Archive pour le Tag 'stratégiques'

Commerce mondial : la Chine interdit l’exportation de technologies des métaux stratégiques

Commerce mondial : la Chine interdit l’exportation de technologies des métaux stratégiques

Après avoir déjà conditionné l’exportation de deux métaux stratégiques (gallium et germanium), à l’aval du gouvernement central, la Chine a annoncé ce jeudi qu’elle allait stopper l’exportation d’une série de technologies liées à l’extraction des terres rares. Or le monde est largement dépendant de la Chine dans ce domaine .

Ces métaux sont indispensables pour le développement de nombreuses technologies (batteries électriques, puces, smartphones, écrans LCD, Internet, éoliennes, et équipements militaires…). Pour rappel, les terres rares sont un ensemble de 17 éléments utilisés dans des produits technologiques de pointe. Leur extraction est donc capitale.

En clair, sur fond de rivalité croissante avec les Etats-Unis, l’Empire du Milieu va priver ses partenaires commerciaux de plusieurs matériaux afin de dominer les enjeux d’indépendance technologiques. D’un premier coup de semonce en juillet dernier, avec ce coup d’arrêt, la Chine franchit ainsi une étape. Au global, la seconde économie mondiale, décidée à prendre le leadership, contrôle aujourd’hui environ les trois-quarts de la production de ces terres rares.

Concrètement, elle va désormais interdire l’exportation des « technologies d’extraction, de traitement et de fusion des terres rares », selon un long document publié jeudi par le ministère du Commerce. La nouvelle réglementation n’a toutefois pas de conséquences sur les exportations de produits à base de terres rares eux-mêmes. En revanche, elle pourrait contrarier les efforts de développement de ce secteur en dehors de Chine.

En 2022, la Chine a extrait 58% de la production mondiale et raffiné 89% de terres rares. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIEA), les besoins en technologies bas-carbone, notamment pour les moteurs de véhicules électriques ou les éoliennes en mer, pourraient multiplier par sept la demande mondiale, d’ici 2040, soit près de 2 millions de tonnes par an, contre 280.000 tonnes en 2022.

Le danger d’une trop grande dépendance de l’Europe aux métaux stratégiques

Le danger d’une trop grande dépendance de l’Europe aux métaux stratégiques

 

 

Experts de l’industrie minière, Vincent Donnen, Alexandre Nominé et François Rousseau appellent, dans une tribune au « Monde », à prendre conscience de la dépendance de l’Europe aux « métaux stratégiques » indispensables à la transition énergétique.

 

L’Europe, dont l’activité minière en matériaux stratégiques est extraordinairement réduite au regard de son poids économique, n’intègre pas assez rapidement la transformation rapide et brutale du monde et de ses règles du jeu. En l’absence d’une réaction forte et rapide, sa stratégie économique pourrait être mise à mal par l’absence de souveraineté sur les nouvelles matières premières stratégiques (essentiellement des métaux comme le cobalt, nickel, néodyme, rhénium, etc.), au point d’essuyer des pénuries, de se mettre en situation de dépendance face à des puissances étrangères ou de n’avoir d’autre alternative que d’importer des produits finis.

La doctrine établie depuis des décennies en matière d’approvisionnements stratégiques est celle qui maximalise les indicateurs financiers. Les concepts de main invisible du marché, zéro stock, juste à temps, contrats à terme, se sont imposés comme un objectif dans un monde où mondialisation et libéralisme étaient synonymes de progrès. C’est une opinion toujours répandue.

L’Europe peut-elle encore s’appuyer sur ce théorème pour son développement et sa souveraineté ? Il est permis d’en douter. Car le monde doit réussir d’ici 30 ans un chantier titanesque, sans précédent dans l’histoire de l’Humanité, la transition énergétique.

Or les nouvelles énergies sont intermittentes et diluées dans l’espace : il faut stocker et mobiliser plus de matériaux pour produire et distribuer une même quantité d’énergie. Nous passons donc d’un monde intensif en hydrocarbures à un monde intensif en métaux. Les travaux scientifiques qui permettent de quantifier les implications de cette transition (comme ceux du directeur de recherche à l’Institut des sciences de la Terre de Grenoble, Olivier Vidal) font tourner la tête. Rien que d’ici 2050, il faudra extraire autant de métaux que nous l’avons fait depuis l’aube de l’Humanité. Et aucun modèle n’est soutenable jusqu’à la fin du siècle sans un taux de recyclage encore jamais atteint.

Nous avons connu un monde stable, globalisé, prédictible, dominé par le gendarme américain, un état qui a pu sembler intangible. Nous sommes entrés dans un monde multipolaire, instable, fragmenté (notamment par la rivalité sino-américaine) : les approvisionnements ne sont plus acquis, ni de façon permanente, ni indépendamment des frontières.

L’optimisation qui a jusqu’alors prévalu était une optimisation de la performance, un renoncement au coût de la résilience. Les chaînes d’approvisionnement n’étant plus garanties – comme on a pu le constater avec les semi-conducteurs et comme on peut s’y attendre pour les matières premières agricoles – l’optimum doit désormais inclure la résilience de notre économie.

Dirigeants d’entreprises: Les 100 premiers jours stratégiques

Dirigeants d’entreprises: Les 100 premiers jours stratégiques

 

Par Florent Chapus, directeur associé d’EIM, et Rémy Boulesteix, associé, responsable des activités Deal Advisory chez KPMG France dans l’Opinion

 

 

Les premières impressions ont la vie dure… Notamment dans la sphère économique. La prise de poste d’un dirigeant a un retentissement particulier qui imprègne toute la durée de son mandat. Une erreur de début de parcours peut se refléter négativement sur l’image publique d’un décideur (1). A ce titre, les trois premiers mois constituent une période clé, qu’il est essentiel de réussir pour assurer un succès sur le long terme, comme le montre l’exemple des lauréats récompensés lors de la sixième édition du Prix des 100 jours EIM-KPMG.

Les 100 premiers jours doivent permettre au dirigeant de tirer parti de son « droit à la naïveté ». Il est essentiel qu’il en profite pour poser des questions et se rendre sur le terrain pour interagir de manière informelle avec les équipes. Par ce biais, il peut faire parler les collaborateurs, écouter leurs demandes et déceler les spécificités de l’organisation — les atouts comme les facteurs de risques — afin de disposer d’une vision exhaustive des besoins décisionnels et des attentes des salariés, actionnaires et clients.

Ce n’est, en tout cas, pas le moment de lancer des projets structurels, souvent prématurés. Il est même recommandé par de nombreux dirigeants de différer ceux déjà lancés avant la prise de poste pour se donner le temps d’en évaluer la pertinence.

Au-delà des enjeux stratégiques de développement, un changement de gouvernance suscite des attentes très fortes en interne comme en externe. Les regards se braquent sur le dirigeant qui doit affirmer sa légitimité sans brusquer et donner à voir l’évidence de sa nomination sans la revendiquer. Cette affirmation de soi passe par différents leviers et souvent quelques actes et prises de décisions symboliques, pour afficher des valeurs, une direction ou une façon de faire (résoudre vite des problèmes récurrents, se séparer de dirigeants non alignés…). L’explicitation d’une vision nouvelle et enthousiasmante, ainsi que l’obtention de premiers succès symboliques (négociation réussie avec les créanciers…) attesteront ensuite d’une capacité à performer.

Sans l’acquisition rapide d’une crédibilité auprès des équipes comme des parties prenantes, l’influence du dirigeant et la confiance dont il peut bénéficier plafonnent rapidement, limitant sa capacité d’action. Et ce, tout particulièrement dans une économie où les défis se multiplient, avec notamment l’importance croissante d’enjeux stratégiques tels que la cybersécurité, l’environnement et la supply chain (2) qui arrivent en tête des préoccupations des dirigeants et qui nécessitent un leadership marqué et une forte capacité d’engagement de la part de la gouvernance d’entreprise.

S’il est évident qu’un faux départ est assez souvent difficile à retourner pour les dirigeants, il convient in fine de souligner que les 100 jours demeurent avant tout un horizon symbolique plutôt qu’une période probatoire stricto sensu.

Pour autant, cette durée a la vertu de fixer un premier cap, une étape clé, qui donne un tempo tant dans le cadre d’une prise de fonction que dans la conduite de nombreux projets stratégiques, comme une intégration post-acquisition, une gestion de crise majeure (type Covid) ou un retournement opérationnel. Des registres dans lesquels se sont respectivement illustrés, dans les derniers mois, Patrick Bléthon chez SAUR, Bertrand Dumazy chez Edenred, Philip Demeulemeester chez Aldi et Gilles Clavié chez Accor, tous récompensés dans le cadre du Prix des 100 jours. À bon entendeur…

Florent Chapus est directeur associé d’EIM, et Rémy Boulesteix, associé, responsable des activités Deal Advisory chez KPMG France.

(1) Cent jours pour réussir (Alisio, 2014), Frédéric Marquette, directeur associé d’EIM

(2) CEO Outlook 2021, KPMG.

Afghanistan : que d’erreurs stratégiques

Afghanistan : que d’erreurs  stratégiques

Par Bernard Dupaigne, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) dans the Conversation.

 

Tribune

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur l’Afghanistan et s’interroge sur les raisons de la rapide victoire des talibans, un retour sur l’histoire récente et plus ancienne du pays s’impose.

On ne saurait, en effet, bien comprendre les récents développements sans avoir une vue d’ensemble de l’évolution qu’a connue ce territoire au cours des dernières décennies. Une évolution qui l’a vu successivement se rapprocher de l’URSS, être envahi par celle-ci, sombrer dans la guerre civile, être dominé une première fois par les talibans, puis subir, vingt ans durant, l’intervention américaine qui vient de s’achever…

L’Afghanistan, pays enclavé, a bénéficié au XIXe siècle des subsides britanniques. Puis sont venues les attentions soviétiques et, ensuite, américaines. Durant la guerre froide, les massives aides étrangères ont abouti à l’apparition à Kaboul d’une caste de privilégiés coupés des réalités des provinces.

Dans les années 1960, Soviétiques et Américains ont rivalisé de financements pour attirer l’Afghanistan dans leur zone d’influence. À ce jeu, les Soviétiques ont gagné. Des milliers de bourses d’études en URSS ont été offertes aux jeunes Afghans. Ingénieurs et officiers prirent goût à la vodka et aux blondes russes, ce qui était pour eux le comble de la modernité. Beaucoup se sont mariés sur place, et sont restés après 1980. Surtout, les Soviétiques ont fourni en armes l’armée afghane et ont gagné les officiers à leur cause. Ce sont ces officiers convaincus qui ont organisé le coup d’État de 1978.

Répressions contre les religieux et propriétaires terriens s’ensuivirent, conduisant à des révoltes populaires, vite contrôlées par des partis hostiles aux communistes dont les responsables s’étaient installés au Pakistan voisin.

Dans l’idée d’affaiblir l’URSS, les Américains ont fourni une assistance considérable à ces partis. Leurs commandants locaux, qui se déplaçaient à moto, ont vite pris l’habitude des 4×4 japonais offerts par Washington. Toute l’aide américaine transitait par les généraux pakistanais et leurs services secrets. Malgré les mises en garde des Occidentaux connaisseurs du terrain, ce sont les partis extrémistes et les plus anti-américains (à commencer par le Hezb·e islami, « parti de Dieu ») qui ont été les mieux financés. Après le départ des Soviétiques en 1989, dépités de s’être fait surprendre par Ahmed Chah Massoud pour la conquête de Kaboul en 1992, ils ont longuement bombardé la capitale et lui ont fait subir un blocus rigoureux.

En 2001, après les attentats du 11 septembre, organisés par Oussama Ben Laden depuis l’Afghanistan, où il avait été accueilli en 1979 en échange d’importants subsides, les États-Unis ne pouvaient pas ne pas réagir. La décision fut, dans un premier temps, de ne pas envoyer d’hommes sur le terrain. Ils se sont donc appuyés sur les commandants de la supposée « Alliance du Nord », aux intérêts déjà divergents. Des valises de dollars ont été distribuées pour inciter les chefs de guerre au combat.

Les talibans une fois tués ou repliés dans leurs bases du Pakistan, les États-Unis – et la communauté internationale, sous l’égide des Nations unies – se sont mis en tête de reconstruire l’État afghan, faisant du « Nation building » tout en s’en défendant.

Une Constitution à l’américaine, avec un président (et non pas à l’européenne avec un président et un premier ministre) fut adoptée en 2004, et violée en 2014 par les Américains eux-mêmes, avec la création, non prévue et imposée par eux, d’un poste de « chef de l’exécutif », pour contenter le candidat malheureux aux élections tenues cette année-là, Abdollah Abdollah ; ce chef tadjik, se présentant comme héritier du commandant Massoud, contrebalançait ainsi le président pachtoune Ashraf Ghani. Dans un pays ultra-conservateur, les Occidentaux ont voulu imposer leur propre vision du monde ; des ONG féministes scandinaves proposaient la parité hommes/femmes à tous les niveaux de conseils et de représentation, jusqu’aux villageois.

Les députés n’avaient aucun pouvoir… sauf celui d’accumuler de l’argent le plus vite possible. Une disposition de la Constitution demandait leur accord à la nomination des ministres. Ceux-ci devaient acheter le vote des députés, puis se dépêcher, par une intense corruption, de rentrer dans leurs frais. Des ministères importants restaient des mois sans titulaire, faute de compromis. Aucun des services de l’État ne fonctionnait. Les États-Unis payaient les fonctionnaires et les corrompus. De fausses embuscades étaient lancées sur les routes pour que soient payées des sociétés de sécurité possédées par des ministres ou chefs de guerre. Quelque 80 % du budget de l’État afghan venait de l’étranger.

Dans ce cadre de désillusion et de corruption généralisée, les talibans ont vite repris des forces dans les campagnes, instaurant une administration qui, quoique dure, était vue comme préférable au chaos.

 

Une fois le retrait américain annoncé, l’avancée des talibans a été fulgurante. Souvent, la paie des soldats du gouvernement de Kaboul était saisie par leurs officiers, l’équipement était déplorable, les soutiens logistiques inexistants. L’armée paraissait nombreuse, mais beaucoup de régiments n’existaient que sur le papier : les États-Unis payaient des troupes inexistantes.

Des notables du régime afghan ont acquis des résidences sur la nouvelle île artificielle créée à Dubaï, à partir d’un million de dollars, réglés cash, en liquide. Tout cela aux frais des contribuables américains. Pourquoi les soldats afghans, mal payés et abandonnés, se seraient-ils fait tuer pour permettre à leurs supérieurs de continuer à mener grande vie ?

En 1996, les talibans d’alors avaient également vite conquis les provinces, sans rencontrer de résistance. La population s’était alors largement ralliée à eux, pour retrouver l’ordre et la sécurité. Ce qui a le plus surpris cette année, c’est leur progression très rapide, dès juin 2021, dans les provinces du nord du pays, peuplées surtout d’Ouzbeks. Les Ouzbeks, a priori opposés aux Pachtounes talibans d’aujourd’hui, ont également pensé retrouver la sécurité en s’alliant aux plus forts.

On s’étonne également du nombre des combattants talibans, qui se sont révélés capables de prendre simultanément les postes de douanes, synonymes de rentrées financières, et les principales capitales provinciales. Leurs armements semblent inépuisables ; ils sont de modèle soviétique, et non américain. Certes, il y a eu des prises de guerre dans les postes gouvernementaux abandonnés, mais aussi, forcément, des apports extérieurs : du Pakistan, de l’Iran ?

À présent, avec la fin probable des financements américains, toute une partie de la société de Kaboul, qui en profitait directement ou indirectement, se retrouvera sans emploi. Les femmes, qui avaient gagné des libertés dans cette atmosphère occidentale, se retrouveront contraintes, comme il y a cent ans. Beaucoup de femmes de Kaboul regrettent le temps du roi Zaher Châh (1963-1973) quand les citadines s’émancipaient, puis la brève période communiste (1978-1979), quand la libération des femmes était prônée et que les miliciennes se promenaient cheveux au vent à fouiller les paysannes voilées. Mais, finalement, « les femmes à la maison », ce n’est pas pour tant déplaire aux bons phallocrates villageois.

Les talibans se disent nationalistes ; ils veulent reprendre le pouvoir dans leur propre pays, le diriger à leur guise. En cela, ils se différencient des extrémistes de Daech, qui se veulent internationalistes. Pour les talibans, il s’agit de diriger la nation afghane ; pour Daech, c’est d’exporter partout un régime qu’ils appellent « islamiste ». Les deux mouvements sont incompatibles ; d’ailleurs, ils se sont affrontés pour la conquête de territoires, et les talibans ont gardé la supériorité. Les talibans sont là pour longtemps. Aucune opposition n’est prête à les affronter, aucun pays étranger non plus. Il reste à espérer que leurs modes d’action s’adouciront avec le temps et l’exercice du pouvoir…

_____

(*) Par Bernard Dupaigne, Directeur émérite au Musée de l’Homme, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Afghanistan : des décennies d’erreurs stratégiques

Afghanistan : des décennies d’erreurs stratégiques

Par Bernard Dupaigne, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) dans the Conversation.

 

Tribune

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur l’Afghanistan et s’interroge sur les raisons de la rapide victoire des talibans, un retour sur l’histoire récente et plus ancienne du pays s’impose.

On ne saurait, en effet, bien comprendre les récents développements sans avoir une vue d’ensemble de l’évolution qu’a connue ce territoire au cours des dernières décennies. Une évolution qui l’a vu successivement se rapprocher de l’URSS, être envahi par celle-ci, sombrer dans la guerre civile, être dominé une première fois par les talibans, puis subir, vingt ans durant, l’intervention américaine qui vient de s’achever…

L’Afghanistan, pays enclavé, a bénéficié au XIXe siècle des subsides britanniques. Puis sont venues les attentions soviétiques et, ensuite, américaines. Durant la guerre froide, les massives aides étrangères ont abouti à l’apparition à Kaboul d’une caste de privilégiés coupés des réalités des provinces.

Dans les années 1960, Soviétiques et Américains ont rivalisé de financements pour attirer l’Afghanistan dans leur zone d’influence. À ce jeu, les Soviétiques ont gagné. Des milliers de bourses d’études en URSS ont été offertes aux jeunes Afghans. Ingénieurs et officiers prirent goût à la vodka et aux blondes russes, ce qui était pour eux le comble de la modernité. Beaucoup se sont mariés sur place, et sont restés après 1980. Surtout, les Soviétiques ont fourni en armes l’armée afghane et ont gagné les officiers à leur cause. Ce sont ces officiers convaincus qui ont organisé le coup d’État de 1978.

Répressions contre les religieux et propriétaires terriens s’ensuivirent, conduisant à des révoltes populaires, vite contrôlées par des partis hostiles aux communistes dont les responsables s’étaient installés au Pakistan voisin.

Dans l’idée d’affaiblir l’URSS, les Américains ont fourni une assistance considérable à ces partis. Leurs commandants locaux, qui se déplaçaient à moto, ont vite pris l’habitude des 4×4 japonais offerts par Washington. Toute l’aide américaine transitait par les généraux pakistanais et leurs services secrets. Malgré les mises en garde des Occidentaux connaisseurs du terrain, ce sont les partis extrémistes et les plus anti-américains (à commencer par le Hezb·e islami, « parti de Dieu ») qui ont été les mieux financés. Après le départ des Soviétiques en 1989, dépités de s’être fait surprendre par Ahmed Chah Massoud pour la conquête de Kaboul en 1992, ils ont longuement bombardé la capitale et lui ont fait subir un blocus rigoureux.

En 2001, après les attentats du 11 septembre, organisés par Oussama Ben Laden depuis l’Afghanistan, où il avait été accueilli en 1979 en échange d’importants subsides, les États-Unis ne pouvaient pas ne pas réagir. La décision fut, dans un premier temps, de ne pas envoyer d’hommes sur le terrain. Ils se sont donc appuyés sur les commandants de la supposée « Alliance du Nord », aux intérêts déjà divergents. Des valises de dollars ont été distribuées pour inciter les chefs de guerre au combat.

Les talibans une fois tués ou repliés dans leurs bases du Pakistan, les États-Unis – et la communauté internationale, sous l’égide des Nations unies – se sont mis en tête de reconstruire l’État afghan, faisant du « Nation building » tout en s’en défendant.

Une Constitution à l’américaine, avec un président (et non pas à l’européenne avec un président et un premier ministre) fut adoptée en 2004, et violée en 2014 par les Américains eux-mêmes, avec la création, non prévue et imposée par eux, d’un poste de « chef de l’exécutif », pour contenter le candidat malheureux aux élections tenues cette année-là, Abdollah Abdollah ; ce chef tadjik, se présentant comme héritier du commandant Massoud, contrebalançait ainsi le président pachtoune Ashraf Ghani. Dans un pays ultra-conservateur, les Occidentaux ont voulu imposer leur propre vision du monde ; des ONG féministes scandinaves proposaient la parité hommes/femmes à tous les niveaux de conseils et de représentation, jusqu’aux villageois.

Les députés n’avaient aucun pouvoir… sauf celui d’accumuler de l’argent le plus vite possible. Une disposition de la Constitution demandait leur accord à la nomination des ministres. Ceux-ci devaient acheter le vote des députés, puis se dépêcher, par une intense corruption, de rentrer dans leurs frais. Des ministères importants restaient des mois sans titulaire, faute de compromis. Aucun des services de l’État ne fonctionnait. Les États-Unis payaient les fonctionnaires et les corrompus. De fausses embuscades étaient lancées sur les routes pour que soient payées des sociétés de sécurité possédées par des ministres ou chefs de guerre. Quelque 80 % du budget de l’État afghan venait de l’étranger.

Dans ce cadre de désillusion et de corruption généralisée, les talibans ont vite repris des forces dans les campagnes, instaurant une administration qui, quoique dure, était vue comme préférable au chaos.

 

Une fois le retrait américain annoncé, l’avancée des talibans a été fulgurante. Souvent, la paie des soldats du gouvernement de Kaboul était saisie par leurs officiers, l’équipement était déplorable, les soutiens logistiques inexistants. L’armée paraissait nombreuse, mais beaucoup de régiments n’existaient que sur le papier : les États-Unis payaient des troupes inexistantes.

Des notables du régime afghan ont acquis des résidences sur la nouvelle île artificielle créée à Dubaï, à partir d’un million de dollars, réglés cash, en liquide. Tout cela aux frais des contribuables américains. Pourquoi les soldats afghans, mal payés et abandonnés, se seraient-ils fait tuer pour permettre à leurs supérieurs de continuer à mener grande vie ?

En 1996, les talibans d’alors avaient également vite conquis les provinces, sans rencontrer de résistance. La population s’était alors largement ralliée à eux, pour retrouver l’ordre et la sécurité. Ce qui a le plus surpris cette année, c’est leur progression très rapide, dès juin 2021, dans les provinces du nord du pays, peuplées surtout d’Ouzbeks. Les Ouzbeks, a priori opposés aux Pachtounes talibans d’aujourd’hui, ont également pensé retrouver la sécurité en s’alliant aux plus forts.

On s’étonne également du nombre des combattants talibans, qui se sont révélés capables de prendre simultanément les postes de douanes, synonymes de rentrées financières, et les principales capitales provinciales. Leurs armements semblent inépuisables ; ils sont de modèle soviétique, et non américain. Certes, il y a eu des prises de guerre dans les postes gouvernementaux abandonnés, mais aussi, forcément, des apports extérieurs : du Pakistan, de l’Iran ?

À présent, avec la fin probable des financements américains, toute une partie de la société de Kaboul, qui en profitait directement ou indirectement, se retrouvera sans emploi. Les femmes, qui avaient gagné des libertés dans cette atmosphère occidentale, se retrouveront contraintes, comme il y a cent ans. Beaucoup de femmes de Kaboul regrettent le temps du roi Zaher Châh (1963-1973) quand les citadines s’émancipaient, puis la brève période communiste (1978-1979), quand la libération des femmes était prônée et que les miliciennes se promenaient cheveux au vent à fouiller les paysannes voilées. Mais, finalement, « les femmes à la maison », ce n’est pas pour tant déplaire aux bons phallocrates villageois.

Les talibans se disent nationalistes ; ils veulent reprendre le pouvoir dans leur propre pays, le diriger à leur guise. En cela, ils se différencient des extrémistes de Daech, qui se veulent internationalistes. Pour les talibans, il s’agit de diriger la nation afghane ; pour Daech, c’est d’exporter partout un régime qu’ils appellent « islamiste ». Les deux mouvements sont incompatibles ; d’ailleurs, ils se sont affrontés pour la conquête de territoires, et les talibans ont gardé la supériorité. Les talibans sont là pour longtemps. Aucune opposition n’est prête à les affronter, aucun pays étranger non plus. Il reste à espérer que leurs modes d’action s’adouciront avec le temps et l’exercice du pouvoir…

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(*) Par Bernard Dupaigne, Directeur émérite au Musée de l’Homme, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Protéger les entreprises stratégiques.. en Grande_Bretagne

Protéger les entreprises stratégiques.. en Grande-Bretagne

Avec la crise du Coronavirus la valorisation du capital s’est écroulée dans certains secteurs et certaines entreprises. À titre d’exemple, Renault qui valait bien encore pour longtemps 30 milliards ne vaut plus que 5, c’est-à-dire pratiquement rien pour celui qui prétendait il y a encore quelques mois être le premier constructeur mondial. Il en est de même pour nombre d’entreprises françaises et  étrangères. Faute de mesures de protection ,on pourrait assister à une grande braderie soutenue et entretenue notamment par les fonds spéculatifs. La France a annoncé son intention d’éviter cette grande braderie mais n’a pas pris de dispositions encore trop précises dans ce domaine. Faudra faire vite car la crise sanitaire aura fait fondre dividendes et valeurs du capital au point que beaucoup d’entreprises pourraient basculer dans d’autres mains que celle des propriétaires actuels. De son côté ministre britannique des Finances, Rishi Sunak, a autorisé un plan de sauvetage destiné à protéger les entreprises considérées comme stratégiques, dans un contexte de crise économique provoquée par l’épidémie de coronavirus, a rapporté dimanche le Financial Times.

Le Trésor britannique a indiqué pour sa part à Reuters être prêt à intervenir en “dernier ressort” pour aider ces entreprises, dont la chute pourrait selon lui “nuire de manière disproportionnée à l’économie”.

“En cas de circonstances exceptionnelles, lorsqu’une compagnie viable a épuisé toutes les options et que sa chute nuirait de manière disproportionnée à l’économie, nous pourrions envisager un soutien en ‘dernier ressort’”, a déclaré par courriel une porte-parole du Trésor.

Dans le cadre du plan de secours dénommé “Projet Birch”, écrit le Financial Times, le ministre des Finances a accru la capacité du Trésor à gérer les opérations de sauvetage de compagnies “viables” ayant utilisé toutes les autres options, parmi lesquelles les programmes de prêts gouvernementaux.

Selon la même source, l’Etat pourrait acquérir une participation dans des entreprises cruciales qui font face à des difficultés financières sévères. Le FT précise toutefois que le Trésor n’envisagera pas cette hypothèse en premier lieu, mais préférera d’abord accorder des extensions de prêts.

20 milliards pour sauver les grandes entreprises stratégiques

 20 milliards pour sauver les grandes entreprises stratégiques

Le gouvernement met sur la table 20 milliards d’euros pour des prises de participation ou des nationalisations d’entreprises mises en difficulté par la crise du coronavirus. En tout, cela porte le plan d’urgence de 45 à 100 milliards d’euros. Avec de tels montants, le déficit public devrait atteindre cette année un niveau jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces prévisions se basent sur l’hypothèse d’un confinement de six semaines.

Le « quoi qu’il en coûte » lancé le 12 mars par Emmanuel Macron prend chaque semaine des aspects plus hors normes. Désormais, le gouvernement estime que la facture de son plan d’urgence lancé pour répondre à la crise économique provoquée par le coronavirus s’établit à 100 milliards d’euros, plus du double de ce qu’il avait annoncé le 17 mars (45 milliards).

L’Etat va vendre des bijoux de famille stratégiques

L’Etat va vendre des bijoux de famille stratégiques

 

 

En dépit des discours sur la rigueur, les dépenses de l’Etat ne diminuent pas. Si la situation budgétaire s’est améliorée, c’est uniquement grâce à des meilleures rentrées fiscales donc à  la croissance en 2017. Or en 2018, on constate déjà un léger tassement de cette croissance. Pour boucher les trous du budget et réduire l’endettement, le gouvernemenet va donc vendre des bijoux de familles y compris stratégiques comme Engie, ADP voire la Française des jeux – Les évolutions juridiques permettant les éventuelles cessions de participations de l’Etat dans ADP, Engie et la Française des Jeux figureront dans le projet de loi “Pacte”, qui sera présenté lundi prochain en conseil des ministres, a annoncé lundi Bruno Le Maire.

“Nous nous donnerons dans la loi Pacte la possibilité de céder les participations que l’Etat détient dans trois entreprises : le groupe ADP (ex-Aéroports de Paris), la Française des Jeux et Engie”, écrit le ministre de l’Economie et des Finances sur Twitter.

Le “Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises” comprendra un volet autorisant l’Etat à passer sous le seuil de 50% dans ADP, à descendre sous la barre d’un tiers des droits de vote à Engie et à privatiser la FDJ, ont précisé des sources à Bercy. Cette dernière privatisation va réjouir les milieux mafieux qui pourront u peu mieux encore blanchir leurs revenus criminels. Théoriquement le produit de ces ventes était destiné à financer les innovations de rupture. En réalité cela servira à boucher de trous d’autant que le tassement de la croissance en 2018 est assez net.   En ce qui concerne Engie, dont l’Etat détient 24,1% du capital et 33% des droits de vote, le gouvernement conservera une action spécifique (“golden share”), qui lui donnera le droit de s’opposer à des cessions d’actifs jugés stratégiques, comme des infrastructures de transport gazier ou de stockage. Le projet de loi “Pacte” prévoira un changement de statut pour ADP – dont l’Etat détient 50,6% du capital – afin de limiter à 70 ans la détention et l’exploitation de ses actifs, précise-t-on à Bercy.

Industrie- Lauvergeon : sept secteurs stratégiques d’innovation

Industrie- Lauvergeon : sept secteurs stratégiques d’innovation

Encore un nouveau rapport pour l’industrie, celui d’Anne Lauvergeon avec des propositions déjà  connues et un peu disparates, certaines intéressantes d’autres  moins. Surtout on voit mal l’articulation avec les autres plans. Enfin la fiscalité est trop peu abordée, une fiscalité qui plombe la compétitivité et l’innovation. A la tête d’une commission baptisée « Innovation 2030″ et composée d’une vingtaine de scientifiques, économistes et entrepreneurs, l’ancienne conseillère de François Mitterrand planchait depuis avril sur la nature de ces innovations majeures, dites de « rupture ».  Les sept « grandes ambitions » finalement retenues par la commission sont, outre le stockage de l’énergie et le recyclage, la valorisation des richesses marines (métaux et dessalement de l’eau de mer), les protéines végétales et la chimie du végétal, la médecine individualisée, la « silver économie » (longévité) et la valorisation des données informatiques massives (Big Data).   »L’innovation est la condition de la croissance, de la création de richesse mais également de l’amélioration de notre bien-être », a souligné pour sa part François Hollande lors de la visite d’une start-up de Nanterre, Ennesys, organisée dans la foulée de la remise du rapport.  Répondant implicitement aux critiques sur l’Etat prescripteur, François Hollande a souligné que si l’innovation était « une volonté » de l’Etat, elle « ne peut passer que par l’entreprise ».  Ennesys, pour sa part, développe un procédé qui doit permettre de transformer in situ les eaux usées et déchets d’immeubles en énergie en les dégradant à l’aide de micro-algues.   »Notre propos va même au-delà de l’industrie, c’est-à-dire comment imaginer, comment créer, comment développer une France qui innove, une France qui va de l’avant », a expliqué sur France Info Anne Lauvergeon, pour qui « il faut faire des choix » stratégiques afin d’éviter le « zapping ».   »Le président nous a écoutés, a posé beaucoup de questions et nous a donné son feu vert pour aller de l’avant », s’est-elle félicité à l’issue de son entretien avec le chef de l’Etat.   »La France dispose de solides atouts même si la concurrence mondiale s’accroît », soulignent les auteurs du rapport qui préviennent cependant: « il ne suffit plus de disposer de forces dans un domaine, il faut être à la pointe de l’innovation, présenter des atouts d’excellence, convaincre de la qualité au bon moment et attirer les meilleurs talents dans un contexte de concurrence internationale. »  Et, pour ce faire, insistent-ils, la France devra surmonter un certain nombre de « handicaps », avec un « écosystème culturel et une organisation qui n’incitent pas à l’innovation ». Le rapport évoque la fiscalité, les contraintes réglementaires, une conjoncture morose ou une certaine « frilosité ».  Résultat: la France « est actuellement l’antépénultième pays en termes de production économique industrielle en Europe ».  La démarche de la commission se veut « très complémentaire », selon Anne Lauvergeon, de la « nouvelle France industrielle » et ses 34 plans pour la décennie à venir portés par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Elle est censée aussi traduire les priorités fixées dès octobre 2012 par le chef de l’Etat: la transition écologique et énergétique, le vivant et le numérique.   »A partir du 1er décembre, nous allons lancer des concours dans les sept domaines » retenus par la commission, ouverts « à tous les porteurs de projets français et étranger » et dotés de 300 millions d’euros, a indiqué François Hollande.  Puis « au premier trimestre 2014, les projets retenus seront soutenus à hauteur de 200.000 euros à la condition que les développements et les créations d’emplois soient réalisées en France », a-t-il précisé.  A l’issue d’une nouvelle sélection, les élus « pourront disposer d’enveloppes beaucoup plus importantes, jusqu’à 2 millions d’euros, voire davantage », a encore indiqué le chef de l’Etat, promettant « au moins un euro privé » pour chaque euro public.

 




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