informé, le président des Etats-Unis d’alors, John Kennedy, a menacé la Russie d’une troisième guerre mondiale et mis toutes ses forces en alerte, ne laissant d’autre choix à Khrouchtchev que de céder. Pourquoi ne pas avoir suivi cet exemple ?

Il faudra à l’avenir que vous expliquiez au monde, et surtout à vos amis, les raisons qui vous ont conduit, contre toutes les prévisions, à lancer vos chars à l’assaut de l’Ukraine au lieu de vos diplomates. Encouragée par votre silence, la réponse nous vient des commentateurs de télévision qui réagissent à chaud à l’actualité, ainsi que de vos ennemis, qui ne sont manifestement pas favorables à la Russie. Oui, ce sera à vous, comme au président Zelensky, de fournir un jour aux historiens, hors propagande, les documents et les informations nécessaires à la compréhension et à l’écriture de cette part de notre histoire.

Quant à moi, j’aimerais que nous analysions un jour les véritables raisons de la haine antirusse qui s’est emparée de l’Occident. N’avons-nous pourtant pas pour principe de différencier les peuples des politiques menées par leurs dirigeants ? En France, notamment, où nous avons toujours soutenu, et soutenons encore, les hommes engagés dans des conflits qu’ils n’ont pas choisis. Pendant la guerre des Etats-Unis au Vietnam, par exemple, ou celles de George Bush père et fils en Irak. Or, aujourd’hui, ceux-là mêmes qui défendaient la souveraineté du peuple, traitent les Russes de « parias » , un peuple incarnant le mal absolu, un peuple à bannir.

Le rôle de l’intellectuel ne revient pas à condamner, mais à réclamer. En face. Au nom de la justice, qui est la même pour les puissants et pour leurs sujets.

Ma position peut-elle être comparable à celle des autres ? Le rôle que la Russie a joué dans ma vie influence-t-il mes réactions ? Le fait que nous nous connaissions fausse-t-il mes jugements ? Il y a trois siècles, Denis Diderot, qui aimait comme moi la Russie – il est l’ami et l’invité, à Saint-Pétersbourg, de la tsarine Catherine II avec qui il réalisa de nombreux entretiens -, se posait la même question. Cependant, nous savons depuis l’époque des prophètes d’Israël que le rôle de l’intellectuel ne revient pas à condamner, mais à réclamer. En face. Au nom de la justice, qui est la même pour les puissants et pour leurs sujets. Ce qu’a fait Cicéron à l’époque de César ou, plus près de nous, Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg en Russie, Jean-Paul Sartre et Albert Camus en France, Stefan Zweig et Thomas Mann en Allemagne…

Oui, Monsieur le président, ce conflit, qui est sur le point de changer la face du monde, me trouble. Imaginez-vous que même le jeune soldat russe, que les Ukrainiens exhibent et viennent de condamner à perpétuité pour crime de guerre, qui aurait dû m’horrifier, ne suscite en moi que pitié. Car ma mémoire, comme celle de tous les hommes, n’est pas innocente. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, à Kokand, dans le lointain Ouzbékistan, je lui ressemblais. Squelettique, tête rasée, j’étais un jeune homme sans loi, un « hooligan » qui s’attaquait aux inconnus pour sauver mes parents et exprimer la rage dans laquelle le pouvoir l’avait enfermé.

Je connais comme vous, Monsieur le président, l’histoire et je sais que des groupuscules d’Ukrainiens ont prêté main-forte aux nazis lors du massacre de 33.771 Juifs à Babi Yar dans la banlieue de Kiev. Cela ne fait pas de tous les Ukrainiens un peuple nazi. Et ces actes d’hier ne justifient pas les bombes lâchées aujourd’hui sur leurs villes.

Je me souviens du jour anniversaire de la victoire sur le nazisme, célébrée en 1946 sur la place Rouge et de la « Pravda » distribuée gratuitement à cette occasion. La une juxtaposait le célèbre cliché d’Evgueni Khaldeï, Juif de Donetsk, représentant un soldat soviétique en train de hisser un drapeau rouge sur le Reichstag, et la liste des héros de guerre soviétiques selon leur appartenance ethnique : les premiers étaient russes, suivis de près par les Ukrainiens et par les Juifs !

Pour les signataires de pétitions, les choses sont simples, mais pas pour l’Histoire. Il est bon de rappeler, comme le fait Edgar Morin, que, entre le blanc et le noir, il y a une palette entière de nuances de gris. C’est la raison pour laquelle le Talmud – que vous connaissez dit-on, Monsieur le Président, grâce à vos colocataires de Leningrad où vous avez grandi – nous interroge : « Voulez-vous que le méchant meure ou qu’il reconnaisse ses fautes et vive ? »

Je sais, Monsieur le président, que vous croyez comme moi dans le pouvoir du verbe. Sinon, pourquoi avoir passé deux heures, le 21 février dernier, à énumérer, à la télévision , toutes les humiliations infligées à la Russie par l’Occident ces dernières années ? Etait-ce pour justifier la guerre que vous vous apprêtiez à déclencher ? Comme l’a fait remarquer avec pertinence l’inventeur de la psychanalyse Sigmund Freud, le premier homme à avoir lancé une insulte à son adversaire plutôt qu’une pierre est « le fondateur de la civilisation ».

Oui, Monsieur le président, l’histoire nous dit qu’il est plus facile de commencer une guerre que de la finir. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, notamment, que vous appelez « patriotique », car les temps ont bien changé. Aujourd’hui, avec la mondialisation, la pression économique et médiatique, il n’est plus possible de vaincre par les armes. Les dénouements des récentes ingérences américaines en Irak et en Afghanistan le prouvent. Comme l’a prévu Clausewitz, « la guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens ». Or, la politique, elle, se fait en parlant.

Trois mois après le début de ce conflit, n’est-il pas temps de trouver un moyen de l’arrêter ? Pourquoi pas en proposant, comme le général de Gaulle en 1958 dans le contexte de la guerre d’Algérie, la « paix des braves » à ses adversaires ? L’homme éclairé que vous êtes s’est certainement rendu compte que la guerre d’Ukraine, comme on l’appelle, a largement débordé le champ de bataille que vous aviez dessiné. Elle a inondé les écrans de télévisions du monde, au point que l’on se demande de quoi parleront nos journalistes une fois la paix signée. Et ceux qui suivent l’actualité à travers leur lucarne n’ont ni votre connaissance de l’histoire ni vos références.

Pour échapper à ce nouveau redécoupage du monde, qui relègue la Russie à l’Orient et l’éloignera de ses sources historiques et culturelles, il ne s’agit pas de gagner cette guerre, mais de l’arrêter.

Les malentendus, l’incompréhension des événements sont dus à une double lecture : celle de ceux, minoritaires, qui essaient de rattacher chaque événement tel l’un des maillons égarés à la longue chaîne que forme l’histoire de l’humanité ; et celle de ceux, adeptes de l’amalgame, qui, comme Fabrice, le personnage de Stendhal, auraient pris le champ de bataille de Waterloo dont ils étaient témoins pour celui de Stalingrad, et le compareraient à celui de Marioupol.

Monsieur le Président, ne tombez pas dans le piège dans lequel les Américains tentent de vous enfermer. Car aujourd’hui ce sont eux qui contrôlent la marche des événements et empêchent le président Zelensky d’envisager, comme il était prêt à le faire auparavant, une autre solution à ce conflit que la poursuite de cette guerre qui ne profite à présent qu’aux Etats-Unis. À leur économie. En détruisant celle de l’Europe, en l’éliminant, tout simplement, comme force politico-économique indépendante, en incarnant de nouveau ce rôle de « grand frère », de protecteur, comme seul et unique modèle face aux systèmes autoritaires qui règnent sur plus de 40 % de la population mondiale. C’est contre ce danger que s’élevèrent, en 1962, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer, en lançant les prémisses de cet autre modèle qu’est l’Europe : une alliance entre des pays libres, sans domination des uns sur les autres, et à laquelle, selon eux, la Russie aurait dû se joindre. Cette Europe-là, le rêve de Victor Hugo (que vous avez lu), est en train de mourir dans les plaines d’Ukraine. Elle sera bientôt remplacée par une alliance militaire, l’OTAN, qui n’existe que dans la perspective d’autres guerres.

Monsieur le Président, pour échapper à ce nouveau redécoupage du monde, qui relègue la Russie à l’Orient et risque de l’éloigner définitivement de ses sources historiques et culturelles, il ne s’agit pas de gagner cette guerre, mais de l’arrêter. D’urgence. Ce qui épargnera des milliers de vies et vous donnera, à vous et au président Zelensky, l’opportunité de sortir de ce guêpier dans lequel la lecture de vos mémoires respectives vous a enfermés, sans trop de dommages pour votre orgueil national.

Je me suis demandé, Monsieur le président, comment un homme comme moi, un homme qui n’a à sa disposition que sa plume, et l’expérience de la violence et de la haine – un vécu dont il peut témoigner -, un homme qui n’a eu de cesse de pousser ses congénères au dialogue et qui a la chance de pouvoir s’adresser aux présidents, peut aider à la recherche d’une solution.

Il y a quelques années, à l’instar de mes aînés, j’aurais lancé un mouvement pour la paix, suscité des marches, lancé des anathèmes signés par des centaines de célébrités, organisé des conférences qui auraient réuni, sous les vivats d’une foule d’hommes et de femmes de bonne volonté, les intellectuels russes et ukrainiens appartenant donc aux peuples qui se font la guerre. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a plus de dissidents, plus d’opposants « charismatiques » – ainsi que les nommait le sociologue Max Weber – et qui forçaient l’écoute. Les hommes surfent sur l’éphémère. Il reste cependant, et je suis persuadé que vous serez d’accord avec moi, Monsieur le Président, la religion. Il est vrai que chacun a la sienne, mais toutes ont en commun l’espoir d’un monde meilleur et s’adressent à ceux qui revendiquent cet espoir.

C’est pourquoi, Monsieur le président, je projette, avec plusieurs représentants des différents cultes, catholiques, orthodoxes, protestants, musulmans, juifs, bouddhistes, d’organiser une Caravane pour la Paix à Moscou puis à Kiev. Imaginez cette caravane arrivant sur la place Rouge, après avoir parcouru des milliers de kilomètres, s’arrêtant devant la cathédrale Saint-Basile pour y faire entendre, peut-être même en présence d’une délégation du Vatican, une prière pour la paix.

Saisirez-vous cette occasion pour vous joindre à nous et déclarer la fin des hostilités ? « Sauver une vie humaine, disent les Ecritures, c’est sauver toute l’humanité. »

Par ce simple geste, vous surprendriez le monde et inaugureriez une conduite politique inattendue, un renouveau de la diplomatie. Le peuple russe et l’histoire vous en seraient reconnaissants.

Guerre en Ukraine : un enjeu pour la liberté mondiale (Constantin Sigov)

Guerre en Ukraine : un enjeu pour la liberté mondiale (Constantin Sigov)

 

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

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