Archive pour le Tag 'système'

Covid-19 : le système éducatif américain encore davantage inégalitaire

Covid-19 : « le système éducatif américain encore davantage inégalitaire »

Aux Etats-Unis, la confusion et le débat sur la réouverture des écoles cristallisent les tensions préexistantes à la crise du coronavirus autour de l’égalité des chances et de la question raciale, relève, dans une tribune au « Monde », Esther Cyna, doctorante en histoire américaine.

Tribune.

 

Le 3 février 2021, la ville de San Francisco a annoncé intenter un procès contre son propre district scolaire car les écoles y sont fermées depuis des mois et aucun plan de réouverture n’y a été mis en place. A des milliers de kilomètres, la ville de Chicago se déchire entre syndicats enseignants, parents, autorités du district scolaire et politiques quant à la réouverture des établissements scolaires.

Face à la crise du Covid-19, les Etats-Unis font face plus que jamais aux fractures d’un système éducatif décentralisé, fragmenté et inégalitaire. Le système scolaire aux Etats-Unis se caractérise par sa complexité. Ce sont les districts scolaires, autorités indépendantes des villes, comtés ou Etats, qui gèrent les écoles publiques à l’échelle locale.

Depuis mars 2020, ces districts choisissent, lorsque l’Etat dans lequel ils se trouvent le permet, d’ouvrir ou non leurs écoles, de proposer un enseignement à distance ou hybride. Mais les ressources dont les districts disposent pour faire ces choix sont inégales. Dans la plupart des Etats, une partie important des financements pour les écoles publiques vient de l’impôt foncier, donc de l’assiette fiscale du district scolaire.

La corrélation entre richesse de la population locale et ressources du district est donc directe. Les écarts que ce système creuse entre les écoles ne font qu’exacerber les inégalités économiques. Le débat sur la réouverture des écoles cristallise ainsi des tensions préexistantes à la crise du coronavirus autour de l’égalité des chances.

Si les districts scolaires soulèvent toujours les questions de disparités socio-économiques et de la ségrégation, puisque leurs frontières, établies localement ou à l’échelle de l’Etat, déterminent directement la population qui en dépend et les ressources dont ils disposent, la pandémie a aggravé ces inégalités.

La dimension raciale des controverses sur la réouverture est au cœur des conflits qui secouent les quatorze mille districts étatsuniens : les populations les plus désavantagées, notamment les populations noires et hispaniques aux Etats-Unis, seraient selon les experts les familles qui pâtiraient le plus de l’enseignement à distance en raison du risque d’échec scolaire et de décrochage.

Ce sont également ces familles qui se trouvent dans les districts scolaires qui ont le moins de ressources pour faire face à la pandémie. Dans les régions les plus rurales du pays, par exemple, la pandémie a donné lieu à une déscolarisation massive des élèves qui n’ont pas accès aux outils technologiques nécessaires. Déjà largement insuffisantes, les ressources de ces districts scolaires ruraux en crise depuis la désindustrialisation peinent à répondre aux besoins urgents des populations locales.

Système de défense : la Turquie choisit la Russie !

Système de défense : la Turquie choisit la Russie !

.

Il y a évidemment de quoi être de plus en plus inquiet par la stratégie adoptée par la Turquie qui confirme le choix de matériels russes stratégiques en matière de défense alors que la Turquie fait parti intégrante de l’OTAN. La question fondamentale qui va se poser c’est de savoir si la qui prend encore demeurer longtemps membre de l’OTAN.

 

La Turquie ne fera pas marche arrière sur l’acquisition des systèmes de défense russes S-400 malgré les sanctions imposées par les Etats-Unis, a déclaré jeudi le porte-parole de la présidence à Ankara, tout en indiquant vouloir résoudre par le dialogue les problèmes avec son allié au sein de l’OTAN. Washington a imposé en décembre dernier des sanctions contre la Turquie pour l’acquisition des systèmes S-400, disant y voir une menace pour son programme d’avions de combat F-35 et une incompatibilité avec les systèmes de défense partagés de l’Otan. Ankara dément ces arguments et assure qu’il n’y a aucun danger pour ses alliés de l’Alliance atlantique.

Système BNPL: nombreux vols d’identité constatés en Australie

Système BNPL: nombreux vols d’identité constatés en Australie

Le système BNL qui consiste à acheter tout de suite et à payer plus tard se développe de manière quasi exponentielle un peu partout et notamment en Australie. Reste que parallèlement les risques de vol d’identité augmentent aussi comme cela été constaté en Australie.

L’Australie est un pionnier mondial du financement de détail à l’achat immédiat (BNPL) et abrite plusieurs grands fournisseurs, dont Afterpay Ltd, qui ont connu une forte croissance des transactions, des valorisations élevées et une réglementation souple.

Une forte augmentation des plaintes pour fraude, cependant, a soulevé des questions sur la surveillance douce, que certains analystes considèrent comme un risque sectoriel clé au milieu des appels croissants en faveur d’une plus grande protection des consommateurs sur le marché de 4,3 milliards de dollars.

IDCare, une organisation de soutien aux consommateurs à but non lucratif, a enregistré un nombre record de 1600 rapports d’incidents liés aux produits BNPL en Australie l’année dernière, le double de l’année précédente, selon les données préparées pour Reuters.

Alors que les plaintes pour fraude par carte de crédit représentaient quatre fois ce montant, le rythme de l’augmentation de la fraude à la BNPL représente une énorme performance pour l’alternative de financement de démarrage.

«Ce que cela vous montre vraiment, c’est à quelle vitesse les criminels s’adaptent au marché de la fraude et abusent du système», a déclaré Moises Sanabria, directeur général par intérim d’IDCare.

IDCare est financé par diverses institutions des secteurs public et privé et sert de principal service de soutien aux victimes de vol d’identité en Australie.

Les entreprises de la BNPL prêtent aux acheteurs des fonds instantanés, généralement jusqu’à quelques milliers de dollars, qui peuvent être remboursés en versements sans intérêt.

Comme ils gagnent généralement de l’argent sur les commissions des marchands et les frais de retard, et non sur les paiements d’intérêts, ils contournent la définition juridique des lois sur le crédit et le crédit.

Cela signifie que les fournisseurs de BNPL ne sont pas tenus d’effectuer des vérifications des antécédents sur les nouveaux comptes, contrairement aux sociétés de cartes de crédit, et ne demandent normalement que le nom, l’adresse et la date de naissance d’un demandeur, ce qui en fait une cible de fraude facile.

Le fournisseur BNPL cité dans le plus grand nombre de plaintes au cours des trois dernières années était Zip Co Ltd, mentionné dans 32,9% des engagements clients, selon les données d’IDCare.

Afterpay Ltd, 12e plus grande entreprise d’Australie après une flambée du cours de l’action par 16 en un an, s’est classée troisième sur 17 et a été citée dans 15,9% des plaintes de BNPL.

Les données n’incluaient pas de détails tels que le nombre de plaintes qui ont abouti à l’appel de la police ou des régulateurs. Il n’incluait pas non plus les plaintes adressées à des agences autres qu’IDCare.

Les paiements de relance liés à la pandémie et les vérifications de crédit plus strictes par les prêteurs traditionnels ont contribué en partie à la croissance stellaire de la BNPL en 2020.

Mais les plaintes ont augmenté en tandem, atteignant un sommet au cours des trois mois précédant juin 2020, juste après que l’Australie a libéré des milliards de dollars de paiements de secours en cas de pandémie, selon IDCare.

Un porte-parole de Zip a déclaré que la société avait effectué «des vérifications d’identité et de crédit sur chaque demandeur depuis le premier jour» pour mettre fin au vol d’identité.

Il a déclaré que «les plaintes adressées à IDCare ont augmenté parce que Zip a grandi», ajoutant que ses clients australiens s’étaient multipliés par cinq pour atteindre 2,5 millions en 2020.

Un représentant d’Afterpay a déclaré que la société prend très au sérieux le vol d’identité et utilise des outils tels que l’authentification de second facteur et les limitations de compte lorsqu’une activité inhabituelle est détectée.

Grenelle de l’éducation : un bouleversement du système éducatif

Grenelle de l’éducation : un bouleversement du système  éducatif

Courant février, le ministère de l’éducation nationale devrait annoncer les mesures sur le métier d’enseignant décidées à la suite du Grenelle de l’éducation. L’économiste Asma Benhenda apporte dans le Mondez son éclairage sur les principales propositions issues des discussions ayant eu lieu depuis novembre.

Jean-Michel Blanquer l’avait promis avant que la crise sanitaire ne vienne bousculer l’agenda : la deuxième partie du quinquennat serait consacrée à la « carrière » des enseignants. Fin janvier, les différents ateliers du Grenelle de l’éducation avaient à peine remis leur copie que le site d’information spécialisée Cafepedagogique.net s’alarmait des « recommandations explosives » qui en sont issues. Ce qui n’est pour l’instant qu’une « synthèse » des discussions ayant eu lieu depuis novembre entre les participants du Grenelle doit donner lieu, mi-février, à des annonces sur « une évolution profonde du système éducatif et des métiers des personnels ». Tour d’horizon des principales « idées » du Grenelle avec Asma Benhenda, économiste spécialiste de l’éducation et autrice de Tous des bons profs – Un choix de société (Fayard, 2020).

Comment analysez-vous les « propositions » des différents ateliers du Grenelle de l’éducation ?

Je ne suis pas particulièrement surprise. Elles vont dans le sens de la philosophie générale du programme « éducation » d’Emmanuel Macron en 2017 et de la politique, plutôt libérale, menée par Jean-Michel Blanquer au ministère de l’éducation nationale depuis près de quatre ans. Plus d’autonomie pour les établissements scolaires, part variable de la rémunération des enseignants, renforcement du pouvoir des chefs d’établissement, recrutement d’une partie des enseignants sans passer par le « mouvement national », etc. ; ces idées sont dans l’air du temps et font débat un peu partout au niveau international.

Les enseignants, qui étaient dans la rue le 26 janvier, estiment insuffisants les 400 millions d’euros annoncés à l’automne pour revaloriser le métier. A quelle hauteur devrait, selon vous, monter cette revalorisation à laquelle le Grenelle consacre plusieurs propositions ?

Il y a, derrière cette question fondamentale, celle de l’attractivité du métier. Le niveau de qualification et de recrutement des enseignants a augmenté ces vingt dernières années sans réelle contrepartie salariale, exacerbant ainsi la crise des vocations.

Afin que les étudiants ne choisissent pas une autre voie plus « rémunératrice », il est urgent de réduire le manque à gagner ou « coût d’opportunité » du choix du métier d’enseignant, en alignant le salaire des nouveaux professeurs sur le salaire médian des autres titulaires d’un bac + 5. En théorie, cela représenterait une hausse d’au moins 4 600 euros brut par an, soit environ 384 euros brut par mois. Les 100 euros net supplémentaires par mois annoncés dans le cadre du plan de revalorisation sont un bon point de départ mais il faut aller plus loin, ce qui n’est pas gagné avec la crise sanitaire et l’endettement public concomitant. Au Royaume-Uni, un plan de revalorisation des enseignants âprement débattu depuis plusieurs années a récemment été repoussé en raison de la crise…

Société-La remise en cause totale de notre système de santé

Société-La remise en cause totale de notre système de santé

 

La pandémie du coronavirus a causé déjà des milliers de morts en France, et son pic est encore loin d’être atteint. On s’aperçoit soudain que notre système de santé recèle de graves faiblesses. Constat de Claude Sicard, économiste et consultant international.

Nos hôpitaux manquent gravement de respirateurs, nous n’avons que très peu de masques pour satisfaire les besoins des personnels exposés, et les personnels hospitaliers sont totalement débordés. Par ailleurs, notre industrie est incapable de produire ne serait ce que les tests de dépistage du virus, et nous n’avons pas de fabricant de respirateurs alors que les Allemands en ont deux et les Suisses un, qui est le plus réputé mondialement. Aussi, Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique et des hôpitaux de Paris s’est-il vu obligé de lancer, le 25 mars dernier, un appel angoissé à l’aide, indiquant que la situation était alarmante : « Je n’ai plus qu’une visibilité de 3 jours seulement », a-t-il averti.

Jusqu’ici, les Français s’étaient laissés bercer par l’idée que notre système de santé était l’un des meilleurs du monde, et les enquêtes d’opinion montraient, effectivement, que le public était tout à fait satisfait de la qualité des soins dans notre pays.

Un sondage Odexa effectué en mai 2019,par exemple, indiquait que parmi les personnes ayant eu à fréquenter ces deux dernières années un hôpital, le taux de satisfaction atteignait 86 %. Et, dans la population, en général, le service de santé français, dans cette même enquête, se révélait jouir d’une très bonne image, le taux de satisfaction étant de 71 % pour le secteur public, et de 77 % pour le secteur privé.

Face donc à la crise actuelle, les faiblesses de notre système de santé apparaissent soudain au grand jour. Déjà, d’ailleurs, depuis le mois de mai 2019, avons-nous pu assister à de nombreuses grèves des personnels soignants dans les hôpitaux, et tout particulièrement dans les services d’urgence de nombreux établissements publics. Et l’on a vu, récemment, mille chefs de service ont démissionné de leur fonction d’encadrement pour protester contre l’absence de réponse à leurs revendications. La Cour des comptes, elle même, dans un rapport de février 2019, n’avait pas manqué de lancer, de son côté, un cri d’alarme disant que notre système de santé est « à bout de souffle ». Ainsi donc, Emmanuel Macron, à l’occasion de sa visite, le 25 mars à Mulhouse à l’hôpital de campagne installé en urgence par l’armée dans le parking de l’hôpital Emile Muller, s’est il vu obligé d’annoncer, pour calmer les inquiétudes, le lancement prochain d’« un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières ». Marcel Gauchet, dans un excellent article dans Le Figaro du 26 mars, nous dit : « Toute les crises ont un effet de loupe », et il s’interroge : « Sommes nous, réellement, parmi les meilleurs du monde ? Nous l’avons été, mais nous ne le sommes probablement plus ».

Il nous faut donc voir par où pèche notre système de santé, un système qui se trouve complètement débordé aujourd’hui par l’épidémie du coronavirus. Et il nous faut, pour cela, effectuer quelques comparaisons avec des pays voisins, car on ne peut pas raisonner d’une manière abstraite : nous retiendrons, pour cela, quatre pays proches de nous, deux ayant un PIB/tête sensiblement inférieur au nôtre, et deux qui se trouvent soit au même niveau, cas de la Grande-Bretagne, soit légèrement au-dessus, cas de l’ Allemagne.

Les dépenses de santé en France

Généralement, les économistes, pour caractériser les dépenses de santé des pays, retiennent le ratio « Dépenses santé/PIB », et l’on a, alors, les chiffres suivants :

Dépenses de santé/PIB

Espagne : 9,1 %

Italie : 9,0 %

France : 11,1 %

Grande-Bretagne : 9,9 %

Allemagne : 11,0 %

Il nous parait plus judicieux de corréler les dépenses de santé des pays avec les PIB/tête, et c’est ce que montre le graphique ci-dessous où les dépenses par habitant sont celles données par l’OCDE pour 2018 :

Corrélation PIB/capita-dépenses de santé/tête (US$)

 

 

Cette approche présente le mérite de pouvoir définir une norme, celle-ci étant donnée par l’équation de la droite de corrélation. On voit sur ce graphique que nos dépenses de santé par personne se trouvent nettement au dessus de la droite de régression, et son équation indique que nous avons un excès dépenses qui se monte à 8,9 % , ce qui représente au niveau national la somme de 23 milliards d’euros.

Le nombre de lits

De nombreuses statistiques existent sur le nombre de lits d’hôpitaux par pays :nous retiendrons les données de l’OCDE :

Nombre de lits/1.000 habitants

Espagne : 2,5

Italie : 3,0

France : 6,5

Grande-Bretagne : 2,3

Allemagne : 8,0

La France n’est donc pas en sous équipement à cet égard. Dans les pays pauvres, on en est à seulement 2 lits pout mille habitants. Mais dans les pays plus riches que nous les chiffres ne sont guère différents : la Suisse qui est le pays le plus riche d’Europe, en est à 4,2 seulement.

La France et l’Allemagne constituent des cas à part : ce sont des pays où les soins hospitaliers tiennent une place très importante dans leur système de soins.

La consommation de médicaments

Nous nous en référerons, ici aussi, aux données de l’OCDE :

Consommation de médicaments /personne (2017)

(En US $ )

Espagne : 403,8

Italie : 527,7

France  : 502,0

Grande-Bretagne : 403,8

Allemagne : 596,6

L’Allemagne qui est le pays le plus riche de ceux figurant sur ce tableau est à un niveau supérieur au nôtre. La France se situe, elle, sensiblement à sa place, dans cette comparaison. Dans les pays pauvres comme la Turquie ou le Chili on en est à une consommation de 200 à 230 euros par habitant, mais dans les pays plus riches que nous les consommations ne sont pas supérieures à la nôtre : la Suède en est à 484,9 dollars, et la Norvège à 501,5 dollars.

Toutefois, dans le cas de la France, il existe une particularité : la consommation d’antibiotiques est anormalement élevée, avec 30,3 g pour 1 000 habitants, contre 14,1 g pour l’Allemagne, et 19,6 g pour la Grande-Bretagne. Les Pays-Bas, quant à eux, en sont à 10,4 g seulement pour 1 000 habitants.

Les personnels de santé

Les données, en ce qui concerne les personnels de santé, sont suivies régulièrement par l’OCDE. Elles sont les suivantes :

Personnel pour 10 000 habitants

Médecins                       Infirmiers                   Dentistes

Espagne                         33                                    76                                    5

Italie                               37                                     72                                    6

France                            34                                     80                                    7

Grande-Bretagne           23                                    128                                  10

Allemagne                      34                                      80                                    8

 

La France parait être tout à fait dans la norme ; en Grande-Bretagne, il y aurait donc pénurie de médecins, et cela expliquerait le ratio élevé d’infirmiers ou autres assistants médicaux. Quant aux pays pauvres, ils en sont à 12 à 15 médecins pour 10 000 habitants, et à 25 personnels infirmiers pour 10 000 habitants.

Les équipements de pointe

On dispose de peu de données dans ce domaine, et nous avons relevé les suivantes :

IRM                                    Capacité d’accueil en soins intensifs

(Année 2015)                                   (Nb de lits/100.000 hab)

Espagne                     737                                                          10,0

Italie                        1 715                                                           12,5

France                        836                                                          12,0

Grande-Bretagne       467                                                           7,0

Allemagne              2 747                                                           30,0

 

En 2018, en France, le nombre d’équipements en IRM avait certes progressé, et l’on en était arrivé à 960 appareils ; en scanners, selon les dernières statistiques connues, on en était à 1.103 appareils en France, contre 2.023 en Italie, et 2.866 en Allemagne. La France, et davantage encore la Grande-Bretagne, apparaissent donc comme des pays fortement sous-équipés ; l’Allemagne, par contre, est remarquablement dotée.

Les hôpitaux

Les statistiques en cette matière, sont très diverses, et seulement une comparaison avec l’ Allemagne parait possible :

Nombre d’hôpitaux         Nombre de lits         Nombre de lits/hôpital

France                         3 044                        450 000                        148

Allemagne                  1 400                        640 000                          457

 

Dans le cas de la France, il faut faire une séparation entre le secteur privé et le secteur public :

Capacité hospitalière

Secteur Public                                                     60 %

Secteur privé lucratif                                           20 %

Secteur privé non lucratif                                    15 %

Autres                                                                   5 %

______

Total                                   100

Dans le secteur privé la taille des hôpitaux est généralement plus faible que dans le secteur public, et en introduisant cette distinction on aboutit pour le secteur public à une moyenne de 247 lits par hôpital. Mais cette moyenne n’est pas très significative car elle est la résultante de tailles très diverses dans les hôpitaux publics : il existe, en effet, 320 petits hôpitaux publics locaux qui auraient en moyenne 70 à 80 lits seulement, avec une structure comportant, par exemple, 14 lits médicaux,23 lits en SSR (soins de suite de réadaptation) et 36 lits en ULSD (Unité de soins de longue durée).

Par comparaison avec l’Allemagne, la France se caractérise donc par un plus grand nombre d’hôpitaux, mais des hôpitaux beaucoup plus petits, avec les inconvénients que cela entraîne en matière d’équipements de pointe à multiplier, et de frais de gestion. La proximité se paye par un sous équipement, et, au plan des personnels, par des effectifs globalement excédentaires mais mal répartis, plus, pour couronner le tout, des frais de gestion élevés (23 % supérieurs à la moyenne européenne).

La difficile situation financière des hôpitaux publics

La situation financière des hôpitaux publics en France est préoccupante, mais les personnels médicaux paraissent l’ignorer. Ils réclament toujours plus de moyens et dénoncent une « gestion comptable » de la santé en France : il est vrai que les 35 heures de Martine Aubry ont causé dans les hôpitaux publics beaucoup de dégâts. Depuis 2006, les comptes d’exploitation des hôpitaux publics présentent régulièrement des résultats négatifs, et, ces dernières années, il s’est agi de pertes considérables qui ont oscillé entre 600 et 800 millions d’euros chaque année.

Déficit annuel des hôpitaux publics (millions €)

2016 : 529

2017 : 850

2018 : 650

2019 : 900

 

Aussi la dette des hôpitaux publics s’élève-t-elle maintenant à 30 milliards d’euros, et elle coûte en frais financiers 850 millions d’euros chaque année.

Les investissements ont ainsi dangereusement chuté : ils ne sont plus à présent que de 2,5 à 3 milliards par an, alors que les charges d’amortissement s’élèvent à 6 milliards d’euros. Le flux d’investissement annuel est donc totalement insuffisant pour maintenir l’ensemble du dispositif en état correct de fonctionnement, et les directeurs d’hôpitaux s’en inquiètent, à juste titre. Ils ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, estimant qu’il leur faudrait investir environ 8 % du chiffre d’affaires, soit 7 à 7,5 milliards d ’euros chaque année.

A propos de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, où il était demandé au secteur hospitalier une économie de 800 millions d’euros, Fréderic Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) a déclaré : « Dans les faits, on va vers une mort lente de l’hôpital ».

L’Etat s’est donc finalement engagé à alléger la dette colossale des hôpitaux publics en en prenant à sa charge un tiers, soit 10 milliards d’euros, ce qui va quelque peu soulager les comptes d’exploitation de ces établissements.

Un besoin urgent de remise en cause du système hospitalier français

Le président de la fédération hospitalière française a déclaré dans une interview récente sur une radio : « On est à l’os ». Il est demandé, sans cesse, aux directeurs d’hôpitaux de faire des économies, mais sans que l’on s’attaque aux problèmes de fond qui sont de trois ordres : la structure du parc des hôpitaux en France, le statut des personnels, et le système de facturation des activités. Aussi, les quelques économies qui ont été faites (7 milliards d’euros en dix ans) n’y ont rien changé.

Au plan de la structure, tout d’abord : il y a beaucoup trop d’hôpitaux, et donc bon nombre d’entre eux sont de trop petits hôpitaux. Ils seraient à fermer, mais c’est extrêmement difficile, politiquement, car la population réagit vivement dès que l’on annonce la fermeture d’un hôpital de proximité. En Allemagne, on est passé de 2 258 hôpitaux en 1997 à 1 400 actuellement, et la fondation Bertelsmann considère qu’il faudrait en fermer 600, ce qui amènerait la moyenne à 800 lits/hôpital. Et certains spécialistes voudraient aller encore plus loin. Ainsi, en Belgique, Paul Otreppe, président de la Fédération belge des directeurs d’hôpitaux, a déclaré : « Pour être efficace, un hôpital doit avoir 2 000 lits ». L’hôpital Pompidou, à Paris, en a 1 452.

Le problème de la structure du réseau est donc fondamental, mais, au niveau du gouvernement, on n’ose pas l’aborder.

Au plan du statut des personnels, on sait qu’il s’agit du statut de la « Fonction publique hospitalière », un statut donc de fonctionnaire, avec les rigidités que cela représente pour les directeurs d’hôpitaux qui sont contraints de respecter les règles très strictes qui régissent ces personnels : mutation d’un poste à un autre très difficile, interdiction de licencier, progression des salaires à l’ancienneté, etc….

Au plan de la facturation des soins, enfin : le système en vigueur est, depuis 2004, celui de la tarification à l’acte (T2A), et il s’y rajoute chaque année des dotations forfaitaires (DAC) pour tenir compte de services particuliers rendus par ces types d’hôpitaux : recherche, enseignement…. Certains professionnels proposent d’abandonner ce système pour passer à un système qu’ils appellent le « système de parcours de soins ».

La tâche est donc immense, et vouloir s’attaquer à la reforme de notre système hospitalier sera aussi difficile et perturbant que l’est, actuellement, le chantier de la reforme du système des retraites. Peut être la crise du coronavirus pourrait-elle être l’occasion à saisir pour s’attaquer aux problèmes de fond qui sont à régler pour faire fonctionner correctement notre système hospitalier public. Il s’agit de 52 % des soins dans notre pays.

On sait que les Allemands, de leur côté, sont parvenus à régler sereinement leur problème : ils ont privatisé les hôpitaux déficitaires et laissé les Länder gérer les hôpitaux, c’est à dire réalisé en douceur une réelle décentralisation. Il y eut même un CHU qui fut privatisé, en 2005, racheté par le groupe Rhön Klinikum AG. Le secteur public a été ramené ainsi de 40,7 % du marché en 1997 à 23,8 % actuellement.

Claude Sicard
Economiste, consultant international

La remise en cause totale de notre système de santé

La remise en cause totale de notre système de santé

 

La pandémie du coronavirus a causé déjà des milliers de morts en France, et son pic est encore loin d’être atteint. On s’aperçoit soudain que notre système de santé recèle de graves faiblesses. Constat de Claude Sicard, économiste et consultant international.

Nos hôpitaux manquent gravement de respirateurs, nous n’avons que très peu de masques pour satisfaire les besoins des personnels exposés, et les personnels hospitaliers sont totalement débordés. Par ailleurs, notre industrie est incapable de produire ne serait ce que les tests de dépistage du virus, et nous n’avons pas de fabricant de respirateurs alors que les Allemands en ont deux et les Suisses un, qui est le plus réputé mondialement. Aussi, Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique et des hôpitaux de Paris s’est-il vu obligé de lancer, le 25 mars dernier, un appel angoissé à l’aide, indiquant que la situation était alarmante : « Je n’ai plus qu’une visibilité de 3 jours seulement », a-t-il averti.

Jusqu’ici, les Français s’étaient laissés bercer par l’idée que notre système de santé était l’un des meilleurs du monde, et les enquêtes d’opinion montraient, effectivement, que le public était tout à fait satisfait de la qualité des soins dans notre pays.

Un sondage Odexa effectué en mai 2019,par exemple, indiquait que parmi les personnes ayant eu à fréquenter ces deux dernières années un hôpital, le taux de satisfaction atteignait 86 %. Et, dans la population, en général, le service de santé français, dans cette même enquête, se révélait jouir d’une très bonne image, le taux de satisfaction étant de 71 % pour le secteur public, et de 77 % pour le secteur privé.

Face donc à la crise actuelle, les faiblesses de notre système de santé apparaissent soudain au grand jour. Déjà, d’ailleurs, depuis le mois de mai 2019, avons-nous pu assister à de nombreuses grèves des personnels soignants dans les hôpitaux, et tout particulièrement dans les services d’urgence de nombreux établissements publics. Et l’on a vu, récemment, mille chefs de service ont démissionné de leur fonction d’encadrement pour protester contre l’absence de réponse à leurs revendications. La Cour des comptes, elle même, dans un rapport de février 2019, n’avait pas manqué de lancer, de son côté, un cri d’alarme disant que notre système de santé est « à bout de souffle ». Ainsi donc, Emmanuel Macron, à l’occasion de sa visite, le 25 mars à Mulhouse à l’hôpital de campagne installé en urgence par l’armée dans le parking de l’hôpital Emile Muller, s’est il vu obligé d’annoncer, pour calmer les inquiétudes, le lancement prochain d’« un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières ». Marcel Gauchet, dans un excellent article dans Le Figaro du 26 mars, nous dit : « Toute les crises ont un effet de loupe », et il s’interroge : « Sommes nous, réellement, parmi les meilleurs du monde ? Nous l’avons été, mais nous ne le sommes probablement plus ».

Il nous faut donc voir par où pèche notre système de santé, un système qui se trouve complètement débordé aujourd’hui par l’épidémie du coronavirus. Et il nous faut, pour cela, effectuer quelques comparaisons avec des pays voisins, car on ne peut pas raisonner d’une manière abstraite : nous retiendrons, pour cela, quatre pays proches de nous, deux ayant un PIB/tête sensiblement inférieur au nôtre, et deux qui se trouvent soit au même niveau, cas de la Grande-Bretagne, soit légèrement au-dessus, cas de l’ Allemagne.

Les dépenses de santé en France

Généralement, les économistes, pour caractériser les dépenses de santé des pays, retiennent le ratio « Dépenses santé/PIB », et l’on a, alors, les chiffres suivants :

Dépenses de santé/PIB

Espagne : 9,1 %

Italie : 9,0 %

France : 11,1 %

Grande-Bretagne : 9,9 %

Allemagne : 11,0 %

Il nous parait plus judicieux de corréler les dépenses de santé des pays avec les PIB/tête, et c’est ce que montre le graphique ci-dessous où les dépenses par habitant sont celles données par l’OCDE pour 2018 :

Corrélation PIB/capita-dépenses de santé/tête (US$)

 

 

Cette approche présente le mérite de pouvoir définir une norme, celle-ci étant donnée par l’équation de la droite de corrélation. On voit sur ce graphique que nos dépenses de santé par personne se trouvent nettement au dessus de la droite de régression, et son équation indique que nous avons un excès dépenses qui se monte à 8,9 % , ce qui représente au niveau national la somme de 23 milliards d’euros.

Le nombre de lits

De nombreuses statistiques existent sur le nombre de lits d’hôpitaux par pays :nous retiendrons les données de l’OCDE :

Nombre de lits/1.000 habitants

Espagne : 2,5

Italie : 3,0

France : 6,5

Grande-Bretagne : 2,3

Allemagne : 8,0

La France n’est donc pas en sous équipement à cet égard. Dans les pays pauvres, on en est à seulement 2 lits pout mille habitants. Mais dans les pays plus riches que nous les chiffres ne sont guère différents : la Suisse qui est le pays le plus riche d’Europe, en est à 4,2 seulement.

La France et l’Allemagne constituent des cas à part : ce sont des pays où les soins hospitaliers tiennent une place très importante dans leur système de soins.

La consommation de médicaments

Nous nous en référerons, ici aussi, aux données de l’OCDE :

Consommation de médicaments /personne (2017)

(En US $ )

Espagne : 403,8

Italie : 527,7

France  : 502,0

Grande-Bretagne : 403,8

Allemagne : 596,6

L’Allemagne qui est le pays le plus riche de ceux figurant sur ce tableau est à un niveau supérieur au nôtre. La France se situe, elle, sensiblement à sa place, dans cette comparaison. Dans les pays pauvres comme la Turquie ou le Chili on en est à une consommation de 200 à 230 euros par habitant, mais dans les pays plus riches que nous les consommations ne sont pas supérieures à la nôtre : la Suède en est à 484,9 dollars, et la Norvège à 501,5 dollars.

Toutefois, dans le cas de la France, il existe une particularité : la consommation d’antibiotiques est anormalement élevée, avec 30,3 g pour 1 000 habitants, contre 14,1 g pour l’Allemagne, et 19,6 g pour la Grande-Bretagne. Les Pays-Bas, quant à eux, en sont à 10,4 g seulement pour 1 000 habitants.

Les personnels de santé

Les données, en ce qui concerne les personnels de santé, sont suivies régulièrement par l’OCDE. Elles sont les suivantes :

Personnel pour 10 000 habitants

Médecins                       Infirmiers                   Dentistes

Espagne                         33                                    76                                    5

Italie                               37                                     72                                    6

France                            34                                     80                                    7

Grande-Bretagne           23                                    128                                  10

Allemagne                      34                                      80                                    8

 

La France parait être tout à fait dans la norme ; en Grande-Bretagne, il y aurait donc pénurie de médecins, et cela expliquerait le ratio élevé d’infirmiers ou autres assistants médicaux. Quant aux pays pauvres, ils en sont à 12 à 15 médecins pour 10 000 habitants, et à 25 personnels infirmiers pour 10 000 habitants.

Les équipements de pointe

On dispose de peu de données dans ce domaine, et nous avons relevé les suivantes :

IRM                                    Capacité d’accueil en soins intensifs

(Année 2015)                                   (Nb de lits/100.000 hab)

Espagne                     737                                                          10,0

Italie                        1 715                                                           12,5

France                        836                                                          12,0

Grande-Bretagne       467                                                           7,0

Allemagne              2 747                                                           30,0

 

En 2018, en France, le nombre d’équipements en IRM avait certes progressé, et l’on en était arrivé à 960 appareils ; en scanners, selon les dernières statistiques connues, on en était à 1.103 appareils en France, contre 2.023 en Italie, et 2.866 en Allemagne. La France, et davantage encore la Grande-Bretagne, apparaissent donc comme des pays fortement sous-équipés ; l’Allemagne, par contre, est remarquablement dotée.

Les hôpitaux

Les statistiques en cette matière, sont très diverses, et seulement une comparaison avec l’ Allemagne parait possible :

Nombre d’hôpitaux         Nombre de lits         Nombre de lits/hôpital

France                         3 044                        450 000                        148

Allemagne                  1 400                        640 000                          457

 

Dans le cas de la France, il faut faire une séparation entre le secteur privé et le secteur public :

Capacité hospitalière

Secteur Public                                                     60 %

Secteur privé lucratif                                           20 %

Secteur privé non lucratif                                    15 %

Autres                                                                   5 %

______

Total                                   100

Dans le secteur privé la taille des hôpitaux est généralement plus faible que dans le secteur public, et en introduisant cette distinction on aboutit pour le secteur public à une moyenne de 247 lits par hôpital. Mais cette moyenne n’est pas très significative car elle est la résultante de tailles très diverses dans les hôpitaux publics : il existe, en effet, 320 petits hôpitaux publics locaux qui auraient en moyenne 70 à 80 lits seulement, avec une structure comportant, par exemple, 14 lits médicaux,23 lits en SSR (soins de suite de réadaptation) et 36 lits en ULSD (Unité de soins de longue durée).

Par comparaison avec l’Allemagne, la France se caractérise donc par un plus grand nombre d’hôpitaux, mais des hôpitaux beaucoup plus petits, avec les inconvénients que cela entraîne en matière d’équipements de pointe à multiplier, et de frais de gestion. La proximité se paye par un sous équipement, et, au plan des personnels, par des effectifs globalement excédentaires mais mal répartis, plus, pour couronner le tout, des frais de gestion élevés (23 % supérieurs à la moyenne européenne).

La difficile situation financière des hôpitaux publics

La situation financière des hôpitaux publics en France est préoccupante, mais les personnels médicaux paraissent l’ignorer. Ils réclament toujours plus de moyens et dénoncent une « gestion comptable » de la santé en France : il est vrai que les 35 heures de Martine Aubry ont causé dans les hôpitaux publics beaucoup de dégâts. Depuis 2006, les comptes d’exploitation des hôpitaux publics présentent régulièrement des résultats négatifs, et, ces dernières années, il s’est agi de pertes considérables qui ont oscillé entre 600 et 800 millions d’euros chaque année.

Déficit annuel des hôpitaux publics (millions €)

2016 : 529

2017 : 850

2018 : 650

2019 : 900

 

Aussi la dette des hôpitaux publics s’élève-t-elle maintenant à 30 milliards d’euros, et elle coûte en frais financiers 850 millions d’euros chaque année.

Les investissements ont ainsi dangereusement chuté : ils ne sont plus à présent que de 2,5 à 3 milliards par an, alors que les charges d’amortissement s’élèvent à 6 milliards d’euros. Le flux d’investissement annuel est donc totalement insuffisant pour maintenir l’ensemble du dispositif en état correct de fonctionnement, et les directeurs d’hôpitaux s’en inquiètent, à juste titre. Ils ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, estimant qu’il leur faudrait investir environ 8 % du chiffre d’affaires, soit 7 à 7,5 milliards d ’euros chaque année.

A propos de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, où il était demandé au secteur hospitalier une économie de 800 millions d’euros, Fréderic Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) a déclaré : « Dans les faits, on va vers une mort lente de l’hôpital ».

L’Etat s’est donc finalement engagé à alléger la dette colossale des hôpitaux publics en en prenant à sa charge un tiers, soit 10 milliards d’euros, ce qui va quelque peu soulager les comptes d’exploitation de ces établissements.

Un besoin urgent de remise en cause du système hospitalier français

Le président de la fédération hospitalière française a déclaré dans une interview récente sur une radio : « On est à l’os ». Il est demandé, sans cesse, aux directeurs d’hôpitaux de faire des économies, mais sans que l’on s’attaque aux problèmes de fond qui sont de trois ordres : la structure du parc des hôpitaux en France, le statut des personnels, et le système de facturation des activités. Aussi, les quelques économies qui ont été faites (7 milliards d’euros en dix ans) n’y ont rien changé.

Au plan de la structure, tout d’abord : il y a beaucoup trop d’hôpitaux, et donc bon nombre d’entre eux sont de trop petits hôpitaux. Ils seraient à fermer, mais c’est extrêmement difficile, politiquement, car la population réagit vivement dès que l’on annonce la fermeture d’un hôpital de proximité. En Allemagne, on est passé de 2 258 hôpitaux en 1997 à 1 400 actuellement, et la fondation Bertelsmann considère qu’il faudrait en fermer 600, ce qui amènerait la moyenne à 800 lits/hôpital. Et certains spécialistes voudraient aller encore plus loin. Ainsi, en Belgique, Paul Otreppe, président de la Fédération belge des directeurs d’hôpitaux, a déclaré : « Pour être efficace, un hôpital doit avoir 2 000 lits ». L’hôpital Pompidou, à Paris, en a 1 452.

Le problème de la structure du réseau est donc fondamental, mais, au niveau du gouvernement, on n’ose pas l’aborder.

Au plan du statut des personnels, on sait qu’il s’agit du statut de la « Fonction publique hospitalière », un statut donc de fonctionnaire, avec les rigidités que cela représente pour les directeurs d’hôpitaux qui sont contraints de respecter les règles très strictes qui régissent ces personnels : mutation d’un poste à un autre très difficile, interdiction de licencier, progression des salaires à l’ancienneté, etc….

Au plan de la facturation des soins, enfin : le système en vigueur est, depuis 2004, celui de la tarification à l’acte (T2A), et il s’y rajoute chaque année des dotations forfaitaires (DAC) pour tenir compte de services particuliers rendus par ces types d’hôpitaux : recherche, enseignement…. Certains professionnels proposent d’abandonner ce système pour passer à un système qu’ils appellent le « système de parcours de soins ».

La tâche est donc immense, et vouloir s’attaquer à la reforme de notre système hospitalier sera aussi difficile et perturbant que l’est, actuellement, le chantier de la reforme du système des retraites. Peut être la crise du coronavirus pourrait-elle être l’occasion à saisir pour s’attaquer aux problèmes de fond qui sont à régler pour faire fonctionner correctement notre système hospitalier public. Il s’agit de 52 % des soins dans notre pays.

On sait que les Allemands, de leur côté, sont parvenus à régler sereinement leur problème : ils ont privatisé les hôpitaux déficitaires et laissé les Länder gérer les hôpitaux, c’est à dire réalisé en douceur une réelle décentralisation. Il y eut même un CHU qui fut privatisé, en 2005, racheté par le groupe Rhön Klinikum AG. Le secteur public a été ramené ainsi de 40,7 % du marché en 1997 à 23,8 % actuellement.

Claude Sicard
Economiste, consultant international

Le système économique mis en cause par la pandémie ?

Le système économique mis en cause par la pandémie ?

La crise sanitaire a intensifié la volonté de changer le système économique et prouvé que, pour peu qu’ils en aient envie, les Etats peuvent dépenser sans compter pour aider les personnes en difficulté. Mais faut-il pour autant s’attendre à ce que le capitalisme évolue demande un article du Wall Street Journal ?

Pour répondre à cette question, repensons au monde tel qu’il était il y a une décennie, au lendemain de la crise financière. Pendant qu’Occupy Wall Street faisait les gros titres, les Etats dépensaient des milliers de milliards de dollars pour sauver le système financier. Exception faite de la réforme bancaire, le capitalisme est sorti de la crise globalement indemne (ce n’est en revanche pas le cas du commerce international). Mais les choses pourraient être différentes aujourd’hui parce que la décennie écoulée a ouvert la voie à un interventionnisme accru. L’avenir des rendements mirobolants qu’ont perçus les actionnaires ces dix dernières années est plus qu’incertain.

L’idée d’un « capitalisme participatif » qui s’intéresse aux travailleurs, aux communautés locales et à l’environnement est allée jusqu’à convaincre Business Roundtable, puissant lobby qui réunit les dirigeants des grandes entreprises américaines

Dominic Barton, ancien directeur de la société de conseil McKinsey et désormais ambassadeur du Canada en Chine, résumait l’opinion partagée par bon nombre de gagnants du capitalisme dans un article publié en 2011 dans la Harvard Business Review : « les chefs d’entreprise sont aujourd’hui confrontés à un choix difficile : réformer le capitalisme ou laisser les autres le réformer à leur place ».

Des dizaines de think tanks ont été créés dans les années 2010 pour que l’élite mondiale trouve une solution pour réparer le système, avec des intervenants allant du pape au Prince Charles. Des milliers de fonds axés sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance ont été lancés, et bon nombre de stratégies en difficulté ont été étiquetées « ESG » dans l’espoir de les rendre plus attractives.

L’idée d’un « capitalisme participatif » qui s’intéresse aux travailleurs, aux communautés locales et à l’environnement est allée jusqu’à convaincre Business Roundtable, puissant lobby qui réunit les dirigeants des grandes entreprises américaines.

Mais les changements ont surtout été cosmétiques : plus de communication, plus de femmes dans les conseils et, récemment, plus d’attention portée au racisme par des patrons toujours blancs dans leur immense majorité.

« Des milliers de conférences ont été organisées mais on est loin d’avoir fini, affirme Sarah Keohane Williamson, ancienne gérante de fonds désormais à la tête de FCLTGlobal, une organisation à but non lucratif créée avec le soutien de McKinsey pour favoriser la réflexion à long terme des chefs d’entreprise. On a beaucoup parlé, maintenant il faut agir. »

De fait, pour ceux qui n’ont pas le capitalisme chevillé au corps, les choses n’ont pas beaucoup changé. Plus de 17 millions d’Américains ont perdu leur emploi quand la pandémie a frappé et les Etats-Unis comptent toujours plus de 10 millions de chômeurs. Inversement, à la faveur de l’envolée des obligations et des records signés par les actions après un passage à vide en mars, les riches sont devenus plus riches encore.

Certains de ceux qui pensaient que le capitalisme pouvait évoluer de lui-même estiment désormais que l’Etat doit obliger les entreprises à changer.

Copropriétaire du magazine The Economist et administratrice d’Estée Lauder, Lynn Forester de Rothschild a fondé la coalition pour un capitalisme inclusif (Coalition for Inclusive Capitalism) après avoir estimé, en 2012, qu’elle devait réunir les grands patrons pour écarter la menace. Pour elle, les gagnants du capitalisme avaient suffisamment peur pour agir d’eux-mêmes. Elle a changé d’avis depuis. « Je suis désormais convaincue que le fait que les gentils soient gentils ne suffira pas, affirme-t-elle. Il faut que l’État agisse. »

Selon elle, les pouvoirs publics doivent ainsi agir davantage sur la taxation carbone, le revenu minimum vital et la lutte contre l’obésité. Les lobbys et autres groupes de pression ont tous leur propre liste de demandes mais, a minima sur le plan économique, l’idée générale est de rapprocher l’Amérique de l’Europe. Sans aller jusqu’à embrasser le socialisme, il s’agirait de laisser l’Etat agir davantage sur la gestion du capital et de réduire l’influence des actionnaires.

Les patrons qui s’étaient lancés dans un greenwashing effréné pour attirer les investisseurs soucieux des enjeux sociaux et environnementaux auront du mal à s’opposer à des restrictions publiques destinées à protéger les salariés ou lutter contre le changement climatique, surtout s’ils ont profité des aides publiques versées pendant le confinement

L’histoire est riche d’exemples de crises qui ont entraîné des changements majeurs de politique économique. Le New Deal et le renforcement du rôle de l’Etat en réponse à la Grande dépression. La sécurité sociale britannique au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. L’inflation galopante qui a conduit Margaret Thatcher et Ronald Reagan au pouvoir dans les années 1970, avec à la clé l’anéantissement des syndicats et l’allègement de la taxation des plus riches. Quand les choses vont manifestement trop loin, la crise peut remettre les compteurs à zéro.

Dans cet esprit, la pandémie pourrait favoriser un plus grand interventionnisme de l’Etat. Les jalons conceptuels de l’exubérance financière publique ont été jetés par une école de pensée économique autrefois marginale, la théorie monétaire moderne. La Covid-19 a permis sa mise en pratique, à juste titre au regard de l’état catastrophique de l’économie. Les banques centrales se sont détournées de ceux qui redoutaient l’inflation au profit de ceux qui militent pour davantage de dépenses, et acceptent désormais de les financer. Et qui dit nouvelles dépenses dit nécessité de prévenir les abus, ce qui facilite l’évolution de la réglementation.

Les patrons qui s’étaient lancés dans un greenwashing effréné pour attirer les investisseurs soucieux des enjeux sociaux et environnementaux auront du mal à s’opposer à des restrictions publiques destinées à protéger les salariés ou lutter contre le changement climatique, surtout s’ils ont profité des aides publiques versées pendant le confinement.

L’Union européenne a déjà réussi à vaincre l’opposition allemande à la mutualisation de la dette, lancer un ambitieux programme de dépenses et avancer sur la définition de l’investissement durable. Le Vieux-Continent a lancé les hostilités contre les « big tech », un mouvement antitrust qui s’empare désormais des Etats-Unis et devrait recueillir le soutien des partisans du libre-échange (pour peu qu’ils ne soient pas actionnaires autocentrés d’un monopole).

La société américaine ne rêve pas d’un Etat tout puissant et Joe Biden n’a pas été élu avec la majorité écrasante qui avait permis à Franklin Delano Roosevelt de révolutionner le capitalisme. Pourtant, les sondages montrent que la population est globalement favorable à une augmentation des dépenses publiques et le Parti républicain, dans sa version moderne, n’a rien contre les déficits abyssaux en temps de paix, même s’il préfère qu’ils servent à financer des allègements fiscaux.

Qu’il s’agisse d’interventionnisme renforcé de l’Etat ou d’efforts accrus des entreprises pour empêcher la politique de se mêler de leurs affaires, les dix années qui arrivent pourraient servir à concrétiser les discours des dix années qui s’achèvent. Les actionnaires doivent se tenir prêts : le changement, c’est peut-être pour maintenant.

Traduit à partir de la version originale en anglais

 » Repenser le système de santé « 

«  Repenser le système de santé « 

 

Un collectif de personnalités issues du milieu médical ou de la recherche, regroupées au sein de l’Institut Santé, appelle dans une tribune au « Monde » à une réforme du système de santé afin de mieux répondre aux besoins de la population et aux crises sanitaires.

 

TRIBUNE

 

La réforme avortée des retraites a mis en exergue l’importance de débattre en amont de toute modification systémique touchant notre modèle social. Comme le Conseil national de la Résistance (CNR) l’a fait en 1943 à propos de la Sécurité sociale, un large consensus citoyen sur l’impérieuse et urgente refondation de notre système de santé est indispensable.

C’est l’ambition de l’Institut Santé, une initiative citoyenne apolitique et indépendante créée en 2018, qui vise à repenser le système de santé le plus démocratiquement possible afin d’affronter les crises du XXIe siècle. Voici quelques principes qui ont émergé de cette réflexion collective.

Plutôt qu’un modèle de santé centré sur l’offre de soins, le nouveau modèle devra être axé sur les besoins de santé de la population et des individus. Pour permettre cela, l’unité géographique de pilotage deviendra le territoire de santé, regroupant 120 000 à 150 000 personnes et comprenant quelques bassins de vie. Il faudra alors que le territoire se substitue à tous les autres périmètres sanitaires qui se sont multipliés ces dernières années – groupements hospitaliers de territoires, communautés professionnelles territoriales de santé, Assistance publique-Hôpitaux de Paris, etc. –, conduisant ainsi à une simplification administrative. Il deviendra alors le périmètre d’activité de tous les professionnels de santé, dont les missions intègrent une responsabilité territoriale sanitaire.

Cette évolution induit et justifie une refonte des ordonnances Debré de 1958 – qui ont notamment créé les centres hospitalo-universitaires et centré l’organisation de la santé autour de l’hôpital. Ce « Debré 2 » aura pour objectif d’ouvrir les murs de l’hôpital, de mettre fin au plein-temps hospitalier systématique et d’accélérer l’extension de l’enseignement et de la recherche hors de l’hôpital. Il pourra alors décloisonner la santé qui ne s’organisera plus uniquement selon la ville, l’hôpital et le médico-social, mais selon le territoire et les besoins de santé des personnes qui y vivent.

Démocratie sanitaire et sociale

Cette approche pourra se faire dans le respect du libre choix des statuts salariés, libéraux ou mixtes des professionnels – statuts qui seront, si nécessaire, adaptés juridiquement à cette réalité territoriale. Quel que soit le statut considéré, ce nouvel horizon territorial devra s’accompagner d’une plus grande diversification des carrières professionnelles pour tous les soignants. Un levier puissant pour retrouver de l’attractivité dans tous les métiers de santé.

Foot professionnel : l’écroulement d’un système de financement

Foot professionnel : l’écroulement d’un système de financement

 

Dans une tribune au « Monde », Léonidas Kalogeropoulos, président de Médiation & Arguments, et Bernard Chaussegros, président de l’Observatoire de la transformation audiovisuelle, alertent sur les conséquences désastreuses que fait peser le groupe sino-espagnol sur la chaîne de fabrication de l’image télévisuelle française.

Tribune. 

 

Alors que le monde du football retient son souffle face à Mediapro, qui refuse de verser l’échéance de 172 millions d’euros prévue par son contrat de 3,1 milliards d’euros pour exploiter les droits de la Ligue 1 pendant quatre ans, une cascade de conséquences désastreuses menace le secteur du ballon rond : faillites de clubs, arrêt temporaire du championnat, non-participation aux coupes d’Europe…

Côté diffuseurs – chaînes de télévision, opérateurs télécoms –, le secteur se prépare à gérer les résiliations de milliers d’abonnés, mettant en péril le football professionnel et amateur, ainsi que tout le paysage audiovisuel français.

En marge de ces victimes médiatiques du coup de poker joué par Mediapro en 2018 sur les droits du foot grâce aux « poches » supposées profondes de son actionnaire chinois – Orient Hontai Capital –, qui détient 54 % de son capital, c’est toute l’industrie technique audiovisuelle qui assiste silencieusement à l’écroulement de ses fondations à la suite de décisions prises par les anciens dirigeants de la Ligue de football professionnel (LFP), aujourd’hui démissionnaires.

La chaîne de fabrication de l’image télévisuelle française, constituée principalement de deux entreprises, AMP Visual TV et Euro Media France (EMF), s’est dotée en quelques décennies des équipements les plus modernes d’Europe pour capter et diffuser en très haute définition les événements les plus fédérateurs de la télévision, qu’il s’agisse des matchs de football, du Tour de France, du rugby, des événements officiels – défilé du 14-Juillet, remontée des Champs-Elysées des présidents élus –, sans compter les événements internationaux comme les Jeux olympiques, le Vendée Globe, les Coupes du monde…

Ces grands moments de télévision nationaux et internationaux sont produits grâce à des technologies de pointe qui nécessitent des investissements considérables et la constitution de ressources humaines hautement qualifiées – sept cents employés permanents et des milliers d’intermittents pour un million d’heures annuelles –, ce qui place notre industrie française de l’image à l’avant-garde mondiale de ce savoir-faire.

Tous ces investissements ont pu être réalisés parce que les entreprises françaises ont pu bénéficier d’une visibilité sur l’avenir de leur marché, très concurrentiel, mais structuré autour d’événements récurrents dits « premium », le principal d’entre eux étant de loin le championnat de la Ligue 1 de football, et ce depuis les années 1980. Le football professionnel, par les volumes financiers qu’il génère, est ainsi de facto le moteur de la constitution des atouts techniques et humains d’AMP Visual TV et d’EMF, devenus de fait les outils techniques mutualisés de la télévision française.

 

Un système système de santé à bout de souffle

 Un système système de santé à bout de souffle

Quatre responsables de l’établissement Santé publique France exposent, dans une tribune au « Monde », avant le nouveau « Ségur » annoncé par le gouvernement pour l’automne, les pistes à suivre pour améliorer le fonctionnement de cette branche à part entière des politiques sanitaires.

Tribune.

Dans notre pays, les grandes réformes du système de santé sont souvent issues de crises sanitaires majeures. L’épidémie de sida et la crise de la transfusion sanguine ont contribué fortement à l’essor de la sécurité et de la démocratie sanitaires.

De même, un événement comme la « crise de la vache folle » – déclenchée à partir de 1996 par l’épizootie d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) – a permis d’importantes avancées en matière de sécurité alimentaire, tandis que la canicule de 2003 a ouvert la voie, lors de chaque nouvelle vague de chaleur, à un « plan national canicule » associant les acteurs de l’Etat et des collectivités dans les territoires.

L’épidémie de Covid-19 n’échappe pas à cette règle. D’ores et déjà, de nombreuses mesures ont été annoncées par un accord conclu le 13 juillet à l’issue du « Ségur de la santé ». Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, dans son discours de clôture, le 21 juillet, a souhaité la mise en place « d’une santé publique forte pour mieux se préparer et mieux combattre les nouvelles crises qui ne manqueront pas de surgir et qui affecteront la santé des populations ». Une nouvelle grande concertation, dénommée cette fois « Ségur de la santé publique », a été annoncée pour l’automne.

C’est une opportunité unique pour faire progresser harmonieusement les deux piliers de la santé publique que sont la protection contre les risques et l’amélioration de la santé. La pandémie de Covid-19 l’a très bien montré : même si l’ensemble de la population est exposé, l’impact de l’épidémie est bien plus important chez les plus âgés, chez ceux qui ont une moins bonne santé, et ceux qui, socialement, sont les plus vulnérables et démunis.

Il est aussi indispensable aujourd’hui que la santé publique ne soit plus en marge de notre système de santé en termes de ressources. La plupart des moyens financiers de notre pays sont orientés vers les soins, encore trop peu vers la santé publique, et en particulier vers la prévention, l’expertise et la recherche en ce domaine.

Des pas majeurs ont été faits ces dernières années avec la création, à partir de 1998, du système d’agences sanitaires [loi 1er juillet 1998 relative au renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés à l’homme] et la structuration de Santé publique France en 2016. Des succès significatifs ont aussi été obtenus récemment en matière de lutte contre le tabagisme, en s’appuyant sur un programme national très structuré et grâce à la création, en 2018, du Fonds de lutte contre les addictions au sein de la Caisse nationale de l’Assurance maladie.

Politique : pourquoi le système marseillais perdure ?

Politique : pourquoi le système marseillais perdure ?

 

Cesare Mattina, sociologue au Laboratoire méditerranéen de sociologie de l’université Aix-Marseille, revient dans l’Opinion  sur les spécificités du système politique marseillais

 

Gaston Defferre, maire de Marseille de 1953 à 1986.

Martine Vassal a finalement renoncé à être la candidate du parti Les Républicains pour l’élection du maire de Marseille. Elle s’est toutefois accrochée à cette possibilité malgré sa défaite sur l’ensemble de la ville et dans son propre secteur. Qu’est-ce que cela dit de la politique marseillaise ?

Il y a deux explications à cela. C’est d’abord l’histoire de la ville. En 1983, pour la première élection municipale organisée suivant le mode de scrutin dit « Paris-Lyon-Marseille », Gaston Defferre devient maire alors qu’il est minoritaire en voix. L’autre explication tient au fait que Martine Vassal, présidente de la métropole et du conseil départemental, s’imaginait toute puissante en pouvant négocier des dépenses pour tel ou tel territoire. Le retrait de la course de Martine Vassal prouve au moins que le suffrage universel a encore un minimum de poids.

On a tendance à caricaturer Marseille en ville des outrances publiques mais n’est-ce pas plutôt une métropole qui décide de son avenir dans l’ombre des coulisses ?

La personnalité de Gaston Defferre a beaucoup marqué cette ville. Son anticommunisme, dans un contexte de guerre froide, ainsi que son lien personnel avec la bourgeoisie marseillaise – il a épousé la fille d’un armateur, lui a permis de nouer une alliance du socialisme et de la droite libérale et patronale représentée par la famille Rastoin.

Ce système ne s’est pas éteint à la mort de Gaston Defferre en 1986?

Non, Jean-Claude Gaudin a ensuite assuré la continuité de ce « defferisme ». Il a gardé les quartiers nord de la ville hors de la majorité, le centre du pouvoir dans le sud et des alliances de groupes sociaux composites entre entrepreneur, bourgeoisie locale et fonctionnaires municipaux, qui mêlent eux-mêmes classes moyennes et populaires. Pour qu’un tel système s’éteigne, cela prend du temps. D’ailleurs, la droite a bien résisté aux législatives 2017 dans un contexte national de vague LREM.

Et aux municipales cette année ?

La droite a perdu des secteurs mais il faut prendre en compte l’abstention. Avec une participation plus importante des électeurs âgés, elle aurait gagné le 6e secteur. La perte du 4e (dans lequel Martine Vassal s’est présentée, N.D.L.R.) est plus surprenante. C’est un premier élément de rupture intéressant. Le système bat de l’aile mais il n’est pas mort.

Existe-t-il une spécificité marseillaise ?

Tout ne fait pas partie du folklore local. Marseille est une ville très stigmatisée. Cette image de ville maudite biaise beaucoup la perception.

Mais Jean-Claude Gaudin lui-même expliquait qu’on ne pouvait pas comprendre Marseille si l’on n’était pas marseillais…

C’est une image qu’il voulait donner de lui-même à la population. Il dénonçait le « Marseille bashing », les journalistes parisiens qui ne descendent que lorsque se déroulent des fusillades dans les quartiers du nord de la ville. Dans le même temps, il a ouvert grand les portes à Netflix, qui a produit une série bourrée de clichés. Il était complètement dans la contradiction.

Qu’est-ce qui explique alors ce jeu complexe et historique d’alliances et de revirements ?

Ce n’est pas la ville mais le mode de scrutin par arrondissement qui en est à l’origine. La loi « PLM » avec huit secteurs, chacun composé de deux arrondissements, a favorisé les alliances entre des groupes sociaux différents. Finalement, une fois qu’un candidat a réussi à prendre les quartiers bourgeois, il a déjà en main trois secteurs sur huit (le 4e, le 6e et le 5e). Il ne lui en manque plus qu’un pour devenir maire de la ville : le 3e ou le 1er. Les quartiers « nord » restent ainsi à l’opposition. Leur abandon s’explique comme ça. Voilà ce qu’a permis la loi « PLM ».

Cette année, la gauche a repris à la droite les secteurs du centre et du sud. La droite a, elle, remporté le 7e secteur détenu par le Rassemblement national. Ces basculements ne sont pas le signe que la fracture entre le nord et le sud se résorbe ?

Pas du tout. Dans le 7e secteur, la gauche a commis une grosse erreur en se retirant face au RN. Elle aurait dû s’entendre avec Samia Ghali dans le 8e et maintenir sa liste dans le 7e. Ce n’est pas un changement de paysage politique mais une erreur stratégique.

Entre Gaston Defferre et Jean-Claude Gaudin, il y eut Robert Vigouroux, maire de 1986 à 1995. Etait-ce une parenthèse dans la gestion de la ville ?

Il n’était pas dans la continuité de Gaston Defferre. Il a mis en place une politique managériale, recentré toutes les ressources de la technostructure autour du cabinet du maire, fait venir des experts de Paris pour lancer des programmes de métropolisation. Les politiques urbaines ont pris le pas sur la politique. Dès son arrivée en 1995, Jean-Claude Gaudin a dénoncé ce mode de gouvernance. Il a redonné du pouvoir aux conseils municipaux et aux tractations politiques.

Vous dites qu’il va falloir du temps pour que Marseille change de système municipal. Même en cas d’élection d’un maire de gauche ce samedi ?

Les changements sont déjà là. L’effondrement de la rue d’Aubagne, la dégradation des services publics (piscines, écoles, musées), les scandales de gestion dénoncés par la Cour des comptes, ce n’est pas rien. Mais, il va falloir du temps pour que Marseille change, d’autant qu’une maire de gauche sera minoritaire face à la métropole, au département et à la région, tous à droite. Même sur un plan urbanistique, il y a beaucoup à faire. Marseille est une ville très étendue, très composite. Il faudrait beaucoup d’argent pour créer un système de transports efficient. Or, le temps urbanistique est plus long encore que le temps politique.

 

Une carte bancaire et un système de paiement européen pour 2022

Une carte bancaire et un système de paiement européen pour 2022

 

Pour faciliter les transactions dont beaucoup ont encore recours aux espèces 16 banques européennes ont décidé d’envisager de créer un nouveau système européen de paiement avec notamment une carte bancaire permettant les achats, les transferts et les retraits d’espèces. Une initiative en fait  pour se libérer aussi de la concurrence de Visa ou de MasterCard. Une sorte de nouveau système de paiement numérique valable dans toute l’Europe au moins. Un groupe de seize banques de cinq pays de la zone euro a annoncé jeudi avoir entamé un processus visant à créer un “nouveau système de paiement européen unifié” (EPI) appelé à voir le jour en 2022 dans une région du globe où la moitié des paiements de détail s’effectuent encore en espèces.

“L’ambition d’EPI est de créer une solution de paiement paneuropéenne unifiée s’appuyant sur les paiements instantanés/SEPA Instant Credit Transfer (SCT Inst), proposant une carte bancaire aux consommateurs et commerçants à travers l’Europe, un portefeuille numérique et des solutions de paiement ‘peer-to-peer’”, disent ces seize banques dans un communiqué.

Parmi ces banques, figurent les établissements français BNP Paribas, Crédit agricole, la Société générale, les groupes Crédit mutuel et BPCE ainsi que la Banque Postale.

Le dispositif que ces groupes ambitionnent de créer correspond à une volonté exprimée par l’Europe de voir se développer sur son sol des concurrents aux américains Visa et MasterCard.

“La solution vise à devenir un nouveau standard de paiement pour les consommateurs et les commerçants européens pour tous les types de transactions, y compris en magasin, en ligne, pour les retraits d’espèces et le ‘peer-to-peer’ en plus des solutions des schémas de paiement internationaux”, soulignent les seize banques associées.

Le début de la phase de mise en oeuvre va se concrétiser dans les prochaines semaines par la création d’une société intérimaire établie à Bruxelles.

D’autres sociétés de services de paiement sont invitées à rejoindre cette initiative.

L’objectif est de proposer une solution de paiement numérique utilisable partout en Europe et “ainsi redessiner le paysage fragmenté actuel” poursuit le communiqué.

Outre les six établissements français, on retrouve aussi BBVA, la Commerzbank, la Deutsche Bank, Santander, ING, UniCredit, la CaixaBank, KBC, la DZ Bank et la Stadtsparkasse de Munich.

Système sanitaire: Un médecin accuse

Système sanitaire: Un médecin accuse

Le professeur Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, toujours très critique de la politique sanitaire du gouvernement dans un livre qu’il publie Il a accordé un grand entretien au Figaro Magazine.

Alors que le parquet de Paris ouvre une enquête pour «homicide involontaire» sur la gestion de la crise du Covid-19, le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches et longtemps président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique, ne retient pas ses coups dans un livre qu’il publie.

Votre livre est sans pitié pour le Conseil scientifique, qui a piloté la crise du Covid-19, mais aussi pour le gouvernement. Tous les pays n’ont-ils pas été pris par surprise?

Il était impossible de prévoir l’ampleur de cette pandémie. Mais il fallait être prêt, et nous avions les moyens de l’être depuis longtemps. Or, nous ne l’étions pas: ni du point de vue de la logistique ni du point de vue de la doctrine sanitaire.

Vous-même, n’avez-vous pas été pris de court?

Tous les médecins spécialistes des maladies infectieuses savent que l’on est toujours surpris. Cela a été beaucoup dit, et à juste titre.

Des les arguments développés par d’autres médecins mis à  part quelques sommités qui s’attendent à rajouter quelques plumes à leur chapeau déjà bien garni et servir de caution à la politique du gouvernement par exemple en niant l’utilité des masques, puis celle du dépistage, par contre en approuvant le confinement total dans les EHPAD. La vérité ,c’est que le système sanitaire français pourtant très dépensier était loin d’être à la hauteur de celui de l’Allemagne où  il est vrai les frais de gestion et de superstructure notoirement moins importants et où la décentralisation permet une autre responsabilisation des décideurs

Système de suivi des malades validé

Système de suivi des malades validé

 

L’article de loi controversé a été voté dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 mai. Il prévoit la création d’un « système d’information » pour identifier les personnes infectées par le Covid-19 ainsi que leurs contacts

 

Le texte prévoit la création d’un « système d’information », « destiné à identifier des personnes infectées » et « à collecter des informations » sur les personnes qui ont été en contact avec elles. Ce lancement sera fait en lien avec l’Assurance maladie, dont des agents seront chargés d’établir la liste des cas contacts. Les sénateurs et les députés doivent encore trouver un compromis avant une adoption du texte d’ici à dimanche soir.

Les critiques ont été nombreuses contre ce dispositif. Florence Provendier (LREM) s’est offusquée d’une « mise à mal des principes fondamentaux de l’éthique médicale ». « Ce que nous ne voulons pas, c’est une société des fichiers », a souligné Jean-Luc Mélenchon (LFI). Pour Valérie Rabault (PS), l’inscription de personnes non malade est « une première » et crée « une brèche inouïe dans le droit Français ». Une critique également relayée par Philippe Gosselin (LR) et Pascal Brindeau (UDI-Agir).

Les députés ont modifié plusieurs facettes du texte et ont conservé des retouches du Sénat. Une instance de contrôle devrait donc être mise en place et les données collectées seront restreintes à celles qui concernent l’infection du virus. Également, les personnes ayant accès aux données seront soumises au secret professionnel et le partage des données devrait durer neuf mois. Une prolongation devant repasser par le Parlement. Enfin, les professionnels participant à la collecte des données devraient être rémunérés, selon un amendement du gouvernement et les pharmaciens devraient avoir accès au dispositif.

« Crise sanitaire : la faillite du système politico-administratif».

« Crise sanitaire : la faillite du système politico-administratif».

 « Le  trop d’Etat ne marche pas… La solution ne peut donc pas être de doubler la dose », estime Rafik Smati, président d’Objectif France et entrepreneur dans une tribune de l’Opinion

 » déroute. Le Covid-19 a révélé la monumentale défaillance de l’appareil politico-administratif dans la protection des Français. Qui découvrent que, malgré les impôts et taxes les plus élevés de la planète en proportion du revenu national, l’Etat a liquidé son stock stratégique de masques. Alors que son maintien n’aurait pourtant coûté que 50 millions d’euros, dix fois moins que les remboursements annuels des cures thermales, ou une portion infime de la fraude à la carte Vitale. Comment en est-on à ce point arrivé à sacrifier l’essentiel et à privilégier l’accessoire ?

« Puisque ces pénuries nous dépassent, feignons de les croire sans importance. » Le personnel de soins ressemble à des soldats montant en première ligne tandis que leur état-major racontait que les casques et le renseignement ne servaient à rien. « Comment est-ce possible ? » ne peut-on que se demander. Ou « mais où passé le pognon ? » pour reprendre une exclamation du début des Gilets jaunes.

Risque crédible. Qu’on ne vienne pas prétendre que le Covid-19 constituait un événement impensable, impossible à anticiper. Une pandémie représente un risque tout aussi crédible que ces guerres que nos armées sont chargées de préparer. En 2010, j’avais moi-même évoqué ce risque dans un livre, Vers un capitalisme féminin. En tant que chef d’entreprise, j’avais préparé un « plan pandémie ». Le jour où le président de la République serrait des milliers de mains au salon de l’Agriculture, je réunissais mes collaborateurs pour leur demander de cesser de se saluer…

Il ne s’agit évidemment pas de se livrer à une querelle politicienne pouvant fragiliser l’union nationale actuelle. Le personnel soignant témoigne d’un dévouement et d’un courage sans faille, les maires sont à la manœuvre, la société civile et les entreprises, grandes et petites, font preuve de résilience, d’initiative et de solidarité. Des PME qui avaient, elles, anticipé une pandémie, offrent des équipements (c’est le cas de mon entreprise), à rebours des clichés sur l’égoïsme du secteur privé, reconvertissent des lignes de production ou conçoivent des respirateurs bon marché. Partout, on coud des masques, on s’entraide, on improvise, on fait preuve d’une agilité remarquable.

Ni aveuglement, ni silence. Mais si le peuple est rassemblé, il ne donne pas pour autant un chèque en blanc à l’exécutif. L’union sacrée n’implique ni l’aveuglement, ni le silence.

S’il est préférable d’attendre la fin de l’épidémie pour déterminer les fautes individuelles et exiger que des comptes soient rendus, il est un procès qui ne peut attendre : celui de ce logiciel qui a spectaculairement « bugué », de l’appareil politico-administratif, de cette bulle technocratique en pleine Berezina. Ce souverain immense et tutélaire qui « couvre la surface de la société d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes » dont parlait Tocqueville, mais qui a clairement échoué à nous protéger.

«Notre vieux contrat social “d’accord, nous payons beaucoup d’impôts mais pour des services publics gratuits que le monde entier nous envie” ne s’est pas montré à la hauteur»

Etat stratège myope, Etat providence impécunieux, Etat régalien désarmé… Une administration perfectionniste, à la lourdeur des procédures d’homologation, notamment par les Agences régionales de santé, et à un organigramme de l’administration centrale de la santé hallucinant de complexité. Une accumulation de strates de décision attachées avant tout à leurs prérogatives, qui se contredisent et se neutralisent. Une force d’inertie, voire d’obstruction qui semblait avoir l’éternité devant elles quand le nombre de cas de Covid-19 doublait tous les trois jours.

Sens des priorités. Bref, notre vieux contrat social « d’accord, nous payons beaucoup d’impôts mais pour des services publics gratuits que le monde entier nous envie » ne s’est pas montré à la hauteur.   Il faudra en tirer les leçons. Réduire, évidemment, la suradministration de notre société, favoriser la réindustrialisation du pays, débureaucratiser, décentraliser, sabrer à la hache les dépenses inutiles ou clientélistes, lutter contre la gabegie. Retrouver, simplement, selon la vision du mouvement Objectif France, le sens des priorités dans un pays où — gauche et droite confondue —, les pouvoirs publics semblent, depuis des décennies, avoir pour doctrine « je n’ai jamais vu une dépense publique que je n’aimais pas ».

Les partisans de l’Etat pachyderme entonnent déjà la rengaine du manque de moyens ou de la pseudo austérité ultralibérale et prennent prétexte de l’épidémie « crise salvatrice » pour réclamer encore plus de taxes, d’interdits et d’obligations dans le « monde d’après ». Comme des médecins constatant qu’un médicament ne marche pas et décrétant : « Très bien, doublons la dose. » Il faudrait donner encore plus de responsabilités à l’appareil qui, doté pourtant de 1 100 milliards d’euros d’impôts, n’a pas su préserver le stock de masques stratégiques ?

Le danger serait un simulacre de changement, sans remise à plat du mode de fonctionnement de l’administration et de son périmètre, piloté par cette technostructure même qui nous a envoyés dans le mur. Comme disait Einstein : « On ne peut espérer que les problèmes soient résolus par ceux qui les ont créés. » Il y va de la survie de notre cher et vieux pays, ou à tout le moins de notre démocratie et de notre prospérité.

 

Coronavirus : « Pour un système de soins plus intelligent »

Coronavirus : « Pour un système de soins plus intelligent »

 

Diane Goéré, Professeure à l’Université Paris Diderot et chirurgien viscéral spécialisé en oncologique digestive à l’Hôpital Saint-Louis (AP-HP)., Eric Vibert Professeur à l’Université Paris-Saclay, chirurgien et transplanteur hépatique au Centre hépato-biliaire à l’hôpital Paul-Brousse (AP-HP) estiment  que  dans l’organisation des soins que nous apprenons le plus aujourd’hui. Bref la découverte du décloisonnement des services (NDLR)  (tribune au Monde)

 

Tribune.

 

L’épidémie de Covid-19 est associée à un risque individuel faible de mortalité mais à un risque collectif majeur. Avec l’extension de l’épidémie, les individus comprennent qu’ils font partie du collectif, car chacun craint pour sa santé ou celle de ses proches. Devant cet état de fait, l’ensemble des acteurs du système de santé fonctionnent dans un seul objectif : limiter le nombre de morts en augmentant les capacités de prise en charge en réanimation.

De la clinique au centre hospitalier universitaire (CHU), face à l’affluence des patients infectés, des salles de réveils et des blocs opératoires ont été transformés en unités de réanimation. Les services de chirurgie ont diminué drastiquement leur activité afin d’augmenter l’offre de soins locale destinée aux patients infectés et afin de protéger les patients en leur évitant une hospitalisation et une intervention chirurgicale durant cette période à risque.

Pour préserver les « lits chauds » de réanimations, les malades instables sont hospitalisés dans des « lits tièdes », c’est-à-dire proches d’une réanimation, et des malades « stables » dans des « lits froids », sans structures de réanimation à proximité. Afin de préserver un équilibre et une offre de soins adaptée, tous les jours des transferts de patients sont réalisés en Ile-de-France entre des structures publiques et privées pour essayer de mettre « au bon endroit » et « au bon moment » les patients…. » 

« Coronavirus: la condamnation du système économique actuel » ?

« Coronavirus: la condamnation du  système  économique actuel »  ?

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Pierre Khalfa réagit à celle publiée par le Prix Nobel d’économie français Jean Tirole et estime que c’est « le mode de développement induit par le capitalisme productiviste » qui est aujourd’hui responsable de la crise économique planétaire.

Tribune.

« Il semble que la crise sanitaire actuelle soit propice à des prises de position à première vue surprenantes. Après Emmanuel Macron, suivi par ses ministres, faisant l’éloge de l’Etat-providence et des services publics et affirmant que le jour d’après ne ressemblerait pas au jour d’avant, voici le Prix Nobel d’économie (2014) Jean Tirole qui, dans un point de vue dans Le Monde (« Allons-nous enfin apprendre notre leçon »Le Monde du 26 mars), appelle à un changement de comportement et de politique.

Pour quelqu’un qui avait soutenu sans faillir les politiques néolibérales, voilà une prise de position qui mérite attention. Jean Tirole serait-il sur son chemin de Damas ?

Tout d’abord, il faut remarquer qu’il évoque non pas l’économie, mais les sciences sociales. Assez curieux pour quelqu’un qui s’était vivement opposé à la création dans les universités d’une section « Institutions, économie, territoire et société », visant à intégrer l’économie au sein d’un ensemble plus vaste, au motif que cela serait « une catastrophe pour la visibilité et l’avenir de la recherche en sciences économiques dans notre pays ». Remords tardif, prise de conscience ?…

Mais l’essentiel n’est pas là. Jean Tirole dénonce le fait que « nous sous-investissons dans l’éducation et la formation continue ; nous négligeons le combat contre le changement climatique et diverses autres politiques qui limiteraient les dommages causés à la prochaine génération par le climat, l’intelligence artificielle, la dette, l’inégalité et autres défis imminents ».

Mais qui est donc ce « nous » ? Ce « nous », ce sont pour lui « les peuples [qui] ont une mémoire courte, ils apprennent rarement de l’histoire », ce sont aussi « les citoyens [qui] ne mettent pas systématiquement la vie au-dessus de l’argent et ne sont pas prêts à réduire considérablement leur consommation en échange d’un monde plus sûr ».

Ce seraient donc les peuples qui ont décidé de démanteler le système de santé, de réduire drastiquement les moyens de l’hôpital public, de diminuer considérablement le nombre de lits, d’en finir avec les stocks de masques au motif que cela était trop coûteux, etc.

Ce ne serait donc pas la cupidité des plus riches qui s’accaparent la richesse créée, ce ne serait pas le fonctionnement du capitalisme financiarisé, avec les flux incessants de marchandises à travers la planète, qui serait une des causes majeures du réchauffement climatique, ce ne seraient pas les délocalisations opérées par les multinationales dans les pays à bas salaires et aux droits sociaux réduits, combinées à la logique du « zéro stock » et des flux tendus, qui auraient entraîné une dépendance vis-à-vis de quelques pays devenus les « ateliers du monde », en particulier la Chine. »

style=’box-sizing: inherit;margin:2.4rem;letter-spacing:0.11rem;font-size:2.2rem; box-sizing: inherit’ v:shapes= »_x0000_i1025″>

Retraites: une «règle d’or» financière pour le futur système

Retraites: une «règle d’or» financière pour le futur système

 

Finalement , on a adopté une règle d’or pour les retraites très comparable aux critères européens pour la gestion des budgets généraux. Le déficit ne devra pas dépasser 3 % des recettes. Notons que cette règle qui doit structurer la politique budgétaire n’est pas particulièrement respectée en France puisque en 2020, on dépassera  assez sensiblement 3% ! Comme d’habitude en France, il s’agit d’une déclaration d’intention et il faudra se méfier de la gestion désormais complètement étatique des retraites. De toute manière, la question dépend largement de l’environnement économique, surtout de la croissance ;réforme ou pas, il faudra comme d’habitude tous les cinq ans remettre l’ouvrage sur la table. Cela d’autant plus que les nombreuses exceptions et transitions risquent d’alourdir sérieusement la facture pendant encore assez longtemps. Voté à 77 voix contre 21, l’article 1 de ce projet de loi organique vise à fixer une trajectoire pluriannuelle d’équilibre financier par tranches de cinq ans. «C’est un gage de stabilité mais aussi de prévision et de pérennité», a affirmé la députée LREM Perrine Goulet dans l’hémicycle. Un déficit pourra être toléré sur un, deux ou trois ans, mais devra être lissé afin d’assurer un équilibre sur cinq années. En cumulé, il ne pourra être supérieur à 3% du montant des recettes.

Ce pourcentage n’est pas un «chiffre au doigt mouillé», mais le «taux d’endettement le plus important qu’on ait eu au moment de la crise de 2008», de «10 milliards d’euros», pour la caisse nationale d’assurance maladie, précise une élue LREM.

À gauche, communistes et insoumis ont dénoncé une «règle de plomb» et une mesure «austéritaire», de nature à faire baisser les pensions selon eux.

La règle d’or, c’est «la règle pour les petits, l’or pour les autres», a lancé le communiste Sébastien Jumel. Le socialiste Boris Vallaud a reproché à la majorité de «donner des leçons de vertu budgétaire à travers cette règle d’or alors que la réforme n’est pas financée» et «que la conférence de financement est en cours».

À droite, Eric Woerth (LR) juge que les «règles d’or n’engagent que ceux qui y croient» et son collègue Marc Le Fur a réclamé des «garanties supplémentaires». 

À l’inverse, la marcheuse Marie-Christine Verdier-Jouclas considère que la règle d’or relève «du bon sens», pour «contrecarrer les craintes». Un équilibre tous les cinq ans permettra de «tenir compte des aléas économiques», souligne-t-elle. Ce qui confirme que finalement cette réforme des retraites sera bien réexaminée comme dans le passé et aussi régulièrement.

Comme dans le volet ordinaire, ce projet de loi organique indique que la valeur du point – unité de compte fondamentale du futur système – ne «baissera pas» et sera «a minima indexée sur l’inflation» avant de tendre vers le nouvel indicateur de «revenu d’activité par tête», a assuré la rapporteure LREM Cendra Motin. Une sorte là de  tour de passe-passe pour indiquer que les retraites seront revalorisées en fonction de l’évolution des prix dans un premier temps puis vers ce fumeux indicateur revenu d’activité par tête qui mécaniquement fera baisser les pensions.

Réforme retraite:  » un système pour régresser »

Réforme retraite:  » un système pour régresser »

Catherine Zaidman, ancienne cadre de la fonction publique, experte du système de retraite, dénonce dans une tribune au « Monde » les arguments invoqués par le gouvernement pour justifier la nécessité de la réforme.

 

Tribune. Lorsque le débat sur la réforme des retraites a été lancé en décembre 2019, l’argument avancé était qu’un « système de retraite universel en points » réduirait fortement les inégalités actuelles qui font que les plus aisés, les hommes, les mono-pensionnés sont aujourd’hui les grands bénéficiaires des règles retenues à ce jour pour calculer le droit à pension de chacun.

« Dans le nouveau système proposé, un euro cotisé donne les mêmes droits », est-il martelé dans les médias. Il nous a été expliqué, avec beaucoup d’assurance, que le nouveau système permettrait à chacun d’entre nous de savoir à tout moment combien il pouvait espérer à la lecture de son compte « retraite », sur lequel seraient comptabilisés tous ses points accumulés au cours de sa carrière. Cela était présenté comme une grande avancée par rapport à la situation actuelle, avec ses quarante-deux régimes et leurs règles de calcul toutes différentes.

Or une telle présentation est totalement erronée.

S’il est exact que chacun pourra connaître à chaque instant le nombre de points accumulés, cela ne donne aucune information fiable sur le montant de la pension qu’il peut espérer à moyen ou long terme. En effet, le montant de la pension au jour de son départ à la retraite dépend non seulement du nombre de points accumulés, mais encore de la valeur du point déterminée à ce moment-là. Or, celle-ci n’est pas garantie et peut évoluer annuellement en fonction des besoins financiers du régime.

S’il est exact que chacun pourra connaître à chaque instant le nombre de points accumulés, cela ne donne aucune information fiable sur le montant de la pension qu’il peut espérer à moyen ou long terme

Pour s’en convaincre il suffit de reprendre l’évolution des taux de rendement instantanés de l’Agirc et de l’Arrco, régimes complémentaires en points des salariés du secteur privé. Entre 1973 et 2019, ils ont été divisés respectivement par 1,9 et 2,4, passant ainsi de 11,1 % à 5,81 % à l’Arrco et de 13,6 % à 5,81 % à l’Agirc.

Une des caractéristiques majeures des régimes en points est en effet leur adaptabilité au contexte démographique et économique, le montant de la pension à la liquidation pouvant être plus facilement ajusté dans un régime en points que dans un régime en annuités.

Gardons-nous toutefois de toute naïveté. En réalité, que les régimes soient en points ou en annuités, ils mobilisent, pour assurer leur équilibre financier, les trois leviers que sont le décalage de l’âge de départ, le niveau des pensions (à la liquidation mais également une fois la retraite liquidée), ou encore le niveau des ressources (cotisations et autres). »

 

La menace chinoise sur un système de santé national numériquement intégré

M

Par Jean-Dominique Séval Directeur fondateur du cabinet de conseil Soon Consulting,  Le Monde)

L’Etat chinois laissera-t-il les mastodontes privés, déjà détenteurs de montages de données utilisateurs, en récolter davantage, parmi les plus personnelles ? La confidentialité des échanges entre médecins et patients pourra-t-elle encore rester confidentielle, s’interroge l’expert en stratégie numérique Jean-Dominique Séval dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Au moment où aux Etats-Unis, Google a été pris la main dans le sac pour avoir aspiré les données cliniques de millions de patientes et de patients, et qu’en France, la ministre de la santé semble avoir pris conscience des enjeux de l’intelligence artificielle pour la santé, la Chine est déjà en train de bâtir à marche forcée un nouveau système de santé national numériquement intégré.

En quelques décennies, la Chine a réalisé d’énormes progrès pour moderniser son système de santé. Il est loin le temps où une partie de l’Occident s’extasiait devant le système des médecins aux pieds nus, lancé en 1965 par Mao Zedong pour parer au plus pressé : des agriculteurs formés en six mois aux rudiments des soins médicaux sur fond de médecine traditionnelle. Il reste de cette époque un sentiment d’urgence dont témoigne la formidable capacité d’accélération de l’économie chinoise appliquée à la transformation du système de santé à l’heure du numérique.

Depuis les temps héroïques, l’espérance de vie de ses citoyens s’est sensiblement améliorée, la mortalité infantile fortement réduite… Toutefois, avec une population vieillissante, les dépenses nationales de santé augmentent 5 % à 10 % plus vite que le PIB depuis 2008. Et le système est victime de fortes disparités régionales, avec des hôpitaux submergés dans les villes, alors que les campagnes manquent cruellement de praticiens. Résoudre ces problèmes est une des priorités du plan décennal « Healthy China 2030 ».

Pour y parvenir, l’Etat a mis en place depuis 2008 une cohabitation structurée entre un secteur public dont le but est d’assurer l’accès aux soins basiques pour tous, et un secteur privé devant accélérer la mise en place d’un système de santé au niveau des standards internationaux. Cela nécessite une coopération étroite entre des acteurs aussi différents que les autorités locales et centrales, les assureurs privés, et les trois géants Baidu, Alibaba et Tencent (BAT). Ces trois géants du Net, en recherche de nouveaux relais de croissance alors que l’économie marque le pas, espèrent changer la donne sur le marché chinois de la santé.

C’est le cas de Tencent Trusted Doctor (TTD), créé en 2018, suite au rachat par Tencent de Trusted Doctor, une start-up de la e-santé fondée à Shanghaï par Martin Shen. Cet Australien d’origine chinoise, ancien lieutenant-chirurgien de la Royal Australian Navy et passé par l’industries IT (Isoft, Siemens Healthcare), décide de revenir en Chine pour créer sa propre entreprise. Martin Shen, devenu président de la nouvelle entité, est enthousiaste : « Désormais épaulé par Tencent, et avec une levée de fonds de 250 millions de dollars [227 millions d’euros] réalisée en avril 2019, nous voulons proposer une santé universelle, grâce à la plus grande transformation d’un système de santé jamais entreprise au niveau mondial ».

 

123



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol