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Grève de l’automobile aux États-Unis : projet d’augmentation de 25 % à terme

Grève de l’automobile aux États-Unis : projet d’augmentation de 25 %

Le projet d’accord chez Ford qui pourrait inspirer les autres constructeurs comprend notamment une augmentation de 25% du salaire de base et des indemnités de vie chère.

Après 41 jours de grève, le syndicat l’automobile UAW et le constructeur automobile Ford ont trouvé un «accord de principe» mercredi 25 octobre. Celui-ci comprend notamment une augmentation de 25% du salaire de base et des indemnités de vie chère, a indiqué l’UAW.

Le contrat de principe négocié avec Ford prévoit une augmentation salariale légèrement inférieure aux 40% que Le syndicat demandait quand l’UAW a lancé la grève le 15 septembre, mais elle est nettement supérieure à celle de 9% initialement proposée par Ford en août. «L’accord prévoit une augmentation de 2 % du salaire de base jusqu’en avril 2028», détaille le syndicat dans son communiqué. «Il va se traduire, en tout, par une hausse de plus de 30 % du salaire le plus élevé, soit plus de 40 dollars de l’heure, et une hausse de 68 % du salaire de départ, à plus de 28 dollars de l’heure».

Décarbonatation : l’urgence des investissements de long terme

Décarbonatation : l’urgence des investissements de long terme

Il est urgent d’élaborer et de mettre en œuvre une vraie stratégie d’investissement de long terme basée sur trois piliers : augmentation des volumes de financement, mobilisation du capital privé et mise en place d’une structure de vision stratégique


par Bernard Attali, Conseiller-maître honoraire de la Cour des comptes, auteur du rapport « Investir à long terme, urgence à court terme ». Michel Derdevet, Président de Confrontations Europe. Laurent Zylberberg, Président de l’association européenne des investisseurs de long terme (ELTI). ( dans  » l’Opinion »)

L. Giros/L’Opinion

Instabilité géopolitique, crise énergétique, inflation galopante… Nombreux sont les défis que l’Union européenne (UE) devra affronter ces prochaines années. Ils nécessiteront des efforts financiers massifs et constants. L’investissement de long terme se situe donc au cœur des enjeux de l’UE. C’est pourquoi il est urgent de mettre en œuvre une vraie stratégie d’investissement de long terme basée sur trois piliers : augmentation des volumes de financement, mobilisation du capital privé et mise en place d’une structure de vision stratégique.Décarbonisation : l’urgence des investissements de long terme
Des besoins colossaux.La décarbonation de l’économie européenne à l’horizon 2050 nécessitera des transformations radicales de nos modes de production et de consommation. La Commission européenne estime que pour atteindre la neutralité carbone, 379 milliards d’euros d’investissements devront être mobilisés annuellement sur la période 2020-2030.

La construction d’une autonomie stratégique implique une augmentation massive des investissements dans la modernisation de notre industrie et le développement de nouvelles technologies. L’invasion de l’Ukraine a rappelé l’importance des domaines de l’aérospatial et de la défense.
Mobiliser le capital privé. Avec une dette publique moyenne de 96,5 % du PIB au sein de l’UE, les pouvoirs publics nationaux ne pourront pas assumer seuls la totalité de ces financements. A l’inverse, l’épargne des ménages européens et les réserves de liquidité des entreprises n’ont jamais été aussi abondantes. Selon le FMI, les ménages de la zone euro ont accumulé près de 1 000 milliards d’euros d’épargne supplémentaire pendant la crise sanitaire, soit l’équivalent d’environ 8 % du PIB.
La mobilisation de capitaux privés apparaît donc comme indispensable. La finalisation de l’Union des marchés des capitaux constitue une urgence. Cette Union répond à un double impératif : soutenir l’investissement de long terme en Europe en permettant aux entreprises de se financer au-delà des frontières nationales ; et mobiliser l’épargne des Européens pour financer des projets au sein de l’Union.

Des stratégies tournées vers l’avenir. La crise financière de 2008 a entraîné, au nom de la stabilité financière, le développement de nombreux dispositifs juridiques et de normes nouvelles. Malheureusement, ceux-ci ont apporté le développement de stratégies de court terme.

L’UE a construit une vision stratégique de long terme, le « Green Deal », et dispose d’une capacité à agir dans un horizon long avec des budgets construits sur sept ans et des instances de gouvernance au rythme quinquennal. Pourtant, elle rencontre des difficultés à incarner cette vision et à lui donner un contenu opérationnel précis. Ce manque de lisibilité rend difficile la mise en place de la dynamique nécessaire pour dépasser les injonctions contradictoires de toutes sortes.
Ce « Green Deal » doit demeurer l’axe central des politiques communautaires.

Une vision de long terme en Europe pourrait passer par la création d’une agence européenne dédiée à la prospective économique. Il appartient, en effet, à l’Europe, comme elle l’a fait en matière de développement durable, de proposer une grille d’analyse qui caractériserait les investissements de long terme et deviendrait ainsi un instrument de gouvernance des instruments financiers européens.

Bernard Attali, Conseiller-maître honoraire de la Cour des comptes, auteur du rapport « Investir à long terme, urgence à court terme ». Michel Derdevet, Président de Confrontations Europe. Laurent Zylberberg, Président de l’association européenne des investisseurs de long terme (ELTI).

Energie : des mesures Européennes de trop de court terme discutables !

Energie : des mesures Européennes de trop de court  terme  !

 Bruxelles a déjà proposé un certain nombre de mesures pour permettre aux Etats-membres de l’Union européenne de passer l’hiver malgré la crise énergétique. Mais seront-elles efficaces? Par Charles Cuvelliez et Patrick Claessens, Ecole Polytechnique de Bruxelles.( la Tribune)

 

Les ministres de l’Energie se réunissent une nouvelle fois le 30 septembre pour approfondir les mesures qu’a proposées la Commission pour sortir l’Europe de la crise de l’énergie. On peut cependant déjà avoir une idée de leur efficacité. Il y a deux familles de mesures : un plafond sur le prix du gaz et un plafond sur le prix de l’électricité.

 

Il y a d’abord le plafonnement du prix du gaz qui, vu comme cela, a l’air d’un vœu pieux: s’il est trop bas, les producteurs de gaz n’ont qu’à se baisser pour trouver des clients plus offrants. Mais si ce plafonnement s’accompagne d’un mécanisme qui le rend opérationnel, cela peut fonctionner. Des pays exportateurs trouveront intéressant de sécuriser leurs ventes via des contrats à long terme avec un volume et un prix garanti (ou plutôt une fourchette de prix). Le plafond peut fonctionner avec, comme variables d’ajustement, une fourchette de prix, un volume et une durée. Il faut en tout cas mettre fin au rôle de VRP qu’endossent certains chefs d’Etat qui vont négocier d’homme à homme avec des pays producteurs des contrats d’approvisionnement pour leur marché national : c’est mettre en concurrence les Etats-membres comme au temps du vaccin contre le Covid-19.

