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Mondialisation : problème ou solution ?

Mondialisation : problème  ou solution ?

Pourquoi la mondialisation devient un problème après avoir été la solution estime un papier du « Monde. » 

 

Définissant à l’origine en électronique le fait de séparer deux circuits électriques jusqu’ici connectés, le terme de « découplage » a pris des sens géopolitique et économique. Il a désigné, au gré des sautes d’humeur de l’Alliance atlantique, la possibilité d’une absence de réaction des Etats-Unis à une attaque russe sur l’Europe – par exemple pendant les présidences Nixon ou Trump –, une crainte qui n’est plus d’actualité à l’heure de la guerre en Ukraine. Il renvoie aussi, dans les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), à l’espoir d’une séparation entre croissance économique et croissance des émissions de CO2. Mais, aujourd’hui, le mot decoupling en anglais, et tuo gou en chinois, désigne la tendance à réduire voire supprimer les liens d’interdépendance économique qui unissent les Etats-Unis, et plus largement l’Occident, à la Chine : « Un scénario dans lequel les Etats-Unis et la Chine choisiraient des technologies et des normes commerciales divergentes, et s’appuieraient sur des chaînes d’approvisionnement indépendantes », explique Jeremy Ghez, professeur d’économie et d’affaires internationales à HEC, qui a coordonné sur le sujet une étude conjointe de HEC, de l’American Chamber of Commerce et du cabinet d’avocats DLA Piper (« Economic Decoupling. Our New Reality ? », décembre 2021).

Depuis que l’empire du Milieu est passé du statut d’atelier du monde et de gigantesque marché à celui de rival géostratégique, depuis aussi que la crise du Covid-19 a dessillé les yeux de l’opinion et des dirigeants occidentaux sur notre dépendance aux masques et médicaments made in China, le découplage est devenu une option stratégique, non seulement pour les gouvernements, mais aussi, bon gré mal gré, pour les entreprises.

A tout seigneur tout honneur, il faut bien reconnaître que l’ex-président américain Donald Trump est le premier à avoir réagi au « China shock », à savoir la perte de dizaines de milliers d’emplois industriels et de larges parts de marché pour les entreprises occidentales face à la concurrence chinoise (« The China Shock. Learning from Labor Market Adjustment to Large Changes in Trade », David Autor, David Dorn et Gordon Hanson, National Bureau of Economic Research, Working Paper n° 21906, 2016).

D’où l’escalade, à partir du printemps 2018, des tarifs douaniers appliqués aux importations chinoises, mais aussi l’interdiction de vente de composants technologiques à des entreprises chinoises (comme ZTE, en avril 2018), leur exclusion des marchés nationaux « stratégiques » comme les télécommunications (Huawei, décret présidentiel du 15 mai 2019), et même de la cotation new-yorkaise, faute de transparence sur les comptes ou à cause de la présence à leur tête de membres du Parti communiste (« Holding Foreign Companies Accountable Act », décembre 2020). La présidence Biden a maintenu ces mesures, y ajoutant une dimension idéologique d’hostilité ouverte à un régime « non démocratique ».

La promotion de la problématique environnementale à l’école

 

La campagne présidentielle est passée à côté de la jeunesse et du défi climatique, dont l’urgence exige de revoir complètement la manière dont l’école l’aborde, estime, dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités, parmi lesquelles Jean Jouzel, Jean-Louis Etienne, Tristane Banon et Tony Parker, qui proposent un « décloisonnement radical » de l’approche des questions environnementales.

 

Tribune.

 

La campagne présidentielle ne mobilise pas les jeunes, qu’ils soient en âge de voter ou non. Mais a-t-elle vraiment cherché à le faire ? Et comment aurait-elle pu, le cas échéant, y parvenir ? La tâche est complexe, face à une multiplicité de défis interdépendants qu’il incombe à la jeunesse de relever.

L’urgence climatique et environnementale rebat toutes les cartes : les repères de la vie économique et sociale, nationale et internationale, les migrations, les modes de consommation, la citoyenneté, l’alimentation. Elle remet en question la perception du corps, la mobilité, la sexualité, les identités, les relations intergénérationnelles – d’une façon générale, les rapports à soi-même, aux autres, êtres humains comme êtres vivants.

Le défi est, à bien des égards, vertigineux, ce que confirme le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 4 avril. Sur une planète Terre, devenue comme menaçante à force de lancer des signaux de détresse, la jeunesse exprime, comme jamais elle ne l’avait fait jusqu’à présent, des inquiétudes collectives profondes, mais aussi une attention renouvelée à l’environnement.

Par où fallait-il commencer ? Comment redonner à notre jeunesse quelques étoiles dans les yeux ? Par l’école. Parce que sans elle on s’épuisera en vain à réguler des secteurs en transition, à la façon de Charlot dans Les Temps modernes, embringué dans une mécanique incontrôlable ; parce que le savoir et la pensée critiques sont les meilleurs guides face à des choix difficiles, pour éviter les fausses routes, les fantasmes, les peurs « collapsistes », les ostracismes et les violences ; parce que, comme la graphie le suggère, « écologie » commence par le mot « école ».

Le changement sera matriciel ou ne sera pas. Il doit être éveillé et naître dans les cerveaux des bâtisseurs de l’avenir, non pas comme une série de données abstraites ou d’actes automatiques, mais comme un mode d’appréhension sensible du monde. Ce n’est là ni plus ni moins que la vocation première de l’école : apporter les bons matériaux pour l’exercice de l’esprit critique et pour l’esprit tout court. Mais appliquée à la construction d’une citoyenneté du XXIe siècle, c’est une révolution copernicienne, parce que l’école ne relie pas spontanément les acquis fondamentaux au défi fondamental.

Nous faisons partie du vivant et, en ce sens, l’école doit enseigner la réalité et la richesse de ses relations symbiotiques. Elle doit permettre à chacun de trouver à s’insérer dans une société ouverte au monde, en dialogue avec lui. Elle doit viser à créer et à stimuler ces liens. Elle est une éducation politique en ce qu’elle est ouverte aux autres êtres vivants : elle doit enseigner et cultiver une politique du vivant !

 

Gaz africain: Un élément de solution ?

Gaz africain: Un élément de solution ?

 

Plusieurs pays africains pourraient profiter du conflit en Ukraine et des sanctions sur la Russie pour exporter leur gaz, mais cette stratégie n’est pas sans risque, observe Marie de Vergès, journaliste au « Monde », dans sa chronique.

 

Chronique. 

« Nous ne voulons pas être vus comme des profiteurs de guerre. » Cette remarque du ministre de l’énergie tanzanien, January Makamba, interrogé fin mars par le Washington Post, peut surprendre. Depuis le déclenchement des hostilités entre la Russie et l’Ukraine, les pays africains semblent avoir bien plus à perdre qu’à gagner. Les ménages doivent affronter une nouvelle vague inflationniste, et le risque de crise alimentaire est démultiplié à travers le continent.

Mais comme toute guerre, le conflit entrepris par Vladimir Poutine peut aussi produire des effets d’aubaine. Et la question qui agite ces jours-ci M. Makamba comme d’autres spécialistes du secteur énergétique est la suivante : le gaz africain pourrait-il suppléer, voire supplanter, l’offre russe ? L’équation est simple. L’Union européenne fait venir de Russie 40 % de ses importations gazières. Une dépendance toxique dont elle voudrait bien s’affranchir. En face, l’Afrique possède certaines des plus grandes réserves de gaz naturel du monde, le plus souvent inexploitées.

Des infrastructures vieillissantes

« L’Europe cherche des sources alternatives d’approvisionnement en gaz. Cela peut être en Afrique », a résumé fin mars Akinwumi Adesina, le patron de la Banque africaine de développement. Nigérian, M. Adesina sait de quoi il parle. Son pays d’origine, premier producteur de pétrole du continent, détient de vastes réserves de gaz.

Un projet de « gazoduc transsaharien » est censé connecter les champs de production nigérians aux pipelines algériens, en passant par le Niger, sur 4 000 kilomètres, pour ensuite atteindre le marché européen. Sur la table depuis plus d’une décennie, le chantier a été relancé en février. Pour se concrétiser enfin, il a besoin d’argent. Beaucoup d’argent : de 13 à 15 milliards de dollars, selon diverses estimations. Le contexte international peut-il susciter de nouveaux financements ? D’autres pays gaziers espèrent aussi profiter de l’actuelle donne géopolitique, de l’Angola au Mozambique, en passant par le Sénégal ou la Tanzanie. Et l’Algérie, bien sûr, qui fournit déjà 11 % des achats de gaz du Vieux Continent.

Oui, il y a donc une opportunité à saisir pour des pays producteurs, riches en ressources et pauvres en revenus. Prudence, pourtant : ces gisements ne constituent pas une solution miracle pour répondre aux besoins pressants de l’Europe, ni même pour doper les économies africaines. Après des années de sous-investissement, les infrastructures sont, selon les pays, vieillissantes ou inexistantes. Et même en ces temps de crise avec Moscou, les capitaux n’afflueront pas toujours.

Un frein évident tient aux problèmes de sécurité. Le tracé du gazoduc transsaharien fournit un exemple éloquent : prenant sa source dans la région du delta du Niger (sud du Nigeria), théâtre d’opérations de sabotage menées par des bandes armées contre les installations pétrolières, il est censé traverser des régions très instables du Sahel, où opèrent des groupes terroristes comme Boko Haram ou Al-Qaïda.

La situation est au moins aussi complexe au Mozambique. Les réserves sous-marines découvertes en 2010 sont de nature à propulser le pays parmi les dix premiers producteurs mondiaux. Mais une insurrection djihadiste a, pour l’heure, gelé la ruée vers le gaz mozambicain. Elle a notamment poussé le groupe TotalEnergies à suspendre, il y a un an, un mégaprojet de gaz naturel liquéfié (GNL) évalué à plus de 15 milliards d’euros, dans la province septentrionale du Cabo Delgado.

 

Une autre question se pose, plus fondamentale, sur un continent où de nombreux pays dépendent déjà à l’excès des ressources de leur sous-sol. L’histoire montre que ces actifs se convertissent rarement en gains pour les populations. Depuis plusieurs années, les discours politiques promeuvent une ambition de diversification et d’industrialisation. Mais comme le résume le directeur du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Abebe Aemro Selassie : « Si le gaz se met à attirer une vague de nouveaux investissements, comment s’assurer que cet objectif ne sera pas oublié ?  »

Violences contre les élus: pas la solution ( B. Cazeneuve)

Violences contre les élus: pas la solution ( B. Cazeneuve)

  • La violence contre les élus de la République doit cesser estime Bernard Cazeneuve dans l‘Opinion qui en même temps constate  que la faiblesse du débat public et des réponses attendues par les Français aux maux qu’ils vivent et aux inquiétudes qu’ils éprouvent entretient immanquablement la violence contre les élus.

 

 

Les faits de menaces graves et les atteintes volontaires à leur intégrité physique ont doublé en un an et prennent désormais d’inquiétantes dimensions : insultes publiques à caractère raciste, misogyne et antisémite, intimidations devant le domicile privé des représentants du suffrage universel, saccages des permanences et agressions caractérisées des personnes, menaces d’exécution par balle et de décapitation… La liste est longue des manquements aux valeurs de respect et de concorde qui ont constitué la source à laquelle notre Nation a puisé son inspiration, pour affirmer son ambition humaniste et universelle.

