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Sociologie des terroristes : des déséquilibrés le plus souvent

Sociologie des terroristes : des déséquilibrés le plus souvent

Paris ce samedi 2 décembre, Bruxelles le lundi 16 octobre dernier, Arras le vendredi 13 octobre… En quelques semaines, des innocents ont été à plusieurs fois pris pour cibles par des individus se revendiquant du fondamentalisme islamiste sans que nous sachions, pour l’instant, à quel point ils étaient préparés. À la différence de l’assassin de Samuel Paty et de celui de Dominique Bernard, l’auteur des faits, arrêté à Paris et désigné comme Armand R.-M., souffre de pathologies psychiatriques connues. Placé en garde à vue, visé par une « fiche S », il avait déjà été condamné et a déclaré aux policiers qu’il « en avait marre de voir des musulmans mourir », notamment à Gaza, et que la France était « complice » d’Israël.
Le conflit israélo-palestinien déclenché depuis le 7 octobre par le Hamas peut-il contribuer à fragiliser des individus au rapport déjà altéré à la réalité, et à accentuer un sentiment d’impuissance qu’ils pensent résoudre en devenant justiciers ?

par
Laure Westphal
Psychologue clinicienne, Docteure en psychopathologie et psychanalyse, Enseignante, Chercheuse associée, Sciences Po
dans The Conversation

La recherche montre qu’un terroriste noue ses problématiques subjectives à une cause collective, notamment lorsqu’il s’engage dans une action meurtrière.

Les vrais experts ont la parole sur The Conversation.
Des extrémistes peuvent-ils être déterminés à agir par la nouvelle guerre déclenchée en Israël, 50 ans après Kippour ?

Venger le tort fait au prophète est l’un des arguments mis en avant par les terroristes, comme l’ont montré les assauts de Chérif et Saïd Kouachi à la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, ou ceux d’Adoullakh Anzorov au lycée de Conflans-Sainte-Honorine, le 16 octobre 2020.

Ils ont « puni » les façonneurs d’image, complices de l’idolâtrie du peuple souverain, tels que d’éminents idéologues du djihadisme (Maqdidi, Tartusi, Abu Mus’ab al-Suri, Abou Quatada, etc.) les perçoivent.

Les assaillants du Bataclan, eux, voulaient attaquer la « capitale des abominations et de la perversion ». D’autres terroristes semblent avoir des motivations idéologiques moins solides, comme l’a montré Mohamed Lahouiaej Bouhlel à Nice le 14 juillet 2016, ou encore Nathan Chiasson à Villejuif le 3 janvier 2020.

Mais les djihadistes n’ont pas que le prophète à « défendre ». Il y a aussi ce qu’ils considèrent être les souffrances causées à l’Oumma, la communauté musulmane homogène et mythique. Le conflit israélo-palestinien a longtemps été identifié comme le point de fixation des humiliations arabes.

Avec la globalisation de l’islam, les nouvelles générations de terroristes lui ont substitué les conflits en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie, en Irak ou en Syrie. L’affaiblissement militaire de l’EI sur les territoires syriens et irakiens n’a pas éteint les velléités d’engagement.

La guerre en Israël peut-elle accélérer le projet de fanatiques de se battre pour une identité commune, prise comme sorte d’unique référentiel politico-religieux ?

Armand R.-M. pourrait sembler l’un de ces « loups solitaires » avec des moyens rudimentaires. Mais il ferait surtout partie de ceux qui souffrent d’affections psychiatriques. S’agit-il d’un « passage à l’acte » résolutif d’une angoisse ou délirant que l’auteur aurait inscrit dans une logique idéologique ?

Rassemblement à Toulouse en hommage aux enseignants assassinés par des fanatiques, Samuel Paty, à Conflans, le 16 octobre 2020 et, Dominique Bernard, le 13 octobre c2023 à Arras.
Un passage à l’acte semble surgir ex nihilo mais il désigne en psychopathologie que son auteur est traversé par une angoisse qu’il cherche à dissiper. S’il est traversé par des angoisses d’anéantissement par exemple, il peut les résoudre en privilégiant l’identification d’une menace externe. C’est ce qu’apporte le sentiment de persécution, qui peut s’accroitre et inciter à se faire justice.

Le sens du passage à l’acte échappe à son auteur, mais pas le sens qu’il donne à son action meurtrière : il exerce cette dernière consciemment au nom d’une logique idéologique. Bien sûr, les enjeux inconscients et conscients peuvent très bien se conjuguer.

Aussi un individu peut-il par exemple se sentir « frère », sur la base d’un obscur sentiment d’injustice qu’il partage avec d’autres et choisir délibérément de renoncer à l’idée de société, ou de contrat social, pour lui préférer l’adhésion à une idéologie communautaire.

Parmi le nombre important de personnes radicalisées, il en existe une proportion – pas nécessairement plus importante que dans la population générale – qui souffre d’affections psychiatriques. L’expérience du Centre de Prévention, Insertion, Citoyenneté, en 2016, l’a confirmé : un seul des bénéficiaires de cette structure pour la prévention de la radicalisation souffrait de troubles relevant de la psychiatrie.

Néanmoins, l’articulation d’une souffrance psychique aiguë avec une idéologie offre à l’individu une perspective d’acte à prendre au sérieux. Il n’est pas rare qu’un individu se canalise avec la religion, au gré de son suivi à la lettre de certains hadiths, ces recueils des actes et paroles de Mahomet. D’autres individus fragiles donnent un sens à leur vision apocalyptique du monde avec des éléments de la réalité leur permettant d’alimenter un délire de persécution, de rédemption, mégalomaniaque ou mystique. Ils peuvent parvenir à une forme d’équilibre instable, jusqu’à ce qu’ils se sentent psychiquement contraints à agir.

L’observation du parcours d’assaillants montre des biographies, des impasses psychiques et des tentatives de résolution proches.

C’est le cas de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, qui s’est fait connaître pour son attentat particulièrement meurtrier sur la Promenade des Anglais à Nice, un soir de 14 juillet. Les investigations firent apparaître un homme perçu par son entourage comme colérique, étrange, violent. Il s’était séparé un an plus tôt de sa femme dont il avait eu trois enfants. Cette dernière déplorait chez lui ce qu’elle vivait comme du « harcèlement psychologique », tandis qu’une amie ne voyait en lui « aucune humanité » et des agissements par « pur sadisme ».

Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait donné à son rapport altéré à l’altérité, notamment le sens de la misogynie. Son médecin reliait ses épisodes dépressifs sévères à des « troubles psychotiques, avec somatisations ». Affecté dans son rapport au corps et au langage, Mohamed Lahouaiej Bouhlel se réfugiait parfois dans la violence. Le terroriste trouvait de l’inspiration en regardant sur la toile des photos de combattants de Daech, de ben Laden, ou encore des scènes de décapitation.

Non inféodé aux principes islamiques, il a radicalisé ses excès au profit de l’idéologie djihadiste.

Les fanatiques revendiquent aussi une attaque du système institutionnel. La façade du ministère de l’Éducation illuminée aux couleurs du drapeau français en hommage à l’enseignant assassiné, Dominique Bernard, le 13 octobre 2023, par un ancien élève du lycée radicalisé.

Chez certains, la foi en Allah prend le relais d’assuétudes, par exemple des addictions ou des passages à l’acte itératifs, comme de voler ou de brûler des voitures. Ils s’acharnent plutôt contre le taghout, l’autorité non fondée sur la foi que l’état incarne dans ses institutions. L’armée et la police sont les plus représentatives.

Pour nombre de terroristes islamistes, venger des caricatures n’est qu’une de leurs actions destinées à faire triompher leur cause.

L’expérience clinique du CPIC de Pontourny, même s’il a été fermé, nous a appris que l’islam radical peut être entendu comme une solution à un sentiment d’injustice. Des individus aux problématiques subjectives toujours singulières trouvent dans l’idéologie politico-religieuse djihadiste de quoi superposer au tort qu’ils pensent leur avoir été fait, celui causé à la communauté musulmane.

Des recherches récentes sur les peines internes en milieu carcéral montrent que des détenus transforment leur frustration en sentiment d’humiliation sous l’effet d’une incarcération ou de conditions d’incarcération qu’ils jugent abusives.

Ils s’enlisent parfois d’autant plus dans des altercations avec le personnel ou d’autres détenus, dans une surenchère qui peine à être endiguée par la coordination des services pénitentiaires et judiciaires. Même des non radicalisés peuvent se réveiller du « mensonge » avec la foi et accentuer leur sentiment d’injustice avec les moyens d’y remédier : par l’islam radical, dont l’enseignement est parfois dispensé par des prédicateurs autoproclamés.

Par ailleurs, il est important de souligner l’occurrence des troubles psychiatriques non détectés en prison, l’accentuation de certains troubles psychiques par le choc carcéral, et le manque de suivi psychiatrique dont certains anciens détenus continuent de manquer, par défaut d’assiduité en service de psychiatrie ambulatoire et/ou par défaut de moyen du personnel soignant.

D’autres adoptent l’islam radical pour assouvir des pulsions meurtrières au nom d’une idéologie qui les sacralisent.

Ils s’identifient au prophète et s’émancipent des lois en prétendant servir sa cause. Tous galvanisés, ils trouvent en Allah un exaltant produit dopant, conjurant les carences et les échecs, et permettant de retrouver leur intégrité. Du latin fanaticus, signifiant « inspiré », « prophétique », « en délire », « fanatique » désigne celui qui se croit transporté d’une fureur divine ou qui s’emporte sous l’effet d’une passion pour un idéal politique ou religieux.

En épousant leur destin d’élus d’Allah, ils veulent inspirer la crainte dont ils obtiendront le sentiment d’être respectés. Ils attendent de la valeur performative de leur acte de soumettre une société tout entière à leur affirmation de soi. Le Hamas offre-t-il à certains la perspective d’être reconnus comme préjudiciés, et de prendre une part héroïque à la guerre ?

Depuis la fermeture du CPIC en 2017, l’accompagnement des personnes radicalisées a été privilégié au niveau local. Un rapport d’information, enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 27 juin 2019 stipule que, selon l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), au mois d’avril 2019, la prise en charge a été relayée dans 269 communes. Ces mesures semblent insuffisantes, si l’on en croit que chaque année depuis 2015 des attentats sont commis sur notre sol, bien que bon nombre soient déjoués. Parallèlement, on compte en France, en mars 2022, 570 détenus de droit commun radicalisés et 430 détenus pour terrorisme islamiste. Une centaine de détenus radicalisés seraient libérables en 2023.

La DGSI avait rapporté cet été que la menace terroriste était toujours la première en France.

L’attentat de ce samedi montre que derrière des « passages à l’acte », il y a des individus en échec d’intégration et inscrits dans des logiques idéologiques meurtrières.

Armand R.-M. démontre, comme Mohamed Mogouchkov, qu’il convient de rester vigilants et de se doter de moyens de suivre certains individus fragiles. D’autres pourraient s’inspirer du nouveau climat de tension internationale pour agir, galvanisés par la mise en avant de leur cause et l’exacerbation médiatique de leur sentiment d’injustice.

Cette thanato-politique naissant du désespoir d’une jeunesse qui ne parvient pas à imaginer d’autre avenir que le combat pour la foi, engage nos sociétés hypersécularisées à réfléchir à de nouvelles modalités de vivre-ensemble.

Les complexités de la nouvelle sociologie française

Les complexités de la nouvelle sociologie française

 

Aurélien Delpirou, géographe, maître de conférences à l’École d’urbanisme de Paris, détaché au secrétariat général du Club Ville Aménagement et Frédéric Gilli, statisticien-économiste, associé de l’agence Grand Public et professeur à l’Ecole urbaine de Sciences Po mettent en garde contre les caricatures sociologiques et géographiques de la France, au moment où un vrai déficit démocratique se fait jour avec la montée de l’abstention aux élections.( Le Monde) 

 

Tribune.

 

Après une pandémie mondiale, la guerre en Ukraine rappelle à nouveau l’urgence et l’ampleur des défis qui se posent au pays : crise écologique planétaire, exacerbation des concurrences économiques, accroissement des inégalités de tous ordres.

Face à ces enjeux, alors qu’elle se termine, la campagne pour l’élection présidentielle de 2022 est apparue bien rabougrie. Cette atrophie illustre à la fois la faiblesse des corpus théoriques mobilisés dans les appareils politiques et l’appauvrissement du débat public en France.

Alors que le pays s’enorgueillit d’une tradition d’exigence intellectuelle, alors que les mutations à l’œuvre exigent d’appréhender la France en Europe et dans le monde avec des grilles de lecture nouvelles et complexes, les candidats, gauche et droite confondues, se sont emparés paresseusement de caricatures sociologiques et géographiques pour construire leurs discours et leurs propositions. En écho, à quelques exceptions notables près, une large partie des grands médias se sont contentés de les relayer sans le moindre esprit critique, voire de les alimenter pour organiser des clashs stériles plutôt que de véritables débats contradictoires.

Ces vues d’avion en noir et blanc ont en commun d’envisager la France à travers de grandes catégories sociales, spatiales et culturelles supposées homogènes. D’un côté, la France d’en bas, « périphérique », selon l’expression de Christophe Guilluy, populaire, déclassée par la globalisation, réfractaire à l’écologie, mais enracinée dans un terroir et des valeurs ; de l’autre, la France « d’en haut », soit élitaire et enrichie par la mondialisation, soit cosmopolite et protégée par l’Etat, mais, dans tous les cas, « archipellisée », comme la décrit Jérôme Fourquet, par le nomadisme, la perte des repères et l’influence du wokisme !

Comme pris de mauvaise conscience ou d’une curiosité souvent empreinte de condescendance, certains journalistes parisiens, qui se voient tous appartenir à la seconde France, affluent depuis le début de la campagne vers la première ; on envoie jusqu’aux reporters de guerre pour tenter de voir le pays « en face » (Anne Nivat, La France de face, Fayard, 384 p., 22 euros). En retour, ceux qui osent mettre en doute ces récits sont taxés d’être aveuglés par le « réel » ou déconnectés du « peuple ».

Opposant grossièrement campagnes « oubliées » et banlieues « arrosées », métropoles « barbares » et villes moyennes « revanchardes », la plupart de ces analyses, produites sur la base de sondages ou d’essais vite écrits, sont en effet obsolètes, erronées et délétères. Elles occultent tous les acquis des sciences sociales qui montrent, au contraire, que la fragilité socio-économique traverse les territoires et que la France est désormais une mosaïque tissée serrée d’interdépendances, où villes et campagnes se confondent, où local et global s’entremêlent, où richesse et précarité se juxtaposent. Ce sont précisément ces nouvelles lignes de faille qu’il faudrait analyser avec justesse pour pouvoir les réparer avec délicatesse.

 

Sociologie: L’intérêt de l’auto-analyse ?

Sociologie: L’intérêt de l’auto-analyse ? 

 

La sociologue Anne Bory, dans une « Carte blanche » au « Monde », salue le travail de Rose-Marie Lagrave, qui a enquêté sociologiquement sur son propre parcours pour servir une compréhension fine à la fois des mondes sociaux et des époques traversés.

. De nombreux sociologues et historiens sont revenus, dans leurs écrits, sur leurs parcours personnels, tantôt pour rendre visible une trajectoire particulière éclairant les logiques sociales d’une époque, tantôt pour ne pas laisser dans l’ombre ce qui, dans un parcours de recherche, doit aux expériences passées.

Souvent, ces récits sont le fait de « transfuges de classe », passés d’un monde social populaire à un autre, celui de la bourgeoisie intellectuelle, à l’instar du classique 33 Newport Street, de Richard Hoggart, paru en 1988. Si ces démarches autobiographiques empruntent et, parfois, enrichissent les outils conceptuels des sciences sociales, elles sont presque exclusivement centrées sur la trajectoire individuelle du chercheur déclinant les multiples rencontres et interactions qui en ont façonné les contours.

Sur ce modèle, les étudiants et étudiantes en sociologie apprennent à conduire leur « auto-socioanalyse », pour faire comprendre « d’où ils et elles parlent », afin d’éviter que ce qui relève d’un rapport personnel à l’objet, qu’il soit enchanté, critique, heureux ou douloureux, n’échappe à l’objectivation scientifique ou ne l’empêche.

Il y a fort à parier que l’exercice de l’autoanalyse, et celui consistant à enquêter sociologiquement sur son entourage proche, se renouvelle profondément avec la publication, en février dernier, de Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe (La Découverte, 438 pages, 22 euros), par Rose-Marie Lagrave. D’abord parce que s’il s’agit, là encore, du récit d’une transfuge de classe, c’est un récit au féminin. Là où les récits masculins oublient souvent d’interroger ce que la trajectoire retracée doit à leur genre, c’est ici une question centrale, d’autant plus cruciale dans un monde universitaire très masculin. Etre une femme dans le monde scientifique implique ainsi de déjouer préjugés et assignations, y compris en sciences sociales.

Mais au-delà de cette invitation à prendre en compte le genre dans l’analyse des trajectoires de transfuges de classe, que l’on peut étendre à la prise en compte, par exemple, de la couleur de la peau, Rose-Marie Lagrave montre que se faire la sociologue de son propre parcours, de l’enfance à la vieillesse, implique bel et bien d’enquêter sur soi-même en sociologue.

Pour comprendre son passage d’une famille très nombreuse, profondément catholique, éduquée mais pauvre, vivant dans la campagne normande, aux salles de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, la sociologue dépouille les archives familiales et les dossiers administratifs la concernant, analyse les dossiers scolaires de sa fratrie, mais aussi de ses camarades de classe, dont la majorité n’a pas dépassé le certificat d’études. Pour comprendre son statut de boursière, elle retrouve barèmes et dossiers de demande.

« Principes de sociologie générale » d’Alain Testart

« Principes de sociologie générale » d’Alain Testart

L’anthropologue, mort en 2013, ambitionnait de formuler les lois de la science sociale. Des « Principes » aujourd’hui publiés. Analyse du sociologue Bernard Lahire les a lus pour le Monde (extrait)

 

« Principes de sociologie générale. 1. Dépendances et rapports sociaux », d’Alain Testart, édité par Valérie Lécrivain et Marc Joly, CNRS Editions, « Interdépendances », 616 p., 29 €, numérique 21 €.

Alain Testart (1945-2013) nous a laissé une œuvre magistrale et foisonnante sur le communisme primitif, l’origine des inégalités économiques ou de l’Etat, le fait religieux, le don, la monnaie, le système de parenté des Aborigènes d’Australie, la division sexuelle du travail, les rites d’initiation, l’esclavage ou l’art pariétal. Ses travaux font référence dans sa discipline, et ont aussi permis de faire dialoguer anthropologues, préhistoriens et archéologues. Il n’était pas pour autant un touche-à-tout papillonnant. Sa prolixité et la variété de ses objets étaient liées à la quête systématique de liens entre des phénomènes étudiés séparément par des chercheurs spécialisés. Et cette quête de systèmes cohérents n’avait de sens que parce qu’Alain Testart cherchait in fine à classifier l’ensemble des sociétés connues par la préhistoire, l’ethnologie, l’histoire et la sociologie, afin de pouvoir penser l’évolution d’un type de société à l’autre.

L’anthropologue a été un courageux adepte de la contre-pente. Convaincu qu’une véritable science sociale, capable de formuler des lois, était possible dans un monde académique largement acquis à la cause du relativisme épistémologique, défenseur d’un évolutionnisme (révisé) alors que l’idée d’évolution (qui suppose que le passage d’un type de société à l’autre n’est pas purement aléatoire mais est gouverné par des régularités) était abandonnée par la grande majorité de ses collègues, il a voulu renouer avec les fondateurs de l’anthropologie et de la sociologie. Pour cela, il s’est armé d’une foi scientifique très ferme, d’une érudition époustouflante et d’une rigueur de pensée que sa formation scientifique initiale (ingénieur de l’Ecole des mines) et son goût prononcé pour le droit ont contribué à forger.

Une sociologie à la recherche des « rapports sociaux fondamentauxLa synthèse de toutes ces qualités se lit dans le premier volet d’une œuvre inédite intitulée Principes de sociologie générale. Ce volume formule le programme ambitieux d’une sociologie à la recherche des « rapports sociaux fondamentaux », en tant que « rapports sociaux de dépendance » caractérisant les différents types de société. Pour lui, toutes les sociétés sont « conceptualisables en fonction de la façon dont elles font jouer la dépendance entre leurs membres ». Il définit rigoureusement sa méthode de travail (un comparatisme sociologique à la recherche des plus grands contrastes entre sociétés, plutôt que des petites variations) et ses concepts principaux, tout en montrant leur pertinence sur une série de sociétés choisies pour leur caractère particulièrement cohérent et homogène. Alain Testart propose donc bien une « sociologie générale », qui tire parti de la comparaison en posant les mêmes questions, à l’aide des mêmes outils conceptuels, aux sociétés les plus différentes : chasseurs-cueilleurs avec ou sans richesse, sociétés antiques, féodales, lignagères (le lignage étant un groupe de filiation dont les membres se réclament d’un ancêtre commun) ou capitalistes.

Une France de plus en plus fatiguée et inquiète (Anne Muxel, Directrice de recherches en sociologie )

Une France de plus en plus fatiguée et inquiète (Anne Muxel,  Directrice de recherches en sociologie )

 

Anne Muxel,  Directrice de recherches en sociologie et en science politique au CNRS se penche, dans un entretien au « Bilan du Monde », sur cette société française de plus en plus fracturée, fatiguée et inquiète.

Directrice de recherches en sociologie et en science politique au CNRS (Cevipof/Sciences Po), Anne Muxel travaille essentiellement à la compréhension des formes du lien des individus à la politique et, plus largement, du système démocratique. Selon elle, il est urgent de reconstruire le lien citoyen qui s’est délité depuis une dizaine d’années.

Dans quel état politique, économique et social se trouve la France après plus d’un an de crise liée au Covid-19 ?

Anne Muxel.- Au début de l’année 2020, la France traversait une période de crise sociale et politique. Sur le plan social, la réforme des retraites se heurtait à un fort mouvement de contestation et la majorité de l’opinion était loin d’être convaincue des vertus de la réforme proposée. Sur le plan politique, l’équipe au pouvoir restait impopulaire, particulièrement le président. Seul le terrain économique, avec une baisse de la courbe du chômage et des signes encourageants de reprise, présentait un bilan davantage positif.

La crise due au Covid-19 a fait repasser les indicateurs économiques du mauvais côté, tout en dégradant encore le climat social et la défiance politique. En cette fin d’année, une certaine fatigue et une inquiétude face une crise inédite qui sévit depuis de trop nombreux mois accaparent l’esprit des Français. Les doutes qui persistent quant à une sortie rapide de la crise sanitaire, les dégâts infligés à l’économie, la persistance de la menace terroriste hypothèquent encore le retour d’une confiance partagée.

« Emmanuel Macron reste fort des faiblesses de ses adversaires »

Que reste-t-il, dans ces conditions, du mandat d’Emmanuel Macron et de la Macronie ?

L’épisode actuel ne remet pas en cause la première période réformiste du macronisme, mais celle-ci s’éloigne pour laisser place à un bilan contesté lié à la crise des « gilets jaunes », au refus de la réforme des retraites et à la gestion discutée de la crise sanitaire.

Cependant, sur le terrain de cette dernière, aucune des oppositions au président n’est créditée d’une capacité à faire mieux. C’est ainsi l’ensemble de l’action du politique qui est remis en cause. Emmanuel Macron reste fort des faiblesses de ses adversaires. Et ces dernières semaines, certains indices enregistrent un léger regain de confiance envers l’exécutif.

« Si, faute d’alternative présente, les Français renouvellent aujourd’hui un affrontement Macron-Le Pen, ils n’en ont pas envie »

De quelles ressources dispose-t-il pour aborder l’élection présidentielle dans les meilleures conditions ?

Les quelques sondages d’intentions de vote pour la présidentielle montrent la résilience d’Emmanuel Macron qui retrouverait, dans la situation actuelle, peu ou prou son niveau de premier tour de 2017.

En revanche, tout en restant victorieux dans un second tour l’opposant à Marine Le Pen, il verrait son capital électoral entamé et la protestation électorale enfler. Cependant, si, faute d’alternative présente, les Français renouvellent aujourd’hui un affrontement Macron-Le Pen, ils n’en ont pas envie. Cela donne un espace pour qu’un troisième candidat vienne perturber le jeu.

Les organisations de gauche sont exsangues et ne sont plus le lieu de réflexion qu’elles pouvaient être. Enfin, Emmanuel Macron a emporté avec lui une partie de la gauche sociale-libérale. Les défis de la reconstruction sont donc majeurs dans un temps aussi bref. Quant au camp de la droite républicaine, elle est aussi en assez mauvaise posture, encore à la recherche d’une figure à mettre en lice pour la présidentielle, et assez peu convaincante quant à une vision pour la société française se démarquant de la politique sociale et économique menée par Emmanuel Macron.

L’abstention a été forte lors des municipales, deux scrutins qui relèvent du jamais vu dans l’histoire électorale de la République. Comment l’analysez-vous ?

L’abstention, aux municipales comme aux législatives de juin 2017, a battu des records historiques. On voit bien que la tentation abstentionniste n’a pas attendu la crise due au Covid-19 pour s’épanouir. Certes, les craintes de contamination dans les bureaux de vote ont ajouté un surplus à une vague abstentionniste qui lui est antérieure. Mais cela fait des années que la réponse abstentionniste est l’un des symptômes de la forte défiance dont témoignent les Français envers les institutions et le personnel politiques, et qu’elle signe la persistance d’une crise de la démocratie représentative.

 

Les Français cherchent d’autres voies d’expression pour faire entendre leurs préoccupations, et une demande de participation aux décisions pouvant engager le pays s’impose dans des catégories de plus en plus diverses de la population. Dans ce contexte, l’abstention peut être aussi utilisée par certains comme une forme de protestation politique. Que les municipales, parmi les élections préférées des Français, aient été touchées par une abstention aussi massive est révélateur du fossé qui se creuse entre les Français et leurs représentants. 

Année après année, la société française ne semble-t-elle pas de plus en plus fragmentée, segmentée, comme si l’idée de citoyenneté se tassait au profit sinon d’une indifférence larvée, du moins d’un repli, communautariste ou non ? Comment retrouver du sens citoyen ?

Les fragmentations économiques, sociales, territoriales n’ont cessé de se développer depuis dix ans, tout en s’inscrivant dans un mouvement beaucoup plus large et long d’individualisation croissante. Les Français sont plus détachés que par le passé de grandes appartenances collectives et globales, qu’elles soient sociales (classes sociales, métiers), territoriales (communes, régions, nation), ou encore politiques (gauche, droite). Ils sont devenus eux-mêmes leur propre référence ou se sont réfugiés dans des niches de micro-appartenances diverses (ethnoculturelles, sexuelles, ludiques, générationnelles…).

Tout cela a érodé profondément un lien citoyen construit autour de valeurs universelles liées à la nation française telle qu’elle s’incarne dans le message républicain. La fragmentation des appartenances et l’individualisation ont entamé profondément un lien citoyen qui doit être reconstruit par un dépassement des micro-appartenances régressives et par une prise de conscience collective qui n’oublie pas que le lien citoyen est un lien qui assume un passé partagé, un présent d’expériences conjointes et un avenir commun.

 

Anne Muxel est directrice de recherches en sociologie et en science politique au CNRS (Cevipof/Sciences Po). Elle est l’autrice de plusieurs ouvrages en sociologie politique, notamment La tentation radicale. Enquête auprès des lycéens (PUF, 2018), codirigé avec Olivier Galland, et, plus récemment, Histoire d’une révolution électorale (2015-2018) (Editions Classiques Garnie, 2019), codirigé avec Bruno Cautrès. 

Hollande : un an et déjà discrédité, en cause la sociologie du PS

Hollande : un an et déjà discrédité, en cause la sociologie du PS

En moins d’un an Hollande a torpillé son quinquennat et discrédité la gauche. Le premier anniversaire de son élection à l’Elysée, le 6 mai 2012, a donc un goût amer pour François Hollande avec un niveau record d’insatisfaits et une crise qui perdure, anéantissant ou différant ses promesses économiques et sociales.  Le chef de l’Etat, qui a commencé son quinquennat sans état de grâce, se retrouve un an plus tard à la tête d’un pays au bord de la récession, voire en récession, frappé également par une crise morale et sociétale. Avec pour sanction une impopularité record à ce stade du mandat présidentiel. Seuls 24 à 26% des personnes sondées récemment se disent toujours satisfaites de son action.les facteurs explicatifs : la crise bien sûr, une politique contradictoire et en arrière plan la sociologie du PS. La crise qui s’approfondit a jeté un voile noir sur le changement promis, Hollande n’est pas responsable seul de cette crise mais il a voué lui-même l’avoir sous-estimé, ce qui constitue une grave erreur de diagnostic et une marque d’incompétence ; second élément négatif, sa politique économique, un jour on fiscalise un autre on défiscalise, finalemenet on privilégie quand même l’austérité tout en développant de discours sur la croissance et l’inversion du chômage. Résultat final, la récession, le chômage et des déficits plus importants. En cause évidemment la sociologie du PS et de ses dirigeants . La plupart des fonctionnaires aisés (certains très riches), des pros de la politique qui n’ont qu’une idée très vagues des réalités socioéconomiques et sans réelle formation dans ce domaine. Pros de la politique (la plupart n’ont pratiquement  jamais travaillé) mais  amateur en matière de compétences. Comme au PS où on ne rencontre pas au sein des principaux dirigeants  de techniciens, d’ingénieur, d’ouvrier, d’employé du privé, de patron, d’agriculteur ou encore de  syndicaliste. En plus une absence totale de doctrine ; en fait on amalgame d’anciens  marxistes, des écolos politisés, des socio libéraux, des ultralibéraux, des nationalistes et surtout beaucoup d’arrivistes dont l’envie de pouvoir (et d’argent) fait office de philosophie. Enfin, le PS n’est pas un parti mais un club d’élus q n’a jamais réfléchi de manière approfondie sur aucun sujet (sauf quelques experts qui parlent dans le désert type Rocard). .

Où Hollande recrute ses ministres ou la sociologie du PS en cause

Où Hollande recrute ses ministres ou la sociologie du PS en cause

 

L’affaire Cahuzac n’est pas seulement un accident mais un révélateur de la sociologie de la classe politique y compris au PS. Parmi les dirigeants du PS, aucun ouvrier, aucun agriculteur, aucun chef d’entreprise, aucun syndicaliste, aucun employé du privé ; pour l’essentiel des fonctionnaires et des élus proches des milieux d’affaires (Strauss-Kahn par exemple). Du coup,  une coupure totale avec les réalités économiques et sociales qui explique une grande partie de l’inefficacité de la politique économique mais aussi l’injustice sociale. Exemple le plus significatif, la fameuse taxe à 75% inventée le matin d’un meeting de Hollande qui techniquement ne tient pas la route ; elle n’existe  que pour justifier l’austérité imposée à tous les français non concernés par l’imposition bidon sur le riches. Une taxe qui doit rapporter 500 millions en théorie mais que les entreprises vont s’efforcer de contourner grâce à la complexité perverse de l’appareil fiscal. En fait, c’est peut être 100 ou 200 millions que produira cette taxe quand ce sont des dizaines de milliards que paieront la plupart des contribuables et des consommateurs. Non seulement Hollande (et son équipe)  ne comprend rien à l’économie mais il est de fait complice avec les grands intérêts financiers. Un seul exemple, Hollande a plié devant Mittal ;  à Florange, on sait très bien que l’usine est condamnée à fermer définitivement. Hollande suit bêtement la ligne politique de Bruxelles même s’il s’en défend, son pacte européen de croissance est une escroquerie, sa boite à outils pour redresser la croissance une illusion. Le PS ne se redressera pas après cette affaire d’autant qu’il risque d’y en avoir d’autres si la presse enfin décomplexée fait enfin son travail (ce qui n’a pas été le cas avec Cahuzac soupçonné depuis plusieurs mois). Le séisme politique est inévitable, les extrêmes seront les grands bénéficiaires mais ce sera encore davantage le chaos politique avec une impossibilité de gouverner comme en  Italie. Le président de la république « exemplaire » a recruté ses amis dans la superstructure du PS sorte de syndicat corporatiste des oligarques avides de pouvoir et parfois malheureusement aussi d’argent. La crise est bien entendu d’abord économique et sociale mais tout autant politique et culturelle.




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