Archive pour le Tag 'technologie'

ChatGPT : technologie de rupture ou d’aliénation ?

ChatGPT : technologie de rupture ou d’aliénation ?

par Marion Trommenschlager
Chercheure en sciences de l’information-communication, laboratoire PREFics, Université Rennes 2 dans the Conversation


Alors que l’impact de l’intelligence artificielle (IA) dans le monde du travail ou en matière de désinformation fait couler beaucoup d’encre, des dirigeants du secteur, dont Elon Musk, appellent à décélérer. Une intelligence artificielle ultra-médiatisée a tenu un rôle majeur dans l’ouverture de ces débats : ChatGPT. Mais a-t-elle vraiment créé une rupture ?

Il n’y a pas de réelle nouveauté technique dans ChatGPT. Son ancêtre, Eliza, date de 1966. La technique de codage, aussi sophistiquée soit-elle, s’inscrit dans une continuité des conceptions de langage de programmation. Par ailleurs, dans une approche sociologique, rappelons que nous sommes une humanité numérique, une société artefactuelle (puisque nous évoluons à travers le progrès technique), dans laquelle toute innovation s’inscrit dans une continuité.

Peut-on alors réellement parler d’innovation de rupture pour ChatGPT ?

Et s’il fallait finalement se saisir de ce raz de marée médiatique pour comprendre la fulgurance de son déploiement, et plus encore, pour comprendre où nous en sommes, nous, utilisateurs, dans nos représentations, entre fantasmes et réalités, de l’intelligence artificielle ?

Ces logiciels d’intelligence conversationnelle nous ramènent à deux grandes tendances liées à la technicisation de la société. Tout d’abord celle de la servicisation, c’est-à-dire une normalisation de l’assistance personnalisée au quotidien. Cette tendance est arrivée avec le passage d’une économie basée sur des logiques de masse, vers une autre basée sur des logiques individuelles.

Le second grand levier est la plateformisation : créés au sein d’empires numériques (entre autres GAFAM), ces logiciels sont pensés pour être infusés dans tout l’écosystème. C’est le cas par exemple de ChatGPT, amené à investir Bing, Outlook, et autres services de Microsoft.

Et pour cause, le disgracieux « GPT » dans sa version francophone, renvoie au « general purpose technologies », soit technologies à usage général. Il est donc de par sa nature, un outil conçu pour être facilement transposé et utilisé dans différents domaines. Différent d’un moteur de recherche, il répond à des questions complexes et cherche à comprendre l’intention.

Comment expliquer l’appropriation si rapide de ChatGPT par les utilisateurs ?
L’impact médiatique relève du fait de ses utilisateurs. Comme souligné par l’anthropologue Lionel Obadia, il est difficile de parler d’invention. Néanmoins, la diffusion et l’appropriation remarquablement rapide font de ChatGPT une innovation marquante. Elle peut être utilisée par n’importe qui, initié ou non, gratuitement en ligne, et entraîne de ce fait autant de nouveaux usages, de contournements, que de business potentiels.


Trois forces expliquent la rapide intégration et appropriation sociale du logiciel.

Premièrement, ChatGPT est très accessible : ce qui lui permet un passage à l’échelle, autrement dit un déploiement, très rapide. L’accessibilité de l’outil et son appropriation généralisée massifient l’usage, mais également l’intérêt pour ce qui paraît « nouveau », voire « divertissant ».

Ensuite, ChatGPT nous ressemble. Le processus de machine learning en fait un outil d’auto-enrichissement continu, comme les humains. Le dialogue lui permet par exemple d’améliorer ses réponses avec un langage naturel. Ainsi, plus il est utilisé, plus il est performant. Autrement dit, nous nous « éduquons » mutuellement.

Enfin, ChatGPT est un champ des possibles : il laisse entrevoir de nouveaux scénarios. Nous sommes, en tant qu’utilisateurs, la condition pour la réussite du déploiement de ces innovations numériques. Chose faite pour ChatGPT qui compte à présent plus de 100 millions d’utilisateurs. Nous commençons à prendre conscience de « l’après » et de l’émergence d’autres innovations issues du modèle de ce logiciel.

La philosophe Marie Robert raconte son expérience lorsque le média Brut lui propose de corriger une copie rédigée par le logiciel :

« C’est avec un certain frisson que j’ai pris mon stylo rouge pour tenter de comprendre le raisonnement élaboré par une machine. Malgré une absence de citations, un manque cruel de nuances et une structure bien trop rigide, ma première remarque fut que ce n’était « pas si mal » […] C’est donc avec un mélange de fascination et d’effroi que j’ai terminé l’exercice, me demandant sincèrement ce que nous allions faire pour le monde à venir, pour ces générations qui n’auront pas à connaître l’effort. »


Des métiers de la cognition voués à disparaître ?

Ce qui diffère vraiment avec les précédentes évolutions liées à l’innovation, c’est que ChatGPT touche les métiers de la cognition, plutôt épargnés jusqu’alors. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler que l’un des logiciels les plus (technologiquement) complexes, l’Autopilot de Tesla, a été pour 85 % fabriqué par l’intelligence artificielle. La dynamique d’hybridation entre métiers et intelligence artificielle est de plus en plus forte. Cependant, il serait fantasmé de parler de « grand remplacement ».

L’autonomie de l’intelligence conversationnelle n’est pas totale. Par exemple, ChatGPT développé par Open AI a été construit à partir de 175 milliards de paramètres, il s’appuie sur un jeu de données gigantesque. Gigantesque certes, mais sélectionné, donc faillible.

Récemment, des échanges et lectures sur l’art du codage m’ont permis d’éclairer plus encore les limites du mythe d’une autonomie de l’intelligence artificielle. Cela notamment à travers la dimension de labellisation dans les réseaux de neurones. Dans ce processus, il s’agit d’étiqueter des données, c’est-à-dire d’associer un label (une valeur prédéfinie) à un contenu (image, texte, forme, etc.). L’objectif est d’apporter un modèle d’apprentissage aux machines. Cette pratique rappelle la nécessité de paramétrage et de supervision dans l’interprétation des données, une réalité a (re) découvrir dans la mini-série documentaire Les travailleurs du clic de Antonio Casilli. Open AI a d’ailleurs différents contrats avec des travailleurs au Kenya pour ce travail de modération.

Nous voyons donc les limites d’un fantasme autour d’une intelligence artificielle parfaitement autonome.

Bien que l’intelligence artificielle ne comprenne pas ce qu’elle dit, ces implications humaines dans la supervision de l’apprentissage des machines nous montrent que les données qui nourrissent cette intelligence, elles, ne sont pas neutres. Elles reproduisent et amplifient les biais de ceux qui la supervisent, chariant un lot potentiel de stéréotypes, de désinformation, de contenus aspirés aux sources invisibles, de censure, ou encore de complotisme (Meta en a fait l’expérience avec Blender bot 3).

La question centrale est donc : qui paramètre ? Le professeur de droit Lawrence Lessig le souligne dans son clairvoyant « Code is law » : la personne qui paramètre est la personne qui a la possibilité d’orienter un système de pensée. Un outil comme ChatGPT est principalement conçu par et pour une cible nord-américaine. Son déploiement rapide, renforcé par sa dimension ludique, conduit à la normalisation de son utilisation. Une normalisation non pas sans effet, puisqu’elle vient renforcer l’impression d’un objet politiquement neutre chez les utilisateurs.

Or, c’est loin d’être le cas, pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi parce que l’IA est avant tout un enjeu de domination tant entre empires du numérique, que dans la sphère géopolitique.

La technologie pour aider le développement durable

La technologie pour aider le développement durable

Par par Olivier Kuziner, General Manager APAC chez Ekimetrics.

Depuis l’aube de la révolution industrielle, le lien entre croissance économique basée sur l’utilisation d’énergie fossile et le volume d’émission de gaz à effet de serre est bien établi. Cependant, comme l’a fait remarquer l’hebdomadaire The Economist, une décorrélation est en œuvre. Plus d’une trentaine de pays industrialisés, représentant 1 milliard d’habitants, ont réussi à obtenir une croissance de leur PIB tout en diminuant leurs émissions. Deux dynamiques expliquent cette situation : le changement de nature des économies (plus de services, moins d’industrie) et des importations qui sont devenues plus « vertes » par nature.

En Asie, zone qui a profité d’un phénomène de transfert d’industrie au cours des trente dernières années, la contribution de la technologie est un grand thème de travail des entreprises pour 2023. On parle là de l’utilisation de l’intelligence artificielle et des data science pour s’engager sur la voie du développement durable. Trois piliers sont principalement concernés : l’approvisionnement, la supply chain et le Green IT (la puissance informatique « verte »). Cependant, si les conseils d’administration ont une vision claire de la direction à prendre, il existe un « ventre mou » de middle management dont l’expérience des actions en faveur du développement durable se résume, hélas, à un impact négatif quasi immédiat sur le compte de résultat. La rentabilité des investissements nécessaires ne serait pas au rendez-vous, tout au moins sur le court terme. D’où une situation bancale, où la volonté d’œuvrer pour le développement durable existe dans de nombreuses sociétés alors que les investissements pour y parvenir restent les parents pauvres de l’entreprise.

Le meilleur moyen est de définir une méthodologie en trois temps, mesurer, décider et optimiser, avec l’aide de l’intelligence artificielle et des data sciences. Ces outils permettent aux entreprises de cartographier les impacts directs et indirects de leurs opérations d’aujourd’hui, incluant leurs diverses chaînes d’approvisionnement, leurs catégories de produits et les marchés servis. Fort de cette mesure, on peut imaginer une réponse rapide pour commencer à agir en quelques semaines puis une action soutenue, mais diffuse sur le long terme.
Métriques et cas d’utilisation importants doivent permettre d’engager la transition d’une économie linéaire, basée sur la seule croissance du PIB, à une économie circulaire, où le réemploi des ressources prédomine. Cela signifie aussi passer d’une économie extractive à une économie régénérative, d’une économie exploitante à une économie contributive. Il faut noter que le concept d’économie circulaire existe depuis longtemps. L’idée que les déchets d’une industrie deviennent la nourriture ou le carburant d’une autre n’est pas neuve, mais elle n’est pas suffisamment développée sur la planète.

Après avoir réalisé la première étape de la mesure, il est facile de prendre les dispositions à efficacité rapide puis de systématiser l’exercice sur le long terme, en incluant également les partenaires de l’entreprise. Au vrai, cela forme le socle des étapes recommandées par le Giec : Scope 1, Scope 2 et Scope 3. On part des émissions directes liées à la consommation d’énergie (Scope 1) ; on inclut la somme des émissions produites indirectement par l’entreprise lorsqu’elle produit ou achète de l’électricité (Scope 2) ; on termine par la prise en compte des émissions de l’écosystème (Scope 3).

La décarbonation de l’économie est un peu comme apprendre à rouler à bicyclette. Les premiers tours de pédale sont incertains, mais, rapidement, l’équilibre et le mouvement s’accordent pour toujours : on n’oublie jamais comment monter à bicyclette. Il en est de même pour le sujet de la décarbonation, à condition de systématiser la pratique.

Ajoutons qu’il est permis d’être proactif au moment de la conception et de la fabrication des produits. En France, une entreprise comme MicroEJ, permet de concevoir des circuits électroniques dont les fonctions sont définies et modifiables par le logiciel. De cette manière, le temps d’utilisation du circuit peut être significativement allongé tout en modulant à la basse la consommation d’énergie liée à son fonctionnement. Autre exemple d’innovation liée à la décarbonation de l’économie, la société Enogia fabrique des turbines pour produire de l’électricité à partir de la chaleur fatale permettant un réemploi de l’énergie dissipée dans un cycle de production. Ces deux exemples prouvent qu’il est permis d’être optimiste en matière de développement durable.

Filère Hydrogène: quel avenir pour cette technologie

Filère Hydrogène: quel avenir pour cette technologie

L’annonce, en janvier 2021, de la création du Conseil national de l’hydrogène témoigne d’un renouveau de la politique et de l’ambition française vis-à-vis des technologies hydrogènes. Au cœur du plan France Relance, ces technologies sont multiples et impactent de nombreuses filières industrielles majeures, telles que l’automobile ou l’aéronautique. Quel sera le rôle de ce nouveau Conseil ? Une coordination nationale permettra-t-elle d’accélérer le développement de cette filière ? Qu’en est-il d’une coopération à l’échelle européenne ? Anne-Sophie Angelo, Directrice au sein du Cabinet dans Institut Montaigne

Le Conseil national de l’hydrogène a été créé début janvier 2021. Quel peut être son impact sur le développement de la filière française ?
Pour le moment, le gouvernement a débloqué les fonds nécessaires, défini quelques grandes priorités et décidé de la création d’un Conseil national de l’hydrogène en lui assignant des objectifs : « structurer les échanges entre l’État et les parties prenantes de la mise en œuvre de la stratégie » et de contribuer au « développement d’une filière compétitive de l’hydrogène décarboné », ainsi qu’à « l’émergence de projets collectifs visant à la structuration d’une chaîne de valeur complète sur notre territoire ou dans le cadre de coopérations européennes ». En France, rien ne se fait sans l’État et c’est donc une bonne chose qu’un solide cadre financier et organisationnel ait été mis en place : le travail peut commencer.

Concrètement, tout reste à faire. Nous ne disposons pas encore de feuille de route précise. L’Allemagne constitue en cela un modèle dont nous pourrions nous inspirer : au-delà du tissu industriel qui fait sa force, elle fait reposer son ambition de devenir le numéro 1 mondial des technologies de l’hydrogène sur un plan clairement structuré en 9 domaines d’action très concrets et 37 mesures, comprenant de premiers objectifs chiffrés à court terme et un inventaire précis des besoins, de la technologie actuellement disponible et des innovations à encourager.

Construire une filière de l’hydrogène suppose des investissements importants, mais aussi de la coordination et de l’intégration.

Construire une filière de l’hydrogène suppose des investissements importants, mais aussi de la coordination et de l’intégration. Ce n’est pas tout à fait la manière dont sont formulées les missions du Conseil National de l’Hydrogène, mais nous pouvons espérer que ses membres se saisissent du problème et trouvent, collectivement, des méthodes et des solutions efficaces et nécessaires au développement d’une filière hydrogène (décarboné) compétitive à l’échelle de tout le territoire.

Rappelons que les projets industriels dont il est ici question recouvrent de très nombreux défis technologiques et mobilisent un nombre considérable de compétences :

Acteurs privés (grands groupes, ainsi que leurs filiales ou les start-ups qu’ils financent, PME) et publics (État, régions, organismes publics de financement comme la branche investissement de l’ADEME ou la Banque des territoires, très actifs dans le financement de projets hydrogène) travaillent main dans la main pour rendre possibles des expérimentations en vue d’un déploiement industriel à plus grande échelle. Les acteurs publics jouent un rôle essentiel dans la création de débouchés et dans l’émergence d’un marché rentable pour les entreprises.

À titre d’exemple, citons le projet HyPSTER en Auvergne-Rhône-Alpes (région à l’initiative du plan Zero Emission Valley), qui prévoit le stockage souterrain dans des cavités salines d’hydrogène vert produit sur place à partir d’énergie photovoltaïque et hydraulique. Une étude d’ingénierie est menée en préalable du passage à une phase d’expérimentation en 2023, puis à l’échelle industrielle. Enjeu : faire de ce site un modèle d’écosystème hydrogène réplicable. Autre exemple : le projet Dijon Métropole Smart EnergHy, co-financé par l’ADEME, qui prévoit la production d’hydrogène à partir de l’incinération de déchets ménagers.

Derrière le mot « hydrogène » se trouve en fait une multitude d’activités industrielles. Leur intégration est clé, car l’enjeu est bien de créer des écosystèmes vertueux du point de vue écologique, à partir de l’énergie renouvelable nécessaire pour produire de l’hydrogène vert jusqu’à son usage en tant que vecteur énergétique (dans la mobilité par exemple) ou que matière première pour décarboner certains pans de l’industrie (production d’acier et d’engrais, par exemple). Inversement, la récupération de l’hydrogène dit fatal ou coproduit (résultant d’un procédé non destiné à sa production, par exemple la fabrication du chlore) pourrait constituer, à l’avenir, une source d’approvisionnement supplémentaire. Les besoins en termes d’innovation et d’infrastructure sont colossaux, et appellent à un dialogue fluide et nourri entre tous les acteurs qui permettra que la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné en France devienne réalité.
La récente accélération de certains acteurs du secteur automobile et aéronautique sur les enjeux d’hydrogène témoigne-t-elle d’une plus grande maturité de cette technologie ?
La volonté récente des États de soutenir massivement la filière hydrogène repose, en effet, sur l’évolution favorable des technologies de l’hydrogène. C’est d’ailleurs le constat que faisait Peter Altmaier, ministre de l’Économie en Allemagne, au moment d’annoncer les grandes lignes de la stratégie hydrogène de son pays : « le moment de l’hydrogène est venu », a-t-il affirmé dans une tribune publiée dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung en novembre 2019. Mais la disponibilité des technologies ne suffit pas. L’hydrogène vert coûte aujourd’hui beaucoup plus cher que l’électricité, le pétrole ou le gaz naturel. Comme toute innovation énergétique, il a besoin d’être subventionné au départ pour être compétitif.

La Corée offre à cet égard l’exemple d’un système de soutien public efficace dans la mobilité hydrogène. Si le constructeur Hyundai a été pionnier avec son moteur à pile à hydrogène en 2013, c’est bien l’intervention de l’État qui a rendu possible le développement d’un marché national : en 2018, le gouvernement coréen annonçait un partenariat inédit public-privé comprenant une enveloppe de plus de deux milliards de dollars sur cinq ans et la planification des actions à mener, et a récemment augmenté son budget dédié à la subvention de l’achat de véhicules hydrogène. La Corée, avec des objectifs précis sur le nombre de véhicules hydrogène en circulation à horizon 2022 puis 2030, entend répondre à un triple défi : réduire sa dépendance énergétique, lutter contre la pollution aux particules fines en milieu urbain et construire une économie de l’hydrogène dynamique, propre à assurer la création d’emplois mais aussi la place de leader mondial de la voiture à hydrogène.

Aujourd’hui, l’accélération que l’on observe s’explique par l’enthousiasme et la confiance que suscite l’hydrogène vert (produit par électrolyse à partir d’énergies renouvelables, et donc non producteur de CO2 lorsqu’il est utilisé comme combustible), dans le contexte de lutte contre le réchauffement climatique et de relance économique post-pandémie. L’urgence climatique et les ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre affichées par les États à travers le monde (par exemple, dans son plan cible en matière de climat, la Commission européenne propose de porter de 40 % à 55 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre ; même la Chine, responsable du quart des émissions de gaz à effet de serre mondiales, a annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2030) font apparaître l’hydrogène vert une réponse pertinente aux défis environnementaux.

Aujourd’hui, l’accélération que l’on observe s’explique par l’enthousiasme et la confiance que suscite l’hydrogène vert, dans le contexte de lutte contre le réchauffement climatique et de relance économique post-pandémie.

Les plans hydrogène publiés ces derniers mois en Europe comme ailleurs (en France et en Allemagne, mais aussi au Royaume-Uni, au Canada, au Chili pour n’en citer que quelques-uns) ont un effet d’entraînement, auprès des industriels de l’hydrogène mais également des investisseurs privés. Les cours de bourse en témoignent : ils ont soudain bondi au printemps 2020, et connaissent depuis une croissance soutenue.

Rappelons enfin que les défis technologiques subsistent : en témoignent les réflexions en cours autour de l’avion à hydrogène, avec la question du poids des réservoirs et de leur niveau de sécurité. Le gouvernement français prévoit d’ailleurs de consacrer 1,5 milliards d’euros de son plan de soutien à l’aéronautique à la R&D et à l’innovation dans ce secteur.

L’hydrogène figure à l’agenda du plan de relance français, France Relance, à hauteur de 7 milliards d’euros, mais aussi dans le plan allemand à hauteur de 9 milliards. Comment expliquer cette différence ? Une action coordonnée à l’échelle européenne est-elle envisageable ?
La différence comptable tient aux deux milliards d’euros que l’Allemagne prévoit de consacrer aux partenariats internationaux. Mais la différence entre les stratégies française et allemande tient surtout à des contextes et des modalités pratiques différents :

En 2011, suite à l’accident de Fukushima, l’Allemagne a pris la décision de sortir du nucléaire et investit depuis massivement dans les énergies renouvelables, qui représentent aujourd’hui plus de 40 % de la production d’électricité du pays. L’hydrogène permettrait à l’Allemagne de stocker l’énergie solaire ou éolienne, par nature intermittente. La France, elle, compte principalement sur le nucléaire, une source d’énergie décarbonée (plus de 70 % de sa production d’électricité, contre un peu plus de 20 % pour les renouvelables).

L’engagement allemand en faveur de l’hydrogène remonte aux années 2000 : dans le cadre du Programme national d’innovation pour la technologie de l’hydrogène et des piles à combustibles, un financement d’environ 700 millions d’euros avait été approuvé sur la période 2006-2016, pouvant aller jusqu’à 1,4 milliards d’euros sur la période 2016-2026. La stratégie hydrogène dévoilée en 2020 fait donc fond sur des initiatives lancées plusieurs années auparavant. En France, le soutien public à la filière a commencé bien plus tard, en 2018, avec le plan Hulot, qui prévoyait de mobiliser 100 millions d’euros à partir de 2019, avec l’objectif d’un financement de 100 millions d’euros chaque année.

Quant aux modalités pratiques, le plan hydrogène allemand comprend 37 mesures destinées à atteindre l’objectif formulé clairement par le ministre de l’Économie : devenir le numéro 1 mondial des technologies de l’hydrogène. La France, elle, a défini de grands domaines d’action cibles (installation d’électrolyseurs en capacité suffisante, décarbonation de l’industrie, mobilité lourde, création d’emplois, R&D), et prévoit de procéder ensuite par projets financés selon des mécanismes bien identifiés (appels à projets, fonds du Programme d’investissements d’avenir, Projets importants d’intérêt européen commun, Programmes prioritaires de recherche, appels d’offres).

Au regard de la compétition internationale, un marché intégré de l’hydrogène en Europe et l’existence de champions européens seraient des atouts considérables. La coordination européenne est cependant déjà opérante, à travers plusieurs programmes de financement, tels que les projets importants d’intérêt européen commun ou Fuel Cells & Hydrogen Joint Undertaking, ce dernier finance notamment le projet Hydrogen Mobility Europe (H2ME) visant à créer un réseau de stations de recharge en hydrogène à travers toute l’Europe. La Commission européenne a également présenté en juillet dernier sa stratégie en faveur d’une « alliance de l’hydrogène propre » sur le modèle de l’alliance européenne pour les batteries en vue de coordonner les initiatives nationales. Notons enfin l’initiative de 30 industriels européens, qui ont officiellement lancé le 11 février dernier « HyDeal Ambition ». Objectif : produire à horizon 2030 un hydrogène vert compétitif par rapport aux énergies fossiles.

Hydrogène: quel avenir pour cette technologie

Hydrogène: quel avenir pour cette technologie

L’annonce, en janvier 2021, de la création du Conseil national de l’hydrogène témoigne d’un renouveau de la politique et de l’ambition française vis-à-vis des technologies hydrogènes. Au cœur du plan France Relance, ces technologies sont multiples et impactent de nombreuses filières industrielles majeures, telles que l’automobile ou l’aéronautique. Quel sera le rôle de ce nouveau Conseil ? Une coordination nationale permettra-t-elle d’accélérer le développement de cette filière ? Qu’en est-il d’une coopération à l’échelle européenne ? Anne-Sophie Angelo, Directrice au sein du Cabinet dans Institut Montaigne

Le Conseil national de l’hydrogène a été créé début janvier 2021. Quel peut être son impact sur le développement de la filière française ?
Pour le moment, le gouvernement a débloqué les fonds nécessaires, défini quelques grandes priorités et décidé de la création d’un Conseil national de l’hydrogène en lui assignant des objectifs : « structurer les échanges entre l’État et les parties prenantes de la mise en œuvre de la stratégie » et de contribuer au « développement d’une filière compétitive de l’hydrogène décarboné », ainsi qu’à « l’émergence de projets collectifs visant à la structuration d’une chaîne de valeur complète sur notre territoire ou dans le cadre de coopérations européennes ». En France, rien ne se fait sans l’État et c’est donc une bonne chose qu’un solide cadre financier et organisationnel ait été mis en place : le travail peut commencer.

Concrètement, tout reste à faire. Nous ne disposons pas encore de feuille de route précise. L’Allemagne constitue en cela un modèle dont nous pourrions nous inspirer : au-delà du tissu industriel qui fait sa force, elle fait reposer son ambition de devenir le numéro 1 mondial des technologies de l’hydrogène sur un plan clairement structuré en 9 domaines d’action très concrets et 37 mesures, comprenant de premiers objectifs chiffrés à court terme et un inventaire précis des besoins, de la technologie actuellement disponible et des innovations à encourager.

Construire une filière de l’hydrogène suppose des investissements importants, mais aussi de la coordination et de l’intégration.

Construire une filière de l’hydrogène suppose des investissements importants, mais aussi de la coordination et de l’intégration. Ce n’est pas tout à fait la manière dont sont formulées les missions du Conseil National de l’Hydrogène, mais nous pouvons espérer que ses membres se saisissent du problème et trouvent, collectivement, des méthodes et des solutions efficaces et nécessaires au développement d’une filière hydrogène (décarboné) compétitive à l’échelle de tout le territoire.

Rappelons que les projets industriels dont il est ici question recouvrent de très nombreux défis technologiques et mobilisent un nombre considérable de compétences :

Acteurs privés (grands groupes, ainsi que leurs filiales ou les start-ups qu’ils financent, PME) et publics (État, régions, organismes publics de financement comme la branche investissement de l’ADEME ou la Banque des territoires, très actifs dans le financement de projets hydrogène) travaillent main dans la main pour rendre possibles des expérimentations en vue d’un déploiement industriel à plus grande échelle. Les acteurs publics jouent un rôle essentiel dans la création de débouchés et dans l’émergence d’un marché rentable pour les entreprises.

À titre d’exemple, citons le projet HyPSTER en Auvergne-Rhône-Alpes (région à l’initiative du plan Zero Emission Valley), qui prévoit le stockage souterrain dans des cavités salines d’hydrogène vert produit sur place à partir d’énergie photovoltaïque et hydraulique. Une étude d’ingénierie est menée en préalable du passage à une phase d’expérimentation en 2023, puis à l’échelle industrielle. Enjeu : faire de ce site un modèle d’écosystème hydrogène réplicable. Autre exemple : le projet Dijon Métropole Smart EnergHy, co-financé par l’ADEME, qui prévoit la production d’hydrogène à partir de l’incinération de déchets ménagers.

Derrière le mot « hydrogène » se trouve en fait une multitude d’activités industrielles. Leur intégration est clé, car l’enjeu est bien de créer des écosystèmes vertueux du point de vue écologique, à partir de l’énergie renouvelable nécessaire pour produire de l’hydrogène vert jusqu’à son usage en tant que vecteur énergétique (dans la mobilité par exemple) ou que matière première pour décarboner certains pans de l’industrie (production d’acier et d’engrais, par exemple). Inversement, la récupération de l’hydrogène dit fatal ou coproduit (résultant d’un procédé non destiné à sa production, par exemple la fabrication du chlore) pourrait constituer, à l’avenir, une source d’approvisionnement supplémentaire. Les besoins en termes d’innovation et d’infrastructure sont colossaux, et appellent à un dialogue fluide et nourri entre tous les acteurs qui permettra que la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné en France devienne réalité.
La récente accélération de certains acteurs du secteur automobile et aéronautique sur les enjeux d’hydrogène témoigne-t-elle d’une plus grande maturité de cette technologie ?
La volonté récente des États de soutenir massivement la filière hydrogène repose, en effet, sur l’évolution favorable des technologies de l’hydrogène. C’est d’ailleurs le constat que faisait Peter Altmaier, ministre de l’Économie en Allemagne, au moment d’annoncer les grandes lignes de la stratégie hydrogène de son pays : « le moment de l’hydrogène est venu », a-t-il affirmé dans une tribune publiée dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung en novembre 2019. Mais la disponibilité des technologies ne suffit pas. L’hydrogène vert coûte aujourd’hui beaucoup plus cher que l’électricité, le pétrole ou le gaz naturel. Comme toute innovation énergétique, il a besoin d’être subventionné au départ pour être compétitif.

La Corée offre à cet égard l’exemple d’un système de soutien public efficace dans la mobilité hydrogène. Si le constructeur Hyundai a été pionnier avec son moteur à pile à hydrogène en 2013, c’est bien l’intervention de l’État qui a rendu possible le développement d’un marché national : en 2018, le gouvernement coréen annonçait un partenariat inédit public-privé comprenant une enveloppe de plus de deux milliards de dollars sur cinq ans et la planification des actions à mener, et a récemment augmenté son budget dédié à la subvention de l’achat de véhicules hydrogène. La Corée, avec des objectifs précis sur le nombre de véhicules hydrogène en circulation à horizon 2022 puis 2030, entend répondre à un triple défi : réduire sa dépendance énergétique, lutter contre la pollution aux particules fines en milieu urbain et construire une économie de l’hydrogène dynamique, propre à assurer la création d’emplois mais aussi la place de leader mondial de la voiture à hydrogène.

Aujourd’hui, l’accélération que l’on observe s’explique par l’enthousiasme et la confiance que suscite l’hydrogène vert (produit par électrolyse à partir d’énergies renouvelables, et donc non producteur de CO2 lorsqu’il est utilisé comme combustible), dans le contexte de lutte contre le réchauffement climatique et de relance économique post-pandémie. L’urgence climatique et les ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre affichées par les États à travers le monde (par exemple, dans son plan cible en matière de climat, la Commission européenne propose de porter de 40 % à 55 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre ; même la Chine, responsable du quart des émissions de gaz à effet de serre mondiales, a annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2030) font apparaître l’hydrogène vert une réponse pertinente aux défis environnementaux.

Aujourd’hui, l’accélération que l’on observe s’explique par l’enthousiasme et la confiance que suscite l’hydrogène vert, dans le contexte de lutte contre le réchauffement climatique et de relance économique post-pandémie.

Les plans hydrogène publiés ces derniers mois en Europe comme ailleurs (en France et en Allemagne, mais aussi au Royaume-Uni, au Canada, au Chili pour n’en citer que quelques-uns) ont un effet d’entraînement, auprès des industriels de l’hydrogène mais également des investisseurs privés. Les cours de bourse en témoignent : ils ont soudain bondi au printemps 2020, et connaissent depuis une croissance soutenue.

Rappelons enfin que les défis technologiques subsistent : en témoignent les réflexions en cours autour de l’avion à hydrogène, avec la question du poids des réservoirs et de leur niveau de sécurité. Le gouvernement français prévoit d’ailleurs de consacrer 1,5 milliards d’euros de son plan de soutien à l’aéronautique à la R&D et à l’innovation dans ce secteur.

L’hydrogène figure à l’agenda du plan de relance français, France Relance, à hauteur de 7 milliards d’euros, mais aussi dans le plan allemand à hauteur de 9 milliards. Comment expliquer cette différence ? Une action coordonnée à l’échelle européenne est-elle envisageable ?
La différence comptable tient aux deux milliards d’euros que l’Allemagne prévoit de consacrer aux partenariats internationaux. Mais la différence entre les stratégies française et allemande tient surtout à des contextes et des modalités pratiques différents :

En 2011, suite à l’accident de Fukushima, l’Allemagne a pris la décision de sortir du nucléaire et investit depuis massivement dans les énergies renouvelables, qui représentent aujourd’hui plus de 40 % de la production d’électricité du pays. L’hydrogène permettrait à l’Allemagne de stocker l’énergie solaire ou éolienne, par nature intermittente. La France, elle, compte principalement sur le nucléaire, une source d’énergie décarbonée (plus de 70 % de sa production d’électricité, contre un peu plus de 20 % pour les renouvelables).

L’engagement allemand en faveur de l’hydrogène remonte aux années 2000 : dans le cadre du Programme national d’innovation pour la technologie de l’hydrogène et des piles à combustibles, un financement d’environ 700 millions d’euros avait été approuvé sur la période 2006-2016, pouvant aller jusqu’à 1,4 milliards d’euros sur la période 2016-2026. La stratégie hydrogène dévoilée en 2020 fait donc fond sur des initiatives lancées plusieurs années auparavant. En France, le soutien public à la filière a commencé bien plus tard, en 2018, avec le plan Hulot, qui prévoyait de mobiliser 100 millions d’euros à partir de 2019, avec l’objectif d’un financement de 100 millions d’euros chaque année.

Quant aux modalités pratiques, le plan hydrogène allemand comprend 37 mesures destinées à atteindre l’objectif formulé clairement par le ministre de l’Économie : devenir le numéro 1 mondial des technologies de l’hydrogène. La France, elle, a défini de grands domaines d’action cibles (installation d’électrolyseurs en capacité suffisante, décarbonation de l’industrie, mobilité lourde, création d’emplois, R&D), et prévoit de procéder ensuite par projets financés selon des mécanismes bien identifiés (appels à projets, fonds du Programme d’investissements d’avenir, Projets importants d’intérêt européen commun, Programmes prioritaires de recherche, appels d’offres).

Au regard de la compétition internationale, un marché intégré de l’hydrogène en Europe et l’existence de champions européens seraient des atouts considérables. La coordination européenne est cependant déjà opérante, à travers plusieurs programmes de financement, tels que les projets importants d’intérêt européen commun ou Fuel Cells & Hydrogen Joint Undertaking, ce dernier finance notamment le projet Hydrogen Mobility Europe (H2ME) visant à créer un réseau de stations de recharge en hydrogène à travers toute l’Europe. La Commission européenne a également présenté en juillet dernier sa stratégie en faveur d’une « alliance de l’hydrogène propre » sur le modèle de l’alliance européenne pour les batteries en vue de coordonner les initiatives nationales. Notons enfin l’initiative de 30 industriels européens, qui ont officiellement lancé le 11 février dernier « HyDeal Ambition ». Objectif : produire à horizon 2030 un hydrogène vert compétitif par rapport aux énergies fossiles.

Technologie – : La révolution économique par les drones ?

Technologie – : La révolution économique par les drones ?

 

 Parmi toutes les technologies qui ont émergé ces dernières décennies, celle du drone va avoir le plus important impact. Bien qu’encore à leurs balbutiements par rapport à d’autres technologies émergentes, les véhicules aériens sans pilote (UAV) vont trouver rapidement une utilisation dans la construction, la photographie, l’agriculture, la défense et de nombreuses autres industries. Par Xavier Dalloz, consultant spécialisé dans les nouvelles technologies.(dans la Tribune).

Un article intéressant à lire mais sans doute un peu optimiste et très excessif quant à la révolution économique produite par les drones. D’autres technologies comme l’intelligence artificielle en particulier sont autrement structurantes. Se pose aussi pour le transport par drones la question très complexe de la gestion de l’espace. C’est d’ailleurs la même problématique pour une éventuelle explosion du transport de personnes par le mode aérien individuel ou collectif. NDLR

La distribution de médicaments par drone aidera le NHS Scotland à fournir une meilleure assistance aux résidents ruraux. L’objectif est de transporter des échantillons de laboratoire, de produits sanguins, de chimiothérapie et d’accélérer le diagnostic et le traitement des problèmes médicaux. (Crédits : Reuters)

La France doit jouer le rôle de leader du marché des drones qui devrait atteindre 100 milliards de dollars avant 10 ans.

Par exemple :

  • Agriculture : les drones augmentent le rendement des cultures en fournissant une surveillance et une lutte antiparasitaire ciblées avec précision
  • Exploitation minière : intégrée à toutes les facettes des opérations, de la cartographie aux inspections de l’équipement et des routes, en passant par l’analyse des explosions et les évaluations des stocks
  • Infrastructure critique : fournissant une surveillance périmétrique et des inspections des installations en temps réel, ainsi qu’une détection précoce des dangers tels que les fuites de gaz.
  • Le fait de pouvoir voir une maison à une hauteur de 100 mètres donne aux acheteurs une perspective supplémentaire et, dans de nombreux cas, cette valeur ajoutée amène davantage d’acheteurs potentiels à visiter la maison. Il existe de nombreux autres exemples de marchés émergents comme celui-ci, notamment la livraison de produits médicaux.
  • Des travaux dangereux, en particulier des inspections d’infrastructures, sont effectués par des drones commerciaux utilisant une imagerie haute résolution intégrant de l’intelligence artificielle permettant de détecter les problèmes de loin.
  • Les compagnies d’assurance utilisent des drones pour collecter des images et des données sur les sites de sinistres sans envoyer des experts sur les lieux.

Un bon exemple, la livraison des colis

Le meilleur exemple de l’utilisation de drones est la livraison des colis. Cette livraison par drone va réduire d’une façon significative les coûts de livraison, n’ayant pas de frais de chauffeur ou de camion, éliminant les coûts de congestion, ayant moins de livraisons manquées en raison du délai très court, environ 30 minutes entre l’expédition et la livraison de l’article. Ce marché dépassera 30 milliards d’euros d’ici 2027.

La livraison par drone va donc être au cœur de la prochaine étape de la transformation du commerce.

On peut résumer ces étapes de la façon suivante :

  • La Poste
    • La Poste a permis l’émergence des catalogues papiers dans les campagnes
  • Le chemin de fer
    • Le chemin de fer a permis l’émergence des grands magasins à proximité des gares
  • La voiture
    • La voiture et son coffre ont permis l’émergence des hypermarchés avec leurs parkings (no parking, no business)
  • L’Internet
    • Internet a permis l’émergence du commerce électronique
  • Le smartphone
    • Le smartphone a permis l’émergence du commerce ATAWAD
  • LUAV (notamment les drones).
    • L’UAV (véhicule aérien sans pilote) va donner naissance au commerce qui vient à moi là où je le souhaite. C’est un commerce qui répondra à des attentes latentes basées sur le résultat.

Voici quelques avantages concurrentiels de ce nouveau commerce :

  • Les drones aident les entreprises à se concentrer sur la personnalisation en tenant compte des exigences de chaque client et à améliorer le niveau de service client en livrant le bon produit au bon endroit au bon moment.
  • Le nombre et la taille des entrepôts sera les technologies permettant un accès plus facile aux clients et des méthodes de prévision de la demande plus efficaces..
  • L’utilisation des imprimantes 3D va augmenter, et l’accessibilité de ces systèmes sera plus facile. Chaque maison avec ces appareils sera une petite usine. Les gens peuvent produire certains des produits dont ils ont besoin chez eux en fonction de leurs besoins spécifiques.
  • Étant donné que la production devient plus facile et que le transport s’accélère, le besoin d’entrepôts sera considérablement réduit.
  • Les recherches montrent que 30 % de la consommation d’énergie d’un entrepôt consiste en l’éclairage. Les implications des technologies robotiques dans l’entreposage et la production, il y aura moins besoin pour les systèmes d’éclairage et de chauffage/refroidissement.

 

L’innovation de rupture la plus intéressante est celle des autoroutes pour drones, des taxis volants et des vertiports. Par exemple :

  • Le projet Skyway, 164 miles (265 km) d’autoroutes de drones, reliera des villes et des villages, dont Cambridge et Reading. Les lois actuelles exigent que les drones soient pilotés par un pilote humain, cependant, Skyway utilisera une nouvelle technologie pour permettre aux drones automatisés « sans pilote » de voler au-delà de la ligne de visée visuelle (BVLOS). Tout fabricant de drones pourra connecter les systèmes de guidage et de communication d’un drone à un système d’autoroute virtuelle qui gère le guidage en toute sécurité des drones vers leurs destinations via l’intégration logicielle. Skyway sera équipé de capteurs au sol et de matériel de communication qui se coordonnent avec les capteurs de drones embarqués pour transmettre les données de contrôle du trafic aérien aux aéronefs autonomes pendant leur vol.
  • La distribution de médicaments par drone aidera le NHS Scotland à fournir une meilleure assistance aux résidents ruraux. L’objectif est de transporter des échantillons de laboratoire, de produits sanguins, de chimiothérapie et d’accélérer le diagnostic et le traitement des problèmes médicaux.
  • Des services de taxi aérien qui transporteront des personnes et des marchandises. Ils auront besoin d’aires d’atterrissage aussi grandes qu’un petit aéroport. Hyundai prévoit de construire 200 aéroports urbains de ce type au cours des cinq prochaines années.
  • Une prolifération de drones de livraison va faire émerger de nouveaux centres logistiques, conçus comme des hubs en forme de ruche, comme celui proposé par Amazon.

 

L’un des problèmes les plus évidents est la confidentialité, car les drones enregistrent et capturent souvent des images. Les trajectoires de vol des drones devront donc être construites autour des hubs de transport, des corridors ferroviaires et des aéroports existants.

L’aérospatiale est une culture axée sur la sécurité, mais le transfert et l’atterrissage de la livraison de fret par drone comportent un risque beaucoup plus élevé de collision avec des objets, des bâtiments, des structures ou des personnes à basse altitude.

David Menga, dans le livre « The Internet of Augmented Me, Empowering Innovation for a new Sustainable Future », met en avant l’importance de créer des infrastructures intelligentes pour produire de la richesse après une période de crise, en suivant des patterns adaptés à l’innovation dans un monde numérique durable.

L’infrastructure intelligente est l’équivalent des autoroutes interétatiques réalisées par Eisenhower après la Deuxième guerre mondiale, en y ajoutant le GPS, l’internet et une plateforme logicielle s’appuyant sur un jumeau numérique dynamique et un OS adapté.

Dans le cas des drones, l’infrastructure d’accueil et de gestion s’appelle un aérodrone et se présente comme un aérodrome, son équivalent avions, automatisé et autonome.  Un aérodrone gère des missions pour le compte d’opérateurs logistiques, impliquant la coordination de multiples robots souvent autonomes de type terrestre, marins et drone.  Pour accomplir des missions complexes , l’OS qui gère les missions dispose d’instruments de simulation à base de jumeaux numériques de territoires et de robots.  Son rôle est d’orchestrer le travail de multiples robots autonomes et de valoriser les données fournis par les capteurs des robots contrôlés en les mettant à disposition, moyennant rétribution, à des fournisseurs d’apps robots.

Pour faire face à toute type de situation critique, l’aérodrone est autonome, produit et gère son énergie comme sa connectivité, en s’appuyant sur les technologies 5G.

La firme anglaise Unmanned Life fournit un tel OS.

Enfin, l’aérodrone gère son propre chiffre d’affaires, sous la forme d’une DAO ou organisation décentralisée. Ainsi, il sera possible à des particuliers de participer au financement des aérodrones et de profiter de la richesse produite, tout en favorisant le désenclavement des territoires.

L’aérodrone du futur,  c’est un Roissy décentralisé, autonome à l’ère du Web

Technologie et mondialisation

Technologie et mondialisation

Le chercheur associé à la Paris School of Economics s’est intéressé aux effets de de la mondialisation sur le marché du travail des pays avancés.

 

Clément Malgouyres est parmi les trois économistes, hors le lauréat Eric Monnet, qui ont été retenus par le jury associant les représentants du Cercle des économistes et du Monde, pour leurs travaux relevant de l’économie appliquée et permettant de promouvoir le débat public.

Comment vous est venu le goût pour l’économie ?

D’abord parce qu’elle était très présente dans mon enfance, avec mes parents agriculteurs dans l’Aveyron. Ils avaient un pied dans une version assez pure de l’économie de marché avec les foires agricoles et un autre dans les politiques publiques, notamment du fait de la politique agricole commune.

Durant mes études, j’ai été séduit par l’idée de pouvoir examiner empiriquement les grands phénomènes dont on parlait en cours d’économie mais sans trop les confronter aux données. C’est comme cela que je me suis intéressé aux effets de la mondialisation sur le marché du travail des pays avancés, en examinant empiriquement les conséquences sur les bassins d’emploi français de l’irruption de la Chine dans le commerce mondial entre 1995 et 2007.

Et qu’avez-vous trouvé ?

L’effet global sur l’emploi est modéré, mais il est très concentré sur certains secteurs, comme les fabricants de jouets ou d’électroménager, et par conséquent sur certaines zones géographiques. Au niveau local, les effets se diffusent au-delà du secteur manufacturier : la destruction locale de dix emplois dans le secteur manufacturier aboutit à la disparition de six emplois environ dans le secteur des services.

Enfin, on constate que, en dépit de ces difficultés, la mobilité reste faible. Les chocs économiques font peu bouger les gens. De ce fait, le taux d’emploi chute fortement dans ces régions. Ce constat de marchés qui réagissent très localement, en fonction de leur spécialisation, avec des travailleurs peu mobiles, est utile pour penser aux conséquences d’autres chocs à venir, comme la taxe carbone, ou des chocs technologiques.

 

Quels types de chocs technologiques avez-vous étudiés ?

Je me suis penché sur l’effet de la connexion haut débit sur la performance des entreprises. Nous avons constaté qu’en France les entreprises qui s’équipent en Internet à haut débit deviennent beaucoup plus actives que les autres en matière d’échanges. Elles importent beaucoup plus de produits, provenant d’un ensemble de pays plus diversifié. Les importations augmentent même plus rapidement que le reste des consommations intermédiaires. Le progrès technologique accélère la croissance des flux commerciaux. Cela montre que les nouvelles technologies et la mondialisation se sont renforcées mutuellement.

Réchauffement climatique : la technologie comme seule solution ?

Réchauffement climatique : la technologie comme seule solution ? 

Dans un article de France Info, Thomas Baïetto pose la question du recours à la seule  technologie pour lutter contre le réchauffement du climat. (extrait)

 

Face au réchauffement du climat, de nombreux responsables politiques et économiques parient sur l’innovation technologique comme principal levier de diminution de nos émissions de gaz à effet de serre. Un choix risqué et peu efficace, pour les scientifiques.

 « La technologie ne résoudra pas le changement climatique parce qu’elle ne peut pas être déployée à l’échelle suffisante dans les temps », a rappelle  Julian Allwood, chercheur en ingénierie à l’université de Cambridge. Coauteur du 5e rapport du Giec (le groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat), il compare le discours techno-optimiste à celui d’un médecin qui conseillerait à un alcoolique de continuer à boire, parce que le gouvernement développe une technologie pour réparer le foie. A l’appui de cette tribune figurent des calculs, détaillés dans un article scientifique*, sur nos besoins en électricité décarbonée, en techniques de captation du CO2 dans l’atmosphère et en biocarburants.

Le  chercheur britannique explique sa démarche : « Cela fait longtemps que je m’inquiète du techno-optimisme. Il bloque toute action sérieuse d’atténuation du réchauffement climatique. » Un avis partagé par Jean-Marc Jancovici, fondateur du cabinet de conseil Carbone 4, membre du Haut Conseil pour le climat : « Le discours sur la négation du problème, le climatoscepticisme, a quasiment disparu de la sphère médiatique, mais le déni a basculé vers une excessive facilité à régler le problème par la seule technique. »

Est-il possible de déployer suffisamment d’éoliennes, de panneaux solaires, de centrales nucléaires ou de stations de captage de CO2 à temps ? « On ne parle pas ici de la production de simples smartphones, mais de grands projets, prévient Julian Allwood. Même lorsque des économies d’échelles [réalisées habituellement lorsqu'on fabrique un produit en grande quantité] s’appliquent, comme pour les pales d’éoliennes, le facteur crucial, c’est la durée de la demande de permis, de la consultation, de la régulation et de la construction des infrastructures pour les installer sur site », observe-t-il. Bref, tout sauf le temps de production du produit lui-même.

Dans le cas de la capture de CO2« si nous voulions reprendre dans l’air la totalité de nos émissions de CO2, il faudrait y consacrer toute la production d’électricité mondiale et que celle-ci soit décarbonée », calcule Jean-Marc Jancovici. Ce processus nécessite également une importante quantité de chaleur, « supérieure à celle dégagée par l’ensemble du pétrole mondial ». Cette technologie, embryonnaire et coûteuse, est donc trop énergivore pour être généralisée.

Même problème pour l’avion bas-carbone, cher au président de la République. « Le scénario de limitation du réchauffement à 2 °C suppose que nos émissions baissent de 5% par an, rappelle le polytechnicien. L’avion à hydrogène de 2035 ne permet pas de diminuer les émissions du secteur aérien jusqu’à cette date, alors que nous devrions avoir déjà réduit de 55%. » Au rythme actuel de développement de cette technologie,  »en 2035, nous n’aurons qu’un avion à hydrogène ». Une goutte d’eau dans une flotte internationale qui compte aujourd’hui plus de 25 000 avions commerciaux* au kérosène (pour le transport de passagers et de marchandises) et qui ne cesse de grossir.

L’histoire de nos consommations énergétiques ne plaide pas non plus pour Bill Gates et les adeptes du tout-technologique. « Leur discours repose sur une vision ‘phasée’ de l’histoire des techniques qui ne tient pas du tout la route », analyse Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement. Une vision selon laquelle les différentes énergies se succèderaient dans le temps. Si c’était le cas, le bois aurait dû être remplacé par le charbon, qui aurait laissé sa place au pétrole, lui-même chassé, demain, par les énergies décarbonées (renouvelables et nucléaires).

Le charbon a eu besoin de bois pour la construction des mines, les éoliennes nécessitent un recours au pétrole ou au charbon pour être fabriquées et déplacées. Selon les données d’Our World in Data*, le pic de la consommation mondiale de charbon, énergie associée, dans l’imaginaire, au XIXe siècle, a été atteint en 2014. Jean-Baptiste Fressoz insiste aussi sur « le temps de diffusion des techniques », qui ont besoin de plusieurs décennies pour se déployer à l’échelle mondiale.

 

Par le passé, les économies d’énergie réalisées ont aussi, souvent, provoqué l’augmentation des usages et donc de la consommation d’énergie. C’est « l’effet rebond ». « Dans l’aérien, la mise au point de turboréacteurs plus performants et moins consommateurs a entraîné une baisse des prix, a permis le développement de l’aviation low cost et un déploiement phénoménal de ce mode de transport », rappelle Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de L’âge des low tech (Seuil, 2014). Résultat, les émissions de CO2 du secteur ont quadruplé depuis 1966, comme le montre Our World in Data*. Le même phénomène s’observe pour le covoiturage longue distance : « Des gens vont faire plus régulièrement un trajet grâce à la contribution économique de leurs passagers », illustre Philippe Bihouix. Idem dans le secteur numérique : « La 5G consomme moins d’énergie par octet, mais multiplie le nombre d’octets échangés. »

Le directeur général de l’agence d’architecture pluridisciplinaire Arep souligne aussi la quantité de ressources nécessaires pour mener à bien la stratégie du tout-innovation. « Le monde n’est pas en train de se dématérialiser. Nous n’avons jamais extrait autant de ressources. Toutes les grandes agences pointent la gigantesque extraction de minerais inévitable pour déployer les énergies renouvelables », prévient-il. Les batteries électriques demandent par exemple du lithium et du cobalt, deux métaux rares. Ce partisan des « low tech » prône aussi une réorientation de la technologie vers des produits plus durables, plus utiles à la société – « le robot chirurgien plutôt que le distributeur de croquettes pour chat à reconnaissance faciale » – et moins énergivores.

« Il faut commencer dès maintenant à réduire nos émissions »

Au-delà de ces considérations pratiques, il y a les limites climatiques. Autrice du volet « atténuation » du prochain rapport du Giec, Céline Guivarch rappelle que la trajectoire d’émissions compte plus pour le changement climatique que le point d’arrivée en 2050. « Le niveau auquel le réchauffement se stabilisera dépend du cumul des émissions. Il ne faut pas parier que le problème sera réglé d’ici à 2050, parce que, d’ici là, nous aurons émis des gaz à effet de serre qui auront empiré le réchauffement. Il faut commencer dès maintenant à réduire nos émissions », développe l’économiste, membre du Haut Conseil pour le climat.

En clair, atteindre la neutralité carbone en 2050 ne nous sortira pas d’affaire si nous avons déjà réchauffé le climat au-delà de 1,5 ou 2 °C avant cette date : les vagues de chaleur, les incendies de forêt, les inondations, les pluies torrentielles se multiplieront et le niveau de la mer montera.

Si le Giec évoque les solutions de captation de CO2, il n’est pas sur la même ligne que les partisans du tout technologique. « Le potentiel de la captation est limité, donc on ne peut pas penser tout résoudre par des émissions négatives. Il faut d’abord que les émissions soient réduites », clame Céline Guivarch. Ces technologies ne pourront servir qu’à parcourir les derniers mètres de la longue marche vers la neutralité carbone.

Elle appelle enfin à ne pas opposer « la technologie d’un côté et la sobriété de l’autre », citant l’exemple du vélo électrique, un moyen de transport innovant plus sobre que la voiture.

Sortir des visions caricaturales

Chargée de tracer des chemins vers la neutralité carbone, l’Agence nationale pour la transition écologique (Ademe) mêle justement innovation technique et sobriété dans ses quatre scénarios, dévoilés le 30 novembre« Il faut sortir des visions caricaturales. Ce ne sont pas les décroissants contre les techno-optimistes. Il y a deux manières de réduire la demande d’énergie et nos émissions : la sobriété et l’efficacité énergétique », expose son directeur général, Fabrice Boissier.

Les scénarios proposés vont de la frugalité au tout-technologique. « Ce dernier scénario, qui refuse d’orienter la technologie et continue de développer des usages pas forcément utiles, comme le tourisme spatial, nous mène dans le mur », poursuit Fabrice Boissier, avant de préciser : « Nous ne disons pas : ‘Voilà ce qu’il faut faire’. Mais il faut que la nation se préoccupe du sujet et décide où elle veut aller ».

La question est en effet politique et morale, plus encore que scientifique. Céline Guivarch souligne le problème « d’équité entre les générations » posé par l’option du tout-technologique, parce que le pari est  »risqué » : « Si ces technologies ne sont pas au rendez-vous, cela risque de nous mettre, nous et les générations futures, dans la situation de devoir payer le coût de ce pari manqué. » « Si cela n’engageait que notre président, je lui dirais ‘chiche ?’ et je lui demanderais s’il était prêt à parier ses économies là-dessus, lance Jean-Marc Jancovici. Mais ce serait pervers : il s’agit de notre avenir ».

 

 

Réchauffement climatique : la technologie comme seule solution ?  dans actu-économie politique comments-icon-27cf862a

5G: Les risques de la technologie

5G: Les risques de la technologie

 

Si la 5G devrait apporter des avantages et améliorer la vitesse de nos communications, il ne faut pas oublier de penser à toutes les problématiques que pose cette nouvelle technologie. Par Serge Abiteboul, Inria et Gérard Berry, Collège de France ( La tribune, extrait)

 

Le numérique, de manière générale, questionne les défenseurs de l’environnement. Par plein de côtés, il a des effets positifs sur l’environnement. Par exemple, il permet des études fines du climat, la gestion intelligente de l’énergie dans des smart grids, celle des moteurs de tous types, de l’automobile à l’aviation, des économies de transports avec le travail à distance. Par contre, il participe à la course en avant vers toujours plus de productivité et de consommation. Cet aspect très général du débat sera ignoré ici, où nous nous focaliserons sur la 5G.

Du côté positif, la 5G a été conçue dès le départ pour être énergétiquement sobre. Sachant que les chiffres ne sont pas stabilisés, elle devrait diviser fortement la consommation d’électricité pour le transport d’un Gigaoctet de données ; on parle de division par 10 et à terme par 20 par rapport à la 4G. Même si ces prévisions sont peut-être trop optimistes, il faut noter qu’elles vont dans le sens de l’histoire, qui a effectivement vu de pareilles améliorations de la 2G à la 3G à la 4G. Et on pourrait citer aussi les économies du passage du fil de cuivre à la fibre, ou des « vieux » data centers aux plus modernes. Le numérique sait aussi aller vers plus de sobriété, ce qui lui a permis d’absorber une grande partie de l’explosion des données transférées sur le réseau depuis vingt ans.

Une partie de cette explosion, oui, mais une partie seulement, car il faut tenir compte de l’effet rebond. D’une manière très générale, l’effet rebond, encore appelé paradoxe de Jevons, observe que des économies (monétaire ou autres) prévues du fait d’une amélioration de la technologie peuvent être perdues à la suite d’une adaptation du comportement de la société. Avec les améliorations des techniques qui ont permis le transport de plus en plus de données, on a vu cette quantité de données transportées augmenter violemment, en gros, doubler tous les dix-huit mois. Si les récents confinements dus à la pandémie n’ont pas mis à genoux la 4G, c’est grâce à l’année d’avance que sont obligés de prendre les opérateurs pour absorber cette croissance, entièrement due aux utilisateurs d’ailleurs.

L’introduction de la 5G va permettre que cet accroissement se poursuive, ce qui résulterait selon certains en une augmentation de l’impact négatif des réseaux sur l’environnement.

Bien sûr, on doit s’interroger pour savoir si cela aurait été mieux en refusant la 5G. Sans 5G, les réseaux télécoms de centre-ville auraient vite été saturés ce qui aurait conduit à densifier le réseaux de stations 4G. On aurait sans doute assisté à un même impact négatif pour un réseau qui aurait alors fini massivement par dysfonctionner, car la 4G supporte mal la saturation pour des raisons intrinsèques à sa technologie. Ne pas déployer la 5G n’aurait réglé aucun problème, le vrai sujet est celui de la sobriété.

Dans le cadre du déploiement en cours, une vraie question est celle des coûts environnementaux de fabrication des éléments de réseaux comme les stations radio, et surtout des téléphones. Il faut savoir que la fabrication d’un téléphone portable émet beaucoup plus de gaz à effet de serre (GES) que son utilisation. Si tous les Français se précipitent et changent leur téléphone pour avoir accès à la 5G, on arrive à un coût énorme en émission de GES. Il faudrait les convaincre que ça ne sert à rien et qu’on peut se contenter du renouvellement « normal » des téléphones. Il est important d’insister ici sur « normal » : les Français changent de téléphone tous les 18 mois, ce qui n’est pas normal du tout. Même si ça a été effectivement nécessaire quand les téléphones étaient loin de leur puissance de calcul actuelle, ça ne l’est plus maintenant. Et produire tous ces téléphones engendre une gabegie de ressources, d’énergie et d’émission de GES. Au-delà du sujet de la 5G, que faisons-nous pour ralentir ces remplacements ? Que faisons-nous pour qu’ils ne s’accélèrent pas à l’appel des sirènes de l’industrie des smartphones ?

Il faudrait aussi questionner les usages. Le visionnage d’une vidéo sur un smartphone consomme plusieurs fois l’électricité nécessaire au visionnage de la même vidéo après téléchargement par la fibre. Mais la situation est tout sauf simple. Comment comparer le visionnage d’un cours en 4G par un élève ne disposant pas d’autre connexion Internet au visionnage d’une vidéo (qu’on aurait pu télécharger à l’avance) dans le métro parisien ? Il ne s’agit pas ici de décider pour le citoyen ce qu’il peut visionner suivant le contexte, mais juste de le sensibiliser à la question du coût environnemental de ses choix numériques et de lui donner les moyens, s’il le souhaite, d’avoir des comportements plus sobres.

Dans ces dimensions, les effets sont contrastés.

Pour la cybersécurité, la 5G procure des moyens d’être plus exigeants, par exemple, en chiffrant les échanges de bout en bout. Par contre, en augmentant la surface des points névralgiques, on accroît les risques en matière de sécurité. En particulier, la virtualisation des réseaux qu’elle introduit ouvre la porte à des attaques logicielles. L’internet des objets, potentiellement boosté par la 5G, questionne également quand on voit la faiblesse de la sécurité des objets connectés, des plus simples comme les capteurs à basse énergie jusqu’aux plus critiques comme les pacemakers. Le risque lié à la cybersécurité venant de l’internet des objets est accru par la fragmentation de ce marché qui rend difficile de converger sur un cadre et des exigences communes.

Pour ce qui est de la surveillance, les effets sont également contrastés. Les pouvoirs publics s’inquiètent de ne pouvoir que plus difficilement intercepter les communications des escrocs, des terroristes, etc. Des citoyens s’inquiètent de la mise en place de surveillance vidéo massive. La 4G permet déjà une telle surveillance, mais la 5G, en augmentant les débits disponibles la facilite. On peut réaliser les rêves des dictateurs en couvrant le pays de caméra dont les flux sont analysés par des logiciels d’intelligence artificielle. Le cauchemar. Mais la 5G ne peut être tenue seule pour responsable ; si cela arrive, cela tiendra aussi du manque de vigilance des citoyens et de leurs élus.

C’est un vieux sujet. Comme ces ondes sont très utilisées (télécoms, wifi, four à micro-ondes, radars, etc.) et qu’elles sont invisibles, elles inquiètent depuis longtemps. Leurs effets sur la santé ont été intensément étudiés sans véritablement permettre de conclure à une quelconque nocivité dans un usage raisonné. Une grande majorité des spécialistes pensent qu’il n’y a pas de risque sanitaire à condition de bien suivre les seuils de recommandation de l’OMS, qui ajoute déjà des marges importantes au-delà des seuils où on pense qu’il existe un risque. On notera que certains pays comme la France vont encore au-delà des recommandations de l’OMS.

Pourtant, d’autres spécialistes pensent que des risques sanitaires existent. Et on s’accorde généralement pour poursuivre les études pour toujours mieux comprendre les effets biologiques des ondes, en fonction des fréquences utilisées, de la puissance et de la durée d’exposition. Avec le temps, on soulève de nouvelles questions comme l’accumulation des effets de différentes ondes, et après avoir focalisé sur les énergies absorbées et les effets thermiques, on s’attaque aux effets non thermiques.

La controverse se cristallise autour de « l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques ». C’est une pathologie reconnue dans de nombreux pays, qui se manifeste par des maux de tête, des douleurs musculaires, des troubles du sommeil, etc. Malgré son nom, les recherches médicales n’ont montré aucun lien avec l’exposition aux ondes. Ses causes restent mystérieuses.

Venons-en à la question plus spécifique de la 5G. La 5G mobilise différentes nouvelles gammes de fréquences, autour de 3,5 GHz et autour de 26 GHz. Avec la 3.5 GHz, on est très proche de fréquences déjà utilisées, par exemple par le wifi, et de fréquences dont les effets ont été très étudiés. Pour la 26 GHz, si l’utilisation dans un cadre grand public de telles ondes est nouvelle, on dispose déjà d’études sur de telles fréquences élevées. Pourtant, l’utilisation nouvelle de ces fréquences spécifiques légitime le fait que de nouvelles études soient entreprises pour elles, ce qui est déjà le cas.

Un aspect de la 5G conduit naturellement aussi à de nouvelles études : les antennes MIMO dont nous avons parlé. Elles permettent de focaliser l’émission sur l’utilisateur. Cela évite de balancer des ondes dans tout l’espace. Par contre, l’utilisateur sera potentiellement exposé à moins d’ondes au total, mais à des puissances plus importantes. Le contexte de l’exposition changeant aussi radicalement conduit à redéfinir la notion d’exposition aux ondes, et peut-être à de nouvelles normes d’exposition. Cela conduit donc à repenser même les notions de mesure.

Nous concluons cette section en mentionnant un autre effet sur la santé qui va bien au-delà de la 5G pour interpeller tout le numérique : la vitesse de développement de ces technologies. Le numérique met au service des personnes des moyens pour améliorer leurs vies. C’est souvent le cas et, en tant qu’informaticiens, nous aimons souligner cette dimension. Mais, le numérique impose aussi son rythme et son instantanéité à des individus, quelquefois (souvent ?) à leur détriment. C’est particulièrement vrai dans un contexte professionnel. Dans le même temps où il nous décharge de tâches pénibles, il peut imposer des cadences inhumaines. Voici évidemment des usages qu’il faut repousser. Il faut notamment être vigilant pour éviter que la 5G ne participe à une déshumanisation du travail.

On peut difficilement évaluer les retombées économiques de la 5G, mais les analystes avancent qu’elle va bouleverser de nombreux secteurs, par exemple, la fabrication en usine et les entrepôts. On s’attend à ce qu’elle conduise aussi à de nouvelles gammes de services grand public et à la transformation des services de l’État. On entend donc : Le monde de demain sera différent avec la 5G, et ceux qui n’auront pas pris le tournant 5G seront dépassés. C’est une des réponses avancées aux détracteurs de la 5G, la raison économique. On rejouerait un peu ce qui s’est passé avec les plates-formes d’internet : on est parti trop tard et du coup on rame à rattraper ce retard. Sans la 5G, l’économie nationale perdrait en compétitivité et nous basculerions dans le tiers monde.

Il est difficile de valider ou réfuter une telle affirmation. N’abandonnerions-nous la 5G que pour un temps ou indéfiniment ? Est-ce que ce serait pour adopter une autre technologie ? Nous pouvons poser par contre la question de notre place dans cette technique particulière, celle de la France et celle de l’Europe.

Pour ce qui est du développement de la technologie, contrairement à d’autres domaines, l’Europe est bien placée avec deux entreprises européennes sur les trois qui dominent le marché, Nokia et Ericsson. On peut même dire que Nokia est « un peu » française puisqu’elle inclut Alcatel. La dernière entreprise dominante est chinoise, Huawei, que les États-Unis et d’autres essaient de tenir à l’écart parce qu’elle est plus ou moins sous le contrôle du parti communiste chinois. La France essaie d’éviter que des communications d’acteurs sensibles ne puissent passer par les matériels Huawei ce qui revient de fait à l’exclure en grande partie du réseau français.

Pour ce qui est des usages, les industriels français semblent s’y intéresser enfin. Les milieux scientifiques européens et les entreprises technologiques européennes ne sont pas (trop) à la traîne même si on peut s’inquiéter des dominations américaines et chinoises dans des secteurs comme les composants électroniques ou les logiciels, et des investissements véritablement massif des États-Unis et de la Chine dans les technologies numériques bien plus grands qu’en Europe. On peut donc s’inquiéter de voir l’économie et l’industrie européenne prendre du retard. Il est vrai que la 5G ne sera pleinement présente que dans deux ou trois ans. On peut espérer que ce délai sera utilisé pour mieux nous lancer peut-être quand on aura mieux compris les enjeux, en espérant que ce ne sera pas trop tard, qu’en arrivant avec un temps de retard, on n’aura pas laissé les premiers arrivants rafler la mise (« winner-take-all »).

Comme nous l’avons vu, certains questionnements sur la 5G méritent qu’on s’y arrête, qu’on poursuive des recherches, qu’on infléchisse nos usages des technologies cellulaires. La 5G est au tout début de son déploiement. Les sujets traversés interpellent le citoyen. Nous voulons mettre cette technologie à notre service, par exemple, éviter qu’elle ne conduise à de la surveillance de masse ou imposer des rythmes de travail inhumains. Nous avons l’obligation de la mettre au service de l’écologie par exemple en évitant des changements de smartphones trop fréquents ou des téléchargements intempestifs de vidéos en mobilité. C’est bien pourquoi les citoyens doivent se familiariser avec ces sujets pour choisir ce qu’ils veulent que la 5G soit. Décider sans comprendre est rarement la bonne solution.

__________

La 5G: Les problèmes posés par la technologie

La 5G: Les problèmes posés par la technologie

 

Si la 5G devrait apporter des avantages et améliorer la vitesse de nos communications, il ne faut pas oublier de penser à toutes les problématiques que pose cette nouvelle technologie. Par Serge Abiteboul, Inria et Gérard Berry, Collège de France ( La tribune, extrait)

 

Le numérique, de manière générale, questionne les défenseurs de l’environnement. Par plein de côtés, il a des effets positifs sur l’environnement. Par exemple, il permet des études fines du climat, la gestion intelligente de l’énergie dans des smart grids, celle des moteurs de tous types, de l’automobile à l’aviation, des économies de transports avec le travail à distance. Par contre, il participe à la course en avant vers toujours plus de productivité et de consommation. Cet aspect très général du débat sera ignoré ici, où nous nous focaliserons sur la 5G.

Du côté positif, la 5G a été conçue dès le départ pour être énergétiquement sobre. Sachant que les chiffres ne sont pas stabilisés, elle devrait diviser fortement la consommation d’électricité pour le transport d’un Gigaoctet de données ; on parle de division par 10 et à terme par 20 par rapport à la 4G. Même si ces prévisions sont peut-être trop optimistes, il faut noter qu’elles vont dans le sens de l’histoire, qui a effectivement vu de pareilles améliorations de la 2G à la 3G à la 4G. Et on pourrait citer aussi les économies du passage du fil de cuivre à la fibre, ou des « vieux » data centers aux plus modernes. Le numérique sait aussi aller vers plus de sobriété, ce qui lui a permis d’absorber une grande partie de l’explosion des données transférées sur le réseau depuis vingt ans.

Une partie de cette explosion, oui, mais une partie seulement, car il faut tenir compte de l’effet rebond. D’une manière très générale, l’effet rebond, encore appelé paradoxe de Jevons, observe que des économies (monétaire ou autres) prévues du fait d’une amélioration de la technologie peuvent être perdues à la suite d’une adaptation du comportement de la société. Avec les améliorations des techniques qui ont permis le transport de plus en plus de données, on a vu cette quantité de données transportées augmenter violemment, en gros, doubler tous les dix-huit mois. Si les récents confinements dus à la pandémie n’ont pas mis à genoux la 4G, c’est grâce à l’année d’avance que sont obligés de prendre les opérateurs pour absorber cette croissance, entièrement due aux utilisateurs d’ailleurs.

L’introduction de la 5G va permettre que cet accroissement se poursuive, ce qui résulterait selon certains en une augmentation de l’impact négatif des réseaux sur l’environnement.

Bien sûr, on doit s’interroger pour savoir si cela aurait été mieux en refusant la 5G. Sans 5G, les réseaux télécoms de centre-ville auraient vite été saturés ce qui aurait conduit à densifier le réseaux de stations 4G. On aurait sans doute assisté à un même impact négatif pour un réseau qui aurait alors fini massivement par dysfonctionner, car la 4G supporte mal la saturation pour des raisons intrinsèques à sa technologie. Ne pas déployer la 5G n’aurait réglé aucun problème, le vrai sujet est celui de la sobriété.

Dans le cadre du déploiement en cours, une vraie question est celle des coûts environnementaux de fabrication des éléments de réseaux comme les stations radio, et surtout des téléphones. Il faut savoir que la fabrication d’un téléphone portable émet beaucoup plus de gaz à effet de serre (GES) que son utilisation. Si tous les Français se précipitent et changent leur téléphone pour avoir accès à la 5G, on arrive à un coût énorme en émission de GES. Il faudrait les convaincre que ça ne sert à rien et qu’on peut se contenter du renouvellement « normal » des téléphones. Il est important d’insister ici sur « normal » : les Français changent de téléphone tous les 18 mois, ce qui n’est pas normal du tout. Même si ça a été effectivement nécessaire quand les téléphones étaient loin de leur puissance de calcul actuelle, ça ne l’est plus maintenant. Et produire tous ces téléphones engendre une gabegie de ressources, d’énergie et d’émission de GES. Au-delà du sujet de la 5G, que faisons-nous pour ralentir ces remplacements ? Que faisons-nous pour qu’ils ne s’accélèrent pas à l’appel des sirènes de l’industrie des smartphones ?

Il faudrait aussi questionner les usages. Le visionnage d’une vidéo sur un smartphone consomme plusieurs fois l’électricité nécessaire au visionnage de la même vidéo après téléchargement par la fibre. Mais la situation est tout sauf simple. Comment comparer le visionnage d’un cours en 4G par un élève ne disposant pas d’autre connexion Internet au visionnage d’une vidéo (qu’on aurait pu télécharger à l’avance) dans le métro parisien ? Il ne s’agit pas ici de décider pour le citoyen ce qu’il peut visionner suivant le contexte, mais juste de le sensibiliser à la question du coût environnemental de ses choix numériques et de lui donner les moyens, s’il le souhaite, d’avoir des comportements plus sobres.

Dans ces dimensions, les effets sont contrastés.

Pour la cybersécurité, la 5G procure des moyens d’être plus exigeants, par exemple, en chiffrant les échanges de bout en bout. Par contre, en augmentant la surface des points névralgiques, on accroît les risques en matière de sécurité. En particulier, la virtualisation des réseaux qu’elle introduit ouvre la porte à des attaques logicielles. L’internet des objets, potentiellement boosté par la 5G, questionne également quand on voit la faiblesse de la sécurité des objets connectés, des plus simples comme les capteurs à basse énergie jusqu’aux plus critiques comme les pacemakers. Le risque lié à la cybersécurité venant de l’internet des objets est accru par la fragmentation de ce marché qui rend difficile de converger sur un cadre et des exigences communes.

Pour ce qui est de la surveillance, les effets sont également contrastés. Les pouvoirs publics s’inquiètent de ne pouvoir que plus difficilement intercepter les communications des escrocs, des terroristes, etc. Des citoyens s’inquiètent de la mise en place de surveillance vidéo massive. La 4G permet déjà une telle surveillance, mais la 5G, en augmentant les débits disponibles la facilite. On peut réaliser les rêves des dictateurs en couvrant le pays de caméra dont les flux sont analysés par des logiciels d’intelligence artificielle. Le cauchemar. Mais la 5G ne peut être tenue seule pour responsable ; si cela arrive, cela tiendra aussi du manque de vigilance des citoyens et de leurs élus.

C’est un vieux sujet. Comme ces ondes sont très utilisées (télécoms, wifi, four à micro-ondes, radars, etc.) et qu’elles sont invisibles, elles inquiètent depuis longtemps. Leurs effets sur la santé ont été intensément étudiés sans véritablement permettre de conclure à une quelconque nocivité dans un usage raisonné. Une grande majorité des spécialistes pensent qu’il n’y a pas de risque sanitaire à condition de bien suivre les seuils de recommandation de l’OMS, qui ajoute déjà des marges importantes au-delà des seuils où on pense qu’il existe un risque. On notera que certains pays comme la France vont encore au-delà des recommandations de l’OMS.

Pourtant, d’autres spécialistes pensent que des risques sanitaires existent. Et on s’accorde généralement pour poursuivre les études pour toujours mieux comprendre les effets biologiques des ondes, en fonction des fréquences utilisées, de la puissance et de la durée d’exposition. Avec le temps, on soulève de nouvelles questions comme l’accumulation des effets de différentes ondes, et après avoir focalisé sur les énergies absorbées et les effets thermiques, on s’attaque aux effets non thermiques.

La controverse se cristallise autour de « l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques ». C’est une pathologie reconnue dans de nombreux pays, qui se manifeste par des maux de tête, des douleurs musculaires, des troubles du sommeil, etc. Malgré son nom, les recherches médicales n’ont montré aucun lien avec l’exposition aux ondes. Ses causes restent mystérieuses.

Venons-en à la question plus spécifique de la 5G. La 5G mobilise différentes nouvelles gammes de fréquences, autour de 3,5 GHz et autour de 26 GHz. Avec la 3.5 GHz, on est très proche de fréquences déjà utilisées, par exemple par le wifi, et de fréquences dont les effets ont été très étudiés. Pour la 26 GHz, si l’utilisation dans un cadre grand public de telles ondes est nouvelle, on dispose déjà d’études sur de telles fréquences élevées. Pourtant, l’utilisation nouvelle de ces fréquences spécifiques légitime le fait que de nouvelles études soient entreprises pour elles, ce qui est déjà le cas.

Un aspect de la 5G conduit naturellement aussi à de nouvelles études : les antennes MIMO dont nous avons parlé. Elles permettent de focaliser l’émission sur l’utilisateur. Cela évite de balancer des ondes dans tout l’espace. Par contre, l’utilisateur sera potentiellement exposé à moins d’ondes au total, mais à des puissances plus importantes. Le contexte de l’exposition changeant aussi radicalement conduit à redéfinir la notion d’exposition aux ondes, et peut-être à de nouvelles normes d’exposition. Cela conduit donc à repenser même les notions de mesure.

Nous concluons cette section en mentionnant un autre effet sur la santé qui va bien au-delà de la 5G pour interpeller tout le numérique : la vitesse de développement de ces technologies. Le numérique met au service des personnes des moyens pour améliorer leurs vies. C’est souvent le cas et, en tant qu’informaticiens, nous aimons souligner cette dimension. Mais, le numérique impose aussi son rythme et son instantanéité à des individus, quelquefois (souvent ?) à leur détriment. C’est particulièrement vrai dans un contexte professionnel. Dans le même temps où il nous décharge de tâches pénibles, il peut imposer des cadences inhumaines. Voici évidemment des usages qu’il faut repousser. Il faut notamment être vigilant pour éviter que la 5G ne participe à une déshumanisation du travail.

On peut difficilement évaluer les retombées économiques de la 5G, mais les analystes avancent qu’elle va bouleverser de nombreux secteurs, par exemple, la fabrication en usine et les entrepôts. On s’attend à ce qu’elle conduise aussi à de nouvelles gammes de services grand public et à la transformation des services de l’État. On entend donc : Le monde de demain sera différent avec la 5G, et ceux qui n’auront pas pris le tournant 5G seront dépassés. C’est une des réponses avancées aux détracteurs de la 5G, la raison économique. On rejouerait un peu ce qui s’est passé avec les plates-formes d’internet : on est parti trop tard et du coup on rame à rattraper ce retard. Sans la 5G, l’économie nationale perdrait en compétitivité et nous basculerions dans le tiers monde.

Il est difficile de valider ou réfuter une telle affirmation. N’abandonnerions-nous la 5G que pour un temps ou indéfiniment ? Est-ce que ce serait pour adopter une autre technologie ? Nous pouvons poser par contre la question de notre place dans cette technique particulière, celle de la France et celle de l’Europe.

Pour ce qui est du développement de la technologie, contrairement à d’autres domaines, l’Europe est bien placée avec deux entreprises européennes sur les trois qui dominent le marché, Nokia et Ericsson. On peut même dire que Nokia est « un peu » française puisqu’elle inclut Alcatel. La dernière entreprise dominante est chinoise, Huawei, que les États-Unis et d’autres essaient de tenir à l’écart parce qu’elle est plus ou moins sous le contrôle du parti communiste chinois. La France essaie d’éviter que des communications d’acteurs sensibles ne puissent passer par les matériels Huawei ce qui revient de fait à l’exclure en grande partie du réseau français.

Pour ce qui est des usages, les industriels français semblent s’y intéresser enfin. Les milieux scientifiques européens et les entreprises technologiques européennes ne sont pas (trop) à la traîne même si on peut s’inquiéter des dominations américaines et chinoises dans des secteurs comme les composants électroniques ou les logiciels, et des investissements véritablement massif des États-Unis et de la Chine dans les technologies numériques bien plus grands qu’en Europe. On peut donc s’inquiéter de voir l’économie et l’industrie européenne prendre du retard. Il est vrai que la 5G ne sera pleinement présente que dans deux ou trois ans. On peut espérer que ce délai sera utilisé pour mieux nous lancer peut-être quand on aura mieux compris les enjeux, en espérant que ce ne sera pas trop tard, qu’en arrivant avec un temps de retard, on n’aura pas laissé les premiers arrivants rafler la mise (« winner-take-all »).

Comme nous l’avons vu, certains questionnements sur la 5G méritent qu’on s’y arrête, qu’on poursuive des recherches, qu’on infléchisse nos usages des technologies cellulaires. La 5G est au tout début de son déploiement. Les sujets traversés interpellent le citoyen. Nous voulons mettre cette technologie à notre service, par exemple, éviter qu’elle ne conduise à de la surveillance de masse ou imposer des rythmes de travail inhumains. Nous avons l’obligation de la mettre au service de l’écologie par exemple en évitant des changements de smartphones trop fréquents ou des téléchargements intempestifs de vidéos en mobilité. C’est bien pourquoi les citoyens doivent se familiariser avec ces sujets pour choisir ce qu’ils veulent que la 5G soit. Décider sans comprendre est rarement la bonne solution.

__________

Technologie 5G: Les problèmes que cela pose

Technologie 5G: Les problèmes que cela pose 

 

Si la 5G devrait apporter des avantages et améliorer la vitesse de nos communications, il ne faut pas oublier de penser à toutes les problématiques que pose cette nouvelle technologie. Par Serge Abiteboul, Inria et Gérard Berry, Collège de France ( La tribune, extrait)

 

Le numérique, de manière générale, questionne les défenseurs de l’environnement. Par plein de côtés, il a des effets positifs sur l’environnement. Par exemple, il permet des études fines du climat, la gestion intelligente de l’énergie dans des smart grids, celle des moteurs de tous types, de l’automobile à l’aviation, des économies de transports avec le travail à distance. Par contre, il participe à la course en avant vers toujours plus de productivité et de consommation. Cet aspect très général du débat sera ignoré ici, où nous nous focaliserons sur la 5G.

Du côté positif, la 5G a été conçue dès le départ pour être énergétiquement sobre. Sachant que les chiffres ne sont pas stabilisés, elle devrait diviser fortement la consommation d’électricité pour le transport d’un Gigaoctet de données ; on parle de division par 10 et à terme par 20 par rapport à la 4G. Même si ces prévisions sont peut-être trop optimistes, il faut noter qu’elles vont dans le sens de l’histoire, qui a effectivement vu de pareilles améliorations de la 2G à la 3G à la 4G. Et on pourrait citer aussi les économies du passage du fil de cuivre à la fibre, ou des « vieux » data centers aux plus modernes. Le numérique sait aussi aller vers plus de sobriété, ce qui lui a permis d’absorber une grande partie de l’explosion des données transférées sur le réseau depuis vingt ans.

Une partie de cette explosion, oui, mais une partie seulement, car il faut tenir compte de l’effet rebond. D’une manière très générale, l’effet rebond, encore appelé paradoxe de Jevons, observe que des économies (monétaire ou autres) prévues du fait d’une amélioration de la technologie peuvent être perdues à la suite d’une adaptation du comportement de la société. Avec les améliorations des techniques qui ont permis le transport de plus en plus de données, on a vu cette quantité de données transportées augmenter violemment, en gros, doubler tous les dix-huit mois. Si les récents confinements dus à la pandémie n’ont pas mis à genoux la 4G, c’est grâce à l’année d’avance que sont obligés de prendre les opérateurs pour absorber cette croissance, entièrement due aux utilisateurs d’ailleurs.

L’introduction de la 5G va permettre que cet accroissement se poursuive, ce qui résulterait selon certains en une augmentation de l’impact négatif des réseaux sur l’environnement.

Bien sûr, on doit s’interroger pour savoir si cela aurait été mieux en refusant la 5G. Sans 5G, les réseaux télécoms de centre-ville auraient vite été saturés ce qui aurait conduit à densifier le réseaux de stations 4G. On aurait sans doute assisté à un même impact négatif pour un réseau qui aurait alors fini massivement par dysfonctionner, car la 4G supporte mal la saturation pour des raisons intrinsèques à sa technologie. Ne pas déployer la 5G n’aurait réglé aucun problème, le vrai sujet est celui de la sobriété.

Dans le cadre du déploiement en cours, une vraie question est celle des coûts environnementaux de fabrication des éléments de réseaux comme les stations radio, et surtout des téléphones. Il faut savoir que la fabrication d’un téléphone portable émet beaucoup plus de gaz à effet de serre (GES) que son utilisation. Si tous les Français se précipitent et changent leur téléphone pour avoir accès à la 5G, on arrive à un coût énorme en émission de GES. Il faudrait les convaincre que ça ne sert à rien et qu’on peut se contenter du renouvellement « normal » des téléphones. Il est important d’insister ici sur « normal » : les Français changent de téléphone tous les 18 mois, ce qui n’est pas normal du tout. Même si ça a été effectivement nécessaire quand les téléphones étaient loin de leur puissance de calcul actuelle, ça ne l’est plus maintenant. Et produire tous ces téléphones engendre une gabegie de ressources, d’énergie et d’émission de GES. Au-delà du sujet de la 5G, que faisons-nous pour ralentir ces remplacements ? Que faisons-nous pour qu’ils ne s’accélèrent pas à l’appel des sirènes de l’industrie des smartphones ?

Il faudrait aussi questionner les usages. Le visionnage d’une vidéo sur un smartphone consomme plusieurs fois l’électricité nécessaire au visionnage de la même vidéo après téléchargement par la fibre. Mais la situation est tout sauf simple. Comment comparer le visionnage d’un cours en 4G par un élève ne disposant pas d’autre connexion Internet au visionnage d’une vidéo (qu’on aurait pu télécharger à l’avance) dans le métro parisien ? Il ne s’agit pas ici de décider pour le citoyen ce qu’il peut visionner suivant le contexte, mais juste de le sensibiliser à la question du coût environnemental de ses choix numériques et de lui donner les moyens, s’il le souhaite, d’avoir des comportements plus sobres.

Dans ces dimensions, les effets sont contrastés.

Pour la cybersécurité, la 5G procure des moyens d’être plus exigeants, par exemple, en chiffrant les échanges de bout en bout. Par contre, en augmentant la surface des points névralgiques, on accroît les risques en matière de sécurité. En particulier, la virtualisation des réseaux qu’elle introduit ouvre la porte à des attaques logicielles. L’internet des objets, potentiellement boosté par la 5G, questionne également quand on voit la faiblesse de la sécurité des objets connectés, des plus simples comme les capteurs à basse énergie jusqu’aux plus critiques comme les pacemakers. Le risque lié à la cybersécurité venant de l’internet des objets est accru par la fragmentation de ce marché qui rend difficile de converger sur un cadre et des exigences communes.

Pour ce qui est de la surveillance, les effets sont également contrastés. Les pouvoirs publics s’inquiètent de ne pouvoir que plus difficilement intercepter les communications des escrocs, des terroristes, etc. Des citoyens s’inquiètent de la mise en place de surveillance vidéo massive. La 4G permet déjà une telle surveillance, mais la 5G, en augmentant les débits disponibles la facilite. On peut réaliser les rêves des dictateurs en couvrant le pays de caméra dont les flux sont analysés par des logiciels d’intelligence artificielle. Le cauchemar. Mais la 5G ne peut être tenue seule pour responsable ; si cela arrive, cela tiendra aussi du manque de vigilance des citoyens et de leurs élus.

C’est un vieux sujet. Comme ces ondes sont très utilisées (télécoms, wifi, four à micro-ondes, radars, etc.) et qu’elles sont invisibles, elles inquiètent depuis longtemps. Leurs effets sur la santé ont été intensément étudiés sans véritablement permettre de conclure à une quelconque nocivité dans un usage raisonné. Une grande majorité des spécialistes pensent qu’il n’y a pas de risque sanitaire à condition de bien suivre les seuils de recommandation de l’OMS, qui ajoute déjà des marges importantes au-delà des seuils où on pense qu’il existe un risque. On notera que certains pays comme la France vont encore au-delà des recommandations de l’OMS.

Pourtant, d’autres spécialistes pensent que des risques sanitaires existent. Et on s’accorde généralement pour poursuivre les études pour toujours mieux comprendre les effets biologiques des ondes, en fonction des fréquences utilisées, de la puissance et de la durée d’exposition. Avec le temps, on soulève de nouvelles questions comme l’accumulation des effets de différentes ondes, et après avoir focalisé sur les énergies absorbées et les effets thermiques, on s’attaque aux effets non thermiques.

La controverse se cristallise autour de « l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques ». C’est une pathologie reconnue dans de nombreux pays, qui se manifeste par des maux de tête, des douleurs musculaires, des troubles du sommeil, etc. Malgré son nom, les recherches médicales n’ont montré aucun lien avec l’exposition aux ondes. Ses causes restent mystérieuses.

Venons-en à la question plus spécifique de la 5G. La 5G mobilise différentes nouvelles gammes de fréquences, autour de 3,5 GHz et autour de 26 GHz. Avec la 3.5 GHz, on est très proche de fréquences déjà utilisées, par exemple par le wifi, et de fréquences dont les effets ont été très étudiés. Pour la 26 GHz, si l’utilisation dans un cadre grand public de telles ondes est nouvelle, on dispose déjà d’études sur de telles fréquences élevées. Pourtant, l’utilisation nouvelle de ces fréquences spécifiques légitime le fait que de nouvelles études soient entreprises pour elles, ce qui est déjà le cas.

Un aspect de la 5G conduit naturellement aussi à de nouvelles études : les antennes MIMO dont nous avons parlé. Elles permettent de focaliser l’émission sur l’utilisateur. Cela évite de balancer des ondes dans tout l’espace. Par contre, l’utilisateur sera potentiellement exposé à moins d’ondes au total, mais à des puissances plus importantes. Le contexte de l’exposition changeant aussi radicalement conduit à redéfinir la notion d’exposition aux ondes, et peut-être à de nouvelles normes d’exposition. Cela conduit donc à repenser même les notions de mesure.

Nous concluons cette section en mentionnant un autre effet sur la santé qui va bien au-delà de la 5G pour interpeller tout le numérique : la vitesse de développement de ces technologies. Le numérique met au service des personnes des moyens pour améliorer leurs vies. C’est souvent le cas et, en tant qu’informaticiens, nous aimons souligner cette dimension. Mais, le numérique impose aussi son rythme et son instantanéité à des individus, quelquefois (souvent ?) à leur détriment. C’est particulièrement vrai dans un contexte professionnel. Dans le même temps où il nous décharge de tâches pénibles, il peut imposer des cadences inhumaines. Voici évidemment des usages qu’il faut repousser. Il faut notamment être vigilant pour éviter que la 5G ne participe à une déshumanisation du travail.

On peut difficilement évaluer les retombées économiques de la 5G, mais les analystes avancent qu’elle va bouleverser de nombreux secteurs, par exemple, la fabrication en usine et les entrepôts. On s’attend à ce qu’elle conduise aussi à de nouvelles gammes de services grand public et à la transformation des services de l’État. On entend donc : Le monde de demain sera différent avec la 5G, et ceux qui n’auront pas pris le tournant 5G seront dépassés. C’est une des réponses avancées aux détracteurs de la 5G, la raison économique. On rejouerait un peu ce qui s’est passé avec les plates-formes d’internet : on est parti trop tard et du coup on rame à rattraper ce retard. Sans la 5G, l’économie nationale perdrait en compétitivité et nous basculerions dans le tiers monde.

Il est difficile de valider ou réfuter une telle affirmation. N’abandonnerions-nous la 5G que pour un temps ou indéfiniment ? Est-ce que ce serait pour adopter une autre technologie ? Nous pouvons poser par contre la question de notre place dans cette technique particulière, celle de la France et celle de l’Europe.

Pour ce qui est du développement de la technologie, contrairement à d’autres domaines, l’Europe est bien placée avec deux entreprises européennes sur les trois qui dominent le marché, Nokia et Ericsson. On peut même dire que Nokia est « un peu » française puisqu’elle inclut Alcatel. La dernière entreprise dominante est chinoise, Huawei, que les États-Unis et d’autres essaient de tenir à l’écart parce qu’elle est plus ou moins sous le contrôle du parti communiste chinois. La France essaie d’éviter que des communications d’acteurs sensibles ne puissent passer par les matériels Huawei ce qui revient de fait à l’exclure en grande partie du réseau français.

Pour ce qui est des usages, les industriels français semblent s’y intéresser enfin. Les milieux scientifiques européens et les entreprises technologiques européennes ne sont pas (trop) à la traîne même si on peut s’inquiéter des dominations américaines et chinoises dans des secteurs comme les composants électroniques ou les logiciels, et des investissements véritablement massif des États-Unis et de la Chine dans les technologies numériques bien plus grands qu’en Europe. On peut donc s’inquiéter de voir l’économie et l’industrie européenne prendre du retard. Il est vrai que la 5G ne sera pleinement présente que dans deux ou trois ans. On peut espérer que ce délai sera utilisé pour mieux nous lancer peut-être quand on aura mieux compris les enjeux, en espérant que ce ne sera pas trop tard, qu’en arrivant avec un temps de retard, on n’aura pas laissé les premiers arrivants rafler la mise (« winner-take-all »).

Comme nous l’avons vu, certains questionnements sur la 5G méritent qu’on s’y arrête, qu’on poursuive des recherches, qu’on infléchisse nos usages des technologies cellulaires. La 5G est au tout début de son déploiement. Les sujets traversés interpellent le citoyen. Nous voulons mettre cette technologie à notre service, par exemple, éviter qu’elle ne conduise à de la surveillance de masse ou imposer des rythmes de travail inhumains. Nous avons l’obligation de la mettre au service de l’écologie par exemple en évitant des changements de smartphones trop fréquents ou des téléchargements intempestifs de vidéos en mobilité. C’est bien pourquoi les citoyens doivent se familiariser avec ces sujets pour choisir ce qu’ils veulent que la 5G soit. Décider sans comprendre est rarement la bonne solution.

__________

Par Serge Abiteboul, Directeur de recherche à Inria, membre de l’Académie des Sciences, Inria et Gérard Berry, Professeur émérite en informatique, Collège de France.

Pour aller plus loin: « La 5G et les réseaux de communications mobiles », rapport du groupe de travail de l’Académie des sciences sur les réseaux du futur, 12 juillet 2021

5G: Les problèmes posés par la technologie

5G: Les problèmes posés par la technologie

 

Si la 5G devrait apporter des avantages et améliorer la vitesse de nos communications, il ne faut pas oublier de penser à toutes les problématiques que pose cette nouvelle technologie. Par Serge Abiteboul, Inria et Gérard Berry, Collège de France ( La tribune, extrait)

 

Le numérique, de manière générale, questionne les défenseurs de l’environnement. Par plein de côtés, il a des effets positifs sur l’environnement. Par exemple, il permet des études fines du climat, la gestion intelligente de l’énergie dans des smart grids, celle des moteurs de tous types, de l’automobile à l’aviation, des économies de transports avec le travail à distance. Par contre, il participe à la course en avant vers toujours plus de productivité et de consommation. Cet aspect très général du débat sera ignoré ici, où nous nous focaliserons sur la 5G.

Du côté positif, la 5G a été conçue dès le départ pour être énergétiquement sobre. Sachant que les chiffres ne sont pas stabilisés, elle devrait diviser fortement la consommation d’électricité pour le transport d’un Gigaoctet de données ; on parle de division par 10 et à terme par 20 par rapport à la 4G. Même si ces prévisions sont peut-être trop optimistes, il faut noter qu’elles vont dans le sens de l’histoire, qui a effectivement vu de pareilles améliorations de la 2G à la 3G à la 4G. Et on pourrait citer aussi les économies du passage du fil de cuivre à la fibre, ou des « vieux » data centers aux plus modernes. Le numérique sait aussi aller vers plus de sobriété, ce qui lui a permis d’absorber une grande partie de l’explosion des données transférées sur le réseau depuis vingt ans.

Une partie de cette explosion, oui, mais une partie seulement, car il faut tenir compte de l’effet rebond. D’une manière très générale, l’effet rebond, encore appelé paradoxe de Jevons, observe que des économies (monétaire ou autres) prévues du fait d’une amélioration de la technologie peuvent être perdues à la suite d’une adaptation du comportement de la société. Avec les améliorations des techniques qui ont permis le transport de plus en plus de données, on a vu cette quantité de données transportées augmenter violemment, en gros, doubler tous les dix-huit mois. Si les récents confinements dus à la pandémie n’ont pas mis à genoux la 4G, c’est grâce à l’année d’avance que sont obligés de prendre les opérateurs pour absorber cette croissance, entièrement due aux utilisateurs d’ailleurs.

L’introduction de la 5G va permettre que cet accroissement se poursuive, ce qui résulterait selon certains en une augmentation de l’impact négatif des réseaux sur l’environnement.

Bien sûr, on doit s’interroger pour savoir si cela aurait été mieux en refusant la 5G. Sans 5G, les réseaux télécoms de centre-ville auraient vite été saturés ce qui aurait conduit à densifier le réseaux de stations 4G. On aurait sans doute assisté à un même impact négatif pour un réseau qui aurait alors fini massivement par dysfonctionner, car la 4G supporte mal la saturation pour des raisons intrinsèques à sa technologie. Ne pas déployer la 5G n’aurait réglé aucun problème, le vrai sujet est celui de la sobriété.

Dans le cadre du déploiement en cours, une vraie question est celle des coûts environnementaux de fabrication des éléments de réseaux comme les stations radio, et surtout des téléphones. Il faut savoir que la fabrication d’un téléphone portable émet beaucoup plus de gaz à effet de serre (GES) que son utilisation. Si tous les Français se précipitent et changent leur téléphone pour avoir accès à la 5G, on arrive à un coût énorme en émission de GES. Il faudrait les convaincre que ça ne sert à rien et qu’on peut se contenter du renouvellement « normal » des téléphones. Il est important d’insister ici sur « normal » : les Français changent de téléphone tous les 18 mois, ce qui n’est pas normal du tout. Même si ça a été effectivement nécessaire quand les téléphones étaient loin de leur puissance de calcul actuelle, ça ne l’est plus maintenant. Et produire tous ces téléphones engendre une gabegie de ressources, d’énergie et d’émission de GES. Au-delà du sujet de la 5G, que faisons-nous pour ralentir ces remplacements ? Que faisons-nous pour qu’ils ne s’accélèrent pas à l’appel des sirènes de l’industrie des smartphones ?

Il faudrait aussi questionner les usages. Le visionnage d’une vidéo sur un smartphone consomme plusieurs fois l’électricité nécessaire au visionnage de la même vidéo après téléchargement par la fibre. Mais la situation est tout sauf simple. Comment comparer le visionnage d’un cours en 4G par un élève ne disposant pas d’autre connexion Internet au visionnage d’une vidéo (qu’on aurait pu télécharger à l’avance) dans le métro parisien ? Il ne s’agit pas ici de décider pour le citoyen ce qu’il peut visionner suivant le contexte, mais juste de le sensibiliser à la question du coût environnemental de ses choix numériques et de lui donner les moyens, s’il le souhaite, d’avoir des comportements plus sobres.

Dans ces dimensions, les effets sont contrastés.

Pour la cybersécurité, la 5G procure des moyens d’être plus exigeants, par exemple, en chiffrant les échanges de bout en bout. Par contre, en augmentant la surface des points névralgiques, on accroît les risques en matière de sécurité. En particulier, la virtualisation des réseaux qu’elle introduit ouvre la porte à des attaques logicielles. L’internet des objets, potentiellement boosté par la 5G, questionne également quand on voit la faiblesse de la sécurité des objets connectés, des plus simples comme les capteurs à basse énergie jusqu’aux plus critiques comme les pacemakers. Le risque lié à la cybersécurité venant de l’internet des objets est accru par la fragmentation de ce marché qui rend difficile de converger sur un cadre et des exigences communes.

Pour ce qui est de la surveillance, les effets sont également contrastés. Les pouvoirs publics s’inquiètent de ne pouvoir que plus difficilement intercepter les communications des escrocs, des terroristes, etc. Des citoyens s’inquiètent de la mise en place de surveillance vidéo massive. La 4G permet déjà une telle surveillance, mais la 5G, en augmentant les débits disponibles la facilite. On peut réaliser les rêves des dictateurs en couvrant le pays de caméra dont les flux sont analysés par des logiciels d’intelligence artificielle. Le cauchemar. Mais la 5G ne peut être tenue seule pour responsable ; si cela arrive, cela tiendra aussi du manque de vigilance des citoyens et de leurs élus.

C’est un vieux sujet. Comme ces ondes sont très utilisées (télécoms, wifi, four à micro-ondes, radars, etc.) et qu’elles sont invisibles, elles inquiètent depuis longtemps. Leurs effets sur la santé ont été intensément étudiés sans véritablement permettre de conclure à une quelconque nocivité dans un usage raisonné. Une grande majorité des spécialistes pensent qu’il n’y a pas de risque sanitaire à condition de bien suivre les seuils de recommandation de l’OMS, qui ajoute déjà des marges importantes au-delà des seuils où on pense qu’il existe un risque. On notera que certains pays comme la France vont encore au-delà des recommandations de l’OMS.

Pourtant, d’autres spécialistes pensent que des risques sanitaires existent. Et on s’accorde généralement pour poursuivre les études pour toujours mieux comprendre les effets biologiques des ondes, en fonction des fréquences utilisées, de la puissance et de la durée d’exposition. Avec le temps, on soulève de nouvelles questions comme l’accumulation des effets de différentes ondes, et après avoir focalisé sur les énergies absorbées et les effets thermiques, on s’attaque aux effets non thermiques.

La controverse se cristallise autour de « l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques ». C’est une pathologie reconnue dans de nombreux pays, qui se manifeste par des maux de tête, des douleurs musculaires, des troubles du sommeil, etc. Malgré son nom, les recherches médicales n’ont montré aucun lien avec l’exposition aux ondes. Ses causes restent mystérieuses.

Venons-en à la question plus spécifique de la 5G. La 5G mobilise différentes nouvelles gammes de fréquences, autour de 3,5 GHz et autour de 26 GHz. Avec la 3.5 GHz, on est très proche de fréquences déjà utilisées, par exemple par le wifi, et de fréquences dont les effets ont été très étudiés. Pour la 26 GHz, si l’utilisation dans un cadre grand public de telles ondes est nouvelle, on dispose déjà d’études sur de telles fréquences élevées. Pourtant, l’utilisation nouvelle de ces fréquences spécifiques légitime le fait que de nouvelles études soient entreprises pour elles, ce qui est déjà le cas.

Un aspect de la 5G conduit naturellement aussi à de nouvelles études : les antennes MIMO dont nous avons parlé. Elles permettent de focaliser l’émission sur l’utilisateur. Cela évite de balancer des ondes dans tout l’espace. Par contre, l’utilisateur sera potentiellement exposé à moins d’ondes au total, mais à des puissances plus importantes. Le contexte de l’exposition changeant aussi radicalement conduit à redéfinir la notion d’exposition aux ondes, et peut-être à de nouvelles normes d’exposition. Cela conduit donc à repenser même les notions de mesure.

Nous concluons cette section en mentionnant un autre effet sur la santé qui va bien au-delà de la 5G pour interpeller tout le numérique : la vitesse de développement de ces technologies. Le numérique met au service des personnes des moyens pour améliorer leurs vies. C’est souvent le cas et, en tant qu’informaticiens, nous aimons souligner cette dimension. Mais, le numérique impose aussi son rythme et son instantanéité à des individus, quelquefois (souvent ?) à leur détriment. C’est particulièrement vrai dans un contexte professionnel. Dans le même temps où il nous décharge de tâches pénibles, il peut imposer des cadences inhumaines. Voici évidemment des usages qu’il faut repousser. Il faut notamment être vigilant pour éviter que la 5G ne participe à une déshumanisation du travail.

On peut difficilement évaluer les retombées économiques de la 5G, mais les analystes avancent qu’elle va bouleverser de nombreux secteurs, par exemple, la fabrication en usine et les entrepôts. On s’attend à ce qu’elle conduise aussi à de nouvelles gammes de services grand public et à la transformation des services de l’État. On entend donc : Le monde de demain sera différent avec la 5G, et ceux qui n’auront pas pris le tournant 5G seront dépassés. C’est une des réponses avancées aux détracteurs de la 5G, la raison économique. On rejouerait un peu ce qui s’est passé avec les plates-formes d’internet : on est parti trop tard et du coup on rame à rattraper ce retard. Sans la 5G, l’économie nationale perdrait en compétitivité et nous basculerions dans le tiers monde.

Il est difficile de valider ou réfuter une telle affirmation. N’abandonnerions-nous la 5G que pour un temps ou indéfiniment ? Est-ce que ce serait pour adopter une autre technologie ? Nous pouvons poser par contre la question de notre place dans cette technique particulière, celle de la France et celle de l’Europe.

Pour ce qui est du développement de la technologie, contrairement à d’autres domaines, l’Europe est bien placée avec deux entreprises européennes sur les trois qui dominent le marché, Nokia et Ericsson. On peut même dire que Nokia est « un peu » française puisqu’elle inclut Alcatel. La dernière entreprise dominante est chinoise, Huawei, que les États-Unis et d’autres essaient de tenir à l’écart parce qu’elle est plus ou moins sous le contrôle du parti communiste chinois. La France essaie d’éviter que des communications d’acteurs sensibles ne puissent passer par les matériels Huawei ce qui revient de fait à l’exclure en grande partie du réseau français.

Pour ce qui est des usages, les industriels français semblent s’y intéresser enfin. Les milieux scientifiques européens et les entreprises technologiques européennes ne sont pas (trop) à la traîne même si on peut s’inquiéter des dominations américaines et chinoises dans des secteurs comme les composants électroniques ou les logiciels, et des investissements véritablement massif des États-Unis et de la Chine dans les technologies numériques bien plus grands qu’en Europe. On peut donc s’inquiéter de voir l’économie et l’industrie européenne prendre du retard. Il est vrai que la 5G ne sera pleinement présente que dans deux ou trois ans. On peut espérer que ce délai sera utilisé pour mieux nous lancer peut-être quand on aura mieux compris les enjeux, en espérant que ce ne sera pas trop tard, qu’en arrivant avec un temps de retard, on n’aura pas laissé les premiers arrivants rafler la mise (« winner-take-all »).

Comme nous l’avons vu, certains questionnements sur la 5G méritent qu’on s’y arrête, qu’on poursuive des recherches, qu’on infléchisse nos usages des technologies cellulaires. La 5G est au tout début de son déploiement. Les sujets traversés interpellent le citoyen. Nous voulons mettre cette technologie à notre service, par exemple, éviter qu’elle ne conduise à de la surveillance de masse ou imposer des rythmes de travail inhumains. Nous avons l’obligation de la mettre au service de l’écologie par exemple en évitant des changements de smartphones trop fréquents ou des téléchargements intempestifs de vidéos en mobilité. C’est bien pourquoi les citoyens doivent se familiariser avec ces sujets pour choisir ce qu’ils veulent que la 5G soit. Décider sans comprendre est rarement la bonne solution.

__________

Par Serge Abiteboul, Directeur de recherche à Inria, membre de l’Académie des Sciences, Inria et Gérard Berry, Professeur émérite en informatique, Collège de France.

Pour aller plus loin: « La 5G et les réseaux de communications mobiles », rapport du groupe de travail de l’Académie des sciences sur les réseaux du futur, 12 juillet 2021

« Méta »Nouveau nom de Facebook ou le triomphe de la technologie au service de l’inutile ?

« Méta »Nouveau nom de Facebook ou le triomphe de la technologie au service de l’inutile ?

À grand renfort de pub, Facebook ne cesse d’annoncer la révolution culturelle qui fera confondre virtualité et réalité. En fait un nouveau gadget, le projet « Métavers ». Un article du Wall Street Journal fait l’éloge de la technologie au service de l’inutile. 

En réalité le projet de se réduit à  un casque de réalité virtuelle ou des lunettes de réalité augmentée. Une réalité virtuelle de poubelles et de haine.

Tribune

Depuis l’aube de la civilisation, les humains n’ont eu qu’un seul environnement dans lequel vivre : le monde réel. Mais les spécialistes de la prospective en matière de tech affirment que nous aurons bientôt une alternative : un univers virtuel où nos avatars numériques ainsi que ceux de nos proches et de personnes vivant dans le monde entier se rassembleront pour travailler, faire des achats, suivre des cours, s’adonner à leurs passe-temps, participer à des activités sociales, etc. À grand renfort de pub, Facebook ne cesse d’annoncer la révolution culturelle qui fera confondre virtualité et réalité. En fait un nouveau gadget. Un article du Wall Street Journal fait l’éloge de la technologie au service de l’inutile

Si les jeux vidéo immersifs et les concerts virtuels nous ont donné un avant-goût de ce nouveau monde, les prospectivistes assurent que le métavers — nom donné à cet univers virtuel —, sera bien plus attrayant et développé. Selon eux, il ne se contentera pas de refléter le monde réel dans toute sa complexité tridimensionnelle, mais le prolongera pour nous permettre d’être et de faire ce qui, auparavant, ne pouvait relever que dans notre imagination. Marcher sur la lune en pyjama ? Regarder un match de baseball depuis le monticule du lanceur ? Batifoler dans un pré rempli de licornes — ou être soi-même une licorne ? Dans le métavers, disent les spécialistes de la tech, tout sera possible.

«Le métavers va être la plus grande révolution que le monde ait connue dans le domaine des plateformes informatiques. Elle surpassera celle de la téléphonie mobile ou celle du Web», déclare Marc Whitten, « vice-président senior et directeur général de la création» chez Unity, un développeur de logiciels basé à San Francisco.

«Il y a un risque que certains préfèrent le métavers au monde réel»

Unity conçoit des outils et des services afin de permettre aux gens de créer du contenu pour le métavers. D’autres grandes entreprises de la tech mettent également au point des matériels et des logiciels pour ce monde virtuel et certains sont même en train de concevoir leur propre métavers, notamment Nvidia, Roblox, Epic Games, Microsoft et Facebook.

«En plus de constituer l’Internet de prochaine génération, le métavers va également représenter notre nouveau chapitre en tant qu’entreprise, a lancé Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, aux analystes lors d’une conférence téléphonique sur les résultats en juillet. Dans les années à venir, je m’attends à ce que les gens cessent de nous voir principalement comme une plateforme de réseaux sociaux pour nous considérer comme une entreprise de métavers.»

On pourra peut-être accéder à ce futur monde virtuel via des appareils grand public comme les smartphones et les ordinateurs. Mais les dirigeants de la tech affirment que des lunettes spécifiquement conçues — proches des casques de réalité virtuelle actuellement sur le marché, mais moins encombrantes et plus confortables — permettront une immersion plus poussée. Nous verrons aussi probablement apparaître de nouveaux d’appareils haptiques permettant aux utilisateurs de «toucher» les objets virtuels, et des équipements innovants, par exemple des tapis roulants omnidirectionnels pouvant simuler la course à pied, l’escalade ou d’autres activités physiques.

Pour que le métavers se développe, il faudra améliorer les systèmes informatiques et les technologies existantes, avertissent les responsables techniques. Cela passera notamment par l’augmentation de la puissance de calcul et de la qualité des graphismes ainsi que par la création d’un environnement universel permettant aux utilisateurs de passer sans entrave d’une partie du métavers à une autre. Il sera également indispensable, selon eux, de disposer d’outils de programmation suffisamment simples pour permettre à quiconque — et non aux seuls développeurs chevronnés — de créer ses propres expériences et mondes virtuels.

Il faudra également répondre aux préoccupations en matière de respect de la vie privée et de sécurité. Sans oublier les pièges potentiels du métavers, notamment la menace que les gens trouvent ce monde virtuel si captivant qu’ils négligent leurs besoins dans le monde réel.

«Il y a un risque que certains préfèrent le métavers au monde réel», prévient Rachel Kowert, une psychologue de l’Ontario (Canada) qui a étudié la santé mentale chez les fans de jeux vidéo. Elle ajoute que ceux qui courent les plus grands dangers sont les enfants. «C’est par le biais de leurs pairs et des interactions sociales qu’ils apprennent à se comporter et à s’intégrer dans le monde, précise Mme Kowert. C’est un élément essentiel dans notre apprentissage de la vie.»

Mais qu’il soit bénéfique ou néfaste — ou les deux à la fois —, le métavers va probablement devenir une réalité incontournable.

Des voyages scolaires n’importe où, à n’importe quelle époque

Les dirigeants des entreprises technologiques qui participent à la création du métavers affirment que sa taille sera considérable et qu’il comprendra des répliques de lieux du monde réel — passé, présent et futur — toutes restituées en 3D de manière réaliste. Il sera capable de prendre en charge un nombre infini d’utilisateurs simultanément, sans les lags qui agacent souvent les joueurs de jeux vidéo multijoueurs.

Par exemple, n’importe quel nombre d’élèves, où qu’ils habitent sur la planète, pourront se retrouver, dans le cadre d’un voyage scolaire, dans la Rome antique, explique Richard Kerris, cadre de Nvidia, qui participe à la supervision d’un projet d’infrastructure de métavers appelé Omniverse. Ce dernier permettra aux développeurs du monde entier de collaborer en temps réel pour concevoir des logiciels de création de contenus pour le métavers. Dans cet univers, les étudiants pourront explorer tous les recoins du Colisée où un gladiateur virtuel utilisant l’intelligence artificielle sera capable de répondre à leurs questions.

Nous pourrons mélanger contenu virtuel et vidéos du monde réel ou interagir dans le métavers, par exemple en lançant des tomates sur des joueurs de football — rassurez-vous, les joueurs ne sentiront rien

Selon les gourous de la tech, dans le métavers, les gens se verront et interagiront entre eux par le biais d’avatars. Mais grâce aux progrès attendus en matière de graphisme, ils seront beaucoup plus réalistes que les versions cartoonesques aujourd’hui familières des amateurs de réalité virtuelle, selon Daren Tsui, directeur général de Together Labs, un développeur spécialisé dans la social tech de Palo Alto, en Californie. Les avatars pourront également représenter des personnes décédées, notamment des membres de la famille et des amis, ainsi que des personnages historiques, et les ramener à la vie grâce à l’intelligence artificielle.

«L’expérience avec un avatar sera si proche du réel que vous pourrez difficilement faire la différence entre une réunion virtuelle et une en présentiel, affirme M. Tsui. Et la première sera meilleure.»

Les avatars ne seront toutefois pas la seule façon dont les gens apparaîtront dans le métavers. Les dirigeants de la tech affirment que nous pourrons regarder des vidéos «réelles», notamment des retransmissions en direct de concerts et de rencontres sportives. Mais plutôt que d’être obligés de regarder ces événements avec les angles limités que nous proposent les producteurs, nous aurons la liberté d’en profiter avec la perspective de notre choix. D’un simple mouvement du doigt, nous pourrons obtenir des informations sur les artistes et les athlètes que nous regardons, comme leur position dans le classement Billboard (NDLR : top 100 hebdomadaire des chansons aux Etats-Unis) ou le nombre de points inscrits en une saison.

Nous pourrons également mélanger contenu virtuel et vidéos du monde réel ou interagir dans le métavers, par exemple en lançant des tomates sur des joueurs de football — rassurez-vous, les joueurs ne sentiront rien.

Compagnons virtuels, mariages et tourisme

Selon John Egan, directeur général de L’Atelier BNP Paribas, une société de prospective et d’innovation basée à Paris, le métavers sera aussi un lieu de commerce. Il prédit notamment que les utilisateurs achèteront et vendront des animaux de compagnie virtuels, qu’il s’agisse de chiens et de chats plus vrais que nature ou de dragons ou autres créatures fantastiques. Il prévoit également l’émergence d’un marché pour les services connexes, comme la promenade et le toilettage des animaux, car les compagnons virtuels pourront être programmés pour avoir besoin des mêmes types de soins que les homologues réels.

Les animaux de compagnie virtuels pourraient posséder un «ADN virtuel» authentifié, un peu comme les jetons non fongibles, ou NFT, qui certifient la propriété des œuvres d’art numériques

Parmi les autres débouchés commerciaux potentiels, on peut citer les mariages et fêtes virtuels, pour lesquels des prestataires pourront créer des lieux et facturer des frais de location ou d’entrée, selon M. Egan. De même, des guides touristiques privés auront la possibilité de guider leurs clients vers des destinations de voyage virtuelles. «Le potentiel est infini», résume-t-il.

Les entrepreneurs du metavers n’accepteront pas d’argent liquide, affirment les spécialistes de la prospective. Les transactions pourraient donc se faire via des cartes de crédit et des services de paiement en ligne comme PayPal. Mais il est probable, selon M. Egan, que les cryptomonnaies et la technologie blockchain joueront un rôle majeur. Ainsi, par exemple, les animaux de compagnie virtuels pourraient posséder un «ADN virtuel» authentifié, un peu comme les jetons non fongibles, ou NFT, qui certifient la propriété des œuvres d’art numériques. En conséquence, ajoute-t-il, les animaux virtuels pourront être «élevés» pour être rapides, ce qui permettra d’organiser des courses et des paris virtuels.

Une « stratégie métavers » pour les entreprises

Selon M. Whitten de chez Unity, les entreprises du monde réel pourront également participer au métavers en proposant des déclinaisons virtuelles de leurs établissements physiques. Dans les boutiques en ligne existantes, les clients peuvent lire les descriptions des produits et faire des achats. Dans le métavers, ils pourront visiter des points de vente virtuels et essayer les produits en 3D à la taille réelle avant de les acheter. Une personne grande pourra ainsi vérifier si elle peut se tenir confortablement à l’intérieur d’une tente de camping avant de la commander et de la faire expédier à son domicile réel.

«Chaque entreprise du classement Fortune 1 000 aura une stratégie métavers»

De même, les agents immobiliers pourront utiliser le métavers pour permettre aux personnes à la recherche d’un nouveau logement d’en visiter virtuellement partout dans le monde sans quitter leur domicile, selon M. Kerris de Nvidia. Ils pourront se promener dans les lieux, pièce après pièce, et même scanner leurs meubles actuels et les téléporter dans un autre logement pour se rendre compte de ce que ça donnerait.

«Chaque entreprise du classement Fortune 1 000 aura une stratégie métavers», assure M. Whitten.

Les employeurs profiteront également des environnements 3D partagés du métavers pour permettre à des collaborateurs éloignés de travailler ensemble dans des conditions inatteignables avec la technologie vidéo actuelle, selon les experts en prospective. Par exemple, des architectes et des cadres d’une entreprise de construction — où qu’ils se trouvent dans la vie réelle — pourront se rendre virtuellement sur un chantier afin de surveiller la construction d’un nouveau bâtiment, qui, avec son environnement, sera rendu de manière très réaliste en 3D.

«Le métavers permettra un formidable saut qualitatif pour le télétravail, poursuit M. Whitten. Vous serez en mesure de concevoir et de construire plus rapidement, avec plus de sécurité et pour moins cher qu’aujourd’hui.»

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

Technologie nucléaire : l’avenir via la fusion ?

 

 

Technologie nucléaire : l’avenir via la fusion ?

 

 

Récemment les États-Unis ont réalisé des expérimentations significatives en matière de fusion. Une technologie sur laquelle on fonde beaucoup d’espérance car elle ne produit pratiquement pas de déchets. La France est dans une phase d’expérimentation pour un réacteur à fusion dans le cadre du projet international ITER, la Chine a déjà mis au point un réacteur à fusion . Les réacteurs en service actuellement sont à fission nucléaire et ont surtout le désavantage de générer des déchets très toxiques. La fusion nucléaire est considérée par ses défenseurs comme l’énergie de demain car elle est infinie, tout comme celle du soleil, et ne produit ni déchets ni gaz à effet de serre.

La Chine dispose à cet effet d’un réacteur Tokamak HL-2M, le plus performant du pays, dans la province du Sichuan (sud-ouest). Il s’agit d’une chambre de confinement magnétique qui génère une chaleur phénoménale dans le but de fondre des noyaux atomiques.

Ce tokamak est surnommé « soleil artificiel » en raison de la température qui peut y dépasser les 150 millions de degrés, selon Chine nouvelle – soit dix fois la chaleur produite au cœur même du soleil.

La France a lancé en juillet à Saint-Paul-lès-Durance (Bouches-du-Rhône) l’assemblage d’un gigantesque réacteur à fusion dans le cadre du projet Iter. Il vise les 150 millions de degrés mais les premiers tests ne sont pas attendus avant 2025.

L’assemblage du réacteur expérimental ITER, dont l’ambition est d’apprendre à maîtriser la fusion nucléaire, a débuté mardi 28 juillet dans le sud de la France. Mais les connaissances scientifiques en la matière progressent trop lentement au vu de l’urgence climatique.

Le projet a débuté en 2006, avec la signature d’un accord international réunissant 35 pays, dont les membres de l’Union Européenne (avec, à l’époque, le Royaume-Uni), la Suisse, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et les États-Unis. Depuis environ 15 ans, le site ITER (réacteur thermonucléaire expérimental international) s’édifie lentement dans le sud de la France, à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône.
Après plusieurs contretemps, sa construction  a franchi ce mardi 28 juillet une étape symbolique : le lancement de l’assemblage du réacteur, qui devrait encore durer près de cinq ans. Un événement salué par Emmanuel Macron, en visioconférence, ainsi que par les dirigeants de sept des États partenaires du projet.
“Avec la fusion, le nucléaire peut être une promesse d’avenir”, en offrant “une énergie non polluante, décarbonée, sûre et pratiquement sans déchets”d’ici à 2050”.
Théoriquement, la fusion nucléaire permet effectivement d’accéder à une source d’énergie décarbonée, aux déchets radioactifs peu nombreux et à courte durée de vie. Une technologie bien plus propre que la fission nucléaire employée dans les centrales actuelles, et quasiment infinie : la fusion ne nécessite en effet pas d’uranium, minerai dont les réserves tendent à s’épuiser. Elle reproduit, à peu de choses près, les réactions observées au cœur des étoiles, d’où l’expression “mettre le soleil en boîte” pour décrire son mode de fonctionnement.

La fusion est largement plus complexe que la fission nucléaire et les expérimentations nécessitent la construction de tokamaks de plus en plus grands et performants. En effet, chaque changement d’échelle provoque l’apparition de nouveaux phénomènes, qu’il faut apprendre à maîtriser. D’où la naissance d’ITER, tokamak encore plus vaste que Jet et qui aura lui même un successeur.

Facebook devient « Méta » ou le triomphe de la technologie au service de l’inutile ?

 Facebook devient « Méta » ou le triomphe de la technologie au service de l’inutile ?

À grand renfort de pub, Facebook ne cesse d’annoncer la révolution culturelle qui fera confondre virtualité et réalité. En fait un nouveau gadget, le projet « Métavers ». Un article du Wall Street Journal fait l’éloge de la technologie au service de l’inutile. 

En réalité le projet de se réduit à  un casque de réalité virtuelle ou des lunettes de réalité augmentée. Une réalité virtuelle de poubelles et de haine.

Tribune

Depuis l’aube de la civilisation, les humains n’ont eu qu’un seul environnement dans lequel vivre : le monde réel. Mais les spécialistes de la prospective en matière de tech affirment que nous aurons bientôt une alternative : un univers virtuel où nos avatars numériques ainsi que ceux de nos proches et de personnes vivant dans le monde entier se rassembleront pour travailler, faire des achats, suivre des cours, s’adonner à leurs passe-temps, participer à des activités sociales, etc. À grand renfort de pub, Facebook ne cesse d’annoncer la révolution culturelle qui fera confondre virtualité et réalité. En fait un nouveau gadget. Un article du Wall Street Journal fait l’éloge de la technologie au service de l’inutile

Si les jeux vidéo immersifs et les concerts virtuels nous ont donné un avant-goût de ce nouveau monde, les prospectivistes assurent que le métavers — nom donné à cet univers virtuel —, sera bien plus attrayant et développé. Selon eux, il ne se contentera pas de refléter le monde réel dans toute sa complexité tridimensionnelle, mais le prolongera pour nous permettre d’être et de faire ce qui, auparavant, ne pouvait relever que dans notre imagination. Marcher sur la lune en pyjama ? Regarder un match de baseball depuis le monticule du lanceur ? Batifoler dans un pré rempli de licornes — ou être soi-même une licorne ? Dans le métavers, disent les spécialistes de la tech, tout sera possible.

«Le métavers va être la plus grande révolution que le monde ait connue dans le domaine des plateformes informatiques. Elle surpassera celle de la téléphonie mobile ou celle du Web», déclare Marc Whitten, « vice-président senior et directeur général de la création» chez Unity, un développeur de logiciels basé à San Francisco.

«Il y a un risque que certains préfèrent le métavers au monde réel»

Unity conçoit des outils et des services afin de permettre aux gens de créer du contenu pour le métavers. D’autres grandes entreprises de la tech mettent également au point des matériels et des logiciels pour ce monde virtuel et certains sont même en train de concevoir leur propre métavers, notamment Nvidia, Roblox, Epic Games, Microsoft et Facebook.

«En plus de constituer l’Internet de prochaine génération, le métavers va également représenter notre nouveau chapitre en tant qu’entreprise, a lancé Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, aux analystes lors d’une conférence téléphonique sur les résultats en juillet. Dans les années à venir, je m’attends à ce que les gens cessent de nous voir principalement comme une plateforme de réseaux sociaux pour nous considérer comme une entreprise de métavers.»

On pourra peut-être accéder à ce futur monde virtuel via des appareils grand public comme les smartphones et les ordinateurs. Mais les dirigeants de la tech affirment que des lunettes spécifiquement conçues — proches des casques de réalité virtuelle actuellement sur le marché, mais moins encombrantes et plus confortables — permettront une immersion plus poussée. Nous verrons aussi probablement apparaître de nouveaux d’appareils haptiques permettant aux utilisateurs de «toucher» les objets virtuels, et des équipements innovants, par exemple des tapis roulants omnidirectionnels pouvant simuler la course à pied, l’escalade ou d’autres activités physiques.

Pour que le métavers se développe, il faudra améliorer les systèmes informatiques et les technologies existantes, avertissent les responsables techniques. Cela passera notamment par l’augmentation de la puissance de calcul et de la qualité des graphismes ainsi que par la création d’un environnement universel permettant aux utilisateurs de passer sans entrave d’une partie du métavers à une autre. Il sera également indispensable, selon eux, de disposer d’outils de programmation suffisamment simples pour permettre à quiconque — et non aux seuls développeurs chevronnés — de créer ses propres expériences et mondes virtuels.

Il faudra également répondre aux préoccupations en matière de respect de la vie privée et de sécurité. Sans oublier les pièges potentiels du métavers, notamment la menace que les gens trouvent ce monde virtuel si captivant qu’ils négligent leurs besoins dans le monde réel.

«Il y a un risque que certains préfèrent le métavers au monde réel», prévient Rachel Kowert, une psychologue de l’Ontario (Canada) qui a étudié la santé mentale chez les fans de jeux vidéo. Elle ajoute que ceux qui courent les plus grands dangers sont les enfants. «C’est par le biais de leurs pairs et des interactions sociales qu’ils apprennent à se comporter et à s’intégrer dans le monde, précise Mme Kowert. C’est un élément essentiel dans notre apprentissage de la vie.»

Mais qu’il soit bénéfique ou néfaste — ou les deux à la fois —, le métavers va probablement devenir une réalité incontournable.

Des voyages scolaires n’importe où, à n’importe quelle époque

Les dirigeants des entreprises technologiques qui participent à la création du métavers affirment que sa taille sera considérable et qu’il comprendra des répliques de lieux du monde réel — passé, présent et futur — toutes restituées en 3D de manière réaliste. Il sera capable de prendre en charge un nombre infini d’utilisateurs simultanément, sans les lags qui agacent souvent les joueurs de jeux vidéo multijoueurs.

Par exemple, n’importe quel nombre d’élèves, où qu’ils habitent sur la planète, pourront se retrouver, dans le cadre d’un voyage scolaire, dans la Rome antique, explique Richard Kerris, cadre de Nvidia, qui participe à la supervision d’un projet d’infrastructure de métavers appelé Omniverse. Ce dernier permettra aux développeurs du monde entier de collaborer en temps réel pour concevoir des logiciels de création de contenus pour le métavers. Dans cet univers, les étudiants pourront explorer tous les recoins du Colisée où un gladiateur virtuel utilisant l’intelligence artificielle sera capable de répondre à leurs questions.

Nous pourrons mélanger contenu virtuel et vidéos du monde réel ou interagir dans le métavers, par exemple en lançant des tomates sur des joueurs de football — rassurez-vous, les joueurs ne sentiront rien

Selon les gourous de la tech, dans le métavers, les gens se verront et interagiront entre eux par le biais d’avatars. Mais grâce aux progrès attendus en matière de graphisme, ils seront beaucoup plus réalistes que les versions cartoonesques aujourd’hui familières des amateurs de réalité virtuelle, selon Daren Tsui, directeur général de Together Labs, un développeur spécialisé dans la social tech de Palo Alto, en Californie. Les avatars pourront également représenter des personnes décédées, notamment des membres de la famille et des amis, ainsi que des personnages historiques, et les ramener à la vie grâce à l’intelligence artificielle.

«L’expérience avec un avatar sera si proche du réel que vous pourrez difficilement faire la différence entre une réunion virtuelle et une en présentiel, affirme M. Tsui. Et la première sera meilleure.»

Les avatars ne seront toutefois pas la seule façon dont les gens apparaîtront dans le métavers. Les dirigeants de la tech affirment que nous pourrons regarder des vidéos «réelles», notamment des retransmissions en direct de concerts et de rencontres sportives. Mais plutôt que d’être obligés de regarder ces événements avec les angles limités que nous proposent les producteurs, nous aurons la liberté d’en profiter avec la perspective de notre choix. D’un simple mouvement du doigt, nous pourrons obtenir des informations sur les artistes et les athlètes que nous regardons, comme leur position dans le classement Billboard (NDLR : top 100 hebdomadaire des chansons aux Etats-Unis) ou le nombre de points inscrits en une saison.

Nous pourrons également mélanger contenu virtuel et vidéos du monde réel ou interagir dans le métavers, par exemple en lançant des tomates sur des joueurs de football — rassurez-vous, les joueurs ne sentiront rien.

Compagnons virtuels, mariages et tourisme

Selon John Egan, directeur général de L’Atelier BNP Paribas, une société de prospective et d’innovation basée à Paris, le métavers sera aussi un lieu de commerce. Il prédit notamment que les utilisateurs achèteront et vendront des animaux de compagnie virtuels, qu’il s’agisse de chiens et de chats plus vrais que nature ou de dragons ou autres créatures fantastiques. Il prévoit également l’émergence d’un marché pour les services connexes, comme la promenade et le toilettage des animaux, car les compagnons virtuels pourront être programmés pour avoir besoin des mêmes types de soins que les homologues réels.

Les animaux de compagnie virtuels pourraient posséder un «ADN virtuel» authentifié, un peu comme les jetons non fongibles, ou NFT, qui certifient la propriété des œuvres d’art numériques

Parmi les autres débouchés commerciaux potentiels, on peut citer les mariages et fêtes virtuels, pour lesquels des prestataires pourront créer des lieux et facturer des frais de location ou d’entrée, selon M. Egan. De même, des guides touristiques privés auront la possibilité de guider leurs clients vers des destinations de voyage virtuelles. «Le potentiel est infini», résume-t-il.

Les entrepreneurs du metavers n’accepteront pas d’argent liquide, affirment les spécialistes de la prospective. Les transactions pourraient donc se faire via des cartes de crédit et des services de paiement en ligne comme PayPal. Mais il est probable, selon M. Egan, que les cryptomonnaies et la technologie blockchain joueront un rôle majeur. Ainsi, par exemple, les animaux de compagnie virtuels pourraient posséder un «ADN virtuel» authentifié, un peu comme les jetons non fongibles, ou NFT, qui certifient la propriété des œuvres d’art numériques. En conséquence, ajoute-t-il, les animaux virtuels pourront être «élevés» pour être rapides, ce qui permettra d’organiser des courses et des paris virtuels.

Une « stratégie métavers » pour les entreprises

Selon M. Whitten de chez Unity, les entreprises du monde réel pourront également participer au métavers en proposant des déclinaisons virtuelles de leurs établissements physiques. Dans les boutiques en ligne existantes, les clients peuvent lire les descriptions des produits et faire des achats. Dans le métavers, ils pourront visiter des points de vente virtuels et essayer les produits en 3D à la taille réelle avant de les acheter. Une personne grande pourra ainsi vérifier si elle peut se tenir confortablement à l’intérieur d’une tente de camping avant de la commander et de la faire expédier à son domicile réel.

«Chaque entreprise du classement Fortune 1 000 aura une stratégie métavers»

De même, les agents immobiliers pourront utiliser le métavers pour permettre aux personnes à la recherche d’un nouveau logement d’en visiter virtuellement partout dans le monde sans quitter leur domicile, selon M. Kerris de Nvidia. Ils pourront se promener dans les lieux, pièce après pièce, et même scanner leurs meubles actuels et les téléporter dans un autre logement pour se rendre compte de ce que ça donnerait.

«Chaque entreprise du classement Fortune 1 000 aura une stratégie métavers», assure M. Whitten.

Les employeurs profiteront également des environnements 3D partagés du métavers pour permettre à des collaborateurs éloignés de travailler ensemble dans des conditions inatteignables avec la technologie vidéo actuelle, selon les experts en prospective. Par exemple, des architectes et des cadres d’une entreprise de construction — où qu’ils se trouvent dans la vie réelle — pourront se rendre virtuellement sur un chantier afin de surveiller la construction d’un nouveau bâtiment, qui, avec son environnement, sera rendu de manière très réaliste en 3D.

«Le métavers permettra un formidable saut qualitatif pour le télétravail, poursuit M. Whitten. Vous serez en mesure de concevoir et de construire plus rapidement, avec plus de sécurité et pour moins cher qu’aujourd’hui.»

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

Gadget « Métavers » de Facebook: Éloge de la technologie au service de l’inutile ?

Gadget « Métavers » de Facebook: Éloge de la technologie au service de l’inutile ?

À grand renfort de pub, Facebook ne cesse d’annoncer la révolution culturelle qui fera confondre virtualité et réalité. En fait un nouveau gadget. Un article du Wall Street Journal fait l’éloge de la technologie au service de l’inutile. 

Depuis l’aube de la civilisation, les humains n’ont eu qu’un seul environnement dans lequel vivre : le monde réel. Mais les spécialistes de la prospective en matière de tech affirment que nous aurons bientôt une alternative : un univers virtuel où nos avatars numériques ainsi que ceux de nos proches et de personnes vivant dans le monde entier se rassembleront pour travailler, faire des achats, suivre des cours, s’adonner à leurs passe-temps, participer à des activités sociales, etc. À grand renfort de pub, Facebook ne cesse d’annoncer la révolution culturelle qui fera confondre virtualité et réalité. En fait un nouveau gadget. Un article du Wall Street Journal fait l’éloge de la technologie au service de l’inutile

Si les jeux vidéo immersifs et les concerts virtuels nous ont donné un avant-goût de ce nouveau monde, les prospectivistes assurent que le métavers — nom donné à cet univers virtuel —, sera bien plus attrayant et développé. Selon eux, il ne se contentera pas de refléter le monde réel dans toute sa complexité tridimensionnelle, mais le prolongera pour nous permettre d’être et de faire ce qui, auparavant, ne pouvait relever que dans notre imagination. Marcher sur la lune en pyjama ? Regarder un match de baseball depuis le monticule du lanceur ? Batifoler dans un pré rempli de licornes — ou être soi-même une licorne ? Dans le métavers, disent les spécialistes de la tech, tout sera possible.

«Le métavers va être la plus grande révolution que le monde ait connue dans le domaine des plateformes informatiques. Elle surpassera celle de la téléphonie mobile ou celle du Web», déclare Marc Whitten, « vice-président senior et directeur général de la création» chez Unity, un développeur de logiciels basé à San Francisco.

«Il y a un risque que certains préfèrent le métavers au monde réel»

Unity conçoit des outils et des services afin de permettre aux gens de créer du contenu pour le métavers. D’autres grandes entreprises de la tech mettent également au point des matériels et des logiciels pour ce monde virtuel et certains sont même en train de concevoir leur propre métavers, notamment Nvidia, Roblox, Epic Games, Microsoft et Facebook.

«En plus de constituer l’Internet de prochaine génération, le métavers va également représenter notre nouveau chapitre en tant qu’entreprise, a lancé Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, aux analystes lors d’une conférence téléphonique sur les résultats en juillet. Dans les années à venir, je m’attends à ce que les gens cessent de nous voir principalement comme une plateforme de réseaux sociaux pour nous considérer comme une entreprise de métavers.»

On pourra peut-être accéder à ce futur monde virtuel via des appareils grand public comme les smartphones et les ordinateurs. Mais les dirigeants de la tech affirment que des lunettes spécifiquement conçues — proches des casques de réalité virtuelle actuellement sur le marché, mais moins encombrantes et plus confortables — permettront une immersion plus poussée. Nous verrons aussi probablement apparaître de nouveaux d’appareils haptiques permettant aux utilisateurs de «toucher» les objets virtuels, et des équipements innovants, par exemple des tapis roulants omnidirectionnels pouvant simuler la course à pied, l’escalade ou d’autres activités physiques.

Pour que le métavers se développe, il faudra améliorer les systèmes informatiques et les technologies existantes, avertissent les responsables techniques. Cela passera notamment par l’augmentation de la puissance de calcul et de la qualité des graphismes ainsi que par la création d’un environnement universel permettant aux utilisateurs de passer sans entrave d’une partie du métavers à une autre. Il sera également indispensable, selon eux, de disposer d’outils de programmation suffisamment simples pour permettre à quiconque — et non aux seuls développeurs chevronnés — de créer ses propres expériences et mondes virtuels.

Il faudra également répondre aux préoccupations en matière de respect de la vie privée et de sécurité. Sans oublier les pièges potentiels du métavers, notamment la menace que les gens trouvent ce monde virtuel si captivant qu’ils négligent leurs besoins dans le monde réel.

«Il y a un risque que certains préfèrent le métavers au monde réel», prévient Rachel Kowert, une psychologue de l’Ontario (Canada) qui a étudié la santé mentale chez les fans de jeux vidéo. Elle ajoute que ceux qui courent les plus grands dangers sont les enfants. «C’est par le biais de leurs pairs et des interactions sociales qu’ils apprennent à se comporter et à s’intégrer dans le monde, précise Mme Kowert. C’est un élément essentiel dans notre apprentissage de la vie.»

Mais qu’il soit bénéfique ou néfaste — ou les deux à la fois —, le métavers va probablement devenir une réalité incontournable.

Des voyages scolaires n’importe où, à n’importe quelle époque

Les dirigeants des entreprises technologiques qui participent à la création du métavers affirment que sa taille sera considérable et qu’il comprendra des répliques de lieux du monde réel — passé, présent et futur — toutes restituées en 3D de manière réaliste. Il sera capable de prendre en charge un nombre infini d’utilisateurs simultanément, sans les lags qui agacent souvent les joueurs de jeux vidéo multijoueurs.

Par exemple, n’importe quel nombre d’élèves, où qu’ils habitent sur la planète, pourront se retrouver, dans le cadre d’un voyage scolaire, dans la Rome antique, explique Richard Kerris, cadre de Nvidia, qui participe à la supervision d’un projet d’infrastructure de métavers appelé Omniverse. Ce dernier permettra aux développeurs du monde entier de collaborer en temps réel pour concevoir des logiciels de création de contenus pour le métavers. Dans cet univers, les étudiants pourront explorer tous les recoins du Colisée où un gladiateur virtuel utilisant l’intelligence artificielle sera capable de répondre à leurs questions.

Nous pourrons mélanger contenu virtuel et vidéos du monde réel ou interagir dans le métavers, par exemple en lançant des tomates sur des joueurs de football — rassurez-vous, les joueurs ne sentiront rien

Selon les gourous de la tech, dans le métavers, les gens se verront et interagiront entre eux par le biais d’avatars. Mais grâce aux progrès attendus en matière de graphisme, ils seront beaucoup plus réalistes que les versions cartoonesques aujourd’hui familières des amateurs de réalité virtuelle, selon Daren Tsui, directeur général de Together Labs, un développeur spécialisé dans la social tech de Palo Alto, en Californie. Les avatars pourront également représenter des personnes décédées, notamment des membres de la famille et des amis, ainsi que des personnages historiques, et les ramener à la vie grâce à l’intelligence artificielle.

«L’expérience avec un avatar sera si proche du réel que vous pourrez difficilement faire la différence entre une réunion virtuelle et une en présentiel, affirme M. Tsui. Et la première sera meilleure.»

Les avatars ne seront toutefois pas la seule façon dont les gens apparaîtront dans le métavers. Les dirigeants de la tech affirment que nous pourrons regarder des vidéos «réelles», notamment des retransmissions en direct de concerts et de rencontres sportives. Mais plutôt que d’être obligés de regarder ces événements avec les angles limités que nous proposent les producteurs, nous aurons la liberté d’en profiter avec la perspective de notre choix. D’un simple mouvement du doigt, nous pourrons obtenir des informations sur les artistes et les athlètes que nous regardons, comme leur position dans le classement Billboard (NDLR : top 100 hebdomadaire des chansons aux Etats-Unis) ou le nombre de points inscrits en une saison.

Nous pourrons également mélanger contenu virtuel et vidéos du monde réel ou interagir dans le métavers, par exemple en lançant des tomates sur des joueurs de football — rassurez-vous, les joueurs ne sentiront rien.

Compagnons virtuels, mariages et tourisme

Selon John Egan, directeur général de L’Atelier BNP Paribas, une société de prospective et d’innovation basée à Paris, le métavers sera aussi un lieu de commerce. Il prédit notamment que les utilisateurs achèteront et vendront des animaux de compagnie virtuels, qu’il s’agisse de chiens et de chats plus vrais que nature ou de dragons ou autres créatures fantastiques. Il prévoit également l’émergence d’un marché pour les services connexes, comme la promenade et le toilettage des animaux, car les compagnons virtuels pourront être programmés pour avoir besoin des mêmes types de soins que les homologues réels.

Les animaux de compagnie virtuels pourraient posséder un «ADN virtuel» authentifié, un peu comme les jetons non fongibles, ou NFT, qui certifient la propriété des œuvres d’art numériques

Parmi les autres débouchés commerciaux potentiels, on peut citer les mariages et fêtes virtuels, pour lesquels des prestataires pourront créer des lieux et facturer des frais de location ou d’entrée, selon M. Egan. De même, des guides touristiques privés auront la possibilité de guider leurs clients vers des destinations de voyage virtuelles. «Le potentiel est infini», résume-t-il.

Les entrepreneurs du metavers n’accepteront pas d’argent liquide, affirment les spécialistes de la prospective. Les transactions pourraient donc se faire via des cartes de crédit et des services de paiement en ligne comme PayPal. Mais il est probable, selon M. Egan, que les cryptomonnaies et la technologie blockchain joueront un rôle majeur. Ainsi, par exemple, les animaux de compagnie virtuels pourraient posséder un «ADN virtuel» authentifié, un peu comme les jetons non fongibles, ou NFT, qui certifient la propriété des œuvres d’art numériques. En conséquence, ajoute-t-il, les animaux virtuels pourront être «élevés» pour être rapides, ce qui permettra d’organiser des courses et des paris virtuels.

Une « stratégie métavers » pour les entreprises

Selon M. Whitten de chez Unity, les entreprises du monde réel pourront également participer au métavers en proposant des déclinaisons virtuelles de leurs établissements physiques. Dans les boutiques en ligne existantes, les clients peuvent lire les descriptions des produits et faire des achats. Dans le métavers, ils pourront visiter des points de vente virtuels et essayer les produits en 3D à la taille réelle avant de les acheter. Une personne grande pourra ainsi vérifier si elle peut se tenir confortablement à l’intérieur d’une tente de camping avant de la commander et de la faire expédier à son domicile réel.

«Chaque entreprise du classement Fortune 1 000 aura une stratégie métavers»

De même, les agents immobiliers pourront utiliser le métavers pour permettre aux personnes à la recherche d’un nouveau logement d’en visiter virtuellement partout dans le monde sans quitter leur domicile, selon M. Kerris de Nvidia. Ils pourront se promener dans les lieux, pièce après pièce, et même scanner leurs meubles actuels et les téléporter dans un autre logement pour se rendre compte de ce que ça donnerait.

«Chaque entreprise du classement Fortune 1 000 aura une stratégie métavers», assure M. Whitten.

Les employeurs profiteront également des environnements 3D partagés du métavers pour permettre à des collaborateurs éloignés de travailler ensemble dans des conditions inatteignables avec la technologie vidéo actuelle, selon les experts en prospective. Par exemple, des architectes et des cadres d’une entreprise de construction — où qu’ils se trouvent dans la vie réelle — pourront se rendre virtuellement sur un chantier afin de surveiller la construction d’un nouveau bâtiment, qui, avec son environnement, sera rendu de manière très réaliste en 3D.

«Le métavers permettra un formidable saut qualitatif pour le télétravail, poursuit M. Whitten. Vous serez en mesure de concevoir et de construire plus rapidement, avec plus de sécurité et pour moins cher qu’aujourd’hui.»

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

123



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol