Archive pour le Tag 'Transition'

Birmanie :La Chine demande de revenir à une «transition démocratique»

Birmanie :La Chine demande de revenir à une «transition démocratique»

 

La Chine rejette l’idée d’imposer des sanctions aux militaires birmans qui «ne feraient qu’aggraver la situation» et prône de «revenir à une transition démocratique dans ce pays», a déclaré mercredi 31 mars l’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.

«Si la Birmanie sombrait dans des turbulences prolongées, ce serait une catastrophe pour ce pays et la région dans son ensemble», a aussi déclaré l’ambassadeur dont les propos ont été rapportés par un communiqué de la mission chinoise.

La transition écologique en panne ?

La transition écologique en panne ?

 

Patrick Criqui, directeur de recherche émérite au CNRS et à l’Université Grenoble Alpes, et Carine Sebi, professeure associée et coordinatrice de la Chaire « Energy for Society » à la Grenoble École de Management (GEM), font le point sur la transition écologique en France.( the conversation)

 

Alors que le tribunal administratif de Paris vient de reconnaître dans le cadre de « l’Affaire du siècle«  une « carence fautive » de l’État face au changement climatique, la transition énergétique est aujourd’hui présentée comme « en panne ». En tous cas, insuffisante par rapport aux engagements pris, notamment avec l’Accord de Paris. Et pourtant la France a beaucoup œuvré pour la conclusion de cet accord. Et elle dispose d’une feuille de route détaillée pour la décarbonation de son économie : la stratégie nationale bas carbone. Suite à la publication en 2018 du rapport 1,5 °C du GIEC, cette stratégie a été revue pour marquer l’adoption de l’objectif plus ambitieux de « neutralité carbone » en 2050. Pour atteindre cette neutralité, la France devra diviser par 6 ses émissions de gaz à effet de serre (par rapport à 1990).

Comment expliquer cet écart à la fois entre les intentions et les actes et entre les actes et les résultats concrets? Est-ce par manque de vision, de volonté politique, de moyens, ou d’adhésion des citoyens? Est-ce encore parce que, comme l’avancent certains, les lobbys industriels feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour freiner cette transition qui menacerait leurs modèles d’activité et leurs profits? La réalité est, comme toujours, plus complexe!

Les « quatre piliers » de la transition

Toutes les explications déjà avancées ont sans doute une part de vérité. Mais ce serait facilité, ou paresse, que de s’arrêter là et de ne pas examiner avec plus de soin les leviers de la transition, mais aussi les difficultés rencontrées et les défis à relever.

Pour les difficultés, on pourrait les résumer en reprenant le titre de l’ouvrage du sociologue Michel Crozier paru en 1979 : on ne change pas la société par décret. Pour les solutions, il y a tout lieu de penser qu’il n’y a aucune formule miracle, ni du côté des options à mettre en œuvre, ni de celui des moyens à mobiliser par les politiques publiques.

Il faut cesser par exemple d’opposer solutions technologiques et solutions comportementales : le débat entre « technophiles » et « comportementalistes » est certainement plus paralysant qu’utile. Le défi climatique est tellement difficile à relever qu’il demandera ET des changements de comportement ET des innovations technologiques ET des améliorations des institutions pour la gouvernance de la transition.

Exclure une de ces options serait le plus sûr moyen de rater la cible.

Toutes les études de prospective explorant les voies de la « décarbonation profonde » des économies concourent pour identifier quatre leviers principaux : la sobriété, l’efficacité, la décarbonation de l’énergie et, enfin, les « transferts d’usage » – soit le remplacement des équipements alimentés aux énergies fossiles par ceux utilisant de l’électricité ou des gaz décarbonés.

Pilier 1 : la sobriété, nécessaire, mais non suffisante

C’est pour faire face aux chocs pétroliers que les premières mesures de sobriété énergétique ont été avancées dans les années 70. Les citoyens étaient incités – voire contraints – à réduire leurs consommations via des changements de comportement.

C’était l’époque de la « chasse au gaspi » et des campagnes de l’Agence française de la maîtrise de l’énergie (Ademe) demandant aux automobilistes de réduire l’allure et aux habitants de mettre un pull ! Plus tard dans les années 2000, avec la conscience grandissante de la nécessité de réduire la consommation d’énergie pour lutter contre le réchauffement climatique, la sobriété énergétique gagne de l’importance. En France, c’est notamment l’association NegaWatt qui popularise ce concept.

La sobriété énergétique regroupe à la fois des comportements individuels (porter un pull plutôt que surchauffer en hiver son logement à 21 ou 22 degrés) et collectifs (aménagement des territoires en faveur des mobilités douces). Elle concerne tous les secteurs, peut s’appliquer par différents moyens avec plus ou moins d’intensité. Elle suppose un effort d’information et d’éducation important, permettant de limiter les gaspillages et de réaliser, au passage, des économies financières.

La généralisation de ces comportements n’est toutefois pas sans poser problème : tout le monde ne souhaite pas ou ne peut pas être sobre par un simple effort de volonté.

Il y a ceux qui sont dans une situation de précarité. Dans les situations les plus extrêmes, certains ménages sont contraints à sous-chauffer leur logement ou à limiter leurs déplacements. Il y a aussi ceux qui n’ont pas les moyens techniques de devenir plus sobres en énergie. Pensons à la dépendance à l’automobile de beaucoup des gilets jaunes. Enfin une partie de la population ne souhaite pas faire ces efforts et préfère le confort du statu quo.

Pilier 2 : l’efficacité à la rescousse!

Si la sobriété énergétique permet de réduire les consommations énergétiques par des changements de comportements, l’efficacité énergétique y parvient grâce à des améliorations technologiques, à niveau de confort inchangé. Tout comme la sobriété, elle concerne tous les secteurs.

Pour reprendre l’exemple précédent du chauffage, l’installation d’une chaudière performante, permettra, moyennant investissement, de réduire les consommations sans pour autant modifier la température de chauffe du logement. Les scénarios de l’Ademe indiquent que si « partout et toujours » les équipements les plus efficaces étaient employés, alors nous obtiendrions une très forte réduction des consommations énergétiques.

Mais les potentiels mobilisables ne sont pas toujours les potentiels théoriques et l’efficacité énergétique rencontre aussi des difficultés d’application et de résultats.

L’isolation des parois peut par exemple représenter un investissement très important avec, parfois, un faible retour sur investissement, ce qui limite son application.

Plus important peut-être : lorsque les mesures sont appliquées, les gains énergétiques sont souvent compensés par des gains dits de confort : « Le logement est mieux isolé et, à facture égale, il y fait plus chaud… on va enfin pouvoir se chauffer correctement! »

Il faut alors parvenir à combiner les actions de sobriété et d’efficacité énergétique pour obtenir des résultats significatifs. Et reconnaître l’importance d’une offre énergétique décarbonée…

Pilier 3 : « en même temps », décarboner les énergies

Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C comme le préconisent les experts du GIEC dans leur rapport de 2018, il faut viser la neutralité carbone mondiale, soit l’équilibre entre les émissions résiduelles et les absorptions de carbone induites par l’homme dans les forêts, les sols ou des réservoirs souterrains. Et cela peu après le milieu du siècle.

La France et l’Europe ont fixé cet objectif dès 2050. Il impose clairement de changer du tout au tout nos sources d’énergie en remplaçant quasi totalement les énergies fossiles par des énergies non carbonées.

Parmi ces dernières, les énergies éolienne et solaire ont aujourd’hui « le vent en poupe ». Elles sont abondantes, mais présentent l’inconvénient d’être intermittentes. Cette variabilité naturelle, pour des énergies transformées en électricité, pose le problème de l’adéquation en permanence entre l’offre et la demande sur le réseau.

Il existe d’autres sources renouvelables « pilotables » (c’est-à-dire produisant « à la demande »), comme l’hydraulique et la biomasse. Elles sont utiles, mais présentent des limites en matière de capacités : le potentiel hydraulique est largement équipé en France, la production des bioénergies entre en compétition avec l’agriculture pour l’utilisation des sols ou le maintien des forêts.

Il faut donc explorer de nouveaux systèmes technologiques qui permettront de stocker, en grande quantité et de manière intersaisonnière, voire interannuelle, les “énergies renouvelables variables” lorsqu’elles sont en excédent. Et elles seront d’autant plus souvent excédentaires que les capacités installées seront importantes. Les stations de pompage, les batteries (y compris celles des véhicules électriques), l’hydrogène et le méthane de synthèse constituent les principales « briques technologiques » à explorer.

Ces systèmes énergétiques du futur constituent un élément central dans le débat entre les tenants d’un futur 100% renouvelables et ceux qui maintiennent que le nucléaire constitue un atout maître pour la décarbonation à long terme des systèmes énergétiques. Cela parce que c’est une source d’énergie bas carbone, dense et pilotable.

Mais pour ce faire, le nucléaire devra retrouver des conditions de compétitivité économique qui ont été perdues avec les premiers réacteurs de troisième génération. Ceux-ci pourront-ils être optimisés ou l’avenir viendra-t-il de l’innovation et des nouveaux concepts – les petits réacteurs modulaires ou encore la « quatrième génération » avec les réacteurs à sels fondus?

Le débat sur l’équilibre à trouver entre renouvelables et nucléaire s’inscrit dans de multiples dimensions : le rapport des potentiels renouvelables à la demande totale ; les coûts des différentes options de production, et de plus en plus des dispositifs associés (stockage, électrolyseurs pour produire de l’hydrogène, usines de gaz de synthèse) ; la question de la sûreté des installations et des déchets. Enfin, dans une perspective internationale, on ne peut ignorer les enjeux industriels de la maîtrise des différentes technologies.

Pilier 4 : s’assurer que les usages sont adaptés aux énergies de demain

Dans tous les cas, les équipements chez l’utilisateur devront être adaptés pour consommer principalement de l’électricité et du gaz décarboné.

C’est particulièrement le cas du transport terrestre qui représente aujourd’hui en France le premier secteur pour les émissions de CO2. Pour les véhicules légers utilisés principalement pour de courts trajets quotidiens et qui restent de nombreuses heures à l’arrêt, la conversion du parc de véhicules thermiques vers l’électrique a commencé, et elle devra s’accélérer. Elle permettra par ailleurs de stocker, via les batteries des véhicules, de l’énergie renouvelable intermittente.

Concernant les trajets de plus longue distance et/ou pour des véhicules plus lourds, la conversion du parc vers des véhicules à « hydrogène » équipés de piles à combustible, constitue une solution… à condition évidemment que l’hydrogène soit produit à partir d’une électricité elle-même décarbonée.

La difficulté est ici de savoir comment synchroniser le développement de ces nouvelles solutions énergétiques, d’une part avec le déploiement des énergies renouvelables, d’autre part avec le développement des infrastructures de recharge ou, pour l’hydrogène, de transport-distribution.

Le timing des différents investissements doit absolument être maîtrisé, au risque de perdre des technologies dans la « vallée de la mort des innovations ».

Dans le cas de la mobilité hydrogène, le projet Zero Emission Valley en Auvergne Rhône-Alpes fait précisément le pari du développement en phase de la production d’hydrogène vert et du déploiement des bornes de recharge pour les véhicules compatibles.

« Que fleurissent les cent fleurs! » (Mao Tse Toung)

S’il est clair que la transition passe par le désinvestissement des énergies fossiles, qui permettra de dégager d’énormes potentiels de financement, l’investissement dans les solutions décarbonées doit aujourd’hui rester diversifié.

Car aucun des quatre piliers ne constitue en lui-même une « balle en argent » qui permettrait de terrasser les énergies fossiles! Répétons-le : aucune technologie n’apporte de solution miracle, car chacune se heurte à des contraintes d’acceptabilité, de potentiel, d’économie, de fiabilité ou de sécurité.

Les quatre piliers ne peuvent donc constituer que des éléments complémentaires dans un « bouquet » de solutions.

C’est bien de ce point de vue qu’il faut se garder de l’opposition entre les tenants de « la sobriété au-dessus de tout » (les comportementalistes) et les tenants de « la technologie avant tout » (les technophiles). Devant l’urgence qui augmente et les difficultés rencontrées, seules des stratégies mobilisant tous les moyens, dans un équilibre efficace, mais adaptatif, peuvent conduire à un (relatif) succès.

Transition énergétique: à quels coûts ?

Transition énergétique: à quels coûts ?

 

L’économiste , Patrick Artus minimise, dans sa chronique au Monde , l’ampleur des investissements nécessaire à l’abandon des énergies fossiles ( mais aussi les rendements énergétiques NDLR), mais insiste sur la nécessité d’une redistribution entre gagnants et perdants.

 

Chronique. Quelles seront les conséquences de la transition énergétique en Europe, en supposant que cette dernière réussisse à se placer sur la trajectoire compatible avec une hausse de la température de la planète de 1,5 °C à 1,7 °C à la fin du siècle ? Nombre d’économistes s’inquiètent du montant des investissements nécessaires et des effets de la hausse du prix de l’énergie due au passage aux énergies renouvelables.

Le scénario envisagé est celui d’une neutralité carbone en Europe en 2050, avec la disparition des émissions nettes de CO2 à cette date. En 2019, les émissions de CO2 de la zone euro sont 20 % plus basses qu’en 1990, et 23 % plus basses en 2020. Mais rappelons qu’elles devraient être plus basses de 55 % en 2030.

D’ici à 2050, l’Europe devra avoir à peu près fait disparaître la consommation de charbon et avoir réduit de 85 % sa consommation de pétrole et de 55 % sa consommation de gaz naturel. Les émissions résiduelles de COdevront être compensées par la capture-stockage ou la réutilisation de carbone. Toutes ces diminutions de l’utilisation des énergies fossiles doivent être remplacées par des énergies renouvelables.

Si l’on cumule de 2012 à 2050 le besoin d’investissement en énergie solaire photovoltaïque, en éolien onshore et offshore, en stockage de l’électricité par fabrication d’hydrogène vert (électrolyse de l’eau), en capture et stockage du carbone, on parvient pour l’Europe à un besoin d’investissement de 1 500 milliards d’euros constants de 2020, soit 50 milliards d’euros par an – environ 0,4 % du produit intérieur brut (PIB) européen.

Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, ces investissements dans la production d’énergie renouvelable représentent environ le tiers des investissements totaux nécessaires pour la transition énergétique, le reste étant l’isolation des bâtiments, le matériel de transport, les réseaux électriques.

Au total, l’investissement nécessaire serait donc de 1,2 point de PIB pendant trente ans, ce qui est en réalité faible par rapport à l’épargne disponible dans la zone euro (environ 25 % du PIB, en hausse de 2 points de PIB depuis vingt ans), et ne devrait pas poser de problème de financement, d’autant plus que l’union monétaire dégage un excédent d’épargne extérieur.

Second faux problème : la perte de pouvoir d’achat. La transition énergétique doit être en effet considérée comme une relocalisation industrielle : la zone euro va remplacer des importations d’énergie fossile (qui représentent 2,5 % du PIB pour un prix du pétrole à 50 dollars le baril) par une production domestique d’énergie renouvelable.

Les sciences face à la transition écologique (fondation Hulot)

Les  sciences face à la transition écologique (fondation Hulot)

Dans cet ouvrage publié chez Odile Jacob, une trentaine de scientifiques, membres de la Fondation Nicolas Hulot, mettent en garde contre les usages contestables qui peuvent être faits du discours et de l’autorité scientifiques pour servir des intérêts économiques.( Le Monde)

Livre.

 

 Jamais la science n’a été aussi présente dans l’espace public, son capital symbolique capté de toutes parts, sa prestigieuse caution âprement revendiquée par les responsables politiques, les capitaines d’industrie, les lobbyistes ou les organisations militantes. Et pour cause : l’activité scientifique nourrit autant l’innovation technique et la croissance qu’elle permet d’évaluer l’impact – bénéfique ou délétère – de tout l’éventail des activités humaines sur la santé ou l’environnement. On le voit avec la crise due au Covid-19 : la science a pris tant de place qu’elle se confond parfois avec le politique, semblant indiquer au pouvoir la seule ligne de crête praticable pour affronter une menace.

 « La » science ? Le conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) a judicieusement préféré parler « des » sciences, au pluriel. Pour ses vingt ans d’existence, cet aréopage d’une trentaine de scientifiques engagés signe un ouvrage qui interroge la place des sciences dans une société supposée entamer une transition écologique.

Diversité de disciplines

Au reste, le conseil scientifique de la FNH n’aurait guère pu parler de « la » science, sans se trouver légèrement à contre-emploi. Parmi les membres du conseil, on trouve en effet des philosophes, des économistes, des climatologues, des historiens, des écologues, des mathématiciens ou encore des juristes. Et même un astrophysicien. Cette diversité de disciplines et donc de sensibilités scientifiques donne à l’ouvrage son originalité, et toute la profondeur de son analyse.

Y sont explorés, dans six chapitres largement autonomes, les rôles que peuvent jouer l’acquisition et la transmission du savoir dans la transition écologique – bien que celle-ci, omniprésente dans les discours, demeure encore largement absente des politiques publiques.

Le premier de ces rôles est bien sûr celui de l’expertise et de la consolidation des connaissances acquises. Avec, comme exemple majeur, celui du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le célèbre panel de scientifiques qui, depuis la fin des années 1980, rassemble et synthétise l’ensemble du savoir disponible sur le changement climatique. Et fixe le consensus scientifique sur lequel l’action politique peut – ou pourrait – s’appuyer.

Mais les auteurs n’en restent pas à cet exemple qui, à lui seul, donnerait de l’activité scientifique une image par trop idéale, comme si la connaissance nécessaire à l’action faisait toujours l’objet de consensus apaisés, projetant sur la société une rationalité bienfaisante. Au contraire : le conseil de la FNH met aussi en garde sur les usages contestables qui peuvent être faits du discours et de l’autorité scientifiques, notamment par le détournement du doute méthodique par des intérêts économiques contrariés. Car le doute, disent en substance les auteurs, s’il est l’un des moteurs de la démarche scientifique, peut aussi s’avérer un frein puissant et entraver la prise de décision, en instrumentalisant les incertitudes inhérentes à l’acquisition de toute connaissance.

Transition énergétique: De la dépendance du pétrole à celle des métaux rares !

Transition énergétique: De la dépendance du pétrole à celle des métaux rares !

 

Les pays membres de l’Opep+ sont parvenus à un accord mardi soir concernant la production de brut du cartel et de la Russie en février. Cette production sera augmentée à la marge au cours des deux prochains mois. L’équilibre du marché reste très fragile alors que l’économie mondiale navigue à vue. D’autres défis guettent la planète énergétique, insiste Benjamin Louvet, responsable des gestions sur matières premières chez OFI AM.(Interview dans l’opinion)

Dans quel état est le marché pétrolier aujourd’hui ?

Parler d’incertitude devient une banalité, mais elle si forte que l’Opep a décidé de se réunir tous les mois pour tenter de piloter le marché, c’est inédit. Autour de 50 dollars le baril de brent aujourd’hui, l’offre et la demande sont à peu près équilibrées. La demande est restée soutenue pour deux raisons : en 2020, la Chine a importé davantage de pétrole qu’en 2019, elle a profité des prix faibles pour constituer des stocks importants. Les raffineurs mondiaux ont aussi transformé beaucoup de brut. Cela ne va pas durer, on voit déjà la demande chinoise ralentir. Du côté de l’offre, le pétrole libyen revient sur le marché, avec environ 1,3 million de barils d’exportation par jour. A très court terme, les risques sont plutôt baissiers sur les prix. La grande question est de savoir à quel rythme l’économie mondiale repartira. Dans le transport aérien, les Etats-Unis ont enregistré le week-end dernier un record de passagers depuis le début de la pandémie, à 50 % du taux normal. On reste loin du monde d’avant… Sans parler de la faiblesse des vols internationaux et des reconfinements en cours en Europe. La visibilité à six mois est nulle.

«La République Démocratique du Congo représente 60 % de la production mondiale de cobalt. Et 80 % du cobalt mondial est raffiné en Chine. Ce qui crée une dépendance à l’égard de deux pays compliqués, chacun dans son registre»

Entre la variable d’ajustement que constitue le pétrole de schiste américain et les efforts mondiaux de transition énergétique, est-on à l’abri d’un krach à la hausse sur les prix du brut ?

Les puits de pétrole de schiste s’épuisent rapidement : au bout de douze à dix-huit mois, ils enregistrent une baisse moyenne de 70 % de leur production. Il faut donc continuellement en forer de nouveaux pour maintenir le niveau de production. Or le nombre d’équipes de forage et de fracturation sur le terrain a plongé aux Etats-Unis. Le pays produit actuellement un peu plus de 11 millions de barils/jour. Les experts les plus pessimistes pensent qu’on peut tomber entre 6 et 7 millions de barils/jour au troisième trimestre, avant de remonter progressivement.

Par ailleurs, les investissements mondiaux dans le secteur pétrolier ont fondu autour de 350 milliards de dollars l’an, alors que l’équilibre du marché suppose un peu plus de 500 milliards d’investissements annuels. De deux choses l’une : soit la crise actuelle nous incite à être demain plus économe en énergies fossiles. Dans ce cas le réveil de l’économie post-pandémie ne provoquera pas de flambée des cours. Soit le monde repart sur le thème « business as usual ». Il apparaîtra alors clairement que les investissements des 4-5 dernières années ont été insuffisants pour assurer la consommation mondiale. Avant la crise, cette consommation était de l’ordre de 100 millions de barils/jours. Nous sommes retombés à 92,7 millions de barils/jour. Si, comme on l’imaginait avant la crise, la demande devait atteindre 105 millions de barils/jour en 2025, ce serait un énorme problème.

La transition énergétique ne va donc pas réduire rapidement notre dépendance aux énergies fossiles ?

Ce sera forcément progressif. La transition énergétique fait surtout basculer le monde d’une dépendance aux énergies fossiles à une dépendance aux métaux, ce qui va poser deux problèmes. Le premier est géopolitique, les producteurs de pétrole ne sont pas producteurs de métaux. Il va falloir repenser notre réseau diplomatique à l’égard de pays clé comme la République Démocratique du Congo, le Chili, l’Argentine, l’Australie, la Chine bien sûr… Le deuxième problème touche à la disponibilité : le monde dispose-t-il de suffisamment de métaux, et peut-on les produire assez vite ?

C’est-à-dire ?

Prenons l’exemple du cuivre. On le retrouve dans toutes les technologies liées à la transition énergétique, des alternateurs d’éoliennes (ils pèsent entre 400 kg et 4 tonnes suivant la taille de l’éolienne) à la voiture électrique, qui consomme jusqu’à quatre fois plus de cuivre qu’une voiture normale. L’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (Ifpen) estime que dans le cadre d’un développement de transition énergétique, on pourrait en 2050, avoir consommé la quasi-totalité des réserves de cuivre trouvées sur la planète en 2010. Le monde pourrait ne plus disposer de cuivre dans trente ans en dépit de taux de recyclage élevés. C’est une première source d’inquiétude. Suite à cette étude, l’Ifpen est allé visiter les gros producteurs de cuivre, le Chili notamment. Il a alors précisé que cette projection intégrait une hausse de 4,5 % de la production annuelle de cuivre du pays. Ce à quoi le Chili a répondu qu’il était incapable d’atteindre un tel taux de croissance. Comme pour le pétrole, le problème est donc double : la taille du réservoir, et la taille du robinet qui permet d’exploiter ce réservoir. Dans le cas du cuivre, cela peut entraîner des tensions très importantes de nature à faire échouer une transition énergétique.

«Le nickel est aussi sous tension. 60 % à 65 % des réserves seront consommées en 2050, et cela risque d’être plus rapide pour le nickel de type 1 utilisé dans la voiture électrique»

Le cuivre est le métal le plus stratégique de la transition énergétique ?

L’argent est le meilleur conducteur d’électricité au monde. Sur un indice de conductibilité allant de 0 à 63, l’argent est à 62. Il permet notamment de transporter les électrons dans les panneaux solaires. On estime qu’en 2019, les besoins de l’industrie photovoltaïque ont représenté à eux seuls 12 % de la production mondiale d’argent. Or les experts de la société S&P Global anticipent que l’industrie solaire pourrait quadrupler dans le monde d’ici à 2030. Certes, on dispose de gros stocks d’argent qu’on pourra mobiliser, mais a minima cela entraînera une tension sur les prix.

Autre métal stratégique, le cobalt que l’on retrouve dans les batteries NMC notamment. A court terme, il n’y a pas de tension à ceci près que la République Démocratique du Congo représente 60 % de la production mondiale. Et que 80 % du cobalt mondial est raffiné en Chine. Ce qui crée une dépendance à l’égard de deux pays compliqués, chacun dans son registre. Le nickel est aussi sous tension. 60 % à 65 % des réserves seront consommées en 2050, et cela risque d’être plus rapide pour le nickel de type 1 utilisé dans la voiture électrique.

Quel est votre métal « joker » pour 2021 ?

Le platine est en train de retrouver l’intérêt des investisseurs car il est indispensable dans les technologies de l’hydrogène. Aujourd’hui, on l’utilise essentiellement pour fabriquer des pots catalytiques pour les voitures diesel, à hauteur de 5 à 7 grammes par véhicule. C’est 20 à 25 grammes dans la pile à combustible d’un véhicule à hydrogène, et c’est pour cela – entre autres – que la technologie coûte cher. Si l’on veut développer l’hydrogène vert, il faut faire de l’électrolyse de l’eau. Les meilleures électrodes qui existent pour réaliser ce type d’opérations à grande échelle sont en platine. L’Europe a l’air de vouloir accélérer dans ce domaine, peut-être les Etats-Unis aussi avec Joe Biden. Cela pourrait générer un regain de consommation du platine, sachant que 70 % à 80 % de la production mondiale sont le fait d’un seul pays : l’Afrique du sud. Pour toutes ces raisons, les matières premières vont se retrouver sur le devant de la scène, et pour longtemps.

On parle souvent du monopole de la Chine sur les terres rares…

Les terres rares sont davantage utilisées dans l’industrie que dans les technologies de transition énergétique. En France, par exemple, 90 % des éoliennes onshore n’en utilisent pas ou très peu. Par ailleurs, si la Chine a le monopole de ces métaux, c’est qu’on a bien voulu lui laisser. Leur exploitation est coûteuse et surtout polluante. On pourrait tout à fait relancer la production en cas de besoin, y compris en France. Mais il faudrait assumer les problèmes environnementaux.

Des entreprises « poids lourds » pourraient-elles damer le pion à des Etats pour assurer leurs approvisionnements en métaux ?

Tesla, Volkswagen, beaucoup d’industriels signent des contrats de longue durée avec des producteurs pour assurer leur développement. De là à damer le pion à un Etat… L’histoire nous montre que les Etats-Unis ont su manier les lois antitrust pour démanteler des grands groupes, pétroliers notamment, et reprendre le pouvoir quand ils l’estimaient nécessaire.

« Comment réussir la transition écologique »

« Comment réussir la transition écologique »

 «  La politique n’est pas qu’une affaire de plomberie, c’est aussi une affaire de poésie  », clame la députée du Nord, Valérie Petit, qui appelle dans le journal l’opinion à convoquer les sentiments des Français pour réussir la transition écologique.

 

 

 

Chronique dans le Monde

 

Ce n’est ni une preuve scientifique, ni un discours politique qui ont fait de moi une écologiste convaincue, c’est une émotion, celle que nous ressentons face au spectacle grandiose et vibrant de la nature. Celle que narrent les astronautes qui ont contemplé la planète bleue depuis l’espace, celle que nous éprouvons sous un ciel étoilé, face à l’océan, dans les profondeurs de la forêt ou dans le regard d’un animal aimé. Une émotion presque magique, pour ne pas dire mystique, qui nous fait nous sentir tout petits mais connectés à quelque chose d’immense. Elle nous procure joie, gratitude, mais aussi le sens de nous-même et de notre responsabilité dans le « miracle » du vivant, ce « grand tout » que forment ensemble l’humain et la nature.

Adolescente née dans une cité bétonnée, je rêvais de fuir dans la forêt : quand enfin, j’emménageais près d’un petit bois, j’y passais des heures, seule ou avec mes camarades, dans une petite cabane faite de branchages. Le bruissement des arbres, le chant des oiseaux, le frémissement du vivant tout autour, me procuraient un sentiment d’émerveillement, presqu’une transcendance. J’en ressortais invariablement avec un sentiment de liberté et de plénitude personnelle, en même temps que de responsabilité immense vis-à-vis de ce cadeau qu’est, non pas seulement la nature, mais notre connexion avec elle.

De la forêt noire de Baden-Baden à la forêt magique de Paimpont, des châtaigniers majestueux de Virginie aux pins sacrés du mont Hua shan : depuis cette époque, je n’ai cessé de répondre à l’appel de la forêt, de la wilderness (nature sauvage) comme l’appellent les Américains. Plus tard, pour soutenir mon engagement politique et garder la trace de cette émotion, j’ai fait tatouer sur mon avant-bras, le symbole d’Artémis, déesse du monde sauvage, assorti de cette citation de l’écologiste libertaire H. D. Thoreau : « Toutes les bonnes choses sont libres et sauvages ».

« Pour changer sa manière de vivre, il faut bien plus que de bonnes raisons, il faut de bonnes émotions. Le cœur a des raisons que la raison politique ne peut plus ignorer, au risque d’échouer. »

Car l’émotion, dont l’étymologie signifie « se mettre en mouvement », est un puissant moteur de l’action. Cette émotion aussi puissante que singulière, que nous éprouvons au contact de la nature, les chercheurs l’appellent awe (la révérence). Les travaux récents de la psychologie positive montrent qu’elle n’est pas seulement source de bien-être physique et de joie : elle donne également du sens à nos vies et contribue à notre épanouissement individuel. Plus étonnant, elle nous pousse également à des comportements plus altruistes et plus responsables, notamment à l’endroit de l’environnement et du vivant.

« Libre et sauvage ». Dès lors, l’awe apparaît comme la réponse émotionnelle à cette question politique décisive : « Pourquoi, alors même que nous avons tous conscience de l’urgence climatique, ne sommes-nous pas capables collectivement d’accepter de changer nos modes de vie ? » Tout simplement, parce que les émotions négatives ou la contrainte imposée de l’extérieur ne suffisent pas pour lever les freins au changement comme le peut une émotion forte et positive qui meut chacun de l’intérieur.

Pour changer sa manière de vivre, il faut bien plus que de bonnes raisons, il faut de bonnes émotions. Le cœur a des raisons que la raison politique ne peut plus ignorer, au risque d’échouer. Si nous voulons que chaque citoyen, soit un acteur actif, libre et responsable de la transition écologique, nous devons aussi réensauvager les cœurs.

Osons dès lors un discours à contre-courant de l’époque, si prompt à craindre les émotions presque autant que la liberté de les exprimer : pour embarquer librement les Français dans la transition écologique, et faire de celle-ci une aventure personnelle aussi bien qu’une réussite collective, nous devrions aussi susciter une adhésion « libre et sauvage » à l’écologie, faire de celle-ci une émotion politique positive fondée sur la reconnexion avec la nature et le sauvage au quotidien.

Hausse des ambitions de l’Accord de Paris, loi Climat, Green Deal européen, One Planet Summit, COP15 sur la biodiversité, COP26 sur le climat : l’année 2021 sera la chance, enfin donnée, à une transformation écologique de notre économie et de notre société. Nous ne convaincrons pas les Français avec un discours politique nourrit uniquement de technique et de science. Car, comme le soulignent les scientifiques de l’émotion, il faut du plaisir, du sens et de la liberté pour persévérer. Et pour cela nous avons besoin d’émotions fortes et positives.

Il se trouve que la nature, qui n’en finit plus d’être généreuse avec l’homme, est aussi pourvoyeuse de ressources émotionnelles. Car la nature et la planète ne gisent pas mortes à nos pieds. Le vivant n’a pas dit son dernier mot. Nous ne devons pas « réparer la planète » comme des mécaniciens dépourvus d’âmes. Nous devons, avec force d’émotion, nous « unir au vivant » et coopérer pour organiser la résilience, localement et globalement.

Le travail entamé par l’Union internationale pour la conservation de la nature sur le développement des solutions basées sur la nature est exemplaire de ce nouveau paradigme : la biodiversité n’est pas un trésor perdu qu’il faut protéger, c’est un allié, avec qui il nous faut travailler en confiance et en intelligence pour notre bénéfice mutuel.

«Gandhi disait, à propos du changement, que l’on commence par se changer soi, puis autour de vous les gens changent et à la fin c’est le monde qui est transformé. Cessons donc, d’infantiliser les Français, et de leur dire quoi faire pour cocher la bonne case de l’écologie»

Il ne s’agit pas de dire à chacun de retourner vivre dans les bois ! Il ne s’agit pas non plus de tenir un discours romantique déconnecté du réel. Il s’agit d’abord de reconnaître, la place de l’émotion et du sens, dans l’engagement des individus au quotidien ; de faire de l’écologie une émotion politique nationale, positive, et qui résonne chez chacun.

Empreinte émotionnelle. Il s’agit ensuite de faire de cette émotion et de la reconnexion quotidienne à la nature, une grande cause nationale et un objectif pour tous les acteurs publics pourvoyeurs d’expériences et d’engagements au quotidien. La psychologue de l’environnement Lisa Garnier propose ainsi de permettre à chacun de nous de devenir un « pisteur » de la nature sauvage au quotidien. Et ce, afin de multiplier la force de ce lien émotionnel qui, en même temps qu’il nous lie à la nature, nous relie à nous-mêmes et aux autres.

Il s’agit enfin, de rappeler que cette émotion ne peut donner son plein potentiel de mise en mouvement que si elle s’accompagne de liberté individuelle : liberté de ressentir, liberté de s’exprimer, liberté d’imaginer, liberté de s’associer et liberté pour chacun de fabriquer sa propre transition. Gandhi disait, à propos du changement, que l’on commence par se changer soi, puis autour de vous les gens changent et à la fin c’est le monde qui est transformé. Cessons donc d’infantiliser les Français et de leur dire quoi faire pour cocher la bonne case de l’écologie. Donnons plutôt la capacité et la liberté de cultiver son jardin.

Ainsi, si le Président veut réussir le tournant écologique en s’appuyant sur les citoyens, son seul rôle, à présent, devrait être de narrer le récit de l’aventure à venir, et de faire de l’écologie et de la nature une grande émotion politique. Car c’est aussi de l’empreinte émotionnelle que nous saurons imprimer dans le cœur des Français que dépendra l’avenir de notre empreinte carbone ! La politique n’est pas qu’une affaire de plomberie, c’est aussi une affaire de poésie.

Valérie Petit est députée (Agir) du Nord.

2021 : une année de transition au plan économique

2021 : une année de transition au plan économique

 

2021 se présente comme une année de transition et non l’année de rétablissement total de la croissance perdue. Il faudra attendre au moins la fin de 2022 pour cela. En fait,  on va commencer à rattraper les pertes d’activité dues à la crise sanitaire en 2021. En Europe le redémarrage risque d’être plus lent qu’ailleurs. En Chine, la croissance est nettement repartie à la hausse. Devraient suivre les États-Unis qui auront soutenu leur économie avec un appui financier à hauteur de 15 % du PIB. En Europe on est plus près de 5 % excepté pour l’Allemagne à 9 % du PIB.

Pour retrouver le niveau de fin 2019, il faudra quatre trimestres aux États-Unis, contre neuf en zone euro, évalue le groupe Rothschild. Attention, prévient Christopher Dembik, «la reprise sera très hétérogène en zone euro car le chômage reste important. La zone sud va rester durablement sinistrée». Le fonds européen de 750 milliards d’euros représente un levier conséquent, dont l’Italie et l’Espagne sont les premiers bénéficiaires. «Mais les principaux montants n’arriveront pas avant 2023 et 2024», précise l’économiste.

 

Ce qui risque de plomber l’atmosphère notamment le moral des acteurs économiques, c’est l’annonce du grand bon des faillites notamment au cours du second semestre 2021. Un grand bon qui mécaniquement va provoquer une forte hausse du chômage. Par exemple en France après environ la destruction de 800 000 emplois en 2020, il faudra en ajouter au moins 1 million en 2021. Les consommateurs, les ménages et les investisseurs risquent dans ces conditions de se montrer encore prudents en 2021.

 

Le gouvernement français a dû d’ailleurs revoir à la baisse sa prévision de croissance pour 2021 à +6%. Une performance atteignable « s’il n’y a pas de troisième confinement et si on a une reprise économique relativement régulière à partir du premier trimestre », prévient Patrick Artus, économiste en chef de Natixis. Sinon, « tout sera différent: ça voudra dire qu’il faudra attendre 2024 pour retrouver le niveau de PIB d’avant la crise, le chômage va monter beaucoup plus haut, les faillites d’entreprises aussi », ajoute-t-il.

BNP : se centrer sur la transition écologique

BNP : se centrer sur la transition écologique

Le banquier Jean-Laurent Bonnafé, président d’Entreprise de BNP Paribas estime que les entreprises et les banques ont un rôle central dans la transition écologique (interview dans la Tribune)

 

Jean-Laurent Bonnafé, en tant que président d’Entreprise pour l’Environnement, cinq ans après l’accord de Paris, quel bilan tirez-vous de l’action des entreprises à l’égard de la question climatique ?

Clairement, au risque de surprendre certains, ce sont les entreprises qui ont fait le plus de chemin depuis 2015 sur la voie de l’objectif zéro carbone en 2050. Leur accélération vers la transition énergétique a caractérisé ces cinq dernières années. Dans tous les secteurs, par vagues successives, pas de façon linéaire, les entreprises se sont engagées. Des bascules s’organisent, secteur par secteur, sujet par sujet. Et si elles n’étaient pas au centre des engagements à l’origine, elles sont aujourd’hui au centre des réalisations.

Délivrer la transition énergétique, cela passe par des offres de services, de techniques, de technologies que seules les entreprises peuvent concevoir. C’est le propre des entreprises de se donner des jalons et de s’y tenir. C’est dans la génétique des entreprises. Cela peut parfois sembler imparfait ou insuffisamment rapide, mais le résultat est qu’il y a de réelles avancées. Aux Etats-Unis, si Tesla émerge, c’est que des investisseurs se disent qu’on a besoin de financer cette voiture électrique. Sinon ils ne l’auraient pas soutenu à bout de bras en prenant autant de risques. L’innovation est un fait d’entreprises et d’entrepreneurs de capitaux privés.

Les parties prenantes des entreprises, notamment les salariés contribuent activement à ces changements. Dans un monde, où les espaces privés et professionnels sont de plus en plus entremêlés, plus personne n’envisage de travailler dans une entreprise qui agirait de façon contraire à ses valeurs personnelles.

Ceux qui sont en retard, ce sont les Etats. Ils ont conscience qu’il faut agir, mais cela nécessite des décisions politiques impopulaires…

Les Etats portent ou conduisent des politiques publiques qui peuvent reposer sur des incitations d’ordre financière, fiscale ou de règlementation sectorielle. Ils peuvent aussi mobiliser des leviers comme l’éducation du plus jeune âge jusqu’aux filières spécialisées, ou encore le soutien à la recherche publique ou l’innovation. Il faut aussi souligner l’engagement parfois déterminant des collectivités territoriales, notamment les villes et les agglomérations.

La COP21 a vu la défection de certains pays, comme les Etats-Unis d’Amérique. Vous croyez en leur retour dans l’accord de Paris ?

Oui, c’est ce qui semble se confirmer et c’est une excellente nouvelle.

EDF demande des moyens supplémentaires pour la transition écologique

 EDF demande des moyens supplémentaires pour la transition écologique

le PDG d’EDF , Jean-Bernard Lévy , considère que l’Europe-France y compris-  n’a rien fait de significatif en matière de politique énergétique pour aller dans le sens de l’accord de Paris sur le climat et le réchauffement climatique. Il remet en cause le système actuel de régulation et demande des moyens supplémentaires.

 

« Nous n’avons pas assez de moyens, même en multipliant les investissements dans la transition énergétique, nous aimerions bien faire beaucoup mieux, faire beaucoup plus, aller beaucoup plus vite », a-t-il dit lors d’un événement sur le thème de l’innovation organisé par EDF.

« Nous sommes assez bloqués dans cette démarche par le système dans lequel nous sommes aujourd’hui, un système de régulation qui a été mis en place il y a une bonne dizaine d’années (…) sans tenir compte, en aucune façon, du fait que nous produisons de l’électricité décarbonée », a-t-il ajouté en évoquant la subsistance de formes de subventions aux énergies fossiles dans de nombreux pays d’Europe.

Le PDG d’EDF a estimé que les objectifs d’efficacité énergétique devaient s’accompagner d’une prise en compte des objectifs de décarbonation et a redit son souhait que des taxes carbone efficaces soient enfin décidées au niveau de l’Union européenne ou de ses Etats-membres, cinq ans après l’accord de Paris sur le climat et le réchauffement climatique.

« Qu’a-t-on fait ces cinq dernières années dans les instances communautaires pour mettre en place des actions concrètes allant dans le sens des accords de Paris ? Il me semble qu’on vient de perdre cinq ans. »

Jean-Bernard Lévy a également estimé que le financement de la transition énergétique n’imposait pas des hausses de prix pour les consommateurs.

« Il faut modifier le prix relatif des énergies entre elles (…), il faut que la politique de la fiscalité évolue – peut-être pas trop brutalement, parce que l’épisode des Gilets jaunes aura laissé des traces – de façon à organiser les choses en fonction d’un objectif climatique. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, ce n’est pas le cas en France et ce n’est pas le cas en Europe (…) »

Le projet de réorganisation d’EDF, nommé Hercule, doit lui permettre d’améliorer ses capacités d’investissement et de financement à travers notamment une sanctuarisation de son parc nucléaire français et une ouverture du capital de ses activités dans les renouvelables.

Les syndicats s’y opposent toutefois fermement en faisant valoir qu’il constituerait un premier pas vers un démantèlement et une privatisation d’EDF, avec des menaces pour l’emploi.

Trump enfin OK pour une transition du pouvoir

Trump enfin OK pour une transition du pouvoir

 

Il aura fallu attendre plus de deux semaines pour que Trump à demi-mots reconnaissent la victoire de Biden et accepte la transition du pouvoir. En attendant , il s’est enfoncé dans des procédures juridiques pathétiques et a entretenu un climat délétère de division chez les Américains. Il a pris aussi quelques décisions irresponsables tant en matière d’économie qu’en matière de géopolitique.

Bref il a tout fait pour rendre difficile la tâche de Biden. Sous la pression cependant de républicains qui le lâchent les uns après les autres, Donald Trump a fini par ordonner à son administration de commencer la transition avec Joe Biden. Par un message tordu sur son compte Twitter, et sans reconnaître formellement sa défaite, le président américain a « recommandé » à la responsable de l’administration générale des services, Emily Murphy de «faire le nécessaire conformément aux protocoles initiaux», «dans l’intérêt de notre pays ». «J’ai dit à mes équipes de faire de même», a conclu Trump.

Sans élégance ni cérémonie, le président a reconnu dans les faits, à défaut d’y mettre les formes, que son adversaire démocrate pourrait bien être son successeur en janvier prochain. «Notre lutte continue » tout de même écrit Trump, «nous continuons à faire valoir nos droits, et je pense que nous l’emporterons» .

La pression s’était accrue ces derniers jours sur Emily Murphy, un nombre croissant de républicains, d’experts en sécurité nationale et de chefs d’entreprise ayant déclaré qu’il était temps que le processus de transition commence.

L’enjeu de la transition numérique

L’enjeu de la transition numérique

 

Thibault Lanxade et Alexandre Zapolsky dirigeants de Jouve et de Linagora, insiste sur le caractère stratégique de la transition numérique (chronique dans l’Opinion)

 

Formulée noir sur blanc, comme telle, dans son programme de campagne pour la présidentielle de 2017, la promesse du candidat Emmanuel Macron était belle : « Par-delà la dématérialisation des services publics, l’Etat doit devenir un “Etat plateforme”, qui s’appuie sur les contributions de la multitude des usagers pour améliorer les services existants ou en créer de nouveaux. Cela permettra de fournir de nouveaux services plus simples, plus performants et mieux adaptés aux besoins. Nous créerons un compte citoyen en ligne (site et application), qui rassemblera sur une même interface tous les droits, notamment ceux liés à la santé, à la trajectoire professionnelle, à la formation, à la situation fiscale, aux droits civiques. Ce point d’entrée unique facilitera les relations avec l’administration, et permettra d’avoir plus facilement l’information. Nous créerons une banque de données numériques réutilisables. »

Les acteurs du secteur étaient alors unanimes : ce projet était astucieux, moderne. Il témoignait d’une véritable connaissance des enjeux et d’une volonté de rupture par rapport aux habitudes et aux réflexes du monde d’avant.

Vive la métaplateforme! Il s’agissait, alors, de créer au niveau de l’Etat une métaplateforme numérique, une « plateforme des plateformes » qui transforme les principes d’organisation et les modes d’action de l’État et qui, à l’image des grandes entreprises du numérique – principalement les GAFAM –, mette en place des dispositifs d’interface et d’intermédiation permettant de faciliter les échanges d’informations ainsi que la production de biens et services.

A cette métaplateforme, d’autres plateformes satellites innovantes, issues du monde bouillonnant du numérique allaient pouvoir s’agréger pour servir l’intérêt général. Ce type d’organisation avait été décrit par Nicolas Colin et Henri Verdier, deux entrepreneurs du numérique français, dans leur livre L’Age de la multitude, publié en 2012. L’objectif était double : d’une part, accélérer la révolution numérique en partant du principe que les flux d’intelligence et de créativité se situent désormais dans la « multitude », c’est-à-dire davantage à l’extérieur qu’à l’intérieur des organisations. Et d’autre part, de stimuler l’engagement citoyen qui favorise et utilise l’innovation du plus grand nombre et qui garantisse des ressources accessibles à tous.

En appliquant ce concept, l’Etat proposait de faire son aggiornamento numérique. La logique de silos ? Balayée ! Avec cette proposition, Emmanuel Macron portait une vision ambitieuse et innovante d’une organisation numérique transversale des services publics pour plus d’efficacité et de réactivité face aux attentes des concitoyens. Dans le même temps, cette révolution permettait à la France de se protéger des appétits des géants du numérique extra-européens dont les solutions, parce qu’elles règlent et facilitent une partie de notre quotidien, se substituent progressivement à l’Etat, contribuant ainsi à sa fragilisation.

L’histoire se répète… Plus de trois ans après ces déclarations, il faut convenir que le chemin reste encore long pour matérialiser cette ambition. Certes, la French Tech a pris son envol. Nos start-up témoignent aux quatre coins du monde de l’ingéniosité de nos talents, attirant les investisseurs, suscitant les fiertés nationales. Mais le montant des levées de fonds ne peut en aucun cas être un critère suffisant pour évaluer la réussite de la révolution numérique que la France doit impérativement mener pour rester compétitive face à ses concurrentes.

Malgré le rôle majeur joué par les innovations numériques au cours de cette crise de la COVID19, et notamment pendant le confinement, ayant contribué « à la résilience de la Nation ​» pour le président de République, force est de constater que le monde d’aujourd’hui ressemble étrangement à celui d’hier. A la place de la métaplateforme promise, ouverte et accessible sont apparues des « ​mégaplateformes ​» cloisonnées, fonctionnant en silos, avec pour leader technique les acteurs majeurs du secteur.

Les 7 milliards d’euros du plan de relance seront-ils mis au service de cette nouvelle ambition affichée de « ​bâtir ensemble la souveraineté numérique de la France ​» ​?

Un tel outil, en proposant des solutions agiles, plug and play, aurait facilité une digitalisation massive des TPE, PME et commerçants en leur permettant d’utiliser les briques technologiques adaptées à leurs besoins. Cette métaplateforme les aurait probablement aidés à mieux anticiper cette seconde vague…

On peut, à juste titre s’interroger sur la structuration du plan de relance, et notamment sur la répartition proposée de ces 7 milliards d’euros. Seront-ils véritablement mis au service de cette nouvelle ambition affichée de « ​bâtir ensemble la souveraineté numérique de la France ​» ​? Il suffit de regarder les derniers résultats des appels d’offres lancés par les structures gouvernementales pour être convaincu que le changement de paradigme n’a pas encore eu lieu. Nous sommes manifestement au cœur du sujet, fortement porté par le Président de la République, de l’accomplissement des « ​derniers mètres ​», ceux de la concrétisation effective d’une ambition politique.

Que ce soit au ministère de l’Intérieur, à la Justice, à Bercy, à la Défense, au ministère du Travail ou en interministériel, les grands référencements AMOA, MOE, TMA sont captés en très grande majorité par les entreprises de services numériques (ESN) françaises et internationales. Bien entendu, elles promettent d’associer l’ensemble des acteurs de cet écosystème et jouent la carte du « ​collaboratif ​». Mais tiendront-elles leur promesse ​? En France, historiquement, les relations entre les grandes entreprises numériques et les autres n’ont pas jamais été équilibrées. Les rapports de force ont toujours joué en faveur des premières et au détriment des secondes. Pour quelles raisons le cours de l’histoire changerait-il ​?

Est-il trop tard ​? Nous ne le pensons pas.

Face au risque de voir l’Etat se faire ubériser par des géants numériques basés hors d’Europe, une ambition à la petite semaine n’a aucun de sens

Revenons tout simplement à l’idée de départ ​: la révolution culturelle. Il s’agissait de structurer en profondeur l’armature numérique de l’Etat et des services publics en coconstruisant une plateforme ouverte, collaborative, réactive. Certains diront que cette révolution est trop ambitieuse. Mais, face au risque de voir l’Etat se faire ubériser par des géants numériques basés hors d’Europe, une ambition à la petite semaine n’a aucun de sens. La demi-mesure serait même dangereuse.

Par ailleurs, il faut bien avoir conscience que la difficulté de passer d’une architecture verticale à une architecture horizontale n’est pas d’ordre technique. Nos entreprises, et nous le précisons, toutes nos entreprises quelle que soit leur taille, sont en mesure de répondre aux défis technologiques posés par cette révolution que nous appelons de nos vœux. Mais la difficulté s’avère être d’ordre culturel… Si l’on veut réellement changer de système pour créer un Etat moderne, efficace, réactif, économe qui défende pleinement les intérêts des citoyens et protège notre souveraineté, le plus simple, mais peut-être aussi le plus difficile, est de changer de mentalité.

Thibault Lanxade est PDG du groupe Jouve et Alexandre Zapolsky est président de Linagora.

Urgent : «Pour un ministre de la Transition numérique»

Urgent : «Pour  un ministre de la Transition numérique»

 

Ce que demande Godefroy de Bentzmann , co-PDG de Devoteam, une entreprise de services du numérique présente dans toute l’Europe. Il a pris la tête de Syntec Numérique en juin.

Cette organisation regroupe près de 2000 entreprises, soit 80 % du chiffre d’affaires d’un secteur qui pèse 52 milliards. Il alerte sur l’urgence d’entreprendre une transformation numérique profonde en Europe pour faire de la révolution qui se profile une opportunité. (Interview dans l’opinion)

Syntec Numérique a publié un cahier dédié à l’industrie du futur. Il insiste sur l’impératif de transformer les entreprises en France. Est-ce si urgent ?

La France a besoin d’un électrochoc. La révolution numérique modifie profondément nos usages personnels et professionnels. L’impact sera encore plus grand dans les process de production industrielle. Ce qui se profile est un tsunami. La vague du numérique va modifier et déplacer des millions d’emplois. Il faut se demander plus vite que les autres, comment recréer en France et en Europe les emplois pour compenser ceux qui seront détruits. Je ne crois pas en une société avec 80 % de chômeurs, comme certains Nostradamus alarmistes la prédisent mais nos modèles vont être bouleversés. Il y a 100 ans, 1 % des emplois touchaient à l’art et à la création, c’est 30 % aujourd’hui. 70 % des jobs de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui.

Le sujet est absent de la campagne présidentielle…

Il devrait être au cœur des débats ! Le personnel politique n’a, à de rares exceptions, pas pris conscience des changements qui nous attendent. Il est vrai qu’ils recèlent d’immenses possibilités, ils sont anxiogènes. Ce n’est pas un thème porteur. À l’exception d’une poignée de députés, et peut-être, parmi les candidats à la prochaine présidentielle, François Fillon et Emmanuel Macron, nos politiques ne comprennent pas les enjeux. Au mieux certains voient l’opportunité de faire mieux et moins cher les tâches de l’administration, mais ils sont loin de percevoir le pivot radical que va faire le marché de l’emploi. Cela serait dommage que nos voisins européens ou plus lointains s’approprient les bénéfices de cette révolution.

La France n’a-t-elle pas pris à l’envers le sujet numérique ?

L’obsession de la sauvegarde de l’ancienne économie et la gestion de la transition nuisent à l’émergence de la nouvelle économie. Les industries traditionnelles pensent, comme les politiques, qu’il faut leur laisser le temps de se transformer… Mais personne ne nous attend ! L’Allemagne a pris les devants en accueillant les data centers de Google. N’ayons pas peur de nous approprier les meilleures technologies du marché pour bâtir les prochaines évolutions. La France doit avoir un plan ambitieux pour ses entreprises, avec des « zones franches virtuelles », des dérogations sociales et fiscales dont bénéficieraient les sociétés qui s’engagent dans des plans de transformation en profondeur impliquant l’entreprise, ses salariés et pourquoi pas des financiers privés.

Pour vous, l’État doit aussi faire sa mue…

Il nous faut un ministre de la Transition numérique et dans chaque ministère un CDO (Chief Digital Officer), comme dans les grandes entreprises. Une « conscience numérique » pour aiguillonner les ministres et veiller à ce que chaque réforme intègre la thématique. Il y a des sujets sur lesquels la France pourrait tirer son épingle du jeu. Dans le domaine de la santé, nous avons la chance d’avoir un atout unique avec les immenses bases de données d’ordonnances de la CNAM. Même Google qui a lancé un programme ambitieux est loin d’avoir constitué une réserve de données aussi riche que celle que nous détenons. Avec une volonté politique, nous pourrions en tirer des services aux patients, des améliorations, des diagnostics, des économies, un enseignement pour la recherche.

Ces sujets numériques ne devraient-ils pas se traiter au niveau européen ?

Si la France se contente d’édicter seule, comme en ce moment, des lois pour contrer les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon], la seule chose qu’elle obtiendra sera d’être contournée par eux. Ils iront s’installer ailleurs en Europe. La France doit plutôt tempêter à Bruxelles pour que des règles communes soient mises en place sur la fiscalité, comme sur la protection des données. Mais au-delà, elle doit prendre conscience qu’il faut élargir à un espace global de 500 millions d’Européens notre économie du futur. Il y a tant de sujets numériques encore inexploités dont le continent peut se saisir, comme l’identité numérique, la blockchain ou le paiement. Il faut créer des champions européens, des Airbus du numérique à l’ombre desquels nos entreprises européennes du web pourront se développer. Ne laissons pas ces batailles aux GAFA.

Il y a de très importants enjeux de formation. Comment le Syntec Numérique les aborde-t-il ?

La France est un bon terreau pour le numérique, avec des ingénieurs excellents que l’on s’arrache dans la Silicon Valley. Cela dit, nous avons du mal à attirer des informaticiens en nombre suffisant. Nos entreprises créent en moyenne 11 000 emplois nets par an et recrutent 40 000 cadres. Pourtant, il manque au moins 5 000 ingénieurs chaque année. Même si nous représentons 25 % de la croissance du PIB de la France et que nous proposons des salaires supérieurs à ceux des autres secteurs, nous devons travailler notre attractivité.

La stratégique transition numérique

La stratégique transition numérique

 

Thibault Lanxade et Alexandre Zapolsky dirigeants de Jouve et de Linagora, insiste sur le caractère stratégique de la transition numérique (chronique dans l’Opinion)

 

Formulée noir sur blanc, comme telle, dans son programme de campagne pour la présidentielle de 2017, la promesse du candidat Emmanuel Macron était belle : « Par-delà la dématérialisation des services publics, l’Etat doit devenir un “Etat plateforme”, qui s’appuie sur les contributions de la multitude des usagers pour améliorer les services existants ou en créer de nouveaux. Cela permettra de fournir de nouveaux services plus simples, plus performants et mieux adaptés aux besoins. Nous créerons un compte citoyen en ligne (site et application), qui rassemblera sur une même interface tous les droits, notamment ceux liés à la santé, à la trajectoire professionnelle, à la formation, à la situation fiscale, aux droits civiques. Ce point d’entrée unique facilitera les relations avec l’administration, et permettra d’avoir plus facilement l’information. Nous créerons une banque de données numériques réutilisables. »

Les acteurs du secteur étaient alors unanimes : ce projet était astucieux, moderne. Il témoignait d’une véritable connaissance des enjeux et d’une volonté de rupture par rapport aux habitudes et aux réflexes du monde d’avant.

Vive la métaplateforme! Il s’agissait, alors, de créer au niveau de l’Etat une métaplateforme numérique, une « plateforme des plateformes » qui transforme les principes d’organisation et les modes d’action de l’État et qui, à l’image des grandes entreprises du numérique – principalement les GAFAM –, mette en place des dispositifs d’interface et d’intermédiation permettant de faciliter les échanges d’informations ainsi que la production de biens et services.

A cette métaplateforme, d’autres plateformes satellites innovantes, issues du monde bouillonnant du numérique allaient pouvoir s’agréger pour servir l’intérêt général. Ce type d’organisation avait été décrit par Nicolas Colin et Henri Verdier, deux entrepreneurs du numérique français, dans leur livre L’Age de la multitude, publié en 2012. L’objectif était double : d’une part, accélérer la révolution numérique en partant du principe que les flux d’intelligence et de créativité se situent désormais dans la « multitude », c’est-à-dire davantage à l’extérieur qu’à l’intérieur des organisations. Et d’autre part, de stimuler l’engagement citoyen qui favorise et utilise l’innovation du plus grand nombre et qui garantisse des ressources accessibles à tous.

En appliquant ce concept, l’Etat proposait de faire son aggiornamento numérique. La logique de silos ? Balayée ! Avec cette proposition, Emmanuel Macron portait une vision ambitieuse et innovante d’une organisation numérique transversale des services publics pour plus d’efficacité et de réactivité face aux attentes des concitoyens. Dans le même temps, cette révolution permettait à la France de se protéger des appétits des géants du numérique extra-européens dont les solutions, parce qu’elles règlent et facilitent une partie de notre quotidien, se substituent progressivement à l’Etat, contribuant ainsi à sa fragilisation.

L’histoire se répète… Plus de trois ans après ces déclarations, il faut convenir que le chemin reste encore long pour matérialiser cette ambition. Certes, la French Tech a pris son envol. Nos start-up témoignent aux quatre coins du monde de l’ingéniosité de nos talents, attirant les investisseurs, suscitant les fiertés nationales. Mais le montant des levées de fonds ne peut en aucun cas être un critère suffisant pour évaluer la réussite de la révolution numérique que la France doit impérativement mener pour rester compétitive face à ses concurrentes.

Malgré le rôle majeur joué par les innovations numériques au cours de cette crise de la COVID19, et notamment pendant le confinement, ayant contribué « à la résilience de la Nation ​» pour le président de République, force est de constater que le monde d’aujourd’hui ressemble étrangement à celui d’hier. A la place de la métaplateforme promise, ouverte et accessible sont apparues des « ​mégaplateformes ​» cloisonnées, fonctionnant en silos, avec pour leader technique les acteurs majeurs du secteur.

Les 7 milliards d’euros du plan de relance seront-ils mis au service de cette nouvelle ambition affichée de « ​bâtir ensemble la souveraineté numérique de la France ​» ​?

Un tel outil, en proposant des solutions agiles, plug and play, aurait facilité une digitalisation massive des TPE, PME et commerçants en leur permettant d’utiliser les briques technologiques adaptées à leurs besoins. Cette métaplateforme les aurait probablement aidés à mieux anticiper cette seconde vague…

On peut, à juste titre s’interroger sur la structuration du plan de relance, et notamment sur la répartition proposée de ces 7 milliards d’euros. Seront-ils véritablement mis au service de cette nouvelle ambition affichée de « ​bâtir ensemble la souveraineté numérique de la France ​» ​? Il suffit de regarder les derniers résultats des appels d’offres lancés par les structures gouvernementales pour être convaincu que le changement de paradigme n’a pas encore eu lieu. Nous sommes manifestement au cœur du sujet, fortement porté par le Président de la République, de l’accomplissement des « ​derniers mètres ​», ceux de la concrétisation effective d’une ambition politique.

Que ce soit au ministère de l’Intérieur, à la Justice, à Bercy, à la Défense, au ministère du Travail ou en interministériel, les grands référencements AMOA, MOE, TMA sont captés en très grande majorité par les entreprises de services numériques (ESN) françaises et internationales. Bien entendu, elles promettent d’associer l’ensemble des acteurs de cet écosystème et jouent la carte du « ​collaboratif ​». Mais tiendront-elles leur promesse ​? En France, historiquement, les relations entre les grandes entreprises numériques et les autres n’ont pas jamais été équilibrées. Les rapports de force ont toujours joué en faveur des premières et au détriment des secondes. Pour quelles raisons le cours de l’histoire changerait-il ​?

Est-il trop tard ​? Nous ne le pensons pas.

Face au risque de voir l’Etat se faire ubériser par des géants numériques basés hors d’Europe, une ambition à la petite semaine n’a aucun de sens

Revenons tout simplement à l’idée de départ ​: la révolution culturelle. Il s’agissait de structurer en profondeur l’armature numérique de l’Etat et des services publics en coconstruisant une plateforme ouverte, collaborative, réactive. Certains diront que cette révolution est trop ambitieuse. Mais, face au risque de voir l’Etat se faire ubériser par des géants numériques basés hors d’Europe, une ambition à la petite semaine n’a aucun de sens. La demi-mesure serait même dangereuse.

