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Ukraine : Pour une coordination de l’aide humanitaire

Ukraine : Pour une coordination de l’aide humanitaire

 

Deux chercheurs et un professeur spécialistes des conflits contemporains, Adam Baczko, Arthur Quesnay et Gilles Dorronsoro, mettent en garde, dans une tribune au « Monde », contre les travers possibles d’une aide mal dirigée et non coordonnée pouvant peser sur les institutions ukrainiennes.

 

Tribune.

 

La résistance de l’Ukraine face à l’invasion russe laisse envisager la stabilisation des fronts et donc une guerre longue. Dans ce contexte, la résilience de la société et de l’Etat sera un aspect décisif du conflit. Cependant, l’afflux massif et rapide de l’aide, évidemment nécessaire, peut avoir des effets pervers. En particulier, la manière dont les financements vont s’organiser dans les premiers mois du conflit contraindra les pratiques des années à venir, créant potentiellement des cercles vicieux difficiles à briser par la suite.

Notre expérience des conflits contemporains (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Mali) nous a appris que l’aide, quand elle est mal dirigée et non coordonnée, fait peser des risques sur les institutions et les sociétés. Premièrement, l’absence de stratégie et de coordination entre les bailleurs de fonds entraîne une allocation irrationnelle des ressources. En Afghanistan comme au Mali, on a assisté à la duplication constante des programmes, par exemple pour la réforme de la justice et de la police, la lutte contre la drogue, et la concentration de l’aide dans quelques provinces a produit d’importantes disparités régionales.

Deuxièmement, le contournement des institutions gouvernementales par les bailleurs de fonds a entraîné leur affaiblissement au profit d’entités ad hoc créées pour être des partenaires de l’aide internationale. Dans les conflits cités plus haut, les cadres les plus compétents sont partis vers les agences internationales et leurs prestataires, alors que les institutions publiques étaient confrontées à une difficulté croissante à acquérir les informations nécessaires à la régulation des agences d’aide.

Troisièmement, l’afflux rapide de ressources a pour effet l’appel à de multiples prestataires – grandes entreprises ou ONG spécialisées – pour réaliser les programmes des bailleurs de fonds occidentaux. Cela entraîne une sous-traitance en cascade, avec pour conséquence que la majeure partie des fonds n’arrive jamais à leurs destinataires.

Par rapport aux conflits que nous avons étudiés, l’Etat ukrainien est bien plus fonctionnel et légitime auprès de la population. La priorité est donc de préserver les structures existantes, notamment en payant les fonctionnaires qui assurent la continuité des services publics (eau, électricité, ramassage des ordures, distribution d’aide sociale, transports publics). Avec les pensions de retraite, les salaires versés par l’Etat jouent un rôle de stabilisateur économique dans un contexte d’appauvrissement généralisé. De plus, les institutions nationales et locales sont les plus à même d’organiser la vie quotidienne, à commencer par l’accueil des déplacés internes (plus de six millions de personnes). La continuité du service public assurée par les agents ukrainiens des chemins de fer ou de l’électricité dans des circonstances particulièrement éprouvantes vient ici à l’esprit. Plus largement, la survie de l’administration ukrainienne est le meilleur moyen d’assurer à terme le maintien de la cohésion sociale et le soutien populaire qui ont si fortement contribué à enrayer l’offensive russe.




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