Archive pour le Tag 'système'

Système éducatif : Comment éviter le naufrage ?

Système éducatif : Comment éviter le naufrage ? 

 Les élèves français peinent à acquérir les savoirs fondamentaux, comme en témoignent les classements PISA de la France, et l’école de la République n’arrive plus à tenir sa promesse d’égalité des chances, socle de notre République. Professeurs en colère, parents inquiets, système éducatif qui semble péricliter… Comment éviter le naufrage annoncé ? Par Sandrine Dirani, PDG de Zeneduc. (La tribune)

 

Qui dit attractivité de notre école dit nécessairement revalorisation du métier d’enseignant. La hausse des salaires annoncée par notre ministre de l’Education, Pap Ndiaye, est certes un prérequis indispensable mais elle ne sera pas suffisante pour stopper l’hémorragie des professeurs qui quittent le navire et pour pourvoir les postes vacants.

Les enseignants sont également en quête d’une vraie reconnaissance de la hiérarchie à la hauteur de leur engagement et d’un accompagnement concret pour les aider à exprimer leur vocation : un mentorat de terrain des jeunes professeurs qui débutent leur carrière dans les établissements les plus difficiles, une meilleure formation sur les neurosciences, les aspects pédagogiques de la gestion de la classe et de l’hétérogénéité des élèves, une liberté pédagogique pour promouvoir l’innovation dans l’acquisition des savoirs fondamentaux, un meilleur dialogue avec les familles pour définir les rôles respectifs entre parents et école dans l’éducation des enfants, … Nombreuses sont les pistes à explorer pour répondre au malaise du corps professoral.

L’école de la république ne parvient plus à éviter la reproduction sociale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les enfants d’ouvriers représentent 12% des élèves du supérieur et le tableau est encore plus sombre si, aux inégalités socio-économiques, on rajoute celles d’origine territoriale. La France est le règne de l’entre-soi : trois lycées (Sainte Geneviève, Louis le Grand et Stanislas) remplissent à eux-seuls plus de la moitié des promotions de Polytechnique !

Outre le fait que cela renforce les inégalités en créant une France à double vitesse, cet élitisme forcené tend à creuser sa propre tombe à force de consanguinité et d’inertie. Là encore, ce ne sont pas les pistes de réflexion qui manquent et notamment le renforcement du dédoublement des classes en zone prioritaire, l’attribution de primes et logements de fonction pour attirer les enseignants les mieux formés vers les zones défavorisées et la substitution de la notion d’équité à celle d’égalité des chances (aide aux devoirs, embauches d’assistantes sociales, révision des seuils de bourses pour l’enseignement secondaire).

La France survalorise ses diplômes et ses élites au détriment d’une meilleure intégration entre le marché du travail et les apprentissages ou d’une revalorisation nécessaire des métiers techniques ou manuels.

Il est grand temps que cela change ! Non un diplôme, une filière, un premier emploi ne devrait pas conditionner toute une vie. Créons des passerelles, libérons les énergies, permettons à notre jeunesse de tenter, d’échouer, de se relever, d’apprendre, de progresser à tout âge.

Notre société ne cesse de parler de soft skills et pourtant, qu’est-il fait concrètement pour que nos jeunes apprennent à se connaître, découvrent leurs talents, se posent la question de leurs rêves et de leurs aspirations pour trouver une voie où ils pourraient véritablement s’épanouir et se réaliser ? Je pense qu’il est indispensable qu’ils se posent la question de leur orientation et de leurs intérêts bien plus tôt et au sein même de l’école qui devrait les préparer bien plus largement à leur vie professionnelle, en collaboration avec les entreprises.

Le pessimisme ne sert à rien. Seule l’action nous permettra de redéfinir un nouveau contrat social et de renouer avec les valeurs républicaines de notre école. Tous les citoyens pourront, ainsi, croire à nouveau en sa capacité à leur assurer un avenir.

________
(*) Sandrine Dirani est conférencière et autrice de « Aider son enfant à surmonter ses colères » – Hatier, « Ton meilleur atout, c’est toi ! » – de Boeck Supérieur et « Je maîtrise l’orthographe » (à paraître en janvier 2023).

Système de retraite : provisoirement dans le vert

Système de retraite : provisoirement dans le vert

D’après le conseil d’orientation des retraites, le système a dégagé Près de 900 millions d’euros en plus en 2021, et plus de 3,2 milliards en 2022. 

Ces bons résultats s’expliquent en grande partie par la reprise économique, la baisse du chômage, grâce à des créations d’emplois, qui ont permis au régime d’engranger des recettes ces deux dernières années. Et le montant est conséquent, notamment en 2022 : 3,2 milliards d’euros représentent 0,1% de PIB.

En revanche, les prévisions avancées par le Conseil d’orientation des retraites ne sont pas très optimistes. L’accalmie devrait être de courte durée, puisque dès la fin de cette année, et jusqu’en 2032, la situation du régime devrait se dégrader. Le déficit pourrait aller de -0,5 de PIB à -0,8 point, en fonction de la convention retraite retenue. Soit entre 7,5 et 10 milliards d’euros de déficit en 2027, selon les options retenues – en fonction notamment des scénarios d’évolution du taux de chômage et de la productivité.

Et l’organisme table en moyenne sur un système déficitaire, quel que soit le scénario pour les 25 prochaines années.

Mais à plus long terme, de 2032 à 2070, malgré un vieillissement progressif de la population, la part des dépenses de retraites dans la richesse nationale serait stable ou en diminution, note le COR.

L’institution souligne aussi « les fortes incertitudes qui entourent ses travaux, l’évolution du contexte économique des prochaines années dépendant de la situation internationale ainsi que de la situation sanitaire « .

Si l’organisme est aussi prudent, c’est parce que, par le passé, il a souvent été montré du doigt pour ses projections beaucoup trop optimistes, notamment en matière de baisse du chômage. Il n’empêche, malgré ses précautions, ces conclusions ne manqueront pas de donner du grain à moudre au débat politique, dans un contexte où le chef de l’Etat souhaite mener sans attendre, une réforme des retraites, et où pendant la campagne, il a avancé comme objectif un passage de l’âge légal de 62 à 64 ans. Dans le Point, Olivier Dussopt, le ministre du travail et du plein emploi, en charge du dossier, assure que « le système des retraites est structurellement en déficit. »

De leurs côtés, les syndicats sont nombreux à freiner des quatre fers, jugeant que cette réforme n’est ni « urgente, ni essentielle ». Reçus ce lundi par Olivier Dussopt, ils ont réaffirmé leur opposition à ce chantier. Ils craignent que des mesures figurent dans le futur budget de la sécu, le PLFSS, qui sera discuté cet automne au Parlement.

Climat : reconstruire le système agricole africain

Climat : reconstruire le système agricole africain

Alors que la guerre en Ukraine a mis en lumière la vulnérabilité des Etats du continent, Ibrahim Mayaki et Marion Guillou, de la Fondation Afrique-Europe, appellent à investir davantage dans l’agriculture.(Le Monde)

 

Encore plus que dans d’autres zones , les pays africains souffrent de leur dépendance aux importations alimentaires. Une dépendance notamment au blé et au riz alors que le continent ses produits des aliments traditionnels tout aussi nourrissants sinon davantage NDLR 

 

Tribune.

 

Si les premières cargaisons de céréales en provenance d’Ukraine commencent à être livrées sur les marchés grâce à l’accord négocié par l’ONU et la Turquie, le conflit russo-ukrainien a rappelé à quel point le contrôle des approvisionnements alimentaires est un levier géopolitique majeur. Dans ce contexte, « l’autonomie stratégique » est devenue le mantra du jour. Néanmoins, les pays sont confrontés à des options très différentes lorsqu’il s’agit de la mettre en pratique.

Le sujet est crucial en Afrique, où le déficit alimentaire augmente sous l’effet de la forte croissance urbaine, d’une faible productivité agricole, des impacts climatiques croissants et d’investissements limités dans l’agriculture et les systèmes alimentaires. Ce déficit a bondi de 10 % des besoins alimentaires en 1970 à 20-25 % aujourd’hui..

L’invasion de l’Ukraine par la Russie aggrave encore la situation. Selon les dernières données, plus de 750 millions de personnes vivent dans des pays qui importent entre 50 et 100 % de leurs besoins en céréales d’Ukraine et de Russie. Parmi ces pays, quatorze des plus vulnérables se trouvent en Afrique. En plus d’avoir externalisé leur production céréalière, nombre d’entre eux achètent leurs engrais à l’autre bout du monde – en Russie notamment –, ce qui les a encore davantage fragilisés.

Afin de pouvoir construire en Afrique des systèmes agroalimentaires plus résilients, il convient d’envisager plusieurs mesures, certaines pour tout de suite et d’autres à plus long terme.

Plus d’investissements publics dans le secteur agroalimentaire. Dans le cadre des déclarations de Maputo en 2003, complétées à Malabo en 2014 par le Programme détaillé du développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), les gouvernements africains se sont engagés à consacrer 10 % de leurs dépenses publiques à l’alimentation et à l’agriculture. Pourtant, un bilan établi en 2018 a montré que moins de la moitié des 54 pays africains avaient assorti leurs engagements de ressources. Et la pandémie de Covid-19 a encore resserré le financement public. Cependant, le PDDAA a aidé de nombreux gouvernements à concevoir des stratégies nationales d’investissement agricole et à adopter une approche des systèmes alimentaires, qui doit maintenant être renforcée.

Système Poutine : dictature, mafia et terreur

 

 

Système Poutine : dictature, mafia et terreur

Au cours d’une enquête journalistique d’une qualité remarquable, la Britannique Catherine Belton décortique le fonctionnement du clan Poutine, entre mafia et autoritarisme.( Les Echos

 

C’est le livre qu’il faut avoir lu cette année. Parce qu’il révèle la véritable nature du régime de Vladimir Poutine, le tsar qui a décidé d’entrer en guerre contre l’Ukraine et au-delà tout l’Occident. Celle d’un régime autoritaire qui rêve de grandeur pour la Russie et, en même temps, mafieux, les deux aspects se renforçant l’un et l’autre. Ensuite parce que cet ouvrage magistral se lit comme un thriller policier, avec ses espions, ses parrains, ses hommes d’affaires sibériens véreux, ses financiers genevois aux ordres, ses courtisans prêts à tout et ses traders de matières premières londoniens sans scrupule. Enfin parce qu’il s’agit aussi d’une leçon de journalisme. On imagine la difficulté à trouver des sources acceptant de s’exprimer sur le maître du Kremlin – d’où le fait que de nombreux témoignages soient anonymes – et la ténacité qu’il a fallu à l’auteur.

Dans une enquête époustouflante, de près de 600 pages, Catherine Belton ausculte le parcours de Vladimir Poutine et les hommes sur lesquels il s’est appuyé pour monter, s’installer au pouvoir et y rester. Cette journaliste britannique, ancienne correspondante à Moscou pour le « Financial Times », actuellement au « Washington Post », démonte le système Poutine, les relations de tutelle des oligarques, les réseaux d’influence, l’argent, qui passe d’ailleurs souvent par des places financières européennes, Londres et Genève en tête, grâce à des banquiers ayant pignon sur rue.

Au milieu des années 1980, le jeune Vladimir Poutine se retrouve officier du KGB à Dresde. Le lieu est important car la ville se situe dans un pays frontalier de l’Ouest et est moins surveillée que Berlin. Il est chargé de recruter des agents opérant de l’autre côté du rideau de fer et sa présence en Allemagne lui permettra de nouer des relations outre-Rhin dont Matthias Warnig, ancien de la Stasi, la police politique est-allemande et actuel patron de Nord Stream. L’effondrement de l’URSS le surprend et le choque. Mais d’autres agents du KGB envoyés à l’Ouest ont anticipé la fin de l’empire communiste et ont commencé à mettre en place des réseaux financiers pour recycler l’argent sale.

L’appartenance de Poutine au KGB est primordiale car les anciens services secrets soviétiques sont un clan. Et ce sont ses membres ainsi que ceux des services de sécurité - les siloviki, en russe – qui ont permis à Poutine de se retrouver bras droit du maire de Saint-Pétersbourg au début des années 1990, de prendre possession du très lucratif port de la ville par lequel transitent les hydrocarbures, en y évinçant le gang mafieux « propriétaire », puis d’intégrer l’entourage de Boris Eltsine et, enfin, d’apparaître comme le successeur de ce président, honni par les Russes. On les retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans l’entourage de Poutine, tels Igor Setchine, l’ancien vice-Premier ministre, ou Nikolaï Patrouchev, patron des services secrets, deux hommes qui ont connu le président à Saint-Pétersbourg.

Et depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin en 2000, à la tête du pays, tous ces ex du KGB, qui n’ont jamais digéré la fin de l’empire soviétique, s’emploient à amasser de l’argent et à « faire renaître la Russie impériale », comme l’explique Catherine Belton. Pour eux, la fin justifie les moyens. Accaparement des richesses du pays – secteur des matières premières en tête – avec l’aide de l’appareil d’Etat, corruption organisée de la justice, intimidations, emprisonnements, violence… tout est bon pour réussir.

Parallèlement, ces moyens et ceux de l’Etat russe sont aussi mis au service d’une autre cause : refaire de la Russie une puissance qui compte sur la planète après l’humiliation de la guerre froide. Et pour cela, il s’agit de miner les démocraties occidentales, d’acheter leurs élites – c’est le cas à « Londongrad » – et de financer ou d’aider tous ceux qui peuvent affaiblir l’Occident de l’intérieur. Les hommes du KGB excellent en la matière. Ils ont même été formés pour cela, Vladimir Poutine le premier. Financement de partis extrémistes, lancement d’opérations de piratage des réseaux de l’adversaire, recrutement de relais d’influence. C’est une véritable opération de déstabilisation dans laquelle s’est lancé le pouvoir russe il y a un peu plus de vingt ans. La proximité du Kremlin avec Marine Le Pen, l’Italien Matteo Salvini, chef de la Ligue, le président hongrois Viktor Orban et même avec Donald Trump n’a qu’un but : renverser l’ordre établi et renforcer la position russe. Le prétendu côté antisystème de Poutine ne vise qu’à accroître son pouvoir.

On le voit, on est très loin du défenseur des valeurs chrétiennes et occidentales que voit en Poutine une partie de l’extrême droite. Quant à l’anti-américanisme du maître du Kremlin, on comprend à la lecture de Catherine Belton qu’il ne devrait pas suffire à séduire qui que ce soit restant attaché à l’idée démocratique. Avec la guerre en Ukraine et les tensions avec les Européens, à l’aube d’un hiver difficile, la traduction en français de ce livre est une oeuvre de salut public.

LES HOMMES DE POUTINE. COMMENT LE KGB S’EST EMPARÉ DE LA RUSSIE AVANT DE S’ATTAQUER À L’OUEST-de Catherine Belton. Talent Editions, 592 pages, 23,90 euros.

Fournisseurs d’énergie : La faillite du système de concurrence

 

Fournisseurs d’énergie : La faillite du système de concurrence

Un papier de la Tribune souligne la faillite du système de concurrence des fournisseurs d’énergie et les conséquences néfastes  notamment pour l’utilisateur NDLR

C’est un scénario noir qui semblait, il y a quelques mois encore, hautement improbable. Et pourtant, les cours de l’électricité témoignent de la catastrophe énergétique à venir en France : pour décembre, le mégawattheure (MWh) s’échange ce vendredi à plus de 1.600 euros sur les bourses, contre 80 euros à la même période l’an dernier – un niveau déjà considéré comme anormalement haut. Alors que la guerre en Ukraine s’est couplée aux déboires actuels du parc nucléaire d’EDF pour former un cocktail explosif, le marché anticipe en effet une grave défaillance cet hiver.

Pris au dépourvu, les fournisseurs alternatifs d’électricité (c’est-à-dire autres qu’EDF) se trouvent dans la tourmente. Alors qu’une partie d’entre eux appellent désormais leurs clients à les quitter pour rejoindre le tarif réglementé de vente (TRV, l’offre d’EDF encadrée par les pouvoirs publics), d’autres décident d’augmenter brusquement les tarifs cet hiver, et de supprimer leurs offres au tarif indexé sur le TRV d’EDF. A les entendre, ces derniers n’auraient pas le choix : « La hausse exceptionnelle des coûts d’approvisionnement en électricité, liée à la crise de l’énergie, ne permet plus de maintenir les tarifs actuels », explique GreenYellow (groupe Casino) dans un mail envoyé jeudi informant d’une hausse de 70% à la rentrée. « Nous sommes obligés de se désindexer du TRV », fait-on valoir chez Ohm Energie, dont les clients ont découvert début août des doublements de leurs mensualités dès septembre.

Et pourtant, dans la jungle de la concurrence, l’un d’eux semble pour l’heure résister à la tempête : avec ses quelque 40.000 abonnés particuliers, Plüm Energie maintient de son côté ouverte la souscription à son offre indexée au TRV, contre vents et marées. Pourquoi alors certains se disent-t-ils forcés d’imposer des hausses drastiques des prix afin de survivre en ces temps troublés, quand d’autres affirment pouvoir « maintenir le cap » ?

Dans les faits, les fournisseurs devraient être capables d’approvisionner leurs clients abonnés à une offre indexée au même prix qu’auparavant cet hiver. Et pour cause, afin de permettre aux fournisseurs alternatifs de rivaliser avec EDF, la construction du TRV repose sur les conditions économiques théoriques d’un de ses concurrents. « Pour parvenir à un tarif équivalent, il suffit donc de le répliquer : on achète de l’électricité à l’avance pour couvrir les besoins des clients, en miroir de ce que la Commission de régulation de l’énergie affiche pour le TRV », explique Vincent Maillard, cofondateur de Plüm Energie.

« Ensuite, l’Etat compense financièrement la différence avec le TRV induite par le bouclier tarifaire : il n’y a donc aucune raison de faire face à des impayés cet hiver, et d’augmenter les tarifs », poursuit-il.

En avril dernier, le fondateur d’Ohm Energie, François Joubert, affirmait d’ailleurs lui aussi à La Tribune s’être couvert en conséquence, et pouvoir ainsi rester « solide quelle que soit l’évolution des conditions de marché ».

Comment se fait-il alors que ses clients soient informés en août d’une modification substantielle de leur contrat, qui, de l’aveu même de François Joubert, entraînera de nombreuses résiliations ? Pour nombre de connaisseurs du secteur, pas de doute : « Le but est justement de se défaire d’une partie des clients, malgré ce qu’en dit Ohm », glissent à La Tribune plusieurs sources.

Pourtant, il y a encore quelques semaines, la petite entreprise harponnait les clients avec d’importants rabais sur l’été, promettant des tarifs « toujours inférieurs au TRV ». A l’instar de Marc*, qui a souscrit à une offre « très alléchante » courant juin, avant d’apprendre en août que sa mensualité, initialement fixée à 109 euros, augmentera à 272 euros dès le 1er septembre.

« Concrètement, l’idée est de recruter un maximum de clients en été, puis de s’en délester dès septembre afin de maximiser les droits à l’ARENH pour 2023 », estime un expert du secteur.

L’ARENH, pour Accès régulé à l’électricité nucléaire historique, est le quota d’électricité vendu à prix coûtant par EDF à ses concurrents, et que chaque fournisseur alternatif peut réclamer en fonction de la consommation de ses clients. Si de tels soupçons se portent sur Ohm Energie, c’est parce que le calcul de ces « droits ARENH », qui garantissent l’accès aux précieux électrons pour 46 euros seulement le MWh, sont calculés principalement en été, quand la consommation est la plus faible.

De fait, dans un mail daté de novembre 2021 qu’a pu consulter La Tribune, la jeune entreprise aux 250.000 compteurs informe l’un de ses clients d’une hausse provisoire des tarifs du fait de la flambée des cours, et lui conseille de rejoindre un autre fournisseur « pour éviter de payer plus cher que le tarif réglementé cet hiver ». Avant de lui proposer une « remise de 50 euros » sur son prochain contrat en cas de re-souscription chez Ohm Energie dès le 1er mai 2022, date à laquelle « l’offre reviendra à son niveau de remise initial ».

De son côté, François Joubert dément formellement toute pratique de ce genre, puisque l’ancien président de la filiale de trading d’EDF expliquait en avril à La Tribune ne jamais avoir modifié ses tarifs. Il n’empêche, le procédé semble se répéter cette année : alors que l’entreprise a fait valoir en août qu’elle serait « contrainte » d’augmenter substantiellement ses prix dès le 1er septembre, la grille tarifaire qui s’appliquera à nouveau à partir du 31 mars 2023, déjà disponible sur Internet, affiche des prix très compétitifs (alors même que les prix sur les marchés à terme flirtent avec les 600 euros le MWh sur la période). Une politique non liée à l’ARENH, affirme François Joubert, qui défend son « droit de proposer des offres attractives » et de les « modifier »,

Une chose est sûre : la pratique est vue d’un mauvais œil par le médiateur national de l’énergie, Olivier Challan Belval (chargé de recommander des solutions aux litiges entre les consommateurs et les fournisseurs). Celui-ci se réserve d’ailleurs la possibilité d’alerter la répression des fraudes pour contrôler ce qu’il estime être une « pratique trompeuse ».

« J’ai reçu jeudi François Joubert et lui ai demandé de prendre aujourd’hui l’engagement que les prix annoncés aujourd’hui et activables en avril ne seront pas modifiés. Mais il a noyé le poisson », explique Olivier Challan Belval.

Cependant, en l’état, cet éventuel arbitrage sur l’ARENH n’est pas répréhensible, malgré le contrôle de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). « Certains ont industrialisé le processus. Il existe bien une clause de complément de prix, censée vérifier qu’un fournisseur n’a pas trop demandé d’ARENH par rapport à la consommation de ses clients en été, avec une pénalité prévue. Mais il n’y a, pour l’heure, aucun mécanisme clair qui pénaliserait les fournisseurs attirant les clients entre avril et septembre », explique un acteur du marché. D’autant qu’il est toujours possible de vendre sur le marché à des prix pharamineux les MWh correspondant à ces droits ARENH acquis à moins de 50 euros.

Plus généralement, chacun peut, a priori, spéculer comme il l’entend sur les marchés en se délestant de clients au moment où l’affaire rapporte, y compris en-dehors de l’ARENH.

« Pour cet hiver, arbitrer sur le marché est, en toute hypothèse, plus rentable que de fournir. Si une entreprise a acheté fin 2021 des électrons pour 2022 à 120€/MWh et qu’il peut les revendre à 1.530€/MWh ce jour pour le premier trimestre de 2023, on comprend qu’il ne tienne spécialement pas à garder ses clients », pointe un connaisseur du secteur.

La faillite d’Hydroption à la fin de l’année dernière illustre ces lacunes profondes de la régulation : « Ce fournisseur s’était mal couvert, il a donc vu son autorisation de fourniture retirée. Par conséquent, il n’avait plus de client à approvisionner, mais conservait une certaine couverture d’achat d’électricité sur les marchés de gros. Quand il l’a vendue, il a donc récupéré de l’argent ! Dans ce système, un fournisseur qui n’est pas sérieux peut donc s’enrichir » souligne un alternatif.

Si ces arbitrages peuvent ne pas affecter immédiatement le client, étant donné que la résiliation en tant que telle n’implique pas de frais, le piège peut parfois se refermer sur certains d’entre eux. « Les fournisseurs ont le droit de changer d’offre en cours de route, mais cela doit se faire en toute transparence et loyauté, et chacun doit en être informé des nouvelles conditions un mois avant, en vertu de la loi », précise le médiateur de l’énergie. Seulement voilà : plusieurs clients d’Ohm Energie contactés par La Tribune affirment n’avoir reçu aucun mail, SMS ou appel les informant de la hausse du 1er septembre avant le 16 août, y compris en épluchant leurs spams. « Le mail a été envoyé à la base de clients en temps et en heure », assure de son côté François Joubert.

Quoi qu’il en soit, « c’est au fournisseur de prouver que l’information a bien été reçue, et que son destinataire n’est pas passé à côté, d’autant plus lorsqu’on parle d’augmentations de plus de 100% », fait valoir le médiateur de l’énergie. Sans quoi celui qui pensait jusqu’alors avoir fait une bonne affaire risque d’être pris au dépourvu en recevant sa facture.

Le prénom a été modifié.

Sécheresse : transformer le système agricole

Sécheresse : transformer le système agricole 

 

Nicolas Girod, éleveur dans le Jura et porte-parole national de la Confédération paysanne, estime, dans une tribune au « Monde », que la sécheresse doit inciter à faire évoluer le modèle de l’agriculture industrielle.

La sécheresse est là mais son traitement agricole est trop souvent résumé au seul problème de l’irrigation. Or, les paysannes et paysans subissent tous ce manque d’eau et s’exposent à des pertes économiques, qu’ils irriguent ou non. En France, selon le recensement général agricole de 2020, 7,3 % de la surface agricole utile est irriguée, une part relativement faible bien qu’en progression. La problématique est donc bien plus large : comment répondre aux enjeux d’une agriculture à même de faire face aux épisodes de sécheresse et préserver la ressource en eau ?

L’agriculture industrielle détruit les ressources naturelles. Elle draine, elle rectifie les cours d’eau afin d’évacuer l’eau des sols au détriment de sa circulation naturelle et de la recharge des nappes phréatiques ; elle consomme des intrants chimiques de synthèse au détriment de la vie des sols ; elle s’affranchit des haies, d’une végétation dense et des systèmes racinaires qui vont avec. En un mot, elle assèche les sols. Face à la situation actuelle, elle exige davantage de stockage artificiel, par le biais des « mégabassines » et s’approprie l’eau pour des pratiques toujours surconsommatrices et dévastatrices. Feignant d’ignorer le cycle de l’eau, ses choix accélèrent le problème au lieu de le résoudre.

La sécheresse extrême que nous vivons appelle à ne pas céder à la pression de l’agro-industrie et à agir urgemment en sens inverse.

Une fois de plus le gouvernement est dans la réaction à court terme, en mobilisant les préfets pour organiser des réunions sur la sécheresse dans tous les départements. Si on peut souligner l’intérêt de ces temps d’alerte et de concertation, nous ne pouvons nous satisfaire d’une gestion des crises successives sans agir sur les causes qui les font advenir.

Dans le même temps, le syndicat agricole majoritaire promeut le modèle espagnol qui a développé des infrastructures pour stocker l’eau… en omettant de préciser qu’il est aujourd’hui impossible de les remplir car l’aridité gagne l’ensemble du pays.

Crise alimentaire , la faute d’un système industrialisé et de la spéculation

 Crise alimentaire , la faute  d’un système industrialisé et de la spéculation

 

Le chercheur en agronomie Nicolas Bricas estime, dans une tribune au « Monde » ,que le G7 peut contribuer à éviter des famines, en obtenant plus de transparence sur les stocks alimentaires et en réprimant la spéculation excessive sur les marchés à terme.

 

La fulgurante ascension des prix du blé et du maïs depuis un an sur les marchés internationaux provoque une nouvelle crise alimentaire. Les premières victimes : les ménages pauvres des pays où ces céréales sont la base de leur alimentation et qui les importent massivement du marché international. Ils sont déjà fragilisés par les conséquences de la crise du Covid-19 et par la hausse des prix de l’énergie.

La hausse des prix en 2008 et 2011 avait déjà révélé la fragilité des systèmes alimentaires. Mais ces sonnettes d’alarme n’ont pas déclenché la prise de mesures pour éviter de nouvelles crises. Le G7, qui se réunissait du 26 au 28 juin, prendra-t-il cette fois ses responsabilités ? Car, comme l’a montré un récent rapport d’IPES-Food, l’origine de cette crise n’est pas la guerre en Ukraine, mais bien la fragilité d’un système alimentaire industrialisé lancé et promu par les entreprises et les pays du G7.

Depuis des décennies, les politiques agricoles avaient pour objectif de nourrir la population au moindre coût, à l’aide de monocultures et d’élevages à échelle industrielle. Le blé, le maïs et le riz ont été particulièrement choisis pour assurer cette production, et ils fournissent aujourd’hui plus de 40 % des calories consommées dans le monde. Les semences sont sélectionnées pour bien répondre aux engrais chimiques, fortement dépendants du gaz et des ressources minières en phosphate. Les cultures et leurs systèmes d’irrigation sont ultra-mécanisés, et donc très dépendants du pétrole. Une poignée de puissantes entreprises ont aujourd’hui la main sur ce paquet technique. La performance productive a encouragé quelques pays dotés d’« avantages comparatifs » à se spécialiser dans ces productions pour le marché international – notamment l’Ukraine et la Russie. La production agricole mondiale a augmenté plus vite que la population et, depuis la fin du XXsiècle, la planète produit nettement plus que ses besoins caloriques.

Et pourtant, depuis cinq ans, la courbe montrant la lente réduction du nombre de personnes en insécurité alimentaire dans le monde, que l’on observait depuis les années 1960, s’est inversée. Et ce sont les ruraux et les agriculteurs en particulier qui restent les premières victimes de la faim.

Ce constat est connu, rabâché depuis des années dans toutes les institutions politiques. L’enjeu n’est pas tant de produire encore et toujours plus, mais bien de réduire les inégalités. Pourtant, certains acteurs et certains pays qui ont tiré leur richesse et leur puissance de ce modèle agricole et alimentaire proposent d’accélérer encore cette fuite en avant. Au prétexte que les prix montent, il faudrait produire plus, cela semble de bon sens. Sauf que l’on peut faire baisser les prix autrement, que l’on peut rendre les pays vulnérables plus résilients, et que l’on peut construire de nouveaux modèles agricoles et alimentaires moins fragiles. Et la crise peut être l’occasion de changer de trajectoire.

Vers un système de santé à deux vitesses

Vers un système de santé à deux vitesses

 

 

Si la centralisation par les réseaux des groupements hospitaliers de territoires peut permettre de mieux aiguiller les patients et de mutualiser des moyens, elle risque d’accentuer les inégalités d’accès aux soins, analyse Carine Milcent, économiste spécialiste des systèmes de santé, dans une tribune au « Monde ».

 

Les structures hospitalières s’éloignent des zones rurales. Les hôpitaux se regroupent en réseaux et sont en train de changer notre paysage hospitalier, de modifier notre accès aux soins et de territorialiser l’offre. En quoi ces réseaux de groupements hospitaliers de territoires (GHT) répondent-ils aux besoins de soins de la population, de la qualité attendue au service d’urgence ?

Depuis 2016, les établissements du secteur public ont l’obligation de se regrouper. Au sein de ces réseaux, les structures doivent coopérer et se coordonner autour de la prise en charge du patient et de son accompagnement. Le patient n’est plus aujourd’hui pris en charge par un établissement, mais par l’un des 135 réseaux d’établissements découpant le territoire français. Il s’agit de désenclaver le patient grâce à une offre de proximité. Quelle que soit la porte d’entrée dans le GHT, le patient est aiguillé vers l’établissement le plus adapté pour sa prise en charge. Cela peut également conduire à une diminution des délais d’attente. Les patients sont orientés, limitant ainsi les inadéquations de prise en charge.

Dans le même temps, la concentration des plateaux techniques, des équipements de haute technologie en un nombre limité d’établissements permet une amélioration de la qualité grâce à l’apprentissage par la pratique. L’innovation devient alors accessible à tous en fonction des besoins.

La convergence des systèmes d’information et de son partage est un avantage certain des GHT. Piloter des soins implique de pouvoir transmettre en temps réel l’ensemble de l’information nécessaire à chacun des acteurs concernés. On pourrait même envisager que cette convergence des systèmes d’information s’étende à l’ensemble des professionnels soignants, donc à la médecine de ville. L’inclusion de la santé numérique en serait facilitée. Un système d’information performant permettrait partiellement de répondre au vieillissement de la démographie médicale et aux déserts médicaux.

Cette centralisation suppose néanmoins des contreparties. La mise en réseau des établissements alourdit les prises de décision, notamment logistiques comme les achats de matériels. La mise en place des pôles, si celle-ci est bien pensée, peut atténuer ces difficultés de fonctionnement.

Ce système vertueux implique un certain nombre de prérequis. Le premier est de repenser l’attribution des budgets hospitaliers. Le financement actuel (T2A) se fait par établissement hospitalier, ce qui a pour conséquence de les mettre en concurrence les uns avec les autres pour la prise en charge du patient : un système contradictoire avec la volonté affichée de faire coopérer les établissements entre eux. Plus encore, ces derniers peuvent être incités à garder le patient inutilement longtemps dans leur service pour optimiser leur budget. Ainsi, le parcours du patient ne serait pas forcément coordonné par les besoins de soins de ce dernier, mais afin de maximiser le budget de chacune des structures du GHT. Ce comportement conduirait à une multiplication artificielle des séjours à des fins d’optimisation budgétaire. Ce n’est pas la T2A qui est pointée ici, mais son mode d’attribution.

L’opacité du système bancaire et financier

L’opacité du système bancaire et financier

 

Par Michel Santi, économiste (*) ( La Tribune)

 

C’est le principe de la loi de Gresham, du nom du conseiller financier d’Elizabeth Ière au XVIe siècle. À l’époque, en Angleterre et ailleurs, des pièces d’argent étaient en circulation présentant une pureté inégale. Les consommateurs et commerçants d’alors conservaient jalousement celles qui contenaient une proportion supérieure d’argent pour se dessaisir en priorité de celles au titre moins favorable.

Ce rouleau compresseur des escroqueries et des malversations fut récemment décrit par George Akerlof :

«Les transactions malhonnêtes tendent à faire disparaître du marché les transactions honnêtes. Voilà pourquoi le coût lié à la malhonnêteté est supérieur au montant de la tricherie».

Cette contre-dynamique de Gresham – devenue aujourd’hui une constante sur les marchés financiers – a donc pour conséquence une volatilisation de l’éthique au profit de la fraude, qui devient dès lors endémique. Ceux qui respectent la loi et la morale sont appelés à disparaître – en tout cas à perdre en compétitivité – tandis que leurs rivaux peu scrupuleux se maintiennent grâce à des artifices et à des manipulations qui compriment leurs coûts, qui gonflent leurs bénéfices. En d’autres termes, aujourd’hui, il devient trop cher d’être honnête ou, pour s’interroger avec Amartya Sen:

«Comment est-il possible qu’une activité aussi utile, comme la finance, soit devenue si immorale ?»

Il est vrai aussi que les gagnants ne sont rien sans les perdants : les gagnants dépendent toujours de l’existence des perdants. Amazon n’aurait, par exemple, jamais joui de sa réussite spectaculaire sans la croissance et sans la faillite de nombre d’entreprises ayant jalonné son parcours. Dans le monde réel, entreprendre est dangereux et nombre d’individus ne se lancent par conséquent jamais dans ce type d’aventure. En outre, l’action d’investir ne peut être totalement transparente, car les risques et les coûts inhérents à toute entreprise doivent être, en partie au moins, masqués.

En effet, les chances de succès d’un projet sont intimement corrélées au degré d’avancement d’autres projets qui évoluent – ou pas – au même moment. Ainsi, investir, concrétiser, placer, agir sont autant d’actes couronnés de succès par des vagues successives suscitées et portées par des optimistes accomplissant de grandes choses pour eux et pour l’Humanité, lesquelles vagues charrient en même temps leurs lots de ceux qui se sont plantés.

Voilà précisément pourquoi les systèmes et les marchés financiers existent : afin d’assurer à tous que la dynamique des investissements est favorable, afin d’aider à surmonter ces appréhensions légitimes de l’échec. Telle est donc la mission première de la finance : penser collectif, car chaque projet considéré isolément serait peu susceptible de réussir.

Le mimétisme est un sentiment fondamental en finance et dans l’entreprise, car on ne réussit jamais seul, quel que soit le profil de risque de notre plan, si nous ne sommes pas accompagnés -de près ou de loin – par d’autres investisseurs. Intuitivement, tous se disent que leur propre projet aura nettement plus de chances d’aboutir si plus de monde s’y met simultanément. Sachant que, à l’inverse, le déséquilibre apparaît dès lors que peu d’individus osent, que l’écrasante majorité thésaurise du fait d’un contexte pessimiste. Voilà également pourquoi les banques existent, car elles ont pu et su régler dans les grandes lignes cette problématique en proposant une alternative favorable à tous, aussi bien à ceux enclins aux risques qu’aux plus conservateurs.

Pour qui sait se montrer lucide, le système bancaire est un amalgame de fraude et d’ingéniosité, qui sert de tampon entre le monde de l’entreprise et le monde de l’investissement. Les banquiers nous promettent un monde prospère alors même qu’ils ont conscience de ne pas toujours être en mesure de tenir leurs engagements. De leur côté, les investisseurs savent bien que les banquiers n’ont pas la science infuse et qu’ils font bien souvent des promesses qu’ils ne pourront pas honorer. Ils se laissent néanmoins abuser par leurs banquiers qui les assurent – et les rassurent – que ce n’est pas eux qui subiront (toutes) les pertes en cas de pépin, mais les actionnaires, la maison mère, l’État, les fonds de garantie…

Que la récupération de leur placement, de leur investissement, de leur épargne est certaine, car c’est d’autres qui trinqueront. Les angoisses épisodiques des actionnaires eux-mêmes, en théorie aux premières loges pour essuyer les pertes, sont également tranquillisés, car ils sont assurés par les banquiers de bénéficier de la protection et du parapluie d’un organisme quelconque qui les couvrira en cas de besoin. L’innovation financière, l’interdépendance des banques, la réassurance, les swaps, les hedge, les garanties agiront tous dans un sens et vers un objectif communs consistant à ce que – le jour fatidique venu – nul ne sache vraiment qui a perdu ni combien il a perdu.

Voilà pourquoi l’opacité inhérente au monde de la banque lui est vitale ainsi qu’à toute la chaîne alimentaire qui gravite autour. Voilà pourquoi cet univers nébuleux ne pourra jamais être vraiment réformé, encore moins éradiqué. Son opacité autorise précisément de faire porter le risque à ceux qui ne l’auraient jamais toléré, si bien sûr ils en avaient été informés… Dit autrement – brutalement – les entreprises qui n’entretiennent pas une certaine dose d’opacité voire de comportements frauduleux, ne peuvent se développer ni prospérer. En finance, la complexité n’est donc pas le fruit de l’intelligence évolutive des banquiers, et les financiers ne représentent pas une caste plus intelligente qui brille par un niveau intellectuel qui se démarquerait du commun des mortels. Cette complexité et cette opacité sont cruciales à la finance moderne qui excelle à persuader toute la chaîne des intervenants à une prise de risques que nombre d’entre eux n’auraient jamais toléré. Quoi que l’on dise, quoique l’on fasse, il n’y a pas d’alternative à un monde de la banque et de la finance semi-frauduleux.

Les abus de la finance sont donc passés dans nos mœurs, car les banquiers et financiers honnêtes ne sont pas de taille à entrer en compétition avec leurs collègues fraudeurs. C’est simple : une banque qui ne chercherait pas à masquer des pertes, à vendre des actifs pourris, à blanchir de l’argent, à influencer le cours d’un produit dérivé… ne serait plus compétitive et serait vouée à terme à faire faillite, ou à voir son titre sévèrement décroché en bourse. Dans la nature, la sélection darwinienne nous apprend que les plus forts survivent aux plus faibles. Dans l’univers de la finance et de l’investissement, ce sont les malhonnêtes qui ont tendance à rester et à prospérer quand sont damnés ceux qui se conforment aux règles du jeu.

______

(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.
Il vient de publier « Fauteuil 37 » préfacé par Edgar Morin. Il est également l’auteur d’un nouvel ouvrage : « Le testament d’un économiste désabusé ».
Sa page Facebook et son fil Twitter.

Système santé : articuler public et privé

Système santé : articuler public et privé

 

 

Le président Emmanuel Macron a annoncé, ce mardi 31 mai, une « mission flash » d’un mois afin de trouver des solutions pour résoudre la crise qui touche les services d’urgence à l’hôpital. Aujourd’hui, des centaines de milliers de libéraux sont prêts à réaliser des missions de renfort dans les établissements de santé, il est donc nécessaire de mettre en place un cadre pérenne pour favoriser ces interventions. Par Thomas Gendron, CEO de Medelse ( la Tribune)

 

…. Les passerelles sont nécessaires pour connecter les établissements de santé, aussi bien privés que publics, aux professionnels de santé libéraux. L’objectif ? Soulager les effectifs. Les dispositifs temporels de mise à disposition de libéraux, auprès des établissements de santé publics, déployés par quelques ARS pendant la crise de la Covid-19, ont d’ailleurs démontré leur efficacité.

De plus, regardons les chiffres : sur 505 000 professionnels de santé libéraux en France*, nous décomptons 24 millions de jours de disponibilités pour des missions de renforts au sein des établissements de santé. Cela représente 4 jours de disponibilité par mois**, soit 101 000 équivalent temps plein (ETP) sur une année.

Ayons le courage politique ! Car, imaginez ce que l’on peut faire avec ce vivier de disponibilités pour solutionner les besoins de renfort des établissements de santé et notamment des services d’urgence, mais aussi des déserts médicaux.

Diversifier les carrières des générations actuelles

Enfin, les collaborations entre les secteurs répondent également aux nouvelles aspirations de notre société. Qu’il s’agisse d’enrichir leurs expériences, de travailler en équipe, de diminuer l’administratif au profit du patient… les professionnels de santé ont de nouvelles envies. Les connexions sont essentielles pour rendre le système de santé plus attractif.

C’est pourquoi, il est temps de transformer les moyens palliatifs en véritables remèdes structurels ! Simplifier l’exercice libéral et casser les frontières administratives entre le libéral et le secteur public permettra de déployer le plein potentiel et les ressources de notre système de santé.

_______

Sources :

*Répertoire ADELI- Drees, données au 1er janvier 2021.

**Enquête réalisée en septembre 2021 auprès des 20 000 professionnels de santé de la communauté Medelse.

Thomas Gendron

Remettre à plat tout le système de santé

Remettre à plat tout le système de santé

 

Emmanuel Macron, qui a promis de faire de la santé l’une des priorités de son second quinquennat, doit d’urgence dégager les moyens pour donner aux soignants les rémunérations qu’ils méritent, et repenser l’articulation entre tous les acteurs de notre système de soins. (papier du Monde)

Un papier intéressant qui élargit la problématique de l’hôpital mais qui fait l’impasse sur les déficiences d’organisation et d’efficacité des établissements hospitaliers. On ne peut en effet réduire la question de l’hôpital au seul problème des urgences NDLR

 

La lancinante répétition des « cris d’alarme » de médecins et d’infirmières, suivis de « Ségur » et autres « plans d’urgence » pour l’hôpital, l’indique clairement : le système de santé français dans son ensemble souffre d’une crise profonde. L’actuelle paralysie de certains services d’urgences n’en est que le symptôme le plus alarmant. Que, dans de grandes villes, doivent fermer certaines nuits « les urgences », porte d’entrée dans des hôpitaux qui eux-mêmes craquent en raison de la pénurie de praticiens et des déficiences de l’articulation avec la médecine de ville, donne la mesure de la gravité de la situation et de l’échelle des problèmes à résoudre.

En matière de politique sanitaire, « combler le trou de la Sécu » a longtemps constitué un objectif central. L’un des principaux moyens utilisés pour l’atteindre, la stagnation des rémunérations du personnel hospitalier, a aujourd’hui un coût immense : en érodant l’attractivité des métiers du soin, elle a abouti à une pénurie générale. Faute de médecins urgentistes, près d’un service d’urgences sur cinq fonctionne sur un mode dégradé. Des services hospitaliers ferment par manque d’infirmiers. Dans certaines régions, trouver un généraliste acceptant de devenir « médecin traitant » est impossible.

Provoqué par la crise du Covid, le Ségur de la santé a, en 2020, rompu avec des décennies de gel des salaires en consacrant 10 milliards d’euros à leur revalorisation. Dix-neuf autres milliards d’investissement ont été programmés sur dix ans. Mais ni l’organisation de l’hôpital ni le rôle du secteur hospitalier privé et des médecins libéraux n’ont été débattus.

Les remèdes à la pénurie et à l’épuisement des soignants, au manque d’attractivité de l’hôpital et à la fuite vers l’intérim ou le secteur libéral passent par de nouveaux efforts financiers immédiats. Il est indécent qu’une nuit de travail pour une infirmière ne lui rapporte que 9,63 euros de revenu supplémentaire. L’instauration de ratios entre le nombre d’infirmiers et de patients doit permettre de revenir à des conditions de travail dignes. Voté par le Parlement, l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam) ne doit plus obéir à de stricts critères budgétaires mais aux besoins de santé de la population, dans un système où l’éducation et la prévention doivent devenir prioritaires.

Car l’attribution de moyens supplémentaires ne saurait suffire. La nouvelle grande « concertation » sur la santé promise pour cet été ne peut faire l’impasse sur des problématiques aussi sensibles que l’organisation des carrières des soignants, le filtrage de l’accès aux urgences par le « 15 » ou le rétablissement des gardes des médecins libéraux. Parmi les autres pistes à explorer : l’association des régions et des départements au pilotage et au financement de politiques de santé adaptées aux besoins locaux, la priorité à donner aux zones sous-dotées dans le conventionnement des médecins et l’élargissement des compétences des pharmaciens et des infirmiers.

Emmanuel Macron, qui a promis de faire de la santé l’une des priorités de son second quinquennat, ne peut se contenter d’attendre les conclusions d’un énième rapport. Il doit d’urgence dégager les moyens pour redonner aux soignants les rémunérations qu’ils méritent. Au-delà, c’est à la réforme de l’articulation entre tous les acteurs de notre système de soins qu’il doit s’atteler, s’il ne veut pas rester dans l’histoire comme ayant présidé au dépérissement de ce trésor national.

L’urgence d’un système de paiement international fiable

L’urgence  d’un système de paiement international  fiable 

 

L’économiste David Bounie appelle, dans une tribune au « Monde », à lutter contre la « fragmentation » du système monétaire international, miné par les conflits géopolitiques et les cryptomonnaies.

 

L’appel de Kristalina Georgieva, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), à moderniser le système de paiement transfrontalier en utilisant les plates-formes numériques, lors d’une conférence à Zurich le 10 mai, manifeste un début de prise de conscience des autorités financières.

Notre système monétaire, hérité de Bretton Woods, du nom de la conférence internationale qui, en 1944, a organisé le système monétaire mondial autour du dollar américain, est à bout de souffle. Et plus encore alors qu’il représente aujourd’hui un risque d’appauvrissement et de déstabilisation majeur pour nos économies.

La fragmentation de l’économie mondiale est en effet en marche, et elle est attisée par celle de nos systèmes de paiement. La numérisation des paiements et de la monnaie encourage en effet les initiatives publiques et privées, mais aussi l’utilisation de la monnaie, redoutable arme de guerre économique, dans les rapports de force internationaux.

La cryptomonnaie est un leurre

La guerre en Ukraine accélère ce processus de balkanisation monétaire. En interdisant l’accès de certaines banques russes au système international d’échanges financiers Swift, les Etats-Unis et leurs alliés ont contribué à cette prise en otage des systèmes de paiement à des fins politiques, alors que ceux-ci devraient tout au contraire être un bien collectif, non un outil d’exclusion.

Cette mainmise de la diplomatie encourage la construction de systèmes de paiement parallèles ou l’adoption de systèmes fermés et risqués, qui ont pour objectif de s’émanciper des sanctions politiques et du dollar américain. Après le Salvador et la République centrafricaine qui ont lancé le mouvement, de plus en plus nombreux sont les pays qui, coupés des systèmes de paiement traditionnels, pourraient recourir de plus en plus à des cryptomonnaies, même si l’instabilité de ces actifs est aujourd’hui avérée.

Ces pays d’Afrique et d’Amérique centrale notamment, qui ne disposent pas de systèmes de paiement efficients, se sont convertis aux cryptoactifs dans l’espoir qu’ils allaient faciliter leurs échanges, en particulier internationaux. Cette « démocratisation » brandie en étendard par ces Etats est un leurre, étant donné les risques de volatilité et de déstabilisation des économies que l’on observe aujourd’hui.

Les cryptomonnaies trouvent déjà leurs limites, alors que les économies les plus avancées du monde s’interrogent aujourd’hui sur la régulation de ces innovations monétaires et la meilleure façon d’organiser leur expansion. Les ministres des finances et les représentants des banques centrales du G7 ont une nouvelle fois appelé le 19 mai, à l’occasion de leur réunion en Allemagne, à la mise en place rapide d’une réglementation complète des cryptoactifs à la suite du krach de la cryptomonnaie UST.

Système de santé : nouvelle alerte à Bordeaux

Système de santé : nouvelle alerte

Un collectif de plus d’un millier de soignants et autres personnels hospitaliers interpelle, dans une tribune au « Monde », le gouvernement sur la situation d’un système de santé « à bout de souffle après de nombreuses années de restrictions budgétaires ».

 

Quel système de santé souhaitons-nous ? Le service des urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux limite actuellement son accès la nuit, mais ceci n’est que la face émergée de l’iceberg. Le cœur du système de soins que sont les services hospitaliers est également dans une impasse.

Ce qui apparaît comme la crise des urgences est à replacer au sein d’un système de santé à bout de souffle après de nombreuses années de restrictions budgétaires. La crise Covid n’a fait qu’aggraver la situation d’un bien commun exsangue : l’hôpital public.

L’ensemble du territoire connaît la même situation que Bordeaux, tant pour les CHU que pour les centres régionaux. Cette crise touche la médecine adulte comme la pédiatrie. Moins de lits, des patients plus complexes et la rentabilité avant tout. Nous alertons sur la diminution des lits à l’hôpital au profit de l’ambulatoire. Depuis 2000, 20 % des lits (soit près de sept cents lits d’hospitalisation) ont été supprimés au CHU de Bordeaux.

Parallèlement, le vieillissement de la population et l’augmentation du nombre d’habitants dans la métropole bordelaise provoquent une augmentation de la demande de soins non prise en compte par nos pouvoirs publics. Dans de nombreuses spécialités, des traitements plus efficaces mais plus complexes augmentent le recours à l’hôpital. De ce fait, hospitaliser un patient est devenu un parcours du combattant, que ce soit pour la médecine de ville ou pour les urgences.

Parallèlement, afin de répondre aux critères comptables qui nous sont imposés, un taux élevé d’environ 95 % d’occupation des lits est nécessaire, à l’origine d’un fonctionnement à flux tendu qui ne permet plus d’assurer une disponibilité de lits pour les patients nécessitant une hospitalisation rapide, « non programmée ». Ces patients consultant en médecine de ville ou arrivant aux urgences se trouvent fréquemment sans solution d’hospitalisation.

La situation est la même en chirurgie avec une limitation de l’accès au bloc opératoire, des délais allongés, voire des annulations d’actes chirurgicaux. Les services supports, moins visibles par le grand public (pharmacie, biologie, anatomopathologie, radiologie, etc.), souffrent aussi de cette gestion avec des répercussions sur leurs pratiques (notamment des délais d’examen plus longs).

Au total, ces dysfonctionnements majeurs se répercutent dramatiquement sur la prise en charge des patients. Outre le transfert des activités d’hospitalisation vers une activité ambulatoire, l’activité de soins a explosé sans augmentation en regard des personnels de soins. Cette gestion industrielle de la médecine reconnaît l’activité, le nombre d’actes, plutôt que la qualité des soins qui est in fine progressivement délaissée.

Inflation :Une refonte indispensable du système social et fiscal

Inflation :Une refonte indispensable du système social et fiscal

 

Il ne peut y avoir de protection du pouvoir d’achat des faibles revenus sans une refonte totale de notre système social et fiscal, estiment les économistes Yann Coatanlem et Antonio de Lecea, dans une tribune au « Monde ».

 

La question du pouvoir d’achat est, aujourd’hui, en tête des préoccupations des Français et l’accélération de l’inflation, tout comme la volatilité actuelle des prix de l’énergie renforcent le sentiment d’insécurité. Mais il faut prendre garde aux solutions politiques simplistes : les protestations contre la vie chère recoupent en fait des problématiques multiples, qu’il faut traiter individuellement, mais aussi suivant une stratégie d’ensemble cohérente.

Le manque de pouvoir d’achat souffre d’abord d’un trop-plein de « pouvoir de marché » d’entreprises qui profitent d’un cadre concurrentiel devenu inadapté. Le top 10 % des entreprises au rendement le plus élevé ont aujourd’hui un taux de rendement cinq fois plus élevé que le taux médian, alors que ce ratio était plus proche de deux il y a vingt-cinq ans. Les 10 % des entreprises les plus profitables ont vu leurs marges augmenter de 35 % depuis le début des années 2000, alors qu’elles ont stagné pour les autres entreprises, et leur profitabilité s’accroître de 50 % de plus que les autres. Le top 1 % des entreprises les plus exportatrices représentent 67 % de l’ensemble des exportations. Le top 1 % des firmes détentrices de brevets contrôle 91 % du total des brevets. Cette concentration de plus en plus extrême doit pousser les pouvoirs publics à revoir la politique de concurrence pour éviter la constitution de ces véritables impôts privés que sont les distorsions de prix et les rentes de monopoles, ou encore à faire payer aux entreprises les coûts d’environnement et d’infrastructure supportés par les budgets publics.

 

Par ailleurs, les crises à répétition, qu’elles soient sanitaires, économiques, climatiques ou géopolitiques, ont touché de manière disproportionnée les plus défavorisés. Durant la pandémie de Covid, on a recouru à un arsenal d’aides qui ont certainement atténué l’impact économique de la crise, mais dont le manque de ciblage suffisamment précis a pu, dans certains cas, créer des situations injustes et alourdir les déficits publics. De même, si dans la lutte contre la hausse du prix de l’essence, des aides d’urgence de l’Etat et des régions apparaissent nécessaires, elles contredisent l’impact de la taxe carbone dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ces risques dérivés de l’action d’urgence seraient considérablement amoindris si l’on disposait d’une approche des crises ex ante, c’est-à-dire des filets de sécurité offrant une garantie raisonnable de ne pas être laissé sur le carreau. Le revenu universel peut jouer ce rôle d’amortisseur, avec l’avantage non négligeable de changer la psychologie des anticipations : avec moins de peur du lendemain, on peut davantage prendre de risques personnels qui contribuent à la prospérité du pays et les citoyens peuvent mieux accepter des choix politiques de long terme.

Le système financier chinois en danger

Le système financier chinois en danger

 

A Wall Street, Washington a remporté un bras de fer discret mais essentiel contre Pékin, en contraignant les entreprises chinoises cotées aux Etats-Unis à faire certifier leurs comptes par les auditeurs de la SEC, le « gendarme » américain de la Bourse, explique la juriste Isabelle Feng, dans une tribune au « Monde ».

 

 

La China Securities Regulatory Commission (CSRC) a abandonné une réglementation qui interdisait aux entreprises chinoises de divulguer leurs données comptables aux auditeurs étrangers, par un communiqué publié le 2 avril.

L’annonce du régulateur boursier chinois a fait sursauter le petit monde boursier transpacifique, qui avait prédit la radiation massive desdites entreprises dont les comptes étaient fermés, jusqu’alors, aux auditeurs américains. Si la CSRC justifie son « ouverture » par le souci de mieux protéger les investisseurs, personne n’est dupe que, menacé par le législateur de Washington, Pékin a bel et bien déposé les armes pour éviter le « découplage » financier avec son rival idéologique.

L’origine de l’histoire s’apparente à un simple conflit de lois : selon la loi fédérale Sarbanes-Oxley votée en 2002 à la suite des crashs financiers d’Enron, une entreprise cotée aux Etats-Unis, quelle que soit sa nationalité, doit faire certifier ses comptes par les auditeurs de la SEC (Securities and Exchange Commission), le « gendarme » de Wall Street ; or, les entreprises chinoises cotées à New York ne peuvent pas respecter cette loi américaine sans violer la loi de sécurité nationale de Pékin, qui estampille de telles données « secrets d’Etat ».

Il s’ensuit alors un bras de fer sino-américain qui, depuis une bonne décennie, tient en haleine le milieu capitalistique par de nombreux rebondissements liés au degré de priorité accordé par Washington dans son duel avec Pékin.

On est loin de l’époque où un Wall Street exsangue, en convalescence de la crise de 2008, accueille à bras ouverts les entreprises chinoises qui ont traversé le Pacifique pour puiser dans les liquidités de la Bourse new-yorkaise – 55 % de la capitalisation mondiale – pour se doter des moyens de prospérer, et ce, avec la bénédiction de l’Etat-parti qui voit en ces cotations chinoises – dont le nombre s’élève à 281 à ce jour – le reflet de sa propre puissance sur la scène mondiale.

Et la victoire ne se serait pas produite sans l’indulgence de la SEC, qui les exonère des obligations légales de leur pays hôte en prenant en considération la loi de leur pays d’origine, ni sans le très cher concours des cabinets d’audit et des grandes banques qui ne craignent pas les eaux troubles d’un capitalisme planifié méthodiquement par un régime totalitaire et y nagent joyeusement.

Certes, la SEC a tenté d’éradiquer cette « exception chinoise » qui finit par discréditer l’institution fédérale elle-même. Mais, des années durant, les pourparlers avec son homologue chinois ont eu l’air d’un interminable dialogue de sourds : quand l’un réclamait la transparence des comptes et la protection des actionnaires, l’autre y opposait la vertu du dialogue et la souveraineté nationale.

12345...7



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol