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Économie et société –John Stuart Mill réhabilité !

Économie et société –John Stuart Mill réhabilité !

Dans un essai brillant, Camille Dejardin remet au goût du jour ce penseur britannique sous-estimé en France et dont l’œuvre, qui recouvre tous les domaines cruciaux des sciences humaines, résonne dans l’actualité. (Le Monde)

 

« John Stuart Mill, libéral utopique. Actualité d’une pensée visionnaire », de Camille Dejardin, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 398 p., 24 €, numérique 17 €.

Son nom est connu. Une partie de son profil aussi. Malgré tout, John Stuart Mill (1806-1873) demeure peu lu en France, et largement sous-estimé. On se souvient de l’éducation fantastique qu’organisa son père, le philosophe utilitariste James Mill, qui apprend l’alphabet grec à un garçon de 3 ans. A 8, le jeune prodige lit Hérodote et Platon dans le texte, entame le latin et l’algèbre, puis l’économie politique. Il discute bientôt du prix du blé avec David Ricardo (1772-1823) ou bien du système pénal avec Jeremy Bentham (1748-1832), de vieux amis souvent à la maison. A 20 ans, le petit génie déprime gravement et finit par se convaincre que les émotions – arts, poésie, amour… – comptent aussi dans la vie.

Ses œuvres majeures, toutes disponibles en français, couvrent les domaines cruciaux de la pensée et des sciences humaines, depuis la logique jusqu’à l’indispensable égalité des hommes et des femmes, dont il devient un ­défenseur remarquable, en passant par l’économie, les libertés publiques, la nécessaire redistribution des profits, les aspirations profondes de l’humanité, le socialisme… Dès qu’on plonge dans l’un de ses textes, on comprend pourquoi John Stuart Mill constitue, aujourd’hui plus que jamais, une référence centrale des débats ­intellectuels anglo-saxons.


Pourquoi donc, ici, tant d’indifférence ? Sans doute ce touche-à-tout cumule-t-il plusieurs handicaps. Il écrit clair, élégamment, et en anglais, alors que, ces dernières décennies, nombre de philosophes français ne jurèrent que par des penseurs de langue allemande, de préférence empêtrés dans un jargon boueux. En outre, il n’a pas construit de système et son éclectisme apparent fait qu’on ne sait où le situer. Libéral, il estime le socialisme. Utilitariste, il tient compte des sentiments et du bonheur individuel. Athée, il est attentif à la transcendance. Conservateur, il devient un pionnier du féminisme. Ceux qui ne pensent que par étiquette n’y comprennent rien, et concluent que ce penseur incohérent n’a rien à nous apprendre.

Au contraire, Mill, parce qu’il « embrasse tous les domaines de l’expérience humaine », se révèle d’une « extraordinaire actualité », explique la jeune philosophe ­Camille Dejardin dans un essai aigu, informé, brillant, à la fois enthousiaste et enthousiasmant. Elle montre comment son libéralisme intelligent permet une critique efficace de l’actuel néolibéralisme et de ses dérives. En articulant épanouissement personnel et idéaux collectifs, en développant une conception de l’individu dont le bonheur personnel doit contribuer au progrès de l’humanité, ce penseur comprend et fait comprendre que la liberté n’a de sens que couplée à la responsabilité. Contre les dogmes, il promeut le pluralisme, la nécessité de tout dire et tout discuter, l’art de la nuance et l’ouverture d’esprit. Il combine exigence rationnelle et horizon d’utopie raisonnable.

 




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