Par ailleurs, il faut bien avoir conscience que la difficulté de passer d’une architecture verticale à une architecture horizontale n’est pas d’ordre technique. Nos entreprises, et nous le précisons, toutes nos entreprises quelle que soit leur taille, sont en mesure de répondre aux défis technologiques posés par cette révolution que nous appelons de nos vœux. Mais la difficulté s’avère être d’ordre culturel… Si l’on veut réellement changer de système pour créer un Etat moderne, efficace, réactif, économe qui défende pleinement les intérêts des citoyens et protège notre souveraineté, le plus simple, mais peut-être aussi le plus difficile, est de changer de mentalité.

Thibault Lanxade est PDG du groupe Jouve et Alexandre Zapolsky est président de Linagora.

Trump refuse la transition

Trump refuse la transition

La situation serait évidemment comique si elle n’avait pas d’éventuelles conséquences sur la sécurité du pays. En effet, il est de la plus haute importance dans les périodes de transition que l’ancien et le nouveau président partagent des informations stratégiques sur la sécurité interne et les enjeux géo stratégiques. C’est l’usage aux États-Unis mais aussi une nécessité pour éviter une rupture de gestion gouvernementale.

 Pourtant Trump n’entend pas concéder sa défaite tant qu’il n’aura pas épuisé les recours et que les résultats n’auront pas été officiellement certifiés. Les démocrates dénoncent cette obstruction systématique comme une dangereuse dérive autoritaire du président, et déplorent l’effet de ce précédent, mettant en garde contre les dégâts potentiels causés à la crédibilité de l’élection.

Du coup cette situation de blocage empêche Biden de prendre connaissance du  ultraconfidentiel, synthèse des rapports des services secrets américains, présenté quotidiennement au président et préparé par le directeur du renseignement national.

Depuis les années 1950, la pratique veut que le président élu devienne destinataire de ce point de situation après sa victoire, afin d’être mis au courant des dossiers stratégiques. Les négociations en cours avec les talibans en Afghanistan, la situation des troupes américaines en Syrie ou en Irak, ou bien celle des négociations avec la Russie sur l’accord sur les armes nucléaires qui expire le 16 février 2021.

L’ancien directeur de cabinet de Trump, John Kelly, a critiqué l’attitude du président dans un entretien au site Politico: «Le président est en droit de ne pas reconnaître sa défaite avant la fin du processus électoral, mais rien n’empêche de commencer la transition en mettant au courant les responsables de la sécurité nationale, évidemment le président élu et le vice-président élu, s’ils sont finalement élus», a dit Kelly, lui-même un ancien général des Marines.

Quelle politique de transition démographique face au vieillissement de la population ?

  • Quelle  politique de transition démographique face au vieillissement de la population ?

 

Gabrielle Halpern, philosophe, s’inquiète de l’absence de politique de transition démographique liée en particulier au vieillissement de la population (chronique dans la Tribune)

En 2035, un tiers de la population française aura plus de 60 ans. C’est une véritable révolution qui nous attend et, pourtant, personne n’en parle. Silence de mort des politiques et de leurs programmes électoraux ou plans d’action, inaction du monde économique, qui préfère enfermer le sujet dans une case toute faite « silver economy », – comme s’il s’agissait d’un secteur d’activité -, alors que cette transition démographique concerne toutes les entreprises et tous les secteurs, ainsi que toutes les politiques publiques, sans exception. Comment expliquer un tel aveuglement ?

Le même processus que pour la transition numérique

En fait, si l’on étudie la situation de près, il semble se jouer le même processus que pour la transition numérique ; au départ, seuls quelques acteurs prenaient le sujet au sérieux, tandis que de nombreux autres secteurs d’activité pensaient qu’ils n’avaient absolument rien à voir avec tout cela et qu’il ne leur était par conséquent pas nécessaire de se poser la question du numérique. On pense à l’industrie lourde ou encore au BTP, mais aussi à l’édition et à l’éducation. De ce point de vue, il aura fallu une crise sanitaire pour les convaincre de s’interroger sur la manière dont ils pouvaient se réinventer à l’aune de cette transition et en tirer parti.

Progressivement, à tous les échelons de l’entreprise, chacun s’est rendu compte que le numérique ne devait plus être considéré comme un « département » ou un « service », mais qu’il devait irriguer toute l’entreprise : de l’administratif aux ressources humaines, en passant par la R&D, le marketing, la communication et le commercial. Ce n’est pas encore gagné, mais les choses avancent, de même que dans les politiques publiques.

Le signe « RSE » bien pratique

La transition écologique n’a pas suivi un chemin si différent. De nombreux secteurs ne se sentaient absolument pas concernés par le sujet ; elle devait être la préoccupation de certaines industries par exemple. Puis, elle est entrée progressivement au sein des entreprises, en étant enfermée dans une case bien pratique, en forme de sigle « RSE ».

Nous assistons aujourd’hui à la prise de conscience, à tous les échelons de l’entreprise, que cette transition ne peut pas se contenter d’une case, mais qu’elle doit emporter dans son sillage toute l’organisation. Il est à prévoir (et à espérer) que cette prise de conscience se fera également en matière de politiques publiques qui hybrideront la question écologique à tous les volets de leurs actions.

 Pas de « case » au sein des entreprises

La transition démographique, elle, est en retard : elle ne bénéficie pas encore d’une véritable « case » au sein des entreprises ni au sein des politiques publiques et le moment où elle irriguera tous nos plans d’action, à la manière des transitions numérique et écologique, n’est pas encore arrivé.

 

Et pourtant, il y a urgence : cette transition arrive à grands pas et elle va nous obliger à repenser les villes, les mobilités, les services, les produits, les usages, l’immobilier ; nous devrons tout réinventer pour permettre aux personnes plus âgées de continuer à faire partie de notre société. Le travail n’y échappera pas et il faudra inventer l’entreprise intergénérationnelle.

 

On entend sans cesse parler de mixité sociale, – alors que très souvent, malheureusement, ce qui est fait en ce sens relève plutôt de la « juxtaposition sociale », c’est-à-dire que les individus coexistent, mais ne se rencontrent pas -, il est grand temps de mettre également sur la table le sujet de l’hybridation générationnelle.

Il faudra redéfinir la notion de développement durable pour qu’elle englobe également les personnes âgées, sans quoi nous nous rendrons coupables, en ne préparant pas notre société pour elles, de les condamner à l’obsolescence programmée.

 

____

Auteure de Tous centaures ! Eloge de l’hybridation, Le Pommier, 2020.

Mali : une transition de 18 mois ?

Mali : une transition de 18 mois ?

 

 

L’organisation africaine CEDEAO a fortement incité les militaires du Mali à transmettre rapidement pouvoir, la. France de son côté a demandé que le délai de cette transmission ne dépasse pas 1 an. Finalement les militaires se sont résolus à déterminer une période de 18 mois avant le retour des civils au pouvoir.

 

Reste à savoir cette parole sera respectée d’une part parce que la situation Mali est très complexe politiquement, que l’environnement de guerre contre les terroristes se dégrade enfin parce qu’il faut dire la communauté internationale notamment européenne ne fait pas du Mali une priorité. De ce point de vue la France demeure bien seul dans cette espèce de bourbier.

 Le chef de la junte malienne, le colonel Assimi Goïta, s’est donc engagé samedi à instituer un gouvernement pour rétablir un pouvoir civil dans les 18 mois, après l’adoption d’une « charte» de transition.

Le rôle important de la pub dans la transition

Le rôle important de la pub dans la transition

Par son poids sur les imaginaires, la publicité pourrait constituer un levier majeur dans la lutte contre le dérèglement climatique, estime l’universitaire Thierry Libaert. A condition d’opérer sa révolution. (Tribune dans le monde)

Tribune. 

 

Tout, ou presque, aura été essayé en matière de lutte contre le dérèglement climatique. Des mécanismes de financement innovants ont été créés, des innovations technologiques ont été encouragées, de nouveaux circuits basés sur l’économie circulaire ont été mis en place. Tous les leviers semblent avoir été actionnés. Tous sauf sans doute le plus important ; celui qui prend racine dans notre cerveau, notre imaginaire.

Lors de la première session de la convention citoyenne pour le climat, en octobre 2019, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, saisie d’une question relative aux priorités d’action en matière de lutte contre le dérèglement climatique, évoquait la question publicitaire en secteur prioritaire. Les préconisations de la convention, présentées le 21 juin 2020, firent l’effet d’une bombe dans le milieu publicitaire, habitué aux critiques de greenwashing et à quelques actions contre les panneaux publicitaires.

Ici, c’était le cœur même du métier qui était attaqué. La convention citoyenne demande l’interdiction des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre, des panneaux publicitaires dans les espaces publics, et l’apposition d’une mention sur toutes les publicités : « En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète. » Elément nouveau, la remise en cause ne provenait pas d’un mouvement antipublicitaire, mais d’une représentation de la population française.

L’attaque est forte, et sans doute excessive : il est paradoxal de demander à la fonction publicitaire de remplir sa mission de promotion des produits et services, et, dans le même temps et sur le même support, de demander au consommateur potentiel d’y réfléchir à deux fois avant son éventuel achat. La question de fond est posée en termes simples : la lutte contre le dérèglement climatique, et au-delà la transition écologique, est-elle compatible avec un modèle publicitaire dont la fonction est l’incitation permanente à la consommation ?

La critique est double. Elle s’adresse d’abord, et logiquement, au cœur même de la fonction publicitaire, c’est-à-dire l’incitation à la vente. Imparable sur le fond, puisqu’il s’agit de la mission même de la publicité, dont la rémunération s’effectue de plus en plus sur la base d’indicateurs de résultats des ventes réalisées à la suite des opérations menées. Elle est toutefois plus insidieuse lorsqu’elle porte sur les effets indirects, ceux qui touchent précisément à notre imaginaire.

Nucléaire et transition énergétique

Nucléaire et  transition énergétique

 

Par Maxence Cordiez, ingénieur dans le secteur de l’énergie dans le mode ( le Monde)

 

La transition énergétique occupe aujourd’hui de l’espace dans le débat public, sans pour autant que ses objectifs (lutte contre le changement climatique et anticipation de l’épuisement des combustibles fossiles) soient toujours clairement établis. Ainsi, la réduction de la production nucléaire apparaît souvent comme l’un des « objectifs » affichés de cette transition, alors que la part du nucléaire (comme des énergies renouvelables) dans le bouquet énergétique n’est qu’un moyen et pas une fin en soi. « Moyen » contreproductif, en l’occurrence, puisque la diminution de la part du nucléaire contribuerait à s’éloigner des objectifs de la transition énergétique.

Au début des années 1970, les extractions françaises de charbon déclinent et les constructions de barrages hydrauliques s’achèvent. Le nucléaire est alors la seule énergie non fossile présentant un potentiel significatif de déploiement pour la production électrique, d’autant que la France possède depuis les années 1950 des compétences dans ce domaine.

 

Le premier choc pétrolier va accélérer le mouvement en quadruplant le prix du pétrole entre octobre 1973 et mars 1974, incitant le gouvernement à hâter le déploiement de l’énergie nucléaire en France. Le plan Messmer de 1973 prévoit ainsi d’initier la construction de 13 gigawatts (GW) de nouvelles capacités nucléaires sous deux ans, puis à raison de 6 à 7 réacteurs par an pour atteindre 50 GW en 1980.

Le programme électronucléaire, qui aboutit à la fin du XXe siècle à 58 réacteurs répartis sur 19 sites, totalisant une capacité de 63,2 GW, était lancé. Il répondait en premier lieu à des enjeux de sécurité énergétique, face à l’absence de ressources fossiles significatives en France.

Notons que si l’uranium consommé en France est aujourd’hui également importé, une différence majeure avec les combustibles fossiles réside dans sa densité énergétique particulièrement élevée (une pastille de 7 grammes d’uranium délivre autant d’énergie que 1 tonne de charbon). Celle-ci permet de constituer des stocks stratégiques de plusieurs années (contre une centaine de jours pour le gaz et le pétrole). En outre, du fait de cette haute densité énergétique, le coût de l’uranium compte peu dans celui de production de l’électricité nucléaire - moins de 10 % (1) -, lequel est donc peu sensible aux fluctuations des marchés de l’uranium.

Si le changement climatique était globalement absent du débat public lorsque le parc nucléaire français a été construit, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le déploiement du parc électronucléaire dans les années 1970 répondait à une exigence de sécurité énergétique (enjeu qui reste plus que jamais d’actualité). La transition énergétique actuelle doit répondre à l’urgence climatique.

Point positif pour la France, l’atome est l’une des sources d’énergie les plus faiblement carbonées dont on dispose. Ainsi, même s’il n’a pas été opéré pour cette raison, le choix de l’électronucléaire est en phase avec l’enjeu climatique. C’est d’ailleurs un choix dans lequel s’engagent ou se réengagent plusieurs pays aujourd’hui (Royaume-Uni, Finlande, République tchèque…) pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Malgré l’ampleur de sa production électronucléaire et contrairement à une idée répandue, la France n’est pas un pays particulièrement vertueux sur le plan climatique, loin s’en faut : près de 40 % de l’énergie finale provient de produits pétroliers raffinés et 20 % de gaz fossile… que l’on peut mettre en regard des 18 % d’énergie finale d’origine nucléaire. La France est moins un pays « tout nucléaire » que « principalement fossile, pétrole en tête ». N’oublions pas que si l’énergie nucléaire fournit 75 % de notre électricité, l’électricité ne compte que pour un quart environ de l’énergie finale consommée en France. De fait, en supposant que les puits de carbone restent inchangés, la France devrait diviser ses émissions d’un facteur 15 pour atteindre la neutralité carbone (2) - c’est-à-dire l’égalité entre les gaz à effet de serre émis et absorbés sur le territoire…

Avec plus de 60 % de son énergie finale provenant de combustibles fossiles, la France ne peut pas s’offrir le luxe de réduire la part du nucléaire ou de toute autre énergie bas carbone dans son bouquet, en particulier celles disponibles indépendamment des conditions extérieures (vent et soleil). Cela nécessiterait des efforts encore plus conséquents par ailleurs pour sortir des combustibles fossiles, efforts que nous sommes loin d’entreprendre aujourd’hui. La réduction de la part du nucléaire est donc contre-productive sur le plan climatique.

Cet « objectif » est également néfaste en termes de sécurité énergétique car les raisons qui ont prévalu à la construction du parc nucléaire il y a une quarantaine d’années sont plus que jamais d’actualité. La France n’a toujours pas de pétrole ni de charbon, et l’extraction de gaz de Lacq en Aquitaine a cessé. Parallèlement, les alertes se multiplient quant à un risque de pénurie pétrolière mondiale dans les prochaines années (3).

Pour que la transition énergétique puisse être un succès, il est essentiel de ne pas en confondre les objectifs (décarbonation, sécurité énergétique…) et les moyens de les atteindre (notamment la part de chaque source d’énergie dans le bouquet). Sans cela, la décarbonation restera un vœu pieu, condamné à ne se réaliser que lorsque l’effritement de notre sécurité énergétique nous y contraindra.

 

1. Cour des Comptes, « Le coût de production de l’électricité nucléaire », 2014.

2. Commissariat général au développement durable, « Chiffres clés du climat, France, Europe et Monde », édition 2020.

3. The Shift Project, « L’Union européenne risque de subir des contraintes fortes sur les approvisionnements pétroliers d’ici à 2030 », 2020.

Pour une transition agricole plus végétale

Pour une transition agricole plus végétale  

Une  alimentation plus végétale permettra progressivement d’atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris sur le climat et de maintenir notre consommation dans les limites des ressources de la planète, relève, dans une tribune au « Monde », un collectif de quatorze chercheurs.

Tribune.

 

Le plan de relance économique annoncé lundi 20 juillet par Bruno Le Maire [le ministre de l’économie, des finances et de la relance], qui sera présenté le 25 août en conseil des ministres, prévoit de répartir 100 milliards d’euros d’aides aux secteurs touchés par la crise sanitaire, dont 30 milliards à la transition écologique. Dans ce contexte, le secteur agricole est triplement stratégique : il conditionne notre autonomie alimentaire et a une influence majeure sur l’environnement ainsi que sur la santé publique.

En ce qui concerne l’environnement, un consensus se dessine sur l’importance d’opérer une transition vers une alimentation plus végétale pour atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris sur le climat et pour maintenir notre consommation dans les limites des ressources de la planète.

 

Ce changement de cap est primordial : dans un article scientifique paru en mai, le chercheur Brent Kim et son équipe prévoyaient que, si les 140 pays dont l’alimentation a été modélisée adoptaient conjointement celle des pays les plus riches, l’empreinte climatique et d’eau de leur production alimentaire se détériorerait respectivement de 135 % et 47 %. Au contraire, la végétalisation de l’alimentation permet de diviser par plus de trois l’impact climatique de la production alimentaire, si bien que le régime végétalien est celui qui émet le moins de gaz à effet de serre dans 97 % des pays étudiés. 

Une seconde étude parue elle aussi en mai, publiée par Marco Springmann et son équipe dans la prestigieuse revue de médecine The British Medical Journal, a étudié, dans 85 pays, les implications sanitaires et environnementales de l’adoption de directives alimentaires nationales.

Le recueil de données sur l’alimentation et la santé de centaines de milliers de personnes au travers d’études menées sur des décennies tout autour du globe a permis d’estimer l’impact de l’alimentation sur un ensemble de maladies non transmissibles (maladies coronariennes, AVC, diabète de type 2, cancers du côlon et du rectum, et maladies respiratoires liées au surpoids).

 

En France, l’adoption des recommandations alimentaires nationales permettrait d’éviter 9,2 % des morts prématurées (de 30 ans à 69 ans) et de réduire de 35 % l’impact climatique de la production de l’alimentation française. L’adoption d’un régime flexitarien, correspondant à la consommation moyenne de 300 grammes de viande par semaine, permet quant à lui d’éviter 18,9 % des morts prématurées et de réduire l’impact climatique de 74 %. Enfin, contrairement à la croyance bien ancrée selon laquelle il serait nécessairement à risque, un régime végétalien bien équilibré aurait un impact positif drastique sur les maladies liées à l’alimentation, évitant 22 % des morts prématurées et réduisant de 91 % l’impact climatique. » 

 

 

 

 

«L’épargne immobilière au service sa transition écologique et sociale ? – ( Frédéric Bôl*)

 «L’épargne immobilière au service  sa transition écologique et sociale ? – ( Frédéric Bôl*)

Frédéric Bôl , président de l’ASpim milite pour le développement des placements dans  durable ; si la dimension durable paraît indiscutable l’aspect social semble beaucoup moins visible. (Chronique dans l’opinion)

 

«  Ces dernières années, un mouvement de fond en faveur d’investissements responsables et vertueux s’est imposé au secteur de la gestion d’actifs face à la demande croissante des épargnants. Cette demande s’inscrit dans le cadre d’une prise de conscience générale sur la nécessité pour le monde économique de prendre en compte son impact sur le climat et la société pour répondre aux grands défis du XXIe siècle. Il y a fort à parier que la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 contribue à renforcer cette aspiration des Français à donner du sens à leur épargne.

Pour répondre à cette demande, de nombreuses sociétés de gestion de portefeuille se sont engagées dans une démarche de transparence extra-financière et de prise en compte grandissante des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur politique d’investissement. Pour accroître la visibilité des produits d’investissement socialement responsable (ISR), les pouvoirs publics ont mis en place en 2016 un label ISR pour les valeurs mobilières. Les fonds contribuant à financer les entreprises dont l’activité bénéficie à la société par leur impact social et environnemental sont ainsi récompensés. Ce label offre un engagement aux épargnants que leur capital sera alloué de façon à concilier performance économique et développement durable.

Ce sont des chiffres connus, le secteur du bâtiment est le plus gros consommateur d’énergie en France et produit plus du quart des émissions de gaz à effet de serre. Cela fait de nombreuses années que les acteurs multiplient les initiatives pour améliorer leur impact social et environnemental. L’absence de label ISR adapté aux fonds immobiliers a pu être à ce titre perçue comme une lacune par les acteurs les plus engagés comme par les épargnants qui souhaitent bénéficier des avantages des produits d’épargne en immobilier tout en s’assurant de financer des actifs vertueux.

C’est fort de ce constat que les professionnels de l’investissement immobilier se sont réunis pour élaborer un projet de référentiel permettant d’étendre le champ du label ISR aux fonds qui investissent dans la classe d’actifs préférée des Français. Après plus de trois années de travail et d’échanges avec les autorités publiques, il voit enfin le jour. C’est une avancée considérable qui incitera, je l’espère, les gestionnaires à redoubler d’efforts pour relever le défi climatique et les évolutions sociétales au cœur desquelles se trouve plus que jamais aujourd’hui le bâtiment. A côté de la recherche de rendement, elle contribuera également à sensibiliser les épargnants sur la possibilité qui leur est offerte d’arbitrer leurs placements en pierre-papier selon des critères sociaux et environnementaux. »

*Frédéric Bôl, Président de l’ASPIM, association française des sociétés de placement immobilier

L’Association française des Sociétés de Placement Immobilier (ASPIM) promeut, représente et défend

12345



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol