Archive pour le Tag 'trop'

Santé- crise aux urgences: des mesures trop partielles

Santé- crise aux urgences: des mesures trop partielles

Brigitte Bourguignon, la ministre de la Santé, a dévoilé mercredi 8 juin une série de  »premières mesures » dont surtout le doublement de la rémunération des heures supplémentaires pour tenter de calmer la crise aux urgences, sans attendre le résultat de la « mission flash » commandée par Emmanuel Macron. Des annonces qui n’ont pas tardé à faire réagir les professionnels de santé et les syndicats sur France Info.

« C’est une bonne mesure parce qu’on fait beaucoup d’efforts et c’est bien de rémunérer ces efforts »s’est félicité Rémi Salomon, le président de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Mais le néphrologue pédiatre réclame également la revalorisation des gardes et des astreintes. Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), a aussi salué « une bonne nouvelle », même s’il faudrait aussi « revoir les ratios de patients par infirmières pour redonner envie à ceux qui ont arrêté d’exercer de revenir à l’hôpital ».

La mesure salariale ne convainc pas franchement François Salachas, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et membre du Collectif inter-hôpitaux :  »Est-ce qu’il y a le personnel actuellement aux urgences pour assurer ces heures supplémentaires ? Est-ce que ces personnels vont décider de ne pas prendre de vacances alors qu’ils sont déjà exténués par des gardes qui sont extrêmement répétées ? » interroge-t-il.

 

Face au manque de main d’œuvre, la ministre de la Santé veut également faire revenir certains personnels de santé retraités. Pour cela, Brigitte Bourguignon a promis de faciliter le cumul emploi-retraite, un dispositif qui permet à des soignants retraités de reprendre une activité professionnelle et de cumuler ces revenus avec leurs pensions. Le gouvernement envisage ainsi d’augmenter les plafonds de revenus et d’ouvrir de nouveaux droits à la retraite, selon les trois syndicats représentatifs des médecins libéraux. Ces mesures avaient déjà été mises en place pendant la crise du Covid-19.

De son côté, le Syndicat national des professionnels infirmiers reste perplexe. « Il y a eu un gros problème pendant la période Covid avec le cumul emploi-retraite, avec des infirmiers retraités venus en renfort et après la caisse de retraite leur exigeait de rembourser le salaire qu’ils avaient perçu, ce qui était totalement inadmissible », s’inquiète leur porte-parole Thierry Amouroux.

En plus des mesures déjà éprouvées au moment de la crise du Covid-19, la ministre de la Santé a annoncé la mise en place d’un « dispositif exceptionnel ». Celui-ci doit permettre que « les élèves infirmiers et aides-soignants ayant achevé leur formation initiale en juin et juillet [puissent] commencer à exercer immédiatement, sans attendre la remise officielle de leur diplôme ».

« 

Le danger d’une remontée trop brusque des taux

Le danger d’une remontée trop brusque des taux 

 

Le financier Daniel J. Arbess s’inquiète, dans une chronique au « Monde », d’une trop vive remontée des taux aux Etats-Unis au moment où la croissance s’effondre.

 

Les banques centrales sont vivement critiquées pour s’être laissé aller et être « en retard » sur l’inflation. Mais ce n’est pas le cas. Les politiques publiques et la géopolitique ont empêché les banquiers centraux de normaliser leur politique monétaire avant que l’inflation ne fonde sur eux. Les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement chinoises et russes ont heurté de plein fouet la demande artificielle créée par les chèques que le département du Trésor a envoyés aux Américains.

La marge de manœuvre pour un resserrement monétaire qui n’entraînerait pas l’économie dans la récession est très faible, d’autant que les modestes restrictions financières opérées lui font déjà perdre de la vitesse. Dans un environnement économique de long terme caractérisé par la dette (en hausse), la démographie (vieillissante) et la disruption technologique (qui déplace le travail et la demande), une désinflation persistante est plus dangereuse qu’une inflation épisodique.

 

Rétrospectivement, il est évident que les banques centrales ont été contraintes par les directions politiques de retarder leurs mesures de normalisation quand l’économie était encore forte, en 2018. Lorsque la pandémie a frappé, l’administration Trump et le Congrès, pris de panique, ont ordonné au Trésor d’emprunter des milliers de milliards de dollars pour financer les versements directs aux ménages. En 2021, l’administration Biden a réitéré le dispositif. Ces nouvelles émissions de titres ont été achetées par la Réserve fédérale (Fed), dont le bilan est passé au cours des deux dernières années de 4 000 à 9 000 milliards de dollars (neuf fois le niveau de la mi-2008). Les conséquences étaient prévisibles. Comme l’affirmait Milton Friedman, plus d’argent en quête d’une production inchangée de biens et de services, cela signifie des prix plus élevés.

Normalement, la Fed pourrait augmenter ses taux pour ralentir l’excès de la demande le temps nécessaire pour rattraper le retard de l’offre. Mais, cette fois, la coïncidence de la géopolitique et de la dynamique de reprise post-pandémie a produit non seulement une brusque hausse de la demande, mais un retard de l’offre.

Heureusement, comme les consommateurs ont dépensé leurs chèques de relance, les dernières données disponibles suggèrent que l’inflation atteint son maximum. Et elle devrait baisser à mesure que les entreprises rétablissent les chaînes d’approvisionnement.

Europe : Trop abstraite et trop désincarnée

Europe : Trop abstraite et trop désincarnée

Pour l’écrivain Olivier Guez, l’Union européenne est un objet politique, économique et juridique totalement désincarné. Il est urgent d’assumer que la civilisation européenne a un héritage à part, basé sur des valeurs et une histoire et que l’on enseigne cela.

 

A l’heure de la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE), l’écrivain Olivier Guez revient pour Le Monde sur l’ouvrage collectif, Le Grand Tour. Autoportrait de l’Europe par ses écrivains (Grasset, 450 p., 24 euros), dont il a assuré la direction. Le prix Renaudot 2017 a demandé à vingt-sept auteurs d’écrire un texte sur des lieux évocateurs de la culture et de l’histoire du continent. Le résultat est un panorama de la littérature contemporaine européenne, méconnue du grand public. Cet entretien s’inscrit dans le cadre de la Nuit de l’Europe, organisée le samedi 21 mai par Sciences Po Strasbourg, en partenariat avec Le Monde. Un événement que parraine Olivier Guez, lui-même ancien élève de l’Institut d’études politiques de Strasbourg.

Quelle est la genèse de votre ouvrage collectif, « Le Grand Tour. Autoportrait de l’Europe par ses écrivains » ?

A titre personnel, je me considère comme un Européen. J’ai passé la plupart de mon enfance chez mes grands-parents, d’origine germanique et austro-hongroise. Ils vivaient en face du Conseil de l’Europe. De ma fenêtre, j’ai vu plus de drapeaux européens que français. J’ai étudié en Angleterre et en Belgique. Mes amours sont européens. J’ai longtemps habité à Berlin, et je vis aujourd’hui à Rome. Au fil des années, je n’ai cessé d’arpenter ce continent en voiture ou en train et d’en admirer la variété des paysages, des cuisines, des langues, des histoires.

On ne peut pas bâtir un bloc seulement autour d’Auschwitz, du goulag et des crimes du colonialisme

J’avais envie de réaliser une anthologie de la littérature contemporaine de ma patrie imaginaire. La présidence française du Conseil de l’Union européenne m’en a donné l’occasion. J’ai sollicité et reçu le concours du secrétariat d’Etat aux affaires européennes, du ministère de la culture et du Centre national du livre. J’ai sélectionné et proposé à vingt-sept écrivains de l’UE, un par Etat membre, d’écrire un texte sur des lieux évocateurs de la culture et de l’histoire du continent. Les écrits reçus sont d’une grande richesse. J’ai réparti leurs textes autour de sept mots-clés : « cicatrices », « errances », « fantômes », « chair », « villégiatures », blessures et « nostalgie ».

Trente ans après la fin de la guerre froide et la réunification du continent européen, que révèle votre ouvrage de la mémoire, ou doit-on plutôt dire des mémoires de ces pays ?

Je connaissais bien l’histoire du continent, mais j’ai quand même été frappé de constater que de nombreux textes évoquent, chacun avec leur propre sensibilité, l’immense traumatisme engendré par les totalitarismes du XXᵉ siècle. Je suis étonné que ce soit aussi présent chez des écrivains de générations et de vécus aussi différents que ceux du Slovaque Michal Hvorecky, du Roumain Norman Manéa, de la Finlandaise Sofi Oksanen et du Germano-Autrichien Daniel Kehlmann. Pour autant, d’autres mémoires moins sombres se manifestent dans le livre, à travers les textes danois et néerlandais qui évoquent les colonies d’artistes et l’histoire de l’art.

Nos mémoires sont plurielles. Heureusement. On ne peut pas bâtir un bloc seulement autour d’Auschwitz, du goulag et des crimes du colonialisme. Il faut s’en souvenir, mais on ne peut pas cantonner notre identité à une chronique des crimes contre l’humanité du XXe siècle. Nous avons des valeurs, une curiosité, une culture de la transgression et des réalisations européennes dont on peut être fiers et qu’il faut défendre. Nous constituons une communauté d’Etats de droit, et c’est à souligner, alors que la Hongrie et la Pologne prennent leur distance avec cela.

Votre ouvrage s’ouvre sur cette phrase : « C’est absurde, presque suicidaire. Depuis les années 1950, nous bâtissons un édifice monumental. En oubliant d’en consolider les fondations, nous nous privons du ciment, des liens de connivence qui nous permettraient de vivre et de rêver ensemble : la culture. » Pouvez-vous développer votre pensée ?

L’UE, telle qu’elle s’est construite depuis la fin des années 1940, a volontairement mis de côté la culture. On peut le comprendre, il fallait une approche modeste : comment, en effet, parler de civilisation européenne quand celle-ci avait abouti à Auschwitz quelques années plus tôt ? C’était inqualifiable. Mais nous avons aussi raté le coche dans les années 1990, au moment des derniers grands projets européens : l’euro, les politiques économiques et financières communes, la mise sur pied d’un embryon de bloc politique voire militaire. Là encore, nous n’avons pas érigé de bloc culturel alors que les intellectuels dissidents, Havel, Kundera, Patocka, pour les pays d’Europe centrale et orientale, revendiquaient l’appartenance à la culture européenne qui leur avait été confisquée par les Russo-Soviétiques pendant quarante-cinq ans.

Bien sûr, il existe des programmes culturels d’aide à la diffusion, à la traduction, des réseaux de cinéma. Mais c’est insuffisant. Nous avons construit un objet politique, économique et juridique totalement désincarné. Notre peur de froisser atteint un stade névrotique, il faut croire que nous avons les dirigeants les plus délicats du monde ! Il est révélateur que sur les billets européens soient dessinés à l’ordinateur des ponts et des arcs factices, alors que l’Europe est le berceau d’un nombre incalculable de génies qui auraient pu illustrer notre monnaie. Par ailleurs, la déconstruction de nos mythes amplifie ce vide laissé par l’absence de culture.

C’est-à-dire ?

A partir des années 1960, les pays de l’ouest de l’Europe ont entrepris de déconstruire leur histoire récente : nazisme, régime de Vichy, fascisme… C’est l’époque où les baby-boomers demandent à leur père : « T’étais où ? Tu as fait quoi ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Cette déconstruction a été cardinale pour nos sociétés démocratiques et libérales, mais elle constitue aujourd’hui un obstacle, car les populations européennes ne croient plus en grand-chose, alors que nous sommes environnés de nations et de croyances qui ont rebâti avec virulence des récits nationalistes et populistes. Par ailleurs, on a laissé, pour des raisons idéologiques, le thème de l’identité aux droites extrêmes : la droite néolibérale ne pensait qu’au business, et la gauche refusait d’aborder cette question.

 

Avons-nous manqué de clairvoyance ces dernières années sur la gravité de l’évolution de nos sociétés ?

Oui. Nous avons été aveuglés par notre mode de vie, convaincus que l’on pouvait évoluer dans une bulle, transformer le bloc européen en une espèce de grosse Suisse concentrée sur ses petites affaires et sur la sacro-sainte consommation. Pour décrire ces années d’avant la guerre de 2022, j’ai cette formule : « Travail-famille-selfie ». Nous n’avons pas voulu voir combien le monde était toujours dangereux, en dépit de l’effondrement du mur de Berlin en 1989 et de celui de l’URSS, en 1991. Nous avons cru en ce monde unipolaire occidental, en la mondialisation heureuse, bien que cette période n’ait duré que dix ans et ait pris fin le 11 septembre 2001 avec les attentats aux Etats-Unis.

L’Europe peine à se projeter dans l’avenir contrairement aux blocs américain, russe, chinois. Comment expliquer cela ?

Quand on commence une psychanalyse, la première chose que l’on vous demande, c’est de vous raconter, car on ne peut pas savoir qui l’on est et où l’on va si l’on ne sait pas d’où l’on vient. Donc, en Europe, tant que nous continuerons à faire des ronds dans l’eau, à rechigner à assumer notre identité et notre héritage, nos valeurs et notre histoire commune, nous ne pourrons pas définir de but précis ni de vision d’avenir ni surtout entraîner les populations dans cette aventure.

C’est d’autant plus problématique que la libéralisation des transports, du commerce de marchandises et des flux financiers associés à l’UE est perçue comme ne profitant qu’aux classes les plus aisées de la population. Tant que les dirigeants européens refuseront d’appréhender au niveau européen la question de la civilisation européenne, nous ne pourrons pas embarquer les citoyens qui ont la sensation d’être du mauvais côté de la mondialisation.

Comment promouvoir le déploiement d’une identité européenne commune en Europe ?

Il faut que l’on assume que la civilisation européenne a un héritage à part, ni américain ni simplement occidental, basé sur des valeurs, une histoire, des siècles de migration, des mouvements artistiques, des réussites, et aussi des crimes monstrueux et que l’on enseigne cela. Il faut d’urgence instaurer un tronc commun dans toutes les écoles d’Europe sur cet héritage. C’est un pas à franchir indispensable. Ensuite, on pourra se projeter.

Pour bâtir ce bloc, il faut en passer par les fondations et cimenter. Il faut incarner. On ne peut pas se contenter de mettre des panneaux sur les autoroutes ou dans les gares, ça ne suffit pas. On ne tombe amoureux d’un taux de croissance ou d’un fonds structurel.

Cet article est réalisé dans le cadre de La Nuit de l’Europe, organisée samedi 21 mai 2022 par Sciences Po Strasbourg en partenariat avec « Le Monde ». Événement gratuit et tout public.

Lutte contre l’Inflation aux États-Unis : trop tard !

Lutte contre l’Inflation aux  États-Unis : trop tard !

 

Le président de la Réserve fédérale américaine espère encore pouvoir lutter contre la hausse des prix à doses homéopathiques. Mais n’est-ce pas déjà trop peu, trop tard ? s’interroge Arnaud Leparmentier, correspondant du « Monde » à New York, dans sa chronique.

 

Les marchés financiers aiment les conférences de presse du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, sa modestie sincère, ses réponses rassurantes et son optimisme tempéré, qui conduisent à un feu d’artifice à Wall Street, comme ce fut le cas, mercredi 4 mai, après que la Fed a augmenté d’un demi-point ses taux directeurs, une première depuis l’an 2000, mais exclu une hausse de 0,75 point.

Et puis, la nuit portant conseil, une partie des opérateurs a réfléchi, se demandant s’ils ne s’étaient pas fait intoxiquer pas le président de la banque centrale. C’est ainsi qu’après la fête est venue la dégelée sur les marchés financiers, la pire depuis les soubresauts du Covid-19. Jerome Powell trompe-t-il son monde en laissant espérer un atterrissage en douceur de l’économie américaine, alors que l’inflation est à 8,5 %, son plus haut niveau depuis 1981 ? Moins que le président démocrate, Joe Biden, qui attribue l’inflation à Vladimir Poutine et au cartel des entreprises, sans dire un mot sur son plan de relance excessif voté à contretemps, en avril 2021, qui a inondé les Américains de liquidités.

Mais M. Powell veut croire à un miracle, qui permettrait à l’inflation de se résorber d’elle-même. Il y a déjà cru à l’automne 2021, ne réagissant pas tant qu’il était temps, alors que l’emploi était revenu et que persistaient des goulets d’étranglement dans l’économie. Les tergiversations politiques de Joe Biden pour le renommer pour un second mandat n’y sont sans doute pas étrangères et ont fait perdre de précieuses semaines.

Un retour à la normale est possible, mais loin d’être certain. D’abord, les taux d’intérêt réels sont beaucoup trop bas pour refroidir l’économie : 3,1 % à dix ans avec une inflation deux fois supérieure, c’est une dose homéopathique, un placebo. Ensuite, la crise n’est pas finie : le prix des matières premières connaît un répit, mais c’est parce que la Chine est fermée pour cause de Covid-19. D’ici six mois, elle va mettre les bouchées doubles pour repartir, et Patrick Artus, conseiller économique à la banque Natixis, prévoit une nouvelle bouffée inflationniste.

Dans ce contexte, la Fed s’adapte et laisse filtrer, réunion après réunion, une politique de plus en plus stricte, mais progressivement. Faut-il annoncer brutalement la couleur, quitte à provoquer une récession, comme le fit Paul Volcker à partir de 1979 pour terrasser la stagflation consécutive aux deux chocs pétroliers, ou couper la queue du chat par petits bouts pour préparer les esprits ?

Inflation :Une politique monétaire trop restrictive peut tuer la croissance

Inflation :Une politique monétaire trop restrictive peut tuer la croissance

 

La hausse des prix actuelle n’est pas un phénomène monétaire mais structurel, elle dicte donc des choix politiques inédits, estiment les économistes Jean-Luc Gaffard et Francesco Saraceno, dans une tribune au « Monde ».

 

L’inflation a resurgi, alors qu’on la croyait éradiquée grâce à la seule action des banques centrales, éclairée par une théorie qui en faisait un phénomène purement monétaire. La tentation de la juger temporaire a dû céder devant une réalité faite de chocs, certes imprévisibles, mais rapidement générateurs de déséquilibres sectoriels aux conséquences durables.

Qu’elle provienne des coûts de production ou de la hausse de la demande, l’inflation révèle l’existence de déséquilibres sectoriels, qui naissent d’innovations incluant nouveaux produits, nouvelles technologies, nouvelles sources de matières premières. Il suffit d’une asymétrie des mouvements de prix et de salaires, plus flexibles à la hausse qu’à la baisse, pour que des tensions inflationnistes persistent, voire s’aggravent, quand la désarticulation sectorielle est accrue.

La situation actuelle en est une illustration. La crise sanitaire, la crise écologique puis l’agression militaire de l’Ukraine par la Russie ont suscité des pénuries dans différents secteurs – matières premières, productions agricoles, composants industriels – qui ont fait exploser les prix. Ce qui semble temporaire peut devenir persistant dans les secteurs où, en dépit d’une demande qui restera forte assez longtemps, les investissements sont appelés à stagner voire à diminuer, soit parce que l’activité est condamnée à terme du fait de la pollution (typiquement l’activité gazière), soit parce que l’incertitude est grande sur la configuration future du marché. Dans ce contexte, les hausses des prix en cascade portent atteinte au pouvoir d’achat des ménages avec pour conséquence possible des excédents d’offre et des pertes d’emploi dans certains secteurs. Le spectre de la stagflation – comme pendant les années 1970 – revient sur le devant de la scène. Les distorsions de prix relatifs non anticipées et non désirées ne peuvent que conduire à des transferts de richesse et à une mauvaise allocation des ressources.

Face à ces phénomènes de nature structurelle, la tentation existe toujours de les réduire à des causes monétaires. Si l’on suit cette théorie, il appartiendrait alors à la Banque centrale de l’endiguer en augmentant ses taux d’intérêt, avec comme seul souci de casser les anticipations inflationnistes, afin d’éviter que ne se déclenche une spirale prix-salaires.

Pourtant, dans la situation actuelle, avec une dette publique et privée élevée, une forte incertitude et, au moins dans la zone euro, une demande globale peu dynamique, une politique monétaire restrictive comprimerait la consommation et l’investissement, et créerait des problèmes de gestion de la dette, publique comme privée, sans s’attaquer à aucune des causes réelles de l’inflation. Les tensions inflationnistes seraient contenues, mais au prix d’une pénalisation des investissements productifs, d’une hausse du taux de chômage et de retards apportés aux nécessaires mutations structurelles de la transition énergétique et industrielle.

Macron: « Il incarne trop la France des nantis » Alain Minc

Macron: « Il incarne trop la France des nantis »  Alain Minc

 

Alain Minc, économiste et essayiste, fait part de son analyse dans « l’Opinion » après la victoire de Macron. Àlain Minc pense que faute de Refondation d’une gauche et d’une droite de gouvernement, un jour les extrême gagneront. Pour lui ,le centre qu’incarne Macron est trop divers et ne pourra perdurer. Le pays a besoin d’une gauche et d’une droite pour éviter l’hypothèse d’une victoire des extrêmes. Macron sera handicapé par la détestation qu’il suscite car il incarne trop la France heureuse face à une autre France qui se considère déclassée.

Emmanuel Macron a été réélu dimanche pour un second mandat présidentiel. Au-delà de l’exploit, cette victoire ne suscite pas de réel enthousiasme. « Il faut être lucide, la situation va être très difficile et on peut avoir une certaine forme d’inquiétude, poursuit Alain Minc. Grosso modo, Emmanuel Macron a un tiers des Français derrière lui. Et même s’il obtient une majorité parlementaire, elle sera assez artificielle. Mais surtout, pour la première fois dans l’histoire de France, le chef de l’Etat n’est pas rééligible, ce qui va susciter beaucoup d’ambitions et de conflits. » L’essayiste s’interroge avec gravité : « Si le centre est immense, les extrêmes gagnent. Donc après avoir détruit le monde politique ancien et être devenu, de fait, le chef de la droite modérée, il importe au Président d’aider la gauche de gouvernement à se reconstituer. S’il n’y a pas une gauche et une droite de gouvernement, un jour les extrêmes gagneront. »

Les élections législatives auront lieu les 12 et 19 juin. La campagne a été lancée dès hier, voire quelques jours avant par Jean-Luc Mélenchon, qui explique qu’il faut « l’élire Premier ministre ». Alain Minc n’embrasse pas cette idée de troisième tour. « Je crois en revanche à une situation parlementariste très bizarre, avec cinq composantes dans cet immense magma qui constituera la majorité : les macronistes d’origine, les troupes de François Bayrou, celles d’Edouard Philippe qui vont déjà parier sur l’avenir, une partie de députés Les Républicains qui seront sous les auspices du chef de groupe clandestin que sera Nicolas Sarkozy, et une partie venant de la gauche. Vous verrez qu’au fil des mois et des années, il y aura des scissiparités. »

Selon un sondage Opinionway pour Cnews et Europe 1, 63 % des personnes interrogées souhaitent qu’Emmanuel Macron « ne dispose pas d’une majorité et soit contraint à une cohabitation ». « C’est un très mauvais signe », selon Alain Minc, qui ajoute que « depuis la réforme constitutionnelle de 2008, il n’y a plus de 49.3, sauf une fois par session. Donc la vie parlementaire va être beaucoup plus rude. D’autant plus que le chef de l’Etat n’aura plus cette arme de la future candidature. »

La personnalité d’Emmanuel Macron paraît peu aimée, voire détestée par une partie des Français. Ce sentiment est-il réversible ? « Cette hostilité a perduré pendant cinq ans donc on ne voit pas pourquoi elle se dissoudrait, explique Alain Minc. Il y a cet aspect premier de la classe, incarnant les classes heureuses de la société. Regardez le champ de Mars hier, il y avait des électeurs bourgeois bien habillés de la France heureuse. Au fond, la France malheureuse en veut à Emmanuel Macron d’incarner presque physiquement la France heureuse », conclut l’essayiste.

 

Guerre en Ukraine : Américains et européens trop timorés

Guerre en Ukraine : Américains et européens trop timorés

 

Le diplomate Michel Duclos invite, dans une tribune au « Monde », la France et l’Union européenne à rapidement durcir leur stratégie à l’encontre de la Russie, car l’enlisement du conflit en Ukraine joue en faveur de Vladimir Poutine.

 

Tribune.

 

La réponse occidentale à l’agression russe en Ukraine a surpris par sa cohésion et sa force. Il faut se défier cependant d’une autocélébration qui risque de se révéler trompeuse. Ainsi, sur le plan militaire, les transferts d’armes opérés vers l’Ukraine s’accompagnent d’une retenue certaine. Le mantra reste d’éviter tout risque d’escalade et donc tout engagement direct sur le terrain. L’idée de « no fly zone » [zone d’exclusion aérienne] révulse toujours les stratèges occidentaux comme c’était le cas en Syrie. S’agissant des sanctions, on assiste à un crescendo impressionnant, mais les décisions les plus susceptibles d’impact sur la Russie (embargo sur le gaz et le pétrole) restent à prendre. Ce sont aussi les plus difficiles du fait de leurs conséquences pour nos sociétés.

Vu de Moscou, cela signifie que la plupart des gouvernements occidentaux ne sont pas prêts à demander des sacrifices à leurs populations pour la défense de leurs principes et la sauvegarde de la sécurité de leurs pays. Une autre limite à l’action des Occidentaux tient à la réaction dans le reste du monde : les résolutions des Nations unis blâmant la Russie sont votées à de larges majorités mais des puissances émergentes au poids important – l’Inde, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis entre autres – se refusent à contribuer à la politique occidentale d’isolement de la Russie.

Dans ces conditions, le dirigeant russe, soutenu de surcroît par son allié chinois, peut considérer que le temps joue en sa faveur. Plus le conflit se prolonge, en effet, plus les difficultés de mise en œuvre des mesures adoptées à l’Ouest vont se faire sentir, qu’il s’agisse de hausses des prix, de pénurie d’énergie, de ralentissement de l’économie. Plus aussi les germes de division vont se développer, comme on le voit déjà avec les tensions liées au refus allemand d’aller plus loin à ce stade dans l’embargo sur les hydrocarbures ou avec les critiques des Polonais à l’égard de Paris et Berlin. On peut objecter à cela que les coups portés par l’Occident ont un effet dévastateur sur l’économie russe. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement prévoit par exemple un PIB de la Russie en baisse de 10 % en 2022. Il est à craindre toutefois que ce ne soit pas un critère pour Poutine, qui n’hésitera pas à imposer à son peuple tenu d’une main de fer les plus lourds sacrifices.

Ajoutons que dans l’état actuel des choses aucun scénario plausible de sortie de crise n’apparaît favorable aux intérêts occidentaux : un conflit prolongé sans vraie conclusion, une défaite ukrainienne confirmant le bien-fondé des calculs de Poutine, ou une forme de partition du pays dans laquelle les Russes s’assureraient au moins du contrôle des terres de l’Est les plus fertiles et du rivage de la mer d’Azov. Dans toutes ces hypothèses, il incombera aux Européens en particulier de reconstruire une Ukraine en ruine dans un environnement instable où la Russie restera menaçante.

 

Politique: Macron parle trop à Poutine

Politique: Macron  parle trop à Poutine

C’est le reproche du président polonais à Macron. Sans doute conseillé par McKinsey, Macron a passé une douzaine de coups de téléphone à Poutine en vue sans doute de rehausser sa posture internationale. (Sans doute toujours pour rééquilibrer ses rapports McKinsey a du conseiller les récents entretiens entre le président ukrainien et Macron). Macron se défend cependant de trop parler à Poutine.

Invité du 20 heures de TF1 mercredi soir, le président-candidat a vivement répondu à Mateusz Morawiecki, qui, selon lui, «s’immisce dans la campagne politique française». Et «assume totalement» de parler à Vladimir Poutine.
Le président Polonais avait vivement interpellé le chef de l’État français : «Monsieur le président Macron, combien de fois avez-vous négocié avec Poutine, qu’avez-vous obtenu? On ne débat pas, on ne négocie pas avec les criminels, les criminels doivent être combattus». Et d’ajouter : «Personne n’a négocié avec Hitler. Est-ce que vous négocieriez avec Hitler, avec Staline, avec Pol Pot». Le tout, en accusant certains dirigeants européens «d’atermoiements» et «de langue de bois».
«Ces propos sont à la fois infondés et scandaleux, mais ils ne m’étonnent pas» car M. Morawiecki, soutenu par «un parti d’extrême droite» «s’immisce dans la campagne politique française» après avoir «plusieurs fois reçu madame (Marine) Le Pen», qu’il «soutient», a déclaré mercredi soir le président-candidat français.
«J’ai toujours œuvré pour parler avec la Russie»
«J’assume totalement d’avoir constamment, au nom de la France, parlé au président de la Russie pour éviter la guerre et construire une nouvelle architecture de paix en Europe il y a plusieurs années», a répondu Emmanuel Macron, qui s’est entretenu avec le président russe à de très nombreuses reprises depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe le 24 février.

Le problème c’est qu’en fait Macron s’est beaucoup investi auprès de Poutine mais sans jamais rien obtenir !

Macron parle trop à Poutine

Macron  parle trop à Poutine

C’est le reproche du président polonais à Macron. Ce dernier essaye de se défendre.

Invité du 20 heures de TF1 mercredi soir, le président-candidat a vivement répondu à Mateusz Morawiecki, qui, selon lui, «s’immisce dans la campagne politique française». Et «assume totalement» de parler à Vladimir Poutine.
Le président Polonais avait vivement interpellé le chef de l’État français : «Monsieur le président Macron, combien de fois avez-vous négocié avec Poutine, qu’avez-vous obtenu? On ne débat pas, on ne négocie pas avec les criminels, les criminels doivent être combattus». Et d’ajouter : «Personne n’a négocié avec Hitler. Est-ce que vous négocieriez avec Hitler, avec Staline, avec Pol Pot». Le tout, en accusant certains dirigeants européens «d’atermoiements» et «de langue de bois».
«Ces propos sont à la fois infondés et scandaleux, mais ils ne m’étonnent pas» car M. Morawiecki, soutenu par «un parti d’extrême droite» «s’immisce dans la campagne politique française» après avoir «plusieurs fois reçu madame (Marine) Le Pen», qu’il «soutient», a déclaré mercredi soir le président-candidat français.
«J’ai toujours œuvré pour parler avec la Russie»
«J’assume totalement d’avoir constamment, au nom de la France, parlé au président de la Russie pour éviter la guerre et construire une nouvelle architecture de paix en Europe il y a plusieurs années», a répondu Emmanuel Macron, qui s’est entretenu avec le président russe à de très nombreuses reprises depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe le 24 février.

Le problème c’est qu’en fait Macron s’est beaucoup investi auprès de Poutine mais sans jamais rien obtenir !

“La France face à la guerre” sur TF1: trop long, trop confus , trop démago

 

 

 

 

Un débat confus et lassant avec une succession de déclarations et forcément de promesses également. De quoi saouler les plus accros de la politique. Il est clair en effet qu’on ne peut faire un débat intéressant entre huit candidats, encore moins à 12. Ou les limites des conditions démocratiques pour les présidentielles en France. Cette liste de 12 candidats n’a aucun sens, certains n’étant la pour satisfaire leur ego et pour faire un petit tour à la télévision.

Ce type d’exercice montre toujours ses limites. À l’évidence il manque un filtre pour sélectionner les trois ou quatre candidats qui peuvent réellement prétendre à la victoire car ils sont un peu représentatif (Un peu seulement si l’on tient compte des non-inscrits et des abstentionnistes soient près de 50 % de la population). On a sûrement évité le pire en ne retenant que huit candidats sur 12 aux présidentielles pour un débat politique notamment face à la guerre.

On a donc assisté à une foire aux promesses assorties de critiques à l’égard du pouvoir en place. Pour schématiser à outrance les candidats promettent qu’à l’avenir tout va changer, il y aura moins d’inégalités, davantage de protection du pays, une plus grande indépendance économique notamment énergétique, moins d’impôts, moins d’immigration clandestine etc. Sur la guerre en Ukraine il y a un certain consensus sauf de la part de l’extrême droite et de l’extrême gauche et qui sont plus que réticents et pour le moins ambigus pour soutenir les ukrainiens dans leur guerre contre la Russie.

 

Economie France: Trop de dépendance extérieure

Economie France: Trop de dépendance extérieure

 

Le retour à une production sur le territoire national rendrait possible une croissance sans contrainte extérieure, rappelle l’économiste Gérard Fonouni dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

L’activité économique semble repartie en France grâce à la relance économique et à l’intervention de l’Etat durant la crise sanitaire. Le produit intérieur brut (PIB), après – 8 % en 2020, a rebondi à 7 % en 2021 et pourrait se stabiliser à 3,2 % à la mi-2022, selon l’Insee, ce qui est un très bon signe pour notre économie. Le taux de marge des entreprises non financières s’est élevé à 34,2 % en 2021. Ce taux inédit et très encourageant pourrait être bénéfique pour la croissance économique et pour l’emploi, à condition qu’il s’accompagne d’une hausse généralisée des salaires.

La consommation des ménages reste dynamique sur cette même période. Ces divers facteurs laissent espérer une progression de l’investissement privé et une réduction du chômage pour 2022. Quant aux prix, leur augmentation fait craindre le retour de l’inflation. Le taux d’inflation pourrait dépasser le seuil de 3 % en 2022 et amoindrir la compétitivité de l’économie française. En effet, les comptes extérieurs ne se redressent pas ; bien au contraire, ils se dégradent. Le déficit de la balance commerciale a atteint 84,7 milliards d’euros en 2021. Les exportations ne parviennent toujours pas à couvrir les importations malgré toutes les aides sociales et fiscales accordées aux entreprises par les pouvoirs publics durant la crise du Covid-19.


Ce déficit commercial traduit la mauvaise performance de notre économie par rapport à la concurrence étrangère. Il s’explique par la forte progression du coût des importations inhérente à la hausse du prix du pétrole et des matières premières. Il s’explique aussi par l’accroissement des importations des produits d’équipement, métallurgiques et manufacturés, lié à la reprise économique mondiale. Cette dégradation est paradoxale. Elle est à la fois une bonne nouvelle, traduisant une demande intérieure en hausse grâce à la consommation malgré un retour de l’inflation. Et une mauvaise nouvelle, soulignant, à l’intérieur du pays, la quasi-inexistence de l’industrie dans le secteur des biens d’équipement.

En effet, la théorie des avantages comparatifs, fondée sur la doctrine du libre-échange, a poussé l’économie française à se spécialiser dans les productions les plus rentables et à importer celles qui le sont moins. Ce choix stratégique industriel a rendu notre système économique fortement dépendant à l’égard de nombreux produits fabriqués à l’étranger, notamment en Chine, alors qu’il avait tout le potentiel pour les produire sur le territoire.

Climat : Trop absent de la campagne électorale ?

Climat : Trop absent de la campagne électorale ?

 

« L’affaire du siècle » – une initiative soutenue par une centaine de personnalités et d’organisations – dénonce l’inaction de l’Etat dans la lutte contre le changement climatique et exige que cette question soit centrale dans le débat présidentiel.( Le Monde)

Une tribune intéressante mais au caractère un peu trop général et trop peu concret NDLR

Tribune.

