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Tech: Le danger des amis virtuels

Tech: Le danger des amis virtuels

 

 

L’éditorial de Dominique Leglu est extrait de Sciences et Avenir – La Recherche numéro 898, daté décembre 2021, qui fait sa couverture sur Icelandia, le continent englouti. Le magazine est disponible chez tous les marchands de journaux, et en numérique.

 

 

Des robots qui discutent

Qui d’entre nous, d’ailleurs, ne s’est pas retrouvé un jour à sermonner sa propre voiture quand, par un froid matin d’hiver, elle refusait de démarrer ? Comment allons-nous nous comporter à l’avenir, suite à des échanges de plus en plus fréquents avec les agents conversationnels — ces « chatbots » ou robots qui discutent — répondant à nos questions et donnant des conseils ? Déjà une réalité pour qui converse avec Siri sur son iPhone ou avec Alexa d’Amazon, appelé avec Disney à se déployer un peu partout. Manipulation douce. Que se passera-t-il demain avec le développement du métavers annoncé récemment par Mark Zuckerberg (lire p. 42) ?

 
 Dans cet univers virtuel, où tout un chacun est censé vivre via son avatar en 3D parmi d’autres avatars amis, comment détecter les pseudo-personnages… Des robots si persuasifs qu’on les prendrait pour des anges gardiens. À l’heure où la Stratégie nationale pour l’intelligence artificielle (2018-2022) entre dans sa deuxième phase, ce n’est pas un hasard si un avis sur les enjeux éthiques des chatbots vient d’être émis par le Comité national pilote d’éthique du numérique (CNPEN). Les agents conversationnels sont en effet des intermédiaires puissants du système numérique pour que ce dernier engrange pléthore de données sur nos réactions émotionnelles et notre comportement général.Tech: Le danger des amis virtuels dans sciences amis ! dans sciences

« Manipulation douce »

 Un apprentissage qui, en retour, peut permettre d’exercer insidieusement une « manipulation douce », explique ainsi Laurence Devillers, corapporteuse de l’avis du CNPEN, professeure d’IA et d’éthique (université Paris-Sorbonne, CNRS) que les lecteurs de Sciences et Avenir – La Recherche connaissent bien. Brouillage et mensonges. Il est grand temps que des normes encadrent la déferlante annoncée de chatbots, pour éviter le brouillage entre humain et non-humain. Voire une perte de repères entre la vie et la mort, quand il devient possible de poursuivre le dialogue avec une personne décédée grâce à un « deadbot » qui en garde la voix et l’apparence. Que deviendrait le temps du deuil, indéfiniment prolongé ? Une éducation s’impose ainsi dès le plus jeune âge, pour faire prendre pleinement conscience de cette nouvelle réalité. Pour éviter non seulement que s’aggrave l’addiction aux images ou à la consommation de produits mais aussi que s’infiltrent mensonges et fake news, à l’insu de notre plein gré. Un défi à la démocratie

TECH-Le danger des plates-formes pour la démocratie

TECH-Le danger des plates-formes pour la démocratie 

 

L’économiste des médias Nathalie Sonnac souligne, dans une tribune au « Monde », les risques que les géants du numérique représentent pour le pluralisme de l’information et la liberté de nos choix individuels

 

Tribune.

 

Le numérique est partout. Il a envahi notre espace de vie. C’est vrai pour les domaines de la santé, des transports, de la finance et de la banque, des loisirs et de la communication. C’est aussi vrai pour le domaine de l’information. En 2020, 88 % des Français âgés de plus de 12 ans déclarent se connecter à Internet tous les jours ou plusieurs fois par semaine, 63 % utilisent internet pour suivre l’actualité.

Chez les 18-24 ans, ce sont près des deux tiers d’entre eux qui s’informent uniquement sur Internet et les réseaux sociaux via leur smartphone. Youtube, Twitter, Snapchat, Twitch et plus récemment TikTok ont leur préférence. Quatre plates-formes numériques américaines, connues sous le sigle GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon – que l’on appelle aussi les Big Tech – occupent aujourd’hui une position hégémonique dans l’espace informationnel.

Surpuissantes économiquement et financièrement, leur capitalisation boursière s’est envolée pendant la période de la pandémie. Et pourtant, aucune d’entre elles n’a 40 ans d’âge. Pour comprendre les dangers démocratiques de la puissance de ces multinationales, il convient d’interroger leur modèle d’affaires.

Les plates-formes numériques sont des intermédiaires, qui rendent possibles et facilitent les interactions entre différents groupes d’agents. Catalyseurs économiques, selon les termes du Prix Nobel d’économie Jean Tirole, ces interactions dénommées « effets de réseau croisés » (la valeur d’un réseau augmente avec le nombre d’utilisateurs) structurent l’économie numérique dont les marchés sont à deux versants.

D’un côté ces géants du numérique concourent à installer la gratuité comme mécanisme d’incitation de la demande à rejoindre la plate-forme, car avec leurs milliers de services accessibles gratuitement, l’intérêt du consommateur est toujours accru. De l’autre côté la monétisation de ces services repose sur la publicité en ligne, qui constitue 80 % du chiffre d’affaires de Google et 95 % de celui de Facebook.

Leur modèle économique repose ainsi sur la collecte massive les données (big data) et leur exploitation par des algorithmes et l’intelligence artificielle. Les deux versants des marchés sont ainsi reliés par un système d’appariement qui est au cœur de la création de valeur d’une plate-forme. Les GAFA se « nourrissent » de toutes les traces que nous laissons par notre navigation sur les sites.

Nos données constituent selon Pierre Louette, PDG de l’Agence France-Presse de décembre 2005 à avril 2010, « d’immenses réservoirs, de segmentation, de prédictibilité qui servent toutes les opportunités de recommandation, de proposition ciblée et de monétisation » (Des géants et des hommes : Pour en finir avec l’emprise des Gafa sur nos vies, Laffont, 2021). Avec le premier moteur de recherche au monde et sa pléthore de services gratuits, Google est certainement la plate-forme qui bénéficie de la plus grande traçabilité de ses utilisateurs.

French Tech: « Un écosystème insuffisant « 

French Tech: « Un écosystème insuffisant « 

 

 

INTERVIEW. Directrice de la mission French Tech depuis le 1er novembre, Clara Chappaz, 32 ans, Regrette l’insuffisance de l’écosystème

 

 

 

Les critères du Next 40 et du French Tech 120 sont fondés exclusivement sur la notion de croissance et d’hypercroissance. Faut-il les revoir ?

Non, nous allons conserver des critères purement de croissance économique pour le Next 40 et le French Tech 120 parce qu’il faut réfléchir à une échelle plus macro-économique. On voit que l’écosystème tech en France prend de l’ampleur tant sur les levées de fonds que sur l’emploi, avec 400.000 emplois et 200.000 créations prévues d’ici 2025, mais ce n’est pas suffisant. On reste encore en retrait sur la scène internationale malgré nos vingt licornes puisque sur les dix plus grosses capitalisations boursières mondiales aujourd’hui, huit sont des entreprises technologiques mais aucune n’est française ni même européenne ! Il y a donc encore besoin de soutenir ces entreprises qui ont le potentiel économique de devenir un acteur mondial. On doit, par exemple, viser la place de leader dans le domaine de la Green Tech [technologies liées à l'environnement et l'énergie]. On lance la nouvelle édition de ce programme et le seul ajustement prévu vise à prendre en compte la crise du Covid-19 en prenant un critère de croissance moyenne sur trois ans plutôt qu’un critère de croissance par an.

En revanche, nous allons multiplier des programmes thématiques tels que le Green 20 qui était le premier laboratoire pour aller chercher des technologies innovantes et du potentiel commercial sur des temps plus longs.

Dans cette logique, la French Tech Bordeaux vient de lancer un appel à projets, le NA 20, qui vient lorgner du côté de l’économie sociale et solidaire. Est-ce une piste à suivre au niveau national ?

Oui, je trouve ça génial ! J’ai travaillé dans deux startups du marché de l’occasion. Ce sont donc des sujets qui me sont très chers et qui sont chers à la plupart des entrepreneurs en France puisque c’est dans notre ADN de repenser l’innovation et les modèles de société. Nous avons créé un « board impact » pour le French Tech 120 et le Next 40 pour travailler sur les mesures qu’on peut mettre en place dans les entreprises. On a aussi le programme Tremplin pour aller des profils d’entrepreneurs différents : boursiers, issus des zones rurales ou des quartiers prioritaires de la ville, réfugiés, etc. Donc, oui, le programme NA 20 est un très bon pilote que nous regardons de près.

Votre prédécesseure, Kat Borlongan, avait notamment piloté le déploiement de la mission French Tech hors de l’Ile-de-France. Allez-vous poursuivre cette dynamique ?

Oui, pour la V3 (version3) de la mission French Tech, il y a une vraie ambition d’accompagner les startups de toutes les régions françaises. On voit d’ailleurs que de plus en plus d’entreprises et de startups s’installent ou ouvrent des bureaux dans les grandes métropoles françaises. Ces villes, et notamment Bordeaux qui attire beaucoup d’entreprises, ont une carte à jouer dans un contexte plus global de guerre des talents, notamment sur des profils seniors qui ont déjà vécu les phases d’accélération que connaissent beaucoup de startups aujourd’hui.

Ce réseau de 13 capitales French Tech et 40 communautés, qui vit grâce à l’implication des équipes et des chefs d’entreprise, est une très grande force. Il faut le soutenir parce que c’est un système unique qui est regardé avec attention par nos voisins européens. C’est d’ailleurs un sujet que nous allons porter lors de la présidence française de l’Union européenne en 2022.

Géants de la tech: la transparence en question

 Géants de la tech: la transparence en question

Un article de Katherine Bindley Dans le Wall Street Journal aborde la demande croissante de transparence sur les géants de la tech.(Extrait)

De plus en plus de débats et de critiques internes concernant des entreprises comme Facebook, Google et Apple se retrouvent mises sur la place publique. « Les employés ont l’impression que leur seule option est de s’adresser à l’extérieur »

 

 

De plus en plus de débats internes et de critiques concernant des géants de la tech se retrouvent sur la place publique. Les fuites d’informations sensibles en représentent les exemples les plus spectaculaires. Elles ont conduit les plus grandes entreprises du secteur à restreindre l’accès à l’information de leur personnel avec une partie duquel s’est instaurée une méfiance réciproque et nouvelle.

Chez Netflix, certains employés ont débrayé mercredi pour protester contre la façon dont l’entreprise a géré le tollé provoqué par un spectacle de l’humoriste Dave Chappelle. Dans un récent e-mail adressé au personnel, révélé par The Verge, le directeur général d’Apple, Tim Cook, a déclaré que les salariés transmettant des informations confidentielles en dehors de l’entreprise n’y avaient pas leur place. Plus tôt cette année, Google a licencié une employée de son équipe d’intelligence artificielle accusé d’avoir partagé des documents internes. Et la semaine dernière, Facebook a annoncé à ses troupes qu’il limiterait le nombre de personnes pouvant consulter les discussions sur les messageries internes concernant certains sujets, notamment la sécurité des plateformes, après la collecte de documents par un ancien employé qui ont servi de base aux Facebook Files dévoilés dans The Wall Street Journal.

 

Lorsqu’il a rejoint Google il y a une dizaine d’années, Xavid Pretzer, ingénieur senior, a été attiré par la culture de liberté et de transparence de l’entreprise et par l’idée qu’il serait en mesure de faire changer les choses. A cette époque, les questions, les commentaires et les débats étaient davantage encouragés, assure M. Pretzer, délégué de l’Alphabet Workers Union, un syndicat qui s’est formé pendant la pandémie pour fédérer les collaborateurs et leur donner la possibilité de s’exprimer sur l’entreprise. Il comptait environ 800 membres en janvier.

« Souvent, les gens ne sont pas uniquement attirés dans ces entreprises par le salaire, mais aussi parce qu’ils sont convaincus qu’ils pourront participer à rendre le monde meilleur », dit-il.

M. Pretzer explique que, ces derniers jours, certains employés ont l’impression que leurs questions pointues reçoivent des réponses plus vagues au cours des grandes réunions où le dialogue et la transparence étaient jusqu’alors la norme. Ce changement d’attitude a érodé la confiance entre la direction et certains employés, poursuit-il, ajoutant que si les entreprises ne fournissent pas de canaux de communication sûrs et constructifs pour aborder les problèmes éthiques en interne, il « pense que certaines personnes auront l’impression que leur seule option pour se faire entendre est de se tourner vers l’extérieur ».

Google a refusé de répondre aux demandes de commentaires. Cette semaine, lors de la conférence Tech Live du Wall Street Journal, Sundar Pichai, son Google, a déclaré que l’activisme des employés incite les entreprises à être plus responsables. M. Pichai dirige également Alphabet, la société mère de Google.

« Les CEO doivent accepter le fait que, dans le monde professionnel moderne, les employés veuillent avoir leur mot à dire sur l’entreprise », a déclaré M. Pichai. Il a ajouté que les entreprises prenaient les décisions finales, même si elles pouvaient ne pas plaire à tous les salariés.

Depuis longtemps, Apple est réputé pour être plus opaque que certains de ses concurrents de la Silicon Valley. Au cours de l’année écoulée, ses collaborateurs se sont publiquement opposés à certains recrutements et ont accusé l’entreprise de pratiquer l’inégalité salariale et la discrimination. Au début du mois, l’entreprise a licencié Janneke Parrish, une salariée du groupe à Austin en pointe dans le mouvement #AppleToo, selon son avocat Vincent White. Ce dernier déclare penser, comme sa cliente, que ce licenciement est une mesure de représailles à sa décision de s’exprimer sur l’équité salariale et à sa position en matière de syndicalisation.

Une autre ancienne employée d’Apple, Ashley Gjovik, a déposé de nombreuses plaintes auprès du National Labor Relations Board (NDLR : agence américaine indépendante chargée d’enquêter sur les pratiques illégales dans le monde du travail). Elle affirme notamment que le mémo de M. Cook décourageant la diffusion d’informations confidentielles et certaines parties du règlement intérieur d’Apple violent le droit du travail. Mme Gjovik déclare avoir été licenciée en septembre.

The Verge a été le premier média à faire état de ces deux licenciements chez Apple.

« Nous prenons toutes les préoccupations au sérieux et nous menons une enquête approfondie chaque fois qu’un problème est soulevé. Par respect pour la vie privée des personnes concernées, nous ne communiquons pas sur les dossiers personnels des employés », affirme Josh Rosenstock, porte-parole d’Apple.

Pendant longtemps, le climat de confiance entre Facebook et ses collaborateurs était établi de manière instantanée. Les nouvelles recrues avaient généralement accès aux renseignements sur l’entreprise dès leur entrée — documents internes, les groupes de discussion entre employés et les comptes rendus des assemblées publiques. Les commentaires du PDG Mark Zuckerberg lors des réunions hebdomadaires avec l’ensemble du personnel restaient généralement au sein de l’entreprise. Mais ces dernières années, de plus en plus d’informations ont été rendues publiques et, au début du mois, l’entreprise a commencé à restreindre les informations partagées en interne.

Tim Carstens, un ingénieur logiciel senior qui a quitté Facebook le mois dernier, explique que travailler dans une grande entreprise de la tech signifie accepter à la fois les avantages et les inconvénients d’avoir une énorme influence sur le monde. Des tensions apparaissent entre dirigeants et collaborateurs lorsqu’ils doivent déterminer comment satisfaire à la fois le marché et la société, ajoute-t-il.

Selon des analystes et d’anciens travailleurs, l’évolution de la perception du public d’entreprises comme Facebook et Google pourrait rebuter certains jeunes employés.

« Il y a quelques années, si vous disiez que vous travailliez pour l’une de ces entreprises, neuf personnes sur dix disaient : “Oh, c’est génial.” Maintenant, ils ne sont plus que la moitié à trouver ça super tandis que l’autre répond : “Cette entreprise fait des choses qui ne sont pas bien” », observe Brian Kropp, responsable des études sur les pratiques des RH chez Gartner.

Nick Clegg, vice-président de Facebook chargé des affaires internationales, a publié le mois dernier un mémo, dévoilé par le New York Times, à l’intention des employés. Il y donne notamment des conseils sur la manière de parler avec des amis et des membres de la famille qui pourraient remettre en question le bien-fondé de leur travail chez Facebook et l’influence de l’entreprise sur le discours politique.

« On continuera à nous poser des questions difficiles. Et beaucoup de gens continueront à être sceptiques sur nos motivations, écrit M. Clegg. C’est ce qui arrive quand on fait partie d’une entreprise qui a un tel impact sur le monde. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

Traduit à partir de la version originale en anglais

Tech-Smartphones, tablettes : un chargeur unique ? Enfin !

Tech-Smartphones, tablettes : un chargeur unique ? Enfin !

Enfin ! Bruxelles a préparé proposition de directive imposant à Apple, Huawei, Nokia et autres  de doter leurs appareils vendus sur le Vieux Continent de chargeurs universels et interopérables.

Selon nos informations, le projet de directive, qui sera dévoilé dans les jours à venir et devra ensuite être examiné par le Parlement européen et le Conseil (qui regroupe les Etats), impose de doter les appareils d’au moins un port USB-C et de garantir que tous les chargeurs soient interchangeables. Les équipes du commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, aux manettes, visent large : le projet concernera aussi les tablettes, les casques audios, les caméras et les enceintes musicales (mais pas les liseuses).

Un autre grand patron tech chinoise viré

Un autre grand patron  tech chinoise viré

 

Le fondateur de JD.com, Richard Liu, n’est pas viré  à proprement parler mais mis dans un placard. D’autres grands patrons chinois ont déjà subi le même sort.

.En mars dernier, Colin Huang, fondateur et président de la plateforme Pinduoduo, rivale de JD.com et d’Alibaba, avait renoncé à son statut d’actionnaire de référence du groupe. Quelques mois auparavant, il avait confié la direction opérationnelle de Pinduoduo à Chen Lei, qui a depuis repris la fonction de président. Sans parler du grand patron qui a été purement et simplement tué: Lai Xiaomin, ancien patron du conglomérat financier China Huarong condamné notamment pour bigamie. À noter aussi la mise à l’écart du grand patron d’Alibaba.

Tech : La régulation incontournable pour les plates-formes

Tech : La régulation  incontournable pour les plates-formes

 

Sheryl Sandberg, directrice des opérations de Facebook, et Jack Dorsey, PDG de Twitter expliquent  que la régulation est devenue incontournable pour les plates-formes dans le Wall Street Journal (extrait)

 

 

 

 

Apparemment, tout le monde dans la tech – et bien d’autres au-delà – veut avoir une activité de plateforme. Uber a utilisé ce terme à 747 reprises dans son prospectus d’introduction en Bourse en mai. We Co., la maison-mère du loueur de bureaux en difficultés WeWork, se targuait d’avoir une plateforme mondiale dans les documents de son introduction en Bourse qui n’a finalement pas eu lieu. Peloton Interactive, qui fabrique des équipements sportifs connectés, se désigne comme « la plus grande plateforme fitness interactive au monde ». Même Beyond Meat aime parler de ses « plateformes de produits à bases de plantes ».

Derrière l’engouement pour un terme en apparence anodin se cache un concept économique qui, dans ses diverses incarnations sur Internet, est devenu un tremplin pour une croissance et une richesse immenses. Les entreprises construites sur ce concept – de Facebook, YouTube et Twitter à Amazon, Uber et Airbnb – ont collectivement réuni des milliards d’utilisateurs et créé des centaines de milliards de dollars de valeur marchande en déployant des systèmes logiciels pour mettre en relation les créateurs de contenu avec une audience, les vendeurs avec les acheteurs, les chauffeurs avec les passagers, les hôtes avec les invités. Ces entreprises exercent un pouvoir sans précédent sur la façon dont les gens communiquent, sur ce qu’ils savent et regardent, et sur la façon dont ils font leurs achats et se déplacent.

Aidées par une approche non interventionniste du régulateur aux États-Unis, ces entreprises ont donné la priorité au recrutement, le plus rapide possible, de prestataires et d’utilisateur – et ont souvent balayé d’un revers de main les contraintes, contrôles et coûts supportés par les entreprises plus traditionnelles dans les secteurs qu’elles cherchaient à réinventer. « Nous sommes une plateforme », est répété à l’envi – pas un média, un commerçant, un fournisseur de services ou un exploitant de services automobiles.

Ce cadrage est désormais remis en cause de toutes parts. Utilisateurs, élus et régulateurs aux États-Unis et en Europe ont attaqué Facebook, YouTube et d’autres plateformes de réseaux sociaux pour en avoir fait trop peu alors que bigots, brutes et propagandistes étrangers inondaient leurs plateformes d’insultes et de désinformation. Amazon est sous le feu des critiques pour son contrôle laxiste de son marketplace, et Uber se bat contre une loi californienne qui pourrait obliger les entreprises de l’économie « collaborative » à traiter les chauffeurs comme des employés.

Le degré de responsabilité des entreprises technologiques à l’égard de leurs plateformes est devenu l’un des enjeux clés de notre époque. La façon dont cette question sera résolue aura des ramifications dans les décennies avenir pour le monde des affaires, l’intérêt des consommateurs et le discours social.

Pendant la plus grande partie de leur histoire, les entreprises tech ont été tellement concentrées sur les défis d’une croissance rapide que s’inquiéter de ce qui se passait sur leurs plateformes a été relégué au second plan, dit Geoffrey Parker, professeur d’ingénierie au Dartmouth College et co-auteur d’un livre sur l’essor de ces entreprises, titré Platform Revolution.

« Aujourd’hui, dit-il, cela leur pète à la figure. »

Les plateformes telles qu’on les connaît n’existeraient pas sans un texte de loi de 1996, l’article 230 230 du Communications Decency Act, qui exempte largement les services en ligne de responsabilités pour les contenus de tiers.

Ironie du sort, l’article 230 était au départ un projet visant à faciliter la modération de contenus. Il est arrivé après deux procès en diffamation avec des résultats contradictoires au début des années 1990 contre deux des entreprises qu’on appelait alors « portails Internet », hébergeurs de newsletters, forums et chat rooms où l’on trouvait des contributions d’utilisateurs.

Dans le premier cas, un tribunal fédéral a estimé que CompuServe n’était pas responsable pour les propos présumés diffamatoires à l’encontre d’un concurrent dans une newsletter de sa plateforme. CompuServe était considéré comme un distributeur : à l’instar d’une bibliothèque ou d’une librairie, il ne pouvait être tenu pour responsable pour chaque contenu qu’il véhiculait, a estimé la cour.

Quelques années plus tard, une publication anonyme sur un BBS (bulletin board system) du portail Prodigy évoquait une fraude chez le courtier Stratton Oakmont, à Long Island (N.Y.), qui sera plus tard au cœur du film de Martin Scorsese Le loup de Wall Street. Prodigy fonctionnait différemment de CompuServe, avec des directives de contenu et des modérateurs qui supprimaient parfois des messages. Stratton Oakmont a poursuivi Prodigy en justice, arguant que ces caractéristiques signifiaient qu’il était responsable de l’allégation de fraude faite sur sa plateforme. En 1995, un tribunal de l’État de New York a donné raison à Prodigy.

Cela a inquiété certains élus, qui ont eu peur que punir les entreprises tech qui modéraient certains, mais pas tous les contenus qu’elles hébergeaient, comportait le risque d’entraver le développement d’internet. Deux d’entre eux, le sénateur Ron Wyden, un démocrate de l’Orégon, et Chris Cox, alors élu républicain de Californie, ont déposé un projet de loi qui est devenu l’article 230, comportant la clause suivante : « Aucun fournisseur ou utilisateur d’un service informatique interactif ne doit être considéré comme l’éditeur ou le locuteur d’une information fournie par un autre fournisseur de contenu d’information. »

A l’époque, personne n’imaginait ce qu’internet allait devenir. Amazon n’avait pas deux ans, et Yahoo et eBay étaient également des enfants en bas âge. Google ne serait enregistré comme entreprise que deux ans plus tard, Facebook six ans plus tard, quant à Uber et Airbnb, ils n’ont vu le jour que plus d’une décennie après le vote de cette loi.

Mais cette série de mots a eu pour résultat d’offrir aux entreprises tech « une immunité incroyablement large » qui a été essentielle au développement des plateformes que nous utilisons aujourd’hui, note Jeff Kosseff, auteur d’un ouvrage sur la Section 230, intitulé, The Twenty-Six Words That Created the Internet. (« Les vingt-six mots fatidiques qui ont créé Internet »)

Get big fast

Cette loi a accompagné des évolutions technologiques et stratégiques. Le développement de connexions réseau plus rapides et d’une puissance de calcul accrue – en particulier après l’avènement du smartphone – a attiré plus de monde sur un internet toujours plus omniprésent.

En tirant parti de ce pouvoir, les entrepreneurs se sont emparés de modèles économiques qui devenaient plus intéressants pour les utilisateurs à mesure que plus de gens les utilisaient, dit le professeur Parker de Dartmouth – plus de contenu attirait plus d’utilisateurs, ce qui rendait la plateforme plus attrayante pour les créateurs de contenu, qui attiraient plus d’utilisateurs.

Ces facteurs sont liés à une autre caractéristique clé : la croissance rapide des plateformes a souvent nécessité relativement peu de coûts supplémentaires, surtout avec le bouclier juridique fourni par l’article 230. Elles étaient, comme on dit dans la Silicon Valley, hautement « scalable ».

Ces qualités – qui ont marché aussi bien pour les amis sur les réseaux sociaux que pour les vendeurs et les acheteurs, les chauffeurs et les passagers, et ainsi de suite – ont alimenté la croissance rapide des entreprises. Et les investisseurs en capital-risque et les entrepreneurs considéraient que beaucoup de ces marchés étaient des marchés où le gagnant rafle tout, d’où l’importance de grossir plus vite que la concurrence.

« Vous êtes en fait en mode survie », dit Tim Kendall, qui était directeur de la monétisation de Facebook de 2006 à 2010 ; il a plus tard été président de la société de partage d’images en ligne Pinterest. Il dit que lorsqu’il a rejoint Facebook, le site était loin derrière Myspace en nombre d’utilisateurs et qu’il n’était pas certain qu’il y arriverait. « Quand vous êtes en mode survie, vous n’êtes pas incités à prendre un peu de recul et réfléchir à la société et penser aux implications d’ordre supérieur, parce que vous voulez juste vivre et vous battre un jour de plus. »

Les dirigeants ont conservé cet état d’esprit même après que leurs entreprises sont devenues titanesques. Facebook a pris pour habitude au cours de la dernière décennie – bien après avoir conquis l’univers des réseaux sociaux – de lancer un nouveau produit ou une fonctionnalité quelconque pour mieux s’excuser après avoir été confronté à une volée de bois vert concernant les contenus, la vie privée et d’autres problèmes. Uber, aux prises avec son rival Lyft, s’est rué sur une ville après l’autre plus rapidement que les régulateurs ne pouvaient s’adapter.

« Chaque partie de votre corps vous dit que vous êtes David », indique M. Kendall, désormais à la tête d’une start-up appelée Moment qui aide les gens à diminuer le temps passé sur leurs smartphones. « Et aucune de ces entreprises ne sait quand elle devient Goliath. Elles sont pratiquement incapables de savoir qu’elles sont devenues Goliath, tant qu’elles n’ont pas été sanctionnées violemment par un régulateur ou un gouvernement ou une amende. »

Le retour de bâton

Les coups pleuvent de toutes parts ces derniers temps, et les entreprises plateformes répondent avec un mélange de défiance et d’efforts de conciliation.

Le flot de désinformation pendant la campagne présidentielle américaine en 2016 a suscité une attention sans précédent sur les responsabilités que Facebook, Twitter, YouTube et d’autres plateformes de réseau sociaux devraient assumer pour le contenu qu’elles diffusent. Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, le DG de Twitter, Jack Dorsey, et d’autres dirigeants, convoqués à des audiences du Congrès, se sont engagés à faire plus. Facebook affirme avoir embauché des milliers de nouveaux travailleurs pour renforcer la surveillance et la sécurité sur sa plateforme – un effort rendu plus complexe et plus coûteux par la nécessité d’adapter ses mesures à la myriade de marchés où le réseau est implanté à travers le monde.

Amazon dit avoir dépensé 400 millions de dollars l’année dernière pour adresser le problème de la contrefaçon et des produits qui ne sont pas aux normes, et est prêt à dépenser des milliards encore dans les prochaines années, après qu’une croissance rapide de vendeurs extérieurs sur sa marketplace a déclenché un afflux de produits de cette nature.

Utilisateurs et investisseurs aussi se méfient davantage des lignes de défense de ces plateformes.

En mars, le Wall Street Journal a révélé que Care.com, le numéro un américain de la mise en relation avec des baby-sitters et aides soignants par Internet, procédait seulement à une vérification très limitée du personnel aidant, parfois avec des conséquences dramatiques. L’entreprise a répondu qu’elle était une plateforme, et que, comme d’autres plateformes, elle ne vérifiait en général pas les informations publiées par les utilisateurs. L’action Care.com a plongé en Bourse dans le sillage de ces révélations, son DG a démissionné et, en décembre, a accepté de se vendre à IAC/InterActive Corp. pour environ 60 % de sa dernière valorisation.

En parallèle, tribunaux et élus sont en train de fixer de nouvelles limites aux libertés offertes par l’article 230. L’année dernière, le Congrès a adopté à une écrasante majorité une loi supprimant l’immunité des entreprises en ligne qui facilitent le commerce du sexe en ligne. Cette loi, qui répondait à l’explosion de la prostitution en ligne sur des sites comme Backpage.com, maintenant fermé, a été fortement contestée par les entreprises du Web, qui ont alerté sur le fait qu’elle était susceptible d’éroder les protections offertes par l’article 230.

En mars, une cour d’appel fédérale en Californie a rejeté une tentative d’Airbnb et de son concurrent HomeAway, une unité du Groupe Expedia d’invoquer l’article 230 comme défense contre une ordonnance de la ville californienne de Santa Monica les obligeant à s’assurer que les annonces locales sur leurs plateformes étaient conformes aux règles de la ville.

Airbnb est aussi en train de renforcer les mesures de sécurité sur sa plateforme après plusieurs incidents, dont une fusillade mortelle pendant une soirée qui a dégénéré dans une propriété louée via Airbnb. L’entreprise devait « assumer davantage de responsabilité pour les choses sur notre plateforme », a déclaré son patron, Brian Chesky, à propos des changements en novembre. « Notre secteur connaît une transition progressive, peut-être trop progressive. »

La bataille sur la responsabilité des plateformes dépasse les contenus. La Californie a adopté une loi qui entre en application le 1er janvier qui pourrait contraindre Uber et ses concurrents à traiter leurs chauffeurs comme des employés, susceptible de prétendre au salaire minimum et à des congés maladie payés. Uber a déclaré qu’il n’a pas à changer ses pratiques en raison de cette loi, et que ce n’est pas une entreprise de VTC mais « une plateforme technologique pour plusieurs types de places de marché numériques. »

Les entreprises plateformes ne vont pas disparaître. Elles ont amassé des millions et des millions d’utilisateurs avec des services qui mettent les gens en relation de manières utiles et nouvelles. Malgré le retour de bâton, nombre d’entre elles continuent de croître.

Mais le modèle est clairement en train de changer. La responsabilité de ce qui se passe sur les plateformes n’est plus une réflexion de second plan. Se déployer rapidement à grande échelle et moindre coût n’est pas sans contraintes. C’est ce que dit le professeur Parker : « L’ère de la régulation des plateformes est arrivée. »

Tech : le retard européen

Tech : le retard européen

 

Mikko Hyppönen, spécialiste en cybersécurité, explique, dans une tribune au « Monde », que, face à la domination des technologies américaines et asiatiques, il est urgent que l’Europe trouve les moyens de mieux défendre sa souveraineté numérique.(Extrait)

 

Tribune.

La pandémie de Covid-19 a conduit à une transformation numérique massive, la valeur des entreprises américaines de la tech a dépassé celle de l’ensemble du marché boursier européen. Révélation frappante, certes, mais pas surprenante. Pendant plusieurs années, l’Europe a pris du retard sur la création de nouveaux services et les rares succès sont immédiatement vendus à la concurrence états-unienne ou asiatique.

Bien que le Web ait été conçu en Europe, sa croissance, elle, a été alimentée par des innovations américaines et asiatiques. Pourquoi ?

Plusieurs aspects sont en jeu, la fragmentation des marchés et la multiplicité des langues représentent un désavantage pour nous ! Deux avantages de poids côté américain : les grands investisseurs et l’absence de réglementation.

Dans le secteur de la cybersécurité, les entreprises américaines ont l’avantage de pouvoir compter sur un premier client de taille, aux poches profondes et féru de technologies défensives de pointe : la branche défense du gouvernement fédéral. Cette dernière acquiert régulièrement de nouvelles innovations alors qu’elles ne sont encore que des idées sur PowerPoint.

En s’appuyant sur ce client de la première heure, elles peuvent faire passer leurs idées de l’état de promesse à celui de produit réel. A l’inverse, les unités de défense et les centres de cybersécurité européens sont de tailles plus réduites. Plutôt que d’investir dans des idées, ces entités préfèrent payer pour des solutions testées et éprouvées.

Il en va de même dans le secteur technologique au sens large. Les jeunes entreprises américaines ont accès à un secteur de capital-risque florissant, qui éclipse celui de l’Europe. Aux Etats-Unis, lorsque des fondateurs de start-up cherchent des fonds, ils trouvent face à eux des investisseurs américains impatients de mettre la main sur la prochaine grande idée à soutenir.

En tant qu’Européens, nous avons quelque chose à apprendre de nos amis américains. Si nous voulons progresser dans le secteur des technologies, nous devons prendre conscience du fait que, pour innover, l’entrepreneur a besoin de se sentir en confiance lorsqu’il investit dans son idée de produit.

Sur le marché technologique, nos concurrents américains et asiatiques profitent aussi d’une législation plus souple en matière de protection de la vie privée. Imaginez que Facebook ou Alexa [assistant vocal d’Amazon] aient été lancés par une entreprise européenne : les régulateurs auraient probablement inspecté ces idées de fond en comble, jusqu’à les tuer dans l’œuf.

Tech : La régulation des plates-formes est devenue incontournable

Tech : La régulation des plates-formes est devenue incontournable

 

Sheryl Sandberg, directrice des opérations de Facebook, et Jack Dorsey, PDG de Twitter expliquent  que la régulation est devenue incontournable pour les plates-formes dans le Wall Street Journal (extrait)

 

 

 

 

Apparemment, tout le monde dans la tech – et bien d’autres au-delà – veut avoir une activité de plateforme. Uber a utilisé ce terme à 747 reprises dans son prospectus d’introduction en Bourse en mai. We Co., la maison-mère du loueur de bureaux en difficultés WeWork, se targuait d’avoir une plateforme mondiale dans les documents de son introduction en Bourse qui n’a finalement pas eu lieu. Peloton Interactive, qui fabrique des équipements sportifs connectés, se désigne comme « la plus grande plateforme fitness interactive au monde ». Même Beyond Meat aime parler de ses « plateformes de produits à bases de plantes ».

Derrière l’engouement pour un terme en apparence anodin se cache un concept économique qui, dans ses diverses incarnations sur Internet, est devenu un tremplin pour une croissance et une richesse immenses. Les entreprises construites sur ce concept – de Facebook, YouTube et Twitter à Amazon, Uber et Airbnb – ont collectivement réuni des milliards d’utilisateurs et créé des centaines de milliards de dollars de valeur marchande en déployant des systèmes logiciels pour mettre en relation les créateurs de contenu avec une audience, les vendeurs avec les acheteurs, les chauffeurs avec les passagers, les hôtes avec les invités. Ces entreprises exercent un pouvoir sans précédent sur la façon dont les gens communiquent, sur ce qu’ils savent et regardent, et sur la façon dont ils font leurs achats et se déplacent.

Aidées par une approche non interventionniste du régulateur aux États-Unis, ces entreprises ont donné la priorité au recrutement, le plus rapide possible, de prestataires et d’utilisateur – et ont souvent balayé d’un revers de main les contraintes, contrôles et coûts supportés par les entreprises plus traditionnelles dans les secteurs qu’elles cherchaient à réinventer. « Nous sommes une plateforme », est répété à l’envi – pas un média, un commerçant, un fournisseur de services ou un exploitant de services automobiles.

Ce cadrage est désormais remis en cause de toutes parts. Utilisateurs, élus et régulateurs aux États-Unis et en Europe ont attaqué Facebook, YouTube et d’autres plateformes de réseaux sociaux pour en avoir fait trop peu alors que bigots, brutes et propagandistes étrangers inondaient leurs plateformes d’insultes et de désinformation. Amazon est sous le feu des critiques pour son contrôle laxiste de son marketplace, et Uber se bat contre une loi californienne qui pourrait obliger les entreprises de l’économie « collaborative » à traiter les chauffeurs comme des employés.

Le degré de responsabilité des entreprises technologiques à l’égard de leurs plateformes est devenu l’un des enjeux clés de notre époque. La façon dont cette question sera résolue aura des ramifications dans les décennies avenir pour le monde des affaires, l’intérêt des consommateurs et le discours social.

Pendant la plus grande partie de leur histoire, les entreprises tech ont été tellement concentrées sur les défis d’une croissance rapide que s’inquiéter de ce qui se passait sur leurs plateformes a été relégué au second plan, dit Geoffrey Parker, professeur d’ingénierie au Dartmouth College et co-auteur d’un livre sur l’essor de ces entreprises, titré Platform Revolution.

« Aujourd’hui, dit-il, cela leur pète à la figure. »

Les plateformes telles qu’on les connaît n’existeraient pas sans un texte de loi de 1996, l’article 230 230 du Communications Decency Act, qui exempte largement les services en ligne de responsabilités pour les contenus de tiers.

Ironie du sort, l’article 230 était au départ un projet visant à faciliter la modération de contenus. Il est arrivé après deux procès en diffamation avec des résultats contradictoires au début des années 1990 contre deux des entreprises qu’on appelait alors « portails Internet », hébergeurs de newsletters, forums et chat rooms où l’on trouvait des contributions d’utilisateurs.

Dans le premier cas, un tribunal fédéral a estimé que CompuServe n’était pas responsable pour les propos présumés diffamatoires à l’encontre d’un concurrent dans une newsletter de sa plateforme. CompuServe était considéré comme un distributeur : à l’instar d’une bibliothèque ou d’une librairie, il ne pouvait être tenu pour responsable pour chaque contenu qu’il véhiculait, a estimé la cour.

Quelques années plus tard, une publication anonyme sur un BBS (bulletin board system) du portail Prodigy évoquait une fraude chez le courtier Stratton Oakmont, à Long Island (N.Y.), qui sera plus tard au cœur du film de Martin Scorsese Le loup de Wall Street. Prodigy fonctionnait différemment de CompuServe, avec des directives de contenu et des modérateurs qui supprimaient parfois des messages. Stratton Oakmont a poursuivi Prodigy en justice, arguant que ces caractéristiques signifiaient qu’il était responsable de l’allégation de fraude faite sur sa plateforme. En 1995, un tribunal de l’État de New York a donné raison à Prodigy.

Cela a inquiété certains élus, qui ont eu peur que punir les entreprises tech qui modéraient certains, mais pas tous les contenus qu’elles hébergeaient, comportait le risque d’entraver le développement d’internet. Deux d’entre eux, le sénateur Ron Wyden, un démocrate de l’Orégon, et Chris Cox, alors élu républicain de Californie, ont déposé un projet de loi qui est devenu l’article 230, comportant la clause suivante : « Aucun fournisseur ou utilisateur d’un service informatique interactif ne doit être considéré comme l’éditeur ou le locuteur d’une information fournie par un autre fournisseur de contenu d’information. »

A l’époque, personne n’imaginait ce qu’internet allait devenir. Amazon n’avait pas deux ans, et Yahoo et eBay étaient également des enfants en bas âge. Google ne serait enregistré comme entreprise que deux ans plus tard, Facebook six ans plus tard, quant à Uber et Airbnb, ils n’ont vu le jour que plus d’une décennie après le vote de cette loi.

Mais cette série de mots a eu pour résultat d’offrir aux entreprises tech « une immunité incroyablement large » qui a été essentielle au développement des plateformes que nous utilisons aujourd’hui, note Jeff Kosseff, auteur d’un ouvrage sur la Section 230, intitulé, The Twenty-Six Words That Created the Internet. (« Les vingt-six mots fatidiques qui ont créé Internet »)

Get big fast

Cette loi a accompagné des évolutions technologiques et stratégiques. Le développement de connexions réseau plus rapides et d’une puissance de calcul accrue – en particulier après l’avènement du smartphone – a attiré plus de monde sur un internet toujours plus omniprésent.

En tirant parti de ce pouvoir, les entrepreneurs se sont emparés de modèles économiques qui devenaient plus intéressants pour les utilisateurs à mesure que plus de gens les utilisaient, dit le professeur Parker de Dartmouth – plus de contenu attirait plus d’utilisateurs, ce qui rendait la plateforme plus attrayante pour les créateurs de contenu, qui attiraient plus d’utilisateurs.

Ces facteurs sont liés à une autre caractéristique clé : la croissance rapide des plateformes a souvent nécessité relativement peu de coûts supplémentaires, surtout avec le bouclier juridique fourni par l’article 230. Elles étaient, comme on dit dans la Silicon Valley, hautement « scalable ».

Ces qualités – qui ont marché aussi bien pour les amis sur les réseaux sociaux que pour les vendeurs et les acheteurs, les chauffeurs et les passagers, et ainsi de suite – ont alimenté la croissance rapide des entreprises. Et les investisseurs en capital-risque et les entrepreneurs considéraient que beaucoup de ces marchés étaient des marchés où le gagnant rafle tout, d’où l’importance de grossir plus vite que la concurrence.

« Vous êtes en fait en mode survie », dit Tim Kendall, qui était directeur de la monétisation de Facebook de 2006 à 2010 ; il a plus tard été président de la société de partage d’images en ligne Pinterest. Il dit que lorsqu’il a rejoint Facebook, le site était loin derrière Myspace en nombre d’utilisateurs et qu’il n’était pas certain qu’il y arriverait. « Quand vous êtes en mode survie, vous n’êtes pas incités à prendre un peu de recul et réfléchir à la société et penser aux implications d’ordre supérieur, parce que vous voulez juste vivre et vous battre un jour de plus. »

Les dirigeants ont conservé cet état d’esprit même après que leurs entreprises sont devenues titanesques. Facebook a pris pour habitude au cours de la dernière décennie – bien après avoir conquis l’univers des réseaux sociaux – de lancer un nouveau produit ou une fonctionnalité quelconque pour mieux s’excuser après avoir été confronté à une volée de bois vert concernant les contenus, la vie privée et d’autres problèmes. Uber, aux prises avec son rival Lyft, s’est rué sur une ville après l’autre plus rapidement que les régulateurs ne pouvaient s’adapter.

« Chaque partie de votre corps vous dit que vous êtes David », indique M. Kendall, désormais à la tête d’une start-up appelée Moment qui aide les gens à diminuer le temps passé sur leurs smartphones. « Et aucune de ces entreprises ne sait quand elle devient Goliath. Elles sont pratiquement incapables de savoir qu’elles sont devenues Goliath, tant qu’elles n’ont pas été sanctionnées violemment par un régulateur ou un gouvernement ou une amende. »

Le retour de bâton

Les coups pleuvent de toutes parts ces derniers temps, et les entreprises plateformes répondent avec un mélange de défiance et d’efforts de conciliation.

Le flot de désinformation pendant la campagne présidentielle américaine en 2016 a suscité une attention sans précédent sur les responsabilités que Facebook, Twitter, YouTube et d’autres plateformes de réseau sociaux devraient assumer pour le contenu qu’elles diffusent. Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, le DG de Twitter, Jack Dorsey, et d’autres dirigeants, convoqués à des audiences du Congrès, se sont engagés à faire plus. Facebook affirme avoir embauché des milliers de nouveaux travailleurs pour renforcer la surveillance et la sécurité sur sa plateforme – un effort rendu plus complexe et plus coûteux par la nécessité d’adapter ses mesures à la myriade de marchés où le réseau est implanté à travers le monde.

Amazon dit avoir dépensé 400 millions de dollars l’année dernière pour adresser le problème de la contrefaçon et des produits qui ne sont pas aux normes, et est prêt à dépenser des milliards encore dans les prochaines années, après qu’une croissance rapide de vendeurs extérieurs sur sa marketplace a déclenché un afflux de produits de cette nature.

Utilisateurs et investisseurs aussi se méfient davantage des lignes de défense de ces plateformes.

En mars, le Wall Street Journal a révélé que Care.com, le numéro un américain de la mise en relation avec des baby-sitters et aides soignants par Internet, procédait seulement à une vérification très limitée du personnel aidant, parfois avec des conséquences dramatiques. L’entreprise a répondu qu’elle était une plateforme, et que, comme d’autres plateformes, elle ne vérifiait en général pas les informations publiées par les utilisateurs. L’action Care.com a plongé en Bourse dans le sillage de ces révélations, son DG a démissionné et, en décembre, a accepté de se vendre à IAC/InterActive Corp. pour environ 60 % de sa dernière valorisation.

En parallèle, tribunaux et élus sont en train de fixer de nouvelles limites aux libertés offertes par l’article 230. L’année dernière, le Congrès a adopté à une écrasante majorité une loi supprimant l’immunité des entreprises en ligne qui facilitent le commerce du sexe en ligne. Cette loi, qui répondait à l’explosion de la prostitution en ligne sur des sites comme Backpage.com, maintenant fermé, a été fortement contestée par les entreprises du Web, qui ont alerté sur le fait qu’elle était susceptible d’éroder les protections offertes par l’article 230.

En mars, une cour d’appel fédérale en Californie a rejeté une tentative d’Airbnb et de son concurrent HomeAway, une unité du Groupe Expedia d’invoquer l’article 230 comme défense contre une ordonnance de la ville californienne de Santa Monica les obligeant à s’assurer que les annonces locales sur leurs plateformes étaient conformes aux règles de la ville.

Airbnb est aussi en train de renforcer les mesures de sécurité sur sa plateforme après plusieurs incidents, dont une fusillade mortelle pendant une soirée qui a dégénéré dans une propriété louée via Airbnb. L’entreprise devait « assumer davantage de responsabilité pour les choses sur notre plateforme », a déclaré son patron, Brian Chesky, à propos des changements en novembre. « Notre secteur connaît une transition progressive, peut-être trop progressive. »

La bataille sur la responsabilité des plateformes dépasse les contenus. La Californie a adopté une loi qui entre en application le 1er janvier qui pourrait contraindre Uber et ses concurrents à traiter leurs chauffeurs comme des employés, susceptible de prétendre au salaire minimum et à des congés maladie payés. Uber a déclaré qu’il n’a pas à changer ses pratiques en raison de cette loi, et que ce n’est pas une entreprise de VTC mais « une plateforme technologique pour plusieurs types de places de marché numériques. »

Les entreprises plateformes ne vont pas disparaître. Elles ont amassé des millions et des millions d’utilisateurs avec des services qui mettent les gens en relation de manières utiles et nouvelles. Malgré le retour de bâton, nombre d’entre elles continuent de croître.

Mais le modèle est clairement en train de changer. La responsabilité de ce qui se passe sur les plateformes n’est plus une réflexion de second plan. Se déployer rapidement à grande échelle et moindre coût n’est pas sans contraintes. C’est ce que dit le professeur Parker : « L’ère de la régulation des plateformes est arrivée. »

La Chine met au pas la Tech et l’éducation

La Chine met au pas la Tech et l’éducation

Depuis novembre dernier déjà, le pouvoir chinois a décidé de reprendre directement en main plusieurs sociétés cotées à l’étranger. Il accuse leurs dirigeants d’avoir pris trop de libertés et parfois de manquer de prudence dans la gestion des données personnelles.

Le gouvernement, qui veut renforcer son contrôle sur l’économie et la société, a adopté des règles anti-monopoles ou relatives à la sécurité des données.

Après avoir épinglé certains géants du numérique, les autorités chinoises ont déclaré en juillet qu’elles souhaitaient revoir en profondeur le modèle économique des groupes privés spécialisés dans l’éducation, qui ont prospéré ces dernières années. Constatant l’engouement de familles chinoises pour ce soutien scolaire, le gouvernement chinois a décidé fin juillet d’y interdire les profits, la levée de capitaux ou une introduction en Bourse. Résultat, des poids lourds du secteur ont rapidement chuté sur les marchés.

 

Risque d’écroulement des valeurs de la tech chinoise

Risque d’écroulement des valeurs de la tech chinoise

 

Un article du Wall Street Journal évoque le risque d’écroulement des valeurs de la tech chinoise totalement reprise en main par le parti communiste. (Extrait)

 

 

Ces derniers mois, Pékin a dynamité ce qui aurait pu être la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire, ouvert des enquêtes sur plusieurs géants technologiques et fait disparaître plus de mille milliards de dollars de capitalisation pendant que les investisseurs cherchaient à se couvrir comme ils pouvaient.

Et tout porte à croire que ce n’est pas fini.

Investisseurs, analystes et chefs d’entreprise en sont convaincus : l’offensive du gouvernement, destinée à remettre les entreprises privées dans le droit chemin de l’Etat (et veiller à ce qu’elles servent les intérêts économiques, sociaux et de sécurité nationale du Parti communiste), ne fait que commencer.

Xi Jinping a de grandes ambitions pour la Chine, des ambitions qui risquent d’avoir des conséquences graves et imprévisibles sur les entreprises, affirment ces observateurs. Et satisfaire les investisseurs étrangers n’en fait pas partie.

Les risques se sont accrus pour ceux qui ont déversé des milliards de dollars dans les très dynamiques entreprises chinoises, en espérant miser sur le seul secteur technologique capable de concurrencer la Silicon Valley

Selon un rapport de Goldman Sachs daté du 29 juillet, les régulateurs ont (ou auraient) lancé plus de 50 procédures sur des questions de concurrence, de finance, de sécurité des données et d’égalité des chances depuis le mois de novembre, soit plus d’une par semaine.

Parmi elles, le sabotage de la méga-introduction en bourse d’Ant Group, l’amende record de 2,8 milliards de dollars infligée à Alibaba et le rejet d’un projet de fusion mené par Tencent.

Pas question de trêve estivale : une enquête de cybersécurité visant Didi Global a été ouverte quelques jours après que la plateforme de VTC entre en Bourse à New York, et il a été décidé (sans préavis) que les cours particuliers devaient désormais relever d’organisations à but non lucratif. Les secteurs de l’immobilier et la livraison de repas sont également dans la ligne de mire.

Mardi, un journal chinois proche de l’agence de presse officielle Xinhua a critiqué les jeux en ligne, les qualifiant d’« opium de l’esprit », des propos qui ont fait craindre un assaut du régulateur contre Tencent et ses jeux très appréciés des Chinois. Signe de la fébrilité des investisseurs, l’article a provoqué un effondrement de son cours de Bourse. Il a ensuite disparu du site, avant d’être republié dans une version édulcorée, sans référence à l’opium.

Le même jour, le département de propagande du parti, qui décide quels livres, films et jeux peuvent sortir dans le pays, a adopté une règle limitant le rôle des algorithmes dans la diffusion de contenus, une décision qui pourrait pénaliser des entreprises comme ByteDance et Tencent.

Le département n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Le gouvernement chinois s’est peu exprimé sur les différentes enquêtes en cours, et ne s’est pas montré plus prolixe concernant leur date de conclusion. Dans certains cas, les détails ne sont pas encore arrêtés.

Les salariés de plusieurs entreprises technologiques ont raconté que les autorités ont passé des dossiers au peigne fin et posé des questions sur la façon dont les données étaient collectées. Des contrats et des documents financiers ont été saisis par les enquêteurs, ainsi que des e-mails et des communications internes.

Certaines entreprises ont aussi été informées qu’en vertu des règles de lutte contre les monopoles, elles devaient réduire leur part de marché.

Mais ce qui inquiète particulièrement les investisseurs et les dirigeants de ces entreprises, c’est l’impression que les régulateurs, eux-mêmes, ne savent pas jusqu’où tout cela peut aller.

Fin juillet, de nouvelles règles ont été édictées ; elles imposent notamment le versement d’un salaire minimum et la fourniture d’une assurance maladie aux livreurs. Quand les entreprises concernées ont contacté les autorités pour avoir plus de précisions, on leur a répondu que les autorités cherchaient elles aussi à en savoir plus, a indiqué l’une des sources.

La Chine est coutumière des revirements soudains dans sa réglementation en fonction des objectifs à long terme. Avec, parfois, des conséquences graves. En décembre 2020, le régulateur bancaire a ainsi annoncé qu’après une opération lancée en 2018, le secteur des prêts entre particuliers avait été « supprimé ».Les dernières initiatives de Pékin sont portées par des ambitions bien plus grandes, et une volonté manifeste d’agir.

Après un passage à vide en raison de la Covid-19, l’activité est repartie grâce aux exportations : les dirigeants ont donc plus de marge de manœuvre pour les réglages économiques et les questions qui agacent les investisseurs étrangers. Au premier semestre, le produit intérieur brut (PIB) a bondi de 12,7 %, ce qui devrait permettre à la Chine de dépasser son objectif de croissance annuelle (6 %).

Parallèlement, les tensions avec les Etats-Unis n’ont pas baissé avec l’arrivée de Joe Biden à la présidence, ce qui conforte Pékin dans sa volonté de se concentrer sur la sécurité et l’autosuffisance.

Dans ce contexte, Xi Jinping avance avec détermination sur des priorités sociales, économiques et de sécurité nationale qui patinent souvent depuis des années.

« Ce n’est pas la première fois que les régulateurs chinois changent totalement de cap », indique Robin Xing, économiste en chef pour la Chine chez Morgan Stanley.

Dans le secteur technologique, les craintes de la Chine sont assez similaires à celles qui agitent les régulateurs en Occident : pouvoir de marché, utilisation des données, entre autres choses. Pékin considère aussi que le pouvoir du secteur pourrait menacer le sien, d’où la tendance répressive.

Pour les investisseurs, il est intéressant de comprendre le pourquoi du comment, mais cela ne fait pas tout, estime Logan Wright, responsable de la recherche sur les marchés chinois chez Rhodium.

« Cela ne modifie pas fondamentalement l’idée que le risque réglementaire est voué à augmenter, et c’est très loin d’être fini », souligne-t-il.

Et il y a des limites à ce que le gendarme de la bourse peut faire pour rassurer les investisseurs sur les projets chinois, estime Lyndon Chao, responsable des actions de l’association asiatique des valeurs mobilières et des marchés financiers, une organisation qui regroupe des banques, des courtiers et des gestionnaires d’actifs.

« Il s’agit de politiques de très haut niveau, qui sont portées par des questions de sécurité nationale et de prospérité partagée, ajoute-t-il. La CSRC peut essayer de faire illusion et d’apaiser les marchés, mais elle n’a aucun pouvoir sur ces politiques. »

Pourtant, selon lui, « les dirigeants s’intéressent au sort des investisseurs étrangers, parce qu’ils savent que, dans le contexte actuel de concurrence frontale entre les Etats-Unis et la Chine, ils doivent se faire des amis et influencer les gens ».

Les inquiétudes ont également été attisées par la crainte de voir ces entreprises sortir de la Bourse ou encore des inquiétudes sur la viabilité des structures juridiques utilisées par bon nombre de groupes chinois.

En vertu d’une loi adoptée en 2020, à l’époque de l’administration Trump, les entreprises chinoises risquent d’être exclues des places boursières américaines si elles refusent de transmettre certains documents aux autorités américaines. Pour Pékin, cela veut dire prendre le risque que des données précieuses, notamment des informations sur les clients et les organismes publics chinois, figurent dans ces documents et finissent entre les mains d’un gouvernement étranger.

La décision qui a récemment frappé le secteur des cours particuliers a mis en lumière les « variable interest entities », des structures juridiques utilisées par les entreprises chinoises présentes dans des secteurs sensibles pour se coter à l’étranger.

Entre le point haut de février et maintenant, les six plus grandes entreprises technologiques chinoises, dont Alibaba et Tencent, ont vu s’envoler quelque 1 100 milliards de dollars de valorisation, soit une chute de plus de 40 %.

Les stratégistes de BofA Securities ont récemment recommandé aux investisseurs de sortir des valeurs de croissance chinoises et de se tourner vers d’autres pays de la zone Asie-Pacifique

Les stratégistes de BofA Securities ont récemment recommandé aux investisseurs de sortir des valeurs de croissance chinoises et de se tourner vers d’autres pays de la zone Asie-Pacifique, estimant que le positionnement des investisseurs étrangers sur ces titres n’était « pas compatible avec les stratégies qui se profilent ».

Certains investisseurs et analystes considèrent cependant les évolutions récentes comme positives à terme pour la Chine, et estiment qu’il y a donc des opportunités d’investissement. Les entreprises cotées sur les marchés de Shanghai et Shenzhen sont souvent présentes dans des secteurs plus proches des priorités nationales, comme les semi-conducteurs, les véhicules électriques ou l’intelligence artificielle.

Wim-Hein Pals, responsable de l’équipe marchés émergents chez Robeco, un gestionnaire d’actifs, affirme que la Chine reste un pays intéressant. « Il était très simple de gagner de l’argent en Chine, estime-t-il. Cette idée a clairement été battue en brèche ces derniers temps, et il était temps. »

La tech chinoise sous la tutelle du parti communiste

La tech chinoise sous la tutelle du parti communiste

 

 

Editorial du « Monde » (extrait).

 

 La mise au pas du high-tech chinois par le régime de Xi Jinping n’est pas nouvelle mais elle est en train de prendre une ampleur inédite. Ces derniers jours, les fleurons du secteur ont subi un sérieux tour de vis réglementaire qui a provoqué une vague de défiance parmi les investisseurs internationaux. Alors que ces entreprises promettaient jusque-là des taux de croissance attractifs, l’heure est au doute aujourd’hui. En quelques jours, leur capitalisation boursière s’est effondrée de plusieurs centaines de milliards d’euros.

Les attaques portées contre ces géants chinois de l’Internet sont tous azimuts. Il y a quelques mois, Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, le numéro un du commerce électronique, avait déjà subi les foudres du régime, l’obligeant à renoncer brutalement à l’introduction en Bourse d’Ant, sa filiale spécialisée dans les prêts financiers.

Aujourd’hui, d’autres entreprises sont dans le collimateur du gouvernement. Didi, le leader chinois de services de voitures de transport avec chauffeur, a fait l’objet d’une enquête approfondie de cybersécurité, jetant ainsi le discrédit sur la société au lendemain de ses débuts en Bourse. De leur côté, les entreprises du secteur de l’éducation privée doivent se transformer en sociétés à but non lucratif. Quant aux jeux vidéo, ils sont désormais considérés par la propagande officielle comme un « opium du peuple ». Tencent, qui réalise un tiers de son chiffre d’affaires dans cette activité, a lourdement chuté en Bourse.

 

Pour justifier son offensive régulatrice, Pékin dit vouloir lutter contre des entraves à la concurrence, tout en veillant à la sécurité des données personnelles et au respect des droits des utilisateurs. La formulation est surprenante de la part d’un pouvoir qui multiplie les atteintes à la vie privée pour asseoir son propre monopole politique.

Par ailleurs, il est légitime de s’interroger sur la valeur à accorder au droit de la concurrence dans un pays où les règles peuvent changer d’une semaine à l’autre en fonction des intérêts du pouvoir politique. Quant à la sécurité nationale, invoquée à tout bout de champ, les contours sont si flous sur le plan juridique qu’ils laissent libre cours à toutes les interprétations.

 

Que le high-tech soit sous la surveillance grandissante des gouvernements n’est pas spécifique à la Chine. Depuis des années, l’Union européenne et, plus récemment, les Etats-Unis cherchent à réguler le secteur. La différence est que cette reprise en main se déroule dans le cadre d’un Etat de droit, parfois au prix de procédures longues et fastidieuses mais qui garantissent le respect de la propriété privée.

Xi Jinping a choisi une autre voie, plus radicale. Les investisseurs occidentaux doivent plus que jamais se poser la question de la compatibilité de la nature du régime avec le fonctionnement d’une économie de marché. En Chine, celle-ci a tendance à se transformer en un théâtre d’ombres.

Les profits des big Tech s’envolent

Les profits des big  Tech s’envolent

Près de 60 milliards de dollars de bénéfices nets cumulés entre avril et juin pour Apple, Microsoft et Google. Ces titans de la tech américaine ont publié dans la nuit de mardi à mercredi des résultats financiers une nouvelle fois hors norme, et qui ont largement dépassé les attentes des analystes financiers. À eux trois, Apple, Microsoft et Google ont engrangé près de 190 milliards de dollars de recettes sur ce trimestre printanier, soit une croissance allant de +20 à +60 % selon les groupes.

Géants tech Internet : vaccination obligatoire

Géants tech Internet : vaccination obligatoire 

Les géants internet Google et Facebook ont annoncé mercredi qu’ils exigeraient de tous leurs employés amenés à se rendre dans leurs locaux qu’ils soient vaccinés, après une vague d’annonces similaires d’organismes publics aux Etats-Unis.

L’obligation sera mise en place «dans les prochaines semaines» aux États-Unis, avant d’être étendue à d’autres régions du monde «dans les prochains mois», a indiqué le directeur général de Facabook.

Le parti communiste chinois serre la vis au géants de la tech

Le parti communiste chinois serre la vis au géants de la tech

Après avoir assommé Ali Baba et marginalisé son patron, Pékin a lancé une enquête sur son champion de la mobilité Didi Chuxing, coupable d’avoir introduit la société à Wall Street sans l’aval du parti communiste. Comme pour Ali Baba cela pourrait se traduire par d’énormes amende fiscales susceptibles de menacer les équilibres financiers de la société et par la mise à l’écart de la direction. De ce point de vue, cela porte atteint à la crédibilité de l’internationalisation des grands de la tech chinoise. Une reprise en main par le parti communiste qui prend peur de la puissance de société qui pourrait s’affranchir de la tutelle de la dictature.

Le parti communiste chinois veut mettre sous tutelle les géants de la tech

Le parti communiste chinois veut mettre sous tutelle les géants de la tech

 

Pékin vient d’annoncer que les plates-formes avec plus d’un million d’utilisateurs devraient désormais se soumettre à des contrôles de sécurité avant toute cotation à l’étranger.

L’Administration chinoise du cyberespace (CAC)e vient d’annoncer que les plates-formes de plus d’un million d’utilisateurs devraient désormais se soumettre à des contrôles de sécurité avant toute cotation à l’étranger. La Chine accentue ainsi sa mainmise sur les géants nationaux de la tech.

L’autorité de régulation précise que ces inspections porteront sur les risques de compromission, de contrôle ou manipulation de données par des gouvernements étrangers. Les entreprises concernées devront également soumettre aux autorités tout projet d’introduction en Bourse.

 

« Pékin est mécontent de voir ses champions (du numérique) s’acoquiner avec des actionnaires étrangers », estime l’analyste du cabinet Eurasia Group, Lu Xiaomeng, interrogé par l’agence Bloomberg. Les autorités chinoises « veulent que les entreprises technologiques conservent leurs principaux actifs – données et algorithmes – en Chine », a-t-il ajouté.

 

Lyon : les « verts » suppriment le financement d’une French Tech

Lyon : les « verts » suppriment le financement d’une French Tech

À Lyon les « verts »  coupent les vivres d’une French ,Tech French Tech ONE Lyon-Saint-Etienne,En supprimantla subvention de 70 000 euros qu’elle attribuait jusqu’ici à l’association. Celle-ci, soutenue par le gouvernement, est vouée à l’incubation et au développement des start-up et PME innovantes. Elle a le mérite de passer par-dessus la frontière symbolique séparant Lyon et Saint-Etienne.

Un cinquième du budget s’envole : deux emplois sur quatre ne seront plus financés. « C’est d’autant plus triste que nous sommes là pour épauler des entreprises locales dans leur développement. C’est efficace. J’en ai vu plus de 300 en un an. L’immense majorité œuvre localement pour l’inclusion sociale, les transitions écologiques… Exactement ce que la Métropole recherche !», se désole Emilie Le Goff.

Dans le même temps, la Métropole décidede donner 80 000 euros à Fing, un think tank numérique aux visées décroissantes, installé à Paris.

La tech française doit rayonner dans toute l’Europe et au-delà

La tech française doit rayonner dans toute l’Europe et au-delà

par Erel Margalit, fondateur de Jérusalem Venture Partners (JVP).

 

Erel Margalit est le fondateur de Jérusalem Venture Partners (JVP), une société israélienne de capital-risque née en 1993 et devenue la cheville ouvrière de la prolifique « start-up nation ». Au travers de plusieurs fonds (1,4 milliard de dollars sous gestion), elle a développé plus de 150 entreprises, dont une douzaine désormais cotées au Nasdaq (Netro, Qlik, CyberArk, Cogent…). Cet éleveur de licornes possède des bureaux à Jérusalem et New York et est en train d’en ouvrir à Paris. Erel Margalit fut également député travailliste de 2013 à 2017 à la Knesset.

En visite à Paris, où il est en train d’installer le siège européen de son fonds d’investissement JVP, Erel Margalit expose les raisons pour lesquelles il voit la France comme une force vive de l’innovation technologique mondiale.

Qu’espérez-vous de l’installation de JVP à Paris ?

Je voudrais créer quelque chose de nouveau. Plus qu’une simple base d’investissement. Un lieu inédit d’émulation où pourraient interagir start-up, entreprises, investisseurs, banques, pouvoirs publics, universités, ONG. Je suis à la recherche des locaux. Je voudrais faire émerger les prochaines licornes de la tech française, que cet endroit rayonne dans toute l’Europe. Certains parient sur Berlin, moi sur Paris. Il y a, en France, des entreprises intéressantes, des idées, des ingénieurs talentueux. Le pays a tout pour devenir un leader de l’innovation ; c’est d’autant plus vrai depuis que Londres s’est éloigné de l’Europe. Je suis israélien, je viens d’un petit pays, qui a compris que les entreprises, pour grandir, devaient penser au-delà des frontières. La France a un marché domestique important, mais elle doit voir plus large. Nous pouvons aider à ce que cela aille plus vite. Nous sommes déjà en train de négocier pour investir dans de jeunes entreprises et de rechercher des investisseurs qui ont envie de financer cet écosystème.

L’intelligence artificielle, la fintech, la cybersécurité, la santé sont, pour vous, cruciaux…

Oui, il y a tant à faire. Pour la cybersécurité, notamment : on le voit, les hôpitaux, les petites villes, sont attaqués. Il faut une réponse concertée. La France et l’Allemagne doivent créer une coopération forte pour se défendre et défendre les populations. Nous avons un savoir-faire et nous pouvons aider. Cela se sait peu, mais c’est déjà ce que nous faisons au Moyen-Orient, avec des collaborations avec les Emirats arabes unis ou l’Arabie saoudite sur des questions de cyberdéfense civile. C’est, au passage, une façon différente, mais efficace, de faire de la diplomatie. Je crois aussi que la tech peut changer notre rapport à la santé. La crise de la Covid, et l’expérience que nous en avons en Israël, démontre que l’on ne peut pas se contenter de se reposer sur de grosses structures. Les technologies de la communication peuvent révolutionner la médecine en rapprochant spécialistes et population, en comblant les fossés sociaux creusés par l’épidémie.

Vous êtes très intéressé par la foodtech et l’agtech, les nouvelles technologies au service de la nourriture et de l’agriculture. Que pensez-vous trouver en France dans ces secteurs ?

Ces deux secteurs sont les prochaines « big things », les premiers leviers d’action face au changement climatique. Il y a plus de potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’agriculture que dans le transport. Le système actuel ne fonctionne pas. Il est incompréhensible, à l’échelle de la planète, de détruire de la forêt pour cultiver du maïs destiné au bétail. Les prochaines générations de céréales devront être plus riches en protéines pour réduire le cheptel. Les usages de l’eau à la surface sont globalement inefficaces, alors que l’on pourrait développer des stratégies d’irrigation au goutte-à-goutte infiniment plus pérennes. Les techniques d’intelligence artificielle peuvent permettre de réduire de 95 % les usages de pesticides, avec des pulvérisations ultra-ciblées.

Quelle peut être le rôle de la France dans ces domaines ?

Elle n’a pas conscience qu’elle est la reine mondiale de la nourriture et de l’agriculture et qu’il lui revient d’ouvrir la voie. Il y a dans tout le pays des entreprises fantastiques. Ce qu’elles font pour la transformation alimentaire possède un plus : le cachet français, que le monde a envie d’imiter. La France doit saisir l’étendard et porter cette ambition en Europe, continent qui a compris l’enjeu bien avant les Etats-Unis. La France et l’Italie produisent la meilleure nourriture du monde. Que ces deux pays fassent émerger des leaders mondiaux et le reste de la planète suivra.

Quel accueil recevez-vous ?

Un bon accueil. J’ai rencontré le ministre de la Transition numérique Cédric O, il est curieux, efficace, pragmatique. J’ai aussi rencontré de grandes banques, comme le Crédit agricole, qui est le principal bailleur de fonds du monde agricole et peut être un acteur majeur du changement. Je crois en la France : je n’oublie pas qu’aux débuts de JVP, alors que tout le monde me disait de ne rien en attendre, ce sont des entreprises françaises, Gan et France Télécom, qui ont, parmi les premières, cru en son potentiel et accepté d’investir

Des lois antitrust aux États-Unis pour la tech ?

Des lois antitrust aux États-Unis pour la tech ?

 

Les lois antitrust pourraient connaître leur plus grande réforme depuis des décennies. Si les parlementaires parviennent à un consensus

Un article deBrent Kendall et Ryan Tracy Dans le Wall Street Journa

 

Démocrates et républicains évoquent la nécessité de renforcer l’arsenal antitrust américain. Cette année pourrait permettre de savoir s’ils sont réellement déterminés à faire adopter une loi en ce sens.

Le Congrès envisage d’apporter aux lois antitrust les modifications les plus importantes depuis des décennies, et certaines mesures bénéficient d’un soutien bipartite. Les parlementaires envisagent de durcir les règles concernant les acquisitions réalisées par des entreprises qui dominent leurs secteurs, de permettre au gouvernement de s’opposer plus facilement aux comportements anticoncurrentiels et de forcer certains géants de la tech à scinder leurs différentes branches d’activité.

Pour que ces mesures se matérialisent en lois, les parlementaires devront aller plus loin que le sentiment global de méfiance suscité par les entreprises en position dominante — en particulier dans le secteur technologique — et gérer des groupes en désaccord avec la nécessité d’une révision majeure ou de modifications plus ciblées de la législation antitrust actuelle.

« Il y a des deux côtés de l’échiquier politique une envie commune de réformes ou d’ajustements des lois antitrust, et je pense que nous assisterons à l’adoption d’une législation sous une forme ou une autre, estime Allen Grunes, ancien avocat antitrust du département de la Justice, aujourd’hui chez Brownstein Hyatt Farber Schreck. La difficulté sera de trouver un consensus politique. »

Le Congrès pourrait adopter une approche en vertu de laquelle « vous pouvez soit être une plateforme neutre où vous vendez des produits de vendeurs tiers comme Amazon, soit vous pouvez vendre ces produits vous-même, mais vous ne pouvez pas faire les deux à la fois »

Jeudi, une sous-commission du Sénat dirigée par la sénatrice démocrate Amy Klobuchar (Minnesota) a lancé la première audition d’une série consacrée aux réformes de l’antitrust. Elle a ouvert la session en exhortant les membres de la commission à réagir face aux géants de la tech non pas « symboliquement… mais en ripostant réellement par des mesures, en légiférant. »

Mme Klobuchar a présenté un ensemble de propositions, comprenant notamment de nouvelles amendes au civil pour les infractions à la législation antitrust et des modifications des règles juridiques pour faciliter la remise en cause des projets d’acquisitions et les pratiques commerciales menaçant la concurrence.

Les républicains ont fait savoir qu’ils pourraient être ouverts à certaines propositions défendues par les démocrates. Le sénateur républicain Josh Hawley (Missouri) s’est interrogé à haute voix sur la possibilité pour le Congrès d’envisager de limiter les acquisitions des entreprises dominantes ou d’interdire le « self-preferencing » (auto-favoritisme), une pratique par laquelle des entreprises telles qu’Amazon utilisent leurs plateformes pour promouvoir leurs propres produits et services au détriment de ceux proposés par leurs concurrents.

Le Congrès pourrait adopter une approche en vertu de laquelle « vous pouvez soit être une plateforme neutre où vous vendez des produits de vendeurs tiers comme Amazon, soit vous pouvez vendre ces produits vous-même, mais vous ne pouvez pas faire les deux à la fois », a précisé M. Hawley.

Amazon assure de son côté proposer aux consommateurs le meilleur produit, quel que soit son fabricant.

En parallèle, une commission antitrust de la Chambre des représentants dirigée par le démocrate David Cicilline (Rhode Island) va mener une audition vendredi pour discuter d’une proposition bipartisane visant à permettre aux médias locaux de se regrouper pour négocier avec les plateformes dominantes comme Google (filiale d’Alphabet) et Facebook.

Les deux partis politiques sont poussés à agir par les préoccupations suscitées par les géants de la tech tels que Google, Amazon et Facebook. Le débat sur le poids de ces entreprises dans l’économie américaine — et sur des pans entiers de la société — a fait sortir les questions sur l’antitrust de l’arrière-cour du monde politique pour en faire un sujet de premier plan à Washington.

L’année dernière, la commission de la Chambre a publié un document rédigé par ses membres démocrates — et soutenu par certains républicains — qui concluait que les failles des lois antitrust et le laxisme dans leur application avaient permis aux entreprises de la tech de constituer des monopoles, ce qui était nuisible à l’innovation et réduisait le choix des consommateurs.

Pour les démocrates, les inquiétudes liées à la technologie constituent la face émergée de préoccupations plus globales concernant la domination, dans tous les secteurs, d’entreprises qui contrôlent les marketplaces et les régulent dans un sens défavorable aux consommateurs.

« La technologie n’est pas seule concernée, il y a aussi l’alimentation pour chats et des cercueils », a détaillé Mme Klobuchar dans une interview avant l’audition.

Les républicains reconnaissent, eux aussi, que les entreprises dominantes de la tech possèdent un pouvoir préoccupant, mais ils sont, au moins en partie, motivés par la conviction qu’elles traitent injustement les conservateurs. Ils considèrent également le renforcement de l’application des lois antitrust comme une approche préférable à une réglementation directe des marketplaces par les pouvoirs publics.

« Il semble y avoir un large consensus sur le fait que le statu quo ne fonctionne pas », a récemment observé le sénateur Mike Lee (Utah), le chef de file républicain à la commission antitrust du Sénat. Il a toutefois mis en garde contre ce qu’il a qualifié de désir de certains démocrates de « profiter de l’occasion pour modifier radicalement notre système d’application des lois antitrust ».

Même s’il est peu probable que les républicains soutiennent les propositions les plus ambitieuses des démocrates, les points d’accord semblent plus nombreux que par le passé. Makan Delrahim, responsable de l’application de la législation antitrust au département de la Justice sous l’administration Trump, avait indiqué avant de quitter ses fonctions qu’il serait sensé que le Congrès impose de plus lourdes obligations légales aux entreprises détenant au moins 50 % de parts de marché, afin qu’elles démontrent que leurs nouvelles acquisitions ne portent pas préjudice aux consommateurs. Cette proposition figure dans le projet de loi Klobuchar.

Les grandes entreprises sont prêtes à se battre contre nombre de ces mesures, qu’elles considèrent comme des menaces pour leurs résultats financiers. Facebook et Amazon ont dépensé plus en lobbying en 2020 que n’importe quelle autre société américaine, notamment pour tenter d’influer sur la législation antitrust. Les géants de la tech affirment être confrontés à une vive concurrence qui les oblige à innover constamment, et avoir acquis leurs importantes parts de marché grâce aux consommateurs qui apprécient leurs produits.

Facebook et Google mènent également des batailles judiciaires devant les tribunaux fédéraux. L’année dernière, le département de la Justice et les procureurs généraux de dizaines d’Etats ont engagé des poursuites antitrust contre Google, tandis que la Federal Trade Commission (Commission fédérale du commerce, FTC) et la plupart des Etats ont poursuivi Facebook. Ces affaires portaient toutes sur des accusations d’abus de position dominante.

L’issue de ces procès pourrait ne pas être connue avant plusieurs années, voire davantage, ce qui explique, qu’en 2021, l’attention accordée à l’antitrust se concentrera davantage du côté du pouvoir législatif.

Chez les démocrates, les membres les plus à gauche du parti sont favorables à des changements radicaux.

M. Cicilline a indiqué qu’il réfléchissait à une législation obligeant les entreprises technologiques à scinder leurs plateformes très utilisées de leurs autres activités. Il a baptisé cette idée le « Glass-Steagall pour l’Internet », en référence à une loi de 1933 qui avait obligé les banques a séparé leurs activités traditionnelles et celles d’investissement à Wall Street. Les républicains affirment que cette idée est vouée à l’échec.

« Retenez bien mes mots : les choses vont changer. Les lois arrivent », a lancé M. Cicilline lors d’une audition le mois dernier.

Le représentant Ken Buck (Colorado), le plus haut membre républicain de la sous-commission antitrust de la Chambre, a fait valoir à ses homologues au sein du parti que ce qu’ils estiment être des partis pris anti-conservateurs peuvent être réglés grâce à des modifications de la loi antitrust, en diminuant le pouvoir des plateformes et en permettant une plus grande concurrence.

M. Buck recommande une « approche au scalpel » axée sur le secteur des technologies et se dit prêt à exiger des entreprises dominantes de la tech qu’elles apportent des preuves que leurs projets d’acquisition ne nuisent pas à la concurrence.

« Je considère que cela est nécessaire pour les Big Tech en raison d’abus, a-t-il dit au cours d’une interview. Ce n’est pas le cas pour les entreprises d’autres secteurs. »

L’administration Biden pourrait jouer un rôle essentiel dans le dialogue parlementaire, mais elle n’a pas encore esquissé de programme détaillé. La Maison Blanche étudie toujours les candidatures pour diriger la division antitrust du département de la Justice et pour occuper des postes de commissaires à la FTC

M. Buck, faisant référence à Amazon, Apple et Google, a déclaré qu’il était favorable à l’idée d’interdire les comportements discriminants ou l’auto-favoritisme lorsqu’une plateforme technologique dispose d’une position monopolistique, notamment en exigeant que l’entreprise scinde ses activités commerciales afin qu’elles « ne puissent pas créer son propre produit pour le faire entrer en concurrence avec d’autres sur sa marketplace ». M. Cicilline a également évoqué la possibilité de restreindre le « self-preferencing ».

Les parlementaires des deux partis ont également exprimé leur soutien à l’augmentation des fonds destinés aux missions antitrust de la FTC et du département de la Justice, notamment en revalorisant les sommes que les grandes entreprises doivent payer lorsqu’elles soumettent à leur examen des projets d’acquisition.

Dans ce domaine, les idées des républicains ne recueillent pas forcément le soutien des démocrates, notamment leurs propositions en faveur d’un alignement des procédures antitrust de la FTC sur celles du département de la Justice, ou le transfert à ce dernier de l’ensemble des pouvoirs en matière d’application des lois antitrust, qui est actuellement partagé entre les deux institutions.

L’administration Biden pourrait jouer un rôle essentiel dans le dialogue parlementaire, mais elle n’a pas encore esquissé de programme détaillé. La Maison Blanche étudie toujours les candidatures pour diriger la division antitrust du département de la Justice et pour occuper des postes de commissaires à la FTC. Selon une source proche du dossier, elle recherche des profils ayant un bon sens politique, car ils devront être capables de travailler avec le Congrès.

La semaine dernière, le président Biden a nommé Tim Wu, professeur de droit à l’université Columbia, à un poste de direction au sein du Conseil économique national de la Maison Blanche. En 2018, M. Wu a écrit The Curse of Bigness, un livre qui dénonçait l’état de la politique de concurrence américaine.

L’administration prévoit également de nommer Lina Khan, une opposante aux géants de la tech et ancienne membre du bureau antitrust de la Chambre des représentants, à un poste vacant au sein de la FTC.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

Traduit à partir de la version originale en anglais dans l’Opinion

Tech: trop de gaspillage dans les entreprises

Tech: trop de gaspillage dans les entreprises

(un article du Wall Street Journal)

Les entreprises dépensent énormément d’argent dans les technologies. Et elles en gaspillent aussi beaucoup.

Les explications à ce phénomène sont multiples. Parfois, elles sont à l’affût de la dernière nouveauté à la mode. Dans d’autres cas, elles ne comprennent pas bien ce que recherchent les consommateurs. Ou bien encore, elles conçoivent de nouveaux produits au lieu de se contenter d’en acheter sur le marché.

Quelle qu’en soit la cause, la probabilité de commettre des erreurs en matière d’investissement est plus importante que jamais : la pandémie a poussé les entreprises à se précipiter encore davantage à la recherche de nouveaux outils, notamment pour répondre aux besoins de personnes travaillant de plus en plus fréquemment à domicile. Les dépenses mondiales dans le domaine de l’informatique devraient ainsi atteindre 3 900 milliards de dollars cette année, soit une hausse de 6 % par rapport à 2020, selon le cabinet d’études Gartner.

« Le prix des services de base dans le cloud continue de baisser. Si vous y êtes déployé, vous pouvez en tirer profit, mais cela ne se fait pas toujours automatiquement »

« Avec la Covid, chacun constate l’accélération de la transition vers le numérique, mais très peu de structures cherchent à savoir qu’elles en sont les retombées sur leurs activités, explique James Anderson, vice-président de la recherche chez Gartner. Comment les entreprises gaspillent-elles leur argent ? Elles n’utilisent pas d’indicateurs de performance pour orienter leurs investissements, et font ce que les gens leur disent de faire. »

Le Wall Street Journal a interrogé des dirigeants de la tech et des entrepreneurs sur les erreurs les plus grosses et les plus coûteuses que commettent les entreprises dans ce domaine. Voici quelques-unes de leurs réponses.

Des dépenses trop élevées dans le cloud

Tout le monde connaît les avantages du cloud — des infrastructures et des coûts de stockage moins élevés, par exemple — et cette technologie ne cesse de s’améliorer.

Mais beaucoup d’entreprises finissent par dépenser beaucoup trop pour migrer sur le Web, car elles ne se rendent pas compte de ce que ce changement implique. Selon l’analyste Ed Anderson de chez Gartner, les sociétés qui n’ont pas de stratégie pour suivre et contrôler leurs coûts relatifs au cloud déboursent en moyenne 40 % de plus que nécessaire.

« Le prix des services de base dans le cloud continue de baisser. Si vous y êtes déployé, vous pouvez en tirer profit, mais cela ne se fait pas toujours automatiquement », avertit Brian Tosch, consultant principal de Tech DNA, une société de conseil en technologie basée à Seattle.

Souvent, les problèmes sont dus à une mauvaise planification. Beaucoup d’entreprises se contentent de transférer l’ensemble de leurs logiciels — afin qu’ils puissent fonctionner dans le cloud plutôt que sur les serveurs de l’entreprise — sans les modifier. Michael Kauffman, directeur et responsable juridique de Tech DNA, qualifie ce genre de migration de « lift and shift »(copier-coller).

Mais le problème est que si le logiciel n’est pas adapté, il risque de fonctionner en permanence et de consommer des ressources inutiles dans le cloud, ce qui engendre des coûts d’utilisation élevés.

Cette situation est susceptible de se produire avec de nombreuses applications, notamment le courrier électronique et les systèmes de communication, poursuit M. Anderson. La plupart d’entre elles sont conçues de manière à ce que vous « lanciez l’application et la laissiez s’exécuter. Ce schéma n’est pas nécessaire dans [le] cloud, car les ressources peuvent être allouées en temps réel lorsqu’une application en a besoin. »

Dans d’autres cas, les entreprises ne réalisent pas que la manière dont elles stockent leurs données en ligne leur coûte trop cher, sans que cela ait la moindre utilité. Un problème qui pourrait être résolu par de simples ajustements.

Cirrus Data, qui aide les grandes entreprises dans leurs projets de migration vers le cloud et de stockage de données, avait un client qui sous-estimait le travail nécessaire pour passer sur le cloud et n’avait pas adapté ses applications afin de profiter des économies potentielles offertes par cette transition, explique son directeur général Wayne Lam.

Résultat : le client a dû régler des factures liées à ses services en cloud 200 % plus élevées que prévu.

Enfin, les entreprises transfèrent parfois des logiciels dans le cloud alors qu’il serait préférable de les faire tourner sur leurs propres serveurs. Par exemple, faire fonctionner des logiciels nécessitant une puissance de calcul élevée, comme les outils de traitement vidéo, se révèle parfois moins coûteux ailleurs que sur le cloud.

Une mauvaise compréhension du client

Il arrive que les entreprises choisissent une technologie en fonction de ce que les clients semblent vouloir, sans se rendre compte qu’elles se basent sur de fausses hypothèses.

Prenons le cas de Harry Rosen, une chaîne de 17 magasins de vêtements de luxe pour hommes basée à Toronto. En 2018, elle a réalisé une enquête auprès de ses clients, leur demandant s’ils utiliseraient PayPal dans le cas où la société le proposerait sur son site. Un nombre important d’entre eux a répondu par l’affirmative. L’entreprise a donc engagé un intégrateur de systèmes afin d’ajouter PayPal sur sa plateforme de commerce électronique, pour un coût de 80 000 dollars.

« Nous avons travaillé avec des entreprises où l’obstination à construire plutôt qu’à acheter est un facteur très important, [et] où il existe un grand penchant pour cette option. Vous finissez par fournir un énorme travail pour faire quelque chose qui, en étant honnête, existe déjà à un coût abordable dans le commerce, voire même gratuitement en open source. »

Mais seule une petite partie des achats en ligne de l’entreprise a ensuite été réglée via PayPal — à peine 10 % à la fin de 2018. Le problème était que payer par ce biais nécessitait de passer par plusieurs étapes. Les clients devaient cliquer sur « acheter », puis remplir leurs informations de paiement sur la plateforme PayPal, avant de retourner sur le site de Harry Rosen pour finaliser la transaction.

Rétrospectivement, reconnaît Ian Rosen, vice-président exécutif de Harry Rosen en charge du numérique et de la stratégie, l’entreprise aurait dû interroger les clients en posant une question plus générale : quel type de moyen de paiement répond le mieux à vos besoins ? L’entreprise se serait alors rendu compte que les clients souhaitaient globalement une méthode de paiement simplifiée, mais pas nécessairement PayPal.

M. Rosen indique que l’entreprise est en train de déployer une nouvelle plateforme de e-commerce avec une technologie de paiement qui permettra de pouvoir choisir entre plusieurs modes de règlement en un seul clic.

PayPal est « une solution fantastique » si vous optimisez vos systèmes pour qu’ils correspondent à ses points forts, précise M. Rosen, mais « lorsque vous essayez de l’intégrer de force à un autre processus, vous risquez de vous priver de certains de ses principaux avantages. »

Un porte-parole de PayPal explique que l’entreprise ne commente pas les cas particuliers, tout en précisant : « Nous travaillons avec nos nombreux partenaires pour offrir toutes les options et permettre aux entreprises d’intégrer nos solutions en fonction de leurs préférences. »

Le penchant pour les logiciels maison

La création ex nihilo d’outils comme un site web ou une application peut coûter des centaines de milliers de dollars, rappelle Oliver Dore, partenaire tech chez Work & Co, une entreprise new-yorkaise qui travaille avec les marques pour mettre en place des technologies centrées sur l’expérience client.

Alors, pourquoi tant de sociétés développent-elles en interne des logiciels au lieu de les acheter clés en mains ? Parfois, c’est une question de politique d’entreprise.

Dans celles qui ont de fortes capacités technologiques, les équipes travaillant dans ce domaine peuvent pousser à développer de nouveaux outils ou services en interne au lieu de les acheter, explique M. Dore.

« Nous avons travaillé avec des entreprises où l’obstination à construire plutôt qu’à acheter est un facteur très important, [et] où il existe un grand penchant pour cette option, dit-il. Vous finissez par fournir un énorme travail pour faire quelque chose qui, en étant honnête, existe déjà à un coût abordable dans le commerce, voire même gratuitement en open source. »

Par exemple, le groupe Authentic Brands, une société basée à New York qui possède Forever 21, Brooks Brothers, Lucky Brand et d’autres enseignes, avait l’habitude d’utiliser des outils fortement personnalisés. Même si leurs systèmes n’avaient pas été développés en interne de A à Z, ils les avaient tellement customisés qu’ils nécessitaient une étroite et lourde surveillance afin de gérer le flux de travail. Mais pendant la pandémie, l’entreprise a dû faciliter la transition vers le télétravail, ce qui l’a amenée à se tourner vers des logiciels très répandus sur le marché comme Dropbox et Trello.

Comme ces produits disposent d’équipes de maintenance, l’entreprise a pu diminuer le nombre d’employés nécessaires pour assurer l’exécution de ses tâches, explique Adam Kronengold, directeur numérique d’Authentic Brands.

« Nous avons compris que nos activités complexes ne nécessitaient pas d’outils très sophistiqués, et que la solution la plus adaptée pour notre entreprise était de modifier nos propres procédés internes tout en adoptant des technologies standards », souligne M. Kronengold.

Il est certain, selon M. Dore, que dans certains cas, tout construire à partir de rien peut permettre d’économiser de l’argent à terme. Cette considération prend tout son sens lorsque les coûts de licence des outils disponibles sur le marché sont élevés, quand les fonctionnalités qui y sont intégrées offrent des services qui ne sont pas nécessaires ou présentent peu d’intérêt, et que le coût d’intégration d’un service externe à la panoplie des outils existants dans l’entreprise est prohibitif.

Une mauvaise communication interne

Lorsque des problèmes techniques surgissent et entraînent un gaspillage d’argent pour l’entreprise, la cause en est parfois les désaccords entre services.

C’est ce qui s’est passé chez LuckyTruck, un courtier d’assurance numérique basé à Cincinnati qui permet aux transporteurs de souscrire des assurances en ligne. Début 2020, la société a construit un outil web pour remplir automatiquement les informations des dossiers d’assurance en faisant du « scrapping » (technique d’extraction de contenus) depuis des bases de données en ligne accessibles au public. Cet outil devait réduire le temps nécessaire pour remplir une demande de près d’une heure, explique Haseeb Khizar, responsable de la technologie chez LuckyTruck.

Mais, peu après son lancement, la société a constaté que si cet outil permettait de recueillir des informations, celles-ci ne pouvaient pas être transférées sur le site de la société. Les membres de l’équipe technique ont été chargés de résoudre le problème, qui, peu de temps après, semblait résolu.

Quelques mois plus tard, M. Khizar a remarqué quelque chose d’inhabituel : l’entreprise utilisait deux « scrapers » en même temps.

Que s’était-il passé ? Des problèmes de communication.

Selon M. Khizar, l’équipe technique avait expliqué que trois à quatre semaines seraient nécessaires afin de trouver une solution pour le « scraper » originel. Un délai qui a exercé sur elle une forte pression. L’équipe a donc préféré bâtir un deuxième « scraper », en environ deux fois moins de temps.

Mais elle n’a jamais parlé de ce deuxième outil, si bien que le premier scraper a été maintenu en ligne. L’entreprise payait 1,80 dollar de l’heure pour le faire fonctionner, ce qui lui a coûté environ 7 800 dollars sur six mois.

Le manque de communication, et peut-être une hésitation à communiquer sur un échec, peut expliquer pourquoi le problème a mis si longtemps à être résolu, note M. Khizar.

« Cela a pu se produire parce qu’ils éprouvaient un sentiment de gêne, ou autre chose, dit-il. Mais nous n’avons jamais eu pour habitude de jeter l’opprobre sur nos collaborateurs à cause de leurs erreurs. »

Dans certains cas, les entreprises gaspillent de l’argent parce qu’elles ne peuvent pas suivre chaque nouvelle tendance. Elles finissent donc par rester coincées par une technologie dépassée qui n’est plus rentable.

Vivek Kundra, directeur général de Sprinklr, une société de logiciels basée à New York et spécialisée dans l’expérience client, a vu cette tendance se manifester au cours de ses premières années comme directeur des systèmes d’information au sein de l’administration Obama. A l’époque, de nombreuses structures se tournaient déjà vers le cloud, mais l’argent gouvernemental était orienté vers la croissance de ses propres data centers.

« Une des choses que j’avais remarquée est que le gouvernement était passé de 400 data centers en 1998 à plus de 5 000 en 2009, alors que leur taux d’utilisation moyen était inférieur à 27%, se souvient M. Kundra. L’un des plus gros problèmes avec la technologie est que les dirigeants continuent à jeter de l’argent par les fenêtres de cette façon. »

Selon M. Kundra, la planification et le suivi sont des éléments importants pour garantir qu’une solution technologique répondra aux besoins de l’activité.

« Les entreprises doivent s’assurer qu’elles comprennent bien quels sont concrètement leurs propres objectifs avant de procéder à la mise en œuvre d’un logiciel, ajoute-t-il. Elles doivent travailler avec le fournisseur pour déterminer comment la technologie va les aider à remplir leurs objectifs. »

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