En passe de devenir les cibles de tous les ressentiments et des colères accumulées au fil du temps, les serviteurs de l’intérêt général se trouvent démunis face au déchaînement de la violence. Faut-il demeurer silencieux, au risque de devenir complice de ce profond délitement démocratique ? C’est que l’idée même de représentation est désormais frontalement contestée et à travers elle la pérennité de l’Etat de droit, puisque la banalisation de la violence contre les élus laisse à penser qu’elle serait devenue « légitime ».

Cette violence appelle une réaction forte de l’ensemble du peuple français. Il serait illusoire de penser qu’elle épargnera les citoyens eux-mêmes et ne débouchera pas à terme sur l’affrontement de tous contre tous

Disons-le sans détour, la cote d’alerte est largement dépassée pour notre démocratie. Notre communauté nationale se nourrit du pluralisme et du débat qui doit en résulter. Notre République ne vit que parce que des citoyens parmi tous les autres sont prêts à assumer des fonctions publiques d’intérêt général et à assurer partout sur le territoire national l’indispensable dialogue quotidien avec leurs compatriotes.

Les réseaux dits « sociaux » ne peuvent pas devenir l’incubateur de la haine ni le nombre des « followers » servir d’encouragement à la propagation de la violence extrême et décomplexée. Comme le courage n’est pas toujours la modalité de ces appels à la transgression, c’est dans l’anonymat et dans l’ivresse de la communication virtuelle qu’ils trouvent à s’épanouir.

Cette violence exige une réponse ferme de la part des services compétents de l’Etat. Elle appelle également une réaction forte de l’ensemble du peuple français. Il est de notre devoir individuel et collectif de lutter contre cette agressivité lancinante qui présage d’une grave impasse démocratique. En outre, il serait illusoire de penser que la violence épargnera les citoyens eux-mêmes et ne débouchera pas à terme sur l’affrontement de tous contre tous. Tel est le sens de l’appel au retour à l’éthique de la responsabilité, que nous devons avoir en partage, car cette tension délibérément entretenue commande un sursaut de la part des responsables politiques, notamment à l’approche de l’échéance présidentielle.

Les partis n’arrivent plus à produire une pensée articulée. Les égos contribuent à déstabiliser un débat public sans repères et à démonétiser encore un peu plus une parole publique désormais sans boussole

La faiblesse du débat public et des réponses attendues par les Français aux maux qu’ils vivent et aux inquiétudes qu’ils éprouvent entretient immanquablement la violence contre les élus. Profondément affaiblis,les partis n’arrivent plus à produire une pensée articulée et à proposer des projets de société structurés. Les égos sont bien trop marqués et uniquement obsédés par le son de leur propre écho, contribuant à déstabiliser un débat public sans repères et à démonétiser encore un peu plus une parole publique désormais sans boussole.

C’est sur ce terreau dangereusement appauvri que se déroule la campagne pour l’élection présidentielle. Trop de candidats ont fait le choix de l’outrance, préférant les postures calculatrices aux positions claires, n’employant que des mots tranchants et blessants dans un débat anémié où l’écoute, l’échange et la recherche du compromis n’ont plus leur place.

La disparition des corps intermédiaires à laquelle ils ne sont pas étrangers, faute d’une résistance suffisante à l’air du temps, fait la part trop belle à la verticalité. L’absence d’espaces de délibération où pourrait se déployer une discussion apaisée et rationnelle risque d’engendrer un grave court-circuit démocratique et laisser à la foule le soin de trahir une nouvelle fois le peuple, en l’abandonnant à ses passions tristes.

L’irruption du « Convoi de la liberté » au cœur de cette campagne déjà affaissée laisse craindre – comme au moment du mouvement des Gilets jaunes et à la suite des agitations antivax – une nouvelle poussée de fièvre hexagonale dont les élus et les citoyens ne manqueront pas de faire les frais. Surfer sur cette tension serait d’un cynisme coupable et constituerait une menace lourde et potentiellement grave pour la paix civile.

Ainsi, la France souffre d’un trop-plein de violence et d’une insuffisance de débat. L’élection présidentielle est pourtant le moment de la confrontation des idées. Seule une délibération républicaine digne et respectueuse permettra de faire reculer la brutalisation rampante des rapports sociaux et d’évoquer enfin les sujets qui comptent, les politiques publiques qui font la Nation, qu’il s’agisse du pouvoir d’achat, de l’urgence climatique, de la centralité de l’école dans le contrat social, des fractures territoriales ou des inégalités qui minent notre pays. Seul un échange respectueux de la diversité des points de vue permettra aux Français de reprendre leur destin en main, en d’autres termes de regagner leur pouvoir d’agir.

Le temps est sans doute venu de prendre conscience que la banalisation de la violence contre nos élus marquerait la fin de la démocratie. De même qu’il est certain que l’abaissement du débat et les provocations inutiles marqueraient la fin du vivre ensemble, qui constitue pourtant le sens profond de notre Nation.

Bernard Cazeneuve est ancien Premier ministre.

Le cannabis comme solution à l’absentéisme !

Le cannabis comme solution à l’absentéisme et au chômage !

Dans certains Etats américains ayant libéralisé le commerce du cannabis, des chercheurs ont observé une baisse des congés maladie, voire une diminution relative du chômage, rapporte dans sa chronique l’économiste Philippe Askenazy. opinion dans le Monde)

 

Ou quand des économistes se mêlent de tout et de rien ,un peu comme les sociologues, sans aucune compétence scientifique.

Ici on passe sous silence les effets cognitifs négatifs par exemple ou encore la mise en cause de la sécurité notamment sur la conduite des engins et autres automobiles. Enfin évoquer le cannabis comme solution au chômage relève sans doute de l’humour et de l’inconscience ( voir ci après les effets du canabis.)

 

Chronique.

 

Il y a cinq ans, même s’il n’avait pas pris clairement position, Emmanuel Macron représentait un espoir pour les partisans de la légalisation du cannabis. Il est la « personnalité de l’année 2022 » pour le magazine La Revue du vin de France, distingué pour « son engagement constant en faveur du vin », cet autre psychotrope. La politique gouvernementale est donc restée figée dans une prohibition du cannabis que revendiquent la plupart des candidats des droites à la présidentielle.

A l’inverse, preuve que, sur les questions sociétales, le clivage gauche droite reste fort, les candidats des gauches sont, dans leur majorité, favorables à une évolution. Les deux principaux en lice – Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) – proposent une forme de légalisation de la consommation récréative. Cette dernière est en marche en Europe : Malte a franchi le pas en décembre 2021, le Luxembourg très bientôt, l’Espagne pourrait encore plus libéraliser sa législation, et surtout, la légalisation figure dans l’accord de la coalition allemande.

Augmentation des accidents du travail

Un des arguments des adversaires de la légalisation récréative concerne le travail et l’emploi. Une accumulation de travaux académiques de différentes disciplines ont établi que la consommation de cannabis est associée à une altération de la concentration et de la motivation, qui se traduirait par une augmentation des accidents du travail et une moindre productivité. Elles seraient moins marquées si la consommation s’effectue après le travail.

Une critique récurrente de ces résultats est que les consommateurs peuvent présenter au préalable des caractéristiques qui expliquent à la fois consommation et moindres performances individuelles. Les rares études de panels, qui corrigent ce biais des caractéristiques individuelles, trouvent d’ailleurs des effets, certes négatifs sur la concentration mais statistiquement peu significatifs. Mais au total, ces travaux ne disent rien de l’impact d’une politique de légalisation.

Moins de congés maladie

Les légalisations des dernières années dans certains Etats américains offrent en revanche des expériences naturelles comparées. Des économistes américains ont ainsi montré que les indemnités journalières maladie/accidents perçues par les usagers de 40 à 62 ans étaient moins fréquentes et leur montant diminué d’un cinquième après légalisation ; plus surprenant encore, les accidents non traumatiques seraient moins fréquents (« Does Marijuana Legalization Affect Work Capacity ? Evidence from Workers’Compensation Benefits », Rahi Abouk, Keshar M. Ghimire, Johanna Catherine Maclean et David Powell, NBER Working Paper n° 28471, février 2021). Les auteurs expliquent ces résultats par l’effet thérapeutique du cannabis et observent une substitution aux antidouleurs, légaux ou non, qui peuvent altérer la concentration des travailleurs encore plus que le cannabis.

 

Les risques du cannabis

 

Les connaissances sur le cannabis et ses impacts restent, encore à ce jour, en constante évolution. La majorité des personnes qui consomment du cannabis ne subissent pas les conséquences négatives de cet usage. Différents facteurs semblent toutefois en favoriser l’apparition chez certaines personnes.

Facteurs de risques

Bien que des problèmes puissent apparaître à la suite d’une première consommation de cannabis, ceux qui sont liés à la santé physique et mentale surviennent surtout à la suite d’une consommation répétée pendant plusieurs mois ou plusieurs années. Les accidents et blessures, quant à eux, peuvent se produire lors d’une consommation isolée ou occasionnelle de cannabis. Certains facteurs peuvent augmenter ou diminuer le risque qu’un consommateur de cannabis subisse des effets négatifs :

  • les prédispositions personnelles ou familiales à un trouble de santé mentale, par exemple la psychose ou la maladie affective bipolaire;
  • la fréquence de consommation du cannabis : une consommation dite régulière, soit au moins une fois par semaine, est souvent liée à un plus grand risque de problèmes de santé;
  • le type de produit consommé : les produits dont le contenu en THC est plus élevé pourraient être plus nuisibles;
  • l’âge à partir duquel la personne consomme du cannabis : la consommation à l’adolescence est généralement associée à un risque accru de conséquences négatives;
  • le contexte de la consommation, par exemple :le mode de consommation : fumer un produit du cannabis semble plus risqué que d’autres modes de consommation, bien que des intoxications aux aliments qui contiennent du cannabis soient fréquentes chez les usagers inexpérimentés.
    • lorsque le cannabis est combiné à d’autres substances comme l’alcool ou des médicaments,
    • lorsque la personne a des responsabilités personnelles telles que le travail ou la supervision d’enfants.

Il faut toutefois être prudent avant d’attribuer à la consommation de cannabis la cause d’une difficulté ou d’un problème de santé. Il est possible que cette difficulté ou ce problème :

  • existait déjà avant la consommation de cannabis;
  • soit la conséquence d’une consommation de cannabis;
  • soit influencé par la consommation de cannabis ou, au contraire, qu’il influence celle-ci.

En fonction de ces facteurs, il demeure difficile de prédire si une personne présentera ou non des problèmes importants après avoir consommé du cannabis. La plupart des experts s’entendent sur le fait qu’aucune consommation de cannabis n’est sécuritaire à 100 %.

Risques pour les capacités cognitives

Les risques et les conséquences négatives de la consommation de cannabis pour la santé résultent notamment de ses effets sur les capacités cognitives d’une personne, comme :

  • son jugement;
  • son attention;
  • sa mémoire;
  • sa capacité à prendre des décisions.

Ces effets peuvent parfois avoir des répercussions sur les activités quotidiennes de la personne, par exemple :

  • la conduite d’un véhicule;
  • le travail;
  • les situations d’apprentissage;
  • d’autres situations qui impliquent des gestes ou des actions nécessitant coordination et rapidité.

Les effets d’une consommation de cannabis débutent dans les minutes qui suivent l’inhalation et un peu plus tard si le cannabis est ingéré. Ces effets se prolongent souvent sur plusieurs heures et sont habituellement réversibles. Certaines études soutiennent qu’un moins bon fonctionnement cognitif pourrait persister plus longtemps si la consommation est répétée et soutenue, surtout si l’usage commence à l’adolescence.

 

Contaminations Covid: la solution, arrêter de tester !!!

Contaminations  Covid: la solution, arrêter de tester !!!

En cette période de pandémie, on aura entendu beaucoup de propos intéressants de la part des experts médicaux mais aussi beaucoup d’incongruités. Des médecins qui souvent sont tombés dans le piège du bavardage tendu par les médias. Ainsi le docteur Gérald Kierzek, directeur médical de Doctissimo préconise-t-il par rapport à la montée des statistiques de pandémie de ne plus comptabiliser les contaminations.

Peut-être une idée suggérée au pouvoir un peu à la peine face au développement exponentiel de la maladie dans le pays.

En dépit de son titre, Doctissimo est à la recherche médicale ce que McDo est à la gastronomie;  son contenu d’articles de vulgarisation sert surtout au support de pub en tout genre dont beaucoup d’ailleurs n’ont rien à voir avec la médecine. 

« L’expert »  déclare :

  •  «On a une épidémie qui a changé de visage. Le variant Omicron n’est plus dangereux, il amène très peu à l’hôpital, provoque très peu de formes graves». Il faut donc sortir du «calcul épidémiologique quotidien» qui alimente les «alarmistes», et qui engendre, estime-t-il, «un effet de panique».

Au moins de quoi satisfaire les pouvoirs publics en tout cas de leur plaire à défaut d’être un avis réellement scientifique.

Pandémie Covid: la solution, arrêter de tester !!!

Pandémie Covid: la solution, arrêter de tester !!!

En cette période de pandémie, on aura entendu beaucoup de propos intéressants de la part des experts médicaux mais aussi beaucoup d’incongruités. Des médecins qui souvent sont tombés dans le piège du bavardage tendu par les médias. Ainsi le docteur Gérald Kierzek, directeur médical de Doctissimo préconise-t-il par rapport à la montée des statistiques de pandémie de ne plus comptabiliser les contaminations.

Peut-être une idée suggérée au pouvoir un peu à la peine face au développement exponentiel de la maladie dans le pays.

En dépit de son titre, Doctissimo est à la recherche médicale ce que McDo est à la gastronomie;  son contenu d’articles de vulgarisation sert surtout au support de pub en tout genre dont beaucoup d’ailleurs n’ont rien à voir avec la médecine. 

« L’expert »  déclare :

  •  «On a une épidémie qui a changé de visage. Le variant Omicron n’est plus dangereux, il amène très peu à l’hôpital, provoque très peu de formes graves». Il faut donc sortir du «calcul épidémiologique quotidien» qui alimente les «alarmistes», et qui engendre, estime-t-il, «un effet de panique».

Au moins de quoi satisfaire les pouvoirs publics en tout cas de leur plaire à défaut d’être un avis réellement scientifique.

Covid: la solution, arrêter de tester !!!

Covid: la solution, arrêter de tester !!!

En cette période de pandémie, on aura entendu beaucoup de propos intéressants de la part des experts médicaux mais aussi beaucoup d’incongruités. Des médecins qui souvent sont tombés dans le piège du bavardage tendu par les médias. Ainsi le docteur Gérald Kierzek, directeur médical de Doctissimo préconise-t-il par rapport à la montée des statistiques de pandémie de ne plus comptabiliser les contaminations.

Peut-être une idée suggérée au pouvoir un peu à la peine face au développement exponentiel de la maladie dans le pays.

En dépit de son titre, Doctissimo est à la recherche médicale ce que McDo est à la gastronomie son contenu d’articles de vulgarisation sert surtout au support de pub en tout genre dont beaucoup d’ailleurs n’ont rien à voir avec la médecine. »

L’expert » déclare :

  •  «On a une épidémie qui a changé de visage. Le variant Omicron n’est plus dangereux, il amène très peu à l’hôpital, provoque très peu de formes graves». Il faut donc sortir du «calcul épidémiologique quotidien» qui alimente les «alarmistes», et qui engendre, estime-t-il, «un effet de panique».

Au moins de quoi satisfaire les pouvoirs publics en tout cas de leur plaire à défaut d’être un avis réellement scientifique.

Réchauffement climatique : la technologie comme seule solution ?

Réchauffement climatique : la technologie comme seule solution ? 

Dans un article de France Info, Thomas Baïetto pose la question du recours à la seule  technologie pour lutter contre le réchauffement du climat. (extrait)

 

Face au réchauffement du climat, de nombreux responsables politiques et économiques parient sur l’innovation technologique comme principal levier de diminution de nos émissions de gaz à effet de serre. Un choix risqué et peu efficace, pour les scientifiques.

 « La technologie ne résoudra pas le changement climatique parce qu’elle ne peut pas être déployée à l’échelle suffisante dans les temps », a rappelle  Julian Allwood, chercheur en ingénierie à l’université de Cambridge. Coauteur du 5e rapport du Giec (le groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat), il compare le discours techno-optimiste à celui d’un médecin qui conseillerait à un alcoolique de continuer à boire, parce que le gouvernement développe une technologie pour réparer le foie. A l’appui de cette tribune figurent des calculs, détaillés dans un article scientifique*, sur nos besoins en électricité décarbonée, en techniques de captation du CO2 dans l’atmosphère et en biocarburants.

Le  chercheur britannique explique sa démarche : « Cela fait longtemps que je m’inquiète du techno-optimisme. Il bloque toute action sérieuse d’atténuation du réchauffement climatique. » Un avis partagé par Jean-Marc Jancovici, fondateur du cabinet de conseil Carbone 4, membre du Haut Conseil pour le climat : « Le discours sur la négation du problème, le climatoscepticisme, a quasiment disparu de la sphère médiatique, mais le déni a basculé vers une excessive facilité à régler le problème par la seule technique. »

Est-il possible de déployer suffisamment d’éoliennes, de panneaux solaires, de centrales nucléaires ou de stations de captage de CO2 à temps ? « On ne parle pas ici de la production de simples smartphones, mais de grands projets, prévient Julian Allwood. Même lorsque des économies d’échelles [réalisées habituellement lorsqu'on fabrique un produit en grande quantité] s’appliquent, comme pour les pales d’éoliennes, le facteur crucial, c’est la durée de la demande de permis, de la consultation, de la régulation et de la construction des infrastructures pour les installer sur site », observe-t-il. Bref, tout sauf le temps de production du produit lui-même.

Dans le cas de la capture de CO2« si nous voulions reprendre dans l’air la totalité de nos émissions de CO2, il faudrait y consacrer toute la production d’électricité mondiale et que celle-ci soit décarbonée », calcule Jean-Marc Jancovici. Ce processus nécessite également une importante quantité de chaleur, « supérieure à celle dégagée par l’ensemble du pétrole mondial ». Cette technologie, embryonnaire et coûteuse, est donc trop énergivore pour être généralisée.

Même problème pour l’avion bas-carbone, cher au président de la République. « Le scénario de limitation du réchauffement à 2 °C suppose que nos émissions baissent de 5% par an, rappelle le polytechnicien. L’avion à hydrogène de 2035 ne permet pas de diminuer les émissions du secteur aérien jusqu’à cette date, alors que nous devrions avoir déjà réduit de 55%. » Au rythme actuel de développement de cette technologie,  »en 2035, nous n’aurons qu’un avion à hydrogène ». Une goutte d’eau dans une flotte internationale qui compte aujourd’hui plus de 25 000 avions commerciaux* au kérosène (pour le transport de passagers et de marchandises) et qui ne cesse de grossir.

L’histoire de nos consommations énergétiques ne plaide pas non plus pour Bill Gates et les adeptes du tout-technologique. « Leur discours repose sur une vision ‘phasée’ de l’histoire des techniques qui ne tient pas du tout la route », analyse Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement. Une vision selon laquelle les différentes énergies se succèderaient dans le temps. Si c’était le cas, le bois aurait dû être remplacé par le charbon, qui aurait laissé sa place au pétrole, lui-même chassé, demain, par les énergies décarbonées (renouvelables et nucléaires).

Le charbon a eu besoin de bois pour la construction des mines, les éoliennes nécessitent un recours au pétrole ou au charbon pour être fabriquées et déplacées. Selon les données d’Our World in Data*, le pic de la consommation mondiale de charbon, énergie associée, dans l’imaginaire, au XIXe siècle, a été atteint en 2014. Jean-Baptiste Fressoz insiste aussi sur « le temps de diffusion des techniques », qui ont besoin de plusieurs décennies pour se déployer à l’échelle mondiale.

 

Par le passé, les économies d’énergie réalisées ont aussi, souvent, provoqué l’augmentation des usages et donc de la consommation d’énergie. C’est « l’effet rebond ». « Dans l’aérien, la mise au point de turboréacteurs plus performants et moins consommateurs a entraîné une baisse des prix, a permis le développement de l’aviation low cost et un déploiement phénoménal de ce mode de transport », rappelle Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de L’âge des low tech (Seuil, 2014). Résultat, les émissions de CO2 du secteur ont quadruplé depuis 1966, comme le montre Our World in Data*. Le même phénomène s’observe pour le covoiturage longue distance : « Des gens vont faire plus régulièrement un trajet grâce à la contribution économique de leurs passagers », illustre Philippe Bihouix. Idem dans le secteur numérique : « La 5G consomme moins d’énergie par octet, mais multiplie le nombre d’octets échangés. »

Le directeur général de l’agence d’architecture pluridisciplinaire Arep souligne aussi la quantité de ressources nécessaires pour mener à bien la stratégie du tout-innovation. « Le monde n’est pas en train de se dématérialiser. Nous n’avons jamais extrait autant de ressources. Toutes les grandes agences pointent la gigantesque extraction de minerais inévitable pour déployer les énergies renouvelables », prévient-il. Les batteries électriques demandent par exemple du lithium et du cobalt, deux métaux rares. Ce partisan des « low tech » prône aussi une réorientation de la technologie vers des produits plus durables, plus utiles à la société – « le robot chirurgien plutôt que le distributeur de croquettes pour chat à reconnaissance faciale » – et moins énergivores.

« Il faut commencer dès maintenant à réduire nos émissions »

Au-delà de ces considérations pratiques, il y a les limites climatiques. Autrice du volet « atténuation » du prochain rapport du Giec, Céline Guivarch rappelle que la trajectoire d’émissions compte plus pour le changement climatique que le point d’arrivée en 2050. « Le niveau auquel le réchauffement se stabilisera dépend du cumul des émissions. Il ne faut pas parier que le problème sera réglé d’ici à 2050, parce que, d’ici là, nous aurons émis des gaz à effet de serre qui auront empiré le réchauffement. Il faut commencer dès maintenant à réduire nos émissions », développe l’économiste, membre du Haut Conseil pour le climat.

En clair, atteindre la neutralité carbone en 2050 ne nous sortira pas d’affaire si nous avons déjà réchauffé le climat au-delà de 1,5 ou 2 °C avant cette date : les vagues de chaleur, les incendies de forêt, les inondations, les pluies torrentielles se multiplieront et le niveau de la mer montera.

Si le Giec évoque les solutions de captation de CO2, il n’est pas sur la même ligne que les partisans du tout technologique. « Le potentiel de la captation est limité, donc on ne peut pas penser tout résoudre par des émissions négatives. Il faut d’abord que les émissions soient réduites », clame Céline Guivarch. Ces technologies ne pourront servir qu’à parcourir les derniers mètres de la longue marche vers la neutralité carbone.

Elle appelle enfin à ne pas opposer « la technologie d’un côté et la sobriété de l’autre », citant l’exemple du vélo électrique, un moyen de transport innovant plus sobre que la voiture.

Sortir des visions caricaturales

Chargée de tracer des chemins vers la neutralité carbone, l’Agence nationale pour la transition écologique (Ademe) mêle justement innovation technique et sobriété dans ses quatre scénarios, dévoilés le 30 novembre« Il faut sortir des visions caricaturales. Ce ne sont pas les décroissants contre les techno-optimistes. Il y a deux manières de réduire la demande d’énergie et nos émissions : la sobriété et l’efficacité énergétique », expose son directeur général, Fabrice Boissier.

Les scénarios proposés vont de la frugalité au tout-technologique. « Ce dernier scénario, qui refuse d’orienter la technologie et continue de développer des usages pas forcément utiles, comme le tourisme spatial, nous mène dans le mur », poursuit Fabrice Boissier, avant de préciser : « Nous ne disons pas : ‘Voilà ce qu’il faut faire’. Mais il faut que la nation se préoccupe du sujet et décide où elle veut aller ».

La question est en effet politique et morale, plus encore que scientifique. Céline Guivarch souligne le problème « d’équité entre les générations » posé par l’option du tout-technologique, parce que le pari est  »risqué » : « Si ces technologies ne sont pas au rendez-vous, cela risque de nous mettre, nous et les générations futures, dans la situation de devoir payer le coût de ce pari manqué. » « Si cela n’engageait que notre président, je lui dirais ‘chiche ?’ et je lui demanderais s’il était prêt à parier ses économies là-dessus, lance Jean-Marc Jancovici. Mais ce serait pervers : il s’agit de notre avenir ».

 

 

Réchauffement climatique : la technologie comme seule solution ?  dans actu-économie politique comments-icon-27cf862a

Inégalités enseignement : la solution n’est pas les quotas

Inégalités enseignement : la solution n’est pas les quotas

 

Un tri social dès le lycée explique pour une bonne partie la surreprésentation des enfants de cadres et des professions intellectuelles supérieures dans les grandes écoles, estime Denis Choimet, président de l’Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques (UPS), dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

En juin 2019, Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, a fait parvenir aux directions de neuf grandes écoles une lettre de mission leur demandant de formuler des « propositions de nature à permettre d’augmenter, de manière significative et selon un calendrier ambitieux, la proportion d’étudiants issus des milieux les moins favorisés ».

Une telle préoccupation n’était en réalité pas nouvelle : dès 2006, le président de la République de l’époque, Jacques Chirac, avait demandé aux classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) d’accueillir un tiers d’étudiants boursiers à l’horizon 2009. Quelque quinze années plus tard, on peut dire que cet objectif n’est pas loin d’être atteint, puisque 29 % des étudiants de CPGE scientifiques sont boursiers (un chiffre comparable à ceux observés dans les masters universitaires), et autant en sortent pour intégrer les grandes écoles ou poursuivre un cursus universitaire vers l’enseignement ou la recherche.

On ne saurait pourtant se satisfaire d’une telle conclusion, car ce taux moyen cache en réalité de grandes disparités : le taux de boursiers est sensiblement moins élevé dans les CPGE les plus sélectives, alors qu’il peut dépasser 50 % dans les CPGE technologiques. Même constat à l’Ecole polytechnique et dans les Ecoles normales supérieures, où seuls 11 et 19 % des étudiants admis sont boursiers.

Plus généralement, la surreprésentation des enfants de cadres et des professions intellectuelles supérieures dans l’ensemble des grandes écoles est bien connue. Il serait tentant d’en déduire que cette « spécificité française » qu’est le modèle CPGE/concours/grandes écoles pratique l’entre-soi et la reproduction sociale, tout particulièrement dans les établissements les plus prestigieux, voire de lui imputer la stagnation de l’ascenseur social dans l’enseignement supérieur français. Mais peut-être faut-il y regarder de plus près.

D’une part, il n’est pas établi que les CPGE soient structurellement inadéquates à la promotion sociale, elles qui proposent un enseignement gratuit et débouchent sur des concours anonymes. En comparaison, un lycéen français partant étudier à l’Imperial College de Londres paiera environ 10 000 euros de frais de scolarité, près de 43 000 euros s’il intègre l’université de Harvard, et il faut compter au moins 5 000 euros pour une année de préparation privée au concours de médecine.

D’autre part, il n’est pas évident que la relance de l’égalité des chances résultera d’un simple changement des structures de l’enseignement supérieur, comme le montre l’exemple des CPES (cycles pluridisciplinaires d’études supérieures), partenariats entre CPGE et universités, dont le comité stratégique diversité sociale dans l’enseignement supérieur, présidé par Martin Hirsch et mis en place en juillet 2020, a recommandé la « démultiplication » : la filière scientifique du CPES de l’université Paris Sciences et Lettres, créée en 2012 et dont la première année se déroule au lycée Henri-IV, recrute moins de bacheliers boursiers (12 %) que la CPGE MPSI (mathématiques, physique et sciences de l’ingénieur) de ce même établissement.

Crise de l’endettement mondial : la solution par l’inflation et de faibles taux de l’épargne

Crise de l’endettement mondial : la solution par l’inflation et de faibles taux de l’épargne
Bertrand Jacquillat  vice-président du Cercle des économistes et senior advisor de J. de Demandolx Gestion relativise l’importance de l’endettement mondial et évoque plusieurs pistes notamment  » une certaine dose d’inflation » et une faible rémunération de l’épargne. (dans l’Opinion , extrait)

Le  très sérieux Institute of International Finance de Washington vient de publier un certain nombre de statistiques susceptibles de donner le tournis. Selon l’IFF, l’endettement global mondial (public et privé) aurait atteint un niveau record de 296 000 milliards de dollars à fin juin 2021, comparé à 270 900 milliards de dollars un an plus tôt, avec une répartition par quart à peu près égalitaire entre la dette des Etats, des entreprises non financières, du secteur financier, et des ménages. Ce montant représente 353 % du PIB mondial, en hausse de près de 10 % par rapport à la période pré- pandémie où il était de 333 %.

Alors que faire ? Comme le rappellent Carmen Reinhart et Belen Sbrancia dans un papier de recherche du FMI The liquidation of government debt, historiquement, cinq méthodes ont été utilisées pour réduire l’endettement des Etats, certaines plus violentes que d’autres, comme celle des politiques d’austérité. Les situations des quatre pays évoqués plus haut, qui ne semblent pas près de prendre cette direction, illustrent le fait que mener de telles politiques n’est pas facile, et peut être même dangereux.

Encore plus violent, et souvent un mal nécessaire préalable aux politiques d’austérité, est le défaut de paiement, illustré par le sauvetage de la Grèce et sa restructuration financière à la suite de la crise de l’euro en 2011. Une autre raison pour laquelle les investisseurs gardent une certaine sérénité est, curieusement, qu’ils ont de la mémoire. L’histoire financière du XXe siècle montre que l’évolution de l’endettement des nations peut aller dans les deux sens : augmenter comme on l’observe à partir des années 1980, mais aussi diminuer, comme ce fut le cas à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Du niveau de plus de 90 % qu’il avait atteint, le ratio d’endettement au PIB mondial baissa régulièrement après la guerre pour revenir à 30 % à la fin des années 1970.

La croissance économique est pour beaucoup dans cette évolution ; mais la répression financière y a aussi contribué. Très en vogue dans les pays émergents, elle a été aussi pratiquée au sein des pays développés, aux Etats-Unis comme en France, au sortir de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’au début des années 1980. La répression financière requiert principalement deux ingrédients, une dose significative d’inflation et une limite supérieure des taux d’intérêt servis aux épargnantsde sorte que ceux-ci soient inférieurs au taux d’inflation. Elle correspond à une taxe implicite sur les créanciers et un transfert de richesse des créanciers vers les débiteurs, qui est d’autant plus élevé que la différence entre les deux est importante.

C’est la stratégie actuelle implicite des banques centrales que celles-ci semblent vouloir prolonger, mais sous une forme très atténuée dans le sens de la neutralité et non de la répression financière, avec des taux d’intérêt les plus bas possible et proches de zéro, voisins du taux d’inflation.

Il y a enfin celle principalement employée après la Seconde Guerre mondiale, la croissance économique tout simplement, qui a donné lieu aux fameuses Trente glorieuses en France. C’est d’ores et déjà le processus implicitement à l’œuvre depuis le début de l’année, puisque le ratio d’endettement mondial actuel de 353 % évoqué plus haut est inférieur à son plus haut de 362 % atteint en mars 2021, grâce au fort rebond économique.

Et si une telle situation devait perdurer entraînant une diminution naturelle et progressive de l’endettement mondial : une croissance économique élevée avec des taux d’intérêt et d’inflation très faibles ? C’est l’analyse que nous avons présentée dans nos deux précédentes chroniques. L’une mettait en avant les progrès de productivité provoqués par les innovations technologiques impactant directement ou indirectement tous les domaines d’activité, et qui dopent durablement la croissance. L’autre montrait en quoi les perspectives démographiques et de répartition des revenus tiraient les taux d’intérêt et les taux d’inflation vers le bas.

Dans de telles perspectives, le niveau d’endettement mondial est certes préoccupant, car des accidents, par nature imprévisibles, peuvent venir contrarier ce scénario. Mais il n’est pas inquiétant. Notre prochaine chronique achèvera cette tétralogie. On l’aura compris, elle ne traitera pas du crépuscule des marchés d’actions.

Bertrand Jacquillat est vice-président du Cercle des économistes et senior advisor de J. de Demandolx Gestion.

Israël – Palestine : La négociation seule solution

Israël – Palestine : La négociation seule solution

 

La dernière confrontation entre Israël et le Hamas confirme l’impossibilité de résoudre ce conflit par la voie des armes. Soit les parties en cause parviennent à une solution à deux Etats, encore possible, soit l’embrasement devient permanent, soulignent, dans une tribune au « Monde », trois représentants des mouvements juifs pour la paix, David Chemla, Alain Rozenkier et Méïr Waintrater.

 

Tribune.

Après la signature des « accords d’Abraham » [traités de paix signés en 2020 entre Israël d’une part, les Emirats arabes unis et Bahreïn d’autre part], le gouvernement Netanyahou avait affirmé que la région était entrée dans une nouvelle dynamique de paix. Une telle approche reléguait le conflit avec les Palestiniens à une place secondaire où il ne mettrait pas en péril les nouveaux équilibres régionaux.

Cependant, l’actualité s’est imposée à tous ; la démonstration a été faite que le conflit israélo-palestinien demeure le nœud du problème, et qu’en l’absence d’une solution politique, ce conflit continuera de se manifester toutes les quelques années par une nouvelle éruption de violences. Après une dizaine de jours, on peut tirer un premier bilan de ce nouveau round de violences – alors que les pressions internationales, et américaines en premier lieu, viennent de pousser à l’instauration d’un fragile cessez-le-feu.


Sur le plan du bilan humain, après l’envoi de plus de 3 000 roquettes sur les villes israéliennes du Nord comme du Sud, on dénombre à la date du 21 mai, 12 morts civils en Israël, dont deux enfants, et des centaines de blessés. A Gaza, les bombardements israéliens auraient entraîné, selon le ministère palestinien de la santé, la mort de 230 Palestiniens, dont au moins [décompte au 19 mai] 61 enfants, et 1 442 blessés (les Israéliens affirment que 150 militants du Hamas et du Djihad islamique font partie des victimes palestiniennes).

Au-delà des décomptes macabres qui reflètent l’asymétrie des forces en présence – poussant certains à conclure que la responsabilité de ce nouveau conflit incombe toujours au plus fort –, il importe de bien comprendre les raisons de ce nouvel embrasement, afin de dégager une perspective de sortie de crise. Pourquoi un tel embrasement en ce moment ? Il y a, comme toujours au Moyen-Orient, plusieurs grilles de lecture des événements. Elles sont probablement toutes justes, mais certaines sont plus déterminantes que d’autres.

Premier niveau : il s’agit d’une réaction à des semaines de provocations effectuées par des groupes d’extrémistes juifs qui, sous la conduite du député kahaniste nouvellement élu à la Knesset, Itamar Ben Gvir, étaient venus soutenir le projet d’expulsion du quartier Cheikh Jarrah (situé à Jérusalem-Est) de treize familles palestiniennes, soit plus de 300 personnes.


Ces Palestiniens sont des descendants de réfugiés qui, ayant abandonné leurs biens situés à Jérusalem-Ouest (devenue israélienne lors de la guerre de 1948), furent en 1952 relogés par la Jordanie dans des maisons dont les propriétaires juifs avaient été expulsés en 1948 par les forces jordaniennes.

Violence et société : la médiation locale comme solution ?

Violence et société : la médiation locale comme solution ? 

L’extension de l’obligation de médiation préalable à tous les troubles de voisinage et la création d’un conseil national, proposées dans le projet de loi pour la confiance dans l’institution judiciaire, permettra une meilleure résolution des litiges, expliquent dans le Monde les députés Frédéric Petit (MoDem) et Laurianne Rossi (LRM).Une solution qui toutefois ne paraît pas forcément très adaptée à certaines violences de quartiers sensibles (NDLR)

 

Le texte propose deux avancées majeures qui font l’objet d’un large consensus : d’une part, l’extension de l’obligation de médiation préalable à tous les troubles de voisinage, ces litiges du quotidien que la médiation peut résoudre plus vite et plus efficacement ; d’autre part, la mise en place d’un conseil national de la médiation, véritable interface entre les praticiens et les pouvoirs publics, voire entre les praticiens et la société française.

Depuis le début de notre mandat de députés, nous avons accompagné le travail de réflexion mené par une grande partie des organisations de médiateurs afin de mieux prendre en compte la médiation dans la justice du quotidien et soulager l’institution judiciaire de nombreux litiges, familiaux, sociaux (prud’hommes) ou relevant du contentieux de proximité, qui pourraient être résolus plus rapidement grâce à ce mode de règlement des conflits.

« La médiation, moins coûteuse qu’une procédure judiciaire classique, contribuera assurément à désengorger les tribunaux »

Depuis la première loi de 1995 sur la médiation et la transposition en droit français de la directive européenne de 2008, du chemin a été parcouru grâce au travail des praticiens de la médiation sans pour autant lever les derniers blocages au développement de cette pratique en France. Or, dans une société de plus en plus violente et sujette à des crispations, la médiation est un moyen de sortir des conflits par le haut en dépassant les émotions contradictoires, en partant d’intérêts personnels divergents pour rechercher les intérêts communs, même enfouis.

Le principe de la médiation est de permettre une solution entre pairs, qui s’y engagent volontairement, avec l’aide d’un tiers neutre, indépendant et en toute confidentialité. Choisi librement par les deux parties, le médiateur, formé et expérimenté, crée les conditions de ce travail commun qui permettra aux parties en conflit d’aboutir à un accord. Contrairement aux jugements rendus par les tribunaux, les accords de médiation sont logiquement appliqués à plus de 90 %.

Monnaie: la planche à billets comme solution ?

Monnaie: la planche à billets comme solution ?

 

Professeur émérite d’économie à l’université de Lille,  Jean-Claude Werrebrouck estime que l’Allemagne devra se résoudre à voir la dette Covid des pays du sud de la zone euro financée par « la planche à billets », comme l’a été celle de la France pendant la première guerre mondiale. (tribune dans le Monde)

 

Tribune

 Les banques centrales semblent pouvoir créer aujourd’hui toutes les liquidités dont on a besoin. Ce ne fut pas toujours le cas. Lorsque la monnaie était métallique, sa rareté était décriée : on pouvait alors parler d’une véritable « loi d’airain » de la monnaie.

Après de nombreux échecs historiques, la première guerre mondiale mit fin à cette pénurie par une innovation radicale : le cours forcé des billets devait durablement autoriser des dépenses militaires illimitées. Jamais l’effort militaire de la période 1914-1918 n’eût été pensable sans cette réforme monétaire de grande ampleur.

Les canons devenus silencieux, il faudra néanmoins en payer le prix par une inflation et une dévaluation massive, consacrée officiellement en 1928. Mais ce retour brutal à la loi d’airain fut tempéré par des barrières accrues à la convertibilité en métal précieux, puis par la fin définitive de ladite convertibilité à la suite de la crise de 1929 et à la seconde guerre mondiale.

Près d’un siècle plus tard, la nouvelle monnaie européenne, l’euro, devait consacrer le retour de la loi d’airain. Les pays du Sud ne devaient plus pouvoir payer leurs importations allemandes en imprimant des billets, à l’inverse de l’Etat français de 1914 qui, dans une logique déficitaire, pouvait payer ses dépenses militaires par simple impression de papier.

Les pays déficitaires de la zone euro ne disposant plus de l’outil monétaire, ils devaient immédiatement s’endetter pour payer. Toute une série de règles de l’Eurosystème [le réseau de banques centrales piloté par la Banque centrale européenne, BCE] ont fait qu’aujourd’hui la dette est devenue un enjeu central, alors qu’entre 1914 et 1918 ce même enjeu était totalement dépourvu de sens.

La crise financière de 2008 a donc réanimé de façon magistrale la loi d’airain. Parce que les Grecs devaient payer les BMW achetées en Allemagne, sans pouvoir obtenir les moyens de paiement au guichet de la Banque centrale européenne, ils devaient rééquilibrer leurs comptes par des réformes structurelles.

Ces réformes déjà entreprises ailleurs ont fait entrer la zone euro dans des politiques budgétaires restrictives, dont le prix a été une croissance beaucoup plus faible que dans le reste du monde. Si la France avait appliqué une politique budgétaire restrictive entre 1914 et 1918, aurait-elle gagné la guerre ?

La pandémie semble à nouveau questionner la loi d’airain de la monnaie. Tous les pays de la zone euro se sont mis à dépenser sans compter, « comme en 14 ». D’où les très nombreux débats concernant la partie Covid de la dette. Pourquoi ne pas renouer avec quelque chose comme l’équivalent du cours forcé des billets de 1914 ?

Lutte contre l’impunité pour les réseaux sociaux : la fin de l’anonymat, seule solution

Lutte contre l’impunité pour les réseaux sociaux : la fin de l’anonymat, seule solution

Les autorités notamment américaines ne cessent de tourner autour du pot pour engager une véritable lutte contre l’impunité des réseaux sociaux qui véhiculent toutes les tares de la société et notamment la violence. Le problème c’est que l’excès et les propos extrémistes constituent un des ressorts de développement des grands réseaux dits  sociaux. Plus les propos sont outranciers et agressifs et plus les connexions sont nombreuses. D’où des rentrées publicitaires encore plus importantes et une influence de ces réseaux. La seule solution pour l’instant évitée pour des raisons essentiellement commerciales serait la fin de l’anonymat. Un anonymat interdit en cas d’insultes par écrit mais toléré et même encouragé par les réseaux sociaux sur Internet

 

Les dirigeants des trois entreprises parmi les plus puissantes de la Silicon Valley étaient invités à témoigner par visioconférence devant le Comité de l’énergie et du commerce (qui fait partie de la Chambre des représentants américains) sur les efforts déployés pour combattre la circulation des fausses informations. Les échanges se sont parfois avérés houleux, alors que l’attitude adoptée par nombre de représentants oscillait entre la fermeté, l’agacement et l’hostilité assumée.

Une réunion encore pour rien car  les grands réseaux sociaux n’admettent pas la moindre régulation qui porterait atteint au volume des connexions 

Santé-Vaccin : la solution Novavax

Santé-Vaccin : la solution Novavax

S’il est autorisé, le dispositif du laboratoire jusque-là moribond pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie

 

Novavax est sur le point de voir son vaccin contre la Covid-19 autorisé aux Etats-Unis. Pour les scientifiques, s’il obtient le feu vert des autorités, le dispositif pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie et afficher des avantages non négligeables par rapport à ses concurrents.

En janvier 2020, des salariés de Novavax se sont réunis dans un bar du Maryland pour essayer de savoir comment sauver leur carrière. Depuis des décennies, la petite société de biotechnologie pour laquelle ils travaillaient essayait, sans succès, de développer un vaccin. Elle possédait tout juste assez de trésorerie pour tenir six mois et son action valait moins de 4 dollars, ce qui la valorisait à 127 millions de dollars.

Aujourd’hui, après 33 ans d’existence, Novavax est sur le point de voir son vaccin contre la Covid-19 autorisé. Pour les scientifiques, s’il obtient le feu vert des autorités, le dispositif pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie et afficher des avantages non négligeables par rapport à ses concurrents. En effet, des données préliminaires indiquent le vaccin Novavax pourrait être le premier à empêcher la propagation asymptomatique du coronavirus et fournirait une protection plus longue.

Si le schéma à deux injections est validé, restera à fabriquer et distribuer le vaccin en grandes quantités, un défi car, à court d’argent, la biotech a vendu une partie de son outil de production en 2019.

Les investisseurs, qui avaient alors laissé l’entreprise pour morte, misent désormais sur le fait que les régulateurs approuveront le vaccin de Novavax dans les prochains mois. Résultat : l’action a bondi de 106 % depuis le début de l’année, et vaut désormais 229 dollars. Fin janvier, Novavax a publié des données préliminaires indiquant que son vaccin était efficace pour protéger contre la Covid-19 (même s’il l’est un peu moins contre le variant sud-africain, qui semble toutefois poser problème à d’autres vaccins). Les résultats des essais cliniques aux Etats-Unis pourraient être publiés fin mars.

D’ici là, la valorisation de Novavax a atteint 15,4 milliards de dollars, loin devant des entreprises qui affichent pourtant des milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, dont le géant des médicaments génériques Teva Pharmaceutical Industries.

L’autorisation de mise sur le marché serait une nouvelle preuve des bouleversements que la pandémie a provoqués sur le marché pharmaceutique. Les vaccins les plus perfectionnés ont été développés par des petits nouveaux qui se sont appuyés sur des technologies peu usitées pour imaginer et fabriquer des dispositifs beaucoup plus vite qu’avec les méthodes traditionnelles. Alors que Merck, géant du secteur, a récemment renoncé à proposer un vaccin contre la Covid-19 après des résultats décevants, des novices ambitieux (dont Moderna et BioNTech) ont mis au point, testé et produit des vaccins à la vitesse de la lumière. Et ce sont leurs dispositifs qui sont actuellement administrés à travers le monde.

Le vaccin de Novavax « semble aussi efficace que les autres vaccins, avec une durée de protection potentiellement supérieure », résume John Moore, immunologiste au Weill Cornell Medical College de New York. D’abord sceptique vis-à-vis de l’entreprise et de son produit, le docteur Moore explique que les données préliminaires l’ont convaincu au point qu’il s’est porté volonté volontaire pour les tests et a acheté des actions Novavax, qu’il a revendues depuis.

Le succès de Novavax pourrait changer la donne. Le lancement des vaccins de Pfizer/BioNTechModerna et AstraZeneca s’est révélé plus lent que prévu et les laboratoires peinent à satisfaire une demande colossale. Novavax affirme, lui, pouvoir produire plusieurs milliards de doses sur l’année à venir si la production est lancée en avril, soit autant (voire plus) que ces concurrents. La semaine dernière, Novavax a annoncé avoir conclu un accord avec Gavi, une organisation internationale basée à Genève, pour distribuer des doses à travers le monde.

« J’admire leur ténacité, leur persévérance, leur volonté de ne jamais abandonner, déclare Roger Pomerantz spécialiste des maladies infectieuses et des vaccins qui dirige aujourd’hui la biotech ContraFect après avoir travaillé chez Merck, qui a refusé de travailler avec Novavax il y a quelques années. Mais à la fin, il faut produire un vaccin. »

Contrairement aux dispositifs Pfizer et Moderna, les deux seuls autorisés aux Etats-Unis, le vaccin Novavax n’a pas besoin d’être conservé à des températures en dessous de zéro, un point fort pour les hôpitaux, cliniques et pharmacies qui n’ont pas de réfrigérateurs.

Si Novavax a utilisé des méthodes qui lui sont propres, la démarche est la même que pour les vaccins traditionnels (notamment ceux contre le zona et l’hépatite B), un élément qui a séduit les scientifiques.

Les vaccins Pfizer et Moderna reposent sur une technologie innovante qui utilise des molécules baptisées ARN messager pour apprendre au corps à créer la protéine S du coronavirus, ce qui provoque une réponse immunitaire.

Celui d’AstraZeneca utilise une autre technologie (qui s’appuie sur un virus inoffensif du chimpanzé entraînant également une réponse immunitaire) ; il est autorisé en Europe et au Royaume-Uni.

L’histoire compliquée de Novavax éclipse ses efforts. Il y a seize ans, le produit phare du laboratoire était une crème contre les bouffées de chaleur des femmes préménopausées qui ne s’est jamais vendue. En faillite, le groupe a fait appel à Gale Smith, aujourd’hui âgé de 71 ans, biologiste moléculaire qui dirigeait une petite société de mise au point de vaccins.

Novavax a choisi une troisième option : au lieu d’expliquer au corps comment fabriquer la protéine S, le laboratoire en injecte directement une version synthétique légèrement modifiée. Pour ce faire, les scientifiques du groupe ont utilisé le baculovirus, un virus propre aux arthropodes, dans lequel ils ont inséré des instructions génétiques pour produire la protéine S, puis infecté des cellules de légionnaire d’automne (un insecte aussi appelé noctuelle américaine du maïs).

Ces cellules ont été cultivées dans des bioréacteurs contenant 6 000 litres de liquide (des cuves qui ressemblent étrangement à des fûts de brasserie). C’est là que la protéine a été produite, avant d’être isolée, purifiée et injectée sous forme de vaccin, accompagnée d’un autre élément, appelé adjuvant, qui démultiplie la réponse immunitaire et rend le vaccin plus efficace.

L’histoire compliquée de Novavax éclipse ses efforts. Il y a seize ans, le produit phare du laboratoire était une crème contre les bouffées de chaleur des femmes préménopausées qui ne s’est jamais vendue. En faillite, le groupe a fait appel à Gale Smith, aujourd’hui âgé de 71 ans, biologiste moléculaire qui dirigeait une petite société de mise au point de vaccins.

Etudiant, le docteur Smith avait participé à l’élaboration de la méthode utilisant les baculovirus pour transporter l’ADN d’un agent infectieux vers des cellules d’insectes pour créer des vaccins, une méthode aujourd’hui utilisée pour le vaccin contre la grippe et le papillomavirus.

Pendant une décennie, le laboratoire l’a utilisée pour développer des vaccins contre le VIH, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), la grippe porcine, Ebola ou le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS). A chaque fois, Novavax a obtenu des premiers résultats prometteurs et obtenu le soutien d’entités publiques et à but non lucratif, dont la fondation Gates.

Mais les vaccins ont échoué lors des phases suivantes ou les épidémies ont reflué, rendant un traitement moins nécessaire.

Les dirigeants ont tout fait pour remonter le moral de leurs équipes. Stanley Erck, vétéran du Vietnam âgé de 72 ans et directeur général, invitait souvent ses collaborateurs à une soirée bowling, pizza et bières le vendredi. Gregory Glenn, pédiatre responsable de la recherche et du développement, essayait lui aussi de mobiliser les troupes.

« Où trouverez-vous une mission aussi noble, aussi intéressante et aussi rémunératrice ? », a-t-il un jour demandé aux chercheurs.

Mais des dirigeants et des salariés ont fini par partir, minant le moral du docteur Glenn. Il y a quelques années, en rentrant chez lui, il s’est mis à pleurer, raconte-t-il. « J’avais le sentiment de les laisser tomber et d’avoir péché par excès d’enthousiasme », soupire-t-il.

En 2014, Novavax a racheté une société suédoise qui produit un adjuvant dérivé de l’écorce d’un arbre chilien qui renforce la réponse immunitaire générée par un vaccin.

Avec cet adjuvant, Novavax a commencé de travailler sur des vaccins contre le virus respiratoire syncytial (VRS), qui cause chaque année l’hospitalisation d’environ 58 000 enfants aux Etats-Unis et peut s’avérer mortel. En 2015, le cours de l’action a doublé quand Stanley Erck a annoncé que le vaccin pourrait devenir « le plus vendu de l’histoire des vaccins en termes de chiffre d’affaires ».

« Je suis patron d’une biotech, je suis optimiste, je le reconnais », indique-t-il.

L’année suivante, le vaccin a échoué lors de la phase 3. En novembre 2016, le lendemain de l’élection présidentielle, un tiers des salariés ont été accueillis par un message annonçant leur licenciement en raison des déboires du vaccin contre le VRS.

« Ça a été une énorme surprise, un jour triste et lugubre, les gens étaient accablés », raconte Kwanho Roh, biologiste cellulaire qui a échappé au licenciement mais a perdu un tiers de ses équipes avant qu’il ne décide de quitter la société.

En 2019, quand un nouvel essai de vaccin contre le VRS a échoué, Novavax est officiellement devenu le petit laboratoire qui n’arrive à rien. Quand Stanley Erck prenait la parole lors de conférences, ils n’étaient parfois que trois à venir l’écouter. En mai de cette même année, au moment où l’action ne valait plus que 36 cents et risquait d’être exclue du Nasdaq, Novavax a lancé un regroupement d’actions à raison de 20 actions pour une. Le titre a fini l’année en baisse de 39 % et a été sorti de l’indice biotechnologique du Nasdaq. Mais pour le docteur Smith, aucun doute : son équipe progressait sur son vaccin.

Début 2020, Novavax réalisait les essais cliniques d’un nouveau vaccin, cette fois-ci contre la grippe. Le laboratoire étudiait également les possibilités d’amélioration de son vaccin contre le VRS, qui semblait efficace, et s’était d’ailleurs rapproché des régulateurs et de partenaires commerciaux potentiels.

Les premières données du vaccin contre la grippe étaient impressionnantes, mais les salariés s’inquiétaient du manque de trésorerie. Stanley Erck, lui, savait que c’était la dernière chance de son entreprise et que certains de ses collaborateurs avaient déjà un pied dehors.

Lorsque la pandémie a frappé, les dirigeants de Novavax ont fait le choix difficile de réorienter leurs efforts vers le vaccin contre la Covid-19, au risque de retarder celui contre la grippe. Le laboratoire avait déjà travaillé sur d’autres coronavirus et estimait donc avoir ses chances.

En janvier, Novavax a acheté le gène de la protéine S auprès d’un fournisseur de Shanghai, mais les liaisons aériennes ont été suspendues et la livraison n’est jamais arrivée. Au bout de quelques jours, le bureau américain du fournisseur, situé dans le New Jersey, a accepté de produire le gène et de le livrer à Washington chez Novavax.

Quelques semaines plus tard, le laboratoire a utilisé le baculovirus pour créer un vaccin qui devait alors être testé. Mais, à court d’argent, Novavax ne pouvait pas fabriquer de doses en grandes quantités.

En mars, Stanley Erck et d’autres responsables de laboratoires pharmaceutiques se sont réunis à la Maison Blanche pour parler du vaccin contre la Covid-19. Il n’y est pas allé par quatre chemins. « Soyons honnêtes : on a besoin d’argent », a-t-il expliqué au président Trump, selon une transcription de la conversation.

Le laboratoire a obtenu 2 milliards de dollars au titre de Warp Speed, le programme public de soutien au développement du vaccin, et de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, une organisation à but non lucratif installée en Norvège. Novavax a également levé des fonds auprès d’un hedge fund.

Pour tester son vaccin, le docteur Glenn a fait appel aux chercheurs de l’université de l’Oklahoma, qui ont proposé quinze singes élevés pour la recherche médicale. Conjugués à d’autres études sur des animaux et des tests préliminaires sur des humains, les essais qui ont eu lieu ont montré une efficacité suffisante pour faire le buzz dans le secteur.

En octobre, Novavax a repoussé la date du lancement des essais cliniques aux Etats-Unis en raison de la complexité de la fabrication des doses, prenant du retard sur ses concurrents.

Pour les analystes de Stanford C. Bernstein, si le vaccin est validé, Novavax pourrait engranger 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année. Mais les dirigeants du laboratoire, plus conscients que quiconque du risque d’échec lors des essais cliniques, n’ont pas encore sorti le champagne

Le 28 janvier, le laboratoire a déclaré qu’une analyse intermédiaire de la phase 3 révélait que son vaccin était efficace à 89 % pour protéger les humains du virus au Royaume-Uni, où un variant commençait de circuler et d’inquiéter les autorités. En revanche, il n’est efficace qu’à 49 % contre le variant qui sévit en Afrique du Sud, a révélé une autre étude réalisée dans le pays, même si ce chiffre monte à 60 % chez les personnes séronégatives.

A l’instar des autres fabricants de vaccins contre la Covid-19, Novavax reformule son vaccin pour qu’il soit plus efficace contre les nouvelles souches.

Larry Corey, spécialiste des maladies infectieuses au Fred Hutchinson Cancer Research Center, a participé à la mise en place des essais fédéraux des vaccins contre la Covid-19. Il raconte que le dispositif de Novavax a plusieurs avantages potentiels, à commencer par le fait le vaccin contient une dose relativement faible de produit : il sera donc plus facile de produire de grandes quantités et de faire durer les stocks.

« La faisabilité et le potentiel sont très importants », affirme le docteur Corey.

Pour les analystes de Stanford C. Bernstein, si le vaccin est validé, Novavax pourrait engranger 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année. Mais les dirigeants du laboratoire, plus conscients que quiconque du risque d’échec lors des essais cliniques, n’ont pas encore sorti le champagne.

Les investisseurs misent sur une baisse d’environ 10 % du titre Novavax, signe d’un certain scepticisme. A titre de comparaison, le taux de positions courtes sur le S&P 500 (qui met en perspective les positions vendeuses par rapport à l’encours total) n’est que de 2,5 %.

Les résultats des essais à grande échelle aux Etats-Unis seront dévoilés fin mars. Stanley Erck affirme qu’il est inquiet mais optimiste. Ses proches sont, eux, surtout stressés. Sa femme, le docteur Sarah Frech, a ressorti il y a peu une figurine dont elle pense qu’elle porte chance.

« Elle est plus superstitieuse que moi », plaisante-t-il.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Vaccin : la solution Novavax

Vaccin : la solution Novavax

S’il est autorisé, le dispositif du laboratoire jusque-là moribond pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie

 

Novavax est sur le point de voir son vaccin contre la Covid-19 autorisé aux Etats-Unis. Pour les scientifiques, s’il obtient le feu vert des autorités, le dispositif pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie et afficher des avantages non négligeables par rapport à ses concurrents.

En janvier 2020, des salariés de Novavax se sont réunis dans un bar du Maryland pour essayer de savoir comment sauver leur carrière. Depuis des décennies, la petite société de biotechnologie pour laquelle ils travaillaient essayait, sans succès, de développer un vaccin. Elle possédait tout juste assez de trésorerie pour tenir six mois et son action valait moins de 4 dollars, ce qui la valorisait à 127 millions de dollars.

Aujourd’hui, après 33 ans d’existence, Novavax est sur le point de voir son vaccin contre la Covid-19 autorisé. Pour les scientifiques, s’il obtient le feu vert des autorités, le dispositif pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie et afficher des avantages non négligeables par rapport à ses concurrents. En effet, des données préliminaires indiquent le vaccin Novavax pourrait être le premier à empêcher la propagation asymptomatique du coronavirus et fournirait une protection plus longue.

Si le schéma à deux injections est validé, restera à fabriquer et distribuer le vaccin en grandes quantités, un défi car, à court d’argent, la biotech a vendu une partie de son outil de production en 2019.

Les investisseurs, qui avaient alors laissé l’entreprise pour morte, misent désormais sur le fait que les régulateurs approuveront le vaccin de Novavax dans les prochains mois. Résultat : l’action a bondi de 106 % depuis le début de l’année, et vaut désormais 229 dollars. Fin janvier, Novavax a publié des données préliminaires indiquant que son vaccin était efficace pour protéger contre la Covid-19 (même s’il l’est un peu moins contre le variant sud-africain, qui semble toutefois poser problème à d’autres vaccins). Les résultats des essais cliniques aux Etats-Unis pourraient être publiés fin mars.

D’ici là, la valorisation de Novavax a atteint 15,4 milliards de dollars, loin devant des entreprises qui affichent pourtant des milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, dont le géant des médicaments génériques Teva Pharmaceutical Industries.

L’autorisation de mise sur le marché serait une nouvelle preuve des bouleversements que la pandémie a provoqués sur le marché pharmaceutique. Les vaccins les plus perfectionnés ont été développés par des petits nouveaux qui se sont appuyés sur des technologies peu usitées pour imaginer et fabriquer des dispositifs beaucoup plus vite qu’avec les méthodes traditionnelles. Alors que Merck, géant du secteur, a récemment renoncé à proposer un vaccin contre la Covid-19 après des résultats décevants, des novices ambitieux (dont Moderna et BioNTech) ont mis au point, testé et produit des vaccins à la vitesse de la lumière. Et ce sont leurs dispositifs qui sont actuellement administrés à travers le monde.

Le vaccin de Novavax « semble aussi efficace que les autres vaccins, avec une durée de protection potentiellement supérieure », résume John Moore, immunologiste au Weill Cornell Medical College de New York. D’abord sceptique vis-à-vis de l’entreprise et de son produit, le docteur Moore explique que les données préliminaires l’ont convaincu au point qu’il s’est porté volonté volontaire pour les tests et a acheté des actions Novavax, qu’il a revendues depuis.

Le succès de Novavax pourrait changer la donne. Le lancement des vaccins de Pfizer/BioNTechModerna et AstraZeneca s’est révélé plus lent que prévu et les laboratoires peinent à satisfaire une demande colossale. Novavax affirme, lui, pouvoir produire plusieurs milliards de doses sur l’année à venir si la production est lancée en avril, soit autant (voire plus) que ces concurrents. La semaine dernière, Novavax a annoncé avoir conclu un accord avec Gavi, une organisation internationale basée à Genève, pour distribuer des doses à travers le monde.

« J’admire leur ténacité, leur persévérance, leur volonté de ne jamais abandonner, déclare Roger Pomerantz spécialiste des maladies infectieuses et des vaccins qui dirige aujourd’hui la biotech ContraFect après avoir travaillé chez Merck, qui a refusé de travailler avec Novavax il y a quelques années. Mais à la fin, il faut produire un vaccin. »

Contrairement aux dispositifs Pfizer et Moderna, les deux seuls autorisés aux Etats-Unis, le vaccin Novavax n’a pas besoin d’être conservé à des températures en dessous de zéro, un point fort pour les hôpitaux, cliniques et pharmacies qui n’ont pas de réfrigérateurs.

Si Novavax a utilisé des méthodes qui lui sont propres, la démarche est la même que pour les vaccins traditionnels (notamment ceux contre le zona et l’hépatite B), un élément qui a séduit les scientifiques.

Les vaccins Pfizer et Moderna reposent sur une technologie innovante qui utilise des molécules baptisées ARN messager pour apprendre au corps à créer la protéine S du coronavirus, ce qui provoque une réponse immunitaire.

Celui d’AstraZeneca utilise une autre technologie (qui s’appuie sur un virus inoffensif du chimpanzé entraînant également une réponse immunitaire) ; il est autorisé en Europe et au Royaume-Uni.

L’histoire compliquée de Novavax éclipse ses efforts. Il y a seize ans, le produit phare du laboratoire était une crème contre les bouffées de chaleur des femmes préménopausées qui ne s’est jamais vendue. En faillite, le groupe a fait appel à Gale Smith, aujourd’hui âgé de 71 ans, biologiste moléculaire qui dirigeait une petite société de mise au point de vaccins.

Novavax a choisi une troisième option : au lieu d’expliquer au corps comment fabriquer la protéine S, le laboratoire en injecte directement une version synthétique légèrement modifiée. Pour ce faire, les scientifiques du groupe ont utilisé le baculovirus, un virus propre aux arthropodes, dans lequel ils ont inséré des instructions génétiques pour produire la protéine S, puis infecté des cellules de légionnaire d’automne (un insecte aussi appelé noctuelle américaine du maïs).

Ces cellules ont été cultivées dans des bioréacteurs contenant 6 000 litres de liquide (des cuves qui ressemblent étrangement à des fûts de brasserie). C’est là que la protéine a été produite, avant d’être isolée, purifiée et injectée sous forme de vaccin, accompagnée d’un autre élément, appelé adjuvant, qui démultiplie la réponse immunitaire et rend le vaccin plus efficace.

L’histoire compliquée de Novavax éclipse ses efforts. Il y a seize ans, le produit phare du laboratoire était une crème contre les bouffées de chaleur des femmes préménopausées qui ne s’est jamais vendue. En faillite, le groupe a fait appel à Gale Smith, aujourd’hui âgé de 71 ans, biologiste moléculaire qui dirigeait une petite société de mise au point de vaccins.

Etudiant, le docteur Smith avait participé à l’élaboration de la méthode utilisant les baculovirus pour transporter l’ADN d’un agent infectieux vers des cellules d’insectes pour créer des vaccins, une méthode aujourd’hui utilisée pour le vaccin contre la grippe et le papillomavirus.

Pendant une décennie, le laboratoire l’a utilisée pour développer des vaccins contre le VIH, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), la grippe porcine, Ebola ou le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS). A chaque fois, Novavax a obtenu des premiers résultats prometteurs et obtenu le soutien d’entités publiques et à but non lucratif, dont la fondation Gates.

Mais les vaccins ont échoué lors des phases suivantes ou les épidémies ont reflué, rendant un traitement moins nécessaire.

Les dirigeants ont tout fait pour remonter le moral de leurs équipes. Stanley Erck, vétéran du Vietnam âgé de 72 ans et directeur général, invitait souvent ses collaborateurs à une soirée bowling, pizza et bières le vendredi. Gregory Glenn, pédiatre responsable de la recherche et du développement, essayait lui aussi de mobiliser les troupes.

« Où trouverez-vous une mission aussi noble, aussi intéressante et aussi rémunératrice ? », a-t-il un jour demandé aux chercheurs.

Mais des dirigeants et des salariés ont fini par partir, minant le moral du docteur Glenn. Il y a quelques années, en rentrant chez lui, il s’est mis à pleurer, raconte-t-il. « J’avais le sentiment de les laisser tomber et d’avoir péché par excès d’enthousiasme », soupire-t-il.

En 2014, Novavax a racheté une société suédoise qui produit un adjuvant dérivé de l’écorce d’un arbre chilien qui renforce la réponse immunitaire générée par un vaccin.

Avec cet adjuvant, Novavax a commencé de travailler sur des vaccins contre le virus respiratoire syncytial (VRS), qui cause chaque année l’hospitalisation d’environ 58 000 enfants aux Etats-Unis et peut s’avérer mortel. En 2015, le cours de l’action a doublé quand Stanley Erck a annoncé que le vaccin pourrait devenir « le plus vendu de l’histoire des vaccins en termes de chiffre d’affaires ».

« Je suis patron d’une biotech, je suis optimiste, je le reconnais », indique-t-il.

L’année suivante, le vaccin a échoué lors de la phase 3. En novembre 2016, le lendemain de l’élection présidentielle, un tiers des salariés ont été accueillis par un message annonçant leur licenciement en raison des déboires du vaccin contre le VRS.

« Ça a été une énorme surprise, un jour triste et lugubre, les gens étaient accablés », raconte Kwanho Roh, biologiste cellulaire qui a échappé au licenciement mais a perdu un tiers de ses équipes avant qu’il ne décide de quitter la société.

En 2019, quand un nouvel essai de vaccin contre le VRS a échoué, Novavax est officiellement devenu le petit laboratoire qui n’arrive à rien. Quand Stanley Erck prenait la parole lors de conférences, ils n’étaient parfois que trois à venir l’écouter. En mai de cette même année, au moment où l’action ne valait plus que 36 cents et risquait d’être exclue du Nasdaq, Novavax a lancé un regroupement d’actions à raison de 20 actions pour une. Le titre a fini l’année en baisse de 39 % et a été sorti de l’indice biotechnologique du Nasdaq. Mais pour le docteur Smith, aucun doute : son équipe progressait sur son vaccin.

Début 2020, Novavax réalisait les essais cliniques d’un nouveau vaccin, cette fois-ci contre la grippe. Le laboratoire étudiait également les possibilités d’amélioration de son vaccin contre le VRS, qui semblait efficace, et s’était d’ailleurs rapproché des régulateurs et de partenaires commerciaux potentiels.

Les premières données du vaccin contre la grippe étaient impressionnantes, mais les salariés s’inquiétaient du manque de trésorerie. Stanley Erck, lui, savait que c’était la dernière chance de son entreprise et que certains de ses collaborateurs avaient déjà un pied dehors.

Lorsque la pandémie a frappé, les dirigeants de Novavax ont fait le choix difficile de réorienter leurs efforts vers le vaccin contre la Covid-19, au risque de retarder celui contre la grippe. Le laboratoire avait déjà travaillé sur d’autres coronavirus et estimait donc avoir ses chances.

En janvier, Novavax a acheté le gène de la protéine S auprès d’un fournisseur de Shanghai, mais les liaisons aériennes ont été suspendues et la livraison n’est jamais arrivée. Au bout de quelques jours, le bureau américain du fournisseur, situé dans le New Jersey, a accepté de produire le gène et de le livrer à Washington chez Novavax.

Quelques semaines plus tard, le laboratoire a utilisé le baculovirus pour créer un vaccin qui devait alors être testé. Mais, à court d’argent, Novavax ne pouvait pas fabriquer de doses en grandes quantités.

En mars, Stanley Erck et d’autres responsables de laboratoires pharmaceutiques se sont réunis à la Maison Blanche pour parler du vaccin contre la Covid-19. Il n’y est pas allé par quatre chemins. « Soyons honnêtes : on a besoin d’argent », a-t-il expliqué au président Trump, selon une transcription de la conversation.

Le laboratoire a obtenu 2 milliards de dollars au titre de Warp Speed, le programme public de soutien au développement du vaccin, et de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, une organisation à but non lucratif installée en Norvège. Novavax a également levé des fonds auprès d’un hedge fund.

Pour tester son vaccin, le docteur Glenn a fait appel aux chercheurs de l’université de l’Oklahoma, qui ont proposé quinze singes élevés pour la recherche médicale. Conjugués à d’autres études sur des animaux et des tests préliminaires sur des humains, les essais qui ont eu lieu ont montré une efficacité suffisante pour faire le buzz dans le secteur.

En octobre, Novavax a repoussé la date du lancement des essais cliniques aux Etats-Unis en raison de la complexité de la fabrication des doses, prenant du retard sur ses concurrents.

Pour les analystes de Stanford C. Bernstein, si le vaccin est validé, Novavax pourrait engranger 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année. Mais les dirigeants du laboratoire, plus conscients que quiconque du risque d’échec lors des essais cliniques, n’ont pas encore sorti le champagne

Le 28 janvier, le laboratoire a déclaré qu’une analyse intermédiaire de la phase 3 révélait que son vaccin était efficace à 89 % pour protéger les humains du virus au Royaume-Uni, où un variant commençait de circuler et d’inquiéter les autorités. En revanche, il n’est efficace qu’à 49 % contre le variant qui sévit en Afrique du Sud, a révélé une autre étude réalisée dans le pays, même si ce chiffre monte à 60 % chez les personnes séronégatives.

A l’instar des autres fabricants de vaccins contre la Covid-19, Novavax reformule son vaccin pour qu’il soit plus efficace contre les nouvelles souches.

Larry Corey, spécialiste des maladies infectieuses au Fred Hutchinson Cancer Research Center, a participé à la mise en place des essais fédéraux des vaccins contre la Covid-19. Il raconte que le dispositif de Novavax a plusieurs avantages potentiels, à commencer par le fait le vaccin contient une dose relativement faible de produit : il sera donc plus facile de produire de grandes quantités et de faire durer les stocks.

« La faisabilité et le potentiel sont très importants », affirme le docteur Corey.

Pour les analystes de Stanford C. Bernstein, si le vaccin est validé, Novavax pourrait engranger 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année. Mais les dirigeants du laboratoire, plus conscients que quiconque du risque d’échec lors des essais cliniques, n’ont pas encore sorti le champagne.

Les investisseurs misent sur une baisse d’environ 10 % du titre Novavax, signe d’un certain scepticisme. A titre de comparaison, le taux de positions courtes sur le S&P 500 (qui met en perspective les positions vendeuses par rapport à l’encours total) n’est que de 2,5 %.

Les résultats des essais à grande échelle aux Etats-Unis seront dévoilés fin mars. Stanley Erck affirme qu’il est inquiet mais optimiste. Ses proches sont, eux, surtout stressés. Sa femme, le docteur Sarah Frech, a ressorti il y a peu une figurine dont elle pense qu’elle porte chance.

« Elle est plus superstitieuse que moi », plaisante-t-il.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Conflit palestinien : les États-Unis pour une solution à deux Etats ?

Conflit palestinien : les États-Unis pour une solution à deux Etats ?

 

 

 

Un certain nombre d’Etats se sont déjà prononcés pour deux Etats en Palestine mais jusque-là les États-Unis s’étaient toujours montrés assez réticents suivant en cela la position d’Israël. Il semble bien que la position américaine pourrait officiellement évoluer dans le sens d’une reconnaissance d’une partition en Palestine- Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a déclaré lundi à son homologue israélien qu’une solution à deux Etats du conflit israélo-palestinien était la meilleure pour l’avenir d’Israël, a déclaré le Département d’Etat américain.

Antony Blinken, dans un appel avec le ministre israélien des affaires étrangères Gabi Ashkenazi, « a souligné la conviction de l’administration Biden que la solution à deux Etats est la meilleure façon d’assurer l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, vivant en paix aux côtés d’un Etat palestinien viable et démocratique », a déclaré le Département d’Etat.

L’hydrogène pour l’aviation : la solution ?

L’hydrogène pour l’aviation : la solution ?

 

Selon une étude européenne, remplacer le kérosène par l’hydrogène moléculaire (H2, ou dihydrogène) permettrait de réduire de 50 % à 70 % l’impact du transport aérien sur le climat. La France et l’Allemagne y croient, qui ont mobilisé des milliards d’euros pour accompagner cette mutation. Airbus aussi, qui a fait le ​pari de lancer un premier avion « neutre en carbone » dès 2035, en remplaçant le kérosène par l’hydrogène.

Airbus a même franchi une étape supplémentaire en septembre, en dévoilant trois concepts d’avions à hydrogène. Le plus modeste est un avion régional à hélices de 100 sièges, propulsé par des moteurs électriques alimentés par une pile à combustible. Le plus classique est un court-courrier de type A320, pouvant emporter jusqu’à 200 passagers sur 3.500 km. Le plus futuriste est une aile volante d’environ 200 passagers. A l’horizon 2050, 40 % de la flotte européenne court et moyen-courrier pourrait s’être convertie à l’hydrogène, estime une étude du programme européen Clean Sky 2 .

 

« Face au chômage : L’emploi public garanti : la solution » ?

« Face au chômage : L’emploi public garanti : la solution » ?

 

Trois économistes, Aurore Lalucq, Dany Lang et Pavlina Tcherneva, constatent dans une tribune au « Monde » l’échec du contrôle des chômeurs et des subventions à l’embauche dans le privé, alors que des besoins sociaux restent insatisfaits. Pourquoi ne pas créer les emplois publics qui y répondront, à moindre coût ? Une vision qui pourrait bien être contestée d’autant que la France compte déjà le plus grand nombre de fonctionnaires et assimilés des pays développés. Faire des chômeurs des fonctionnaires est-ce vraiment la solution ?

 

Tribune.

 

Dix millions de pauvres, trois cent mille personnes sans domicile fixe. Telle est la situation sociale à laquelle la France doit faire face à court terme suite à l’aggravation de la situation économique et à l’explosion du chômage, qui devrait toucher huit millions de personnes d’ici à la fin de l’année.

Une situation qui risque de se dégrader encore à terme, avec les effets probables du deuxième épisode de confinement et la mise à l’arrêt de l’activité des secteurs « bruns », tels que l’aérien ou l’automobile, dont la transition indispensable vers un modèle bas carbone n’a toujours pas été préparée.

En plus de la perte de revenu, le chômage inflige aux individus et à leurs familles des coûts considérables allant des conséquences de la faible estime de soi à la détérioration de la santé mentale et physique, et même à une mortalité accrue. Face à ce constat et à ces perspectives dramatiques, il est plus qu’urgent de repenser nos politiques d’emploi pour passer d’une politique de l’incitation et de l’offre à une politique de l’action.

En effet, c’est un paradoxe bien documenté que coexistent, au sein du capitalisme financiarisé, un chômage de masse et des besoins sociaux insatisfaits. Cela n’a pourtant rien d’une fatalité, et résulte très largement des politiques mises en œuvre depuis plus de quatre décennies.

Ces politiques se sont essentiellement concentrées sur les incitations à la reprise d’emploi, comme si le chômage résultait avant tout de la fainéantise des personnes sans emploi ; et sur les politiques de l’offre, en premier lieu les coûteuses subventions à l’embauche. Leur échec est flagrant.

C’est ainsi que le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), censé redonner des marges de manœuvre aux entreprises pour leur permettre de regagner en compétitivité et d’embaucher, a coûté plus de 90 milliards d’euros en cinq ans et n’a permis de créer qu’environ 100 000 emplois. Sur les entreprises en ayant bénéficié, seul un quart a effectivement embauché, les trois quarts restants se contentant de bénéficier de cette manne !

Il est donc temps de renoncer à ces politiques de gâchis d’argent public, si précieux en temps de crise, et avec elles au fatalisme et à la résignation.

Les urgences auxquelles nous faisons face nous invitent à investir dans les filières d’avenir, à remettre en place une véritable politique industrielle, à s’engager dans la formation et la reconversion massive des travailleurs des industries les plus touchées. Et à proposer un emploi correspondant aux besoins de la société afin notamment de lutter contre la dégradation de notre patrimoine écologique et social. Autrement dit une politique de « garantie d’emploi ».

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