Ce plafond, entend-t-on dire, peut provoquer une rupture d’approvisionnement. C’est vrai non pas pour des raisons commerciales, mais en cas de pénurie physique de gaz. Aujourd’hui, la production de gaz peut satisfaire la demande mais le gaz est une matière première qui peut se tarir et tous les plafonds du monde ne créeront pas de nouveaux gisements ou de nouvelles infrastructures d’extraction.

Comme les principaux gazoducs viennent de Russie, notre approvisionnement sera acheminé par méthanier. L’Europe entrera en concurrence avec les pays asiatiques qui n’ont que ce moyen pour s’approvisionner en gaz. Ce n’est pas l’idéal dans le cadre du soft power européen avec des pays asiatiques qui n’ont déjà pas voulu condamner l’invasion russe de l’Ukraine, une guerre de l’Occident. Le gaz liquide est très mobile : au gré des prix, un méthanier peut changer de trajectoire pour aller au plus offrant même si allonger le trajet augmente les pertes de méthane (du fait des fuites journalières sur le bateau, faibles au quotidien mais volumineuses avec les temps de parcours sur les océans). L’Australie, par exemple, se trouve dans une situation paradoxale d’être le 7e producteur mondial de gaz et de craindre une pénurie de gaz car les producteurs dévient leur production excédentaire au gré des prix faramineux sur les marchés spots.

Un plafond sur le prix de gros de l’électricité qui n’est pas produite à partir de gaz à 180 euros le MWh est l’autre mesure phare. Il est appliqué après coup: les producteurs devront remettre aux Etats le surplus qu’ils auront engrangé entre le prix qu’ils auront obtenu via le marché de gros et ce plafond. C’est une mesure curative, pas préventive et ce sera complexe à mettre en œuvre : les Etats devront en plus organiser un système de redistribution vers les ménages et peut-être les PME pour les aider à faire face à leurs factures. Cette manne pourra aussi continuer à soutenir les investissements dans le renouvelable. Le plafond ne s’appliquera pas sur les marchés tels quels sinon il n’y aurait plus de marché : le prix au MWh se calerait à 180 euros et ne bougerait plus. Ce prix semble élevé pour les autres sources d’énergie auxquelles il s’applique (éolien, photovoltaïque, biogaz, nucléaire…) mais ces marges encore confortables garantissent que ces producteurs restent motivés à exploiter le renouvelable et à entreprendre des investissements.

Ce plafond s’applique au nucléaire, ce qui assure une marge confortable à une source d’énergie déjà fortement amortie, critique-t-on, mais la même remarque s’applique alors aux sources d’énergie renouvelable qui ont profité des années durant de subventions et de prix de vente garantis. En France, ce prix de vente est assorti d’un mécanisme de réciprocité qui a commencé à jouer : si le prix de gros est supérieur au prix de vente garanti, les producteurs remboursent la différence. En Belgique, pour ses parcs éoliens offshore en Mer du Nord, ce n’est pas le cas. C’est un choix qui a évidemment une influence sur le prix de vente garanti.

Différencier ce plafond de 180 euros le MWh par source d’énergie n’est pas pratique: chaque pays est maître de son mix énergétique. On verrait alors la France imposer un plafond différent pour son nucléaire qu’il veut relancer comparé à d’autres pays qui pousseraient d’autres formes d’énergie. Cela créerait une forme de concurrence stérile entre Etats. Ce n’est vraiment pas le moment.

C’est étonnant de ne voir aucune place pour le système ibérique qui fait ses preuves. L’Espagne et le Portugal subventionnent le gaz utilisé pour produire de l’électricité (et uniquement ce gaz-là). Dès lors, le coût de fonctionnement de la dernière centrale mise sur le réseau (souvent au gaz) pour équilibrer offre et demande diminue. C’est, en effet, le coût de la centrale la plus chère qui est sur le réseau qui fixe les prix de gros de l’électricité. L’Espagne et le Portugal ont convaincu la Commission en expliquant qu’en partie les subventions seraient récupérés en amont chez les traders qui en bénéficient. Autre avantage : c’est une mesure préventive et non curative comme le plafond de 180 euros le MWh. L’Espagne et le Portugal seront-ils autorisés à prolonger ce système ou devront-ils rentrer dans le rang ?

Nous entendons aussi que l’Europe veut taxer les surprofits des producteurs d’énergie fossile en fonction de leur volume de raffinage en Europe. D’abord, il n’y en a plus beaucoup et il faudra organiser la répartition de cette manne (limitée) à tous les Etats membres. Encore du curatif.

L’Europe propose donc à ce niveau des mesures correctrices. Leurs effets seront réels mais peu visibles sauf quand les citoyens verront leurs factures soulagées.  Entretemps, il lui faudra communiquer pour éviter un vent de révolte et en attendant de reformer en amont le fonctionnement des marchés.

Covid: Pour une stratégie sanitaire de long terme

Covid: Pour une stratégie sanitaire de long terme

 

Pour limiter les risques liés à l’épidémie, il faut abandonner l’approche d’une gestion vague par vague et mettre en place une politique autour de cinq grands axes, détaille l’épidémiologiste Mahmoud Zureik, dans une tribune au « Monde ».

 

Après le vote hier  d’ une nouvelle loi complètement creuse, la contribution de l’épidémiologiste paraît pertinente d’autant qu’il faut se préparer à affronter le virus pendant de très nombreuses années compte tenu de l’évolution des variants. Par ailleurs,  il y a urgence a engagé cette réflexion en raison notamment de la montée exponentielle des contaminations qui approchent les 200 000 cas par jour et laisse supposer une situation particulièrement dangereuse à la rentrée NDLR

 

Les vagues du Covid-19 se succèdent inexorablement. Depuis le début de la crise sanitaire, nous déplorons chaque année plus de 50 000 décès directement liés au virus sans parler de l’impact des Covid longs et des dégâts collatéraux considérables : sanitaires, sociaux, psychologiques et économiques. L’espoir d’un virus qui deviendrait « saisonnier » ou « endémique » s’éloigne de plus en plus. Le SARS-CoV-2 est là et le sera encore dans les prochains mois et, très probablement, dans les prochaines années. Nous vivrons donc avec lui. Mais si nous devons vivre avec le virus, nous ne devons pas lui faciliter la vie pour qu’il ne gâche pas les nôtres. Les infections répétées n’apportent pas l’effet protecteur escompté et, malgré la vaccination, les personnes immunodéprimées, les personnes atteintes de maladies chroniques et les personnes âgées sont condamnées à une double peine : vivre avec leurs pathologies et voir leurs risques de mourir augmenter à cause du Covid-19. Une société solidaire doit protéger tous ses concitoyens. Ces personnes doivent recevoir la plus grande attention. Les protéger, c’est protéger la société.

Pour vivre avec le virus, nous devons donc limiter durablement les risques et, pour ce faire, sortir d’une gestion de crise à court terme, vague après vague, mesure après mesure et dose de vaccin après dose de vaccin.

Cette crise qui dure depuis deux ans et demi nous apprend qu’il est nécessaire de développer une stratégie sanitaire globale, cohérente, coordonnée et de long terme, s’inscrivant dans un horizon de plusieurs années. Cette stratégie doit être débattue, adoptée de façon transparente pour être partagée par le plus grand nombre. Elle se décline en cinq axes : surveillance de l’épidémie, prévention des contaminations, diagnostic et dépistage, vaccination et, enfin, adaptation du système de soins.

 

Génocide contre les Ukrainiens: Le terme approprié

Génocide contre les Ukrainiens: Le terme approprié

 

 

Les cruautés gratuites et l’acharnement sur les populations civiles ukrainiennes entrent dans la définition du «génocide», argumente le réalisateur François Margolin dans le Figaro , qui s’est notamment rendu à Boutcha. Ce terme de génocide est pourtant contesté par certains experts   alors que l’objectif de Poutine est bien de rayer de la carte l’Ukraine en tant que peuple indépendant. 

Par définition, un génocide est crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux . Un génocide n’est donc pas une affaire quantitative mais qualitative. Macron, lui , confie la reconnaissance du génocide aux historiens qui ne seront sans doute pas d’accord avant une cinquantaine d’années. 

François Margolin est réalisateur, producteur et scénariste. Il a notamment réalisé le film Salafistes.

Tribune

 

On peut ergoter pendant des heures sur la justesse des mots mais la réalité est là, quand on a passé, comme moi, un moment en Ukraine, dans les banlieues Nord de Kiev, dévastées, martyrisées par les troupes russes. À Boutcha, Borodyanka, Andriivka, où j’étais encore il y a quelques jours.

Un génocide a lieu, en ce moment, en Ukraine, sous nos yeux, tous les jours, retransmis sur nos écrans de télévision. Il ne s’agit pas de crimes marginaux, commis par des soldats éméchés ou drogués, non, c’est un crime organisé, j’allais dire, comme les juges, «un crime en bande organisée». Car tous ces militaires l’ont fait avec l’assentiment, si ce n’est les ordres, de leurs chefs. Comme l’a déclaré le 18 Avril Vladimir Poutine en décorant les membres de la 64ème Brigade motorisée, soupçonnée d’être responsable des exactions à Boutcha: «Vos actions sont un modèle d’exécution du devoir militaire, de courage, de détermination et de grand professionnalisme.»

Et la nouvelle offensive lancée depuis lundi soir au Donbass risque d’amplifier ces massacres.

Pourquoi se boucher les yeux ? Pourquoi refuser les mots sous prétexte qu’ils fâchent ? Pourquoi un tel déni de la réalité ? Ce que j’ai observé là-bas dépasse tout ce que j’ai vu dans l’horreur, aussi bien en Afghanistan sous le règne des talibans, qu’à Mossoul lorsque y prospérait l’Était Islamique, ou au Liberia quand sévissaient des bandes d’enfants soldats sans foi ni loi.

Or, non seulement cela a eu lieu mais nous savons tous que cela continue et que cela va se poursuivre, à Marioupol, à Kharkov, à Kramatorsk, etc. Et nous compterons ainsi les morts tous les soirs.

Comment une telle chose est-elle possible ? Comment un président, notre président. Emmanuel Macron, peut-il à chaque fois contester les termes, ceux qu’utilise Joe Biden, qui traite Poutine de «boucher», de «criminel de guerre», et l’accuse de «génocide», ou ceux du premier ministre polonais, Morawiecki, qui le compare à Hitler? Pour plaire au président russe ? Pour ne pas le choquer ? Pour «garder le contact», comme il le dit souvent ? Oui mais, pour quoi et avec quel résultat ?

Les Européens, en tant que tels, n’ont rien obtenu, depuis des semaines, avec leurs visites répétées au Kremlin et leurs coups de fil hypermédiatisés. Seule la résistance d’un peuple a permis le recul de l’armée russe. Et ce qui est sans doute le plus terrible c’est que, justement, ce peuple nous fait la démonstration, à nous, Européens, que l’Europe a un sens. Que quarante-quatre millions d’Ukrainiens, unis, peuvent dire à Vladimir Poutine: «Oui, nous sommes Européens et nous ne serons plus jamais vos vassaux, vos affidés. Nous ne voulons plus d’un tsar qui supprime nos libertés et nous empêche de devenir des citoyens indépendants et responsables».

Les Ukrainiens démontrent ce qu’est une nation, fière d’elle-même, de sa culture, de son armée et de son drapeau. Exactement ce que voulaient les pères fondateurs de l’Europe, qui pensaient que pouvaient cohabiter l’idée de nation et l’idée de l’Europe.

Alors, parlons des mots. Génocide, d’abord. Oui, ce qu’il se passe en ce moment en Ukraine est bien un génocide. Et il n’y a pas besoin d’y mener une longue enquête et d’attendre ses conclusions durant des mois pour en être sûr. Il suffit d’y passer quelques heures tellement l’horreur saute aux yeux: immeubles effondrés volontairement sur leurs habitants réfugiés dans les caves, par des bombardements ininterrompus, enfants abattus sans scrupule alors qu’ils fuyaient avec leurs parents, couples de vieillards abattus au volant de leur Lada brinquebalante, femmes violées devant leurs parents, etc. La liste est longue de ces cruautés gratuites, de cet acharnement sur les populations civiles.

Ce qui est infligé aux Ukrainiens est bien pire que ce qu’il s’est passé à Srebrenica. Or, le terme de génocide y est utilisé par le Tribunal pénal international de La Haye pour qualifier le massacre de sept mille hommes par les Serbes de Bosnie. Ce que j’ai pu voir est même – c’est terrible à dire – bien pire que les crimes que commettait l’État Islamique, dont la cruauté était sans égale mais qui ne la pratiquait que sur des personnes qui enfreignaient ses « lois » et sa conception de l’Islam. Comme les Yézidis, dont le massacre des uns et l’asservissement des autres est aujourd’hui considéré comme un génocide. Bien pire aussi que les milliers de morts dus à l’emploi de gaz par Saddam Hussein au Kurdistan en 1988. À Halabja. Un autre génocide reconnu par les institutions internationales.

Il y a chez Poutine une volonté délibérée de détruire une nation et un peuple, en tant que tels, symbole, à ses yeux, d’une Europe qu’il juge faible et divisée. Il y a une volonté de «démembrer» un pays en le réduisant à une sorte d’esclavage symbolique et en reconstituant cette « grande nation russe » dont Kiev est à l’origine. Cette Russie des tsars. Ses maîtres à penser l’ont écrit, depuis longtemps, comme Alexandre Douguine, son idéologue et ami, que la nostalgie de l’Union Soviétique obsède depuis sa fin en 1990. Du coup, Poutine l’a fait: il a créé de toutes pièces un semblant d’état, la Transnistrie, entre Moldavie et Ukraine où il règne en maître, afin de semer la zizanie dans la région; il a soumis la Tchétchénie dès le début de l’an 2000; il s’est emparé de près de la moitié de la Géorgie à l’été 2008, et il a «repris» la Biélorussie il y a environ deux ans, après des manifestations gigantesques réprimées dans le sang.

Est considérée par le Code pénal français comme génocide, «l’exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire.» La volonté de détruire une nation est donc, bien évidemment, incluse dans cette définition. Or, il y a sans doute plus de vingt mille morts à Marioupol, plusieurs centaines dans les caves des immeubles de Borodyanka, sans parler des morts de Boutcha et des milliers de morts dans les autres villes et villages à travers le pays.

Alors pourquoi Poutine fait-il tellement peur à nos dirigeants qui prétendent vouloir éviter une prochaine guerre mondiale, qui crient au risque de guerre nucléaire, et qui se battent la coulpe pour avoir «osé» proposer à l’Ukraine d’adhérer à l’Otan ? Comme l’avaient fait les ex-pays de l’Est, ou les pays baltes? Quelle curieuse fascination exerce-t-il sur ces hommes politiques de tous bords?

Comme me l’on dit des responsables politiques ukrainiens: «Même si nous lui laissions la Crimée, il considérerait cela comme un aveu de faiblesse, et il poursuivrait son lent grignotage, dusse-t-il attendre quelques mois ou quelques années.» Après, ce sera la Lituanie, la Finlande ou la Suède…

Je ne voudrais pas que, dans cinquante ans, la même honte nous envahisse en pensant à cette lâcheté à intervenir.

Derrière ce faux débat sur les mots, se cachent deux enjeux cruciaux: celui de l’arrêt immédiat de l’importation de gaz russe par l’Europe et d’abord par l’Allemagne, et celui de la fourniture d’armes que les Européens font plus que modérément. À l’exception des Polonais. Alors que, dans le même temps, Américains et Anglais ne se gênent pas pour le dire et pour livrer des armes sophistiquées.

Ce que l’on ne veut pas voir c’est que, pour Vladimir Poutine, la troisième guerre mondiale a déjà commencé et que pour la tuer dans l’œuf, la seule solution est d’aider l’Ukraine à battre militairement l’armée russe. Il faut aussi assécher totalement les finances de Moscou en bloquant les gazoducs Nordstream 1 et 2 et, avec eux les milliards de dollars versés quotidiennement – plus de quarante depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Ce sera plus efficace que des sanctions qui ne semblent guère faire peur au Kremlin, qui s’y était préparé.

Dans un documentaire récent, diffusé sur Arte, il était raconté les atermoiements du gouvernement anglais, en 1944, autour de l’idée de bombarder les voies ferrées qui arrivaient à Auschwitz. Les Anglais, comme les Américains, savaient ce qu’il s’y passait, ils possédaient les photos aériennes des lieux et avaient les moyens d’organiser des bombardements qui auraient épargné la vie de près de 300.000 Juifs, hongrois en particulier. Or, malgré la volonté de Churchill, ils eurent peur et invoquèrent toutes sortes de raisons, aujourd’hui totalement honteuses, pour ne pas le faire.

Comparaison n’est pas raison. Mais je ne voudrais pas que, dans cinquante ans, la même honte nous envahisse en pensant à cette lâcheté à intervenir. Quand il y a un génocide, et c’en est un qui a lieu aujourd’hui en Ukraine, le monde civilisé ne peut rester indifférent, ni contester des mots pour justifier son indécision.

 

États-Unis : relance à court ou à long terme

 

États-Unis : relance à court ou à long terme

 

Entre début février et la clôture des marchés lundi, l’action Tesla a perdu près de 30 % de sa valeur *tandis qu’Exxon Mobil a gagné plus de 30 %, dans une impressionnante inversion du mouvement amorcé depuis le début de l’année dernière. (Un article du Wall Street Journal)

On pourrait en conclure que le pétrole est de nouveau à la mode et que les voitures électriques ne sont soudain plus au goût du jour, mais la première proposition ne serait qu’en partie vraie et la deuxième serait clairement erronée. En vérité, ces évolutions révèlent deux tendances de fond : l’économie portée par les efforts de relance et ses effets sur les rendements obligataires.

Tesla est un pari sur le long terme, alors qu’Exxon est un pari sur le court terme. L’an dernier, les investisseurs se sont tournés vers le long terme compte tenu des perspectives à court terme désastreuses et de la politique de la Fed pesant sur les taux d’intérêt et les rendements obligataires. Depuis novembre, les investisseurs se concentrent de plus en plus sur les gains à court terme car les deux tendances se sont inversées, bien que mardi la sensibilité aux bons du Trésor se soit manifestée dans l’autre direction lorsque une chute marquée des rendements a aidé l’action Tesla à bondir de 20 %.

Les valeurs cycliques, soit les plus sensibles à la croissance économique à court terme, réalisent de belles performances depuis que les vaccins contre la Covid-19 ont fait naître des espoirs de réouverture de l’économie. Les échanges liés à la reprise se sont accélérés en février lorsqu’il est apparu clair que le plan de relance de 1 900 milliards de dollars du président Joe Biden serait adopté. Les valeurs cycliques comme les compagnies aériennes et les groupes pétroliers, les matières premières comme le pétrole et le cuivre et les rendements des obligations ont grimpé.

Exxon a le profil d’un grand gagnant dans ce nouveau monde de demande portée par la relance. Le pétrole est la matière première la plus sensible à la consommation mondiale et partout dans le monde, on s’oriente vers une réouverture de l’économie cette année. A mesure que la demande augmente, le prix grimpe en parallèle.

Exxon a des coûts fixes tellement élevés et a passé une année si épouvantable (le chiffre d’affaires ne couvrait pas ses coûts même avant une dépréciation de 20 milliards de dollars de la valeur de ses actifs) que toute augmentation du chiffre d’affaires disparaît presque entièrement dans le résultat. La compagnie pétrolière dispose d’un important levier opérationnel, comme disent les investisseurs, ce qui a le même effet qu’un emprunt. Chaque dollar de chiffre d’affaire supplémentaire a un plus grand effet sur le bénéfice que pour une entreprise dont les coûts sont variables.

Sur le marché, la faiblesse de l’an dernier implique que le levier opérationnel est à son plus haut depuis les suites de la récession 2008-09, selon David Kostin, stratégiste en chef sur les actions américaines chez Goldman Sachs.

Tesla est à peine rentable, mais cela ne dérange pas les investisseurs. La valeur du titre ne dépend pas des résultats de l’entreprise pour cette année (qui sont attendus en hausse), mais des résultats dans un avenir plus lointain, lorsque les ventes seront nettement plus élevées et que, les actionnaires l’espèrent, l’entreprise produira des voitures autonomes.

Malheureusement pour les investisseurs de Tesla, le marché s’inquiète moins du long terme que dans le passé. L’élection d’un démocrate engagé à combattre le changement climatique a certainement amélioré les perspectives à long terme des véhicules électriques. Mais les investisseurs sont séduits par l’amélioration rapide des perspectives d’entreprises capables dès maintenant de dégager des bénéfices grâce à l’embellie économique.

Il ne s’agit pas de l’appât du gain à court terme dont on accuse si souvent les marchés actions. Le redressement économique implique une hausse des rendements obligataires, car les marchés intègrent une inflation plus forte à venir. Ces rendements plus élevés amènent les investisseurs à favoriser encore plus le court terme. C’est parce que des bénéfices attendus dans les années à venir semblent moins attrayants, lorsque des obligations du Trésor, plus sûres, offrent un revenu décent. La baisse des prix des obligations à longue échéance parallèle à la hausse des rendements se reflète dans une baisse des cours des actions dont les bénéfices sont également attendus à longue échéance.

Ce schéma s’applique aux valeurs de croissance spéculatives, des entreprises peu ou pas rentables mais avec des ventes en forte croissance. Ainsi, les valeurs des biotechnologies, de la fintech, des voitures électriques et de l’énergie propre ont atteint des pics et commencé à baisser à la même période.

Ce n’est pas que les ventes aient l’air moins bonnes (sans parler de celles qui ont bénéficié des confinements). Ce n’est pas non plus que les perspectives de bénéfices soient affectées. Dans de nombreux cas, y compris celui de Tesla, les prévisions de résultats à douze mois ont grimpé, alors même que le cours des actions baissait. C’est tout simplement que les bénéfices à venir d’une hausse des ventes ont désormais moins de valeur, puisque les rendements obligataires grimpent. Ainsi, même les adeptes de ces actions se rendent compte qu’elles ne devraient pas s’échanger à de tels multiples. Ajoutez à cela que les investisseurs qui jouent le momentum font grimper le cours, accroissant ainsi la tension baissière et la conclusion est plus que maussade.

Toutefois, les baisses ont à peine commencé à effacer les gains de l’an dernier. Le titre Tesla s’échange encore à plus du triple de sa valeur de l’an dernier, malgré une baisse de plus d’un tiers de sa valeur par rapport à son point haut de janvier.

Si les rendements obligataires continuent d’augmenter, les valeurs de croissance spéculatives seront pénalisées. Certaines des plus faibles pourraient même devoir passer de l’expansion à tout prix au mode de préservation de la trésorerie, car elles auront des difficultés à solliciter les investisseurs pour obtenir des fonds. Les entreprises enregistrant des pertes et récemment introduites en Bourse par le biais d’une Spac (special purpose acquisition company) sont les plus exposées.

Cependant, les rendements obligataires ont déjà fortement augmenté et s’ils se replient, ils pourraient stimuler les valeurs de croissance spéculatives, comme l’ont montré les fortes fluctuations de mardi. Tout le monde sait que l’expansion économique est en vue et le pétrole a brièvement dépassé les 70 dollars le baril cette semaine, soit davantage qu’avant la pandémie, laissant supposer que la reprise pourrait déjà être intégrée.

Selon moi, même après les gains importants des valeurs cycliques et les grosses pertes des valeurs de croissance, il reste une marge d’évolution avant le retour de la vie à la normale. Toutefois, l’échelle de ces mouvements me laisse dubitatif quant à de nouveaux gains pour les valeurs de type Exxon.

*Notons qu’en une journée elle a regagné 20 % hier.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Astrid Mélite)

Gérants d’actifs : ne pas regarder que la rentabilité financière à court terme

Gérants d’actifs : ne pas regarder que la rentabilité financière à court terme

Olivier de Guerre, cofondateur avec Denis Branche, de la Sicav Phitrust, réagit pour La Tribune à la volonté du géant américain de la gestion d’actifs BlackRock d’être un actionnaire plus engagé auprès des entreprises.

 

LA TRIBUNE – BlackRock a publié un nouveau rapport détaillant ses priorités en matière d’engagement actionnarial. Cette annonce du plus grand gestionnaire d’actifs du monde marque-t-elle, selon vous, un tournant ?

OLIVIER DE GUERRE - C’est effectivement un tournant très important. L’initiative de BlackRock confirme que les grands gérants d’actifs ne peuvent plus regarder que la rentabilité financière à court terme. Et le moteur de ce changement, c’est l’Accord de Paris de 2015 qui a incité les grands investisseurs institutionnels américains et européens à prendre des engagements vis-à-vis de la transition énergétique.

Covid-19 : un manque de stratégie à long terme

Covid-19 : un manque de stratégie à long terme

 

Dans une tribune au « Monde », sept médecins estiment que le port du masque en extérieur est discutable scientifiquement, mais que les pouvoirs publics doivent conserver une ligne rouge : éviter la saturation du système de santé.

Al ‘heure où la dynamique épidémique s’accélère, représentant une menace sérieuse pour certaines régions, se pose la question, difficile, des nouvelles mesures à prendre. Devant l’imprévisibilité de l’évolution de cette pandémie, le principe de précaution paraît séduisant. Il faut cependant se prémunir de la tentation d’un covido-centrisme, qui consisterait à penser qu’absolument toute mesure visant à réduire la circulation du virus est bonne à prendre, indépendamment des conséquences à court et long termes qu’elle risque d’avoir sur l’ensemble de la population.

Au fond, chaque nouvelle mesure doit être prise en respectant le même principe de précaution, lequel n’envisage pas uniquement le risque sanitaire, mais aussi les risques économiques et sociaux. Il faut s’assurer que de nouvelles mesures contraignantes − en particulier le recours à un nouveau confinement, même partiel − ne risquent pas d’exposer une partie de la population à une plus grande précarité sociale fragilisant leur état de santé et pouvant aboutir, dans certains cas, à une mort prématurée.

Des mesures discutables

On a observé de manière frappante lors du grand confinement que les différentes classes sociales n’ont pas été également impactées par les mesures de restriction : les plus précaires en ont subi les conséquences de plein fouet. C’est un paradoxe, mais des mesures sanitaires visant à préserver la vie de certains peuvent, par leur impact social, surexposer la frange la plus précaire de la population.

Même avec l’espoir d’une vaccination disponible et efficace dans les six prochains mois, il semble acquis que le Covid-19 est là pour durer, et il faut accepter que cette maladie fasse désormais partie de notre monde.

Le conseil scientifique a récemment souligné que le gouvernement allait devoir prendre des décisions difficiles. Certaines mesures déjà mises en œuvre sont efficaces et ont été bien suivies : les limitations de rassemblements massifs, le port du masque en lieu clos, le lavage des mains et la stratégie test-isolement-traçage étaient des mesures raisonnables et indispensables. Elles ont permis que la reprise de l’épidémie soit beaucoup plus lente que la première vague, et de limiter les contaminations des personnes à risque.

Mais d’autres décisions, comme l’obligation du port du masque en extérieur, sont discutables scientifiquement. Elles risquent de générer le doute et de limiter l’adhésion d’une partie de la population aux recommandations sanitaires en général, y compris celles qui, pourtant, restent indiscutables.

 

ENSAUVAGEMENT» : 70 % des Français approuvent le terme

ENSAUVAGEMENT» : 70 % des Français approuvent le terme

D’après un sondage Ifop, 70% des Français estiment que ce terme d’«ensauvagement» employé par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, est justifié. Et pour cause car le débat sémantique de salon ne prend pas en compte ce que vivent trop de français à travers les incivilités quotidiennes.

Une majorité des personnes interrogées attribuent la hausse de l’insécurité à une justice trop laxiste. 73% des personnes interrogées estiment que les juges ne sont pas assez sévères.

 

 

Le danger des dettes à long terme ( DWS)

Le danger des dettes à long terme ( DWS)

Le géant d’actifs allemands DWS s’inquiète à juste titre des conséquences des dettes massives qui vont être consenties pour tenter de relancer l’économie à long terme. Pour le spécialiste financier, il n’y a que deux moyens pour y remédier  soit faire d’énormes efforts de croissance pour ramener la richesse mondiale au niveau de sa représentation monétaire soit reprendre dans la poche de l’épargnant ou du salarié l’impôt volontaire que constitue l’inflation. La dévalorisation monétaire permettrait en fait de reprendre d’une main ce c qu’on a accordé de l’autre ou plus exactement de financer  en réduisant le pouvoir d’achat. Ce que craint le spécialiste financier c’est  que cet énorme plan  de dettes ne soutienne une masse d’entreprises qui ne sont plus aujourd’hui compétitives et contribuent à faire tomber la productivité.

Ces programmes vont faire exploser la dette publique qu’il faudra réduire et rien ne garantit que la croissance ou l’inflation le permettront, écrit Martin Moryson, chef économiste Europe de la société de gestion allemande, dans une note publiée jeudi.

“Ces programmes étaient sans aucun doute inévitables face à la gravité de la situation mais il est également certain qu’ils auront des effets collatéraux considérables à long terme”, écrit-il.

“L’intervention des gouvernements dans l’économie comporte le risque d’importantes distorsions qui pourraient peser à terme sur la croissance de la productivité”, argumente-t-il. Il faudra rembourser, l’annulation de la dette n’étant pas une solution en raison des risques économiques et sociaux qu’elle comporte, selon Martin Moryson.

Si la croissance et l’inflation n’apportaient pas de réponse à l’endettement, il faudrait envisager de recourir à l’excédent budgétaire par le biais de politiques de rigueur, une solution loin d’être idéale, ajoute l’économiste.“La discipline budgétaire, souvent appelée austérité par ses adversaires, a été très impopulaire, a affaibli la cohésion de sociétés et pèse sur le soutien de la population aux gouvernements qui la mettent en place”, écrit-il. Les plans de relance menacent à terme de fausser la concurrence en maintenant artificiellement en vie des entreprises non compétitives, poursuit-il.

Plus généralement, la crise du coronavirus pourrait favoriser une poussée du protectionnisme avec le rôle renforcé des Etats dans l’économie.

“Le capitalisme, qui était déjà dans une situation inconfortable avant le coronavirus, pourrait l’être encore davantage après l’épidémie”, conclut Martin Moryson. Tout cela n’est sans doute pas complètement faux et en vérité il faudra trouver le bon mixte qui permettra de combiner la rigueur, la fiscalité et l’inflation et cela sur une assez longue période car on ne peut amortir un tel choc en quelques années. Le climat social dégradé pourrait favoriser l’acceptation tacite d’un environnement économique et financier dégradé.

Monde d’après : identifier les enjeux à long terme

Monde d’après : identifier les enjeux à long terme

Dans une tribune au « Monde », douze universitaires membres de différents groupes de réflexion lancent un appel pour agir ensemble à l’échelle européenne et créer un réseau intégrant les enjeux de long terme dans les réponses politiques à la crise actuelle.

Tribune. La crise causée par le Covid-19 frappe nos sociétés alors que notre système financier est encore marqué par la crise d’il y a dix ans, et que la zone euro souffre toujours des profonds déséquilibres économiques qui menacent à terme sa survie même. Surtout, elle nous frappe alors même que la crise climatique et environnementale continue de s’aggraver et d’accroître les inégalités à l’échelle mondiale.

Chacune de ces crises possède ses causes propres, mais elles sont profondément interconnectées. Ces dernières années, nous avons enfin pris conscience du fait que le changement climatique pouvait déclencher des crises financières ; désormais nous savons que la perte de biodiversité augmente le risque de pandémies d’origine zoonotique qui peuvent, à leur tour, ébranler l’économie mondiale.

S’il est impossible de prévenir complètement les futurs risques sanitaires ou financiers, nous pouvons en adoucir les effets en rendant nos sociétés et nos économies plus résilientes. En effet, pourquoi notre système économique actuel semble-t-il si vulnérable à de nouveaux chocs ?

 

D’abord, parce qu’il poursuit l’objectif de croissance économique aveuglément, au détriment du bien commun et sans tenir compte de ses effets destructeurs. Pendant longtemps, la croissance a été utilisée pour justifier l’accroissement des inégalités des richesses et des revenus ; aujourd’hui elle demeure trop consommatrice d’énergie et de matières premières, alors qu’elle devrait être qualitative, mesurée à l’aide des indicateurs de bien-être social et environnemental. 

L’emprise des lobbies

Deuxièmement, parce qu’il privilégie les rendements à court terme plutôt que le développement à long terme et la cohésion sociale de nos sociétés. Les bénéfices des entreprises sont canalisés vers des rachats d’actions au lieu des salaires ou des investissements dans la transition écologique, tandis que le marché du travail protège de moins en moins les travailleurs dans de nombreux pays européens.

 

Troisièmement, notre vulnérabilité tient à l’emprise des lobbys du monde d’hier sur les décisions publiques, rendant encore plus difficile la prise en compte des enjeux de long terme. Et inversement, les mises ne garde des scientifiques sont ignorées car jugées trop dérangeantes pour le modèle économique actuel. 

Désormais nous savons que la perte de biodiversité augmente le risque de pandémies d’origine zoonotique qui peuvent, à leur tour, ébranler l’économie mondiale

Ce triple constat n’est pas nouveau. A chaque grande crise le débat sur les solutions foisonne, mais ensuite le statu quo est rapidement rétabli ; les mesures d’austérité et la régulation inadéquate de la finance qui ont suivi la crise financière de 2008 en offrent des illustrations limpides.

Le pétrole à 20 dollars : des conséquences à terme

Le pétrole à 20 dollars : des conséquences à terme

Le cours du baril s’est écroulé tombant même lundi à 20 $. Un baril qui était autour de 60 $ début de l’année. Les conséquences sont pour l’instant bénéfique pour le consommateur qui a vu le prix du carburant baisser de l’ordre de 0,20 €. Les conséquences les plus importants concernent les pays producteurs. En effet, on est engagé dans une véritable guerre énergétique menée en particulier par l’Arabie Saoudite qui veut écraser la concurrence avec les prix. L’Arabie Saoudite a en effet refusé de s’engager dans une politique de restriction de l’offre. Elle espère ainsi asphyxier certains producteurs pour se retrouver dans une position encore plus dominante.

Au-delà de l’objectif économique, il y a aussi la volonté de tarir les revenus de l’Iran, l’ennemi irréductible. L’Iran déjà affectée par les sanctions des pays occidentaux et dont  l’économie et dans un état dramatique, en plus qui malheureusement est l’un des pays les plus affectés par le Coronavirus. En même temps, l’Arabie Saoudite pèse sur les conditions économiques de la production de gaz de schiste et les États-Unis. Un gaz de schiste beaucoup moins compétitif que le pétrole d’Arabie Saoudite.

Pour amortir les investissements spécifiques de ce pétrole aux États-Unis, le coût doit se maintenir autour de 40 à 50 $. . Autre conséquence géopolitique, celle concernant la Russie qui elle aussi a refusé de limiter sa production. En cause a aussi une économie dans un état également assez catastrophique. Pour certains pays dont c’est le revenu essentiel, la baisse du pétrole est dramatique notamment en Algérie.

En Afrique, l’Algérie, le Nigéria ou encore l’Angola pourraient être les victimes collatérales du coronavirus et du conflit entre Riyad et Moscou. L’Irak, l’Iran, la Libye ou encore le Venezuela sont également concernés. Si les cours ne remontent pas rapidement, tous ces pays devront certainement prendre des mesures drastiques d’austérité, qui pourraient se traduire en crise sociale. Voire même en crise politique.

Pour le groupe pétrolier la conséquence sera un ralentissement des investissements et une politique d’attribution de dividendes moins généreuse que précédemment aux actionnaires.

 

Réchauffement climatique: la disparition des plages à terme ?

Réchauffement climatique: la disparition des plages à terme ?

 

Avec le réchauffement climatique et de développement du nombre et de l’ampleur des tempêtes, les plages sont menacées de disparaître à terme. Avec le réchauffement climatique, le niveau des océans s’élève. Et la mer finit par grignoter le littoral. Résultat : l’eau menace une partie de l’habitat en bord de mer, les terres agricoles et la nappe phréatique qui se charge en sel. Selon la nature du littoral, ce recul de la terre ferme peut aller de quelques centimètres par an pour les falaises à un ou deux mètres pour certaines plages. D’ici à 2050, 300 millions d’habitants risquent d’être confrontés à des inondations côtières au moins une fois par an. Alors, pour faire face à l’érosion du littoral, en Normandie, chercheurs et élus se mobilisent. Notre journaliste est allé à leur rencontre. Pour en venir à cette conclusion, les scientifiques ont utilisé des images satellites. Ils ont étudié la manière dont les plages ont évolué au cours des 30 dernières années et ont ainsi pu prédire les impacts que le changement climatique aurait sur elles.

« D’ici la fin du siècle, la moitié des plages du monde vont souffrir d’une érosion de plus de 100 mètres », explique le chercheur Michalis Vousdoukas, qui a dirigé l’étude. « Il est très probable qu’elles disparaissent. »

Plus la température de la planète augmente, plus les plages sont en danger. En cause: l’augmentation du niveau de la mer et de violentes tempêtes. Certaines plages pourraient être englouties par les vagues.

Les scientifiques ont travaillé à partir de deux scénarios, celui « du pire » où les émissions de gaz à effet de serre continuent à leur rythme actuel, ou un autre scénario où le réchauffement climatique est limité à 3°C, un niveau toutefois élevé. Dans le scénario du pire, 49,5% des plages de sable disparaîtraient, soit environ 132.000 km de côte. Dans l’autre cas, environ 95.000 km seraient concernés, soit un tiers des littoraux sablonneux de la planète.

L’activité humaine sur de nombreuses zones côtières, notamment les constructions sur les rives et l’élévation de digues, aggrave la situation en réduisant la quantité de limon qui s’écoule dans l’océan. Ces fines particules sont pourtant nécessaires à la bonne santé des plages.

Si les plages venaient à disparaître les unes après les autres, les vacanciers ne seraient pas les seuls à en souffrir:

« En dehors du tourisme, les plages de sable offrent souvent le premier mécanisme de protection contre des tempêtes et des inondations et sans elles, les impacts des événements climatiques extrêmes seront probablement plus forts », a averti Michalis Vousdoukas, chercheur au Centre commun de recherche de la Commission européenne. « Nous devons nous préparer ».

Certains pays seront plus touchés que d’autres, d’après les scientifiques. En Gambie et Guinée-Bissau, en Afrique de l’Ouest, plus de 60% des côtes sablonneuses pourraient disparaître.

L’Australie serait le pays le plus durement touché, avec près de 15.000 km de plages de sable rayés de la carte d’ici à 80 ans, devant le Canada, le Chili et les États-Unis. Le Mexique, la Chine, la Russie, l’Argentine, l’Inde et le Brésil font aussi partie des pays en première ligne.

Coronavirus : « Gros danger à terme pour les entreprises »

Coronavirus : « Gros danger à terme pour les entreprises »

 

La prolongation voir l’amplification de la crise du Coronavirus risque de provoquer une crise financière grave des entreprises les plus fragiles en Chine comme ailleurs d’après Sébastien Jean, directeur du Cepii, le Centre d’études prospectives et d’informations internationales.( Interview de la tribune)

 

 

Quelles sont les conséquences du coronavirus sur l’économie chinoise ?

SÉBASTIEN JEAN - Les conséquences découlent des mesures prises pour endiguer la maladie plus que de la maladie elle-même, parce qu’elles paralysent partiellement l’activité. Fait assez rare, cela affecte à assez grande échelle aussi bien la production que la consommation. Les gens restent chez eux ou ont une mobilité limitée, même dans les grandes villes. Au-delà des transports eux-mêmes, cela provoque une chute drastique de la demande dans l’hôtellerie-restauration et le tourisme, mais aussi une baisse marquée de la consommation, réduite aux produits de première nécessité dans les zones affectées et souvent très au-delà.

En parallèle, la limitation des déplacements entrave la production aussi bien en empêchant les salariés d’aller travailler, qu’en perturbant l’acheminement des marchandises, et donc l’approvisionnement en pièces et composants ainsi que la possibilité de livrer la production. L’activité économique a été perturbée à partir de la mi-janvier, il est trop tôt pour avoir des indicateurs solides. Malgré tout, on perçoit déjà des signes tangibles, comme la baisse de la consommation de charbon de près de 40%. Beaucoup d’entreprises ont signalé une chute drastique de leur production et la grande majorité des régions sont fortement impactées, même si l’immense majorité des cas reste localisée dans le Hubei.

Quels sont les principaux risques pour les entreprises en Chine ?

L’impact va beaucoup dépendre de la durée. Si cette paralysie soudaine de l’activité perdure, elle peut être très dangereuse pour les entreprises qui manquent de liquidités. Une récente enquête sur les PME chinoises montre que 85% d’entre elles n’ont pas de liquidités suffisantes pour couvrir leurs charges pendant plus de trois mois. Il y a un risque de faillite pour les petites et moyennes entreprises.

Pour les autorités, cette situation est inédite. D’habitude, les outils de réponse à une crise sont budgétaires ou monétaires. La Banque centrale a d’ailleurs déjà assoupli les conditions du crédit de différentes manières. Mais les outils habituels ne seront guère efficaces pour contrer la paralysie actuelle.

Quelles sont les mesures les plus adaptées à court terme pour répondre à cette crise ?

Les mesures les plus efficaces à court terme et les plus indispensables sont celles qui soulagent la trésorerie des entreprises en proposant un différé de paiement des cotisations sociales, en faisant pression sur les banques pour renouveler les crédits par exemple. Mais si la crise se prolonge, cela peut renforcer la fragilité des petites banques.

Quelles sont les répercussions sur l’économie mondiale ?

À ce stade, l’épidémie a essentiellement frappé la Chine. 95% des cas mondiaux sont en Chine. Le premier scénario est que les autorités arrivent à contenir ou limiter la contagion et l’impact économique hors de Chine. Comment ce choc se répercute-t-il à l’extérieur ? En France, la moindre consommation des Chinois va avoir des répercussions principalement sur l’industrie du luxe, l’agroalimentaire et le tourisme. Dans les autres secteurs, il devrait y avoir une baisse de la demande mais elle sera moins significative qu’en Allemagne, parce que nos exportations vers la Chine sont moins importantes. La première économie de la zone euro est fragilisée par son plus grand succès à l’exportation. Les premières répercussions ont d’abord concerné les pays voisins de la Chine. Le choc est d’abord important en Asie. La Chine représente près d’un tiers de la croissance mondiale et cela va avoir un effet sur la demande qui est non négligeable. L’impact va dépendre aussi de la capacité des autres économies à se fournir ailleurs qu’en Chine.

 

Vers la disparition des plages à terme ?

Vers la disparition des plages à terme ?

 

Avec le réchauffement climatique et de développement du nombre et de l’ampleur des tempêtes, les plages sont menacées de disparaître à terme. Avec le réchauffement climatique, le niveau des océans s’élève. Et la mer finit par grignoter le littoral. Résultat : l’eau menace une partie de l’habitat en bord de mer, les terres agricoles et la nappe phréatique qui se charge en sel. Selon la nature du littoral, ce recul de la terre ferme peut aller de quelques centimètres par an pour les falaises à un ou deux mètres pour certaines plages. D’ici à 2050, 300 millions d’habitants risquent d’être confrontés à des inondations côtières au moins une fois par an. Alors, pour faire face à l’érosion du littoral, en Normandie, chercheurs et élus se mobilisent. Notre journaliste est allé à leur rencontre. Pour en venir à cette conclusion, les scientifiques ont utilisé des images satellites. Ils ont étudié la manière dont les plages ont évolué au cours des 30 dernières années et ont ainsi pu prédire les impacts que le changement climatique aurait sur elles.

« D’ici la fin du siècle, la moitié des plages du monde vont souffrir d’une érosion de plus de 100 mètres », explique le chercheur Michalis Vousdoukas, qui a dirigé l’étude. « Il est très probable qu’elles disparaissent. »

Plus la température de la planète augmente, plus les plages sont en danger. En cause: l’augmentation du niveau de la mer et de violentes tempêtes. Certaines plages pourraient être englouties par les vagues.

Les scientifiques ont travaillé à partir de deux scénarios, celui « du pire » où les émissions de gaz à effet de serre continuent à leur rythme actuel, ou un autre scénario où le réchauffement climatique est limité à 3°C, un niveau toutefois élevé. Dans le scénario du pire, 49,5% des plages de sable disparaîtraient, soit environ 132.000 km de côte. Dans l’autre cas, environ 95.000 km seraient concernés, soit un tiers des littoraux sablonneux de la planète.

L’activité humaine sur de nombreuses zones côtières, notamment les constructions sur les rives et l’élévation de digues, aggrave la situation en réduisant la quantité de limon qui s’écoule dans l’océan. Ces fines particules sont pourtant nécessaires à la bonne santé des plages.

Si les plages venaient à disparaître les unes après les autres, les vacanciers ne seraient pas les seuls à en souffrir:

« En dehors du tourisme, les plages de sable offrent souvent le premier mécanisme de protection contre des tempêtes et des inondations et sans elles, les impacts des événements climatiques extrêmes seront probablement plus forts », a averti Michalis Vousdoukas, chercheur au Centre commun de recherche de la Commission européenne. « Nous devons nous préparer ».

Certains pays seront plus touchés que d’autres, d’après les scientifiques. En Gambie et Guinée-Bissau, en Afrique de l’Ouest, plus de 60% des côtes sablonneuses pourraient disparaître.

L’Australie serait le pays le plus durement touché, avec près de 15.000 km de plages de sable rayés de la carte d’ici à 80 ans, devant le Canada, le Chili et les États-Unis. Le Mexique, la Chine, la Russie, l’Argentine, l’Inde et le Brésil font aussi partie des pays en première ligne.

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