La météorite climatique est visible à qui veut bien lever le regard. Et, à vrai dire, son impact fait déjà sentir ses effets. La crise écologique s’accélère partout dans le monde, y compris en France. Les rapports scientifiques s’accumulent, précisant chaque fois davantage les perspectives dramatiques qui nous attendent sans un sursaut des responsables politiques et économiques.

Dans une action menée par « L’affaire du siècle », la France a été doublement condamnée en 2021 par la justice pour son inaction climatique, notamment par le Conseil d’Etat, la plus haute instance administrative de notre pays. Juridique, l’événement est aussi social. La mobilisation exceptionnelle de 2,3 millions de citoyens en faveur de cette action en justice et les marches pour le climat, rassemblant plusieurs centaines de milliers d’entre nous, auront été des faits particulièrement marquants de ce quinquennat.

Pourtant, à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, l’urgence climatique et l’effondrement de la biodiversité sont largement absents du débat médiatique et politique. Trop de candidats à la magistrature suprême esquivent le sujet. Trop de fois ce thème est absent des discours et des interviews. Où sont leurs réponses ? Comment peut-on prétendre défendre l’Etat de droit sans dire comment l’on compte sortir la France de l’illégalité climatique ?

Pas de climat, pas de mandat !

Rédactions et journalistes doivent prendre leur responsabilité et exiger des réponses concrètes, sans reléguer le climat en fin d’interview ou de débat. Après tout, il ne s’agit rien de moins que de notre quotidien – d’aujourd’hui et de demain –, de nos factures énergétiques, de nos emplois, de nos récoltes, de notre alimentation, de notre préparation aux canicules ou aux catastrophes naturelles.

En somme, de notre possibilité de vivre une vie digne et enthousiasmante dans la France des prochaines décennies. Quelles mesures les candidats et candidates souhaitent-ils mettre en place pour conjuguer urgence climatique et justice sociale ? L’essentiel du débat présidentiel est encore devant nous. Il n’y a pas de fatalité à vivre une campagne électorale que deux tiers des Françaises et Français estiment déconnectée des vrais problèmes et qui relègue au second plan l’urgence climatique.

L’ensemble des candidats doivent dire aux citoyens comment ils et elles comptent sortir la France de l’illégalité et comment ils comptent lutter contre la crise climatique. Ensemble, nous avons le pouvoir de replacer le climat au cœur du débat pour l’élection présidentielle. Ensemble nous affirmons : Pas de climat, pas de mandat !

Politique-Mali: la guerre de trop pour la France

Mali: la guerre de trop pour la France

 

 

Dans le Figaro,le Colonel Michel Goya estime que l’intervention militaire de la France au Mali est une guerre de trop. .

Ancien officiel des troupes de marine, Michel Goya a connu l’expérience du feu en ex-Yougoslavie. Docteur en histoire, il est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués et publie «Le Temps des guépards. La guerre mondiale de la France. De 1961 à nos jours» (Taillandier, 2022, 368 p., 21,90 €).

« Depuis soixante ans, nous avons mené 19 guerres sur 3 continents et 13 grandes opérations militaires de police internationale dans le but premier de montrer que nous sommes toujours une nation qui compte. Cela a commencé par la protection des régimes africains contre des coups d’État. Et puis les choses se sont compliquées. En 1969, pour la première depuis les indépendances, un État, celui du Tchad, faisait appel à nous pour le sauver d’une grande rébellion. Nous avons alors découvert que le petit contingent de soldats que nous engagions pouvait gagner toutes les batailles, mais ne pouvait résoudre tous les problèmes qui faisaient qu’il y avait des batailles. »

Le colonel Michel Goya con sidère que la France aurait du quitté le Mali depuis longtemps.

Le niveau scolaire trop faible en maths

Le niveau scolaire trop faible en maths

Emmanuel Duflos, directeur général de Centrale Lille, constate que la baisse du  niveau générale en math  de l’école primaire jusque dans les classes prépas scientifiques. 

 

 

Directeur général de Centrale Lille depuis 2020, Emmanuel Duflos est à la tête de quatre écoles (Ecole Centrale de Lille, ITEEM, IG2I, ENSCL) qui regroupent environ 2 000 étudiants. Il est aussi vice-président de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs).

Emmanuel Duflos est directeur général de Centrale Lille.

La réforme Blanquer sur le lycée, et ses conséquences sur l’enseignement des maths, sur le nombre de filles dans cette discipline, provoque une bataille de chiffres. Une polémique justifiée ?

Les maths forment un citoyen, structurent l’esprit, la capacité au raisonnement, à la synthèse, à prendre du recul. Parce qu’elles sont structurantes, elles ont toute leur place dans le tronc commun et ce, jusqu’en Terminale. Car il faut du temps pour faire aimer les sciences et les maths, ne pas survoler, ni papillonner. Pourquoi pourrait-on arrêter les maths en fin de seconde et pas la philo ou le français ? Un « bagage suffisant », ce n’est pas juste connaître les nombres complexes, c’est avant tout comprendre les concepts et théorèmes et savoir les mobiliser dans un raisonnement. En limitant les talents, on limite forcément le vivier, on se prive de compétences. Le sujet doit être traité très en amont, dès l’école primaire, afin de faire aimer les mathématiques à plus de monde. A plus de jeunes femmes, à plus d’élèves indépendamment de la zone géographique où ils vivent et de leur condition sociale.

Les écoles d’ingénieurs attirent peu ces jeunes femmes. Moins elles y sont présentes, moins les nouvelles générations ont envie d’y aller. C’est un cercle vicieux ?

La trop faible place des femmes dans les formations d’ingénieurs est un vrai sujet. Elles ne sont qu’environ 23 % dans les classes prépas scientifiques . 

La France, un pays trop endetté (Jean-Marc Daniel)

La France, un pays trop endetté (Jean-Marc Daniel)

 

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Jean-Marc Daniel estime que le déficit de notre balance des paiements courants, en 2021, nécessite une mobilisation urgente autour du travail afin de ne pas aggraver la situation financière pour les générations futures.

Tribune.

 Le chiffre spectaculaire de la croissance de 2021 – près de 7 % – a créé une sorte d’euphorie. Certes, les commentateurs ont conscience du caractère exceptionnel, pour ne pas dire artificiel, de ce chiffre. Il traduit le retour, grâce à la vaccination, à la situation d’avant le Covid-19. Le PIB du troisième trimestre 2021 a juste retrouvé le niveau de celui du quatrième trimestre 2019.

Néanmoins, d’autres chiffres permettent d’avoir de 2021 une image positive, comme celui du taux de chômage, descendu au-dessous de 8 % pour la première fois depuis 2008. Cependant, il est un chiffre qui est passé plutôt inaperçu et qui a des raisons de nous inquiéter, à savoir celui du déficit de notre balance des paiements courants. 

En 2020, ce déficit a été de 44 milliards d’euros, soit 1,9 % du PIB, approchant le ratio de 1982, année où il avait été de 2,1 % du PIB et où le gouvernement avait été obligé d’engager la politique de rigueur pour éviter de faire appel au Fonds monétaire international. Avant 1982, il faut remonter à 1951 pour trouver un chiffre plus élevé (il était de 4 % du PIB).

Or, l’année 2021 n’a pas traduit de changement significatif en la matière. Commentant en juillet 2021 nos comptes extérieurs dégradés, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, soulignait le caractère spécial de 2020 : « Nous avons souffert de nos deux points d’excellence que sont l’aéronautique et le tourisme. » Mais il rappelait que cette dégradation est ancienne, ajoutant, à propos des débuts de 2021, qui n’ont été marqués par aucune amélioration sensible par rapport à 2020 : « Dès lors que notre compétitivité coût s’est rétablie (sur une longue période), ça peut être jugé comme une performance un peu décevante. »

Pour bien comprendre ce que cet état de fait signifie, il faut à la fois en mesurer les conséquences et en identifier les remèdes. La conséquence immédiate est que la France est obligée de vendre son patrimoine immobilier et financier pour financer ses déficits extérieurs. Cela a conduit à ce résultat que ce que l’on appelle la position extérieure nette de la France – c’est-à-dire la différence entre la valeur de ce que les Français détiennent à l’étranger et celle de ce que les étrangers détiennent en France – est de plus en plus négative.

La France, un pays trop endetté (Jean-Marc Daniel)

 La France, un pays trop endetté (Jean-Marc Daniel)

 

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Jean-Marc Daniel estime que le déficit de notre balance des paiements courants, en 2021, nécessite une mobilisation urgente autour du travail afin de ne pas aggraver la situation financière pour les générations futures.

Tribune.

 Le chiffre spectaculaire de la croissance de 2021 – près de 7 % – a créé une sorte d’euphorie. Certes, les commentateurs ont conscience du caractère exceptionnel, pour ne pas dire artificiel, de ce chiffre. Il traduit le retour, grâce à la vaccination, à la situation d’avant le Covid-19. Le PIB du troisième trimestre 2021 a juste retrouvé le niveau de celui du quatrième trimestre 2019.

Néanmoins, d’autres chiffres permettent d’avoir de 2021 une image positive, comme celui du taux de chômage, descendu au-dessous de 8 % pour la première fois depuis 2008. Cependant, il est un chiffre qui est passé plutôt inaperçu et qui a des raisons de nous inquiéter, à savoir celui du déficit de notre balance des paiements courants.

 

En 2020, ce déficit a été de 44 milliards d’euros, soit 1,9 % du PIB, approchant le ratio de 1982, année où il avait été de 2,1 % du PIB et où le gouvernement avait été obligé d’engager la politique de rigueur pour éviter de faire appel au Fonds monétaire international. Avant 1982, il faut remonter à 1951 pour trouver un chiffre plus élevé (il était de 4 % du PIB).

Or, l’année 2021 n’a pas traduit de changement significatif en la matière. Commentant en juillet 2021 nos comptes extérieurs dégradés, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, soulignait le caractère spécial de 2020 : « Nous avons souffert de nos deux points d’excellence que sont l’aéronautique et le tourisme. » Mais il rappelait que cette dégradation est ancienne, ajoutant, à propos des débuts de 2021, qui n’ont été marqués par aucune amélioration sensible par rapport à 2020 : « Dès lors que notre compétitivité coût s’est rétablie (sur une longue période), ça peut être jugé comme une performance un peu décevante. »

Pour bien comprendre ce que cet état de fait signifie, il faut à la fois en mesurer les conséquences et en identifier les remèdes. La conséquence immédiate est que la France est obligée de vendre son patrimoine immobilier et financier pour financer ses déficits extérieurs. Cela a conduit à ce résultat que ce que l’on appelle la position extérieure nette de la France – c’est-à-dire la différence entre la valeur de ce que les Français détiennent à l’étranger et celle de ce que les étrangers détiennent en France – est de plus en plus négative.

Trop tard pour les télés politiques ?

Trop tard pour les télés politiques ?

Le journaliste Samuel Étienne, qui a développé sa propre chaîne sur Twitch (460 000 followers), revient sur l’arrivée sur le média de l’écologiste Yannick Jadot et sur le rôle que peut ou non avoir Twitch dans la campagne présidentielle.

 

Le candidat écologiste Yannick Jadot a récemment lancé sa chaîne. Que peut apporter Twitch dans cette campagne présidentielle ?
Pour moi, à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, si des responsables politiques pensent à se servir de ce média pour mener campagne, c’est trop tard. Jean-Luc Mélenchon est sur Twitch depuis plus longtemps, il est le seul, mais sa curiosité pour les nouveaux médias est connue. Il y a aussi cette initiative de Yannick Jadot qui a lancé sa propre chaîne. C’est original car ils ont compris que sur Twitch la régularité est importante. Ils proposent donc divers contenus, avec un programme. La chaîne de Jean-Luc Mélenchon est davantage événementielle, avec moins de récurrence. Mais Twitch est un média très long à apprivoiser. Si sur ma chaîne, j’interroge, par un sondage, l’utiliser moyen de Twitch pour savoir s’il connaît la chaîne de Yannick Jadot, je sais ce qu’il va me répondre : non. Cela paraît bien trop tard.

Pourquoi ?
Premièrement, il est très long de construire sa communauté sur Twitch. Un jeune « viewer » qui se met à streamer sait que pour que sa chaîne commence à être regardée ne serait-ce que par quelques dizaines de personnes, ça va prendre un temps fou, sans notoriété précédente. Certes, chez les politiques, la notoriété est existante, mais il faut alors contrecarrer la méfiance très forte des spectateurs, qui vient encore, pour une grande partie, du monde du jeu vidéo. On connaît la défiance des Français vis-à-vis de la politique, on connaît la défiance des Français vis-à-vis de la politique, je me demande si celle des « viewers » ne l’est pas encore plus…

Les visions trop étroites des économistes ( Robert Boyer, économiste)

Les visions trop étroites des économistes ( Robert Boyer, économiste)

L’économiste Robert Boyer pointe dans son dernier ouvrage « Une discipline sans réflexivité peut-elle être une science ? Epistémologie de l’économie » (Ed. La Sorbonne) les nombreuses failles de la science économique dominante à expliquer les grande crises économique et sanitaire récentes. Figure de l’école de la régulation en France avec l’économiste Michel Aglietta, l’économiste Robert Boyer  plaide pour la création d’agora géante qui pourrait « être le terreau d’une bifurcation de la discipline économique, en particulier de sa réinsertion tant dans les sciences de la nature que dans celles de la société ».

Robert Boyer est une figure de l’école de la régulation en France avec l’économiste Michel Aglietta. Anciennement directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’EHESS, ce polytechnicien collabore à l’institut des Amériques et anime l’association Recherche et régulation. 

LA TRIBUNE- Pourquoi avez-vous décidé de vous attaquer à ce sujet dans votre dernier ouvrage ?

ROBERT BOYER- J’ai commencé à travailler comme économiste en 1967. A cette époque, je pensais qu’une discipline économique était en voie de constitution et j’espérais y participer. Elle était rigoureuse et permettait d’éclairer de façon assez précise les choix de politique économique. Rétrospectivement le keynésianisme était en effet relativement adapté à la prise en compte des compromis sociaux de l’après Seconde guerre mondiale. Ce n’est plus le cas lorsqu’apparait en 1973 le phénomène de la stagflation, soit une forte inflation malgré la chute de l’activité économique. C’était l’indice de l’entrée dans une nouvelle époque du capitalisme, hypothèse fondatrice de la théorie de la régulation, que je n’ai cessé depuis lors de travailler. De son côté la majorité des économistes a interprété cet échec comme la conséquence directe de l’absence de bases microéconomiques de la théorie générale de Keynes.

S’est imposée l’idée qu’il fallait refonder la macroéconomie sur la microéconomie. Ce n’était pas forcément une mauvaise idée, mais très vite plusieurs problèmes ont surgi tel le recours à la notion d’agent représentatif, d’anticipations rationnelles, d’équilibre structurellement stable, autant d’hypothèses intenables. Ce programme qui était au début scientifique a été utilisé, au fil du temps, comme justification des stratégies de déréglementation et de libéralisation. Pendant 30 ans, la macroéconomie s’est enfoncée dans l’exploration de prémices totalement faux. Les Etats-Unis étaient réduits à un ensemble de producteurs et de consommateurs, sans prise en compte aucune du rôle des banques, des marchés financiers, et de toutes les organisations et institutions encadrant l’activité économique.

J’ai vu avec étonnement la discipline évoluer et perdre beaucoup de sa pertinence. Pour cerner les raisons de cette dérive, je l’ai resituée par rapport à l’histoire des grands courants de la pensée. Au fil des décennies, j’ai accumulé suffisamment de matériaux pour montrer que la profession d’économiste a beaucoup changé. A grands traits elle est animée par de virtuoses techniciens qui rendent des services aux acteurs mais de moins en moins par de grands économistes dont la visée serait d’analyser les enjeux du monde contemporain. La crise de la macroéconomie est beaucoup plus profonde que l’on ne pense. Le livre soutient que ce sont les bases de la discipline qui sont en cause et non pas quelques erreurs mineures. La crise de 2008 a fait éclater au grand jour la crise de cette nouvelle macroéconomie classique.

Vous affirmez que l’institutionnalisation de la profession d’économiste a conduit à produire des spécialistes de la modélisation mais peu de chercheurs capables de conceptualiser les bases de la discipline. Que voulez-vous dire par là ?

R.B- Dans les années 30, les Etats-Unis comptaient quelques milliers d’économistes. Aujourd’hui, ce pays en recense des centaines de milliers. A l’époque, de grands économistes, de Joseph Schumpeter à Frederick von Hayek, dialoguaient entre eux dans la recherche d’explications à la crise de 1929. C’est l’éclatement du métier qui prévaut : certains sont économistes de banque, d’autres sont économètres, d’autres encore travaillent dans des think tank visant à influencer la politique des gouvernements. Le métier s’est considérablement diversifié en une myriade d’approches, de techniques appliquées aux différents secteurs de l’économie. On note aussi un éclatement des demandes à l’égard des économistes. Leur spécialisation est tellement poussée qu’elle débouche sur une anomie de la division du travail, telle que conceptualisée par le sociologue Emile Durkheim. Sur une même question – par exemple les marchés financiers sont-ils efficients ? – les diverses branches de la discipline livrent des réponses contradictoires.

La structuration du champ académique (hiérarchie des revues, modalités de recrutement des enseignants) crée un système formant essentiellement des techniciens affirmez-vous. Comment faire pour accorder plus de reconnaissance aux intellectuels en économie ?

R.B- On peut distinguer trois phases dans la structuration du champ académique. La première avait pour projet de fonder la discipline sur la théorie de l’équilibre général. Les chercheurs allaient pouvoir produire une formalisation d’une économie de marché justifiant l’image de la main invisible d’Adam Smith, à savoir la possibilité et l’optimalité d’une économie décentralisée où chacun ne poursuit que son intérêt. En fait les mathématiciens finissent par conclure que ce n’est le cas que sous des hypothèses très restrictives, non satisfaites dans les économies contemporaines du fait de l’existence du crédit, de rendements d’échelle, de pouvoir de monopole. Ainsi loin d’être un fait scientifique, la main invisible devient une croyance.

Une deuxième phase enregistre une succession de modélisations macroéconomiques qui entendent remplacer celles inspirées par Keynes. C’est d’abord la théorie monétariste de Milton Friedman qui s’impose comme explicative de l’inflation. Mais elle périclite lorsque se multiplient les innovations qui assurent la liquidité de nombreux actifs financiers, puis quand l’aisance monétaire ne débouche pas sur une accélération de l’inflation, mesurée par les prix à la consommation. Ce sont ensuite des modèles qui modernisent la théorie classique sous l’hypothèse d’auto-équilibration des marchés, transitoirement perturbés par des « chocs » réels ou monétaires. Les Banques Centrales usent de ces modèles mais ils montrent leurs limites lors de la crise de 2008.

Aussi dans une troisième étape, passe-t-on des grandes théories à l’économétrie et de l’économétrie à la « métrie », c’est-à-dire l’application des avancées des techniques statistiques à toutes les données disponibles, bien au-delà des phénomènes économiques.

D’un côté, avec les masses de données produites en temps réel par la finance, une nouvelle discipline, fondée sur les mathématiques financières, prend son essor, sans trop se préoccuper des conséquences macroéconomiques des nouveaux instruments qu’elle invente. Avec l’économie de l’information, apparaît ensuite le besoin d’analyser ces données grâce à l’intelligence artificielle.

De l’autre côté, les recherches en macroéconomie sont presque complètement désertées. Rares sont les jeunes et talentueux chercheurs qui osent se lancer dans un domaine aussi difficile. Or, les dernières crises ont fait apparaître le besoin d’une analyse des économies et des relations qu’elles entretiennent dans un système international en crise. Lorsque la crise financière de 2008 éclate, la macroéconomie se rappelle au bon souvenir des gouvernements et des économistes. L’irruption de la pandémie appelle des réponses, en matière de politique monétaire et budgétaire, soit des questions que la microéconomie ne peut traiter.

Vous évoquez notamment une crise de la macroéconomie. Quels sont les facteurs qui ont pu contribuer à affaiblir cette discipline ?

R.B- D’abord trop souvent le chercheur ne distingue pas entre vision, théorie, modèle, mécanisme, alors que ce sont des concepts bien différents. Une série de modèles, au demeurant fragiles dès qu’on les utilise pour prévoir, ne fondent pas une science car ce ne sont souvent que des éclairages partiels ou des aides à la décision. Ensuite chacun a tendance à se focaliser sur un mécanisme parmi beaucoup d’autres or le propre de la macroéconomie est de prendre en compte et d’articuler l’ensemble des mécanismes pertinents. Enfin, la clôture du champ de la macroéconomie sur lui-même lui interdit de reconnaître sa dépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Plus encore, son accent sur le court terme n’est guère favorable à la reconnaissance des enjeux que sont devenus l’écologie, les pandémies, l’inégalité tant domestique qu’internationale.

Il est sans doute illusoire d’attendre la venue d’un nouveau Keynes. De nos jours, la formation universitaire des économistes ne livre pas une formation suffisamment généraliste permettant de formuler des questions pertinentes et les éclairer. Keynes considérait que « l’économiste doit posséder une rare combinaison de dons…D’une certaine façon, il doit être mathématicien, historien, homme d’État, philosophe… Aucune partie de la nature de l’homme ou de ses institutions ne devrait être entièrement hors de sa considération. » Bref un grand intellectuel !

Pourquoi les grands courants économiques dominants ont échoué à rendre compte des grandes crises du 20ème siècle et du 21ème siècle ?

R-B- Les macro-économistes ont pris beaucoup de retard par rapport aux considérables transformations du capitalisme. La plupart ont exclu de leurs modèles la possibilité même de crises. Par définition, l’économie perturbée par des chocs externes revient automatiquement vers l’équilibre de long terme. Or tel n’est pas le cas car la nature des processus économiques est beaucoup plus complexe et changeante dans le temps.

Dans un tel contexte d’incertitude sur les mécanismes à l’œuvre, chaque école de pensée tend à privilégier son interprétation. Ainsi les enjeux s’en trouvent simplifiés, ce qui polarise les conseils adressés aux gouvernements. On observe alors une inversion des relations entre le prince et le conseiller. En théorie, le conseiller estime qu’il est porteur de science et le prince pense qu’il trouve ainsi une justification « objective » de sa politique. En pratique, ce dernier va chercher dans les théories économiques en concurrence celles qui lui sont favorables. Par exemple, la nouvelle théorie monétaire américaine vient à point nommé réhabiliter la politique budgétaire face aux limites que rencontrent la Banque Centrale. Cette apparente révolution intellectuelle vient appuyer le fait que la dépense publique doit être à nouveau un outil puissant pour les Etats-Unis.

Pourtant, ils sont encore très écoutés par les élites et le pouvoir. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

R.B- Se reproduit aujourd’hui un phénomène déjà observé à propos des instituts de prévision lors de la fin des trente glorieuses. Plus mauvaise était la qualité de leurs prévisions, plus ils se multipliaient car tour à tour ils avaient raison puis se trompaient. Aucun ne parvenait à percer la grande incertitude liée à un changement d’époque. De nos jours, la même configuration prévaut concernant l’expertise économique : le politique demande d’autant plus d’avis aux économistes qu’il doute de leur expertise ! Il en est de même concernant l’explosion des sondages d’opinion censés éclairer les élections. Comment devrait progresser la connaissance économique ? Par la reconnaissance des erreurs et leur correction, phénomène trop rare. Par ailleurs, il faut savoir avouer que l’on ne sait pas.

La pandémie pourrait-elle permettre de renouveler la vision des économistes dans les pays riches ?

R.B- Les pays riches étaient sûrs que la sophistication de leur système de santé et la vigueur de la recherche pharmaceutique et biologique allaient leur permettre d’éviter le retour des épidémies. Lorsque la Covid-19 est apparue à Wuhan, beaucoup de gouvernements des pays riches pensaient que ce virus allait concerner seulement les pays pauvres. En fait, beaucoup d’Etats ont découvert un bien commun passé jusque-là inaperçu : la sécurité sanitaire mondiale.

Les pays africains qui étaient supposés plus vulnérables ont résisté car leur population était beaucoup plus jeune et les responsables avaient appris des épidémies précédentes, telle Ebola. De même certains Etats asiatiques avaient conservé des stratégies de prévention pour affronter collectivement des nouvelles pandémies. Voilà qui devrait renouveler l’intérêt des économistes pour le rôle parfois déterminant du système de santé : au-delà du contrôle de la croissance des coûts s’impose la prise en considération de sa résilience face à l’imprévu. De même, une série de décisions de court terme peut déboucher sur une crise majeure, comme le montre la situation présente des hôpitaux.

 

Quel(s) rôle(s) les Etats ont-ils pu jouer depuis les dernières crises économiques et sanitaires ?

R.B- Après 2008 et la pandémie, l’Etat est redevenu le maître des horloges. Il socialise les anticipations, ce qui permet aux acteurs de se repérer face à une incertitude qui leur échappe. C’est à l’Etat de fixer le cap en matière de stratégie sanitaire. La pandémie a également rappelé que la monnaie est créée en fonction des besoins de la société. La Banque Centrale Européenne a pu refinancer sur le marché secondaire les dettes publiques associées au Covid-19 et non plus seulement des crédits privés.

Le déficit public est redevenu un outil essentiel pour passer les périodes difficiles. Certains voulaient interdire dans la constitution tout déficit public. On a redécouvert que la solidarité nationale s’exprime grâce à l’Etat. Les années Covid-19 resteront comme une grande césure dans l’histoire. Il est peu probable que l’on retourne vers un passé marqué par de nombreux problèmes structurels non résolus.

Quelles sont les leçons de la crise sanitaire en matière d’inégalités ?

R.B- Sur le plan des inégalités, la pandémie a rappelé qu’au sein des sociétés la privation de l’accès aux services publics, aux hôpitaux, aux médecins accentue les disparités entre les riches et les pauvres. Les plus précaires obligés de travailler habitent dans des zones bien moins desservies sur le plan médical. On redécouvre des inégalités dans le pronostic vital et l’espérance de vie. La pandémie a reformulé la question à partir de la capacité des personnes à mener une vie en bonne santé.

Le système de santé, miné par la volonté de réduire les coûts, a tenu grâce aux initiatives et au dévouement du personnel, situation qui n’est pas tenable à long terme. La médecine de ville et les hôpitaux publics et privés n’ont pas été réorganisés. En 2000, la France avait le meilleur système de santé d’après l’OMS. Il a dégringolé depuis et est devenu inégalitaire et inefficient.

Sur le plan international, la pandémie risque de laisser des traces durables dans nombre de pays pauvres. L’illettrisme dans les pays pauvres s’y est développé, ce qui augure mal des possibilités de développement humain et économique. Dans tous les pays, la pandémie a attisé les tensions sociales.

Les institutions internationales ont-elles joué leur rôle ces dernières années ?

R.B- L’organisation mondiale du commerce (OMC) est bloquée et le FMI n’apparaît qu’au moment des crises les plus graves, comme c’est encore le cas en Argentine. Sur le front international, font défaut les institutions nécessaires. Il faudrait créer une agence pour le climat qui soit aussi forte que le FMI ou la Banque mondiale à une certaine époque. Un institut international de la migration ne serait pas inutile car avec le changement climatique, les vagues migratoires pourraient être considérables.

Enfin, l’organisation mondiale de la santé (OMS) devrait avoir le pouvoir d’organiser la sécurité sanitaire mondiale mais aussi de piloter l’innovation médicale pour répondre par des dispositifs de prévention à des pandémies. Ce avec un budget conséquent et des moyens pour vacciner à l’échelle mondiale. Les institutions de Brettons Woods ont vieilli et de nouvelles peinent à émerger. La crise va durer en fonction de l’incapacité à engendrer ces institutions. Nous vivons donc une période charnière et historique mais lourde de risques.

Dans votre ouvrage, Les capitalismes à l’épreuve de la pandémie, vous avez travaillé sur plusieurs scénarios de sortie de crise. Plus de deux années après le début de la pandémie, sur quel type de capitalisme cette crise pourrait-elle déboucher ?

R.B- Nous avons échappé au scénario de la dystopie d’un repliement nationaliste général, qui serait intervenu avec une seconde victoire de Donald Trump. Joe Biden a provisoirement enrayé ce scénario. Cette crise a cependant révélé un très grand retard dans la coopération internationale. On enregistre certes quelques avancées sur la fiscalité des multinationales, ou encore l’initiative COVAX pour les vaccins. L’Europe a pour la première fois émis des titres de dette européens. Un pas a été franchi mais d’autres seront nécessaires. Prise entre les Etats-Unis et la Russie, l’Europe est un partenaire sans grand pouvoir géopolitique. Dans la crise de l’Ukraine, le multilatéralisme est loin de s’affirmer. L’économie mondiale est à nouveau proche de conflits ouverts impliquant les Etats-Unis, la Chine et la Russie.

La crise de 2008 et la pandémie ont révélé beaucoup de structures cachées. La finance était aux yeux de beaucoup un facteur de stabilisation. Ce n’était pas le cas puisqu’elle peut durablement enrayer la croissance de certains pays, ce dont l’Argentine donne un cruel exemple. Le monde a-t-il raison de continuer la financiarisation ?

La mondialisation a été beaucoup critiquée ces dernières décennies. Dans quelle direction la globalisation pourrait-elle évoluer dans les prochaines années ?

R.B- La globalisation a certes permis à la Chine de se développer mais elle a induit beaucoup de problèmes qui ne sont pas résolus. La mondialisation a été heureuse pour quelques-uns et moins bonne pour beaucoup d’autres. La pandémie a redistribué la carte du monde, en accélérant le déplacement de son centre de gravité en direction de l’Asie. Partout les failles de la globalisation ont favorisé le retour du principe de souveraineté nationale qui est aussi une menace pour l’Union Européenne qui se trouve sans doute à la croisée des chemins.

Nous vivons une période charnière. Les Etats-Unis attendaient l’effondrement de la Chine, à l’image de celle de l’URSS. Or la Chine ne va pas rejoindre l’idéal occidental. Elle vient de signer le plus grand traité régional de libre-échange sur la planète. L’Europe ne peut plus affirmer qu’elle est la plus vaste zone de libre-échange. Taïwan, la Corée du Sud et d’autres pays du Sud ont réussi à bien mieux s’en sortir que d’autres pays. Le monde a changé mais l’Europe est à la traîne.

Quel regard portez-vous sur la polarisation à l’intérieur des sociétés ?

R.B- Dans beaucoup de pays, deux fractions de la société aux conceptions opposées s’affrontent sur toutes les questions : l’ouverture à l’international, l’immigration, l’organisation des services collectifs ou encore la fiscalité. Le Brexit est à ce titre emblématique car il a mis en exergue la profondeur de cette division. Les différents sondages et enquêtes ont montré que les ruraux, peu diplômés et âgés ont voté en faveur du Brexit. A l’inverse, les jeunes urbains diplômés ont voté pour l’Europe. Les gouvernements doivent faire face à de redoutables difficultés d’intermédiation car ils ne peuvent trouver une solution médiane tant les attentes sont contradictoires.

Auparavant, les Etats compensaient les perdants par des transferts monétaires. Comme cette solution traditionnelle est inopérante car le conflit porte sur les valeurs, les gouvernements sont tentés par l’autoritarisme. La démocratie représentative est en crise, ce qui appelle une refondation. Dans beaucoup de pays, la polarisation s’avère insurmontable. Ainsi Joe Biden s’est retrouvé coincé entre la gauche des démocrates et les trumpistes du parti républicain qui entendent gagner les élections de mi-mandat. Alors même que son expérience de négociateur est reconnue, les marges de manœuvre se sont vite rétrécies, car il y a peu de compromis possibles. La question de la reconstruction du lien social est posée et les solutions sont à trouver

Mali: la guerre de trop pour la France

Mali: la guerre de trop pour la France

 

 

Dans le Figaro,le Colonel Michel Goya estime que l’intervention militaire de la France au Mali est une guerre de trop. .

Ancien officiel des troupes de marine, Michel Goya a connu l’expérience du feu en ex-Yougoslavie. Docteur en histoire, il est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués et publie «Le Temps des guépards. La guerre mondiale de la France. De 1961 à nos jours» (Taillandier, 2022, 368 p., 21,90 €).


« Depuis soixante ans, nous avons mené 19 guerres sur 3 continents et 13 grandes opérations militaires de police internationale dans le but premier de montrer que nous sommes toujours une nation qui compte. Cela a commencé par la protection des régimes africains contre des coups d’État. Et puis les choses se sont compliquées. En 1969, pour la première depuis les indépendances, un État, celui du Tchad, faisait appel à nous pour le sauver d’une grande rébellion. Nous avons alors découvert que le petit contingent de soldats que nous engagions pouvait gagner toutes les batailles, mais ne pouvait résoudre tous les problèmes qui faisaient qu’il y avait des batailles. »

Le colonel Michel Goya con sidère que la France aurait du quitté le Mali depuis longtemps.

 

Formation et compétitivité- Trop d’élèves dans les universités pas assez en apprentissage

Formation et compétitivité- Trop d’élèves dans les universités pas assez en apprentissage

 

L’enseignant  Erwan LE CORNEC agressé de toutes parts pour avoir dénoncé le niveau lamentable de son université en Bretagne occidentale explique dans le Figaro que le niveau de l’université ne cesse de diminuer surtout avec le bac [Covid. ] . Il dénonce l’orientation scolaire qui conduit nombre d’étudiants à rejoindre l’université sans en avoir les compétences au lieu de les orienter vers des métiers manuels dont la France manque cruellement.Ainsi en forme des hordes de sociologues, de psychologues, d’économistes et de diplômés d’instituts politiques quand on manque d’ingénieurs, de médecins, de techniciens et d’ouvriers qualifiés. Des hordes dont beaucoup finiront fonctionnaires, politiciens ou à pôle emploi

 

Dans votre courriel, vous décrivez l’UBO comme une université de «seconde zone». Qu’entendez-vous par là?

À l’université, le niveau est hélas devenu catastrophique. J’ai 25 ans de service public et je constate qu’il n’a fait que se dégrader. C’est un effet domino: à partir du moment où, à l’école primaire, on ne met pas suffisamment les moyens pour leur faire acquérir les fondamentaux, qu’on impose aux enseignants des méthodes pédagogiques idiotes et surtout dangereuses et qu’on fait croire aux jeunes que leur salut c’est l’université, alors forcément leur retard et leurs difficultés ne vont faire qu’augmenter.

Quelles solutions alors?

Leur place, à ces jeunes qui ont accumulé les insuffisances tout au long de leur circuit scolaire jusqu’à l’université, n’est précisément pas à l’université. Ils ont d’autres qualités mais pas celles qui permettent un parcours dans le supérieur. On a aujourd’hui besoin de boulangers, de plombiers, de tapissiers, de plaquistes, de charpentiers, de couvreurs, de peintres en bâtiment… Que ces gamins-là, au lieu d’être induits en erreur et encouragés à s’inscrire à l’université, s’inscrivent en CAP ou trouvent des contrats d’apprentissage.

12345...18



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol