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Crise alimentaire , la faute d’un système industrialisé et de la spéculation

 Crise alimentaire , la faute  d’un système industrialisé et de la spéculation

 

Le chercheur en agronomie Nicolas Bricas estime, dans une tribune au « Monde » ,que le G7 peut contribuer à éviter des famines, en obtenant plus de transparence sur les stocks alimentaires et en réprimant la spéculation excessive sur les marchés à terme.

 

La fulgurante ascension des prix du blé et du maïs depuis un an sur les marchés internationaux provoque une nouvelle crise alimentaire. Les premières victimes : les ménages pauvres des pays où ces céréales sont la base de leur alimentation et qui les importent massivement du marché international. Ils sont déjà fragilisés par les conséquences de la crise du Covid-19 et par la hausse des prix de l’énergie.

La hausse des prix en 2008 et 2011 avait déjà révélé la fragilité des systèmes alimentaires. Mais ces sonnettes d’alarme n’ont pas déclenché la prise de mesures pour éviter de nouvelles crises. Le G7, qui se réunissait du 26 au 28 juin, prendra-t-il cette fois ses responsabilités ? Car, comme l’a montré un récent rapport d’IPES-Food, l’origine de cette crise n’est pas la guerre en Ukraine, mais bien la fragilité d’un système alimentaire industrialisé lancé et promu par les entreprises et les pays du G7.

Depuis des décennies, les politiques agricoles avaient pour objectif de nourrir la population au moindre coût, à l’aide de monocultures et d’élevages à échelle industrielle. Le blé, le maïs et le riz ont été particulièrement choisis pour assurer cette production, et ils fournissent aujourd’hui plus de 40 % des calories consommées dans le monde. Les semences sont sélectionnées pour bien répondre aux engrais chimiques, fortement dépendants du gaz et des ressources minières en phosphate. Les cultures et leurs systèmes d’irrigation sont ultra-mécanisés, et donc très dépendants du pétrole. Une poignée de puissantes entreprises ont aujourd’hui la main sur ce paquet technique. La performance productive a encouragé quelques pays dotés d’« avantages comparatifs » à se spécialiser dans ces productions pour le marché international – notamment l’Ukraine et la Russie. La production agricole mondiale a augmenté plus vite que la population et, depuis la fin du XXsiècle, la planète produit nettement plus que ses besoins caloriques.

Et pourtant, depuis cinq ans, la courbe montrant la lente réduction du nombre de personnes en insécurité alimentaire dans le monde, que l’on observait depuis les années 1960, s’est inversée. Et ce sont les ruraux et les agriculteurs en particulier qui restent les premières victimes de la faim.

Ce constat est connu, rabâché depuis des années dans toutes les institutions politiques. L’enjeu n’est pas tant de produire encore et toujours plus, mais bien de réduire les inégalités. Pourtant, certains acteurs et certains pays qui ont tiré leur richesse et leur puissance de ce modèle agricole et alimentaire proposent d’accélérer encore cette fuite en avant. Au prétexte que les prix montent, il faudrait produire plus, cela semble de bon sens. Sauf que l’on peut faire baisser les prix autrement, que l’on peut rendre les pays vulnérables plus résilients, et que l’on peut construire de nouveaux modèles agricoles et alimentaires moins fragiles. Et la crise peut être l’occasion de changer de trajectoire.

Vers un système de santé à deux vitesses

Vers un système de santé à deux vitesses

 

 

Si la centralisation par les réseaux des groupements hospitaliers de territoires peut permettre de mieux aiguiller les patients et de mutualiser des moyens, elle risque d’accentuer les inégalités d’accès aux soins, analyse Carine Milcent, économiste spécialiste des systèmes de santé, dans une tribune au « Monde ».

 

Les structures hospitalières s’éloignent des zones rurales. Les hôpitaux se regroupent en réseaux et sont en train de changer notre paysage hospitalier, de modifier notre accès aux soins et de territorialiser l’offre. En quoi ces réseaux de groupements hospitaliers de territoires (GHT) répondent-ils aux besoins de soins de la population, de la qualité attendue au service d’urgence ?

Depuis 2016, les établissements du secteur public ont l’obligation de se regrouper. Au sein de ces réseaux, les structures doivent coopérer et se coordonner autour de la prise en charge du patient et de son accompagnement. Le patient n’est plus aujourd’hui pris en charge par un établissement, mais par l’un des 135 réseaux d’établissements découpant le territoire français. Il s’agit de désenclaver le patient grâce à une offre de proximité. Quelle que soit la porte d’entrée dans le GHT, le patient est aiguillé vers l’établissement le plus adapté pour sa prise en charge. Cela peut également conduire à une diminution des délais d’attente. Les patients sont orientés, limitant ainsi les inadéquations de prise en charge.

Dans le même temps, la concentration des plateaux techniques, des équipements de haute technologie en un nombre limité d’établissements permet une amélioration de la qualité grâce à l’apprentissage par la pratique. L’innovation devient alors accessible à tous en fonction des besoins.

La convergence des systèmes d’information et de son partage est un avantage certain des GHT. Piloter des soins implique de pouvoir transmettre en temps réel l’ensemble de l’information nécessaire à chacun des acteurs concernés. On pourrait même envisager que cette convergence des systèmes d’information s’étende à l’ensemble des professionnels soignants, donc à la médecine de ville. L’inclusion de la santé numérique en serait facilitée. Un système d’information performant permettrait partiellement de répondre au vieillissement de la démographie médicale et aux déserts médicaux.

Cette centralisation suppose néanmoins des contreparties. La mise en réseau des établissements alourdit les prises de décision, notamment logistiques comme les achats de matériels. La mise en place des pôles, si celle-ci est bien pensée, peut atténuer ces difficultés de fonctionnement.

Ce système vertueux implique un certain nombre de prérequis. Le premier est de repenser l’attribution des budgets hospitaliers. Le financement actuel (T2A) se fait par établissement hospitalier, ce qui a pour conséquence de les mettre en concurrence les uns avec les autres pour la prise en charge du patient : un système contradictoire avec la volonté affichée de faire coopérer les établissements entre eux. Plus encore, ces derniers peuvent être incités à garder le patient inutilement longtemps dans leur service pour optimiser leur budget. Ainsi, le parcours du patient ne serait pas forcément coordonné par les besoins de soins de ce dernier, mais afin de maximiser le budget de chacune des structures du GHT. Ce comportement conduirait à une multiplication artificielle des séjours à des fins d’optimisation budgétaire. Ce n’est pas la T2A qui est pointée ici, mais son mode d’attribution.

L’opacité du système bancaire et financier

L’opacité du système bancaire et financier

 

Par Michel Santi, économiste (*) ( La Tribune)

 

C’est le principe de la loi de Gresham, du nom du conseiller financier d’Elizabeth Ière au XVIe siècle. À l’époque, en Angleterre et ailleurs, des pièces d’argent étaient en circulation présentant une pureté inégale. Les consommateurs et commerçants d’alors conservaient jalousement celles qui contenaient une proportion supérieure d’argent pour se dessaisir en priorité de celles au titre moins favorable.

Ce rouleau compresseur des escroqueries et des malversations fut récemment décrit par George Akerlof :

«Les transactions malhonnêtes tendent à faire disparaître du marché les transactions honnêtes. Voilà pourquoi le coût lié à la malhonnêteté est supérieur au montant de la tricherie».

Cette contre-dynamique de Gresham – devenue aujourd’hui une constante sur les marchés financiers – a donc pour conséquence une volatilisation de l’éthique au profit de la fraude, qui devient dès lors endémique. Ceux qui respectent la loi et la morale sont appelés à disparaître – en tout cas à perdre en compétitivité – tandis que leurs rivaux peu scrupuleux se maintiennent grâce à des artifices et à des manipulations qui compriment leurs coûts, qui gonflent leurs bénéfices. En d’autres termes, aujourd’hui, il devient trop cher d’être honnête ou, pour s’interroger avec Amartya Sen:

«Comment est-il possible qu’une activité aussi utile, comme la finance, soit devenue si immorale ?»

Il est vrai aussi que les gagnants ne sont rien sans les perdants : les gagnants dépendent toujours de l’existence des perdants. Amazon n’aurait, par exemple, jamais joui de sa réussite spectaculaire sans la croissance et sans la faillite de nombre d’entreprises ayant jalonné son parcours. Dans le monde réel, entreprendre est dangereux et nombre d’individus ne se lancent par conséquent jamais dans ce type d’aventure. En outre, l’action d’investir ne peut être totalement transparente, car les risques et les coûts inhérents à toute entreprise doivent être, en partie au moins, masqués.

En effet, les chances de succès d’un projet sont intimement corrélées au degré d’avancement d’autres projets qui évoluent – ou pas – au même moment. Ainsi, investir, concrétiser, placer, agir sont autant d’actes couronnés de succès par des vagues successives suscitées et portées par des optimistes accomplissant de grandes choses pour eux et pour l’Humanité, lesquelles vagues charrient en même temps leurs lots de ceux qui se sont plantés.

Voilà précisément pourquoi les systèmes et les marchés financiers existent : afin d’assurer à tous que la dynamique des investissements est favorable, afin d’aider à surmonter ces appréhensions légitimes de l’échec. Telle est donc la mission première de la finance : penser collectif, car chaque projet considéré isolément serait peu susceptible de réussir.

Le mimétisme est un sentiment fondamental en finance et dans l’entreprise, car on ne réussit jamais seul, quel que soit le profil de risque de notre plan, si nous ne sommes pas accompagnés -de près ou de loin – par d’autres investisseurs. Intuitivement, tous se disent que leur propre projet aura nettement plus de chances d’aboutir si plus de monde s’y met simultanément. Sachant que, à l’inverse, le déséquilibre apparaît dès lors que peu d’individus osent, que l’écrasante majorité thésaurise du fait d’un contexte pessimiste. Voilà également pourquoi les banques existent, car elles ont pu et su régler dans les grandes lignes cette problématique en proposant une alternative favorable à tous, aussi bien à ceux enclins aux risques qu’aux plus conservateurs.

Pour qui sait se montrer lucide, le système bancaire est un amalgame de fraude et d’ingéniosité, qui sert de tampon entre le monde de l’entreprise et le monde de l’investissement. Les banquiers nous promettent un monde prospère alors même qu’ils ont conscience de ne pas toujours être en mesure de tenir leurs engagements. De leur côté, les investisseurs savent bien que les banquiers n’ont pas la science infuse et qu’ils font bien souvent des promesses qu’ils ne pourront pas honorer. Ils se laissent néanmoins abuser par leurs banquiers qui les assurent – et les rassurent – que ce n’est pas eux qui subiront (toutes) les pertes en cas de pépin, mais les actionnaires, la maison mère, l’État, les fonds de garantie…

Que la récupération de leur placement, de leur investissement, de leur épargne est certaine, car c’est d’autres qui trinqueront. Les angoisses épisodiques des actionnaires eux-mêmes, en théorie aux premières loges pour essuyer les pertes, sont également tranquillisés, car ils sont assurés par les banquiers de bénéficier de la protection et du parapluie d’un organisme quelconque qui les couvrira en cas de besoin. L’innovation financière, l’interdépendance des banques, la réassurance, les swaps, les hedge, les garanties agiront tous dans un sens et vers un objectif communs consistant à ce que – le jour fatidique venu – nul ne sache vraiment qui a perdu ni combien il a perdu.

Voilà pourquoi l’opacité inhérente au monde de la banque lui est vitale ainsi qu’à toute la chaîne alimentaire qui gravite autour. Voilà pourquoi cet univers nébuleux ne pourra jamais être vraiment réformé, encore moins éradiqué. Son opacité autorise précisément de faire porter le risque à ceux qui ne l’auraient jamais toléré, si bien sûr ils en avaient été informés… Dit autrement – brutalement – les entreprises qui n’entretiennent pas une certaine dose d’opacité voire de comportements frauduleux, ne peuvent se développer ni prospérer. En finance, la complexité n’est donc pas le fruit de l’intelligence évolutive des banquiers, et les financiers ne représentent pas une caste plus intelligente qui brille par un niveau intellectuel qui se démarquerait du commun des mortels. Cette complexité et cette opacité sont cruciales à la finance moderne qui excelle à persuader toute la chaîne des intervenants à une prise de risques que nombre d’entre eux n’auraient jamais toléré. Quoi que l’on dise, quoique l’on fasse, il n’y a pas d’alternative à un monde de la banque et de la finance semi-frauduleux.

Les abus de la finance sont donc passés dans nos mœurs, car les banquiers et financiers honnêtes ne sont pas de taille à entrer en compétition avec leurs collègues fraudeurs. C’est simple : une banque qui ne chercherait pas à masquer des pertes, à vendre des actifs pourris, à blanchir de l’argent, à influencer le cours d’un produit dérivé… ne serait plus compétitive et serait vouée à terme à faire faillite, ou à voir son titre sévèrement décroché en bourse. Dans la nature, la sélection darwinienne nous apprend que les plus forts survivent aux plus faibles. Dans l’univers de la finance et de l’investissement, ce sont les malhonnêtes qui ont tendance à rester et à prospérer quand sont damnés ceux qui se conforment aux règles du jeu.

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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.
Il vient de publier « Fauteuil 37 » préfacé par Edgar Morin. Il est également l’auteur d’un nouvel ouvrage : « Le testament d’un économiste désabusé ».
Sa page Facebook et son fil Twitter.

Système santé : articuler public et privé

Système santé : articuler public et privé

 

 

Le président Emmanuel Macron a annoncé, ce mardi 31 mai, une « mission flash » d’un mois afin de trouver des solutions pour résoudre la crise qui touche les services d’urgence à l’hôpital. Aujourd’hui, des centaines de milliers de libéraux sont prêts à réaliser des missions de renfort dans les établissements de santé, il est donc nécessaire de mettre en place un cadre pérenne pour favoriser ces interventions. Par Thomas Gendron, CEO de Medelse ( la Tribune)

 

…. Les passerelles sont nécessaires pour connecter les établissements de santé, aussi bien privés que publics, aux professionnels de santé libéraux. L’objectif ? Soulager les effectifs. Les dispositifs temporels de mise à disposition de libéraux, auprès des établissements de santé publics, déployés par quelques ARS pendant la crise de la Covid-19, ont d’ailleurs démontré leur efficacité.

De plus, regardons les chiffres : sur 505 000 professionnels de santé libéraux en France*, nous décomptons 24 millions de jours de disponibilités pour des missions de renforts au sein des établissements de santé. Cela représente 4 jours de disponibilité par mois**, soit 101 000 équivalent temps plein (ETP) sur une année.

Ayons le courage politique ! Car, imaginez ce que l’on peut faire avec ce vivier de disponibilités pour solutionner les besoins de renfort des établissements de santé et notamment des services d’urgence, mais aussi des déserts médicaux.

Diversifier les carrières des générations actuelles

Enfin, les collaborations entre les secteurs répondent également aux nouvelles aspirations de notre société. Qu’il s’agisse d’enrichir leurs expériences, de travailler en équipe, de diminuer l’administratif au profit du patient… les professionnels de santé ont de nouvelles envies. Les connexions sont essentielles pour rendre le système de santé plus attractif.

C’est pourquoi, il est temps de transformer les moyens palliatifs en véritables remèdes structurels ! Simplifier l’exercice libéral et casser les frontières administratives entre le libéral et le secteur public permettra de déployer le plein potentiel et les ressources de notre système de santé.

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Sources :

*Répertoire ADELI- Drees, données au 1er janvier 2021.

**Enquête réalisée en septembre 2021 auprès des 20 000 professionnels de santé de la communauté Medelse.

Thomas Gendron

Remettre à plat tout le système de santé

Remettre à plat tout le système de santé

 

Emmanuel Macron, qui a promis de faire de la santé l’une des priorités de son second quinquennat, doit d’urgence dégager les moyens pour donner aux soignants les rémunérations qu’ils méritent, et repenser l’articulation entre tous les acteurs de notre système de soins. (papier du Monde)

Un papier intéressant qui élargit la problématique de l’hôpital mais qui fait l’impasse sur les déficiences d’organisation et d’efficacité des établissements hospitaliers. On ne peut en effet réduire la question de l’hôpital au seul problème des urgences NDLR

 

La lancinante répétition des « cris d’alarme » de médecins et d’infirmières, suivis de « Ségur » et autres « plans d’urgence » pour l’hôpital, l’indique clairement : le système de santé français dans son ensemble souffre d’une crise profonde. L’actuelle paralysie de certains services d’urgences n’en est que le symptôme le plus alarmant. Que, dans de grandes villes, doivent fermer certaines nuits « les urgences », porte d’entrée dans des hôpitaux qui eux-mêmes craquent en raison de la pénurie de praticiens et des déficiences de l’articulation avec la médecine de ville, donne la mesure de la gravité de la situation et de l’échelle des problèmes à résoudre.

En matière de politique sanitaire, « combler le trou de la Sécu » a longtemps constitué un objectif central. L’un des principaux moyens utilisés pour l’atteindre, la stagnation des rémunérations du personnel hospitalier, a aujourd’hui un coût immense : en érodant l’attractivité des métiers du soin, elle a abouti à une pénurie générale. Faute de médecins urgentistes, près d’un service d’urgences sur cinq fonctionne sur un mode dégradé. Des services hospitaliers ferment par manque d’infirmiers. Dans certaines régions, trouver un généraliste acceptant de devenir « médecin traitant » est impossible.

Provoqué par la crise du Covid, le Ségur de la santé a, en 2020, rompu avec des décennies de gel des salaires en consacrant 10 milliards d’euros à leur revalorisation. Dix-neuf autres milliards d’investissement ont été programmés sur dix ans. Mais ni l’organisation de l’hôpital ni le rôle du secteur hospitalier privé et des médecins libéraux n’ont été débattus.

Les remèdes à la pénurie et à l’épuisement des soignants, au manque d’attractivité de l’hôpital et à la fuite vers l’intérim ou le secteur libéral passent par de nouveaux efforts financiers immédiats. Il est indécent qu’une nuit de travail pour une infirmière ne lui rapporte que 9,63 euros de revenu supplémentaire. L’instauration de ratios entre le nombre d’infirmiers et de patients doit permettre de revenir à des conditions de travail dignes. Voté par le Parlement, l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam) ne doit plus obéir à de stricts critères budgétaires mais aux besoins de santé de la population, dans un système où l’éducation et la prévention doivent devenir prioritaires.

Car l’attribution de moyens supplémentaires ne saurait suffire. La nouvelle grande « concertation » sur la santé promise pour cet été ne peut faire l’impasse sur des problématiques aussi sensibles que l’organisation des carrières des soignants, le filtrage de l’accès aux urgences par le « 15 » ou le rétablissement des gardes des médecins libéraux. Parmi les autres pistes à explorer : l’association des régions et des départements au pilotage et au financement de politiques de santé adaptées aux besoins locaux, la priorité à donner aux zones sous-dotées dans le conventionnement des médecins et l’élargissement des compétences des pharmaciens et des infirmiers.

Emmanuel Macron, qui a promis de faire de la santé l’une des priorités de son second quinquennat, ne peut se contenter d’attendre les conclusions d’un énième rapport. Il doit d’urgence dégager les moyens pour redonner aux soignants les rémunérations qu’ils méritent. Au-delà, c’est à la réforme de l’articulation entre tous les acteurs de notre système de soins qu’il doit s’atteler, s’il ne veut pas rester dans l’histoire comme ayant présidé au dépérissement de ce trésor national.

L’urgence d’un système de paiement international fiable

L’urgence  d’un système de paiement international  fiable 

 

L’économiste David Bounie appelle, dans une tribune au « Monde », à lutter contre la « fragmentation » du système monétaire international, miné par les conflits géopolitiques et les cryptomonnaies.

 

L’appel de Kristalina Georgieva, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), à moderniser le système de paiement transfrontalier en utilisant les plates-formes numériques, lors d’une conférence à Zurich le 10 mai, manifeste un début de prise de conscience des autorités financières.

Notre système monétaire, hérité de Bretton Woods, du nom de la conférence internationale qui, en 1944, a organisé le système monétaire mondial autour du dollar américain, est à bout de souffle. Et plus encore alors qu’il représente aujourd’hui un risque d’appauvrissement et de déstabilisation majeur pour nos économies.

La fragmentation de l’économie mondiale est en effet en marche, et elle est attisée par celle de nos systèmes de paiement. La numérisation des paiements et de la monnaie encourage en effet les initiatives publiques et privées, mais aussi l’utilisation de la monnaie, redoutable arme de guerre économique, dans les rapports de force internationaux.

La cryptomonnaie est un leurre

La guerre en Ukraine accélère ce processus de balkanisation monétaire. En interdisant l’accès de certaines banques russes au système international d’échanges financiers Swift, les Etats-Unis et leurs alliés ont contribué à cette prise en otage des systèmes de paiement à des fins politiques, alors que ceux-ci devraient tout au contraire être un bien collectif, non un outil d’exclusion.

Cette mainmise de la diplomatie encourage la construction de systèmes de paiement parallèles ou l’adoption de systèmes fermés et risqués, qui ont pour objectif de s’émanciper des sanctions politiques et du dollar américain. Après le Salvador et la République centrafricaine qui ont lancé le mouvement, de plus en plus nombreux sont les pays qui, coupés des systèmes de paiement traditionnels, pourraient recourir de plus en plus à des cryptomonnaies, même si l’instabilité de ces actifs est aujourd’hui avérée.

Ces pays d’Afrique et d’Amérique centrale notamment, qui ne disposent pas de systèmes de paiement efficients, se sont convertis aux cryptoactifs dans l’espoir qu’ils allaient faciliter leurs échanges, en particulier internationaux. Cette « démocratisation » brandie en étendard par ces Etats est un leurre, étant donné les risques de volatilité et de déstabilisation des économies que l’on observe aujourd’hui.

Les cryptomonnaies trouvent déjà leurs limites, alors que les économies les plus avancées du monde s’interrogent aujourd’hui sur la régulation de ces innovations monétaires et la meilleure façon d’organiser leur expansion. Les ministres des finances et les représentants des banques centrales du G7 ont une nouvelle fois appelé le 19 mai, à l’occasion de leur réunion en Allemagne, à la mise en place rapide d’une réglementation complète des cryptoactifs à la suite du krach de la cryptomonnaie UST.

Système de santé : nouvelle alerte à Bordeaux

Système de santé : nouvelle alerte

Un collectif de plus d’un millier de soignants et autres personnels hospitaliers interpelle, dans une tribune au « Monde », le gouvernement sur la situation d’un système de santé « à bout de souffle après de nombreuses années de restrictions budgétaires ».

 

Quel système de santé souhaitons-nous ? Le service des urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux limite actuellement son accès la nuit, mais ceci n’est que la face émergée de l’iceberg. Le cœur du système de soins que sont les services hospitaliers est également dans une impasse.

Ce qui apparaît comme la crise des urgences est à replacer au sein d’un système de santé à bout de souffle après de nombreuses années de restrictions budgétaires. La crise Covid n’a fait qu’aggraver la situation d’un bien commun exsangue : l’hôpital public.

L’ensemble du territoire connaît la même situation que Bordeaux, tant pour les CHU que pour les centres régionaux. Cette crise touche la médecine adulte comme la pédiatrie. Moins de lits, des patients plus complexes et la rentabilité avant tout. Nous alertons sur la diminution des lits à l’hôpital au profit de l’ambulatoire. Depuis 2000, 20 % des lits (soit près de sept cents lits d’hospitalisation) ont été supprimés au CHU de Bordeaux.

Parallèlement, le vieillissement de la population et l’augmentation du nombre d’habitants dans la métropole bordelaise provoquent une augmentation de la demande de soins non prise en compte par nos pouvoirs publics. Dans de nombreuses spécialités, des traitements plus efficaces mais plus complexes augmentent le recours à l’hôpital. De ce fait, hospitaliser un patient est devenu un parcours du combattant, que ce soit pour la médecine de ville ou pour les urgences.

Parallèlement, afin de répondre aux critères comptables qui nous sont imposés, un taux élevé d’environ 95 % d’occupation des lits est nécessaire, à l’origine d’un fonctionnement à flux tendu qui ne permet plus d’assurer une disponibilité de lits pour les patients nécessitant une hospitalisation rapide, « non programmée ». Ces patients consultant en médecine de ville ou arrivant aux urgences se trouvent fréquemment sans solution d’hospitalisation.

La situation est la même en chirurgie avec une limitation de l’accès au bloc opératoire, des délais allongés, voire des annulations d’actes chirurgicaux. Les services supports, moins visibles par le grand public (pharmacie, biologie, anatomopathologie, radiologie, etc.), souffrent aussi de cette gestion avec des répercussions sur leurs pratiques (notamment des délais d’examen plus longs).

Au total, ces dysfonctionnements majeurs se répercutent dramatiquement sur la prise en charge des patients. Outre le transfert des activités d’hospitalisation vers une activité ambulatoire, l’activité de soins a explosé sans augmentation en regard des personnels de soins. Cette gestion industrielle de la médecine reconnaît l’activité, le nombre d’actes, plutôt que la qualité des soins qui est in fine progressivement délaissée.

Inflation :Une refonte indispensable du système social et fiscal

Inflation :Une refonte indispensable du système social et fiscal

 

Il ne peut y avoir de protection du pouvoir d’achat des faibles revenus sans une refonte totale de notre système social et fiscal, estiment les économistes Yann Coatanlem et Antonio de Lecea, dans une tribune au « Monde ».

 

La question du pouvoir d’achat est, aujourd’hui, en tête des préoccupations des Français et l’accélération de l’inflation, tout comme la volatilité actuelle des prix de l’énergie renforcent le sentiment d’insécurité. Mais il faut prendre garde aux solutions politiques simplistes : les protestations contre la vie chère recoupent en fait des problématiques multiples, qu’il faut traiter individuellement, mais aussi suivant une stratégie d’ensemble cohérente.

Le manque de pouvoir d’achat souffre d’abord d’un trop-plein de « pouvoir de marché » d’entreprises qui profitent d’un cadre concurrentiel devenu inadapté. Le top 10 % des entreprises au rendement le plus élevé ont aujourd’hui un taux de rendement cinq fois plus élevé que le taux médian, alors que ce ratio était plus proche de deux il y a vingt-cinq ans. Les 10 % des entreprises les plus profitables ont vu leurs marges augmenter de 35 % depuis le début des années 2000, alors qu’elles ont stagné pour les autres entreprises, et leur profitabilité s’accroître de 50 % de plus que les autres. Le top 1 % des entreprises les plus exportatrices représentent 67 % de l’ensemble des exportations. Le top 1 % des firmes détentrices de brevets contrôle 91 % du total des brevets. Cette concentration de plus en plus extrême doit pousser les pouvoirs publics à revoir la politique de concurrence pour éviter la constitution de ces véritables impôts privés que sont les distorsions de prix et les rentes de monopoles, ou encore à faire payer aux entreprises les coûts d’environnement et d’infrastructure supportés par les budgets publics.

 

Par ailleurs, les crises à répétition, qu’elles soient sanitaires, économiques, climatiques ou géopolitiques, ont touché de manière disproportionnée les plus défavorisés. Durant la pandémie de Covid, on a recouru à un arsenal d’aides qui ont certainement atténué l’impact économique de la crise, mais dont le manque de ciblage suffisamment précis a pu, dans certains cas, créer des situations injustes et alourdir les déficits publics. De même, si dans la lutte contre la hausse du prix de l’essence, des aides d’urgence de l’Etat et des régions apparaissent nécessaires, elles contredisent l’impact de la taxe carbone dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ces risques dérivés de l’action d’urgence seraient considérablement amoindris si l’on disposait d’une approche des crises ex ante, c’est-à-dire des filets de sécurité offrant une garantie raisonnable de ne pas être laissé sur le carreau. Le revenu universel peut jouer ce rôle d’amortisseur, avec l’avantage non négligeable de changer la psychologie des anticipations : avec moins de peur du lendemain, on peut davantage prendre de risques personnels qui contribuent à la prospérité du pays et les citoyens peuvent mieux accepter des choix politiques de long terme.

Le système financier chinois en danger

Le système financier chinois en danger

 

A Wall Street, Washington a remporté un bras de fer discret mais essentiel contre Pékin, en contraignant les entreprises chinoises cotées aux Etats-Unis à faire certifier leurs comptes par les auditeurs de la SEC, le « gendarme » américain de la Bourse, explique la juriste Isabelle Feng, dans une tribune au « Monde ».

 

 

La China Securities Regulatory Commission (CSRC) a abandonné une réglementation qui interdisait aux entreprises chinoises de divulguer leurs données comptables aux auditeurs étrangers, par un communiqué publié le 2 avril.

L’annonce du régulateur boursier chinois a fait sursauter le petit monde boursier transpacifique, qui avait prédit la radiation massive desdites entreprises dont les comptes étaient fermés, jusqu’alors, aux auditeurs américains. Si la CSRC justifie son « ouverture » par le souci de mieux protéger les investisseurs, personne n’est dupe que, menacé par le législateur de Washington, Pékin a bel et bien déposé les armes pour éviter le « découplage » financier avec son rival idéologique.

L’origine de l’histoire s’apparente à un simple conflit de lois : selon la loi fédérale Sarbanes-Oxley votée en 2002 à la suite des crashs financiers d’Enron, une entreprise cotée aux Etats-Unis, quelle que soit sa nationalité, doit faire certifier ses comptes par les auditeurs de la SEC (Securities and Exchange Commission), le « gendarme » de Wall Street ; or, les entreprises chinoises cotées à New York ne peuvent pas respecter cette loi américaine sans violer la loi de sécurité nationale de Pékin, qui estampille de telles données « secrets d’Etat ».

Il s’ensuit alors un bras de fer sino-américain qui, depuis une bonne décennie, tient en haleine le milieu capitalistique par de nombreux rebondissements liés au degré de priorité accordé par Washington dans son duel avec Pékin.

On est loin de l’époque où un Wall Street exsangue, en convalescence de la crise de 2008, accueille à bras ouverts les entreprises chinoises qui ont traversé le Pacifique pour puiser dans les liquidités de la Bourse new-yorkaise – 55 % de la capitalisation mondiale – pour se doter des moyens de prospérer, et ce, avec la bénédiction de l’Etat-parti qui voit en ces cotations chinoises – dont le nombre s’élève à 281 à ce jour – le reflet de sa propre puissance sur la scène mondiale.

Et la victoire ne se serait pas produite sans l’indulgence de la SEC, qui les exonère des obligations légales de leur pays hôte en prenant en considération la loi de leur pays d’origine, ni sans le très cher concours des cabinets d’audit et des grandes banques qui ne craignent pas les eaux troubles d’un capitalisme planifié méthodiquement par un régime totalitaire et y nagent joyeusement.

Certes, la SEC a tenté d’éradiquer cette « exception chinoise » qui finit par discréditer l’institution fédérale elle-même. Mais, des années durant, les pourparlers avec son homologue chinois ont eu l’air d’un interminable dialogue de sourds : quand l’un réclamait la transparence des comptes et la protection des actionnaires, l’autre y opposait la vertu du dialogue et la souveraineté nationale.

La réforme du système médical

La réforme du système médical

Dans l’ouvrage collectif qu’ils ont dirigé, les sociologues Nicolas Duvoux et Nadège Vezinat proposent des pistes de réflexion et présentent des initiatives visant à corriger les défauts du système médical.C’est un plaidoyer pour une « santé sociale » que nous livre, sur une centaine de pages, un collectif d’universitaires. Derrière ces deux termes, le concept, qui sert aussi de titre à l’ouvrage coordonné par Nicolas Duvoux et Nadège Vezinat, professeurs de sociologie à l’université Paris-VIII, représente pour les deux auteurs à la fois un « défi » et une « nécessité ». Ils appellent ainsi à relier deux univers « restés jusqu’ici trop séparés (…) en liant davantage ouverture de droits sociaux et accompagnement social avec la thérapeutique ». (analyse du Monde)

Le contexte de la crise sanitaire est venu appuyer leur vision. « La démonstration d’un lien entre santé, inégalités sociales et dynamiques ségrégatives a mis en évidence le besoin d’un tournant social et préventif en matière de politiques sanitaires », selon eux. « La redécouverte de l’interdépendance entre les membres de la société aura été l’une des principales leçons de la crise sanitaire du Covid-19 », jugent-ils, citant « l’exposition différenciée à la contamination et à la mortalité », ou encore « l’accès inégal à la vaccination ».

 

Ces inégalités sociales de santé, bien connues du monde médical, ont explosé au grand jour à la simple observation des taux de mortalité dus à l’épidémie, bien plus élevés dans les quartiers défavorisés aux logements exigus, aux métiers plus exposés ou encore dont les populations souffrent plus que d’autres de comorbidités. Ce sont encore les taux de vaccination bien moindres des territoires populaires qui sont venus les illustrer.

Résultat : cette autre manière d’aborder la santé – qui n’est ni la « médecine sociale » ni réductible au concept de « santé publique », entendue le plus souvent seulement dans un aspect collectif – nécessite une ouverture « hors du soin », estiment les chercheurs. Et de citer des exemples comme le fait de proposer de l’activité physique adaptée ou la mise en place d’ateliers « cuisine » pour les diabétiques.

La démonstration, parfois un peu aride sur le plan théorique, vient s’incarner à travers l’examen des nombreuses expérimentations qui cherchent à mettre en œuvre ces principes plaçant « les objectifs sociaux au cœur de leur finalité ». Ce sont ces municipalités qui ouvrent des centres de santé, ces médecins libéraux qui se regroupent au sein de maisons de santé pluriprofessionnelles, ou encore ces hôpitaux qui disposent de « permanences d’accès aux soins de santé », mêlant consultations de médecine générale couplées à un travail social ayant pour objectif d’ouvrir des droits sociaux aux patients.

Sondage système santé : 76 % des Français inquiets

Sondage système santé : 76 % des Français inquiets
D’après une étude de l’Ifop,  6% des Français sont inquiets; le  système de santé est «fragilisé» (46%) ou même en «détresse», Un avis partagé par 86% des professionnels de santé.

Parmi les faiblesses identifiées par les Français, trois se détachent nettement : la pénurie de soignants, qui inquiète 91% des personnes interrogées, la difficulté à accompagner les seniors en situation de dépendance (90%), ainsi que la situation des hôpitaux publics (89%).
À cause de cette pénurie de soignants, 59% des Français sondés affirment avoir dû renoncer à une consultation médicale. Près des deux tiers des personnes interrogées déclarent avoir des difficultés d’accès aux soins là où elles habitent. Pour y remédier, les Français, dans une grande majorité, réclament le retour de l’obligation de garde pour les médecins libéraux (79%). Et lorsqu’on leur demande quelle mesure les candidats à l’élection présidentielle doivent prendre s’ils sont élus, ils répondent qu’il faut recruter des professionnels de santé (89%) puis investir dans l’accompagnement des seniors (85%) et augmenter les salaires des personnels soignants (82%).

Election présidentielle : Un autre système de parrainage

Election présidentielle  : Un autre système de parrainage

 

Un papier du « Monde » estime qu’il faut faire évoluer le système dès le début du prochain quinquennat.

La validation par le Conseil constitutionnel, lundi 7 mars, de douze candidatures pour l’élection présidentielle des 10 et 24 avril vient clore un psychodrame de plusieurs semaines autour des parrainages. Jusqu’à ces derniers jours, deux prétendants relativement bien placés dans les sondages d’intentions de vote, Marine Le Pen et Eric Zemmour, manifestaient la crainte de ne pas obtenir les 500 signatures d’élus nécessaires pour valider leur présence lors de ce scrutin.

Un troisième candidat important, Jean-Luc Mélenchon, faisait également état de grosses difficultés alors que 42 000 élus (députés, sénateurs, maires, présidents de communautés de communes, conseillers départementaux et régionaux…) sont habilités à faire les « présentations ».

 

Au bout du compte, aucun de ces trois candidats n’a été empêché : Marine Le Pen a récolté 622 parrainages, Eric Zemmour 741, Jean-Luc Mélenchon 906. Les « petits » prétendants n’ont pas non plus à se plaindre. Hormis Christiane Taubira, partie trop tardivement dans la course, et François Asselineau, trop faiblement soutenu, tous sont parvenus à se faire adouber. Crédité en 2017 de 1,21 % des suffrages exprimés, le Béarnais Jean Lassalle a obtenu 642 signatures. Repêché de justesse, Philippe Poutou, le représentant du Nouveau Parti anticapitaliste (1,09 % des suffrages il y a cinq ans), pourra continuer de se mesurer avec sa rivale de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud (0,64 % des suffrages).

Le nombre relativement confortable de signatures obtenu par les plaignants les plus offensifs jette, a posteriori, le doute sur la sincérité de leurs cris. D’autant qu’à chaque campagne présidentielle le scénario se répète : les candidats les plus radicaux sonnent la charge, crient au déni de démocratie, jouent les victimes et finissent par obtenir leurs signatures en ayant au passage mobilisé leurs partisans contre un système de représentation désigné comme injuste.

 

Cette fois, pourtant, l’alerte a paru si sérieuse que plusieurs élus, aux antipodes de leurs convictions, se sont mobilisés pour les aider. Craignant « un accident démocratique », le président du MoDem, François Bayrou, a ouvert une sorte de banque de parrainages pour aider les candidats en difficulté. Défendant le « pluralisme démocratique », le président (Les Républicains) de l’Association des maires de France, David Lisnard, a annoncé qu’il donnait sa signature à Jean-Luc Mélenchon.

Que l’un des candidats disposant d’un nombre important d’intentions de vote ne puisse pas se présenter faute de signatures en nombre suffisant et c’est toute la légitimité du prochain scrutin présidentiel qui risquait d’être remise en cause. L’exclu aurait contesté par avance le résultat et la démocratie représentative aurait été une nouvelle fois mise en accusation.

Héritées de l’époque où le président de la République était élu au suffrage indirect par un collège d’élus, les modalités du parrainage ont fait leur temps. Plus le système des grands partis s’effondre, plus le choix de confier aux seuls élus la présélection des candidats entre en conflit avec les principes mêmes du suffrage universel direct.

En 2012, la commission Jospin avait préconisé de confier les parrainages aux seuls citoyens. Moins radical, le président du Sénat, Gérard Larcher, suggère une formule mixte alliant citoyens et élus. Faire des propositions ne suffit plus. Il faut dépasser les blocages et passer aux actes dès le début du prochain quinquennat. Faute de quoi, les candidats à la présidentielle de 2027 risquent de devenir les victimes de cette trop longue procrastination.

Système de santé : Une crise encore plus grave dans les territoires

Système de santé : Une crise encore plus grave dans les territoires 

Conseillers municipaux en Bretagne, Tugdual Le Lay et Arnaud Platel, respectivement de Génération.s et du PS, dénoncent dans une tribune au « Monde » les inégalités territoriales en matière de santé. Des mesures doivent être prises, les usagers et les soignants le réclament.

 

Tribune.

 

En France, la crise sanitaire est une réalité plus ancienne que le Covid-19. En effet, si cette pandémie met à rude épreuve notre système de santé, celui-ci ne l’a toutefois pas attendue pour connaître ses premières difficultés. Dans nos territoires, nous le constatons depuis un certain temps, l’abnégation des acteurs du soin permet à notre système de santé de tenir, voire de survivre.

D’abord, si nous sommes parvenus à tenir jusque-là et notamment en pleine épidémie, c’est grâce à l’engagement exceptionnel de milliers de femmes et d’hommes, soignants, agents du service public de la santé et de l’ensemble des personnels médicaux. Elles et ils se sont investis sans compter pour contenir, freiner, répondre aux situations les plus urgentes.

Dans nos hôpitaux, les applaudissements de 20 heures n’ont été que de peu d’aide face à la fermeture de lits et la réduction progressive des effectifs, sur fond de dégradation des conditions de travail et de crise des vocations. Au centre hospitalier de Quimper (Finistère), un salarié sur dix (11 % selon les syndicats, 8,9 % pour la direction) est en arrêt maladie quand, toujours selon les syndicats, un à deux postes par service ne sont pas occupés.

Ensuite, c’est grâce à l’action de collectivités territoriales qui résistent encore et toujours à la désertification médicale. Phénomène ancien puisque en France, le nombre de personnes vivant dans une commune avec accès limité à un médecin généraliste est passé de 1 % en 2007, à 7,6 % en 2012 pour atteindre 11,1 %, soit près de 7,5 millions de personnes en 2018Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, cette situation représente une injustice sociale qui frappe d’abord les plus précaires, qui ont « jusqu’à huit fois plus de risques de renoncer à des soins dans les zones très sous-dotées en médecins généralistes ».

Ainsi, en zone rurale, l’espérance de vie des hommes est inférieure de 2,2 années par rapport à ceux vivant en zones urbaines. À Guingamp (Côtes-d’Armor), l’hôpital, sa maternité, ses services d’urgence et ses plateaux techniques relèvent d’une importance stratégique vitale pour un territoire qui dépasse les quelque 3 kmde sa frontière municipale et où l’indice de vieillissement est 63 % supérieur à la moyenne nationale – révélant ainsi un besoin absolu de soins en proximité.

Combien d’entre nous pourraient connaître la situation de cette femme de Laval, transportée à plus de 200 km de chez elle, à Vannes (Morbihan), faute d’avoir pu être admise dans les cinq autres maternités sur sa route ? Enfin, si le système de santé tient encore – en Bretagne singulièrement – c’est parce qu’il participe à l’attractivité de bassins de vie entiers.

 

Covid-19 : le risque d’un écroulement du système de santé (OMS)

Covid-19 : le risque d’un écroulement du système de santé (OMS)

le risque d’écroulement du système de santé est d’autant plus grand que l’envolée des statistiques de contaminés sont aujourd’hui surtout imputables aux variants Delta dans la plupart des cas.

 

Le variant omicron beaucoup plus contagieux va rapidement prendre le dessus sur Delta et faire exploser les statistiques au point que les hôpitaux pourraient être dans l’incapacité de traiter les malades atteints. C’est y compris le cas de la France déjà proche de la saturation. Pour preuve nombreux d’opérations de pathologies autres que Covid sont décalées dans le temps.

 

Le «tsunami» des cas dus aux variants Omicron et Delta de Covid-19 va conduire les systèmes de santé au bord de l’«effondrement», a mis en garde mercredi l’Organisation mondiale de la santé. «Je suis très préoccupé par le fait qu’Omicron, plus transmissible, circulant en même temps que Delta, entraîne un tsunami de cas. Cela exerce et continuera d’exercer une immense pression sur un personnel de santé épuisé et des systèmes de santé au bord de l’effondrement», a déclaré le chef de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une conférence de presse.

Revoir le système financier mondial

Revoir le système financier mondial

Les pays en développement qui ont de bonnes perspectives de croissance devraient pouvoir emprunter de manière fiable à des conditions de marché décentes. Ce qui leur permettrait en particulier d’investir dans les solutions de développement durable, estime Jeffrey Sachs. (économiste, chroniqueur aux « Echos ») (extraits )

Lors de la COP26, des centaines d’institutions financières ont déclaré qu’elles allaient consacrer des milliards de dollars au financement de solutions destinées au changement climatique. Un obstacle important s’y oppose toutefois : le système financier mondial entrave le flux de financement vers les pays en développement, ce qui crée un piège financier mortel pour eux.

 

Les marchés obligataires mondiaux et les systèmes bancaires devraient fournir des fonds suffisants pour la phase de « rattrapage » du développement durable à forte croissance, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Le flux de fonds des marchés obligataires mondiaux et des banques vers les pays en développement reste faible, coûteux pour les emprunteurs et instable. Les emprunteurs des pays en développement ont des taux d’intérêt souvent de 5 à 10 % plus élevés que ceux des pays riches.

Les pays en développement emprunteurs en tant que groupe sont considérés comme présentant un risque élevé. Les agences de notation leur attribuent des notes inférieures par défaut simplement parce qu’ils sont pauvres. Pourtant, les risques perçus sont exagérés et ont souvent un effet Pygmalion.

Lorsqu’un gouvernement émet des obligations pour financer des investissements publics, il compte généralement sur la capacité de refinancer une partie ou la totalité des obligations à mesure qu’elles arrivent à échéance, à condition que la trajectoire à long terme de sa dette par rapport aux revenus soit acceptable. Si le gouvernement a soudain du mal à refinancer les dettes qui arrivent à échéance, il peut être mis en défaut de paiement – non pas en raison d’une insolvabilité à long terme, mais par manque de liquidités.

C’est ce qui arrive à beaucoup de pays en développement. Les prêteurs ou les agences en viennent à croire, souvent arbitrairement, que le pays X est devenu insolvable. Ce qui entraîne un « arrêt soudain » des nouveaux prêts au gouvernement. Sans accès au refinancement, ce dernier est contraint de se mettre en défaut de paiement, ce qui « justifie » les craintes précédentes. Il se tourne alors vers le Fonds monétaire international pour un financement d’urgence. Mais le rétablissement de sa réputation prendra des années.

Les gouvernements des pays riches qui empruntent au niveau international dans leur propre monnaie ne sont pas confrontés au même risque, parce que leurs banques centrales agissent comme prêteurs de dernier recours. Ils empruntent donc à faible coût et avec peu de risque d’illiquidité, sauf dans les moments de mauvaise gestion politique exceptionnelle, comme en 2008. En revanche, les pays à revenu faible et moyen empruntent en devises étrangères, paient des taux d’intérêt très élevés et subissent des arrêts soudains.

Une refonte du système financier mondial est donc urgente. Les pays en développement qui ont de bonnes perspectives de croissance devraient pouvoir emprunter de manière fiable à des conditions de marché décentes. A cette fin, le G20 et le FMI devraient concevoir un système de notation du crédit amélioré qui tienne compte des perspectives de croissance de chaque pays et de la viabilité de sa dette. La réglementation bancaire devrait ensuite être révisée en fonction du système amélioré de notation de crédit afin de faciliter les prêts bancaires à ces pays.

Pour mettre fin aux arrêts soudains, le G20 et le FMI devraient utiliser leur puissance de feu financière pour soutenir un marché secondaire liquide des obligations souveraines des pays en développement. La Fed, la BCE et d’autres banques centrales clés devraient établir des accords de crédit croisé avec les banques centrales des pays à revenu faible et intermédiaire inférieur.

 La Banque mondiale et d’autres institutions de financement du développement devraient également augmenter leurs subventions et leurs prêts « bonifiés » aux pays les plus pauvres. Enfin, et surtout, si les pays et les régions riches, dont plusieurs Etats américains, cessaient de parrainer le blanchiment d’argent et les paradis fiscaux, les pays en développement auraient davantage de revenus pour financer leurs investissements dans le développement durable.

Jeffrey D. Sachs est économiste. Il dirige et enseigne à l’Institut de la Terre de l’université Columbia.

 

Démocratie : ouvrir le système français (Thomas Piketty)

Démocratie : ouvrir le système français (Thomas Piketty)

 

 

 

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, il est urgent d’introduire de nouvelles formes de participation citoyenne, plaide l’économiste Thomas Piketty,

directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris.

 

 

moins de cinq mois du premier tour, que peut-on espérer de l’élection présidentielle prévue en avril prochain ? On peut poser la question à deux niveaux : celui du scrutin de 2022 et celui, plus large, de la place de la présidentielle dans le système politique français.

S’agissant de l’élection de 2022, force est de constater qu’elle est mal engagée. Face à la droitisation extrême du paysage politique, évolution à laquelle le macronisme au pouvoir n’est pas étranger, il est devenu presque impossible de débattre des grands enjeux sociaux et économiques qui vont structurer notre avenir commun.

 

Pour gagner la bataille de l’émancipation, de l’intelligence et du capital humain, l’enjeu central reste et demeure celui de l’investissement dans l’éducation et la formation. Malheureusement, les derniers chiffres issus de la loi de finances pour 2022 sont formels : la dépense publique par étudiant a chuté de 14 % en France entre 2008 et 2022 (– 7 % depuis 2017). Il s’agit d’un gâchis monumental pour le pays et pour sa jeunesse. Il est urgent que les candidats s’engagent sur des objectifs précis permettant aux universités de disposer enfin des mêmes moyens que les filières sélectives et de développer les cursus pluridisciplinaires et les niveaux d’encadrement dont les étudiants ont besoin.

 

Pour faire face au défi climatique, on sait qu’il faudra mieux répartir les efforts et mettre fortement à contribution les plus aisés. Exonérer les plus grandes fortunes de toute imposition alors même qu’elles ont triplé de volume en France depuis dix ans relève de la stupidité économique et de l’aveuglement idéologique. Cet abandon de toute ambition en matière de souveraineté fiscale et de justice sociale aggrave le séparatisme des plus riches et nourrit la fuite en avant vers le régalien et l’identitaire.

Mais quoi que l’on fasse pour ignorer le primat du social et des inégalités, la réalité reviendra au galop. En France, les 50 % les plus pauvres ont une empreinte carbone d’à peine 5 tonnes par habitant, contre 25 tonnes pour les 10 % les plus riches et 79 tonnes pour les 1 % les plus riches. Les solutions consistant à ratiboiser tout le monde au même taux, à l’image de la taxe carbone du début de quinquennat, n’ont pas beaucoup de sens et ne pourront jamais être acceptées.

On pourrait multiplier les sujets : la fiscalité locale doit être repensée pour permettre aux communes les plus pauvres et à leurs habitants de disposer des mêmes chances que les autres ; le système de pensions doit devenir universel et juste, en mettant l’accent sur les petites et moyennes retraites ; un nouveau partage du pouvoir doit s’appliquer entre salariés et actionnaires dans la gouvernance des entreprises ; la lutte contre les discriminations doit devenir une priorité assumée et mesurable.

Ouvrir le système démocratique français (Thomas Piketty)

Ouvrir le  système démocratique français (Thomas Piketty)

 

 

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, il est urgent d’introduire de nouvelles formes de participation citoyenne, plaide l’économiste Thomas Piketty,

directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris.

 

 

moins de cinq mois du premier tour, que peut-on espérer de l’élection présidentielle prévue en avril prochain ? On peut poser la question à deux niveaux : celui du scrutin de 2022 et celui, plus large, de la place de la présidentielle dans le système politique français.

S’agissant de l’élection de 2022, force est de constater qu’elle est mal engagée. Face à la droitisation extrême du paysage politique, évolution à laquelle le macronisme au pouvoir n’est pas étranger, il est devenu presque impossible de débattre des grands enjeux sociaux et économiques qui vont structurer notre avenir commun.

 

Pour gagner la bataille de l’émancipation, de l’intelligence et du capital humain, l’enjeu central reste et demeure celui de l’investissement dans l’éducation et la formation. Malheureusement, les derniers chiffres issus de la loi de finances pour 2022 sont formels : la dépense publique par étudiant a chuté de 14 % en France entre 2008 et 2022 (– 7 % depuis 2017). Il s’agit d’un gâchis monumental pour le pays et pour sa jeunesse. Il est urgent que les candidats s’engagent sur des objectifs précis permettant aux universités de disposer enfin des mêmes moyens que les filières sélectives et de développer les cursus pluridisciplinaires et les niveaux d’encadrement dont les étudiants ont besoin.

 

Pour faire face au défi climatique, on sait qu’il faudra mieux répartir les efforts et mettre fortement à contribution les plus aisés. Exonérer les plus grandes fortunes de toute imposition alors même qu’elles ont triplé de volume en France depuis dix ans relève de la stupidité économique et de l’aveuglement idéologique. Cet abandon de toute ambition en matière de souveraineté fiscale et de justice sociale aggrave le séparatisme des plus riches et nourrit la fuite en avant vers le régalien et l’identitaire.

Mais quoi que l’on fasse pour ignorer le primat du social et des inégalités, la réalité reviendra au galop. En France, les 50 % les plus pauvres ont une empreinte carbone d’à peine 5 tonnes par habitant, contre 25 tonnes pour les 10 % les plus riches et 79 tonnes pour les 1 % les plus riches. Les solutions consistant à ratiboiser tout le monde au même taux, à l’image de la taxe carbone du début de quinquennat, n’ont pas beaucoup de sens et ne pourront jamais être acceptées.

On pourrait multiplier les sujets : la fiscalité locale doit être repensée pour permettre aux communes les plus pauvres et à leurs habitants de disposer des mêmes chances que les autres ; le système de pensions doit devenir universel et juste, en mettant l’accent sur les petites et moyennes retraites ; un nouveau partage du pouvoir doit s’appliquer entre salariés et actionnaires dans la gouvernance des entreprises ; la lutte contre les discriminations doit devenir une priorité assumée et mesurable.

Liban : un système politique et financier mafieux

Liban : un système politique et financier mafieux 

Le système politique est accro à la corruption et la communauté internationale doit s’attaquer à la force de l’ombre qui empêche tout règlement de la crise : la « bancocratie » libanaise avec, à sa tête, le gouverneur de la banque centrale et les actionnaires des banques privées, souligne, dans une tribune au « Monde », Mounir Corm, né au Liban et dirigeant d’une société de gestion financière, à Paris.(Extrait)

 

Tribune.

 

L’effondrement de la situation économique, financière et sociale au Liban semble sans fin. La catastrophe humanitaire est totale, la misère touche aujourd’hui la majorité de la population, incapable de se nourrir face à l’hyperinflation et qui manque désormais de tout produit importé : médicaments, essence, électricité, etc. Cette situation invraisemblable s’aggrave de jour en jour, couverte et renforcée par l’immobilisme irréaliste d’une classe politique corrompue et criminelle.

Face à cette situation, les gouvernements occidentaux, au premier rang desquels la France, répondent par une position simpliste : nous ne bougerons ni n’aiderons financièrement le Liban tant que la classe politique libanaise ne se réformera pas. Cette position est éthiquement et politiquement condamnable à plusieurs titres.

 

Tout d’abord, elle impose une condition impossible à satisfaire. Demander des réformes à cette classe politique revient à espérer qu’un cancer malin en phase terminale se soignera lui-même – jamais ces anciens chefs de guerre et de familles féodales, prédatrices, mafieuses et au pouvoir depuis trente ans, ne se réformeront d’eux-mêmes.

Deuxièmement, elle est fondamentalement hypocrite. Elle fait mine d’oublier que le système politique et financier frauduleux mis en place par la banque centrale et le secteur bancaire, et dont la famille Hariri a été la clé de voûte pendant plus de vingt ans, a été soutenu, depuis le début des années 1990, par ces mêmes gouvernements occidentaux. Ce système a été renfloué à travers la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises, organisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques.

 

Enfin, cette position laisse au supplice une population civile exsangue et abasourdie, qui se bat au quotidien pour survivre dans une ambiance de fin du monde, entre le manque de liquidités, l’hyperinflation, la crise due au Covid-19 et les ravages de l’explosion du 4 août 2020. Il est urgent d’agir pour stopper cette chute dans le vide. Et d’abord d’un point de vue financier, par devoir humanitaire et moral, avant que le peuple libanais puisse reprendre son destin politique en main. La sortie de crise est possible en trois temps.

Il faut en premier lieu traiter l’urgence. La communauté internationale doit s’attaquer à la force de l’ombre qui empêche tout règlement de la crise financière : à savoir la « bancocratie » libanaise, avec à sa tête le gouverneur de la banque centrale et les actionnaires des banques privées, responsables premiers de cette crise. A la saisie confiscatoire des dépôts bancaires de tous les Libanais par l’Association des banques du Liban doit répondre une pression maximale (sanctions, saisine des avoirs) sur ces gens qui se sont enrichis sur le dos du peuple. Dans le même temps, un programme d’aide internationale doit, le plus rapidement possible, fournir une aide d’urgence pour permettre aux Libanais de retrouver un accès aux biens de première nécessité.

Liban : un système politique et financier frauduleux

Liban : un système politique et financier frauduleux

Le système politique est accro à la corruption et la communauté internationale doit s’attaquer à la force de l’ombre qui empêche tout règlement de la crise : la « bancocratie » libanaise avec, à sa tête, le gouverneur de la banque centrale et les actionnaires des banques privées, souligne, dans une tribune au « Monde », Mounir Corm, né au Liban et dirigeant d’une société de gestion financière, à Paris.(Extrait)

 

Tribune.

 

L’effondrement de la situation économique, financière et sociale au Liban semble sans fin. La catastrophe humanitaire est totale, la misère touche aujourd’hui la majorité de la population, incapable de se nourrir face à l’hyperinflation et qui manque désormais de tout produit importé : médicaments, essence, électricité, etc. Cette situation invraisemblable s’aggrave de jour en jour, couverte et renforcée par l’immobilisme irréaliste d’une classe politique corrompue et criminelle.

Face à cette situation, les gouvernements occidentaux, au premier rang desquels la France, répondent par une position simpliste : nous ne bougerons ni n’aiderons financièrement le Liban tant que la classe politique libanaise ne se réformera pas. Cette position est éthiquement et politiquement condamnable à plusieurs titres.

 

Tout d’abord, elle impose une condition impossible à satisfaire. Demander des réformes à cette classe politique revient à espérer qu’un cancer malin en phase terminale se soignera lui-même – jamais ces anciens chefs de guerre et de familles féodales, prédatrices, mafieuses et au pouvoir depuis trente ans, ne se réformeront d’eux-mêmes.

Deuxièmement, elle est fondamentalement hypocrite. Elle fait mine d’oublier que le système politique et financier frauduleux mis en place par la banque centrale et le secteur bancaire, et dont la famille Hariri a été la clé de voûte pendant plus de vingt ans, a été soutenu, depuis le début des années 1990, par ces mêmes gouvernements occidentaux. Ce système a été renfloué à travers la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises, organisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques.

 

Enfin, cette position laisse au supplice une population civile exsangue et abasourdie, qui se bat au quotidien pour survivre dans une ambiance de fin du monde, entre le manque de liquidités, l’hyperinflation, la crise due au Covid-19 et les ravages de l’explosion du 4 août 2020. Il est urgent d’agir pour stopper cette chute dans le vide. Et d’abord d’un point de vue financier, par devoir humanitaire et moral, avant que le peuple libanais puisse reprendre son destin politique en main. La sortie de crise est possible en trois temps.

Il faut en premier lieu traiter l’urgence. La communauté internationale doit s’attaquer à la force de l’ombre qui empêche tout règlement de la crise financière : à savoir la « bancocratie » libanaise, avec à sa tête le gouverneur de la banque centrale et les actionnaires des banques privées, responsables premiers de cette crise. A la saisie confiscatoire des dépôts bancaires de tous les Libanais par l’Association des banques du Liban doit répondre une pression maximale (sanctions, saisine des avoirs) sur ces gens qui se sont enrichis sur le dos du peuple. Dans le même temps, un programme d’aide internationale doit, le plus rapidement possible, fournir une aide d’urgence pour permettre aux Libanais de retrouver un accès aux biens de première nécessité.

Deutsche Bank impliqué le système frauduleux de Ponzie

Deutsche Bank impliqué le système frauduleux de Ponzie  

Selon l’agence Bloomberg, la plus grande banque d’Allemagne est accusée d’avoir contribué au développement du système frauduleux de Ponzie

Ce sont les liquidateurs judiciaires de deux fonds basés aux Îles Caïmans, désormais en faillite, qui ont poursuivi l’établissement aux tribunaux de New York, ainsi qu’en Floride. Les dossiers judiciaires déposés par les liquidateurs accusent la banque allemande d’avoir permis un « vol à grande échelle », provoquant des millions de dollars de pertes.

L’une des deux plaintes a été déposée en 2020 par les liquidateurs judiciaires de Madison Asset LLC (basés aux Îles Caïmans) . La deuxième a été déposée au début du mois de juillet par les liquidateurs d’un groupement d’entreprises nommé Biscayne, qui a investi dans l’immobilier en Floride.

Quel est à leurs yeux le tort de Deutsche Bank ? D’après la plainte, avoir protégé les comptes de certaines entités impliquées dans un système de Ponzi  ( système les actionnaires anceins sont rémunérés par les nouveaux entrants jusqu’au jour ces derniers deviennent insuffisants créant  une crise financière) .

Concrètement, Madison Asset et Biscayne auraient utilisé des sociétés écrans ainsi que des comptes affiliés à la Deutsche Bank dans le but de camoufler d’importantes dettes. Ces manipulations auraient permis de lever des financements auprès des investisseurs pour renflouer des entreprises réputées insolvables. L’argent frais ainsi collecté aurait également servi à rembourser les dettes et les investisseurs précédents. Les fonds auraient aussi profité aux instigateurs du montage financier eux-mêmes.

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