Archive pour le Tag 'temps'

« Le temps de se réengager dans les associations » !!

« Le temps de se réengager dans les associations » !!

Dans le JDD, les secrétaires d’Etat Olivia Grégoire (Economie sociale, solidaire et responsable) et Sarah El Haïry (Jeunesse et Engagement) appellent les Français à se réinscrire dans les associations, malgré la crise du Covid-19.

Les deux secrétaires d’État dont on se demande quel est exactement le rôle s’aperçoivent un peu tardivement que les associations ont subi un grave préjudice du fait de la crise sanitaire. Nombres d’associations ont dû cesser leurs activités, les bénévoles sont devenus nettement moins nombreux et les protocoles imposés ne sont nullement adaptés à certains milieux associatifs. Aucune mesure concrète n’a été prise pour sauver les petites associations. Bilan: des milliers d’associations ont cessé toute activité.

La tribune :

 

  »Alors que se tiennent en ce moment même les forums des associations et que prochainement les semaines de l’engagement commenceront partout en France, c’est toute la nation qui sera sensibilisée à l’importance du fait associatif et de la mobilisation citoyenne. Avec la crise, les taux d’adhésion des bénévoles et les inscriptions au sein des associations ont considérablement chuté.

De nombreux adhérents n’ont pas renouvelé leurs cotisations en 2020 de peur de se voir à nouveau privés de la possibilité de réinvestir physiquement leurs associations. Les bénévoles, souvent âgés, viennent de vivre de nombreux mois encouragés à se protéger en restant dans leur domicile. Ce sont toutes les interactions sociales qui sont sorties de leurs habitudes.

Les Français l’ont compris, face à l’épidémie, nous devons impérativement agir en collectif. Le virus s’est avéré un formidable défi de solidarité : d’un côté, car l’arrêt de l’activité économique a encore mis à l’épreuve les populations les plus fragiles et les plus isolées ; de l’autre, car la menace de la contamination a grandement réduit les forces bénévoles dans leurs opérations quotidiennes.

Le gouvernement, en soutien aux principaux acteurs et représentants associatifs, lancera une grande campagne afin d’encourager les Français à revenir vers leurs associations

Depuis le début de la crise, le gouvernement s’est pleinement mobilisé pour soutenir notre précieux tissu associatif. Aussi, 27.600 associations ont pu bénéficier du fonds de solidarité. 100 millions d’euros ont été débloqués pour leur trésorerie et leurs fonds propres. L’aide UrgenceESS a permis la préservation de près de 10.000 emplois. Si ces mesures d’accompagnement ont su soutenir nos associations dans cette rude épreuve, les associations doivent petit à petit repartir à la conquête de leurs publics.

Là encore, l’Etat sera à leurs côtés.

Dès demain, le gouvernement, en soutien aux principaux acteurs et représentants associatifs, lancera une grande campagne afin d’encourager les Français à revenir vers leurs associations. Nous allons agir pour permettre aux associations, aux fédérations, aux institutions de démultiplier leur action et, donc, les initiatives bénéfiques pour notre pays et les Français. Nous invitons les bénévoles à retrouver leurs associations et à propager partout ce message : ‘Mon asso, je l’adore, j’y adhère!’.

Avec la levée progressive des restrictions sanitaires, permise par les progrès de la couverture vaccinale, il est maintenant à nouveau possible pour eux de se réinvestir humainement dans leurs associations – dont près d’un Français sur deux était membre avant la crise. Le gouvernement entend les encourager à reprendre pleinement part à la vie associative, en particulier dans les domaines sportifs et culturels qui ont le plus souffert des confinements.

La société dans son ensemble qui a plus que jamais besoin de ces associations et de leurs forces vives pour réaffirmer sa cohésion

L’effort de l’Etat pour les associations depuis le début de la crise sanitaire se chiffre à plusieurs millions d’euros, il se chiffrera surtout en plusieurs millions de bénéficiaires : les associations, naturellement, qui attendent avec impatience de voir revenir leurs adhérents et bénévoles ; les Français, bien entendu, qui ont attendu bien trop longtemps de pouvoir s’adonner à leurs passions ; mais surtout la société dans son ensemble qui a plus que jamais besoin de ces associations et de leurs forces vives pour réaffirmer sa cohésion. Comme le considérait déjà Tocqueville quand il faisait des associations le moteur essentiel de la société démocratique : ‘Il n’y a rien que la volonté humaine désespère d’atteindre par l’action libre de la puissance collective des individus.’

Les observateurs nous disent que les Français se désintéressent du politique, peut-être. En revanche, il est évident qu’ils restent particulièrement impliqués dans la politique, dans son sens premier, c’est-à-dire la vie de la cité.

Nous avons donc un simple message à faire passer : le temps de se rengager pour les associations est venu. Engager quelque chose, c’est commencer une aventure.

Les associations, c’est avant tout des femmes et des hommes. Des engagés. »

2022: Le temps de parole d’Éric Zemmour décompté

2022: Le temps de parole d’Éric Zemmour décompté

 

Le conseil supérieur de l’audiovisuel considère Éric Zemmour comme un candidat potentiel pour 2022 et va imposer de compter le temps de ses interventions audiovisuelles. « Le collège du Conseil supérieur de l’audiovisuel a décidé de demander aux médias audiovisuels de décompter les interventions de Monsieur Éric Zemmour portant sur le débat politique national. Cette décision s’appliquera à compter du jeudi 9 septembre 2021 », indique le régulateur.

Le CSA rappelle que « les dispositions de la loi du 30 septembre 1986 prévoient la prise en compte des interventions des personnalités politiques

Transition écologique: il temps de passer à la phase concrète

Transition écologique: il temps de passer à la phase concrète

Philippe Mudry estime qu’il est en d’aller au-delà des approches macro environnementales pour passer au concret ( dans l’Opinion)

 

Pour illustrer l’urgence climatique, pouvait-on imaginer été plus convaincant ? Coincé sous une cloche de chaleur, l’Ouest américain n’a été plusieurs semaines qu’un vaste brasier ; et tandis que le Sud de l’Europe voyait ses forêts dévorées par les flammes, des inondations sans précédent stupéfiaient par leur ampleur l’Allemagne et le Bénélux, impuissants malgré leur richesse. Partout, l’actualité est rythmée par les événements extrêmes, révélant crûment l’impréparation des Etats comme des simples citoyens. Il ne suffit pas de couler dans le bronze de la loi européenne l’obligation de neutralité carbone d’ici 2050, et de proclamer des objectifs datés pays par pays, pour affronter efficacement le péril. Encore faut-il que la société suive. Les entreprises s’y mettent à peine ; quant aux citoyens, leur en donne-t-on les moyens ? Assurément pas !

Pour l’heure, qui sait que, comme le souligne l’économiste Jean Pisani-Ferry, « la transition écologique va être brutale, bien plus que l’on imaginait » ? Quelle publicité a-t-elle été faite du rapport Blanchard-Tirole, deux des plus éminents économistes mondiaux, sur le coût réel de la transition et ses conséquences sociales (lire notre chronique du 30 juin) ? La vérité est que, pour user de la terminologie des économistes, si les travaux macro-climatiques abondent, leurs applications « micro » manquent largement. Dès lors, chacun espère qu’il pourra s’accommoder progressivement de la contrainte climatique, à grands coups d’aides financières à une « transition verte » parée de toutes les vertus.

 

 Or comme élus grecs ou allemands l’ont constaté douloureusement, c’est toute la politique d’aménagement territoriale, de construction et d’investissements publics qui est à revoir, de fond en comble et sans délai aucun ! Pour chaque citoyen, les choix à anticiper sont tout aussi proches, radicaux et globaux. De nombreux investissements domestiques, effectués aujourd’hui sans information suffisante, seront obsolètes demain. Quel impact du climat sur ma propriété ? Quelle chaudière acheter, et à quel horizon ? Quand changer ma voiture et avec quelles caractéristiques ? Quelles modifications envisager dans mon mode de logement ? de travail ? d’assurances ? d’épargne ? Quelles augmentations à prévoir, dont personne ne parle mais auquel chacun se doute qu’il n’échappera pas : coût des grands services publics, des taxes carbone ou autres impôts-climat ?

Gageons qu’une bonne part de la persistante sur-épargne actuelle n’a d’autre cause que l’inquiétude non exprimée des Français devant la transition à financer, dont aucun politique n’a le courage de parler sérieusement, écologistes compris. S’il veut y mettre un frein, le gouvernement serait bien inspiré d’élaborer un plan d’information massif et détaillé, une feuille de route pratique et citoyenne, relevant les étapes et les investissements à prévoir, les erreurs à ne plus commettre, et sans sous-estimer les sujets fiscaux qui fâchent. Pourquoi le haut-commissariat au Plan, dont c’est la mission après tout, ne trouverait-il pas dans une « coordination prospective » des efforts nationaux matière à un travail de fond sur le combat climatique, qui brille toujours par son absence au bilan de François Bayrou ?

L’éloge de la notion de temps perdu

L’éloge de la notion de temps perdu 

Incertitude, quand tu nous tiens… La pandémie a fait valser notre rapport au temps, mettant l’improvisation au cœur de nos vies. Et si la philosophie antique nous aidait à mieux vivre au présent ? Entretien dans le Monde avec la philosophe Ilaria Gaspari, autrice de « Leçons de bonheur »

Philosophe et romancière italienne, Ilaria Gaspari est l’autrice de Leçons de bonheur (PUF, 2020). Après une douloureuse rupture amoureuse, tout en faisant ses cartons, la jeune femme se lance le défi de se consacrer pendant six semaines à six écoles de philosophie antique. Façon « exercices pratiques », elle convoque Pythagore, Parménide, Epictète, Pyrrhon, Epicure et Diogène pour redonner du sens à sa vie. Un essai et une philosophie « vivante » qui résonne en ces temps où l’incertitude et l’improvisation règnent.

 

Confinement, déconfinement, incapacité à se projeter… ce que nous vivons depuis un an et demi s’apparente-t-il à une crise du temps ?

La pandémie a accéléré une crise du temps déjà présente, cette idée que le futur n’était plus synonyme de progrès, mais de catastrophes à venir. Avec le Covid-19, nous avons été confrontés à notre vulnérabilité et plus largement à celle de la condition humaine, au fait de vivre un temps fini. Cette crise nous a forcés, du jour au lendemain, à vivre au présent, sans pouvoir anticiper ni faire de projets. C’est comme si, soudainement, l’humanité avait été soumise à une expérience collective, certes, très traumatisante, mais aussi intéressante sur son rapport au temps et au présent.

Sommes-nous capables de vivre au présent ? Ou est-ce mission impossible ?

Vivre au présent n’a rien d’impossible : la preuve, des millions d’êtres humains ont été forcés de le faire pendant des mois. Cela a été une épreuve pour beaucoup. Mais nous avons aussi réussi, malgré nous, à changer d’attitude par rapport au temps. A ralentir, à revoir nos priorités… Sur ce point, nous avons beaucoup à apprendre des philosophes grecs, pas seulement pour penser la vie, mais pour la vivre ! Les Grecs étaient très attachés à la notion de « schole » (qui a donné le mot école) : un temps libre, qui n’est pas utilisé pour gagner de l’argent ou performer, mais pour réfléchir, s’améliorer, perfectionner sa pensée. Un temps qui ne sert pas à raconter sa vie sur Instagram ou à ajouter des lignes sur son CV. Un temps de la liberté, en sorte.

Pendant un an, avant le confinement, vous avez appliqué dans votre vie quotidienne les préceptes de six écoles philosophiques antiques. Ces exercices vous servent-ils aussi à vivre cette période de pandémie ?

En écrivant ce livre, Leçons de bonheur, j’étais loin de me douter que nous allions tous vivre un an plus tard une sorte d’expérience philosophique et spirituelle grandeur nature ! Mais oui, ces exercices m’ont permis de changer mon rapport au temps. Prenez Pythagore, par exemple : suivre ses préceptes très stricts, très contraignants et parfois indéchiffrables
(« Abstiens toi des fèves »« Ne ramasse pas ce qui est tombé »« Ne romps pas le pain », etc.) est finalement assez proche de ce qu’on nous a imposés pendant le confinement. On a pu se sentir esclave, étouffé dans notre liberté. Mais suivre ses règles, développer une routine, nous a aussi aidés à vivre ce présent. Car la répétition et l’habitude nous rassurent, permettent de développer une certaine posture ancrée dans le présent.

Mais le présent était alors devenu sans horizon, étriqué !

Certes, mais même dans cette limitation de la liberté, il y a la possibilité de trouver son propre chemin. C’est ce que nous enseigne Pythagore : il faut être créatif dans son rapport au temps, explorer, ne pas toujours chercher à prendre la voie la plus rapide, la plus efficace, à gagner du temps. Pendant le confinement, je me suis beaucoup attachée à cela : trouver ma propre route. J’ai d’ailleurs très peur de perdre cette relation très privilégiée, très intime avec le temps.

Depuis le début du déconfinement, en France comme ailleurs, on sent comme une envie au sein de la population, surtout chez les jeunes, de « rattraper le temps perdu ».

Il faut absolument sortir de cette notion de « temps perdu », de cette injonction à utiliser le temps de manière performative. Comme si le temps dont on ne peut pas montrer l’usage n’existait pas. C’est totalement contraire à l’idée de schole dont on a parlé plus haut, une idée précieuse après les mois qu’on vient de vivre. J’ai interviewé beaucoup de gens qui sont comme nostalgiques du premier confinement, parce que soudainement, pendant cette courte période certes angoissante et difficile, on était à nouveau maîtres de notre temps, un peu comme des enfants. Il est essentiel de garder cela en mémoire, de ne pas chercher à effacer ce qu’on a vécu.

Vous racontez dans « Leçons de bonheur » être une procrastineuse professionnelle. Vous confrontez aux préceptes antiques puis vivre confinée ont-ils eu raison de cette procrastination ?

Dès mars 2020, toutes les excuses que j’avais pour procrastiner se sont envolées ; le confinement a été l’occasion de réfléchir à mes priorités, de m’organiser de manière plus créative. Même si derrière cette procrastination, il y a finalement une forme de névrose contre laquelle j’ai du mal à lutter : celle de finir un travail, une mission. Laisser les choses inachevées me rassure ! En revanche, contrairement à avant, je n’ai plus cette sensation permanente de culpabilité, car il n’y a pas de façon juste de vivre le temps ; j’habite le temps à ma façon, et cela me libère.

Vous dites avoir beaucoup appliqué l’enseignement d’Epictète et des Stoïciens : distinguer les choses qui sont à notre portée et celles qui nous sont hors de portée.

C’est le précepte auquel je pense le plus souvent depuis un an et demi. Beaucoup de gens ont dû vivre une interruption brusque dans leur vie : annuler ou reporter un mariage, un déménagement, être bloqué dans un pays étranger… Ces événements sont moins difficiles à vivre si l’on accepte qu’on n’a pas d’emprise dessus, qu’elles sont donc hors de portée. Mais c’est une sagesse difficile à acquérir. Il faut, à mon avis, la compléter par une attitude épicurienne – même si ces deux écoles étaient rivales à l’époque.

Qu’avons-nous à apprendre d’Epicure, justement ?

Epicure a fondé son école dans une période de crise et de perte de repères, comme celle que nous traversons, à l’époque des conquêtes d’Alexandre. Son idée est essentielle : l’homme ne doit pas être esclave de ses peurs irrationnelles. Pendant le confinement, au réveil, on allumait la radio, la télévision, qui déversaient leur flot de mauvaises nouvelles, leur décompte de morts… L’angoisse était là, tout le temps. J’ai donc suivi un principe épicurien : faire chaque matin la liste des maux dont je ne souffrais pas, plutôt que de se focaliser sur mes malheurs, mes chagrins. C’est un exercice de gratitude qui, répété, fonctionne ! Epicure a même inventé le tetrapharmakon, un raisonnement logique qui fonctionne comme une médecine, une thérapie.

Quel lien faites-vous entre ces exercices philosophiques et la méditation bouddhiste ou de pleine conscience, qui, elles aussi, aident à vivre le présent ?

Il y a d’abord un lien assez fort entre les philosophies orientales, comme le bouddhisme, et la philosophie grecque. Un lien historique, bien sûr, puisque sous Alexandre, la culture hellénique a infusé jusqu’en Orient. Mais il me semble qu’il s’agit, dans les deux cas, d’un travail sur la conscience. La conscience du temps, notamment. La méditation est une technique qui semble plus facile d’abord que l’approche philosophique, mais toutes deux répondent aux mêmes besoins. On imagine la méditation plus proche du corps, de la posture… mais si on regarde bien, les philosophes grecs proposent aussi cette gymnastique, cette connection entre le corps et l’esprit. Pour être « bien » dans son rapport au temps, il faut à la fois une approche spirituelle et physique.

L’improvisation est au cœur de nos vies depuis plusieurs mois. La philosophie grecque nous aide-t-elle à improviser ?

Pas vraiment, car elle prône, au contraire, une forme de discipline. Mais la seule possibilité de développer une pratique philosophique, à traverser les exercices dont je parlais plus haut, c’est, en effet, l’improvisation ! Diogène le Cynique était un grand improvisateur, une sorte de star du stand-up avant l’heure. Il allait parler aux gens dans la rue, les provoquait et improvisait des solutions pour échapper aux conventions. A nous d’oser aussi improviser pour construire une relation créative et personnelle au temps.

Temps de travail des militaires: protestation d’écrivains

Temps de travail des militaires: protestation d’écrivains

 

  • Après la décision de la cour de justice européenne de soumettre le temps de travail de militaire à la réglementation des autres travailleurs plusieurs écrivains protestent contre cette mesure iconoclaste.

Les sept écrivains signataires de cette tribune: Didier Decoin, président de l’Académie Goncourt ; Loïc Finaz ; Patrice Franceschi ; Olivier Frébourg ; Erik Orsenna, de l’Académie française ; Yann Queffélec ; Daniel Rondeau, de l’Académie française ; Sylvain Tesson.

 

 


 

« Monsieur le Président, nous, écrivains de marine qui nous sommes engagés à défendre la vocation maritime de la France, nous nous adressons à vous publiquement sur un sujet aussi grave que précis, mais trop peu connu de nos concitoyens, soucieux de leur liberté et de celle de leur pays – c’est-à-dire du maintien opérationnel de notre outil de défense nationale dans un monde de plus en plus incertain, volatil et dangereux. La Cour de justice de l’Union européenne vient d’intimer à la France d’appliquer à nos armées la directive européenne du temps de travail, contre laquelle vous vous étiez jusqu’à présent opposé, à juste titre. Nous vous exhortons à tout faire pour refuser ce diktat contraire aux intérêts de la nation. »

 

Temps de travail militaires : la décadence européenne

Temps de travail militaires : la décadence européenne

 

Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, a accordé un entretien au Figaro afin d’expliquer les enjeux d’une décision de la cour de justice européenne d’appliquer la réglementation du travail pour certaines catégories de militaires. Une décision d’autant plus curieuse que l’Europe est particulièrement indigente en matière de politique de défense, privilégiant plus souvent le business à la défense du territoire européen, l’Allemagne en particulier. Une orientation singulière faite aussi pour affaiblir la position de la France seul membre européen du conseil de sécurité de l’ONU (Extrait)

 

 

Concrètement, quelles conséquences pourrait avoir la directive de la CJUE ?

Hervé Grandjean. -Cette décision de la Cour de Justice de l’Union européenne introduit une catégorisation des activités de nos militaires. Pour caricaturer, il y aurait d’un côté les militaires qui combattent sur le terrain, qui eux ne sont pas soumis à la limitation du temps de travail, et de l’autre les militaires qui ont par exemple des activités d’entretien, de réparation, de santé, d’administration, et dont le temps de travail serait encadré par le droit européen.

 

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La ministre des Armées Florence Parly s’élève avec force contre cette décision de la Cour de Justice européenne, car cette catégorisation heurte le principe d’unicité du statut militaire en France, et méconnaît la réalité du quotidien de nos militaires, qui exercent bien souvent plusieurs métiers à la fois ! Par ailleurs, l’efficacité de notre outil de défense repose sur l’intégralité de nos militaires, et on ne mène pas des opérations de guerre efficaces si les matériels ne sont pas bien entretenus, si les visites médicales ne sont pas faites à temps, si les vivres ne sont pas approvisionnés. Il y a un continuum dans les actions de nos militaires, qui concourent tous au même objectif : réaliser la mission.

Lorsqu’une frégate doit appareiller le lendemain pour escorter un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) par exemple, et qu’un de ses moteurs tombe subitement en panne, va-t-on retarder le départ à la mer du SNLE pour des motifs de temps de travail? Lorsque nos sapeurs-pompiers de Paris, qui sont des militaires, interviennent pour sauver Notre-Dame de Paris, va-t-on laisser les tours de la cathédrale s’effondrer pour des motifs de temps de travail ?

Nous sommes en train de regarder très précisément les implications de cette décision européenne pour nos forces armées. Outre les contraintes de gestion considérables qu’elle pourrait impliquer, elle compromettrait également l’identité de nombre de nos unités.

Pourquoi le militaire échappe-t-il aux règles habituelles du travail ? Quelle est la spécificité du temps de travail des militaires ?

Très simplement, car le militaire est au service d’une mission qui le dépasse, c’est l’ultima ratio du pays. Quand les 35 heures ont été instaurées dans notre pays, il n’y a pas eu de transposition aux militaires car leur temps de travail ne se décompte pas.

Le Conseil constitutionnel a dégagé un principe à valeur constitutionnelle, celui de la «nécessaire libre disposition de la force armée». Cela veut dire, et c’est inscrit dans le statut de nos militaires, que nous sommes disponibles en tout temps et en tous lieux. C’est une condition de l’efficacité et de la réactivité de nos armées.

Prenons un exemple : nous avons mis sur pied l’opération «Résilience» en mars 2020, pour porter assistance à nos concitoyens pendant la crise sanitaire, en installant des hôpitaux de campagne, en acheminant des vaccins dans les outre-mers, en montant des centres de vaccination dans nos territoires, à chaque fois avec une diligence qui a forcé l’admiration de concitoyens : tout cela aurait-il été possible sans le principe de disponibilité en tout temps et en tous lieux des militaires ? Je ne le crois pas.

Mais il est important de souligner que les militaires disposent, en contrepartie de cette disponibilité totale, de compensations. Le militaire dispose par exemple de 45 jours de permissions par an, quand les salariés ont 25 jours de congés. Cet équilibre entre obligations et compensations s’appelle la condition militaire. Il est dangereux de toucher à cet équilibre qui fait le succès et la fierté de nos armées.

Quelle est la singularité du statut militaire, sa pertinence ? Pourquoi ce fonctionnement est-il important ?

L’armée française est une armée singulière : parce que la France est le seul pays européen membre du conseil de sécurité des Nations unies, parce que nous sommes dotés de la dissuasion nucléaire, parce que nous sommes engagés en opérations extérieures, au Sahel et au Levant, sur le territoire national, avec l’opération Sentinelle notamment, parce que nous sommes la première armée d’Europe.

Nous sommes par ailleurs une armée de professionnels, et au sein de cette communauté de professionnels, il y a une unité de sort. Cela se traduit par l’unicité et la singularité du statut militaire, qui est au cœur de la cohésion et de l’efficacité de nos forces armées.

Cette singularité, elle est mise en avant par la Constitution de notre pays, qui impose la libre disposition des forces armées, mais aussi par le traité de l’Union européenne, qui rappelle dans son article 4 que la sécurité nationale est de la seule compétence des États membres.

Ce qui est en jeu, c’est aussi la sécurité de nos militaires car avant de partir en opérations, nos militaires doivent se former, s’entraîner : et ils ne peuvent le faire dans des conditions réalistes si la directive européenne venait à s’appliquer mécaniquement. Encore une fois, notre statut militaire doit être préservé, pour le bien de tous les Français.

Climat-Météo : un temps détraqué, des pluies et inondations exceptionnelles

Climat-Météo : un temps détraqué, des pluies et inondations exceptionnelles

 

 

Ce qui caractérise le climat depuis déjà plusieurs mois c’est d’abord des variations de température inhabituelle souvent entrecoupées de pluies exceptionnelles pour la saison. Un climat dont le dérèglement est accentué dans certaines régions dont certaines connaissent des dômes de chaleur tandis que d’autres n’ont pas encore vraiment connu l’été. S’ajoutent à cela des épisodes pluvieux allant jusqu’à des inondations  inhabituelles pour la saison et souvent d’ampleur inconnue

« Cela fait deux mois et demi qu’il y a des orages ou des pluies qui se succèdent sur une grande partie nord et est de la France, c’est inhabituel », a observé mercredi 14 juillet sur franceinfo Alix Roumagnac, président de Predict Services, la filiale « risques » de Météo France alors que les vigilances orange aux phénomènes de pluie-inondation et d’orages se succèdent depuis le début de l’été en France.

« Normalement, ce type de situation se produit un peu plus tôt », a indiqué Alix Roumagnac, « quand on sort de l’hiver, au printemps, avant de passer à l’été ».

« On devrait avoir une fin de juillet qui ressemble un peu plus à un été classique », a estimé Alix Roumagnac qui pointe du doigt les conséquences d’un « dérèglement climatique ».

« Le changement climatique génère une augmentation des extrêmes et notamment une augmentation des grosses chaleurs et des sécheresses, ce qu’on a vu sur l’Espagne le week-end dernier, là on est face à une anomalie c’est pour cela que l’on parle plutôt de dérèglement climatique plutôt que de réchauffement climatique », a analysé le président de Predict Services.

Météo : un temps détraqué et des pluies exceptionnelles

 

Météo : un temps détraqué et des pluies exceptionnelles

 

 

Ce qui caractérise le climat depuis déjà plusieurs mois c’est d’abord des variations de température inhabituelle souvent entrecoupées de pluies exceptionnelles pour la saison. Un climat dont le dérèglement est accentué dans certaines régions dont certaines connaissent des dômes de chaleur tandis que d’autres n’ont pas encore vraiment connu l’été. S’ajoutent à cela des épisodes pluvieux allant jusqu’à des inondations  inhabituelles pour la saison et le grande ampleur.

« Cela fait deux mois et demi qu’il y a des orages ou des pluies qui se succèdent sur une grande partie nord et est de la France, c’est inhabituel », a observé mercredi 14 juillet sur franceinfo Alix Roumagnac, président de Predict Services, la filiale « risques » de Météo France alors que les vigilances orange aux phénomènes de pluie-inondation et d’orages se succèdent depuis le début de l’été en France.

« Normalement, ce type de situation se produit un peu plus tôt », a indiqué Alix Roumagnac, « quand on sort de l’hiver, au printemps, avant de passer à l’été ».

« On devrait avoir une fin de juillet qui ressemble un peu plus à un été classique », a estimé Alix Roumagnac qui pointe du doigt les conséquences d’un « dérèglement climatique ».

« Le changement climatique génère une augmentation des extrêmes et notamment une augmentation des grosses chaleurs et des sécheresses, ce qu’on a vu sur l’Espagne le week-end dernier, là on est face à une anomalie c’est pour cela que l’on parle plutôt de dérèglement climatique plutôt que de réchauffement climatique », a analysé le président de Predict Services.

Le temps de l’assainissement financier n’est pas venu (Bruno Lemaire)

Le temps de l’assainissement financier n’est pas venu (Bruno Lemaire)

 

Bruno Lemaire, le ministre de l’économie, estime dans une interview au JDD que le temps de l’assainissement financier n’est pas encore venu. Au plus tôt la problématique ne reviendra pas avant le début 2022 c’est-à-dire avant la constatation d’une véritable reprise. En attendant le ministre de l’économie entend soutenir les entreprises dans la reconquête de leur développement. Le ministre de l’économie par ailleurs n’évacue pas les indispensables réformes structurelles comme celle des retraites qui sera sans doute renvoyée après les élections présidentielles d’après le président de la république lui-même.

Interview

 

Le déficit public est désormais attendu à 9,4% du PIB, la dette à 117,2%. Comment les diminuer?
Par la maîtrise des finances ­publiques! Dans les trois premières années de ce quinquennat, nous avons réduit le déficit - passé sous la barre des 3% pour la première fois en onze ans -, sorti la France de la procédure de déficit excessif et stabilisé la dette. La maîtrise des finances publiques est donc dans l’ADN de notre majorité et je veux en être le garant. Mais le temps de l’assainissement n’est pas encore venu. Se précipiter dans la consolidation budgétaire, ce serait refaire les erreurs de 2009 et briser la croissance. Avec les ministres de la zone euro, en accord avec la Banque centrale européenne, nous avons convenu que le soutien économique serait maintenu tant que nous ne serions pas revenus à la normale. Soit au plus tôt au début de 2022.

Comment y parvenir le moment venu?
Le moyen le plus efficace reste la croissance, qui passe par des investissements massifs, prévus dans France Relance. Il faudra aussi une vision à plus long terme de nos finances publiques, sur la base de décisions pluriannuelles. Puis poursuivre les réformes structurelles : la priorité, ce sont les retraites. Nos compatriotes ont parfaitement compris que l’avenir de notre système de répartition en dépendait. En 2025, nous stabiliserons puis nous commencerons à réduire la dette. En 2027, nous repasserons sous la barre des 3%.

Concernant la réforme des ­retraites, faudra-t-il repartir de zéro?
Le président de la République a été clair : la réforme des retraites ne peut pas être reprise en l’état. Ce qui n’exclut pas de tenir compte de la situation individuelle de ­chacun. Ce n’est pas la même chose de ­commencer sa vie professionnelle à 17 ou à 25 ans, sur un chantier ou dans un bureau. Nous devons concilier efficacité et justice.

D’où un système par points?
Ma responsabilité de ministre des Finances est de garantir que nous puissions équilibrer notre système de retraite par répartition.

 

Transition énergétique: Intégrer la contrainte du temps

 Transition énergétique: Intégrer la contrainte du temps

 

L’historien Jean-Baptiste Fressoz , chercheur au CNRS, rappelle, dans une chronique au Monde, que les promesses de « l’économie hydrogène » étaient déjà brandies il y a cinquante ans.

 

Chronique.

« Mr. Hydrogen » : c’est le surnom, mi-narquois, mi-admiratif, dont Cesare Marchetti avait été affublé à l’International Institute for Applied Systems Analysis (Iiasa), cet important institut de prospective situé non loin de Vienne que le savant atomiste italien rejoint en 1974, porteur d’une vision, sa vision : celle d’une « économie hydrogène ».

M. Marchetti, aujourd’hui âgé de 94 ans, est surtout connu pour un projet technologique grandiose, celui des « îles énergétiques » : bâtir les centrales atomiques au milieu des océans afin d’approvisionner le monde en hydrogène. Ce projet partait du constat suivant : le nucléaire devait conquérir d’autres marchés que celui de l’électricité et donc produire un carburant liquide pouvant se substituer au pétrole.

Les coûts importaient peu. Dans les années 1970, beaucoup pensent que le pétrole est en phase terminale : le nucléaire deviendrait par la force des choses compétitif, et même indispensable, fournissant une énergie inépuisable grâce aux surgénérateurs.

 

Cesare Marchetti ne cessera de défendre ce projet. D’abord au sein du programme Euratom, où il occupe des postes importants, auprès de la multinationale américaine General Electric, qu’il conseille en matière de prospective, et surtout à travers de nombreux articles et conférences. En 1974, quand se tient à Miami le premier colloque international sur l’économie hydrogène, il fait figure de père fondateur. Un Journal of Hydrogen Energy est créé dans la foulée, dont Cesare Marchetti publie le manifeste.

Les premiers volumes de cette revue sont fascinants tant on y retrouve les promesses actuelles de l’économie hydrogène, la fin des fossiles, la pile à combustible, les électrolyseurs, les pipelines, l’hydrogène comme vecteur énergétique du futur, etc. On discute par exemple beaucoup d’avions à hydrogène, dont les ingénieurs de Lockheed dessinent les élégants fuselages. Après le choc pétrolier, M. Marchetti fait figure de prophète. Le président du Japan Atomic Energy Research Institute l’invite à présenter ses projets au plus haut niveau.

Les perspectives sont grandioses : des centrales atomiques construites sur des atolls du Pacifique produiraient de l’hydrogène par craquage thermique de l’eau (plus efficace que l’électrolyse) ; l’hydrogène serait exporté par une flotte de cryotankers ; le Japon deviendrait l’Arabie saoudite du XXIe siècle. Quant aux déchets radioactifs, en attendant la fusion, on s’en débarrasserait par auto-enfouissement : par leur propre chaleur, ils s’enfonceraient dans le socle basaltique des atolls…

Temps de travail : plus de 55 heures par semaine menace la santé

Temps de travail : plus de 55 heures par semaine menace la santé

 

 «Travailler 55 heures ou plus par semaine représente un grave danger pour la santé», déclare Dr Maria Neira, directrice du Département environnement, changement climatique et santé à l’OMS et selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT) publiée lundi 17 mai.

Notons qu’en France la durée légale est de 35 heures et la durée moyenne de 36,4. Le temps de travail des professions libérales, des commerçants notamment est plus proche des 60 heures.

L’étude conclut que le fait de travailler 55 heures ou plus par semaine est associé à une hausse estimée de 35% du risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) et de 17% du risque de mourir d’une cardiopathie ischémique par rapport à des horaires de 35 à 40 heures de travail par semaine.

L’OMS et l’OIT estiment qu’en 2016, 398.000 personnes sont mortes d’un AVC et 347.000 d’une maladie cardiaque pour avoir travaillé au moins 55 heures par semaine. Entre 2000 et 2016, le nombre de décès dus à des cardiopathies liées aux longues heures de travail a ainsi augmenté de 42%, un chiffre qui s’établit à 19 % pour les AVC. La plupart des décès enregistrés concernaient des personnes âgées de 60 à 79 ans, qui avaient travaillé pendant 55 heures ou plus par semaine lorsqu’elles avaient entre 45 et 74 ans.

Le  nombre de personnes travaillant de longues heures est en augmentation. Il représente actuellement 9% du total de la population mondiale.

XXIe siècle : le temps d’une nouvelle gestion des risques

XXIe siècle : le temps d’une nouvelle gestion des risques

Dans un long entretien accordé à La Tribune, Denis Kessler, PDG du groupe de réassurance SCOR revient sur la séquence de la pandémie, son impact sur les métiers de la (ré)assurance et les enseignements qu’il conviendrait de tirer de cette crise sanitaire exceptionnelle. Il dénonce l’impréparation des pouvoirs publics face à un risque pourtant identifié de longue date. Il assure ne pas craindre l’inflation dont il attend pourtant le retour, car Scor est bien armé face au risque de hausse des taux, affirme-il.

 

 

LA TRIBUNE – Les assureurs et les réassureurs n’ont-ils pas été pris en défaut en ne prévoyant pas l’aléa de la pandémie ?

DENIS KESSLER- La propagation de maladies infectieuses figurait en bonne place dans la cartographie des risques identifiés, étudiés et modélisés par les assureurs et réassureurs bien avant la pandémie de Covid-19. SCOR a développé son propre modèle de quantification du risque pandémique dès 2007.

Durant les dernières années, la réglementation prudentielle a aussi contribué au développement de la connaissance et de la modélisation de ce risque par les (ré)assureurs. Ceux-ci doivent ainsi, selon les règles prudentielles en vigueur en Europe depuis 2016, chiffrer le coût d’une pandémie bicentenaire – c’est-à-dire dont la « période de retour » probabiliste est de 200 ans – et démontrer qu’ils peuvent absorber cette charge : c’est l’un des tests de solvabilité. SCOR a d’ailleurs procédé, en 2013, à l’émission d’une obligation catastrophe pour se couvrir contre une hausse importante de la mortalité aux États-Unis (« mortality bond » ou « pandemic bond »). Et nous avons organisé avec l’Institut Pasteur un colloque international sur le risque de pandémie en… juin 2018 ! En résumé, le suivi et la gestion du risque pandémique faisaient déjà partie intégrante de notre gestion des risques lorsque l’épidémie de Covid-19 s’est déclarée.

Les (ré)assureurs n’ont donc pas été pris « par surprise » par la survenance du choc pandémique, qui était bien dans « l’espace » des scénarios qu’ils étudient et modélisent, et dont le risque était quantifié tant en termes de probabilité que de gravité. En revanche, les (ré)assureurs avaient sous-estimé l’ampleur de l’impact des décisions prises par les pouvoirs publics – confinements, couvre-feux, fermetures administratives… – pour enrayer la diffusion du virus.

Ces mesures, qui in fine ont limité ou arrêté l’activité économique et entraîné des pertes d’exploitation considérables pour les entreprises, ont très fortement impacté l’exposition des assureurs et réassureurs à la crise de la Covid-19. Conséquence : à ce jour, près de 90% du coût de la pandémie concerne la (ré)assurance de dommages et de responsabilité, quand seulement 10% de ce coût concerne la (ré)assurance de personnes… C’est une situation quasi symétrique à celle qui était anticipée et modélisée jusqu’à présent ! Les décisions prises par les pouvoirs publics ont de facto profondément transformé la nature du risque pour les (ré)assureurs.

Vous me permettrez de souligner que s’il y a eu un acteur pris totalement par surprise, ce sont bien les pouvoirs publics : rien n’était prêt ! Comment voulez-vous dans ce cas que l’on puisse nous même anticiper ce qu’ils allaient mettre en œuvre ?

Cette intervention des États n’était-elle pas prévisible ?

Comment voulez-vous modéliser les décisions politiques ? Vous me permettrez de souligner que s’il y a eu un acteur pris totalement par surprise, ce sont bien les pouvoirs publics : rien n’était prêt ! Comment voulez-vous dans ce cas que l’on puisse nous même anticiper ce qu’ils allaient mettre en œuvre ?

Contrairement aux catastrophes naturelles, ces décisions n’obéissent pas à des « lois de la nature ». Elles sont stochastiques, un peu aléatoires, évolutives, beaucoup de tâtonnements … Au demeurant, le fait que les mesures prises face à la pandémie de Covid-19 sont très différentes d’un pays à l’autre – alors que ces derniers sont confrontés à des situations très similaires – en atteste !

Rappelons ici que certains pays n’ont mis en place aucun confinement… Même dans l’Europe des 27, il y a eu 27 façons différentes de gérer la crise ! Et au sein d’un pays donné, une alternance politique peut complètement modifier les mesures mises en œuvre. Comment pouvait-on par exemple modéliser le résultat des élections présidentielles aux États-Unis, et quantifier ex ante ses conséquences sur la mise en œuvre de la campagne de vaccination outre-Atlantique ? La modélisation des décisions administratives et politiques lato sensu est strictement impossible car celles-ci comportent une part d’incertitude radicale et irréductible.

Quelles leçons tirez-vous, en tant que (ré)assureur, de cette crise ?

En tant que réassureur, la plus grande leçon tirée de cette crise tient au fait que la sinistralité du choc de la pandémie de Covid-19 est bien plus concentrée sur la (ré)assurance des biens et de responsabilité que sur la (ré)assurance de personnes.

Une autre « surprise » tient au fait que les (ré)assureurs ont été voués aux gémonies par de nombreux commentateurs et responsables politiques parce qu’ils ne proposent pas de protection contre les conséquences économiques de la pandémie, notamment les pertes d’exploitation des entreprises consécutives aux fermetures administratives et au confinement de la population.

Si le marché de l’assurance ne propose pas de telle protection, c’est évidemment pour des raisons de fond, qui tiennent à la nature même de ce risque. De fait, celui-ci est intrinsèquement non assurable, pour trois raisons principales.

D’abord, il est « sériel ». Quasiment tous les agents économiques sont touchés concomitamment, ce qui crée un problème manifeste de mutualisation des risques, alors même qu’il s’agit du principe cardinal de l’assurance. Le corollaire de ce caractère sériel est que la taille du risque est colossale. Comment voulez-vous « assurer » un pourcentage significatif du PIB d’un pays ?

Ensuite, ce risque comporte une composante endogène très forte, dans la mesure où il est très dépendant de décisions politiques. Son ampleur est déterminée par une myriade de variables directement contrôlées par les pouvoirs publics : la mise en œuvre ou non d’un confinement ; le cas échéant pour quelle durée ; le choix des commerces et entreprises qui peuvent continuer à exercer leur activité, totalement ou partiellement, et de ceux dont l’activité doit être entièrement mise à l’arrêt ; la nature et l’étendue des amortisseurs de la crise – tels le chômage technique ou partiel – mis en place pour éviter le déchirement du tissu économique, etc.

Le problème réside dans le fait que ces décisions politiques ne sont intrinsèquement ni anticipables ni modélisables… ce qui rend l’évaluation du risque et le calcul éventuel de la prime d’assurance impossibles.

Enfin, la dernière raison, plus technique, de non-assurabilité de ce risque tient à de possibles phénomènes d’antisélection et d’aléa moral. L’antisélection est l’effet par lequel seuls les agents économiques les plus exposés s’assurent, ce qui réduit l’effet de mutualisation. En l’espèce, seules les entreprises des secteurs les plus touchés – hôtellerie, restauration, tourisme… – achèteraient une protection (sauf à ce qu’elle soit obligatoire, ce qui poserait des questions d’acceptabilité). Celles appartenant à un secteur épargné – par exemple l’e-commerce – n’auraient aucun intérêt à s’assurer.

L’aléa moral est l’effet par lequel le risque est augmenté par une modification du comportement des agents économiques dès lors qu’une assurance joue le rôle de filet de protection. En l’espèce, la couverture du coût du confinement par des tiers (les assureurs) créerait un problème d’aléa moral manifeste au niveau des pouvoirs publics, qui n’assumeraient plus le coût économique des décisions qu’ils prennent alors même qu’ils décident des voies et moyens pour faire face à la crise sanitaire et qu’ils sont in fine responsables de sa gestion ! Une telle situation pourrait de fait inciter les pouvoirs publics à mettre en œuvre des mesures plus coûteuses économiquement dont la charge insupportable incomberait aux assureurs et aux réassureurs.

Bercy et les assureurs ont pourtant imaginé un dispositif permettant une mutualisation des risques, mais qui a fait long feu face à la cotisation obligatoire…

Aucun pays au monde n’est arrivé à ce jour à mettre au point un mécanisme de prise en charge par l’assurance des pertes d’exploitation en cas de pandémie. Ce n’est pas surprenant. Il ne s’agit pas de « mauvaise volonté » de la part des assureurs, mais d’impossibilité technique et économique. Le risque des conséquences économiques d’une pandémie est sériel – tant dans l’espace que dans le temps -, endogène, non modélisable et sujet à l’aléa moral et à l’antisélection. Conséquence : il n’est pas assurable. Je l’ai écrit au début de cette crise – il y a plus d’un an – et je n’ai encore trouvé personne pour démontrer le contraire.

Le risque cyber présente-t-il des points communs avec le risque de pandémie ?

Ces deux risques présentent effectivement de nombreux points communs. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on recourt aussi au terme de « virus » en informatique ! Le risque cyber est lui aussi sériel, notamment du fait de l’essor des objets connectés. A l’instar du risque pandémique, c’est un risque quasi-impossible à territorialiser. Et le risque cyber présente également un caractère endogène : sa nature peut être profondément modifiée par les mesures de prévention mises en œuvre (ou pas) par les assurés… Enfin, même s’il n’est pas à proprement parler non modélisable, le risque cyber est difficile à quantifier et à modéliser, non seulement en raison de ce caractère endogène mais aussi, plus fondamentalement, en raison du manque de données et de sa nature très évolutive, qui limite notre capacité à l’évaluer prospectivement à partir de la seule observation de la sinistralité passée.

Que répondez-vous aux assureurs qui dénoncent une plus grande frilosité des réassureurs face à la montée des risques ?

Il convient ici de rappeler une évidence : c’est en (ré)assurant que les (ré)assureurs créent de la valeur… De ce point de vue, accuser les (ré)assureurs de ne pas vouloir assurer des risques par « frilosité » ou par « mauvaise volonté » est aussi ubuesque que d’accuser un boulanger de ne pas vouloir vendre plus de pain !

Si le marché de la (ré)assurance ne propose pas de protection pour un risque donné, c’est simplement que les conditions d’assurabilité de ce risque ne sont pas réunies.

La volonté – et vocation – du (ré)assureur est de déplacer la frontière de l’assurabilité. Il faut toutefois insister sur le fait que l’expansion de la sphère des risques assurables ne relève pas de la seule responsabilité de ce dernier. Les assurés – et les risk managers - ont notamment un rôle essentiel à jouer pour la collecte et le partage d’informations, l’échange d’expertise, la quantification du dommage, mais aussi la mise en œuvre active de mesures de prévention et de contrôle, afin de réduire la probabilité de survenance du risque et en maîtriser la gravité en cas de survenance.

A défaut, l’offre de (ré)assurance ne peut structurellement qu’être inférieure à la demande de (ré)assurance. Ce déséquilibre se traduit donc par une situation sous-optimale, où la (ré)assurance est très onéreuse – avec des conditions de couverture restrictives – sinon même indisponible. Réunir les conditions d’assurabilité face aux risques modernes requiert donc une sorte de cogestion du risque entre ses porteurs – les (ré)assureurs – et ceux qui y font face.

Ce partage de responsabilités est la condition sine qua non pour déplacer positivement la frontière de l’assurabilité et donc réduire le déficit de couverture assurantielle – le protection gap - qui est toujours considérable à l’échelle mondiale.

Le XXIe siècle sera celui du risk management… ou ne sera pas.

Le XXIe siècle sera-t-il le siècle des catastrophes ?

L’univers des risques est de facto à la fois en expansion et en mutation. Il croît et se transforme de façon permanente, avec, d’une part, l’innovation technologique et le progrès scientifique ; et, d’autre part, la globalisation et le développement des activités humaines, qui entraînent notamment l’apparition d’interdépendances de plus en plus complexes. L’univers des risques doit donc être appréhendé et analysé de manière holistique. Les risques sont de plus en plus sériels, globaux. Beaucoup de risques ne sont plus circonscrits dans le temps et dans l’espace comme cela était traditionnellement le cas.

Mais attention à ne pas sombrer pour autant dans le catastrophisme ! Il faut garder confiance en la capacité de l’intelligence humaine à gérer les risques et à relever les défis afférents.

Je suis fondamentalement positiviste, je dirais même comtiste. Nous traversons une période extraordinaire et très féconde sur les plans scientifique et technologique : informatique quantique, intelligence artificielle, big datamachine learning, robots, blockchain, nanotechnologies, recherche génétique… Même s’ils multiplient aussi les risques auxquels nos sociétés doivent faire face, tous ces développements sont intrinsèquement très positifs.

J’insiste sur le fait que le principe de prévention est plus important que le principe de précaution. Si ce dernier signifie qu’il faut s’abstenir de développer des technologies dès lors qu’il existe une incertitude sur leurs conséquences, alors le principe de précaution est lui-même dangereux, dans la mesure où il pourrait ralentir le progrès scientifique et l’innovation !

La bonne attitude est de gérer activement les risques à tous les niveaux : favoriser une culture des risques ; généraliser le « risk management » tant au niveau individuel qu’au niveau collectif ; investir dans la compréhension des risques ; développer la prévention pour diminuer la probabilité de survenance et la gravité des risques ; et favoriser le partage des risques, y compris via des partenariats public-privé. Le XXIe siècle sera celui du risk management… ou ne sera pas.

Quel est votre scénario pour 2021 ?

La crise de la Covid-19 est toujours en cours, et il est impossible de prédire avec certitude son évolution future. SCOR a développé un modèle épidémiologique compartimental permettant de modéliser le développement de la mortalité liée à la Covid-19 en fonction de plusieurs hypothèses – comme par exemple la durée des confinements, le degré de rigueur dans l’application de la distanciation sociale, la rapidité de mise en œuvre des campagnes de vaccination, ou encore l’efficacité desdits vaccins – et de mesurer l’impact de ces différents paramètres sur la gravité et la durée du phénomène pandémique dans les différentes régions du monde.

Sur la base de ce modèle que nous avons constamment amélioré depuis maintenant plus d’un an, et en nous appuyant sur une fourchette plausible pour les différents paramètres, nous prévoyons une réduction très sensible du nombre de décès liés à la pandémie d’ici la fin du troisième trimestre 2021. La véridicité de cette projection dépend toutefois très largement de la mise en œuvre des campagnes de vaccination et leur acceptation par la population, qui sont encore sujettes à de nombreuses inconnues, ainsi que l’apparition éventuelle de nouveaux variants.

Personne n’est en mesure de prédire si une accélération de l’inflation, et des taux d’intérêt, va se produire. Ce qui est clair, c’est que la probabilité d’un tel scénario a augmenté sensiblement durant les derniers mois

Sur un plan plus économique, craignez-vous un retour de l’inflation ?

Personne n’est en mesure de prédire si une accélération de l’inflation, et des taux d’intérêt, va se produire. Ce qui est clair, c’est que la probabilité d’un tel scénario a augmenté sensiblement durant les derniers mois, particulièrement aux États-Unis. Nous ne craignons pas ce scénario à SCOR, pour une raison simple : le Groupe y est pleinement préparé !

A l’actif, nous poursuivons une stratégie d’investissement prudente, caractérisée par une appétence limitée aux risques de marché. Notre portefeuille obligataire, qui constitue l’essentiel des placements du Groupe, est de très bonne qualité, avec une note de crédit moyenne de A+, et bénéficie d’une duration courte. Ainsi, notre portefeuille de placements est très liquide, avec 8,4 milliards d’euros de cash-flows financiers attendus au cours des 24 prochains mois, qui pourraient être réinvestis à des conditions de marché plus avantageuses si l’inflation, et partant, les taux, venaient à monter.

Au passif, nous ne sommes que très faiblement exposés au risque d’inflation. Nos engagements en matière de réassurance vie, qui sont concentrés sur la couverture des risques dits « biométriques » ‒ mortalité, longévité, dépendance, santé, etc. ‒, ne sont pas affectés. Pour ce qui est de nos engagements en matière de (ré)assurance de dommages et de responsabilité, ils seraient certes impactés par une accélération de l’inflation, mais de manière contenue dans la mesure où notre portefeuille de risques est essentiellement constitué de lignes à développement court, et non de lignes à développement long.

Au global, la remontée des taux d’intérêt serait une bonne nouvelle pour le groupe SCOR, qui verrait tant sa solvabilité que sa rentabilité s’élever.

J’ajoute que, dans un scénario de remontée brutale de l’inflation et des taux d’intérêt, le passif de SCOR serait exposé à un risque de liquidité quasi nul. Pour ce qui est de notre activité de (ré)assurance de dommages et de responsabilité, il y a deux raisons à cela.

D’une part, cette activité est structurellement en situation de cash-flow positif, car elle bénéficie d’un cycle inversé de production : les primes sont encaissées avant paiement des sinistres éventuels. D’autre part, le passif correspondant qui figure à notre bilan se caractérise par une grande « viscosité » : il ne peut être « retiré » que si nos clients (ré)assurés subissent un dommage leur donnant droit à une indemnisation. L’activité de (ré)assurance de dommages et de responsabilité n’est donc pas associée à un risque de « course aux guichets » (bank run) ‒ c’est-à-dire de retrait massif et soudain des passifs ‒, pouvant générer une crise de liquidité. De même, pour ce qui est de notre activité de réassurance vie, nous ne sommes pas exposés à un risque de liquidité du fait de notre concentration exclusive sur les risques biométriques.

Alors que le gouvernement vient de décider de prolonger les mesures de restrictions pour le mois d’avril, que pensez-vous de la réaction des pouvoirs publics, qui a privilégié la vie à l’économie ?

La décision des pouvoirs publics de privilégier le « tout-sanitaire » à l’économie est manifeste, et attestée par le désormais célèbre « quoi qu’il en coûte »… D’autres pays ont fait un arbitrage plus équilibré et plus judicieux.

Ce qui me frappe, je le répète, c’est d’une part l’impréparation et d’autre part le manque flagrant d’efficacité des pouvoirs publics pour gérer la crise sanitaire.

La pandémie a pris de court toutes les institutions concernées en France : les hôpitaux n’étaient pas préparés, les capacités de dépistage sont restées longtemps quasi inexistantes, les masques sont restés longtemps indisponibles, les modalités du confinement n’avaient pas été prévues… Et aujourd’hui, nous faisons face à une pénurie de vaccins !

Le « risk management » public a été à l’évidence défaillant. Nous en avions déjà la démonstration avant la crise sanitaire, comme en atteste la situation chronique de déficit public dans laquelle le pays se trouve depuis plus de 40 ans. L’Etat se borne depuis trop longtemps à un rôle principalement curatif, réactif. Et, de fait, il semble toujours agir dans l’urgence.

Il doit désormais impérativement donner la priorité à la prévention et à la protection. Il est pleinement légitime pour organiser la prévention, pour garantir la sécurité des citoyens. Cela relève d’ailleurs de sa responsabilité régalienne. A l’avenir, l’Etat devra davantage recourir à la technologie pour être efficace.

Le monde a-t-il changé avec cette crise ?

La violence de ce choc et son universalité, tant par son caractère global que par la multi-dimensionalité de ses conséquences – sanitaires, sociales, économiques, financières, géopolitiques – auront à l’évidence une grande résonance dans de multiples domaines.

J’ai écrit il y a un an que ce choc pourrait déplacer significativement et durablement « l’axe » autour duquel la Terre tournait jusqu’à présent. Ma conviction n’a pas changé, elle a même été renforcée : le cours de l’Histoire sera substantiellement modifié par cette crise globale, qui remet en cause nombre de nos convictions et appelle l’élaboration de solutions originales dans de nombreux domaines. Il va falloir réinventer le monde !

Le temps de travail : la faiblesse de la France ?

Le temps de travail : la faiblesse de la France ?

D’après par Antoine Goujard, Bureau France, Département économique de l’OCDE, les Français, qu’ils soient salariés ou non salariés, travaillent en moyenne moins chaque année que dans la moyenne des pays de l’OCDE, avec 1526 heures travaillées pour 1751 dans la moyenne des pays de l’OCDE en 2016. Cet écart a été relativement stable sur les 20 dernières années . Issues de la comptabilité nationale, ces données sur les heures travaillées représentent le nombre total d’heures effectivement travaillées par an divisées par le nombre de personnes en emploi (salariés et/ou travailleurs indépendants) par an. Les heures effectives comprennent les heures de travail à plein temps, temps partiel et pour les personnes ayant un travail irrégulier, les heures supplémentaires payées ou non, les heures dues à un travail additionnel, et excluent le temps effectivement non travaillé pour jours fériés, et les congés pour raisons diverses et heures chômées pour des raisons techniques ou économiques, grèves et autres mouvements sociaux, compensation chômage ou autres raisons.

Ce sont surtout ces jours non-travaillés qui expliquent la différence en heures annuelles de la France par rapport aux autres pays de l’OCDE. Les heures travaillées dans une semaine habituelle sont en France en ligne avec la moyenne de l’OCDE. Les travailleurs français, salariés ou indépendants, effectuent 37,2 heures par semaine habituelle (i.e. excluant les congés et autres absences) pour 37,3 en moyenne dans l’OCDE (Figure 2, Panneau A). Certes, les salariés à temps plein travaillent moins en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE lors d’une semaine habituelle, à 38,9 heures hebdomadaires pour 40,1 dans l’OCDE . Cependant, le nombre de travailleurs à temps partiel ou irréguliers est inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE et le temps de travail sur une semaine habituelle des salariés à temps partiel est plus important en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE .

Outre, le temps de travail des actifs occupés, il est essentiel de considérer les périodes de chômage et d’inactivité. L’emploi est nettement plus faible en France que dans les autres pays de l’OCDE : le taux d’emploi total (le ratio du nombre de personnes employées par la population de 15 à 64 ans) s’élèvait à 65,6% au quatrième trimestre 2018, inférieur de trois points à la moyenne OCDE. L’emploi est tiré à la baisse par le faible emploi des jeunes et des personnes agées de plus de 55 ans ). Alors que 80,8% des personnes entre 25 et 54 ans travaillent en France pour 78,6% dans l’ensemble de l’OCDE, seuls 30,5% des 15-24 ans sont en emploi pour 42% dans l’OCDE. Pour les 55-64 ans c’est seulement 52,6% des Français qui sont en emploi, pour 61,7% en moyenne dans le reste de l’OCDE. Les statistiques sont similaires pour le taux de participation au marché du travail, ce qui suggère un problème d’employabilité plutôt que de découragement, en lien avec les compétences relativement faibles d’une part importante de la population (OCDE, 2019).

La France a du mal à intégrer les jeunes dans l’emploi, notamment les moins qualifiés, et presqu’autant à maintenir dans l’emploi les plus de 54 ans. Pour les plus jeunes, la faiblesse des taux d’emploi s’explique principalement par des difficultés ciblées d’intégration au marché du travail. Le taux de scolarisation des 20-29 ans (20,4 %) est inférieur à la moyenne de l’OCDE (28,6 %) et les taux d’emploi en sortie d’étude sont beaucoup plus faibles que dans la moyenne des pays Européens pour les moins qualifiés (Boone et Goujard, 2019). Pour les plus de 54 ans, la durée du travail est faible alors que l’espérance de vie, notamment en bonne santé, est élevée, d’où la question du financement des retraites. On travaille moins longtemps sur le cycle de vie en France qu’ailleurs dans l’OCDE : l’âge effectif de sortie du marché du travail est le second plus bas de tous les pays de l’OCDE pour les hommes et le septième plus bas pour les femmes (Figure 3, panneau B). L’âge effectif de sortie du marché du travail prend en compte tous ceux qui sortent de la population active au-delà de 40 ans, y compris pour des raisons d’inactivité ou d’invalidité.

En raison des faiblesses du marché du travail, un taux d’emploi moins élevé chez les jeunes et les plus de 54 ans, des difficultés d’intégration au marché du travail des moins qualifiés, et de cet âge de retrait du marché du travail faible, la durée de cotisation au système de retraite est actuellement plus faible qu’ailleurs en Europe (la durée de cotisation nécessaire pour recevoir une retraite à taux plein est cependant appelée à augmenter progressivement de 41 ans et 2 trimestres en 2019 pour atteindre 43 ans en 2035 pour les générations nées en ou après 1973). En 2017, les Français partant en retraites ont en moyenne travaillé 34,5 années avant la retraite contre 35,6 dans l’Union Européenne (à 27) (Commission Européenne, 2018), alors même que l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé sont élevées. La durée de de vie passée à la retraite est ainsi parmi les plus élevées de l’OCDE, à 25 ans soit 5 ans de plus que la moyenne de l’OCDE.

En conclusion, la faiblesse relative du temps de travail  en France provient à la fois de choix de société et d’un mauvais fonctionnement du marché du travail. Les congés élevés, l’âge d’ouverture des droits et les autres paramètres du système de retraite rentrent dans la première catégorie. La question est de savoir si ces choix sont finançables et s’ils ne se font pas au détriment d’autres objectifs. Il s’agit donc avant tout de choix politiques. L’autre source de la faiblesse relative du temps de travail tient aux insuffisances du marché du travail, comme les difficultés d’insertion des jeunes et moins jeunes et les discriminations à l’emploi, le temps partiel subi, sans compter la persistance d’un chômage élevé.

Augmenter le temps de travail en France nécessite donc une stratégie globale. En premier lieu, il est urgent d’agir pour l’emploi des jeunes, seniors et moins qualifiés , c’est-à-dire faciliter l’accès à la formation professionnelle et améliorer la qualité de celle-ci, ainsi que développer davantage l’apprentissage et l’accompagnement, en lien avec les réformes en cours. Réduire les recours excessifs aux contrats courts permettrait aussi de favoriser le développement des CDI et de limiter la récurrence de certains épisodes de chômage. En second lieu, même si l’âge de départ à la retraite est un choix de société, les coûts d’un départ précoce tant pour les individus (retraites plus basses) que pour la société (renoncement à d’autres projets collectifs) peuvent être très élevés. Revoir les pénalités et primes de retraite en fonction de l’âge de départ permettrait que ces coûts soient mieux intégrés dans les choix individuels. Aligner les paramètres des différents systèmes de retraites améliorerait aussi significativement la lisibilité du système et la mobilité de la main-d’œuvre, en ligne avec la réforme engagée.

Bibliographie

Boone, L. and A. Goujard (2019), La France, les inégalités et l’ascenseur social. https://oecdecoscope.blog/2019/02/25/la-france-les-inegalites-et-lascenseur-social/.

Commission Européenne (2018), “The 2018 Ageing Report – Economic & Budgetary Projections for the 28 EU Member States (2016-2070)”, Institutional Paper, No 79, https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/economy-finance/ip079_en.pdf

OCDE (2014), Vieillissement et politiques de l’emploi : France 2014 – Mieux travailler avec l’âge, Éditions OCDE, Paris. https://doi.org/10.1787/9789264206847-fr.

OCDE (2019), Études économiques de l’OCDE : France 2019, Éditions OCDE, Paris. https://doi.org/10.1787/10f0135f-fr

Vaccination: « On a perdu beaucoup de temps » (appels de médecins)

Vaccination: « On a perdu beaucoup de temps » (appels de médecins)

Une trentaine de médecins signent une tribune dans Le Parisien mardi, afin de réclamer que la vaccination contre le Covid-19 soit décrétée grande cause nationale. Ces professionnels de santé interpellent en effet le gouvernement sur le démarrage de la campagne de vaccination jugée trop lente en France, et qui n’a selon eux aucune justification médicale, ni scientifique. 

Parmi les signataires, le docteur et chroniqueur pour Europe 1, Jimmy Mohamed. Dans cette tribune, les médecins font en effet plusieurs propositions concernant la stratégie de vaccination du pays. Car comme l’explique Jimmy Mohamed, rien ne justifie de retarder son déploiement à grande échelle.

« Se débrouiller pour avoir des vaccins quoi qu’il en coûte »

« La vaccination est une course contre la montre. On l’a débutée en vaccinant les plus fragiles, les personnes dans les Ehpad, dont on sait qu’elles représentent un tiers des décès. Mais ça veut aussi dire qu’il y a deux tiers des décès hors Ehpad. Et il faut protéger les gens en commençant par protéger les soignants et vacciner tous les volontaires, sans mettre de limite d’âge ou de comorbidité. Et ensuite, vacciner les personnes de plus de 65 ans qui sont volontaires.

On est bloqué par l’Union Européenne, mais on pourrait s’inspirer d’autres pays comme Israël par exemple, qui a fait en sorte d’en acheter suffisamment. Il faudrait activer certains réseaux et se débrouiller pour avoir des vaccins quoi qu’il en coûte, comme l’avait dit le président. Et encore une fois c’est une course contre la montre. On a perdu beaucoup de temps et le variant anglais est présent sur le territoire, Martin Hirsch le disait.

 

 

Identité nationale : un « en même temps douteux » de Macron

Identité nationale : un « en même temps douteux » de Macron

Un inquiétant patchwork où le chef de l’Etat multiplie les références à des personnages historiques ennemis de la République : c’est ainsi que le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, commente, dans une tribune, l’interview d’Emmanuel Macron à « L’Express ».

Tribune Dans une interview fleuve publiée le 22 décembre par l’hebdomadaire L’Express, Emmanuel Macron a remis en selle l’idée naguère portée par MM. Sarkozy et Fillon d’organiser des débats sur l’« identité nationale ». Certes, l’expression semble, dans son propos, critiquée. Toutefois, elle ne l’est pas sur le fond mais uniquement en ce qu’elle était porteuse de trop de « polémiques ». En outre, la filiation sur ce point avec Nicolas Sarkozy est revendiquée par l’actuel chef de l’Etat.

Alors, dans un étonnant patchwork, on verra émerger la question de la place des personnes issues de l’immigration et la nécessité réaffirmée de se projeter dans la construction européenne. Mais, plus fondamentalement, que de clins d’œil douteux faisant écho à des propos déjà tenus ou à des actes déjà posés sous ce quinquennat !

L’on apprend ainsi qu’il faut pouvoir dire que Pétain fut un grand soldat en 1917. On se demande bien qui le nie. Et cela est d’autant moins nié que le crime de Pétain – la Collaboration et son lot de morts, de trahisons, de déportations et d’exactions – fut précisément facilité par le prestige qu’il avait acquis durant la Grande Guerre.

Pétain n’a plus à être honoré

Sans le Pétain de 1917, il n’y a pas de Pétain de 1940. Alors, si le Pétain de 1917 fut un grand soldat (même si sa stature d’alors relève aussi d’une construction politique et historiographique), du fait qu’il a usé de cette grandeur pour mieux trahir son pays et la République, cette grandeur n’a plus à être honorée. Il y a bien longtemps qu’elle a été souillée par les balles, allemandes ou françaises, qui abattirent Jean Zay, Georges Mandel, Victor Basch, Missak Manouchian et tant d’autres. Bien longtemps que les flammes des fours de Birkenau ont rendu indécente sa célébration.

L’on apprend également dans cette interview qu’il ne faut pas faire comme si Charles Maurras n’avait pas existé. Là encore, qui fait comme si ce détestable concepteur de la notion d’« antisémitisme d’Etat » n’avait pas existé ? Que signifie cette expression? Faut-il y voir un lien avec l’inscription de Charles Maurras au calendrier officiel des commémorations de l’année 2018 pour les 150 ans de sa naissance ?

On lit également l’emploi de la notion d’« Etat légal ». Etrange expression qui, en écho au « pays légal » honni par Maurras qui célébrait le « pays réel », montre que, décidément, Maurras n’est pas oublié. Pour notre part, comment pourrions-nous oublier celui qui considérait que la disparition de la République en 1940 était une « divine surprise » ? Ou qui, durant des années, dénonça les « quatre Etats confédérés » dont il fallait détruire l’influence néfaste sur la France : les juifs, les métèques, les protestants et les francs-maçons ?

 

 

« Giscard d’Estaing ,moderne et rétro en même temps « 

« Giscard d’Estaing, moderne et rétro en même temps « 

Au-delà de plusieurs réformes sociétales significatives, le septennat de ce grand bourgeois a préparé la révolution conservatrice des années 1980 avec le début des politiques de rigueur et l’adoption des référentiels de la dérégulation de l’économie, analyse dans une tribune au « Monde » la sociologue Cégolène Frisque

Par Cégolène Frisque(Maîtresse de conférences en sociologie à IUT de la Roche sur Yon, laboratoire Arènes et docteure en science politique)

Tribune. L’annonce de la mort de Valéry Giscard d’Estaing a été l’occasion, pour de nombreux médias, de mettre en scène la modernité de son style de pouvoir et de sa gestion médiatique, et le caractère réformateur de sa politique. Cette perception repose sur un décalage de perspective et des effets d’inertie historique. En effet, la « modernisation » apparente du style présidentiel repose paradoxalement sur une appartenance confiante aux élites et l’instauration d’un nouveau rapport aux médias, bien davantage que sur des transformations profondes.

L’emploi de nouveaux codes politiques est inspiré de John F. Kennedy et d’un voyage aux Etats-Unis en 1962, comme la mise en scène de la jeunesse, d’une certaine décontraction, le fait de s’afficher dans sa vie quotidienne et en famille, faisant du sport, rencontrant des familles rurales ou des ouvriers…

 

Si ces éléments témoignent d’une « modernité » apparente, c’est d’abord en comparaison avec le style souvent très officiel, voire guindé ou déclamatoire qui l’ont précédé, et surtout, cela repose sur une attitude de supériorité sociale maîtrisée. Car c’est paradoxalement l’appartenance aux plus hautes couches de la bourgeoisie, et le cursus honorum d’un énarque polytechnicien passé par les plus prestigieuses écoles du pouvoir politique, technique, économique et administratif, qui le placent en position d’adopter ces innovations. 

Le décalage avec l’opinion publique

L’aisance conférée par cette supériorité sociale lui permet de se montrer dans des situations plus triviales. Néanmoins, derrière cet assouplissement apparent des conventions s’exprime l’habitus – le comportement – d’un grand bourgeois, dans sa manière de se tenir, son langage corporel, toujours un peu rigide, sa diction, légèrement chuintante, qui marque cette appartenance, le rapport aux autres, distant malgré la volonté de proximité…

C’est d’ailleurs cette contradiction entre une stratégie de présentation de soi moderniste et des codes sociaux intériorisés et extériorisés beaucoup plus classiques voire traditionnels, qui creusera ensuite le décalage avec l’opinion publique.

 

Mais avant, cette posture modernisatrice rencontre les attentes des médias, notamment de la radio et de la télévision, qui se sont déjà largement autonomisés avec la fin de l’ORTF en 1974 et cherchent à instaurer de nouvelles relations avec le pouvoir (proximité, rôle de l’image, codes de l’interview et du libre-échange…). Ils contribueront donc, pendant un temps, avant que d’autres « affaires » ne prennent le dessus, à la mise en scène présidentielle. 

Déconfinement : une valse à trois temps pour Gabriel Attal

Déconfinement : une valse à trois temps pour Gabriel Attal,

Gabriel Attal , chargé de la communication du gouvernement, propose un calendrier à trois temps. En fait, une sorte de valse à laquelle le pouvoir nous a habitué et qui par définition est caractérisé comme la valse par un exercice qui tourne en rond.  » Dans un entretien au Journal du Dimanche, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, se refuse même à parler d’un déconfinement et insiste sur la nécessité de « poursuivre [les efforts] pour ne pas les gâcher ».  »

 

Quel est l’objectif de la prise de parole d’­Emmanuel ­Macron mardi?
Comme il s’y était engagé, le Président sera au rendez-vous en s’adressant aux Français. La situation sanitaire s’améliore, grâce à leurs efforts. Mais ils doivent se poursuivre pour ne pas les gâcher. ­Emmanuel ­Macron donnera des perspectives à plusieurs semaines, notamment sur l’adaptation de notre stratégie. L’enjeu : faire évoluer les ­conditions du ­confinement à mesure que la situation sanitaire s’améliore, tout en assumant une maîtrise pour éviter que l’épidémie reparte. Certains établissements, comme les bars et restaurants, ­continueront à ­connaître des restrictions. Nous serons, comme depuis le début, à leurs côtés.

 

Les commerces rouvriront-ils avant le 1er décembre?
Nous nous étions engagés à leur permettre de rouvrir autour du 1er décembre si l’amélioration de la situation sanitaire se ­confirmait, ce qui semble être le cas. La grande distribution et les plateformes ont accepté notre proposition de décaler le Black Friday. Le Président est ­conscient des efforts ­consentis et attaché à la valeur travail.

Faut-il maintenir la limite d’une heure et de 1 kilomètre pour les promenades?
On n’est pas tous égaux face au rayon de 1 kilomètre. Par exemple, il y a un enjeu : permettre à ceux qui ne vivent pas près d’un parc d’aller y respirer. Mais soyons clairs : le ­confinement va se poursuivre et donc la limitation des déplacements aussi.

Jusqu’aux fêtes de fin d’année?
Comme l’a annoncé le Premier ministre aux chefs de parti vendredi, les assouplissements se feront en trois étapes au regard de l’évolution sanitaire et des risques liés à certaines activités : d’abord autour du 1er décembre, puis avant les ­congés de fin d’année, puis à partir de janvier 2021.

Quand les Français y verront-ils plus clair sur la stratégie vaccinale du gouvernement?
Ne soyons ni Cassandre ni Bisounours : ne nous privons pas des nouvelles encourageantes, mais restons prudents à l’heure où les études restent en cours. L’important, c’est d’anticiper pour être prêts dès que les premiers vaccins arriveront. Nous avons des ­contrats en discussion : trois signés, au moins trois autres très avancés et d’autres en discussion. Avec en moyenne 30 millions de doses par ­contrat. Nous identifions des centres de stockage et des moyens de transport. La Haute Autorité de santé rendra prochainement son avis sur les publics prioritaires et le comité ­consultatif national d’éthique sera saisi sur le dispositif d’appel à la vaccination.

Le vaccin sera-t-il obligatoire?
La question se posera quand on ­connaîtra les propriétés des vaccins. Nous devons intégrer le fait que nous aurons un recul limité. Le Président a été clair mercredi en ­Conseil des ministres : la ­condition essentielle à la confiance des Français, c’est la transparence. Elle sera notre valeur absolue.

La doctrine «  tester, tracer, isoler  » est-elle un échec?
La France est l’un des pays européens qui a le plus testé. Pour le traçage, 5 millions de Français ont été ­contactés par l’Assurance maladie depuis mai. Cela relève plutôt de la prouesse et tous les professionnels doivent être salués. Pour l’avenir, il y a clairement l’enjeu d’un isolement plus effectif des cas positifs et des cas ­contacts. Faut-il le rendre obligatoire, avec ­contrôles et sanctions? Beaucoup de nos voisins l’ont fait et j’entends des Français qui estiment subir des ­contraintes qui pourraient être allégées si nous concentrons les efforts sur les chaînes de ­contamination. A titre personnel, je trouve la piste intéressante. Les formations politiques se sont pour le moment assez peu positionnées, y compris vendredi soir, sur ce sujet qui mérite un vrai débat démocratique.

Cette sortie de ­confinement sera plus ­contrainte que la première : est-ce la preuve que le pays a été déconfiné trop largement, trop vite, en mai?
A l’époque, tout le monde avait hâte de revenir à la normale au plus vite. Dès avril, les oppositions nous demandaient un déconfinement en avance rapide. En mai, Les Républicains réclamaient une accélération d’un mois de la réouverture des bars, puis s’étonnaient que nous ­consacrions l’été à la gestion de la crise plutôt qu’à la relance immédiate de l’économie. On a avancé avec méthode, ­conscients des risques, en systématisant notamment le masque dès l’été. Est-ce qu’on a espéré, y compris au gouvernement, ne pas avoir à renouer avec le ­confinement? Bien sûr. En avons-nous fait assez pour empêcher le moindre risque? A l’évidence non. Mais aucun pays n’a trouvé la solution à ce jour : toute l’Europe est ­confrontée à cette deuxième vague y compris plus durement que lors de la première, comme la Suisse ou la Suède. Je crois qu’à l’époque nous sommes allés aussi loin que l’acceptabilité sociale le permettait après un ­confinement très dur.

N’est-ce pas le rôle d’un gouvernement de résister aux pressions?
Le fil rouge de la gestion de cette crise a été, et reste, de tenir face aux pressions multiples pour protéger les Français. Souvenez-vous des réactions à la fermeture des bars et restos à Marseille en septembre, au couvre-feu en octobre. Il y a seulement un mois, au Sénat, les LR et le PS s’alliaient encore pour rouvrir les discothèques…

Les oppositions auraient-elles dû soutenir toutes vos propositions?
En démocratie, on ne cherche pas l’unanimité. Mais un peu d’unité n’aurait pas fait de mal. A défaut d’un esprit ­constructif, les oppositions se sont retrouvées au sein d’un conseil de défiance. Et, à la fin, ce sont les Français qui trinquent. Nous croyons encore que la ­concorde est possible. Le Premier ministre a fait une nouvelle proposition, acceptée : la mise en place d’un comité de liaison permettant à un représentant par groupe parlementaire de travailler en ­continu avec le gouvernement.

Mais la gestion de crise se fait principalement au ­conseil de défense, accusé d’opacité…
Certains crient au scandale depuis quelques jours alors que cela fait neuf mois que la gestion de l’épidémie passe par le ­conseil de défense, justement plus ouvert que le Conseil des ministres en ce qu’il associe des experts non membres du gouvernement. Le Parlement a débattu des centaines d’heures des choix qui y ont été faits. Derrière cette polémique artificielle, il y a une tentative de Jean-Luc ­Mélenchon de faire croire à un Président décidant tout seul. Je ne crois pas qu’il ait de leçons à donner, ayant la défense de la démocratie à géométrie variable en présidant le fan-club des régimes autoritaires, du Venezuela au président turc ­Erdogan! ­Emmanuel ­Macron ­consulte, concerte, puis décide. Et, surtout, il ne se dérobe jamais, y compris devant les mesures difficiles et impopulaires. Le courage d’assumer est aussi une forme de « quoi qu’il en coûte ».

Le temps des présidents grotesques

Le temps des présidents grotesques

 Vanessa Schneider du Monde note la montée dans de nombreux états des présidents boufons qui menacent  la démocratie

 

Jamais les bouffons, les clowns et les pitres n’auront eu autant d’aura. C’est le constat de l’essayiste Christian Salmon qui décortique dans son nouvel essai l’inquiétant processus de décomposition politique auquel nous assistons. Partout où se porte le regard, le grotesque semble avoir pris le pouvoir : Donald Trump aux Etats-Unis, Jair Bolsonaro au Brésil, Boris Johnson en Grande-Bretagne, Matteo Salvini et Beppe Grillo en Italie, Narendra Modi en Inde, Volodymyr Zelensky qui se définit lui-même comme clown à la tête de l’Ukraine, Viktor Orban en Hongrie ou Jimmy Morales au Guatemala. Pour Christian Salmon, la crise du coronavirus met en lumière à l’échelle de la planète cette « tyrannie des bouffons » qui repose sur « le ressentiment des foules » et réveille « les vieux démons sexistes, racistes, antisémites »« Des plates-formes comme Facebook, YouTube, Instagram et Twitter ont amplifié les théories complotistes », précise l’auteur.

Donald Trump est la première manifestation d’un phénomène qui s’est répandu, où « gesticulant au premier plan, usant de fake news et de provocations, le pouvoir grotesque incarne une nouvelle forme de pouvoir qui assure son emprise non pas par la rationalité, la tradition ou le charisme cher à Max Weber, mais par l’irrationalité, la transgression, la bouffonnerie ». Trump a beau dire et écrire n’importe quoi, annoncer à l’hiver que le virus disparaîtra avec le printemps, préconiser l’injection d’eau de javel pour se prémunir du Covid-19, Boris Johnson s’opposer au confinement au nom du « droit inaliénable du peuple anglais à aller au pub », Bolsonaro déclarer, alors que le nombre de contaminés s’envolait au Brésil, « Certains vont mourir ? Oui bien sûr, j’en suis désolé, mais c’est la vie », rien ne semble les ébranler. Et que dire d’un Narendra Modi, premier ministre indien, massivement suivi sur les réseaux sociaux, qui fit appel au chiffre magique 9 pour combattre le Covid, ou du président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, lui aussi rétif aux mesures de confinement, qui brandit des amulettes protectrices − un trèfle à six feuilles et une image pieuse − en conférence de presse ?

 « La pandémie de coronavirus, loin d’atténuer les outrances de ce pouvoir, en a été le théâtre grotesque, observe Christian Salmon. On a vu des chefs d’Etat rivaliser d’incompétence et d’irrationalité face à la gravité de la crise sanitaire. Le ridicule ne connut plus de limites, des postures viriles aux formes les plus archaïques de sorcellerie et de religiosité (…) Mais la gestion catastrophique de la crise par ces gouvernants ne les a en rien disqualifiés. Au contraire, elle a consolidé la base de leurs soutiens, et surtout leur a permis de manifester une forme d’impunité, la preuve qu’ils ne dépendaient d’aucun jugement politique, scientifique ni moral et pouvaient donc imposer inconditionnellement leur volonté. »

 

Des euros numériques ? Il serait temps

Des euros numériques ? Il serait temps

On se demande vraiment ce qu’attend la banque centrale européenne pour autoriser des euros numériques à l’image des monnaies virtuelles comme par exemple le libra de Facebook.

La mise en œuvre ne réclame sûrement pas d’exploit technologique extraordinaire. En effet les paiements dématérialisés explosent partout et ont encore augmenté avec la crise du coronavirus. La BCE réfléchit donc à la création d’une sorte de crypto monnaie qui serait l’euro digital utilisé parallèlement aux espèces.

Le problème, c’est que l’utilisation de cette crypto monnaie européenne pourrait s’affranchir de l’intermédiation bancaire et d’une certaine manière mettrait en cause l’existence même d’une partie de ce secteur. Pour protéger les banques la BCE envisagerait donc de limiter le volume de possession de l’euro digital par chacun.

Particuliers et entreprises pourraient stocker ces devises dans un « porte-monnaie numérique ». Il est envisagé qu’ils puissent déposer directement cette monnaie auprès de la banque centrale, dont l’accès est jusqu’ici réservé aux banques commerciales.

L’avantage pour les BCE qu’il y aurait un lien direct entre l’épargnant et la banque centrale. Les opérations interbancaires seraient donc supprimées et les frais correspondants avec. On pourrait utiliser cette monnaie pour les règlements courants mais aussi les placements

 

Cet euro numérique serait également un nouveau canal pour les politiques monétaires de la banque centrale qui disposerait d’un accès direct aux citoyens et pourrait donc, notamment en fixant un taux de rémunération, « stimuler directement la consommation des ménages ou les investissements des entreprises », écrit la BCE.

Le principal risque est la fuite des épargnants vers cette nouvelle forme de monnaie, qui permet d’éviter les frais d’un compte de dépôt classique, ce qui fragiliserait les banques de la zone euro.

Un risque d’autant plus important « en période de crise », où les épargnants, défiants vis-à-vis du système bancaire, pourraient convertir leurs comptes courants, selon la BCE.

La consultation, destinée à connaître les attentes du grand public, du secteur financier et des institutions, va durer trois mois.

Des « tests » seront menés pendant six mois. La BCE décidera ensuite « vers la mi-2021″ de mettre en chantier ou pas l’euro numérique.

Mais même en cas de feu vert, il faudra ensuite compter « entre 18 mois et jusqu’à 3 ou 4 années » pour voir l’initiative se concrétiser. On se demande pourquoi un tel délai sinon pour protéger les banques.

 

Les contradictions du « en même temps »

Les contradictions du « en même temps »

Maxime Sbaihi, Maxime Sbaihi est directeur général du think tank GénérationLibre, prend l’exemple de l’écologie et de la décentralisation pour démontrer les contradictions du en même temps dans l’opinion.

 

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Le « en même » temps présidentiel suscite certaines moqueries mais est une touche de nuance bienvenue dans un pays trop habitué à penser noir ou blanc alors que la réalité est d’une grise complexité. Encore faut-il que la parole et les actes soient cohérents. Sur l’écologie et la décentralisation, la communication et l’action du gouvernement divergent au point de se fourvoyer dans d’aberrantes contradictions. Cela nuit à la compréhension et surtout à l’efficacité de l’action publique.

Prenons l’écologie. Le gouvernement proclame partout qu’il prend très au sérieux le défi du réchauffement climatique mais s’obstine par ailleurs à fermer des centrales nucléaires. Ce choix, ou plutôt ce non-choix puisqu’il perpétue une décision très politique et peu scientifique du précédent quinquennat, prive notre pays de la source d’énergie la moins émettrice de carbone, en plus de mettre à mal son indépendance énergétique.

Dans le dos des discours verdoyants, l’exécutif a également décidé d’inclure des véhicules à moteur thermique dans les nouvelles primes à la conversion mises en place dans le plan d’urgence pour aider le secteur automobile. De l’autre côté du Rhin, le gouvernement a esquivé l’incohérence écologique en décidant, envers et contre le puissant lobby automobile, de cibler ces mêmes aides uniquement sur les véhicules électriques. Vouloir réduire nos émissions de carbone et, en même temps, tourner le dos au nucléaire et subventionner l’achat de véhicules polluants ? Un grand écart avec claquage assuré.

Mendicité. Autre exemple : la décentralisation, sur toutes les lèvres mais nulle part ailleurs. « Tout ne peut pas être décidé si souvent à Paris », déclarait solennellement le président de la République dans son allocution du 14 juin. Le terrain assiste pourtant à une recentralisation rampante. La suppression, partielle, du boulet économique que sont les impôts de production est salutaire mais prive les collectivités locales d’un des rares leviers budgétaires qui leur reste. La promesse faite par le Premier ministre de compenser les recettes en dotations va réduire d’autant plus la peau de chagrin qu’est leur autonomie fiscale. Le rapport malsain de mendicité permanente entre les collectivités et Paris sera renforcé.

Le virus semble aussi être une bonne excuse pour que la capitale court-circuite les pouvoirs locaux. A Marseille, Toulouse ou encore Strasbourg, le port du masque obligatoire a été décrété unilatéralement par les préfets. Les représentants de l’Etat central ont imposé une restriction ciblée sans se concerter avec les représentants locaux du peuple. Ces derniers s’en sont bruyamment émus, tous bords confondus. Proclamer que le pouvoir doit être mieux réparti sur le territoire et, en même temps, snober les élus locaux et rapatrier davantage de fiscalité à Paris ? La décentralisation peut se retourner dans sa tombe.

Le « en même temps » tourne ici en rond et finit par se mordre la queue. L’écologie et la décentralisation sont des enjeux d’avenir trop importants pour être piégés dans une telle contradiction débouchant sur des décisions erratiques. C’est dans cet écart entre les paroles et les actes que s’engouffrent les populismes et que se cultive la méfiance croissante de nos concitoyens, et de nos élus locaux, envers Paris. En même temps, face à une telle incohérence, comment leur en vouloir ?

Maxime Sbaihi est directeur général du think tank GénérationLibre.

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