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Souveraineté : ne pas opposer la dimension européenne à la dimension na

Souveraineté : ne pas opposer la dimension européenne à la dimension nationale

Dans une tribune au « Monde » initiée par Hélène Gaudin et Vincent Couronne, un collectif de soixante-dix chercheurs en droit estime qu’après la décision du tribunal constitutionnel polonais remettant en cause les principes européens, rester dans l’Union pour profiter de celle-ci et lui nuire, sans considération de la volonté du peuple polonais comme des peuples des autres Etats membres, est inacceptable.

 

Tribune. 

 

Prendre en exemple la décision du tribunal constitutionnel polonais pour célébrer la remise en question de la primauté du droit de l’Union européenne sur le droit national au nom de la souveraineté n’est pas le plus heureux des choix fait par certains de nos politiques.

On ne peut se réjouir de la décision rendue par le tribunal constitutionnel polonais le 7 octobre non seulement sur la primauté de la Constitution sur les traités européens mais aussi au fond. Elle remet en effet en cause des principes européens, comme l’indépendance de la justice, que l’on pensait communs. On n’oubliera pas, au surplus, que cette décision a été rendue par des juges dont l’indépendance a été bien malmenée par le pouvoir polonais et peut être aujourd’hui contestée.

Ainsi, pour ses détracteurs, la primauté du droit européen sur le droit national porterait atteinte à la souveraineté du peuple.

Commençons par rappeler des choses, qui sont connues des Etats depuis les années 1960, et qui n’ont jamais été dissimulées aux Etats candidats et nouveaux membres, ni à leur gouvernement, ni à leur peuple.

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La primauté du droit européen affirmée par la Cour de justice des communautés européennes dès 1964 a été acceptée par tous les Etats membres au point qu’elle est dorénavant inscrite dans une déclaration annexée au traité de Lisbonne qui régit l’Union européenne : « … Les traités et le droit adopté par l’Union sur la base des traités priment le droit des Etats membres… ».

Rester ou sortir

Dès lors qu’un Etat entend ne plus respecter la primauté, il entend de ce fait indiscutablement violer le traité qu’il a ratifié, comme les principes et mécanismes que ce traité prévoit. S’il s’agit là d’un programme politique, ses partisans devraient l’assumer et demander un retrait de leur Etat de l’Union européenne selon leurs règles constitutionnelles respectives, à l’instar de la démarche démocratique du Royaume-Uni.

Trancher la question s’avère nécessaire : rester dans l’Union ou sortir de l’Union est le seul choix possible

Rappel salutaire aussi : les règles européennes ne viennent pas d’ailleurs, elles sont l’expression des choix des Etats et du Parlement européen agissant de concert, exprimant la double légitimité de l’Etat et des peuples. La primauté est donc l’assurance que la volonté des citoyens européens et des Etats sera respectée par tous.

S’appuyer sur une décision d’un juge, serait-il constitutionnel, pour revenir sur un principe démocratique, c’est aussi violer la démocratie. Trancher la question s’avère nécessaire : rester dans l’Union ou sortir de l’Union est le seul choix possible. Mais rester dans l’Union pour profiter de celle-ci et lui nuire, sans considération de la volonté du peuple polonais comme des peuples des autres Etats membres est tout simplement inacceptable.

Pour une souveraineté alimentaire qui intègre social et environnement

Pour une   souveraineté alimentaire qui intègre  social et environnement 

 

Dans son rapport intitulé « La souveraineté alimentaire : perspectives nationales, européennes et internationales », la députée Sandrine le Feur formule des recommandations pour une meilleure mise en oeuvre des politiques publiques visant à renforcer la souveraineté alimentaire. Intreview dans l’Opinion.

La crise Covid a remis sur le devant de la scène la nécessité de la souveraineté alimentaire. Vous insistez pour qu’on en revienne à la définition originelle. Quelle est-elle ?

La définition mise en avant en France ces derniers mois n’est pas celle faite par le mouvement paysan Via Campesina dans les années 1990. Celle-ci comprend trois axes : le droit à l’alimentation pour les consommateurs et le droit à la production pour les paysans, ce qui implique la rémunération correcte de leur travail ; l’accès au foncier et le droit pour les paysans de choisir leurs productions et leurs semences ; le respect des droits sociaux et environnementaux dans les échanges. Cela ne s’applique pas à la seule échelle d’un pays : ce n’est pas une vision hostile aux échanges, ce n’est pas synonyme d’autarcie. Mais il y a une notion centrale de respect des autres agricultures dans le commerce mondial.

Quel état des lieux dressez-vous de la souveraineté alimentaire et européenne ?

La crise Covid a accentué la prise de conscience et suscité une envie d’autonomie. A l’échelle d’une exploitation, une autonomie accrue, ce sont aussi des revenus meilleurs et dans ce sens, je me retrouve dans l’ambition du Plan protéines. Mais l’autonomie n’est qu’une partie de la restauration de la souveraineté alimentaire. L’autre volet, capital, c’est le respect dans les échanges, des effets sociaux et environnementaux — qui conditionne la souveraineté des autres acteurs. Et cela n’est pas pris en compte. Je pose par exemple la question : doit-on produire pour les autres ? De mon point de vue, on a voulu exporter notre modèle qui a détruit une agriculture vivrière. Les exportations subventionnées par la PAC créent des concurrences déloyales et nous devons y réfléchir.

« La première chose, selon moi, c’est de promouvoir une exception agricole et alimentaire dans les accords commerciaux internationaux, comme pour la culture »

Ce débat sur la souveraineté alimentaire porte aussi sur la main-d’œuvre…

Oui, et je le vois sur le terrain : nous peinons à trouver des bras pour le ramassages des échalotes, des pommes de terre, des tomates… Nous demandons régulièrement la régularisation de migrants qui veulent travailler dans les champs. Cela pose question : pourquoi est-il si difficile de ramener la main-d’œuvre locale vers la terre ? Est-ce que ces travaux ne sont pas assez payé au regard de leur dureté — et est-ce que les consommateurs ont conscience de ce que cela implique pour eux ? Comment revaloriser la fonction nourricière, qui est noble ?

Quels sont les pistes principales que vous explorez pour améliorer la souveraineté alimentaire ?

La première chose, selon moi, c’est de promouvoir une exception agricole et alimentaire dans les accords commerciaux internationaux, comme pour la culture. La nourriture ne doit plus servir de monnaie d’échange. La deuxième piste est d’intégrer à la rémunération des externalités positives de l’agriculture. La société et les consommateurs demandent toujours plus aux agriculteurs — respecter la biodiversité, adopter de meilleures pratiques — sans vouloir en payer le prix final lors de l’achat des produits. L’agriculture biologique, par exemple, aimerait plus d’aides de la PAC, mais l’idéal est quand même de vivre de la production. Les politiques publiques doivent faire plus en ce sens, ce n’est jamais clairement dit. Enfin, je préconise la création d’un service public universel de l’alimentation sur le modèle de la Sécurité sociale, avec le remboursement d’une liste de produits à déterminer pour orienter la consommation vers plus de vertu : locaux, bio ou pas, d’ailleurs. Mais cela doit se faire à l’échelle européenne.

Souveraineté et-ou compétitivité

Souveraineté et-ou compétitivité

La souveraineté nationale sur le plan économique est souvent réduite au seul problème des relocalisations. Certes, on comprend mal que certains produits à très faible valeur ajoutée puissent être fabriqués  à des milliers de kilomètres avec évidemment des conséquences environnementales considérables : le coût social indirect dépasse et de loin le prix du produit.

 

La relocalisation peut aussi se comprendre pour permettre de faire face dans de meilleures conditions à des situations de crise pour des produits de première nécessité  (  énergie, alimentation, santé notamment).

 

Mais on ne peut réduire la souveraineté à la seule question de la relocalisation. Le vrai problème pour la France, c’est surtout de retrouver une compétitivité dans ses exportations que pour le marché intérieur. Au regard des grands équilibres économiques.

 

la France souffre d’un manque de compétitivité d’environ  25 % par rapport à l’Allemagne. En clair par exemple, l’une des conséquences si la France devait se doter de sa propre monnaie serait une dévaluation d’autant.

 

En moyenne sur longue période de la France présente un déficit commercial- véritable baromètre de la compétitivité–d’environ 50 à 60 milliards par an, à l’inverse l’Allemagne, voisin le plus comparable, dégage un équilibre d’environ 200 milliards. Si par hypothèse très théorique on devait fermer toutes les frontières et consommer essentiellement des produits fabriqués en France, il faudrait s’attendre à une augmentation générale des prix de la consommation de 30 à 40 %. En effet il faudrait aussi financer les énormes efforts d’investissement indispensables compte tenu de l’état de désindustrialisation du pays.

 

L’enjeu de la souveraineté passe donc par un énorme effort de compétitivité. Dans l’intérêt des grands équilibres financiers mais aussi du pouvoir d’achat des Français. C’est en effet grâce à des filières d’excellence à l’exportation que la France peut encore demeurer compétitive : exemple en transport avec l’aérien ou le TGV, dans l’énergie ou l’industrie agroalimentaire.

Sondage : La souveraineté économique, oui, mais pas plus chère !

Sondage : La souveraineté économique oui mais pas plus chère !

87 % des Français approuvent  la souveraineté économique de la France mais On trouve évidemment les limites des relations des Français d’une part à la souveraineté économique d’autre part au prix des produits. Globalement, une très large majorité approuve évidemment le faite de produire davantage en France mais peu sont prêts à payer sauf s’il était avéré que les produits importés subissent aussi les mêmes charges, ce qui permettrait de lisser les différences.

Mais des différences sociales, environnementales et même sociétales difficiles à combler. Notons que l’enquête on ne pose pas la question de l’utilité sociale des produits dont certains sont évidemment utiles sinon indispensables et d’autres complètement futiles.

Beaucoup ne sont pas prêts à payer plus cher que les prix des produits aujourd’hui importés d’après  le baromètre OpinionWay réalisé dans le cadre du Printemps de l’économie.

Si une large partie de l’opinion publique est d’accord pour réindustrialiser l’Europe, seulement 4 Français sur dix sont prêts à payer plus cher pour des produits importés. Toutefois, 51% des répondants indiquent qu’ils veulent bien payer  plus cher ces produits importés pour que leur prix reflète le coût qu’il font peser sur l’environnement dans les pays où ils sont produits (émissions de carbone, pollutions, atteintes à la biodiversité). Quant à la fiscalité écologique,  51% affirment que c’est un mauvais outil. Témoin, la récente hausse des prix de l’énergie.

À noter la coupure sociologique à propos de l’intérêt de la fiscalité écologique. En effet, si 60% des catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+) pensent que la fiscalité environnementale est un instrument efficace, 40% des classes inférieures estiment que c’est un mauvais levier.(Il est vrai que les catégories socioprofessionnelles inférieures sont plus directement impactées par l’augmentation de l’énergie.

La conclusion de cette enquête c’est sans doute qu’une transition écologique ne pourra être que progressive et géré de manière partagée.

(*) Méthode : Echantillon de 1.011 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socio-professionnelle, de taille de commune et de région de résidence, secteur d’activité, taille d’entreprise. L’échantillon a été interrogé par questionnaire auto-administré en ligne les 8 et 9 septembre 2021.

Données personnelles, un enjeu de souveraineté.

Données personnelles, un enjeu de souveraineté. 

L’enjeu des données qui transitent chaque jour vers les Etats-Unis et la Chine au détriment de l’Europe est infiniment plus grand que la production de masques en tissu sur le territoire national », mettent en garde Robin Reda et Jean-François Husson  , le député de l’Essonne et le sénateur de Meurthe-et-Moselle

Tribune dans l’Opinion

Chaque jour, 80% des données émises par les Français sur les plateformes numériques, sur nos smartphones, ou par nos objets connectés sont captées par les Etats-Unis et la Chine parce que les logiciels source y sont résidents. A l’heure où le gouvernement s’interroge sur le tracking des malades infectés du Covid-19 par le biais d’une application smartphone, il y a fort à parier que les géants du web étrangers sont déjà capables d’établir une cartographie de l’épidémie en Europe à partir de nos conversations personnelles sur les réseaux sociaux, de rendez-vous médicaux conclus sur les applications médicales ou des écarts au confinement à domicile qui échappent aux autorités mais dont le trajet reste en mémoire dans les serveurs de Waze.

Si les données personnelles renseignent par définition sur un individu, elles sont surtout des données communes : ainsi le répertoire d’un téléphone portable renseigne sur les liens qu’entretient une personne avec un nombre considérable d’autres personnes. L’ensemble de ces données constitue un véritable patrimoine national. Or celui-ci ne fait l’objet d’aucun contrôle, est ouvert à tous les vents, commercialisable sans limite alors même qu’il constitue une part de nos vies privées, de nos intimités.

La crise actuelle nous invite à repenser notre souveraineté. Relocaliser la production d‘industries comme celle du médicament ou des masques en France est une nécessité. Mais celle-ci doit impérativement s’accompagner d’une nouvelle souveraineté sur nos données : une véritable souveraineté numérique. La valeur ajoutée de la quantité des données qui transitent chaque jour vers les deux grandes puissances mondiales en passe de réactiver des guerres commerciales au détriment de l’Europe est infiniment plus grande que la production de masques en tissu sur le territoire national sur fond de rhétorique industrielle martiale.

Pour maîtriser notre destin, il est temps de comprendre le basculement du monde dans l’économie de la donnée. Si ce patrimoine numérique qui renseigne sur chacun d’entre nous, n’est pas stocké et protégé en France, il continuera d’alimenter des bases de données extraterritoriales qui asphyxient définitivement tout espoir de « produire en France » en nous privant de la principale matière première d’expertise de l’industrie du futur.

Pire, sans souveraineté retrouvée, nous risquons demain la mise en confinement numérique totale. Que deviendrait l’économie sans les logiciels et sans les données fournis et actualisés chaque jour par les Etats-Unis ? Nous le savons, ce monde ne relève plus de la science-fiction. L’Europe souffrira tôt ou tard d’avoir laissé la main à de véritables cyber-empires. Notre nation s’inclinera face à des géants sans frontières et sans droit qui ont dépassé de loin la puissance des Etats.

Dans le fameux « monde d’après », stoppons l’épidémie de l’impuissance digitale. Mais mettre fin à l’hémorragie des données produites en France, en ne les transférant qu’en échange de protocoles souverainement définis, nécessitera du courage. Notre Constitution pourrait consacrer ce patrimoine national numérique, enjeu parmi d’autres dans la reconquête de notre liberté et de notre compétitivité.

Robin Reda est député de l’Essonne et vice-président de Libres. Jean-François Husson est sénateur de Meurthe-et-Moselle.

Cryptomonnaies: aussi un enjeu de souveraineté

Cryptomonnaies:  aussi un enjeu de souveraineté

Etudiées par les banques centrales, les monnaies numériques pourraient permettre de renforcer la lutte antiblanchiment, mais elles risquent aussi de bouleverser le fonctionnement du système financier. Un article de dans le Monde deMarie Charrel.

 

Les Allemands ont beau être farouchement attachés aux bons vieux billets, leur ministre des finances, Olaf Scholz, l’affirme haut et fort : « Une Europe souveraine a besoin de solutions de paiement innovantes et compétitives. » A ce titre, elle doit être aux « avant-postes sur la question des monnaies numériques de banque centrale et doit activement la faire progresser », a-t-il déclaré vendredi 16 avril.

Deux jours plutôt, la Banque centrale européenne (BCE) présentait une vaste enquête menée auprès d’un panel d’Européens, dont la plupart se disent favorables à la création d’un euro numérique. L’institution doit décider cet été si elle se lancera, ou non, dans un tel projet. La Réserve fédérale (Fed) se montre prudente, mais elle y réfléchit également avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT), tandis que, lundi 19 avril, la Banque d’Angleterre (BOE) et le Trésor britannique ont instauré un groupe de travail sur la question. Mais ce n’est rien à côté de la Chine, qui depuis un an, expérimente déjà un « e-yuan » dans quatre grandes villes.


Depuis quelques mois, la plupart des banques centrales intensifient leurs travaux sur les monnaies numériques, en s’inspirant de la technologie sur laquelle repose la cryptomonnaie bitcoin, née en 2008 : la blockchain, ou « chaîne de blocs », qui permet de crypter, répertorier et sécuriser les transactions. Le déclin des paiements en espèce, accéléré par la pandémie de Covid-19, les a convaincues de se tenir sérieusement à la page sur le sujet. Tout comme l’essor du bitcoin et de ses petits frères (Ether, Ripple, Litecoin…), ainsi que la multiplication des projets d’e-monnaies privées, comme celle de Facebook (le Diem, toujours dans les cartons).

A première vue, ces monnaies numériques de banque centrale – dites « MNBC » – ne changeront pas grand-chose au quotidien des particuliers et des entreprises, puisque la majorité des paiements sont déjà dématérialisés. La différence est pourtant fondamentale : l’essentiel des euros que nous détenons aujourd’hui sur nos comptes et livrets d’épargne sont créés par les banques commerciales, par le jeu du crédit. Les MNBC, elles, seraient l’équivalent des billets directement imprimés par les instituts monétaires. En outre, elles pourraient être détenues directement par ces derniers, sans passer par les banques. Et cela changerait beaucoup de choses.

 

Dans les pays émergents où une partie de la population ne dispose pas de compte bancaire, ces MNBC pourraient ainsi favoriser l’inclusion financière, en permettant les paiements et transferts par téléphone portable. Elles pourraient également faciliter les virements transfrontaliers et les rendre moins coûteux. Au profit, notamment, des immigrés envoyant de l’argent à leur famille dans leurs pays d’origine. Plus faciles à tracer que les billets, elles pourraient en outre simplifier la lutte contre la fraude et le blanchiment.

Economie : la reconquête de la souveraineté

 Economie : la reconquête de la souveraineté

 

En réponse à la pandémie de Covid-19, l’économiste Emmanuel Combe explique dans une tribune au « Monde » qu’il existe pour l’Europe une voie étroite pour une politique de souveraineté qui soit à la fois raisonnable et opérationnelle à court terme. L’idée est d’être le meilleur dans quelques technologies de rupture.

Tribune. 

 

A l’occasion de la crise due au Covid-19, qui a révélé notre forte dépendance vis-à-vis du reste du monde – que ce soit en termes de masques hier ou de vaccins aujourd’hui –, le mot « souveraineté » a fait son entrée dans le vocabulaire économique. Disons-le d’emblée : cette notion n’appartient pas au registre usuel de l’économiste. Elle relève plutôt du vocabulaire politique : est souverain celui qui exerce son pouvoir sur un territoire sans aucune contrainte extérieure.

Si l’on transpose cette notion telle quelle à l’économie, on aboutit à une vision que l’on peut qualifier de « souverainisme » : un pays serait économiquement souverain s’il parvient à être indépendant des autres et à produire tout lui-même. Cette vision conduit à préconiser une forme de protectionnisme généralisé ou, dans une acception moins radicale, une fermeture aux importations.

Reposant sur le « mythe du potager », cette approche mène clairement à une impasse : aucun pays ne dispose de toutes les matières premières, de toutes les compétences pour tout faire lui-même.

 

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « L’Europe a besoin d’un budget qui reconnaisse l’importance vitale de la recherche et de l’innovation » 

Qui plus est, une telle stratégie serait inefficace économiquement : elle casserait les chaînes de valeur qui permettent de tirer parti des avantages comparatifs de chaque pays et des économies d’échelle.

Interventionnisme temporaire et ciblé

Enfin, se priver d’importations à bas prix risque de handicaper ses propres exportations, qui incorporent des composants importés.

A l’opposé de cette première vision maximaliste, nous trouvons une vision minimaliste qui assimile la souveraineté à la seule richesse d’un pays : est souverain le pays qui dispose d’un fort pouvoir d’achat, lui permettant d’acheter aux autres tout ce qu’il ne produit pas lui-même. Cette vision conduit à préconiser une politique de croissance fondée sur l’ouverture à l’exportation de biens à forte valeur ajoutée, qui permettront en retour d’acheter des importations à faible valeur ajoutée.

Cette souveraineté n’exclut pas la dépendance aux autres mais se nourrit plutôt d’une forte asymétrie de taille et de richesse entre les pays. Toutefois, face à la Chine et aux Etats-Unis, une telle politique de puissance économique ne se décrète pas en un jour.

Entre ces deux visions polaires, il existe une voie étroite pour une politique de souveraineté qui soit à la fois raisonnable et opérationnelle à court terme. Elle mise sur un interventionnisme temporaire et ciblé sur quelques productions. Elle peut consister tout d’abord à combler notre retard dans certains secteurs pour rééquilibrer le pouvoir de négociation avec les autres pays, en menant une politique industrielle de rattrapage technologique.

Chine: un objectif surtout de plus grande souveraineté

Chine: un objectif surtout de plus grande souveraineté

 

Croissance, technologies, environnement: le 14e Plan quinquennal chinois suscite des déceptions dans les domaines où il était le plus attendu à l’ère post-Covid ( chronique de david Bévérez, investisseur français à Hong Kong dans l’Opinion)

 

 

 

De manière surprenante, la publication pourtant tant attendue du 14e Plan quinquennal chinois a eu droit à peu de fanfares et trompettes. Alors que l’on s’apprêtait à assister à la consécration de la Chine comme grande gagnante de la crise de la Covid, les annonces ont plutôt déçu sur les trois principales attentes des observateurs. Elles confirment en fait que la perspective d’une « Chine Prospère » est bien repoussée à l’après 2035, les quinze prochaines années passant par l’étape intermédiaire, plus douloureuse, de la construction d’une « Chine Moderne ».

D’abord, en matière de croissance, l’annonce pour 2021 d’une progression d’« au moins 6 % » reste en-deça du consensus de +8-9 %. De manière positive, il faut y voir l’influence de la très sérieuse banque centrale chinoise, la PBOC, bien décidée à siffler la fin de l’emballement de l’endettement et à promouvoir la relance principalement par les investissements productifs. En complète opposition au laxisme monétaire occidental, notamment des Etats-Unis.

En ressortent cependant les limites des velléités de rééquilibrer la croissance chinoise par l’accélération de la consommation intérieure, puisqu’on voit bien qu’en Chine, c’est la croissance du PNB qui tirera la reprise de la consommation, et non l’inverse comme en Occident. Ce d’autant plus à court terme, compte tenu du retard pris dans la vaccination de la population.

Ensuite, l’objectif affiché de souveraineté technologique prévoit, certes, une progression de +7 % par an des dépenses de R&D. Mais il manque cruellement de précisions quant aux deux talons d’Achille de la tech chinoise. D’une part, les semi-conducteurs, où les 250 milliards de dollars de gabegie cumulée, illustrée encore récemment par les déboires du projet de 18 milliards de dollars de Wuhan Hongxin Semiconductor Manufacturing, laissent toujours la Chine dépendante du reste du globe. D’autre part, l’industrie des logiciels – notamment les systèmes d’exploitation – où la Chine, avec seulement 3 % des dépenses mondiales, reste non-crédible au plan mondial.

Le gouvernement chinois gagnerait sans doute à observer en France les conséquences néfastes de la politique du «en même temps»

Mais c’est sur le plan environnemental que les déceptions se sont sans doute le plus cristallisées : pas seulement compte tenu de l’absence des mesures concrètes attendues, mais surtout par le rappel des freins internes régionaux à la révolution du mix énergétique promu par le gouvernement central. A l’image de la remise en cause par l’Agence nationale de l’énergie du remboursement des 60 milliards de dollars de subventions restées impayées aux acteurs des énergies renouvelables.

De manière plus structurante, ces contradictions renvoient ouvertement à l’opposition qui fait actuellement rage à Pékin entre deux camps : d’une part, les partisans du renfermement de la Chine sur elle-même, forte de sa maitrise de la Covid, de sa consommation intérieure et de sa volonté d’en découdre avec Taiwan rapidement ; de l’autre, ceux favorables au contraire à la prolongation de l’ouverture vers l’extérieur, soulignant notamment les faiblesses chinoises dans les différents secteurs identifiés dans le récent « Accord global sur les investissements » avec l’Europe : services financiers, santé, logiciels du cloud, intelligence environnementale…

Le gouvernement chinois gagnerait sans doute à observer en France les conséquences néfastes de la politique du « en même temps », pour éviter que la « circulation duale » ne mène en réalité qu’au seul dangereux repli sur soi-même.

David Baverez est investisseur, installé à Hong Kong depuis 2011. Il est l’auteur de Paris-Pékin Express (Editions François Bourin, 2017).

Bitcoin: la souveraineté des Etats en cause

Bitcoin: la souveraineté des Etats en cause

 

 

André Loesekrug-Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI), la Darpa européenne, décrypte dans le JDD les enjeux de légitimé et d’autonomie d’action des Etats derrière le bitcoin et les cryptomonnaies.

 

 

 Tribune :  »En achetant pour 1,5 milliard de dollars de bitcoins, Tesla ne rehausse pas seulement le crédit des cryptomonnaies : elle légitime la désintermédiation des transferts financiers et, au-delà, une logique post-nationale qui mine la capacité d’action des États sur les leviers fondamentaux de leur souveraineté.

Elon Musk s’inscrit dans l’histoire longue de l’ »idéologie californienne », fondée sur le solutionnisme technologique, l’aversion pour l’intervention des Etats dans la sphère économique et privée, tout en vivant en grande partie des subsides de l’Etat fédéral – les contrats passés par Tesla avec la Nasa en témoignent.

Pour autant, est-ce à dire que le bitcoin, en lui-même, est un instrument d’abrasion de l’autorité des Etats, censés être les seuls acteurs légitimes pour battre monnaie? La question appelle une réponse nuancée. Dans les faits, nombre d’Etats n’ont pas ce monopole. L’Europe s’est construite, avec le traité de Maastricht, sur la délégation de cette fonction régalienne à la Banque centrale européenne, qui partage cette prérogative avec les banques privées, dès qu’elles concèdent, par exemple, un prêt à une entreprise ou que la BCE leur rachète des bons du Trésor.

La technologie qui sous-tend le bitcoin, la blockchain, lance effectivement un défi à l’autorité politique des Etats

Reste que la technologie qui sous-tend le bitcoin, la blockchain, lance effectivement un défi à l’autorité politique des Etats. Certaines initiatives affichent clairement leur ambition de les dépasser. C’est le cas, par exemple, de Bitnation. Cette start-up, animée par des « hacktivistes » (activistes hackers) libertariens, se présente comme une plateforme de gouvernance collaborative et open source, fondée sur un idéal techniciste d’autorégulation opposé au modèle de l’Etat-nation.

Au total, faut-il interdire le bitcoin, les cryptomonnaies et, finalement, toutes les initiatives fondées sur la technologie blockchain? Non, bien entendu. En revanche, le fait que des acteurs dotés d’une telle force de frappe financière, comme Tesla, prennent une part active dans le développement de ces outils doit attirer l’attention des décideurs publics, à l’heure où les technologies émergentes entament plus que jamais la légitimité et l’autonomie d’action des Etats.

Bitcoin: la souveraineté des Etats en cause

Bitcoin: la souveraineté des Etats en cause

 

 

André Loesekrug-Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI), la Darpa européenne, décrypte dans le JDD les enjeux de légitimé et d’autonomie d’action des Etats derrière le bitcoin et les cryptomonnaies.

 

 

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Elon Musk s’inscrit dans l’histoire longue de l’ »idéologie californienne », fondée sur le solutionnisme technologique, l’aversion pour l’intervention des Etats dans la sphère économique et privée, tout en vivant en grande partie des subsides de l’Etat fédéral – les contrats passés par Tesla avec la Nasa en témoignent.

Pour autant, est-ce à dire que le bitcoin, en lui-même, est un instrument d’abrasion de l’autorité des Etats, censés être les seuls acteurs légitimes pour battre monnaie? La question appelle une réponse nuancée. Dans les faits, nombre d’Etats n’ont pas ce monopole. L’Europe s’est construite, avec le traité de Maastricht, sur la délégation de cette fonction régalienne à la Banque centrale européenne, qui partage cette prérogative avec les banques privées, dès qu’elles concèdent, par exemple, un prêt à une entreprise ou que la BCE leur rachète des bons du Trésor.

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Reste que la technologie qui sous-tend le bitcoin, la blockchain, lance effectivement un défi à l’autorité politique des Etats. Certaines initiatives affichent clairement leur ambition de les dépasser. C’est le cas, par exemple, de Bitnation. Cette start-up, animée par des « hacktivistes » (activistes hackers) libertariens, se présente comme une plateforme de gouvernance collaborative et open source, fondée sur un idéal techniciste d’autorégulation opposé au modèle de l’Etat-nation.

Au total, faut-il interdire le bitcoin, les cryptomonnaies et, finalement, toutes les initiatives fondées sur la technologie blockchain? Non, bien entendu. En revanche, le fait que des acteurs dotés d’une telle force de frappe financière, comme Tesla, prennent une part active dans le développement de ces outils doit attirer l’attention des décideurs publics, à l’heure où les technologies émergentes entament plus que jamais la légitimité et l’autonomie d’action des Etats.

La souveraineté des Etats menacés par les GAFA

La souveraineté des Etats menacés par les GAFA 

 

Pascal Boniface, directeur de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) explique en quoi la souveraineté des Etats est clairement menacée par les GAFA

Pascal Boniface qui vient de publier une Géopolitique de l’intelligence artificielle (Editions Eyrolles, 2021).

Vous avez toujours été sceptique face aux thèses décrivant l’obsolescence de l’Etat dans les relations internationales. Vous semblez pris d’un doute, face à l’émergence des géants du numérique, estimant qu’ils pourraient être « la menace la plus sérieuse n’ayant jamais existé » pour les Etats. Expliquez-nous.

Je n’ai en effet jamais été sensible aux thèses sur l’obsolescence inéluctable des Etats, thèses selon lesquelles ils seraient condamnés à rejoindre le rouet et la hache de pierre au musée de l’histoire du fait de la globalisation. Certes, les Etats n’ont plus, depuis longtemps d’ailleurs, le monopole de l’action internationale, mais ils restent les acteurs pivots de la scène internationale. On a d’ailleurs bien vu avec la crise de la Covid-19 que les thèses sur la fin des territoires ou des frontières étaient pour le moins battues en brèche. C’est vers l’Etat que chacun s’est retourné pour obtenir une aide, une solution, une perspective. Les Etats sont bousculés par la multiplication de nouveaux acteurs internationaux, mais ils restent solidement au gouvernail du navire planétaire.

Mais en effet, les Gafam – ou plus largement les entreprises digitales – représentent une menace pour la pérennité des Etats plus conséquente que celles auxquelles ils ont été confrontés dans le passé. En termes de population, de puissance économique, de services quotidiens rendus, et même de fonctions régaliennes, ces géants sont en train d’empiéter sur le domaine des Etats. La fortune personnelle du patron d’Amazon, Jeff Bezos, le met au niveau du PIB du Qatar ; Bill Gates, lui, peut se comparer au Koweït et Elon Musk à la Nouvelle-Zélande. Et ils ont bâti leurs empires en un temps record, la quasi-totalité de leurs entreprises ayant été créées au cours du siècle. Rien qu’en 2020, la fortune de Jeff Bezos s’est accrue de 80 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB de l’Ethiopie ou d’Oman. C’est faramineux ! Facebook, avec WhatsApp et Instagram, a plus d’usagers que l’Inde et la Chine n’ont de populations réunies. On voit que la Nasa doit recourir aux services de SpaceX et Elon Musk veut coloniser Mars ; Bill Gates s’est substitué aux Etats-Unis de Donald Trump pour financer l’OMS et Mark Zuckerberg a songé à créer sa propre monnaie. Bref, les géants du digital veulent occuper des fonctions régaliennes.

Comment avez-vous réagi à la censure de Donald Trump par Twitter ?

Avec des sentiments mêlés. Le fait de l’empêcher de mentir et d’hystériser le débat public aux Etats-Unis est bien sûr une bonne chose. La protection absolue de la liberté d’expression aux Etats-Unis ne permet pas d’élever les barrières qui existent en France et en Europe sur l’usage abusif des réseaux sociaux permettant la condamnation de propos diffamatoires ou racistes. Cependant, j’ai toujours un problème avec la censure et je crois – peut-être naïvement – que sur le long terme, la contre-argumentation est toujours plus efficace que la censure. A terme, celle-ci vient nourrir le complotisme qu’elle veut combattre. D’ailleurs, la décision de Twitter a permis à Donald Trump de se présenter en victime de la censure et contribue à radicaliser une frange de ses partisans. Il y a d’ailleurs un paradoxe : Twitter est une compagnie privée qui a ses propres règles et qui est sur ce point libre ou non d’accepter quelqu’un, de même que tout média est libre ou non de donner la parole. Aucune télé ou aucun journal en France ou ailleurs n’est tenu d’inviter tout le monde et a le droit de sélectionner ceux à qui elle donne la parole. Twitter a pris une telle importance que l’on a réagi comme s’il s’agissait d’un service public auquel chacun avait droit !

Les Gafam pourraient-ils vraiment « rendre obsolètes » les Etats en fournissant des services indispensables de manière plus efficace que l’Etat, par exemple dans le cadre de la crise sanitaire actuelle ?

Les empires digitaux ont des capacités de réactivité, de mobilisation, de moyens sans commune mesure avec les procédures étatiques qui restent par comparaison plus lourdes. Ceci étant, c’est quand même l’Etat qui doit définir l’intérêt public alors que ces sociétés ont, ne l’oublions pas, comme but premier la recherche du profit. En tant que tel, ce n’est pas répréhensible, mais il faut bien voir qu’une régulation est nécessaire. Les questions de santé publique doivent demeurer définies par les pouvoirs régaliens quitte à ce que les opérateurs privés y jouent un rôle. Il peut y avoir une coopération, mais la décision doit rester au niveau national, il ne faut pas inverser les priorités. Je pense que les Gafam apportent des services essentiels. Ils sont devenus indispensables. Ils doivent cependant rester à notre service, pas nous diriger.

Ces groupes empiètent déjà sur le domaine régalien, dans l’espace, la santé ou la monnaie. Peut-on imaginer qu’un jour, ils investissent dans la sécurité, voire la défense ?

Le scénario extrême, c’est que ces grandes fortunes s’établissent dans des zones hors de la souveraineté des Etats – et les projets existent déjà – en créant des îles artificielles dans le Pacifique ou pourquoi pas en allant sur Mars, et échappent ainsi encore plus qu’elles ne le font à l’impôt. Ces milliardaires pourraient s’offrir une sécurité privée pour échapper à la colère de tous ceux qui, privés d’emploi par les progrès technologiques, et d’assistance par l’appauvrissement des Etats, voudraient exprimer leur ressentiment à leur égard. Par ailleurs, le phénomène de société militaire privée n’est pas nouveau. Et on peut tout à fait imaginer que, forts de leurs technologies, y compris pour ce qui concerne l’intelligence artificielle adaptée au secteur de l’armement, les géants du digital créent des armées privées en proposant de façon commerciale leur service aux Etats.

Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’émergence de géants du numérique en Europe, contrairement aux Etats-Unis et à la Chine ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La première c’est qu’aussi bien en Chine qu’aux Etats-Unis, l’Etat et notamment par le biais du complexe militaro-industriel, via la Darpa aux Etats-Unis, a fortement aidé les entreprises numériques à innover en leur fournissant des crédits plantureux et en fermant les yeux, aux Etats-Unis sur l’évasion fiscale, en Chine sur l’enrichissement personnel de leurs patrons. En 2002, les Européens avaient décidé au Sommet de Lisbonne de développer les autoroutes de l’information. On est ensuite passé à autre chose et rien n’a été fait.

Pourtant, le marché intérieur européen est tout à fait comparable et même supérieur, en termes de pouvoir d’achat disponible, au marché chinois ou américain. Nos scientifiques sont excellents, mais ce qui est dramatique, c’est qu’il y a un phénomène massif de brain drain au profit des géants du numérique américains, et désormais chinois, par le biais des filiales qu’ils créent en Europe. Mais l’Europe a longtemps privilégié les consommateurs sur les producteurs et a plutôt empêché la constitution de géants européens au nom de la protection de la libre concurrence. Résultat : ce sont les géants américains qui se sont imposés en Europe.

Fort heureusement, il y a un réveil et la nouvelle Commission semble bien déterminée à faire front contre les Gafam et à organiser le rattrapage du retard en matière d’intelligence artificielle. Pour les données personnelles, on ne rattrapera pas nos concurrents chinois ou américains. L’Europe fait cependant office d’exemple s’agissant de la protection des données des utilisateurs. Pour les données industrielles, la partie reste ouverte.

Vous décrivez des systèmes fiscaux « pris en défaut » par les Gafam avec, dans l’UE, une évasion fiscale annuelle de l’ordre du plan de relance. Que peuvent faire les Européens et le gouvernement français pour y remédier ?

Le problème est que l’Union européenne accepte d’avoir en son sein des paradis fiscaux. Lors de la crise de 2008, il a été irresponsable de ne pas faire dépendre de l’aide accordée à l’Irlande d’une modification de son système fiscal pour qu’il soit plus compatible avec le reste des pays européens. Lorsqu’Apple a été condamné à 13 milliards d’euros d’amendes pour avoir opéré une évasion fiscale à partir de l’Irlande, Dublin s’est battu pour ne pas toucher cette somme. C’est hallucinant. Je pense que la nouvelle Commission se veut plus offensive. Elle veut affirmer son rôle géopolitique, il y a là pour elle un chantier essentiel.

Quelle souveraineté économique ?

Quelle souveraineté économique ?

L’affaire Carrefour-Couche-Tard risque de réveiller les démons du populisme ainsi que ceux du simplisme et du nationalisme économiques, écrivent, dans une tribune au « Monde, les économistes Emmanuel Combe et Sarah Guillou. Mais selon eux, en matière d’économie, la souveraineté ne consiste pas au repli sur soi.

Tribune. L’affaire Carrefour-Couche-Tard illustre les ambiguïtés d’une politique de souveraineté économique dont la doctrine et les contours n’ont jamais été clairement explicités. Ce faisant, elles l’exposent à plusieurs démons.

Le premier d’entre eux, c’est le démon du populisme. La souveraineté économique est actuellement très en vogue dans l’opinion, surtout lorsqu’on agite le spectre d’une hypothétique menace sur notre « sécurité alimentaire ». Elle rassure l’électeur, en mal de certitudes sur la provenance des biens qu’il consomme. Mais elle le conforte également dans l’idée trop simple selon laquelle la mondialisation serait la cause première de tous nos maux, en étant d’abord source de dépendance et de contraintes.

La pandémie de Covid-19 a été à cet égard propice à l’usage politique de cette notion, en ravivant un discours sur notre dépendance envers certains produits « essentiels ». Nombre de Français ont en effet conclu que la pénurie observée de masques ou de respirateurs résultait de l’absence de production sur le territoire national, ce qui est erroné. En réalité, la pénurie vient principalement d’un défaut d’ajustement de l’offre mondiale à la demande ; elle ne résulte pas de la localisation de la production, ni de la distance entre les lieux de consommation et de production, ni encore de ce que le propriétaire de l’entreprise soit français ou non.

Le « mythe du potager »

Le second démon, c’est celui du simplisme économique. Le risque est ici de réhabiliter les vieilles thèses sur les vertus supposées de l’autarcie et du mercantilisme. L’autarcie repose sur le « mythe du potager » selon lequel tout produire chez soi rendrait indépendant. Paradoxalement, non : si vous faites tout vous-même, vous ne pouvez plus compter que sur vous-même, ce qui peut être problématique si le pays connaît un choc. Diversifier ses approvisionnements à l’étranger peut être un choix plus sécurisant.


Par ailleurs, tout faire soi-même est impossible aujourd’hui et entraînerait un coût exorbitant pour le pays. Quant au mercantilisme, qui stigmatise les importations, il repose sur un contresens économique majeur. Importer n’est pas en soi un problème et présente même de multiples avantages : cela permet par exemple de tirer parti des chaînes de valeur mondiales. De même, importer conditionne directement les performances à l’exportation de nos entreprises. Acheter à l’étranger permet enfin d’exercer le privilège de l’acheteur, c’est-à-dire celui de pouvoir choisir ses fournisseurs.

Carrefour soldé à 20 milliards met en cause la souveraineté nationale

Carrefour soldé à 20 milliards met en cause la souveraineté nationale

 

La question de la fusion de Carrefour avec un groupe canadien n’est pas simplement qu’une opération financière, elle met aussi en cause la souveraineté du pays en matière de stratégie alimentaire. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a donc déclaré à Reuters que le gouvernement voulait préserver la sécurité alimentaire et la souveraineté du pays.

«Le rachat de Carrefour par une entreprise étrangère serait une difficulté majeure pour nous tous», a déclaré Le Maire dans une interview à la conférence Reuters Next.

«La sécurité alimentaire est au cœur des défis stratégiques de tous les pays développés», a-t-il déclaré.

Le ministre de l’Économie de la province canadienne du Québec, où Couche-Tard est basé, a parlé des avantages de la transaction telle qu’elle se présentait sur des bases incertaines.

Avec d’autres détaillants, Carrefour, avec environ un cinquième du marché de l’épicerie en France, a joué un rôle majeur pour assurer un approvisionnement alimentaire régulier lors de la pandémie de COVID-19.

Mais l’offre de 20 euros par action de l’opérateur de supérette Alimentation Couche-Tard pour Carrefour – le plus grand distributeur d’Europe continentale – soulève également d’autres considérations politiques, le groupe étant l’un des plus gros employeurs de France.

Les actions de Carrefour ont chuté de 2,5% jeudi alors que le gouvernement français a souligné son opposition à un accord, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, se disant également contre.

Les actions de Couche-Tard ont reculé de 2,7%, ajoutant à la baisse de 10% de mercredi.

Le pays a depuis resserré les règles des OPA pour protéger les entreprises françaises jugées stratégiques, notamment sous la présidence d’Emmanuel Macron, qui devra faire face à une élection présidentielle en 2022.

Pendant la pandémie, Macron a intensifié ses appels à la protection de la souveraineté française dans des domaines tels que la santé et l’industrie, bien que l’ancien banquier d’investissement ait tenté de trouver un équilibre avec une approche favorable aux entreprises.

Couche-Tard a fait une offre sans engagement mercredi pour le groupe d’épicerie français, en grande partie en espèces.

Hydrogène : un enjeu de souveraineté énergétique

Hydrogène : un enjeu de souveraineté énergétique

 

AGNES PANNIER-RUNACHER , secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie, considère que l’hydrogène est un enjeu de souveraineté énergétique et que la France est bien placée pour exploiter cette filière. (Interview dans la Tribune)

 

Presque deux ans et demi après le lancement du plan Hulot doté de 100 millions d’euros, pourquoi avoir attendu le plan de relance pour débloquer 7 milliards d’euros et faire émerger une filière de l’hydrogène vert ?

AGNES PANNIER-RUNACHER: L’hydrogène constitue à la fois un enjeu de souveraineté technologique et d’indépendance énergétique, de même qu’il est une brique indispensable à la transition énergétique. Il est un must-have, si j’ose dire, en termes de mobilité – trains, avions, bateaux, engins de travaux publics, machines agricoles – et en matière de décarbonation de l’industrie.

C’est pour cela que l’hydrogène a été identifié dans le plan Hulot et a été un axe important de travail dans la préparation du Pacte productif piloté par Bruno Le Maire et qui, rappelez-vous, devait être présenté en avril 2020. C’est pourquoi cette brique s’est naturellement retrouvée intégrée au plan de relance. Le Conseil de l’innovation l’a en outre mis en avant comme un marché clé sur lequel la France devait rapidement se positionner, et l’Europe en a fait un de ses chantiers de valeurs stratégiques.

Il n’empêche qu’aujourd’hui 95% de l’hydrogène produit dans le monde est gris. Comment allez-vous vous assurer que « le vôtre » sera bien vert ?

A. P-R : L’hydrogène décarboné repose sur l’eau et sur l’électricité issue des énergies renouvelables, mais aussi du nucléaire. Pour nous approcher de la neutralité carbone et lutter contre les gaz à effet de serre, nous devons mobiliser toutes les sources d’énergie qui présentent un bilan carbone meilleur que celui des hydrocarbures.

Sachant que l’hydrogène décarboné est pour l’instant trois à quatre  fois plus cher à produire que l’hydrogène gris (de 4,5 voire 6 euros le kilo contre 1,5 euro) nous apportons un soutien public et investissons dans la R&D pour développer des solutions compétitives. Il s’agit également de favoriser la montée en volume pour amortir les coûts grâce aux économies d’échelle.

C’est toute la philosophie du plan de relance présenté par le gouvernement, tout en développant une brique technologique s’appuyant sur l’existant. Pour ne citer qu’eux, McPhy fabrique des électrolyseurs ; Faurecia des réservoirs ; Safra, Iveco, PSA, Michelin des équipements et véhicules ; sans compter les multiples start-up françaises. Mais cet écosystème n’est pas encore suffisamment solidifié pour constituer une offre puissante et jouer à l’échelle européenne et internationale.

Macron pour la souveraineté irakienne !

Macron pour la souveraineté irakienne !

 

On peut légitimement s’interroger sur l’intérêt d’une visite de Macron en Irak dont  le pouvoir est très contesté par la rue et qui est travaillé par de nombreuses influences étrangères notamment l’Iran largement présente. Les milices chiites sont en effet très nombreuse et pèse lourdement sur le gouvernement. L’Irak est le terrain de lutte notamment entre les États-Unis et l’Iran. Par ailleurs,  le pays n’est pas encore complètement débarrassé du terrorisme de Daesh, il doit aussi affronter les velléités d’indépendance des kurdes.  Il est clair que la France ne dispose pas des moyens pour remplacer un jour le États-Unis mais que c’est sans doute seulement pour elle l’occasion de manifester qu’elle existe un peu dans cette zone si tourmentée. Ce que souligne Macron

. « Bagdad est confronté au défi des ingérences extérieures multiples, qu’elles viennent de plusieurs années ou soient plus récentes», a précisé le président français, sans citer de nom de pays.

 «Nous ne voulons pas être un espace de confrontation, mais de stabilité et de modération», a affirmé le premier ministre al-Kazimi, en souhaitant que la France et l’Europe jouent un rôle plus important «pour le rétablissement de la stabilité dans la région». Macron devait discuter avec les dirigeants irakiens du lancement, «en lien avec les Nations unies, d’une initiative pour accompagner une démarche de souveraineté» de l’Irak, dont les contours restent encore flous.

Comme au Liban, où Paris pousse les autorités à observer «une neutralité» vis-à-vis du conflit syrien, la France encourage Bagdad à «se dissocier de son voisinage», avait déjà affirmé le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors de sa dernière visite en juillet. Allusion à l’influence importante de la république islamique d’Iran en Irak. Mais la politique de pression maximale exercée par les États-Unis sur Téhéran et ses alliés régionaux – le Hezbollah au Liban, et certaines milices chiites irakiennes – ne facilite pas la tâche de Bagdad, déjà confronté à la chute des cours du pétrole et à une épidémie de Covid-19 qui fait des ravages.

 

 

Pour une souveraineté numérique contre les Gafam

Pour une souveraineté numérique contre les Gafam

 

Un article intéressant de Thomas Fauré dans l’Opinion qui réhabilite le concept de souveraineté et la nécessité d’un instrument de prospective.

« Il y a un mois, Emmanuel Macron commémorait les quatre-vingts ans de l’appel du 18 juin 1940. Ce jour-là, le général de Gaulle était seul : sans homme, sans arme, sans argent. Cinq ans plus tard, la France siégeait à la table des vainqueurs.

Aujourd’hui, colonisés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), nous sommes abasourdis. Confortablement installés au cœur de nos sociétés, de nos économies et de nos Etats, ils s’apparentent plus à de soft-occupants, non-violents, pacifiques, bienveillants. En un mot, désarmants. Cependant, nous n’avons pas le choix. Si nous voulons assurer notre souveraineté numérique, nous devons nous battre. Car il n’y a de batailles perdues que celles qui ne sont pas livrées.

Regardons, froidement, c’est-à-dire avec lucidité, qui sont les GAFAM : des empires d’un nouveau genre, concurrents des Etats. Quoi que sans terre, ils sont présents dans le monde entier où ils possèdent les mines d’« or blanc » des données numériques, richesses du XXIsiècle ; ils disposent d’un statut de puissance politique (Facebook se revendique comme le troisième pays de la planète et le Danemark a accrédité un ambassadeur auprès des GAFAM) ; ils font la police sur leurs réseaux et leurs services après en avoir, plus ou moins, codéfini les règles d’usage avec les Etats ; ils n’ont pas besoin d’armée parce que leurs clients sont autant d’alliés ; ils ne sont pas endettés et ils battront bientôt monnaie (le Libra de Facebook ayant été une première tentative). Cerise sur le gâteau : la pandémie de la Covid-19 et le confinement ont renforcé leur domination par le télétravail et la numérisation des économies.

Situation quasi-monopolistique. Dans les faits, les GAFAM, surpuissants, sont devenus hégémoniques et autocratiques. Ils n’ont pas à se soumettre au suffrage des électeurs. Jouissant de situation quasi-monopolistique, ils étendent leurs services à tous les secteurs économiques, notamment la santé, en fonction de leurs seuls intérêts, sans avoir besoin d’en référer à quiconque (parfois aux actionnaires). Et plus ils se diversifient, plus ils se développent, plus ils sont dominants et moins il est facile de les contrôler. Prédateurs, ils rachètent la plupart des applications les menaçant. Dotés de trésoreries pléthoriques, Ils ont intégré dans leur business model de violer les lois territoriales sans crainte de payer des amendes astronomiques. Optimisant les législations fiscales, ils s’exemptent de payer les impôts dus localement, affaiblissant les Etats. Jouant avec les règles, ils proposent souvent la « gratuité » de leurs services, tant aux Etats qu’aux entreprises et aux particuliers. La libre concurrence ainsi faussée, leurs concurrents, notamment européens, ne peuvent plus se battre à armes légales. Enfin, bras « séculier » des Etats-Unis, ils respecteront le Cloud Act permettant à la justice américaine d’accéder aux données stockées sur les serveurs de toutes les sociétés américaines, quel que soit le lieu où elles sont stockées.

Ainsi, les GAFAM sont désormais souverains chez eux, dans le monde entier, c’est-à-dire chez nous. Il est donc urgent de réagir. Parce que notre souveraineté ne peut pas être partielle ; elle est ou elle n’est pas.

La crise de la Covid nous a montré les risques à dépendre de la Chine pour les masques et les médicaments. Qu’en sera-t-il demain de nos données numériques ? Nous n’osons pas l’imaginer. Comment s’assurer que l’administration américaine ne bloquera pas un jour les échanges numériques ? Cela est impossible. Nous n’avons donc pas le choix : si nous voulons rester un peuple libre, nous devons nous donner les moyens de rester indépendant. Nous devons bâtir notre souveraineté numérique, au même titre que nos souverainetés industrielles et militaires. C’est ce que fit le général de Gaulle avec la bombe nucléaire en revenant au pouvoir en 1958. Clé de voûte de la stratégie de défense de la France, « aujourd’hui comme hier, elle garantit notre indépendance, notre liberté d’appréciation, de décision et d’action », a déclaré Emmanuel Macron le 20 février.

A cet égard, soupçonner de « moindre efficacité sanitaire » les performances des entreprises françaises ou européennes, c’est leur faire un procès d’intention. La déclaration de la directrice du Health Data Hub, Stéphanie Combes, est à cet égard maladroite : « Aujourd’hui, on considère que l’on n’a pas d’expert français qui sache répondre à nos problématiques. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sauront pas le faire dans six mois, un an ». Même si, malheureusement, c’est faire injure aux qualités de nos entreprises, au pire, qu’est-ce qu’attendre une année compte tenu de l’enjeu de souveraineté ? Rien.

Aussi, nous comprenons Octave Klaba, président d’OVHcloud, qui a twitté : « C’est la peur de faire confiance aux acteurs français de l’écosystème qui motive ce type de décision. La solution existe toujours. Le lobbying de la religion Microsoft arrive à faire croire le contraire. »

Ce qu’il faut faire : construire notre indépendance avec un nouvel Etat stratège

Le retard pris sur les GAFAM est-il irrattrapable ? Sommes-nous condamnés à être colonisés ? Nous ne le pensons pas. Il n’existe pas de fatalité en politique.

Souvenons-nous que le jour de l’appel du 18 juin, le général de Gaulle ne disposait pas d’un territoire. Pourtant, avec le temps, il fit resurgir une « France libre ». Ne baissons donc pas les bras et ne nous laissons pas endormir

Autorités obsolètes. Longtemps, l’Etat français a eu un outil au service des intérêts des Français : le Commissariat général au plan. Créé par le général de Gaulle en 1946, c’est, notamment, grâce à lui que notre économie a été irriguée d’investissements publics féconds dans tous les secteurs, agriculture, industrie et services. Nos industries des télécoms et du numérique en sont les héritiers directs : ce fut le plan calcul (1966) et le plan télécoms (1975). Depuis, jugé obsolète, le commissariat a disparu pour laisser la place à France Stratégie dont dépend la Commission nationale numérique. Malheureusement, ni l’un ni l’autre, n’ont les moyens et l’autorité pour être une véritable force de frappe.

Par ailleurs, au niveau européen, la France et ses partenaires ont de puissants atouts pour réussir à reconquérir leur souveraineté numérique, à commencer par leurs 512 millions de citoyens-internautes, vitaux pour les GAFAM. A l’aune du changement de paradigme, conséquence de la pandémie de la Covid, les gouvernements ne sont pas démunis et peuvent agir immédiatement en consacrant une partie du plan de relance européen de 1000 milliards d’euros aux entreprises numériques. Parallèlement, ils peuvent voter une fiscalité favorable aux investissements dans le numérique souverain et modifier le Code des marchés publics au profit des entreprises européennes – une règle que les Etats appliquent presque partout dans le monde. Pourquoi pas nous ?

Souvenons-nous que le jour de l’appel du 18 juin, le général de Gaulle ne disposait pas d’un territoire. Pourtant, avec le temps, il fit resurgir une « France libre ». Ne baissons donc pas les bras et ne nous laissons pas endormir. Nous savons que le loup est dans la bergerie, alors mettons tout en œuvre pour l’empêcher de nous dévorer. Pour ça, nous avons des armes, des savoir-faire et de la volonté. C’est ce qu’a fait Cédric O avec l’application StopCovid. A cet égard, il a montré que le développement « made in France » est possible, que quand l’Etat veut, il peut. C’est également ce que le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, déclarait le 31 mars : « Le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant. Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne ». Les entrepreneurs du numérique sont prêts à les prendre au mot. C’est ce qu’Octave Klaba écrivait à la fin de son tweet déplorant la décision du Health Data Hub : « C’est un combat. On va continuer et un jour on gagnera». Ce jour, c’est maintenant. Pour une souveraineté numérique pleine et entière.

« Souveraineté numérique , enjeu de liberté »

« Souveraineté numérique , enjeu de liberté  »

Face aux géants américains et chinois, la France et l’Europe doivent à la fois innover dans les technologies critiques et protéger les consommateurs et les citoyens, explique le haut fonctionnaire, Thomas Courbe, Directeur général des entreprises ( qui dépend du ministère de l’économie)  dans une tribune au « Monde ».U article intéressant mais qui fait un peu l’impasse qui relève de la souveraineté nationale et ce qui dépend de la souveraineté européenne. De ce point de vue, la récente décision du tribunal et 14 milliards de fiscalités que doit Apple ( avec la complicité de l’Irlande ) permet de s’interroger sur le champ géographique des enjeux de liberté.

 

Tribune.

 

«  La position dominante des géants américains du Web et de leurs concurrents chinois représente un véritable défi pour la France et l’Union européenne. La bataille pour la maîtrise des « technologies clés », illustrée par les tensions sino-américaines, est également décisive. Face à ces enjeux, la souveraineté numérique sera la condition essentielle de notre liberté et de la transformation réussie de notre économie.

Il ne s’agit pas de remettre en cause les liens d’interdépendance nés de la mondialisation, mais bien d’en infléchir les modalités. Les pouvoirs publics agissent en ce sens, guidés par une doctrine simple : maîtriser à la fois les technologies critiques et les règles applicables à l’environnement numérique pour préserver notre indépendance. Par exemple, la nouvelle génération de réseaux de téléphonie mobile (5G) permettra des usages nouveaux, à forte valeur économique, tels que le véhicule autonome ou l’usine connectée, mais engendrera également des risques nouveaux : la loi sur la sécurité des réseaux mobiles, promulguée le 1er août, va ainsi assurer que l’ensemble des équipementiers de téléphonie mobile pour la 5G réponde à nos préoccupations en matière de sécurité.

Maîtriser les technologies critiques, c’est assurer la robustesse de notre environnement numérique, en France et en Europe.

De manière offensive, la France soutient la croissance des secteurs innovants, spécialement à travers ses stratégies pour l’intelligence artificielle et la Blockchain. La mise en place récente d’un « projet important d’intérêt européen commun » dans le domaine de la microélectronique illustre aussi cette ambition. Ce projet crucial pour le développement industriel du futur mobilisera près de 2 milliards d’euros de soutien public et devrait générer 6 milliards d’euros supplémentaires d’investissements privés. Une coopération renforcée avec nos partenaires européens et des investissements publics et privés importants doivent nous permettre, à terme, de concevoir et produire nous-mêmes des technologies sûres et performantes.

Sur un plan défensif, les enjeux liés à notre autonomie stratégique en matière technologique et à la cybersécurité doivent être au cœur de nos réflexions. Les effets du Cloud Act américain de 2018, qui clarifie – et facilite – l’accès des autorités américaines aux données hébergées en dehors des Etats-Unis, sont particulièrement surveillés par les services de l’Etat. Des travaux sont en cours avec le secteur industriel afin d’ajuster les leviers technologiques et juridiques nécessaires à la protection de nos informations stratégiques, notamment en encourageant le développement d’offres de cloud de confiance.«

« Souveraineté numérique et liberté »

« Souveraineté numérique et liberté »

Face aux géants américains et chinois, la France et l’Europe doivent à la fois innover dans les technologies critiques et protéger les consommateurs et les citoyens, explique le haut fonctionnaire, Thomas Courbe, Directeur général des entreprises ( qui dépend du ministère de l’économie)  dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

«  La position dominante des géants américains du Web et de leurs concurrents chinois représente un véritable défi pour la France et l’Union européenne. La bataille pour la maîtrise des « technologies clés », illustrée par les tensions sino-américaines, est également décisive. Face à ces enjeux, la souveraineté numérique sera la condition essentielle de notre liberté et de la transformation réussie de notre économie.

Il ne s’agit pas de remettre en cause les liens d’interdépendance nés de la mondialisation, mais bien d’en infléchir les modalités. Les pouvoirs publics agissent en ce sens, guidés par une doctrine simple : maîtriser à la fois les technologies critiques et les règles applicables à l’environnement numérique pour préserver notre indépendance. Par exemple, la nouvelle génération de réseaux de téléphonie mobile (5G) permettra des usages nouveaux, à forte valeur économique, tels que le véhicule autonome ou l’usine connectée, mais engendrera également des risques nouveaux : la loi sur la sécurité des réseaux mobiles, promulguée le 1er août, va ainsi assurer que l’ensemble des équipementiers de téléphonie mobile pour la 5G réponde à nos préoccupations en matière de sécurité.

Maîtriser les technologies critiques, c’est assurer la robustesse de notre environnement numérique, en France et en Europe.

De manière offensive, la France soutient la croissance des secteurs innovants, spécialement à travers ses stratégies pour l’intelligence artificielle et la blockchain. La mise en place récente d’un « projet important d’intérêt européen commun » dans le domaine de la microélectronique illustre aussi cette ambition. Ce projet crucial pour le développement industriel du futur mobilisera près de 2 milliards d’euros de soutien public et devrait générer 6 milliards d’euros supplémentaires d’investissements privés. Une coopération renforcée avec nos partenaires européens et des investissements publics et privés importants doivent nous permettre, à terme, de concevoir et produire nous-mêmes des technologies sûres et performantes.

Sur un plan défensif, les enjeux liés à notre autonomie stratégique en matière technologique et à la cybersécurité doivent être au cœur de nos réflexions. Les effets du Cloud Act américain de 2018, qui clarifie – et facilite – l’accès des autorités américaines aux données hébergées en dehors des Etats-Unis, sont particulièrement surveillés par les services de l’Etat. Des travaux sont en cours avec le secteur industriel afin d’ajuster les leviers technologiques et juridiques nécessaires à la protection de nos informations stratégiques, notamment en encourageant le développement d’offres de cloud de confiance.« 

« Retour en grâce de la souveraineté économique pour le Medef « ?

« Retour en grâce de la souveraineté économique pour le Medef « ?

Le président du Medef, dans un entretien au « Monde s’explique sur l’environnement économique.(Interview Le Monde)

Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, plaide pour un plan de relance « massif » de la part du gouvernement, passant par un soutien à la compétitivité des entreprises, seul moyen, selon lui, pour que la crise économique ne se transforme pas en crise sociale.

Quand pensez-vous que la France retrouvera une activité économique « normale » ?

Geoffroy Roux de Bézieux : Il faudra sûrement de nombreux mois, ne serait-ce que parce que les mesures sanitaires vont peser sur l’offre comme sur la demande. Quand une chaîne automobile est nettoyée à chaque changement d’équipe, l’intervention prend une heure ou deux et la capacité de production diminue. Lorsqu’il y a moins de monde qui entre dans un magasin, le chiffre d’affaires baisse également. Plus globalement, malgré l’épargne forcée qui s’est constituée durant le confinement, il n’est pas du tout sûr que les consommateurs se précipitent pour dépenser tout de suite, car la question de la confiance dans l’avenir se posera.

Jugez-vous ces mesures sanitaires trop contraignantes ?

Je ne juge pas les mesures sanitaires, elles sont nécessaires. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elles entraînent des surcoûts significatifs. Si ceux-ci sont temporaires, les entreprises pourront les absorber. Mais s’ils s’avèrent durables, une réflexion devra être conduite, car ils pourraient se traduire par un surcroît d’inflation qui ne sera pas supportable par tous les acteurs.

Que pensez-vous du choix de l’exécutif de commencer à réduire la voilure sur le chômage partiel dès juin ?

On ne peut pas avoir des millions de Français payés par la collectivité durant des mois. Mais commencer à diminuer le niveau de prise en charge le 1er juin serait une erreur majeure parce que, dans une quinzaine de jours, les entreprises tourneront encore à un rythme faible. Il faut maintenir en l’état le dispositif de chômage partiel jusqu’à l’été. Puis, à la rentrée, imaginer des mécanismes pour servir de passerelle afin de garder les effectifs et les compétences. Car si on arrête le chômage partiel, le risque, c’est le chômage tout court.

Faut-il augmenter la durée du travail ?

Je ne crois pas que la question se pose de manière générale. La situation des entreprises va être très différenciée selon les branches. Dans certains secteurs, la demande peut être soutenue, mais les contraintes sanitaires font que la productivité baisse : ce sont dans ces secteurs-là que la question du « travailler plus » peut se poser, mais elle ne peut l’être qu’avec les salariés et entreprise par entreprise.

Rebâtir une souveraineté nationale !!! (Macron)

Rebâtir une souveraineté nationale !!! (Macron)

 

 

Une curieuse déclaration de Macron qui préconise maintenant une souveraineté nationale pour le matériel critique. Une formule très vague qui ne veut pas dire grand-chose puisque cela concernera pour l’instant essentiellement les masques dont il promet la fourniture tricolore seulement pour la fin de l’année. En fait ,Macon reprend ce qui ressort des sondages et tente de parer aux critiques.

La France est en effet un des pays qui possèdent la plus grande industrie pharmaceutique mais dont les produits sont en réalité fabriqués à l’étranger et pour l’essentiel en Chine ( entre 50 et 70 pour cent pour les molécules).  On comprend mal que ce chantre de la mondialisation échevelée d’hier préconise maintenant la souveraineté nationale.

Afin de pouvoir «passer les commandes» dont le pays a besoin, le chef de l’État a notamment annoncé une dotation «exceptionnelle» de 4 milliards d’euros à Santé publique France. «Pour mener ce combat contre le virus, dans un contexte où toutes les certitudes sont balayées? (…) nous avons, bien sûr, eu une stratégie de commande, d’importation. Mais notre priorité, aujourd’hui, est de produire davantage en France. Et de produire davantage en Europe», a-t-il indiqué. «Le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant » encore une formule littéraire très floue pour satisfaire ceux qui souhaiteraient sans doute une restructuration des processus de production et de distribution..  » Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne», a-t-il résumé, avant d’assurer qu’il avait toujours été sur cette ligne !!!

Un mensonge évidemment ,il suffit simplement de citer le cas d’Alstom, bijou  industriel de la France que Macron n’a pas hésité à solder à General Electric et qui rend maintenant la France dépendante y compris pour des équipements militaires. On pourrait évidemment multi plier les exemples même si Macon n’est pas lui seul responsable de l’écroulement total ou quasi total de l’industrie qui ne représente plus enfant que de l’ordre de 15 % du PIB, ce qui explique largement le processus de désertification d’une grande partie du territoire. Un discours donc de circonstance sûrement sans lendemain, le jour d’après !

«Nous avons commencé avant la crise, et vous m’avez souvent entendu vous en parler. Nous avons passé des réformes qui permettent à notre pays d’être plus compétitif. Mais il nous faut retrouver la force morale et la volonté pour produire davantage en France et retrouver cette indépendance. C’est ce que nous commençons à faire avec force et courage, sur les produits de première nécessité pour cette crise. C’est ce que nous continuerons à faire le jour d’après. Souveraineté, et solidarité», a néanmoins déclaré Emmanuel Macron.

 

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