Archive pour le Tag 'stratégie'

Covid: Pour une stratégie sanitaire de long terme

Covid: Pour une stratégie sanitaire de long terme

 

Pour limiter les risques liés à l’épidémie, il faut abandonner l’approche d’une gestion vague par vague et mettre en place une politique autour de cinq grands axes, détaille l’épidémiologiste Mahmoud Zureik, dans une tribune au « Monde ».

 

Après le vote hier  d’ une nouvelle loi complètement creuse, la contribution de l’épidémiologiste paraît pertinente d’autant qu’il faut se préparer à affronter le virus pendant de très nombreuses années compte tenu de l’évolution des variants. Par ailleurs,  il y a urgence a engagé cette réflexion en raison notamment de la montée exponentielle des contaminations qui approchent les 200 000 cas par jour et laisse supposer une situation particulièrement dangereuse à la rentrée NDLR

 

Les vagues du Covid-19 se succèdent inexorablement. Depuis le début de la crise sanitaire, nous déplorons chaque année plus de 50 000 décès directement liés au virus sans parler de l’impact des Covid longs et des dégâts collatéraux considérables : sanitaires, sociaux, psychologiques et économiques. L’espoir d’un virus qui deviendrait « saisonnier » ou « endémique » s’éloigne de plus en plus. Le SARS-CoV-2 est là et le sera encore dans les prochains mois et, très probablement, dans les prochaines années. Nous vivrons donc avec lui. Mais si nous devons vivre avec le virus, nous ne devons pas lui faciliter la vie pour qu’il ne gâche pas les nôtres. Les infections répétées n’apportent pas l’effet protecteur escompté et, malgré la vaccination, les personnes immunodéprimées, les personnes atteintes de maladies chroniques et les personnes âgées sont condamnées à une double peine : vivre avec leurs pathologies et voir leurs risques de mourir augmenter à cause du Covid-19. Une société solidaire doit protéger tous ses concitoyens. Ces personnes doivent recevoir la plus grande attention. Les protéger, c’est protéger la société.

Pour vivre avec le virus, nous devons donc limiter durablement les risques et, pour ce faire, sortir d’une gestion de crise à court terme, vague après vague, mesure après mesure et dose de vaccin après dose de vaccin.

Cette crise qui dure depuis deux ans et demi nous apprend qu’il est nécessaire de développer une stratégie sanitaire globale, cohérente, coordonnée et de long terme, s’inscrivant dans un horizon de plusieurs années. Cette stratégie doit être débattue, adoptée de façon transparente pour être partagée par le plus grand nombre. Elle se décline en cinq axes : surveillance de l’épidémie, prévention des contaminations, diagnostic et dépistage, vaccination et, enfin, adaptation du système de soins.

 

L’échec de la stratégie attrape-tout de Macron

L’échec de la stratégie attrape-tout de Macron

 Bruno Jeanbart, vice-président de l’institut de sondages OpinionWayConstate l’échec de la stratégie attrape-tout de Macron dans l’Opinion

Au regard du résultat du premier tour des élections législatives, quelles sont les chances qu’Emmanuel Macron obtienne une majorité absolue à l’Assemblée nationale ? « A peu près une chance sur deux, répond Bruno Jeanbart, vice-président de l’institut de sondages OpinionWay. Quand on regarde les projections, on est entre 260 et 300 députés. Il a une chance sur deux car, évidemment, le second tour est une autre élection et il y a des dynamiques qui peuvent se déclencher en sa faveur. Et, si l’union de la gauche lui a permis de qualifier beaucoup de candidats au premier tour, au second tour cette union empêche d’aller chercher des réserves de voix. »

Ce premier tour ne constitue-t-il pas un vrai tournant dans ce qu’Emmanuel Macron a essayé de construire depuis ces cinq dernières années, à savoir un centre attrape-tout et deux extrêmes qui s’y opposent ? « C’est un tournant car on voit les limites de cette stratégie, confirme Bruno Jeanbart. Ça fonctionne très bien si vous êtes capable d’aspirer les camps intermédiaires. Mais quand la droite résiste mieux qu’à la présidentielle, il y a une difficulté qui se pose, à savoir que votre base centrale devient un peu trop faible et devient en difficulté par rapport aux deux forces radicales situées aux extrêmes. »

Mais le grand vainqueur de cette élection reste l’abstention. Ce n’est pas la première fois qu’un premier tour des législatives voit la barre des 50% d’abstention être dépassée, mais cette fois, c’est encore plus qu’il y a cinq ans. Quels enseignements doit-on en tirer ? « Cela dit d’abord quelque chose sur cette élection qui a un problème et qu’il va falloir résoudre pour le prochain quinquennat, explique Bruno Jeanbart : comment positionne-t-on cette élection et comment faire en sorte que les Français comprennent cette élection ? Les Français ne comprennent plus que, deux mois après une élection présidentielle, on leur redemande de voter pour une majorité pour gouverner le pays. »

Poutine et Xi Jinping : Même stratégie des dictateurs

Poutine et Xi Jinping Même stratégie des dictateurs

Les discours russe et chinois sur l’Ukraine et Taiwan ont beaucoup en commun, aussi bien sur les plans identitaire et stratégique qu’au niveau politique. Par Pierre-Yves Hénin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

 

La guerre engagée par la Russie pour soumettre ou démembrer l’Ukraine est venue alimenter l’inquiétude d’un prochain recours à la force par la République populaire de Chine à l’encontre de Taiwan afin de réaliser le « rêve chinois de réunification nationale ». Une inquiétude d’autant plus grande que, trois semaines avant l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine et Xi Jinping avaient publié une déclaration de totale solidarité lors de la visite du président russe à Pékin. Alors, Ukraine et Taiwan, même combat ?

La Russie et la Chine sont aujourd’hui toutes deux des États autoritaires et révisionnistes, au sens où ils entendent remettre en cause l’ordre mondial existant. Certes, la situation de Taiwan est bien différente de celle de l’Ukraine en termes de droit international, mais les discours de justification de Vladimir Poutine et Xi Jinping convergent pour l’essentiel.

En effet, les « narratifs » russe et chinois reposent sur deux piliers communs : d’une part, l’affirmation d’une identité nationale partagée, puis déchirée, qu’il convient de restaurer ; d’autre part, une préoccupation géostratégique causée par une présence militaire des États-Unis ou de leurs alliés potentiellement hostile dans leur étranger proche, synonyme de menace d’encerclement et de contestation de leur sphère d’influence légitime sur leur « pré carré ».

À ces arguments s’ajoute un autre aspect de première importance : la volonté de ces systèmes autoritaires de se protéger face au « contre-modèle » démocratique qu’incarnent à leurs frontières l’Ukraine et Taïwan.

Comme celui de la Chine, le régime russe actuel peut être qualifié de national-capitalisme autoritaire. Dans ce type de régime, la légitimation de l’autoritarisme mobilise en particulier un discours national identitaire.

Il n’est pas étonnant que cette logique figure au premier plan du narratif russe pour justifier le démembrement de l’Ukraine, objectif proclamé de son action militaire. Vladimir Poutine s’est chargé personnellement de produire ce discours dans un long document intitulé « Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens », dans lequel l’histoire se trouve instrumentalisée à l’appui de sa politique révisionniste), ce que de nombreux historiens n’ont pas manqué de dénoncer.

Rappelant l’histoire longue et compliquée d’une Ukraine ballottée entre les sphères d’influence russes et lituano-polonaises, Poutine affirme que le mouvement de revendication d’une identité nationale ukrainienne – d’abord culturelle et linguistique -, qui s’est particulièrement manifesté à la fin du XIXe, siècle était manipulé par le mouvement national polonais – l’étranger, déjà – qui luttait à l’époque contre l’annexion de la Pologne dite « du Congrès » par l’empire russe. Plus intéressante est sa dénonciation de la politique soviétique des nationalités dans le devenir de l’espace hérité de l’URSS.

L’agression russe n’a fait que renforcer la vision de l’Histoire partagée par la majeure partie des Ukrainiens, d’après laquelle leur identité nationale aurait été édifiée des siècles durant, en particulier dans l’opposition à l’empire autoritaire des tsars puis des autorités communistes. Toujours réprimé par le pouvoir soviétique, ce programme de réflexion historique renaît à la fin des années 1980, avec la pérestroïka, à l’initiative du Parti communiste d’Ukraine, comme le rapporte un historien de Kiev qui a participé à ce renouveau.

On relèvera au passage que le rattachement de la Crimée à l’Ukraine par décision du Soviet suprême le 19 février 1954 – présenté à l’époque par Moscou comme un don généreux du grand frère à l’occasion du 300e anniversaire du Traité de Pereïaslav, et aujourd’hui comme une lubie de Khrouchtchev - visait en réalité à renforcer le poids de l’élément russe dans une république où les mouvements de contestation de l’ordre russo-soviétique n’étaient pas éteints.

Le discours chinois de justification de la nécessaire « réunification » avec Taiwan revêt certes une certaine légitimité a priori en termes de droit international, puisque les États-Unis eux-mêmes ne contestent pas l’appartenance de principe de l’île à la Chine. Pour autant, cette réunification est présentée comme la dernière survivance des « traités inégaux » à effacer pour réaliser le « grand rêve chinois ».

Certes, c’est bien par le Traité de Shimonoseki en 1895 que le Japon s’est approprié l’ile de Taiwan. Pourtant, les différents gouvernements chinois ne revendiqueront pas le retour de Taiwan à la mère patrie avant plusieurs décennies. Jusqu’en 1942, alors que la restitution de la Mandchourie est exigée, Taiwan n’apparaît que comme un territoire qui doit être libéré de l’occupation japonaise, au même titre que la Corée et l’Annam, également anciennes colonies chinoises. Rarement évoqué, ce point est bien documenté par l’historien états-unien Alan M. Wachman. En 1937, lors de ses entretiens avec le journaliste Edgar Snow, Mao considère que le Parti communiste doit aider les Taiwanais à lutter pour leur indépendance, position réitérée par Zhou Enlai en juillet 1941. En 1938, le président nationaliste Tchang Kai-chek exprime la même position :

« Nous devons permettre à la Corée et à Taiwan de restaurer leur indépendance, ce qui bénéficiera à la défense nationale de la République de Chine. »

La rupture viendra d’un acteur inattendu, Franklin Delano Roosevelt. Le 14 août 1941, la Charte de l’Atlantique prévoit le retour de Taiwan à la République de Chine. Informé par ses relations états-uniennes, le Kouo-Min-Tang (le parti de Tchang Kai-chek) intégrera ce point de vue en 1942. Dans le même temps, le Parti communiste chinois opère le même changement de posture, qu’il présente comme une initiative des communistes taiwanais.

Comme le remarque Alan Wachman, cet affaiblissement de l’argument de la légitimité historique conduit à privilégier l’argument géostratégique.

Nous ne reprendrons pas ici la longue controverse sur la légitimité de l’élargissement de l’OTAN à d’anciennes démocraties populaires, puis aux États baltes, libérés de l’annexion soviétique voire, un jour, à la Géorgie et à l’Ukraine. En tout état de cause, cet élargissement amène aux frontières de la Fédération de Russie une coalition potentiellement opposée à ses projets révisionnistes de restauration, si besoin par la force, de la sphère d’influence héritée de l’Empire des tsars et de l’URSS. La vidéo suivante a été publiée par une diplomate chinoise, signe révélateur de l’alignement des positions de Pékin et Moscou sur cette thématique de l’encerclement.

Alliance défensive, l’OTAN ne risque pas d’engager d’action offensive contre la Russie, dont les préoccupations sur ce point sont pour le moins surfaites. Il reste que, à défaut de constituer une menace pour la Russie elle-même, l’élargissement de l’OTAN aura incontestablement limité sa capacité d’action dans des pays relevant à ses yeux de son « étranger proche » (sans toutefois l’empêcher de soutenir militairement des « républiques séparatistes » contrôlées par des minorités russophiles et russophones, de la Transnistrie à l’Abkhazie, en passant par le Donbass). Sans la présence militaire occidentale dans les pays limitrophes, on voit mal comment l’armée ukrainienne aurait pu résister avec autant d’efficacité à l’offensive russe de février 2022.

Employant une terminologie qui n’est pas sans rappeler le discours allemand d’avant la Première Guerre mondiale, la Russie affirme que la présence militaire occidentale vise à « encercler » son territoire. De manière similaire, l’autonomie de Taiwan sous protection états-unienne constitue, aux yeux des autorités chinoises, le point d’ancrage d’une barrière fermant les mers de Chine le long de la « première chaine des iles ». Le manuel sur la géographie militaire du Détroit de Taiwan publié en 2013 par l’Académie de défense de Pékin comporte une présentation très explicite de l’enjeu géostratégique que constitue la possession de Taiwan : le contrôle de l’île est vital pour se prémunir d’un blocus, en même temps qu’il permettrait de menacer les communications du Japon ; et il offrirait à la marine de l’Armée populaire un accès libre à l’océan Pacifique et un moyen de pression décisif sur les États de la région, rapportent les chercheurs William Murray et Ian Easton.

Aussi réels que soient les enjeux stratégiques et géopolitiques en cause, il nous semble qu’une dimension supplémentaire intervient dans la motivation russe et chinoise de mettre fin aux statuts respectifs de l’Ukraine et de Taiwan.

La dénonciation commune des « révolutions de couleur » par Poutine et Xi Jinping attire l’attention sur le fait que ces dirigeants de régimes autoritaires voient une menace dans les démocraties situées à leur porte. La démocratie fonctionne certes mieux à Taiwan qu’en Ukraine, mais dans les deux cas, ces petits pays, de droit ou de fait, montrent qu’ex-Soviétiques comme Chinois peuvent parfaitement vivre autrement qu’en dictature.

Si, depuis des années, Moscou s’attache aussi systématiquement à dénigrer la démocratie ukrainienne, c’est que ce régime, par son existence même, contrarie le narratif du Kremlin. Comme le dit le journaliste Jean-François Bouthors, « pour Vladimir Poutine, laisser l’Ukraine avancer dans cette direction [démocratique] est impossible. Comment tenir d’un côté que c’est en raison d’une spécificité civilisationnelle russe que se justifie l’autocratie qu’il impose au pays et de l’autre que, comme il le prétend, les Ukrainiens ne se différencient pas des Russes, alors qu’eux ont opté pour la démocratie ? [...] De son point de vue, le pouvoir à Moscou était effectivement menacé par l’expérience démocratique ukrainienne ».

Parallèlement, les universitaires Kelly Brown et Kalley Wu Tzu-Hui soulignent que Taiwan présente désormais un modèle alternatif de modernité et de démocratie dans le monde chinois ; c’est selon eux la principale raison pour laquelle Pékin a un problème avec Taiwan – « Trouble with Taiwan », expression retenue comme titre de leur ouvrage publié en 2019.

S’il se fait discret dans la communication à destination du « Nord », cet argumentaire est bien accueilli dans nombre de pays « du Sud », pour lesquels la posture russe et chinoise a le mérite de rompre avec un système libéral démocratique dominé par les États-Unis, prompt à sanctionner des dérives dont le front des régimes de national-capitalisme autoritaire s’accommode par nature.

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Par Pierre-Yves Hénin, Professeur émérite en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

France Stratégie pour une Planification écologique « soutenable »

 France Stratégie pour une Planification écologique « soutenable »

 

En attendant la nomination du prochain gouvernement dans les  jours à venir, France Stratégie ( rattaché  à Matignon) a dévoilé  dans un volumineux rapport de près de 300 pages, ses principales propositions en matière de planification. Fruit d’une série de séminaires sur les soutenabilités et de deux années de travaux, ce document vise à proposer des outils aux politiques. « Le point de départ de notre réflexion est la crise des Gilets jaunes. Elle est révélatrice d’une triple crise (écologique, sociale et démocratique). Elle a également révélé un épuisement de la société qui s’est traduite par de nombreux mouvements de contestation. On ne peut plus faire de politique publique comme avant. Si on fait une taxe carbone sans prendre en compte les enjeux sociaux, on va droit dans le mur », a expliqué à La Tribune, Hélène Garner, directrice du département Emploi et travail à France Stratégie. Les experts proposent de changer d’approche en matière de politique publique. « Les politiques publiques doivent être durables, systémiques et légitimes. Ce sont les trois piliers de la soutenabilité », complète Johanna Barasz, cheffe de projet « Action publique, société, participation ».

L’organisme rattaché à Matignon préconise de mettre en place une stratégie nationale en début de législature qui pourrait prendre la forme d’une loi de programmation quinquennale pour apporter une force contraignante à cette planification. La première étape pourrait passer par la planification écologique définie comme une priorité par le chef de l’Etat. France Stratégie propose notamment de s’appuyer sur les objectifs de développement durable (ODD) faisant aujourd’hui l’objet d’un consensus. Ces 17 objectifs inscrits dans l’agenda 2030 des Etats membres de l’organisation des Nations unies constituent la feuille de route pour parvenir à un modèle soutenable. Ils recouvrent un spectre assez large de thèmes en passant de la pauvreté à l’éducation, de l’alimentation à l’égalité ou encore les énergies propres.  »Les indicateurs et modèles soutenables existants sont utilisés marginalement dans les politiques publiques.  Il faut aller plus loin », déclare à La Tribune Johanna Barasz,

Plan d’investissement d’avenir (PIA), plan de relance, plan de résilience, plan France 2030….la liste des plans n’a cessé de s’allonger ces dernières années pour ce concept qui semblait enseveli depuis la chute de l’URSS au tournant des années 90.  »On manque d’une coordination entre tous ces plans. Il y a une dilution des efforts et des moyens avec un manque d’efficacité au final. Il peut y avoir un épuisement des agents publics aussi à multiplier ces processus. Notre objectif est d’avoir une meilleure articulation pour éviter la multiplication des plans et favoriser la transversalité », indique  Hélène Garner.

France Stratégie plaide pour une instance rattachée au Premier ministre en charge d’assurer la coordination et la cohérence des politiques publiques en matière de planification.

« Du point de vue administratif, il faut créer un orchestrateur. Il peut s’agir d’une institution ou d’un réseau d’institutions rattachés au Premier ministre. L’orchestrateur doit être aussi là pour conseiller le gouvernement et pour s’assurer de la soutenabilité des textes et garantir la bonne coordination et exécution des feuilles de route ministérielles. Il doit pouvoir alimenter le débat avec de la prospective par exemple. L’idée n’est pas de constituer un mastodonte », explique Johanna Barasz.

Pendant longtemps, l’idée de développement a été associée à la croissance et au bien-être. L’expansion de l’économie française pendant les « 30 glorieuses » a permis des gains de productivité et le financement de l’État-Providence mis en œuvre au sortir de la Seconde guerre mondiale. Avec la multiplication des catastrophes climatiques partout sur la planète, la notion de croissance liée aux énergies fossiles est de plus en plus contestée par les économistes.

L’épuisement des ressources naturelles pourrait rapidement rendre la terre inhabitable.  « Cette alliance entre croissance économique et progrès social semble aujourd’hui avoir atteint ses limites », soulignent les auteurs du rapport. Ils plaident dans le document de synthèse pour s’engager sur la voie étroite d’un modèle d’une croissance verte et d’une plus grande sobriété.

Énergie : pour une stratégie cohérente

Énergie : pour une stratégie cohérente

« Il n’existe pas à ce jour de carte de déploiement des énergies renouvellables. Chaque filière se développe indépendamment, de façon anarchique et pas toujours rationnelle » estime Pierre Veltz économiste et membre de l’Académie des technologies (interview dans l’Opinion)

Qui dit transition énergétique dit neutralité carbone. Faisable ?

Il y a de nombreux scénarios sur les mix de production énergétique qui permettraient d’atteindre la neutralité carbone en 2050. L’Ademe ou l’association négaWatt ont planché sur le sujet. Le dernier exercice prospectif a été mené par RTE (Réseau de transport d’électricité) dans son étude sur les « Futurs énergétiques 2050 ». RTE donne la priorité à l’électricité, car c’est le vecteur le plus facile à décarboner. Des efforts d’efficacité énergétique, voire de sobriété, permettront de réduire la demande en énergie. Mais dans le même temps, la part de l’électricité progressera fortement, puisqu’elle se substituera progressivement aux énergies fossiles. Elle passerait ainsi de 25% à 55% entre 2020 et 2050. On peut conserver une part de nucléaire, mais, dans tous les cas, il faudra développer massivement les EnR (énergies renouvelables), principalement éolienne, solaire et géothermique. Les besoins énergétiques restants, soit 45%, seraient satisfaits grâce à la biomasse et aux énergies biosourcées.

Ce scénario est-il réaliste ?

Mon interrogation ne porte pas sur le scénario, car si on veut aller vers la neutralité carbone on n’a pas d’autre choix, même si les parts du mix peuvent varier. Je m’interroge sur la façon dont on pilote ce processus, et en particulier le déploiement des EnR sur le territoire français. Aujourd’hui, nucléaire mis à part, on a une énergie dont les infrastructures de base sont très largement en dehors du territoire national. On n’héberge que les terminaux, pétroliers et gaziers. Alors que là, on va vers un système où l’ensemble de la production énergétique est rapatrié sur le territoire. Ça aura un impact très important sur les consommations d’espace et les paysages, largement sous-estimé. Par ailleurs, la question ne porte pas seulement sur les points de production des EnR. Ces énergies ont le défaut d’être intermittentes, avec une synchronisation complexe entre l’offre et la demande. L’énergie solaire qui est produite à un endroit et un moment donnés doit être transportée ailleurs. Il faut donc travailler sur le stockage et les réseaux, la solution étant d’interconnecter à grande échelle ces différentes sources. C’est l’équivalent d’un grand projet industriel à l’échelle du pays et on n’en a pas pris la mesure.

Comment planifier ce déploiement ?

Il n’existe pas à ce jour de carte de déploiement des EnR. Chaque filière se développe indépendamment, de façon anarchique et pas toujours rationnelle. De la même façon, les énergies issues de la biomasse (bois, biogaz et biocarburants) vont consommer des surfaces énormes, qui entreront en conflit avec les autres usages, notamment alimentaires. On a donc besoin d’une vision coordonnée, interrégionale, et pas seulement d’une addition de politiques régionales. Il faut organiser un dialogue entre des approches qui partent des territoires et une instance nationale qui coordonne leur action. On a besoin de reconstruire des visions globales du territoire, avec une planification montante et descendante.

Pour une stratégie énergétique cohérente

Pour une stratégie énergétique cohérente

« Il n’existe pas à ce jour de carte de déploiement des énergies renouvellables. Chaque filière se développe indépendamment, de façon anarchique et pas toujours rationnelle » estime Pierre Veltz économiste et membre de l’Académie des technologies (interview dans l’Opinion)

Qui dit transition énergétique dit neutralité carbone. Faisable ?

Il y a de nombreux scénarios sur les mix de production énergétique qui permettraient d’atteindre la neutralité carbone en 2050. L’Ademe ou l’association négaWatt ont planché sur le sujet. Le dernier exercice prospectif a été mené par RTE (Réseau de transport d’électricité) dans son étude sur les « Futurs énergétiques 2050 ». RTE donne la priorité à l’électricité, car c’est le vecteur le plus facile à décarboner. Des efforts d’efficacité énergétique, voire de sobriété, permettront de réduire la demande en énergie. Mais dans le même temps, la part de l’électricité progressera fortement, puisqu’elle se substituera progressivement aux énergies fossiles. Elle passerait ainsi de 25% à 55% entre 2020 et 2050. On peut conserver une part de nucléaire, mais, dans tous les cas, il faudra développer massivement les EnR (énergies renouvelables), principalement éolienne, solaire et géothermique. Les besoins énergétiques restants, soit 45%, seraient satisfaits grâce à la biomasse et aux énergies biosourcées.

Ce scénario est-il réaliste ?

Mon interrogation ne porte pas sur le scénario, car si on veut aller vers la neutralité carbone on n’a pas d’autre choix, même si les parts du mix peuvent varier. Je m’interroge sur la façon dont on pilote ce processus, et en particulier le déploiement des EnR sur le territoire français. Aujourd’hui, nucléaire mis à part, on a une énergie dont les infrastructures de base sont très largement en dehors du territoire national. On n’héberge que les terminaux, pétroliers et gaziers. Alors que là, on va vers un système où l’ensemble de la production énergétique est rapatrié sur le territoire. Ça aura un impact très important sur les consommations d’espace et les paysages, largement sous-estimé. Par ailleurs, la question ne porte pas seulement sur les points de production des EnR. Ces énergies ont le défaut d’être intermittentes, avec une synchronisation complexe entre l’offre et la demande. L’énergie solaire qui est produite à un endroit et un moment donnés doit être transportée ailleurs. Il faut donc travailler sur le stockage et les réseaux, la solution étant d’interconnecter à grande échelle ces différentes sources. C’est l’équivalent d’un grand projet industriel à l’échelle du pays et on n’en a pas pris la mesure.

Comment planifier ce déploiement ?

Il n’existe pas à ce jour de carte de déploiement des EnR. Chaque filière se développe indépendamment, de façon anarchique et pas toujours rationnelle. De la même façon, les énergies issues de la biomasse (bois, biogaz et biocarburants) vont consommer des surfaces énormes, qui entreront en conflit avec les autres usages, notamment alimentaires. On a donc besoin d’une vision coordonnée, interrégionale, et pas seulement d’une addition de politiques régionales. Il faut organiser un dialogue entre des approches qui partent des territoires et une instance nationale qui coordonne leur action. On a besoin de reconstruire des visions globales du territoire, avec une planification montante et descendante.

Politique Europe : une stratégie commune du fromage mais pas de politique de défense

Politique Europe : une stratégie commune du fromage mais pas de politique de défense 

 

Le secteur du fromage constitue un champ de réglementation très important pour Bruxelles qui ne cesse d’intervenir sur ce produit évidemment stratégique !  Ainsi on a interdit de fromages au lait cru sans parler des nombreuses autres orientations et interdictions concernant ce produit.

 

Par contre dans le domaine de la défense ou même de la diplomatie ,c’est le vide absolu. On peut le mesurer aujourd’hui avec envahissement de l’Ukraine par la Russie de la même manière qu’on peut le voir également au Mali où la France s’est ridiculisée notamment du fait de l’absence de soutien de l’union européenne.

 

Apparemment Poutine n’a peur de rien surtout pas de cette Europe molle. Peut-être serait-il utile quand même de le menacer avec cette directive sur le fromage ci-après :

 

 Directive 2019/28/TF du Parlement européen et Conseil du 29 mars 2019, établissant des règles communes pour le marché intérieur du fromage abrogeant la loi n°83-3828 au chap. II, art. 3, alinéa 11 :

« […] Mise en accord des États membres des mesures pour stopper la production et le commerce de fromages au lait cru […] »

C’est dans la plus grande discrétion que s’est tenue, en avril 19, une séance exceptionnelle du Parlement européen à laquelle peu de professionnels de la filière ont été conviés. Après seulement 3 heures de débat, finalement assez peu défendu, la cause de l’artisanat français et la richesse de nos terroirs ont tout simplement été balayés au profit de l’ultra-sécurité sanitaire prônant le 0 lait cru.

Il semblerait que la récente visite du président chinois, Xi Jinping, n’ait pas eu pour seul but d’influer sur les ventes d’avions d’Airbus mais d’exiger une filière laitière sans bactéries afin de pouvoir convenir au marché chinois en plein expansion. Il y a fort à penser que des lobbys soient derrière cette décision pour le moins contestable !

Il est clair qu’on peut sans doute pas conduire une stratégie sur le fromage et une autre sur la défense !

Quelle stratégie face à Poutine ?

Quelle stratégie  face à Poutine  ?

L’attaque de grande ampleur que la Russie vient de lancer sur l’Ukraine place l’Union européenne devant ses responsabilités. Par Sylvain Kahn, Sciences Po.

 

Alors que la guerre frappe le continent européen, il est bon d’avoir les idées claires.

Dans le récit construit depuis deux mois par Vladimir Poutine pour justifier son agression militaire, le pays « Ukraine », création artificielle, serait en vérité un morceau de la Russie qui en aurait été indûment détaché.

Si tel est le cas, pourquoi l’administration Poutine, si sûre de son bon droit, n’a-t-elle pas saisi la Cour internationale de justice ? Ce tribunal onusien en charge de juger les litiges de souveraineté et les revendications territoriales internationales tourne pourtant à plein régime. Or Moscou n’a jamais réclamé justice ni porté plainte. Depuis 2014, l’État russe ne fait que passer en force.

Depuis huit ans, la Russie démembre son voisin ukrainien. Elle avait déjà annexé par la force la Crimée et soustrait de fait, par la guerre hybride (recours à la compagnie militaire privée Wagner, plus de 10 000 morts et de 50 000 déplacés), une partie du Donbass à la souveraineté de l’État ukrainien. Et les événements se sont accélérés ces derniers jours.

Le 22 février, Vladimir Poutine a reconnu officiellement l’indépendance des deux républiques sécessionnistes du Donbass – la République populaire de Donetsk et la République populaire de Lougansk -, précisant que cette reconnaissance portait sur les frontières « telles que définies dans les Constitutions adoptées par ces Républiques ». Or ces « constitutions » affirment que le territoire de chacune des Républiques autoproclamées s’étend non seulement sur les zones effectivement contrôlées par les séparatistes, mais aussi sur le reste des régions ukrainiennes de Donetsk et de Lougansk, qui restaient jusqu’ici sous contrôle de Kiev…

Dès lors, une attaque visant à récupérer la totalité de ces régions semblait inévitable. La question était de savoir si les Russes n’attaqueraient « que » ces zones des régions ukrainiennes de Donetsk et de Lougansk, ou bien s’ils iraient plus loin.

On vient d’avoir la réponse.

Le 24 février, l’armée russe a commencé à envahir et bombarder l’ensemble de l’Ukraine. Ce choix de la violence est injustifiable. Tout compromis diplomatique avec cette politique au nom d’un prétendu « réalisme » serait une compromission.

Depuis la révolution démocratique dite « Orange » en 2004, Poutine ne parvient pas à installer durablement un gouvernement pro-russe et opposé à l’UE en Ukraine, ni à la vassaliser comme il a réussi à le faire pour la Biélorussie. À défaut, il démembre ce pays de 44 millions d’habitants grand comme la France et le met sous pression pour nuire à son économie et à sa démocratie récente.

Il reste que, dans les faits, le narratif de Poutine se retourne contre lui-même. Si, comme il le prétend, le peuple ukrainien fait partie du peuple russe, alors la démocratisation de la société et du régime politique ukrainiens depuis près de 20 ans démontre que l’autocratisme et la « démocrature » qui caractérisent la Russie depuis 1999 ne sont ni une nécessité, ni un bienfait, ni une singularité civilisationnelle.

L’un comme l’autre sont une construction imposée en Russie par l’administration Poutine, son appareil coercitif et ses oligarques. Ce régime politique organise non seulement la concentration du pouvoir, mais aussi celle des richesses. La militarisation de la société y a pour fonction d’attacher idéologiquement, culturellement et matériellement une partie croissante de la société à ce nouvel ordre.

L’État poutinien a modernisé l’armée russe. Il en a fait un pilier de la société. Il en a ajusté l’efficacité destructrice dans le laboratoire grandeur nature de sa guerre en Syrie en 2015. En 2022, Poutine peut sans contestation ni délibération encercler militairement l’Ukraine en mobilisant 150 000 hommes sur un total de 1 million de soldats bien équipés, bien formés et bien payés. Puis l’envahir sans coup férir. Comme l’expliquent Isabelle Mandraud et Julien Théron, « la violence est constitutive de la présidence de Vladimir Poutine ».

L’histoire de la Russie qu’écrit Poutine est à rebours de l’évolution qu’a choisie la société ukrainienne. C’est pourquoi la majorité des Ukrainiens aspire à un resserrement des liens de tous ordres entre leur pays et l’Union européenne voire à une adhésion à celle-ci.

Cette européanisation est insupportable aux yeux de Poutine. L’UE représente une alternative bien solide et bien réelle à son modèle d’un monde violent qui méprise le droit, le pluralisme, la société civile et l’individu. Cette histoire de violence nous concerne très concrètement : l’UE partage 2 257 km de frontières avec la Russie et abrite au cœur de son territoire l’enclave de Kaliningrad sur la Baltique, équipée de missiles russes de courte portée de type SS-26.

Cette réalité n’a pas empêché des analyses affirmant que les Européens auraient manqué de sagesse et de réalisme en n’imposant pas aux Ukrainiens un statut de pays neutre sans vocation à entrer dans l’UE (actualisation du concept old school de « finlandisation » des temps révolus de guerre froide).

Finlandiser l’Ukraine, ç’aurait pourtant été décider du sort des Ukrainiens à leur place – ce qu’on reproche à Poutine de faire – tout en aidant ce dernier à atteindre et à légitimer ses objectifs de vassalisation de l’Ukraine. En soutenant l’Ukraine et en sanctionnant les dirigeants russes, les Européens ne dissuadent certes pas Poutine de déclencher la guerre. Mais ils sont, aux yeux du monde, fidèles au récit qu’ils font d’eux-mêmes, sans illusions et sans faiblesse.

Une puissance militaire et atomique membre du Conseil de sécurité, frontalière de l’UE et de l’OTAN, est en train d’envahir un pays ami et associé. Que faire ? Comment ramener l’État russe à la raison ? Comment soutenir le peuple ukrainien et son pays sans tomber dans un conflit généralisé et atroce dans toute l’Europe ? En 2022, pour agir, c’est à cette question qu’il nous revient collectivement, à nous les Européens, de trouver une réponse.

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Par Sylvain Kahn, Professeur agrégé d’histoire, docteur en géographie, Centre d’histoire de Sciences Po, Sciences Po.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Politique-Redéploiement“Barkhane” : Une stratégie condamnée à l’échec

Politique-Redéploiement“Barkhane” : Une stratégie condamnée à l’échec

 

Alors que son objectif majeur en Afrique était d’affirmer son statut de puissance internationale, la France se trouve aujourd’hui réduite à élaborer une stratégie d’« invisibilisation » de sa présence militaire au Sahel, analyse un papier du « Monde ».

 

Tribune.

La question n’est plus aujourd’hui de savoir si la France restera engagée militairement au Mali, puisque la détérioration de sa relation avec les autorités maliennes la contraint à quitter le pays. La question est plutôt désormais de déterminer si et comment elle pourra rester engagée au Sahel.

Le retrait du Mali est devenu inéluctable à force d’avoir, aussi désespérément que déraisonnablement, cherché à dissocier l’intervention militaire française du contexte politique et de la relation diplomatique. A cet égard, il est important de rappeler que, si les tensions entre les autorités françaises et maliennes ont atteint leur paroxysme à la suite du second coup d’Etat en mai 2021, les divergences d’ordre politique n’ont, en réalité, cessé de s’accumuler depuis le début de la crise. Ces désaccords majeurs se sont conjugués à l’impossibilité pour l’opération « Barkhane » de convertir ses succès tactiques en victoire stratégique, révélant son incapacité, tout comme celle des autres acteurs nationaux et internationaux, à endiguer une inexorable dégradation de la situation sécuritaire du Sahel.

Le retrait militaire de la France à travers le départ de « Barkhane » du Mali, ainsi que de ses partenaires européens engagés dans le cadre de la « Task Force Takuba », laissera à l’évidence un vide sécuritaire, qui pèsera notamment sur l’avenir de la Minusma [Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali] et sa mission de protection des civils. Il fragilisera aussi durablement la zone des trois frontières : la fermeture des bases de Gao et de Ménaka sera un grave motif de préoccupation, notamment pour le Niger.

Plus largement, l’évolution de la situation du Mali dépendra de trois paramètres essentiels : tout d’abord, les résultats obtenus par l’offensive engagée par les FAMa (Forces armées maliennes) avec l’appui de leurs partenaires russes ; ensuite, l’issue des affrontements violents entre les deux principaux groupes djihadistes actifs sur le territoire malien (le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans [GSIM, affilié à Al-Qaida] et l’Etat islamique au Grand Sahara) ; enfin, l’avenir des négociations avec les chefs djihadistes envisagées par les autorités maliennes successives depuis les recommandations formulées fin 2019 dans le cadre du dialogue national inclusif.

Si le désengagement stratégique du Mali est devenu inévitable, la France n’en affirme pas moins sa détermination à demeurer profondément investie au Sahel. Les conditions pour y prolonger sa présence militaire selon les options initialement envisagées – basculement du dispositif vers le Niger, maintien d’un fort contingent de 2 500 à 3 000 hommes jusqu’en 2023, poursuite des missions européennes de formation EUTM et Eucap Sahel – ne sont plus réunies.

Redéploiement“Barkhane” : Une stratégie condamnée à l’échec

 Redéploiement“Barkhane” : Une stratégie condamnée à l’échec

 

Alors que son objectif majeur en Afrique était d’affirmer son statut de puissance internationale, la France se trouve aujourd’hui réduite à élaborer une stratégie d’« invisibilisation » de sa présence militaire au Sahel, analyse la politiste dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

La question n’est plus aujourd’hui de savoir si la France restera engagée militairement au Mali, puisque la détérioration de sa relation avec les autorités maliennes la contraint à quitter le pays. La question est plutôt désormais de déterminer si et comment elle pourra rester engagée au Sahel.

Le retrait du Mali est devenu inéluctable à force d’avoir, aussi désespérément que déraisonnablement, cherché à dissocier l’intervention militaire française du contexte politique et de la relation diplomatique. A cet égard, il est important de rappeler que, si les tensions entre les autorités françaises et maliennes ont atteint leur paroxysme à la suite du second coup d’Etat en mai 2021, les divergences d’ordre politique n’ont, en réalité, cessé de s’accumuler depuis le début de la crise. Ces désaccords majeurs se sont conjugués à l’impossibilité pour l’opération « Barkhane » de convertir ses succès tactiques en victoire stratégique, révélant son incapacité, tout comme celle des autres acteurs nationaux et internationaux, à endiguer une inexorable dégradation de la situation sécuritaire du Sahel.

Le retrait militaire de la France à travers le départ de « Barkhane » du Mali, ainsi que de ses partenaires européens engagés dans le cadre de la « Task Force Takuba », laissera à l’évidence un vide sécuritaire, qui pèsera notamment sur l’avenir de la Minusma [Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali] et sa mission de protection des civils. Il fragilisera aussi durablement la zone des trois frontières : la fermeture des bases de Gao et de Ménaka sera un grave motif de préoccupation, notamment pour le Niger.

Plus largement, l’évolution de la situation du Mali dépendra de trois paramètres essentiels : tout d’abord, les résultats obtenus par l’offensive engagée par les FAMa (Forces armées maliennes) avec l’appui de leurs partenaires russes ; ensuite, l’issue des affrontements violents entre les deux principaux groupes djihadistes actifs sur le territoire malien (le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans [GSIM, affilié à Al-Qaida] et l’Etat islamique au Grand Sahara) ; enfin, l’avenir des négociations avec les chefs djihadistes envisagées par les autorités maliennes successives depuis les recommandations formulées fin 2019 dans le cadre du dialogue national inclusif.

Si le désengagement stratégique du Mali est devenu inévitable, la France n’en affirme pas moins sa détermination à demeurer profondément investie au Sahel. Les conditions pour y prolonger sa présence militaire selon les options initialement envisagées – basculement du dispositif vers le Niger, maintien d’un fort contingent de 2 500 à 3 000 hommes jusqu’en 2023, poursuite des missions européennes de formation EUTM et Eucap Sahel – ne sont plus réunies.

Pas de stratégie industrielle sans logistique forte

Pas de stratégie industrielle sans logistique forte

 

Le professeur de logistique Aurélien Rouquet note, dans une tribune au « Monde » que la réindustrialisation requiert une stratégie logistique. Or la France est sur ce terrain particulièrement en retard par rapport à l’Allemagne et à la Chine.

 

D’où la nécessité d’un partenariat fort entre les producteurs et les chargeurs mais aussi avec les pouvoirs publics maître d’œuvre sur à peu près toutes les infrastructures. NDLR

 

Tribune.

 

La pandémie de Covid-19 a révélé avec force que nous étions désormais largement dépendants pour nos approvisionnements de pays étrangers. Les pénuries de masques, les négociations houleuses pour être livré en priorité de vaccins, font qu’un besoin largement partagé au sein des familles politiques de la nation est que la France se réindustrialise et reprenne le contrôle des chaînes de valeur indispensables à sa souveraineté.

Dans ce cadre, la plupart des candidats à la présidentielle s’accordent sur le fait qu’un objectif pour les prochaines années doit être de relocaliser une partie de la production, et de favoriser le retour des usines sur notre sol. S’il est indéniable qu’un meilleur contrôle des chaînes de valeur passe par un retour des usines sur le sol national, une politique qui s’en tiendrait à cibler ces seules usines ne constitue qu’une part de la solution.

Quel que soit le secteur industriel que l’on considère, il est en effet clair que la valeur se crée aujourd’hui non plus seulement dans les usines, mais aussi dans les entrepôts et plates-formes logistiques. Et que l’avantage concurrentiel d’une firme industrielle découle à la fois de la maîtrise des technologies productives de fabrication, et de celle des technologies logistiques nécessaires à les faire circuler vers les clients.

La force d’une entreprise comme Apple s’explique certes par sa capacité à innover constamment en termes de produits, mais découle aussi de la façon dont elle a réussi depuis des années à orchestrer globalement et efficacement autour de quelques usines et plates-formes logistiques mondiales, une chaîne logistique faite de milliers de fournisseurs en amont et de points de vente en aval.

Il n’est d’ailleurs pas anodin qu’à la mort de Steve Job, la tête de l’entreprise ait été confiée à Tim Cook, alors responsable de la fabrication et de la supply chain (« chaîne d’approvisionnement »). Se contenter de penser une politique industrielle ciblant les usines, c’est ainsi regarder la réalité productive avec des lunettes du passé, en utilisant une distinction économique entre industrie et services qui ne fait plus sens aujourd’hui et empêche de voir la réalité logistique en face.

Stratégie énergétique: Émirats , un modèle pour la France ?

 Stratégie énergétique:   Émirats , un modèle pour la France  ?

 

Septième producteur de pétrole mondial, et treizième producteur gazier, les Émirats se préparent depuis plusieurs années à l’après hydrocarbures. Leur volonté d’être présents dans l’énergie décarbonée n’est pas perçue à ce jour comme stratégique. Pourtant, un plan global est à l’œuvre dans lequel la France joue un rôle majeur. Ne devrait-elle pas d’ailleurs s’en inspirer pour gérer ses propres filières d’énergies renouvelables ? Par Gérard Vespierre (*), président de Strategic Conseils, directeur de recherche à la Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO). (dans la Tribune)

 

Les méthodes de rationalisation – et de prospective – des choix économiques sont appliquées aux Émirats depuis plus d’une dizaine d’années. Si le plan Vision 2030 de l’Arabie Saoudite a eu la faveur des médias depuis 2016, les Émirats avaient lancé beaucoup plus tôt « un plan 2020 » dont on a vu les résultats dans le domaine financier, urbain, et technologique.

Mais les dirigeants du pays n’entendent pas placer leur futur dans ces seuls domaines, et rester sous la contrainte des ressources carbonées de leur sous-sol. Un plan global, identifié à ce jour par les seules entreprises du secteur de l’énergie, est en train de se mettre rapidement en place. Ce plan, centré sur les ressources énergétiques renouvelables, est en déploiement dans les domaines de l’hydraulique, de l’hydrogène, et du solaire.

Ce plan global est ambitieux, cohérent et peut servir de modèle aux porte-voix du changement de modèle énergétique. La France ne devrait-elle pas s’en inspirer, afin de devenir un vrai « champion du Climat » ?

Si l’entrée des Emirats dans les secteurs technologiques ne crée plus de surprise, la construction d’une centrale hydraulique dans un pays du sud de la péninsule arabique est beaucoup plus étonnante.

La topographie émirienne offre une intéressante partie montagneuse, les monts Hajar, à sa frontière est, vers le sultanat d’Oman. Elle dispose d’une hydrographie appropriée, et donc de la possibilité de tirer parti de ces ressources en eau. Ainsi est né le projet de la centrale hydraulique d’Hatta, du nom de la ville proche, placée sur la route reliant Dubaï, et Oman.

Cette réalisation est naturellement une première dans la région. Elle représente un investissement de 300 millions d’euros et une capacité de production énergétique de 250 mégawatts. Sa construction occupe une place importante dans le plan de zéro émission net de carbone, en 2050. La société française EDF contribue à cette réalisation, dans le cadre d’un contrat d’assistance à la maîtrise d’ouvrage.

Cette centrale est la première dans le Golfe Persique à utiliser la technique STEP (Station de Transfert d’Énergie par Pompage) déjà mise en œuvre par EDF dans 6 installations en France.

La France dispose d’un réseau hydraulique incomparable. EDF possède les technologies. Ne devrions-nous pas concevoir et mettre en place un plan « Hydraulique national » ? Que fait la France de façon coordonnée, et ambitieuse, dans l’hydrolien fluvial ? Nous y avons un réel potentiel.

Le plan de diversification des sources d’énergie renouvelable émirati se met en place également avec la construction d’unités de production d’hydrogène.

La révolution de l’hydrogène

Le ministre émirien de l’Energie et des Infrastructures a souhaité s’appuyer sur la COP 26, à Glasgow, pour donner une plus grande valeur symbolique à l’annonce du lancement d’une « feuille de route hydrogène » dans son pays.

Le but ambitieux des Émirats est de devenir un des principaux acteurs sur le marché mondial, avec l’objectif d’atteindre en 2030 une part de marché de 25% dans les principaux pays importateurs d’énergie, comme l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde. Aujourd’hui, les perspectives économiques de ce marché hydrogène s’évaluent en centaines de milliards de dollars…

Le plan hydrogène comprend ainsi plus de 7 projets industriels sur le point d’être achevés ou en cours de développement. Il est positif que la France fasse partie intégrante dans cette stratégie via la signature d’un accord d’alliance stratégique entre le groupe ENGIE, et le ministère de l’Energie, en vue de développer un « hub hydrogène » aux Émirats, d’une capacité de 2 GW prévue en 20230, afin de servir les besoins de tous les pays du Conseil du Golfe.

La France dispose, certes, d’un « Conseil National de l’hydrogène » et d’une « Stratégie Nationale de développement de l’hydrogène ». Mais il nous faut allier, le plus efficacement possible, procédures de planification et réalisations industrielles, rapides et fiables. La conquête avantageuse de parts de marché se fera seulement à cette condition. Les Émirats ne seraient-ils pas à cet égard un modèle ? Nos lourdeurs administratives constituent un handicap à notre réactivité et compétitivité. Aux Émirats, la diversification vers les énergies renouvelables se complète également d’une importante composante solaire.

La ruée vers le solaire

Les Émirats arabes unis disposent d’un Centre d’innovation solaire actuellement dirigé par une femme. Implanté dans le périmètre de la plus grande centrale solaire mondiale à site unique, ce centre développe et teste de nouvelles technologies de production et d’entretien. Le dépoussiérage des panneaux est en effet un élément clé de la maintenance. L’accumulation de poussière en surface abaisse très rapidement le rendement des cellules photovoltaïques.

L’Institut photovoltaïque d’Ile-de-France (IPVF) porté par Total Énergies, EDF et le CNRS a été créé en 2014. Il a fallu plus de 2 ans pour que soit posé la première pierre. A nouveau, l’agilité, la rapidité dans cette filière technologique est un facteur clé de succès, à l’image de ce qui se crée à Dubaï.

Il y a six mois, EDF Renouvelables a remporté, dans le cadre d’un consortium avec la société chinoise Jinco Power, le contrat de la plus grande centrale solaire du monde, qui sera implantée à 35km d’Abu Dhabi. D’une puissance installée de 2GW, elle alimentera 160.000 foyers locaux.

Cette nouvelle installation sera la première centrale d’une telle dimension à utiliser des modules bifaciaux. La technologie consiste à capter le rayonnement solaire par les deux faces des modules photovoltaïques, augmentant notablement la puissance de l’installation. Ce succès d’EDF s’est inscrit dans le cadre de la stratégie CAP 2030 du groupe visant à doubler entre 2015 et 2030 les capacités renouvelables installées, pour les porter à 50 GW net, dans le monde.

Ce modèle est excellent pour le Groupe EDF, et donc excellent pour la France, en continuant d’exporter des technologies. Le modèle émirien nous y aide.

Un rayonnement énergétique régional

L’année 2021 a enfin vu les Émirats se lancer dans un très grand déploiement au Moyen-Orient, en implantant des projets de centrales solaires chez ses voisins. La société émirienne Masdar a signé un accord avec le gouvernement irakien, le 6 octobre 2021, prévoyant la construction de cinq centrales électriques solaires avec une première phase de production de 1.000 mégawatts.

Des accords d’investissements dans le domaine de l’énergie ont aussi été signés le 24 novembre entre les Émirats et la Turquie, dans le cadre de la rencontre à Ankara entre le prince héritier Mohammed ben Zayed et le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Les Émirats associent leur vision de développement technologique et énergétique de zéro émission net de carbone en 2050 avec l’évolution géopolitique du Moyen-Orient. Ils prennent ainsi une avance sur leur grand voisin de la péninsule arabique, qui ne vise la neutralité carbone qu’en 2060. Les Émirats s’emparent d’un leadership régional dans le cadre d’alliances, et la France y joue un rôle qu’elle doit approfondir.

Le développement d’énergies propres et renouvelables dans une vision régionale entre dans le cadre d’actions et d’options diplomatiques, une stratégie intelligente et à long terme, que la France devrait imiter.

La France doit même s’en inspirer pour gérer la mise en œuvre de ses filières d’énergies renouvelables. L’énergie, par ses technologies, est un instrument géopolitique et diplomatique. Nous l’avons vécu avec la filière des centrales nucléaires. Ne devrions-nous pas hisser nos filières « énergies renouvelables » à ce niveau d’excellence et d’influence ?

Ces innovations sont certes coûteuses mais les partenariats déjà établis prouvent que la France a le pouvoir de dépasser les modèles traditionnels pour s’implanter fortement comme un pionnier des énergies décarbonées, sur son sol et à l’étranger.

La force des Emirats est d’avoir très tôt pensé à sortir de la dépendance aux hydrocarbures et à anticiper les nouveaux modes de production énergétiques. A nous de suivre ce modèle en proposant des projets ambitieux, et agiles pour préparer la France à être un « champion du climat ».

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(*) diplômé ISC Paris, Maîtrise de gestion, DEA de Finances, Université Paris Dauphine PSL

Auteur du site : www.le-monde-decrypte.com

Podcasts et émissions radio sur Youtube : Le-Monde-Décrypté.TV

Quelle stratégie pour améliorer l’efficacité publique

Quelle stratégie pour améliorer l’efficacité publique 

 

Il faut dépasser le conflit sur le recrutement ou la suppression de fonctionnaires, car le but visé est plutôt leur efficacité pour satisfaire les besoins publics, explique, dans une tribune au « Monde », le politiste Philippe Brachet, qui plaide pour un débat démocratique sur les missions de l’Etat et les moyens à leur accorder.

 

Un propos intéressant mais déjà entendu avec les difficultés relatives à la définition de ce que sont réellement les champs régaliens et les moyens de les satisfaire sans se laisser prendre d’entrée au piège du statut des personnels NDLR

 

Tribune.

 

C’est entendu, Macron est un « libéral ». Mais dans quel sens ? Au début du quinquennat, le président élu est plutôt ultralibéral (suppression de l’ISF, le « pognon de dingue » que coûtent les politiques sociales, « il n’y a qu’à traverser la rue » pour trouver un emploi, etc.). Puis vinrent les « gilets jaunes » et le milliard d’euros accordé et, enfin, le Covid et le « quoi qu’il en coûte », qui a permis de préserver la société française d’une récession. La forte augmentation des dépenses publiques a rendu possible un redémarrage rapide de l’économie ; mais elle a aussi fait exploser la dette et le déficit publics.

Vu l’urgence, presque tous, politiques comme experts, admettaient jusqu’à présent le bien-fondé de cette démarche. Mais la maîtrise progressive de l’épidémie fait espérer une diminution des subventions publiques. Le débat sur l’Etat-providence a ainsi fait son retour. Doit-on le réduire à ses fonctions régaliennes ou le rénover ? Après s’être éloigné de l’orthodoxie financière, faut-il y retourner ? Mais que veut-on réduire ? La dépense publique en général ? Le périmètre des interventions de l’Etat ? Réduire le nombre de fonctionnaires est privilégié à droite parce que – synonyme d’économies – c’est un slogan qui parle à l’électeur. Dans la surenchère ultralibérale, Valérie Pécresse promet aujourd’hui 150 000 suppressions de postes. Mais comme l’a fait remarquer son rival d’un moment pour la candidature à l’investiture du parti Les Républicains, Michel Barnier, il faudra en recruter pour la santé, la justice et la police… Alors comment s’engager sur un chiffre ? Quel sera le solde entre recrutements et suppressions ?

Le nombre de fonctionnaires n’est pas un objectif. Le but visé est plutôt leur efficacité pour satisfaire les besoins publics. Ils sont sans doute trop nombreux dans certains ministères ou dans certains services (comme les agglomérations), mais pas assez dans d’autres secteurs, comme la médecine, les soins infirmiers, la justice ou le contrôle des finances publiques. C’est donc la satisfaction des besoins qui doit être le critère de leur redéploiement. Si Emmanuel Macron a eu raison de relancer la dépense publique pour contenir les risques économiques liés à l’épidémie de Covid-19, c’est parce qu’une épidémie relève de l’économie publique, et c’est une politique publique qui est pertinente pour la combattre. En effet, la contagion échappe aux individus, de sorte que se préserver d’un virus ou en préserver les autres ne relève pas de la liberté individuelle. Les pouvoirs publics sont responsables de la santé publique. La maîtrise de l’épidémie et la relance de l’économie justifient la dépense publique ; mais son optimisation nécessite une refondation de l’économie publique à partir des besoins actuels. Donc un retour au libéralisme social.

Ordonnances travail : le bilan établi par France stratégie, très mitigé

Ordonnance travail : le bilan établi par France stratégie

Rapport de synthèse

Ce rapport du comité d’évaluation des ordonnances travail rend compte des enseignements identifiés à ce stade sur la mise en œuvre des ordonnances de 20171 et des tendances sur les pratiques susceptibles de leur être associées. Plus précisément, son ambition est :

• d’établir si les dispositifs légaux sont mis en œuvre, avec un recul temporel suffisant, en répondant par exemple à des questions sur le rythme de déploiement des CSE et sur la mobilisation d’outils tels que les représentants de proximité ou les accords de performance collective ; mais également, en matière prud’homale, sur l’application effective par les juges du barème d’indemnisation.

• de décrire et d’analyser ce déploiement et ses effets, au travers de la mise en pratique de ces dispositifs par les acteurs, de leurs stratégies d’adaptation et des éventuelles difficultés qu’ils posent, avec une variété de situations notamment du point de vue des structures des entreprises et de leur taille. À ce stade et s’agissant de mesures dont les effets sont attendus pour beaucoup sur le moyen ou long terme, il ne s’agit pas encore de travaux d’évaluation prétendant apprécier les effets globaux de cette politique publique sur le dialogue social et le fonctionnement du marché du travail. De plus, la crise a depuis début 2020 affecté la démarche d’évaluation : ajout de nouveaux dispositifs qui ont pu interférer avec les effets de certaines mesures des ordonnances, perturbation du déploiement des nouvelles instances et des calendriers de négociations, difficultés à observer les pratiques dans les entreprises et à spécifier ce qui relève des ordonnances. Ce rapport dresse donc nécessairement à ce stade un bilan provisoire et exploratoire des effets des ordonnances, et une lecture à plusieurs niveaux. Quatre ans après leur création légale, les dispositifs spécifiquement créés par les ordonnances sont effectifs au sens où les acteurs s’en sont emparés de façon croissante. 1 Les principales mesures sont rappelées à la fin de cette synthèse.

• Tant le nombre de CSE (comités sociaux et économiques) que l’évolution des accords collectifs conclus avec des élus ou par référendum en témoignent : – la mise en œuvre en œuvre des CSE se fait progressivement, en remplacement des anciennes instances représentatives du personnel (comités d’entreprise, délégués du personnel, comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Si initialement la date limite fixée pour l’instauration des CSE était le 31 décembre 2019, la mise en œuvre s’est poursuivie au-delà et a été parfois décalée en raison de la crise sanitaire. Au 31 décembre 2020, on dénombrait près de 90 000 CSE créés et près de 49 000 situations de carences (absence de candidats aux élections professionnelles pour mettre en place des instances). Pour des raisons méthodologiques, il n’est pas possible de rapporter ce nombre d’instances au nombre d’entreprises sujettes à l’obligation1. Néanmoins, l’enquête Acemo Dialogue social en entreprise de la Dares, qui interroge chaque année les directions de 16 000 entreprises de 10 salariés et plus (échantillon représentatif), permet d’appréhender les évolutions du taux de couverture des entreprises et des salariés en instances représentatives sur ce champ légèrement plus large que le champ légal. En 2019 (derniers résultats disponibles), 41 % des entreprises de 10 salariés et plus, représentant 79 % des salariés du champ, étaient couvertes par au moins une (ancienne ou nouvelle) instance représentative. Plus précisément, un tiers des entreprises de 10 salariés et plus, couvrant au moins deux tiers des salariés2, déclaraient être couvertes par un nouveau CSE. Durant les années de transition des anciennes vers les nouvelles instances, ces taux de couverture sont globalement comparables à ceux antérieurs à la réforme. Les CSE ont pu être mis en place par accord dans certaines entreprises (sans que cela soit une obligation). Dans le cadre d’une étude sur les représentants de proximité, il a été dénombré un peu plus de 8 600 accords de mise en place du CSE, signés entre septembre 2017 et décembre 2019 et enregistrés sur Légifrance3 ; – en matière de santé, sécurité et conditions de travail4, le déploiement des CSSCT (commissions santé, sécurité et conditions de travail) issues des CSE se fait

1 En raison des difficultés à dénombrer précisément les entreprises soumises à l’obligation et à rapporter le nombre de CSE à ce total.

2 La couverture par les nouvelles instances est peut-être sous-estimée par l’enquête, certaines entreprises ayant eu à la fois des anciennes et des nouvelles instances dans l’année et n’ayant déclaré que les anciennes.

3 Sur la méthode de dénombrement de ces accords, voir Encadré 3 page 44. 4 Le CSE a récupéré les attributions de l’instance dédiée qu’était auparavant le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et qui devait être mise en place dans les établissements de 50 salariés ou plus, éventuellement dans le cadre d’une délégation unique. Ainsi 60 % des entreprises de 50 salariés ou plus disposaient effectivement d’un CHSCT en 2017 (employant 85 % des salariés des entreprises de cette taille). La création d’une commission Santé sécurité conditions de travail (CSSCT) au sein du CSE n’est dorénavant obligatoire qu’au-delà de 300 salariés ainsi que dans les établissements où des conditions particulières le nécessitent ; mais elle peut être facultativement mise en place par accord en dessous de 300 salariés.

Logiquement, du fait de leur caractère facultatif dans les entreprises de 50 à 300 salariés (contrairement aux anciens CHSCT obligatoires dès 50 salariés), la couverture globale des salariés par de telles commissions dédiées est en recul : elle est d’au moins 46 % dans les entreprises de 10 salariés ou plus en 2019, contre les trois quarts en 2017. Mais l’année 2019 est une année de montée en puissance, avec un effet de rattrapage par rapport à l’année précédente. À la fin de l’année 2019, 74 % des entreprises de plus de 300 salariés ayant mis en place un CSE (couvrant 85 % des salariés), et qui doivent à terme être toute couvertes, disposent d’une CSSCT. • Le nombre d’accords signés dans les entreprises augmente en particulier du fait des accords conclus par des élus et salariés mandatés et ceux ratifiés par référendum aux deux tiers dans les entreprises de moins de 20 salariés. Lorsqu’on fait abstraction du champ de l’épargne salariale1, les accords conclus avec les délégués syndicaux restent largement majoritaires (près de 34 000 en 2020) et progressent modérément en tendance. Le nombre d’accords ou avenants conclus (également hors l’épargne salariale) avec des élus membres d’instances telles que le CSE ou des salariés mandatés progresse de façon significative et continue depuis 2016-2017 : on passe de moins de 2 000 accords entre 2014 et 2016 à 7 000 en 2019 et plus de 9 000 en 2020.

De même, les textes ratifiés au deux tiers des salariés – modalité possible dans les entreprises de 20 salariés et moins, en l’absence de représentant du personnel progressent depuis 2017 pour dépasser en 2020, hors épargne salariale et malgré la crise, le seuil de 5 000. Une large majorité de ces textes est relative au temps de travail. • De même, le nombre de nouveaux types d’accords créés par les ordonnances, les accords de performance collective (809 APC au 1er juillet 2021) et de ruptures conventionnelles collectives (361 RCC au 30 juin 2021) montre une utilisation de ce dispositif par les entreprises. En raison de la nature des objectifs respectifs de ces accords, les entreprises concernées diffèrent. Les APC sont conclus dans des entreprises de taille variable : 65 % d’entre eux ont été conclus dans des entreprises de 11 à 250 salariés et 28 % dans des entreprises de 250 salariés ou plus. Les RCC sont quant à elles concentrées dans les grandes entreprises : 64 % d’entre elles sont conclues dans des entreprises de 250 salariés et plus. • Le barème d’indemnité des licenciements sans cause réelle et sérieuse est appliqué, dans les conseils de prud’hommes et les cours d’appel, malgré le débat juridique 1 L’analyse se concentre ici sur les accords conclus exclusion faite de ceux concernant uniquement l’épargne salariale (intéressement, participation, plans d’épargne, etc.) car ces derniers, dont le nombre peut fluctuer fortement d’une année sur l’autre, ont leur propre dynamique liée à des dispositions antérieures aux ordonnances (possibilité de ratifier par référendum) ou affectée par des mesures spécifiques. Évaluation des ordonnances du 22 septembre 2017 –

. Dans l’échantillon de décisions de cours d’appel étudié pour le comité, le montant des indemnités versées est compris entre le plancher et le plafond du barème dans 90 % des cas pour les licenciements postérieurs à l’application du barème, alors que c’était le cas pour 44 % avant la réforme. Au regard d’éléments plus qualitatifs, notamment liés à l’analyse d’accords (de mise en place de CSE, de RCC et APC), on peut considérer que les ordonnances semblent atteindre certains objectifs visés par leurs concepteurs :

 

• d’une part en termes de rationalisation du dialogue social, dès lors que le passage à une instance unique a permis de limiter le nombre de réunions et le traitement de mêmes sujets dans différentes instances. Il n’est cependant pas possible de quantifier, à ce stade, l’évolution du nombre d’élus du fait de cette fusion des instances. En effet, la diminution du nombre de mandats a touché différemment les entreprises selon leur taille : alors qu’elle a eu peu d’effets dans les plus petites (qui disposaient déjà de peu d’élus avant) ou dans celles qui avaient déjà des instances fusionnées (délégations uniques du personnel), elle paraît plus marquée dans les grandes entreprises et/ou celles à établissements multiples où l’on observe, également, une centralisation plus importante des CSE.

• d’autre part en termes d’adaptabilité et de plasticité de la négociation collective, comme en témoignent les usages multiples des RCC et APC qui ont pu être constatés, entre logique d’adaptation à une situation conjoncturelle dégradée pendant la crise et une logique plus structurelle de « compétitivité » hors crise. En 2020, pendant la crise du Covid, les 247 APC conclus et étudiés plus spécifiquement se distinguent des accords précédents par une proportion plus importante d’accords à durée déterminée (même s’ils ne représentent encore que la moitié des accords) alors que précédemment les accords à durée indéterminée étaient majoritaires. Ces accords traitent aussi plus souvent de la question de la rémunération (notamment l’ajustement des primes) que précédemment. • La possibilité donnée aux entreprises, en particulier les petites, de conclure plus facilement des accords, y compris en l’absence de délégués syndicaux, mais via des salariés élus ou mandatés ou en faisant ratifier des textes par les deux tiers des salariés, est de plus en plus utilisée. Elle a permis notamment aux entreprises de mettre en œuvre des dispositions relatives au temps de travail depuis 2017 et d’autres plus spécifiques d’adaptation pendant la crise, soumises à une condition d’accord collectif (notamment sur l’organisation des congés). Les éléments quantitatifs et qualitatifs ne traduisent pas d’évolution majeure dans les pratiques du dialogue social, mais plutôt un prolongement de tendance (centralisation des instances, etc.) ou de réformes antérieures. La période observée n’est plus seulement celle de la découverte et de l’appropriation des nouvelles règles.

 

Durant les experimentations concètes  des nouvelles configurations de représentation et de négociation, et donc d’interrogation des pratiques existantes, tant du côté des directions que des représentants des salariés, qui plus est dans un contexte conjoncturel très particulier lié au Covid. Durant cette phase, certaines difficultés sont relatées par une partie des acteurs de ce dialogue. Cependant ces éléments restent à ce stade provisoires, s’agissant d’une réforme dont les effets voulus, en matière de changement culturel, sont attendus dans un horizon de long terme.

• S’agissant des objectifs associés à la fusion des instances dans le CSE (revitalisation, simplification et amélioration qualitative du dialogue social), si l’objectif d’une approche plus transversale est plutôt a priori partagé, l’effacement de la représentation de proximité apparaît comme une crainte récurrente. Certaines entreprises se sont saisies de la possibilité de créer des représentants de proximité. D’après une étude menée pour le comité, environ 25 % des accords1 de mise en place des CSE prévoient la création de représentants de proximité, principalement dans des grandes entreprises mais avec néanmoins un quart de ces accords qui concernent des structures de moins de 300 salariés. À ce stade, leur rôle reste encore mal défini. D’autres modalités pour gérer cette question de la proximité sont parfois expérimentées, en particulier dans les grandes entreprises avec des structures complexes (par exemple avec la création de commissions spécifiques), mais sans répondre encore suffisamment aux enjeux, avec en particulier des difficultés d’articulation entre ces commissions et les CSE qui peuvent contrarier l’objectif de simplification. En outre, si dans certaines entreprises la crise a eu pour conséquence de mobiliser plus fortement les instances de représentation du personnel, en particulier sur les questions de santé, sécurité et condition de travail, le traitement de ces sujets n’est pas encore stabilisé et la nouvelle articulation entre CSCCT et CSE reste difficile à trouver. Faute d’avoir mis en place des représentants de proximité, certaines entreprises peuvent rencontrer des difficultés à traiter les questions relatives aux réclamations individuelles et collectives et aux conditions de travail. Selon les études réalisées pour le comité, ces difficultés peuvent avoir des conséquences très variables, et dans certains cas contreproductives, sur le fonctionnement des CSE : allongement des réunions et des ordres du jour pour pouvoir traiter de l’ensemble des sujets, moindre engagement des élus, manque d’articulation entre le CSE et les commissions, difficulté de traitement des questions de santé et sécurité au travail. Ces difficultés peuvent se traduire, surtout dans les grandes entreprises et celles à structure complexe, par un risque de perte de 1 La création des CSE est obligatoire dans les entreprises de 11 salariés et plus mais n’est pas conditionnée par la conclusion d’un accord, prévoyant les modalités de mise en œuvre de ces CSE. L’étude menée pour le comité a porté sur 8 600 accords de mise en place des CSE repérés sur Légifrance pour la période entre septembre 2017 et décembre 2019. Évaluation des ordonnances du 22 septembre 2017 –

 

Le  contact entre élus et salariés, renforcé par la crise et le développement du télétravail, et de non-identification des difficultés de terrain.

• L’élargissement et la concentration sur le CSE d’un champ très vaste de sujets à aborder ne crée pas mécaniquement une meilleure articulation des enjeux stratégiques, économiques et sociaux, et peut constituer un élément de fragilisation de l’engagement des élus (surcharge de travail de représentation, difficultés de conciliation avec l’activité professionnelle, parfois renforcées pendant la crise en raison de la forte sollicitation des instances existantes, manque d’expertise sur l’ensemble des sujets, etc.). Cela crée un besoin renforcé d’accompagnement que les élus, syndiqués et non-syndiqués, expriment de façon récurrente, ainsi que la crainte de difficultés de recrutement pour les prochaines élections et d’affaiblissement des instances. Ce besoin d’accompagnement et de formation est aussi à envisager dans la perspective de la reconnaissance et de la valorisation des compétences acquises lors du mandat pour la suite de la carrière professionnelle, à l’issue du mandat. Enfin, ce besoin peut concerner également les directions d’entreprises, notamment les plus petites. La formation de l’ensemble des acteurs ainsi que le partage – et la maîtrise – des informations dans les instances sont aussi exprimées comme des enjeux importants.

• De même, s’agissant de l’extension du champ de la négociation collective dans les entreprises, la compréhension de la dynamique reste à affiner tant dans son ampleur que dans son contenu. Cette dynamique, mesurée par le nombre d’accords collectifs, est largement portée par les accords conclus dans les PME, mais cette progression est moins marquée s’agissant des accords négociés par les délégués syndicaux. Cette dynamique quantitative est par ailleurs en partie entretenue par différents dispositifs spécifiques créant une incitation dans certains cas transitoire : en particulier, la création des CSE a suscité de nombreux accords de prorogation de mandats d’élus puis dans une certaine mesure de mise en place de l’instance ; le dispositif ponctuel de prime exceptionnelle de pouvoir d’achat en 2019 y a aussi contribué… La période de la crise du Covid, si elle a pu se traduire par une sollicitation accrue des élus, selon des modalités autant formelles qu’informelles, a eu un effet plus incertain en matière de négociation. La dynamique quantitative des accords a été entretenue par le déploiement de dispositifs liés à la crise, ponctuels (accords sur les jours de congés lors du confinement) ou plus pérennes (APLD). Le peu d’éléments dont nous disposons sur les pratiques effectives de négociation dans les TPE-PME laissent pour l’instant ouverte la question des effets qualitatifs des ordonnances sur le dialogue social et invitent à mener des travaux complémentaires. S’agissant des APC, là aussi il convient d’examiner plus en détail les modalités de leur négociation et la façon dont ils s’inscrivent dans la durée. • Du côté des branches, la négociation reste stable, parallèlement à l’augmentation de la négociation d’entreprise. Mais la distinction faite par les ordonnances entre les sujets Synthèse FRANCE

 

Relevant uniquement de la négociation de branche et les autres (la présentation en « trois blocs ») et la possibilité pour les entreprises de négocier néanmoins sur ces premiers sujets, sous réserve de prévoir des « garanties au moins équivalentes », posent encore des difficultés d’interprétation et d’application (en particulier sur les salaires minima hiérarchiques). Surtout, les dispositions spécifiques prévues pour permettre aux branches de négocier sur de nouveaux sujets (relatifs aux contrats de travail à durée déterminée ou sur les accords de méthode notamment) ou pour adapter les accords de branches aux PME sont peu utilisées pour l’instant.

• Sur les effets du barème CPH : si on ne constate pas d’effet spécifique du barème sur l’ampleur du contentieux aux prud’hommes qui diminue fortement depuis une dizaine d’années, avec une accélération de la baisse en 2016, l’analyse des décisions des cours d’appel concernant des licenciements sans cause réelle et sérieuse montre qu’il aboutit bien à un resserrement des indemnités versées dans les limites de celuici. En cela, il concourt à l’objectif initial d’une plus grande prévisibilité du coût de ces licenciements pour les employeurs. Cette analyse montre que l’effet à la baisse est concentré surtout sur les salariés ayant peu d’ancienneté – entre 2 et 5 ans. Sur les effets plus indirects visés également, il n’est pas possible à ce stade d’identifier un effet sur les comportements de recrutements ou de licenciements des entreprises. Finalement, à ce stade, on observe donc : ‒ une mise en place largement effective des réformes portées par les ordonnances, en nombre d’instances créées et en pourcentage des entreprises et salariés couverts, en dynamique quantitative de la négociation d’entreprise, en appropriation progressive des nouveaux accords APC et RCC, et une application largement conforme des règles de barèmes pour les licenciements sans cause réelle et sérieuse ; ‒ pas de révolution culturelle évidente dans les pratiques de dialogue social. La période observée est encore largement celle d’une appropriation par la pratique, et d’une adaptation très progressive, et parfois difficile, des partenaires sociaux au nouveau cadre légal qui s’explique aussi par l’ampleur de la réforme. La qualité du dialogue social antérieurement aux réformes paraît jouer un rôle important dans la bonne appropriation des mesures mises en place par les ordonnances. ‒ un besoin d’accompagnement et de formation des acteurs, qui préexistait, mais que la diversité des compétences attribuées aux CSE renforce. Nous sommes donc encore dans une phase de transition dont l’issue n’est pas certaine et ne peut être pleinement anticipée à ce stade. Étant donné la nature de cette réforme et les contraintes techniques de l’évaluation, celle-ci requiert forcement du temps. Les travaux du comité ont donc vocation à se poursuivre et à être complétés grâce aux sources et données progressivement disponibles. Évaluation des ordonnances du 22 septembre 2017 – Rapport 2021

 

FRANCE STRATÉGIE 18 DÉCEMBRE 2021 www.strategie.gouv.fr Les principales dispositions des ordonnances travail du 22 septembre 2017

Création des CSE Un comité social et économique (CSE) est mis en place dans les entreprises de 11 salariés ou plus et reprend les attributions des anciennes instances (délégué du personnel, comité d’entreprise, comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Cette instance doit être élue dans toutes les entreprises de 11 salariés et plus entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2019. Dans les entreprises de 300 salariés et plus, le CSE dispose de commissions, parmi lesquelles la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT). Les CSSCT doivent aussi être mises en place dans certains établissements dont l’activité présente des risques particuliers. Il est possible également de constituer, par accord, d’une part un conseil d’entreprise intégrant CSE et délégués syndicaux dans une instance unique ou d’autre part des représentants de proximité. Nouvelle articulation de la négociation d’entreprise et de la négociation de branche Les ordonnances renforcent la primauté de la négociation d’entreprise par rapport à la négociation de branche. Trois niveaux de négociation sont définis. Bloc 1 : les sujets pour lesquels l’accord de branche prévaut sauf si l’accord d’entreprise assure des garanties au moins équivalentes. Bloc 2 : quatre domaines pour lesquels la branche peut rendre ses dispositions impératives à travers des clauses de verrouillage. Bloc 3 : les autres sujets pour lesquels l’accord d’entreprise prime sur l’accord de branche. Les ordonnances créent deux nouveaux types d’accords d’entreprise : les accords de performance collective et les accords de rupture conventionnelle collective. Élargissement des modalités de conclusion d’accord, dans les entreprises dépourvues de délégué syndical Dans les entreprises comptant entre 11 et 49 salariés, en l’absence de délégué syndical (DS) ou de CSE, un accord peut être signé par un salarié mandaté ou un membre de la délégation du personnel du CSE. Dans les entreprises de moins de 20 salariés, en l’absence de délégué syndical et de membre de la délégation du personnel du CSE, l’employeur peut soumettre un projet de texte à l’approbation directe de ses salariés lors d’un référendum (majorité des deux tiers requise). Dans les entreprises avec des délégués syndicaux, depuis le 1er mai 2018, l’accord majoritaire est la règle : pour être valide, un accord doit être signé par un ou plusieurs syndicats représentatifs qui ont obtenu au moins 50 % des suffrages exprimés en faveur des organisations syndicales représentatives au premier tour des dernières élections professionnelles. Synthèse

Règles du licenciement:  Plusieurs dispositions sont relatives aux règles du licenciement économique (périmètre d’appréciation de la cause économique) ou licenciement individuel (règles de procédure, création d’un modèle type de lettre de licenciement, augmentation de l’indemnité légale). Un barème est créé pour les indemnités versées par les juges en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse. Les montants, encadrés par un plancher et un plafond, varient en fonction du nombre de salariés dans l’entreprise et de l’ancienneté du salarié.

Santé-Stratégie Covid : l’erreur du tout vaccinal

Santé-Stratégie Covid : l’erreur du tout vaccinal

 

 

 Le médecin urgentiste Gérald Kierzek   estime ( comme beaucoup d’autres experts médicaux)  que les nouvelles restrictions décidées par le gouvernement ne permettront pas de sortir de la crise. (intreview Le Figaro)

Gérald Kierzek est médecin urgentiste et chroniqueur santé, directeur médical de Doctissimo, et auteur notamment de Coronavirus, comment se protéger? (Éditions de l’Archipel, mars 2020).

Le gouvernement vient de franchir le cap du passe vaccinal. Cette mesure, selon vous, permettra-t-elle d’accélérer la troisième dose et endiguer la propagation du variant Omicron?

Gérald KIERZEK. - Le passe vaccinal n’a qu’un seul objectif, comme l’avait le passe sanitaire : pousser les Français à la vaccination, et force est de constater que cela a fonctionné. Il est donc probable qu’il va accélérer la troisième dose car les gens n’ont pas le choix. En revanche, le passe vaccinal, pas plus que la troisième (ni la quatrième ni les autres boosters) ne vont enrayer la « vague » Omicron. Il s’agit d’une vague de contaminations qui évolue pour son propre compte. Il est illusoire de vouloir arrêter les transmissions et aucune mesure décidée par l’Homme ne pourra éradiquer ce coronavirus. Le discours consistant à dire «vaccinez-vous et grâce à votre passe vivez normalement» ne tient pas sur le plan médical.

Stratégie Covid : l’erreur du tout vaccinal

Stratégie Covid : l’erreur du tout vaccinal

 

 

 Le médecin urgentiste estime ( comme beaucoup d’autres experts médicaux)  que les nouvelles restrictions décidées par le gouvernement ne permettront pas de sortir de la crise. (intreview Le Figaro)


Gérald Kierzek est médecin urgentiste et chroniqueur santé, directeur médical de Doctissimo, et auteur notamment de Coronavirus, comment se protéger? (Éditions de l’Archipel, mars 2020).


Le gouvernement vient de franchir le cap du passe vaccinal. Cette mesure, selon vous, permettra-t-elle d’accélérer la troisième dose et endiguer la propagation du variant Omicron?

Gérald KIERZEK. - Le passe vaccinal n’a qu’un seul objectif, comme l’avait le passe sanitaire : pousser les Français à la vaccination, et force est de constater que cela a fonctionné. Il est donc probable qu’il va accélérer la troisième dose car les gens n’ont pas le choix. En revanche, le passe vaccinal, pas plus que la troisième (ni la quatrième ni les autres boosters) ne vont enrayer la « vague » Omicron. Il s’agit d’une vague de contaminations qui évolue pour son propre compte. Il est illusoire de vouloir arrêter les transmissions et aucune mesure décidée par l’Homme ne pourra éradiquer ce coronavirus. Le discours consistant à dire «vaccinez-vous et grâce à votre passe vivez normalement» ne tient pas sur le plan médical.

Covid: Stratégie vaccinale nécessaire mais pas suffisante ( l’épidémiologiste Mahmoud Zureik)

Covid: Stratégie vaccinale   nécessaire mais pas suffisante ( l’épidémiologiste Mahmoud Zureik)

L’épidémiologiste salue  sur France-Info les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre la diffusion du Covid-19 mais aurait voulu que le protocole sanitaire soit renforcé dans les écoles, bars et restaurants. 

 

 

« On est dans la priorité vaccinale, dans le tout vaccinal, ce qui est évidemment indispensable et nécessaire », a réagi lundi 27 décembre sur franceinfo Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles-Saint-Quentin et directeur d’Epi-Phare, après les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement pour enrayer l’épidémie de Covid-19. Mais ce ne sera « pas suffisant », alerte Mahmoud Zureik.  »Il faut d’autres mesures. Il faut dire à nos concitoyens que cela ne va pas suffire. On doit faire encore des efforts, même s’ils ne sont pas agréables. »

Mahmoud Zureik juge tout de même positivement les annonces de Jean Castex. « C’est la première fois que l’on explique très clairement la différence de l’efficacité des vaccins sur la transmission et sur les formes graves. » Cela répond « à beaucoup de questions » des personnes se demandant :  »J’ai eu le virus » alors que  »je suis vacciné ».

Le Premier ministre a également annoncé l’obligation du port du masque dans les centre-villes, sous la décision des préfets. « C’est efficace quand il y a un marché de Noël, dans une file d’attente ou devant un commerce », souligne Mahmoud Zureik. Selon l’épidémiologiste, l’effet est « probablement très limitée. Ce qu’il faut, c’est surtout limiter la contamination à l’intérieur ». Il préconise « le port de masques à l’intérieur, dans des endroits peu ventilés où la contamination est beaucoup plus importante ».

Mahmoud Zureik estime également qu‘ »imposer » une augmentation du télétravail, comme l’a annoncée le gouvernement, c’est « efficace, à partir du moment où l’on réduit les interactions sociales et où l’on protège aussi les employés et les salariés qui sont fragiles ».

L’épidémiologiste aurait enfin aimé  »des mesures de prudence plus fortes pendant les 15 jours qui viennent », car cela « va se jouer sur le degré de gravité d’Omicron ». Mahmoud Zureik aurait souhaité « rétablir des jauges dans les endroits où le virus se transmet, dans les bars et les restaurants ».

En milieu scolaire, « il faut absolument travailler sur la ventilation, sur la qualité de l’air à l’école », insiste aussi l’épidémiologiste qui constate la faiblesse du nombre de tests dans les établissements.  »L’année dernière, il y a 14 mois, on commençait à parler d’un million de tests », rappelle Mahmoud Zureik. Selon lui,  »on arrive péniblement à 200 000 par semaine. Donc on est très loin du compte. On garde les écoles ouvertes, mais malheureusement, non-sécurisées ».

Stratégie énergétique Belgique : des bougies pour remplacer le nucléaire ?

Stratégie énergétique Belgique  : des bougies pour remplacer le nucléaire   ?

 

La récente décision de la coalition politique au pouvoir en Belgique laisse songeur concernant la stratégie énergétique. En effet d’un cou,p les pouvoirs publics annoncent l’arrêt dans 4 ans des sept réacteurs nucléaires qui fournissent 40 % de l’électricité. À la place, les autorités belges développeront des petits réacteurs nucléaires de nouvelle génération  ( SMR de 1 à 300 MW) qui en réalité ne seront pas vraiment avant 10 ou 15 ans. Or l’arrêt des centrales Belges est prévu en 2025.

La vérité c’est qu’il s’agit d’une annonce purement politicienne et que les réacteurs nucléaires seront maintenus pour assurer la fourniture d’électricité en Belgique. L’accord validé hier par les libéraux, les écologistes et les socialistes assure un financement de 100 millions d’euros pour développer les petits réacteurs nucléaires de nouvelle génération, les fameux SMR – pour small modular reactor. A titre de comparaison, la France va injecter 1 milliard d’euros d’ici 2030.

« C’est avec un regard ouvert vers l’innovation et les nouvelles technologies que nous envisageons le futur énergétique », a plaidé M. De Croo, rappelant l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 auquel doivent aussi contribuer les renouvelables (solaire, éolien). Un beau discours qui évidemment sera contredit par les réalités qu’ignorent souvent les alliances politiciennes. À défaut on pourrait suggérer à la Belgique d’envisager le retour de la bougie !

Covid 19 France : 200 000 cas au premier de l’an ? quelle stratégie ?

Covid 19 France : 200 000 cas au premier de l’an  ? quelle stratégie ?

Sur la tendance, on  pourrait bien atteindre les 200 000 cas dans les premiers jours de janvier 2022. Hier , le Royaume-Uni déjà dépassé les 100 000 cas tandis que la France atteignait 94 000 cas le 24 décembre. Le problème principal concerne évidemment le risque de blocage total des hôpitaux du fait  de l’augmentation du nombre de malades en soins intensifs. Un autre risque menace aussi la France et d’autres pays à savoir l’incapacité devant le nombre à pouvoir dénombrer le cas exact de contaminés Déjà avec près de 100 000 cas les laboratoires sont largement débordés. Avec le double de cas ils seraient incapables d’assurer dans les mêmes délais les résultats des analyses.Par ailleurs on constate déjà un manque chronique d’autotest dans les pharmacies

De toute évidence, la stratégie de lutte contre le virus uniquement centré sur le vaccin montre ses limites mêmes si la vaccination obligatoire est incontournable. Il faudra ajouter d’autres mesures restrictives et limiter la mobilité et l’accès à certaines activités.

Justement ce que se refuse à faire les pouvoirs publics qui ne veulent surtout pas contrarier une population déjà parfois rétive aux mesures plus sévères.

Mais des formes de reconfinement seront incontournables, elles s’imposent d’ailleurs un peu partout progressivement dans le monde.

Covid France : 200 000 cas au premier de l’an ? quelle stratégie

Covid France : 200 000 cas au premier de l’an  ? quelle stratégie

Sur la tendance, on  pourrait bien atteindre les 200 000 cas dans les premiers jours de janvier 2022. Hier , le Royaume-Uni déjà dépassé les 100 000 cas tandis que la France atteignait 92 000 cas. Le problème principal concerne évidemment le risque de blocage total des hôpitaux du fait  de l’augmentation du nombre de malades en soins intensifs. Un autre risque menace aussi la France et d’autres pays à savoir l’incapacité devant le nombre à pouvoir dénombrer le cas exact de contaminés Déjà avec près de 100 000 cas les laboratoires sont largement débordés. Avec le double de cas ils seraient incapables d’assurer dans les mêmes délais les résultats des analyses.Par ailleurs on constate déjà un manque chronique d’autotest dans les pharmacies

De toute évidence, la stratégie de lutte contre le virus uniquement centré sur le vaccin montre ses limites mêmes si la vaccination obligatoire est incontournable. Il faudra ajouter d’autres mesures restrictives et limiter la mobilité et l’accès à certaines activités.

Justement ce que se refuse à faire les pouvoirs publics qui ne veulent surtout pas contrarier une population déjà parfois rétive aux mesures plus sévères.

Mais des formes de reconfinement seront incontournables, elles s’imposent d’ailleurs un peu partout progressivement dans le monde.

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