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Réseaux sociaux : des internautes davantage politisés ?

Réseaux sociaux : des internautes davantage politisés ?

Un article intéressant mais qui ne prouve nullement que les internautes qui s’expriment sur les réseaux sociaux sont davantage politisés -au sens militant- que les autres.

 

On note un surinvestissement sur les réseaux sociaux de citoyens s’exprimant des préférences politiques plus polarisées que l’électorat dans son ensemble. Par Marie Neihouser, Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées; Felix-Christopher von Nostitz, Institut catholique de Lille (ICL); François Briatte, Institut catholique de Lille (ICL); Giulia Sandri, Institut catholique de Lille (ICL) et Tristan Haute, Université de Lille.

 

 

Les usages électoraux d’Internet et des réseaux sociaux ont été particulièrement scrutés lors de la campagne d’avant premier tour. De nouvelles plates-formes, telles que TikTok ou Twitch, ont été fortement investies afin de toucher les plus jeunes, et certains candidats semblent y avoir été plus performants que d’autres – notamment Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour. À cet égard, des études montrent que l’activisme sur Internet se structure souvent sur des bases idéologiques et est plus élevé aux extrêmes de l’échiquier politique. D’où une question : les citoyens actifs sur Internet sont-ils politiquement plus radicaux que l’ensemble des électeurs ?

Les citoyens actifs sur Internet sont-ils plus radicaux ?

En France, les usages électoraux d’Internet et des réseaux sociaux se sont développés depuis la présidentielle de 2012. Ils restent cependant relativement minoritaires.

 

Les commentaires à la suite de messages de candidats restent relativement peu nombreux tant sur Twitter que sur Facebook. Ainsi, si Jean-Luc Mélenchon récolte respectivement 23 491 et 126 465 commentaires, ce qui en fait le candidat le plus commenté, ces chiffres restent relativement modestes si on les rapporte au nombre d’inscrits sur les listes électorales, ou même au nombre de personnes inscrites sur les réseaux sociaux en France (40 millions d’utilisateurs mensuels de Facebook, 8 sur Twitter, 22 sur Instagram, 50 sur YouTube).

Surtout, certains candidats ne récoltent que quelques centaines de commentaires – ou même moins. Même si l’on regarde le nombre de likes, pratique moins coûteuse pour les internautes que le commentaire, les réactions aux messages des candidats restent relativement rares, a fortiori lorsqu’on les compare à leurs nombres d’abonnés. Pour ne prendre que quelques exemples, les likes recueillis par Emmanuel Macron sur Twitter durant la première semaine de janvier ne représentent que 2,6 % de ses abonnés, ceux reçus par Jean-Luc Mélenchon 4,4 %, ceux reçus par Marine Le Pen 1,8 %, et ceux reçus par Anne Hidalgo 0,8 %.

Reste que certains candidats suscitent plus de réactions que d’autres, et qu’à l’exception du cas particulier du président sortant, les candidats recueillant le plus d’interactions (likes et commentaires) sont les candidats d’extrême droite (Marine Le Pen, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan) et Jean-Luc Mélenchon, ce qui tend à accréditer l’idée que les citoyens mobilisés sur Internet exprimeraient des choix électoraux plus radicaux et plus polarisés que la population électorale générale.

On sait que les citoyens politiquement actifs sur Internet présentent différentes caractéristiques : ils sont plus intéressés par la politique, plus diplômés, et plus jeunes que la moyenne. Hormis en termes d’âge, ils ressemblent en réalité beaucoup aux citoyens actifs « hors ligne ». Ces pratiques politiques s’imbriquent d’ailleurs fortement : en 2012, par exemple, les électeurs ayant participé à un meeting étaient aussi parmi les plus actifs sur Internet.

Mais l’on sait aussi – et surtout – que, après avoir contrôlé par le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, la situation professionnelle et l’intérêt pour la politique, les individus politiquement actifs sur Internet en 2012, ceux qui ont consulté le site ou la page Facebook d’un candidat lors des élections régionales de 2015, ou encore ceux qui ont suivi un candidat sur Internet lors de la campagne présidentielle de 2017, sont soit sensiblement plus à gauche, soit, pour une part plus faible, plus à droite, que le reste des citoyens. C’est en particulier le cas lorsque l’intensité de l’activisme sur Internet est plus faible, comme lors des régionales de 2015.

Si Facebook semble autant mobilisé à l’extrême droite que par les individus se déclarant très à gauche, on note cependant des différences concernant tous les autres réseaux sociaux, qui sont bien plus utilisés à l’extrême droite.

L’écart est très important sur Twitter : seuls 2,5 % des individus se déclarant très à gauche affirment avoir consulté, partagé, « liké » ou commenté du contenu sur cette plate-forme dans les sept jours précédant l’enquête. Ce chiffre est quatre fois plus élevé chez ceux qui se positionnent très à droite (12 %), soulignant possiblement en miroir l’activisme intense des soutiens d’Éric Zemmour sur cette plate-forme.

Notons, enfin, que la sociologie des organisations partisanes offre une piste d’explication complémentaire à celle esquissée ci-dessus : contrairement aux partis structurés en courants ou tendances, les partis d’extrême droite, plus centralisés et constitués autour d’un leader charismatique, ont peut-être moins de difficulté à concevoir un discours unitaire et à le faire diffuser sur Internet par leurs bases militantes.

Sur la base de ces résultats, et bien qu’il faille relativiser l’influence des réseaux sociaux sur le résultat final d’une élection, on peut s’attendre à ce que les électeurs soutiens d’Emmanuel Macron se mobilisent moins fortement sur Internet que les électeurs d’extrême droite – alors même qu’il est le président sortant et que sa stratégie numérique tiendra compte de ce paramètre. De même, lors des élections législatives, on peut s’attendre à nouveau à un sur-investissement des réseaux sociaux par les citoyens exprimant des préférences politiques plus polarisées que l’électorat dans son ensemble.

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Par Marie Neihouser, Chercheuse en science politique, Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées ; Felix-Christopher von Nostitz, Research and Teaching Assistant in Political Science, Institut catholique de Lille (ICL) ; François Briatte, Assistant Lecturer in Political Science, Institut catholique de Lille (ICL) ; Giulia Sandri, Professeur en science politique, ESPOL, Université Catholique de Lille, Institut catholique de Lille (ICL) et Tristan Haute, Maître de conférences, Université de Lille.

Cet article a été co-publié dans le cadre du partenariat avec Poliverse qui propose des éclairages sur le fonctionnement et le déroulement de la présidentielle.

Marie Neihouser, Felix-Christopher von Nostitz, François Briatte, Giulia Sandri et Tristan Haute

Démocratie : Obama veut réguler les réseaux sociaux

 

L’ex chef d’État (2009-2017) s’est étendu sur le phénomène de la désinformation, et s’est reproché de ne pas avoir suffisamment réalisé «à quel point nous étions devenus réceptifs aux mensonges et aux théories du complot» avant l’élection de Donald Trump, qui lui a succédé. «Poutine n’a pas fait ça. Il n’a pas eu besoin. Nous nous le sommes fait à nous-mêmes», a-t-il ajouté, évoquant les campagnes de manipulation des électeurs orchestrées depuis la Russie. «Nous venons de voir un président en exercice nier des résultats électoraux clairs et aider à inciter une insurrection violente contre la capitale de la nation», a-t-il assené, en référence à Donald Trump, qui n’a pas reconnu la victoire de Joe Biden fin 2020, et a encouragé ses partisans avant l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, qui a fait plusieurs morts. «Ce doit être notre sonnette d’alarme pour réagir.»

Barack Obama a donc appelé à une réforme des lois qui gouvernent les réseaux sociaux, pour qu’ils soient plus responsables et plus transparents, expliquant que le problème au cœur de la désinformation était moins «ce que les gens publient» que «les contenus que ces plateformes promeuvent». La preuve selon lui qu’elles ne sont pas «neutres» et que les algorithmes devraient être soumis à des contrôles de sécurité par une autorité de régulation, au même titre que les voitures, aliments et autres produits de consommation. Il a ensuite détaillé une série de valeurs qui devraient à son avis guider la modération des contenus, comme le renforcement de la démocratie et le respect des différences. «Les outils ne nous contrôlent pas. Nous pouvons les contrôler», a-t-il conclu.

 

La dépendance maladive aux réseaux sociaux

La dépendance maladive aux réseaux sociaux

Dérivé du verbe anglais « to scroll », « faire défiler », ce mot désigne la consultation compulsive d’informations anxiogènes, un comportement né de la rencontre entre la curiosité humaine et les produits des plates-formes numériques. ( Par Marion Dupont du « Monde »)
En bon français la dépendance maladive aux réseaux sociaux NDLR

 

 

Histoire d’une notion.

 

Dans les transports, dans la file d’attente du supermarché, dans l’ascenseur, dans le confort d’un canapé ou l’intimité d’un lit, les contenus défilent d’un mouvement machinal du pouce ou de l’index quasi automatique. Sur Facebook, Instagram, TikTok ou Twitter, ils s’égrènent inexorablement : images de la guerre en Ukraine, chiffres de la pandémie de Covid-19, articles déchiffrant le dernier rapport du GIEC, commentaires alarmés sur l’état du paysage politique. Le plus souvent, aucune émotion ne transparaît sur le visage de l’utilisateur ; mais, en son for intérieur, la curiosité ou l’ennui le cèdent parfois à l’appréhension, voire à l’angoisse la plus pure. Qu’importe : il continue. Cette consultation compulsive a désormais un nom : le doomscrolling, c’est-à-dire le fait – ou le sentiment – de ne pas pouvoir s’empêcher de faire défiler indéfiniment des contenus multimédias anxiogènes.

Le mot dérive du verbe anglais to scroll, signifiant « faire défiler un contenu sur un écran », un terme aujourd’hui employé si couramment que sa version francisée, « scroller », est entrée dans le dictionnaire Robert en 2020. Les phobiques des anglicismes peuvent se rassurer : to scroll provient originellement d’un emprunt à l’ancien français « escroe » (« rouleau ») – il s’agissait, pour les locuteurs du Moyen Age, de décrire l’action de dérouler un parchemin pour le lire.

C’est dans les années 1970-1980 que le milieu naissant des jeux vidéo reprend le terme et s’en sert comme d’une métaphore pour décrire la manière de faire apparaître des éléments à l’écran, selon un défilement horizontal ou vertical : le scroll devient, dès lors, un élément essentiel des interfaces numériques. Or, quelques dizaines d’années plus tard, avec l’émergence des réseaux sociaux et de leur modèle d’accumulation de contenus, l’action de scroller acquiert une dimension potentiellement infinie. C’est cette sensation de page sans fin que vient d’abord décrire le mot doomscrolling, qui signifie littéralement « scroller jusqu’à la fin des temps » ou « jusqu’à sa perte » (doom).

Pourquoi cette incapacité à s’autoréguler semble-t-elle si partagée ? « Le modèle économique des entreprises type réseaux sociaux est basé sur le temps passé par les utilisateurs sur les plates-formes, car c’est cette durée d’attention qui sera valorisée auprès des annonceurs publicitaires, détaille Nicolas Nova, anthropologue du numérique. Celles-ci ont donc un fort intérêt à trouver, dans la conception des interfaces, des mécanismes incitant les utilisateurs à rester le plus longtemps possible. Cet intérêt explique le recours au format du scrolling infini, mais aussi le mécanisme de récompense variable (analogue à celui des machines à sous des casinos) mis en place par les algorithmes, ou le fait de survaloriser la répétition de certains types de contenus suscitant particulièrement l’intérêt, comme les informations négatives ou les titres racoleurs. » La sensation de doomscrolling naît ainsi de la rencontre entre la nature curieuse des êtres humains et les nouvelles interfaces produites par les entreprises numériques capitalistes.

Russie: La bataille de communication via les réseaux sociaux

Russie: La bataille de communication via les réseaux sociaux

Dans sa chronique, le journaliste du « Monde » Alexandre Piquard constate que Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky sont d’accord pour stopper réseaux sociaux et services en ligne en Russie, mais pas pour les mêmes raisons. Mais cela inquiète un collectif d’ONG, qui lutte contre le contrôle de l’information par les autorités russes.

 

Chronique.

 

 Louis Vuitton, Coca-Cola, McDonald’s, Volkswagen, Boeing, Shell, Adidas, Ikea, Goldman Sachs… Depuis le début de la guerre en Ukraine, la liste des multinationales ayant arrêté leurs activités en Russie ne cesse de s’allonger. Ces centaines d’entreprises appliquent parfois des sanctions économiques européennes ou américaines, mais elles agissent aussi de façon volontaire et préventive, pour afficher leur opposition au régime de Vladimir Poutine.

Pourtant, dans le domaine de la technologie, des réseaux sociaux et des services en ligne, la bataille se joue à front renversé : les géants du numérique tentent plutôt de maintenir leurs plates-formes en Russie. Et le leader du Kremlin cherche au contraire à les limiter ou à les interdire. Vladimir Poutine a ainsi déjà fait bloquer Facebook, puis sa filiale Instagram, en représailles à la suspension des comptes des médias d’Etat russes RT et Sputnik.

Pour les dirigeants concernés, la justification de l’exception de la tech est évidente. Ces services sont des moyens de communication. Et ils participent à la liberté d’expression, qui échappe à la pure logique économique et marchande. « Les réseaux sociaux sont mauvais pour les dictateurs, c’est pour cela que Poutine nous a débranchés », a expliqué à la chaîne CNBC Sheryl Sandberg, numéro deux de Meta, maison mère de Facebook et Instagram.

« En Russie, les citoyens ordinaires utilisent les applications de Meta pour s’exprimer et se mobiliser. Nous voulons qu’ils puissent continuer à faire entendre leur voix », a renchéri le directeur des affaires publiques, Nick Clegg. Google avait, lui, fait savoir que son moteur de recherche ou sa plate-forme de vidéo YouTube « restaient en ligne en Russie pour continuer à y fournir de l’information ».

Pour autant, les dirigeants ukrainiens, le président Volodymyr Zelensky en tête, ont cherché à remettre en cause ce raisonnement. Et à bousculer les géants du numérique. Fin février, le gouvernement du pays envahi a appelé Google et Meta à couper tous leurs services en Russie, de même que Netflix sa plate-forme de vidéo, ou Apple son magasin d’applications sur iPhone. Kiev sur la même ligne que Moscou ? C’est paradoxal…

« Notre but n’est pas de bloquer les sources d’information des Russes, mais de mobiliser les gens jeunes, proactifs et intelligents », a justifié sur Twitter le très actif ministre du numérique, Mykhaïlo Fedorov. L’idée de « blocus numérique » vise à rendre la vie des citoyens russes si désagréable qu’ils remettent en question la guerre en Ukraine et cessent d’être « complices par leur silence », a-t-il expliqué au New York Times.

« Toxic Data », remède contre les réseaux sociaux sulfureux

« Toxic Data », remède contre les réseaux sociaux sulfureux

David Chavalarias propose une analyse critique de l’influence de Twitter ou Facebook sur les opinions politiques. ( Le Monde)

analyse . 

 

Au premier abord, le lecteur se dira sans doute qu’il a déjà lu et entendu ces lamentos sur l’effet néfaste des réseaux sociaux sur le débat public et sur les risques d’influence des opinions par certains groupes d’intérêt. D’autant plus qu’avec la guerre en Ukraine et la campagne présidentielle française, l’époque est propice à ce genre de suspicions.
Mais si dans son livre, Toxic Data, l’agrégé de mathématiques David Chavalarias propose en effet une critique de plus contre les Gafam, les ingérences russes ou chinoises, son analyse est par plusieurs points assez originale.

Les illustrations centrales en couleurs, que sans doute peu de lecteurs ont déjà vues, témoignent déjà d’un regard différent sur ces thèmes. On y voit des nuées de points en tas, ou bien dispersés, reliés entre eux plus ou moins fortement. C’est ce que l’auteur, mathématicien de formation, appelle un « macroscope » : un dispositif d’étude à grande échelle de ce qui se passe sur un réseau social comme Twitter et qui permet, par la collecte et l’étude de millions de tweets, de voir d’où part une information, comment un mot-clé circule, comment se forment les communautés politiques, et les voir éclater, se recomposent ou se rapprochent d’une autre…

En spécialiste des systèmes complexes, dont les réseaux sociaux font partie, il défend l’idée que pour mieux corriger les effets négatifs de ces ogres numériques sur les opinions il convient d’abord de disposer des outils pour les « voir ».

Plusieurs exemples montrent l’intérêt d’une telle approche. Ce « politoscope », comme il a été baptisé, a permis d’éclairer le fait que le terme « islamo-gauchisme », repris par des ministres, est bien un concept venu de l’extrême droite. Il aide aussi à repérer quels camps diffusent le plus de fausses informations. Il documente l’émergence de la communauté antivax et antipasse sanitaire.

Les comportements sociaux de chambre d’échos, de bulles de filtre, de polarisation, d’astroturfing, etc., sont bien sûr présents mais vus à l’aune de la science des réseaux et des sciences cognitives, ce qui permet de mieux les comprendre. L’un de ces résultats, tiré d’un théorème mathématique de 1976, est même assez déprimant : plus les interactions sociales sont fortes, plus le comportement collectif est imprévisible aux yeux des individus (rendant instables les situations), mais plus l’entité qui a les informations sur ces interactions peut les prévoir…

Très inquiet de ces influences sur la santé de nos démocraties et conscient que les choix se jouent parfois à un nombre de voix largement atteignable par des influenceurs, l’auteur esquisse 18 propositions pour éviter les dérèglements. Certaines sont de bon sens : vérifier ses sources, savoir se déconnecter… D’autres sont difficiles à réaliser, comme « surveiller » les algorithmes, « redonner les données au peuple »… D’autres encore sont plus inattendues, comme le recours au jugement majoritaire pour les élections, ou les « preferendums », qui permettent de nuancer le contenu des votes et éviter les jugements binaires et l’inévitable polarisation.

Marchés financiers : l’influence grandissante des réseaux sociaux

Marchés financiers : l’influence grandissante des réseaux sociaux 

 

Un article du Wall Street Journal souligne l’influence grandissante des réseaux sociaux sur les marchés financiers.Des millions d’Américains se sont découvert un intérêt pour la Bourse depuis la crise sanitaire, envahissant les réseaux et messageries, et s’immergeant du jour au lendemain dans l’univers des petits porteurs.

 

Il y a quelques années, l’essentiel des revenus de Kevin Paffrath, un courtier immobilier de 29 ans, père de deux enfants et résidant à Ventura en Californie, provenait des commissions qu’il touchait sur des ventes immobilières. A ses heures perdues, il enregistrait des vidéos en ligne concernant l’achat de logements.

Aujourd’hui, M. Paffrath est connu sous le nom de MeetKevin, influenceur comptant 1,7 million d’abonnés sur YouTube. Tous les jours ou presque, il y diffuse en direct pendant plusieurs heures des vidéos dans lesquelles il parle des marchés boursiers et prodigue des conseils d’investissement à la chaîne, en maniant l’autodérision. Il plaisante avec les auteurs de commentaires, affecte un accent britannique un peu forcé et sirote du café dans le studio d’enregistrement qu’il a installé chez lui, décoré d’affiches humoristiques colorées et d’une guitare électrique couleur turquoise. M. Paffrath a également réalisé des centaines de vidéos sur divers sujets relatifs au conseil en investissement.

« Auparavant, je passais trois ou quatre heures par jour à parler avec un client d’un bien immobilier qu’il pouvait acquérir sous sa valeur de marché, et si j’avais de la chance, au bout de trois mois, cette discussion me rapportait 10 000 dollars, explique M. Paffrath. Aujourd’hui, 10 000 dollars est ce que je gagne les mauvais jours. Mon activité d’influenceur a éclipsé tout le reste. »

M. Paffrath affirme avoir gagné 5 millions de dollars au cours des trois premiers mois de cette année, le nombre de visites sur sa page et la demande pour ses conseils ayant explosé durant la pandémie. Les reçus des paiements de YouTube qu’il a montrés au Wall Street Journal confirment que l’influenceur gagne plusieurs millions de dollars par an ne serait-ce qu’en recettes publicitaires.

Sur TikTok, Tori Dunlap (connue sur l’application en tant que @herfirst100k) explique à ses 1,7 million de fans comment créer une entreprise et quelle dette il convient de rembourser en premier lieu. La jeune femme, âgée de 27 ans, met au point une application afin de promouvoir une « communauté d’investissement sans préjugé », pour aider les femmes à se sentir suffisamment à l’aise pour échanger des conseils d’investissement et gérer des placements dans leurs comptes de courtage

La crise sanitaire ayant assigné les Américains à résidence, des millions d’entre eux – certains utilisant les aides publiques versées pendant la pandémie – se sont découvert un intérêt pour la Bourse, envahissant les réseaux et messageries, et s’immergeant du jour au lendemain dans l’univers des petits porteurs.

En 2021, les six principaux courtiers en ligne, qui attirent surtout des investisseurs individuels, comptent plus de 100 millions d’utilisateurs. Robinhood Financial, une application d’investissement très prisée des jeunes investisseurs, a vu le nombre de ses comptes bondir de 7,2 millions à 18 millions entre mars 2020 et mars 2021, selon ses états financiers.

L’essor du négoce en ligne sans commission s’est accompagné d’une demande de conseils au prix le plus bas, de la manière la plus accessible possible, à savoir en ligne. Aujourd’hui, une nouvelle génération de conseillers en placements boursiers officie sur les réseaux sociaux, suivie par un nombre considérable d’investisseurs novices.

Nombre de ces influenceurs n’ont aucune formation officielle en conseil financier, et aucune expérience dans l’investissement professionnel, ce qui les conduit à choisir des actions au gré de leur popularité dans l’opinion, et parfois à prodiguer des conseils qui font perdre de l’argent à ceux qui les suivent.

Comme MeetKevin, Marko Zlatic est un influenceur très en vogue dans le domaine financier, qui, sous le nom de Whiteboard Finance, conseille 670 000 abonnés sur tous les sujets, de l’achat de véhicules d’occasion à la constitution d’un portefeuille d’investissement fondé sur les préceptes du gérant de fonds spéculatif Ray Dalio.

Certains influenceurs moins connus ont des personnalités plus hautes en couleur. Jack Spencer, qui travaillait auparavant comme coach personnel en Irlande, a abandonné ses vidéos de conseils sportifs pour l’investissement en actions en mars 2020. À 23 ans, il réalise des entretiens vidéo avec des patrons de start-up vêtu d’une chemise barrée de la mention « Not A Financial Advisor » (« Je ne suis pas conseiller financier »), avec en arrière-plan un cellier bien garni. M. Spencer, qui compte 94 000 abonnés sur YouTube, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Sur TikTok, Tori Dunlap (connue sur l’application en tant que @herfirst100k) explique à ses 1,7 million de fans comment créer une entreprise et quelle dette il convient de rembourser en premier lieu. La jeune femme, âgée de 27 ans, met au point une application afin de promouvoir une « communauté d’investissement sans préjugé », pour aider les femmes à se sentir suffisamment à l’aise pour échanger des conseils d’investissement et gérer des placements dans leurs comptes de courtage.

Après avoir abandonné ses études, Cameron Newell, alias CamTheMan, a commencé à investir dans des actions à moins de un dollar il y a environ trois ans. Cet habitant de l’Etat du Washington affirme avoir ainsi gagné l’an dernier 5 millions de dollars. Le jeune homme offre ses conseils sur TikTok et héberge un groupe discussions sur Discord – l’application prisée des amateurs de jeux vidéo – où ses fans peuvent suivre et reprendre à leur compte ses placements, ou participer de temps à temps à des défis dont l’objectif est de parvenir à atteindre 1 million de dollars sur la base d’un investissement initial de 1 000 dollars.

« La finance traditionnelle est une boîte noire, déclare Sarah Petite, une consultante en réseaux sociaux à Los Angeles. La génération actuelle regarde ses parents et pense, « Votre manière de concevoir l’argent ? Ce n’est plus comme ça que cela marche ». »

Aujourd’hui, les jeunes gens sont en quête d’une feuille de route pour réaliser d’importants profits, et leur tendance prononcée à l’indépendance conduit un grand nombre d’entre eux à se tourner vers les influenceurs en ligne pour obtenir des conseils gratuits, plutôt qu’à confier leur argent à un gérant de portefeuille classique moyennant finance. Beaucoup ne se préoccupent pas des qualifications dont disposent ceux qui prodiguent leurs conseils, si l’on en croit les experts et les jeunes investisseurs eux-mêmes.

« J’ai un principe : ne pas payer quelque chose que l’on peut obtenir gratuitement », explique Rex Wu, un investisseur de 33 ans habitant à Tampa Bay en Floride, qui suit régulièrement M. Paffrath et plusieurs autres figures du conseil boursier en ligne. M. Wu indique avoir investi quelques centaines de milliers de dollars sur la base d’éléments qu’il a « appris en ligne auprès de gars comme Kevin ». Depuis le début de l’année, son portefeuille affiche un rendement de 23 %, contre 21 % pour l’indice S&P500.

« Si je m’adressais à JPMorgan, ils auraient tendance à vouloir récupérer mes investissements et à en faire trop, estime M. Wu. Les gars sur internet ne cherchent pas vraiment à me vendre quoi que ce soit. »

Néanmoins, ce modèle en ligne est totalement nouveau, et les influenceurs sont jugés sur la base du contenu qu’ils produisent davantage que sur les performances de leurs placements. Ils sont souvent payés en fonction du nombre de leurs abonnés et visiteurs plutôt que sur les revenus que leurs conseils en investissement rapportent à leur public.

Règle n°1 : le public doit pouvoir s’identifier à l’influenceur

Cette nouvelle génération de gourous de la finance officiant sur les réseaux sociaux exploite la méfiance innée des jeunes gens envers l’élite financière, qu’ils jugent contrôlée par le milieu de Wall Street, composé d’« anciens » auxquels ils ne peuvent pas s’identifier.

Inspirer confiance au public est l’un des maîtres-mots de ces nouveaux conseillers en investissement sur YouTube

« Les gens de mon âge ne regardent plus les chaînes câblées, observe Mme Petite, qui a 24 ans. Je ne connais personne qui suit l’actualité financière à la télévision. Ils se tournent vers les chaînes YouTube spécialisées et les réseaux sociaux. Je ne crois pas qu’il viendrait à l’esprit de quiconque parmi eux de confier leur argent à un type en costume à Wall Street. »

Inspirer confiance au public est l’un des maîtres-mots de ces nouveaux conseillers en investissement sur YouTube.

Rose Han, 32 ans, est titulaire d’un diplôme en finance de l’Université de New York. Il y a cinq ans, elle a quitté son poste de trader en devises chez HSBC et commencé à réaliser des vidéos sur YouTube sur le négoce d’options, l’investissement dans des fonds et les comptes financiers personnels.

Elle a un demi-million d’abonnés sur YouTube, et 54 000 « followers » sur Instagram. Mme Han, qui propose des cours d’investissement, affirme gagner aujourd’hui dix fois plus que lorsqu’elle était salariée.

« Si vous regardez CNBC, vous verrez des hommes blancs d’un certain âge à qui il est difficile de s’identifier : je ne leur ressemble pas, et un grand nombre de mes followers ne leur ressemblent pas non plus, note-t-elle. Comme je suis une femme, les femmes me font confiance, elles préfèrent apprendre quelque chose auprès de moi que d’un stéréotype de la finance. » Mme Han affirme avoir gagné 2 millions de dollars depuis le début de l’année grâce aux recettes publicitaires de YouTube et à la vente de ses cours d’investissement en ligne.

Règle n°2 : l’influenceur doit faire rêver son public

La génération Z – née entre 1992 et 2002 environ – est plus sensible aux signes extérieurs de richesse tels que les voitures et vêtements de luxe qu’aux diplômes d’écoles de commerce, certifications financières ou apparitions dans les journaux télévisés, observent les experts. C’est pourquoi ils peuvent être facilement victimes d’escroquerie et finir ruinés, souligne Ted Klontz, professeur en finance comportementale à l’université Creighton.

TikTok regorge de comptes publicitaires comme celui de The Daily Trader, un millionnaire autoproclamé de 19 ans qui diffuse des vidéos le montrant au volant d’une Audi R8 flambant neuve, ou bien au bord de la piscine d’une villa de Beverly Hills dont il affirme qu’elle vaut 20 millions de dollars, ou encore attablé dans l’un des restaurants les plus chers de Los Angeles

« Cet univers ressemble en grande partie à une fosse aux serpents, c’est très inquiétant, déclare M. Klontz. Le cerveau humain n’arrive pas entièrement à maturité avant 25 ans. Les jeunes qui n’ont pas atteint cet âge sont hautement influençables. Nous savons que l’investissement au jour le jour ne produit pas de richesse à long terme pour la vaste majorité de ceux qui le pratiquent, mais les influenceurs ciblent justement la partie du cerveau moins inhibée, qui nous conduit à penser qu’on fera exception. C’est ce qui entraîne la spéculation, et d’autres types de comportement à très haut risque. »

TikTok regorge de comptes publicitaires comme celui de The Daily Trader, un millionnaire autoproclamé de 19 ans qui diffuse des vidéos le montrant au volant d’une Audi R8 flambant neuve, ou bien au bord de la piscine d’une villa de Beverly Hills dont il affirme qu’elle vaut 20 millions de dollars, ou encore attablé dans l’un des restaurants les plus chers de Los Angeles.

Ces vidéos tape-à-l’œil postées sur TikTok sont associées à son profil sur Discord, où il vend des abonnements dans le cadre d’un programme de « mentorat », lequel inclut une série de tutoriels destinés à aider les spéculateurs à court terme à copier son « système de trading » pour 294 dollars par personne. Au moins 1 600 utilisateurs se sont inscrits au programme, selon des informations communiquées à un journaliste du Wall Street Journal qui a rejoint le groupe. The Daily Trader n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Cette dynamique marquée par une aspiration à la réussite matérielle pousse les créateurs de contenu, selon leurs propres aveux, à ne partager que des récits positifs, ce qui peut être très éloigné de la réalité.

Casey Adams, 20 ans, a grandi près de Richmond en Virginie. Il a réalisé 300 entretiens avec des dirigeants d’entreprise et des investisseurs pour sa chaîne YouTube, y compris avec le cofondateur de Netflix, Marc Randolph, avec le célèbre créateur de start-up et investisseur en cryptomonnaies Tyler Winklevoss, et, à plusieurs reprises durant l’année écoulée, avec Maye Musk, la mère d’Elon Musk.

M. Adams indique gagner environ 300 000 dollars par an en placements publicitaires et sur son activité de conseil médias, mais il reconnaît qu’un grand nombre de milliardaires et de fondateurs de start-up qui acceptent ses invitations viennent pour répondre à des questions faciles et avoir une chance de s’adresser directement à de jeunes investisseurs individuels.

L’an dernier, M. Adams a obtenu une rare interview de trente minutes avec Trevor Milton, le patron milliardaire de la start-up de véhicules électriques Nikola Corp.

« Les gars, vous écrasez tout sur votre passage, vous allez révolutionner totalement le secteur », a fait remarquer le jeune homme au visage poupon à M. Milton durant l’entretien.

Quatre mois plus tard, après l’entrée en Bourse de Nikola via une fusion inversée, un vendeur à découvert a publié un rapport accablant, accusant M. Milton d’irrégularités et l’action a perdu plus des deux tiers de sa valeur. Une enquête fédérale a été lancée et M. Milton a quitté ses fonctions de président exécutif.

« J’adopte une approche amicale, explique M. Adams. La majorité de mon public est composée de jeunes qui cherchent à comprendre les marchés financiers ou à investir de manière plus stratégique, qu’il s’agisse de NFT, de cryptomonnaies, de l’histoire d’un fondateur, de culture d’entreprise… Je ne veux pas me considérer comme un expert. »

Règle n°3 : n’émettre que des avis positifs

Comme la plupart des créateurs de contenu, les influenceurs doivent être populaires pour prospérer. Or, dans un contexte de marchés depuis longtemps haussiers, seuls les succès et les bons tuyaux sont populaires.

De nombreux influenceurs indiquent que lorsqu’ils font du battage autour d’un placement, ils obtiennent le nombre de vues qu’ils cherchent à s’attirer. S’ils se montrent pessimistes, en revanche, ils voient leur public se détourner d’eux, voire font l’objet d’attaques de « trolls ».

« Depuis qu’ils sont adultes, le marché n’a évolué qu’à la hausse, et si vous n’allez pas dans ce sens, c’est que vous n’y comprenez rien », observe Scott Galloway, professeur de marketing à l’Université de New York, qui lui-même a subi des attaques après avoir publié des vidéos où il se montrait sceptique vis-à-vis de certaines entreprises.

Le véritable danger en ce qui concerne la finance sur les réseaux sociaux, estime M. Galloway, tient au fait que les jeunes influenceurs tendent à croire que les marchés ne peuvent que progresser. Ceux qui les suivent renforcent cette idée.

« C’est réellement alarmant, car si vous dites que le bitcoin, ou Tesla, ou n’importe quel SPAC en vogue sont surévalués, ces trolls qui utilisent des comptes anonymes commencent à vous attaquer », note M. Galloway.

Les détracteurs des placements en cryptomonnaie se voient accuser par les trolls de propager la peur, l’incertitude et le doute, ce qui est une manière de discréditer un influenceur. Dans le monde du conseil financier en ligne, des femmes ont aussi déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel après avoir publié des avis négatifs.

M. Paffrath, qui compte se risquer le mois prochain à briguer le poste de gouverneur de Californie – l’actuel gouverneur, Gavin Newsom, faisant face à un scrutin de rappel – affirme qu’il est ramené chaque jour à cette réalité.

« ​Je veux bien jouer le jeu de la hausse sans fin, mais soyons clair : on ne peut faire réellement fortune que sur le long terme. Le problème est que sur YouTube, aucune de mes vidéos allant dans ce sens n’attire qui que ce soit. »

Un mercredi après-midi de la fin du mois de mai, vêtu d’un sweat-shirt à fermeture Eclair et d’une cravate, M. Paffrath est entré dans son studio d’enregistrement pour lancer sa discussion quotidienne en direct sur les marchés d’actions.

Le sujet du jour était AMC Entertainment Holdings, la chaîne de cinémas en difficulté qui a vu son cours boursier s’envoler au printemps, porté par les investisseurs individuels, dont beaucoup de jeunes gens qui passent l’essentiel de leurs temps sur Internet, ainsi que par la folie des « actions mèmes », dont GamesStop et Tesla.

AMC connaissait alors une semaine volatile mais ce jour-là, elle avait clôturé en hausse de 10 %. M. Paffrath a mis en garde ses followers contre l’achat d’actions AMC – les fonds spéculatifs semblaient friands de positions courtes sur le titre, dont le cours pouvait s’effondrer à tout moment, soulignait-il.

« Pourquoi avez-vous un avis si négatif ? », lui a demandé un internaute.

« Je ne suis pas négatif, je suis juste réaliste, a répondu M. Paffrath. Ecoutez, je suis tout à faire pour que AMC atteigne des sommets, mais tout ce que je veux dire, c’est que si vous vous accrochez à quelque chose que vous ne comprenez pas… Mieux vaut être prudent. »

A la fin de sa vidéo, M. Paffrath a commencé à perdre des abonnés par milliers, raconte-t-il. La plupart des vidéos assorties de titres positifs sont vues plus de 200 000 fois, précise-t-il, tandis que celles qui contiennent des avis négatifs sur une entreprise ou un secteur n’attirent jamais plus de 60 000 vues.

« C’est un peu comme un astronaute qui doit montrer à quel point il est amusant de vivre dans une fusée, mais vous ne faites pas ça toute votre vie, note M. Paffrath.

« ​Je veux bien jouer le jeu de la hausse sans fin, mais soyons clair : on ne peut faire réellement fortune que sur le long terme. Le problème est que sur YouTube, aucune de mes vidéos allant dans ce sens n’attire qui que ce soit. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Enjeux sociaux: La caricature qui alimente le populisme

Enjeux sociaux: La caricature qui alimente le populisme

 

 

Sur la santé, les retraites ou l’emploi, les élus auraient intérêt à s’appuyer sur les travaux des institutions démocratiques qui représentent la société civile afin d’appréhender ces dossiers dans toute leur complexité, estime, dans une tribune au « Monde », l’ancien secrétaire national de la CFDT Gaby Bonnand.

 

Tribune

 

. La rapidité de l’information permet une plus grande transparence de la vie politique et une plus grande réactivité. En même temps, elle bouscule la démocratie, qui a besoin de temps long. Cette confrontation entre ces deux temps est vitale pour irriguer la démocratie. Le temps long est celui de la prospective, du débat sur les projets ; le temps court, celui de la vie quotidienne des gens, qui ne se programme pas et nécessite des réponses précises et souvent immédiates. Appréhender la complexité de la réalité est encore plus difficile dans une période où le temps court a tendance à ostraciser le temps long.

Le temps court, celui de l’émotion, paraît plus empathique alors que le temps long, plus prospectif, apparaît souvent comme froid et distant. Le temps court permet de se focaliser sur un événement, un sujet d’actualité, d’en décrire la substance, et de créer des dynamiques collectives plus ou moins radicales sur des sujets spécifiques.

Le temps long permet d’identifier les contradictions entre les différents sujets qui ont un impact sur la vie en société, et de les appréhender dans toute leur complexité. Les conclusions qui en sont tirées peuvent sembler éloignées des préoccupations immédiates. Elles sont très souvent moins radicales et peuvent sembler un peu molles.

Une polarisation sur le temps court génère une concurrence des causes, alimente des radicalités, et favorise parfois le populisme. A l’inverse, une polarisation sur le temps long peut aussi éloigner du réel et favoriser une autre radicalité, celle d’un monde meilleur fantasmé, dans lequel les contradictions auraient disparu derrière la pureté de l’analyse et un projet bien construit. Toutes les questions qui se posent à nos sociétés – sécurité, santé, retraite, emploi, transition écologique… – sont percutées par ce conflit entre temps court et temps long.

Les politiques dans leur ensemble, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, n’accordent que très peu d’intérêt aux travaux que peuvent réaliser des institutions sur un certain nombre de ces questions, et notamment celles qui réunissent en leur sein la société civile organisée : le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le Haut Conseil pour le financement de la protection sociale, ou le Conseil d’orientation des retraites.

A la différence de certains rapports émanant de spécialistes, les travaux de ces institutions sont des constructions collectives. Malgré leurs défauts, ils permettent d’appréhender et de penser l’articulation entre temps court et temps long. Ils peuvent être des supports pour associer une plus grande partie de la société aux transformations nécessaires. Pourtant, le réflexe des responsables politiques au pouvoir n’est pas de s’appuyer sur ces travaux et encore moins sur les acteurs qui y ont contribué. Le dossier retraites en a été un bon exemple, jusqu’à la caricature.

Un socle européen de droits sociaux ?

  • Un  socle européen de droits sociaux ?

 

Il ne s’agit pas véritablement d’une politique sociale commune mais de minima, sur des objectifs très généraux relatifs à l’emploi, à la formation, au système éducatif, et aux inégalités. Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, réunis en sommet informel à Porto, ont adopté samedi une déclaration proclamant leur détermination à mettre en œuvre un socle européen des droits sociaux, dont l’importance a été à leurs yeux renforcée par la crise provoquée par l’épidémie. Notons cependant que certains chefs d’État n’étaient même pas présents à cette réunion !

Pour prévenir les critiques sur la faiblesse des intentions sociales, Macron a affirmé, lors d’une conférence de presse, que cette déclaration n’était pas qu’un chapelet de bonnes intentions en soulignant que ces différents thèmes seraient désormais à l’ordre du jour des « rendez-vous européens chaque semestre ». Derrière cette déclaration, « nous entrons vraiment dans les procédures européennes ».

« L’avancée sur les salaires minimaux, l’égalité femmes-hommes, le droit individuel de formation, le droit des travailleurs de plateformes sont autant de sujets que nous inclus dans le processus de travail économique et social de l’Union européenne », a jouté le président français.

Reste que les divergences sociales sont énormes à l’intérieur même de l’union européenne et les philosophies sont aussi différentes. En l’état de la situation et des discussions, il est vraisemblable qu’on ne pourra se mettre d’accord que sur des minima très bas.

 

Flicage des réseaux sociaux par le fisc

Flicage des réseaux sociaux par le fisc 

 

Stéphanie Lapeyre et Roxane Blanc-Dubois, avocates spécialistes des nouvelles technologies travaillant au sein du cabinet August Debouzy expliquent  dans la tribune qu’il ne sera pas possible de s’y opposer.

 

- Tous les réseaux sociaux et toutes les plateformes de mise en relation seront-ils surveillés par l’administration française du fisc et des douanes ?

STÉPHANIE LAPEYRE et ROXANE BLANC-DUBOIS - L’objectif du nouveau dispositif est de toucher, in fine, un large public. Son champ d’application est donc particulièrement étendu puisqu’il couvre les plateformes en ligne au sens de l’article L.111-7 I 2° du code de la consommation, ce qui inclut notamment les moteurs de recherche, les marketplaces, les sites de comparaison de biens et services, les réseaux sociaux ou encore les plateformes collaboratives. Donc oui, les plateformes que nous connaissons et utilisons tous comme Airbnb, Facebook, YouTube, BlaBlaCar, Le Bon Coin, Instagram, Twitter, ou encore eBay pourront faire l’objet d’une surveillance par les administrations fiscale et douanière.

Quelles données sont visées ? Y a-t-il un risque que le scraping des données publiques dérape vers les données privées ?

Ne peuvent être collectées dans le cadre du nouveau dispositif que les données volontairement divulguées par un individu/organisme et librement accessibles, c’est-à-dire sans avoir besoin de créer un compte ou saisir un mot de passe. Les administrations fiscale et douanière ne pourront donc pas collecter les commentaires de tiers sur une publication ni les contenus publiés de manière privée sur un compte Facebook, Instagram ou Twitter, par exemple. La collecte des données via le nouveau dispositif ne va ainsi bien concerner que des données publiques mais ces dernières peuvent néanmoins relever de la sphère privée (par exemple, les posts Facebook d’un contribuable sur ses activités ou son lieu d’habitation).

L’administration fiscale ou douanière ne pourra en outre collecter et utiliser les données des internautes que dans le cadre de la recherche d’infractions relatives aux acticités occultes (non déclarées), à la fausse domiciliation à l’étranger, ou aux trafics en ligne illicites.

Le nouveau dispositif est donc doublement limité par le décret, à la fois en termes de données accessibles à l’administration et en termes d’utilisation qui peut en être faite.

Puisque la plupart des données collectées seront considérées comme des données personnelles (même si elles sont publiques), les administrations fiscale et douanière doivent aussi respecter la législation applicable en la matière. Rappelons qu’à partir du moment où une donnée permet d’identifier un individu (ses nom, prénom, son adresse email, adresse postale, etc.) cette donnée, qu’elle soit publique ou non, est une donnée personnelle. Les administrations ne peuvent donc pas utiliser de telles données à leur guise.

Quels garde-fous ont été mis en place ?

Parmi les garde-fous instaurés, dont certains ont été insufflés par la CNIL, on peut citer par exemple l’instauration d’une phase de configuration des outils de collecte et d’analyse des données. Cette phase vise à assurer que seules les données pertinentes seront collectées. Cela devrait permettre, par exemple, de faire la différence entre les publications d’un contribuable et les commentaires d’un tiers, ou encore, entre une information sans intérêt sur un lieu de vacances et une information révélant une activité professionnelle non déclarée.

Un autre garde-fou est la suppression dans un délai relativement court des données sensibles (religion, race/ethnie, santé, opinions politiques, orientation sexuelle, etc.) et celles sans lien avec les infractions recherchées, si elles sont collectées malgré les paramétrages mis en place.

Enfin, il est prévu l’impossibilité pour l’administration de prendre une décision relative à un individu uniquement sur la base du traitement automatisé de ses données : une analyse des données par un agent de l’administration sera nécessaire pour enclencher une procédure de contrôle.

De toute façon, la CNIL suivra de près le projet. Ainsi, dans 18 mois au plus tard, à mi-parcours donc, un premier bilan doit être fait et les résultats transmis à la CNIL ainsi qu’au Parlement. Un bilan définitif, 6 mois avant la fin de l’expérimentation, doit aussi leur être fourni. La CNIL a déjà indiqué qu’elle étudiera attentivement les documents qui lui seront communiqués, soulignant par là qu’elle compte bien veiller au grain. À noter que, si le test de trois ans est concluant, on peut imaginer que l’administration fiscale souhaitera pérenniser ce nouveau système.

Est-ce que les informations collectées, des informations publiques donc, peuvent constituer des preuves contre le contribuable dans le cadre d’un redressement?

L’objectif du nouveau dispositif est de permettre à l’administration de collecter, sur les individus soumis à la législation française (ou qui devraient l’être), des contenus susceptibles de révéler un manquement ou une infraction en matière fiscale ou douanière. Si les informations collectées constituent des indices pertinents, une procédure de contrôle sera ensuite initiée. Dans le cadre de cette procédure de contrôle, les indices collectés pourront alors éventuellement constituer une preuve selon leur nature et le type d’infraction concernée. Le contribuable/organisme aura cependant bien entendu la possibilité de se défendre.

Etes-vous d’accord avec la CNIL qui, au début du projet, parlait de renversement des méthodes de travail ?

Avec ce nouveau procédé, la logique est effectivement différente car l’administration ne va pas effectuer une surveillance ciblée sur la base de suspicions préexistantes mais va collecter, de manière générale et indifférenciée, des données afin de trouver des indices qui permettront ensuite de cibler les contrôles.

Un autre point intéressant est que l’administration fiscale fait déjà appel à des outils numériques pour lutter contre la fraude, mais ces derniers n’ont vocation qu’à croiser des données issues de ses propres fichiers avec ceux provenant d’autres administrations françaises ou étrangères. Or, il y a un changement d’échelle et de technique dans ce nouveau système qui entraine une collecte de données de manière beaucoup plus étendue et intelligente avec le développement d’algorithmes.

Par ailleurs, sachant que, dans un fil, les publications d’un internaute et les commentaires des amis s’enchaînent les uns sous les autres, le tri risque d’être compliqué, non ?

Oui, ce sera probablement difficile mais c’est là tout l’intérêt de la phase d’apprentissage et de conception pendant laquelle l’administration va configurer ses outils afin qu’ils ne collectent que les données pertinentes.

Les particuliers peuvent-ils s’opposer à la collecte de leurs données ?

Non, le décret précise que les particuliers ne peuvent pas s’opposer à la collecte de leurs données. Raison de plus pour rester mesuré dans ses publications et être attentif aux paramètres de confidentialité des plateformes si on n’est pas serein vis-à-vis de l’administration fiscale ou douanière.

A noter, qu’en plus, l’administration n’est pas non plus tenue d’informer les personnes qu’elle va procéder au traitement de leurs données dans le cadre du nouveau dispositif. De ce fait, ceux qui ne suivent pas l’actualité n’auront effectivement pas connaissance de ce potentiel traitement de leurs données personnelles. Sur ce point, il semble que la CNIL ait en quelque sorte revu sa copie. Lorsqu’elle avait été consultée sur le projet de loi, elle avait indiqué qu’elle se montrerait particulièrement vigilante sur les modalités d’information des personnes. Mais, au final, elle n’a formulé aucune remarque sur ce point lorsqu’elle a été consultée sur le projet de décret qui exclut expressément une telle information. Rappelons que le RGPD prévoit la possibilité pour un Etat membre de l’UE de limiter le droit à l’information lorsqu’une telle limitation est nécessaire et proportionnée pour garantir des objectifs importants d’intérêt public général, notamment dans le domaine fiscal.

Cette collecte massive de données à l’insu des personnes constitue-t-elle, à votre avis, le franchissement d’une ligne jaune dans le respect des libertés ?

Ce dispositif entraîne forcément une certaine atteinte aux droits et libertés des personnes en collectant massivement, à leur insu, des informations qu’elles ont publiées. Cela peut s’avérer intrusif et affecter la liberté d’expression en décourageant certaines publications de peur d’être surveillé.

Néanmoins, ce dispositif est très encadré et suivi de près par la CNIL qui a veillé (et continuera de veiller) à ce que cette atteinte soit assortie de garanties fortes et soit surtout strictement nécessaire et proportionnée au regard de l’objectif de lutte contre la fraude. Le dispositif a également été validé par le Conseil Constitutionnel fin 2019.

A ce stade, on ne peut donc pas considérer qu’une « ligne jaune » ait été franchie. Néanmoins, c’est lors de la mise en œuvre effective du dispositif, lorsque les outils et algorithmes auront été développés et paramétrés, que l’administration et la CNIL pourront réellement évaluer son efficacité et son impact sur les droits et libertés des individus. Le bilan final attendu à l’été 2023 sera donc décisif.

Ce dispositif acte-t-il que les réseaux sociaux et plateformes numériques sont des espaces publics comme les autres ? Va-t-il entraîner, selon vous, une évolution des usages ?

Oui, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises, d’ailleurs. Les entreprises ont déjà souvent des chartes informatiques à l’attention de leurs employés sur l’usage qui doit être fait des outils informatiques et des réseaux sociaux. Avec cette loi, on va probablement assister à une recrudescence des mises en garde sur l’utilisation des réseaux sociaux et autres plateformes en ligne : « Attention ne mettez pas tout et n’importe quoi sur vos comptes ». Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Cela va certainement entraîner une plus grande responsabilisation des personnes.

« Que recommandez-vous à vos clients, entreprises, concernant leur utilisation d’Internet et des réseaux sociaux ?

Nous recommandons souvent à nos clients de sensibiliser et de former leurs salariés sur les bonnes pratiques à adopter. Cela passe notamment par l’adoption de documents internes type « charte informatique » et « charte d’utilisation des réseaux sociaux », qui détaillent les obligations à respecter par les salariés, y compris sur ce qu’ils peuvent écrire et ce qu’ils ne doivent pas écrire, dans un objectif de préservation de l’image et des intérêts de l’entreprise. Aujourd’hui, on a tendance à écrire comme on parlerait, sans filtre, ce qui peut s’avérer problématique, que cela soit sur Internet ou dans l’utilisation des outils internes à l’entreprise comme la boîte email ou les tchats. De tels documents peuvent permettre, dans certains cas, de sanctionner les salariés s’ils ne respectent pas les règles définies. Car ces règles, si elles ne sont pas respectées, peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les entreprises.

Logements sociaux : les quotas de 25% prolongés au-delà de 2025

Logements sociaux : les quotas de 25%  prolongés au-delà de 2025

« L’obligation d’avoir 25 % de logements sociaux ne s’arrêtera pas en 2025, elle deviendra permanente. Certaines communes se disaient qu’il suffirait d’attendre quelques années pour diminuer l’ambition… Désormais, elles ne pourront plus jouer la montre, elles devront poursuivre leurs efforts jusqu’à atteindre l’objectif », a déclaré Emmanuelle Wargon.

 

La ministre du logement a ajouté que cette mesure serait « inscrite dans le projet de loi 4D (sur la décentralisation NDLR) qui sera présenté en mai en conseil des ministres ».

Depuis 2000, la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU) impose aux communes de plus de 3500 habitants (1500 en Île-de-France) de disposer d’ici à 2025 de 20 % de logements sociaux, un taux relevé à 25 % en 2014, sauf pour des communes qui justifient d’une situation locale particulière.

e logements sociaux ».

 

Le gouvernement envisage la construction de 250.000 logements en deux ans, après une année 2020 avec un nombre de projets de logements sociaux « très inférieur aux besoins, avec moins de 90.000 logements agréés », du fait de la crise du Covid-19.

 

Société- Jeunes et violence : le retour de la barbarie comme mode de régulation des rapports sociaux

Société- Jeunes et  violence : le retour de  la barbarie comme mode de régulation des rapports sociaux

 

 

 

Il est évident que le phénomène de la barbarie chez certains jeunes pris isolément ou organisés en bandes découle de plusieurs facteurs explicatifs. De ce point de vue, on notera que les sociologues engagés de l’extrême gauche sont peu enclins à travailler sur la problématique. Pas étonnant il y a aussi ce lien avec l’islamo gauchisme et la culture qu’il véhicule.

L’État porte évidemment une responsabilité du fait qu’il a abandonné depuis longtemps le terrain de l’autorité aussi bien dans l’espace public qu’à l’école ou ailleurs. Une autre responsabilité incombe évidemment aux familles où l’enfant devient roi ou bien complètement imperméable à toute contrainte familiale.

En plein abandon , certains jeunes nourris de vidéos sanguinaires font confondre le virtuel et la réalité, ils sont aussi influencées par les règles criminelles des réseaux de drogue et sont en recherche de réassurance identitaire. Il la trouve dans la bande et l’affrontement avec un groupement rival constitue le moyen de renforcer l’adhésion à la solidarité du groupe. Les affrontements se font souvent sur fond de concurrence de réseaux  de drogue mais pas toujours.

Il faut aussi reconnaître que la plupart des profils assez primaires et assez manichéens engagés dans des guerres pouvant même être de nature criminelle à la moindre occasion conflictuelle.

La véritable crise prend son origine dans l’abandon total de l’autorité par l’État, par les familles, par l’école et par la communauté citoyenne.

On ne résoudra pas cette question de manière simpliste car elle s’inscrit dans une crise de société plus générale où  l’intermédiation porteuse  des valeurs est elle-même en phase d’affaiblissement voire de disparition.

Une situation qui découle d’une société qui se replie sur l’individualisme et qui perd ses repères communs de vie sociétale et de responsabilité collective.  Et les crimes d’enfants entre eux sont une preuve supplémentaire de cette  décomposition sociétale.

Société- Jeunes et violence : la barbarie comme mode de régulation des rapports sociaux

Société- Jeunes et  violence : la barbarie comme mode de régulation des rapports sociaux

 

 

 

Il est évident que le phénomène de la barbarie chez certains jeunes pris isolément ou organisés en bandes découle de plusieurs facteurs explicatifs. De ce point de vue, on notera que les sociologues engagés de l’extrême gauche sont peu enclins à travailler sur la problématique. Pas étonnant il y a aussi ce lien avec l’islamo gauchisme et la culture qu’il véhicule.

L’État porte évidemment une responsabilité du fait qu’il a abandonné depuis longtemps le terrain de l’autorité aussi bien dans l’espace public qu’à l’école ou ailleurs. Une autre responsabilité incombe évidemment aux familles où l’enfant devient roi ou bien complètement imperméable à toute contrainte familiale.

En plein abandon , certains jeunes nourris de vidéos sanguinaires font confondre le virtuel et la réalité, ils sont aussi influencées par les règles criminelles des réseaux de drogue et sont en recherche de réassurance identitaire. Il la trouve dans la bande et l’affrontement avec un groupement rival constitue le moyen de renforcer l’adhésion à la solidarité du groupe. Les affrontements se font souvent sur fond de concurrence de réseaux  de drogue mais pas toujours.

Il faut aussi reconnaître que la plupart des profils assez primaires et assez manichéens engagés dans des guerres pouvant même être de nature criminelle à la moindre occasion conflictuelle.

La véritable crise prend son origine dans l’abandon total de l’autorité par l’État, par les familles, par l’école et par la communauté citoyenne.

On ne résoudra pas cette question de manière simpliste car elle s’inscrit dans une crise de société plus générale où  l’intermédiation porteuse  des valeurs est elle-même en phase d’affaiblissement voire de disparition.

Une situation qui découle d’une société qui se replie sur l’individualisme et qui perd ses repères communs de vie sociétale et de responsabilité collective.  Et les crimes d’enfants entre eux sont une preuve supplémentaire de cette  décomposition sociétale.

Jeunes et violence : la barbarie comme mode de régulation des rapports sociaux

Jeunes et  violence : la barbarie comme mode de régulation des rapports sociaux

 

 

 

Il est évident que le phénomène de la barbarie chez certains jeunes pris isolément ou organisés en bandes découle de plusieurs facteurs explicatifs. De ce point de vue, on notera que les sociologues engagés de l’extrême gauche sont peu enclins à travailler sur la problématique. Pas étonnant il y a aussi ce lien avec l’islamo gauchisme et la culture qu’il véhicule.

L’État porte évidemment une responsabilité du fait qu’il a abandonné depuis longtemps le terrain de l’autorité aussi bien dans l’espace public qu’à l’école ou ailleurs. Une autre responsabilité incombe évidemment aux familles où l’enfant devient roi ou bien complètement imperméable à toute contrainte familiale.

En plein abandon , certains jeunes nourris de vidéos sanguinaires font confondre le virtuel et la réalité, ils sont aussi influencées par les règles criminelles des réseaux de drogue et sont en recherche de réassurance identitaire. Il la trouve dans la bande et l’affrontement avec un groupement rival constitue le moyen de renforcer l’adhésion à la solidarité du groupe. Les affrontements se font souvent sur fond de concurrence de réseaux  de drogue mais pas toujours.

Il faut aussi reconnaître que la plupart des profils assez primaires et assez manichéens engagés dans des guerres pouvant même être de nature criminelle à la moindre occasion conflictuelle.

La véritable crise prend son origine dans l’abandon total de l’autorité par l’État, par les familles, par l’école et par la communauté citoyenne.

On ne résoudra pas cette question de manière simpliste car elle s’inscrit dans une crise de société plus générale où  l’intermédiation porteuse  des valeurs est elle-même en phase d’affaiblissement voire de disparition.

Une situation qui découle d’une société qui se replie sur l’individualisme et qui perd ses repères communs de vie sociétale et de responsabilité collective.  Et les crimes d’enfants entre eux sont une preuve supplémentaire de cette  décomposition sociétale.

Réseaux sociaux sous surveillance fiscale !

Réseaux sociaux sous surveillance fiscale !

L’objectif n’est pas de lutter contre la grande criminalité ou l’exil fiscal mais plus généralement d’opérer une surveillance de la totalité des utilisateurs de réseaux sociaux qui peuvent laisser des traces sur Internet de leurs transactions financières courantes voir anecdotiques.

 

Bref une caméra permanente de Bercy sur les carnets de chèques et autres cartes bancaires. On comprend évidemment que l’administration puisse mettre en observation des opérateurs très douteux mais de la à balayer la totalité des internautes il y a un pas qui nous éloigne de la démocratie et des libertés individuelles.

 

Bercy envisage donc d’installer un système de surveillance des réseaux sociaux par l’administration. Le décret explique, en clair, comment le fisc pourra utiliser les plateformes numériques pour s’assurer que les contribuables n’y publient rien de contraire à la loi ou qui contredisent leurs déclarations fiscales. L’expérimentation de ce dispositif, qui doit durer trois ans, devrait débuter dans les semaines à venir, indique au Figaro la Direction générale des finances publiques (DGFIP).

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur les sites de mise en relation entre particuliers – Airbnb, BlaBlaCar, Leboncoin par exemple – le fisc pourra ainsi systématiser la collecte d’information en faisant appel à un «algorithme auto-apprenant» qui pourra identifier information rendant compte de transactions.

« Enjeux économiques et sociaux : la décennie de la dernière chance»

« Enjeux économiques et sociaux : la décennie de la dernière chance»

 

Florence Tondu-Mélique Florence Tondu-Mélique ,présidente-directrice générale pour la France du Groupe Zurich ,explique que la décennie en cours sera stratégique en matière d’innovation durable.

La Covid-19 nous a réveillés avec brutalité. Il a révélé les failles de notre système : impréparation générale à la crise sanitaire, manque de coopération internationale, vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement… Autant de symptômes de notre inhabilité collective à appréhender les grands risques contemporains. Alors que les vagues successives continuent de paralyser nos économies et nos sociétés, le dernier Global Risks Report publié par le World Economic Forum (*) nous exhorte à corriger nos modèles de développement économiques et financiers pour assurer leur résilience face aux chocs à venir.

L’endettement massif, la reconfiguration du tissu industriel et la dynamique de « stop and go » sanitaire nous plongent dans l’incertitude. D’après le FMI, ce sont 22 000 milliards de dollars de PIB qui auront été perdus entre 2020 et 2025, soit le quart de la richesse mondiale. Naturellement, la capacité des économies à relever la tête est au sommet des priorités. La cohésion sociale est, elle aussi, un sujet prégnant. La peur d’une précarité galopante et le creusement des inégalités nourrissent la montée des colères, vecteur de déstabilisation politique.

Dans ce contexte, le danger est grand de reléguer au second plan des enjeux essentiels comme le risque environnemental, pourtant première préoccupation des dirigeants à la veille de la crise. Le faible écho donné au One Planet Summit consacré à la biodiversité, malgré les efforts de la France pour mobiliser les parties prenantes, en est une manifestation. Ironie du sort, au-delà du coût évalué à 440 milliards d’euros par an d’ici à 2050, la destruction des écosystèmes déclenche un cercle vicieux : plus de maladies infectieuses et moins de ressources naturelles disponibles pour la recherche médicale.

En parallèle, l’abrupte accélération de la digitalisation des économies expose à d’autres virus. La menace cyber ne faiblit pas. Des cyber-armées se forment, capables de mettre à terre une multinationale, voire un pays tout entier. Le récent cas de SolarWinds — qui a ciblé des départements d’Etat américains, des géants de la tech et par ricochet, certaines entreprises du CAC 40 — incarne à lui seul la capacité des cyberattaques à déstabiliser des pans entiers de nos économies. Sans parler des impacts diplomatiques sur des relations internationales déjà marquées par le repli sur soi.

« A terme, les économies et les entreprises les plus responsables seront aussi les plus compétitives. Au-delà de la seule question éthique, le risque RSE impactera aussi bien l’actif, que le passif des bilans »

Externalités négatives. Dans nos économies globales et interconnectées, les risques prennent une dimension systémique. Puisqu’ils ne peuvent être cantonnés, parce qu’ils impactent toute l’économie avec des réactions en chaîne, ils deviennent quasiment inassurables par le seul secteur privé. A ce titre, la pandémie, dont nous ne parvenons pas à nous extraire, est une démonstration sévère du coût des externalités négatives de nos modèles de développement. L’urgence est désormais de les corriger. Seul un engagement commun du politique, des acteurs économiques et de la société civile sera en mesure de mener les évolutions nécessaires et ainsi renforcer notre résilience.

Que ce soit en matière de progrès social, écologique ou numérique, l’Europe dispose des atouts pour devenir le chef de file d’une économie et d’une finance plus innovantes, au service d’une société plus durable. C’est tout l’enjeu du Green Deal et du plan de relance européen de 750 milliards d’euros, dont la moitié est consacrée à l’innovation et à la transition énergétique.

A terme, les économies et les entreprises les plus responsables seront aussi les plus compétitives. Au-delà de la seule question éthique, le risque RSE impactera aussi bien l’actif, que le passif des bilans. Les entreprises capables de démontrer leur engagement en matière de durabilité sociale, environnementale et digitale bénéficieront d’un accès au capital moins coûteux dans la durée. La Place de Paris peut être moteur de cette transformation qui conjugue croissance, inclusion et décarbonation.

« Mieux vaut prendre le changement par la main, avant qu’il ne nous prenne à la gorge » avertissait Churchill. D’après le World Economic Forum, la fenêtre d’opportunité pour agir est restreinte : nous avons dix ans pour réaliser ce changement, inverser la tendance et assurer un futur résilient.

Florence Tondu-Mélique est présidente-directrice générale pour la France du Groupe Zurich. Zurich Insurance est partenaire stratégique du Global Risks Report, élaboré chaque année par le World Economic Forum avec l’aide de 650 professionnels du risque.

Deutsche Bank : des critères de rémunération sociaux et environnementaux

Deutsche Bank : des critères de rémunération sociaux et environnementaux

« Deutsche Bank a fixé des objectifs de croissance annuels pour ses activités environnementales, sociales et de bonne gouvernance d’entreprise (ESG) et prévoit d’y associer la rémunération des dirigeants à partir de 2021″, selon un communiqué de la banque.

 

Cette pratique va toucher dans un premier temps à peine vingt personnes, soit les dix membres du directoire présidé par Christian Sewing et sept hauts dirigeants de la banque, qui composent ensemble un « comité exécutif de groupe », a appris l’AFP.

Il est prévu ensuite que cette pratique, en concernant la partie variable de la rémunération, soit étendue à d’autres étages du management, a-t-on encore appris.

En mai dernier, la banque s’est fixée d’atteindre d’ici 2025 un total de 200 milliards d’euros dans des projets durables, que ce soit via des financements pour la clientèle ou des placements opérés par sa division gestion d’actifs.

Elle se dit  »convaincue qu’elle sera en mesure de dépasser » l’objectif d’étape fixé à 20 milliards d’euros en 2020, face à l’appétit grandissant des clients pour cette catégorie de financements.

 » Réseaux sociaux: le danger populiste »

 » Réseaux sociaux: le danger populiste »

Grand reporter à la « Folha de Sao Paulo », la journaliste brésilienne Patricia Campos Mello a montré comment la désinformation en ligne a permis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. Les « technopopulistes » ne sévissent pas qu’au Brésil,

(Entretien dans le Monde)

A 45 ans, Patricia Campos Mello est l’une des journalistes brésiliennes les plus brillantes de sa génération. Grand reporter à la Folha de Sao Paulo, elle a publié en 2018 une enquête qui a fait sensation, révélant une vaste campagne de désinformation en ligne ayant permis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. Dans son dernier ouvrage, A Máquina do Odio (Companhia das Letras, non traduit), sorti en juillet, elle révèle les coulisses de son enquête et dresse un sombre portrait de l’état de la démocratie brésilienne.

 Pourriez-vous nous résumer ce que vous avez découvert lors de l’élection présidentielle de 2018, que vous qualifiez d’« élection de WhatsApp » ?

Patricia Campos Mello : Depuis plusieurs années, on voyait monter partout le débat sur la manipulation des réseaux par les leaders populistes, en Inde, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne… Mon journal m’a demandé d’enquêter sur le cas brésilien. En ligne, pendant la campagne, circulaient en effet une quantité phénoménale d’informations erronées, de messages insultants ou haineux, en particulier via WhatsApp, visant principalement la gauche du Parti des travailleurs (PT), et dont la source demeurait mystérieuse.

Ce que j’ai découvert, c’est que Jair Bolsonaro bénéficiait du soutien de plusieurs chefs d’entreprise, qui ont contacté (sans qu’on sache vraiment s’il leur a demandé ou non) plusieurs agences de marketing et financé de manière illégale cette « machine de la haine » en ligne. Les messages diffusés sur WhatsApp ont eu un fort impact : ils ont été reçus et partagés auprès de millions d’électeurs. Ils ont contribué à tendre un peu plus le débat politique et ont renforcé le rejet du PT, favorisant à l’évidence le candidat populiste : Bolsonaro.

Comment est née et comment fonctionne cette « machine de la haine » ?

PCM : Bolsonaro ne s’est pas réveillé en 2018 en se disant : « Tiens, les réseaux sociaux peuvent me faire gagner les élections. » Cela fait des années que lui et son équipe préparaient le terrain, recrutant des influenceurs en ligne, ouvrant des comptes sur Twitter, Instagram, Facebook… Bolsonaro a compris avant tout le monde le parti qu’il pouvait tirer des réseaux sociaux pour conquérir le pouvoir. En ce sens, il a été visionnaire.

Concrètement, cette « machine » fonctionne aujourd’hui de manière très décentralisée. Il existe un « point focal », le fameux « cabinet de la haine », géré par les assistants en communication de Jair Bolsonaro à Brasilia, ainsi que par ses fils, en particulier Carlos, qui détient les codes du compte Twitter de son père. Ce « cabinet » cible les ennemis à abattre, oriente les attaques.

 

Attentat de Conflans : l’urgence d’une charte déontologique sur les réseaux sociaux

Attentat de Conflans : l’urgence d’une charte déontologique sur les réseaux sociaux

 

 

Après l’assassinat de Samuel Paty, le philosophe Eric Sadin explique, dans une tribune au « Monde », que s’est mis en place un festival permanent de positions tranchées, d’invectives et du rejet d’autrui, favorisé par le fait de se trouver à l’abri derrière son écran, engendrant un sentiment d’impunité et des réflexes de lâcheté.

Un professeur de l’école publique s’est attelé avec persévérance à célébrer le droit fondamental de la liberté d’expression, en s’appuyant sur l’un des principes cardinaux de notre République, la laïcité. Pour ce faire, il a notamment exposé et analysé certaines caricatures publiées par Charlie Hebdo, en les prolongeant par des séquences de discussion impliquant les élèves en vue d’aiguiser leur esprit critique.

Un parent s’est offusqué de ces méthodes et s’est mis à les dénoncer sur les réseaux sociaux, à poster des messages et des vidéos accusant sans preuve l’enseignant de tous les maux. Les propos et images ont été aussitôt repris et se sont propagés de façon virale. Samuel Paty, en quelques jours, est devenu un coupable tout désigné, du fait d’individus fermement décidés à organiser une fatwa par écrans interposés. Cette campagne de dénigrement et ces expressions de colère indignée ayant fini par une exécution.

Une mécanique devenue folle

Il convient de relever que tant de pratiques plus ou moins similaires, et à des niveaux de violence variables, ont lieu tous les jours sur Internet. La formulation publique de ses rancœurs ou de ses expériences déçues étant devenue un nouveau sport social quotidien. Si ces usages ne débouchent pas toujours sur le crime, ils blessent des personnes, brisent des carrières, mènent à la dépression et parfois à des suicides du fait de la mise à la vindicte populaire ou du harcèlement en ligne.

Car ce qu’il s’est passé depuis l’avènement des réseaux sociaux, principalement sur Twitter, du fait de l’interface imposant une brièveté des messages, c’est le privilège de l’assertion, de formules expéditives et catégoriques, ayant vite entraîné une brutalisation croissante des échanges interpersonnels. Plutôt que la fable de « réseau social », ce à quoi ces plates-formes auront surtout concouru, c’est à généraliser des formes de surdité délétères entre les différentes composantes du corps social et dont nous ne cessons, à divers titres, de payer le prix.

S’est mis en place un festival permanent de positions tranchées, d’affirmations unilatérales des points de vue, de l’invective et du rejet d’autrui. Dimensions qui ont été favorisées par le fait de se trouver à l’abri derrière son écran, engendrant non seulement un sentiment d’impunité, mais autant, et il faut bien le dire, des réflexes de lâcheté, c’est-à-dire de se laisser aller à des propos qui n’auraient jamais été prononcés dans le cadre d’une proximité sociale.

Tout cela a généré une mécanique devenue folle de l’expression des ressentiments et de la volonté d’avoir raison de tout, faisant le lit d’idéologies mortifères. YouTube a alors joué le rôle de relais, accueillant à bras ouverts des vidéos conspirationnistes, antisémites, xénophobes, suprémacistes, offrant une tribune mondiale à tous les affects négatifs.

La décivilisation par les réseaux sociaux

La décivilisation par les réseaux sociaux

TRIBUNE

 

Nathalie Heinich, sociologue dénonce dans le Monde  l’anarchie des réseaux sociaux et leur rôle décivilisateur.

 

 

 

Tribune.

 

L’assassinat islamiste qui nous endeuille confirme l’amplification d’un processus auquel nous assistons jour après jour avec effroi, et que le sociologue Norbert Elias aurait nommé « processus de décivilisation », permettant l’activation à grande échelle de tendances latentes, mais que bride le processus de « civilisation des mœurs ». Celui-ci, fait d’intériorisation des contraintes et d’autocontrôle des pulsions, a mis des siècles à se mettre en place à l’échelle de l’humanité.

Ce processus de civilisation est en train de se retourner en son contraire sous le coup, principalement (même si en matière humaine les causalités sont toujours multiples), des réseaux sociaux, cause si familière qu’on finit par ne plus en repérer les effets. En permettant l’extension dans l’espace et l’accélération dans le temps de la mise en public de tout le spectre des opinions et des comportements, ces technologies produisent des effets que plus personne ne maîtrise, parce qu’à la fois massivement mondialisés et spectaculairement accélérés – comme dans le cas de l’assassin de Samuel Paty, revendiquant son crime sur Twitter en temps réel.

Pointer ainsi le rôle décivilisateur des réseaux ne relève ni d’une peur ringarde de l’innovation ni d’une résistance face à la diffusion de nouvelles formes de communication où les plus âgés ne retrouveraient plus – dans tous les sens du terme – leurs petits. Libre aux « ravis » de la croyance inconditionnelle en les vertus du progrès technique de croire qu’il s’agirait d’un problème générationnel : ils rejoindront ainsi les « ravis » de la croyance inconditionnelle en les capacités d’autorégulation du marché. Il suffit d’observer et de comparer pour repérer ces ravages décivilisateurs, dont nous connaissons isolément chacun des éléments mais dont nous ne réalisons pas à quel point, se cumulant, ils font système, modifiant en profondeur notre monde.

En créant une immense tour de Babel incontrôlée des propos et des images accessibles dans l’espace public d’Internet, les réseaux favorisent une compétition pour l’attention (conceptualisée sous le terme d’« économie de l’attention »), qui induit la surenchère dans la singularisation, par la provocation, l’exagération, le défoulement, voire la jouissance à dire l’indicible, à montrer l’irreprésentable. D’où la publicisation massive d’opinions et de comportements transgressifs.

Société-Réseaux sociaux: responsables de l’appauvrissement de la pensée

Société-Réseaux sociaux:  responsables de l’appauvrissement de la pensée

Dans une interview au Figaro , Delphine Horvilleur, rabbin et écrivaine , pose la problématique dramatique de l’appauvrissement de la pensée du fait des réseaux sociaux où la caricature simplificatrice permet de faire l’économie de l’effort de compréhension de la complexité. Certes,  l’outil en tant que tel est neutre;  comme la plupart des nouvelles technologies, ce sont les conditions d’utilisation qui sont à mettre en cause. Les réseaux sociaux sont sans doute le meilleur et la pire des choses. Le meilleur quand ils permettent l’accès à la connaissance, le pire quand ils servent de miroir–malheureusement partagé_ aux abrutis violents,  incultes et intolérants.   (Interview le Figaro)

Que penser des réseaux sociaux, cet endroit où l’on est finalement au summum de la liberté d’expression, mais «où la haine s’étale aussi sans filtre» comme le dit Leïla Slimani ?
Sans aucun doute, les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans l’appauvrissement de la pensée, en nous invitant continuellement à simplifier nos messages, en ne tolérant plus quoi que ce soit qui serait implicite, en nous permettant de constituer des communautés autour de nous, des gens qui pensent comme nous, qui votent comme nous, qui lisent les mêmes livres, qui ont les mêmes références culturelles… En réalité, on a anéanti, ou on est en phase d’anéantissement, du débat possible entre nos cultures. L’autre problème, c’est que le jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. Ils croient que quand c’est sur une chaîne YouTube c’est vrai. Un point crucial à travailler avec l’école, c’est de les faire se questionner sur leurs sources d’information. À une époque, on disait «d’où tu parles, toi ?» Et en fait, le «d’où tu parles», il est génial, parce que c’est exactement la question qu’il faut poser aux jeunes aujourd’hui : d’où tu parles ? D’où détiens-tu l’information qui te permet de dire ce que tu dis ?

Comment expliquer que la jeunesse, si libre au XXIe siècle, puisse tomber dans le panneau du fondamentalisme religieux ?
Refuser la complexité du monde, c’est toujours tentant. Il y a quelque chose de radical dans la simplification du débat, et la radicalité a toujours tenté la jeunesse, et c’est normal. Il y a d’ailleurs une responsabilité très forte des modèles de la jeunesse, les animateurs de télévision, les youtubeurs, les influenceurs, les sportifs… Qui n’apportent pas la subtilité, la complexité, l’humour fin, et, je le redis, l’esprit critique, dont les jeunes ont besoin. Il y a une expression qu’on a beaucoup entendue dans la jeunesse ces dernières années : «tu me manques de respect». C’est intéressant de réfléchir à ça. Qu’est-ce que c’est que de respecter quelqu’un ? C’est savoir le contredire, le plus souvent. Protéger à tout prix quelqu’un d’une autocritique, c’est, au contraire, lui manquer de respect. C’est considérer qu’il est trop infantile, ou sous-développé, pour être capable de faire face à un questionnement, à une interrogation de ses repères.

À travers votre discours, on comprend aussi qu’il y a cet enjeu de croire en la laïcité tout en étant croyant (religieusement)…
Beaucoup de gens ont l’impression qu’on est laïque ou religieux, qu’on est croyant ou pas croyant. C’est comme s’il fallait choisir entre la science et la religion, c’est absurde. Pour moi, la laïcité et l’attachement à une religion cohabitent parfaitement. Je reconnais à la laïcité la bénédiction de me permettre de vivre la religion telle que je la vis. Je me sens profondément attachée à la laïcité parce que pour moi, elle est un cadre qui permet qu’aucune conviction, aucune croyance et aucun dogme ne sature l’espace dans lequel je vis. La laïcité est une garantie d’oxygénation permanente parce qu’il y a toujours un espace autour de moi qui reste vide de ma croyance ou de celle de mon voisin. Pour beaucoup, et on en revient à l’appauvrissement de la pensée et du vocabulaire, la laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été.

Depuis l’attentat, on entend çà et là des gens dire : les hommages c’est bien, maintenant, il faut du courage. «Ça ne peut plus se passer dans le pacifisme», dit Elisabeth Badinter. Quel est votre sentiment sur ce point ?
Il n’est pas question aujourd’hui d’être pacifiste, ou de baisser les bras, ou de trouver un compromis avec des assassins. Il y a un combat à mener, et comme dans tous les combats, y compris dans les combats militaires, il faut penser les alliances. Il n’y aurait rien de pire que de se tromper d’ennemi, et de commencer à se déchirer entre gens qui sont d’accord sur le fond, mais peut-être pas nécessairement sur la forme que doit prendre ce combat. Aujourd’hui, l’enjeu est là, il est dans comment on fait pour trouver des alliances qui soient salutaires, tout en étant conscient, lucide, que oui, nous sommes en guerre.

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