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Des lois antitrust aux États-Unis pour la tech ?

Des lois antitrust aux États-Unis pour la tech ?

 

Les lois antitrust pourraient connaître leur plus grande réforme depuis des décennies. Si les parlementaires parviennent à un consensus

Un article deBrent Kendall et Ryan Tracy Dans le Wall Street Journa

 

Démocrates et républicains évoquent la nécessité de renforcer l’arsenal antitrust américain. Cette année pourrait permettre de savoir s’ils sont réellement déterminés à faire adopter une loi en ce sens.

Le Congrès envisage d’apporter aux lois antitrust les modifications les plus importantes depuis des décennies, et certaines mesures bénéficient d’un soutien bipartite. Les parlementaires envisagent de durcir les règles concernant les acquisitions réalisées par des entreprises qui dominent leurs secteurs, de permettre au gouvernement de s’opposer plus facilement aux comportements anticoncurrentiels et de forcer certains géants de la tech à scinder leurs différentes branches d’activité.

Pour que ces mesures se matérialisent en lois, les parlementaires devront aller plus loin que le sentiment global de méfiance suscité par les entreprises en position dominante — en particulier dans le secteur technologique — et gérer des groupes en désaccord avec la nécessité d’une révision majeure ou de modifications plus ciblées de la législation antitrust actuelle.

« Il y a des deux côtés de l’échiquier politique une envie commune de réformes ou d’ajustements des lois antitrust, et je pense que nous assisterons à l’adoption d’une législation sous une forme ou une autre, estime Allen Grunes, ancien avocat antitrust du département de la Justice, aujourd’hui chez Brownstein Hyatt Farber Schreck. La difficulté sera de trouver un consensus politique. »

Le Congrès pourrait adopter une approche en vertu de laquelle « vous pouvez soit être une plateforme neutre où vous vendez des produits de vendeurs tiers comme Amazon, soit vous pouvez vendre ces produits vous-même, mais vous ne pouvez pas faire les deux à la fois »

Jeudi, une sous-commission du Sénat dirigée par la sénatrice démocrate Amy Klobuchar (Minnesota) a lancé la première audition d’une série consacrée aux réformes de l’antitrust. Elle a ouvert la session en exhortant les membres de la commission à réagir face aux géants de la tech non pas « symboliquement… mais en ripostant réellement par des mesures, en légiférant. »

Mme Klobuchar a présenté un ensemble de propositions, comprenant notamment de nouvelles amendes au civil pour les infractions à la législation antitrust et des modifications des règles juridiques pour faciliter la remise en cause des projets d’acquisitions et les pratiques commerciales menaçant la concurrence.

Les républicains ont fait savoir qu’ils pourraient être ouverts à certaines propositions défendues par les démocrates. Le sénateur républicain Josh Hawley (Missouri) s’est interrogé à haute voix sur la possibilité pour le Congrès d’envisager de limiter les acquisitions des entreprises dominantes ou d’interdire le « self-preferencing » (auto-favoritisme), une pratique par laquelle des entreprises telles qu’Amazon utilisent leurs plateformes pour promouvoir leurs propres produits et services au détriment de ceux proposés par leurs concurrents.

Le Congrès pourrait adopter une approche en vertu de laquelle « vous pouvez soit être une plateforme neutre où vous vendez des produits de vendeurs tiers comme Amazon, soit vous pouvez vendre ces produits vous-même, mais vous ne pouvez pas faire les deux à la fois », a précisé M. Hawley.

Amazon assure de son côté proposer aux consommateurs le meilleur produit, quel que soit son fabricant.

En parallèle, une commission antitrust de la Chambre des représentants dirigée par le démocrate David Cicilline (Rhode Island) va mener une audition vendredi pour discuter d’une proposition bipartisane visant à permettre aux médias locaux de se regrouper pour négocier avec les plateformes dominantes comme Google (filiale d’Alphabet) et Facebook.

Les deux partis politiques sont poussés à agir par les préoccupations suscitées par les géants de la tech tels que Google, Amazon et Facebook. Le débat sur le poids de ces entreprises dans l’économie américaine — et sur des pans entiers de la société — a fait sortir les questions sur l’antitrust de l’arrière-cour du monde politique pour en faire un sujet de premier plan à Washington.

L’année dernière, la commission de la Chambre a publié un document rédigé par ses membres démocrates — et soutenu par certains républicains — qui concluait que les failles des lois antitrust et le laxisme dans leur application avaient permis aux entreprises de la tech de constituer des monopoles, ce qui était nuisible à l’innovation et réduisait le choix des consommateurs.

Pour les démocrates, les inquiétudes liées à la technologie constituent la face émergée de préoccupations plus globales concernant la domination, dans tous les secteurs, d’entreprises qui contrôlent les marketplaces et les régulent dans un sens défavorable aux consommateurs.

« La technologie n’est pas seule concernée, il y a aussi l’alimentation pour chats et des cercueils », a détaillé Mme Klobuchar dans une interview avant l’audition.

Les républicains reconnaissent, eux aussi, que les entreprises dominantes de la tech possèdent un pouvoir préoccupant, mais ils sont, au moins en partie, motivés par la conviction qu’elles traitent injustement les conservateurs. Ils considèrent également le renforcement de l’application des lois antitrust comme une approche préférable à une réglementation directe des marketplaces par les pouvoirs publics.

« Il semble y avoir un large consensus sur le fait que le statu quo ne fonctionne pas », a récemment observé le sénateur Mike Lee (Utah), le chef de file républicain à la commission antitrust du Sénat. Il a toutefois mis en garde contre ce qu’il a qualifié de désir de certains démocrates de « profiter de l’occasion pour modifier radicalement notre système d’application des lois antitrust ».

Même s’il est peu probable que les républicains soutiennent les propositions les plus ambitieuses des démocrates, les points d’accord semblent plus nombreux que par le passé. Makan Delrahim, responsable de l’application de la législation antitrust au département de la Justice sous l’administration Trump, avait indiqué avant de quitter ses fonctions qu’il serait sensé que le Congrès impose de plus lourdes obligations légales aux entreprises détenant au moins 50 % de parts de marché, afin qu’elles démontrent que leurs nouvelles acquisitions ne portent pas préjudice aux consommateurs. Cette proposition figure dans le projet de loi Klobuchar.

Les grandes entreprises sont prêtes à se battre contre nombre de ces mesures, qu’elles considèrent comme des menaces pour leurs résultats financiers. Facebook et Amazon ont dépensé plus en lobbying en 2020 que n’importe quelle autre société américaine, notamment pour tenter d’influer sur la législation antitrust. Les géants de la tech affirment être confrontés à une vive concurrence qui les oblige à innover constamment, et avoir acquis leurs importantes parts de marché grâce aux consommateurs qui apprécient leurs produits.

Facebook et Google mènent également des batailles judiciaires devant les tribunaux fédéraux. L’année dernière, le département de la Justice et les procureurs généraux de dizaines d’Etats ont engagé des poursuites antitrust contre Google, tandis que la Federal Trade Commission (Commission fédérale du commerce, FTC) et la plupart des Etats ont poursuivi Facebook. Ces affaires portaient toutes sur des accusations d’abus de position dominante.

L’issue de ces procès pourrait ne pas être connue avant plusieurs années, voire davantage, ce qui explique, qu’en 2021, l’attention accordée à l’antitrust se concentrera davantage du côté du pouvoir législatif.

Chez les démocrates, les membres les plus à gauche du parti sont favorables à des changements radicaux.

M. Cicilline a indiqué qu’il réfléchissait à une législation obligeant les entreprises technologiques à scinder leurs plateformes très utilisées de leurs autres activités. Il a baptisé cette idée le « Glass-Steagall pour l’Internet », en référence à une loi de 1933 qui avait obligé les banques a séparé leurs activités traditionnelles et celles d’investissement à Wall Street. Les républicains affirment que cette idée est vouée à l’échec.

« Retenez bien mes mots : les choses vont changer. Les lois arrivent », a lancé M. Cicilline lors d’une audition le mois dernier.

Le représentant Ken Buck (Colorado), le plus haut membre républicain de la sous-commission antitrust de la Chambre, a fait valoir à ses homologues au sein du parti que ce qu’ils estiment être des partis pris anti-conservateurs peuvent être réglés grâce à des modifications de la loi antitrust, en diminuant le pouvoir des plateformes et en permettant une plus grande concurrence.

M. Buck recommande une « approche au scalpel » axée sur le secteur des technologies et se dit prêt à exiger des entreprises dominantes de la tech qu’elles apportent des preuves que leurs projets d’acquisition ne nuisent pas à la concurrence.

« Je considère que cela est nécessaire pour les Big Tech en raison d’abus, a-t-il dit au cours d’une interview. Ce n’est pas le cas pour les entreprises d’autres secteurs. »

L’administration Biden pourrait jouer un rôle essentiel dans le dialogue parlementaire, mais elle n’a pas encore esquissé de programme détaillé. La Maison Blanche étudie toujours les candidatures pour diriger la division antitrust du département de la Justice et pour occuper des postes de commissaires à la FTC

M. Buck, faisant référence à Amazon, Apple et Google, a déclaré qu’il était favorable à l’idée d’interdire les comportements discriminants ou l’auto-favoritisme lorsqu’une plateforme technologique dispose d’une position monopolistique, notamment en exigeant que l’entreprise scinde ses activités commerciales afin qu’elles « ne puissent pas créer son propre produit pour le faire entrer en concurrence avec d’autres sur sa marketplace ». M. Cicilline a également évoqué la possibilité de restreindre le « self-preferencing ».

Les parlementaires des deux partis ont également exprimé leur soutien à l’augmentation des fonds destinés aux missions antitrust de la FTC et du département de la Justice, notamment en revalorisant les sommes que les grandes entreprises doivent payer lorsqu’elles soumettent à leur examen des projets d’acquisition.

Dans ce domaine, les idées des républicains ne recueillent pas forcément le soutien des démocrates, notamment leurs propositions en faveur d’un alignement des procédures antitrust de la FTC sur celles du département de la Justice, ou le transfert à ce dernier de l’ensemble des pouvoirs en matière d’application des lois antitrust, qui est actuellement partagé entre les deux institutions.

L’administration Biden pourrait jouer un rôle essentiel dans le dialogue parlementaire, mais elle n’a pas encore esquissé de programme détaillé. La Maison Blanche étudie toujours les candidatures pour diriger la division antitrust du département de la Justice et pour occuper des postes de commissaires à la FTC. Selon une source proche du dossier, elle recherche des profils ayant un bon sens politique, car ils devront être capables de travailler avec le Congrès.

La semaine dernière, le président Biden a nommé Tim Wu, professeur de droit à l’université Columbia, à un poste de direction au sein du Conseil économique national de la Maison Blanche. En 2018, M. Wu a écrit The Curse of Bigness, un livre qui dénonçait l’état de la politique de concurrence américaine.

L’administration prévoit également de nommer Lina Khan, une opposante aux géants de la tech et ancienne membre du bureau antitrust de la Chambre des représentants, à un poste vacant au sein de la FTC.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

Traduit à partir de la version originale en anglais dans l’Opinion

Tech: trop de gaspillage dans les entreprises

Tech: trop de gaspillage dans les entreprises

(un article du Wall Street Journal)

Les entreprises dépensent énormément d’argent dans les technologies. Et elles en gaspillent aussi beaucoup.

Les explications à ce phénomène sont multiples. Parfois, elles sont à l’affût de la dernière nouveauté à la mode. Dans d’autres cas, elles ne comprennent pas bien ce que recherchent les consommateurs. Ou bien encore, elles conçoivent de nouveaux produits au lieu de se contenter d’en acheter sur le marché.

Quelle qu’en soit la cause, la probabilité de commettre des erreurs en matière d’investissement est plus importante que jamais : la pandémie a poussé les entreprises à se précipiter encore davantage à la recherche de nouveaux outils, notamment pour répondre aux besoins de personnes travaillant de plus en plus fréquemment à domicile. Les dépenses mondiales dans le domaine de l’informatique devraient ainsi atteindre 3 900 milliards de dollars cette année, soit une hausse de 6 % par rapport à 2020, selon le cabinet d’études Gartner.

« Le prix des services de base dans le cloud continue de baisser. Si vous y êtes déployé, vous pouvez en tirer profit, mais cela ne se fait pas toujours automatiquement »

« Avec la Covid, chacun constate l’accélération de la transition vers le numérique, mais très peu de structures cherchent à savoir qu’elles en sont les retombées sur leurs activités, explique James Anderson, vice-président de la recherche chez Gartner. Comment les entreprises gaspillent-elles leur argent ? Elles n’utilisent pas d’indicateurs de performance pour orienter leurs investissements, et font ce que les gens leur disent de faire. »

Le Wall Street Journal a interrogé des dirigeants de la tech et des entrepreneurs sur les erreurs les plus grosses et les plus coûteuses que commettent les entreprises dans ce domaine. Voici quelques-unes de leurs réponses.

Des dépenses trop élevées dans le cloud

Tout le monde connaît les avantages du cloud — des infrastructures et des coûts de stockage moins élevés, par exemple — et cette technologie ne cesse de s’améliorer.

Mais beaucoup d’entreprises finissent par dépenser beaucoup trop pour migrer sur le Web, car elles ne se rendent pas compte de ce que ce changement implique. Selon l’analyste Ed Anderson de chez Gartner, les sociétés qui n’ont pas de stratégie pour suivre et contrôler leurs coûts relatifs au cloud déboursent en moyenne 40 % de plus que nécessaire.

« Le prix des services de base dans le cloud continue de baisser. Si vous y êtes déployé, vous pouvez en tirer profit, mais cela ne se fait pas toujours automatiquement », avertit Brian Tosch, consultant principal de Tech DNA, une société de conseil en technologie basée à Seattle.

Souvent, les problèmes sont dus à une mauvaise planification. Beaucoup d’entreprises se contentent de transférer l’ensemble de leurs logiciels — afin qu’ils puissent fonctionner dans le cloud plutôt que sur les serveurs de l’entreprise — sans les modifier. Michael Kauffman, directeur et responsable juridique de Tech DNA, qualifie ce genre de migration de « lift and shift »(copier-coller).

Mais le problème est que si le logiciel n’est pas adapté, il risque de fonctionner en permanence et de consommer des ressources inutiles dans le cloud, ce qui engendre des coûts d’utilisation élevés.

Cette situation est susceptible de se produire avec de nombreuses applications, notamment le courrier électronique et les systèmes de communication, poursuit M. Anderson. La plupart d’entre elles sont conçues de manière à ce que vous « lanciez l’application et la laissiez s’exécuter. Ce schéma n’est pas nécessaire dans [le] cloud, car les ressources peuvent être allouées en temps réel lorsqu’une application en a besoin. »

Dans d’autres cas, les entreprises ne réalisent pas que la manière dont elles stockent leurs données en ligne leur coûte trop cher, sans que cela ait la moindre utilité. Un problème qui pourrait être résolu par de simples ajustements.

Cirrus Data, qui aide les grandes entreprises dans leurs projets de migration vers le cloud et de stockage de données, avait un client qui sous-estimait le travail nécessaire pour passer sur le cloud et n’avait pas adapté ses applications afin de profiter des économies potentielles offertes par cette transition, explique son directeur général Wayne Lam.

Résultat : le client a dû régler des factures liées à ses services en cloud 200 % plus élevées que prévu.

Enfin, les entreprises transfèrent parfois des logiciels dans le cloud alors qu’il serait préférable de les faire tourner sur leurs propres serveurs. Par exemple, faire fonctionner des logiciels nécessitant une puissance de calcul élevée, comme les outils de traitement vidéo, se révèle parfois moins coûteux ailleurs que sur le cloud.

Une mauvaise compréhension du client

Il arrive que les entreprises choisissent une technologie en fonction de ce que les clients semblent vouloir, sans se rendre compte qu’elles se basent sur de fausses hypothèses.

Prenons le cas de Harry Rosen, une chaîne de 17 magasins de vêtements de luxe pour hommes basée à Toronto. En 2018, elle a réalisé une enquête auprès de ses clients, leur demandant s’ils utiliseraient PayPal dans le cas où la société le proposerait sur son site. Un nombre important d’entre eux a répondu par l’affirmative. L’entreprise a donc engagé un intégrateur de systèmes afin d’ajouter PayPal sur sa plateforme de commerce électronique, pour un coût de 80 000 dollars.

« Nous avons travaillé avec des entreprises où l’obstination à construire plutôt qu’à acheter est un facteur très important, [et] où il existe un grand penchant pour cette option. Vous finissez par fournir un énorme travail pour faire quelque chose qui, en étant honnête, existe déjà à un coût abordable dans le commerce, voire même gratuitement en open source. »

Mais seule une petite partie des achats en ligne de l’entreprise a ensuite été réglée via PayPal — à peine 10 % à la fin de 2018. Le problème était que payer par ce biais nécessitait de passer par plusieurs étapes. Les clients devaient cliquer sur « acheter », puis remplir leurs informations de paiement sur la plateforme PayPal, avant de retourner sur le site de Harry Rosen pour finaliser la transaction.

Rétrospectivement, reconnaît Ian Rosen, vice-président exécutif de Harry Rosen en charge du numérique et de la stratégie, l’entreprise aurait dû interroger les clients en posant une question plus générale : quel type de moyen de paiement répond le mieux à vos besoins ? L’entreprise se serait alors rendu compte que les clients souhaitaient globalement une méthode de paiement simplifiée, mais pas nécessairement PayPal.

M. Rosen indique que l’entreprise est en train de déployer une nouvelle plateforme de e-commerce avec une technologie de paiement qui permettra de pouvoir choisir entre plusieurs modes de règlement en un seul clic.

PayPal est « une solution fantastique » si vous optimisez vos systèmes pour qu’ils correspondent à ses points forts, précise M. Rosen, mais « lorsque vous essayez de l’intégrer de force à un autre processus, vous risquez de vous priver de certains de ses principaux avantages. »

Un porte-parole de PayPal explique que l’entreprise ne commente pas les cas particuliers, tout en précisant : « Nous travaillons avec nos nombreux partenaires pour offrir toutes les options et permettre aux entreprises d’intégrer nos solutions en fonction de leurs préférences. »

Le penchant pour les logiciels maison

La création ex nihilo d’outils comme un site web ou une application peut coûter des centaines de milliers de dollars, rappelle Oliver Dore, partenaire tech chez Work & Co, une entreprise new-yorkaise qui travaille avec les marques pour mettre en place des technologies centrées sur l’expérience client.

Alors, pourquoi tant de sociétés développent-elles en interne des logiciels au lieu de les acheter clés en mains ? Parfois, c’est une question de politique d’entreprise.

Dans celles qui ont de fortes capacités technologiques, les équipes travaillant dans ce domaine peuvent pousser à développer de nouveaux outils ou services en interne au lieu de les acheter, explique M. Dore.

« Nous avons travaillé avec des entreprises où l’obstination à construire plutôt qu’à acheter est un facteur très important, [et] où il existe un grand penchant pour cette option, dit-il. Vous finissez par fournir un énorme travail pour faire quelque chose qui, en étant honnête, existe déjà à un coût abordable dans le commerce, voire même gratuitement en open source. »

Par exemple, le groupe Authentic Brands, une société basée à New York qui possède Forever 21, Brooks Brothers, Lucky Brand et d’autres enseignes, avait l’habitude d’utiliser des outils fortement personnalisés. Même si leurs systèmes n’avaient pas été développés en interne de A à Z, ils les avaient tellement customisés qu’ils nécessitaient une étroite et lourde surveillance afin de gérer le flux de travail. Mais pendant la pandémie, l’entreprise a dû faciliter la transition vers le télétravail, ce qui l’a amenée à se tourner vers des logiciels très répandus sur le marché comme Dropbox et Trello.

Comme ces produits disposent d’équipes de maintenance, l’entreprise a pu diminuer le nombre d’employés nécessaires pour assurer l’exécution de ses tâches, explique Adam Kronengold, directeur numérique d’Authentic Brands.

« Nous avons compris que nos activités complexes ne nécessitaient pas d’outils très sophistiqués, et que la solution la plus adaptée pour notre entreprise était de modifier nos propres procédés internes tout en adoptant des technologies standards », souligne M. Kronengold.

Il est certain, selon M. Dore, que dans certains cas, tout construire à partir de rien peut permettre d’économiser de l’argent à terme. Cette considération prend tout son sens lorsque les coûts de licence des outils disponibles sur le marché sont élevés, quand les fonctionnalités qui y sont intégrées offrent des services qui ne sont pas nécessaires ou présentent peu d’intérêt, et que le coût d’intégration d’un service externe à la panoplie des outils existants dans l’entreprise est prohibitif.

Une mauvaise communication interne

Lorsque des problèmes techniques surgissent et entraînent un gaspillage d’argent pour l’entreprise, la cause en est parfois les désaccords entre services.

C’est ce qui s’est passé chez LuckyTruck, un courtier d’assurance numérique basé à Cincinnati qui permet aux transporteurs de souscrire des assurances en ligne. Début 2020, la société a construit un outil web pour remplir automatiquement les informations des dossiers d’assurance en faisant du « scrapping » (technique d’extraction de contenus) depuis des bases de données en ligne accessibles au public. Cet outil devait réduire le temps nécessaire pour remplir une demande de près d’une heure, explique Haseeb Khizar, responsable de la technologie chez LuckyTruck.

Mais, peu après son lancement, la société a constaté que si cet outil permettait de recueillir des informations, celles-ci ne pouvaient pas être transférées sur le site de la société. Les membres de l’équipe technique ont été chargés de résoudre le problème, qui, peu de temps après, semblait résolu.

Quelques mois plus tard, M. Khizar a remarqué quelque chose d’inhabituel : l’entreprise utilisait deux « scrapers » en même temps.

Que s’était-il passé ? Des problèmes de communication.

Selon M. Khizar, l’équipe technique avait expliqué que trois à quatre semaines seraient nécessaires afin de trouver une solution pour le « scraper » originel. Un délai qui a exercé sur elle une forte pression. L’équipe a donc préféré bâtir un deuxième « scraper », en environ deux fois moins de temps.

Mais elle n’a jamais parlé de ce deuxième outil, si bien que le premier scraper a été maintenu en ligne. L’entreprise payait 1,80 dollar de l’heure pour le faire fonctionner, ce qui lui a coûté environ 7 800 dollars sur six mois.

Le manque de communication, et peut-être une hésitation à communiquer sur un échec, peut expliquer pourquoi le problème a mis si longtemps à être résolu, note M. Khizar.

« Cela a pu se produire parce qu’ils éprouvaient un sentiment de gêne, ou autre chose, dit-il. Mais nous n’avons jamais eu pour habitude de jeter l’opprobre sur nos collaborateurs à cause de leurs erreurs. »

Dans certains cas, les entreprises gaspillent de l’argent parce qu’elles ne peuvent pas suivre chaque nouvelle tendance. Elles finissent donc par rester coincées par une technologie dépassée qui n’est plus rentable.

Vivek Kundra, directeur général de Sprinklr, une société de logiciels basée à New York et spécialisée dans l’expérience client, a vu cette tendance se manifester au cours de ses premières années comme directeur des systèmes d’information au sein de l’administration Obama. A l’époque, de nombreuses structures se tournaient déjà vers le cloud, mais l’argent gouvernemental était orienté vers la croissance de ses propres data centers.

« Une des choses que j’avais remarquée est que le gouvernement était passé de 400 data centers en 1998 à plus de 5 000 en 2009, alors que leur taux d’utilisation moyen était inférieur à 27%, se souvient M. Kundra. L’un des plus gros problèmes avec la technologie est que les dirigeants continuent à jeter de l’argent par les fenêtres de cette façon. »

Selon M. Kundra, la planification et le suivi sont des éléments importants pour garantir qu’une solution technologique répondra aux besoins de l’activité.

« Les entreprises doivent s’assurer qu’elles comprennent bien quels sont concrètement leurs propres objectifs avant de procéder à la mise en œuvre d’un logiciel, ajoute-t-il. Elles doivent travailler avec le fournisseur pour déterminer comment la technologie va les aider à remplir leurs objectifs. »

Pandémie : plaidoyer pour la tech et l’IA

Pandémie : plaidoyer pour la tech et l’IA

 

Ancienne dirigeante de Sanofi et de GE Healthcare, Pascale Witz défend dans son livre* le recours à la tech et à l’intelligence artificielle (IA) dans la santé.(Interview dans l’Opinion)

Quel est l’apport de la tech dans la course aux vaccins ?

Les vaccins à ARN messager sont des exemples criants de l’apport de la tech. Si Moderna et BioNTech ont réussi ce coup de force, c’est qu’ils travaillaient depuis cinq ans sur cette technologie et qu’ils ont fait pivoter leurs équipes vers le vaccin. C’est ce qui leur a permis de gagner la course. Ce n’est pas le cas de Sanofi et je suis sûre que les équipes, que je connais bien et qui n’ont pas ménagé leurs efforts, sont très déçues. Mais, comme je l’expliquais, chaque laboratoire a utilisé la technologie qu’il maîtrisait.

Comparée à nos voisins anglais qui vaccinent à tour de bras, la France est à la traîne. Faut-il repenser notre sacro-saint principe de précaution?

Je ne pense pas que la France a été plus précautionneuse que la Grande-Bretagne. Le démarrage de notre campagne vaccinale a manqué d’audace mais les choses se déroulent bien mieux à présent. Il faut comprendre une chose : Faire un vaccin, ce n’est pas comme faire du Doliprane ! Ce n’est pas parce qu’on est capable de développer le second qu’on peut faire de même avec le premier. Les lignes de production sont tout à fait différentes. Un vaccin va transiter par la ligne dite des grandes molécules ou des produits biologiques innovants. C’était déjà un marché tendu. Lorsqu’un laboratoire veut développer un nouveau produit, il lui faut réserver un créneau pour la capacité de production des années à l’avance. Les limites de la campagne vaccinale se situent davantage à ce niveau-là selon moi.

En dehors du vaccin, pour quelle pathologie la tech a-t-elle fait ses preuves ?

Quand je parle de la tech, c’est au sens large, j’englobe la puissance du calcul, la miniaturisation, la connectivité. Le diabète est un bon exemple. Il y a 5 ou 6 ans, un patient diabétique devait avoir en permanence avec lui sa trousse de bonne taille contenant tous les outils pour se piquer le doigt. Avec les mini-capteurs de mesure du glucose en continu à patcher sur le bras ou sur le ventre une fois par semaine, cette logistique encombrante est derrière nous. Il suffit de regarder sa montre connectée pour vérifier discrètement son taux de glucose dans le sang.

La tech me semble tout à fait pertinente pour la surveillance cardiaque, en particulier celle des femmes. Elles sont davantage sujettes à la survenue d’un décès que les hommes après un premier événement cardiaque. Les médecins urgentistes vous diront leur inquiétude lorsqu’ils renvoient chez elles des patientes dont le tableau clinique est incertain. Des sociétés comme iRhythm Technologies développent déjà des enregistreurs d’ECG connectés, discrets. Il n’y a pas si longtemps, on faisait porter aux patients un holter, dispositif contraignant qui permettait l’enregistrement en continu de l’électrocardiogramme (pendant au moins 24 heures, NDLR). C’était impossible de l’oublier !

Selon vous, l’intégration de l’IA dans les protocoles médicaux va permettre de «  réhumaniser  » la médecine, en particulier à l’hôpital. N’est-ce pas paradoxal ?

La tech démocratise l’innovation médicale, elle pousse vers une santé de plus en plus humaine. Ce n’est pas du tout un paradoxe.

L’IA doit être conçue comme un outil de support à la décision. Elle permet l’analyse d’un plus grand nombre de données et, ce faisant, accorde au médecin davantage de temps pour se recentrer sur le patient. C’est l’autre aspect que je défends, quand je parle du suivi médical «  déporté  » à la maison grâce à la tech. Cette approche contribue au désengorgement des urgences et recentre l’hôpital sur son cœur de métier : la prise en charge des pathologies les plus graves.

Nous avons de grandes exigences vis-à-vis de la médecine. Je ne vois pas d’autres moyens que de faire confiance à la tech et à l’utilisation sécurisée des données

Vous prônez le principe de l’algorithme personnel de santé. De quoi s’agit-il ? Est-ce applicable en France, ou la population se méfie volontiers des GAFAM ?

Prenons l’exemple de l’asthme. La société Propeller Health a développé un inhalateur connecté, qui prend en considération l’environnement immédiat du patient et lui permet d’anticiper des crises d’asthme et d’éviter une fois de plus un recours aux urgences. Il s’agit donc, en somme, d’ajuster au plus près et de façon la plus personnelle le traitement au patient.

Quant à la défiance, je rappelle que nos données sont bien plus souvent enregistrées par des sociétés commerciales qu’à des fins scientifiques. Et, sincèrement, il faut en passer par là pour avancer dans la recherche clinique. Nous avons de grandes exigences vis-à-vis de la médecine. Je ne vois pas d’autres moyens que de faire confiance à la tech et à l’utilisation sécurisée des données. En ce sens, la création du Health data hub (nouvelle banque de données nationale, NDLR) est une très bonne initiative.

Limites de la tech vis-à-vis de l’environnement (Nicolas Hasard)

Limites de la tech vis-à-vis de l’environnement  (Nicolas Hasard)

 

Dans une interview de la Tribune, Nicolas Hazard, Fondateur du fonds INCO qui accompagne les projets green innovants souligne le rôle de la tech pour l’environnement mais aussi ses limites.

 

 

Le prochain Marseille City Life a pour thème général « Tech et zéro carbone ». Doit-on considérer que l’équation est utopique ou au contraire, tout à fait compatible ?

Nicolas Hasard – Je la pense compatible, mais je pense aussi que la notion du sauveur providentiel est celle qui aujourd’hui fait le plus de mal à l’humanité. Il flagrant de constater par exemple, particulièrement outre-Atlantique, à quel point sont nombreux ceux qui croient en un Christ Sauveur, qui viendra nous secourir de l’apocalypse annoncée. À notre époque, ce Christ, cette croyance, s’appelle la technologie. On se raccroche aujourd’hui à elle, à sa puissance créatrice, elle qui nous accompagne tous les jours et qui a profondément transformé nos vies. C’est objectivement un levier exceptionnel. Pourtant, il n’y a aucune certitude qu’il réussisse à nous sauver, mais l’on s’y complaît, en pensant que de toute façon le progrès technologique nous sauvera in fine de toutes nos turpitudes.

Les solutions innovantes – notamment celles qui utilisent l’hydrogène par exemple – sont mises au point par des startups, c’est-à-dire par de petites structures, certes agiles mais qui n’ont pas autant les moyens de diffusion que les grands groupes. Comment faire pour que les initiatives isolées mais vertueuses soient reprises à grande échelle ?

Dans notre incubateur INCOPLEX Green Sud à Marseille, nous accompagnons une start-up bien connue ici, Hysilabs, qui a le potentiel pour révolutionner cette source d’énergie exceptionnelle qu’est l’hydrogène, notamment en facilitant son transport. Pour que ce type d’initiative change d’échelle, il faut la connecter à un écosystème d’investisseurs et surtout de grands groupes industriels qui seront en mesure de lui permettre d’expérimenter ses solutions et de les mettre sur le marché. L’open innovation, c’est-à-dire l’innovation ouverte qui mets en relation start-ups et grandes entreprises, c’est le modèle que nous prônons au sein nos incubateurs, car il permet aux start-up de frotter leurs innovations aux réalités des attentes des grands acteurs économiques. Nous appliquons les mêmes principes dans notre incubateur dédié à la prévention santé, le Prevent2Care Lab, basé ici à Marseille chez Kedge BS.

Dans votre dernier ouvrage « Appel à la guerilla mondiale » vous incitez chaque citoyen à devenir un guerillero et à « hacker » le système. Pourquoi si le zéro carbone semble être la préoccupation de tous, n’arrive-t-on pas à véritablement modifier les habitudes ?

Il existe sans doute mille raisons qui peuvent expliquer pourquoi nous sommes si inconscients et inconsistants face à l’énorme défi environnemental et à quel point nous avons la capacité à répéter les mêmes erreurs que les civilisations qui nous ont précédées, dont certaines ont dilapidé leur capital naturel, et ont été balayées. Il faut changer de modèle de façon radicale et l’une des solutions c’est aller vers la smart city, certes, mais plus encore, vers le « smart country ». C’est-à-dire vers une déconcentration, une relocalisation, une restitution du « pouvoir vivre » à tous les territoires urbain et ruraux. Il faudrait à nouveau que chaque territoire se considère davantage comme un archipel indépendant. En matière d’énergie, de mobilité, d’urbanisme, d’agriculture : c’est à l’échelle locale que les alternatives s’élaborent, que les acteurs publics et privés transforment en profondeur le développement économique et la façon dont nous consommons.

 




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