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Une Agence nationale de la cohésion des territoires : pour quoi faire ?

Une  Agence nationale de la cohésion des territoires : pour quoi faire ?

 

 

 

A priori, Il paraît pour le moins curieux de créer une agence nationale (ANCT, Agence nationale de la cohésion des territoires ) pour favoriser le développement et la cohérence des territoires. On sait que la France souffre d’une centralisation extrême et que la responsabilité des structures locales demeure réduite. D’ailleurs sur deux nombreux champs d’activité économique, sociaux  ou sociétaux, c’est encore le préfet qui décide en dernier ressort. Une différence de taille avec peut se passer dans d’autres pays comparables comme l’Allemagne ou encore l’Espagne. En France, on crée une administration étatique supplémentaire pour favoriser le développement local. Une curieuse manière de favoriser la décentralisation. De toute manière l’agence demeurera sous la tutelle de l’État ;  pire, le préfet sera le représentant local de l’agence. L’ANCT se veut «un guichet unique» vers lequel pourront se tourner les élus locaux, porteurs de projets, qui se retrouvent souvent à l’heure actuelle dans «un maquis administratif», selon Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires. La future agence englobera le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), l’Agence du numérique et l’Établissement public d’aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux (Epareca). Pour la gouvernance de l’agence, le Sénat avait instauré la parité entre représentants de l’Etat et élus locaux, mais l’Assemblée a rétabli la majorité pour l’Etat. Au Palais Bourbon, les élus Libertés et territoires ont redit leur mécontentement quant à un «schéma jacobin» et ont voté majoritairement contre la proposition de loi, tout comme les élus PCF et LFI. Socialistes et LR se sont abstenus, jugeant qu’elle n’était «pas à la hauteur des ambitions et des attentes des élus locaux», tandis que députés LREM, MoDem et UDI se sont prononcés pour.

Territoires abandonnés: les enjeux

  • Territoires abandonnés: les enjeux

Nombre de territoires sont menacés de désertification avec la mode de la métropolisation. . Dans nombre de petites communes, il y a déjà longtemps qu’il n’existe pratiquement plus de services publics et le dernier qui semblait devoir résister, à savoir la Poste, disparaît aussi. En cause évidemment,  un  aménagement du territoire qui privilégie l’hyper concentration autour de quelques centres et qui conduit le reste à la désertification.  . La mode aujourd’hui est à la métropolisation, c’est à dire à la sururbanisation (qui constitue pourtant une  aberration environnementale) tandis que certaines  petites villes, des villages s’appauvrissent, des villes moyennes stagnent ou régressent. L’élément le plus significatif de cette désertification c’est la raréfaction de l’emploi. Du coup,  les populations sont contraintes de rechercher des embauches de plus en plus loin de leur domicile (20, 30, 50 kms). Jusqu’au  jour où elles décident de quitter leur zone d’habitat pour  rejoindre des zones plus riches en emplois et en services. Pour preuve de cette désertification : la baisse dramatique de la valeur du patrimoine immobilier. Par manque de populations,  les services rétrécissent comme peau de chagrin. Le cœur de la problématique de la désertification, c’est la disparition de l’emploi qui génère mécaniquement la fermeture des commerces et des services. La réactivation des villes moyennes, des  zones rurales défavorisées passe d’abord par une  analyse fine des réalités et de leur évolution sur longue période (emploi, PIB,  population, services etc.) ; aussi  par une prise en compte des  typologies différenciées des zones dont l’approche globale masque les disparités. Au-delà,  il convient d’agir sur les  leviers susceptibles d’abord de fixer la population active existante et d’encourager la création d’emplois. Bien entendu une  commune ne peut, à elle seule, inverser ces tendances lourdes même si elle peut intervenir utilement dans le champ actuel  de sa  responsabilité. Beaucoup de communes se préoccupent de leur développement pour autant l’environnement défavorable limite leur action (fiscalité, réglementation, transport, équipements et services). En fonction de certains scénarios économiques, sociaux et démographiques, en 2040-2050,  certains villages se transformeront en zones pour retraités voire même disparaîtront (d’autant qu’à cette date un  Français sur trois aura plus de 60 ans). L’activité économique interagit sur la qualité et le niveau des services et réciproquement. Si localement on se préoccupe légitimement des équipements et des services publics, par contre le soutien à l’emploi et à l’économie locale en particulier est plus déficient. Or en fonction du rythme de destruction  des emplois locaux, ce devrait être aussi une priorité. Encore une  fois compte tenu de la mode de la « métropolisation » ‘ pas spécifique à la France, il y a fort à parier qu’on pourra attendre encore longtemps des mesures significatives pour le développement rural des zones défavorisées. On ne saurait se limiter  à quelques dispositions certes utiles mais très insuffisantes (couverture internet, bureau de poste, quelques services …peut-être). . Parallèlement on doit aussi s’interroger sur le concept même de service public, son coût, son fonctionnement et son financement ; en effet, si le rythme de suppression des  services s’accélère, c’est notamment pour des raisons socio-économiques évoquées précédemment mais aussi à cause d’un coût que la collectivité a du mal à assumer. Ce coût explique largement que le pays détienne le double record du monde de prélèvement obligatoire et de dépenses publiques par rapport au PIB. Un record qui porte atteinte à la compétitivité donc aussi à l’emploi. Dans son acception un peu générale, la tendance est forte d’assimiler service public, secteur  public voire statut des personnels. Trois notions pourtant à distinguer. La première découle du champ régalien de l’État (ou plus généralement des collectivités)  lequel mériterait sans doute d’être mieux défini, sans doute plus restreint et en même temps mieux assumé.  Certaines tâches doivent être toujours être assumés par l’État directement mais sans nécessairement gérer directement la logistique. La deuxième confusion concernant le service public vise le statut des personnels. Si on peut comprendre par exemple  que les infirmières ou ASH soient fonctionnaires, c’est plus discutable pour les jardiniers, les menuisiers, et autres comptables. Le problème c’est qu’on résume souvent la problématique des conditions de travail par exemple du personnel des hôpitaux à celle des infirmières. La troisième dimension du service public est liée à la structure juridique qui l’effectue. Or rien n’indique que l’intérêt général doive être exclusivement assumé par le secteur public. De nombreuses fonctions d’intérêt général sont en effet exercées notamment  par voie de délégation à des organisations parapubliques ou privées (santé, transport, formation etc.) Du coup, l’amalgame des trois définitions conduit souvent en fait à masquer une défense corporatiste et coûteuse du service public qui au total porte atteinte à la qualité, à l’accessibilité et à la compétitivité de ce service. Faute de cela non seulement tout service public disparaîtra des petites communes mais nombre de fonctions d’intérêt général vont aussi s’étioler dans les petites et moyennes villes (les hôpitaux par exemple).  La problématique n’est pas simple, le service public pour certaines de ses activités constitue un atout indiscutable pour le progrès social mais aussi économique, il n’en demeure pas un  boulet financier qui hypothèque son avenir. Avant d’envisager cette réforme du service public, il sera nécessaire au préalable de procéder à une évaluation qualitative et quantitative des contenus, du fonctionnement et du coût. L’évaluation qualitative est indispensable car ce n’est par la même chose par exemple en terme d’accessibilité d’avoir la possibilité d’obtenir un rendez vous au bout de 15  jours ou au bout de 5 mois chez un cardiologue ou un ophtalmologue. Autre exemple, Ce n’est pas non plus la même chose de disposer en permanence de la 4G en téléphonie mobile et de recevoir des SMS le lendemain de leur émission dans le zones blanches ou mal couvertes. Enfin, le traitement est différent quand il suffit de  faire 500 m pour retirer 100 euros à la Poste ou de faire 40 kms.

Territoires abandonnés : des cadeaux aux maires pour calmer la colère

Déserts économiques : des cadeaux aux maires pour calmer la colère

 

À défaut de vraie revitalisation des territoires abandonnés, le gouvernement va passer de la pommade aux maires afin notamment de garantir « une véritable formation, une protection juridique et un accompagnement professionnel et familial ». Bref au lieu de soigner les déserts économiques, on va d’abord orienter les soins en direction des élus y compris en envisageant une amélioration de leurs conditions matérielles. Bref un peu comme si pour résoudre les problèmes économiques de la France, on commençait  par améliorer les conditions de vie et de travail des députés. Par ailleurs des groupes de travail sur l’avenir des territoires seront mises en place, aussi des conférences d’élus. Bref des rapports et du bla-bla en perspective alors que l’urgence serait à la fois de redynamiser le tissu économique et les services publics. Il s’agira notamment faciliter l’exercice du mandat d’élu local et de valoriser l’expérience politique dans un parcours professionnel ainsi que d’accompagner vers la reconversion. Autre exemple de cette fausse réanimation des territoires délaissés. Les préfets de région animeront avec les préfets de département et les chefs de service régionaux de l’État  »une instance dédiée aux réorganisations des implantations de services publics ». Notons que Macron avait pourtant déclaré que pas une école et pas un service public ne pourrait être supprimé sans l’avis du maire ! En France le centralisme fait confondre sans doute les responsabilités de l’administration et de l’élu, sans parler de la confusion entre les intérêts de cet élu et ce de la collectivité.

 

Territoires ruraux : un oligarque pour mener la réforme

Territoires ruraux : un oligarque pour mener la réforme

Le gouvernement a choisi un vrai rural pour s’occuper de la réforme des territoires en voie de désertification. C’est le député (LREM) de la 2e circonscription d’Indre-et-Loire, Daniel Labaronne, qui  a été choisi par le Premier ministre pour mettre en place «  l’agenda rural ». L’intéressé est effectivement maire d’une petite commune mais en réalité, ce fonctionnaire professeur d’université a déjà pas mal de kilomètres au compteur comme politicien. Voilà déjà presque 40 ans qu’il court après un mandat électoral à Tours  et dans  des petites localités. Plutôt de gauche il s’est maintenant converti au libéralisme macronien, une évolution classique avec l’âge et la crainte de voir s’éloigner toute perspective de destin national. On peut légitimement s’interroger sur ce concept d’agenda rural qui ne signifie pas grand-chose. Macron a parlé de ruralité, de décentralisation et de différenciation mais sans donner de contenu assez à ces définitions. La vérité c’est que dans ces zones rurales le tissu économique disparaît progressivement. D’abord Le tissu agricole qui génère de moins en moins d’emplois, ensuite le tissu industriel et artisanal qui justement permettait de fixer les populations. Et pour couronner le tout la disparition progressive des services publics à commencer par la poste ou les mairies elles-mêmes. À la fin, ce sont des commerces qui ferment leurs portes. C’est la grande logique de la concentration urbaine avec à son apogée : la métropole isolation. On voit donc mal ce que pourrait apporter un n’agenda rural. Pour porter sur quel champ d’activité économique, sur quel champ d’intérêt général. En outre on confond les territoires ruraux proches de grandes villes qui en fait sont les nouvelles banlieues avec les territoires ruraux éloignés de des grands centres urbains. Dans ces territoires, mêmes les médecins généralistes disparaissent et quand on construit une maison de santé cela n’augmente pas le nombre de praticiens. Déjà missionné par la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales Jacqueline Gourault sur ce sujet, le parlementaire y travaille depuis fin mars avec les présidents des associations des maires ruraux de France (AMRF) Vanik Berberian et Nouvelles Ruralités Patrice Joly, ainsi qu’avec les maires (UDI) Pierre Jarlier et (LREM) Cécile Gallien.

Aménagement des territoires et Internet : pas pour les zones rurales isolées !

Aménagement des territoires et  Internet : pas pour les zones rurales isolées !

 

Les associations de collectivité entendent protester contre les obstacles mis au développement du haut débit notamment à travers des difficultés de financement. Il semble en effet se confirmer que le haut débit sera surtout développé dans les zones denses et que pour le reste les collectivités devront faire appel à des opérateurs et à  des financements privés. Ces collectivités ne devraient pas être surprises car récemment le premier ministre a clairement fait entendre que le câble était destiné aux zones denses et que pour le reste il y aura la possibilité d’utiliser d’autres technologies comme le satellite aux frais  de l’utilisateur avec une allocation de leurs 150 € (ce qui est très loin de couvrir les frais d’installation). Aussi d’utiliser la technique de téléphonie 5G. La promesse de relier chaque Français au câble d’ici 2022 paraît donc complètement illusoire. D’où la protestation des associations :

« Bon nombre de collectivités qui ont fait le choix des RIP (qui permet de solliciter le guichet France très haut débit)  ne peuvent toujours pas accéder aux financements promis par l’État depuis 2017, fustigent-elles dans leur communiqué. Elles sont entravées aujourd’hui dans la poursuite de leurs projets. L’État répète à longueur de temps que les collectivités ont le choix. Les associations les représentants confirment hélas ce qu’elles disent depuis plus d’un an : elles n’ont le choix qu’entre un Amel et un Amel. »

Or les collectivités ont la dent dure contre ce dispositif, sur lequel l’Etat compte pour économiser des deniers publics – puisque dans ce cas, les réseaux sont entièrement financés par le secteur privé.

« Quant aux Amel, qui étaient censés faire faire des économies d’argent public et accélérer les déploiements FttH [fibre jusqu'à l'abonné, NDLR], les territoires concernés sont aujourd’hui dans l’expectative, poursuit le communiqué. Le Premier ministre, qui devait valider les premiers AMEL au début de l’été 2018, n’en a encore signé aucun. Pire, seuls deux avis – assortis de nombreuses réserves – ont été rendus par l’Arcep [le régulateur des télécoms, NDLR] sur les sept Amel officiellement recensés. Les collectivités qui ont positivement répondu pour certaines depuis huit mois se voient abandonnées en rase campagne – sans que l’on sache précisément ce qui bloque – sans calendrier ni perspectives. »

En conséquence, les associations de collectivités « demandent que dans un court délai, l’Etat annonce un calendrier engageant de réouverture du guichet France THD à court terme d’une part, et d’autre part l’arrêt immédiat de la promotion active du dispositif des Amel tant que le Premier Ministre n’aura pas exprimé sa décision s’agissant des sept premiers dossiers en souffrance ». Elles craignent que si la situation reste comme telle, de nombreux territoires se retrouveront sans Internet à très haut débit d’ici à 2022. Ce qui sonnerait l’échec de l’objectif du gouvernement d’apporter à cette date une connexion ultra-rapide à tous les Français.

 

Revitaliser les territoires oubliés (Jean Viard)

Revitaliser les territoires oubliés (Jean Viard)

 

Une interview du  sociologue Jean Viard pour revitaliser les territoires oubliés (hors métropoles) parue dan la Tribune ;(extraits)

 

Quel diagnostic portez-vous sur la crise des « Gilets jaunes » et qu’attendez-vous du « Grand débat national »?

JEAN VIARD - La partie de la population en révolte est essentiellement constituée du monde rural en voie de désertification, et du grand périurbain, un monde pavillonnaire, haut lieu de la réussite des Trente Glorieuses. Territoires populaires, actifs et retraités confondus. Ce grand débat devrait mettre en valeur le fait que personne n’a de projet pour ces territoires où vit la majorité de la population dans nos grands pays développés.

Sur les ronds-points se trouvent les petits-enfants et les enfants de ceux qui ont quitté la campagne après-guerre, ou sont arrivés en France dans la première moitié du siècle dernier, et qui ont voulu continuer à maîtriser leurs destins en s’installant dans le monde pavillonnaire. La révolution numérique et la pression écologique ont marginalisé leurs projets qui se retrouvent à contretemps. Ils sont en manque d’espérance, de « désir d’avenir » comme le disait Ségolène Royal lors de sa campagne à l’élection présidentielle en 2007. Les politiques publiques n’ont jamais réfléchi à un projet pour ces urbains-là, je les appelle des « extras urbains ». Et cela est vrai en France comme aux États-Unis ou en Angleterre.

Dans les grandes métropoles, la politique est incarnée par de grands élus. Là, rien. Les millions d’habitants de ces territoires ont de trop nombreux élus mais qui ne sont pas à l’échelle de la société moderne de mobilité et de communication. D’ailleurs, les « gilets jaunes » les ignorent. Pourquoi n’a-t-on jamais créé de grandes surfaces de services publics avec La Poste, les impôts, des centres culturels… comme on a créé 12 000 grandes surfaces commerciales et 50 000 ronds-points ? Pourquoi la carte démocratique n’a-t-elle pas accompagné celle du commerce ? Pourquoi avoir tué les centres des petites villes avec un trop-plein de grandes surfaces et gardé toutes ces micro-communes et ces micro-écoles dans un empilement coûteux et illisible ?

Or, la révolution écologique sera d’abord locale, liée aux situations particulières des territoires et des régions. La révolution écologique doit être girondine pour être efficace et unifier par un haut débit généralisé pour être tous sur la Toile. Produire de l’énergie, taxer l’essence, fixer le Smic, réorganiser le territoire à l’échelle des bassins de vie… sont les enjeux prioritaires devant nous. Le jacobinisme ne sait pas porter la révolution écologique. La taxe carbone l’a démontré. Il faudrait que sorte de ce débat une révolution de la pensée du territoire non métropolitain. Là est la vraie crise de notre modèle démocratique.

Je crois à la densification du périurbain, à sa réorganisation démocratique, au choix à faire, territoire par territoire, de se réorganiser autour d’une grande surface ou d’une ville moyenne. Favorisons la création de valeur en densifiant les zones pavillonnaires. Il faut sacraliser les terres arables et au lieu de leur prendre 1100 hectares par semaine, mettre en vente 1 100 hectares des zones pavillonnaires existantes en enrichissant les petits propriétaires dont le terrain est trop grand… La densification du périurbain peut en effet être une solution en ce sens.

Dans le rural profond, que certains quittent, renforçons les résidences secondaires pour créer de la richesse par le foncier. Le coût exorbitant du foncier et des loyers en France est une des causes majeures de la paupérisation des milieux populaires. Si le grand débat arrive à casser les certitudes technocratiques et le carcan communal actuel, alors il peut être utile. Et une démocratie locale rénovée et participative pourra alors remonter vers le national. Sinon, la démocratie directe nationale ne pourra qu’être antidémocratique.

Comment définiriez-vous la réciprocité des territoires ?

Nous vivons un moment d’accélération fulgurante des mutations sociales et spatiales. Le territoire non-métropolitain a un sentiment profond d’abandon, et ce partout dans le monde. Là où il y avait une relation plus égale il y a encore dix ans, les métropoles ont pris une telle avance que les autres lieux ont l’impression d’être dans l’ombre. Rien qu’en termes de PIB, les dix métropoles françaises pèsent 61 %. Si la situation est plus équilibrée en termes de consommation et de démographie, le sentiment de déséquilibre, lui, se renforce. Là est sans doute la nouvelle frontière de l’affrontement politique dans nos sociétés.

Avant, disons avant 1789, nous étions dans une société d’ordres et de paroisses, puis nous sommes passés à une société de classes sociales et de quartiers. Chaque fois, il y avait des logiques congruentes de métiers, de lieux, de liens sociaux et de convictions. Aujourd’hui, les élites sont hypermobiles et souvent birésidentes, les ouvriers, les employés sont massivement devenus propriétaires dans le périurbain, et l’ancien « quartier ouvrier » est devenu « quartier » tout court de métissage et d’arrivants, tenu par la politique dite « de la ville ». Nos systèmes politiques de structuration par classes, et imaginaires de classes et conflits de classe, se sont alors profondément défaits. Le peuple avec ses règles et ses codes est redevenu foule - comme disait Victor Hugo - une foule mobile, individualisée.

Dix ans après la crise de 2008, les élites qui y ont conduit le monde sont disqualifiées, les peuples se vengent. Et cette foule rue dans les brancards, refuse les compétences reconnues, rejette les élites et cherche des leaders qui lui ressemblent ou, en tout cas, font semblant de lui ressembler. L’incompétence peut alors devenir un atout. Je pense à l’Italie ou à Trump. Cela vient de ce que nous nous trouvons face à une immense redistribution des systèmes d’appartenance sociétaux, culturels et politiques qui est la base des phénomènes « populistes » que nous observons partout. Mais cette redistribution est accélérée par la sortie de crise qui pousse à un « puissant dégagisme » et en même temps, en dix ans, la révolution numérique et collaborative a créé de nouveaux clivages, éloigné les métropoles du reste des sociétés et concentré la richesse à l’intérieur de celles-ci. La crise de 2008 ne peut être pensée sans la création de Twitter en 2007 qui marque vraiment la numérisation du monde. Quatre milliards d’humains y sont aujourd’hui connectés ! Partout on tente de casser « le vieux monde ». Dans une société où le travail ne représente plus que 10 % de la vie (au lieu de 40 % il y a un siècle) les liens « sociaux » sont devenus minoritaires face à toutes les autres appartenances (de quartiers, d’origines, de croyances, pratiques sociétales, sportives, sexuelles…). La fin du modèle de la ville sédentaire et industrielle a mis la société en mobilité, en discontinuité, bouleversant les lieux et les liens. Des systèmes « archaïques », comme ceux reposant sur une religion, ont même parfois repris le dessus. L’islam revendique sa juste place, les diversités sexuelles ou culturelles également.

Comment, dans ce cas, faire en sorte que les territoires se parlent ?

D’abord il faut faire le diagnostic de la fin de la société précédente, celle des classes et des quartiers par classe. Après, il faut comprendre les appartenances par familles-tribus, origines, croyances et mener des politiques pour redonner du sens politique aux lieux : penser un droit à la métropole pour chacun, multiplier les communes dans les grandes métropoles. Je plaide, ainsi, pour que Le Mirail, cité au cœur de Toulouse qui compte 60. 000 habitants, devienne une commune indépendante, et ce, afin qu’elle se structure par le politique et ses élus, obtienne un commissariat de police, une caserne de pompiers…

De même, tous les étudiants devraient travailler un à deux jours par semaine. C’est dépassé d’apprendre les codes du travail à la sortie des études. Dans la vraie vie, 92 % des premiers CDI se décrochent à 28 ans et le premier bébé arrive à 30 ans. D’autant qu’entre 1968 et 2018, nous sommes passés de 600 .000 à 3 millions d’étudiants. Je plaide donc pour que ce groupe central, âgé de 16 à 26 ans, bénéficie d’un revenu universel. Cela recrée une unité – le voyage étant intégré au projet – et, surtout, cela permet aux jeunes de rentrer dans le film.

Dans un monde fini, où il n’y a plus de terrains à conquérir, et en même temps,  une société très mobile et interconnectée, une égalité des territoires est-elle possible ?

La politique a toujours été l’art de gérer les frontières. Dorénavant, elle s’occupe du temps et du futur : l’écologie, l’espérance de vie… C’est pourquoi je suis contre l’égalité des territoires, car je ne sais pas ce que cela signifie. En revanche, il faut répondre à l’égalité des attentes. La ville de Metz, où je me trouvais dernièrement, est à proximité de l’Allemagne, de la Belgique et du Luxembourg, mais n’a pas de façade maritime. Cette ville doit donc accepter de créer un lien avec le Sud, par exemple avec des vols low-cost. Il faut penser la rencontre de Haussmann, du Club Med et de la culture Jack Lang. La culture doit en effet sortir des monuments et aller dans la rue. Dans le Var, Draguignan l’avait compris en demandant aux chauffeurs de transports scolaires de travailler un soir par semaine pour emmener les gamins au théâtre, en boîte de nuit ou au stade Vélodrome. Pensons Nuit blanche, Fête de la Musique  !

Les Trente Glorieuses avaient construit un modèle de stabilité mariage-CDI-propriété. Nous sommes entrés dans une société de mobilité fondée sur la discontinuité choisie. Car plus la vie s’allonge, plus nous pouvons à tout instant changer de vie, de convictions, de lieux, d’amour ou d’emploi. Il faut initier les plus fragiles à cette mobilité tout en gardant le « sac-à-dos social » afin qu’ils conservent leurs droits et avantages acquis. En parallèle, les retraités sont devenus le cœur du lien social, car ils tiennent les associations, les solidarités familiales et les communes. Sans eux, nos sociétés se déferaient.

Il y a de moins et moins de paysans, mais toujours plus d’agriculture 2.0 et de fermes urbaines, de même que la nature est réintroduite en ville avec la végétalisation des bâtiments. Le sursaut rural va-t-il trouver son salut en ville en lui apportant de la nourriture et de l’énergie ?

L’avenir de la planète n’est pas le jardin d’Eden où un couple se dispute la pomme d’Adam. L’agriculture urbaine c’est bien, mais au maximum cela représentera, d’après les spécialistes, 3% de nos besoins. La première chose à faire est de sanctuariser les terres arables et d’arrêter de les consommer comme terre à bâtir. Il faut  les sacraliser et les rendre inconstructibles, car elles nous nourrissent et produisent de l’énergie, de l’air comme de l’eau. L’agriculture.com, que j’appelle de mes vœux, est une agriculture hypertechnologique qui est capable de préserver les équilibres de la nature.

Et entre terres arables et métropoles, se situe la France à mettre en chantier et en projet, la France dite périphérique et les banlieues, construites suite à la décolonisation et en réponse à l’industrialisation. Il faut penser « le quartier » comme passage, et le renommer, comme dans le reste du monde, « faubourg » qui a vocation à devenir un quartier de ville ou à fabriquer les urbains de demain. Et il faut trouver un modèle écologique à la France périphérique qui est le cœur de la France du travail, avec la maison Phénix et les deux voitures qui roulent au diesel. Il faut densifier et inventer le pavillon à énergie positive pour faire rouler les voitures. Les rêves populaires doivent devenir nos rêves plutôt que de les rejeter, car nous avons changé de modèle. Si vous sanctuarisez légalement les territoires agricoles, le périurbain n’aura pas d’autre choix que de se densifier.

Mon modèle est : la maison indépendante en énergie avec une éolienne sur le toit qui recharge votre véhicule électrique. Les jardins domestiques produisent déjà près de 40 % des fruits et des légumes consommés. En effet, le week-end, cet habitant cultive son potager, se déplace moins car, en plus de ses activités culturelles, sportives ou spirituelles, il reçoit chez lui. C’est ce que j’appelle « la civilisation du barbecue », la civilisation du lien social.

Vous proposez d’ailleurs de créer des offices fonciers agricoles régionaux pour assurer une retraite décente à ces populations…

Il faut créer de la valeur en dehors des métropoles. Tout propriétaire de maison individuelle devrait pouvoir construire un studio au fond de son jardin sans permis à condition qu’il accueille un étudiant ou vende la moitié de son terrain. Et pareillement nous ne pourrons protéger les terres arables qu’en créant de la valeur.

Par conséquent, séparons la question de l’avenir du paysan de celle de la terre et s’il n’y a pas de repreneurs, prenons ces terres en viagers publics. Si un champ n’a pas de paysan, que soient menées des expériences ou des expérimentations. Il existe d’ailleurs déjà des endroits où des jeunes encadrés par un tuteur s’activent sur quelques hectares. La survie de l’humanité impose de sauver la terre arable. Ce serait formidable en termes de biodiversité et de bien commun. 50% de la terre française est une terre arable. C’est indispensable pour la survie alimentaire et énergétique de notre pays.

Jean Viard, né en 1949 à Metz, est sociologue et directeur de recherches au Centre de recherche politiques de Sciences-Po Paris (CEVIPOF). Spécialiste des temps sociaux (vacances, 35 heures), de l’aménagement du territoire (agriculture) et des comportements politiques, il dirige Les Editions de l’Aube, chez lui à La Tour-d’Aigues.

Richard Ferrand veut réorganiser les territoires : au secours !

Richard Ferrand veut réorganiser les territoires : au secours !

 

Le sulfureux Richard Ferrand actuellement président de l’Assemblée nationale veut réformer l’organisation de la république dans les territoires. Cela avec de nouveaux pouvoirs de commandement pour les préfets et sous-préfets. Bref une sorte de recentralisation locale pour l’État. Pour équilibrer,  Richard Ferrand propose de donner la liberté aux collectivités locales pour leur donner toute liberté de s’organiser. Et de proposer une France à la carte où  les communes pourraient se regrouper si elles en éprouvent l’envie de même pour les départements. Bref, une jolie pagaille en perspective dans un millefeuille administratif et politique déjà complètement incohérent. Pas étonnant de la part heureux Richard Ferrand qui a tendance à confondre l’intérêt général et son intérêt personnel. . On se souvient que le tribunal de Brest avait enterré l’affaire Ferrand  notamment aux motifs de la prescription de certaines infractions. Pas vraiment un blanchiment!  Justement. L’association Anticor conteste la prescription des faits qui ont permis de classer sans suite le dossier. L’association a donc  déposé plainte pour relancer l’enquête sur le chef de file des députés LREM. Elle vise à obtenir la désignation – quasi-automatique – d’un magistrat pour enquêter sur l’affaire du bien immobilier acquis par la compagne de Richard Ferrand et loué aux Mutuelles de Bretagne, dont il était alors le directeur général. La plainte porte sur des faits présumés de « prise illégale d’intérêts », et recel et complicité de ce délit.  Le parquet de Brest avait annoncé le 13 octobre le classement de l’enquête, au regard notamment de la prescription de cette éventuelle infraction. « Nous attendons l’ouverture d’une instruction, pour qu’il y ait un procès, car nous ne sommes pas d’accord avec l’analyse du procureur de la République de Brest », a déclaré Jean-Christophe Picard, président de l’association. Après le classement sans suite, Anticor s’est tourné vers le pôle financier de Paris en raison de sa compétence nationale sur les affaires « d’une grande complexité ». Dans un des volets de l’affaire, un possible délit de prise illégale d’intérêts, le procureur de Brest Jean-Philippe Récappé reconnaissait que le parquet « aurait pu envisager l’ouverture d’une information judiciaire ». Mais il s’est avéré que « l’infraction éventuelle » était « prescrite » depuis le 19 juin 2015, selon les règles de prescription (trois ans) alors en vigueur, avait-il expliqué. Richard Ferrand, soutien de la première heure d’Emmanuel Macron, s’est toujours défendu de tout conflit d’intérêts. Dans l’affaire en question, révélée par le Canard enchaîné, Richard Ferrand, 55 ans, est soupçonné d’avoir profité de sa fonction pour favoriser sa compagne, l’avocate Sandrine Doucen, à l’époque où il était directeur général (1998-2012) des Mutuelles de Bretagne et élu local PS. En 2011, cet organisme à but non lucratif, qui cherchait à louer des locaux pour installer un centre de soins à Brest, avait choisi la proposition d’une société civile immobilière (SCI) appartenant à 99 % à Sandrine Doucen, parmi trois offres. Un bien acquis pour un prix de 375 000 euros, « financé » par les loyers versés par les Mutuelles de Bretagne, selon la plainte d’Anticor. Un petit boni de l’ordre de 800 000 euros pour la compagne de Ferrand qui a sûrement envie aussi de placer la justice sous l’autorité des préfets !

 

« Prendre aux territoires riches pour donner aux territoires pauvres »

« Prendre aux territoires riches pour donner aux territoires pauvres »

C’est le souhait de François Durovray, Président du département de l’Essonne dans une tribune au Monde (extraits)

 

«  Je me sens la responsabilité d’apporter une contribution à la résolution de la crise actuelle et de porter la voix des territoires. D’autant plus que mon territoire est un concentré des « trois France » : les intégrés, les invisibles, et les inutiles. Les désespérances à Boutervilliers et aux Tarterêts y côtoient l’excellence à Saclay. Ces situations sont intolérables dans un pays qui s’est construit sur le principe d’égalité. Ce que nous disent nos concitoyens, c’est qu’ils ne trouvent plus leur place dans le village et qu’ils n’acceptent pas de sortir de l’histoire. C’est un appel au politique avec un grand P car c’est à lui de définir un destin collectif par la conjugaison des destins individuels. La foule n’est pas le peuple : c’est au politique de faire société.  Or, la politique n’est pas seulement décriée. Elle est perçue inutile face aux puissances financières et médiatiques, face aux puissances étrangères qui se moquent des règles environnementales ou de concurrence. Je suis pour ma part convaincu qu’il ne peut exister de démocratie vivante sans pouvoir politique solide. Et les peuples voisins nous ont démontré qu’une démocratie inefficace conduit à la démocratie (un régime qui, sous l’apparence d’une démocratie, fonctionne en réalité comme une dictature). Parmi toutes les urgences posées dans le cadre du grand débat national, il en est une qui concerne la place de la politique dans notre société. Cette question peut être tranchée de deux façons. La première est de prendre le risque de la fuite en avant, en détricotant un peu plus la force d’une démocratie représentative par le gouvernement de l’émotion. La seconde est de saisir l’opportunité d’une refondation en s’appuyant sur nos fondamentaux. Notre pays s’est construit sur la force de trois niveaux de collectivités. Créations révolutionnaires, la commune et le département ont dans leur ADN la cohésion sociale et territoriale. Mais l’Etat les a amputés financièrement par la baisse des dotations et juridiquement par la réduction de leurs compétences. Plus récente, la région a dans son ADN la compétition et la croissance territoriale. Dans un pays ouvert comme la France, elle joue pleinement son rôle pour faire émerger des champions et créer de la richesse. L’Etat, qui devrait à la fois être garant de la cohésion et pleinement engagé dans la compétition, a quant à lui abandonné tout volontarisme politique … ».

Mais au-delà de la répartition des produits de la fiscalité, il y a la mode de la métropolisation qui  risque d’aboutir à un aménagement du territoire composé d’un côté d’une dizaine de villes de plus d’un million d’habitants concentrant une majorité d’emplois et de l’autre des zones en voie de régression voire  de désertification. Un non-sens non seulement économique et social mais aussi environnementale et sociétal. En effet l’hyper concentration qui génère effectivement une croissance endogène provoque aussi des dégâts humains et environnementaux catastrophiques. Les créations d’emplois se en effet concentrent depuis une dizaine d’années sur les aires urbaines de plus de 500.000 habitants, zones où l’on trouve les métiers les plus dynamiques – notamment les postes de cadres - au détriment des villes petites et moyennes, constate une étude de France Stratégie. Au total, c’est une douzaine de métropoles régionales qui se partagent quasiment la moitié (46%) des emplois, dont 22% pour Paris et 24% en province. Et ce marché de l’emploi à deux vitesses se creuse. La situation est inédite: entre en 1968 et 1999, la croissance de l’emploi profitait à l’ensemble du pays… avant que les territoires ne se différencient de plus en plus, et que la fracture ne se transforme en fossé entre 2006 et 2013. C’est durant cette période que les aires urbaines de plus de 500.000 habitants ont massivement créé des emplois alors que les villes moyennes, les petites villes et les communes isolées ont subi des pertes, observe l’organisme placé auprès du Premier ministre. Ce phénomène a un nom: la «métropolisation». Or cet aménagement du territoire qui privilégie l’hyper concentration autour de quelques centres conduits le reste à la désertification.  . La mode aujourd’hui est à la métropolisation, c’est à dire à la sururbanisation (qui constitue pourtant une  aberration environnementale) tandis que certaines  petites villes, des villages s’appauvrissent, des villes moyennes stagnent ou régressent. L’élément le plus significatif de cette désertification c’est la raréfaction de l’emploi. Du coup,  les populations sont contraintes de rechercher des embauches de plus en plus loin de leur domicile (20, 30, 50 kms). Jusqu’au  jour où elles décident de quitter leur zone d’habitat pour  rejoindre des zones plus riches en emplois. Pour preuve de cette désertification : la baisse dramatique de la valeur du patrimoine immobilier. Par manque de populations,  les services rétrécissent comme peau de chagrin. Le cœur de la problématique de la désertification, c’est la disparition de l’emploi qui génère mécaniquement la fermeture des commerces et des services. La réactivation des villes moyennes, des  zones rurales défavorisées passe d’abord par une  analyse fine des réalités et de leur évolution sur longue période (emploi, PIB,  population, services etc.) ; aussi  par une prise en compte des  typologies différenciées des zones dont l’approche globale masque les disparités. Au-delà,  il convient d’agir sur les  leviers susceptibles d’abord de fixer la population active existante et d’encourager la création d’emplois. Bien entendu une  commune ne peut, à elle seule, inverser ces tendances lourdes même si elle peut intervenir utilement dans le champ actuel  de sa  responsabilité. Beaucoup de communes se préoccupent de leur développement pour autant l’environnement défavorable limite leur action (fiscalité, réglementation, transport, équipements et services). En fonction de certains scénarios économiques, sociaux et démographiques, en 2040 certains villages se transformeront en zones pour retraités voire même disparaîtront (d’autant qu’à cette date un  Français sur trois aura plus de 60 ans). L’activité économique interagit sur la qualité et le niveau des services et réciproquement. Si on se préoccupe légitimement des équipements et des services publics, par contre le soutien à l’emploi et à l’économie locale en particulier est plus déficient. Or en fonction du rythme de destruction  des emplois locaux, ce devrait être aussi une priorité. Encore une  fois compte tenu de la mode de la « métropolisation » ‘ pas spécifique à la France, il y a fort à parier qu’on pourra attendre encore longtemps des mesures significatives pour le développement rural des zones défavorisées. On ne saurait se limiter  à quelques dispositions certes utiles mais très insuffisantes (couverture internet, bureau de poste, quelques services …peut-être.

« Cahiers de doléances » : justice sociale et abandon des territoires

« Cahiers de doléances » : justice sociale et abandon des territoires

D’après les cahiers de doléances des maires ruraux de France, les revendications les plus souvent exprimées concernent la justice fiscale et sociale. La rémunération des élus et des hauts-fonctionnaires, ainsi que leurs privilèges, sont pointés du doigt. Les réclament le retour de l’ISF, la renationalisation des autoroutes ou encore la taxation des transactions financières. Un « ras-le-bol fiscal » apparaît clairement : la taxe carbone, la TVA sur les produits de première nécessité, les niveaux du Smic comme des pensions de retraite sont très critiqués. . Ces « cahiers de doléances » font également remonter un besoin de davantage de démocratie participative et de transparence, alors que le système actuel est jugé injuste et incompréhensible. Des contributeurs pointent le manque de lisibilité de l’organisation territoriale et de représentativité des élus. Ils réclament la mise en place de scrutin à la proportionnelle, la suppression du Sénat et l’instauration du vote blanc. Revient aussi l’une des revendications phares des « gilets jaunes » : la mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne. Les participants regrettent que la France rurale soit « sacrifiée », pointant la disparition progressive de certains services publics, la désertification médicale et la réduction de la vitesse sur les routes secondaires à 80km/h. La baisse du pouvoir d’achat, l’absence d’ascenseur social sont également mentionnés. Certains dénoncent aussi l’immigration incontrôlée qui, selon eux, engendrerait une « perte d’identité » et des « dépenses sociales supplémentaires ».

Reconquérir les territoires perdus de la république ! (Christophe Castaner)

Reconquérir les territoires perdus de la république ! (Christophe Castaner)

Castaner, nouveau ministre de l’intérieur, reprend à son compte l’objectif de reconquête des territoires perdus défendus par Gérard Collomb. Reste à savoir si Castaner sera davantage entendu par Macon que l’ancien ministre de l’intérieur. On se souvient en effet que Macron avait enterré sans ménagement le plan banlieue de Borloo. Un plan banlieue qui visait à rétablir la sécurité en développant la formation, l’insertion professionnelle et l’activité économique Interview du JDD.

 

En quittant ce ministère, Gérard Collomb a évoqué des « narcotrafiquants, des islamistes radicaux » qui feraient « la loi » dans des cités et envisagé « que demain on vive face à face ». Vous êtes d’accord ?
Gérard Collomb avait dit cela bien avant de démissionner et il a raison : il y a une situation de tension extrême et une grande violence dans certains quartiers. Il s’est battu pour mettre en place des solutions en obtenant un budget dynamique et en créant, justement, la police de sécurité du quotidien et les « quartiers de reconquête républicaine ». Quand vous mettez trente policiers de plus dans un quartier, ça change tout – des policiers que j’ai rencontrés sur le terrain me l’ont dit. Et je ne parle pas de remplacements de fonctionnaires à la retraite, mais bien de 30 policiers de plus. Partout où l’on voit que la République recule, il faut agir. Reconquérir mètre carré par mètre carré la souveraineté républicaine. Ce sera un combat. Je le mènerai et nous le piloterons ensemble avec Laurent Nuñez.

Vous êtes partisan d’une politique d’immigration musclée?
J’assume une politique ferme contre l’immigration irrégulière. Nous devons tout faire pour empêcher la création et la reconstitution des campements illicites. À Grande-Synthe, des passeurs tiennent 1.500 personnes dans des conditions de vie scandaleuses. Je mettrai fin à cette situation, quitte à ordonner des évacuations, en lien avec les collectivités locales. Mais pour que notre politique soit crédible, il faut aussi réussir l’intégration des réfugiés.

 

 

Un nouveau groupe, « Les déçus du territoires », créé à l’Assemblée

Un nouveau groupe, « Les déçus  du territoires », créé à l’Assemblée

Un nouveau  groupe parlementaire transcouranat à l’Assemblée nationale baptisé “Libertés et territoires”, L’objectif est de faire entendre davantage la voie des territoires à un moment où la mode de l’aménagement du pays vise à concentrer sur 15 ou 20 métropoles 90 % de la population. Un groupe qui veut représenter cette France dite périphérique dont une grande partie est condamnée à la désertification du fait du dépérissement économique et de l’abandon progressif de tous les services publics y compris dans la santé. Bref, une France qui ne se retrouve pas forcément dans la culture des cadres bobos de start-up qui ne voient le développement économique qu’à travers les services, le numérique et la croissance endogène des super concentrations urbaines. “Ce n’est pas un groupe de plus, c’est un groupe qui va être utile, de 16 députés”, a déclaré à Reuters le centriste (UDI) Philippe Vigier, co-président de la nouvelle formation aux côtés du radical Bertrand Pancher. “Des hommes et des femmes qui ont décidé de s’unir pour que leurs voix portent plus, pour que leurs voix soient entendues, pour que les territoires soient entendus”, a-t-il ajouté. “Nous sommes un groupe de propositions et de solutions qui s’opposera frontalement lorsqu’il y aura des mauvais chemins et des mauvaises réformes, qui soutiendra si jamais il y a des textes qui vont dans le bon sens”. A son image, plusieurs membres de ce nouveau groupe viennent de l’UDI comme Charles de Courson et Yves Favennec. D’autres, comme François-Michel Lambert et Paul Molac, ont été élus sous l’étiquette La République en marche.

Jean-Michel Clément, qui a quitté le parti présidentiel au printemps après avoir voté contre le projet de loi “asile et immigration”, fait partie de cette nouvelle entité, de même que l’ex-député LaREM M’jid El Guerrab. On trouve aussi les radicaux Sylvia Pinel et Olivier Falorni, ainsi que l’ancien socialiste François Pupponi. Les députés corses Jean-Félix Acquaviva, Michel Castellani, Paul-André Colombani font également partie de cette éclectique formation.

Constitution: « reconnaissance de la diversité des territoires »

Constitution: « reconnaissance de la diversité des territoires »

 

Un concept très flou a été introduit à l’assemblée dans le cadre de la modification de la constitution  L’amendement porté par le Modem sur la reconnaissance de la « diversité des territoires » a finalement été adopté par les parlementaires, jeudi. La question est maintenant de savoir quel est le contenu de cette modification à l’article de la constitution. On peut sans doute se féliciter de cette première attaque significative contre le centralisme français et son étatisme paralysant. Ceci étant, il convient de préciser ce qu’on entend par prise en compte des particularités locales. En fait,  c’est le débat sur la décentralisation qui est en cause et notamment le rôle des régions et autres collectivités par rapport à l’Etat. La question fondamentale est de savoir si la France s’oriente vers une véritable régionalisation avec des régions relativement autonomes comme en Allemagne ou en Espagne ou si le pays continu d’être dirigé par les préfets. Une orientation politique, économique, sociale autant que sociétale. Comme le débat n’a pas eu lieu il y a fort à parier que cet amendement du MoDem à été accepté faire plaisir à cet allié de la majorité sans que soient réellement approfondies le contenu de cette nouvelle disposition. Le projet de loi constitutionnel prévoit d’introduire un « droit à la différenciation » des collectivités à l’article 72 de la Constitution qui devrait être débattu en la fin de semaine prochaine. Les collectivités territoriales pourront ainsi déroger aux lois fixant leurs compétences de manière pérenne et non plus seulement à titre expérimental. « Décentralisation et différenciation sont des principes qui visent à permettre la prise en compte des réalités propres à chaque territoire », a plaidé Marc Fesneau. Si cet amendement a été jugé « particulièrement bienvenu » par le régionaliste Paul Molac (LREM) et le nationaliste corse Michel Castellani « car la France n’est pas monolithique », il a été vivement dénoncé par la gauche de la gauche.  »Vous ouvrez une boîte de Pandore qui va remettre en cause l’unité de la République », a tempêté le communiste Sébastien Jumel. Défendant le « jacobinisme », Jean-Luc Mélenchon (LFI) a accusé la majorité de créer « la loi à géométrie variable » par cette « phrase dangereuse ».

Conférence nationale des territoires : boycott des collectivités

Conférence nationale des territoires : boycott des collectivités

 

En cause évidemment des questions fondamentales de fond relatives aux compétences et au financement mais aussi des questions de forme. Macron accepte la concertation mais decide ensuite ce qu’il veut. En clair,  il s’assoit sur la négociation. , l’Association des maires de France (AMF), l’Assemblée des départements de France (ADF) et l’Association des régions de France (ARF) ont annoncé conjointement qu’elles boycotteront la Conférence Nationale des Territoires (CNT) le 12 juillet – l’instance de discussion biannuelle entre l’État et les collectivités inaugurée il y a un an par Emmanuel Macron. «Les collectivités ne peuvent cautionner par leur présence une instance qui n’est devenue qu’un faux-semblant de concertation et de dialogue», ont expliqué conjointement les dirigeants des trois associations. À l’unisson, ils fustigent «une politique de réforme hors-sol, décidée à Paris et inapplicable sur le terrain». Le président de l’ADF, Dominique Bussereau, a par ailleurs décrété le «gel de toutes les relations avec les ministères». «On contractualise avec l’État depuis des années», mais ces contrats ne sont «pas une contractualisation mais un diktat», a dénoncé François Baroin, le président de l’AMF, avant de renchérir: «Vous n’avez pas d’autre choix que de signer». Les trois associations qui pratiqueront la chaise vide dès mercredi lors de la réunion préparatoire à Matignon n’excluent cependant pas de renouer avec l’exécutif. «Je pense que le dialogue reprendra, mais il ne reprendra que si l’État met des choses sur la table», a averti Dominique Bussereau.

 

Territoires : autonomie de décision ?

Territoires : autonomie de décision ?

 

Une jolie pagaille en perspective avec cette idée  d’Edouard Philippe, de “laisser aux territoires le soin de s’organiser” et de “penser leurs stratégies et leurs développements”.  Et de s’appuyer sur l’idée du maire républicain de Toulouse (qu’il drague) de rebaptiser l’aéroport  « Dominique Baudis », du nom de son ancien édile. Un peu court cette explication et surtout démagogique car l’enjeu est de faire surtout plaisir aux maires d’opposition afin qu’ils fassent liste communes aux municipales avec LREM. Quand on observe l’état des finances locales, il y a lieu de s’interroger sur les conséquences que pourraient entrainer cette liberté de s’organiser comme le veulent les collectivités. Il s’agit de la part de Philippe d’uen sorte de populisme à usage institutionnel et politicien.  “Il a semblé bon à certains de penser que le gouvernement pourrait avoir son avis à donner sur le sujet”, a déclaré Edouard Philippe lors d’un discours, en précisant que c’était “la procédure légale”. “Si des acteurs et des élus considèrent que ce nom est propre à faire vivre une fierté locale (…) pourquoi voudriez-vous qu’un Premier ministre, quel qu’il soit, puisse dire ‘c’est une mauvaise idée, on va choisir un autre nom?’”, a-t-il ajouté.cet amalgame entre le nom d’un aéroport et la souveraineté possible des collectivités locales est à la fois grossier et irresponsable. Bref tout cela sent la grosse ficelle des prochaines municipales ;  “Evidemment, il faut laisser à tous les territoires le soin de s’organiser, le soin de penser ses stratégies, ses développements”, a souligné le chef du gouvernement.

Le numérique, pour sauver les territoires isolés ?

Le numérique, pour sauver les territoires isolés ?

Le cercle de réflexion de centre gauche Terra Nova publie avec Google France, un rapport qui laisse penser que le numérique pourrait constituer un moyen de revitaliser des zones rurales en voie de désertification économique.  La typologie des 3500 communes choisies de 350 habitants en moyenne, des habitants plutôt âgés, une absence de service y compris de commerce. Des habitants souvent contraints de se rendre dans des villes voisines pour trouver du travail. Il est clair que le numérique peut constituer un outil intéressant sinon indispensable pour redynamiser ces communes. Les auteurs du rapport pensent que la transition numérique est un moyen de les désenclaver notamment grâce au câble. Reste cependant la faisabilité de ce projet et la question de son financement. En effet aujourd’hui certains sont peu ou mal couverts par les liaisons téléphoniques mobiles, n’ont pas accès à la G4 où sont même privés d’Internet. Sur un département moyen on prévoit que le coût d’équipement du câble serait autour de 150 millions mais un coût  nettement sous-estimé car il n’intègre que le raccordement au centre aggloméré des villages. Pour ces communes une très grande partie des habitants se situe hors agglomération. Le coût serait alors du double voir trois fois supérieure. Un cout évidemment insupportable pour les seules finances locales. Dès lors se pose la question de la pertinence d’un équipement concernant uniquement le centre aggloméré de ces petits villages. Une problématique qui ressemble à celle jadis de l’effort qui a dû être entrepris pour l’équipement en eau et en électricité de tous les Français. « La richesse économique est de plus en plus concentrée dans les métropoles ; certaines communes ont un sentiment d’abandon, de décrochage, et leurs habitants adoptent des comportements électoraux de rupture, comme le vote Front national, explique Thierry Pech, son directeur général de Google France. La transition numérique est un moyen de les désenclaver. » Le rapport se conclut sur deux propositions : d’abord, améliorer la formation des particuliers et, surtout, des chefs d’entreprise, souvent un peu perdus dans ce domaine et à la merci de prestataires. « Il faudrait créer, dans chaque région, des centres de ressources et de médiation numérique », souligne M. Bernard. Ensuite, compléter la couverture du téléphone mobile et le raccordement au très haut débit : « Les territoires isolés ne sont raccordés qu’à 22 % et seulement 24 % des habitants ont la 4G sur leur smartphone. Cela suppose de coûteux investissements, qui, dans les zones peu denses, ne peuvent pas être pris en charge par les acteurs privés. » Cependant, les auteurs ne chiffrent pas l’investissement et n’imaginent pas d’autre financeur que l’Etat et les collectivités locales, alors que nombre de grands et riches bénéficiaires d’un Internet performant, à commencer par Google, ne paient pratiquement pas d’impôt en France.

(Avec le Monde)

Départementales : la révolte des territoires abandonnés

Départementales : la révolte des territoires abandonnés

 

Au-delà des tendances lourdes relatives au changement de  rapport de forces entre les grandes formations  politiques, les élections départementales expriment aussi la colère des territoires abandonnés. C’est la révolte des zones rurales où vivent 25% de la population qui constate chaque jour la désertification et le dépérissement des services notamment publics. La mode aujourd’hui est à la métropolisation, c’est à dire à la sururbanisation tandis que les petites villes, les villages  s’appauvrissent. L’élément le plus significatif de cette désertification c’est la réfaction de l’emploi. Du coup,  les populations sosnt contraintes de rechercher des embauches de plus en plus loin de leur domicile (20, 30, 50 kms). Jusqu’au  jour où elles décident de quitter leur zone d’habitat pour elles aussi rejoindre des zones plus riches en emplois. Au mieux, la population de zones rurale stagnent au pire elle régresse. Nombre de zones rurales sosnt majoritairement habitées par des retraités. Pour peuvre aussi de cette désertification la baisse dramatique de la valeur du patrimoine immobilier. Dans les zones peu dense et éloignées des grands centres, le prix de l’immobilier a diminué de 50% en quelques années. Or beaucoup comptait sur ce patrimoine pou fiancer les coûts de leur séjour en maison de retraite ( de 1500 à 3000 euros par mois !).  Par manque de populations les services rétrécissent  comme peau de chagrin. Les bureaux de poste ssnt fermés, les écoles avec, les commerces petit à petit disparaissent. Les médecins généralistes ne sont pas remplacés. Dans beaucoup de petites viles disposant encore d’un hôpital, les spécialistes se font de plus en plus rares et la solution c’est de se rendre au chef lieu du département. L’agriculture s’est mécanisée , elle est devenue intensive et les emplois supprimés n’ont pas été remplacés par d’autres activités. Dans vingt ans nombre de petits villages  seront à vendre. Déjà le nombre de maisons mises en vente qui ne trouvent aucun acquéreur est impressionnant. Pour trouver un acquéreur, il faut  les brader. Le coeur de la problématique de la désertification, c’est la disparition de l’emploi qui génère mécaniquement la fermeture des commerces et des services. Or les grands projets absorbent tous les financements publics et bien évidemment concernent les zones  très denses. Un vrai cercle vicieux, plus d’emploi, moins de population, moins de commerces et de services. C’est le manque d’attractivité  qui se nourrit elle-même et tire le territoires vers la désertification.




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