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Prix planchers agricoles : Un texte écolo pour transformer les agriculteurs en fonctionnaires

Prix planchers agricoles : Un texte écolo pour transformer les agriculteurs en fonctionnaires

 

La plus grande confusion continue à propos des prix plancher agricoles dont on ne sait pas si ce sont des indicateurs de coup ou de véritables tarifs obligatoires. Les écolos évidemment franchissent le pas avec une proposition intégrant une rémunération égale jusqu’à deux fois le SMIC dans le tarif. On voit mal comment cet objectif pourrait être intégré dans des négociations commerciales à moins évidemment d’administrer complètement le secteur et de faire des agriculteurs des fonctionnaires.

Comme déjà indiqué dans plusieurs articles, il faudrait s’inspirer du transport sur la même problématique de sous tarification a réussi à élaborer d’abord des indicateurs de couts, ensuite des tarifs de référence et des processus de restructuration.

Les députés écologistes vont inscrire une proposition de loi en faveur de prix planchers agricoles à l’ordre du jour de leur journée réservée à l’Assemblée nationale, le 4 avril, ont-ils annoncé jeudi lors d’une conférence de presse.

 

L’objectif est de «fixer un prix d’achat minimal des produits agricoles qui intègre obligatoirement le coût de production et la rémunération du travail paysan, à hauteur minimum de 1,5 voire 2 Smic», selon la députée Marie Pochon.

Si Emmanuel Macron s’est prononcé lors du Salon de l’agriculture pour des prix planchers agricoles, «on ne peut pas laisser ce sujet en jachère pour des mois et des mois», a estimé la députée Marie Pochon. Elle portera «un mécanisme de conférence publique de filière» permettant aux producteurs d’être représentés lors des négociations commerciales, a-t-elle détaillé. L’objectif est de «fixer un prix d’achat minimal des produits agricoles qui intègre obligatoirement le coût de production et la rémunération du travail paysan, à hauteur minimum de 1,5 voire 2 Smic». Le texte prévoit aussi la création d’un «fond de transition» pour soutenir les agriculteurs.

 

Transformer la monnaie pour transformer la société

Transformer la monnaie pour transformer la société


La bifurcation sociale-écologique exige de gigantesques investissements pour les États, les entreprises et les particuliers. Comment les financer ? Pour répondre à ce défi, Jézabel Couppey-Soubeyran, Pierre Delandre, Augustin Sersiron proposent dans Le Pouvoir de la monnaie (Éd. Les Liens qui libèrent, janvier 2024), dont The Conversation France publie certains extraits, qu’un Institut d’émission adossé à la Banque centrale européenne (BCE) reçoive l’autorisation d’émettre de la monnaie légale sur base volontaire, désencastrée du marché de la dette, en complément de la monnaie bancaire, afin d’accorder les subventions nécessaires au financement des investissements socialement ou écologiquement indispensables mais non rentables.

par
Jézabel Couppey-Soubeyran
Maîtresse de conférences en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Augustin Sersiron
Économiste et philosophe, Institut catholique de Paris (ICP)

Interviewé
Pierre Delandre
Sociologue, certifié en finances publiques et conseiller senior dans une banque centrale de l’Eurosystème.
dans » the Conversation »

Les auteurs soulignent notamment qu’il ne s’agirait pas de la première transformation monétaire de grande ampleur de l’Histoire : à chaque type de société a correspondu un type de monnaie, les bifurcations monétaires contribuant toujours aux bifurcations sociétales menant de l’un à l’autre, tant l’institution monétaire est porteuse d’une formidable force de structuration des rapports sociaux. La bifurcation écologique et sociale, qui constitue aujourd’hui le projet travaillant le corps social, appelle sa propre bifurcation monétaire.

La monnaie, un outil puissant pour transformer la société
Un défi majeur de notre temps nous semble être d’inventer une façon de créer et de mettre en circulation la monnaie qui n’encourage pas la marchandisation du monde, c’est-à-dire l’expansion sans limite du domaine de la marchandise. Permettre la monétisation sans marchandisation requiert de repenser en profondeur la forme institutionnelle de la monnaie. C’est l’une des clés de la constitution d’un monde plus juste et plus durable.

La bifurcation écologique et sociale à laquelle tant d’entre nous aspirent ne se fera pas sans bifurcation monétaire. On ne change pas la société simplement en changeant la monnaie, mais on ne la change pas non plus sans changer la monnaie – c’est ce qu’enseigne l’histoire monétaire […]. Or la monnaie qui est aujourd’hui la nôtre est une monnaie dont les modalités d’émission sont intrinsèquement capitalistes, la tournant non plus d’abord vers l’échange marchand, mais vers l’accumulation capitaliste. […]

L’autorité monétaire doit ménager en son sein l’espace de délibération collective qui permettra de réajuster en permanence ses objectifs en fonction des besoins profonds exprimés par la société, plutôt que de les fixer dans le marbre.

La rapide succession de crises que nous avons traversées révèle la variété des enjeux qui peuvent être jugés prioritaires par le corps social, dont elles mettent en évidence les carences les unes après les autres ; or aucune règle intangible ne permettrait de faire l’économie d’une délibération sur la nécessité d’allouer les nouvelles encaisses créées au verdissement de nos modes de vie et de production, ou à la reconstruction de l’hôpital public, ou à celle de nos infrastructures énergétiques, ou de nos systèmes de transport urbain dégradés, ou de notre appareil industriel, etc. Tous ces choix de société doivent être débattus, en permanence, pour permettre l’usage le plus efficace et le plus légitime possible de la formidable puissance collective que détient l’autorité monétaire. […]

Si la monnaie est aujourd’hui une monnaie bancaire, c’est-à-dire créée par les banques, généralement en contrepartie d’une dette et rapportant ainsi des profits à son émetteur, il n’en a pas toujours été ainsi historiquement, loin de là. Sur le temps long, la monnaie s’avère extraordinairement multiforme, ne cessant de muter d’une époque à une autre, de connaître de véritables bifurcations. […]

[La monnaie marchande apparaît dans les sociétés palatiales de la Haute Antiquité (Mésopotamie, Égypte), qui sont] entièrement polarisées par les « grands organismes » (temples ou palais), sortes de personnes morales qui possèdent d’immenses domaines d’agropastoralisme avec champs irrigués et pâturages, mais aussi de véritables complexes manufacturiers dotés de divers ateliers mobilisant tous les savoir-faire artisanaux. […] Toutes les activités économiques nouvelles qui se développent […] sont d’abord cultuelles, subordonnées au service des dieux, car la production est avant tout destinée à satisfaire leurs besoins.

[Dès lors], pour estimer la valeur des stocks de ressources, les rations dues aux ouvriers, les entrées et sorties de denrées, les fermages, les redevances, les prêts, etc., les « fonctionnaires » des temples commencèrent à rapporter tous les types de biens, dont ils géraient les flux, à un seul bien, érigé en étalon. […] C’est ainsi que fut mise en place une unité de compte rendant des objets hétérogènes commensurables du point de vue de leur valeur, c’est-à-dire du désir qu’ils inspirent, exprimé dans un langage numérique institué : c’est l’avènement du langage de la valeur, qui permet d’établir des relations d’équivalence socialement objectivées entre des quantités de biens divers.

[2500 ans plus tard, dans l’antiquité classique (perse et gréco-romaine) se joue un] tournant anthropologique [qui] nous semble reposer notamment sur trois inventions techniques et culturelles majeures : les premières pièces de monnaie frappées, qui permettent l’essor des échanges décentralisés ; l’alphabet, qui permet la diffusion massive de l’écriture ; la cavalerie montée, qui permet l’avènement de vastes empires dont le pouvoir politique s’éloigne des populations qu’il régit. Là encore, la forme de la monnaie évolue en cohérence avec l’ensemble des rapports sociaux, qui se restructurent en profondeur. […]

[Après l’effondrement médiéval (recul des villes, de l’écrit et des échanges, rareté monétaire) et le renouveau des sociétés coloniales (découverte des mines d’argent des Amériques, imprimerie, essor marchand tiré par le commerce triangulaire), le projet de société capitaliste de la révolution industrielle s’appuie sur la monnaie bancaire, créée par la dette, donc tournée non plus vers l’accumulation de richesse passée (or ou argent) mais vers la production de richesse future (industrielle puis financière), tout comme le pouvoir politique issu des urnes se fonde sur un projet pour l’avenir (le programme électoral) et non sur la légitimité traditionnelle du passé (le sang royal).]

Verse-t-on dans les coquecigrues et autres calembredaines en imaginant que l’on puisse transformer le mode d’émission de la monnaie ? En réalité, une transformation monétaire est déjà en cours, la création monétaire a déjà commencé à s’affranchir d’une contrepartie dette. Nous l’avons vu au niveau des banques commerciales qui, avec la monnaie acquisitive, créent de la monnaie en achetant des titres. Les banques centrales ont largement amplifié ce mouvement avec les mesures d’exception qu’elles ont dû prendre pour gérer les crises, financière puis sanitaire.

Elles ont ainsi déjà créé d’énormes quantités de monnaie centrale selon le mode acquisitif, par achat de titres plutôt que par prêt, et elles ont même déjà donné de la monnaie centrale (aux banques, en petite quantité). C’est donc que la bifurcation monétaire a déjà commencé ! À ceci près que les banques centrales qui en ont eu l’initiative l’ont entreprise non pas dans l’optique de dépasser le capitalisme financier ni de le transformer, mais bien plutôt de le sauver coûte que coûte. […]

Le mode volontaire d’émission monétaire est un processus par lequel un organe de décision (un Institut européen d’émission monétaire, à créer) aurait le pouvoir d’émettre, dans le cadre d’une gouvernance ouverte sur la société civile, les quantités nécessaires de monnaie centrale (des euros fongibles avec ceux de la BCE et du circuit bancaire classique) pour remplir des missions d’intérêt général fixées démocratiquement. La décision d’émission consisterait à émettre de la monnaie que la banque centrale mettrait à disposition de la Caisse du développement durable, organe d’exécution, pour la réalisation des missions qui lui sont assignées sans la moindre obligation de remboursement ni charge d’intérêt.

Cette émission monétaire serait la traduction pure et simple de l’expression d’une volonté politique démocratique (d’où l’expression « mode volontaire de création monétaire »). Elle serait ainsi directement affectée aux objectifs d’intérêt général, aux biens communs et aux biens publics, sans contrepartie comptable exigible, ni remboursement, ni intérêt. Ce mécanisme échappe totalement aux mécanismes bancaires classiques (émission par le crédit ou par acquisition de titres), puisqu’il s’agit en réalité d’une subvention. […] Mise en circulation par des subventions, la monnaie volontaire serait donc entièrement désencastrée de la dette et des mécanismes classiques du marché bancaire, pour être affectée à des objectifs de bien commun. […]

L’institution monétaire, démocratisée, pourrait équilibrer les objectifs sociétaux, permettant la réalisation d’objectifs privés, sous le signe de la rentabilité financière, financés par les modes bancaires de création monétaire, d’une part, et la réalisation d’objectifs collectifs, par le mode volontaire de création monétaire, sous les signes du non-marchand, du social et de l’écologie, d’autre part. On atteindrait de la sorte une configuration monétaire mettant en valeur la complémentarité des objectifs marchands et non marchands pour réaliser une forme d’équilibre entre les intérêts individuels et collectifs, entre les intérêts à court terme et à long terme, les intérêts de l’économie et ceux du lien social et de la nature.

Il nous semble que l’instauration d’un mécanisme de monnaie volontaire tracerait le chemin du développement durable en allégeant l’endettement et en se libérant des injonctions de rentabilité financière, de croissance ou de concurrence. C’est un projet de société porté par un projet de monnaie, une monnaie à mission, avec laquelle il deviendrait possible de prendre soin de la planète et de la société, pour un avenir enfin authentiquement social et écologique.

La taxe sur les autoroutes va se transformer en augmentation des péages

La taxe sur les autoroutes va se transformer en augmentation des péages


À l’occasion de la discussion du budget de 1024, il y a une nouvelle taxe instaurée sur les autoroutes qui va sans doute se transformer tout simplement en augmentation des péages. De manière assez hypocrite, le gouvernement et le ministre des transports Clément Beaune critiquent les concessionnaires d’autoroutes qui envisagent d’augmenter les péages de 5 %.

Il y a effectivement beaucoup d’hypocrisie de la part du gouvernement mais aussi des sociétés d’autoroute qui n’ont jamais réalisé autant de profits. Et le ministre des transports d’en rajouter sur les responsabilités: «Il y a eu beaucoup d’intox, il y a eu parfois beaucoup de mensonges liés à cette taxe sur les sociétés de concessionnaires d’autoroutes, a martelé Clément Beaune, mercredi matin sur les ondes de RMC. Elle n’a aucun impact sur l’évolution des péages.»

On voit mal comment une taxe nouvelle n’aurait aucun impact sur les coûts et donc sur les tarifs !

Et le ministre des Transports d’épingler Vinci, premier concessionnaire autoroutier français avec ASF, Cofiroute et Escota, qui évoquait un surcoût de 5 % sur la facture des automobilistes. Surcoût que Pierre Coppey, le président de Vinci Autoroutes, justifiait par l’impact de la nouvelle taxe sur les comptes des sociétés d’autoroutes du groupe.

Ne pas transformer le référendum en plébiscite

Ne pas transformer le référendum en plébiscite

Revenant sur les propositions d’Emmanuel Macron allant dans le sens d’une extension du référendum, la juriste souligne, dans une tribune au « Monde », que si une telle extension est souhaitable, des garanties doivent être mises en place pour éviter qu’il ne serve à un renforcement des pouvoirs du président.

A en croire le discours tenu par Emmanuel Macron, mercredi 4 octobre, au Conseil constitutionnel, il n’est pas question pour le président de la République de mettre notre Constitution à la retraite pour ses 65 ans. Très optimiste sur le caractère démocratique de la Ve République, il en a vanté les mérites et a exclu de changer de régime ou de réduire les pouvoirs du chef de l’Etat, pourtant excessifs. Jusqu’ici, les conséquences de l’interprétation trop large des pouvoirs présidentiels (hors cohabitation) n’ont pas été dramatiques. Mais qu’en sera-t-il si un président moins démocrate est élu ?

Plusieurs tentatives d’Emmanuel Macron pour réviser la Loi fondamentale ont déjà été bloquées par le Sénat dans le passé. L’article 89 de la Constitution, le seul qui concerne sa révision, prévoit en effet la possibilité d’une initiative de l’exécutif ou du législatif en la matière, initiative suivie d’un vote par chacune des Chambres et enfin d’un référendum, sauf si le président préfère soumettre un projet au Congrès, statuant à la majorité des trois cinquièmes. Cette procédure est lourde à dessein, afin d’éviter des révisions intempestives et donc dangereuses de la Constitution.

Le président du Conseil constitutionnel [Laurent Fabius] a récemment rappelé que la Constitution ne pouvait être révisée qu’en vertu de l’article 89, et non de l’article 11, comme le fit Charles de Gaulle avec succès en 1962 avant d’échouer lors d’une seconde tentative en 1969. Sans l’aval du Sénat – donc de la droite, puisqu’il est presque toujours de droite –, il est donc aujourd’hui impossible de réviser notre norme suprême.

Conscient de cela, Emmanuel Macron ne tente dès lors que des retouches consensuelles, trop vagues à ce jour pour être évaluées : il propose de constitutionnaliser l’IVG [interruption volontaire de grossesse] et la protection du climat, de donner une autonomie accrue à la Nouvelle-Calédonie et à la Corse et de favoriser le recours au référendum.

Aujourd’hui, le recours à ce dispositif est en effet limité par l’article 11 aux questions touchant à l’organisation des pouvoirs publics, aux réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, et à la ratification de certains traités. Ce champ pourrait être plus ou moins élargi ; il est même envisageable de rendre le référendum possible dans tous les domaines hormis quelques-uns, comme la loi budgétaire.

Le vivant : une référence pour transformer la société ? (Kalina Raskin)

Le vivant : une référence pour transformer la société ? (Kalina Raskin)

Kalina Raskin , directrice du Ceebios (Centre d’études & d’expertises et Réseau d’acteurs industriels & académiques national pour accélérer la transition écologique & sociétale par le biomimétisme) qui compte 22 salariés, 100 sociétaires et 500 labos ou startup qui font aujourd’hui partie de l’écosystème. Explications sur les applications concrètes du biomimétisme. (Cet article est issu de T La Revue n°15 – « Sobriété, frugalité, ingéniosité : comment innover autrement ? ») dans la Tribune

Le biomimétisme consiste à à s’inspirer des propriétés essentielles (par exemple des formes, compositions, processus, interactions) d’un ou plusieurs systèmes biologiques, pour mettre au point des procédés et des organisations permettant un développement durable des sociétés.

Comment avez-vous découvert ou redécouvert l’utilité du biomimétisme ?

Kalina Raskin Tout au long de mes études, cette matière m’avait été transmise et enseignée de façon théorique. Je l’avais gardée dans un coin de mon esprit en me disant qu’un jour j’en ferais quelque chose. Puis, j’ai commencé à travailler et j’ai pris conscience de l’ampleur de l’urgence induite par le changement climatique. Je me suis alors replongée dans les livres fondateurs de cette matière comme le livre de Janine Benyus, Biomimétisme en action, qui avait fait le tour aux États-Unis, d’acteurs et de chercheurs investis dans des études sur la façon dont l’énergie ou la matière étaient gérées dans le vivant. Un déclic s’est produit, car ce livre a été très instructif dans une perspective de recherches de nouvelles trajectoires afin de mieux appréhender le réchauffement climatique.

L’idée de trouver de nouvelles trajectoires à l’aide du biomimétisme a donc été votre viatique ?

K.R. Oui. Complètement. C’est la conjonction de ma sensibilité individuelle, de l’influence de mon compagnon qui a, lui, une activité tournée vers les enjeux environnementaux et la redécouverte des possibilités du biomimétisme.

Comment définiriez-vous votre pratique du biomimétisme ?

K.R. Le biomimétisme est la façon de faire de la manière la plus rigoureuse qui soit un transfert de connaissances depuis la biologie vers d’autres systèmes actifs. Cela repose sur une observation et une compréhension scientifiques des phénomènes dans le vivant afin de pouvoir ensuite les adapter à des systèmes socio-technico économiques humains complexes. À cela s’ajoute chez Ceebios la volonté de ne pas uniquement aborder cette question via la partie technologique qui est la partie la plus facile, mais aussi sans aucun doute, la moins efficace pour transformer les choses en profondeur. Le biomimétisme tel que je l’envisage est bien plus large qu’une simple volonté d’innovation technologique inspirée du vivant, il est une approche globale et holistique du monde.

Pourquoi la technologie et le technosolutionisme ne vous paraissent pas être la bonne voie ?

K.R. La technologie ne nous sauvera pas. Il faut passer à un système plus sobre. Le biomimétisme est un cahier des charges. Le vivant peut nous aider à résoudre des problématiques. Il convient de respecter le cahier des charges du vivant.

Pourriez-vous nous donner quelques exemples concrets de biomimétisme qui correspond à ces canons que vous venez de définir ?

K.R. L’exemple de l’entreprise Pocheco me paraît très intéressant, en ce sens qu’ils ont d’abord fait du biomimétisme sans véritablement en avoir conscience pour ensuite l’élargir à l’ensemble de leurs activités. Pocheco est une entreprise qui fabrique des enveloppes. Elle a été très interpellée sur son empreinte environnementale. Afin d’être en phase avec ses valeurs, elle s’est complètement transformée. Ainsi, ils sont très attentifs à leurs fournisseurs de papier, ils ont décidé de retraiter sur leur zone de phyto les encres qu’ils utilisent dans une forme de circuit court. Cela pour améliorer leur produit. Ensuite, ils ont repensé toute l’organisation de leur site afin d’atteindre une sobriété énergétique réelle. Ils ont organisé une circularité du flux des énergies avec la récupération de chaleur des machines, évapotranspiration en toiture pour susciter une climatisation naturelle, récupération des eaux de pluie qui ensuite ruissellent et constituent une zone de tampon. Cela s’accompagne aussi de la mise en place d’une attention particulière à la biodiversité avec des parcelles du site en permaculture et une association étroite avec les agriculteurs locaux. Leur exemple pour moi est le Graal de tout ce que l’on peut espérer dans un raisonnement d’entreprise global. Cela engendre des bénéfices pour l’environnement, mais aussi pour les collaborateurs qui y voient du sens. Dans le domaine de l’architecture, il y a aussi l’École de la biodiversité à Boulogne-Billancourt qui est une très grande réussite car elle s’inscrit dans une volonté de régénération des écosystèmes et du vivant.

Comment les choses se déroulent-elles lorsqu’une entreprise sollicite le Ceebios afin de se tourner vers une approche inspirée du biomimétisme ?

K.R. Le cas de Pocheco n’est pas le cas générique. Pour ce qui est de Pocheco, la dynamique provient de nos volontés conjointes d’associer nos savoir-faire. Le Ceebios vient d’achever plusieurs thèses autour des services écosystémiques sur comment le biomimétisme et les modèles des écosystèmes naturels peuvent apporter des idées supplémentaires pour tendre vers une plus grande vertu environnementale tout en faisant de l’innovation. Plus largement, le Ceebios, devenu coopérative d’intérêt collectif, milite pour faire comprendre que le biomimétisme est une approche englobante qui nécessite la mise en musique de l’ensemble des parties prenantes, mais aussi de l’ensemble des savoir-faire. Notre rôle est à la fois un rôle de conseil, d’accompagnement, et de recherche pour trouver quels sont les écosystèmes inspirants pour les problématiques que les entreprises en question viennent présenter. La coopération crée, la compétition trie. C’est ce viatique qui nous anime.

La plupart des entreprises qui nous sollicitent arrivent d’abord pour changer une petite partie de leur activité en s’inspirant du biomimétisme. Elles sont de tous les secteurs économiques. Elles nous demandent, par exemple, de changer leur type d’adhésif, car celui qu’elles utilisent va être interdit. Nous cherchons alors dans la littérature scientifique, mais aussi dans tous les modèles du vivant ce qui est envisageable. Cela occupe 60 % de nos équipes. Le reste se fait dans la recherche. Entre conseil, accompagnement et recherche. Nous tentons ensuite d’évangéliser sur des problématiques plus larges.

Quels sont les freins que vous rencontrez au quotidien pour évangéliser vos clients au biomimétisme et à cette question de la loi d’airain du capitalisme où les injonctions sont souvent contradictoires ?

K.R. Nous sommes une société à but non lucratif. Nos sociétaires le savent. Donc ceux qui nous financent savent qu’ils n’auront pas de retour immédiat. Ils doivent d’abord investir dans les communs avant de trouver une nouvelle voie. Cela change des standards pour eux. Ensuite, plus largement, les freins que nous voyons ne sont pas propres au biomimétisme. Ils sont plutôt d’ordre organisationnel. Les entreprises sont souvent très silotées et ont parfois du mal à trouver des personnalités à même de le porter de façon transversale. Il y a aussi parfois des freins culturels. Dans certaines entreprises, le temps laissé à la démonstration de l’efficacité d’un procédé est trop court et l’approche biomimétique a besoin d’un moyen terme pour pouvoir s’installer.

Y a-t-il un frein de connaissance ?

K.R. Oui, pour certaines entreprises, mais plus nous avançons, plus ce sujet devient crucial dans l’approche économique. Elles ne font pas toujours l’effort de la recherche et financent parfois de « l’innovation frugale » en donnant toute la responsabilité à des petites start-up. Nous essayons de les faire accélérer sur ce point. Le point de frottement se situe aussi dans le fait que les grandes firmes n’ont pas assez de biologistes dans leurs compétences pour lancer des projets de recherche d’ampleur.

À vous entendre, on a l’impression que le biomimétisme est à la fois une philosophie, une utopie et une approche transgressive de la transformation économique et environnementale ?

K.R. C’est une philosophie éclairée par la science. C’est-à-dire que le vivant peut constituer un modèle de référence pour la transformation de la société. C’est une approche globale d’une meilleure intégration des activités humaines dans le vivant.

Sécheresse : transformer le système agricole

Sécheresse : transformer le système agricole 

 

Nicolas Girod, éleveur dans le Jura et porte-parole national de la Confédération paysanne, estime, dans une tribune au « Monde », que la sécheresse doit inciter à faire évoluer le modèle de l’agriculture industrielle.

La sécheresse est là mais son traitement agricole est trop souvent résumé au seul problème de l’irrigation. Or, les paysannes et paysans subissent tous ce manque d’eau et s’exposent à des pertes économiques, qu’ils irriguent ou non. En France, selon le recensement général agricole de 2020, 7,3 % de la surface agricole utile est irriguée, une part relativement faible bien qu’en progression. La problématique est donc bien plus large : comment répondre aux enjeux d’une agriculture à même de faire face aux épisodes de sécheresse et préserver la ressource en eau ?

L’agriculture industrielle détruit les ressources naturelles. Elle draine, elle rectifie les cours d’eau afin d’évacuer l’eau des sols au détriment de sa circulation naturelle et de la recharge des nappes phréatiques ; elle consomme des intrants chimiques de synthèse au détriment de la vie des sols ; elle s’affranchit des haies, d’une végétation dense et des systèmes racinaires qui vont avec. En un mot, elle assèche les sols. Face à la situation actuelle, elle exige davantage de stockage artificiel, par le biais des « mégabassines » et s’approprie l’eau pour des pratiques toujours surconsommatrices et dévastatrices. Feignant d’ignorer le cycle de l’eau, ses choix accélèrent le problème au lieu de le résoudre.

La sécheresse extrême que nous vivons appelle à ne pas céder à la pression de l’agro-industrie et à agir urgemment en sens inverse.

Une fois de plus le gouvernement est dans la réaction à court terme, en mobilisant les préfets pour organiser des réunions sur la sécheresse dans tous les départements. Si on peut souligner l’intérêt de ces temps d’alerte et de concertation, nous ne pouvons nous satisfaire d’une gestion des crises successives sans agir sur les causes qui les font advenir.

Dans le même temps, le syndicat agricole majoritaire promeut le modèle espagnol qui a développé des infrastructures pour stocker l’eau… en omettant de préciser qu’il est aujourd’hui impossible de les remplir car l’aridité gagne l’ensemble du pays.

Elon Musk veut transformer Twitter en espace de chaos et de profit

 Elon Musk veut transformer Twitter en espace de chaos et de profit 

Le milliardaire va faire du réseau social, qu’il vient d’acquérir, un espace proche du chaos, s’inquiète le chercheur en biologie Olivier Hamant, dans une tribune au « Monde ».

 

En rachetant le réseau social Twitter, le milliardaire Elon Musk déclare : « J’espère que même mes pires détracteurs resteront sur Twitter, car c’est ce que signifie la liberté d’expression. » Si certains pourraient croire entendre Voltaire dans ces paroles, le libertarien Elon Musk soutient plutôt une vision débridée de la liberté, sans aucun filtre. Ne confond-il pas la liberté et un désordre qui sert les plus forts  ?

Pour éviter des débats sans fin sur la notion de liberté, il est salutaire de revenir à sa définition, et donc à l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. » La liberté est donc définie par un cadre à respecter, et non par des frontières à dépasser.

Alors, de quoi parle Elon Musk ? S’il s’agit de partage débridé d’opinions sans filtre et sans loi, alors ne défendrait-il pas plutôt une forme d’anarchie ? Encore une fois, revenons aux définitions. Comme le dit le journaliste et théoricien Pierre-Joseph Proudhon, « l’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir ». Au contraire, Elon Musk propose de partager toute opinion dans l’immédiateté de son réseau social. Il s’agit donc de l’exact opposé : le désordre avec le pouvoir.

Dès lors, si Elon Musk ne parle ni de liberté ni d’anarchie, de quoi parle-t-il ? D’entropie ! Cette notion, liée au deuxième principe de la thermodynamique, est parfois mal comprise. Faisons alors appel au militant écologiste Victor Chaix et à son article limpide sur le sujet publié sur son blog, appliqué à la crise environnementale : l’entropie du monde signifie que « l’énergie se dissipe, les écosystèmes se désorganisent et les singularités s’homogénéisent ». Appliqué à la liberté d’expression selon Elon Musk, il s’agit donc plutôt d’une forme de dissipation des informations, qui augmente le désordre et conduit à l’homogénéisation des croyances. Elon Musk ne soutient pas la liberté, il la dissipe.

Pourquoi la confusion entre liberté et entropie pose-t-elle problème ? Tout d’abord, nos opinions sont surtout guidées par nos nombreux biais cognitifs. Nous avons l’impression d’avoir des intentions libres alors qu’elles sont principalement guidées par le biais du statu quo (être conservateur par défaut), le biais de confirmation (ignorer les informations contradictoires) ou le biais de corrélation (transformer corrélation en causalité). Partager des opinions sur Twitter sans cadre légal, c’est bien plutôt donner un haut-parleur à nos biais cognitifs individuels. C’est d’ailleurs une des raisons qui expliquent pourquoi une fausse information a 70 % de chance de plus d’être republiée qu’une information vraie sur Twitter, comme l’ont démontré trois chercheurs américains, Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral, dans un article publié, en 2018, dans la revue Science.

L’ Ukraine va contraindre à transformer l’Europe

L’ Ukraine va contraindre à transformer l’Europe

L’invasion russe a montré les faiblesses européennes en matière de sécurité et de dépendance énergétique. L’Union a su réagir, mais le vrai défi sera de faire avancer une force et une politique de défense européenne communes en renforçant l’OTAN, explique dans une tribune au « Monde » la chercheuse allemande Daniela Schwarzer.

 

Tribune.

Face à la guerre en Ukraine, l’Europe s’est réveillée en sursaut – un réveil qui aurait dû se produire dès 2014, avec l’annexion de la Crimée, mais que nous avons collectivement décidé de négliger pour revenir au ronronnement réconfortant d’une économie en pleine reprise. Cette guerre n’est pas une lutte entre deux ennemis historiques réglant un vieux conflit post-impérial ; il s’agit en réalité d’une bataille pour l’âme et pour les valeurs fondamentales de l’Europe, la démocratie et la liberté.

La guerre en Ukraine transformera l’Europe. La façon dont nous y répondrons sera structurante pour notre continent et le monde entier. Le sommet de Versailles du 10 mars a indiqué l’étendue du travail que l’Union européenne doit achever. Alors que celle-ci se préparait à sortir de la crise sanitaire et économique due au Covid-19 pour avancer les trois grandes transitions de notre décennie – écologique, digitale et sociale –, l’ordre de sécurité européenne a été mis sens dessus dessous par l’invasion illégale de la Russie.

Ce geste inattendu et brutal a montré d’une part nos faiblesses en matière de politique de sécurité, et d’autre part notre extrême dépendance énergétique. Face à cette agression, la réaction de l’Europe s’est rapidement montrée unanime et profonde, aussi bien en France, où le président Emmanuel Macron a déployé tous ses efforts pour poursuivre une solution diplomatique, qu’en Allemagne, un pays qui avait du mal à croire qu’une véritable guerre puisse revenir sur le sol européen, tant elle a fait de la paix en Europe sa mission existentielle pendant près de soixante-dix ans.

Ce choc explique la réaction allemande, qui, dans un geste rarement vu dans le pays, et encore moins pour un nouveau gouvernement a la tête d’une coalition hétéroclite, a poussé le chancelier Scholz à proposer un renversement complet de l’attitude historique du pays en s’engageant à une forte augmentation des dépenses de défense. D’autres pays membres de l’Union se sont engagés à investir plus en matière de défense, d’après la déclaration du sommet de Versailles.

Mais le vrai défi sera de faire avancer une force et une politique de défense européenne communes, en renforçant l’OTAN grâce à un meilleur « burden sharing » (partage des coûts) entre contributions européennes et américaines. L’ambition qu’a le président Macron de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe a certainement fait un bond en avant avec le financement commun de l’armement pour l’Ukraine, de la même manière qu’elle a fait un bond en avant avec l’emprunt commun pour répondre à la crise due au Covid-19.

L’ Ukraine va contraindre à transformer l’Europe

L’ Ukraine va contraindre à transformer l’Europe

L’invasion russe a montré les faiblesses européennes en matière de sécurité et de dépendance énergétique. L’Union a su réagir, mais le vrai défi sera de faire avancer une force et une politique de défense européenne communes en renforçant l’OTAN, explique dans une tribune au « Monde » la chercheuse allemande Daniela Schwarzer.  

 

Tribune.

Face à la guerre en Ukraine, l’Europe s’est réveillée en sursaut – un réveil qui aurait dû se produire dès 2014, avec l’annexion de la Crimée, mais que nous avons collectivement décidé de négliger pour revenir au ronronnement réconfortant d’une économie en pleine reprise. Cette guerre n’est pas une lutte entre deux ennemis historiques réglant un vieux conflit post-impérial ; il s’agit en réalité d’une bataille pour l’âme et pour les valeurs fondamentales de l’Europe, la démocratie et la liberté. La guerre en Ukraine transformera l’Europe. La façon dont nous y répondrons sera structurante pour notre continent et le monde entier. Le sommet de Versailles du 10 mars a indiqué l’étendue du travail que l’Union européenne doit achever. Alors que celle-ci se préparait à sortir de la crise sanitaire et économique due au Covid-19 pour avancer les trois grandes transitions de notre décennie – écologique, digitale et sociale –, l’ordre de sécurité européenne a été mis sens dessus dessous par l’invasion illégale de la Russie. Ce geste inattendu et brutal a montré d’une part nos faiblesses en matière de politique de sécurité, et d’autre part notre extrême dépendance énergétique. Face à cette agression, la réaction de l’Europe s’est rapidement montrée unanime et profonde, aussi bien en France, où le président Emmanuel Macron a déployé tous ses efforts pour poursuivre une solution diplomatique, qu’en Allemagne, un pays qui avait du mal à croire qu’une véritable guerre puisse revenir sur le sol européen, tant elle a fait de la paix en Europe sa mission existentielle pendant près de soixante-dix ans. Ce choc explique la réaction allemande, qui, dans un geste rarement vu dans le pays, et encore moins pour un nouveau gouvernement a la tête d’une coalition hétéroclite, a poussé le chancelier Scholz à proposer un renversement complet de l’attitude historique du pays en s’engageant à une forte augmentation des dépenses de défense. D’autres pays membres de l’Union se sont engagés à investir plus en matière de défense, d’après la déclaration du sommet de Versailles. Mais le vrai défi sera de faire avancer une force et une politique de défense européenne communes, en renforçant l’OTAN grâce à un meilleur « burden sharing » (partage des coûts) entre contributions européennes et américaines. L’ambition qu’a le président Macron de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe a certainement fait un bond en avant avec le financement commun de l’armement pour l’Ukraine, de la même manière qu’elle a fait un bond en avant avec l’emprunt commun pour répondre à la crise due au Covid-19.

Ukraine: La guerre qui va transformer l’Europe ?

 

Ukraine: La guerre qui va transformer l’Europe ?

 

L’invasion russe a montré les faiblesses européennes en matière de sécurité et de dépendance énergétique. L’Union a su réagir, mais le vrai défi sera de faire avancer une force et une politique de défense européenne communes en renforçant l’OTAN, explique dans une tribune au « Monde » la chercheuse allemande Daniela Schwarzer (directrice exécutive pour l’Europe et l’Eurasie de l’Open Society Foundations).

 

Tribune.Face à la guerre en Ukraine, l’Europe s’est réveillée en sursaut – un réveil qui aurait dû se produire dès 2014, avec l’annexion de la Crimée, mais que nous avons collectivement décidé de négliger pour revenir au ronronnement réconfortant d’une économie en pleine reprise. Cette guerre n’est pas une lutte entre deux ennemis historiques réglant un vieux conflit post-impérial ; il s’agit en réalité d’une bataille pour l’âme et pour les valeurs fondamentales de l’Europe, la démocratie et la liberté.

La guerre en Ukraine transformera l’Europe. La façon dont nous y répondrons sera structurante pour notre continent et le monde entier. Le sommet de Versailles du 10 mars a indiqué l’étendue du travail que l’Union européenne doit achever. Alors que celle-ci se préparait à sortir de la crise sanitaire et économique due au Covid-19 pour avancer les trois grandes transitions de notre décennie – écologique, digitale et sociale –, l’ordre de sécurité européenne a été mis sens dessus dessous par l’invasion illégale de la Russie.

Ce geste inattendu et brutal a montré d’une part nos faiblesses en matière de politique de sécurité, et d’autre part notre extrême dépendance énergétique. Face à cette agression, la réaction de l’Europe s’est rapidement montrée unanime et profonde, aussi bien en France, où le président Emmanuel Macron a déployé tous ses efforts pour poursuivre une solution diplomatique, qu’en Allemagne, un pays qui avait du mal à croire qu’une véritable guerre puisse revenir sur le sol européen, tant elle a fait de la paix en Europe sa mission existentielle pendant près de soixante-dix ans.

Ce choc explique la réaction allemande, qui, dans un geste rarement vu dans le pays, et encore moins pour un nouveau gouvernement a la tête d’une coalition hétéroclite, a poussé le chancelier Scholz à proposer un renversement complet de l’attitude historique du pays en s’engageant à une forte augmentation des dépenses de défense. D’autres pays membres de l’Union se sont engagés à investir plus en matière de défense, d’après la déclaration du sommet de Versailles.

Transformer la PAC en Pacte vert européen

Transformer la PAC en Pacte vert européen 

La politique agricole commune relève désormais de « l’anachronisme politique, économique et écologique », explique le journaliste Gilles Luneau dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune. 

 

Avec pertinence et responsabilité, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, structure son mandat politique autour du Pacte vert (Green Deal), qui se décline en dix volets, et dont l’un des principaux est la stratégie « De la ferme à la fourchette ». Son but est de mettre en place un système alimentaire durable à l’horizon 2030, avec quatre objectifs :

  • Réduire de 50 % l’utilisation des pesticides et des risques qui leur sont associés.
  • Diminuer de 20 % au moins l’utilisation de fertilisants.
  • Diminuer de 50 % les ventes d’antimicrobiens dans l’élevage et l’aquaculture.
  • Atteindre 25 % des terres agricoles en agriculture biologique.

Cette proposition a été massivement soutenue par le Parlement européen, via la résolution adoptée le 20 octobre, par 452 voix pour, 170 contre et 76 abstentions. Par ce vote, les eurodéputés, toutes familles politiques confondues, souhaitent que la Commission fixe des objectifs ambitieux à la réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture afin de diminuer de 55 % les émissions de l’Union européenne (UE) en 2030. Ce qui est dans l’esprit et la lettre du volet climat du Pacte vert.

Ce double objectif de la Commission et du Parlement n’a qu’un seul obstacle : la politique agricole commune (PAC) ! Elle est un héritage du Vieux Monde forgé dans les décombres de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide qui lui succéda. Le monde bipolaire et positiviste des « trente glorieuses ».

 

Nous devons à la politique agricole de cette époque d’avoir refondé l’Europe dans la paix et d’avoir, en subventionnant les volumes de production, regagné l’autosuffisance alimentaire de l’UE dès le milieu des années 1970, toutes productions agricoles confondues. En changeant la géopolitique mondiale, la chute du mur de Berlin et de l’empire soviétique a enivré l’Europe de croissance illimitée et sans frontières. Sous pression de l’Organisation mondiale du commerce, la PAC a alors rétribué les agriculteurs au prorata de leurs surfaces cultivées et les a mis en concurrence avec le monde entier. Ce choix a induit l’industrialisation maximale de l’agriculture.

Devenue dépendante des importations agroalimentaires, des pesticides, des engrais de synthèse, de l’énergie pétrolière, l’UE a perdu son autosuffisance alimentaire et ruiné une bonne partie de ses paysans. Ce que nombre d’économistes et d’intellectuels ont chanté comme un monde nouveau n’était que l’illusoire convulsion du même Vieux Monde se brisant sur la réalité de son bilan : une triple crise planétaire du climat, de la biodiversité et de la pandémie de Covid-19.

Urbanisme- Transformer les villes …Mais pas les mettre à la campagne !

Urbanisme- Transformer les villes …Mais pas les mettre à la campagne !

 

Un plaidoyer sur la ville durable qui dégage quand même un certain parfums de lobby qui ne conçoit l’aménagement qu’autour de l’urbanisation notamment via les métropoles. Bref, la défense du concept de croissance endogène .

Pierre-André de Chalendar est PDG du groupe Saint-Gobain, leader mondial des matériaux de construction. Il passera la main à son successeur, Benoit Bazin, le 1er juillet.

 

Engagé depuis longtemps dans la lutte contre le réchauffement climatique, il vient de publier Le défi urbain, retrouver le désir de vivre en ville (Odile Jacob), un plaidoyer pour une ville durable, que les acteurs du bâtiment doivent contribuer à construire.

Les villes ont été rattrapées par leurs défauts avec la pandémie, et leurs habitants les ont quittées. Vous continuez pourtant de croire en leur avenir. Pourquoi ?

Il n’y a pas eu d’exode urbain en tant que tel. Les gens se sont plutôt questionnés sur leur départ. La crise, agissant comme un révélateur et un accélérateur, a interrogé la densité urbaine, la suroccupation des logements, le partage de l’espace… L’inégalité face au logement n’a jamais été aussi criante. La Covid a aussi renforcé ce sentiment commun à toutes les époques : les pandémies se répandent plus vite dans les villes. Tout cela a créé un sentiment d’anxiété. Des gens sont allés se confiner hors des villes, mais ce sont plutôt les heureux du système. La ville a toujours été un lieu de désir. C’est la fête, les relations, le commerce, la richesse, la culture, la vie. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle et de la révolution industrielle qu’elle a été associée à la pollution. Les villes ne représentent aujourd’hui que 2 % de la surface de la planète, mais près de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Alors que le processus d’urbanisation ne va faire que progresser, elles vont avoir un rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Et si on veut qu’elles redeviennent un lieu de désir, il faut les transformer.

Le modèle des villes de demain est-il celui de ces villes nouvelles, connectées, mieux organisées et économes en ressources qui poussent en Corée ou en Chine ?

Je ne crois pas. On ne peut pas créer à partir de rien. Dans les villes nouvelles construites à travers le monde, seul l’exemple de Saint-Pétersbourg peut s’apparenter à une réussite. Brasilia, la capitale du Brésil, n’a pas très bien vieilli. Le pire, ce sont les villes nouvelles du général de Gaulle, construites le long des lignes de RER : Marne-la-Vallée, Evry, Cergy-Pontoise, Corbeil-Essonnes… Pourquoi ? Parce qu’elles ont été conçues comme des satellites de Paris. Il leur manquait des attributs. Ce modèle ne fonctionne pas. Il faut au contraire imaginer des villes où toutes les fonctions essentielles sont accessibles rapidement, dans l’esprit de la « ville du quart d’heure » de l’urbaniste Carlos Moreno. Le concept de métropoles ne va pas disparaître, mais elles doivent contenir plusieurs centres pour éviter ce phénomène de ghettoïsation qu’on a provoqué depuis 40 ans dans les grandes villes françaises. La ville doit retrouver une certaine mixité, renouer avec le végétal… Le bâtiment a un grand rôle à jouer dans ce nouveau paradigme, et on l’a constaté avec la croissance de nos activités de rénovation dès la fin du premier confinement.

« Il s’agira de penser à la déconstruction des bâtiments dès leur construction. En d’autres termes, les bâtiments deviendront des banques de matériaux »

Comment l’expliquez-vous ?

Le confinement a contraint les gens à passer beaucoup plus de temps dans leur logement. Leur rapport à l’habitat a radicalement changé. Maisons et appartements ne sont plus seulement des espaces de vie, mais de travail. Ce qui demande une nouvelle organisation de l’espace et fait naître un besoin de modularité… La période s’est aussi révélée propice à l’épargne. Résultat, c’est le plein boom pour Saint-Gobain, alimenté par un mouvement de fond. Dans beaucoup de pays, les gouvernements ont fait de la rénovation énergétique une part importante des plans de relance. Les moyens que chacun va consacrer à son logement vont aller croissant avec la généralisation du télétravail.

Le concept d’économie circulaire est au cœur de votre conception de la ville durable. Dans le bâtiment, il reste de gros progrès à faire : seuls 30 % des déchets du secteur sont recyclés…

Le secteur de la construction représente 40 % des déchets en volume dans le monde. C’est considérable. Utiliser des matériaux recyclés permet de pallier le problème car ils réduisent beaucoup les émissions de gaz à effet de serre. Chez Saint-Gobain, le verre ou le gypse de la plaque de plâtre, sont par exemple recyclables à l’infini. On aimerait avoir plus de ces matériaux, mais le problème réside dans leur collecte. Des progrès sont à faire, ils prendront beaucoup de temps : il s’agira de penser à la déconstruction des bâtiments dès leur construction. En d’autres termes, les bâtiments deviendront des banques de matériaux. Il faut donc organiser des écosystèmes et une filière pour récupérer et recycler ces matériaux. La tour Saint-Gobain, à la Défense, a par exemple été construite sur un ancien bâtiment qu’on a démantelé en récupérant le plus de pièces possible. Ça coûte plus cher, mais cela va dans le sens de l’histoire.

Vous avez publié, en novembre 2020 une feuille de route visant la neutralité carbone en 2050. N’est ce pas utopique pour une industrie qui consomme beaucoup d’énergie ?

L’industrie est régulièrement pointée du doigt pour son empreinte carbone et le rôle qu’elle joue dans le réchauffement climatique. Elle est peut-être le problème, mais elle est surtout la solution. 2050, ça peut paraître loin, mais dans l’industrie, c’est quasiment demain. Il faut qu’on soit capable dès 2030 d’éco-produire nos solutions dans les usines appropriées. On va dépenser environ 100 millions d’euros par an d’ici à 2030 pour parvenir à nos objectifs et trouver comment on va faire. Car tout dépendra du mix énergétique des années à venir, la part qu’y prendront l’hydrogène vert, la biomasse… Ce « zéro carbone net », c’est beaucoup plus qu’un idéal. En 2019, c’était une « aspiration », comme disent les Américains, mais aujourd’hui c’est un objectif réaliste. On a récemment lancé notre première usine de plaque de plâtre zéro carbone en Norvège. Le pays possède de nombreux barrages hydroélectriques qui produisent de l’électricité verte pas chère. Si ces objectifs ne sont pas contraignants comme peut l’être le statut d’entreprise à mission, les rémunérations variables de 2 500 cadres pourront être touchées si ceux à court terme ne sont pas atteints. Je suis assez confiant dans notre capacité à concrétiser nos ambitions. En revanche, on ne pourra pas tout faire tout seul. Les Etats doivent mettre la main à pâte.

« Un certain nombre de nos propositions ont été retenues dans le projet de loi Climat, qui reste bien fait et réalisable. Les sujets majeurs restent ceux de la lisibilité des aides, et de la dédramatisation de la rénovation énergétique » 

Depuis une dizaine d’années, les gouvernements français ont échoué à atteindre leurs objectifs en matière de rénovation énergétique. Comment passer à la vitesse supérieure ?

Les précédents objectifs étaient trop ambitieux. J’ai eu la chance de participer à une task force consacrée à la rénovation énergétique des bâtiments en juin et juillet 2020, à la demande de la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon. Un certain nombre de nos propositions ont été retenues dans le projet de loi Climat, qui reste bien fait et réalisable. Les sujets majeurs restent ceux de la lisibilité des aides, et de la dédramatisation de la rénovation énergétique. Le gouvernement a franchi une grande étape en acceptant de rénover ses bâtiments publics. En plus de donner l’exemple, il va faire des économies sur le long terme.

Quel bilan tirez-vous de vos dix années à la tête de Saint-Gobain ?

J’ai eu deux fils conducteurs : devenir la référence de l’habitat, et d’un habitat durable. Historiquement, Saint-Gobain est une entreprise de matériaux et de produits. Tout mon travail a été de passer d’une culture produit à une culture client. La dernière étape a été de changer l’organisation du groupe dans le cadre de notre plan de transformation Transform & Growpour fonctionner par pays, pour les métiers locaux de la construction. Il y a encore du travail. Le deuxième point, celui de la durabilité, ne coulait pas de source en 2007. Quand j’ai commencé à travailler sur ces questions, j’étais tout seul avec mon directeur du développement durable. Aujourd’hui, tout le monde est impliqué. Grâce à la nouvelle génération, et aux investisseurs. Depuis deux ans, l’intérêt pour le sujet est exponentiel. Lors de la présentation de nos résultats en mars, 40 % des questions des actionnaires portaient sur des sujets ESG. Tout cela me rend plus optimiste. Il est en train de se passer des choses et le groupe doit rester en avance sur ces sujets.

Transformer les villes …Mais pas les mettre à la campagne !

Transformer les villes …Mais pas les mettre à la campagne !

 

Un plaidoyer sur la ville durable qui dégage quand même un certain parfums de lobby qui ne conçoit l’aménagement qu’autour de l’urbanisation notamment via les métropoles. Bref, la défense du concept de croissance endogène .

Pierre-André de Chalendar est PDG du groupe Saint-Gobain, leader mondial des matériaux de construction. Il passera la main à son successeur, Benoit Bazin, le 1er juillet.

 

Engagé depuis longtemps dans la lutte contre le réchauffement climatique, il vient de publier Le défi urbain, retrouver le désir de vivre en ville (Odile Jacob), un plaidoyer pour une ville durable, que les acteurs du bâtiment doivent contribuer à construire.

Les villes ont été rattrapées par leurs défauts avec la pandémie, et leurs habitants les ont quittées. Vous continuez pourtant de croire en leur avenir. Pourquoi ?

Il n’y a pas eu d’exode urbain en tant que tel. Les gens se sont plutôt questionnés sur leur départ. La crise, agissant comme un révélateur et un accélérateur, a interrogé la densité urbaine, la suroccupation des logements, le partage de l’espace… L’inégalité face au logement n’a jamais été aussi criante. La Covid a aussi renforcé ce sentiment commun à toutes les époques : les pandémies se répandent plus vite dans les villes. Tout cela a créé un sentiment d’anxiété. Des gens sont allés se confiner hors des villes, mais ce sont plutôt les heureux du système. La ville a toujours été un lieu de désir. C’est la fête, les relations, le commerce, la richesse, la culture, la vie. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle et de la révolution industrielle qu’elle a été associée à la pollution. Les villes ne représentent aujourd’hui que 2 % de la surface de la planète, mais près de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Alors que le processus d’urbanisation ne va faire que progresser, elles vont avoir un rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Et si on veut qu’elles redeviennent un lieu de désir, il faut les transformer.

Le modèle des villes de demain est-il celui de ces villes nouvelles, connectées, mieux organisées et économes en ressources qui poussent en Corée ou en Chine ?

Je ne crois pas. On ne peut pas créer à partir de rien. Dans les villes nouvelles construites à travers le monde, seul l’exemple de Saint-Pétersbourg peut s’apparenter à une réussite. Brasilia, la capitale du Brésil, n’a pas très bien vieilli. Le pire, ce sont les villes nouvelles du général de Gaulle, construites le long des lignes de RER : Marne-la-Vallée, Evry, Cergy-Pontoise, Corbeil-Essonnes… Pourquoi ? Parce qu’elles ont été conçues comme des satellites de Paris. Il leur manquait des attributs. Ce modèle ne fonctionne pas. Il faut au contraire imaginer des villes où toutes les fonctions essentielles sont accessibles rapidement, dans l’esprit de la « ville du quart d’heure » de l’urbaniste Carlos Moreno. Le concept de métropoles ne va pas disparaître, mais elles doivent contenir plusieurs centres pour éviter ce phénomène de ghettoïsation qu’on a provoqué depuis 40 ans dans les grandes villes françaises. La ville doit retrouver une certaine mixité, renouer avec le végétal… Le bâtiment a un grand rôle à jouer dans ce nouveau paradigme, et on l’a constaté avec la croissance de nos activités de rénovation dès la fin du premier confinement.

« Il s’agira de penser à la déconstruction des bâtiments dès leur construction. En d’autres termes, les bâtiments deviendront des banques de matériaux »

Comment l’expliquez-vous ?

Le confinement a contraint les gens à passer beaucoup plus de temps dans leur logement. Leur rapport à l’habitat a radicalement changé. Maisons et appartements ne sont plus seulement des espaces de vie, mais de travail. Ce qui demande une nouvelle organisation de l’espace et fait naître un besoin de modularité… La période s’est aussi révélée propice à l’épargne. Résultat, c’est le plein boom pour Saint-Gobain, alimenté par un mouvement de fond. Dans beaucoup de pays, les gouvernements ont fait de la rénovation énergétique une part importante des plans de relance. Les moyens que chacun va consacrer à son logement vont aller croissant avec la généralisation du télétravail.

Le concept d’économie circulaire est au cœur de votre conception de la ville durable. Dans le bâtiment, il reste de gros progrès à faire : seuls 30 % des déchets du secteur sont recyclés…

Le secteur de la construction représente 40 % des déchets en volume dans le monde. C’est considérable. Utiliser des matériaux recyclés permet de pallier le problème car ils réduisent beaucoup les émissions de gaz à effet de serre. Chez Saint-Gobain, le verre ou le gypse de la plaque de plâtre, sont par exemple recyclables à l’infini. On aimerait avoir plus de ces matériaux, mais le problème réside dans leur collecte. Des progrès sont à faire, ils prendront beaucoup de temps : il s’agira de penser à la déconstruction des bâtiments dès leur construction. En d’autres termes, les bâtiments deviendront des banques de matériaux. Il faut donc organiser des écosystèmes et une filière pour récupérer et recycler ces matériaux. La tour Saint-Gobain, à la Défense, a par exemple été construite sur un ancien bâtiment qu’on a démantelé en récupérant le plus de pièces possible. Ça coûte plus cher, mais cela va dans le sens de l’histoire.

Vous avez publié, en novembre 2020 une feuille de route visant la neutralité carbone en 2050. N’est ce pas utopique pour une industrie qui consomme beaucoup d’énergie ?

L’industrie est régulièrement pointée du doigt pour son empreinte carbone et le rôle qu’elle joue dans le réchauffement climatique. Elle est peut-être le problème, mais elle est surtout la solution. 2050, ça peut paraître loin, mais dans l’industrie, c’est quasiment demain. Il faut qu’on soit capable dès 2030 d’éco-produire nos solutions dans les usines appropriées. On va dépenser environ 100 millions d’euros par an d’ici à 2030 pour parvenir à nos objectifs et trouver comment on va faire. Car tout dépendra du mix énergétique des années à venir, la part qu’y prendront l’hydrogène vert, la biomasse… Ce « zéro carbone net », c’est beaucoup plus qu’un idéal. En 2019, c’était une « aspiration », comme disent les Américains, mais aujourd’hui c’est un objectif réaliste. On a récemment lancé notre première usine de plaque de plâtre zéro carbone en Norvège. Le pays possède de nombreux barrages hydroélectriques qui produisent de l’électricité verte pas chère. Si ces objectifs ne sont pas contraignants comme peut l’être le statut d’entreprise à mission, les rémunérations variables de 2 500 cadres pourront être touchées si ceux à court terme ne sont pas atteints. Je suis assez confiant dans notre capacité à concrétiser nos ambitions. En revanche, on ne pourra pas tout faire tout seul. Les Etats doivent mettre la main à pâte.

« Un certain nombre de nos propositions ont été retenues dans le projet de loi Climat, qui reste bien fait et réalisable. Les sujets majeurs restent ceux de la lisibilité des aides, et de la dédramatisation de la rénovation énergétique » 

Depuis une dizaine d’années, les gouvernements français ont échoué à atteindre leurs objectifs en matière de rénovation énergétique. Comment passer à la vitesse supérieure ?

Les précédents objectifs étaient trop ambitieux. J’ai eu la chance de participer à une task force consacrée à la rénovation énergétique des bâtiments en juin et juillet 2020, à la demande de la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon. Un certain nombre de nos propositions ont été retenues dans le projet de loi Climat, qui reste bien fait et réalisable. Les sujets majeurs restent ceux de la lisibilité des aides, et de la dédramatisation de la rénovation énergétique. Le gouvernement a franchi une grande étape en acceptant de rénover ses bâtiments publics. En plus de donner l’exemple, il va faire des économies sur le long terme.

Quel bilan tirez-vous de vos dix années à la tête de Saint-Gobain ?

J’ai eu deux fils conducteurs : devenir la référence de l’habitat, et d’un habitat durable. Historiquement, Saint-Gobain est une entreprise de matériaux et de produits. Tout mon travail a été de passer d’une culture produit à une culture client. La dernière étape a été de changer l’organisation du groupe dans le cadre de notre plan de transformation Transform & Growpour fonctionner par pays, pour les métiers locaux de la construction. Il y a encore du travail. Le deuxième point, celui de la durabilité, ne coulait pas de source en 2007. Quand j’ai commencé à travailler sur ces questions, j’étais tout seul avec mon directeur du développement durable. Aujourd’hui, tout le monde est impliqué. Grâce à la nouvelle génération, et aux investisseurs. Depuis deux ans, l’intérêt pour le sujet est exponentiel. Lors de la présentation de nos résultats en mars, 40 % des questions des actionnaires portaient sur des sujets ESG. Tout cela me rend plus optimiste. Il est en train de se passer des choses et le groupe doit rester en avance sur ces sujets.

Éducation : « encore un an pour transformer le mammouth en colibri »

Un papier deMarie-Amélie Lombard-Latune   dans l’Opinion

 

Au cours du mois de juin, le ministre aura un œil sur le bac et tous les examens de fin d’année qui se tiennent dans un contexte sanitaire encore délicat. Il mettra la main à l’agenda social qui doit prolonger le Grenelle de l’Education et promet quelques tensions avec les organisations syndicales. Sans compter la perspective des régionales et départementales qui mobilisent toute l’attention d’un pilier du gouvernement comptant bien jouer un rôle de premier plan dans la campagne présidentielle.

Ses proches ont sorti leurs calculettes : le 7 septembre, Jean-Michel Blanquer battra le record de longévité d’un ministre de l’Education nationale. Au « Guinness », c’est Christian Fouchet (quatre ans, trois mois et vingt-six jours), dans le gouvernement Pompidou, qui tient jusqu’à présent la corde. Et dès juillet, Blanquer passera devant François Bayrou. Le petit jeu n’amuse qu’un temps car, vite, survient la question piège : être resté cinq ans à l’Education (à la condition d’aller au terme du quinquennat), mais pour quoi faire ? Que vendre d’un bilan percuté par la Covid et l’attentat contre Samuel Paty ? Que réaliser dans les douze mois qui restent ?

« De haut fonctionnaire ministre, il est devenu un politique ambitieux. Il veut peser dans la campagne et se projette dans l’après avec une candidature aux législatives et un ministère régalien en 2022 », note un familier. Mais d’ici là, il faut à Jean-Michel Blanquer réussir à capitaliser sur son bilan, à ne pas mettre les profs dans la rue, à ne pas perdre  « le lien privilégié » qu’il entretient, assure-t-on, avec Emmanuel Macron. Il lui faut aussi trouver l’énergie alors qu’il est déjà « essoré » après quatre ans avec « les syndicats, la gauche qui lui tapent dessus et maintenant les humoristes qui l’ont dans le collimateur ». « Jean-Michel prof de gym », au premier rang d’une séance de sport dans une école parisienne, a fait plusieurs dizaines de milliers de vues. Dans la vie réelle, ses collaborateurs le voient souvent plus agacé qu’au début, prompt à « tacler » ses interlocuteurs.

Le sanitaire a tout chamboulé du bel agenda mis en place en 2017. Après la loi « Pour une école de la confiance » et le dédoublement des petites classes en éducation prioritaire, devaient être déroulés la réforme du bac et le Grenelle de l’éducation. La première a, momentanément, rétréci dans l’essoreuse Covid ; le second a pris du retard et est encore loin de produire des effets concrets autres que les 700 millions (non négligeables) débloqués pour les salaires en 2022, ainsi qu’une promesse de « marches annuelles » qui atteindraient 500 millions d’euros.

Regrets paradoxaux. En matière de rémunération des enseignants, le ministre fixe l’objectif (vague) de « rejoindre le peloton de tête des pays de l’OCDE » et de faire en sorte qu’aucun d’entre eux ne perçoive « moins de 2 000 euros nets par mois ». Les syndicats font la moue, déplorent qu’une loi de programmation ne vienne pas graver cette amélioration dans le marbre. « Nous n’avons plus aucune garantie que l’effort se poursuivra après le départ du ministre », déplore le Snuipp-FSU, semblant presque, et pas à un paradoxe près, déjà regretter Blanquer.

Morceau avalé n’ayant plus d’odeur et les élections syndicales qui se profilent à la fin 2021 étant propices à la surenchère, il faudra aux stratèges ministériels faire preuve d’inventivité et de patience pour fixer l’agenda social issu du Grenelle. Aux questions de l’Opinion, et pour vanter l’agilité qu’il tente d’insuffler au système, le ministre répond par une formule : « Adieu le mammouth, bonjour le colibri ».

«Les profs lui reprochent de les avoir mis en danger mais, à les écouter, on n’aurait toujours pas rouvert les écoles! En revanche, les parents lui en savent gré»

Vis-à-vis des Français, c’est une autre carte qui peut être jouée : celle du « ministre-qui-s’est-battu-pour-que-l’école-reste-ouverte » pendant toute la crise sanitaire. L’argument a déjà servi cet hiver. Au sein de l’OCDE, la France a maintenu les classes en présentiel le plus longtemps. Les pédiatres alertant sur les effets délétères du confinement ont été plus écoutés que les Cassandre sanitaires.

Cette obsession, parfois contre vents et marées et, en tout cas, contre la prudence d’Olivier Véran ou de Jean Castex, sera-t-elle payante ? « Les profs lui reprochent de les avoir mis en danger mais, à les écouter, on n’aurait toujours pas rouvert les écoles ! En revanche, les parents lui en savent gré », espère son entourage. Excès d’optimisme ? Peut-être.

« Foncer ». Le patron poursuit sa route « à un train d’enfer », assure-t-on. Il dévie le moins possible de sa méthode (« foncer »), partant du principe que l’hostilité syndicale hérisse l’opinion publique. Ce qui ne lui évite pas de réduire ses ambitions. Plus question de « contreparties » à la revalorisation des enseignants, qui auraient pu prendre la forme d’une part de mérite dans la rémunération, d’une réforme des obligations de service, voire d’une annualisation du temps de travail… Des chantiers trop énormes et éruptifs pour être entrepris si tardivement. Pas le moment de se lancer « dans une discussion de marchand de tapis », a-t-il d’ailleurs balayé mercredi dernier en clôturant le Grenelle. Il n’est aujourd’hui question que de « transformation du métier d’enseignant » version rose bonbon, avec promesse de « plus de RH » et de « meilleure communication ».

Si ces suites du Grenelle passent largement au-dessus de la tête des Français, un élément peut leur parler : la continuité pédagogique qui devrait, à terme, leur assurer que leur enfant ait un prof en face de lui, et non pas un hypothétique remplaçant. « On va aussi demander aux candidats au Capes ou à l’agreg’ pourquoi ils veulent devenir prof. C’est une nouveauté. Bizarrement, la question n’était pas posée alors qu’ils sont recrutés pour trente-cinq ans… », ironise un connaisseur de la machine Education.

Bac S. La réforme du bac se relèvera-t-elle de l’épreuve de la Covid ? Deux années de suite, elle a pris du plomb dans l’aile, jusqu’à être réduite comme peau de chagrin, seuls la philosophie et le grand oral étant maintenus en juin 2021 comme épreuves finales. Le ministre est resté arc-bouté au « grand O » dont l’annulation aurait porté un coup symbolique à tout l’édifice. Les « évaluations communes », les « enseignements de spécialité » ne prennent pas encore toute leur mesure. Mais, là encore, l’optimisme est de rigueur rue de Grenelle. Déjà, plus de 50 % des lycéens choisissent une autre combinaison que la sacro-sainte « maths-physique-SVT », copie conforme de l’ancienne section S.

« Il faudra cinq ans à la réforme pour s’installer », juge l’un de ses concepteurs, Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille. En attendant, malgré la Covid, le syndicat Snes n’a pas « eu la peau du bac », comme il le promettait. Au bout du compte, c’est tout le lycée qui devrait faire peau neuve. « Ce qui sera également déterminant, c’est la façon dont l’enseignement supérieur va s’adapter et modifier ses critères de sélection », juge Anne-Christine Lang, députée LREM de Paris et ex-rapporteure de la loi Ecole de la confiance.

Le climat général reste orageux rue de Grenelle. Les quatre ans écoulés se caractérisent par « beaucoup de tensions entre les profs et le ministre », regrette Frédéric Marchand, secrétaire général de l’Unsa éducation. Témoin, le baromètre annuel du syndicat : seuls 10 % des 35 000 enseignants interrogés approuvent « les choix politiques pour l’éducation », une chute de dix points par rapport à 2018.

Des «mesurettes» d’un ministre «qui n’a pas su, comme il l’avait promis, recentrer l’Education nationale sur les fondamentaux»

A droite, Les Républicains affichent aussi leur scepticisme bien qu’ils aient du mal à trouver un angle d’attaque. Le député du Bas-Rhin Patrick Hetzel, l’un des spécialistes LR de l’éducation, critique des « mesurettes » d’un ministre « qui n’a pas su, comme il l’avait promis, recentrer l’Education nationale sur les fondamentaux ». A gauche, les flèches contre Blanquer « homme de droite » n’ont jamais cessé.

Fondamentaux. Réponse de l’entourage ministériel : côté réforme sociale, le dédoublement des classes, les « vacances apprenantes », le dispositif « devoirs faits » pèsent plus que de longs discours. Et de vanter « la hausse de 35 % du budget consacré à l’éducation prioritaire depuis 2017 ». Moins qu’avec les appareils politiques nationaux, c’est avec les associations d’élus que se fait régulièrement « le déminage ». Quitte à échanger longuement avec les maires sur les fermetures de classes, à soigner le Sénat et à cultiver la bonne entente entre le ministre et Gérard Longuet, rapporteur spécial du budget sur l’enseignement scolaire.

Les 15 % à 20 % d’élèves qui entrent en 6e sans maîtriser la lecture et l’écriture, les résultats désastreux des petits Français en maths et sciences à la dernière enquête internationale TIMMS demeurent une épine dans le pied du gouvernement. La maîtrise des fondamentaux reste « au cœur du cœur de mon action, insiste pourtant Jean-Michel Blanquer. Elle est aujourd’hui installée comme paradigme à l’école primaire. Elle fait partie, avec la réforme du bac, des sillons longs tracés depuis 2017 ». Les évaluations donnent désormais une photo de l’enfant en début et milieu de CP puis en début de CE1 : les récents résultats ont montré une (lente) amélioration.

Après ces mois chaotiques, le ministre jette un coup d’œil en arrière. « Nous avions trois récifs à contourner : faire revenir tout le monde à l’école pour cette huitième rentrée sous Covid, faire que les examens se tiennent et faire atterrir le Grenelle. » Ces derniers temps, il aime aussi dire que l’Education a réussi à « franchir le Cap Horn ». Façon de bien montrer que les cinquantièmes hurlants ne font pas peur à ce Breton par sa lignée maternelle.

« Transformer l’ industrie automobile européenne »

« Transformer l’ industrie automobile européenne »

 

Le cabinet Deloitte vient de publier une note où il recommande aux Etats et à l’Europe de redéfinir une doctrine afin de piloter la transformation de l’industrie automobile européenne. Pour Guillaume Crunelle, associé responsable du secteur automobile du cabinet d’audit, et Jean-Michel Pinto, directeur spécialisé en stratégie industrielle, le contexte de crise du coronavirus doit être une opportunité pour établir des nouvelles règles de gouvernance. Entretien. la Tribune)

 

Vous venez de publier une étude où, dans un contexte de crise et de transformation de l’industrie automobile, vous remettez au centre des enjeux le rôle de la puissance publique…

GUILLAUME CRUNELLE -  Il y a deux phénomènes qui se téléscopent: le premier, c’est un choc économique et industriel majeur induit par la crise du coronavirus; le second, c’est une transformation comportementale et technologique profonde de l’industrie automobile. C’est dans ce contexte que nous avons réfléchi aux pratiques de gouvernance qui vont être amenées à évoluer. Nous avons ainsi émis l’idée que le rapport à la mobilité était devenu majeur au point d’être élevé au rang de droit pour les citoyens. Le phénomène des Gilets Jaunes nous l’a rappelé. Il y a donc véritablement un aspect stratégique, au même titre que pour la Défense, à construire une vision d’avenir avec les pouvoirs publics sur ce que sera la mobilité de demain.

JEAN-MICHEL PINTO - Dans toutes les industries, il y a différentes phases. Dans les phases d’évolution, les États ne sont pas de bons conseillers, ils ne sont pas assez sensibles et réactifs aux microévolutions de la chaîne de valeur. Tandis que, dans les périodes de transformation, l’État peut avoir un rôle de catalyseur qui définit et structure une stratégie. Mais le rôle de l’État ne doit pas être celui qu’on imagine en France. Ici, on pense plutôt à un deus ex machina qui aide la filière à se structurer.

Selon vous, la crise du coronavirus met un point d’arrêt à cette évolution historique de globalisation et de retrait de l’État ?

GUILLAUME CRUNELLE – Il y a une séquence historique qui se clôt. Imaginer un léger retour de balancier de la localisation de la chaîne de valeur pour répondre à une problématique de résilience industrielle, n’est pas choquant. Mais il faut une vision qui doit être portée par le pouvoir public. Toute la difficulté réside dans le fait qu’on ne s’improvise pas industriel. Il faut donc trouver un bon équilibre, avec un degré de liberté suffisant pour les industriels.

JEAN-MICHEL PINTO - Il ne s’agit pas d’élever de nouvelles barrières aux frontières, mais d’établir des conditions en Europe qui favorisent l’innovation et la recherche, à la fois dans les technologies et dans les processus de production, qui sont les vrais leviers de compétitivité de demain.

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