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Crise des sous-marins :Un vrai complot ou seulement une maladresse !

Crise des sous-marins :Un vrai complot ou seulement une maladresse !

Le président américain Joe Biden qui est en train de ce rabobicher à bon compte avec Macron a seulement admis que l’affaire des sous-marins australiens constituait  de sa part une « maladresse ». Une très légère repentance qui va permettre de passer un coup d’éponge sur ce qui a constitué une véritable trahison. En fait il ne s’agit pas d’une maladresse mais bien d’un véritable complot. François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) dénonce « un complot » après l’annulation du contrat de commande des sous-marins français par l’Australie. ( Sur France Info, extrait)

 

 

« C’est un complot. Ce n’est pas simplement l’annulation du contrat des sous-marins »,  explique sur François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste notamment des relations transatlantiques, alors que la France a rappelé ses ambassadeurs aux États-Unis et en Australie, après l’annulation du contrat de commande des sous-marins français par l’Australie. « Le plus grave dans cette affaire c’est que trois pays alliés, amis, avec lesquels on pensait avoir une certaine forme d’intimité stratégique nous ont menés par le bout du nez », explique-t-il.

Faut-il croire l’ambassadeur de France à Canberra quand il dit avoir été berné, voire manipulé ?

Oui, bien sûr. Sur cet aspect de cette affaire il n’y a pas de divergence. Les Américains et les Britanniques qui étaient en bande organisée avec les Australiens pour mettre sur pied cette opération nous ont tenus dans l’ignorance la plus épaisse. Les Français, comme le reste du monde, ont appris cette affaire dans le courant de la semaine. C’est consternant. Cela rappelle un peu ces grandes catastrophes diplomatiques comme l’affaire de Suez en 1956 quand les Britanniques et les Français avaient voulu mener en secret des opérations militaires sans en parler avec leurs autres alliés. On en ressent encore le contrecoup 70 ans plus tard.

Pourquoi cette action contre la France ?

C’est un complot. Ce n’est pas simplement l’annulation du contrat des sous-marins, les Australiens peuvent décider de changer d’avis à condition de suivre les règles commerciales normales en matière d’annulation de contrat. Le plus grave dans cette affaire c’est que trois pays alliés, amis, avec lesquels on pensait avoir une certaine forme d’intimité stratégique nous ont menés par le bout du nez. On sait que depuis six mois, lorsque la négociation entre les trois pays concernés est entrée dans le dur, le secret a été absolu.

« On a voulu vraiment nous maintenir dans l’opacité et faire passer le message que la France ne fait pas partie de l’anglosphère même si elle a des territoires dans cette région, une présence militaire plus importante que les Britanniques. »

La France a-t-elle encore un rôle international dans cette zone ?

Nous sommes physiquement, politiquement, militairement présents dans cette région, donc on aura forcément un rôle à jouer. Mais ce n’est pas un rôle avec les principales démocraties occidentales présentes. C’est une affaire qui a des implications profondes pas seulement pour les histoires de sous-marins, mais aussi avec le Royaume-Uni. Cela va laisser des traces. Quand je fais la comparaison avec l’affaire de Suez ce n’est pas simplement parce qu’il y a des ressemblances un secret trop bien gardé, c’est aussi parce que des attitudes, des transformations de positionnement qui résultent de ce genre de catastrophe diplomatique peut laisser des traces.

Sous-marins français:L’erreur stratégique de l’Australie

Sous-marins français: L’erreur stratégique de l’Australie

 

La décision de l’Australie l’enferme dans l’affrontement entre blocs mais la France et l’Union européenne peuvent encore promouvoir le non-alignement dans l’Indo-Pacifique, estiment, dans une tribune au « Monde », l’ingénieur général de l’armement, Alain Bovis, l’amiral Alain Oudot de Dainville et l’ancien secrétaire général de la mer Jean-François Tallec.

 

Tribune.

 

L’annonce brutale, le 15 septembre, de l’accord trilatéral entre les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni, baptisé « Aukus », crée de nouvelles failles et un nouveau ressentiment au sein de l’Alliance atlantique. Cet accord n’apporte rien de nouveau pour la sécurité régionale par rapport à ceux existant de longue date entre les Etats-Unis et l’Australie, si ce n’est la coopération sur les sous-marins nucléaires, qui lui donne une dimension inédite.

Les Etats-Unis et la Chine cherchent à affirmer leur prééminence dans la zone Indo-Pacifique et multiplient les démonstrations de force. L’Australie a longtemps hésité dans son positionnement vis-à-vis de la Chine, son premier partenaire commercial. En sommeil depuis plusieurs années, le Dialogue quadrilatéral (Quad) pour la sécurité entre les Etats-Unis, l’Australie, l’Inde et le Japon a été relancé en novembre 2020. L’administration Biden semblait vouloir étendre l’alliance à la Corée du Sud et à d’autres pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean). Aukus change la donne avec des alliés asiatiques qui s’inquiètent ou prennent leurs distances. L’Australie marque de plus en plus de défiance à l’égard de la Chine, qui la menace de rétorsions. Le contexte se durcit, tandis qu’un nouveau pas est franchi dans la course aux armements.

La France entendait bâtir avec l’Australie un partenariat stratégique fondé sur la fourniture, par l’industriel de défense français Naval Group, de douze sous-marins conventionnels de classe Attack. Le déroulement du contrat, signé en 2016, et qui a fait l’objet depuis de nombreuses attaques commerciales, médiatiques et politiques, ne justifiait pas une rupture. Ce revers est un coup dur porté à l’industrie navale française car il pourrait ternir son image dans les futurs appels d’offres. Le carnet de commandes de Naval Group n’inspire pas d’inquiétude majeure à court et moyen terme grâce aux importants programmes nationaux, mais des difficultés sectorielles pourraient apparaître rapidement.

Enfin, la France n’a jamais été consultée sur l’option de la propulsion nucléaire ni sur la fourniture de sous-marins d’attaque Barracuda, trois fois moins chers, semble-t-il, que les sous-marins américains de classe Virginia. Lorsque le programme de sous-marins a été lancé en 2007, la mission de la marine australienne était de prévenir piraterie, trafics et immigration illégale. L’offre française répondait à ce besoin. Des études australiennes établissaient alors que la propulsion nucléaire serait extrêmement coûteuse et à très haut risque, l’Australie y avait donc renoncé. Bien que les réserves exprimées en 2007 soient toujours valables, l’Australie a finalement décidé de se doter de sous-marins nucléaires. Elle n’entend plus simplement protéger ses abords et sa zone économique exclusive, mais ambitionne de se déployer à très grande distance, notamment en mer de Chine. Elle s’enferme dans l’affrontement entre blocs et s’interdit désormais une voie médiane.

Crise des sous-marins : une réponse de l’Europe après la claque ?

Crise des sous-marins : une réponse de l’Europe après la claque ?

Clément Beaune, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes appelle l’Union européenne à prendre en main son destin de grande puissance. On ne sait pas cependant s’il s’agit d’un espoir ou d’une perspective crédible. On est encore loin en effet d’une politique de défense commune en Europe compte tenu de la position ambiguë de l’Allemagne. De toute manière Emmanuel Macron n’envisage nullement de quitter l’OTAN. ( interviews dans le JDD, extrait)

Il y a quatre ans jour pour jour, dans son discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron appelait de ses vœux la « refondation d’une Europe souveraine ». Son souhait a-t‑il été suivi d’effet?
En quatre ans, l’Europe a profondément changé. Elle a subi un double choc : d’abord avec le Brexit, puis avec la crise sanitaire et économique qui a été gérée avec succès, sans dogmatisme budgétaire, avec une intervention monétaire massive et une solidarité sanitaire qui n’était pas du tout évidente. En parallèle de cela, elle s’est renforcée en étant souveraine en matière de technologie, ambitieuse en matière de climat, à la pointe de la régulation sur les grandes entreprises du numérique. Elle a amélioré la gestion de ses frontières extérieures, créé un premier budget européen de défense. Nous avons mobilisé au Sahel plus de dix pays européens aux côtés des forces spéciales combattantes françaises. Son logiciel n’est plus du tout celui de 2017. Nous ne sommes plus les herbivores de la mondialisation. Les Européens ne tendent plus la joue quand on les gifle. Cette mentalité de bons élèves qui doivent toujours chercher à tendre la main ou à s’excuser recule de jour en jour.

Est-ce encore plus le cas après l’affaire des sous-marins australiens?
Cette crise est un bon exemple. Elle a montré que la solidarité entre États membres est désormais un réflexe. Assez rapidement, au plus haut niveau, de nombreux pays se sont exprimés. Les déclarations allemandes ou italiennes sont très claires : quand un problème de cette nature touche la France, c’est un camouflet européen. Certains de nos alliés pensent que la parole engagée vis‑à-vis d’un grand pays européen ne vaut rien, que l’on peut travailler sur des questions stratégiques, dans une région aussi cruciale que l’Indo-Pacifique sans les Européens. Non, nous nous tenons ensemble.

Comment, après cette crise des sous-marins, reconstruit-on la relation entre la France et l’Europe d’un côté, les États-Unis de l’autre?
La relation transatlantique reste nécessaire, on ne peut s’en dispenser. Il n’y a pas de débat là-dessus. Mais les Européens doivent prendre conscience que leurs intérêts se définissent à Bruxelles et dans les autres capitales européennes, pas à Washington. Qu’il s’agisse récemment de l’Afghanistan ou des sous-marins australiens, nous ne devons pas nous lamenter d’avoir été « maltraités ». Nous serons de plus en plus livrés à nous-mêmes : ça s’appelle être une puissance. L’Europe a toujours été tournée vers elle-même, car elle s’est construite sur un projet de réconciliation. L’étape suivante, c’est une Europe qui règle sa relation à l’extérieur, qu’il s’agisse des migrations, de la défense, de la régulation des grandes plateformes numériques ou du climat. Nous ne pouvons pas attendre des autres de définir cette relation, comme nous le faisions au temps de la guerre froide, qu’on a connue pendant soixante ans.

Le Président réfléchit-il, après cette crise, à quitter l’Otan?
Ce sont de pures inventions.

Que peut impulser la France, qui prendra le 1er janvier la tête de la présidence de l’Union européenne, sur ce thème de la défense?
Nous continuerons d’avancer sur la question des opérations extérieures communes, comme au Sahel, mais aussi sur la cybersécurité. Toutes nos démocraties, malheureusement, sont soumises à des cyberattaques privées ou d’État. Nous avons développé des compétences importantes sur ce sujet. Nous ne devons pas tout attendre des Américains, ni tout faire non plus au seul niveau national.

Que peut-on attendre du nouveau couple franco-allemand, alors qu’ont lieu aujourd’hui outre-Rhin des législatives pour choisir un nouveau chancelier?
C’est à la fois un chapitre majeur qui se tourne, avec le départ prochain d’Angela Merkel, et en même temps il n’y aura aucun changement dans l’importance de la relation franco-allemande. Celle-ci n’est pas remplaçable. Nos projets en matière de coopération économique, industrielle, de défense sont irréversibles. En revanche, cette relation n’est pas exclusive. Nous la complétons aujourd’hui avec des partenaires traditionnels comme l’Italie et l’Espagne, d’autres moins évidents comme les Pays-Bas et les pays nordiques. Nous acceptons même des tensions avec l’Allemagne. C’est précisément parce qu’on ne pense pas pareil à Paris et à Berlin que nous trouvons des consensus au niveau européen, comme ce fut le cas avec le plan de relance. Mais la boussole est claire : le nouveau chancelier regardera d’abord vers Paris, et la France tendra tout de suite la main à l’Allemagne.

Quelle que soit son appartenance politique?
Oui, car nous avons préparé cette relation de confiance, en premier lieu avec Angela Merkel, mais en cultivant aussi depuis quatre ans nos réseaux parmi les chefs de parti. Selon le chancelier, les domaines plus faciles ou difficiles ne seront pas les mêmes. Le SPD ou les Verts ont des sensibilités plus éloignées des nôtres sur les questions d’énergie ou de défense, la CDU et le FDP sur les questions d’investissement et de règles budgétaires. Lorsque le programme de coalition va se construire, sans immixtion mais sans indifférence non plus, nous travaillerons avec les Allemands pour faire passer un certain nombre d’idées sur l’Europe. La période de définition du contrat de coalition est essentielle : elle ne peut pas être une période de glaciation ou de distance entre Paris et Berlin, elle doit déjà être une période de travail.

Crise des sous-marins : une vraie trahison de l’Australie ( Naval Group)

Crise des sous-marins : une vraie trahison de l’Australie ( Naval Group)

 

Difficile de faire plus hypocrite que l’Australie qui pendant des semaines et des mois a laissé croire que le projet avec la France était engagé ; or d’après Naval Group le matin même de la dénonciation du contrat le gouvernement australien affirmait encore sa volonté de poursuivre le partenariat avec la France. Une duplicité rare, même si derrière les États-Unis était à la manœuvre avec en plus l’action de mouche à merde de Boris Johnson qui saute sur toutes les occasions pour torpiller l’Europe et la France.

Le PDG de naval Group Pierre Éric Pommellet, assure dans le Figaro que le matin même du jour de la dénonciation du contrat, le gouvernement australien « avait accepté l’offre de Naval Group qui aurait permis d’engager une nouvelle phase du programme ».

- Quand avez-vous été informé de la décision de l’Australie ?

Pierre Éric POMMELLET. – Mercredi 15 septembre, nous avons reçu un coup de téléphone du ministère australien de la défense, qui nous a demandé de participer à une audioconférence à 13H30. C’est au cours de cette réunion que le ministère nous a informés de la résiliation pour convenance du contrat.

 Nous étions sous le choc. Cette décision nous a été annoncée sans aucun préavis, avec une brutalité inouïe. D’autant que tous les voyants étaient au vert.

 

Sous-marins australiens: Une maladresse grave de Biden ; et un espoir de défense européenne?

Sous-marins australiens: Une maladresse grave de Biden  ; et un espoir de défense européenne? 

 

L’annulation de la vente des sous-marins serait-elle un avertissement adressé à la France, un pays qui met constamment en avant la nécessité pour l’Europe de « penser ses intérêts et sa défense » ?, s’interrogent les deux spécialistes en recherche stratégique Valérie Niquet et Marianne Peron-Doise, dans une tribune au « Monde »(Extrait)

Tribune

 

Il y a deux semaines, la France et l’Australie inauguraient leur premier dialogue ministériel « 2 plus 2 », défense-affaires étrangères. Ce partenariat stratégique était fondé sur une analyse commune des dangers qui pèsent sur l’Indo-Pacifique autour d’une Chine particulièrement agressive dans les espaces maritimes. Cette vision partagée, marque de l’engagement de la France en Asie, s’était construite depuis 2016 sur la base de la fourniture de sous-marins conventionnels français à Canberra (les Australiens rejetaient alors toute idée de propulsion nucléaire), mais allait bien au-delà du simple intérêt industriel.

En 2018, c’est en Australie qu’Emmanuel Macron avait donné une impulsion décisive à la vision Indo-Pacifique française lors du fameux discours de Garden Island, dans lequel il définissait un « axe Indo-Pacifique » formé par la France, l’Inde et l’Australie afin de contrebalancer les ambitions hégémoniques chinoises. Il s’agissait alors d’incarner une vision inclusive et coopérative pour rassembler des puissances moyennes que l’unilatéralisme de la stratégie antichinoise de l’administration Trump inquiétait. A cette époque, l’Australie elle-même hésitait à trop s’impliquer dans le Quad, ce dialogue quadrilatéral sur la sécurité rassemblant Canberra, les Etats-Unis, l’Inde et le Japon.

Dès sa signature, le contrat franco-australien [pour l’achat à la France de douze sous-marins conventionnels] avait fait l’objet d’attaques. Pourtant, pour tous ceux, notamment les Etats-Unis et les membres du Quad, mais aussi les pays d’Asie du Sud-Est, qui souhaitent voir l’Union européenne et la France assumer de plus grandes responsabilités dans la sécurité régionale d’une zone vitale pour tous, ce contrat était une garantie de l’engagement français en Indo-Pacifique.

Participants à tous les dialogues Shangri-La [réunion annuelle des experts et responsables sécuritaires d’Asie] à Singapour depuis 2012, les ministres de la défense Le Drian, et des armées, Parly ont été en pointe sur l’affirmation d’un intérêt partagé pour la liberté de navigation maritime, le respect des règles de droit et le multilatéralisme, valeurs constamment mises en avant par Washington et ses alliés, dont le Japon. Enfin, la France a été l’élément moteur qui a porté la définition d’une stratégie de l’Union européenne pour l’Indo-Pacifique, dont la publication, malheureuse coïncidence, intervient au lendemain de l’annonce, le 15 septembre, de l’abandon du contrat français par l’Australie

Sous-marins : l’ancien premier ministre australien critique son pays

Sous-marins : l’ancien premier ministre australien critique son pays

Kevin Rudd, l’ancien premier ministre australien signataire de l’accord stratégique entre Paris et Canberra, critique, dans une tribune au « Monde », la volte-face de son gouvernement dans l’achat de sous-marins. (extrait)

Tribune.

 

Il est inhabituel qu’un ancien premier ministre d’un pays critique les décisions d’un de ses successeurs dans les pages d’opinion d’un journal étranger. Si, dans le débat politique australien, je me suis montré férocement critique à propos de l’orientation générale prise par la politique étrangère menée par le gouvernement conservateur actuel depuis que j’ai quitté mes fonctions, j’ai rarement pris la plume pour émettre ces critiques à l’étranger. Mais, face à la mauvaise gestion du projet de remplacement de notre flotte sous-marine avec l’appui de la France, et au vu de l’importance que j’attache aux relations stratégiques entre Canberra et Paris, je suis convaincu d’avoir, en tant qu’ancien premier ministre, la responsabilité de faire clairement entendre mon point de vue sur cette extraordinaire débâcle que vient de provoquer le gouvernement australien.

J’estime que la décision du gouvernement de Scott Morrison est profondément discutable en de maints aspects fondamentaux. Elle viole l’esprit et la lettre du partenariat stratégique adopté par la France et l’Australie en 2012, renforcé par le premier ministre australien, Malcolm Turnbull, en 2017. Elle ne répond pas à cette obligation contractuelle de base prise par l’Australie : consulter l’industriel de défense français Naval Group si elle décide, comme elle l’a fait, de changer radicalement les termes de l’appel d’offres. Canberra ne souhaite plus commander douze sous-marins à propulsion conventionnelle, mais huit sous-marins à propulsion nucléaire.

L’Australie a commis l’erreur de ne pas laisser à la France la possibilité de lui soumettre une autre offre (en partie ou en totalité nouvelle) pour ces appareils nucléaires, alors que l’Hexagone a une longue expérience dans leur fabrication. Outre ces manquements fondamentaux, Scott Morrison n’a pas non plus respecté le protocole diplomatique de base : il n’a pas officiellement notifié le gouvernement français de sa décision unilatérale avant d’annoncer publiquement l’annulation du contrat. Enfin, Canberra n’a pas saisi quel serait l’impact de sa décision, tant en France que sur les efforts de rapprochement international afin de former un front uni face à la montée en puissance de la Chine.

Depuis longtemps, l’Australie entretient avec la France des liens étroits. Près de 50 000 de nos fils, qui ont défendu la France et la Belgique pendant la première guerre mondiale, sont enterrés sur le sol français. Près d’un quart de million d’Australiens se sont battus sur ces sanglants champs de bataille. En 1914, un tel chiffre ne représentait pas moins de 5 % de la population australienne. Nos deux pays étaient également alliés pendant la seconde guerre mondiale contre l’Allemagne nazie – notamment lors de campagnes menées contre le régime de Vichy dans le Pacifique et au Moyen-Orient. Mon propre père, par exemple, s’est battu aux côtés de la France libre lors de la campagne de Syrie, en 1941.

Sous-marins australiens: les États-Unis se moquent totalement de la colère des Français

 

Sous-marins australiens: les États-Unis se moquent totalement de la colère des Français

 

L’émotion et la colère du gouvernement à propos des sous-marins australiens a fait là une des médias français mais suscitent peu d’intérêt aux États-Unis. Les Américains prennent avec une certaine distance les récriminations françaises. Ils savent en effet que les mesures de rétorsion éventuelle se retourneraient contre la France.

Pour les États-Unis, la conception d’un allié et celle d’un allié soumis. La France de ce point de vue ne pèse guère face à la puissance américaine qui a toujours privilégié ses intérêts géostratégiques et économiques avec tous les présidents qui se sont succédés: Obama, Clinton, trame ou Biden.

Le rappel de l’ambassadeur de France aux États-Unis ne suscite guère d’émotion aussi bien dans l’opinion qu’auprès du gouvernement américain. Le gouvernement américain est d’autant plus serein qu’il sait que la France ne parviendra pas à unifier autour d’elle l’ensemble des pays européens et notamment à obtenir un vrai soutien de l’Allemagne.

Face à la contestation française, le gouvernement américain s’est quand même pendu du minimum syndical diplomatique.: «Nous avons été en contact étroit avec nos partenaires français concernant leur décision de rappeler l’ambassadeur Étienne à Paris pour consultation. Nous comprenons leur position et nous continuerons à œuvrer dans les prochains a indiqué de secrétaire d’État à la défense. Le président américain, lui, n’a fait aucun commentaire

Sous-marins australiens : « Un affaiblissement de l’OTAN »

Sous-marins australiens : « Un affaiblissement de l’OTAN »

Les Etats-Unis ont fait preuve d’une « véritable irresponsabilité » : ils ont provoqué une crise avec un allié et affaibli l’OTAN, estime l’ancien diplomate Michel Duclos, dans une tribune au « Monde ».(extrait)

 

Les dirigeants français ont-ils raison de dramatiser la crise qui les oppose aux Etats-Unis dans l’affaire des sous-marins australiens ? La comparaison faite par certains observateurs avec la crise sur l’Irak en 2003 a-t-elle vraiment un sens ?

A ces deux questions, il nous semble qu’il faut répondre oui, au moins dans une certaine mesure. D’abord, bien sûr, parce que, sur la méthode, nous ne pouvons pas laisser sans riposte un traquenard qui nous a été tendu dans un style à la hauteur des préjugés gaulois sur la duplicité « anglo-saxonne ». Ensuite, et surtout, parce que cette affaire est révélatrice d’enjeux profonds, comme l’était celle de 2003.

Avec l’Irak, la question était de savoir si les Etats-Unis allaient se substituer au Conseil de sécurité des Nations unies comme arbitre suprême du recours à la force. Aujourd’hui, à notre sens, l’enjeu porte sur la volonté de Washington d’organiser les équilibres dans l’Indo-Pacifique – donc dans l’environnement de la Chine – à ses conditions, privilégiant certains alliés (ou « vassaux »), en excluant d’autres, de manière délibérée. Nous centrons notre raisonnement sur les Etats-Unis parce qu’on peut comprendre que l’Australie, la plus coupable sur la forme, ait sur le fond poursuivi ce qu’elle considère comme son intérêt vital ; s’agissant des Britanniques, on ne peut s’étonner qu’ils cherchent à tirer leur épingle du jeu, en exploitant leur avantage comparatif de leur relation spéciale avec l’Amérique.

Et si nous insistons sur l’enjeu Indo-Pacifique, c’est parce que nous devons anticiper les suites qu’aura le pacte tripartite, du fait, par exemple, du signal qu’adresse la rupture du tabou touchant à la dissémination de technologies de pointe (propulsion nucléaire). Allons-nous assister à des répliques de l’Aukus [alliance entre l’Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis] avec d’autres pays – par exemple, l’Inde –, éventuellement sur d’autres types d’armement ? Le réengagement militaire américain dans la zone, s’appuyant, comme il est légitime, sur des liens de sécurité avec les Etats de la région, va-t-il se produire en écartant les intérêts européens, voire au détriment de ceux-ci ? Notons au passage que certains se réjouissent que les capitales européennes restent indifférentes au camouflet reçu par les Français : là aussi, rien d’extraordinaire mais attendons que les Européens découvrent progressivement toutes les implications de l’Aukus.

SOUS-MARINS: L’UE DÉNONCE MOLLEMENT les ETATS-UNIS

SOUS-MARINS: L’UE DÉNONCE MOLLEMENT les ETATS-UNIS

 

Sous la pression de la France, les autorités européennes ont bien été contraintes de faire le minimum syndical diplomatique pour critiquer le lâchage et même la trahison des États-Unis concernant les sous-marins australiens. Observance pendant que l’Allemagne se montre particulièrement silencieuse sur ce dossier reviendra à l’occasion du débat sur la politique de défense européenne avec la présidence européenne de la France. Sans parler de certains pays de l’Est qui préfèrent le bouclier américain à la mise en œuvre une politique de défense européenne commune.

Le président du Conseil européen Charles Michel a dénoncé lundi un « manque de loyauté » de la part des Etats-Unis dans la crise des sous-marins qui les oppose à la France.

L’Union européenne demande à Washington une « clarification » pour « tenter de mieux comprendre quelles sont les intentions derrière » l’annonce d’un partenariat stratégique entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, « car c’est incompréhensible », a-t-il dit à des journalistes à New York en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Sous-marins: les vraies raisons du revirement australien

Sous-marins: les vraies raisons du revirement australien

Par Rhiannon Hoyle Du Wall Street Journal (extrait)

L’Australie, qui dépend du marché chinois pour plus d’un tiers de ses exportations, a longtemps adopté une attitude prudente d’équilibriste, passant au-dessus des désaccords politiques pour préserver des conditions économiques favorables. Le nouveau partenariat de sécurité conclu avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni arrive au terme de six années tumultueuses au cours desquelles les relations avec Pékin se sont détériorées, sur fond de colère contre ce qui a été perçu comme de l’intimidation économique et des campagnes destinées à influencer la politique venant de Chine.

Le Premier ministre Scott Morrison a justifié le renforcement de son alliance avec Washington en expliquant que l’Australie devait intervenir davantage pour s’assurer que les voies de circulation maritimes restent ouvertes et s’impliquer davantage dans la protection de l’Etat de droit dans la région indo-pacifique. Dans ses conditions, la stratégie militaire consistant, pour l’Australie, à s’appuyer sur des sous-marins classiques de fabrication française n’était plus adaptée alors que, selon lui, ils sont plus lents et ne peuvent pas rester aussi longtemps immergés que les engins nucléaires.

« L’environnement sécuritaire relativement calme dans lequel l’Australie a vécu pendant de nombreuses décennies appartient au passé », a commenté M. Morrison.

Pendant des années, l’Australie a essayé de maintenir l’équilibre entre ses liens militaires forts avec les Etats-Unis — qui se sont notamment traduits par le déploiement de soldats en Irak et en Afghanistan — et une dépendance économique accrue à l’égard de la Chine, qui a eu besoin d’importer des matières premières australiennes, comme du minerai de fer, pour s’industrialiser rapidement.

Les relations entre les deux pays ont atteint leur apogée en 2015, lorsque Canberra et Pékin ont signé un accord de libre-échange qui s’est traduit par un niveau record d’investissements chinois dans l’île-continent l’année suivante. Mais les choses se sont rapidement dégradées quand l’Australie a accusé la Chine d’ingérence dans sa politique nationale et a interdit à Huawei de participer au déploiement de son infrastructure 5G.

L’an dernier, après la demande de M. Morrison d’enquêter sur l’origine du virus responsable de la pandémie de Covid-19, la Chine a notamment institué des droits de douane élevés sur l’orge australienne, suspendu les importations de bœuf en provenance de certains abattoirs et imposé des droits antidumping sur le vin. Jeudi, les Etats-Unis ont qualifié ces mesures de « coercition économique ».

Pékin, de son côté, invoque la protection de sa souveraineté nationale pour justifier le renforcement de ses moyens militaires et estime que l’Australie est responsable de la détérioration des relations diplomatique et commerciale. La Chine, qui figure parmi les six pays disposant de sous-marins nucléaires, a globalement augmenté son budget militaire.

Dans le cadre d’un contrat signé en 2016, Canberra comptait alors s’appuyer sur une flotte de douze sous-marins à moteur diesel construits sur la base d’une technologie française.

La semaine dernière, M. Morrison a annulé cet accord, déclenchant l’ire de son allié européen, qui a vécu cette décision comme une trahison. Selon le Premier ministre, ce choix est en partie lié à l’apparition d’une nouvelle option : l’administration Biden a, en effet, accepté de partager la technologie de ses sous-marins nucléaires, un privilège qui n’avait jusqu’ici été accordé qu’au Royaume-Uni.

« La morale de cette histoire est que l’Australie pense que la meilleure façon de gérer le risque militaire que pose la Chine est de se rapprocher de plus en plus des Etats-Unis, et d’augmenter considérablement ses capacités maritimes », analyse Sam Roggeveen, directeur du programme sur la sécurité internationale au sein du Lowy Institute, un think tank australien.

Jusqu’ici, M. Roggeveen avait des doutes sur la volonté américaine de s’impliquer durablement dans le maintien de la sécurité dans la région. « Il faut admettre que nous avons désormais des preuves solides du contraire », observe-t-il.

Pour Ashley Townshend, expert en sécurité au United States Studies Centre, qui fait partie de l’université de Sydney, les sous-marins à propulsion nucléaire sont plus dissuasifs parce qu’ils n’ont pas besoin remonter périodiquement à la surface pour se ravitailler. Concrètement, cela signifie que l’Australie pourra accroître sa capacité de patrouille dans les zones de tensions potentielles, comme la mer de Chine méridionale et le détroit de Malacca, pour participer à la surveillance alliée. Les sous-marins à propulsion nucléaire sont également capables de se déplacer plus rapidement, ce qui réduit leur risque d’être détectés.

M. Morrison assure avoir fait part de ses craintes au président français Emmanuel Macron lors d’un dîner à la fin de juin. Son inquiétude était de savoir si les sous-marins classiques seraient capables de répondre aux tensions sécuritaires dans la région. En annulant le contrat français, l’Australie s’assoit sur environ 1,7 milliard de dollars déjà consacrés au programme, sans compter les frais de rupture.

Restaurer sa relation avec la France n’est pas le seul problème qui attend l’Australie après avoir opté pour des sous-marins à propulsion nucléaire. L’Australie est en effet l’un des alliés des Etats-Unis particulièrement vulnérable en cas de représailles chinoises, car ce pays absorbe un tiers de ses exportations — et la majorité du minerai de fer australien, de loin sa première source d’exportation.

De plus, les sous-marins à propulsion nucléaire coûtent plus cher que leurs homologues français et vont nécessiter d’augmenter les dépenses militaires à un moment où l’économie australienne est à nouveau sous pression à cause de mesures de couvre-feu liées à la pandémie.

M. Morrison a assuré qu’il ne taillerait pas dans d’autres dépenses militaires pour financer ce surcoût. L’Australie consacre aujourd’hui environ 2,2 % de son PIB à sa défense, contre environ 1,8 % il y a dix ans. Et le Premier ministre a prévenu qu’il faudra investir davantage. « Voici à quoi ressemble la nouvelle ère. Voici ce que c’est d’évoluer dans un nouveau monde », a-t-il commenté.

Le partenariat de sécurité avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni prévoit également l’achat de missiles de croisière Tomahawk, et M. Morrison a évoqué une collaboration contre d’autres menaces, en recourant notamment à l’intelligence artificielle et la cybersécurité. L’an dernier, M. Morrison avait révélé que des entreprises et des administrations publiques australiennes avaient été la cible d’un acteur étatique dans le cadre d’une cyberattaque d’ampleur.

Michael Shoebridge, directeur du programme de sécurité nationale à l’Australian Strategic Policy Institute, un groupe de réflexion financé par le gouvernement, estime que les dépenses militaires pourraient atteindre 3 % du PIB au cours de la prochaine décennie, voire plus si la sécurité régionale se dégradait encore.

« Trois pour cent, cela reste peu pour assurer la sécurité dans un monde dangereux », affirme-t-il.

Traduit à partir de la version originale en anglais

Sous-marins australiens: La naïveté de Macron

Sous-marins australiens: La naïveté de Macron

Par Michel Ferrand est avocat au barreau de Paris, associé chez Enthémis.(dans l’Opinion, extrait)

 

Une grosse colère et puis après ? Il est fort à parier que tout rentrera dans l’ordre transatlantique, une fois l’annulation du contrat australien (mal) digérée par la France.

Samedi soir, sur France 2, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a eu, une nouvelle fois, des mots très durs au sujet des Etats-Unis et de l’Australie, parlant d’une « crise grave » : « Il y a eu mensonge, il y a eu duplicité, il y a eu rupture majeure de confiance, il y a eu mépris, donc ça ne va pas entre nous, ça ne va pas du tout. » Il se murmure que le chef de la diplomatie française, très engagé sur ce dossier lorsqu’il était ministre de la Défense lors du quinquennat précédent, aurait refusé de prendre au téléphone son homologue américain Antony Blinken.

Vendredi, on apprenait que les ambassadeurs de France à Washington et Canberra avaient été rappelés à Paris pour consultations. Une décision symboliquement forte, mais sans conséquences pratiques. C’est la troisième fois qu’Emmanuel Macron l’utilise… et toujours avec des alliés : l’Italie (2019), la Turquie (2020) et aujourd’hui les Etats-Unis et l’Australie. Pourtant partie prenante de l’accord AUKUS, le Royaume-Uni n’est pas concerné. Il faut sans doute y voir le dédain dans lequel la diplomatie française tient Londres, dont Jean-Yves Le Drian a dénoncé « l’opportunisme permanent ». Déjà fâchés sur le Brexit et la migration transmanche, Paris et Londres restent toutefois liés par des accords de défense (Lancaster House, 2010) assez engageants.

Pour l’heure – et de manière très inhabituelle, quand on connaît sa propension à parler – le président Macron n’est pas intervenu directement, laissant, pour une fois, la vedette à son ministre Le Drian. Il est possible qu’il se réserve pour son discours (en visio) devant l’Assemblée générale des Nations Unies, mardi 21 septembre.

A Paris, le coup a été rude. On y jure ses grands dieux que l’on n’a rien vu venir. Il est vrai que, le 30 août, les ministres français et australiens des Affaires étrangères et de la Défense publiaient un communiqué commun, après s’être entretenus par visio, pour « souligner l’importance du programme des futurs sous-marins » et insistaient sur « le très haut degré de coopération stratégique » entre les deux pays. Seize jours avant l’annulation…

 

 Les Français n’ont-ils rien vu ou rien voulu voir ? Un ancien haut responsable militaire parle d’un « échec du renseignement ». Il n’était pourtant même pas besoin que la DGSE écoute les conversations des ministres alliés – ce qui, en principe, ne se fait pas ; il suffisait de lire la presse. « Australia Reconsiders Deal for French Submarines » (« l’Australie réexamine le contrat des sous-marins français »), pouvait-on lire dès le 28 février dernier dans le magazine spécialisé The Maritime Executive. Plus récemment, le 2 juin, le Sydney Morning Herald titrait « Defence is looking at alternatives to french submarines » (« le ministère de la Défense étudie des alternatives aux sous-marins français »)… Les tensions étaient là, au point qu’en février 2021, le PDG de Naval Group, Pierre-Eric Pommelet s’était rendu en Australie, acceptant de passer deux semaines confiné dans sa chambre d’hôtel, avant de pouvoir s’entretenir avec les responsables australiens. Au retour, il assurait que tout allait bien.

Cette affaire est une belle illustration de la capacité des Français à prendre leurs désirs pour des réalités. Elle devrait être l’occasion, à la veille d’une élection présidentielle, de s’interroger sur l’adéquation entre les moyens et les ambitions de la France. L’une des rares voix françaises à le dire est l’eurodéputé (LR) Arnaud Danjean : « Au-delà de la légitime colère, la grande leçon c’est que l’Indopacifique, c’est la cour des très grands. Paris déclame avec emphase une grande stratégie pour cette région, mais l’écart est tel entre ambition et moyens que le retour au réel est brutal. »

Il y a deux manières de répondre à une telle situation : réduire nos ambitions stratégiques à la hauteur de nos moyens limités, ou augmenter fortement ces moyens pour les mettre à la hauteur de nos ambitions. On parle en dizaines de milliards, alors que notre tradition diplomatique et notre système politique nous portent à ne jamais renoncer à quelque ambition que ce soit. Ou, en tout cas, à l’avouer.

Le plus probable est donc que, dès l’émotion retombée, l’on continue comme avant. D’autant que, très liés aux Américains, les militaires français pèseront de tout leur poids, face aux quelques diplomates qui entendraient prendre une ligne trop divergente de celle de Washington. Dans le JDD, le général Christophe Gomart, ancien directeur du renseignement militaire, le dit sans ambages : « L’Amérique reste notre alliée. »

 Il n’empêche que la formule du Maréchal de Saxe s’applique à merveille à la politique étrangère française : « Des gens à qui la tête tourne, qui ne voient plus rien, qui ne savent faire que ce qu’ils ont fait toute leur vie. » A peine l’annonce australienne connue, un communiqué du Quai d’Orsay et des Armées affirmait ainsi que « la France confirme sa volonté d’une action très ambitieuse dans cette région » indopacifique, tout autant que « la nécessité de porter haut et fort la question de l’autonomie stratégique européenne ».

Sur ce dernier point, la France apparaît isolée. Les Européens peinent à comprendre en quoi ils seraient concernés par l’annulation d’un contrat franco-australien, naguère obtenu au nez et à la barbe d’un concurrent allemand… « C’est surprenant de parler d’autonomie européenne pour un contrat national », explique un diplomate italien à notre correspondant à Rome. Certes, l’unilatéralisme de l’administration Biden les trouble, comme on l’a vu avec le retrait d’Afghanistan. Mais cela ne les conduit pas pour autant à se ranger derrière la France.

« Les Américains veulent des partenaires dociles », entend-on à Paris alors que l’éditorialiste Fareed Zakaria s’interroge dans le Washington Post :« Biden normalise-t-il la politique étrangère de Trump ? » Blessée par l’outrage, la France s’est cabrée. Mais sur qui s’appuiera-t-elle, en Europe ou ailleurs, pour résister à la réaffirmation brutale du leadership américain ?

Sous-marins: les États-Unis se moquent totalement de la colère des Français

 

 

 

L’émotion et la colère du gouvernement à propos des sous-marins australiens a fait là une des médias français mais suscitent peu d’intérêt aux États-Unis. Les Américains prennent avec une certaine distance les récriminations françaises. Ils savent en effet que les mesures de rétorsion éventuelle se retourneraient contre la France.

Pour les États-Unis, la conception d’un allié et celle d’un allié soumis. La France de ce point de vue ne pèse guère face à la puissance américaine qui a toujours privilégié ses intérêts géostratégiques et économiques avec tous les présidents qui se sont succédés: Obama, Clinton, trame ou Biden.

Le rappel de l’ambassadeur de France aux États-Unis ne suscite guère d’émotion aussi bien dans l’opinion qu’auprès du gouvernement américain. Le gouvernement américain est d’autant plus serein qu’il sait que la France ne parviendra pas à unifier autour d’elle l’ensemble des pays européens et notamment à obtenir un vrai soutien de l’Allemagne.

Face à la contestation française, le gouvernement américain s’est quand même pendu du minimum syndical diplomatique.: «Nous avons été en contact étroit avec nos partenaires français concernant leur décision de rappeler l’ambassadeur Étienne à Paris pour consultation. Nous comprenons leur position et nous continuerons à œuvrer dans les prochains a indiqué de secrétaire d’État à la défense. Le président américain, lui, n’a fait aucun commentaire

Sous-marins : L’erreur de l’Australie (ambassadeur de France)

Sous-marins : L’erreur de l’Australie (ambassadeur de France)

 

A la suite de l’annulation de la commande, la France a rappelé vendredi ses ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie pour consultations, provoquant une crise diplomatique sans précédent.

« J’aimerais entrer dans une machine à remonter le temps, si possible, et me retrouver dans une situation où nous ne nous retrouvons pas dans une situation aussi incroyable, maladroite, inappropriée et non australienne », a déclaré  l’ambassadeur de France.

« Je suis très triste d’être contraint de partir, bien qu’il faille procéder à une réévaluation (de la situation, ndlr), a-t-il ajouté.

L’Australie a dit regretter le rappel de l’ambassadeur de France et comprendre la déception de Paris.

La ministre australienne des Affaires étrangères, Marise Payne, a indiqué qu’il ne faisait « aucun doute » que la France était un allié de valeur aux yeux de Canberra.

A Washington, un responsable de la Maison blanche a déclaré que les Etats-Unis s’emploieraient ces prochains jours à régler leurs divergences avec Paris.

Les relations entre la France et l’Australie sont du coup tombées à leur plus bas depuis 1995. A cette époque, Canberra avait dénoncé la reprises des essais nucléaires français dans le Pacifique Sud et rappelé son ambassadeur en France.

Crise des sous-marins :Un vrai complot contre la France

Crise des sous-marins :Un vrai complot contre la France

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) dénonce « un complot » après l’annulation du contrat de commande des sous-marins français par l’Australie. ( Sur France Info, extrait)

 

 

« C’est un complot. Ce n’est pas simplement l’annulation du contrat des sous-marins »,  explique sur François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste notamment des relations transatlantiques, alors que la France a rappelé ses ambassadeurs aux États-Unis et en Australie, après l’annulation du contrat de commande des sous-marins français par l’Australie. « Le plus grave dans cette affaire c’est que trois pays alliés, amis, avec lesquels on pensait avoir une certaine forme d’intimité stratégique nous ont menés par le bout du nez », explique-t-il.

Faut-il croire l’ambassadeur de France à Canberra quand il dit avoir été berné, voire manipulé ?

Oui, bien sûr. Sur cet aspect de cette affaire il n’y a pas de divergence. Les Américains et les Britanniques qui étaient en bande organisée avec les Australiens pour mettre sur pied cette opération nous ont tenus dans l’ignorance la plus épaisse. Les Français, comme le reste du monde, ont appris cette affaire dans le courant de la semaine. C’est consternant. Cela rappelle un peu ces grandes catastrophes diplomatiques comme l’affaire de Suez en 1956 quand les Britanniques et les Français avaient voulu mener en secret des opérations militaires sans en parler avec leurs autres alliés. On en ressent encore le contrecoup 70 ans plus tard.

Pourquoi cette action contre la France ?

C’est un complot. Ce n’est pas simplement l’annulation du contrat des sous-marins, les Australiens peuvent décider de changer d’avis à condition de suivre les règles commerciales normales en matière d’annulation de contrat. Le plus grave dans cette affaire c’est que trois pays alliés, amis, avec lesquels on pensait avoir une certaine forme d’intimité stratégique nous ont menés par le bout du nez. On sait que depuis six mois, lorsque la négociation entre les trois pays concernés est entrée dans le dur, le secret a été absolu.

« On a voulu vraiment nous maintenir dans l’opacité et faire passer le message que la France ne fait pas partie de l’anglosphère même si elle a des territoires dans cette région, une présence militaire plus importante que les Britanniques. »

La France a-t-elle encore un rôle international dans cette zone ?

Nous sommes physiquement, politiquement, militairement présents dans cette région, donc on aura forcément un rôle à jouer. Mais ce n’est pas un rôle avec les principales démocraties occidentales présentes. C’est une affaire qui a des implications profondes pas seulement pour les histoires de sous-marins, mais aussi avec le Royaume-Uni. Cela va laisser des traces. Quand je fais la comparaison avec l’affaire de Suez ce n’est pas simplement parce qu’il y a des ressemblances un secret trop bien gardé, c’est aussi parce que des attitudes, des transformations de positionnement qui résultent de ce genre de catastrophe diplomatique peut laisser des traces.

Sous-marins nucléaires américains. un choix militaire judicieux pour l’Australie

Sous-marins nucléaires américains. un  choix militaire judicieux pour l’Australie

Par John Blaxland, Australian National University (*)

 

Le gouvernement australien a décidé que la meilleure option pour le pays était d’accélérer la production d’une plate-forme de sous-marins à propulsion nucléaire plus performante avec les États-Unis et le Royaume-Uni.

L’Australie sera ainsi plus étroitement intégrée dans l’orbite américaine. Technologiquement et militairement, cela signifie que si les États-Unis entrent en conflit dans la région indopacifique, il sera beaucoup plus difficile pour les Australiens de ne pas être directement et presque automatiquement impliqués.

C’est aussi un élément positif en termes de dissuasion face à la Chine. Sur les prochaines années, le nouvel accord renforcera le pouvoir de dissuasion qu’a l’Australie face à Pékin.

Les stratèges et les dirigeants chinois devront prendre en compte les risques accrus et seront sans doute moins enclins à décider de se lancer dans des actions hostiles. Les enjeux seraient trop élevés et les perspectives de succès trop faibles.

Ces dernières années, le gouvernement australien et son ministère de la Défense ont davantage mis l’accent sur les capacités militaires à plus longue portée, notamment avec la Defence Strategic Update de 2020.

Ce plan inclut l’acquisition de missiles ainsi que de capacités spatiales et cybernétiques. Les sous-marins à propulsion nucléaire s’inscrivent dans ce cadre, bien au-delà des capacités navales australiennes existantes.

L’avantage des sous-marins nucléaires est qu’ils n’ont pas besoin de remonter à la surface et peuvent rester immergés, donc furtifs, plus longtemps. À l’inverse, les sous-marins à propulsion conventionnelle (diesel-électrique) doivent faire surface régulièrement, s’exposant alors à la détection. Ils disposent donc d’une portée furtive bien moindre.

Le nouvel accord va potentiellement transformer les capacités de la défense australienne, lui permettant de déployer ses sous-marins sur des distances bien plus importantes. Par ailleurs, l’Australie sera bien mieux intégrée avec les forces américaines et britanniques.

C’était évidemment moins le cas concernant l’accord précédent, de 90 milliards de dollars australiens (environ 56 milliards d’euros), signé avec la société française DCNS pour construire jusqu’à douze sous-marins.

L’ironie est que la France disposait de la propulsion nucléaire dans ses sous-marins Barracuda ; et si l’Australie avait opté pour cette option lors de la signature de l’accord en 2016, les Français auraient pu dire : « D’accord, nous allons reproduire notre technologie et vous la donner ». Dans ce cas, l’Australie serait sans doute sur le point de se faire livrer son premier sous-marin nucléaire.

Mais les Australiens ont demandé une propulsion conventionnelle, ce qui a retardé le programme français et donne désormais à la France une bonne raison d’être irritée par ce nouvel accord.

La question est de savoir quand les sous-marins américano-britanniques seront opérationnels, car les sous-marins français étaient loin d’être prêts.

Le nouvel accord permet potentiellement à l’Australie de louer des sous-marins britanniques et/ou américains, de manière temporaire, afin de développer l’expertise australienne en matière de propulsion nucléaire. Au minimum, on peut s’attendre à voir des équipages australiens à bord, aux côtés des Américains ou des Britanniques, pour développer leurs connaissances.

Mais pour le moment, l’Australie n’a pas la capacité d’exploiter et de maintenir des sous-marins nucléaires. Elle ne dispose pas de l’infrastructure nécessaire.

Cela signifie que le pays va soit devoir dépenser d’immenses sommes d’argent pour mettre en place cette infrastructure, soit sous-traiter cette mission au Royaume-Uni ou aux États-Unis, ce qui le soumettra à leur dynamique politique intérieure et le rendra redevable.

L’Australie a fait des erreurs dans la gestion de sa future capacité sous-marine ces quinze dernières années. Elle aurait dû prendre une décision sur la conception d’un nouveau sous-marin il y a longtemps – avec un programme de développement réaliste – et s’y tenir.

Ainsi, elle a refusé d’autres options, notamment une mise à niveau de son sous-marin actuel de classe Collins, pour une version plus récente, plus élégante et plus performante.

À la place, le pays a opté pour une conception radicalement nouvelle, que même les Français n’avaient jamais construite auparavant. Tout ce qui fait appel à une technologie de pointe est susceptible d’entraîner des retards et des dépassements de coûts. Et c’est exactement ce à quoi l’Australie a été confrontée.

Entre-temps les tensions sont montées dans la région et la nécessité d’acquérir de nouveaux sous-marins performants est devenue d’autant plus pressante et importante.

La combinaison de ces facteurs a conduit à une réévaluation rigoureuse des décisions antérieures jugées un peu trop hâtives en ce qui concerne les besoins australiens futurs en matière de sous-marins.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que la décision australienne d’opter pour une plate-forme technologique fiable, connue, mieux intégrée aux systèmes américains et, avec un peu de chance, opérationnelle beaucoup plus rapidement, semble susciter une large approbation au sein des cercles de l’industrie de la défense du pays.

Les détails restent vagues, mais il semble que le plan initial consiste à sous-traiter le développement des sous-marins aux États-Unis ou au Royaume-Uni.

Mais si l’Australie doit être autonome, ce dont le gouvernement semble reconnaître la nécessité, une grande partie de cette technologie devra être transférée sur place – au moins pour permettre la maintenance.

De nombreux aspects de la construction de ces sous-marins ne sont pas directement liés à des connaissances spécifiques des secrets de la propulsion nucléaire. Une partie considérable du travail pourrait donc être effectuée en Australie. Mais cela entraînera des retards et des coûts supplémentaires.

La situation régionale est plus turbulente que jamais et la perspective que l’alliance américaine vienne à la rescousse l’est aussi. L’ironie est que, afin d’être plus autonome, il est nécessaire pour l’Australie de mettre les bouchées doubles pour intégrer la technologie et les compétences américaines. Les Américains sont les leaders mondiaux dans ce domaine et ils ont la capacité industrielle de fournir rapidement les équipements.

Le ministre australien de la Défense, Peter Dutton, est allé à Washington pour persuader les États-Unis de partager leur technologie. L’arrangement AUKUS prévoit de développer une base industrielle technologique et des lignes d’approvisionnement – cela signifie que les États-Unis et le Royaume-Uni semblent convaincus de la capacité de l’Australie à soutenir ces engagements.

Comment la Chine va-t-elle réagir ?

La question est fondamentale : cet accord accroît-il la sécurité de l’Australie ? Il ne fait aucun doute que le pays subira des critiques virulentes et acerbes de Pékin, qui verra les récents développements d’un très mauvais œil.

Mais la rhétorique chinoise ne doit pas être prise au pied de la lettre. Elle est en grande partie tournée vers ses propres citoyens. Il s’agit pour la Chine d’influencer et de façonner l’opinion d’une manière qui soit conforme à ce qu’elle perçoit comme étant ses intérêts.

Ces dernières années, à l’image de son renforcement militaire, la Chine s’est radicalisée dans sa rhétorique mais la plupart des experts en sécurité affirment qu’il s’agit surtout d’intimider des adversaires potentiels afin qu’ils fassent marche arrière.

Alors, une coalition AUKUS plus performante, avec l’Australie au milieu, dissuade-t-elle ou agace-t-elle encore plus la Chine ?

Il y a, en Australie, un consensus croissant sur le fait que le pays doit faire davantage pour dissuader les actions chinoises dans la région. Or, la dissuasion exige des capacités crédibles. Cette nouvelle alliance est cohérente avec ce raisonnement.

Le pays a décidé de mettre ses œufs dans le panier de la sécurité américaine depuis 70 ans – et cette nouvelle coalition va dans ce sens. L’espoir est que la collaboration avec le Royaume-Uni et les États-Unis améliorera la capacité de l’Australie à se défendre.

Mais les sous-marins ne sont vraiment utiles que si vous envisagez de devoir les utiliser. Tant que ce n’est pas le cas, une diplomatie habile et un engagement régional sont essentiels. Le Livre blanc de la politique étrangère australienne de 2017 parlait d’investir dans les liens de sécurité régionale. Pour que ce changement de politique améliore la sécurité du pays, il doit être associé à des efforts beaucoup plus importants visant à renforcer la sécurité et la stabilité aux côtés des voisins de l’Australie en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique.

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(*) Par John Blaxland Professor, Strategic and Defence Studies Centre, Australian National University.

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

Annulation du contrat des sous-marins australiens : «La France ne doit compter que sur elle-même « 

Annulation du contrat des sous-marins australiens : «La France ne doit compter que sur elle-même « 

Après l’annulation de la commande des sous-marins australiens notamment, le député LR Jean-Louis Thiériot, membre de la commission de la défense estime que la France ne doit compter que sur elle-même.


Député de Seine-et-Marne, ancien président du conseil départemental, Jean-Louis Thiériot est également avocat à la cour et historien. Dernier ouvrage paru: «De Gaulle, le dernier réformateur» (Tallandier, 2018).


L’annulation par l’Australie de la commande de douze sous-marins conventionnels au fleuron de l’industrie navale française Naval Group au profit de huit sous-marins nucléaires américains est une gifle commerciale. La création en grande pompe de l’Ankus, un axe militaire unissant les États-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni, une gifle diplomatique.

C’est d’abord une mauvaise nouvelle pour notre industrie, les 16.000 salariés de Naval Group et l’ensemble des sous-traitants: 32 milliards d’euros de perdus. Même si les contrats sont sans doute suffisamment bordés pour limiter les pertes financières à court terme, c’est un dur revers pour un secteur qui enchaîne les déconvenues à l’export. En Pologne, au Maroc, en Indonésie, en Arabie saoudite, Naval Group n’est semble-t-il plus consulté,

Sous-marins australiens: la claque des Américains !

Sous-marins australiens: la claque des Américains !

Une véritable claque des Américains à la France estime  Jean-Dominique Merchet dans l’Opinion (extrait)

 

 

C’es tune claque magistrale pour la France et une rupture stratégique de première importance. La décision du gouvernement australien de dénoncer le contrat AFS (« Australian Future Submarine ») conclu avec la France en 2019 pour s’équiper auprès des Etats-Unis et du Royaume-Uni provoque la consternation à Paris. Si l’Elysée – où l’on n’aime pas les mauvaises nouvelles – est pour l’instant resté silencieux, les ministres des Affaires étrangères et des Armées, Jean-Yves Le Drian et Florence Parly, ont réagi dans la nuit de mercredi à jeudi. Selon eux, il s’agit d’« une décision contraire à la lettre et à l’esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l’Australie » et ils dénoncent « une absence de cohérence que la France ne peut que constater et regretter ». L’industriel Naval Group, qui devait construire les sous-marins a fait part de son côté de sa « grande déception ». Les conséquences, notamment financières, de l’annulation feront l’objet de discussion « dans les jours à venir ».

Signé en 2019, le contrat AFS portait sur la fourniture à l’Australie de 12 sous-marins de la classe Barracuda, une version à propulsion classique des nouveaux Suffren français, qui, eux, sont à propulsion nucléaire. La France était alors en concurrence avec l’Allemagne et le Japon. Le contrat pesait au total 89 milliards de dollars australiens, soit 55 milliards d’euros. Mais seule une partie importante mais non précisée de cette somme revenait à Naval Group et aux entreprises françaises. Si les bateaux étaient de conception française, le système de combat était en effet déjà fourni par les Américains. Ce contrat est très important pour l’arsenal de Cherbourg et l’entreprise Naval Group.

Conséquences. Au-delà du désaveu pour la France, rarement aussi maltraitée par un « partenaire stratégique », la décision australienne est un tournant stratégique lourd de conséquences en termes de course aux armements. Dans le cadre du pacte AUKUS (Australie, Royaume-Uni et Etats-Unis), Canberra a en effet décidé d’acquérir des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) auprès de fabricants américains. Ni les Etats-Unis, ni le Royaume-Uni ne construisent de sous-marins classiques. Un SNA est à propulsion nucléaire, mais il n’a pas d’armement nucléaire. Il peut néanmoins tirer des missiles de croisière à longue portée, outre son armement à la mer (torpilles et missiles mer-mer).

Pour la première fois, les Etats-Unis acceptent de vendre une telle technologie qui est un « game changer » en matière navale. Les SNA sont en particulier conçus pour traquer les sous-marins ennemis… chinois en l’occurrence. Certes, les SNA de la Royal Australian Navy resteront sous un étroit contrôle américain, d’autant plus que l’Australie ne dispose d’aucune industrie, civile ou militaire, dans le domaine nucléaire. Les capacités australiennes de « mise en œuvre » de tels systèmes sont très réduites. Il est probable que l’on entendra des accents de Liverpool ou du Texas à bord des sous-marins et dans les arsenaux « aussies »…

Jusqu’à présent, seule la Russie avait accepté de louer en 2012 un SNA à la marine indienne – un Akula-2 d’ancienne génération, rebaptisé Chakra. Il a été retourné à la Russie en juin dernier, sans doute à la suite d’une explosion à bord. L’Inde développe ses propres compétences en la matière. Dans les années 90, des discussions s’étaient engagées entre la France et le Canada, qui envisageait d’acquérir des SNA, mais les pressions américaines avaient rapidement mis le holà. La France a ensuite vendu des sous-marins Scorpène au Brésil, à charge pour les Brésiliens de les équiper, à terme, avec une propulsion nucléaire de conception nationale.

Avec le contrat australien, les Etats-Unis ouvrent le champ libre à la prolifération des sous-marins nucléaires d’attaque. Qu’est-ce qui empêchera demain la Chine d’en vendre au Pakistan ou la Russie à l’Algérie, par exemple ?

. Non sans ironie, l’annonce australienne intervient alors que Bruxelles présente ce jeudi sa stratégie « indopacifique », qui est également un axe majeur de la diplomatie française. Même si l’on s’en défend à Paris, l’idée même d’« Indopacifique » – qui a remplacé le concept d’« Asie-Pacifique », est à l’évidence tournée contre la Chine. Ni Washington, ni Londres, ni Canberra ne s’en cachent d’ailleurs… Ce qui n’empêche pas Jean-Yves Le Drian et Florence Parly d’assurer que « la France confirme sa volonté d’une action très ambitieuse dans cette région ».

La décision sur les sous-marins va compliquer plus encore les relations entre la France et les Etats-Unis. Les rapports entre les présidents Macron et Biden sont déjà loin d’être excellents. Les Français avaient déjà bu la tasse avec la décision de la Suisse d’acquérir des avions F-35 américains, en concurrence avec le Rafale français, juste au lendemain de la visite de Joe Biden dans la confédération helvétique, fin juin. L’unilatéralisme américain du retrait d’Afghanistan n’a pas arrangé les choses.

Le président français voudrait pousser les feux de « l’autonomie stratégique » de l’UE, face aux Etats-Unis, mais les résistances des partenaires européens de la France sont fortes, d’abord en Allemagne. Lors de son discours sur l’état de l’Union, mercredi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen n’a d’ailleurs pas prononcé le mot. « Les Américains veulent des alliés dociles et la relation avec eux n’est pas facile » entend-on à Paris, jusque dans les milieux diplomatiques les moins suspects d’antiaméricanisme.

Biden et Johnson torpillent le marché du siècle de sous-marins pour l’Australie

Biden et Johnson torpillent le marché du siècle de sous-marins pour l’Australie

 

 

Après l’accord stratégique de défense entre les États-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni («AUKUS» )  , l’Australie a annulé le contrat du siècle des sous-marins que devait fournir la France. Ce partenariat de sécurité conduit l’Australie à annuler sa commande à la France

 

«La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n’est pas un changement d’avis, c’est un changement de besoin», a déclaré Scott Morrison, qui a également annoncé l’achat de missiles américains Tomahawk.

 

 

L’enjeu stratégique des câbles sous-marins

L’enjeu stratégique des câbles sous-marins 

 

 

 « Plus de 99% du trafic Internet international passe par des câbles sous-marins, analyse le chercheur Cyrille Dalmont  associé à l’Institut Thomas-More. En 2020, on en recense près de 380 à travers le monde, pour un total de 1,3 million de kilomètres posés. C’est un enjeu vital pour les Etats explique-t-il dans l’Opinion

 

Le câble sous-marin de Google sur la côte française est le plus important câble transatlantique. Il permettra à Google d’augmenter ses capacités de transmission vers la France et les principaux centres de data.

 

« Le débat sur la souveraineté numérique relatif à la 5G fait rage depuis quelque temps en France, en particulier en raison des risques pour notre souveraineté et notre sécurité intérieure que soulève une éventuelle participation de l’entreprise Huawei au déploiement des antennes relais. Ce débat, selon des modalités et une intensité variables, la plupart des pays occidentaux l’ont ou l’ont eu. La 5G et ses implications (comme la crise sanitaire d’ailleurs) nous ramènent inévitablement aux fondamentaux de la politique : qui commande ? Qui dit « nous voulons » ?

Mais une autre guerre des mondes sévit dans le même temps à bas bruit : celle des câbles internet. La réalité est simple : pour les communications internationales, plus de 99% du trafic Internet passe par des câbles sous-marins. En 2020, on en recense près de 380 à travers le monde, pour un total de 1,3 million de kilomètres posés. C’est un enjeu vital pour les Etats. On retrouve donc sur l’échiquier mondial les champions industriels de la pose de câbles qui s’affrontent pour asseoir l’hégémonie des principales puissances mondiales. Etats-Unis et Chine en tête, mais aussi Russie et, hélas très modestement, Europe : tous se livrent à des assauts répétés les uns contre les autres pour dominer le secteur.

Pourquoi est-ce si important pour les Etats ? Tout simplement parce que celui qui possède le câble peut contrôler le flux de données, les maîtriser, éventuellement les espionner (comme autrefois les ports, les ponts et routes) et, en cas de conflit, couper les communications de certaines régions, voire de nations entières. L’utilisateur Internet ne choisit pas par quel câble il passe et, plus un pays possède ou contrôle de câbles, plus il peut capter de trafic de données.

Sur le terrain, la Chine est particulièrement offensive et son fer de lance était jusqu’à il y a peu la société Huawei marine networks, créée en 2008. Dans le cadre des « Routes de la soie numériques », elle a travaillé à elle seule sur près d’une centaine de projets de construction ou de modernisation de liaisons par fibre optique sur les fonds marins. Cet expansionnisme a connu un coup d’arrêt avec l’embargo récent (15 mai 2019) de l’administration Trump à l’encontre de la firme chinoise Huawei. Accusé d’espionnage à grande échelle au profit du gouvernement chinois, il est désormais interdit aux sociétés américaines de travailler avec le constructeur chinois. Donald Trump a encore haussé le ton en mai dernier et cet embargo s’applique désormais aux fournisseurs basés hors des Etats-Unis, dès lors que leurs produits ou services utilisent des technologies américaines, qu’il s’agisse de propriété intellectuelle, de logiciels ou d’équipements de production.

Mais cet embargo sera vite contourné car la Chine a trouvé rapidement la parade : Huawei a annoncé en juin la cession de 51% de Huawei marine networks à Hengtong optic-electric, une autre entreprise chinoise. Bien évidemment, la Chine non seulement ne ralentit pas mais entend amplifier son programme de pose de câbles comme l’a confirmé, au retour de sa tournée européenne, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, lors de la signature d’un accord avec le Kazakhstan.

 

«Google possède ou contrôle aujourd’hui pas moins de 14 câbles (dont trois en propre). Facebook en possède 10, Microsoft quatre et Amazon trois» 

De leur côté, les Etats-Unis, inventeurs d’Internet, dominent toujours aujourd’hui le marché mondial du transfert de données, notamment grâce à l’activité débordante des Gafam, en particulier Facebook et Google dont l’appétit pour la pose de câbles est à la hauteur des ressources, c’est-à-dire sans limite. Google possède ou contrôle aujourd’hui pas moins de 14 câbles (dont trois en propre). Facebook en possède 10, Microsoft quatre et Amazon trois.

Si elle est moins dépendante des câbles sous-marins que les Occidentaux, en raison du continuum de son territoire, et moins active dans la pose de câbles, la Russie, quant à elle, n’hésite pas à jouer les trouble-fêtes avec ses mini-sous-marins espions de plongée profonde à propulsion nucléaire, connus sous le terme russe AGS. Ou à mettre la pression sur des pays de son environnement pour imposer sa volonté quant au choix d’une société de pose de câble.

Epée de bois. C’est ce qui s’est passé en Géorgie, pour le groupe azéri Neqsol avec l’acquisition de Caucasus Online, seule société géorgienne détenant la gestion du réseau de fibre venant d’Europe à travers la Mer Noire, dans le cadre d’un projet de route de fibre optique entre l’Europe, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et l’Asie, qui devait permettre une alternative aux routes terrestres actuelles à travers la Russie. Cette opération, finalisée en 2019, est bloquée depuis juillet, la Commission nationale géorgienne des communications semblant chercher tous les moyens d’annuler la vente. Tous les coups sont ainsi permis dans cette guerre où le droit du plus fort devient le droit tout court.

Et l’Europe dans tout cela ? Dans ce domaine comme dans tant d’autres, dotée d’une expérience industrielle indéniable (notamment avec le groupe Alcatel submarine networks, désormais filiale de Nokia) mais privée de direction comme de volonté politique, elle n’a ni stratégie, vision de long terme. Les entreprises européennes se contentent donc le plus souvent de participer à des projets de groupement internationaux telle que le projet 2Africa de câble sous-marin de 37 000 kilomètres reliant 23 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe et s’étendant vers l’Asie.

Si nous assistons bien à une guerre de puissance et de souveraineté entre Etats, au travers de leurs champions industriels, l’Europe joue les candides et monte au front avec une épée de bois quand les Etats-Unis, la Chine et la Russie savent utiliser les authentiques ressorts de la puissance. En refusant de devenir un véritable acteur majeur du numérique – ce qui réclamerait de mettre en place un « écosystème » européen indépendant alliant investissements, recherche, industrie, vecteurs de diffusion, mesures douanières et surtout une vision géostratégique de l’économie – l’Europe laisse son avenir économique et sa souveraineté entre les mains d’autres puissances mondiales. »

Cyrille Dalmont est chercheur associé à l’Institut Thomas-More

« L’enjeu stratégique des câbles sous-marins » (Cyrille Dalmont)

 » L’enjeu stratégique des câbles sous-marins » (Cyrille Dalmont)

 

 

 « Plus de 99% du trafic Internet international passe par des câbles sous-marins, analyse le chercheur associé à l’Institut Thomas-More. En 2020, on en recense près de 380 à travers le monde, pour un total de 1,3 million de kilomètres posés. C’est un enjeu vital pour les Etats explique-t-il dans l’opinion

 

Le câble sous-marin de Google sur la côte française est le plus important câble transatlantique. Il permettra à Google d’augmenter ses capacités de transmission vers la France et les principaux centres de data.

 

« Le débat sur la souveraineté numérique relatif à la 5G fait rage depuis quelque temps en France, en particulier en raison des risques pour notre souveraineté et notre sécurité intérieure que soulève une éventuelle participation de l’entreprise Huawei au déploiement des antennes relais. Ce débat, selon des modalités et une intensité variables, la plupart des pays occidentaux l’ont ou l’ont eu. La 5G et ses implications (comme la crise sanitaire d’ailleurs) nous ramènent inévitablement aux fondamentaux de la politique : qui commande ? Qui dit « nous voulons » ?

Mais une autre guerre des mondes sévit dans le même temps à bas bruit : celle des câbles internet. La réalité est simple : pour les communications internationales, plus de 99% du trafic Internet passe par des câbles sous-marins. En 2020, on en recense près de 380 à travers le monde, pour un total de 1,3 million de kilomètres posés. C’est un enjeu vital pour les Etats. On retrouve donc sur l’échiquier mondial les champions industriels de la pose de câbles qui s’affrontent pour asseoir l’hégémonie des principales puissances mondiales. Etats-Unis et Chine en tête, mais aussi Russie et, hélas très modestement, Europe : tous se livrent à des assauts répétés les uns contre les autres pour dominer le secteur.

Pourquoi est-ce si important pour les Etats ? Tout simplement parce que celui qui possède le câble peut contrôler le flux de données, les maîtriser, éventuellement les espionner (comme autrefois les ports, les ponts et routes) et, en cas de conflit, couper les communications de certaines régions, voire de nations entières. L’utilisateur Internet ne choisit pas par quel câble il passe et, plus un pays possède ou contrôle de câbles, plus il peut capter de trafic de données.

Sur le terrain, la Chine est particulièrement offensive et son fer de lance était jusqu’à il y a peu la société Huawei marine networks, créée en 2008. Dans le cadre des « Routes de la soie numériques », elle a travaillé à elle seule sur près d’une centaine de projets de construction ou de modernisation de liaisons par fibre optique sur les fonds marins. Cet expansionnisme a connu un coup d’arrêt avec l’embargo récent (15 mai 2019) de l’administration Trump à l’encontre de la firme chinoise Huawei. Accusé d’espionnage à grande échelle au profit du gouvernement chinois, il est désormais interdit aux sociétés américaines de travailler avec le constructeur chinois. Donald Trump a encore haussé le ton en mai dernier et cet embargo s’applique désormais aux fournisseurs basés hors des Etats-Unis, dès lors que leurs produits ou services utilisent des technologies américaines, qu’il s’agisse de propriété intellectuelle, de logiciels ou d’équipements de production.

Mais cet embargo sera vite contourné car la Chine a trouvé rapidement la parade : Huawei a annoncé en juin la cession de 51% de Huawei marine networks à Hengtong optic-electric, une autre entreprise chinoise. Bien évidemment, la Chine non seulement ne ralentit pas mais entend amplifier son programme de pose de câbles comme l’a confirmé, au retour de sa tournée européenne, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, lors de la signature d’un accord avec le Kazakhstan.

 

«Google possède ou contrôle aujourd’hui pas moins de 14 câbles (dont trois en propre). Facebook en possède 10, Microsoft quatre et Amazon trois» 

De leur côté, les Etats-Unis, inventeurs d’Internet, dominent toujours aujourd’hui le marché mondial du transfert de données, notamment grâce à l’activité débordante des Gafam, en particulier Facebook et Google dont l’appétit pour la pose de câbles est à la hauteur des ressources, c’est-à-dire sans limite. Google possède ou contrôle aujourd’hui pas moins de 14 câbles (dont trois en propre). Facebook en possède 10, Microsoft quatre et Amazon trois.

Si elle est moins dépendante des câbles sous-marins que les Occidentaux, en raison du continuum de son territoire, et moins active dans la pose de câbles, la Russie, quant à elle, n’hésite pas à jouer les trouble-fêtes avec ses mini-sous-marins espions de plongée profonde à propulsion nucléaire, connus sous le terme russe AGS. Ou à mettre la pression sur des pays de son environnement pour imposer sa volonté quant au choix d’une société de pose de câble.

Epée de bois. C’est ce qui s’est passé en Géorgie, pour le groupe azéri Neqsol avec l’acquisition de Caucasus Online, seule société géorgienne détenant la gestion du réseau de fibre venant d’Europe à travers la Mer Noire, dans le cadre d’un projet de route de fibre optique entre l’Europe, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et l’Asie, qui devait permettre une alternative aux routes terrestres actuelles à travers la Russie. Cette opération, finalisée en 2019, est bloquée depuis juillet, la Commission nationale géorgienne des communications semblant chercher tous les moyens d’annuler la vente. Tous les coups sont ainsi permis dans cette guerre où le droit du plus fort devient le droit tout court.

Et l’Europe dans tout cela ? Dans ce domaine comme dans tant d’autres, dotée d’une expérience industrielle indéniable (notamment avec le groupe Alcatel submarine networks, désormais filiale de Nokia) mais privée de direction comme de volonté politique, elle n’a ni stratégie, vision de long terme. Les entreprises européennes se contentent donc le plus souvent de participer à des projets de groupement internationaux telle que le projet 2Africa de câble sous-marin de 37 000 kilomètres reliant 23 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe et s’étendant vers l’Asie.

Si nous assistons bien à une guerre de puissance et de souveraineté entre Etats, au travers de leurs champions industriels, l’Europe joue les candides et monte au front avec une épée de bois quand les Etats-Unis, la Chine et la Russie savent utiliser les authentiques ressorts de la puissance. En refusant de devenir un véritable acteur majeur du numérique – ce qui réclamerait de mettre en place un « écosystème » européen indépendant alliant investissements, recherche, industrie, vecteurs de diffusion, mesures douanières et surtout une vision géostratégique de l’économie – l’Europe laisse son avenir économique et sa souveraineté entre les mains d’autres puissances mondiales.

Cyrille Dalmont est chercheur associé à l’Institut Thomas-More




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